Extrait Recherches sur la parole en FLE/FLS

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A Recherches

Ret applications

Recherches sur la parole en FLE/FLS : un miroir sur l’identitĂ©

Coordonné par Grégory Miras

Rédacteur en chef

N.N

Présentation graphique

le bureau de fabrication

Conception graphique

Miz’enpage

Directeur de la publication

Cynthia Eid – FIPF FĂ©dĂ©ration internationale des professeurs de français

RECHERCHES ET APPLICATIONS

SEJER

92, avenue de France

75013 Paris

Téléphone : 33 (0) 1 72 36 30 67

Directrice de la publication : Catherine Lucet Mél : fdlm@fdlm.org http ://www.fdlm.org

© CLE International 2025

La reproduction mĂȘme partielle des articles parus dans ce numĂ©ro est strictement interdite, sauf accord prĂ©alable.

ISBN : 9782090395792

Recherches et applications

N°

JANVIER 2025

PRIX DU NUMÉRO 27,90 €

Recherches sur la parole en FLE/FLS : un miroir sur l’identitĂ©

Coordonné par Grégory Miras

Comité de rédaction

Fatima Chnane-Davin (Présidente du conseil scientifique)

Francine Cicurel (Présidente du conseil scientifique)

Jean-Pierre Cuq (Président du conseil scientifique)

Cynthia Eid (Directeur de la publication)

N.N (Rédacteur en chef)

Conseil scientifique

Margaret Bento (UniversitĂ© Paris Descartes, France) ; Patrick Chardenet (Agence Universitaire de la Francophonie, BrĂ©sil) ; Fatima Chnane-Davin (Aix-Marseille UniversitĂ©, France) ; Francine Cicurel (UniversitĂ© Sorbonne Nouvelle – Paris 3, France) ; Jean-Pierre Cuq (UniversitĂ© de Nice, France) ; Jean-Marc Defays (UniversitĂ© de LiĂšge, Belgique) ; Enrica Galazzi-Matasci (UniversitĂ© Catholique de Milan, Italie) ; Eliane Lousada (Universidade de SĂŁo Paulo, BrĂ©sil) ; Abdelouahad Mabrour, (UniversitĂ© ChouaĂŻb Doukkali El Jadida, Maroc) ; Samir Marzouki (UniversitĂ© de la Manouba, Tunisie) ; Jean Noriyuki Nishiyama (UniversitĂ© de Kyoto, Japon) ; ValĂ©rie SpaĂ«th, (UniversitĂ© Paris 3 Sorbonne Nouvelle, France) ; Monica Vlad (Universitatea Ovidius din Constanta, Roumanie) ; Tatiana Zagryazkina (UniversitĂ© d’État de Moscou Lomonossov, Russie)

Comité de lecture

Babault Sophie, UniversitĂ© de Lille, France ; Barthelemy Fabrice, UniversitĂ© Paris 3 sorbonne nouvelle, Paris, France ; Bel David, UniversitĂ© Normale du Sud (Chine) ; Bigot Violaine, UniversitĂ© Paris 3 sorbonne nouvelle, France ; Carrasco Perea EncarnaciĂłn, Universitat de Barcelona (Espagne) ; Causa Mariella, UniversitĂ© Montaigne, Bordeaux, France ; Coffey Simon, King’s College London (Royaume Uni) ; Debono Marc, UniversitĂ© de Tours, France ; De Pietro Jean-François, Institut de Recherche et de documentation pĂ©dagogique, NeuchĂątel (Suisse) ; Develotte Christine, Institut français de l’Éducation - ENS de Lyon, France ; El Madhi Adil, UniversitĂ© Ibn Zohr, Agadir,Maroc ; Ferreira-Meyers Karen, University of Swaziland (Swaziland) ; Gonçalves Carolina, Escola Superior de Educação de Lisboa (Portugal) ; Gutu Ioan, UniversitĂ© d’État de Moldavie, Chisinau (Moldavie) ; Jamet Marie Christine, UniversitĂ© Ca Foscari, Venise (Italie) ; Klett Estela, Universidad de Buenos Aires (Argentine) ; Kouame Koia Jean-Martial, UniversitĂ© de Cocody-Abidjan (CĂŽte d’Ivoire) ; Laurens VĂ©ronique, UniversitĂ© Paris 3 sorbonne nouvelle, Paris, France ; Leclere Malory, UniversitĂ© Paris 3 sorbonne nouvelle, Paris, France ; Le Ferrec Laurence, UniversitĂ© Descartes, Paris, France ; Liddicoat Tony, University of Warwick, Coventry (Royaume Uni) ; Ly Thierno, IFEE, UniversitĂ© Cheikh Anta Diop, Dakar (SĂ©nĂ©gal) ; Mangiante Jean-Marc, UniversitĂ© d’Artois, Arras, France ; Meunier Deborah, UniversitĂ© de LiĂšge (Belgique) ; Mendonça Dias Catherine, UniversitĂ© Paris 3 Sorbonne Nouvelle, Paris, France ; Pambou Jean-AimĂ©, École Normale SupĂ©rieure Libreville (Gabon) ; Parpette Chantal, UniversitĂ© LumiĂšre Lyon 2, France ; Paternostro Roberto, UniversitĂ© de GenĂšve (Suisse) ; Picardo Enrica, UniversitĂ© de Toronto (Canada) ; Rispail Marielle, UniversitĂ© Jean-Monnet de Saint-Etienne, France ; RiviĂšre VĂ©ronique, UniversitĂ© de Lyon 2, France ; Ruggia Simona, UniversitĂ© CĂŽte d’Azur, Nice, France ; Sadiqui Mina, École Normale SupĂ©rieure, UniversitĂ© My Ismail, MeknĂšs,Maroc ; Sahnoun Mokhtar, UniversitĂ© La Manouba, Tunis (Tunisie) ; Silva Ochoa HaydĂ©e, Universidad Nacional AutĂłnoma de Mexico (Mexique) ; Suso Lopez Javier, Universidad de Granada (Espagne) ; Takagaki Yumi, UniversitĂ© prĂ©fectorale d’Osaka (Japon) ; Thiam Ousseynou, UniversitĂ© Cheikh Anta Diop, Dakar (SĂ©nĂ©gal).

