Mayotte Hebdo n°968

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Mayotte Hebdo/FLASH infos • 1/2 Page Largeur FU • 190 x 130 mm • Visuel : TIRELIRE EXCEPTIONNELLE • Parution : 01/oct./2021 • Remise le 28/sept./2021

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100ÈME ÉDITION

TIRELIRE EXCEPTIONNELLE

PMU G.I.E. SIREN 775 671 258 RCS PARIS – © Scoopdyga.

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IIIèmes trophées de l’environnement Vous êtes une ASSOCIATION, ENTREPRISE, COLLECTIVITÉ ou une INITIATIVE SCOLAIRE ou CITOYENNE. Vous avez mené des ACTIONS en FAVEUR de l’ENVIRONNEMENT au cours des 12 derniers mois. Contactez-nous avant le :

14 octobre 2021 pour faire connaître VOS engagements. Un JURY se réunira pour désigner CINQ NOMMÉS par catégorie.

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sept. 2021

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LE MOT DE LA RÉDACTION

LE TEMPS DE L’ACTION Il y a ceux qui soignent, et ceux qui sont soignés, ou du moins, qui devraient l’être. Et à Mayotte, ils sont nombreux. Sur l’île aux parfums, plus d’un habitant sur trois est atteint de troubles psychiques, majoritairement dus à l’anxiété. Si celle-ci est universelle, elle trouve ici un terreau particulièrement fertile, entre un fort taux de chômage et des conditions de vie précaire. Comment ne pas devenir anxieux lorsqu’on a une famille à nourrir mais pas d’emploi ? Comment ne pas l’être lorsque tout manque, eau, nourriture, et même sécurité ? Pour les mêmes raisons, toute une frange de la population est particulièrement susceptibles de déclencher des comportements addictifs. Ceux-là même qui impactent la psyché. Dans cette mesure, la psychiatrie devient un sujet social, sociétal, où chacun tient finalement une place de choix : médecins, oui, mais aussi autorités et institutions publiques, élus, représentants religieux... Déjà, quelques années plus tôt, une étude sur la santé mentale menée à l’échelle internationale préconisait qu’à Mayotte, tous les acteurs se mettent autour de la table pour avancer ensemble, sans quoi la prise en charge ne serait jamais satisfaisante. Alors, après la théorie, place aux actes. Bonne lecture à toutes et à tous.

TOUTE L’ACTUALITÉ DE MAYOTTE AU QUOTIDIEN

Lu par près de 20.000 personnes chaque semaine (enquête Ipsos juillet 2009), ce quotidien vous permet de suivre l’actualité mahoraise (politique, société, culture, sport, économie, etc.) et vous offre également un aperçu de l’actualité de l’Océan Indien et des Outremers.

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FI n°3997 mercredi 30 novembre 2016 St André

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FI n°3839 Lundi 7 mars 2016 St Félicie

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FI n°3822 Jeudi 11 février 2016 Ste Héloïse

à partir de

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RENSEIGNEMENTS Tél : 0639 67 04 07 | Mail : contact@mayotte-e-velos.yt

FI n°3818 Vendredi 5 février 2016 Ste Agathe

marine le Pen

environnement

Port de Longoni

ConSeil départeMental

Quel accueil se prépare pour la présiDente Du Fn ?

Le Lagon au patrimoine mondiaL de L'unesCo ?

la dsP sur la sEllEttE

pas de changement sUr l’octroi de mer

© CR: Gauthier Bouchet

Diffusé du lundi au vendredi, Flash Infos a été créé en 1999 et s’est depuis hissé au rang de 1er quotidien de l’île.

© Jonny CHADULI

Grève à Panima

TéléThon 2016

Des propositions mais toujours pas D'issue

DemanDez le programme

première parution : juillet 1999 - siret 02406197000018 - édition somapresse - n° Cppap : 0921 y 93207 - dir. publication : Laurent Canavate - red. chef : Gauthier dupraz - http://flash-infos.somapresse.com

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Économie

SÉcuritÉ

Les appeLs à projets de L'europe

Couvre-feu pour Les mineurs 1

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

OUI, je m’abonne S d’abonnement IT N TU ÉBulletin DERNIÈRES OPPOR 4100% numérique

Musique

Faits divers

Edmond BéBé nous a quitté

ViolEncE En cascadE

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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MCG VS SMart

ViCe-reCtorat

UltimatUm oU véritable main tendUe ?

l’institUtion répond aUx critiqUes

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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TCHAKS LA PHRASE

“Il faut que les élèves déposent leurs idées d’entreprise” Ouverte depuis le 20 septembre dernier, la maison de l’entrepreneuriat a été officiellement inaugurée ce mercredi au lycée des Lumières. Derrière l’idée de ce lieu inédit, Patrick Loval, proviseur de l’établissement : “Ce qui m’importe est l’efficacité dans le travail ”, martèle-t-il, au moment d’inviter les enseignants à “ faire vivre cette maison de l’entrepreneuriat ”. Son crédo ? “ Il faut que les élèves déposent leurs idées d’entreprise, le vrai pouvoir est économique. Nous devons les aider à s’en saisir. Et si nous y arrivons, nous n’aurons pas perdu notre temps.” Les différents ateliers, animés par les acteurs du monde économique, doivent poser les graines de l’entrepreneuriat dans les têtes de la nouvelle génération. Et lui donner les clés de la réussite.

L'ACTION

A Koungou, une marche symbolique contre les violences Suite à l’opération de décasage organisée lundi par la préfecture à Koungou, qui s’est soldée, dans la nuit, par l’incendie de l’hôtel de ville et l’agression de l’ex femme du maire, 300 personnes se sont rassemblées jeudi pour participer à une marche symbolique, sur appel du président de l’association des maires de Mayotte, sous le slogan “Debout Mayotte”. Un mouvement de solidarité également observé par la mairie de Mamoudzou, fermée pour l’occasion, afin que les agents municipaux puissent participer à la marche. “On a souillé le drapeau français et la devise ‘liberté-égalitéfraternité’, cela ne doit pas se reproduire”, a scandé l’instigateur du rassemblement, qui a également permis de remettre dans le débat public l’épineux sujet des caillassages de bus “et de toutes les violences commises contre les habitants de Mayotte”.

