


![]()



Le 20 novembre marque lâanniversaire de la Convention relative aux droits de l'enfant, adoptĂ©e par l'Organisation des Nations unies en 1989. Câest lâoccasion de rappeler les droits des enfants en France. Ces droits sont nombreux, mais lorsquâon y regarde de plus prĂšs, on se rend compte que tous les enfants de la RĂ©publique n'en jouissent pas. Ceux des Outre-mer, et particuliĂšrement ceux de Mayotte, sont les plus dĂ©laissĂ©s. Lâexemple le plus criant est celui du droit Ă lâĂ©ducation. Tous les enfants du 101e dĂ©partement nây ont pas accĂšs. Selon une Ă©tude menĂ©e par lâUniversitĂ© Paris-Nanterre en 2023, entre 5 000 et 10 000 jeunes mineurs ne vont pas Ă lâĂ©cole. Mais encore une fois, ces chiffres sont sous-estimĂ©s, car il est difficile de recenser prĂ©cisĂ©ment les enfants hors du circuit scolaire. Il est aussi important de rappeler que tous les enfants de Mayotte nâont pas droit Ă la santĂ©, ne sont pas protĂ©gĂ©s, et nâont mĂȘme pas accĂšs Ă lâeau. LibertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternité⊠Mais oĂč est lâĂ©galitĂ© dans tout cela ? Les enfants de Mayotte nâont-ils pas droit Ă une vie meilleure ? On peine parfois Ă croire que lâon est en France lorsqu'on constate toutes les inĂ©galitĂ©s entre le 101e dĂ©partement et le reste du pays. LâĂ©galitĂ© rĂ©publicaine est rompue, et les enfants en sont les premiĂšres victimes. Bonne lecture Ă tous, RaĂŻnat Aliloiffa.











Du lundi 25 au mercredi 27 novembre Conférences - débats & échanges

Présente
VIĂšmes TROPHĂES MAHORAIS DE LâENVIRONNEMENT
Du 25 au 27 Novembre Dans les locaux de la Somapresse Ă Cavani
TABLES RONDES
CONFĂRENCES - DĂBATS & ĂCHANGES
LUNDI 25 NOVEMBRE de 8h30 Ă 12h
Sensibilisation aux risques naturels Ă Mayotte
- Le volcan sous-marin de Mayotte
- LâĂ©rosion des cotes Ă Mayotte
Pour plus dâinformations : soumaya@somapresse.com
Présente

Du 25 au 27 Novembre Dans les locaux de la Somapresse Ă Cavani
TABLES RONDES
CONFĂRENCES - DĂBATS & ĂCHANGES
MERCREDI 27 NOVEMBRE de 8h30 Ă 12h
Pour plus dâinformations : soumaya@somapresse.com

Présente
VIĂšmes TROPHĂES
MAHORAIS DE LâENVIRONNEMENT
Du 25 au 27 Novembre Dans les locaux de la Somapresse Ă Cavani
TABLES RONDES
CONFĂRENCES - DĂBATS & ĂCHANGES
MERCREDI 27 NOVEMBRE de 13h30 Ă 16h30
Pour plus dâinformations : soumaya@somapresse.com

Premier Ă©lu mahorais Ă intĂ©grer un gouvernement, Thani Mohamed Soilihi fait un retour remarquĂ© sur le territoire qui lâa vu naĂźtre. NommĂ© secrĂ©taire d'Ătat chargĂ© de la Francophonie et des Partenariats internationaux depuis le 21 septembre dernier, il sera accueilli par plusieurs cĂ©rĂ©monies dâaccueil populaire. Un premier Ă©vĂ©nement aura lieu, ce samedi 23 novembre, Ă partir de 10h, Ă la MJC de DembĂ©ni. La Ville de Mamoudzou compte Ă©galement sây associer. Dans lâaprĂšs-midi, câest chez lui, Ă Sada, place Tuyoni, Ă 15h, quâil devrait ĂȘtre chaleureusement reçu.

Le samedi 22 fĂ©vrier 2025, la scĂšne mythique du Kabardock au Port Ă La RĂ©union accueille la chanteuse Zily, artiste rĂ©vĂ©lation des Francofolies. « Ce sera un show festif et plein de surprises », promet lâartiste. Rendez-vous Ă partir de 20h30 (ouverture des portes Ă 20h) pour une immersion musicale inĂ©dite mĂȘlant afrobeat, amapiano, pop et sonoritĂ©s traditionnelles de lâocĂ©an Indien. La Reine Zily invite Ă un voyage musical intense et vibrant. Forte de son hĂ©ritage mahorais et malgache, lâartiste rĂ©invente les codes en fusionnant modernitĂ© et tradition. Cette date exclusive sera lâoccasion de dĂ©couvrir des titres inĂ©dits, issus de son futur projet musical, tout en revisitant les grands classiques de son EP "Imani na Amani". Prix des billets : 18 ⏠en prĂ©vente.
Lâassociation Oulanga na Nyamba souhaite lancer le projet Kazâa Nyamba, un centre de soin pour les tortues et sensibiliser le public. Elle en appelle aux dons pour rĂ©colter 400.000 euros, sur les prĂšs de deux millions nĂ©cessaires Ă la construction, aprĂšs la perte de financements. Pour donner, il faut se rendre Ă lâadresse suivante : https://www. helloasso.com/associations/oulanga-na-nyamba/formulaires/6

Du fait des difficultĂ©s de production, Mayotte connaĂźt rĂ©guliĂšrement des coupures techniques en plus du planning habituel des coupures dâeau. A partir du lundi 25 novembre, les horaires vont changer. Les coupures dâeau dans les trois premiers secteurs interviendront dorĂ©navant entre 10h et midi. Pour rappel, elles sont entre midi et 14h actuellement, avec une remise en eau le lendemain entre 16h et 18h. Avec ce nouveau rythme, on passera donc Ă vingt-heures dâaffilĂ©e. Le quatriĂšme secteur, celui de la zone industrielle de KawĂ©ni, restera aux coupures nocturnes.

DĂ©calĂ©e au mercredi, aprĂšs des accusations de tricherie, la rencontre entre les Diables noirs de Combani et lâUSC Corte sâest terminĂ©e par la victoire des Corses (2-0). Elle signe la fin dâun parcours du club mahorais en Coupe de France rendu compliquĂ© par lâextra-sportif.
Chaque semaine, dĂ©couvrez le regard portĂ© sur lâactualitĂ© locale Ă travers la presse nationale ou rĂ©gionale
PubliĂ© par JĂ©rĂŽme Canard, le 19/11/2024, sur le Canard enchaĂźnĂ© La dĂ©putĂ©e RN de Mayotte, Anchya Bamana, sâest fendue l'Hexagone sept joueurs en situation irrĂ©guliĂšre qui devaient

dâun courrier officiel pour demander au prĂ©fet de laisser entrer dans affronter l'USC Corte, le 18 novembre. C'est la tolĂ©rance zĂ©ro... ou presque.

Les Diables Noirs de Combani, une Ă©quipe de foot amateur de Mayotte, sont vernis ! GrĂące Ă leur victoire lors du 7e tour de la Coupe de France, samedi 16 novembre, ils se sont qualifiĂ©s pour le 8e : direction la Corse, pour y affronter lâUSC Corte. Andemu ! Le match Ă©tait prĂ©vu mardi 18 au soir, Ă lâheure oĂč bouclait « Le Canard »
Mais le club mahorais sâest heurtĂ© Ă un lĂ©ger problĂšme administratif : sept joueurs sur les onze sont des ressortissants Ă©trangers en situation irrĂ©guliĂšre Ă Mamoudzou ! Impossible pour eux de gagner la mĂ©tropole sans laissez-ÂŹpasser. Or les services de lâEtat ont rechignĂ© Ă leur en accorder.
Quâimporte, les footeux ont trouvĂ© un alliĂ© prĂ©cieux : la dĂ©putĂ©e Rassemblement national de Mayotte ! Anchya Bamana sâest fendue dâun courrier officiel au prĂ©fet pour lui demander un coup de pouce, ce match constituant « tout un honneur pour Mayotte »
Une dĂ©putĂ©e RN qui insiste pour faire entrer des clandestins dans lâHexagone, il nây a que le foot pour rĂ©ussir ce miracle !
Dommage que le prĂ©fet nâait pas cĂ©dĂ©âŠ


EN FRANCE, TOUTES LES TROIS MINUTES, UN ENFANT
EST VICTIME DâAGRESSION SEXUELLE. CE CONSTAT ALARMANT DOIT ĂVEILLER LES CONSCIENCES DE CHACUN. LES CAMPAGNES DE SENSIBILISATION ET DE PRĂVENTION SE MULTIPLIENT DANS LâHEXAGONE, TOUT COMME Ă MAYOTTE, MAIS LE CHEMIN RESTE ENCORE LONG, NOTAMMENT POUR CES MINEURS
QUI NE SAVENT PAS VERS QUI SE TOURNER POUR DĂNONCER LES ACTES QUâILS SUBISSENT. DANS LâĂLE AUX PARFUMS, PARLER DES VIOLENCES SEXUELLES
FAITES AUX ENFANTS RESTE UN SUJET TABOU, MAIS DE PLUS EN PLUS DE PERSONNES BRISENT LE SILENCE, NOTAMMENT GRĂCE AU TRAVAIL DE SENSIBILISATION MENĂ PAR LES ASSOCIATIONS.
Propos
recueillis par RaĂŻnat
Aliloiffa
SON HISTOIRE AVAIT FAIT LE TOUR DES MĂDIAS Ă MAYOTTE ET DES RĂSEAUX SOCIAUX IL Y A PRESQUE SIX ANS. SAĂRATI ASSIMAKOU EST CELLE QUI A OSĂ DĂNONCER PUBLIQUEMENT SON GĂNITEUR QUI A ABUSĂ DâELLE ĂTANT PETITE. DEPUIS, ELLE MĂNE UN COMBAT POUR SOUTENIR LES AUTRES VICTIMES DâINCESTE. Ă TRAVERS SON ASSOCIATION « SOUBOUTOU OUHĂDZĂ JILAHO - OSE LIBĂRER TA PAROLE », DONT ELLE EST LA PRĂSIDENTE, ELLE MĂNE DES ACTIONS DE SENSIBILISATION. EN CE MOIS DE NOVEMBRE 2024, ELLE A LANCĂ UNE CAMPAGNE DE PRĂVENTION ET DâĂDUCATION QUI VISE AUTANT LES ENFANTS QUE LES ADULTES.
Mayotte Hebdo : Pourquoi avez-vous souhaité mener la campagne de sensibilisation « Tarimi » ?
SaĂŻrati Assimakou : Jâai voulu mener cette campagne dans un souci Ă©ducatif. « Tarimi » signifie Ă©ducation en kibushi, et lâidĂ©e est que tout le monde puisse comprendre que la prĂ©vention sur les violences sexuelles ne doit pas se faire quâavec les enfants, mais aussi avec les adultes. Il faut que tout le monde puisse se saisir de la question et que nous mesurions tous quâil ne faut pas nĂ©cessairement plusieurs agressions pour briser une vie. Une seule suffit. Il faut avoir le regard vigilant dans les familles par rapport Ă nos enfants.
M.H. : Il sâagit de la deuxiĂšme campagne de sensibilisation menĂ©e par lâassociation, comment est-elle reçue par les Mahorais ?
S.A. : Ă ma grande surprise, la campagne Tarimi a Ă©tĂ© trĂšs bien accueillie, contrairement Ă la premiĂšre que nous avions faite en 2021 oĂč il y avait nettement plus de rĂ©ticence. Pour celle-ci, on voit bien que malgrĂ© les difficultĂ©s, et les tabous qui rĂšgnent sur le sujet, la sociĂ©tĂ© tend Ă accepter le dĂ©bat et Ă en parler.
« Il faut avoir le regard vigilant dans les familles par rapport à nos enfants »
M.H. : Cela fait presque six ans que vous avez commencé ce combat publiquement en racontant votre histoire, avez-vous constaté des évolutions ?
S.A. : Oui je note quelques Ă©volutions. Par exemple, depuis 2019, dâautres femmes ont osĂ© parler, et ça, pour moi, câest une trĂšs grande avancĂ©e. Et puis au dĂ©but, je recevais beaucoup de menaces et dâinsultes, et maintenant les gens ont compris, lâaffaire est suffisamment mĂ©diatisĂ©e que mĂȘme ceux qui sont contre moi ne viennent plus mâagresser.
M.H. : Que faudrait-il améliorer dans la prise en charge des victimes à Mayotte ?
S.A. : Je pense quâil y a deux niveaux de prise en charge quâil faut amĂ©liorer. PremiĂšrement : le cĂŽtĂ© social et familial, parce que sans le

soutien de lâentourage, les victimes nâont pas le courage de parler. On rĂ©pĂšte souvent aux personnes qui ont subi les agressions sexuelles quâil faut parler, mais il faut aussi encourager les familles Ă Ă©couter et Ă entendre ce quâelles ont Ă dire.
Le deuxiĂšme point concerne la prise en charge dans les structures. Il est urgent Ă Mayotte que nous ayons davantage de bulles dâĂ©coute et dâaccueil de la parole. Cela fait cinq ans que nous menons des actions en disant quâil faut libĂ©rer la parole, la vĂ©ritĂ© est que libĂ©rer la parole sans structure engageante qui peut rĂ©ellement accompagner les personnes est un danger, parce quâelles peuvent dĂ©compenser, les gens peuvent se retrouver Ă la rue, notamment les femmes. Nos dispositifs ne sont
pas suffisamment Ă©laborĂ©s et adaptĂ©s pour soutenir ces femmes, parce que gĂ©nĂ©ralement, ce sont des femmes, qui parlent et qui se retrouvent isolĂ©es, sans famille. Il est impĂ©ratif que lâEtat trouve un lieu dâhĂ©bergement serein et sĂ©curisĂ© pour ces personnes. On ne peut pas juste dire aux gens quâil faut parler si on nâa pas les moyens de les accompagner. Dâailleurs, mĂȘme si lâassociation sâappelle « ose libĂ©rer ta parole », on n'encourage jamais les gens Ă parler, car nous savons que lâassociation nâa pas les moyens financiers pour soutenir ces personnes. Par contre, on leur dit que sâils veulent parler, on pourra les guider vers dâautres structures. Aujourdâhui Ă Mayotte, le circuit dâaccompagnement des personnes victimes est prĂ©caire.

