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LE MOT DE LA RÉDACTION

DES ENFANTS DE LA RÉPUBLIQUE

QUI N’ONT PAS LES MÊMES DROITS

Le 20 novembre marque l’anniversaire de la Convention relative aux droits de l'enfant, adoptĂ©e par l'Organisation des Nations unies en 1989. C’est l’occasion de rappeler les droits des enfants en France. Ces droits sont nombreux, mais lorsqu’on y regarde de plus prĂšs, on se rend compte que tous les enfants de la RĂ©publique n'en jouissent pas. Ceux des Outre-mer, et particuliĂšrement ceux de Mayotte, sont les plus dĂ©laissĂ©s. L’exemple le plus criant est celui du droit Ă  l’éducation. Tous les enfants du 101e dĂ©partement n’y ont pas accĂšs. Selon une Ă©tude menĂ©e par l’UniversitĂ© Paris-Nanterre en 2023, entre 5 000 et 10 000 jeunes mineurs ne vont pas Ă  l’école. Mais encore une fois, ces chiffres sont sous-estimĂ©s, car il est difficile de recenser prĂ©cisĂ©ment les enfants hors du circuit scolaire. Il est aussi important de rappeler que tous les enfants de Mayotte n’ont pas droit Ă  la santĂ©, ne sont pas protĂ©gĂ©s, et n’ont mĂȘme pas accĂšs Ă  l’eau. LibertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternité  Mais oĂč est l’égalitĂ© dans tout cela ? Les enfants de Mayotte n’ont-ils pas droit Ă  une vie meilleure ? On peine parfois Ă  croire que l’on est en France lorsqu'on constate toutes les inĂ©galitĂ©s entre le 101e dĂ©partement et le reste du pays. L’égalitĂ© rĂ©publicaine est rompue, et les enfants en sont les premiĂšres victimes. Bonne lecture Ă  tous, RaĂŻnat Aliloiffa.

VIÚmes Trophées Mahorais

Du lundi 25 au mercredi 27 novembre Conférences - débats & échanges

Présente

VIùmes TROPHÉES MAHORAIS DE L’ENVIRONNEMENT

SEMAINE

Du 25 au 27 Novembre Dans les locaux de la Somapresse Ă  Cavani

TABLES RONDES

CONFÉRENCES - DÉBATS & ÉCHANGES

RISQUES NATURELS

LUNDI 25 NOVEMBRE de 8h30 Ă  12h

Sensibilisation aux risques naturels Ă  Mayotte

- Le volcan sous-marin de Mayotte

- L’érosion des cotes Ă  Mayotte

Pour plus d’informations : soumaya@somapresse.com

Présente

Du 25 au 27 Novembre Dans les locaux de la Somapresse Ă  Cavani

TABLES RONDES

CONFÉRENCES - DÉBATS & ÉCHANGES

MERCREDI 27 NOVEMBRE de 8h30 Ă  12h

Pour plus d’informations : soumaya@somapresse.com

Présente

VIùmes TROPHÉES

MAHORAIS DE L’ENVIRONNEMENT

SEMAINE

Du 25 au 27 Novembre Dans les locaux de la Somapresse Ă  Cavani

TABLES RONDES

CONFÉRENCES - DÉBATS & ÉCHANGES

MERCREDI 27 NOVEMBRE de 13h30 Ă  16h30

Pour plus d’informations : soumaya@somapresse.com

TCHAKS DEMBÉNI

ET SADA

SE PRÉPARENT À ACCUEILLIR THANI MOHAMED SOILIHI

Premier Ă©lu mahorais Ă  intĂ©grer un gouvernement, Thani Mohamed Soilihi fait un retour remarquĂ© sur le territoire qui l’a vu naĂźtre. NommĂ© secrĂ©taire d'État chargĂ© de la Francophonie et des Partenariats internationaux depuis le 21 septembre dernier, il sera accueilli par plusieurs cĂ©rĂ©monies d’accueil populaire. Un premier Ă©vĂ©nement aura lieu, ce samedi 23 novembre, Ă  partir de 10h, Ă  la MJC de DembĂ©ni. La Ville de Mamoudzou compte Ă©galement s’y associer. Dans l’aprĂšs-midi, c’est chez lui, Ă  Sada, place Tuyoni, Ă  15h, qu’il devrait ĂȘtre chaleureusement reçu.

ZILY DE RETOUR EN CONCERT À LA RÉUNION

Le samedi 22 fĂ©vrier 2025, la scĂšne mythique du Kabardock au Port Ă  La RĂ©union accueille la chanteuse Zily, artiste rĂ©vĂ©lation des Francofolies. « Ce sera un show festif et plein de surprises », promet l’artiste. Rendez-vous Ă  partir de 20h30 (ouverture des portes Ă  20h) pour une immersion musicale inĂ©dite mĂȘlant afrobeat, amapiano, pop et sonoritĂ©s traditionnelles de l’ocĂ©an Indien. La Reine Zily invite Ă  un voyage musical intense et vibrant. Forte de son hĂ©ritage mahorais et malgache, l’artiste rĂ©invente les codes en fusionnant modernitĂ© et tradition. Cette date exclusive sera l’occasion de dĂ©couvrir des titres inĂ©dits, issus de son futur projet musical, tout en revisitant les grands classiques de son EP "Imani na Amani". Prix des billets : 18 € en prĂ©vente.

UN APPEL AUX DONS POUR LE CENTRE DE SOINS DES TORTUES

L’association Oulanga na Nyamba souhaite lancer le projet Kaz’a Nyamba, un centre de soin pour les tortues et sensibiliser le public. Elle en appelle aux dons pour rĂ©colter 400.000 euros, sur les prĂšs de deux millions nĂ©cessaires Ă  la construction, aprĂšs la perte de financements. Pour donner, il faut se rendre Ă  l’adresse suivante : https://www. helloasso.com/associations/oulanga-na-nyamba/formulaires/6

LES COUPURES D’EAU SERONT RALLONGÉES DÈS LUNDI

Du fait des difficultĂ©s de production, Mayotte connaĂźt rĂ©guliĂšrement des coupures techniques en plus du planning habituel des coupures d’eau. A partir du lundi 25 novembre, les horaires vont changer. Les coupures d’eau dans les trois premiers secteurs interviendront dorĂ©navant entre 10h et midi. Pour rappel, elles sont entre midi et 14h actuellement, avec une remise en eau le lendemain entre 16h et 18h. Avec ce nouveau rythme, on passera donc Ă  vingt-heures d’affilĂ©e. Le quatriĂšme secteur, celui de la zone industrielle de KawĂ©ni, restera aux coupures nocturnes.

CLAP DE FIN POUR LES DIABLES NOIRS DE COMBANI

DĂ©calĂ©e au mercredi, aprĂšs des accusations de tricherie, la rencontre entre les Diables noirs de Combani et l’USC Corte s’est terminĂ©e par la victoire des Corses (2-0). Elle signe la fin d’un parcours du club mahorais en Coupe de France rendu compliquĂ© par l’extra-sportif.

Chaque semaine, dĂ©couvrez le regard portĂ© sur l’actualitĂ© locale Ă  travers la presse nationale ou rĂ©gionale

PubliĂ© par JĂ©rĂŽme Canard, le 19/11/2024, sur le Canard enchaĂźnĂ© La dĂ©putĂ©e RN de Mayotte, Anchya Bamana, s’est fendue l'Hexagone sept joueurs en situation irrĂ©guliĂšre qui devaient

LU DANS LA PRESSE LA MAGIE DU

DU FOOTBALL

d’un courrier officiel pour demander au prĂ©fet de laisser entrer dans affronter l'USC Corte, le 18 novembre. C'est la tolĂ©rance zĂ©ro... ou presque.

Les Diables Noirs de Combani, une Ă©quipe de foot amateur de Mayotte, sont vernis ! GrĂące Ă  leur victoire lors du 7e tour de la Coupe de France, samedi 16 novembre, ils se sont qualifiĂ©s pour le 8e : direction la Corse, pour y affronter l’USC Corte. Andemu ! Le match Ă©tait prĂ©vu mardi 18 au soir, Ă  l’heure oĂč bouclait « Le Canard »

Mais le club mahorais s’est heurtĂ© Ă  un lĂ©ger problĂšme administratif : sept joueurs sur les onze sont des ressortissants Ă©trangers en situation irrĂ©guliĂšre Ă  Mamoudzou ! Impossible pour eux de gagner la mĂ©tropole sans laissez-ÂŹpasser. Or les services de l’Etat ont rechignĂ© Ă  leur en accorder.

Miracle

Qu’importe, les footeux ont trouvĂ© un alliĂ© prĂ©cieux : la dĂ©putĂ©e Rassemblement national de Mayotte ! Anchya Bamana s’est fendue d’un courrier officiel au prĂ©fet pour lui demander un coup de pouce, ce match constituant « tout un honneur pour Mayotte »

Une dĂ©putĂ©e RN qui insiste pour faire entrer des clandestins dans l’Hexagone, il n’y a que le foot pour rĂ©ussir ce miracle !

Dommage que le prĂ©fet n’ait pas cĂ©dé 

Violences sexuelles

brisons le

faites aux enfants : le silence !

EN FRANCE, TOUTES LES TROIS MINUTES, UN ENFANT

EST VICTIME D’AGRESSION SEXUELLE. CE CONSTAT ALARMANT DOIT ÉVEILLER LES CONSCIENCES DE CHACUN. LES CAMPAGNES DE SENSIBILISATION ET DE PRÉVENTION SE MULTIPLIENT DANS L’HEXAGONE, TOUT COMME À MAYOTTE, MAIS LE CHEMIN RESTE ENCORE LONG, NOTAMMENT POUR CES MINEURS

QUI NE SAVENT PAS VERS QUI SE TOURNER POUR DÉNONCER LES ACTES QU’ILS SUBISSENT. DANS L’ÎLE AUX PARFUMS, PARLER DES VIOLENCES SEXUELLES

FAITES AUX ENFANTS RESTE UN SUJET TABOU, MAIS DE PLUS EN PLUS DE PERSONNES BRISENT LE SILENCE, NOTAMMENT GRÂCE AU TRAVAIL DE SENSIBILISATION MENÉ PAR LES ASSOCIATIONS.

recueillis par RaĂŻnat

interview

SaĂŻrati Assimakou mĂšne toujours le combat six ans aprĂšs

SON HISTOIRE AVAIT FAIT LE TOUR DES MÉDIAS À MAYOTTE ET DES RÉSEAUX SOCIAUX IL Y A PRESQUE SIX ANS. SAÏRATI ASSIMAKOU EST CELLE QUI A OSÉ DÉNONCER PUBLIQUEMENT SON GÉNITEUR QUI A ABUSÉ D’ELLE ÉTANT PETITE. DEPUIS, ELLE MÈNE UN COMBAT POUR SOUTENIR LES AUTRES VICTIMES D’INCESTE. À TRAVERS SON ASSOCIATION « SOUBOUTOU OUHÉDZÉ JILAHO - OSE LIBÉRER TA PAROLE », DONT ELLE EST LA PRÉSIDENTE, ELLE MÈNE DES ACTIONS DE SENSIBILISATION. EN CE MOIS DE NOVEMBRE 2024, ELLE A LANCÉ UNE CAMPAGNE DE PRÉVENTION ET D’ÉDUCATION QUI VISE AUTANT LES ENFANTS QUE LES ADULTES.

Mayotte Hebdo : Pourquoi avez-vous souhaité mener la campagne de sensibilisation « Tarimi » ?

SaĂŻrati Assimakou : J’ai voulu mener cette campagne dans un souci Ă©ducatif. « Tarimi » signifie Ă©ducation en kibushi, et l’idĂ©e est que tout le monde puisse comprendre que la prĂ©vention sur les violences sexuelles ne doit pas se faire qu’avec les enfants, mais aussi avec les adultes. Il faut que tout le monde puisse se saisir de la question et que nous mesurions tous qu’il ne faut pas nĂ©cessairement plusieurs agressions pour briser une vie. Une seule suffit. Il faut avoir le regard vigilant dans les familles par rapport Ă  nos enfants.

M.H. : Il s’agit de la deuxiĂšme campagne de sensibilisation menĂ©e par l’association, comment est-elle reçue par les Mahorais ?

S.A. : À ma grande surprise, la campagne Tarimi a Ă©tĂ© trĂšs bien accueillie, contrairement Ă  la premiĂšre que nous avions faite en 2021 oĂč il y avait nettement plus de rĂ©ticence. Pour celle-ci, on voit bien que malgrĂ© les difficultĂ©s, et les tabous qui rĂšgnent sur le sujet, la sociĂ©tĂ© tend Ă  accepter le dĂ©bat et Ă  en parler.

« Il faut avoir le regard vigilant dans les familles par rapport à nos enfants »

M.H. : Cela fait presque six ans que vous avez commencé ce combat publiquement en racontant votre histoire, avez-vous constaté des évolutions ?

S.A. : Oui je note quelques Ă©volutions. Par exemple, depuis 2019, d’autres femmes ont osĂ© parler, et ça, pour moi, c’est une trĂšs grande avancĂ©e. Et puis au dĂ©but, je recevais beaucoup de menaces et d’insultes, et maintenant les gens ont compris, l’affaire est suffisamment mĂ©diatisĂ©e que mĂȘme ceux qui sont contre moi ne viennent plus m’agresser.

M.H. : Que faudrait-il améliorer dans la prise en charge des victimes à Mayotte ?

S.A. : Je pense qu’il y a deux niveaux de prise en charge qu’il faut amĂ©liorer. PremiĂšrement : le cĂŽtĂ© social et familial, parce que sans le

soutien de l’entourage, les victimes n’ont pas le courage de parler. On rĂ©pĂšte souvent aux personnes qui ont subi les agressions sexuelles qu’il faut parler, mais il faut aussi encourager les familles Ă  Ă©couter et Ă  entendre ce qu’elles ont Ă  dire.