Comité varia

Margaret Bento ; Valérie Spaëth

Cher lecteur de la revue

Recherches et Applications : Le français dans le monde

Que vous soyez Ă©tudiant ou doctorant en didactique du français langue Ă©trangĂšre, enseignant exerçant dans l’enseignement primaire, secondaire ou universitaire, dans un pays francophone ou non, directeur de recherche Ă  l’universitĂ©, tous soucieux de suivre les Ă©volutions de l’enseignement du français Ă  l’échelle du monde, pour vous la revue Recherches et Applications : Le français dans le monde est un repĂšre professionnel incontournable. La revue vous remercie de votre fidĂ©litĂ© et de la crĂ©dibilitĂ© scientifique que vous lui accordez. Comme elle l’a montrĂ© lors de ses derniers congrĂšs, la FĂ©dĂ©ration Internationale des Professeurs de Français est sensible aux Ă©volutions qui font de l’espace de la connaissance un monde plurilingue, multipolaire, globalisĂ©, mais aussi contextualisĂ©. La revue souhaite y maintenir sa position d’acteur de premier plan, en anticipant, en conduisant ou en accompagnant ces Ă©volutions tout en affirmant la contribution de la langue française Ă  cet espace mondialisĂ©. Pour garantir cette fonction d’excellence, le ComitĂ© scientifique de la revue affirme une politique de publication qui reste fidĂšle Ă  son objectif de toujours : animer le dĂ©bat en didactique des langues et des cultures, au service d’une diffusion de qualitĂ© de la langue française dans le monde, en Ă©tant plus que jamais Ă  l’écoute des innovations et des mutations. Dans cette perspective, la revue s’est progressivement ouverte aux Ă©quipes de recherche qui contribuent Ă  cet objectif, en leur confiant la coordination d’un numĂ©ro, oĂč qu’elles travaillent dans le monde 1

Les rÚgles déontologiques du champ scientifique sont rigoureusement respectées : les articles de la revue sont soumis à une double évaluation anonyme prise en charge par un comité de lecture formé de chercheurs reconnus, qui veille à ce que chaque

texte s’appuie sur des donnĂ©es de premiĂšre main, une originalitĂ© des analyses, et des rĂ©fĂ©rences prĂ©cises des travaux utilisĂ©s. Par ailleurs, la revue a modifiĂ© la structure Ă©ditoriale jusque-lĂ  en usage, pour tĂ©moigner de la vigueur des travaux des jeunes chercheurs en y incluant dans sa rubrique Varia des articles hors de la thĂ©matique gĂ©nĂ©rale du numĂ©ro, sĂ©lectionnĂ©s pour leur intĂ©rĂȘt et leur qualitĂ© 2 .

Enfin, Recherches et Applications est engagĂ©e dans un processus de collaborations avec des revues du domaine publiĂ©es dans d’autres pays pour des Ă©changes d’articles, permettant d’étendre ainsi les espaces d’accĂšs et la circulation des savoirs (Revue canadienne des langues vivantes/The Canadian Modern Language Review).

Pour le Comité scientifique, les co-présidents

Jean-Pierre Cuq (Université de Nice Sophia Antipolis) jeanpicuq@gmail.com Fati Chnane-Davin (Aix-Marseille Université) fatima.davin@univ-amu.fr Francine Cicurel (Université Sorbonne Nouvelle) francine.cicurel@univ-paris3.fr

1. Pour soumettre une proposition de numéro, voir site fdlm : http ://www.fdlm.org, voir http ://fipf.org/publications/recherchesapplications (Instructions aux coordinateurs)

2. Pour soumettre un article, en tant que jeune chercheur (en fin de thĂšse ou venant de terminer la thĂšse de doctorat), voir http ://fipf.org/publications/ recherches-applications (Appel permanent Ă  publication d’articles dans le cadre de la diffusion de recherches menĂ©es par de jeunes chercheurs).

Recherches sur la parole en FLE/FLS : un miroir sur l’identitĂ©

Présentation

GréGory Mir As

La didactique de la prononciation Ă  la loupe de l’épistĂ©mologie

« Diversité », « oralité », « mĂ©langes » ... L’enseignement de la prononciation en FLE Ă  l’ùre du postmodernisme

Dans cet article, je propose de comprendre les derniĂšres tendances en didactique des langues, qui promeuvent la « diversité », l’« oralité » ou les « mĂ©langes », comme s’inscrivant dans le paradigme post-moderniste. Cette analyse permet d’expliquer l’apparent paradoxe entre la centration sur l’oralitĂ© et le peu de place accordĂ© Ă  l’enseignement de la prononciation, ainsi que de formuler une hypothĂšse sur le dĂ©veloppement futur de cet enseignement, qui explique le dĂ©sintĂ©rĂȘt pour la variation.