LE CHIFFRE 20 000

C’est le nombre de téléchargements en 2020 de la première version de l'application mobile Course de Pneus, développée pour pallier l’annulation de l’évènement due au contexte sanitaire. “Le jeu s’est exporté à l’extérieur du territoire : au Brésil, en Australie, aux ÉtatsUnis…”, se réjouit Laurent Mounier, le gérant de l’agence de communication Angalia, à l’initiative de ce virage digital avec Orange. Vu l’engouement généré, les deux partenaires reviennent pour cette nouvelle édition avec des ambitions gonflées à bloc : création d’un nouveau circuit, découverte de trois lieux emblématiques de l’île – la barge, la mosquée de Tsingoni et les canons de l’ancienne résidence des gouverneurs en Petite-Terre –, bande sonore réalisée par Komo… La compétition 2.0 a débuté ce 1er octobre. Les cinq meilleurs participants s’affronteront le 27 novembre en live sur Facebook et Twitch.

ELLE FAIT L’ACTU Jane Jaquin, nouvelle ambassadrice de Mayotte à Zanzibar

D’animatrice de concours de beauté à directrice de l’association Franco-Zanzibarite en Tanzanie, Jane Jaquin a un parcours professionnel éclectique. Cette touche à tout mahoraise a récemment été nommée par l’association France Volontaires pour représenter son île à Zanzibar. Sa mission consiste à favoriser les échanges entre l’île aux parfums et l’archipel tanzanien avec qui nous avons déjà plusieurs points en commun, notamment culturels. Avec cette nouvelle casquette, Jane Jaquin devra étroitement collaborer avec l’île aux parfums pour valoriser sa culture et sa langue notamment sur le sol tanzanien. Une promotion et une visibilité stratégiques pour Mayotte, seul département français du canal du Mozambique.

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LU DANS LA PRESSE

Chaque semaine, découvrez le regard porté sur l’actualité locale à travers la presse nationale ou régionale

MAYOTTE : LE GOUVERNEMENT CONDAMNE L'INCENDIE D'UNE MAIRIE, VIVES RÉACTIONS POLITIQUES À DROITE Le 23 septembre 2021, par le Figaro avec AFP L'hôtel de ville de Koungou, deuxième commune la plus peuplée de Mayotte, a été la cible d'un incendie volontaire lundi 27 septembre au soir, après des manifestations contre la destruction d'un bidonville, suscitant une condamnation énergique du gouvernement et de vives réactions politiques à droite. Dans cette ville de plus de 32.000 habitants située au nord de Mamoudzou, le chef-lieu, le feu a démarré dans trois voitures garées sur le parking de la mairie avant de se propager au bâtiment principal, et une annexe en construction qui devait accueillir la cafétéria, a-t-on appris auprès d'agents municipaux. Certains habitants refusent d'être relogés Les pompiers ont pu se rendre sur place pour éteindre le feu, escortés par les forces de l'ordre, ont précisé les médias locaux. Peu auparavant, le bâtiment de la police municipale a lui aussi fait l'objet d'une tentative d'incendie. Mais le voisinage a averti rapidement les policiers municipaux qui ont réussi à limiter les dégâts. Ceux-ci avaient déjà sécurisé le secteur. Les employés municipaux avaient été autorisés à quitter le travail plus tôt après le lancement d'une opération lundi de démolition de 350 habitations du bidonville de Caro Bolé, à Koungou, avec une mobilisation importante des forces de l'ordre. Si certains habitants ont accepté d'être relogés, d'autres ont refusé les propositions de la préfecture de Mayotte et ont menacé de s'en prendre aux agents municipaux et à l'hôtel de ville de Koungou. Des actes de violence condamnés Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a rapidement réagi: “ Je condamne les actes de violence inadmissibles qui ont eu lieu cette nuit (lundi) à Koungou à Mayotte ”. “ Les forces de sécurité sont déterminées à rétablir l'ordre. J'assure au maire

et à ses équipes tout mon soutien. Nous continuerons à lutter contre l'habitat illégal malgré ces actions ”, a-t-il écrit sur Twitter. Pour sa part, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a apporté “ tout son soutien au maire et aux agents municipaux de Koungou à Mayotte. Merci aux forces de sécurité mobilisées pour rétablir l'ordre républicain ”, a-t-il réagi également sur Twitter. La candidate du Rassemblement national Marine Le Pen a déploré qu'“ une fois encore Mayotte (soit) en proie à la violence, à la destruction ”. “ Rétablir l'ordre, mettre fin à l'immigration clandestine massive et à l'insécurité qui en découle est une question de survie ”, a-t-elle twitté. Dans un communiqué, le député LR de Mayotte, Mansour Kamardine, a appelé “ l'État à accélérer le déguerpissement des squatters et à durcir la répression contre les délinquants !” et d'envoyer sur place “ des forces d'appui (...) face à la violence barbare et aux incendies volontaires de la mairie et de la police municipale de Koungou ”. Une vingtaine de personnes interpellées Quatre habitants ont été interpellés et placés en garde à vue dans la journée de lundi pour avoir jeté des pierres sur les agents chargés de la démolition. Et une vingtaine de personnes en situation irrégulière ont été interpellées pour être conduites au centre de rétention administrative en vue d'une expulsion vers leur pays d'origine. La destruction de ces cases en tôle dans le cadre de la Loi ELAN, votée en novembre 2018, doit permettre la construction de 500 logements sociaux. Depuis le début de l'année, 955 habitations ont été détruites à Mayotte dont 200 à Koungou en février. À l’époque déjà, des troubles avec barrages routiers s'étaient produits. Ces constructions en tôle forment environ 38% du parc immobilier mahorais.

