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LE MOT DE LA RÉDACTION

BALANCE TON QUOI ? BalanceTonPorc, MeToo, puis MeTooInceste. Comme jamais auparavant, la question des atteintes, violences et agressions sexuelles sont pointées du doigt dans l’espace public. Dénoncées. Les victimes, considérées ; les auteurs, nommés. Pourtant à Mayotte, difficile de ne connaître ne serait-ce que le nombre total de victimes déclarées auprès des forces de l’ordre et des services de santé. Difficile, dès lors, de mesurer l’ampleur de ces violences, le profil des agresseurs, des victimes. D’autant plus sur ce bout d’île où les familles préfèrent parfois nier des cas d’inceste avérés, étouffer un viol au détour d’un mariage arrangé. Peut-être ici plus qu’ailleurs, le chemin sera long avant que les victimes n’aient plus jamais honte de parler. Il le sera tout autant avant que chaque individu violenté, quel qu’il soit, trouve un accompagnement à la hauteur de son traumatisme. Mais pourtant, pour Mayotte, ce chemin a déjà commencé. Bonne lecture à toutes et à tous.

Mayotte Hebdo • 1/2 Page Largeur FU • 190 x 130 mm • Visuel:24H24/7J7 • Parution=19/févr./2021 • Remise le=17/févr./2021

Solène Peillard

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TCHAKS

LA PHRASE

L'ACTION

LE CHIFFRE 120

C’est le nombre de cases en tôle détruites le 15 février, à Dzoumogné dans le cadre de la lutte contre l’habitat illégal. Selon la préfecture, ces habitations insalubres installées sur un terrain du Conseil départemental auraient servi de refuges à des criminels ayant sévi notamment aux abords du lycée de la commune ces derniers mois. Des mesures d’éloignement ont été prononcées à l’encontre de 99 décasés, en situation irrégulière. Jean-François Colombet a assuré que les opérations de destruction du genre seraient poursuivies “ tout au long de l’année 2021 ”. Une chasse aux clandestins à haut risque sanitaire dénoncée par la Cimade, alors que la population insulaire est soumise au confinement depuis plusieurs semaines.

Des renforts envoyés pour le CHM

Alors que l’hôpital de Mamoudzou est débordé par l’épidémie de Covid, boostée par la circulation du variant sud-africain, le gouvernement a annoncé le déploiements de 14 soignants militaires, 2 médecins réanimateurs et 12 soignants du service de santé des armées pour renforcer le module militaire de réanimation du CHM. Ainsi, sa capacité d’accueil devrait compter 5 à 10 lits de réanimation supplémentaires. 39 militaires et 1 200 kilos de fret avait déjà été envoyés à Mayotte en début de mois. Puis, deux navires sont venus livrer sur l'île de l'oxygène supplémentaire pour le centre hospitalier. La solidarité s’organise aussi sur le plan économique puisque des mesures d’accompagnement spécifiques à Mayotte viennent également d’être annoncées. Parmi elles, le doublement de l’aide mobilisée par le fonds de solidarité pour certaines entreprises, ainsi que le maintien de la prise en charge totale par l’État de l’activité partielle (sous conditions également) et le report de charges fiscales et sociales pour toutes les entreprises mahoraises qui en formulent la demande.

“ L’expérience métropolitaine doit venir en complément du savoir-faire local et non l’inverse ”

Dans un courrier daté du début du mois et adressé aux ministres des Outremer et de l’Intérieur, le sénateur Thani Mohamed Soilihi explique avoir été alerté “ sur la nécessité d’un renfort de policiers, en nombre et originaires de l’île, adapté aux circonstances pour une efficacité opérationnelle accrue ”. Actuellement, la direction territoriale de la police nationale à Mayotte (DTTPN) compte “ plus de policiers en séjour à durée limitée (de 4 ans et +) que de fonctionnaires affectés de manière pérenne, qui ont plus de connaissances empiriques sur la délinquance endogène et les particularités de l’île ”. Les femmes y sont également “ largement sous-représentées ”. En sus, “ plus d’une centaine de départs à la retraite ” devraient avoir lieu d’ici septembre prochain. Or, “ Parmi les derniers mouvements de mutation, il semblerait que beaucoup se soient soldés par une rétractation ou une rupture de contrat des fonctionnaires, que la vie à Mayotte a pu rebuter ”. Ainsi, le sénateur réitère sa demande de recrutement de gardiens de la paix mahorais, ou “ la mutation de ceux qui, volontaires pour servir à Mayotte, en seraient pourtant empêchés par une clause statutaire exigeant leur affectation 8 ou 5 années dans une même région. ”