В ŃŃ‚ĐŸĐč ŃŃ‚Đ°Ń‚ŃŒĐ” я прДЎлагаю Ń€Đ°ŃŃĐŒĐŸŃ‚Ń€Đ”Ń‚ŃŒ ĐżĐŸŃĐ»Đ”ĐŽĐœĐžĐ” Ń‚Đ”ĐœĐŽĐ”ĐœŃ†ĐžĐž ĐČ ĐŒĐ”Ń‚ĐŸĐŽĐžĐșĐ” ĐżŃ€Đ”ĐżĐŸĐŽĐ°ĐČĐ°ĐœĐžŃ ĐžĐœĐŸŃŃ‚Ń€Đ°ĐœĐœŃ‹Ń… ŃĐ·Ń‹ĐșĐŸĐČ, ĐșĐŸŃ‚ĐŸŃ€Ń‹Đ” ĐżŃ€ĐŸĐŽĐČогают Â«Â Ń€Đ°Đ·ĐœĐŸĐŸĐ±Ń€Đ°Đ·ĐžĐ”Â Â», Â«Â ŃƒŃŃ‚ĐœŃƒŃŽ Ń€Đ”Ń‡ŃŒÂ Â» ОлО Â«Â ŃĐŒĐ”ŃˆĐ”ĐœĐžĐ”Â Â», ĐșаĐș часть ĐżĐŸŃŃ‚ĐŒĐŸĐŽĐ”Ń€ĐœĐžŃŃ‚ŃĐșĐŸĐč ĐżĐ°Ń€Đ°ĐŽĐžĐłĐŒŃ‹. Đ­Ń‚ĐŸŃ‚ Đ°ĐœĐ°Đ»ĐžĐ· ĐżĐŸĐ·ĐČĐŸĐ»ŃĐ”Ń‚ ĐœĐ” Ń‚ĐŸĐ»ŃŒĐșĐŸ ĐŸĐ±ŃŠŃŃĐœĐžŃ‚ŃŒ ĐșĐ°Đ¶ŃƒŃ‰ĐžĐčся ĐżĐ°Ń€Đ°ĐŽĐŸĐșс

ĐŒĐ”Đ¶ĐŽŃƒ ĐŸŃ€ĐžĐ”ĐœŃ‚Đ°Ń†ĐžĐ”Đč ĐœĐ° ŃƒŃŃ‚ĐœŃƒŃŽ Ń€Đ”Ń‡ŃŒ Đž ĐœĐ”ĐŽĐŸŃŃ‚Đ°Ń‚ĐŸŃ‡ĐœŃ‹ĐŒ ĐČĐœĐžĐŒĐ°ĐœĐžĐ”ĐŒ Đș ĐŸĐ±ŃƒŃ‡Đ”ĐœĐžŃŽ ĐżŃ€ĐŸĐžĐ·ĐœĐŸŃˆĐ”ĐœĐžŃŽ, ĐœĐŸ Đž ŃŃ„ĐŸŃ€ĐŒŃƒĐ»ĐžŃ€ĐŸĐČать ĐłĐžĐżĐŸŃ‚Đ”Đ·Ńƒ ĐŸ Đ±ŃƒĐŽŃƒŃ‰Đ”ĐŒ разĐČотоо ŃŃ‚ĐŸĐłĐŸ ĐŸĐ±ŃƒŃ‡Đ”ĐœĐžŃ, ĐșĐŸŃ‚ĐŸŃ€Đ°Ń ĐŸĐ±ŃŠŃŃĐœŃĐ”Ń‚

Que faire de la diversité de la prononciation en didactique du FLE ?

JéréMi sAuvAGe

Les rapports entre normes et variations sur la prononciation d’une langue constituent un objet de pensĂ©e depuis trĂšs longtemps dĂ©sormais, y compris en Didactique des langues Ă©trangĂšres. Dans cet article, nous proposerons dans un premier temps un retour sur les prises en compte des variations articulatoires en français. Puis dans un second temps, nous nous interrogerons sur la nĂ©cessitĂ© de se saisir en Didactique du FLE

de cette complexitĂ© linguistique caractĂ©ristique de ce qu’est une langue vivante.

The relationship between norms and variations in the pronunciation of a language has been a subject of study for a very long time now, including in foreign language didactics. In this article, we begin by looking back at how articulatory variations have been taken into account in French. Secondly, we will examine the need to address this linguistic complexity, which is characteristic of a living language, in EFL didactics.

De la phonétique appliquée

à la didactique de la prononciation contextualisée

Des questions en interaction : les carences de la didactique de l’oral en FLE

Cet article cherche Ă  comparer les descriptions grammaticales des manuels de FLE et les analyses de la linguistique interactionnelle. Par l’étude des questions dans un corpus d’interactions en rĂ©unions de travail, il met en lumiĂšre des lacunes dans la description de ce phĂ©nomĂšne Ă  l’oral. Nous prĂ©senterons deux formes de questions peu dĂ©crites. Enfin, nous exposerons un exemple d’exploitation didactique de ces analyses, soulevant la nĂ©cessitĂ© de descriptions accessibles des phĂ©nomĂšnes oraux.

This article aims at comparing grammatical descriptions in FFL textbooks and analyses carried out on corpora. Using the example of questions and based on analyses drawn from a corpus of business meetings, we will show the existing gaps in the description of this speech act. We will introduce two forms of question not often described. We will then present an example of didactic use of our analyses, raising the need for accessible descriptions of the various oral phenomena.

Intelligibilité, compréhensibilité, accent étranger et prononciation en FLE : évaluateurs natifs vs non natifs

Nous discutons des rĂ©sultats de deux tests de perception menĂ©s auprĂšs des 61 juges francophones natifs et non natifs. Nos rĂ©sultats montrent que les juges hispanophones Ă©valuent mieux l’intelligibilitĂ© et la comprĂ©hensibilitĂ© des Ă©noncĂ©s produits par d’autres hispanophones en français. L’accent Ă©tranger est une dimension dissociĂ©e de l’intelligibilitĂ©, la comprĂ©hensibilitĂ© et de la prononciation en gĂ©nĂ©ral. La prononciation a des effets marginaux dans l’intelligibilitĂ© et la comprĂ©hensibilitĂ©.

Presentamos los resultados de dos tests de percepciĂłn realizados con 61 jueces francĂłfonos nativos y no nativos. Los resultados demuestran que los jueces hispanohablantes evalĂșan mejor la inteligibilidad y la comprensibilidad des los enunciados producidos por otros hispanohablantes en francĂ©s. La percepciĂłn del acento extranjero es una dimensiĂłn disociada de la inteligibilidad y de la pronunciaciĂłn en general. La pronunciaciĂłn tiene efectos marginales en la inteligibilidad y la comprensibilidad.