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LETTRE OUVERTE

“ JAMAIS AUCUN GOUVERNEMENT N’A MONTRÉ AUTANT DE MÉPRIS ENVERS MAYOTTE ” AU LENDEMAIN DE LA NUIT DE VIOLENCES QUI S’EST SOLDÉE, LUNDI SOIR, PAR L’INCENDIE DE LA MAIRIE, À KOUNGOU, EN MARGE D’UNE VASTE OPÉRATION DE DÉCASAGE, LE MINISTRE DES OUTRE-MER, SÉBASTIEN LECORNU, S’EST FENDU D’UN MAIGRE COMMUNIQUÉ : “ JE CONDAMNE LES ACTES DE VIOLENCE INADMISSIBLES QUI ONT EU LIEU CETTE NUIT À KOUNGOU À MAYOTTE. LES FORCES DE SÉCURITÉ SONT DÉTERMINÉES À RÉTABLIR L’ORDRE. J’ASSURE AU MAIRE ET À SES ÉQUIPES TOUT MON SOUTIEN. NOUS CONTINUERONS À LUTTER CONTRE L’HABITAT ILLÉGAL MALGRÉ CES ACTIONS. ”, A T-IL PUBLIÉ SUR SES RÉSEAUX SOCIAUX. LE COLLECTIF MAYOTTE EN SOUSFRANCE A TENU À LUI RÉPONDRE. VOICI LE TEXTE EN INTÉGRALITÉ.

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Monsieur le Ministre, Avouez que la situation à Mayotte et non pas uniquement à Koungou vous dépasse ainsi que les représentants de l'Etat dans le département. La délinquance juvénile n'as plus ses limites à Mayotte : maisons incendiées, population agressée, bien détruits en toute indifférence. En effet, la population mahoraise ne vit plus et ne respire plus car ce département tant demandé par nos aïeux pour que nous puissions vivre en paix et en sécurité s'est transformé en une prison à ciel ouvert à 8 000 km de Paris. Cette délinquance prend de plus en plus d’ampleur sur une île oú les habitants ne connaissaient en rien à la violence, mais à cause de l'immigration clandestine, nous sommes pris en otage sur notre propre île... Aujourd'hui, un symbole de la République française a été lâchement incendié et nous constatons que votre seule réaction comme d'habitude est de condamner fermement sans action forte et à la hauteur des enjeux... Monsieur le Préfet, lors de son intervention sur le plateau de Mayotte La 1ère, n'as fait que réaffirmer le laxisme que subissent les Mahorais. Quand, l'Etat passera-t-il réellement à l'action dans un territoire qui n'est plus de droit ? Quand l'Etat punira-t-il ceux qui terrorisent ses citoyens et ceux qui bafouent ses lois ? Qand l'Etat prendra-t-il ses responsabilités régaliennes au lieu de se déresponsabiliser ? Quand l'Etat dirat-il “ Stop ” et mettre-t-il les moyens qu'il faut pour permettre aux Mahorais de vivre en paix, pour que nos enfants puissent aller à l'école en paix ? Jamais aucun gouvernement n'a montré autant de mépris envers Mayotte que dans ce quinquennat et tous les chiffres annoncés par le ministre de l'Intérieur ne sont que le résultat de la non réception des Mahorais désirant porter plainte pour des faits de vol et agressions... Vous avez dans votre publication les réactions de la population mahoraise. Des réactions que vous n’avez même pas été capable de recueillir lors de votre visite à Mayotte. Nous sommes abasourdis par le laxisme qui règne dans un département français alors que la première mission régaliennes de l'Etat est la sécurité... Pour votre information, les appels à riposter contre les criminels qui sévissent à Mayotte se multiplient car les habitants n'ont plus confiance en vous, ni en leurs élus locaux. Nous aurons l'occasion de faire très prochainement le bilan catastrophique de votre visite et de la situation à Mayotte. Soyez en sûr ! Un collectif très en colère contre les autorités laxistes de notre chère pays

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Raïnat Aliloiffa

Photo Franco Di Sangro

PORTRAIT

ZAIMA ANIKA ANLI HEL 8•

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COUTURIÈRE ENVERS ET CONTRE TOUT Derrière la marque de vêtement Anika Exkiz se cache une couturière pleine de talent qui a fait le choix de poursuivre ses rêves. Zaima Anika Anli Hely est une femme mahoraise déterminée à tordre le cou aux clichés qu’il y a autour du métier de couturier. La créatrice de mode a créé son entreprise il y a moins d’un an et le succès tape déjà à sa porte.

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Photo Franco Di Sangro

PORTRAIT

Un rêve de petite fille qui se réalise. C’est ce que vit Zaima Anika Anli Hely depuis des mois. La jeune femme mahoraise a déposé sa marque de vêtements Anika Exkiz il y a moins d’un an, et depuis son entreprise ne cesse de croître. Sollicitée de toute part, Anika vit, certes, un rêve éveillé, mais elle a dû passer par plusieurs étapes avant d’en arriver là. “ Depuis toute petite, j’aimais la mode mais c’était juste une passion parce que je ne pensais pas que je pouvais en faire mon métier. Après mon bac, je me suis donc orientée vers l’architecture ”, raconte-t-elle. Zaima Anika Anli Hely poursuit ses études jusqu’à la cinquième année qu’elle ne valide pas. Elle essaye alors de se réorienter. Après plusieurs formations, elle décide finalement de rentrer à Mayotte et travaille un temps à La Poste. Bien loin de son premier amour : la couture. Arrive alors soudainement le confinement au mois de mars 2020, période pendant laquelle Anika se retrouve sans emploi. “ À ce moment-là, j’ai décidé de m’investir réellement dans la couture. J’ai cherché des

subventions et j’ai déclaré mon entreprise en décembre 2020. ” Tout s’accélère alors pour la styliste, qui est très présente sur les réseaux sociaux et qui n’hésite pas à partager ses créations. Elle est ainsi rapidement repérée pour présenter ses pièces dans des défilés de mode, notamment celui de l’élection de Miss Excellence Mayotte. La marque Anika Exkiz arrive alors à se faire une place dans le monde de la mode locale. “ Je ne m’attendais pas à atteindre aussi vite le succès que j’ai maintenant ! Je pensais que ça allait prendre plus de temps, peut-être dans trois ans. Mais dès que j’ai mis les pieds à Mayotte, tout s’est accéléré ”, reconnaît la couturière. Cependant, le succès s’accompagne d’une certaine appréhension. “ J’ai un peu peur parce que j’ai l’impression que ça va beaucoup trop vite, mais je n’ai pas le droit de reculer. ”