M.H. : Vous avez Ă©crit un deuxiĂšme ouvrage qui sâappelle « Lakinta et le secret dâoiseau ». Quâest-ce qui vous a incitĂ© Ă Ă©crire ce livre ?
S.A. : Jâai Ă©crit ce livre quand jâĂ©tais enceinte de mon deuxiĂšme enfant, il y a un an. Durant cette grossesse, je revivais mon histoire, je me questionnais sur ma relation mĂšre-enfant et notamment avec mon premier fils. Cela a Ă©tĂ© compliquĂ© de trouver le juste milieu entre lâinterdĂźt quâil y a chez nous Ă parler du corps, du consentement et moi qui voulais en parler avec mon enfant. Donc, pour le deuxiĂšme, je ne voulais pas lui parler spĂ©cifiquement de mon histoire, mĂȘme sâil va lâapprendre. Avec lui, je voulais lui expliquer comment se prĂ©munir des agressions sexuelles. Câest pour cela que jâai Ă©crit ce livre qui pourra lui servir plus tard. Ce livre est un outil pĂ©dagogique. Lakinta est une petite fille mahoraise qui subit lâinceste par un oncle qui est aussi son maĂźtre coranique. Il est aimĂ© de tous, on lui donne une grande libertĂ© et il peut tout faire. Câest comme ça quâil arrive Ă abuser de la petite fille.
M.H. : Avez-vous Ă©tĂ© aidĂ©e pour lâĂ©laboration de cet ouvrage ?
S.A. : Lâouvrage est soutenu par lâAgence rĂ©gionale de santĂ© de Mayotte, la prĂ©fecture, la CommunautĂ© des communes du sud, mais je me suis aussi tournĂ©e vers des psychologuescliniciens qui ont lâhabitude de travailler avec les enfants et qui sont plus Ă mĂȘme de parler de ces sujets.
« On ne peut pas juste dire aux gens quâil faut parler si on nâa pas les moyens de les accompagner »
M.H. : Certains pensent quâil ne faut pas exclure les auteurs dâagression sexuelle, mais quâil faut plutĂŽt les accompagner pour quâils ne rĂ©cidivent pas. Partagez-vous cet avis ?
S.A. : Jâai travaillĂ© dans une maison dâarrĂȘt pendant quasiment trois ans. Jâai accompagnĂ©

des dĂ©tenus Ă se rĂ©insĂ©rer dans la vie, et parmi eux, il y avait des auteurs de meurtre. Cela mâa permis de comprendre quâil est important quâil y ait des personnes qui puissent accompagner ces auteurs. Une personne peut dĂ©truire des milliers de vies. Si on accompagne uniquement les victimes et pas les auteurs des faits, le problĂšme ne se rĂ©soudra pas parce que le problĂšme, ce sont les auteurs et non les victimes.
« Ă Mayotte, le circuit dâaccompagnement des personnes victimes est prĂ©caire »
M.H. : Quelles peuvent ĂȘtre les consĂ©quences psychologiques sur un enfant qui a subi des violences sexuelles ?
S.A. : Les consĂ©quences sont nombreuses et Ă tous les niveaux. On pourrait les Ă©numĂ©rer des heures. Les enfants qui ont subi cela et qui deviennent adultes, sont largement confrontĂ©s Ă une mort prĂ©coce. Le taux de suicide des enfants victimes est beaucoup plus Ă©levĂ©. Et puis audelĂ de ça, on brise en eux la relation de confiance quâils peuvent avoir avec les autres. Ils auront du mal Ă aller chez le mĂ©decin par exemple, ils ne vont pas se soigner

et risquent de succomber à des maladies qui se soignent ou se traitent. Les femmes auront plus de mal à aller chez le gynécologue.
Et puis on a des consĂ©quences psycho-traumatiques, on a des personnes hyper-angoissĂ©es, des personnes qui ne dorment pas, qui ont du mal Ă avoir une relation sexuelle Ă©panouie. Le sexe est synonyme dâamour et de plaisir, et si on enlĂšve cela Ă une personne, on condamne sa sexualitĂ©. Pour celles qui deviennent mĂšres, parfois, elles sont hypervigilantes et câest une consĂ©quence dramatique parce quâelles ont du mal Ă avoir une relation de confiance avec leurs enfants, car elles les surprotĂšgent et Ă©touffent leur libertĂ©. n
La campagne de sensibilisation « Tarimi » se conclut le 24 novembre avec un brunch musical au chicken grill Ă Combani, de 10h Ă 14h. Les rĂ©servations se font sur les rĂ©seaux sociaux de lâassociation « Souboutou OuhĂ©dzĂ© Jilaho - Ose LibĂ©rer ta Parole ».

reportage
LA CAMPAGNE 2024 #WAMITOO CONTRE LES VIOLENCES SEXUELLES ET SEXISTES SUR LES MINEURS VIENT DâĂTRE LANCĂE. CELLE-CI EST UNE INITIATIVE DE LA CONVENTION
INTERNATIONALE DES DROITS DE LâENFANT OUTRE-MER (CIDE OUTRE-MER) CRĂĂE Ă MAYOTTE ET AUJOURDâHUI RECONNUE AU NIVEAU NATIONAL. LYDIA BARNEOUD, LA DIRECTRICE DE LâASSOCIATION HAKI ZA WANATSA EXPLIQUE LE TRAVAIL MENĂ PAR SES 35 MEMBRES.


« Il y a trois enfants victimes dâinceste par classe »
La sixiĂšme campagne #Wamitoo (#moiaussi en shimaorĂ©) vient dâĂȘtre lancĂ©e. InitiĂ©e par lâassociation Haki Za Wanatsa (les droits de tous les enfants en shimaorĂ©), elle sensibilise sur les violences sexistes et sexuelles. « Pendant trois mois, nous menons des actions tous les jours sur le territoire », Ă©voque Lydia Barneoud, sa directrice. Il sâagit dâune campagne graphique et audiovisuelle diffusĂ©e par exemple sur Mayotte la 1Ăšre avant le journal tĂ©lĂ©visĂ© ou sur les rĂ©seaux sociaux. « Pendant cette pĂ©riode, le parquet enregistre 300 % de signalements en plus », souligne-t-elle. Lâassociation mahoraise a créé la Convention internationale des droits de lâenfant outre-mer (Cide outre-mer) qui rĂ©unit 35 associations, essentiellement de Mayotte, mais aussi de La RĂ©union, des Antilles et dĂ©sormais de lâHexagone.
Lâune de ses premiĂšres actions a Ă©tĂ© de lancer un vaste questionnaire sur les violences sexuelles sur mineur.e.s Ă Mayotte en 2021.
Il est ressorti que 35 % des rĂ©pondants disent avoir Ă©tĂ© victimes de violences sexuelles dans leur enfance et 11 % « ne pas savoir si ce quâelles ont vĂ©cu constitue une infraction ». Pour ces derniĂšres, cela signifie que ces personnes « nâont pas le logiciel pour savoir si ce quâelles ont vĂ©cu constitue une infraction », relĂšve la directrice. Enfin, 82 % disent nâavoir reçu aucune Ă©ducation Ă la vie affective, relationnelle et intime. Comme au niveau national, « câest en grande majoritĂ© une personne que la victime connaĂźt, ce nâest pas la reprĂ©sentation du viol dâun inconnu derriĂšre un buisson », prĂ©cise Lydia Barneoud.
« DE TOUT TEMPS, LâENFANT A ĂTĂ UTILISĂ COMME UN OBJET »
Face à ces chiffres édifiants, les associations, membres du collectif, ont rédigé une charte pour « savoir de quoi on parle, définir une agression sexuelle, un viol, les délais de prescription etc⊠»

RĂ©diger ce document leur semblait essentiel alors quâ« il y a trois enfants victimes dâinceste par classe et pourtant au niveau des services sociaux, au niveau judiciaire, au niveau des services de lâEtat, de la police, les gens ne sont pas formĂ©s au repĂ©rage des signaux faible ni Ă lâĂ©coute », juge lâactiviste. Au niveau national, 10 % de la population est victime dâinceste, Ă Mayotte câest 35 %. Ces chiffres peuvent sâexpliquer en partie par la promiscuitĂ© ou encore les questions de prĂ©caritĂ©, mais comme ailleurs toutes les classes sociales et toutes les origines sont touchĂ©es. « De tout temps, lâenfant a Ă©tĂ© utilisĂ© comme un objet », observe Lydia Barneoud. La charte a ensuite Ă©tĂ© signĂ©e par les institutions de Mayotte et par tous les nouveaux bĂ©nĂ©voles et salariĂ©s en contact avec des mineurs.
Plusieurs outils ont aussi Ă©tĂ© mis en place, en particulier Ă destination des jeunes, pour Ă©duquer Ă la sexualitĂ©. Câest le cas de Chababi Jouwa, une application sur laquelle on peut poser des questions et obtenir des rĂ©ponses Ă
travers des contenus Ă©crits, audios ou vidĂ©os. Le collectif vient aussi de signer un partenariat avec lâassociation En avant toutes qui a conçu un chat en ligne « Comment on sâaime ». Il donne la possibilitĂ© de chatter de façon anonyme presque 24h/24
GrĂące Ă ses nombreux membres, la Cide outre-mer bĂ©nĂ©ficie dâune force de frappe plus importante pour dĂ©ployer des moyens dâactions ambitieux et transmettre plus efficacement le message. Cette semaine, une dĂ©lĂ©gation jeunes de Mayotte, accompagnĂ©e par Haki Za Wanatsa, est Ă Paris pour le premier forum international de lâenfance organisĂ© par lâUnicef. Elle est aussi reçue au SĂ©nat et Ă lâElysĂ©e. Sa prĂ©sence dans la capitale est remarquĂ©e, le collectif Cide fait figure de modĂšle au niveau national. En 2023, elle a Ă©tĂ© laurĂ©ate du prix PrĂ©vention de la dĂ©linquance pour son action innovante en matiĂšre dâoutils et son enquĂȘte statistique. « Lâampleur des acteurs mobilisĂ©s » dans le collectif est saluĂ©e par lâensemble du secteur. « Le caractĂšre inĂ©dit et innovant de Cide outre-mer nâa pas de pareil au niveau national », se rĂ©jouit la directrice. n
SUR LâĂLE, LE SUIVI DES VICTIMES PEUT SâAVĂRER COMPLEXE. MANQUE DE PROFESSIONNELS, DE MOYENS, DE LIEUX, DâINFORMATIONS⊠AU CENTRE MĂDICO-PSYCHOLOGIQUES DE L'ENFANT ET DE L'ADOLESCENT (CMPEA) ET AU BUREAU DâAIDE AUX VICTIMES (BAV), UN ACCOMPAGNEMENT EST ASSURĂ SUR DEUX VOLETS DISTINCTS MAIS ESSENTIELS : LE PSYCHOLOGIQUE ET LE JURIDIQUE.
Adel Mohammed ouvre la porte dâun petit bureau, nichĂ© au fond dâun couloir du tribunal judiciaire de Mamoudzou. Dâhabitude, il reçoit les victimes dans un bureau plus spacieux, mais ce dernier est occupĂ©. Il est juriste au sein du Bureau dâAide aux Victimes (BAV), et voit, chaque jour, des victimes dâinfractions pĂ©nales, parmi lesquelles des agressions sexuelles et des viols. Il les aide Ă comprendre leurs dossiers, Ă relancer la procĂ©dure, les prĂ©vient des jours dâaudience⊠Un travail nĂ©cessaire pour les personnes, souvent perdues face au jargon juridique, aux procĂ©dures longues, et en français. Car si lui doit se cantonner Ă une aide juridique (et non des conseils, rĂ©servĂ©s aux avocats), il les rassure aussi « on a ses permanences lĂ , pour ĂȘtre plus prĂšs des victimes. Pour ne pas les perdre pendant la procĂ©dure, qui peut faire peur. On tente de les rassurer dĂšs le dĂ©but » explique le juriste. Le BAV reçoit du lundi au mercredi sans rendez-vous, et tient une permanence Ă lâUnitĂ© Medico judicaire (UMJ), qui est un passage nĂ©cessaire Ă de nombreux dossiers. Elle permet de constater les blessures, des Ă©lĂ©ments de preuves pour lâenquĂȘte. Câest lĂ -bas que les victimes sont envoyĂ©es par la police, notamment lors dâun dĂ©pĂŽt de plainte. Lorsque les victimes ne sont pas passĂ©es par lâUMJ, le BAV les y envoie rĂ©guliĂšrement, pour rendre plus solide le dossier, car le bureau sert à ça. Il est « une passerelle » entre les diffĂ©rentes unitĂ©s qui interviennent auprĂšs des victimes.
« Certains disparaissent » , raconte lâexpert en droit. Cela est dĂ» aux changements dâadresse, de coordonnĂ©s et les lenteurs
administratives. Pourtant, la reconnaissance du statut de victime leur est prĂ©cieuse, dans le processus de « guĂ©rison ». Alors Adel Mohammed montre aux victimes quâil y a plusieurs issues possibles, du dĂ©pĂŽt de plainte, en passant par la saisine du procureur, au procĂšs. Le BAV peut faire un signalement, et une enquĂȘte peut ĂȘtre lancĂ©e. « Jâai eu le cas dâune fille de 15 ans, qui avait Ă©tĂ© agressĂ©e par un policier et dont on avait refusĂ© de prendre la plainte. Alors jâen ai informĂ© le Parquet qui sâest saisi de lâaffaire » raconte le professionnel. Il effectue surtout les signalements pour les enfants, remontĂ© Ă son bureau par le biais de lâĂ©cole, des proches, de lâUMJ⊠Le BAV traite aussi des « correctionnalisations » et des classements sans suite dans les affaires de violences sexuelles, quand lâauteur n'est plus sur le territoire, quand il y a prescription⊠DerriĂšre lâhomme, plus dâune cinquantaine de ces dossiers sont empilĂ©s. « MĂȘme sâil y a classement sans suite, on peut leur proposer des recours, des dĂ©dommagements, saisir la CIVI (Commission d'indemnisation des victimes d'infractions) ». Un accompagnement prĂ©cieux, qui permet de revoir les bases de la justice : « on leur explique bien que le parquet est lĂ pour poursuivre les auteurs, pas aider pour les victimes ». Mais sâil prend le temps dâĂ©couter ceux et celles qui viennent solliciter son aide, Adel Mohamed nâest pas un professionnel de santĂ© bien quâil ait suivi diffĂ©rentes formations sur les violences sexuelles, notamment faites aux femmes. Son Ă©quipe est censĂ©e avoir un ou une psychologue, mais elle nâa toujours personne pour occuper le poste. « On est dans lâaprĂšs, dans le juridique, on les Ă©coute parce quâils en ont besoin », mais faute de temps et surtout