Pour une didactique de la prononciation du français adaptée aux hispanophones : le cas des apprenants de français au Honduras

cArlos solĂłrzAno

Les recherches sur la didactique de la prononciation FLE pour hispanophones sont relativement restreintes en dehors d’une vision homogĂ©nĂ©isante. Nous avons ainsi entrepris une Ă©tude visant Ă  dresser un inventaire des difficultĂ©s de prononciation rencontrĂ©es par les apprenants de français au Honduras. Notre objectif est de penser une mĂ©thodologie contextualisĂ©e pour Ă©laborer des programmes d’enseignement de la prononciation, fondĂ©e sur l’approche actionnelle.

Los estudios sobre didåctica de la pronunciación del francés lengua extranjera (FLE) para hispanohablantes son relativamente limitados, mås allå de una visión homogeneizadora. Por ello, nuestro propósito es realizar un inventario de las dificultades de pronunciación que enfrentan los estudiantes de francés en Honduras. Nuestro objetivo es desarrollar una metodología contextualizada para la elaboración de programas de enseñanza de la pronunciación, basados en el enfoque orientado a la acción.

Enseignement de la prononciation du français en Chine : une analyse de manuels yi yin, Junk Ai li

De nombreux apprenants chinois du FLE se trouvent dans une confusion perceptive car les francophones ne parlent pas comme dans les manuels de FLE utilisĂ©s en Chine. Pour repĂ©rer ces Ă©carts, nous avons analysĂ© quatre manuels de FLE : deux rĂ©digĂ©s en France et deux en Chine. Les rĂ©sultats montrent que ces ressources pĂ©dagogiques ne reflĂštent pas complĂštement le français parlĂ© aujourd’hui, ce qui permettra de repenser l’équilibre entre la norme pĂ©dagogique et l’usage rĂ©el dans l’enseignement.

Many Chinese learners of French as a Foreign Language (FLE) experience perceptive confusion because Francophones do not speak as presented in the FLE textbooks used in China. To identify these differences, we analyzed four FLE textbooks: two written in France and two in China. The results show that these pedagogical resources do not fully reflect the French spoken today, prompting a reconsideration of the balance between pedagogical norms and actual language use in teaching practices.

Agentivité, identité et diversité en didactique de la prononciation

« C’est comme un ornement » : discours autour de l’accent en FLE dans l’espace hispanophone

k ArinA ibåñez, GréGory Mir As

Si la dimension socialement construite de l’accent est maintenant bien reconnue, son impact sur les reprĂ©sentations, et donc la maniĂšre dont les individus qui les produisent sont considĂ©rĂ©s, reste une rĂ©alitĂ© mesurable. Cette rĂ©alitĂ© est complexe dans le cas du français en milieu hĂ©tĂ©roglotte face aux diffĂ©rentes idĂ©ologies linguistiques qui coexistent en terrain translingue et transculturel. Le projet PROSOPHON questionne ces rĂ©alitĂ©s dans le cadre professionnel. El acento, una construcciĂłn socialmente reconocida, influye en las representaciones de quienes lo producen. En el caso del francĂ©s en un entorno heteroglĂłsico, esta influencia se entrelaza con ideologĂ­as lingĂŒĂ­sticas diversas en un contexto translingĂŒĂ­stico y transcultural. El proyecto PROSOPHON investiga estas dinĂĄmicas en un marco profesional.

Mobiliser des rĂ©cits littĂ©raires d’apprentissage pour (re)penser les rapports aux accents des enseignant·es de FLE/S : le cas des ateliers de l’Entre-deux

DuPouy

À travers la prĂ©sentation et l’analyse d’un cycle d’ateliers de l’Entre-deux (projet SAMILS), cet article propose de faire se rencontrer, autour de la thĂ©matique des accents, rĂ©cits littĂ©raires d’apprentissage et rĂ©cits d’expĂ©riences rĂ©elles ou fictives d’enseignant·es et apprenant·es de FLE/S. Les thĂ©matiques abordĂ©es par les participant·es placent les accents aux croisements d’idĂ©ologies et problĂ©matiques linguistiques, sociales et identitaires.

Through the presentation and analysis of the SAMILS project and its Entre-deux workshops series, this article proposes to bring together, around the research theme of accents, literary accounts of learning and accounts of real or fictitious experiences of French as a foreign or secondary language teachers and learners. The subjects raised by the participants place accents at the crossroads of linguistic, social and identity-related ideologies and issues.

Comment enseigner la diversité des prononciations du français : des élÚves apprenants roumains en classe de FLE face à des « accents » régionaux

L’article prĂ©sente les rĂ©sultats d’une Ă©tude menĂ©e auprĂšs d’apprenants dĂ©butants et intermĂ©diaires de FLE en Roumanie. L’analyse repose sur les rĂ©actions et retours des apprenants face Ă  un matĂ©riel audio comportant des «  accents » francophones. L’étude vise Ă  ouvrir une rĂ©flexion sur une des voies possibles de l’enseignement de l’oral pour mieux prĂ©parer les apprenants aux dĂ©fis de la communication dans le monde actuel et Ă  la diversitĂ© des prononciations multiples des locuteurs francophones.

The present article illustrates the results of a study conducted with beginner and intermediate French as a Foreign Language learners in Romania. The analysis is based on learners’ reactions and feedback to audio material featuring French accents. The study seeks to initiate a reflection on possible approaches to oral teaching, in order to better prepare learners for the challenges of communication in today’s world and the diversity of pronunciations of French speakers.

ReprĂ©sentations et Ă©motions dans la construction identitaire en contexte d’apprentissage de la prononciation

lAur A Abou hAiDAr

Cette contribution s’intĂ©resse aux reprĂ©sentations et Ă©motions (Pekrun et al., 2012 ; Piccardo, 2013) en lien avec l’apprentissage de la prononciation d’une langue Ă©trangĂšre, et Ă  la maniĂšre dont ces manifestations pourraient apporter des Ă©lĂ©ments de comprĂ©hension Ă  la construction identitaire (GuĂ©rin & Laurens, 2022 ; Catroux & Jamin, 2015). Les rĂ©sultats montrent que des Ă©motions se manifestent au regard de la prononciation et que celle-ci a un impact transformant sur le plan identitaire.