Le deuxiĂšme point concerne la prise en charge dans les structures. Il est urgent Ă  Mayotte que nous ayons davantage de bulles d’écoute et d’accueil de la parole. Cela fait cinq ans que nous menons des actions en disant qu’il faut libĂ©rer la parole, la vĂ©ritĂ© est que libĂ©rer la parole sans structure engageante qui peut rĂ©ellement accompagner les personnes est un danger, parce qu’elles peuvent dĂ©compenser, les gens peuvent se retrouver Ă  la rue, notamment les femmes. Nos dispositifs ne sont

pas suffisamment Ă©laborĂ©s et adaptĂ©s pour soutenir ces femmes, parce que gĂ©nĂ©ralement, ce sont des femmes, qui parlent et qui se retrouvent isolĂ©es, sans famille. Il est impĂ©ratif que l’Etat trouve un lieu d’hĂ©bergement serein et sĂ©curisĂ© pour ces personnes. On ne peut pas juste dire aux gens qu’il faut parler si on n’a pas les moyens de les accompagner. D’ailleurs, mĂȘme si l’association s’appelle « ose libĂ©rer ta parole », on n'encourage jamais les gens Ă  parler, car nous savons que l’association n’a pas les moyens financiers pour soutenir ces personnes. Par contre, on leur dit que s’ils veulent parler, on pourra les guider vers d’autres structures. Aujourd’hui Ă  Mayotte, le circuit d’accompagnement des personnes victimes est prĂ©caire.

L’association « Souboutou OuhĂ©dzĂ© Jilaho - Ose LibĂ©rer ta Parole », a organisĂ© une marche blanche afin de soutenir toutes les victimes d’inceste et de viol.

M.H. : Vous avez Ă©crit un deuxiĂšme ouvrage qui s’appelle « Lakinta et le secret d’oiseau ». Qu’est-ce qui vous a incitĂ© Ă  Ă©crire ce livre ?

S.A. : J’ai Ă©crit ce livre quand j’étais enceinte de mon deuxiĂšme enfant, il y a un an. Durant cette grossesse, je revivais mon histoire, je me questionnais sur ma relation mĂšre-enfant et notamment avec mon premier fils. Cela a Ă©tĂ© compliquĂ© de trouver le juste milieu entre l’interdĂźt qu’il y a chez nous Ă  parler du corps, du consentement et moi qui voulais en parler avec mon enfant. Donc, pour le deuxiĂšme, je ne voulais pas lui parler spĂ©cifiquement de mon histoire, mĂȘme s’il va l’apprendre. Avec lui, je voulais lui expliquer comment se prĂ©munir des agressions sexuelles. C’est pour cela que j’ai Ă©crit ce livre qui pourra lui servir plus tard. Ce livre est un outil pĂ©dagogique. Lakinta est une petite fille mahoraise qui subit l’inceste par un oncle qui est aussi son maĂźtre coranique. Il est aimĂ© de tous, on lui donne une grande libertĂ© et il peut tout faire. C’est comme ça qu’il arrive Ă  abuser de la petite fille.

M.H. : Avez-vous Ă©tĂ© aidĂ©e pour l’élaboration de cet ouvrage ?

S.A. : L’ouvrage est soutenu par l’Agence rĂ©gionale de santĂ© de Mayotte, la prĂ©fecture, la CommunautĂ© des communes du sud, mais je me suis aussi tournĂ©e vers des psychologuescliniciens qui ont l’habitude de travailler avec les enfants et qui sont plus Ă  mĂȘme de parler de ces sujets.

« On ne peut pas juste dire aux gens qu’il faut parler si on n’a pas les moyens de les accompagner »

M.H. : Certains pensent qu’il ne faut pas exclure les auteurs d’agression sexuelle, mais qu’il faut plutĂŽt les accompagner pour qu’ils ne rĂ©cidivent pas. Partagez-vous cet avis ?

S.A. : J’ai travaillĂ© dans une maison d’arrĂȘt pendant quasiment trois ans. J’ai accompagnĂ©

Plusieurs centaines de personnes Ă©taient prĂ©sentes Ă  la marche organisĂ©e par l’association le 17 novembre.

des dĂ©tenus Ă  se rĂ©insĂ©rer dans la vie, et parmi eux, il y avait des auteurs de meurtre. Cela m’a permis de comprendre qu’il est important qu’il y ait des personnes qui puissent accompagner ces auteurs. Une personne peut dĂ©truire des milliers de vies. Si on accompagne uniquement les victimes et pas les auteurs des faits, le problĂšme ne se rĂ©soudra pas parce que le problĂšme, ce sont les auteurs et non les victimes.

« À Mayotte, le circuit d’accompagnement des personnes victimes est prĂ©caire »

M.H. : Quelles peuvent ĂȘtre les consĂ©quences psychologiques sur un enfant qui a subi des violences sexuelles ?

S.A. : Les consĂ©quences sont nombreuses et Ă  tous les niveaux. On pourrait les Ă©numĂ©rer des heures. Les enfants qui ont subi cela et qui deviennent adultes, sont largement confrontĂ©s Ă  une mort prĂ©coce. Le taux de suicide des enfants victimes est beaucoup plus Ă©levĂ©. Et puis audelĂ  de ça, on brise en eux la relation de confiance qu’ils peuvent avoir avec les autres. Ils auront du mal Ă  aller chez le mĂ©decin par exemple, ils ne vont pas se soigner

et risquent de succomber à des maladies qui se soignent ou se traitent. Les femmes auront plus de mal à aller chez le gynécologue.

Et puis on a des consĂ©quences psycho-traumatiques, on a des personnes hyper-angoissĂ©es, des personnes qui ne dorment pas, qui ont du mal Ă  avoir une relation sexuelle Ă©panouie. Le sexe est synonyme d’amour et de plaisir, et si on enlĂšve cela Ă  une personne, on condamne sa sexualitĂ©. Pour celles qui deviennent mĂšres, parfois, elles sont hypervigilantes et c’est une consĂ©quence dramatique parce qu’elles ont du mal Ă  avoir une relation de confiance avec leurs enfants, car elles les surprotĂšgent et Ă©touffent leur libertĂ©. n

Un brunch musical

La campagne de sensibilisation « Tarimi » se conclut le 24 novembre avec un brunch musical au chicken grill Ă  Combani, de 10h Ă  14h. Les rĂ©servations se font sur les rĂ©seaux sociaux de l’association « Souboutou OuhĂ©dzĂ© Jilaho - Ose LibĂ©rer ta Parole ».

Dans le cadre de la campagne « Tarimi », l’association « Souboutou OuhĂ©dzĂ© Jilaho - Ose LibĂ©rer ta Parole » a organisĂ© un sĂ©minaire pour parler des violences sexuelles et sexistes.

reportage

Le collectif Cide, créé à Mayotte inspire la métropole pour lutter contre les violences

LA CAMPAGNE 2024 #WAMITOO CONTRE LES VIOLENCES SEXUELLES ET SEXISTES SUR LES MINEURS VIENT D’ÊTRE LANCÉE. CELLE-CI EST UNE INITIATIVE DE LA CONVENTION

INTERNATIONALE DES DROITS DE L’ENFANT OUTRE-MER (CIDE OUTRE-MER) CRÉÉE À MAYOTTE ET AUJOURD’HUI RECONNUE AU NIVEAU NATIONAL. LYDIA BARNEOUD, LA DIRECTRICE DE L’ASSOCIATION HAKI ZA WANATSA EXPLIQUE LE TRAVAIL MENÉ PAR SES 35 MEMBRES.

Lisa Morisseau

DOSSIER

« Il y a trois enfants victimes d’inceste par classe »

La sixiĂšme campagne #Wamitoo (#moiaussi en shimaorĂ©) vient d’ĂȘtre lancĂ©e. InitiĂ©e par l’association Haki Za Wanatsa (les droits de tous les enfants en shimaorĂ©), elle sensibilise sur les violences sexistes et sexuelles. « Pendant trois mois, nous menons des actions tous les jours sur le territoire », Ă©voque Lydia Barneoud, sa directrice. Il s’agit d’une campagne graphique et audiovisuelle diffusĂ©e par exemple sur Mayotte la 1Ăšre avant le journal tĂ©lĂ©visĂ© ou sur les rĂ©seaux sociaux. « Pendant cette pĂ©riode, le parquet enregistre 300 % de signalements en plus », souligne-t-elle. L’association mahoraise a créé la Convention internationale des droits de l’enfant outre-mer (Cide outre-mer) qui rĂ©unit 35 associations, essentiellement de Mayotte, mais aussi de La RĂ©union, des Antilles et dĂ©sormais de l’Hexagone.

L’une de ses premiĂšres actions a Ă©tĂ© de lancer un vaste questionnaire sur les violences sexuelles sur mineur.e.s Ă  Mayotte en 2021.

Il est ressorti que 35 % des rĂ©pondants disent avoir Ă©tĂ© victimes de violences sexuelles dans leur enfance et 11 % « ne pas savoir si ce qu’elles ont vĂ©cu constitue une infraction ». Pour ces derniĂšres, cela signifie que ces personnes « n’ont pas le logiciel pour savoir si ce qu’elles ont vĂ©cu constitue une infraction », relĂšve la directrice. Enfin, 82 % disent n’avoir reçu aucune Ă©ducation Ă  la vie affective, relationnelle et intime. Comme au niveau national, « c’est en grande majoritĂ© une personne que la victime connaĂźt, ce n’est pas la reprĂ©sentation du viol d’un inconnu derriĂšre un buisson », prĂ©cise Lydia Barneoud.

« DE TOUT TEMPS, L’ENFANT A ÉTÉ UTILISÉ COMME UN OBJET »

Face Ă  ces chiffres Ă©difiants, les associations, membres du collectif, ont rĂ©digĂ© une charte pour « savoir de quoi on parle, dĂ©finir une agression sexuelle, un viol, les dĂ©lais de prescription etc
 »

Les membres d’ Haki Za Wanatsa ont Ă©tĂ© reçus au SĂ©nat, ici en prĂ©sence d’AgnĂšs Canayer la ministre de la famille et de la petite enfance.

RĂ©diger ce document leur semblait essentiel alors qu’« il y a trois enfants victimes d’inceste par classe et pourtant au niveau des services sociaux, au niveau judiciaire, au niveau des services de l’Etat, de la police, les gens ne sont pas formĂ©s au repĂ©rage des signaux faible ni Ă  l’écoute », juge l’activiste. Au niveau national, 10 % de la population est victime d’inceste, Ă  Mayotte c’est 35 %. Ces chiffres peuvent s’expliquer en partie par la promiscuitĂ© ou encore les questions de prĂ©caritĂ©, mais comme ailleurs toutes les classes sociales et toutes les origines sont touchĂ©es. « De tout temps, l’enfant a Ă©tĂ© utilisĂ© comme un objet », observe Lydia Barneoud. La charte a ensuite Ă©tĂ© signĂ©e par les institutions de Mayotte et par tous les nouveaux bĂ©nĂ©voles et salariĂ©s en contact avec des mineurs.

DES OUTILS EN LIGNE POUR POSER SES QUESTIONS

Plusieurs outils ont aussi Ă©tĂ© mis en place, en particulier Ă  destination des jeunes, pour Ă©duquer Ă  la sexualitĂ©. C’est le cas de Chababi Jouwa, une application sur laquelle on peut poser des questions et obtenir des rĂ©ponses Ă 

travers des contenus Ă©crits, audios ou vidĂ©os. Le collectif vient aussi de signer un partenariat avec l’association En avant toutes qui a conçu un chat en ligne « Comment on s’aime ». Il donne la possibilitĂ© de chatter de façon anonyme presque 24h/24

GrĂące Ă  ses nombreux membres, la Cide outre-mer bĂ©nĂ©ficie d’une force de frappe plus importante pour dĂ©ployer des moyens d’actions ambitieux et transmettre plus efficacement le message. Cette semaine, une dĂ©lĂ©gation jeunes de Mayotte, accompagnĂ©e par Haki Za Wanatsa, est Ă  Paris pour le premier forum international de l’enfance organisĂ© par l’Unicef. Elle est aussi reçue au SĂ©nat et Ă  l’ElysĂ©e. Sa prĂ©sence dans la capitale est remarquĂ©e, le collectif Cide fait figure de modĂšle au niveau national. En 2023, elle a Ă©tĂ© laurĂ©ate du prix PrĂ©vention de la dĂ©linquance pour son action innovante en matiĂšre d’outils et son enquĂȘte statistique. « L’ampleur des acteurs mobilisĂ©s » dans le collectif est saluĂ©e par l’ensemble du secteur. « Le caractĂšre inĂ©dit et innovant de Cide outre-mer n’a pas de pareil au niveau national », se rĂ©jouit la directrice. n

En dehors de la campagne #wamitto, les bĂ©nĂ©voles de Haki Za Wanatsa mĂšnent tout au long de l’annĂ©e des actions pour sensibiliser aux violences sexuelles.

reportage

Violences sexuelles sur mineurs : quelle prise en charge ?

SUR L’ÎLE, LE SUIVI DES VICTIMES PEUT S’AVÉRER COMPLEXE. MANQUE DE PROFESSIONNELS, DE MOYENS, DE LIEUX, D’INFORMATIONS
 AU CENTRE MÉDICO-PSYCHOLOGIQUES DE L'ENFANT ET DE L'ADOLESCENT (CMPEA) ET AU BUREAU D’AIDE AUX VICTIMES (BAV), UN ACCOMPAGNEMENT EST ASSURÉ SUR DEUX VOLETS DISTINCTS MAIS ESSENTIELS : LE PSYCHOLOGIQUE ET LE JURIDIQUE.