faute dâun poste de professionnel occupĂ©, il redirige vers des structures adaptĂ©es.
« On est dans lâaprĂšs, dans le juridique, on les Ă©coute parce quâils en ont besoin »
Parmi elles, le Centre mĂ©dico-psychologique (CMP) et le Centre MĂ©dico-Psychologiques de l'Enfant et de l'Adolescent (CMPEA). Ils assurent le suivi psychologique des victimes. Elles peuvent venir dâelles-mĂȘmes, ou y ĂȘtre dirigĂ©es par lâUMJ, le BAV, les infirmiĂšres scolaires, etc. Au sein du CMPEA, qui a installĂ© ses nouveaux locaux Ă MâtsapĂ©rĂ©, prĂšs de 350 enfants et adolescents sont suivis par une Ă©quipe pluridisciplinaire, dont certains ont Ă©tĂ© victimes dâabus sexuels ou de viols. Le CMPEA reçoit dâabord la victime, avec ses parents. Un infirmier dresse un premier bilan de la situation : des symptĂŽmes, de lâĂ©tat psychique, le soutien apportĂ© ou non par la famille. Ensuite, lâĂ©quipe dĂ©cide du suivi le plus adaptĂ© : psychothĂ©rapie ou psychomotricitĂ© par exemple. Un dispositif indispensable, mais dĂ©jĂ victime de son succĂšs. Câest le seul CMPEA de lâĂźle. Alors, lâĂ©quipe se rend au CMP pour adultes de Petite-Terre les mardis, Ă celui de BandrĂ©lĂ© les mercredis et jeudis, et deux jours par semaine

au dispensaire dans le nord, oĂč il nây a pas de CMP. Une organisation complexe, qui devrait ĂȘtre amĂ©liorĂ©e par lâouverture de deux CMPEA mi-2025, dans le Sud et dans le Nord. Encore faut-il trouver du personnel, tandis que le centre manque dâune psychomotricienne et souffre dâun turn-over laissant des postes vacants des mois durant. Et mĂȘme au sein de lâunitĂ© Ă MâtsapĂ©rĂ©, dâautres difficultĂ©s sâajoutent. Un des problĂšmes majeurs, est la « reprĂ©sentation de lâimpact », des consĂ©quences des violences sexuelles, sâaccordent Virginie Briard, pĂ©dopsychiatre en charge du service pour enfants et Sarah Gawinowski, psychologue qui travaille avec les adolescents. « On a des difficultĂ©s Ă maintenir les soins, parce quâune fois quâil nây a plus de symptĂŽmes, il nây a plus de suivi » regrette la pĂ©dopsychiatre. Pourtant, quand un enfant ou un adolescent victime retrouve lâappĂ©tit, ou recommence Ă dormir, cela ne signifie pas que le traumatisme est derriĂšre lui. Et toutes les deux sont confrontĂ©es Ă des logiques familiales, parfois difficiles Ă remettre en question. « Beaucoup veulent laisser ça derriĂšre elle, se dire que câest du passĂ©, ne pas remuer les souvenirs » complĂšte Sarah Gawinowski. Si le CMPEA a plus de 105 nouvelles demandes depuis le dĂ©but de lâannĂ©e et gagne Ă ĂȘtre connu, les deux professionnelles de santĂ© considĂšrent quâune part de sensibilisation reste primordiale. Par exemple, sur le rapport Ă lâintĂ©gritĂ© corporelle et la virginitĂ©, ou sur les violences sexuelles faites aux hommes. Pour rappel, au BAV comme au CMPEA ou au CMP, rien ne sert Ă avoir une situation rĂ©guliĂšre. Les accompagnements ne font pas de distinction. n
Doctorant en droit public Ă lâUniversitĂ© Sorbonne Paris Nord
Mamoudzou, 18/11/2024
DĂ©sinformation, dĂ©stabilisation, manipulation sur lâengagement : acteurs politiques et fonctionnaires sous influence Ă©trangĂšre Ă Mayotte
Depuis lâaccession de Mayotte aux statuts de DROM (FR) en 2011 et de RUP (UE) en 2014, lâĂźle, française depuis 1841 par traitĂ© de cession entre le dernier Sultan de Mayotte Andriantsoly et le Roi de France Louis Philippe reprĂ©sentĂ© par le Capitaine Pierre Passot, est devenue la cible dâopĂ©rations massives et permanentes de dĂ©stabilisation et dâingĂ©rences Ă©trangĂšres.
Le capitaine Passot disait Ă son Ă©poque que « Dzaoudzi par sa position, peut-ĂȘtre unique dans le monde, est appelĂ© Ă devenir un jour lâarsenal militaire de la France dans la mer des indes ». Aujourdâhui, la stratĂ©gie indopacifique de la France redonne une certaine actualitĂ© Ă cette analyse militaire. La position gĂ©ostratĂ©gique de lâĂźle dans lâocĂ©an Indien et dans le canal du Mozambique en particulier, ses potentielles rĂ©serves pĂ©troliĂšres et gaziĂšres, son statut de base arriĂšre des entreprises françaises dĂ©tentrices de contrat dâexploitation dâhydrocarbures sur la cĂŽte est africaine, notamment au Mozambique, ainsi que le diffĂšrent territorial qui lâoppose aux Comores depuis 1976 font du dernier-nĂ© des dĂ©partements français la cible de toutes les ingĂ©rences Ă©trangĂšres. Hier, si ces manĆuvres pouvaient ĂȘtre attribuĂ©es Ă la seule Union des Comores, aujourdâhui plusieurs pays (AzerbaĂŻdjan, Russie, Chine), soutiens trĂšs intĂ©ressĂ©s des Comores, affichent clairement leur soutien Ă ce pays, anciennement rĂ©publique islamique des Comores, dans ses revendications territoriales. Ainsi, avec le soutien des BRICS, lâampleur des manĆuvres de dĂ©stabilisation est inĂ©dite. AttaquĂ©e de lâintĂ©rieur comme de lâextĂ©rieur, Mayotte tente, tant bien que mal, de sâorganiser progressivement pour riposter mĂ©diatiquement, politiquement et diplomatiquement.
Renforcer lâarsenal juridique pour mieux se protĂ©ger des ingĂ©rences Ă©trangĂšres
La dĂ©stabilisation dâun territoire peut se manifester Ă travers diverses stratĂ©gies trĂšs subtiles telles que les ingĂ©rences Ă©trangĂšres. Celles-ci constituent une vĂ©ritable menace pour la sĂ©curitĂ© des Ătats membres et de leurs rĂ©gions ultrapĂ©riphĂ©riques. LâUE, avec la crĂ©ation en 2015 de la Task force europĂ©enne « Stratcom » au sein du SEAE, sâest dotĂ©e dâune Ă©quipe dĂ©diĂ©e Ă la lutte contre la dĂ©sinformation et les fakes news. Avec 15 millions dâeuros de budgets et une quarantaine dâagents, cette organisation, qui a vu le jour aprĂšs lâannexion de la CrimĂ©e par la Russie, est manifestement sousdimensionnĂ©e par rapport Ă lâampleur du dĂ©fi. Elle collabore avec dâautres cellules nationales comme « Viginum » en France qui est chargĂ©e de la lutte contre les ingĂ©rences numĂ©riques Ă©trangĂšres. « Les auteurs de menaces hybrides peuvent se livrer Ă une dĂ©sinformation systĂ©matique, notamment au moyen de campagnes ciblĂ©es dans les mĂ©dias sociaux, dans le but de radicaliser des individus, de dĂ©stabiliser la sociĂ©tĂ© et de contrĂŽler le discours politique » . Câest dans ce cadre quâune loi visant Ă protĂ©ger la France des ingĂ©rences Ă©trangĂšres a Ă©tĂ© adoptĂ©e en 2024 . Une des dispositions phares du texte est la mise en place dâun rĂ©pertoire numĂ©rique assurant lâinformation des citoyens sur lâaction des reprĂ©sentants dâintĂ©rĂȘts agissant pour le compte dâun mandant Ă©tranger. Ce dispositif qui est gĂ©rĂ© par la HATVP est une avancĂ©e majeure dans la lutte contre les ingĂ©rences. « Les attaques menĂ©es contre notre pays et nos alliĂ©s sont quotidiennes, et concernent tous les pans de notre sociĂ©tĂ©, quâelles tentent de fragmenter et de dĂ©stabiliser. Les ingĂ©rences ne sont plus le fait des seuls services de renseignement, et font dĂ©sormais intervenir