IL FAIT L’ACTU Zeé, rappeur d’origine mahoraise, abattu à Marseille Il avait 24 ans, et il a été récemment tué à Marseille, en plein tournage de son clip. Samedi 13 février, Ayis Issoufa de son vrai nom ainsi que son frère et manager, circulaient à bord d’une BMW dans le centre de la cité phocéenne, quand les passagers d’un autre véhicule auraient ouvert le feu à la Kalashnikov, comme en attestent la quarantaine de douilles retrouvées sur place. À l’arrivée des marins-pompiers sur les lieux, les deux victimes étaient déjà en arrêt cardiorespiratoire, et n’ont pu être secourues à temps. Selon nos confrères métropolitains de La Provence, une automobile suspectée d’être celle utilisée par les auteurs présumés aurait été retrouvée brûlée 8 kilomètres plus loin. D’origine mahoraise, Zeé avait débuté une carrière musicale dans le rap quelques mois plus tôt. Il venait de dévoiler son dernier morceau, Audy.

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LU DANS LA PRESSE

Chaque semaine, découvrez le regard porté sur l’actualité locale à travers la presse nationale ou régionale

MAYOTTE/RÉUNION : LA PRÉFECTURE POURRA REFUSER LA VENUE DE CERTAINS VOYAGEURS Publié sur Zinfos974, par B.S

Olivier Véran et Sébastien Lecornu ont fait des annonces conjointes ce jeudi au sujet de la lutte contre l'épidémie de Coronavirus à La Réunion. De nouvelles mesures ont été prises : "Afin de renforcer le contrôle des motifs impérieux sur les liaisons La Réunion-Mayotte et La Réunion-Hexagone, une procédure d'examen par les services de l'État des justificatifs des motifs impérieux sera mise en place, en amont des vols à Mayotte et à La Réunion. Le décret n°2021-173 du 17 février 2021 modifiant les décrets n°2020-1262 du 16 octobre 2020 et n°2020-1310 du 29 octobre 2020 permet désormais aux préfets d'établir une obligation de transmission des pièces justificatives des motifs impérieux.

Les passagers auront l'obligation de transmettre leurs justificatifs au moins 6 jours avant leur déplacement dans le cadre d'une procédure dématérialisée "Démarches simplifiées". Ils recevront de la préfecture un récépissé qu'ils devront présenter à la compagnie aérienne à l'embarquement. Pour les passagers qui ne justifient valablement pas d'un motif impérieux, la préfecture leur notifiera une décision de refus, ainsi qu'à la compagnie aérienne. Cette procédure sera effective sur les vols entre Mayotte et La Réunion, à compter du samedi 27 février. Les passagers concernés sont invités à se rendre sur le site de la préfecture de Mayotte et de la préfecture de La Réunion pour accomplir cette démarche."

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VIOLENCES SEXUELLES

TABOU “ Une à deux personnes par jour ”. Chaque jour, une à deux victimes d’agression sexuelle sont admises aux urgences de Mamoudzou. Soit plusieurs centaines par an. Parmi elles, beaucoup de femmes, beaucoup d’enfants. Si aujourd’hui encore, les données des associations, des forces de l’ordre et des soignants ne permettent pas d’être mises en commun, une vérité se dessine déjà : les atteintes sexuelles sont invisibilisés, passées sous silence, cachées de l’opprobre, elles ne sont pas moins une réalité. Et malgré des difficultés structurelles, sociales et culturelles, les choses avancent. Petit à petit, la parole se libère. La honte change de camps. Mais le chemin promet encore d’être long.

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DOSSIER

Raïnat Aliloiffa

VIOLENCES SEXUELLES

LE VIOL, UNE PERVERSION CACHÉE DANS LA SOCIÉTÉ MAHORAISE LE VIOL EST UN MAL INVISIBLE, ET À MAYOTTE ON PROFITE DE CETTE INVISIBILITÉ POUR NE PAS EN PARLER. DANS UNE SOCIÉTÉ OÙ LE SEXE EST TABOU, LES VICTIMES D’AGRESSIONS SEXUELLES SONT TROP SOUVENT RÉDUITES AU SILENCE. CEPENDANT, LES VOIX COMMENCENT À SE DÉLIER, ET LES VICTIMES VEULENT DÉSORMAIS SE FAIRE EN-TENDRE MALGRÉ LES NOMBREUSES BARRIÈRES QU’ELLES DOIVENT FRANCHIR. “J’ai été victime de viol par mon géniteur”. Il aura fallu un sacré courage à Saïrati, pour prononcer ces mots sans avoir honte, sans se sentir coupable. Les faits se sont déroulés alors qu’elle n’était qu’une petite fille. Elle dit ne pas se souvenir de l’âge qu’elle avait quand cela a commencé, mais les agressions sexuelles ont cessé lorsque ses parents se sont séparés, quand elle avait 6 ans. Aujourd’hui, la jeune femme âgée de 26 ans, a décidé de sortir du silence et de raconter son histoire. Le chemin n’a pas été facile pour elle, car elle a dû faire