This contribution focuses on representations and emotions (Pekrun & al, 2012; Piccardo, 2013) in relation to a foreign language pronunciation learning experience. Our aim is to explore how these manifestations could provide elements of understanding for the construction of identity (Guérin & Laurens, 2022; Catroux & Jamin, 2015). Results show that people express emotions (both negative and positive) with regards to pronunciation, and that this has a transforming impact on identity.

P résentation

Depuis plusieurs annĂ©es, la didactique des langues francophone se fait le tĂ©moin d’un regain d’intĂ©rĂȘt scientifique pour les questions autour du discours oral, de la parole ou de la prononciation et de l’ « accent » (Abou Haidar, 2020, 2021; Galazzi & Kottelat, 2023; Miras, 2021a; Sauvage & BilliĂšres, 2019; Troncy, Carette et Miras, 2022). TantĂŽt considĂ©rĂ© comme un objet spĂ©cifique et modulaire, tantĂŽt reconnu comme une sous-composante du langage comme une autre, l’oral dispose souvent d’une place spĂ©cifique dans la didactique du français comme langue additionnelle (modules indĂ©pendants, enseignant·e·s spĂ©cialistes, laboratoire de langue, etc.). À ce titre, les recherches sur l’oral complĂštent leur dimension linguistique en s’ouvrant pleinement aux aspects sociolinguistiques et sociophonĂ©tiques qui touchent les sentiments d’appartenance et d’affiliation (Dupouy, 2019) relatifs Ă  des espaces agentifs (Miras, 2023).

En effet, regardant l’histoire des mĂ©thodes et mĂ©thodologies en didactique de la prononciation du FLE/S (Wachs, 2011), il est possible de faire Ă©tat d’une difficile conciliation Ă©pistĂ©mologique voire d’une rupture entre une tradition positiviste et instrumentale de la phonĂ©tique avec une dĂ©marche comprĂ©hensive outillĂ©e de la didactique des langues francophone (Miras, 2021b). Si cette vision positiviste tend Ă  faire penser qu’elle serait « neutre » et objective, elle laisse paraitre des obstacles Ă©pistĂ©mologiques (Bachelard, 1967) qui irriguent continuellement la didactique de la prononciation en opposition parfois Ă  l’épistĂ©mĂ© de la didactique des langues francophones en gĂ©nĂ©ral. Foucault (1966, p. 33) dĂ©finit l’épistĂ©mĂ© comme le projet : de retrouver Ă  partir de quoi connaissances et thĂ©ories ont Ă©tĂ© possibles ; selon quel espace d’ordre s’est constituĂ© le savoir ; sur fond de quel Ă  priori historique et dans l’élĂ©ment de quelle positivitĂ© des idĂ©es ont pu apparaitre, des sciences se constituer, des expĂ©riences se rĂ©flĂ©chir dans des philosophies, des rationalitĂ©s se former, pour, peut-ĂȘtre, se dĂ©nouer et s’évanouir bientĂŽt.

En didactique des langues, Narcy-Combes (2013) la situe dans une Ă©pistĂ©mĂ© de l’incertitude oĂč les connaissances sont distribuĂ©es et surtout contextuelles.

En effet, le tournant interculturel et la compĂ©tence plurilingue (Coste, Moore, et Zarate, 1997) ont trĂšs rapidement dĂ©construit le mythe du natif ou de la native et l’idĂ©e d’un·e apprenant·e comme tabula rasa.

Cette vision complĂšte l’idĂ©e selon laquelle les individus prĂ©senteraient une caractĂ©ristique liquide (Wei & Lee, 2023) nourrie par la reconnaissance d’un translanguaging (GarcĂ­a & Lin, 2017) perçu comme normal chez toute personne maitrisant une ou plusieurs langues. Dans le mĂȘme temps, les concepts d’« interlangue » ou de « fossilisation » continuent de nourrir un positionnement en faveur d’une phonĂ©tique corrective basĂ©e sur un modĂšle et une norme alors mĂȘme qu’ils sont contestĂ©s au regard des connaissances actuelles sur le fonctionnement langagier (Galligani, 2003). Ainsi, des outils politiques comme le Cadre europĂ©en commun de rĂ©fĂ©rence pour les langues (CECRL) dans sa version originale et ses amplifications reprĂ©sentent largement l’apprenant·e dans sa compĂ©tence phonologique comme un·e locuteur·rice illĂ©gitime de la langue additionnelle dont la comprĂ©hensibilitĂ© se fait par rapport Ă  des locuteur·rice·s particuliers, et ce « malgré » un accent perçu comme dĂ©trimentaire (Didelot, Racine, Zay et Prikhodkine, 2019; Falkert, 2019; Miras, 2019).

Dans le mĂȘme temps, la recherche tente d’ouvrir de nouvelles perspectives sur la maniĂšre dont la prononciation peut ĂȘtre partie intĂ©grante des curriculums de formation en langues. Darcy (2018) propose de rĂ©flĂ©chir Ă  trois dimensions spĂ©cifiques :

‱ La temporalitĂ© (time) : il semble pertinent d’intĂ©grer le travail sur la prononciation dĂšs le dĂ©but de l’apprentissage dans les objectifs gĂ©nĂ©raux langagiers et de le faire remonter dans la liste des prioritĂ©s (priority) dans l’évaluation.

‱ La mĂ©thode (method)  : une approche double de l’enseignement de la prononciation qui combine une attention simultanĂ©e Ă  la forme et Ă  l’intention communicative en visant l’automaticitĂ© et la gĂ©nĂ©ralisation dans le discours. Les feedbacks explicites et la variĂ©tĂ© de l’input participent Ă  cet objectif.

‱ Les prioritĂ©s (focus) : les facteurs qui jouent le plus sur l’intelligibilitĂ© et la comprĂ©hensibilitĂ© doivent ĂȘtre abordĂ©s pour chaque langue. Les difficultĂ©s rencontrĂ©es par les apprenant·e·s sont indĂ©pendantes de leur niveau. Un Ă©quilibre entre ces compĂ©tences doit ĂȘtre trouvĂ© par chaque enseignant·e face Ă  un groupe d’individus. On notera cependant que des auteurs (Miras, 2021a; M.-F. NarcyCombes & Narcy-Combes, 2019) soulignent que, dans une approche par tĂąches, ce sont les tĂąches sociales qui font Ă©merger – ou non – la nĂ©cessitĂ© de ce travail d’entrainement.