Adel Mohammed ouvre la porte d’un petit bureau, nichĂ© au fond d’un couloir du tribunal judiciaire de Mamoudzou. D’habitude, il reçoit les victimes dans un bureau plus spacieux, mais ce dernier est occupĂ©. Il est juriste au sein du Bureau d’Aide aux Victimes (BAV), et voit, chaque jour, des victimes d’infractions pĂ©nales, parmi lesquelles des agressions sexuelles et des viols. Il les aide Ă  comprendre leurs dossiers, Ă  relancer la procĂ©dure, les prĂ©vient des jours d’audience
 Un travail nĂ©cessaire pour les personnes, souvent perdues face au jargon juridique, aux procĂ©dures longues, et en français. Car si lui doit se cantonner Ă  une aide juridique (et non des conseils, rĂ©servĂ©s aux avocats), il les rassure aussi « on a ses permanences lĂ , pour ĂȘtre plus prĂšs des victimes. Pour ne pas les perdre pendant la procĂ©dure, qui peut faire peur. On tente de les rassurer dĂšs le dĂ©but » explique le juriste. Le BAV reçoit du lundi au mercredi sans rendez-vous, et tient une permanence Ă  l’UnitĂ© Medico judicaire (UMJ), qui est un passage nĂ©cessaire Ă  de nombreux dossiers. Elle permet de constater les blessures, des Ă©lĂ©ments de preuves pour l’enquĂȘte. C’est lĂ -bas que les victimes sont envoyĂ©es par la police, notamment lors d’un dĂ©pĂŽt de plainte. Lorsque les victimes ne sont pas passĂ©es par l’UMJ, le BAV les y envoie rĂ©guliĂšrement, pour rendre plus solide le dossier, car le bureau sert Ă  ça. Il est « une passerelle » entre les diffĂ©rentes unitĂ©s qui interviennent auprĂšs des victimes.

REVOIR LES BASES JURIDIQUES

« Certains disparaissent » , raconte l’expert en droit. Cela est dĂ» aux changements d’adresse, de coordonnĂ©s et les lenteurs

administratives. Pourtant, la reconnaissance du statut de victime leur est prĂ©cieuse, dans le processus de « guĂ©rison ». Alors Adel Mohammed montre aux victimes qu’il y a plusieurs issues possibles, du dĂ©pĂŽt de plainte, en passant par la saisine du procureur, au procĂšs. Le BAV peut faire un signalement, et une enquĂȘte peut ĂȘtre lancĂ©e. « J’ai eu le cas d’une fille de 15 ans, qui avait Ă©tĂ© agressĂ©e par un policier et dont on avait refusĂ© de prendre la plainte. Alors j’en ai informĂ© le Parquet qui s’est saisi de l’affaire » raconte le professionnel. Il effectue surtout les signalements pour les enfants, remontĂ© Ă  son bureau par le biais de l’école, des proches, de l’UMJ
 Le BAV traite aussi des « correctionnalisations » et des classements sans suite dans les affaires de violences sexuelles, quand l’auteur n'est plus sur le territoire, quand il y a prescription
 DerriĂšre l’homme, plus d’une cinquantaine de ces dossiers sont empilĂ©s. « MĂȘme s’il y a classement sans suite, on peut leur proposer des recours, des dĂ©dommagements, saisir la CIVI (Commission d'indemnisation des victimes d'infractions) ». Un accompagnement prĂ©cieux, qui permet de revoir les bases de la justice : « on leur explique bien que le parquet est lĂ  pour poursuivre les auteurs, pas aider pour les victimes ». Mais s’il prend le temps d’écouter ceux et celles qui viennent solliciter son aide, Adel Mohamed n’est pas un professionnel de santĂ© bien qu’il ait suivi diffĂ©rentes formations sur les violences sexuelles, notamment faites aux femmes. Son Ă©quipe est censĂ©e avoir un ou une psychologue, mais elle n’a toujours personne pour occuper le poste. « On est dans l’aprĂšs, dans le juridique, on les Ă©coute parce qu’ils en ont besoin », mais faute de temps et surtout

faute d’un poste de professionnel occupĂ©, il redirige vers des structures adaptĂ©es.

« On est dans l’aprĂšs, dans le juridique, on les Ă©coute parce qu’ils en ont besoin »

UN SUIVI ADAPTÉ

Parmi elles, le Centre mĂ©dico-psychologique (CMP) et le Centre MĂ©dico-Psychologiques de l'Enfant et de l'Adolescent (CMPEA). Ils assurent le suivi psychologique des victimes. Elles peuvent venir d’elles-mĂȘmes, ou y ĂȘtre dirigĂ©es par l’UMJ, le BAV, les infirmiĂšres scolaires, etc. Au sein du CMPEA, qui a installĂ© ses nouveaux locaux Ă  M’tsapĂ©rĂ©, prĂšs de 350 enfants et adolescents sont suivis par une Ă©quipe pluridisciplinaire, dont certains ont Ă©tĂ© victimes d’abus sexuels ou de viols. Le CMPEA reçoit d’abord la victime, avec ses parents. Un infirmier dresse un premier bilan de la situation : des symptĂŽmes, de l’état psychique, le soutien apportĂ© ou non par la famille. Ensuite, l’équipe dĂ©cide du suivi le plus adaptĂ© : psychothĂ©rapie ou psychomotricitĂ© par exemple. Un dispositif indispensable, mais dĂ©jĂ  victime de son succĂšs. C’est le seul CMPEA de l’üle. Alors, l’équipe se rend au CMP pour adultes de Petite-Terre les mardis, Ă  celui de BandrĂ©lĂ© les mercredis et jeudis, et deux jours par semaine

au dispensaire dans le nord, oĂč il n’y a pas de CMP. Une organisation complexe, qui devrait ĂȘtre amĂ©liorĂ©e par l’ouverture de deux CMPEA mi-2025, dans le Sud et dans le Nord. Encore faut-il trouver du personnel, tandis que le centre manque d’une psychomotricienne et souffre d’un turn-over laissant des postes vacants des mois durant. Et mĂȘme au sein de l’unitĂ© Ă  M’tsapĂ©rĂ©, d’autres difficultĂ©s s’ajoutent. Un des problĂšmes majeurs, est la « reprĂ©sentation de l’impact », des consĂ©quences des violences sexuelles, s’accordent Virginie Briard, pĂ©dopsychiatre en charge du service pour enfants et Sarah Gawinowski, psychologue qui travaille avec les adolescents. « On a des difficultĂ©s Ă  maintenir les soins, parce qu’une fois qu’il n’y a plus de symptĂŽmes, il n’y a plus de suivi » regrette la pĂ©dopsychiatre. Pourtant, quand un enfant ou un adolescent victime retrouve l’appĂ©tit, ou recommence Ă  dormir, cela ne signifie pas que le traumatisme est derriĂšre lui. Et toutes les deux sont confrontĂ©es Ă  des logiques familiales, parfois difficiles Ă  remettre en question. « Beaucoup veulent laisser ça derriĂšre elle, se dire que c’est du passĂ©, ne pas remuer les souvenirs » complĂšte Sarah Gawinowski. Si le CMPEA a plus de 105 nouvelles demandes depuis le dĂ©but de l’annĂ©e et gagne Ă  ĂȘtre connu, les deux professionnelles de santĂ© considĂšrent qu’une part de sensibilisation reste primordiale. Par exemple, sur le rapport Ă  l’intĂ©gritĂ© corporelle et la virginitĂ©, ou sur les violences sexuelles faites aux hommes. Pour rappel, au BAV comme au CMPEA ou au CMP, rien ne sert Ă  avoir une situation rĂ©guliĂšre. Les accompagnements ne font pas de distinction. n

Adel Mohammed prend accueille les victimes toute la semaine pour des conseils juridiques. Le jeudi et le vendredi, seules celles ayant rendez-vous sont reçues.
Le centre se trouve rue Maevantana, Ă  M’tsapĂ©rĂ©

TRIBUNE

M. Soula SaĂŻd-Souffou

Doctorant en droit public Ă  l’UniversitĂ© Sorbonne Paris Nord

Mamoudzou, 18/11/2024

DĂ©sinformation, dĂ©stabilisation, manipulation sur l’engagement : acteurs politiques et fonctionnaires sous influence Ă©trangĂšre Ă  Mayotte

Depuis l’accession de Mayotte aux statuts de DROM (FR) en 2011 et de RUP (UE) en 2014, l’üle, française depuis 1841 par traitĂ© de cession entre le dernier Sultan de Mayotte Andriantsoly et le Roi de France Louis Philippe reprĂ©sentĂ© par le Capitaine Pierre Passot, est devenue la cible d’opĂ©rations massives et permanentes de dĂ©stabilisation et d’ingĂ©rences Ă©trangĂšres.

Le capitaine Passot disait Ă  son Ă©poque que « Dzaoudzi par sa position, peut-ĂȘtre unique dans le monde, est appelĂ© Ă  devenir un jour l’arsenal militaire de la France dans la mer des indes ». Aujourd’hui, la stratĂ©gie indopacifique de la France redonne une certaine actualitĂ© Ă  cette analyse militaire. La position gĂ©ostratĂ©gique de l’üle dans l’ocĂ©an Indien et dans le canal du Mozambique en particulier, ses potentielles rĂ©serves pĂ©troliĂšres et gaziĂšres, son statut de base arriĂšre des entreprises françaises dĂ©tentrices de contrat d’exploitation d’hydrocarbures sur la cĂŽte est africaine, notamment au Mozambique, ainsi que le diffĂšrent territorial qui l’oppose aux Comores depuis 1976 font du dernier-nĂ© des dĂ©partements français la cible de toutes les ingĂ©rences Ă©trangĂšres. Hier, si ces manƓuvres pouvaient ĂȘtre attribuĂ©es Ă  la seule Union des Comores, aujourd’hui plusieurs pays (AzerbaĂŻdjan, Russie, Chine), soutiens trĂšs intĂ©ressĂ©s des Comores, affichent clairement leur soutien Ă  ce pays, anciennement rĂ©publique islamique des Comores, dans ses revendications territoriales. Ainsi, avec le soutien des BRICS, l’ampleur des manƓuvres de dĂ©stabilisation est inĂ©dite. AttaquĂ©e de l’intĂ©rieur comme de l’extĂ©rieur, Mayotte tente, tant bien que mal, de s’organiser progressivement pour riposter mĂ©diatiquement, politiquement et diplomatiquement.

Renforcer l’arsenal juridique pour mieux se protĂ©ger des ingĂ©rences Ă©trangĂšres

La dĂ©stabilisation d’un territoire peut se manifester Ă  travers diverses stratĂ©gies trĂšs subtiles telles que les ingĂ©rences Ă©trangĂšres. Celles-ci constituent une vĂ©ritable menace pour la sĂ©curitĂ© des États membres et de leurs rĂ©gions ultrapĂ©riphĂ©riques. L’UE, avec la crĂ©ation en 2015 de la Task force europĂ©enne « Stratcom » au sein du SEAE, s’est dotĂ©e d’une Ă©quipe dĂ©diĂ©e Ă  la lutte contre la dĂ©sinformation et les fakes news. Avec 15 millions d’euros de budgets et une quarantaine d’agents, cette organisation, qui a vu le jour aprĂšs l’annexion de la CrimĂ©e par la Russie, est manifestement sousdimensionnĂ©e par rapport Ă  l’ampleur du dĂ©fi. Elle collabore avec d’autres cellules nationales comme « Viginum » en France qui est chargĂ©e de la lutte contre les ingĂ©rences numĂ©riques Ă©trangĂšres. « Les auteurs de menaces hybrides peuvent se livrer Ă  une dĂ©sinformation systĂ©matique, notamment au moyen de campagnes ciblĂ©es dans les mĂ©dias sociaux, dans le but de radicaliser des individus, de dĂ©stabiliser la sociĂ©tĂ© et de contrĂŽler le discours politique » . C’est dans ce cadre qu’une loi visant Ă  protĂ©ger la France des ingĂ©rences Ă©trangĂšres a Ă©tĂ© adoptĂ©e en 2024 . Une des dispositions phares du texte est la mise en place d’un rĂ©pertoire numĂ©rique assurant l’information des citoyens sur l’action des reprĂ©sentants d’intĂ©rĂȘts agissant pour le compte d’un mandant Ă©tranger. Ce dispositif qui est gĂ©rĂ© par la HATVP est une avancĂ©e majeure dans la lutte contre les ingĂ©rences. « Les attaques menĂ©es contre notre pays et nos alliĂ©s sont quotidiennes, et concernent tous les pans de notre sociĂ©tĂ©, qu’elles tentent de fragmenter et de dĂ©stabiliser. Les ingĂ©rences ne sont plus le fait des seuls services de renseignement, et font dĂ©sormais intervenir

TRIBUNE

une multiplicitĂ© d’acteurs. Les partis politiques, les universitĂ©s, les entreprises technologiques, ou les mĂ©dias sont autant de cibles de choix pour les puissances Ă©trangĂšres malveillantes » . Les nouvelles technologies donnent Ă  ces manƓuvres dĂ©stabilisatrices une dimension nouvelle et une place inĂ©dite dans les guerres hybrides menĂ©es contre l’UE et ses États membres. Elles s’inscrivent dans un contexte gĂ©opolitique profondĂ©ment modifiĂ© et dans le cadre de l’affirmation des rĂ©gimes autoritaires et illibĂ©raux qui cultivent leur rivalitĂ© et leur confrontation avec les dĂ©mocraties occidentales. De nombreuses ingĂ©rences sont signalĂ©es dans les PTOM et dans les RUP. Selon plusieurs faisceaux d’indices, elles Ă©maneraient des BRICS. Recevant, au palais prĂ©sidentiel de Beit-Salam, le samedi 25 mai 2024, M. He BAOXIANG, vice-prĂ©sident du 14e ComitĂ© national de la confĂ©rence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), le prĂ©sident Azali ASSOUMANI a dĂ©clarĂ©, Ă  propos des relations bilatĂ©rales entre son pays et la Chine que « nous nous supportons mutuellement sur le plan international, en vue de sauvegarder l’intĂ©gritĂ© de nos pays avec le retour de Taiwan et Mayotte dans leurs girons naturels » . En outre, Ă  maintes reprises, « la Russie s’est dite prĂȘte Ă  aider les Comores Ă  rĂ©cupĂ©rer Mayotte » . Elle envisage d’ouvrir trĂšs prochainement une ambassade Ă  Moroni qui pourrait constituer une sĂ©rieuse menace pour la stabilitĂ© de Mayotte.