une multiplicitĂ© dâacteurs. Les partis politiques, les universitĂ©s, les entreprises technologiques, ou les mĂ©dias sont autant de cibles de choix pour les puissances Ă©trangĂšres malveillantes » . Les nouvelles technologies donnent Ă ces manĆuvres dĂ©stabilisatrices une dimension nouvelle et une place inĂ©dite dans les guerres hybrides menĂ©es contre lâUE et ses Ătats membres. Elles sâinscrivent dans un contexte gĂ©opolitique profondĂ©ment modifiĂ© et dans le cadre de lâaffirmation des rĂ©gimes autoritaires et illibĂ©raux qui cultivent leur rivalitĂ© et leur confrontation avec les dĂ©mocraties occidentales. De nombreuses ingĂ©rences sont signalĂ©es dans les PTOM et dans les RUP. Selon plusieurs faisceaux dâindices, elles Ă©maneraient des BRICS. Recevant, au palais prĂ©sidentiel de Beit-Salam, le samedi 25 mai 2024, M. He BAOXIANG, vice-prĂ©sident du 14e ComitĂ© national de la confĂ©rence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), le prĂ©sident Azali ASSOUMANI a dĂ©clarĂ©, Ă propos des relations bilatĂ©rales entre son pays et la Chine que « nous nous supportons mutuellement sur le plan international, en vue de sauvegarder lâintĂ©gritĂ© de nos pays avec le retour de Taiwan et Mayotte dans leurs girons naturels » . En outre, Ă maintes reprises, « la Russie sâest dite prĂȘte Ă aider les Comores Ă rĂ©cupĂ©rer Mayotte » . Elle envisage dâouvrir trĂšs prochainement une ambassade Ă Moroni qui pourrait constituer une sĂ©rieuse menace pour la stabilitĂ© de Mayotte.
Si lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de lâONU a pris des rĂ©solutions sur Mayotte dans le contexte inĂ©dit de la dĂ©colonisation, il nâest pas inutile de rappeler les faits. Le Conseil de sĂ©curitĂ© ne sâest jamais saisi de ces questions qui ne risque pas, dans lâĂ©tat actuel des Ă©quilibres internationaux, dâaboutir Ă une rĂ©solution contraignante, tant chacun des membres permanents est impliquĂ© directement ou indirectement dans un diffĂ©rend territorial. Ă la diffĂ©rence des autres Ăźles de lâarchipel des Comores, Mayotte a fait lâobjet dâun traitĂ© de cession Ă la France dĂšs 1841. Les autres Ăźles (Grande-Comore, Anjouan et MohĂ©li), entrĂ©es sous protectorat français Ă la fin du XIXe siĂšcle, formeront avec Mayotte une entitĂ© territoriale Ă©phĂ©mĂšre de 1946 Ă 1974 avec comme chef-lieu la ville de Dzaoudzi (Mayotte). Dans leurs vellĂ©itĂ©s indĂ©pendantistes, les trois autres Ăźles font voter, le 14 mai 1958 Ă l'AssemblĂ©e territoriale des Comores, le transfert de la capitale de Dzaoudzi vers Moroni (GrandeComore), contre lâavis des Ă©lus Mahorais. Avant la colonisation française, il nâexistait pas dâĂtat comorien ou de pays appelĂ© les Comores, mais des sultanats indĂ©pendants les uns des autres. Tenant compte de cette rĂ©alitĂ© historique et juridique, lâArt. 1er de la loi portant organisation de la consultation dâautodĂ©termination posait les bases du dĂ©compte
Ăźle par Ăźle du vote en ce sens quâil dispose que « Dans un dĂ©lai maximum de six mois Ă compter de la promulgation de la prĂ©sente loi, les populations des Comores seront consultĂ©es sur la question de savoir si elles souhaitent choisir lâindĂ©pendance ou demeurer au sein de la RĂ©publique française » . Ainsi, le lĂ©gislateur n'a pas reconnu une, mais « des » populations. Par consĂ©quent, les Mahorais choisissent de demeurer français quand les autres territoires votent massivement pour recouvrer leur indĂ©pendance. Jusquâen 2009, les Mahorais confirmeront massivement, par rĂ©fĂ©rendum, leur volontĂ© de demeurer français. En 1974, les rĂ©sultats seront donc pris en compte Ăźle par Ăźle. Ces dispositions permettent Ă Mayotte de demeurer française conformĂ©ment au traitĂ© de cession de 1841. Depuis lors, deux logiques juridiques opposent la France et les Comores : « lâintangibilitĂ© des frontiĂšres » (ou uti possidetis juris) et « lâĂ©galitĂ© de droits des peuples et de leur droit Ă disposer dâeux-mĂȘmes » . Cependant, la jurisprudence internationale tend Ă dĂ©montrer que lâintangibilitĂ© des frontiĂšres ne saurait prĂ©valoir sur le droit des peuples Ă disposer dâeux-mĂȘmes compte tenu de lâaspect contradictoire de ces deux principes appliquĂ©s, Ă travers le monde, à « gĂ©omĂ©trie variable » . En effet, lâapplication simultanĂ©e de ces deux principes crĂ©e une certaine confusion et mĂ©riterait certainement une nouvelle analyse juridique visant Ă adapter le droit aux rĂ©alitĂ©s gĂ©opolitiques actuelles.
Une stratĂ©gie globale de dĂ©stabilisation du DĂ©partement de Mayotte est manifestement Ă lâĆuvre
LâAcadĂ©mie française dĂ©finit ainsi la notion de dĂ©stabilisation : « Action tendant Ă rompre un Ă©quilibre, Ă mettre fin Ă une situation stable ; rĂ©sultat de cette action ». Elle prĂ©cise que le terme dĂ©stabilisation « sâemploie surtout en matiĂšre politique, diplomatique, stratĂ©gique ou Ă©conomique. La dĂ©stabilisation dâun rĂ©gime, dâun front, dâune monnaie. La dĂ©sinformation, comme la subversion et le terrorisme, est un procĂ©dĂ© de dĂ©stabilisation ». Depuis de trĂšs nombreuses annĂ©es, lâONU ne sâintĂ©resse plus rĂ©ellement Ă la « question de lâĂźle comorienne de Mayotte », termes employĂ©s par lâUnion des Comores pour nourrir ses revendications territoriales sur Mayotte. En effet, depuis lâaccession de Mayotte aux statuts de DROM (FR, 2011) et RUP (UE, 2014), la communautĂ© internationale semble avoir actĂ©, de fait, lâancrage dĂ©finitif de Mayotte dans la France et lâUE. Câest la raison pour laquelle, lâUnion des Comores et ses alliĂ©s semblent avoir changĂ© de stratĂ©gie Ă lâĂ©gard de Mayotte. Il y a, manifestement, une stratĂ©gie globale de dĂ©stabilisation du
DĂ©partement de Mayotte. Elle se traduit notamment par des ingĂ©rences politiques, administratives, religieuses, sociales et culturelles. AprĂšs un solide ancrage dans la sphĂšre religieuse oĂč les « fundis » comoriens rĂšgnent en maĂźtres avec un discours parfois radicalisĂ© et aprĂšs lâimposition du « madjlisse » dans la cĂ©lĂ©bration du grand mariage mahorais, cette stratĂ©gie dâingĂ©rence sâattaque dĂ©sormais aux administrations et aux acteurs politiques mahorais. Ainsi, comment peut-on expliquer quâune dĂ©lĂ©gation dâĂ©lus municipaux et de reprĂ©sentants du culte musulman puissent partir Ă Moroni sans mandat du gouvernement français, ni information prĂ©alable du Conseil dĂ©partemental de Mayotte, pour aller nĂ©gocier avec les autoritĂ©s comoriennes sur des sujets relevant de la compĂ©tence exclusive du gouvernement français ? En effet, cette dĂ©lĂ©gation sâest rendue en Union des Comores du 15 au 19 septembre 2024, officiellement, pour participer aux festivitĂ©s de cĂ©lĂ©bration de la naissance du prophĂšte Mahomet. Outrepassant, manifestement, le cadre strict de la participation Ă une cĂ©rĂ©monie publique Ă caractĂšre religieuse, les Ă©minences de cette dĂ©lĂ©gation, Messieurs Madi MADI SOUF prĂ©sident de lâassociation des Maires et Mahamoudou HAMADA SAANDA Grand Cadi de Mayotte, se sont livrĂ©s Ă une vĂ©ritable tournĂ©e diplomatique qui a donnĂ© lieu Ă la publication, par leurs soins, dâun rapport de mission faisant Ă©tat dâengagement de « principe » sur lâallĂšgement du visa dâentrĂ©e Ă Mayotte. Outre le dĂ©faut de mandat de nĂ©gociation du Gouvernement, lâon peut simplement se demander comment des Ă©lus municipaux ainsi que des dignitaires religieux se sont sentis investis dâune mission diplomatique visant Ă nĂ©gocier lâallĂšgement du visa dâentrĂ©e des ressortissants dâune puissance Ă©trangĂšre qui, a fortiori, revendique un DĂ©partement français ? Lâamateurisme Ă©tant Ă©cartĂ© Ă ce niveau de responsabilitĂ©, lâintelligence avec une puissance Ă©trangĂšre semble constituĂ©e dans le cadre de la stratĂ©gie de dĂ©stabilisation de Mayotte. Ce sont des faits graves qui peuvent relever des dispositions de lâArticle 411-5 du Code pĂ©nal en ce quâil prĂ©voit que : « Le fait d'entretenir des intelligences avec une puissance Ă©trangĂšre, avec une entreprise ou organisation Ă©trangĂšre ou sous contrĂŽle Ă©tranger ou avec leurs agents, lorsqu'il est de nature Ă porter atteinte aux intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation, est puni de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende ». De tels faits pourraient Ă©galement entrer sous le coup de lâArticle 411-8 du mĂȘme Code compte tenu de la teneur de ses dispositions : « Le fait d'exercer, pour le compte d'une puissance Ă©trangĂšre, d'une entreprise ou organisation Ă©trangĂšre ou sous contrĂŽle Ă©tranger ou de leurs agents, une activitĂ© ayant pour but l'obtention ou la livraison de dispositifs, renseignements, procĂ©dĂ©s, objets, documents, donnĂ©es informatisĂ©es ou fichiers dont l'exploitation, la divulgation ou la rĂ©union est de nature Ă porter atteinte aux intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation est puni de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende ». En tout Ă©tat de cause, de tels agissements ne sont pas conformes aux obligations prĂ©vues par la charte de lâĂ©lu local intĂ©grĂ©e dans le droit positif Ă lâArticle L.1111-1-1 du CGCT qui dispose que « LâĂ©lu local exerce ses fonctions avec impartialitĂ©, diligence, dignitĂ©, probitĂ© et intĂ©gritĂ© » et « poursuit le seul intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, Ă lâexclusion de tout intĂ©rĂȘt qui lui soit personnel, directement ou indirectement, ou de tout autre intĂ©rĂȘt particulier ». Enfin, au regard du droit, cette mission nâest pas du ressort des communes
au sens de lâArticle L1111-2 du CGCT qui dispose que « Les communes, les dĂ©partements et les rĂ©gions rĂšglent par leurs dĂ©libĂ©rations les affaires de leur compĂ©tence ». Il est admis que les affaires diplomatiques et consulaires ne sont pas du ressort des communes ou dâun ministre du culte musulman. Eu Ă©gard Ă toutes ces considĂ©rations, des « engagements » visant Ă allĂ©ger le visa dâentrĂ©e Ă Mayotte relĂšvent manifestement de la dĂ©sinformation, de la manipulation et de lâingĂ©rence Ă©trangĂšre et sont contraires Ă la souverainetĂ© française sur Mayotte. Le dernier recensement de lâINSEE faisait Ă©tat de 48% de personnes dâorigines Ă©trangĂšres Ă Mayotte, dont 95% sont Comoriens . « Si lâon suit cette base de calcul, entre 2017 et 2024 la population Ă©trangĂšre sur le sol mahorais devrait passer de 48% Ă prĂšs de 55,8% soit +7,8 points » . En outre, lâINSEE indique que le taux dâirrĂ©gularitĂ© est de « 74% chez les 18-24 ans » . Ă titre de comparaison, « La population Ă©trangĂšre vivant en France s'Ă©lĂšve Ă 5,6 millions de personnes, soit 8,2 % de la population totale » . Ă Mayotte, face Ă cette situation dĂ©mographique explosive, « Les scĂ©narios dâĂ©volution de la population envisagĂ©s par lâINSEE pour 2050 laissent prĂ©sager, dans tous les cas, une pression considĂ©rable sur les diffĂ©rents services publics dĂ©jĂ saturĂ©s (santĂ©, Ă©cole notamment) comme sur lâhabitat et lâenvironnement. Dans lâhypothĂšse dâun maintien des flux migratoires au niveau actuel, la situation deviendrait explosive » . Ni la qualitĂ© des relations bilatĂ©rales entre Paris et Moroni (manque de coopĂ©ration judiciaire, refus de rĂ©admission des ressortissants comoriens), ni les projections dĂ©mographiques (10 000 naissances en moyenne par an) et gĂ©opolitiques (soutien de lâAzerbaĂŻdjan, de la Chine et de la Russie) ne laissent entrevoir une quelconque diminution des flux irrĂ©guliers Ă moyen terme. En sus des changements climatiques, ces flux massifs compromettent gravement les Ă©quilibres Ă©cologiques ainsi que les rĂ©serves en eau qui connaissent dĂ©jĂ une tension telle quâelle entraine des tours dâeau drastiques et intempestifs depuis des annĂ©es. Au-delĂ des dĂ©sagrĂ©ments subis par la population, câest la santĂ© publique, lâĂ©cole de la rĂ©publique ainsi que lâĂ©conomie locale qui sont durement impactĂ©es.
Les ingérences étrangÚres visent à influencer, orienter et manipuler le processus de décision politique à Mayotte
Câest dans ce contexte inĂ©dit quâest apparu le dĂ©bat sur la dĂ©territorialisation des visas, la restriction des conditions dâaccĂšs Ă la nationalitĂ© française et la nĂ©cessitĂ© de renforcer la lutte contre les reconnaissances frauduleuses de paternitĂ© pour diminuer lâattractivitĂ© de Mayotte. En effet, les rĂšgles dâacquisition et dâattribution de la nationalitĂ© française Ă Mayotte ont Ă©tĂ© retournĂ©es contre les intĂ©rĂȘts du DĂ©partement de Mayotte. « UtilisĂ©es par les personnes entrĂ©es illĂ©galement Ă Mayotte comme une arme de rĂ©gularisation massive de leur situation, ces rĂšgles ont Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©es de leur portĂ©e initiale » . Par consĂ©quent, lâon peut lĂ©gitimement sâinterroger sur lâintĂ©rĂȘt pour Mayotte dâallĂ©ger le visa dâentrĂ©e dâune population Ă©trangĂšre manifestement arsenalisĂ©e Ă des fins de dĂ©stabilisation du territoire. Une telle politique est Ă©galement menĂ©e par la Turquie Ă lâĂ©gard de lâUE et par le BĂ©larus Ă lâĂ©gard de lâUkraine. Le dĂ©tournement de la lĂ©gislation Ă des fins dâingĂ©rences Ă©trangĂšres appelle des rĂ©ponses adaptĂ©es aux
enjeux. La mise en Ćuvre de mesures spĂ©cifiques pouvant prendre en compte la gravitĂ© des dĂ©fis auxquels Mayotte doit faire face nâest en rien contraire au principe dâindivisibilitĂ© du territoire nationale en ce sens que des adaptations du droit permises par les dispositions de lâArticle 73 de la Constitution sont rĂ©guliĂšrement approuvĂ©es par les dĂ©cisions du Conseil constitutionnel et du Conseil dâĂtat qui tiennent compte, notamment, du but recherchĂ© tout en sâassurant que lesdites adaptations ne sont ni disproportionnĂ©es ni de nature Ă excĂ©der ce qui est strictement requis pour atteindre les objectifs fixĂ©s. Il est en est ainsi de lâexclusion de Mayotte du champ dâapplication de lâAccord de Schengen , de lâadaptation du droit du sol et du CESEDA dans ce dernier-nĂ© des dĂ©partements français. En ce qui concerne les engagements pris auprĂšs de lâĂtat comorien par la dĂ©lĂ©gation en cause, lâintelligence avec une puissance Ă©trangĂšre semble ĂȘtre caractĂ©risĂ©e dans un contexte de revendication territoriale. De nombreuses lĂ©gislations adoptĂ©es ces derniĂšres annĂ©es, Ă travers le monde, traitent « dâagents de lâĂ©tranger » des individus qui sont au service dâune puissance Ă©trangĂšre sur le territoire national. Pour renforcer lâarsenal juridique français face Ă ces phĂ©nomĂšnes, lâOCDE a publiĂ©, Ă la demande de la HATVP, un rapport visant Ă identifier des solutions pour rendre les activitĂ©s dâinfluence Ă©trangĂšre plus transparentes . Ce rapport a donnĂ© lieu Ă lâadoption de mesures lĂ©gislatives visant Ă doter la HATVP dâun registre ad hoc dĂ©diĂ© Ă la gestion des activitĂ©s dâinfluence Ă©trangĂšre en France, Ă renforcer les obligations dĂ©ontologiques applicables aux responsables publics et aux reprĂ©sentants dâintĂ©rĂȘts, Ă amĂ©liorer la transparence des campagnes dâinfluence Ă©trangĂšre et la dĂ©tection des risques dâingĂ©rence. Cette nouvelle lĂ©gislation française entre en vigueur, notamment, aprĂšs le Foreign Agents Registration Act (FARA) des ĂtatsUnis (1938), du Foreign Influence Transparency Scheme (FITS) de lâAustralie (2018) et du Foreign Influence Registration Scheme (FIRS) du Royaume-Uni (2024). Devant la multiplication de telles lĂ©gislations Ă lâĂ©chelle europĂ©enne, lâUE tente dâharmoniser les dĂ©marches nationales Ă travers la Proposition de Directive du Parlement europĂ©en et du Conseil Ă©tablissant des exigences harmonisĂ©es dans le marchĂ© intĂ©rieur en matiĂšre de transparence de la reprĂ©sentation dâintĂ©rĂȘts exercĂ©e pour le compte de pays tiers et modifiant la directive (UE) 2019/1937 (2023). Selon ladite proposition, « Les activitĂ©s clandestines de reprĂ©sentation dâintĂ©rĂȘts exercĂ©es pour le compte de pays tiers sont susceptibles dâavoir une incidence sur lâĂ©laboration, la formulation ou la mise en Ćuvre des politiques internes et externes de lâUnion, y compris en ce qui concerne les intĂ©rĂȘts
Ă©conomiques et les intĂ©rĂȘts en matiĂšre de sĂ©curitĂ© de celle-ci. Elles ont, de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, une incidence sur la dĂ©mocratie, qui est une valeur commune de lâUnion, dont la sauvegarde revĂȘt une importance fondamentale pour lâUnion et ses Ătats membres. Harmoniser le niveau de transparence requis dans lâensemble de lâUnion pour ces activitĂ©s devrait contribuer Ă renforcer la confiance du public dans les processus de dĂ©cision de lâUnion et des Ătats membres ». Il semble Ă©vident que la dĂ©marche entreprise par lâUnion des Comores et les dignitaires mahorais en cause vise Ă©galement Ă influencer, orienter et manipuler le processus de dĂ©cision politique Ă Mayotte.
Mieux prĂ©venir les ingĂ©rences Ă©trangĂšres et la manipulation du systĂšme politique, de la classe politique et des fonctionnaires de lâĂtat et des collectivitĂ©s locales
La Commission europĂ©enne dĂ©finit les conditions dans lesquelles l'ingĂ©rence peut survenir en ce sens quâelle prĂ©cise que « l'ingĂ©rence Ă©trangĂšre se produit lorsque des activitĂ©s sont menĂ©es par un acteur Ă©tatique Ă©tranger, ou en son nom, qui sont coercitives, secrĂštes, trompeuses ou corruptrices et qui sont contraires Ă la souverainetĂ©, aux valeurs et aux intĂ©rĂȘts de l'Union europĂ©enne ». Quant au Parlement europĂ©en, il a adoptĂ© la dĂ©finition suivante : « l'ingĂ©rence Ă©trangĂšre est une ingĂ©rence illĂ©gitime de puissances Ă©trangĂšres dans les processus dĂ©mocratiques et politiques de l'UE et des Ătats membres. Elle comprend l'ingĂ©rence secrĂšte ou coercitive d'une puissance Ă©trangĂšre dans le systĂšme politique ou gouvernemental de l'intĂ©rieur, comme les politiciens et les fonctionnaires qui travaillent pour ou sous l'influence de rĂ©gimes Ă©trangers ; l'influence sur le systĂšme politique de l'extĂ©rieur, comme l'abus du systĂšme de lobbying, la corruption, l'espionnage, les cyber-attaques ; et l'influence manipulatrice sur l'engagement ou les opinions du public, par exemple par le biais de campagnes de dĂ©sinformation et de manipulation en ligne ». Enfin, le Foreign Influence Transparency Scheme (FITS) australien dĂ©finit les ingĂ©rences Ă©trangĂšres comme Ă©tant « des activitĂ©s menĂ©es par une puissance Ă©trangĂšre ou en son nom et qui sont coercitives, corruptrices, trompeuses ou clandestines et contraires Ă la souverainetĂ©, aux valeurs et aux intĂ©rĂȘts nationaux de lâAustralie. Ces activitĂ©s impliquent que des puissances Ă©trangĂšres tentent de sâimmiscer secrĂštement et de maniĂšre inappropriĂ©e dans la sociĂ©tĂ© australienne pour faire avancer leurs objectifs stratĂ©giques, politiques, militaires, sociaux ou Ă©conomiques, affectant nĂ©gativement les particuliers, lâinformation et lâinfrastructure des gouvernements, lâindustrie, le monde universitaire,
les mĂ©dias et les communautĂ©s ». Lâensemble de ces dispositions pourraient pleinement sâappliquer aux agissements de ladite dĂ©lĂ©gation mahoraise et de leurs partenaires Ă©trangers en ce qui concerne les mesures incluses dans le rapport susmentionnĂ© qui relĂšve manifestement de « l'influence manipulatrice sur l'engagement ». Le contexte inĂ©dit de revendication territoriale Ă Mayotte invite Ă la prudence, Ă la clairvoyance et Ă lâanalyse de toute activitĂ© suspecte qui serait de nature Ă compromettre, directement ou indirectement, la souverainetĂ© nationale sur Mayotte.
Les autorités manquent de lucidité et parfois de moyens pour lutter contre les ingérences étrangÚres
Les attaques contre les piliers fondamentaux de la sociĂ©tĂ© mahoraise (notamment la rĂ©forme contestĂ©e du DĂ©partement relative Ă lâinstitution cadiale ainsi que la tentative de suppression des jours fĂ©riĂ©s locaux pourtant reconnus par le Code du travail ) sont vĂ©cues comme participant de la dĂ©stabilisation politique du territoire. Toutes ces manĆuvres visent Ă remettre en cause la fiabilitĂ© de la France en matiĂšre de sĂ©curitĂ©. Par ailleurs, des manifestants comoriens nâhĂ©sitent plus Ă brandir ostensiblement le drapeau russe Ă Moroni . Câest chose faite. Avec sa Maison de la Russie, inaugurĂ©e en mars 2024, les autoritĂ©s russes disposent Ă prĂ©sent dâune prĂ©sence physique Ă quelques kilomĂštres Ă peine de Mayotte, dĂ©partement français. AprĂšs les Comores, la Russie, la Chine et Ă prĂ©sent lâAzerbaĂŻdjan (Ă travers le Groupe dâinitiative de Bakou (GIB) créé le 6 juillet 2023) se livrent Ă des ingĂ©rences massives Ă Mayotte et en Nouvelle-CalĂ©donie. « Les autoritĂ©s manquent de luciditĂ© sur les ingĂ©rences. On est encore un peu dĂ©faillants, car on nâa ni les outils, ni la volontĂ© dâanalyse » . Les ingĂ©rences Ă©trangĂšres semblent ĂȘtre des reprĂ©sailles faisant suite aux prises de positions diplomatiques de la France sur le Haut Karabakh, peuplĂ© majoritairement dâArmĂ©niens, sur la CrimĂ©e, lâUkraine et sur TaĂŻwan. Les Comores, la Russie, la Chine et lâAzerbaĂŻdjan accusent la France « dâoccuper illĂ©galement » Mayotte et la Nouvelle-CalĂ©donie alors mĂȘme que les CalĂ©doniens et les Mahorais ont votĂ© respectivement Ă trois et quatre rĂ©fĂ©rendums successifs pour demeurer français. Il est Ă©vident que lâexploitation du nickel calĂ©donien, les rĂ©serves potentielles dâhydrocarbures de Mayotte ainsi que son rĂŽle de base arriĂšre de Total dans lâexploitation du gaz du canal du Mozambique intĂ©ressent ces puissances Ă©trangĂšres.
En définitive
Les outre-mer françaises apparaissent comme des victimes collatĂ©rales de la politique Ă©trangĂšre de la France. La dĂ©stabilisation, et Ă terme la disparition, dâune certaine puissance française est un objectif assumĂ© par une partie des BRICS qui sâingĂšrent ouvertement dans les affaires intĂ©rieures de la France. La contestation de la puissance française sâĂ©tait dĂ©jĂ manifestĂ©e pendant et aprĂšs la deuxiĂšme guerre mondiale, non pas par lâURSS, mais par les Ătats-Unis dâAmĂ©rique. « Ce sont bien les carences financiĂšres qui firent douter dâune mise en valeur des TOM. DâaprĂšs Henri Laurentie, dĂ©lĂ©guĂ© adjoint de la France au Conseil de tutelle de lâONU, le plan français de dĂ©veloppement des TOM nâĂ©tait pas crĂ©dible pour les AmĂ©ricains ». Les doutes
des AmĂ©ricains ont Ă©tĂ© pris, alors, pour une tentative dâingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures de la France. Aujourdâhui encore, des doutes persistent autour de la capacitĂ© ou de la volontĂ© de la France dâassurer la sĂ©curitĂ© et la stabilitĂ© de Mayotte et plus largement des outre-mer. De tels doutes, largement attisĂ©s par les ingĂ©rences Ă©trangĂšres, nourrissent les pires supputations et engendrent de plus en plus de dĂ©fiance Ă lâĂ©gard des autoritĂ©s françaises. Câest prĂ©cisĂ©ment lâobjectif recherchĂ© par les ingĂ©rences Ă©trangĂšres. Si la France nây prĂȘte pas plus dâattention que cela, en gommant, notamment, les carences de lâĂtat en matiĂšre de surveillance des frontiĂšres, de maĂźtrise des flux migratoires massifs, de sĂ©curitĂ© et de dĂ©veloppement, la montĂ©e du sentiment anti-français, qui a conduit plusieurs pays africains Ă demander la fermeture des bases militaires françaises sur le continent, pourrait grandir dans les outre-mer. ImmĂ©diatement aprĂšs le dĂ©part des militaires français, la Russie sâest empressĂ©e de crĂ©er des postes avancĂ©s au Burkina-Faso et au Mali. Lâouverture dâune ambassade russe Ă Moroni vient complĂ©ter le « collier de perles » russe qui ne cesse de sâĂ©largir aux dĂ©pens des intĂ©rĂȘts français. Une cellule de lutte contre la dĂ©sinformation et un dispositif de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense plus robuste aux frontiĂšres et Ă lâintĂ©rieur de Mayotte seraient de nature Ă mettre en Ă©chec ces manĆuvres de dĂ©stabilisation massive qui frappent de plein fouet la rĂ©gion ultrapĂ©riphĂ©rique de Mayotte.
i Communication conjointe au Parlement européen et au Conseil, Cadre commun en matiÚre de lutte contre les menaces hybrides, une réponse de l'Union européenne, Bruxelles, 6 avril 2016 JOIN(2016) 18 final, p. 5.
ii LOI n° 2024-850 du 25 juillet 2024 visant Ă prĂ©venir les ingĂ©rences Ă©trangĂšres en France. iii HOULIĂ Sacha, Rapport n° 2343 fait au nom de la commission des lois constitutionnelles, de la lĂ©gislation et de lâadministration gĂ©nĂ©rale de la rĂ©publique, sur la proposition de loi, visant Ă prĂ©venir les ingĂ©rences Ă©trangĂšres en France, (n° 2150), 13 mars 2024, p. 5.
iv MZEMBABA Abdallah, Investiture Azali Assoumani - Moroni et PĂ©kin se solidarisent pour la reconquĂȘte de Mayotte et Taiwan, Al-watwan, 27 mai 2024.
v La rédaction, Mayotte-Comores : la question des flux migratoires reste non résolue, LINFO. RE, 06.05.2024.
vi LOI n° 74-965 du 23 novembre 1974 organisant une consultation des populations des Comores. vii Locution dĂ©rivĂ©e de uti possidetis, ita possideatis signifiant « vous possĂ©derez ce que vous possĂ©diez dĂ©jà » Ă©tabli, en 1819, lors du congrĂšs dâAngostura (Venezuela), sous la houlette de SimĂłn BolĂvar.
viii Art. 1. 2 de la Charte des Nations unies, signée de 1945 et résolution 2625 (XXV).
ix DUMONT, GĂ©rard-François. IntangibilitĂ© des frontiĂšres versus droit Ă lâautodĂ©termination Lâexemple du Caucase du Sud : le conflit du Haut-Karabagh, lâArmĂ©nie et lâAzerbaĂŻdjan. Les Analyses de Population & Avenir, 2024/3 N° 50, p.3-41.
x Maitres coraniques.
xi CĂ©rĂ©monie Ă caractĂšre religieux, rythmĂ©e dâinvocations et de danses, entrant souvent dans les festivitĂ©s nuptiales.
xii Recensement générale de la population en 2017.
xiii Samuel-Frédéric SERVIERE, Mayotte : les chiffres clés d'une situation explosive, Fondation iFRAP, 20.02.2024.
xiv Conseil dâĂtat, Avis n° 394925 sur la proposition de loi tendant Ă adapter aux caractĂ©ristiques et contraintes particuliĂšres de Mayotte les rĂšgles dâacquisition de la nationalitĂ© française par une personne nĂ©e en France de parents Ă©trangers, 05.06.2018.
xv INSEE, L'essentiel sur... les immigrés et les étrangers, 29/08/2024.
xvi IGJ/IGAS/IGA/IGAE/IGESR/IGF, Mission inter-inspections, Ăvaluation de la prise en charge des mineurs Ă Mayotte, Rapport dĂ©finitif, Janvier 2022, p. 3.
xvii Thomas M'SAĂDIE, Le droit du sol Ă Mayotte, une question singuliĂšre ? Le Club des juristes, 12.03.2024.
xviii Décision n° 91-294 DC du 25 juillet 1991.
xix Décision n°2018-770 DC du 6 septembre 2018.
xx Conseil dâĂtat, Avis du 20 mai 2010.
xxi OCDE (2024), Renforcer la transparence et lâintĂ©gritĂ© des activitĂ©s dâinfluence Ă©trangĂšre en France : Un outil pour lutter contre les risques dâingĂ©rences Ă©trangĂšres, Examens de l'OCDE sur la gouvernance publique, Ăditions OCDE, Paris.
xxii Article L3422-3 du Code du travail.
xxiii Bruno MINAS, Comores : Un drapeau russe dans un rassemblement contre « Wuambushu », Mayotte 1Úre, 17.04.2023.
xxiv Frédéric METEZEAU, Quand des puissances étrangÚres ciblent les outre-mer français, France Inter, 06.05.2024
Doctorant en droit public Ă lâUniversitĂ© Sorbonne Paris Nord
Mamoudzou, 18/11/2024
FAIRE VIVRE UN ENFER QUOTIDIEN Ă LA POPULATION DANS LE SEUL OBJECTIF DâINCRIMINER LE STATUT DE DĂPARTEMENT FRANĂAIS LIBREMENT CHOISI PAR LES MAHORAIS
La banalisation des violences extrĂȘmes et le maintien dâun niveau Ă©levĂ© de violence Ă Mayotte, manifestement sous instigation dâagents de lâĂ©tranger, a pour objectif de faire passer des actes dâune rare gravitĂ© pour des actes mineurs. Il en est ainsi du dĂ©placement aux Comores dâune dĂ©lĂ©gation dâĂ©lus locaux mahorais partie nĂ©gocier sans mandat sur des matiĂšres rĂ©galiennes. Loin dâĂȘtre une maladresse, ces agissements constituent, en rĂ©alitĂ©, un acte dâingĂ©rence Ă©trangĂšre manifeste. Dans ce contexte de dĂ©stabilisation, les meurtres et les assassinats Ă la machette sont devenus de simples faits divers dans un territoire jadis qualifiĂ© de « paradis ». Câest prĂ©cisĂ©ment lâun des objectifs recherchĂ©s par les commanditaires des actions de dĂ©stabilisation de Mayotte : faire vivre un enfer quotidien Ă la population dans le seul objectif dâincriminer le statut de dĂ©partement français librement choisi par les Mahorais afin de rĂ©unir les conditions de la remise en cause de la capacitĂ© de la France Ă assurer la sĂ©curitĂ© des Mahorais. Le fait de faire exĂ©cuter, rĂ©guliĂšrement, des victimes jeunes issues de lâimmigration par dâautres jeunes ayant les mĂȘmes origines semble faire partie dâune stratĂ©gie globale qui consiste Ă masquer les traces des ingĂ©rences Ă©trangĂšres. Ainsi, les violences extrĂȘmes agissent comme un repoussoir pour les professionnels de santĂ©, de lâĂ©ducation, des administrations et des investisseurs nationaux ou internationaux. Ici, lâopĂ©ration de dĂ©stabilisation consiste Ă faire en sorte que le niveau de dĂ©veloppement de Mayotte ne dĂ©passe pas significativement celui des Comores. Les violences artificiellement maintenues, lâarsenalisation des migrant et des mineurs ainsi que lâappui sans rĂ©serve des alliĂ©s internationaux des Comores, notamment au sein
des BRICS, brident le dĂ©veloppement de Mayotte. Câest la raison pour laquelle, « Longtemps, les pouvoirs publics français ont hĂ©sitĂ© Ă donner Ă Mayotte les moyens de se dĂ©velopper pour Ă©viter justement un accroissement des Ă©carts de niveaux de vie entre ces Ăźles » . Par consĂ©quent, depuis la dĂ©partementalisation et le lancement dâune sĂ©rie de chantiers de dĂ©veloppement, les violences se sont intensifiĂ©es dans le seul but de brider le dĂ©veloppement du territoire. En effet, un niveau trop Ă©levĂ© de dĂ©veloppement de Mayotte mettrait en lumiĂšre lâĂ©chec de lâindĂ©pendance des Comores et a contrario la rĂ©ussite de la dĂ©partementalisation de Mayotte. Les rivalitĂ©s entre bandes et entre quartiers relĂšvent souvent de tensions communautaires importĂ©es des Comores. Ces violences gratuites, sans revendication officielles claires, interrogent Ă plus dâun titre. Le manque de revendication peut contribuer Ă masquer les manĆuvres dâingĂ©rence Ă©trangĂšre. La banalisation des violences extrĂȘmes permet ainsi de faire passer les accalmies fugaces pour des victoires Ă©clatantes contre les bandes arsenalisĂ©es. Le territoire est devenu une cocote minute sans soupape de sĂ©curitĂ© car câest Mayotte qui sert prĂ©cisĂ©ment de soupape de sĂ©curitĂ© Ă lâUnion des Comores qui fait partie des pays les moins avancĂ©s. Lâenvoi massif de jeunes comoriens Ă scolariser Ă Mayotte, qui parfois nâont jamais connues lâĂ©cole, tire manifestement le niveau scolaire vers le bas. Des jeunes de premiĂšre et de terminale prĂ©sentent de graves difficultĂ©s de lecture et dâĂ©criture, car scolarisĂ©s non pas selon leur niveau, mais selon leur Ăąge prĂ©sumĂ©. Dans des Ă©tablissements scolaires sensibles comme le lycĂ©e Bamana Ă Mamoudzou, certains Ă©lĂšves qualifient « dâambiance » les violences physiques qui Ă©clatent souvent au sein et aux abords de