face au déni de son entourage, à l’image de beaucoup de victimes. “J'ai en ai parlé à des personnes proches de moi, mais elles n'ont pas su por-ter ma voix. Je n’ai pas été soutenue comme je l’espérais. Ma parole a été entendue, mais il n’y a pas eu d’actions derrière. Je suis convaincue que c’est parce qu’ils avaient peur des conséquences familiales et sociétales”, estime Saïrati. La petite fille qu’elle était a évoqué le sujet pour la première fois à l’âge de 8 ans, puis vers ses 17 ans, mais elle n’a pas été soutenue.

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Ce n’est qu’en allant en métropole, à l’âge de 19 ans qu’elle en parle à une tante et trouve enfin le soutien qu’elle a toujours recherché. Saïrati trouve réconfort auprès de cette tante car elle aussi a été victime de viol, par le même homme. S’en suivent alors de longues années de thérapie avec différents professionnels. Elle est passée par tous les états : colère, peine, in-compréhension. “J’en ai voulu à mon géniteur parce que je me sentais inca-pable d’en parler, et je lui en ai voulu parce qu’il ne disait rien alors que j’ai beaucoup pleuré.” Le long travail thérapeutique et la maladie de son agres-seur ne lui ont pas permis de porter plainte mais Saïrati ne le regrette pas. “Je ne pense pas que la justice m’aurait aidée à guérir. Aujourd’hui je vais beaucoup mieux car j’ai choisi de ne plus lui en vouloir. Je ne dis pas que je lui pardonne ou que ça fait moins mal, mais je ne veux plus vivre avec cette colère qui n’étouffait que moi.” Si Saïrati a eu le courage d’en parler à sa famille, ce n’est pas le cas de My-riam* qui garde encore son secret enfoui dans ses souvenirs. “Lorsque j’étais petite, je

devais avoir 5 ans, mon beau-frère a abusé de ma sœur et de moi”, retrace Myriam. Cela a duré plusieurs années et les sœurs ont gardé le se-cret jusqu’au jour où la cadette révèle tout à sa mère. “Au début ma mère et mon beau-père ne l’ont pas crue parce que ses propos étaient confus, elle était plus jeune que moi. Lorsque j’ai vu que sa parole était mise en doute, je n’ai pas osé en parler parce que je ne voulais pas que l’on me traite de menteuse”, explique Myriam. Aujourd’hui, ce sujet est complètement tabou au sein de sa famille, particulièrement parce que le beau-frère en question est décédé. “Il est mort quand j’avais 10 ou 11 ans. C’est horrible de dire cela, mais j’étais soulagée quand ça s’est passé”, révèle-t-elle. Myriam n’a jamais souhaité suivre de thérapie, ou en parler à sa famille car elle estime que c’est trop tard. Elle est cependant consciente de vivre avec une certaine rancune. “J’en veux à ma mère de ne pas avoir su nous protéger de ce prédateur alors que tout se passait sous ses yeux. Je ne comprends pas comment elle a pu ne rien voir. Peut-être qu’elle ne voulait pas le voir finalement…”

ÉDUQUER ENFANTS ET PARENTS Dans la société mahoraise, on ne parle pas de sexe. On le sous-entend quelques fois, mais l’éducation sexuelle est inexistante. Cela favorise le silence des personnes victimes de viol. “On diabolise un peu trop la sexualité avant le mariage. C’est un tabou qui entraîne tous les autres tabous parce que si on ne parle pas de sexualité, un enfant n’osera jamais raconter à ses parents qu’il a vu ou subi quelque chose de bizarre”, souligne Saïrati. Et Myriam d’ajouter, “Si on m’avait appris quand j’étais petite que personne n’a le droit de toucher mon corps, les choses se seraient peut-être déroulées autrement.” Ce tabou ne devrait plus exister selon Combo Abdallah Combo qui tire la sonnette d’alarme sur la nécessité d’éduquer les filles et les garçons. “On doit leur apprendre clairement le bien et le mal. Il faut leur apprendre que personne d'autre qu'eux n’a de droits sur leurs corps et lorsque quelqu’un les touche c’est mal et il faut en parler.” À Mayotte un travail est également nécessaire chez les parents selon le sociologue. Ils doivent apprendre à écouter leurs enfants, et repérer le comportement d’un enfant victime. Mais encore faudrait-il s’éloigner de tous les aprioris et moins s’inquiéter de ce que les autres peuvent penser.