Si l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ONU a pris des rĂ©solutions sur Mayotte dans le contexte inĂ©dit de la dĂ©colonisation, il n’est pas inutile de rappeler les faits. Le Conseil de sĂ©curitĂ© ne s’est jamais saisi de ces questions qui ne risque pas, dans l’état actuel des Ă©quilibres internationaux, d’aboutir Ă  une rĂ©solution contraignante, tant chacun des membres permanents est impliquĂ© directement ou indirectement dans un diffĂ©rend territorial. À la diffĂ©rence des autres Ăźles de l’archipel des Comores, Mayotte a fait l’objet d’un traitĂ© de cession Ă  la France dĂšs 1841. Les autres Ăźles (Grande-Comore, Anjouan et MohĂ©li), entrĂ©es sous protectorat français Ă  la fin du XIXe siĂšcle, formeront avec Mayotte une entitĂ© territoriale Ă©phĂ©mĂšre de 1946 Ă  1974 avec comme chef-lieu la ville de Dzaoudzi (Mayotte). Dans leurs vellĂ©itĂ©s indĂ©pendantistes, les trois autres Ăźles font voter, le 14 mai 1958 Ă  l'AssemblĂ©e territoriale des Comores, le transfert de la capitale de Dzaoudzi vers Moroni (GrandeComore), contre l’avis des Ă©lus Mahorais. Avant la colonisation française, il n’existait pas d’État comorien ou de pays appelĂ© les Comores, mais des sultanats indĂ©pendants les uns des autres. Tenant compte de cette rĂ©alitĂ© historique et juridique, l’Art. 1er de la loi portant organisation de la consultation d’autodĂ©termination posait les bases du dĂ©compte

Ăźle par Ăźle du vote en ce sens qu’il dispose que « Dans un dĂ©lai maximum de six mois Ă  compter de la promulgation de la prĂ©sente loi, les populations des Comores seront consultĂ©es sur la question de savoir si elles souhaitent choisir l’indĂ©pendance ou demeurer au sein de la RĂ©publique française » . Ainsi, le lĂ©gislateur n'a pas reconnu une, mais « des » populations. Par consĂ©quent, les Mahorais choisissent de demeurer français quand les autres territoires votent massivement pour recouvrer leur indĂ©pendance. Jusqu’en 2009, les Mahorais confirmeront massivement, par rĂ©fĂ©rendum, leur volontĂ© de demeurer français. En 1974, les rĂ©sultats seront donc pris en compte Ăźle par Ăźle. Ces dispositions permettent Ă  Mayotte de demeurer française conformĂ©ment au traitĂ© de cession de 1841. Depuis lors, deux logiques juridiques opposent la France et les Comores : « l’intangibilitĂ© des frontiĂšres » (ou uti possidetis juris) et « l’égalitĂ© de droits des peuples et de leur droit Ă  disposer d’eux-mĂȘmes » . Cependant, la jurisprudence internationale tend Ă  dĂ©montrer que l’intangibilitĂ© des frontiĂšres ne saurait prĂ©valoir sur le droit des peuples Ă  disposer d’eux-mĂȘmes compte tenu de l’aspect contradictoire de ces deux principes appliquĂ©s, Ă  travers le monde, Ă  « gĂ©omĂ©trie variable » . En effet, l’application simultanĂ©e de ces deux principes crĂ©e une certaine confusion et mĂ©riterait certainement une nouvelle analyse juridique visant Ă  adapter le droit aux rĂ©alitĂ©s gĂ©opolitiques actuelles.

Une stratĂ©gie globale de dĂ©stabilisation du DĂ©partement de Mayotte est manifestement Ă  l’Ɠuvre

L’AcadĂ©mie française dĂ©finit ainsi la notion de dĂ©stabilisation : « Action tendant Ă  rompre un Ă©quilibre, Ă  mettre fin Ă  une situation stable ; rĂ©sultat de cette action ». Elle prĂ©cise que le terme dĂ©stabilisation « s’emploie surtout en matiĂšre politique, diplomatique, stratĂ©gique ou Ă©conomique. La dĂ©stabilisation d’un rĂ©gime, d’un front, d’une monnaie. La dĂ©sinformation, comme la subversion et le terrorisme, est un procĂ©dĂ© de dĂ©stabilisation ». Depuis de trĂšs nombreuses annĂ©es, l’ONU ne s’intĂ©resse plus rĂ©ellement Ă  la « question de l’üle comorienne de Mayotte », termes employĂ©s par l’Union des Comores pour nourrir ses revendications territoriales sur Mayotte. En effet, depuis l’accession de Mayotte aux statuts de DROM (FR, 2011) et RUP (UE, 2014), la communautĂ© internationale semble avoir actĂ©, de fait, l’ancrage dĂ©finitif de Mayotte dans la France et l’UE. C’est la raison pour laquelle, l’Union des Comores et ses alliĂ©s semblent avoir changĂ© de stratĂ©gie Ă  l’égard de Mayotte. Il y a, manifestement, une stratĂ©gie globale de dĂ©stabilisation du

DĂ©partement de Mayotte. Elle se traduit notamment par des ingĂ©rences politiques, administratives, religieuses, sociales et culturelles. AprĂšs un solide ancrage dans la sphĂšre religieuse oĂč les « fundis » comoriens rĂšgnent en maĂźtres avec un discours parfois radicalisĂ© et aprĂšs l’imposition du « madjlisse » dans la cĂ©lĂ©bration du grand mariage mahorais, cette stratĂ©gie d’ingĂ©rence s’attaque dĂ©sormais aux administrations et aux acteurs politiques mahorais. Ainsi, comment peut-on expliquer qu’une dĂ©lĂ©gation d’élus municipaux et de reprĂ©sentants du culte musulman puissent partir Ă  Moroni sans mandat du gouvernement français, ni information prĂ©alable du Conseil dĂ©partemental de Mayotte, pour aller nĂ©gocier avec les autoritĂ©s comoriennes sur des sujets relevant de la compĂ©tence exclusive du gouvernement français ? En effet, cette dĂ©lĂ©gation s’est rendue en Union des Comores du 15 au 19 septembre 2024, officiellement, pour participer aux festivitĂ©s de cĂ©lĂ©bration de la naissance du prophĂšte Mahomet. Outrepassant, manifestement, le cadre strict de la participation Ă  une cĂ©rĂ©monie publique Ă  caractĂšre religieuse, les Ă©minences de cette dĂ©lĂ©gation, Messieurs Madi MADI SOUF prĂ©sident de l’association des Maires et Mahamoudou HAMADA SAANDA Grand Cadi de Mayotte, se sont livrĂ©s Ă  une vĂ©ritable tournĂ©e diplomatique qui a donnĂ© lieu Ă  la publication, par leurs soins, d’un rapport de mission faisant Ă©tat d’engagement de « principe » sur l’allĂšgement du visa d’entrĂ©e Ă  Mayotte. Outre le dĂ©faut de mandat de nĂ©gociation du Gouvernement, l’on peut simplement se demander comment des Ă©lus municipaux ainsi que des dignitaires religieux se sont sentis investis d’une mission diplomatique visant Ă  nĂ©gocier l’allĂšgement du visa d’entrĂ©e des ressortissants d’une puissance Ă©trangĂšre qui, a fortiori, revendique un DĂ©partement français ? L’amateurisme Ă©tant Ă©cartĂ© Ă  ce niveau de responsabilitĂ©, l’intelligence avec une puissance Ă©trangĂšre semble constituĂ©e dans le cadre de la stratĂ©gie de dĂ©stabilisation de Mayotte. Ce sont des faits graves qui peuvent relever des dispositions de l’Article 411-5 du Code pĂ©nal en ce qu’il prĂ©voit que : « Le fait d'entretenir des intelligences avec une puissance Ă©trangĂšre, avec une entreprise ou organisation Ă©trangĂšre ou sous contrĂŽle Ă©tranger ou avec leurs agents, lorsqu'il est de nature Ă  porter atteinte aux intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation, est puni de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende ». De tels faits pourraient Ă©galement entrer sous le coup de l’Article 411-8 du mĂȘme Code compte tenu de la teneur de ses dispositions : « Le fait d'exercer, pour le compte d'une puissance Ă©trangĂšre, d'une entreprise ou organisation Ă©trangĂšre ou sous contrĂŽle Ă©tranger ou de leurs agents, une activitĂ© ayant pour but l'obtention ou la livraison de dispositifs, renseignements, procĂ©dĂ©s, objets, documents, donnĂ©es informatisĂ©es ou fichiers dont l'exploitation, la divulgation ou la rĂ©union est de nature Ă  porter atteinte aux intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation est puni de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende ». En tout Ă©tat de cause, de tels agissements ne sont pas conformes aux obligations prĂ©vues par la charte de l’élu local intĂ©grĂ©e dans le droit positif Ă  l’Article L.1111-1-1 du CGCT qui dispose que « L’élu local exerce ses fonctions avec impartialitĂ©, diligence, dignitĂ©, probitĂ© et intĂ©gritĂ© » et « poursuit le seul intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, Ă  l’exclusion de tout intĂ©rĂȘt qui lui soit personnel, directement ou indirectement, ou de tout autre intĂ©rĂȘt particulier ». Enfin, au regard du droit, cette mission n’est pas du ressort des communes

au sens de l’Article L1111-2 du CGCT qui dispose que « Les communes, les dĂ©partements et les rĂ©gions rĂšglent par leurs dĂ©libĂ©rations les affaires de leur compĂ©tence ». Il est admis que les affaires diplomatiques et consulaires ne sont pas du ressort des communes ou d’un ministre du culte musulman. Eu Ă©gard Ă  toutes ces considĂ©rations, des « engagements » visant Ă  allĂ©ger le visa d’entrĂ©e Ă  Mayotte relĂšvent manifestement de la dĂ©sinformation, de la manipulation et de l’ingĂ©rence Ă©trangĂšre et sont contraires Ă  la souverainetĂ© française sur Mayotte. Le dernier recensement de l’INSEE faisait Ă©tat de 48% de personnes d’origines Ă©trangĂšres Ă  Mayotte, dont 95% sont Comoriens . « Si l’on suit cette base de calcul, entre 2017 et 2024 la population Ă©trangĂšre sur le sol mahorais devrait passer de 48% Ă  prĂšs de 55,8% soit +7,8 points » . En outre, l’INSEE indique que le taux d’irrĂ©gularitĂ© est de « 74% chez les 18-24 ans » . À titre de comparaison, « La population Ă©trangĂšre vivant en France s'Ă©lĂšve Ă  5,6 millions de personnes, soit 8,2 % de la population totale » . À Mayotte, face Ă  cette situation dĂ©mographique explosive, « Les scĂ©narios d’évolution de la population envisagĂ©s par l’INSEE pour 2050 laissent prĂ©sager, dans tous les cas, une pression considĂ©rable sur les diffĂ©rents services publics dĂ©jĂ  saturĂ©s (santĂ©, Ă©cole notamment) comme sur l’habitat et l’environnement. Dans l’hypothĂšse d’un maintien des flux migratoires au niveau actuel, la situation deviendrait explosive » . Ni la qualitĂ© des relations bilatĂ©rales entre Paris et Moroni (manque de coopĂ©ration judiciaire, refus de rĂ©admission des ressortissants comoriens), ni les projections dĂ©mographiques (10 000 naissances en moyenne par an) et gĂ©opolitiques (soutien de l’AzerbaĂŻdjan, de la Chine et de la Russie) ne laissent entrevoir une quelconque diminution des flux irrĂ©guliers Ă  moyen terme. En sus des changements climatiques, ces flux massifs compromettent gravement les Ă©quilibres Ă©cologiques ainsi que les rĂ©serves en eau qui connaissent dĂ©jĂ  une tension telle qu’elle entraine des tours d’eau drastiques et intempestifs depuis des annĂ©es. Au-delĂ  des dĂ©sagrĂ©ments subis par la population, c’est la santĂ© publique, l’école de la rĂ©publique ainsi que l’économie locale qui sont durement impactĂ©es.