lâĂ©tablissement. Au lieu de se mettre Ă lâabri, ils accourent par centaines pour assister au « spectacle » alors quâil sâagit souvent dâune mise Ă tabac, et parfois, dâune mise Ă mort de lâun dâentre eux. La banalisation des violences extrĂȘmes sâenracine progressivement. Ainsi, aprĂšs la commission dâun meurtre, dans la semaine du 4 au 10 novembre 2024, Ă proximitĂ© immĂ©diate du lycĂ©e Bamana dont lâauteur est prĂ©sumĂ© ĂȘtre scolarisĂ© au sein de lâĂ©tablissement, la vie a immĂ©diatement repris son cours normal sans aucune autre formalitĂ©. LâannĂ©e prĂ©cĂ©dente, pour une agression physique mineure, le personnel avait exercĂ© son droit de retrait pendant plusieurs jours. Ainsi, lâĂ©cole de la rĂ©publique se retrouve victime de violences inacceptables qui nuisent gravement au bon dĂ©roulement des enseignements.
Ă prĂ©sent, les violences extrĂȘmes touchent tous les secteurs, toutes les zones gĂ©ographiques de Mayotte alors quâelles Ă©taient extrĂȘmement localisĂ©es auparavant. Elles traduisent la gĂ©nĂ©ralisation et la massification des flux migratoires. La politique de reconduite Ă la frontiĂšre qui consiste Ă Ă©loigner des parents et Ă laisser sur le territoire des milliers de mineurs, qui ne sont ni rĂ©gularisables ni expulsables, coĂ»te de plus en plus cher au DĂ©partement de Mayotte et contribue Ă faciliter le recrutement de jeunes mineurs isolĂ©s par les bandes criminelles qui sont souvent arsenalisĂ©es. « La dĂ©linquance Ă Mayotte est ainsi qualifiĂ©e par les forces de lâordre et les acteurs judiciaires de juvĂ©nile â les faits Ă©tant nettement plus souvent commis par
des mineurs que dans lâhexagone ou dans dâautres territoires ultramarins â et brutale â les faits pouvant ĂȘtre, bien que commis au moyen dâarmes par destination gĂ©nĂ©ralement rudimentaires, particuliĂšrement violents » . Le budget de lâaide sociale Ă lâenfance (ASE) et de la protection maternelle et infantile (PMI) a explosĂ©. Sâagissant des PMI, il est passĂ© dâune quinzaine de millions dâeuros dans les annĂ©es 2010 Ă plus de 60 millions en 2023. Il prend en charge, majoritairement, des non assurĂ©s sociaux qui devraient ĂȘtre pris en charge par lâaide mĂ©dicale dâĂtat (AME) alors mĂȘme que ce dispositif nâest pas applicable Ă Mayotte. Les Art. L. 6416-4 et L6416-5 du Code de la santĂ© publique mettent en place un systĂšme dĂ©rogatoire de dotation globale qui ne permet pas dâidentifier le budget rĂ©el consacrĂ© aux soins des personnes en situation irrĂ©guliĂšre Ă Mayotte. InterrogĂ© par la dĂ©putĂ©e de Mayotte sur la nĂ©cessitĂ© de la mise en place de lâAME Ă Mayotte, le ministre de la santĂ© et de la prĂ©vention a rĂ©pondu en ces termes : « Il n'apparaĂźt pas envisageable Ă court terme de dĂ©ployer le dispositif de l'aide mĂ©dicale d'Ătat et des soins urgents aux personnes en situation irrĂ©guliĂšre Ă Mayotte, compte tenu de la faiblesse de l'offre de soins libĂ©rale et des incidences pratiques pour les patients, pour les Ă©tablissements publics de santĂ©, qui assurent 90% des soins sur le territoire mahorais et pour la caisse de sĂ©curitĂ© sociale de Mayotte. On ne peut considĂ©rer que l'absence de dĂ©ploiement de l'Aide mĂ©dicale de l'Ătat prive l'hĂŽpital de ressources dans la mesure oĂč celui-ci reçoit des financements