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LIBÉRER LA PAROLE DES VICTIMES Saïrati a fait le choix de ne plus se taire et de sensibiliser sur les agressions sexuelles commises sur les enfants. Elle a commencé par écrire une lettre à son agresseur qu’elle a publiée sur les réseaux sociaux. Elle a ensuite créé une page Facebook (Souboutou Ouhédzé jilaho Ose libérer ta parole) avec sa tante et depuis elle ne cesse de recevoir des témoignages de personnes qui ont été agressées sexuellement. “Je leur dis toujours ce que j’aurais vou-lu entendre. Je leur dis que je les crois et qu’ils n’ont pas à s’en vouloir. Puis je les oriente vers différentes associations à Mayotte ou en métropole, et vers des professionnels qui peuvent les aider”, indique-t-elle. Malheureusement beaucoup ne souhaitent pas porter plainte pour diverses raisons. Une réaction typique des victimes de violences sexuelles, particuliè-rement à Mayotte où le viol est un problème de société qui est caché, étouffé, réduit au silence. “Le mot viol n’existe même pas dans le langage mahorais. C’est une notion juridique du droit français. On dit plutôt que l’enfant a été “attrapé”. Et avant on ne sanctionnait pas juridiquement

la personne qui vio-lait. Si cela venait à se savoir, il était parfois battu par les membres de la so-ciété mais on ne portait jamais plainte”, analyse le sociologue Combo Abdal-lah Combo. Très souvent, on obligeait la fille à épouser son agresseur pour préserver l’honneur de la famille. Le déshonneur familial est tellement fort qu’on passe outre l’aspect individuel de la victime. “Dans notre société ma-horaise, nous vivons en groupe. L’image du groupe prime sur le bien-être de chaque individu. Lorsqu’une telle chose arrive, on essaye alors d’arranger ce-la en famille. Mais tous ces mécanismes font qu’à chaque fois on excuse l’inexcusable”, juge encore le sociologue. Les victimes d’agressions sexuelles sont encore plus réduites au silence si l’agresseur est un membre de la famille. Le viol incestueux est un fait telle-ment grave que les membres de la famille préfèrent ne pas en parler. “C’est la raison pour laquelle une mère a du mal à croire quand sa fille dit qu’elle a été violée par son père, son oncle ou son frère. Au lieu de protéger la victime, on va protéger le statut de l’agresseur parce qu’il y a encore cette barrière psychologique”, explique Combo Abdallah Combo. n

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Propos recueillis par Solène Peillard

ENTRETIEN : DOCTEURES F. GRECO ET L. LAVILLAUROY, RÉFÉRENTES AUX URGENCES

“NOUS AVONS UNE À DEUX ADMISSIONS PAR JOUR DE PERSONNES VICTIMES D'AGRESSION SEXUELLE” 285. C’EST LE NOMBRE DE VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE ADMISES AUX URGENCES DU CHM ENTRE SEPTEMBRE 2017 ET AOÛT 2020, FAIT ÉTAT L’ARS. PARMI ELLES, 133 ENFANTS, ÂGÉS DE 6 MOIS À 16 ANS. DE 2018 À 2020, CETTE FOIS, LE SERVICE DE MÉDECINE LÉGALE DE L’HÔPITAL EN RECENSAIT 207. RÉFÉRENTES POUR LES AGRESSIONS SEXUELLES AU SERVICE DES URGENCES, LES DOCTEURES FLORENCE GRECO ET LOUISE LAVILLAUROY TÉMOIGNENT. 12•

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Mayotte Hebdo : Dans quelle mesure une personne victime de violences sexuelles est admise aux urgences plutôt qu’en médecine légale ? Florence Greco : Il a été décidé que les urgences ne prendraient en charge que les agressions sexuelles de moins de 72 heures. Au-delà, les patients peuvent évidemment toujours venir consulter au CHM, mais ils seront redirigés vers la médecine légale car à ce stade, il est trop tard pour que les prélèvements soient faits aux urgences. Il n’y a pas que le CHM vers qui se tourner lorsque l’on est victime d’agression sexuelle. On peut en parler à son infirmière scolaire, à sa sage-femme, à son médecin traitant, se rendre dans un dispensaire, un centre médical de référence, etc., qui peuvent accompagner le patient dans son parcours jusqu’à la médecine légale. M.H : Quel est le profil des victimes ? Certaines tranches d’âge ou catégories sociales sont-elles plus touchées que d’autres ? Louise Lavillauroy : Les victimes que l’on rencontre aux urgences, au CHM ou de façon générale sont issues de toutes les catégories sociales, de tous les âges – du bébé