Les ingérences étrangÚres visent à influencer, orienter et manipuler le processus de décision politique à Mayotte

C’est dans ce contexte inĂ©dit qu’est apparu le dĂ©bat sur la dĂ©territorialisation des visas, la restriction des conditions d’accĂšs Ă  la nationalitĂ© française et la nĂ©cessitĂ© de renforcer la lutte contre les reconnaissances frauduleuses de paternitĂ© pour diminuer l’attractivitĂ© de Mayotte. En effet, les rĂšgles d’acquisition et d’attribution de la nationalitĂ© française Ă  Mayotte ont Ă©tĂ© retournĂ©es contre les intĂ©rĂȘts du DĂ©partement de Mayotte. « UtilisĂ©es par les personnes entrĂ©es illĂ©galement Ă  Mayotte comme une arme de rĂ©gularisation massive de leur situation, ces rĂšgles ont Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©es de leur portĂ©e initiale » . Par consĂ©quent, l’on peut lĂ©gitimement s’interroger sur l’intĂ©rĂȘt pour Mayotte d’allĂ©ger le visa d’entrĂ©e d’une population Ă©trangĂšre manifestement arsenalisĂ©e Ă  des fins de dĂ©stabilisation du territoire. Une telle politique est Ă©galement menĂ©e par la Turquie Ă  l’égard de l’UE et par le BĂ©larus Ă  l’égard de l’Ukraine. Le dĂ©tournement de la lĂ©gislation Ă  des fins d’ingĂ©rences Ă©trangĂšres appelle des rĂ©ponses adaptĂ©es aux

TRIBUNE

enjeux. La mise en Ɠuvre de mesures spĂ©cifiques pouvant prendre en compte la gravitĂ© des dĂ©fis auxquels Mayotte doit faire face n’est en rien contraire au principe d’indivisibilitĂ© du territoire nationale en ce sens que des adaptations du droit permises par les dispositions de l’Article 73 de la Constitution sont rĂ©guliĂšrement approuvĂ©es par les dĂ©cisions du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État qui tiennent compte, notamment, du but recherchĂ© tout en s’assurant que lesdites adaptations ne sont ni disproportionnĂ©es ni de nature Ă  excĂ©der ce qui est strictement requis pour atteindre les objectifs fixĂ©s. Il est en est ainsi de l’exclusion de Mayotte du champ d’application de l’Accord de Schengen , de l’adaptation du droit du sol et du CESEDA dans ce dernier-nĂ© des dĂ©partements français. En ce qui concerne les engagements pris auprĂšs de l’État comorien par la dĂ©lĂ©gation en cause, l’intelligence avec une puissance Ă©trangĂšre semble ĂȘtre caractĂ©risĂ©e dans un contexte de revendication territoriale. De nombreuses lĂ©gislations adoptĂ©es ces derniĂšres annĂ©es, Ă  travers le monde, traitent « d’agents de l’étranger » des individus qui sont au service d’une puissance Ă©trangĂšre sur le territoire national. Pour renforcer l’arsenal juridique français face Ă  ces phĂ©nomĂšnes, l’OCDE a publiĂ©, Ă  la demande de la HATVP, un rapport visant Ă  identifier des solutions pour rendre les activitĂ©s d’influence Ă©trangĂšre plus transparentes . Ce rapport a donnĂ© lieu Ă  l’adoption de mesures lĂ©gislatives visant Ă  doter la HATVP d’un registre ad hoc dĂ©diĂ© Ă  la gestion des activitĂ©s d’influence Ă©trangĂšre en France, Ă  renforcer les obligations dĂ©ontologiques applicables aux responsables publics et aux reprĂ©sentants d’intĂ©rĂȘts, Ă  amĂ©liorer la transparence des campagnes d’influence Ă©trangĂšre et la dĂ©tection des risques d’ingĂ©rence. Cette nouvelle lĂ©gislation française entre en vigueur, notamment, aprĂšs le Foreign Agents Registration Act (FARA) des ÉtatsUnis (1938), du Foreign Influence Transparency Scheme (FITS) de l’Australie (2018) et du Foreign Influence Registration Scheme (FIRS) du Royaume-Uni (2024). Devant la multiplication de telles lĂ©gislations Ă  l’échelle europĂ©enne, l’UE tente d’harmoniser les dĂ©marches nationales Ă  travers la Proposition de Directive du Parlement europĂ©en et du Conseil Ă©tablissant des exigences harmonisĂ©es dans le marchĂ© intĂ©rieur en matiĂšre de transparence de la reprĂ©sentation d’intĂ©rĂȘts exercĂ©e pour le compte de pays tiers et modifiant la directive (UE) 2019/1937 (2023). Selon ladite proposition, « Les activitĂ©s clandestines de reprĂ©sentation d’intĂ©rĂȘts exercĂ©es pour le compte de pays tiers sont susceptibles d’avoir une incidence sur l’élaboration, la formulation ou la mise en Ɠuvre des politiques internes et externes de l’Union, y compris en ce qui concerne les intĂ©rĂȘts

Ă©conomiques et les intĂ©rĂȘts en matiĂšre de sĂ©curitĂ© de celle-ci. Elles ont, de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, une incidence sur la dĂ©mocratie, qui est une valeur commune de l’Union, dont la sauvegarde revĂȘt une importance fondamentale pour l’Union et ses États membres. Harmoniser le niveau de transparence requis dans l’ensemble de l’Union pour ces activitĂ©s devrait contribuer Ă  renforcer la confiance du public dans les processus de dĂ©cision de l’Union et des États membres ». Il semble Ă©vident que la dĂ©marche entreprise par l’Union des Comores et les dignitaires mahorais en cause vise Ă©galement Ă  influencer, orienter et manipuler le processus de dĂ©cision politique Ă  Mayotte.

Mieux prĂ©venir les ingĂ©rences Ă©trangĂšres et la manipulation du systĂšme politique, de la classe politique et des fonctionnaires de l’État et des collectivitĂ©s locales

La Commission europĂ©enne dĂ©finit les conditions dans lesquelles l'ingĂ©rence peut survenir en ce sens qu’elle prĂ©cise que « l'ingĂ©rence Ă©trangĂšre se produit lorsque des activitĂ©s sont menĂ©es par un acteur Ă©tatique Ă©tranger, ou en son nom, qui sont coercitives, secrĂštes, trompeuses ou corruptrices et qui sont contraires Ă  la souverainetĂ©, aux valeurs et aux intĂ©rĂȘts de l'Union europĂ©enne ». Quant au Parlement europĂ©en, il a adoptĂ© la dĂ©finition suivante : « l'ingĂ©rence Ă©trangĂšre est une ingĂ©rence illĂ©gitime de puissances Ă©trangĂšres dans les processus dĂ©mocratiques et politiques de l'UE et des États membres. Elle comprend l'ingĂ©rence secrĂšte ou coercitive d'une puissance Ă©trangĂšre dans le systĂšme politique ou gouvernemental de l'intĂ©rieur, comme les politiciens et les fonctionnaires qui travaillent pour ou sous l'influence de rĂ©gimes Ă©trangers ; l'influence sur le systĂšme politique de l'extĂ©rieur, comme l'abus du systĂšme de lobbying, la corruption, l'espionnage, les cyber-attaques ; et l'influence manipulatrice sur l'engagement ou les opinions du public, par exemple par le biais de campagnes de dĂ©sinformation et de manipulation en ligne ». Enfin, le Foreign Influence Transparency Scheme (FITS) australien dĂ©finit les ingĂ©rences Ă©trangĂšres comme Ă©tant « des activitĂ©s menĂ©es par une puissance Ă©trangĂšre ou en son nom et qui sont coercitives, corruptrices, trompeuses ou clandestines et contraires Ă  la souverainetĂ©, aux valeurs et aux intĂ©rĂȘts nationaux de l’Australie. Ces activitĂ©s impliquent que des puissances Ă©trangĂšres tentent de s’immiscer secrĂštement et de maniĂšre inappropriĂ©e dans la sociĂ©tĂ© australienne pour faire avancer leurs objectifs stratĂ©giques, politiques, militaires, sociaux ou Ă©conomiques, affectant nĂ©gativement les particuliers, l’information et l’infrastructure des gouvernements, l’industrie, le monde universitaire,

les mĂ©dias et les communautĂ©s ». L’ensemble de ces dispositions pourraient pleinement s’appliquer aux agissements de ladite dĂ©lĂ©gation mahoraise et de leurs partenaires Ă©trangers en ce qui concerne les mesures incluses dans le rapport susmentionnĂ© qui relĂšve manifestement de « l'influence manipulatrice sur l'engagement ». Le contexte inĂ©dit de revendication territoriale Ă  Mayotte invite Ă  la prudence, Ă  la clairvoyance et Ă  l’analyse de toute activitĂ© suspecte qui serait de nature Ă  compromettre, directement ou indirectement, la souverainetĂ© nationale sur Mayotte.

Les autorités manquent de lucidité et parfois de moyens pour lutter contre les ingérences étrangÚres

Les attaques contre les piliers fondamentaux de la sociĂ©tĂ© mahoraise (notamment la rĂ©forme contestĂ©e du DĂ©partement relative Ă  l’institution cadiale ainsi que la tentative de suppression des jours fĂ©riĂ©s locaux pourtant reconnus par le Code du travail ) sont vĂ©cues comme participant de la dĂ©stabilisation politique du territoire. Toutes ces manƓuvres visent Ă  remettre en cause la fiabilitĂ© de la France en matiĂšre de sĂ©curitĂ©. Par ailleurs, des manifestants comoriens n’hĂ©sitent plus Ă  brandir ostensiblement le drapeau russe Ă  Moroni . C’est chose faite. Avec sa Maison de la Russie, inaugurĂ©e en mars 2024, les autoritĂ©s russes disposent Ă  prĂ©sent d’une prĂ©sence physique Ă  quelques kilomĂštres Ă  peine de Mayotte, dĂ©partement français. AprĂšs les Comores, la Russie, la Chine et Ă  prĂ©sent l’AzerbaĂŻdjan (Ă  travers le Groupe d’initiative de Bakou (GIB) créé le 6 juillet 2023) se livrent Ă  des ingĂ©rences massives Ă  Mayotte et en Nouvelle-CalĂ©donie. « Les autoritĂ©s manquent de luciditĂ© sur les ingĂ©rences. On est encore un peu dĂ©faillants, car on n’a ni les outils, ni la volontĂ© d’analyse » . Les ingĂ©rences Ă©trangĂšres semblent ĂȘtre des reprĂ©sailles faisant suite aux prises de positions diplomatiques de la France sur le Haut Karabakh, peuplĂ© majoritairement d’ArmĂ©niens, sur la CrimĂ©e, l’Ukraine et sur TaĂŻwan. Les Comores, la Russie, la Chine et l’AzerbaĂŻdjan accusent la France « d’occuper illĂ©galement » Mayotte et la Nouvelle-CalĂ©donie alors mĂȘme que les CalĂ©doniens et les Mahorais ont votĂ© respectivement Ă  trois et quatre rĂ©fĂ©rendums successifs pour demeurer français. Il est Ă©vident que l’exploitation du nickel calĂ©donien, les rĂ©serves potentielles d’hydrocarbures de Mayotte ainsi que son rĂŽle de base arriĂšre de Total dans l’exploitation du gaz du canal du Mozambique intĂ©ressent ces puissances Ă©trangĂšres.

En définitive

Les outre-mer françaises apparaissent comme des victimes collatĂ©rales de la politique Ă©trangĂšre de la France. La dĂ©stabilisation, et Ă  terme la disparition, d’une certaine puissance française est un objectif assumĂ© par une partie des BRICS qui s’ingĂšrent ouvertement dans les affaires intĂ©rieures de la France. La contestation de la puissance française s’était dĂ©jĂ  manifestĂ©e pendant et aprĂšs la deuxiĂšme guerre mondiale, non pas par l’URSS, mais par les États-Unis d’AmĂ©rique. « Ce sont bien les carences financiĂšres qui firent douter d’une mise en valeur des TOM. D’aprĂšs Henri Laurentie, dĂ©lĂ©guĂ© adjoint de la France au Conseil de tutelle de l’ONU, le plan français de dĂ©veloppement des TOM n’était pas crĂ©dible pour les AmĂ©ricains ». Les doutes

des AmĂ©ricains ont Ă©tĂ© pris, alors, pour une tentative d’ingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures de la France. Aujourd’hui encore, des doutes persistent autour de la capacitĂ© ou de la volontĂ© de la France d’assurer la sĂ©curitĂ© et la stabilitĂ© de Mayotte et plus largement des outre-mer. De tels doutes, largement attisĂ©s par les ingĂ©rences Ă©trangĂšres, nourrissent les pires supputations et engendrent de plus en plus de dĂ©fiance Ă  l’égard des autoritĂ©s françaises. C’est prĂ©cisĂ©ment l’objectif recherchĂ© par les ingĂ©rences Ă©trangĂšres. Si la France n’y prĂȘte pas plus d’attention que cela, en gommant, notamment, les carences de l’État en matiĂšre de surveillance des frontiĂšres, de maĂźtrise des flux migratoires massifs, de sĂ©curitĂ© et de dĂ©veloppement, la montĂ©e du sentiment anti-français, qui a conduit plusieurs pays africains Ă  demander la fermeture des bases militaires françaises sur le continent, pourrait grandir dans les outre-mer. ImmĂ©diatement aprĂšs le dĂ©part des militaires français, la Russie s’est empressĂ©e de crĂ©er des postes avancĂ©s au Burkina-Faso et au Mali. L’ouverture d’une ambassade russe Ă  Moroni vient complĂ©ter le « collier de perles » russe qui ne cesse de s’élargir aux dĂ©pens des intĂ©rĂȘts français. Une cellule de lutte contre la dĂ©sinformation et un dispositif de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense plus robuste aux frontiĂšres et Ă  l’intĂ©rieur de Mayotte seraient de nature Ă  mettre en Ă©chec ces manƓuvres de dĂ©stabilisation massive qui frappent de plein fouet la rĂ©gion ultrapĂ©riphĂ©rique de Mayotte.

i Communication conjointe au Parlement européen et au Conseil, Cadre commun en matiÚre de lutte contre les menaces hybrides, une réponse de l'Union européenne, Bruxelles, 6 avril 2016 JOIN(2016) 18 final, p. 5.

ii LOI n° 2024-850 du 25 juillet 2024 visant Ă  prĂ©venir les ingĂ©rences Ă©trangĂšres en France. iii HOULIÉ Sacha, Rapport n° 2343 fait au nom de la commission des lois constitutionnelles, de la lĂ©gislation et de l’administration gĂ©nĂ©rale de la rĂ©publique, sur la proposition de loi, visant Ă  prĂ©venir les ingĂ©rences Ă©trangĂšres en France, (n° 2150), 13 mars 2024, p. 5.

iv MZEMBABA Abdallah, Investiture Azali Assoumani - Moroni et PĂ©kin se solidarisent pour la reconquĂȘte de Mayotte et Taiwan, Al-watwan, 27 mai 2024.

v La rédaction, Mayotte-Comores : la question des flux migratoires reste non résolue, LINFO. RE, 06.05.2024.