en augmentation constante : la dotation globale de fonctionnement et le fonds d'intervention rĂ©gional sont passĂ©s de 208 et 4,3 millions d'euros respectivement en 2017 Ă prĂšs de 277 et 9 millions d'euros en 2022 ». Cette rĂ©ponse dĂ©montre une volontĂ© chronique dâinvisibilisation du montant prĂ©cis consacrĂ© aux soins des personnes en situation irrĂ©guliĂšre Ă Mayotte. Il nâest pas ici question de remettre en cause lâesprit de lâAME, mais de relever les carences de lâĂtat Ă Mayotte qui se refuse Ă instaurer ce dispositif Ă Mayotte, tout en contraignant Ă la fois le dĂ©partement et le centre hospitalier de Mayotte Ă puiser dans leur budget gĂ©nĂ©ral respectif pour remplir une mission relevant de lâAME. Manifestement, lâobjectif consiste Ă ne pas mettre en lumiĂšre le
caractĂšre massif de lâimmigration irrĂ©guliĂšre Ă Mayotte. Les Ă©trangers en situation irrĂ©guliĂšre Ă Mayotte nĂ©cessitant des Ă©vacuations sanitaires Ă La RĂ©union sont pris en charge sur un dispositif ad hoc qui Ă©chappe totalement Ă la caisse de sĂ©curitĂ© sociale de Mayotte. Câest lâĂtat qui rĂšgle directement les organismes rĂ©unionnais. Pendant ou aprĂšs les soins, un certain nombre de malades disparaissent dans la nature et sont traitĂ©s de « Mahorais » par les RĂ©unionnais, crĂ©ant ainsi des tensions communautaires injustifiĂ©es entre Mahorais et RĂ©unionnais. Ainsi, La RĂ©union est, elle aussi, frappĂ©e de plein fouet par le phĂ©nomĂšne des bandes de mineurs cagoulĂ©s et armĂ©s de machettes, dĂ©montrant ainsi la possibilitĂ© dâexportation des violences extrĂȘmes
vers dâautres territoires. Si les carences de lâĂtat, en matiĂšre de maĂźtrise de lâimmigration irrĂ©guliĂšre, ne sont pas solutionnĂ©es, ces violences pourraient gagner rapidement lâespace Schengen. Ceci ne relĂšve pas de la science-fiction. LâEspagne connait dĂ©jĂ ce phĂ©nomĂšne.
Face au manque de coopĂ©ration chronique des Comores, la France et lâUE dispose de nombreux leviers Ă©conomiques et diplomatiques quâils se refusent, pour le moment, Ă activer.
Depuis des annĂ©es, la sĂ©curitĂ© quotidienne est de fait cogĂ©rĂ© par des bĂ©nĂ©voles revĂȘtus de gilets jaunes. Aux cĂŽtĂ©s des forces de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, ces personnes, en situation irrĂ©guliĂšre pour bon nombre dâentre eux, intĂšgrent des « milices privĂ©es », structures associatives ou informelles, qui participent Ă la sĂ©curisation des abords des Ă©tablissements scolaires ou de certains axes routiers ou quartiers sensibles. Cependant, il est difficile dâadmettre que la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure dâun dĂ©partement français puisse ĂȘtre cogĂ©rĂ©e par des personnes en situation irrĂ©guliĂšre. Câest ainsi que la tĂ©lĂ©vision publique (Mayotte 1Ăšre) indique que « Le blocage des services Ă©trangers de la prĂ©fecture empĂȘche la poursuite des dĂ©marches pour ceux qui les ont entamĂ©es. La population craint une reprise des violences sans la prĂ©sence de ces hommes et femmes qui patrouillent jusqu'Ă tard dans la nuit pour sĂ©curiser la localitĂ©. La question de la situation administrative d'une partie d'entre eux Ă©tait souvent posĂ©e, sans qu'une rĂ©ponse officielle ne soit donnĂ©e » . Il y a ici un sĂ©rieux problĂšme de droit et de souverainetĂ© Ă rĂ©soudre. Si elles ne sont pas stoppĂ©es, ces voies de rĂ©gularisation attireront toujours plus dâentrĂ©es irrĂ©guliĂšres et crĂ©eront un sentiment de « cogestion » de Mayotte par la France et les Comores. Câest prĂ©cisĂ©ment ce que lâancien prĂ©sident Ahmed Abdallah SAMBI appelait « Un pays, deux systĂšmes » permettant dâacter la prĂ©sence française Ă Mayotte tout en reconnaissant par ailleurs lâappartenance de Mayotte Ă lâUnion des Comores sur le modĂšle de la cogestion de lâĂźle de Tromelin avec Maurice.
Mayotte traverse une guerre hybride faite de dĂ©sinformation massive sur les rĂ©seaux sociaux, dâarsenalisation de populations, des bandes de mineurs, dâingĂ©rences politiques, administratives, culturelles et religieuses. Dans de telles circonstances, il semble contre-intuitif de continuer Ă financer, avec des financements français et europĂ©ens, le dĂ©veloppement des Comores, qui revendiquent le dĂ©partement français de Mayotte, sans rĂ©els contreparties depuis les annĂ©es 1970. En effet, les Comores refusent rĂ©guliĂšrement la rĂ©admission de leurs ressortissants alors mĂȘme quâils signent des accords dans lesquels ils sâengagent Ă lutter contre les entrĂ©es illĂ©gales Ă Mayotte. Lâinstrumentalisation des flux migratoires est devenue un moyen de pression des Comores sur les autoritĂ©s françaises. De nombreux expulsĂ©s sont des rĂ©itĂ©rants. En fonction des situations, les autoritĂ©s comoriennes admettent ou rĂ©futent la francitĂ© de Mayotte. Les opposants et les rĂ©fugiĂ©s politiques, fuyant le rĂ©gime de Moroni, trouvent souvent trĂšs commode lâappartenance de lâĂźle Ă la France. En rĂ©alitĂ©, en faisant suite aux demandes rĂ©pĂ©tĂ©es de rĂ©admission de lâensemble de ses
ressortissants entrĂ©s irrĂ©guliĂšrement Ă Mayotte, lâUnion des Comores mettrait en lumiĂšre son incapacitĂ© Ă faire face Ă ses obligations rĂ©galiennes les plus Ă©lĂ©mentaires (santĂ©, Ă©ducation, alimentation). Face au manque de coopĂ©ration chronique des Comores dans la maĂźtrise des flux migratoires, la France et lâUE dispose pourtant de nombreux leviers diplomatiques et Ă©conomiques quâils se refusent, pour le moment, Ă activer. Lâon peut Ă©voquer, notamment, la suspension des transferts dâargents en direction des Comores, la rĂ©vision de la politique dâaide au dĂ©veloppement ou encore la restriction des visas et des titres de sĂ©jour dâentrĂ©e Ă Mayotte et dans lâespace Schengen. Le dĂ©faut dâactivation des leviers susmentionnĂ©s, officiellement motivĂ© par la crainte de consĂ©quences contreproductives, conduit Ă la dĂ©gradation continue, et certaine, de la sĂ©curitĂ©, de la stabilitĂ© et de la santĂ© Ă Mayotte. Selon SantĂ© Publique France, les flux migratoires irrĂ©guliĂšres en provenance des Comores, de Madagascar et des africains, notamment des Grands lacs, entrainent la rĂ©surgence de maladies moyenĂągeuses qui avaient Ă©tĂ© Ă©radiquĂ©es Ă Mayotte. En situation de dĂ©sert mĂ©dical, cette situation sanitaire inĂ©dite dĂ©stabilise complĂštement le territoire qui est au bout de ses capacitĂ©s de rĂ©silience.
Mayotte fait face Ă des forces extrĂȘmement puissantes qui sâemploient Ă la dĂ©stabiliser de lâintĂ©rieur comme de lâextĂ©rieur. Les carences de lâĂtat en matiĂšre de protection des frontiĂšres, de santĂ© publique et de dĂ©veloppement Ă©conomique et social sont surexploitĂ©es par de telles forces pour discrĂ©diter constamment la France quant Ă sa capacitĂ© Ă prĂ©server le contrat social Ă Mayotte. A prĂ©sent, et compte tenu de la violence et de lâampleur des ingĂ©rences Ă©trangĂšres, une attention toute particuliĂšre doit ĂȘtre portĂ©e sur lâintĂ©gritĂ© des Ă©lus, des fonctionnaires de lâĂtat et des collectivitĂ©s locales.
Les violences extrĂȘmes, manifestement entretenues par des agents de lâĂ©tranger, dĂ©stabilisent le dĂ©partement de Mayotte et freinent son dĂ©veloppement en bridant tous les efforts des pouvoirs publics et des investisseurs privĂ©s locaux, nationaux et internationaux. Face Ă de telles menaces hybrides, il apparaĂźt opportun dâarmer juridiquement, politiquement et Ă©conomiquement Mayotte afin de lui permettre de profiter pleinement de tous les outils nationaux et europĂ©ens dĂ©diĂ©s Ă la lutte contre les ingĂ©rences Ă©trangĂšres.
i Olivier Bensoussan, « La mer, menace ou espoir de dĂ©veloppement pour Mayotte ? », Les Cahiers dâOutre-Mer, 248 | 2009, 489-512.
ii MM. François-NoĂ«l BUFFET, StĂ©phane LE RUDULIER, Alain MARC et al., lâessentiel du Rapport dâinformation n° 114 fait au nom de la commission des lois constitutionnelles, de lĂ©gislation, du suffrage universel, du RĂšglement et dâadministration gĂ©nĂ©rale sur la sĂ©curitĂ© Ă Mayotte, SĂ©nat, 27.10.2021.
iii Question n°10189 publiée au JO le : 18/07/2023.
iv Réponse publiée au JO le : 19/03/2024 page : 2230.
v Ali CHAMSUDINE, C'est l'Ătat qui finance les Ă©vacuations sanitaires des Ă©trangers sans papiers, Mayotte 1ere, 17 octobre 2022.
vi Ali CHAMSUDINE, Quelle situation administrative pour les gilets jaunes de Kawéni ? Mayotte 1Úre, 01.10.2018
vii ZaĂŻa AYAMA, Moroni propose Ă la France la cogestion de Mayotte, Zinfos974, 19 aoĂ»t 2010. viii SantĂ© Publique France, ĂpidĂ©mie de cholĂ©ra Ă Mayotte : SantĂ© publique France est mobilisĂ©e et appelle au renfort de professionnels de santĂ© volontaires, 17.05.2024.