jusqu’à la personne âgée –, ça peut aussi toucher les hommes, des personnes riches, des personnes pauvres… Cela peut tomber sur n’importe qui, à n’importe quel moment. Tout ce que l’on peut dire, c’est que depuis le début de l’année, nous avons une à deux admissions par jour de personnes victimes de violences sexuelles aux urgences. F.G : Mais tout le monde ne consulte pas, et tout le monde ne consulte pas aux urgences, il y a certaines victimes qu’on ne voit pas. Ensuite, certains certificats sont faits pour des symptômes dues à l’anxiété par exemple, ce qui minimise les chiffres. M.H : Quel est le parcours de soins d’une personne victime de violences sexuelles prise en charge aux urgences ? F.G : On installe d'abord la personne seule, puis on cherche dans un premier temps à savoir ce qui s’est passé et quelle est la nature de l’agression. Selon l’endroit où elle s’est produite, nous faisons appel soit à la police nationale soit à la gendarmerie. Parfois, certaines personnes prennent d’abord contact avec les forces de l’ordre avant d’aller

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consulter, et c’est aussi quelque chose que nous devons savoir. Nous avons ensuite ce que l’on appelle une réquisition qui permet de constater les lésions : elles peuvent être physiques, mais également psychologiques. L.L : Dès lors que nous faisons une réquisition, tout ce que nous ferons après sur le plan médical sera recevable devant un tribunal. Alors que si on fait les prélèvements ou les examens avant cette réquisition, cela ne sera pas recevable. F.G : Une fois qu’on a reçu la réquisition, on procède à l’examen clinique de la victime et on s’assure de son statut vaccinal : est-elle vaccinée contre l’hépatite B ? Utilise-t-elle un moyen de contraception ? Y a-t-il un risque de grossesse ? Est-elle déjà enceinte ? Puis, on fait des prélèvements pour rechercher d’éventuelles maladies sexuellement transmissibles. Ce n’est qu’après tout ça que le gynécologue procède à un examen, là encore sur réquisition, pour voir s’il y a des lésions génitales qui montrent qu’il y a

eu une agression sexuelle. Il faut savoir que les examens réalisés avant cette étape ne permettent pas de dire s’il y a eu agression ou non. Une fois que tout cela a été fait, on procède au vaccin si besoin. S’il s’agit d’une femme qui n’a pas de contraception, on va lui donner la pilule du lendemain et on délivre la trithérapie anti VIH de façon systématique, pour trois jours. L.L : Et le circuit du patient se termine par un entretien avec la cellule de crise des psychologues et psychiatres. La personne peut aussi y récupérer les coordonnées qu’il faut si elle souhaite poursuivre ce suivi. Pour les mineurs et les adultes en situation de handicap notamment, il faut aussi déclarer la situation de danger. M.H : Êtes-vous tenues d’alerter les autorités en cas d’agression avérée ? L.L : Lorsque nous pratiquons ces examens, les victimes ne sont souvent pas encore dans

QUE DIT LA LOI ? Aux yeux du Code pénal, “ constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ”. Une définition qui inclut les caresses et attouchements de nature sexuelle. En l’absence de pénétration, ces attouchements constituent un délit passible de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Ces peines peuvent être plus lourdes notamment si l’agression a entraîné une blessure, si elle a été commise par un ascendant et/ou sur une personne mineure, par plusieurs personnes ou par un conjoint. Le viol en revanche, est une agression sexuelle caractérisée par l’acte de pénétration, la volonté de porter atteinte et l’absence de consentement de la victime. S’agissant cette fois d’un crime, il est jugé devant une cour d’assises. Les auteurs reconnus coupables de viol encourent 15 ans de réclusion criminelle, porté à 20 en cas de circonstances aggravantes et jusqu’à 30 ans s’il a entraîné la mort de la victime. La réclusion criminelle a perpétuité peut également être prononcée si les faits sont précédés, suivis ou accomapgnés d’actes de torture ou de barbarie.