La question d’un tournant de la correction phonologique vers un objectif plus social de la langue a mis au centre des objectifs de la didactique de la prononciation, l’intelligibilitĂ© et la comprĂ©hensibilitĂ©. Munro et Derwing (2015, p. 14) dĂ©finissent l’intelligibilitĂ© comme « la mesure par laquelle les perceptions des auditeurs correspondent aux intentions des locuteurs (comprĂ©hension rĂ©elle) », et la comprĂ©hensibilitĂ© comme « le degrĂ© perçu de difficultĂ© Ă©prouvĂ© par l’auditeur Ă  comprendre le discours ». Alburquerque et Alves (2022) prĂ©cisent

notamment la nĂ©cessitĂ© de prendre en compte la dimension subjective de ces deux concepts et proposent par consĂ©quent de les penser de maniĂšre construite au sein d’interactions. Parmi les voies ouvertes par la recherche, Mairano et al. (2019) ont cherchĂ© Ă  objectiver les Ă©lĂ©ments phonologiques en anglais qui pouvaient participer le plus Ă  une comprĂ©hensibilitĂ© rĂ©duite. Puis, ils ont cherchĂ© Ă  voir dans quelle mesure il Ă©tait possible de construire des outils permettant de se dĂ©centrer de l’objectif du « natif » ou de la « native » en traçant l’évolution du systĂšme phonologique des apprenant·e·s en lui-mĂȘme (Mairano, Santiago et Roa, 2023).

En parallĂšle de cette rĂ©flexion autour des objectifs de la didactique de la prononciation, des chercheurs questionnent les dimensions macroscopiques qui traversent ses fondements. Tandis que des chercheurs (Gueye Demba, 2017) contestent la pertinence d’outils europĂ©ens comme le CECRL pour l’enseignement de l’oral dans d’autres sphĂšres, comme l’Afrique dans son cas, d’autres s’engagent dans une linguistique engagĂ©e contre les discriminations sur l’accent. En anglais, le terme accentism (Paterson, 2019) symbolise cet intĂ©rĂȘt spĂ©cifique. Dans le contexte nord-amĂ©ricain, Ramjattan en appelle Ă  une rĂ©vision des objectifs autour de l’accent en reconnaissant, d’une part que le capitalisme a conduit Ă  produire de l’insĂ©curitĂ© sur l’accent afin de proposer une remĂ©diation monĂ©tisĂ©e (2023) et d’autre part pour reconnaitre la dimension raciste inscrite dans une colonialitĂ© du rapport Ă  certains accents (2022). Il en appelle ainsi Ă  penser une pĂ©dagogie de la prononciation anti-raciste (Ramjattan, 2024). Cette approche semble d’autant plus pertinente que dans une sociĂ©tĂ© tournĂ©e vers la tolĂ©rance et la diversitĂ©, les comportements nĂ©gatifs envers les accents ont tendance Ă  ĂȘtre cachĂ©s par diffĂ©rentes formes de rationalisation (Roessel, Schoel et Stahlberg, 2020). En France, le rapport spĂ©cifique Ă  la norme du français standard s’est propagĂ© sur les autres langues Ă©trangĂšres dans le contexte hexagonal. Cette rĂ©alitĂ© amĂšne notamment Ă  des terrains glissants quand il s’agit de penser les attendus dans le recrutement des futur·e·s enseignant·e·s de langue lors de concours comme le CAPES ou l’AgrĂ©gation (Dupouy & Wilson, 2024).

Au regard de l’ensemble de ces Ă©lĂ©ments, ce numĂ©ro intĂšgre des contributions plurielles dans l’objectif d’offrir au lecteur ou Ă  la lectrice la possibilitĂ© de construire une vision transdisciplinaire de la didactique de la prononciation contemporaine en FLE/S. Les Ă©tudes prĂ©sentĂ©es participent Ă  rĂ©pondre Ă  des questions de recherche telles que : dans quelle mesure les recherches en linguistique appliquĂ©e sur le discours oral et la parole permettent de mieux comprendre cette « mise en scĂšne de la vie quotidienne » (Goffman, 1973) que reprĂ©sentent les interactions dans les tĂąches sociales en didactique ? Comment la didactique de l’oral intĂšgret-elle les enjeux contemporains (approche sensible, complexitĂ© et systĂšme dynamique, autonomie, contextualisation, etc.) permettant une actualisation de ses principes ? De quelle maniĂšre la centration des

dispositifs sur les individus et la variation orale amĂšne-t-elle Ă  repenser les dispositifs pĂ©dagogiques en termes de ressources, de rĂ©troactions formatives et d’objectifs ?

L a didactique de la prononciation Ă  la loupe de l’épistĂ©mologie

L’article d’Alexei Prikhodkine (UniversitĂ© de GenĂšve) intitulĂ© « « Diversité », « oralité », « mĂ©langes » ... L’enseignement de la prononciation en FLE Ă  l’ùre du postmodernisme » propose une rĂ©flexion Ă©pistĂ©mologique sur la place actuelle de l’oral et de la prononciation. Ne se limitant pas au prĂ©sent, il adopte une dĂ©marche prospective par une recherche d’anticipation Ă  l’ùre du postmodernisme. Pour ce faire, il analyse en profondeur la maniĂšre dont des paradigmes s’imposent en recherche, loin de tout hasard. La globalisation, le capitalisme et l’individualisme sont autant d’attracteurs occidentaux qui peuvent expliquer la photographie de la didactique de la prononciation actuelle au regard de la norme, la variation et les compĂ©tences, par exemple. Il identifie ainsi un conflit inĂ©vitable dans l’apprentissage des langues non-europĂ©ennes face Ă  une autre maniĂšre de penser la langue et la culture.