Depuis lâannĂ©e derniĂšre, la mairie de Mamoudzou consacre le mois de novembre Ă la propretĂ© urbaine avec plusieurs actions de collectes rassemblĂ©es sous le dispositif Novembre vert. Vendredi dernier, les agents de la mairie se sont mobilisĂ©s pour nettoyer les quartiers autour de leurs bĂątiments.
Câest vĂȘtu de son plus beau t-shirt vert quâHoumayad* ramĂšne deux sacs poubelle remplis de canettes et de bouteilles. Depuis 7h30, ce vendredi, lâagent de service scolaire Ă la mairie annexe de PassamaĂŻnty rĂŽde avec une petite dizaine de collĂšgues autour de la maison commune pour ramasser les dĂ©chets, Ă lâoccasion de Novembre vert. Ce dispositif, organisĂ© par la Ville de Mamoudzou pour la deuxiĂšme annĂ©e consĂ©cutive, a pour but de mobiliser lâensemble des agents de la mairie pour rendre la commune plus propre et sensibiliser la population tout le long du mois Ă travers diffĂ©rentes actions. Vers 9h, une petite pause est de mise sous la tonnelle jouxtant la mairie annexe, aprĂšs les efforts sous le soleil de plomb pour remplir une bonne dizaine de sacs. « Quâest-ce quâil fait chaud ! », lance une des agentes. Mais ce nâest pas la tempĂ©rature qui va arrĂȘter le travail de lâĂ©quipe. « Câest important quâon aide le service technique », insiste Houmayad, qui se dĂ©sole de voir que des dĂ©tritus continuent dâĂȘtre jetĂ©s Ă mĂȘme le trottoir.
Du cĂŽtĂ© de la mairie annexe de KawĂ©ni, un grand mĂ©nage a Ă©galement Ă©tĂ© fait. Dans tout le quartier autour, on peut voir que des sacs poubelle se sont remplis de dĂ©chets plastiques. « On a fait le nettoyage de tout le site de la mairie et du quartier. On a rempli une benne de six tonnes », dĂ©crit le chef dâĂ©quipe des agents de lutte contre la pollution visuelle, Madi Mandhi. Les locaux aussi ont eu le droit Ă un coup de balai. Pour les agents, il est important de donner lâexemple. « On ne
peut pas demander aux gens de jeter correctement leurs dĂ©tritus si on ne le fait pas nous-mĂȘmes. »
« La sensibilisation est aussi importante »
Si ce vendredi, câĂ©tait aux agents de la mairie de Mamoudzou et aux scolaires de collecter dans le secteur de leurs Ă©tablissements, Novembre vert prĂ©voit aussi des collectes avec lâensemble des habitants, des nettoyages des mangroves, des plantations ou encore des distributions de plantes. « La sensibilisation est aussi importante, car malheureusement on se rend compte quâil y a encore des gens qui nâont pas compris. Mais ce nâest pas grave, on va continuer tant que ce sera nĂ©cessaire », assure DhinouraĂŻne Mcolo Mainty, premier adjoint au maire de Mamoudzou en charge de la propretĂ© urbaine, grande cause communale depuis 2020. NĂ©anmoins, le message semble ĂȘtre dĂ©jĂ passĂ© au sein dâune partie de la population. « Il y a des personnes qui nous ont devancĂ© ce jour, qui nous attendaient avec des sacs dĂ©jĂ remplis », se rĂ©jouit-il.
LâannĂ©e derniĂšre, Novembre vert avait permis la collecte de cinquante tonnes de dĂ©chets. Si cette annĂ©e, la municipalitĂ© espĂšre faire encore mieux, le premier adjoint maintient que les actions continuent tout au long de lâannĂ©e, citant par exemple des collectes de vĂ©hicules hors dâusage prĂ©vues pour dĂ©cembre. n
* Nom dâemprunt