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QUE FAIRE EN CAS D’AGRESSION SEXUELLE ?

la démarche de vouloir porter plainte, puisque les faits viennent de se dérouler. Certaines sont traumatisées par ce qui leur arrive, donc beaucoup d’entre elles n’y pensent pas à ce stade. F.G : D’où l’importance de la réquisition. Sans elle, si la victime ne va jamais porter plainte, les forces de l’ordre ne seront jamais informées de ce qui s’est passé. Alors que si l’on contacte nous-mêmes les forces de l’ordre, avec évidemment l’accord des parents ou de la victime, l’enquête peut déjà commencer et la procédure peut être ouverte. Ce qui, encore une fois, doit être fait même si la victime ne porte pas plainte instantanément. Au moment de l’examen gynécologique, les prélèvements permettent de voir s’il y a des traces de sperme et sur réquisition, la police peut les récupérer pour faire une recherche ADN par exemple. M.H : À Mayotte particulièrement, le sujet de la sexualité est tabou. Et souvent, les agressions et viols y sont passés sous silence, car l’entourage de la victime craint pour sa réputation. Comment cette composante influet-elle sur votre travail ? F.G : C’est effectivement particulièrement délicat lorsqu’en face de nous, il y a des membres de la famille

“La première chose à faire c’est de consulter le plus rapidement possible”, souligne le docteur Greco. “Certaines personnes vont d’abord se tourner vers les forces de l’ordre, et se dire qu’elles n’ont plus le courage d’aller voir des professionnels de santé”, complète à son tour le docteur Lavillauroy. Pourtant, faire constater ses blessures (physiques et psychologiques) est le premier réflexe à avoir, pour que les réponses nécessaires soient apportées à temps. En cas de viol notamment, une prise en charge médicale rapide est la seule façon de prévenir un risque d’IST ou de grossesse. Certaines structures, comme l’Acfav, proposent un accompagnement aux victimes de violences, via notamment des solutions d’hébergement d’urgence jusqu’à 21 jours, ou de stabilisation, allant jusqu’à trois mois. L’association compte également des psychologues et des juristes qui peuvent épauler les victimes dans leurs démarches médicales et judiciaires.

qui considèrent que leur honneur est bafoué. Lorsque les victimes sont des enfants qui viennent accompagnés de leurs mamans, on sent qu’elles n’affrontent pas la situation de façon frontale ou nous disent qu’elles ne veulent “pas voir”. Et souvent, leur première question est de savoir si leur fille est toujours vierge… L.L : Un autre problème se pose lorsque nous avons besoin d’un traducteur en mahorais pour traduire les propos du patient. Certains mots, certaines choses ne se traduisent pas dans cette langue, et il devient plus difficile de comprendre ce que nous dit la personne. F.G : Il faut garder à l’esprit que le terme d’agression sexuelle ne désigne pas uniquement le viol. Toucher le sein, les fesses, enlever un vêtement, c’est aussi une agression sexuelle. Même chez les professionnels de santé, certaines notions ne sont pas encore assimilées. Ou peut-être qu’il y a une part de déni… n

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DOSSIER

Propos recueillis par Solène Peillard

ENTRETIEN : TASLIMA SOULAIMANA, DIRECTRICE RÉGIONALE DÉLÉGUÉE AUX DROITS DES FEMMES

“ NE PAS AVOIR TOUTES LES DONNÉES INVISIBILISE LES VIOLENCES ” 90% DES VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE PRISES EN CHARGE PAR LES URGENCES DU CHM SONT FÉMININES. ALORS, DIFFÉRENTS CHANTIERS ONT ÉTÉ DÉPLOYÉS POUR MENER DES ACTIONS DE PRÉVENTION ET DE SENSIBILISATION CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES AUPRÈS D’UN PUBLIC TOUJOURS PLUS LARGE. ENTRE TABOU, MÉCONNAISSANCE DU PHÉNOMÈNE, ET LIBÉRATION DE LA PAROLE, TASLIMA SOULAIMANA, DIRECTRICE RÉGIONALE DÉLÉGUÉE AUX DROITS DES FEMMES, FAIT LE POINT. ET UN PARI SUR L’AVENIR.

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pas à mesurer l'ampleur des agressions à l’échelle de l’île ? T.S : Effectivement, ne pas avoir toutes ces données invisibilise les violences et cela pose un gros problème. Pour cette année, nous allons tout de même déjà commencer à communiquer les chiffres qui existent, comme ceux de la gendarmerie, de la police ou de l’Acfav, qui est l’association phare, même si nous n’avons pas encore d’indicateurs déterminés. Recueillir des données signifie aussi de devoir accompagner les structures pour qu’elles le fassent correctement. Parfois, on a les chiffres sur les violences de façon générale, mais pas de façon catégorisée (violences sexuelles, physiques, psychologiques, etc.). Donc il va falloir aider les partenaires pour qu’ils aient tous les outils et que l’observatoire régional de la santé puisse exploiter correctement ce qui sera recueilli.