JĂ©rĂ©mi Sauvage (UniversitĂ© Paul-ValĂ©ry – Montpellier 3) dans son article « Que faire de la diversitĂ© de la prononciation en didactique du FLE ? » aborde la question complexe de la diversitĂ© des prononciations en didactique du français langue Ă©trangĂšre (FLE). Il porte un regard distanciĂ© sur la norme et sur la variation qu’il questionne Ă  la lumiĂšre de la diffĂ©rence importante Ă  faire entre les dimensions phonĂ©tique et phonologique. Il rappelle notamment qu’en didactique de la prononciation, toute action d’enseignement-apprentissage vise la dimension abstraite des sons. Il rappelle que le recours Ă  des ressources qui rendent audible la diversitĂ© des langues n’est pas une contrainte, mais au contraire une nĂ©cessitĂ© didactique.

D

e la phonétique appliquée à la didactique de la prononciation contextualisée

Anouchka Divoux (UniversitĂ© de Lorraine) propose une rĂ©flexion intitulĂ©e « Des questions en interaction : les carences de la didactique de l’oral en FLE ». S’appuyant sur une approche de corpus, elle cherche Ă  questionner et dĂ©finir le concept de question dans les interactions afin de rĂ©flĂ©chir Ă  la maniĂšre dont la didactique de l’oral peut s’en saisir.

Comme pour d’autres points linguistiques, l’analyse des manuels montre un Ă©cart entre la norme d’enseignement et l’analyse que l’on peut faire sur des corpus de parole authentique. Ainsi, certaines formes interrogatives sont surreprĂ©sentĂ©es dans les manuels alors qu’elles apparaissent avec une frĂ©quence trĂšs faible dans les corpus. Elle souligne notamment l’intĂ©rĂȘt que les manuels investissent plus trois formes de questions : les semi-questions, les questions suspensives et les questions Ă  alternative non rĂ©alisĂ©e. Si cette recherche ne se veut pas prescriptive, elle ouvre des portes sur la maniĂšre d’accompagner les enseignants dans la didactique de l’oral.

Partant d’une approche expĂ©rimentale avec des tests de perception, Fabian Santiago Vargas (UniversitĂ© Paris 8 Vincennes - Saint-Denis & CNRS), Maxime Barkov (Universidad Nacional AutĂłnoma de MĂ©xico) et Coralie Vincent (CNRS) proposent une rĂ©flexion intitulĂ©e « IntelligibilitĂ©, comprĂ©hensibilitĂ©, accent Ă©tranger et prononciation en FLE : Ă©valuateurs natifs vs non natifs ». Cette contribution permet de confirmer plusieurs acceptions importantes pour la didactique des langues. L’accent Ă©tranger n’a pas de lien direct et causal avec des concepts comme l’intelligibilitĂ© ou la comprĂ©hensibilitĂ©. L’intelligibilitĂ© et la comprĂ©hensibilitĂ© sont meilleures dans le cas oĂč des productions sont Ă©valuĂ©es par des locuteurs ayant les mĂȘmes activations croisĂ©es phonologiques (ici, le français et l’espagnol). Ces points conduisent Ă  repenser les objectifs formatifs sur la prononciation et Ă  prolonger la comprĂ©hension de ces mĂ©canismes complexes.

Carlos Roberto Solorzano Membreno (Universidad Nacional AutĂłnoma de Honduras) s’intĂ©resse Ă  un contexte particulier dans son article « Pour une didactique de la prononciation du français adaptĂ©e aux hispanophones : le cas des apprenants de français au Honduras ». En effet, partant d’une rĂ©flexion situĂ©e et engagĂ©e depuis son terrain d’enseignement et de recherche, il tente de mieux comprendre en quoi le Honduras peut prĂ©senter ou non un terrain spĂ©cifique d’enseignement de la didactique du français par rapport Ă  une vision homogĂ©nĂ©isante de l’apprenant « hispanophone ». Si son approche exploratoire ne semble montrer que quelques spĂ©cificitĂ©s, sa rĂ©flexion dĂ©montre la nĂ©cessitĂ© permanente d’ancrer la recherche entre le local et global afin de mieux rĂ©pondre aux enjeux du terrain. Yin Yi (UniversitĂ© des langues et cultures de Beijing) et Jun-Kai Li (UniversitĂ© de Tianjin) proposent une rĂ©flexion intitulĂ©e « Enseignement de la prononciation du français en Chine : une analyse de manuels ». Cette rĂ©flexion crĂ©e un pont entre les centres de productions d’outils pĂ©dagogiques europĂ©ens ancrĂ©s dans le CECRL et leurs Ă©quivalents produits par des auteurs ou autrices chinoises. L’étude de manuels est importante dans ce contexte puisqu’en Chine, ces derniers ont une place majeure dans l’enseignement des langues et dans la maniĂšre dont la langue est perçue. Les rĂ©sultats montrent qu’il existe une diffĂ©rence de traitement de la compĂ©tence phonologique en fonction du

lieu de productions des manuels gĂ©nĂ©ralistes. La distance entre la norme pĂ©dagogique prĂ©sente dans les manuels produits en Chine est d’autant plus grande par rapport Ă  un manuel français de rĂ©fĂ©rence construit Ă  partir de corpus.

A gentivité, identité et diversité en didactique de la prononciation

« C’est comme un ornement » : discours autour de l’accent en FLE dans l’espace hispanophone » est l’occasion pour Karina Ibåñez et GrĂ©gory Miras (UniversitĂ© de Lorraine) de rĂ©flĂ©chir au construit d’accent dans le monde hispanophone. Se positionnant dans un paradigme de sociophonĂ©tique, ils cherchent Ă  mieux comprendre, dans une approche comprĂ©hensive par entretiens, la maniĂšre dont les personnes impliquĂ©es dans l’enseignement-apprentissage des langues peuvent construire leur rapport professionnel Ă  ces façons de parler. La richesse des profils Ă©tudiĂ©s met en Ă©vidence la complexitĂ© des rapports que chacun ou chacune construit avec sa pluriphonie. L’entretien permet Ă©galement l’expression de discours sur des formes de micro-agressions linguistiques ou de discrimination sur l’accent. Cette recherche exploratoire est une premiĂšre Ă©tape vers un projet plus vaste sur la place de l’accent dans le monde professionnel.