“ Pas un métier d’avenir ” Si la styliste vit aujourd’hui une véritable

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success story, elle a dû batailler dur et s’affranchir des remarques des autres pour réussir. Anika a fait preuve de détermination pour ne pas écouter sa maman qui ne portait aucun espoir en son projet. “ Ma mère ne me soutenait pas car elle n’y croyait pas ”, se souvientelle. Avant de finalement réussir à lui faire changer d’avis ! “ Elle est ma première source de motivation. Elle est beaucoup investie dans mon entreprise et je suis persuadée que sans elle, je ne serais pas à ce niveaulà ”, témoigne la créatrice. À tel point que son parcours est un exemple pour tous ceux qui veulent créer leur entreprise, mais qui se montrent encore hésitants. “ Les métiers artisanaux sont souvent critiqués… Mais quand on est passionnés, il ne faut pas lâcher. On m’a toujours dit que couturière n’est pas un métier d’avenir et pourtant tout se passe bien pour moi. ” Son secret ? Anika a tout simplement toqué à la porte de l’agence Créa Pépites, qui l’a accompagnée tout au long du processus, notamment pour les démarches administratives qui peuvent s’avérer fastidieuses.

le tissu du nambawane ”, dévoile-t-elle. Sa marque de fabrique séduit et beaucoup sont prêts à payer le prix fort pour avoir une pièce. Si la cheffe d’entreprise est consciente que sa gamme de prix est largement audessus de ce que les Mahorais dépensent en moyenne dans les vêtements, elle assume son choix. “ Je facture au juste prix. Mes clients ne sont pas des gens qui cherchent à trouver du moins cher, ils veulent une pièce qui a été créée avec passion et amour. ” En plus de son atelier situé à Hamjago, la styliste veut grandir et ouvrir des magasins sur l’île “ d’ici trois ans ”. Il est important pour elle de développer son activité à Mayotte avant de peut-être, un jour, s’exporter à l’étranger. Et pour cela, elle a besoin de renfort. Elle est donc actuellement à la recherche d’un couturier qui pourra l’épauler dans sa conquête du monde. “ Je suis prête à le ou la former parce que je suis passée par là ”, précise Anika. Alors si vous êtes passionné de couture et de mode, tentez votre chance ! n

Depuis, Anika cherche à se démarquer des autres créateurs mahorais, avec un style qu’elle définit comme minimaliste et sophistiqué. “ J’apporte de la pureté et du minimalisme dans la manière de s’habiller à Mayotte. Mais je mets toujours une touche locale en utilisant

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DOSSIER

PSYCHIATRIE (2/2)

UNE SOCIÉTÉ MALADE ? La semaine dernière, Mayotte Hebdo revenait sur le mal des soignants en psychiatrie, dont le nombre, en déclin, impacte inévitablement la prise en charge et l’offre de soins. Mais que soigne-t-on exactement ? Quels maux touchent la santé mentale des Mahorais ? Quels facteurs entrent en jeux ? Pour notre deuxième et dernière partie dédiée à la psychiatrie, décryptage.

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DOSSIER

ANALYSE

UN MAHORAIS SUR TROIS ATTEINT DE TROUBLES PSYCHIQUES IL Y A CINQ ANS, LA PREMIÈRE ENQUÊTE DÉDIÉE À LA SANTÉ MENTALE DES MAHORAIS ÉTAIT MENÉE SUR LE TERRITOIRE. EN RESSORT UNE “ PRÉVALENCE ÉLEVÉE ” DE TROUBLES PSYCHIQUES, ANXIEUX NOTAMMENT. En 2019, les résultats d’une enquête inédite sur la santé mentale à Mayotte étaient dévoilés. Intitulé “ La santé mentale en population générale : images et réalités ”, ce travail de recherche a été instigué par l’Association septentrionale d’épidémiologie psychiatrique et le centre collaborateur de l’OMS afin de “ décrire les représentations liées à la “ maladie mentale ”, la “ folie ”, la “ dépression ” et aux différents modes d'aide et de soins, et, d'autre part, d'évaluer la prévalence des principaux troubles mentaux, dans la population générale âgée de 18 ans ou plus. ” Dans ce cadre, 892 personnes ont été interrogées au cours de l’année 2016 de façon anonyme. Trois ans plus tard, l’enquête a permis de dresser un portrait de la prévalence des troubles psychiatriques à Mayotte. D’abord, un trouble psychique est repéré chez plus d’un Mahorais sur trois. Les troubles anxieux sont par ailleurs les plus fréquents (24,1%), suivis des troubles de l’humeur (19%). Les adultes de moins de 30 ans seraient les plus touchés (45,7%) : “ Si on n’observe pas

de différence du risque de présenter au moins un trouble psychique en fonction du sexe, les femmes et les hommes présentent néanmoins des types de troubles différents (davantage de troubles anxieux et dépressifs chez les femmes, davantage de troubles liés à l’alcool et aux drogues chez les hommes). ”, déroule l’enquête. Par ailleurs, “ Si on n’observe pas de différence du risque de présenter au moins un trouble psychique en fonction du sexe, les femmes et les hommes présentent néanmoins des types de troubles différents (davantage de troubles anxieux et dépressifs chez les femmes, davantage de troubles liés à l’alcool et aux drogues chez les hommes). ”

