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GALERIE LES MONTPARNOS


JEAN-NOËL


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éshabiller les paysages incarnant les espoirs de mon enfance. Réagir au néant, mettre à nu les illusions et chercher un renouvellement du désir. Peut-être aussi m’approprier ou prolonger symboliquement la vie de mon père sur les chemins qu’il aimait ? Mais sur le plan artistique, après 20 ans de pratique autour du dessin, j’aborde ici la composition directement par et pour la couleur brute, comme un bain de sensations. Mes expériences passées m’avaient amené à reconsidérer l’image et la peinture dans le cadre d’une expression poétique basée sur l’observation : si on considère l’image peinte comme l’expression formelle, concrète de la conscience, c’est à dire de la réalité comme elle est vécue par l’individu, insaisissable car multiple et évoluant dans le temps et en mouvement comme à cheval sur la vie. Elle est le fruit subjectif de nos perceptions. C’est dans la structure même de notre conception relative des choses que se développe un style, déterminant le fond expressif principal autour duquel se justifient les effets du rythme et de la lumière… L’étude du caractère, par un travail d’observation, transposant dans le langage directement nos sensations, prend de court les préjugés réducteurs et les schémas stéréotypés de la pensée, qui masquent souvent notre véritable appréhension originale et inattendue des choses, pour mieux la révéler, comme par procuration, tout en élevant la composition vers une plus riche créativité plastique. L’important est de pouvoir maintenir un travail de cheminement autour du sujet, une tension continue dans le temps, pouvant démultiplier différents rapports au modèle et en méditer les conséquences plastiques pour, petit à petit, par élimination successives ou tri naturel, finir par en tirer l’essence concentrée dégageant la juste et pure composition caractéristique du

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sentiment des choses. Alliant la fraicheur de la spontanéité et la force de la justesse dans l’élan vrai de la même durée, dans le mouvement efficace du même geste. Afin de servir cette démarche avec le plus de précision possible, j’ai opté pour des matériaux d’excellente qualité, simples et fiables, facilitant mes besoins de recherche qui passent souvent par la multiplication de nombreuses variations sur un même sujet et pousser sans cesse toujours plus loin l’expérience synthétique. J’ai donc choisi de peindre sur des petits formats. D’autant plus qu’ils sont mieux adaptés à l’espace contiguë de ma voiture - atelier itinérant qui me protège des instables conditions climatiques - ou du sac à dos. Je peins le plus souvent à l’acrylique, plus souple d’utilisation dans le cadre du travail en extérieur et principalement sur papier vélin, sous forme de carnets que je confectionne selon toutes sortes de formats. Ensuite je les découpe et les maroufle sur toile ou bois ou bien les présentes flottants, encadrés sous verre, comme les pépites du temps. t JEAN-NOËL SELVE

Brangoly 2010 - Acrylique sur papier 10,5 x 18 cm

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Puygmal 2010 - Acrylique sur papier 20 x 20 cm

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VoluptĂŠe d'altitude 2010 - Acrylique sur papier 16 x 24 cm

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Crètes de Guils 2011 - Acrylique sur papier 12 x 22 cm

Sierra del Cadi 2011 - Acrylique sur papier 16 x 20 cm

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Ciel Cathare 2015 - Acrylique sur papier 15 x 16 cm