vi LOI n° 74-965 du 23 novembre 1974 organisant une consultation des populations des Comores. vii Locution dĂ©rivĂ©e de uti possidetis, ita possideatis signifiant « vous possĂ©derez ce que vous possĂ©diez dĂ©jĂ  » Ă©tabli, en 1819, lors du congrĂšs d’Angostura (Venezuela), sous la houlette de SimĂłn BolĂ­var.

viii Art. 1. 2 de la Charte des Nations unies, signée de 1945 et résolution 2625 (XXV).

ix DUMONT, GĂ©rard-François. IntangibilitĂ© des frontiĂšres versus droit Ă  l’autodĂ©termination L’exemple du Caucase du Sud : le conflit du Haut-Karabagh, l’ArmĂ©nie et l’AzerbaĂŻdjan. Les Analyses de Population & Avenir, 2024/3 N° 50, p.3-41.

x Maitres coraniques.

xi CĂ©rĂ©monie Ă  caractĂšre religieux, rythmĂ©e d’invocations et de danses, entrant souvent dans les festivitĂ©s nuptiales.

xii Recensement générale de la population en 2017.

xiii Samuel-Frédéric SERVIERE, Mayotte : les chiffres clés d'une situation explosive, Fondation iFRAP, 20.02.2024.

xiv Conseil d’État, Avis n° 394925 sur la proposition de loi tendant Ă  adapter aux caractĂ©ristiques et contraintes particuliĂšres de Mayotte les rĂšgles d’acquisition de la nationalitĂ© française par une personne nĂ©e en France de parents Ă©trangers, 05.06.2018.

xv INSEE, L'essentiel sur... les immigrés et les étrangers, 29/08/2024.

xvi IGJ/IGAS/IGA/IGAE/IGESR/IGF, Mission inter-inspections, Évaluation de la prise en charge des mineurs Ă  Mayotte, Rapport dĂ©finitif, Janvier 2022, p. 3.

xvii Thomas M'SAÏDIE, Le droit du sol à Mayotte, une question singuliùre ? Le Club des juristes, 12.03.2024.

xviii Décision n° 91-294 DC du 25 juillet 1991.

xix Décision n°2018-770 DC du 6 septembre 2018.

xx Conseil d’État, Avis du 20 mai 2010.

xxi OCDE (2024), Renforcer la transparence et l’intĂ©gritĂ© des activitĂ©s d’influence Ă©trangĂšre en France : Un outil pour lutter contre les risques d’ingĂ©rences Ă©trangĂšres, Examens de l'OCDE sur la gouvernance publique, Éditions OCDE, Paris.

xxii Article L3422-3 du Code du travail.

xxiii Bruno MINAS, Comores : Un drapeau russe dans un rassemblement contre « Wuambushu », Mayotte 1Úre, 17.04.2023.

xxiv Frédéric METEZEAU, Quand des puissances étrangÚres ciblent les outre-mer français, France Inter, 06.05.2024

TRIBUNE

M. Soula SaĂŻd-Souffou

Doctorant en droit public Ă  l’UniversitĂ© Sorbonne Paris Nord

Mamoudzou, 18/11/2024

StratĂ©gie de banalisation des violences extrĂȘmes et dĂ©ni de dĂ©veloppement Ă  des fins de dĂ©stabilisation de Mayotte

FAIRE VIVRE UN ENFER QUOTIDIEN À LA POPULATION DANS LE SEUL OBJECTIF D’INCRIMINER LE STATUT DE DÉPARTEMENT FRANÇAIS LIBREMENT CHOISI PAR LES MAHORAIS

La banalisation des violences extrĂȘmes et le maintien d’un niveau Ă©levĂ© de violence Ă  Mayotte, manifestement sous instigation d’agents de l’étranger, a pour objectif de faire passer des actes d’une rare gravitĂ© pour des actes mineurs. Il en est ainsi du dĂ©placement aux Comores d’une dĂ©lĂ©gation d’élus locaux mahorais partie nĂ©gocier sans mandat sur des matiĂšres rĂ©galiennes. Loin d’ĂȘtre une maladresse, ces agissements constituent, en rĂ©alitĂ©, un acte d’ingĂ©rence Ă©trangĂšre manifeste. Dans ce contexte de dĂ©stabilisation, les meurtres et les assassinats Ă  la machette sont devenus de simples faits divers dans un territoire jadis qualifiĂ© de « paradis ». C’est prĂ©cisĂ©ment l’un des objectifs recherchĂ©s par les commanditaires des actions de dĂ©stabilisation de Mayotte : faire vivre un enfer quotidien Ă  la population dans le seul objectif d’incriminer le statut de dĂ©partement français librement choisi par les Mahorais afin de rĂ©unir les conditions de la remise en cause de la capacitĂ© de la France Ă  assurer la sĂ©curitĂ© des Mahorais. Le fait de faire exĂ©cuter, rĂ©guliĂšrement, des victimes jeunes issues de l’immigration par d’autres jeunes ayant les mĂȘmes origines semble faire partie d’une stratĂ©gie globale qui consiste Ă  masquer les traces des ingĂ©rences Ă©trangĂšres. Ainsi, les violences extrĂȘmes agissent comme un repoussoir pour les professionnels de santĂ©, de l’éducation, des administrations et des investisseurs nationaux ou internationaux. Ici, l’opĂ©ration de dĂ©stabilisation consiste Ă  faire en sorte que le niveau de dĂ©veloppement de Mayotte ne dĂ©passe pas significativement celui des Comores. Les violences artificiellement maintenues, l’arsenalisation des migrant et des mineurs ainsi que l’appui sans rĂ©serve des alliĂ©s internationaux des Comores, notamment au sein

des BRICS, brident le dĂ©veloppement de Mayotte. C’est la raison pour laquelle, « Longtemps, les pouvoirs publics français ont hĂ©sitĂ© Ă  donner Ă  Mayotte les moyens de se dĂ©velopper pour Ă©viter justement un accroissement des Ă©carts de niveaux de vie entre ces Ăźles » . Par consĂ©quent, depuis la dĂ©partementalisation et le lancement d’une sĂ©rie de chantiers de dĂ©veloppement, les violences se sont intensifiĂ©es dans le seul but de brider le dĂ©veloppement du territoire. En effet, un niveau trop Ă©levĂ© de dĂ©veloppement de Mayotte mettrait en lumiĂšre l’échec de l’indĂ©pendance des Comores et a contrario la rĂ©ussite de la dĂ©partementalisation de Mayotte. Les rivalitĂ©s entre bandes et entre quartiers relĂšvent souvent de tensions communautaires importĂ©es des Comores. Ces violences gratuites, sans revendication officielles claires, interrogent Ă  plus d’un titre. Le manque de revendication peut contribuer Ă  masquer les manƓuvres d’ingĂ©rence Ă©trangĂšre. La banalisation des violences extrĂȘmes permet ainsi de faire passer les accalmies fugaces pour des victoires Ă©clatantes contre les bandes arsenalisĂ©es. Le territoire est devenu une cocote minute sans soupape de sĂ©curitĂ© car c’est Mayotte qui sert prĂ©cisĂ©ment de soupape de sĂ©curitĂ© Ă  l’Union des Comores qui fait partie des pays les moins avancĂ©s. L’envoi massif de jeunes comoriens Ă  scolariser Ă  Mayotte, qui parfois n’ont jamais connues l’école, tire manifestement le niveau scolaire vers le bas. Des jeunes de premiĂšre et de terminale prĂ©sentent de graves difficultĂ©s de lecture et d’écriture, car scolarisĂ©s non pas selon leur niveau, mais selon leur Ăąge prĂ©sumĂ©. Dans des Ă©tablissements scolaires sensibles comme le lycĂ©e Bamana Ă  Mamoudzou, certains Ă©lĂšves qualifient « d’ambiance » les violences physiques qui Ă©clatent souvent au sein et aux abords de

l’établissement. Au lieu de se mettre Ă  l’abri, ils accourent par centaines pour assister au « spectacle » alors qu’il s’agit souvent d’une mise Ă  tabac, et parfois, d’une mise Ă  mort de l’un d’entre eux. La banalisation des violences extrĂȘmes s’enracine progressivement. Ainsi, aprĂšs la commission d’un meurtre, dans la semaine du 4 au 10 novembre 2024, Ă  proximitĂ© immĂ©diate du lycĂ©e Bamana dont l’auteur est prĂ©sumĂ© ĂȘtre scolarisĂ© au sein de l’établissement, la vie a immĂ©diatement repris son cours normal sans aucune autre formalitĂ©. L’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, pour une agression physique mineure, le personnel avait exercĂ© son droit de retrait pendant plusieurs jours. Ainsi, l’école de la rĂ©publique se retrouve victime de violences inacceptables qui nuisent gravement au bon dĂ©roulement des enseignements.

À prĂ©sent, les violences extrĂȘmes touchent tous les secteurs, toutes les zones gĂ©ographiques de Mayotte alors qu’elles Ă©taient extrĂȘmement localisĂ©es auparavant. Elles traduisent la gĂ©nĂ©ralisation et la massification des flux migratoires. La politique de reconduite Ă  la frontiĂšre qui consiste Ă  Ă©loigner des parents et Ă  laisser sur le territoire des milliers de mineurs, qui ne sont ni rĂ©gularisables ni expulsables, coĂ»te de plus en plus cher au DĂ©partement de Mayotte et contribue Ă  faciliter le recrutement de jeunes mineurs isolĂ©s par les bandes criminelles qui sont souvent arsenalisĂ©es. « La dĂ©linquance Ă  Mayotte est ainsi qualifiĂ©e par les forces de l’ordre et les acteurs judiciaires de juvĂ©nile – les faits Ă©tant nettement plus souvent commis par

des mineurs que dans l’hexagone ou dans d’autres territoires ultramarins – et brutale – les faits pouvant ĂȘtre, bien que commis au moyen d’armes par destination gĂ©nĂ©ralement rudimentaires, particuliĂšrement violents » . Le budget de l’aide sociale Ă  l’enfance (ASE) et de la protection maternelle et infantile (PMI) a explosĂ©. S’agissant des PMI, il est passĂ© d’une quinzaine de millions d’euros dans les annĂ©es 2010 Ă  plus de 60 millions en 2023. Il prend en charge, majoritairement, des non assurĂ©s sociaux qui devraient ĂȘtre pris en charge par l’aide mĂ©dicale d’État (AME) alors mĂȘme que ce dispositif n’est pas applicable Ă  Mayotte. Les Art. L. 6416-4 et L6416-5 du Code de la santĂ© publique mettent en place un systĂšme dĂ©rogatoire de dotation globale qui ne permet pas d’identifier le budget rĂ©el consacrĂ© aux soins des personnes en situation irrĂ©guliĂšre Ă  Mayotte. InterrogĂ© par la dĂ©putĂ©e de Mayotte sur la nĂ©cessitĂ© de la mise en place de l’AME Ă  Mayotte, le ministre de la santĂ© et de la prĂ©vention a rĂ©pondu en ces termes : « Il n'apparaĂźt pas envisageable Ă  court terme de dĂ©ployer le dispositif de l'aide mĂ©dicale d'État et des soins urgents aux personnes en situation irrĂ©guliĂšre Ă  Mayotte, compte tenu de la faiblesse de l'offre de soins libĂ©rale et des incidences pratiques pour les patients, pour les Ă©tablissements publics de santĂ©, qui assurent 90% des soins sur le territoire mahorais et pour la caisse de sĂ©curitĂ© sociale de Mayotte. On ne peut considĂ©rer que l'absence de dĂ©ploiement de l'Aide mĂ©dicale de l'État prive l'hĂŽpital de ressources dans la mesure oĂč celui-ci reçoit des financements

TRIBUNE

en augmentation constante : la dotation globale de fonctionnement et le fonds d'intervention rĂ©gional sont passĂ©s de 208 et 4,3 millions d'euros respectivement en 2017 Ă  prĂšs de 277 et 9 millions d'euros en 2022 ». Cette rĂ©ponse dĂ©montre une volontĂ© chronique d’invisibilisation du montant prĂ©cis consacrĂ© aux soins des personnes en situation irrĂ©guliĂšre Ă  Mayotte. Il n’est pas ici question de remettre en cause l’esprit de l’AME, mais de relever les carences de l’État Ă  Mayotte qui se refuse Ă  instaurer ce dispositif Ă  Mayotte, tout en contraignant Ă  la fois le dĂ©partement et le centre hospitalier de Mayotte Ă  puiser dans leur budget gĂ©nĂ©ral respectif pour remplir une mission relevant de l’AME. Manifestement, l’objectif consiste Ă  ne pas mettre en lumiĂšre le

caractĂšre massif de l’immigration irrĂ©guliĂšre Ă  Mayotte. Les Ă©trangers en situation irrĂ©guliĂšre Ă  Mayotte nĂ©cessitant des Ă©vacuations sanitaires Ă  La RĂ©union sont pris en charge sur un dispositif ad hoc qui Ă©chappe totalement Ă  la caisse de sĂ©curitĂ© sociale de Mayotte. C’est l’État qui rĂšgle directement les organismes rĂ©unionnais. Pendant ou aprĂšs les soins, un certain nombre de malades disparaissent dans la nature et sont traitĂ©s de « Mahorais » par les RĂ©unionnais, crĂ©ant ainsi des tensions communautaires injustifiĂ©es entre Mahorais et RĂ©unionnais. Ainsi, La RĂ©union est, elle aussi, frappĂ©e de plein fouet par le phĂ©nomĂšne des bandes de mineurs cagoulĂ©s et armĂ©s de machettes, dĂ©montrant ainsi la possibilitĂ© d’exportation des violences extrĂȘmes

vers d’autres territoires. Si les carences de l’État, en matiĂšre de maĂźtrise de l’immigration irrĂ©guliĂšre, ne sont pas solutionnĂ©es, ces violences pourraient gagner rapidement l’espace Schengen. Ceci ne relĂšve pas de la science-fiction. L’Espagne connait dĂ©jĂ  ce phĂ©nomĂšne.