DES TROUBLES INFLUENCÉS PAR L’EMPLOI ET L’ÂGE NOTAMMENT Aussi, la prévalence de ces troubles est “ relativement élevée à Mayotte ”, en comparaison avec les autres lieux d’enquête de la région. Alors qu’elle dépasse ici les 33%, elle est affichée à 10,4% aux Comores, 30,2% à Mahajanga, 22,3% à l’Ile Maurice, 29,7% à

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La Réunion et 21,6% aux Seychelles (à noter toutefois que les enquêtes y ont été réalisés dans les années 90). Si, dans le 101ème département, les troubles anxieux sont les plus rependus, ils se déclinent majoritairement sous trouble panique et de la phobie sociale, suivis de l’agoraphobie, de l’anxiété généralisée et de l’état de stress post-traumatique, ce dernier étant à Mayotte près de deux fois plus élevé qu’en métropole. Les troubles psychotiques quant à eux “ semblent relativement élevés ”, avec 3,5% de syndromes repérés. Autre fait remarquable, “ les sujets qui ont au moins un trouble psychique sont significativement plus jeunes que ceux qui n’en ont aucun ”. L’âge moyen des personnes

avec trouble est de 33,8 ans contre 38,3 ans chez les personnes qui n’ont aucun trouble. Selon l’étude, la moitié des personnes ayant au moins un trouble mental ont moins de 31 ans. Dans plus de 45% des cas, les personnes âgées de 18 à 29 ans présentent “ au moins un trouble mental ”. Selon les conclusions de l’enquête, “ La situation visà-vis de l’emploi est statistiquement liée à la présence d’au moins un trouble psychique ”. Ainsi, parmi les personnes sans emploi (chômeurs, retraités, étudiants, femmes au foyer), 39,5% ont au moins un trouble, hors risque suicidaire et insomnie, soit 10 points de plus que les personnes actives.n

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DOSSIER

ENTRETIEN

TROIS QUESTIONS À JEAN-LUC RŒLANDT, PSYCHIATRE

IL A PERMIS DE MENER L’ÉTUDE DÉDIÉE À LA SANTÉ MENTALE DES MAHORAIS ET DE DRESSER PLUSIEURS RECOMMANDATIONS À SUIVRE DANS LE FUTUR POUR PERMETTRE UNE MEILLEURE PRISE EN CHARGE DES TROUBLES PSYCHIQUES ET PSYCHIATRIQUES. CINQ ANS PLUS TARD, LE DOCTEUR JEAN-LUC RŒLANDT REVIENT SUR CE TRAVAIL INÉDIT À L’ÉCHELLE DE L’ÎLE.

Mayotte Hebdo : Pourquoi était-il nécessaire d’entreprendre une étude concernant la santé mentale des Mahorais ? Jean-Luc Rœlandt : C’est une étude multicentrique internationale qui a commencé dans l’océan Indien dans les années 95 et qui a été terminée en 98. A l’époque, on avait fait les Comores,

Madagascar en partie, La Réunion, mais il manquait les Seychelles et Mayotte. Vu la situation de Mayotte et le conflit avec les Comores, il était compliqué de lancer l’enquête sur le territoire. Alors 20 ans après, l’ARS de La Réunion (à laquelle était encore rattachée Mayotte, ndlr) et les psychiatres de Mayotte ont lancé une dynamique autour de la santé psychiatrique et communautaire, et ils ont demandé à ce qu’on mette en place l’enquête locale. Nous l’avons fait avec le CHM et le service de psychiatrie, ainsi qu’avec l’ensemble des communes. Donc nous avons réussi à dégager une bonne vision de la santé des Mahorais ! A Mayotte, il y a un taux de prévalence assez important mais il faut faire attention aux comparaisons avec les autres îles de la région, où l’enquête a été menée il y a de ça 20 ans, donc il est possible que les choses aient changé depuis. M.H : Comment expliquer cette forte prévalence ? J.L.R : On s’est rendu compte qu’il y avait de forts problèmes de santé mentale dans

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la jeunesse, particulièrement entre 18 et 35 ans, ainsi que chez les populations en situation irrégulière. Le plus marqué était les problèmes de santé dus à l’anxiété, car une forte partie de la population vit dans une situation précaire voire très précaire, ce qui a forcément des répercussions sur la santé. On recense ici 2% de psycho-trauma, contre 0,7% en métropole. Ce n’est pas énorme, mais cela intervient en fonction des conditions sociales, de vie, d’habitat, d’emploi, de précarité... La deuxième chose que nous avons remarqué, c’est le recours au champs religieux pour se soigner, ou pour toute autre difficulté personnelle. Au lieu de se tourner vers des services de santé, les gens ont plus tendance à se tourner vers leur entourage ou des figures comme les fundi. La médecine générale n’est malheureusement pas très représentée à Mayotte, alors qu’elle est un excellent recours, et la plupart des troubles que nous avons recensés peuvent être pris en charge par le système de santé primaire, mais pour ça, il faut du personnel... M.H : Que préconisez-vous pour améliorer la prise en charge et l’offre de soins ? J.L.R : S’il fallait faire quelque chose, ça serait d'améliorer les soins portés aux troubles anxieux et

dépressifs, qui nécessitent des mesures structurelles : donner des médicaments ne sert à rien, il faut surtout faire en sorte que les gens aillent mieux, et ça c’est toute la société qui doit s’y mettre, et pas uniquement à travers des mesures médicales, mais aussi via des mesures d’organisation sociale : accès aux soins, aux techniques douces… A l’issue de cette enquête, nous avons préconisé la création de conseils locaux de santé mentale à Mayotte pour mettre autour de la table aussi bien la psychiatrie que la médecine générale, les élus, les patients, les religieux… et voir comment résoudre les problèmes collectivement. Selon nos conclusions, il n’apparaissait pas nécessaire d’augmenter le nombre de lits mais plutôt la prise en charge dans la communauté, notamment à travers l’hospitalisation et l’aide à domicile, car le milieu hospitalier n’est pas des plus accueillants. Mais cela est un véritable changement de paradigme, car aujourd’hui la santé mentale à Mayotte repose essentiellement sur l’hospitalisation. Mais des formations en soins communautaires commencent à se mettre en place, et c’est une bonne piste. C’est quelque chose que Dominique Voynet a beaucoup prôné. Il faudrait aussi former des médiateurs de santé dans les communautés, y compris au sein des populations clandestines, qui sont très exposées aux problèmes de santé mentale. n