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Q

ue disent les mots du paysage, de ses couleurs imprononçables ? Le peintre chemine seul parmi les murmures du visible. Du motif muet à la feuille blanche, il tente de traduire le réel, son chuchotement. Rien encore ne se donne. Tout lors n’est qu’inconnu qui se refuse. Attendre une manifestation, que quelque chose se produise. Quel sera alors le regard du papier ? Quelle porte de soi le paysage ouvre-t-il ? Telle une espérance errante, le peintre pénètre la demeure cachée du voir. Il met à l’épreuve la nature, la questionne sur son infinie proposition ; il marche et épouse ses contours contemplativement et charnels. Que faut-il garder sur le papier quand il est impossible de tout prendre ? Peut-être s’agit-il de capturer au hasard des ici-et-là, une image aussi vivante qu’une synthèse. Aller jusqu’ à la substance même de ce qui est là sous les yeux, son suc. Les couleurs sont alors emportées par la mélodie et forment, d’une note à l’autre, un air entêtant qui se pose sur la feuile, celui du rythme secret des tons. La lumière apparaît. Brusquement. Elle dévoile des pénombres, effleure l’être d’un frisson. Éclat furtif. Qui fixe ce mystérieux rendez-vous, la rencontre entre un peintre et cette parole si discrète du visible ? Sur le sentier, le peintre découvre ce que personne auparavant n’avait vu, quelque chose de l’intime mais qui parle à chacun. La nature devient le prétexte à une toute autre exploration, celle du fond humain. 11


DITES-NOUS CHER JEAN-NOËL, LES MOTS ERMITES DE CE TABLEAU : « Ici et maintenant, c'est aussi avant et autour, c'est ce qui précède. L'espace est infini. L'avant et l'après se confondent dans l'arrêt du temps. » « D'un côté, l'espace des perceptions. De l'autre, le format de la feuille de papier. Il s'agit de les faire se chevaucher sur le même plan. C'est une question d'harmonie. Un travail du gouvernement de soi ? Une alchimie de l'instinct ? Un processus révélateur ? Ou bien, est-ce créer de beaux objets qui nous ravissent ? Quand bien même... par quels mystères l'auteur réussirait-il à nous toucher ? Est-ce un scribe qui cherche sa dictée ? Ou un comptable, de la nature même qu'il porte en lui. Et à sa nature propre, il cherche son pendant : non pas dans l'idée du paysage, mais dans la profondeur mouvante de son champ visuel, vécu... qui est pour lui, le seul vrai champ d'application, à la croisée de toutes ses références, l'ultime repère. Une discipline quotidienne, dont chaque nuance sensible déterminera en écho les qualités de ses mots. »

À y sentir, presque, que c’est le paysage qui peint lui-même le tableau. Un auto-paysage, soufflé aux mains-nature du peintre. Prenons une œuvre... Surplombant du regard ces massifs bleutés, ces ciels roses, ces bois humides, remontant le long de la rivière qui serpente sous les ombres du haut, laissant entrevoir sous les souches noyées un souvenir ocre. La lumière tamisée par les arbres se pose transparente sur les eaux ; on distingue le fond et la roche. Dans un demi-jour la pluie a essuyé la route autrefois abritée d’un soleil timide. Une forêt épaisse d’où émanent les odeurs de brun. Les neiges fondent dans un vert opalescent. Pas à pas au cœur du creux or d’un paysage, sortant des bosquets touffus et protecteurs, ce ciel neuf qui ouvre ses portes. On suit le chemin de la montagne qui sinue dans les gris presque aussi zigzagants qu’une ivresse d’éther. « Alors, au début c'est la fête, le grand bazar, tout est possible, le peintre tourne autour des choses, va là où son désir le porte, Il fait son marché au milieu des apparences, fouille, confronte les données. Études après études se dégage quelques signes adaptés, des correspondances. Puis s'engage un processus de dépouillement, où l'étau se resserre autour de l'essentiel, dont il ne reste parfois que la simple ossature du cheminement, qui incarne dans la matière la structure même de la réalité profonde, jusqu'alors invisible de notre rapport aux choses. »

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LE MONDE FRÔLE LE PAPIER. SAUVAGE ET CLAIR, INSTANT FUGACE, LE MOTIF À VIF. Tant d’efforts voués à l’échec, la peinture capricieuse et hirsute comme la pensée fluide et insaisissable qui se refuse sans cesse à saute-montagne. Mais parfois, de cette « boue grasse », se désincarcère un peu de pureté, si simple et imprévisible, sertie dans la couleur. Quelle lutte contre soi et les lourdeurs qui tant éloignent le regard de ce qu’on a sous les yeux... Quelle détermination poétique chez le peintre. Tout défaire de soi pour ce si précieux instant. Serait-ce cela la grâce, la détermination devenue poème ? Et parfois le sensuel retrouve le spirituel, uni. Jean-Noël Selve ou la force immense de la vie dans ces si petits formats ciselés. Dévêtir le réel de toutes les ombres.