Mayotte Hebdo ; Que savons-nous actuellement des violences sexuelles commises à Mayotte ? Taslima Soulaimana : “ Nous n’avons pas encore de chiffres généralisés à l’ensemble du territoire. Je travaille justement avec les partenaires – services de l’État, polie, gendarmerie, associations, établissements de santé – via l’observatoire régional de la santé sur un tableau de bord pour collecter ces données-là. Le problème actuel est que chacun des partenaires reçoit ces victimes, mais chacun a ses propres données, de son côté, et elles ne sont pas forcément toutes receuillies de la même façon, ce qui nous empêche de dégager des indicateurs communs et une véritable vue d’ensemble à l’échelle de l’île. Donc maintenant, il s’agit de pouvoir concentrer toutes ces données chiffrées pour déterminer des indicateurs et les actualiser tous les ans. Le projet final serait de mettre en place un observatoire des violences faites aux femmes, ce qui inclurait bien évidemment les violences physiques, dont les violences sexuelles avec tout ce que cela comprend : viol, attouchement, inceste... M.H : Comment conduire une politique publique de lutte contre les violences sexuelles si l’on ne parvient

Mais en attendant, nous continuons la sensibilisation, notamment par la prévention, en élargissant le champ. Jusqu’à maintenant, on parlait des violences sexuelles, ou des violences faites aux femmes, à un public très large, de façon un peu trop générale. Là, nous avons signé l’année dernière une convention pour un projet de lutte contre les violences dans le milieu sportif, pour former les coachs, les dirigeants, les pratiquants et les sensibiliser à toutes les formes de violence et le Crous s’est engagé à prévoir des modules dédiés à ce sujet. Dans le domaine sportif, tout le monde n’a pas la même notion de ce qu’est un attouchement. En fait selon le milieu, les violences n’ont pas toujours la même forme et ne sont pas vécues de la même façon. C’est aussi vrai en entreprise. Donc là aussi, avec l’Acfav, nous avons financé un projet de sensibilisation dans le milieu du travail. Toujours dans cette optique d’élargir le champ, il y aussi les personnes handicapées. Souvent, malheureusement, dans les campagnes de sensibilisation, les messages sont difficiles à comprendre, lorsqu’on ne s’exprime qu’en langue des signes par exemple. L’année dernière, je me suis rapprochée de l’ADMS (l’association pour les déficients sensoriels de Mayotte, ndlr) pour une action de sensibilisation des femmes sur les violences, avec le concours de la brigade de prévention de la délinquance juvénile, pour que l'on puisse intervenir auprès des publics handicapés en retranscrivant en langage des signes les interventions de prévention en milieu scolaire. Ainsi, la sensibilisation n’écarte personne, et les parents eux-mêmes pourront également comprendre les messages de sensibilisation.


Pour le reste, nous continuons les actions de formation auprès des professionnels. Ils sont de plus en plus nombreux à s’occuper de la question des violences faites aux femmes, donc il est important de pouvoir les accompagner, notamment sur la meilleure approche à avoir. Là je pense notamment aux sages-femmes, aux infirmiers, qui font partie des partenaires mobilisés aujourd’hui. Dans ce ca-là, il s’agit plutôt d’insister sur le fait que lorsqu'ils rencontrent une victime, ils puissent produire une attestation qui reconnaît la situation de la personne. Derrière, lorsque la personne désirera porter plainte, elle aura déjà tous les éléments, toutes les pièces justificatives à apporter à son dossier. Et dans le cadre des violences sexuelles, les procédures jouent un rôle très important. On essaye au mieux d’accompagner les victimes en mobilisant et en sensibilisant tous ceux qui interagissent avec elles dans le cadre de leurs démarches médicales et judiciaires. Chacun à son niveau doit pouvoir apporter une réponse. M.H : La réponse peut aussi faire défaut du côté de l’entourage de la victime : à Mayotte particulièrement, une agression sexuelle peut être vue comme un déshonneur pour la famille de celui ou celle qui en a été la cible. Ces opérations de sensibilisation suffiront-elles à faire évoluer les mentalités ? T.S : Nous vivons dans une société très communautaire, où l’individualité a du mal à prendre place. Alors dénoncer, c’est très difficile, parce qu’il y a ce côté “ Qu’en diront les gens ? ”. La communauté fait que lorsqu’un homme commet des violences, on va avoir tendance à traiter l’auteur comme la victime, et on accusera la véritable victime de vouloir créer des problèmes. Alors que c’est tout le contraire. Le paradoxe c’est qu’ici, tout se propage très vite au niveau de l’information, mais tout ce qui est violence, c’est très tabou, c’est privé, on préfère garder le secret. Alors que non, quand on tombe dans la violence, on tombe dans des faits qui doivent être dénoncés. La culture, la tradition font que tout cela n’est pas simple, mais on travaille pour y remédier. D’ailleurs,