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DOSSIER

ANALYSE

LES ADDICTIONS EN QUESTION LA CONSOMMATION D’ALCOOL ET DE PRODUITS STUPÉFIANTS AGIT DIRECTEMENT SUR LA SANTÉ MENTALE DES CONSOMMATEURS, ET PEUT MÊME ENTRAÎNER DES TROUBLES PSYCHIQUES ET PSYCHIATRIQUES. SI À MAYOTTE, LE PHÉNOMÈNE SEMBLE ASSEZ MARGINAL, LA CHIMIQUE Y CONSTITUE TOUTEFOIS UN FACTEUR AGGRAVANT.

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Souvent, troubles psychiques, psychiatriques et addictions se répondent. “La co-occurrence, en premier lieu, entre conduites addictives et pathologies mentales, est importante. Les troubles le plus souvent associés aux addictions, comme en témoignent les grandes études épidémiologiques internationales, sont les pathologies dépressives, les troubles bipolaires et notamment la manie, les pathologies anxieuses (trouble panique, anxiété sociale en particulier), la schizophrénie et enfin certains troubles de la personnalité comme la personnalité sociopathique et les états limite.”, considère le psychiatre Michel Reynaud, dans son ouvrage "L’information psychiatrique". Si avec la Guyane et La Réunion, Mayotte constitue l’un des outre-mer les moins touchés par la consommation de produits stupéfiants, certains facteurs locaux demeurent néanmoins à ne pas négliger.

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DOSSIER

En juin 2020, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies publiait un état des lieux et des problématiques liés aux addictions dans les outre-mer. S’agissant du 101ème département, est relevé un très faible intérêt pour l’alcool (24% d’expérimentateurs à 17 ans contre plus de 90% dans les outre-mer et 86% en métropole) et un tabagisme “quasi-inexistant”. En matière de stupéfiants, le cannabis est “de loin” la substance la plus consommée, majoritairement chez les hommes. Néanmoins, “les jeunes de Mayotte seraient confrontés à des problématiques singulières d’addiction, du fait de l’environnement social, culturel et religieux” dans lequel ils évoluent. Ainsi, le caractère “clandestin” de l’alcool, proscrit aux yeux de l’Islam, entrainerait “une faible perception des risques”. Une enquête de 2003 montrait ainsi que 36 % des jeunes buveurs déclaraient boire 7 verres ou plus lorsqu’ils s’alcoolisent. En outre, “la part apparemment en hausse des comportements d’usage d’alcool serait attribuable à la libération des mœurs liée du développement social et culturel de l’île”, souligne l’Observatoire.

LE CAS DE LA CHIMIQUE Dans les couloirs de l’hôpital et même jusqu’à sa direction, plusieurs professionnels s’accordent à dire que le service psychiatrique du CHM compte nombre de consommateurs réguliers de chimique. “Si la plupart du temps, cette drogue a des effets sédatifs, la consommation de chimique peut aussi provoquer chez les usagers des crises avec des symptômes psychiatriques qui s’accompagnent de violence et d’agressivité”, explique Agnès Cadet-Tairou, co-auteur d’une étude dédiée à la chimique et publiée en 2018. Apparue à Mayotte en 2010 sous forme de cigarettes trempées dans de l’alcool et mélangées à de l’herbe ou à des cannabinoïdes de synthèse, sa consommation s’est depuis largement répandue, du fait de “la forte accessibilité du produit”, peu coûteux et facile à se procurer. Ainsi, les jeunes issus de milieu défavorisés seraient les plus touchés par le phénomène. Certains d’entre eux seraient

même initiés dès l’âge de 10 ou 12 ans, augmentant considérablement l’impact à long terme sur la santé mentale notamment. En 2015, alors que les scènes ouvertes de consommation et “des manifestations individuelles saisissantes dans l’espace public (évanouissements, crises d’agressivité, décompensations psychiatriques et divers troubles du comportement)", le centre d’addictologie de Bordeaux est missionné pour mieux évaluer la nature et les modalités de substances psychoactives à Mayotte et à La Réunion. Les professionnels impliqués dans le projet font alors état d’une dépendance “rapide et forte” engendrée par la chimique, “dans un contexte d’insuffisance et d’inadaptation de l’offre de prise en charge sanitaire”. Le risque d’addiction apparaît par ailleurs accru par les conditions de vie précaire d’une large frange de la population, un facteur qui pourrait alimenter “une délinquance et une criminalité déjà en hausse, tout en consolidant le marché illicite compte tenu de l’aspect lucratif du trafic”. Entre 2018 et 2019, plusieurs cas d’hospitalisations “plus ou moins sévères”, en lien avec une prise supposée de chimique sont signalées à Mayotte. Dans le même temps, un produit appelé “chamane”, autre cannabinoïde de synthèse, 200 fois plus puissant que le cannabis, apparaît sur le territoire. Or, sa consommation entraîne “des conséquences encore plus importantes sur le plan psychiatrique”. Si le constat est particulièrement alarmant depuis la dernière décennie, un pas en avant historique pour la santé à Mayotte a été franchi il y a peu, puisque la première structure médico-sociale pour la prise en charge des addictions devrait bientôt voir le jour. Ce projet, mené en partenariat avec l’ARS et l’association Narike m’sada, s’articulera autour de trois pôles afin d’offrir une prise en charge médicale, psychologique et sociale. Ouverture prévue au 1er janvier 2022 au plus tard. n

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Observatoire français des drogues et des toxicomanies (2017)

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L.G

À SADA, LES TERRASSES SE METTENT AU VERT Depuis six mois, Mako a transformé sa terrasse en potager. Aidée par l'établissement public foncier et d'aménagement de Mayotte et le centre communal d'action sociale de Sada, l’assistante maternelle de profession est devenue jardinière amateur. Une opportunité de consommer des produits locaux et de saison, sans pesticides.