PEINDRE ET ENTENDRE. Étonné, on se découvre soudain en paix dans cette nature qui ouvre à une intériorité d’autant plus inattendue et neuve à l’esprit qu’elle est la nôtre. L’œuvre de Jean-Noël Selve est un recueillement, elle nous convie à ce dialogue entre le paysage et la peinture, sorte d’enquête de la poésie. Le peintre arpente le monde. Le scrute, seul. Puis, l’offre à notre dévoilement. « Mon atelier c'est ma bagnole ».

Je me souviens de ces mots du peintre, et imagine ses petits cartons de paysages dans la voiture de ce compagnon du silence. Dans la continuité de l’esprit de l’Art Vivant, la galerie Les Montparnos a le grand plaisir de vous convier à découvrir cette exposition de printemps consacrée au peintre Jean-Noël Selve, Le sauvage est un ciel. t MATHYEU LE BAL

Directeur de la galerie Les Montparnos

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Béna 2011 - Acrylique sur papier 12 x 22 cm

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bleus de ste-lĂŠocadie 2012 - Acrylique sur papier 20 x 30 cm

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Maumusson 2014 - Acrylique sur papier 32 x 29 cm

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HIX 2010 - Acrylique sur papier 30,5 x 44 cm

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clairiere du téléphérique 2013 - Acrylique sur papier 55 x 74,3 cm

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Bois de Maumusson 2014 - Acrylique sur papier 24,5 x 24,5 cm

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BATAILLE DE ST-MARS 2014 - Acrylique sur toile 61,5 x 50 cm

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bords de l'erdre 2013 - Acrylique sur papier 18 x 10,5 cm

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Mur du cimetiere - PortĂŠ 2010 - Acrylique sur bois 23,5 x 30 cm

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Courbassil 2013 - Acrylique sur papier 18,5 x 14 cm

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st-mars 2013 - Acrylique sur papier 45 x 31 cm

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Roc de Ques 2013 - Acrylique sur papier 18,5 x 14 cm

l'arbre de lierre 2010 - Acrylique sur carton 37 x 27 cm

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le vieux peuplier - PortĂŠ 2011 - Acrylique sur papier 32 x 24 cm

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Brumes des bords de l'Erdre II 2014 - Acrylique sur papier 34 x 48 cm

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Brumes des bords de l'Erdre I 2014 - Acrylique sur papier 34 x 48 cm


Brumes des bords de l'Erdre III 2014 - Acrylique sur papier 34 x 48 cm

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Campagne de St-Mars 2014 - HUILE SUR TOILE 81 x 65 cm

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Carol à Latour 2011 - acrylique sur papier 30 x 40 cm

remous - carol 2011 - acrylique sur papier 17 x 24 cm

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racines - Carol 2012 - acrylique sur papier, 76,6 x 56,5 cm

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trésors en accalmie - Carol 2011 - acrylique sur papier 24 x 32 cm

Carol à l'ombre 2011 - acrylique sur papier 20,5 x 20,5 cm

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lac du passet 2010 - acrylique sur papier 10,5 x 15,5 cm

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Route de la forêt sous la pluie 2011 - acrylique sur papier 10,5 x 18 cm

Route de la forêt 2011 - acrylique sur papier 16 x 24 cm

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La marche du soleil - Carol 2011 - acrylique sur papier 12 x 12 cm

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rĂŠchauffement 2012 - acrylique sur papier 30 x 40 cm