Face au manque de coopĂ©ration chronique des Comores, la France et l’UE dispose de nombreux leviers Ă©conomiques et diplomatiques qu’ils se refusent, pour le moment, Ă  activer.

Depuis des annĂ©es, la sĂ©curitĂ© quotidienne est de fait cogĂ©rĂ© par des bĂ©nĂ©voles revĂȘtus de gilets jaunes. Aux cĂŽtĂ©s des forces de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, ces personnes, en situation irrĂ©guliĂšre pour bon nombre d’entre eux, intĂšgrent des « milices privĂ©es », structures associatives ou informelles, qui participent Ă  la sĂ©curisation des abords des Ă©tablissements scolaires ou de certains axes routiers ou quartiers sensibles. Cependant, il est difficile d’admettre que la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure d’un dĂ©partement français puisse ĂȘtre cogĂ©rĂ©e par des personnes en situation irrĂ©guliĂšre. C’est ainsi que la tĂ©lĂ©vision publique (Mayotte 1Ăšre) indique que « Le blocage des services Ă©trangers de la prĂ©fecture empĂȘche la poursuite des dĂ©marches pour ceux qui les ont entamĂ©es. La population craint une reprise des violences sans la prĂ©sence de ces hommes et femmes qui patrouillent jusqu'Ă  tard dans la nuit pour sĂ©curiser la localitĂ©. La question de la situation administrative d'une partie d'entre eux Ă©tait souvent posĂ©e, sans qu'une rĂ©ponse officielle ne soit donnĂ©e » . Il y a ici un sĂ©rieux problĂšme de droit et de souverainetĂ© Ă  rĂ©soudre. Si elles ne sont pas stoppĂ©es, ces voies de rĂ©gularisation attireront toujours plus d’entrĂ©es irrĂ©guliĂšres et crĂ©eront un sentiment de « cogestion » de Mayotte par la France et les Comores. C’est prĂ©cisĂ©ment ce que l’ancien prĂ©sident Ahmed Abdallah SAMBI appelait « Un pays, deux systĂšmes » permettant d’acter la prĂ©sence française Ă  Mayotte tout en reconnaissant par ailleurs l’appartenance de Mayotte Ă  l’Union des Comores sur le modĂšle de la cogestion de l’üle de Tromelin avec Maurice.

Mayotte traverse une guerre hybride faite de dĂ©sinformation massive sur les rĂ©seaux sociaux, d’arsenalisation de populations, des bandes de mineurs, d’ingĂ©rences politiques, administratives, culturelles et religieuses. Dans de telles circonstances, il semble contre-intuitif de continuer Ă  financer, avec des financements français et europĂ©ens, le dĂ©veloppement des Comores, qui revendiquent le dĂ©partement français de Mayotte, sans rĂ©els contreparties depuis les annĂ©es 1970. En effet, les Comores refusent rĂ©guliĂšrement la rĂ©admission de leurs ressortissants alors mĂȘme qu’ils signent des accords dans lesquels ils s’engagent Ă  lutter contre les entrĂ©es illĂ©gales Ă  Mayotte. L’instrumentalisation des flux migratoires est devenue un moyen de pression des Comores sur les autoritĂ©s françaises. De nombreux expulsĂ©s sont des rĂ©itĂ©rants. En fonction des situations, les autoritĂ©s comoriennes admettent ou rĂ©futent la francitĂ© de Mayotte. Les opposants et les rĂ©fugiĂ©s politiques, fuyant le rĂ©gime de Moroni, trouvent souvent trĂšs commode l’appartenance de l’üle Ă  la France. En rĂ©alitĂ©, en faisant suite aux demandes rĂ©pĂ©tĂ©es de rĂ©admission de l’ensemble de ses

ressortissants entrĂ©s irrĂ©guliĂšrement Ă  Mayotte, l’Union des Comores mettrait en lumiĂšre son incapacitĂ© Ă  faire face Ă  ses obligations rĂ©galiennes les plus Ă©lĂ©mentaires (santĂ©, Ă©ducation, alimentation). Face au manque de coopĂ©ration chronique des Comores dans la maĂźtrise des flux migratoires, la France et l’UE dispose pourtant de nombreux leviers diplomatiques et Ă©conomiques qu’ils se refusent, pour le moment, Ă  activer. L’on peut Ă©voquer, notamment, la suspension des transferts d’argents en direction des Comores, la rĂ©vision de la politique d’aide au dĂ©veloppement ou encore la restriction des visas et des titres de sĂ©jour d’entrĂ©e Ă  Mayotte et dans l’espace Schengen. Le dĂ©faut d’activation des leviers susmentionnĂ©s, officiellement motivĂ© par la crainte de consĂ©quences contreproductives, conduit Ă  la dĂ©gradation continue, et certaine, de la sĂ©curitĂ©, de la stabilitĂ© et de la santĂ© Ă  Mayotte. Selon SantĂ© Publique France, les flux migratoires irrĂ©guliĂšres en provenance des Comores, de Madagascar et des africains, notamment des Grands lacs, entrainent la rĂ©surgence de maladies moyenĂągeuses qui avaient Ă©tĂ© Ă©radiquĂ©es Ă  Mayotte. En situation de dĂ©sert mĂ©dical, cette situation sanitaire inĂ©dite dĂ©stabilise complĂštement le territoire qui est au bout de ses capacitĂ©s de rĂ©silience.

En définitive

Mayotte fait face Ă  des forces extrĂȘmement puissantes qui s’emploient Ă  la dĂ©stabiliser de l’intĂ©rieur comme de l’extĂ©rieur. Les carences de l’État en matiĂšre de protection des frontiĂšres, de santĂ© publique et de dĂ©veloppement Ă©conomique et social sont surexploitĂ©es par de telles forces pour discrĂ©diter constamment la France quant Ă  sa capacitĂ© Ă  prĂ©server le contrat social Ă  Mayotte. A prĂ©sent, et compte tenu de la violence et de l’ampleur des ingĂ©rences Ă©trangĂšres, une attention toute particuliĂšre doit ĂȘtre portĂ©e sur l’intĂ©gritĂ© des Ă©lus, des fonctionnaires de l’État et des collectivitĂ©s locales.

Les violences extrĂȘmes, manifestement entretenues par des agents de l’étranger, dĂ©stabilisent le dĂ©partement de Mayotte et freinent son dĂ©veloppement en bridant tous les efforts des pouvoirs publics et des investisseurs privĂ©s locaux, nationaux et internationaux. Face Ă  de telles menaces hybrides, il apparaĂźt opportun d’armer juridiquement, politiquement et Ă©conomiquement Mayotte afin de lui permettre de profiter pleinement de tous les outils nationaux et europĂ©ens dĂ©diĂ©s Ă  la lutte contre les ingĂ©rences Ă©trangĂšres.

i Olivier Bensoussan, « La mer, menace ou espoir de dĂ©veloppement pour Mayotte ? », Les Cahiers d’Outre-Mer, 248 | 2009, 489-512.

ii MM. François-NoĂ«l BUFFET, StĂ©phane LE RUDULIER, Alain MARC et al., l’essentiel du Rapport d’information n° 114 fait au nom de la commission des lois constitutionnelles, de lĂ©gislation, du suffrage universel, du RĂšglement et d’administration gĂ©nĂ©rale sur la sĂ©curitĂ© Ă  Mayotte, SĂ©nat, 27.10.2021.

iii Question n°10189 publiée au JO le : 18/07/2023.

iv Réponse publiée au JO le : 19/03/2024 page : 2230.

v Ali CHAMSUDINE, C'est l'État qui finance les Ă©vacuations sanitaires des Ă©trangers sans papiers, Mayotte 1ere, 17 octobre 2022.

vi Ali CHAMSUDINE, Quelle situation administrative pour les gilets jaunes de Kawéni ? Mayotte 1Úre, 01.10.2018

vii ZaĂŻa AYAMA, Moroni propose Ă  la France la cogestion de Mayotte, Zinfos974, 19 aoĂ»t 2010. viii SantĂ© Publique France, ÉpidĂ©mie de cholĂ©ra Ă  Mayotte : SantĂ© publique France est mobilisĂ©e et appelle au renfort de professionnels de santĂ© volontaires, 17.05.2024.

LES AGENTS DE MAMOUDZOU DONNENT L’EXEMPLE POUR

NOVEMBRE VERT

Depuis l’annĂ©e derniĂšre, la mairie de Mamoudzou consacre le mois de novembre Ă  la propretĂ© urbaine avec plusieurs actions de collectes rassemblĂ©es sous le dispositif Novembre vert. Vendredi dernier, les agents de la mairie se sont mobilisĂ©s pour nettoyer les quartiers autour de leurs bĂątiments.

C’est vĂȘtu de son plus beau t-shirt vert qu’Houmayad* ramĂšne deux sacs poubelle remplis de canettes et de bouteilles. Depuis 7h30, ce vendredi, l’agent de service scolaire Ă  la mairie annexe de PassamaĂŻnty rĂŽde avec une petite dizaine de collĂšgues autour de la maison commune pour ramasser les dĂ©chets, Ă  l’occasion de Novembre vert. Ce dispositif, organisĂ© par la Ville de Mamoudzou pour la deuxiĂšme annĂ©e consĂ©cutive, a pour but de mobiliser l’ensemble des agents de la mairie pour rendre la commune plus propre et sensibiliser la population tout le long du mois Ă  travers diffĂ©rentes actions. Vers 9h, une petite pause est de mise sous la tonnelle jouxtant la mairie annexe, aprĂšs les efforts sous le soleil de plomb pour remplir une bonne dizaine de sacs. « Qu’est-ce qu’il fait chaud ! », lance une des agentes. Mais ce n’est pas la tempĂ©rature qui va arrĂȘter le travail de l’équipe. « C’est important qu’on aide le service technique », insiste Houmayad, qui se dĂ©sole de voir que des dĂ©tritus continuent d’ĂȘtre jetĂ©s Ă  mĂȘme le trottoir.

Du cĂŽtĂ© de la mairie annexe de KawĂ©ni, un grand mĂ©nage a Ă©galement Ă©tĂ© fait. Dans tout le quartier autour, on peut voir que des sacs poubelle se sont remplis de dĂ©chets plastiques. « On a fait le nettoyage de tout le site de la mairie et du quartier. On a rempli une benne de six tonnes », dĂ©crit le chef d’équipe des agents de lutte contre la pollution visuelle, Madi Mandhi. Les locaux aussi ont eu le droit Ă  un coup de balai. Pour les agents, il est important de donner l’exemple. « On ne

peut pas demander aux gens de jeter correctement leurs dĂ©tritus si on ne le fait pas nous-mĂȘmes. »

« La sensibilisation est aussi importante »

Si ce vendredi, c’était aux agents de la mairie de Mamoudzou et aux scolaires de collecter dans le secteur de leurs Ă©tablissements, Novembre vert prĂ©voit aussi des collectes avec l’ensemble des habitants, des nettoyages des mangroves, des plantations ou encore des distributions de plantes. « La sensibilisation est aussi importante, car malheureusement on se rend compte qu’il y a encore des gens qui n’ont pas compris. Mais ce n’est pas grave, on va continuer tant que ce sera nĂ©cessaire », assure DhinouraĂŻne Mcolo Mainty, premier adjoint au maire de Mamoudzou en charge de la propretĂ© urbaine, grande cause communale depuis 2020. NĂ©anmoins, le message semble ĂȘtre dĂ©jĂ  passĂ© au sein d’une partie de la population. « Il y a des personnes qui nous ont devancĂ© ce jour, qui nous attendaient avec des sacs dĂ©jĂ  remplis », se rĂ©jouit-il.

L’annĂ©e derniĂšre, Novembre vert avait permis la collecte de cinquante tonnes de dĂ©chets. Si cette annĂ©e, la municipalitĂ© espĂšre faire encore mieux, le premier adjoint maintient que les actions continuent tout au long de l’annĂ©e, citant par exemple des collectes de vĂ©hicules hors d’usage prĂ©vues pour dĂ©cembre. n

* Nom d’emprunt

Marine Gachet
Le quartier de la mairie annexe de Kawéni a également été vidé de ses déchets par les agents de la mairie.
De nouvelles corbeilles ont été installées sur le front de mer dans le cadre de Novembre vert.
Le site de la mairie annexe de Kawéni a été entiÚrement nettoyé par ses agents.
Une dizaine d’agents municipaux ont nettoyĂ© le quartier de la mairie annexe de PassamaĂŻnty, ce vendredi.

(9/9)

AGRÉGÉ

DE LETTRES MODERNES ET DOCTEUR EN LITTÉRATURES FRANCOPHONES, CHRISTOPHE COSKER EST L’AUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES DE RÉFÉRENCE SUR LA LITTÉRATURE DE L’ÎLE AUX PARFUMS, NOTAMMENT UNE PETITE HISTOIRE DES LETTRES FRANCOPHONES À MAYOTTE (2015) DONT IL REPREND, APPROFONDIT ET ACTUALISE, DANS CETTE CHRONIQUE LITTÉRAIRE, LA MATIÈRE.