“Tous les jours, de bonne heure et de bonne humeur, Mako se rend sur sa terrasse. “Je prends plaisir à monter de bon matin à 5h. Je reste sur mon toit 45 minutes à une heure pour m’occuper de mes plantations”, confie la jardinière en herbe. Dans les bacs en bois, tomates et salades poussent sous le soleil de Sada. “J’avais déjà cette idée d’utiliser ma terrasse comme potager”, confie Mako. Avant d’ajouter : "J'avais parlé de cela à mes amis et mes voisins

et par le bouche-à-oreille, les salariés de l’Epfam (établissement public foncier et d'aménagement de Mayotte) sont venus à ma rencontre pour me proposer de participer au projet d’expérimentation des toitures végétalisées.” Une véritable opportunité pour l’assistante maternelle qui se dit ravie des conseils et du suivi que la structure lui a apportés. “J’ai été très bien accompagnée par Claire

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Colliaux qui est chargée de mission agriculture urbaine. Nos échanges étaient aisés et les choses se sont mises en place facilement”, confie la jardinière. En rejoignant ce programme, Mako a pu bénéficier d’une aide à l’installation de son jardin potager grâce à des aménagements financés par l’établissement public foncier et d'aménagement de Mayotte, la préfecture, le conseil départemental, l’Union européenne, Leader France et le groupe d'actions locales Ouest Grand Sud de Mayotte. Bacs de jardinage, filets de protection, étanchéité du toit terrasse, accès et sécurisation de celui-ci, mais aussi installation d’une citerne de récupération des eaux de pluies ou encore financement d’un appareil de mesure de l'hygrométrie, autant d’outils que Mako et deux autres familles sadoises participant au projet ont pu recevoir.

Un espace d’expérimentation C’est une arlésienne : le foncier est rare à Mayotte. En utilisant les toits terrasses comme lieu de production d’une agriculture vivrière, l’Epfam fait le pari d’apporter plus de “vert” en ville. En se lançant dans ce projet, les jardiniers amateurs ont accepté de réaliser un suivi précis pendant trois ans de leurs récoltes, de noter leurs quantités ou encore de faire état des maladies que les plantes peuvent attraper. Sur leurs terrasses, des bacs de différentes formes et contenances accueillent les légumes. Certains sont au soleil, d’autres à l’ombre et jour après jour, leurs propriétaires analysent la productivité de ceux-ci. De quoi réaliser un véritable guide sur l’agriculture urbaine qui pourra par la suite servir aux Mahorais souhaitant tenter l’expérience. Au départ, tout est parti d’une mésaventure qui est arrivée à Mako, ou plus précisément à ses lapins. “Ma fille s’est rendue au marché pour acheter de la salade pour ses lapins. Lorsqu’elle a donné cette salade soit disant bio à ses animaux, ils sont morts et l’eau dans laquelle nous avons rincé la salade ensuite afin de vérifier ce qui avait pu les tuer était orange !”, s’exclame la mère de famille. Un épisode qu’elle n’est pas prête d’oublier et qui lui a donné l’envie de cultiver ses propres légumes. Aujourd’hui, les tomates qu’elle consomme au quotidien et dont les enfants qu’elle garde raffolent, poussent sans aucun intrant. De l’eau, de la terre, du soleil et c’est tout !

Plantés dans des bacs confectionnés par des jeunes en insertion du centre communal d'action sociale de Sada, les cultures fleurissent sous le regard attentif de la maîtresse de maison. “Je n’avais jamais fait d’agriculture avant. J’ai d’abord commencé par planter des fleurs pour égailler ma cour et aujourd’hui, je plante toujours plus d’essences différentes. J’ai également suivi avec le programme de l’Epfam trois demi-journées de formation avec un intervenant du CFPPA (centre de formation professionnelle et de promotion agricole) de Coconi”, confie l'assistante maternelle. À l’heure actuelle, Mako récolte trois kilos de tomates cerises par jour ! De quoi rassasier toute la famille mais aussi les voisins et les curieux qu’elle invite avec grand plaisir à faire visiter son potager. n