de plus en plus de personnes osent en parler, porter plainte. L’un des enjeux c’est aussi de sensibiliser les parents à accompagner leurs enfants. Un enfant ne va pas aller déposer plainte s’il est seul. Soit parce qu’il n’ose pas en parler, soit parce que ça touche un membre de la famille et là on rentre dans le cadre de l’inceste, soit parce qu’il n’a lui-même pas conscience que ce qu’il vit n’est pas normal. D’où l’importance d’intervenir tôt dans les établissements scolaires, pour sensibiliser très rapidement les enfants à ces sujets-là. Ils doivent comprendre comment agir. M.H : Il est aussi courant d’entendre, qu’en cas de viol, un mariage est parfois arrangé entre l’agresseur et la victime pour cacher la poussière sous le tapis et étouffer l’affaire... T.S : Tout à fait, et cela existe encore aujourd’hui malheureusement. Par rapport à ça, je me suis rapprochée des cadis l’année dernière, car il s’agit là de mariages religieux, et non civils. J’ai donc demandé au Grand cadi d’être mobilisé sur cette question-là. Il a désigné le cadi d’Acoua comme référent, il est très motivé et nous travaillons en étroit partenariat. On se rend compte que dans ces cas de figure-là, les personnes font appel aux cadis, ce sont eux qui reçoivent les familles pour décider d’un mariage. Si on utilise l’autorité religieuse locale en appui, on pourra peut être changer la donne. Et les cadis partagent notre discours ! Il y en a quand même un par commune, donc ils ont un poids réel. S’ils ont connaissance de faits de violences sexuelles préalable à un mariage, ils ne doivent pas accepter cette union et porter ces faits à la connaissance du Procureur. M.H : L’inceste est également une réalité à Mayotte, comme l’a rappelé, début février, le viol commis sur un nourrisson de onze mois à Kahani et dont l’agresseur serait son frère... T.S : L’inceste est un phénomène très présent à Mayotte, mais là encore, les chiffres officiels

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n’existent pas. L’année dernière, une jeune Mahoraise victime d’inceste a ouvert une page Facebook, “ Osons libérer la parole ”. Pour que l’on puisse se faire une idée, je lui ai demandé de recenser tous les témoignages d’incestes qu’elle recevait sur sa page. En un mois et demi, elle a reçu 70 dénonciations. C’est énorme ! Et dans la plupart des cas, les victimes sont aujourd’hui des adultes qui dénoncent longtemps après. Donc il y a aussi un véritable travail à mener avec ces jeunes adultes qui ont besoin de se reconstruire, via des groupes de parole par exemple. Mais nous devons aussi continuer de protéger les mineurs et de sensibiliser leur entourage familial, scolaire... M.H : Avez-vous réellement le sentiment que la parole est en train de se libérer à Mayotte, que la honte change de camp ? T.S : Oui, très clairement c’est le cas. Cela a permis à beaucoup de dénoncer les choses. Même moi à mon niveau, je suis “ contente ” de voir que des femmes m’interpellent pour me dire qu’elles ont osé dénoncer, qu’elles ont osé porter plainte. Et elles sont de plus en plus nombreuses à aller dans ce sens. C’est une avancé énorme, car il y a toujours un long process entre l’agression et le dépôt de plainte, il y a une temporalité à respecter. Tout ce qu’il faut c’est que, quoi qu’il arrive et selon leurs besoins, nous soyons capables de les accompagner, sur le plan psychologique notamment. Mais il n'y a que trois psychologues mahorais qui parlent la langue, c’est aussi quelque chose à améliorer. Parce que les paroles de ces victimes doivent être entendues par des professionnels qui seront à même de réagir, de répondre et de comprendre. Tout le monde n’est pas préparé à entendre des victimes témoigner des faits graves qu’elles ont subis. Mais démocratiser la parole, c’est mieux aider les victimes, et mieux connaître le phénomène. Ce travail de sensibilisation sert aussi à libérer la parole. Dans notre culture à Mayotte, on ne voit pas toujours les violences sexuelles comme telles, particulièrement lorsqu’elles sont commises au sein d’un couple. Une relation avec une personne, dès lors qu’elle est contrainte, qu’elle n’a pas donné son consentement, on est déjà dans une forme de violence. C’est très difficile pour certaines personne de comprendre qu’elles sont dans des situations qui ne sont pas normales. n

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