DE LETTRES MODERNES ET DOCTEUR EN LITTĂRATURES FRANCOPHONES, CHRISTOPHE COSKER EST LâAUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES DE RĂFĂRENCE SUR LA LITTĂRATURE DE LâĂLE AUX PARFUMS, NOTAMMENT UNE PETITE HISTOIRE DES LETTRES FRANCOPHONES Ă MAYOTTE (2015) DONT IL REPREND, APPROFONDIT ET ACTUALISE, DANS CETTE CHRONIQUE LITTĂRAIRE, LA MATIĂRE.
Le thĂšme de la justice Ă Mayotte, traitĂ© dans le plus long des dossiers du service Ă©ducatif des Archives dĂ©partementales de Mayotte porte sur « Droit(s) et justice Ă Mayotte Ă lâĂ©poque coloniale (1841-1946) » mĂ©rite, par son importance, une deuxiĂšme chronique sur les jalons du droit Ă Mayotte. Parmi ceux qui sâimposent Ă nous dans le cadre colonial exogĂšne, on trouve, par-dessus tout, le rĂ©gime de lâindigĂ©nat qui nâest pas aussi facile Ă cerner quâon pourrait dâabord le croire : « La ârĂ©pression par voie disciplinaire des infractions spĂ©ciales de lâindigĂ©natâ, selon la terminologie officielle, appelĂ©e aussi âcode de lâindigĂ©natâ ou ârĂ©gime de lâindigĂ©natâ (nous prĂ©fĂ©rons cette derniĂšre expression plus conforme Ă la rĂ©alitĂ©, a Ă©tĂ© un moyen, pour le colonisateur, dâimposer sa domination, en confiant aux administrateurs et aux gouverneurs des pouvoirs disciplinaires Ă lâĂ©gard des indigĂšnes en dehors de toute procĂ©dure judiciaire. Si lâexpression de âcode de lâindigĂ©natâ apparaĂźt sous la plume des administrateurs coloniaux, des juristes et de chercheurs contemporains, il nây a jamais eu, en fait, de codification valable pour tous les territoires coloniaux. »
Si lâon en revient aux formes endogĂšnes de la justice Ă Mayotte, on peut opposer, au code de lâindigĂ©nat, le fiqh ou droit musulman : « Dans le monde musulman, le droit ne peut ĂȘtre sĂ©parĂ© de la religion. La lĂ©gislation islamique qui sâest Ă©laborĂ©e Ă partir de la rĂ©fĂ©rence essentielle que constitue le Coran, mais ce dernier ne compte quâun nombre limitĂ© de textes ayant un caractĂšre juridique auxquels sâest ajoutĂ© la tradition (Hadiths) qui recueille les actes et les paroles de Muhammad. Dâautres principes ont Ă©tĂ© ajoutĂ©s par la suite : lâidjma (ou consensus des savants Ă une Ă©poque donnĂ©e), le qiyas (raisonnement par analogue), le raây (opinion personnelle consistant Ă choisir la solution la meilleure [= istihsan] ou celle correspondant Ă lâintĂ©rĂȘt commun [= istilah]). Le rĂ©sultat de ces deux derniĂšres opĂ©rations est lâIdjtihad, câest-Ă -dire lâeffort dâinterprĂ©tation des textes sacrĂ©s. »
Elle sâincarne dans la justice des kadi, ou juges musulmans :
« Au dĂ©but de la pĂ©riode coloniale, les cadis sont, avec les chefs de village, les intermĂ©diaires indispensables de lâadministration avec la population. Cela sâexplique
dâautant plus que la prĂ©sence française en Grande Terre reste largement symbolique, au moins jusquâau milieu des annĂ©es 1860. Ils concentrent entre leurs mains les fonctions judiciaires mettant en cause les indigĂšnes. » En ce sens, le droit et la justice se donnent pour mission premiĂšre le maintien de lâordre, câestĂ -dire la police. Mais les moyens de le faire - et le dĂ©calage entre lĂ©galitĂ© et lĂ©gitimitĂ© dans la situation coloniale - sont problĂ©matiques :
« Le maintien de lâordre Ă Mayotte Ă lâĂ©poque coloniale obĂ©it Ă de nombreuses contraintes. La maigreur des budgets limite le nombre de cadres europĂ©ens et les effectifs des forces de police. Ces derniĂšres, faiblement rĂ©munĂ©rĂ©es, ne sont, en outre, pas suffisamment formĂ©es. Le quadrillage du territoire est rendu difficile par les difficultĂ©s de communications. Aussi, les institutions locales et les chefs de village constituentils des auxiliaires indispensables, que lâadministration coloniale cherche Ă mieux encadrer et Ă contrĂŽler dans la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle. »
Pour gĂ©rer lâordre Ă Mayotte, il convient de trouver un moyen terme entre systĂšme exogĂšne et systĂšme endogĂšne. On voit dĂ©jĂ poindre les thĂšmes exploitĂ©s ensuite par la critique postcoloniale, Ă savoir lâhybriditĂ© et le tiers-espace. Dans le cas prĂ©sent, la solution se nomme garde indigĂšne :
« AprĂšs le rattachement de Mayotte Ă Madagascar, le Gouverneur gĂ©nĂ©ral Augagneur crĂ©e, dans lâarchipel des Comores, une brigade de la garde indigĂšne. Cette derniĂšre avait Ă©tĂ© mise en place dans la Grande Ăle dĂšs la fin du XIXe siĂšcle et rĂ©organisĂ©e en 1906. Elle comprend un personnel europĂ©en [âŠ] et indigĂšne. Chaque brigade est placĂ©e sous le commandement dâun inspecteur principal. Il est prĂ©vu que les anciens agents indigĂšnes de la police puissent ĂȘtre intĂ©grĂ©s dans cette nouvelle formation. Lâeffectif initial, pour lâensemble de lâarchipel, est de 87 hommes, sans compter les gradĂ©s ; 21 doivent ĂȘtre en poste Ă Mayotte. »
Le dossier contient enfin une esquisse dâhistoire de lâinstitution pĂ©nitentiaire dans « Prisons et prisonniers Ă la fin du XIXe et au dĂ©but du XXe siĂšcles ». On trouve Ă©galement deux entretiens dont il est particuliĂšrement intĂ©ressant de croiser les lectures, dâune part celui dâYves Moatty, ancien




Section 1 : Identification de lâacheteur
Nom complet de lâacheteur : CommunautĂ© dâAgglomĂ©ration de DembĂ©ni-Mamoudzou (976)
NumĂ©ro national dâidentification :
Type : SIRET - N° : 20006045700013
Code postal / Ville : 97600 Mamoudzou
Groupement de commandes : non
Section 2 : Communication
Moyens dâaccĂšs aux documents de la consultation
Lien vers le profil dâacheteur : https:// www.marches-securises.fr
Identifiant interne de la consultation : 20240011
LâintĂ©gralitĂ© des documents de la
consultation se trouve sur le profil dâacheteur : oui
Utilisation de moyens de communication non communément disponibles : non
Nom du contact : Monsieur le président de la CADEMA - Tél : +33 063921863 -
Mail : koultoume.abdallah@cadema.yt
Section 3 : Procédure
Type de procédure : Procédure adaptée
ouverte
Conditions de participation :
Aptitude Ă exercer lâactivitĂ© professionnelle : se rĂ©fĂ©rer au DCE
Capacité économique et financiÚre : se référer au DCE
Capacités techniques et professionnelles : se référer au DCE
Technique dâachat : Sans objet
Date et heure limite de réception des plis : Vendredi 06 décembre 2024 - 12:00
Présentation des offres par catalogue
électronique : Interdite
RĂ©duction du nombre de candidats : non PossibilitĂ© dâattribution sans nĂ©gociation : oui
Lâacheteur exige la prĂ©sentation de variantes : non
CritĂšres dâattribution : se rĂ©fĂ©rer au DCE
Section 4 : Identification du marchĂ© IntitulĂ© du marchĂ© : Diagnostic dâĂ©tanchĂ©itĂ© des Ă©tablissements scolaires sur le territoire de la CADEMA
Classification CPV : 71335000
Type de marché : Services
Description succinte du marchĂ© : Ce marchĂ© a pour objet la rĂ©alisation dâun diagnostic dâĂ©tanchĂ©itĂ© des Ă©tablissements scolaires situĂ©s sur le territoire de la CADEMA. le prestataire retenu sera chargĂ© dâinspecter, dâanalyser les structures existantes (toitures, murs, systĂšmes
de collecte des eaux pluviales) et de proposer des recommandations de travaux en vue de prĂ©venir ou corriger les problĂšmes dâinfiltrations dâeau et dâhumiditĂ©.
Lieu principal dâexĂ©cution : Sur le territoire de la CADEMA
Durée du marché (en mois) : 6
Valeur estimée hors TVA : 160000 euros La consultation comporte des tranches : non La consultation prévoit une réservation de tout ou partie du marché : non Marché alloti : non
Section 6 : Informations complémentaires
Visite obligatoire : non
Date dâenvoi du prĂ©sent avis 19 novembre 2024

Section 1 : Identification de lâacheteur
Nom complet de lâacheteur : Ville de Koungou (976)
NumĂ©ro national dâidentification :
Type : SIRET - N° : 20000881100016
Code postal / Ville : 97690 Koungou
Groupement de commandes : non
Section 2 : Communication
Moyens dâaccĂšs aux documents de la consultation
Lien vers le profil dâacheteur : https://
www.marches-securises.fr
LâintĂ©gralitĂ© des documents de la consultation se trouve sur le profil dâacheteur : oui
Utilisation de moyens de communication non communément disponibles : non
Nom du contact : BACO Toianti - Mail : commandepublique@koungou.fr
Section 3 : Procédure
Type de procédure : Procédure adaptée ouverte
Conditions de participation :
Aptitude Ă exercer lâactivitĂ© professionnelle : Voir le RĂšglement de consultation (RC)
Capacité économique et financiÚre :
Voir le RĂšglement de consultation (RC)
Capacités techniques et professionnelles : Voir le RÚglement de consul-
tation (RC)
Technique dâachat : Accord-cadre
Date et heure limite de réception des plis : Vendredi 20 décembre 2024 - 12:00
Présentation des offres par catalogue électronique : Interdite
Réduction du nombre de candidats : non
PossibilitĂ© dâattribution sans nĂ©gociation : oui
Lâacheteur exige la prĂ©sentation de variantes : non Identification des catĂ©gories dâacheteurs intervenant (accord-cadre uniquement) : Voir le RĂšglement de consultation (RC)
CritĂšres dâattribution : Voir le RĂšglement de consultation (RC)
Section 4 : Identification du marché
IntitulĂ© du marchĂ© : Accord-Cadre de prestations dâagences de voyage pour
les besoins de la commune de Koungou
Classification CPV : 63510000
Type de marché : Services
Lieu principal dâexĂ©cution : COMMUNE DE KOUNGOU 97600
Koungou
Durée du marché (en mois) : 12
La consultation comporte des tranches : non
La consultation prévoit une réservation de tout ou partie du marché : non
Marché alloti : non
Section 6 : Informations complémentaires
Visite obligatoire : non
Autres informations complémentaires :
Voir le rĂšglement de consultation (RC)
Date dâenvoi du prĂ©sent avis 20 novembre 2024

Section 1 : Identification de lâacheteur
Nom complet de lâacheteur :
Commune de Chiconi (976)
NumĂ©ro national dâidentification :
Type : SIRET - N° : 20000875300010
Code postal / Ville : 97670 Chiconi
Groupement de commandes : non
Section 2 : Communication
Moyens dâaccĂšs aux documents de la consultation
Lien vers le profil dâacheteur : https:// www.marches-securises.fr
LâintĂ©gralitĂ© des documents de la consultation se trouve sur le profil dâacheteur : oui
Utilisation de moyens de communi-
cation non communément disponibles : non
Nom du contact : Service technique
Section 3 : Procédure
Type de procédure : Procédure adaptée ouverte
Conditions de participation :
Aptitude Ă exercer lâactivitĂ© professionnelle : Voir article 6 du rĂšglement de la consultation.
Capacité économique et financiÚre : Voir article 6 du rÚglement de la consultation.
Capacités techniques et professionnelles : Voir article 6 du rÚglement de la consultation.
Technique dâachat : Sans objet Date et heure limite de rĂ©ception des plis : Vendredi 13 dĂ©cembre 2024
- 11:00
Présentation des offres par catalogue électronique : Interdite
Réduction du nombre de candidats : non
PossibilitĂ© dâattribution sans nĂ©gocia-
tion : oui
Lâacheteur exige la prĂ©sentation de variantes : non
Section 4 : Identification du marché
Intitulé du marché :
REHABILITATION DU PLATEAU DE CAVANI CHICONI
Classification CPV : 45112500
Type de marché : Travaux
Lieu principal dâexĂ©cution : Sur le territoire communal
La consultation comporte des tranches : non
La consultation prévoit une réservation de tout ou partie du marché : non Marché alloti : oui
Section 5 : Informations sur les lots
LOT :
LOT01: TERRASSEMENT - VRD - GO
Classification CPV : 45112500
Lieu dâexĂ©cution du lot : Sur le territoire
communal
LOT :
LOT02: EQUIPEMENTS SPORTIFS - AGRES
Classification CPV : 37400000
Lieu dâexĂ©cution du lot : Sur le territoire
communal
LOT :
LOT03: RAGREAGES PEINTURES
Classification CPV : 45442100
Lieu dâexĂ©cution du lot : Sur le territoire communal
LOT :
LOT04: ELECTRICITE CF - Cf
Classification CPV : 45311000
Lieu dâexĂ©cution du lot : Sur le territoire communal
Section 6 : Informations complémentaires
Visite obligatoire : oui
Détails sur la visite : Deux dates pour la visite prévues le lundi 25 novembre à 08h30 et le jeudi 28 novembre à 08h30 sur le site du projet.
Date dâenvoi du prĂ©sent avis 21 novembre 2024





MAGAZINE DâINFORMATION
NUMĂRIQUE HEBDOMADAIRE
Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros
7, rue Salamani
Cavani MâtsapĂ©rĂ©
BP 60 - 97600 Mamoudzou
Tél. : 0269 61 20 04 redaction@somapresse.com
Directeur de la publication
Laurent Canavate canavate.laurent@somapresse.com
Directeur de la rédaction
Mohamed El Mounir dit âSoldatâ 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com
Rédactrice en cheffe
RaĂŻnat Aliloiffa

Couverture : VIOLENCES SEXUELLES FAITES
AUX ENFANTS : BRISONS LE SILENCE !
Journalistes
RaĂŻnat Aliloiffa
Alexis Duclos
SaĂŻd Issouf
Marine Gachet
Lisa Morisseau
InĂšs Alma
Nadhuir Mohamady
Direction artistique
Franco di Sangro
Graphistes/Maquettistes
Olivier Baron, Franco di Sangro
Commerciaux
Cédric Denaud, Murielle Turlan
Comptabilité
Catherine Chiggiato comptabilite@somapresse.com
PremiĂšre parution
Vendredi 31 mars 2000
ISSN 2402-6786 (en ligne)
RCS : n° 9757/2000
N° de Siret : 024 061 970 000 18
N°CPPAP : 0125 Y 95067
Site internet www.mayottehebdo.com