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LITTÉRATURE

LISEZ MAYOTTE

BANGAS, RETOUR SUR UN CLASSIQUE DE LA LITTÉRATURE LOCALE

AGRÉGÉ DE LETTRES MODERNES ET DOCTEUR EN LITTÉRATURES FRANCOPHONES, CHRISTOPHE COSKER EST L’AUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES DE RÉFÉRENCE SUR LA LITTÉRATURE DE L’ÎLE AUX PARFUMS, NOTAMMENT UNE PETITE HISTOIRE DES LETTRES FRANCOPHONES À MAYOTTE (2015) DONT IL REPREND, APPROFONDIT ET ACTUALISE, DANS CETTE CHRONIQUE LITTÉRAIRE, LA MATIÈRE. Un beau livre est un livre d’images, de photographies le plus souvent. Il fleurit en particulier pour les destinations touristiques et exotiques, mai nous y reviendrons dans une prochaine série de chroniques. Pour le moment, le livre qui nous intéresse est un livre relativement ancien, à l’échelle de la production livresque à Mayotte. Il paraît, en 1989, aux éditions B’wi qui deviendront les éditions du Baobab et qui sont liées à la première librairie sise dans la capitale de Mayotte : Mamoudzou. Il s’agit de La Maison des livres, fondée par Jean-Claude et AnneMarie Pichard. Voici comment ce livre se présente : “ Un livre d’images n’est pas un ouvrage consacré au raisonnement discursif. Nul besoin donc pour ce travail de longues réflexions. Les images parlent. Quelques mots jetés sur l’histoire millénaire de l’île, quelques traits anecdotiques sur son passé récent reconstitueront des plages repères. Ce seront des jalons livrés pêle-mêle pour accompagner le regard. ” (p. 6) La rhétorique de cette présentation est intéressante. Pour ne pas encourir le reproche de l’intellectualisme, une éloquence des images est postulée. Pour ne pas lasser le lecteur, une esthétique de la variété est mise en avant : quelques mots sur l’histoire et quelques anecdotes, et tout cela jeté “ pêlemêle ”. Pourtant, l’ambition avouée du livre est de fournir repères et jalons, c’est-à-dire, à tous les sens du terme, de faire date.

Le premier livre édité, à notre connaissance, par cette maison, est donc un beau livre qui, pour nous, fait partie des classiques de la littérature de l’île. Il s’intitule tout simplement : BANGAS, Mayotte. Les bangas, ou mabanga si l’on se sert de la façon vernaculaire de mettre le mot au pluriel en utilisant un suffixe lié à une classe, sont une maison, ou peut-être plutôt une case que l’adolescent construit au moment de la puberté, afin de profiter de ce moment de la vie qui précède le mariage… Garçonnière est le mot que nous avions sur le bout de la plume ! Par conséquent, le banga a notamment pour fonction d’héberger l’adolescent à la nuit tombée, mais aussi d’abriter ses premières expériences amoureuses. Pour plus d’informations à ce sujet, prière de lire Les Mœurs sexuelles à Mayotte (2005) de Bacar Achiraf ! Mais ce qui retient ici notre attention, c’est moins ce qui se passe dans le banga que sa façade, qui a pour fonction d’attirer et de piéger les filles. Les garçons soignent donc l’apparence de leur banga afin de donner une idée favorable de leur personne. L’essentiel du livre consiste en des photographies de mabanga, édifice éphémère de plus en plus difficile à dénicher aujourd’hui, les mabanga étant plutôt devenus synonymes d’habitations précaires. À l’origine, le banga était pourtant à la fois une forme architecturale éphémère et un art d’aimer : “ Aux demoiselles cependant de choisir. Suis-je au Paradis d’amour ou

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Air Plaisir. Avril et Mandarine proposent de tendres attentions. Bloc Fanta de rafraîchissantes promesses. Bien prévenues devant Château piège, ou Je ne veux pas de bêtises ici, ou Méfiez-vous de l’eau qui dort, elles dédaigneront peut-être les prétentions du Mercenaire sans pitié, de L’omme noir [sic], éviteront les rencontres louches de La mafia. ” (p. 27) Nous renvoyons surtout le lecteur à notre façade préférée qui se trouve – ou sans doute plutôt se trouvait – au nord de l’île, à Mtsamboro (p. 28). La porte de l’édifice est entourée par une mâchoire monstrueuse – on songe à un djinn dévorateur. Et sur la porte, un monstre dévore une femme en criant “ AHAA ”. Dans ce dessin naïf qui révèle une connaissance du style de la littérature en estampes ou bande dessinée, nous voyons une sorte d’écho involontaire au Saturne dévorant un de ses fils (1819-1823) de Goya. Or, même si ce n’est sans doute pas à cette œuvre que le jeune propriétaire du banga pense, les auteurs de l’ouvrage en ont trouvé la source, peut-être étudiée en cours d’histoire. Il s’agit du chapiteau de l’Église Saint-Pierre de Vienne en Isère. Il représente un monstre ailé en train de dévorer un pécheur. Le sens religieux devient ici un sens érotique d’autant que, dans de nombreuses langues d’Afrique, “ manger ” et “ faire l’amour ” sont un seul et même mot. Notre dernière remarque se fonde sur la jeunesse, non pas géologique, mais démographique d’une île dont plus

de la moitié de la population a moins de vingt ans. Dans cette île traditionnelle, la culture jeune possède une grande force. Et qui n’a pas croisé des adolescents aux tenues excentriques caracolant ou non sur des vélos, parfois un peu petits, parce que : “ L’art pictural figuratif des bangas, au même titre que le message écrit que l’on rencontre également, présente ce remarquable caractère que le jeune garçon de Mayotte se plaît à utiliser, cet élément de jeu, qui, au-delà du ludique, confine à l’espièglerie, mieux, à la facétie. Qui ne s’est senti, à l’occasion, troublé par la rencontre d’un adolescent portant des lunettes sans verres, ou une pellicule photo en guise de verres teintés, ou un képi militaire sans partie supérieure… n’a rien compris à l’art du déguisement, au pouvoir de la parodie : tourner l’autre en dérision tout en préservant une touche de la puissance magique accordée à la représentation. On se rappellera peut-être la fonction symbolique des fusils… en bois, brandis au temps passé. L’art, pictural ou vestimentaire, est ainsi une manière de moquerie, tournée vers soi pour mieux atteindre l’autre, mais le plus souvent utilisée avec tendresse et bouffonnerie et dissimulé sous un semblant de puérilité. ” (p. 7) Autrement dit, le style est partout : dans les vêtements et accessoires, dans les mabanga, dans les façons de faire et celles de parler. Comment ne pas penser alors au casque colonial arboré par Nassur Attoumani ?

Christophe Cosker

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MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayottehebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@mayottehebdo.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédactrice en chef Solène Peillard

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Couverture :

Psychiatrie (2/2) Une société malade

Journalistes Romain Guille Raïnat Aliloiffa Constance Daire Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mohamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com

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