MAYOTTE LES DOSSIERS HISTORIQUES DES ARCHIVES DÉPARTEMENTALES DE MAYOTTE

Le thĂšme de la justice Ă  Mayotte, traitĂ© dans le plus long des dossiers du service Ă©ducatif des Archives dĂ©partementales de Mayotte porte sur « Droit(s) et justice Ă  Mayotte Ă  l’époque coloniale (1841-1946) » mĂ©rite, par son importance, une deuxiĂšme chronique sur les jalons du droit Ă  Mayotte. Parmi ceux qui s’imposent Ă  nous dans le cadre colonial exogĂšne, on trouve, par-dessus tout, le rĂ©gime de l’indigĂ©nat qui n’est pas aussi facile Ă  cerner qu’on pourrait d’abord le croire : « La ‘rĂ©pression par voie disciplinaire des infractions spĂ©ciales de l’indigĂ©nat’, selon la terminologie officielle, appelĂ©e aussi ‘code de l’indigĂ©nat’ ou ‘rĂ©gime de l’indigĂ©nat’ (nous prĂ©fĂ©rons cette derniĂšre expression plus conforme Ă  la rĂ©alitĂ©, a Ă©tĂ© un moyen, pour le colonisateur, d’imposer sa domination, en confiant aux administrateurs et aux gouverneurs des pouvoirs disciplinaires Ă  l’égard des indigĂšnes en dehors de toute procĂ©dure judiciaire. Si l’expression de ‘code de l’indigĂ©nat’ apparaĂźt sous la plume des administrateurs coloniaux, des juristes et de chercheurs contemporains, il n’y a jamais eu, en fait, de codification valable pour tous les territoires coloniaux. »

Si l’on en revient aux formes endogĂšnes de la justice Ă  Mayotte, on peut opposer, au code de l’indigĂ©nat, le fiqh ou droit musulman : « Dans le monde musulman, le droit ne peut ĂȘtre sĂ©parĂ© de la religion. La lĂ©gislation islamique qui s’est Ă©laborĂ©e Ă  partir de la rĂ©fĂ©rence essentielle que constitue le Coran, mais ce dernier ne compte qu’un nombre limitĂ© de textes ayant un caractĂšre juridique auxquels s’est ajoutĂ© la tradition (Hadiths) qui recueille les actes et les paroles de Muhammad. D’autres principes ont Ă©tĂ© ajoutĂ©s par la suite : l’idjma (ou consensus des savants Ă  une Ă©poque donnĂ©e), le qiyas (raisonnement par analogue), le ra’y (opinion personnelle consistant Ă  choisir la solution la meilleure [= istihsan] ou celle correspondant Ă  l’intĂ©rĂȘt commun [= istilah]). Le rĂ©sultat de ces deux derniĂšres opĂ©rations est l’Idjtihad, c’est-Ă -dire l’effort d’interprĂ©tation des textes sacrĂ©s. »

Elle s’incarne dans la justice des kadi, ou juges musulmans :

« Au dĂ©but de la pĂ©riode coloniale, les cadis sont, avec les chefs de village, les intermĂ©diaires indispensables de l’administration avec la population. Cela s’explique

d’autant plus que la prĂ©sence française en Grande Terre reste largement symbolique, au moins jusqu’au milieu des annĂ©es 1860. Ils concentrent entre leurs mains les fonctions judiciaires mettant en cause les indigĂšnes. » En ce sens, le droit et la justice se donnent pour mission premiĂšre le maintien de l’ordre, c’estĂ -dire la police. Mais les moyens de le faire - et le dĂ©calage entre lĂ©galitĂ© et lĂ©gitimitĂ© dans la situation coloniale - sont problĂ©matiques :

« Le maintien de l’ordre Ă  Mayotte Ă  l’époque coloniale obĂ©it Ă  de nombreuses contraintes. La maigreur des budgets limite le nombre de cadres europĂ©ens et les effectifs des forces de police. Ces derniĂšres, faiblement rĂ©munĂ©rĂ©es, ne sont, en outre, pas suffisamment formĂ©es. Le quadrillage du territoire est rendu difficile par les difficultĂ©s de communications. Aussi, les institutions locales et les chefs de village constituentils des auxiliaires indispensables, que l’administration coloniale cherche Ă  mieux encadrer et Ă  contrĂŽler dans la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle. »

Pour gĂ©rer l’ordre Ă  Mayotte, il convient de trouver un moyen terme entre systĂšme exogĂšne et systĂšme endogĂšne. On voit dĂ©jĂ  poindre les thĂšmes exploitĂ©s ensuite par la critique postcoloniale, Ă  savoir l’hybriditĂ© et le tiers-espace. Dans le cas prĂ©sent, la solution se nomme garde indigĂšne :

« AprĂšs le rattachement de Mayotte Ă  Madagascar, le Gouverneur gĂ©nĂ©ral Augagneur crĂ©e, dans l’archipel des Comores, une brigade de la garde indigĂšne. Cette derniĂšre avait Ă©tĂ© mise en place dans la Grande Île dĂšs la fin du XIXe siĂšcle et rĂ©organisĂ©e en 1906. Elle comprend un personnel europĂ©en [
] et indigĂšne. Chaque brigade est placĂ©e sous le commandement d’un inspecteur principal. Il est prĂ©vu que les anciens agents indigĂšnes de la police puissent ĂȘtre intĂ©grĂ©s dans cette nouvelle formation. L’effectif initial, pour l’ensemble de l’archipel, est de 87 hommes, sans compter les gradĂ©s ; 21 doivent ĂȘtre en poste Ă  Mayotte. »

Le dossier contient enfin une esquisse d’histoire de l’institution pĂ©nitentiaire dans « Prisons et prisonniers Ă  la fin du XIXe et au dĂ©but du XXe siĂšcles ». On trouve Ă©galement deux entretiens dont il est particuliĂšrement intĂ©ressant de croiser les lectures, d’une part celui d’Yves Moatty, ancien

titre de Michel Foucault car il pose les fondements d’une
Christophe Cosker

AVIS D’APPEL PUBLIC À LA CONCURRENCE - SERVICES

Section 1 : Identification de l’acheteur

Nom complet de l’acheteur : CommunautĂ© d’AgglomĂ©ration de DembĂ©ni-Mamoudzou (976)

NumĂ©ro national d’identification :

Type : SIRET - N° : 20006045700013

Code postal / Ville : 97600 Mamoudzou

Groupement de commandes : non

Section 2 : Communication

Moyens d’accùs aux documents de la consultation

Lien vers le profil d’acheteur : https:// www.marches-securises.fr

Identifiant interne de la consultation : 20240011

L’intĂ©gralitĂ© des documents de la

consultation se trouve sur le profil d’acheteur : oui

Utilisation de moyens de communication non communément disponibles : non

Nom du contact : Monsieur le président de la CADEMA - Tél : +33 063921863 -

Mail : koultoume.abdallah@cadema.yt

Section 3 : Procédure

Type de procédure : Procédure adaptée

ouverte

Conditions de participation :

Aptitude Ă  exercer l’activitĂ© professionnelle : se rĂ©fĂ©rer au DCE

Capacité économique et financiÚre : se référer au DCE

Capacités techniques et professionnelles : se référer au DCE

Technique d’achat : Sans objet

Date et heure limite de réception des plis : Vendredi 06 décembre 2024 - 12:00

Présentation des offres par catalogue

électronique : Interdite

RĂ©duction du nombre de candidats : non PossibilitĂ© d’attribution sans nĂ©gociation : oui

L’acheteur exige la prĂ©sentation de variantes : non

CritĂšres d’attribution : se rĂ©fĂ©rer au DCE

Section 4 : Identification du marchĂ© IntitulĂ© du marchĂ© : Diagnostic d’étanchĂ©itĂ© des Ă©tablissements scolaires sur le territoire de la CADEMA

Classification CPV : 71335000

Type de marché : Services

Description succinte du marchĂ© : Ce marchĂ© a pour objet la rĂ©alisation d’un diagnostic d’étanchĂ©itĂ© des Ă©tablissements scolaires situĂ©s sur le territoire de la CADEMA. le prestataire retenu sera chargĂ© d’inspecter, d’analyser les structures existantes (toitures, murs, systĂšmes

de collecte des eaux pluviales) et de proposer des recommandations de travaux en vue de prĂ©venir ou corriger les problĂšmes d’infiltrations d’eau et d’humiditĂ©.

Lieu principal d’exĂ©cution : Sur le territoire de la CADEMA

Durée du marché (en mois) : 6

Valeur estimée hors TVA : 160000 euros La consultation comporte des tranches : non La consultation prévoit une réservation de tout ou partie du marché : non Marché alloti : non

Section 6 : Informations complémentaires

Visite obligatoire : non

Date d’envoi du prĂ©sent avis 19 novembre 2024

AVIS D’APPEL PUBLIC À LA CONCURRENCE - SERVICES

Section 1 : Identification de l’acheteur

Nom complet de l’acheteur : Ville de Koungou (976)

NumĂ©ro national d’identification :

Type : SIRET - N° : 20000881100016

Code postal / Ville : 97690 Koungou

Groupement de commandes : non

Section 2 : Communication

Moyens d’accùs aux documents de la consultation

Lien vers le profil d’acheteur : https://

www.marches-securises.fr

L’intĂ©gralitĂ© des documents de la consultation se trouve sur le profil d’acheteur : oui

Utilisation de moyens de communication non communément disponibles : non

Nom du contact : BACO Toianti - Mail : commandepublique@koungou.fr

Section 3 : Procédure

Type de procédure : Procédure adaptée ouverte

Conditions de participation :

Aptitude Ă  exercer l’activitĂ© professionnelle : Voir le RĂšglement de consultation (RC)

Capacité économique et financiÚre :

Voir le RĂšglement de consultation (RC)

Capacités techniques et professionnelles : Voir le RÚglement de consul-

tation (RC)

Technique d’achat : Accord-cadre

Date et heure limite de réception des plis : Vendredi 20 décembre 2024 - 12:00

Présentation des offres par catalogue électronique : Interdite

Réduction du nombre de candidats : non

PossibilitĂ© d’attribution sans nĂ©gociation : oui

L’acheteur exige la prĂ©sentation de variantes : non Identification des catĂ©gories d’acheteurs intervenant (accord-cadre uniquement) : Voir le RĂšglement de consultation (RC)

Critùres d’attribution : Voir le Rùglement de consultation (RC)

Section 4 : Identification du marché

IntitulĂ© du marchĂ© : Accord-Cadre de prestations d’agences de voyage pour

les besoins de la commune de Koungou

Classification CPV : 63510000

Type de marché : Services

Lieu principal d’exĂ©cution : COMMUNE DE KOUNGOU 97600

Koungou

Durée du marché (en mois) : 12

La consultation comporte des tranches : non

La consultation prévoit une réservation de tout ou partie du marché : non

Marché alloti : non

Section 6 : Informations complémentaires

Visite obligatoire : non

Autres informations complémentaires :

Voir le rĂšglement de consultation (RC)

Date d’envoi du prĂ©sent avis 20 novembre 2024

AVIS D’APPEL PUBLIC À LA CONCURRENCE - TRAVAUX

Section 1 : Identification de l’acheteur

Nom complet de l’acheteur :

Commune de Chiconi (976)

NumĂ©ro national d’identification :

Type : SIRET - N° : 20000875300010

Code postal / Ville : 97670 Chiconi

Groupement de commandes : non

Section 2 : Communication

Moyens d’accùs aux documents de la consultation

Lien vers le profil d’acheteur : https:// www.marches-securises.fr

L’intĂ©gralitĂ© des documents de la consultation se trouve sur le profil d’acheteur : oui

Utilisation de moyens de communi-

cation non communément disponibles : non

Nom du contact : Service technique

Section 3 : Procédure

Type de procédure : Procédure adaptée ouverte

Conditions de participation :

Aptitude Ă  exercer l’activitĂ© professionnelle : Voir article 6 du rĂšglement de la consultation.

Capacité économique et financiÚre : Voir article 6 du rÚglement de la consultation.

Capacités techniques et professionnelles : Voir article 6 du rÚglement de la consultation.

Technique d’achat : Sans objet Date et heure limite de rĂ©ception des plis : Vendredi 13 dĂ©cembre 2024

- 11:00

Présentation des offres par catalogue électronique : Interdite

Réduction du nombre de candidats : non

PossibilitĂ© d’attribution sans nĂ©gocia-

tion : oui

L’acheteur exige la prĂ©sentation de variantes : non

Section 4 : Identification du marché

Intitulé du marché :

REHABILITATION DU PLATEAU DE CAVANI CHICONI

Classification CPV : 45112500

Type de marché : Travaux

Lieu principal d’exĂ©cution : Sur le territoire communal

La consultation comporte des tranches : non

La consultation prévoit une réservation de tout ou partie du marché : non Marché alloti : oui

Section 5 : Informations sur les lots

LOT :

LOT01: TERRASSEMENT - VRD - GO

Classification CPV : 45112500

Lieu d’exĂ©cution du lot : Sur le territoire

communal

LOT :

LOT02: EQUIPEMENTS SPORTIFS - AGRES

Classification CPV : 37400000

Lieu d’exĂ©cution du lot : Sur le territoire

communal

LOT :

LOT03: RAGREAGES PEINTURES

Classification CPV : 45442100

Lieu d’exĂ©cution du lot : Sur le territoire communal

LOT :

LOT04: ELECTRICITE CF - Cf

Classification CPV : 45311000

Lieu d’exĂ©cution du lot : Sur le territoire communal

Section 6 : Informations complémentaires

Visite obligatoire : oui

Détails sur la visite : Deux dates pour la visite prévues le lundi 25 novembre à 08h30 et le jeudi 28 novembre à 08h30 sur le site du projet.

Date d’envoi du prĂ©sent avis 21 novembre 2024

MAGAZINE D’INFORMATION

NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE

Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros

7, rue Salamani

Cavani M’tsapĂ©rĂ©

BP 60 - 97600 Mamoudzou

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Couverture : VIOLENCES SEXUELLES FAITES

AUX ENFANTS : BRISONS LE SILENCE !

Journalistes

RaĂŻnat Aliloiffa

Alexis Duclos

SaĂŻd Issouf

Marine Gachet

Lisa Morisseau

InĂšs Alma

Nadhuir Mohamady

Direction artistique

Franco di Sangro

Graphistes/Maquettistes

Olivier Baron, Franco di Sangro

Commerciaux

Cédric Denaud, Murielle Turlan

Comptabilité

Catherine Chiggiato comptabilite@somapresse.com

PremiĂšre parution

Vendredi 31 mars 2000

ISSN 2402-6786 (en ligne)

RCS : n° 9757/2000

N° de Siret : 024 061 970 000 18

N°CPPAP : 0125 Y 95067

Site internet www.mayottehebdo.com

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