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dĂŠgel 2012 - acrylique sur papier 16,5 x 12,5 cm

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MontĂŠe du soir au Puncho 2010 - acrylique sur papier 20,5 x 20,5 cm

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Ubac de Guils 2009 - acrylique sur papier 15 x 21 cm

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route de Bajande 2010 - acrylique sur papier 15,5 x 22,5 cm

latour de carol 2009 - acrylique sur papier 15 x 21 cm

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Rô 2010 - acrylique sur papier 20 x 30 cm

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Talisman blanc 2010 - acrylique sur papier 16 x 12,5 cm

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Neige sourde 2013 - acrylique sur papier 29 x 32 cm

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La Vanera 2012 - acrylique sur bois 15 x 55 cm

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au plateau 2010 - acrylique sur papier 17 x 24 cm


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coteaux d'Err 2011 - acrylique sur papier 24 x 32 cm

Saneja 2010 - acrylique sur papier 20,5 x 20,5 cm

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Cerdagne couverte 2010 - acrylique sur papier 20,5 x 20,5 cm

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D’UN MONT À L’AUTRE... Jean-Noël Selve est né en 1970 aux abords du mont Valérien à Suresnes. Aujourd'hui, il vit et travaille à Mirepoix dans l'Ariège. Le peintre se rend régulièrement dans le chalet familial pour peindre au coeur des Pyrénées, un atelier dans la nature, une maison solide dans le petit village de Porté-Puymorens, isolée dans les hauteurs. Là, il explore la vallée, sa solitude, décrypte le paysage, la rivière torrentielle du Carol, les cimes encaissées et le temps qui passe sous ses impénétrables forêts.

PRINCIPALES EXPOSITIONS ET MANIFESTATIONS - Galerie les montparnos, le sauvage est un ciel - Paris, 2017 - Galerie Roger Betti - Toulouse, 2016 - Chantier du 47 - Mirepoix, 2015 - Galerie Mariska Hammoudi, Paris, 2012 - RENDEZ-VOUS Focus Painting exposition collective itinérante du 4 octobre 2011 au 30 mars 2013 Afrique du Sud (Potchefstroom, Capetown, Franshoek, Bloemfontein, Grahamstown, Oudtshoorn, Pretoria et Johannesburg) - Marché de la création E. Quinet (SOMMAREP) - Paris Montparnasse, 2008 - Biennale d'art contemporain - Champagne sur Seine, 2007 - Salon de Suresnes - 2007 - Avant Seine - Paris, 2006 - Salon d'Automne - Paris, 2005 - GMAC - Paris Bastille, 2004 - Salon de Taverny - 2004 - Fresque, Hôpital Necker - Paris, 2000 - Villa Daumier - Valmondois, 1999 (avec Vincent CHHIM, Albert LOBO, Marina DAMESTOY, brice faynot et Brice MATHEY) - Galerie du Placard - Rueil Malmaison, 1998 - Fresque, Hôpital Bichat - Paris, 1997 - Studio de l'image - Paris, 1997 (avec Vincent CHHIM, Albert LOBO, Sébastien NADIN, brice faynot et Brice MATHEY)

FORMATION 1991-94 / ensa de Cergy Pontoise avec Joël MOULIN 1990-91 / formation dessin et peinture avec maître Philippe BERINO Découverte du travail d'observation, influence de Cézanne 1986 / rencontre avec Paul delvaux 1983 / rencontres et correspondance avec René RIMBERT, de l'engagement dans l'art de peindre 1980 / premiers pas fascinés avec Jean-Olivier HUCLEUX, début d'une amitié riche de 30 ans d'échanges

jnselve.blogspot.fr 52


Jean-Noël Selve - Le Sauvage est un Ciel  

Exposition Jean-Noël Selve - Le sauvage est un Ciel - Galerie Les Montparnos 23 mars au 23 mai 2017 Vernissage le jeudi 23 mars - 18h30

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