Myriam Dupouy (Le Mans UniversitĂ©) apporte un regard agentif sur la construction des compĂ©tences des Ă©tudiants en didactique du FLE dans l’article  « Mobiliser des rĂ©cits littĂ©raires d’apprentissage pour (re) penser les rapports aux accents des enseignant·es de FLE/S : le cas des ateliers de l’Entre-deux. » Elle traite, Ă  travers une recherche intervention, de la maniĂšre dont un Ă©change sur les idĂ©ologies autour de l’accent peut avoir une place dans la formation des futurs enseignants de langues. Elle s’appuie sur une double approche du rĂ©cit littĂ©raire d’apprentissage et du rĂ©cit d’expĂ©riences pour conduire les individus sur un chemin rĂ©flexif sur ces questions. Elle dĂ©montre ainsi que les ateliers mis en place en formation ont permis un pas de cĂŽtĂ© qu’elle compte dĂ©velopper avec la crĂ©ation d’un dispositif permettant de travailler Ă  partir de la rĂ©ception.

Aleksandra Savenkova (UniversitĂ© Sorbonne Nouvelle) s’interroge sur « Comment enseigner la diversitĂ© des prononciations du français : des Ă©lĂšves apprenants roumains en classe de FLE face Ă  des « accents » rĂ©gionaux ». Pour atteindre cet objectif, elle a mis en place une Ă©tude dans des classes de FLE en Roumanie. Elle a notamment cherchĂ© Ă  mesurer les reprĂ©sentations et les attitudes des apprenants et apprenantes face Ă  des prononciations marquĂ©es par des « accents » rĂ©gionaux. Cette approche expĂ©rimentale in situ souligne l’importance de la

prise en compte de ces attitudes lorsqu’il s’agit d’introduire de la variation en FLE. En effet, les donnĂ©es semblent montrer que les productions non-standards proposĂ©es n’impactent pas l’intelligibilitĂ©, mais que les auditeurs et auditrices ont rĂ©agi (acceptation ou refus) face Ă  ces variations. Les rĂ©sultats soutiennent l’idĂ©e de continuer Ă  dĂ©velopper l’introduction de la variation du français dĂšs les premiers niveaux.

L’article « ReprĂ©sentations et Ă©motions dans la construction identitaire des apprenants de langue : focus sur l’apprentissage de la prononciation » de Laura Abou Haidar (UniversitĂ© Grenoble Alpes) se focalise sur une dimension importante en didactique de la prononciation : les Ă©motions et l’identitĂ©. À travers une enquĂȘte en ligne par questionnaire, l’étude cherche Ă  dresser une photographie de la maniĂšre dont l’identitĂ© vient au centre du travail de la prononciation quand il s’agit de penser le rĂŽle des Ă©motions. Transformer sa prononciation, c’est repenser son rapport aux autres, faire bouger le « soi » et faire face Ă  l’émergence d’émotions fortes.

Si ce numĂ©ro de Recherche & Application n’a pas vocation Ă  dire comment enseigner la prononciation, il laisse la place Ă  une rĂ©flexion indisciplinaire qui questionne les frontiĂšres mĂȘmes de ce qu’est prononcer. Les diffĂ©rents auteurs et autrices qui composent ce numĂ©ro mobilisent des outils diffĂ©rents pour venir interroger des certitudes sur la didactique de l’oral et de la prononciation.

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L a didactique de la prononciation Ă  la loupe de l’épistĂ©mologie

a lexei P rikhodkine JéréMi sauvaGe

«  Diversité », « oralité », « mélanges »...

L’enseignement de la prononciation en FLE à l’ùre du postmodernisme
a lexei

P rikhodkine UNIVERSITÉ DE GENÈVE, SUISSE

Sans doute vivons-nous Ă  une Ă©poque intĂ©ressante1. Chaque fois que nous nous attelons Ă  la dĂ©finition de notre objet, nous avons le choix entre diffĂ©rents positionnements Ă©pistĂ©mologiques Ă  travers les concepts qui leur sont Ă©troitement associĂ©s. Qu’on dĂ©cide de parler de « langue » ou de « rĂ©pertoire », de « variation » ou de « diversité », de « structure » ou d’« agentivité », d’« accent » ou de « pluriphonie », nous ne conceptualisons pas notre objet de la mĂȘme maniĂšre, tout en rendant compte des mĂȘmes faits langagiers. Ce choix – et l’interprĂ©tation qui en rĂ©sulte – n’est possible que lorsque diffĂ©rentes postures Ă©pistĂ©mologiques sont encore en concurrence, c’est-Ă -dire, lorsqu’il y a un changement, un laps de temps avant qu’une nouvelle posture ne s’impose et ne fasse passer ses fondements pour de l’évidence. C’est en effet par le changement que Corinne Weber (2022 p. 45), caractĂ©rise l’intĂ©rĂȘt portĂ© en didactique Ă  l’oralitĂ© et, plus largement, Ă  la diversitĂ© des usages langagiers. On constate ainsi un important renouvellement didactique, qui propose une approche « plurielle » du français et qui prĂ©sente la diversitĂ© linguistique non plus comme un problĂšme, mais comme une richesse (Galazzi & Paternostro, 2016). Cette approche s’accompagne de discours prĂŽnant, d’une part, une tolĂ©rance envers toute forme d’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© linguistique (Molinari, 2008) et, d’autre part, une valorisation des diffĂ©rences culturelles (Galazzi, 2015 p. 70). Corollairement, la supĂ©rioritĂ© du locuteur natif et de la variĂ©tĂ© standard est remise en question. On est invitĂ© Ă  dĂ©fendre une pĂ©dagogie « plurinormĂ©e », en mettant Ă  l’Ɠuvre des « normes de comportements langagiers socialement variables » (Weber, 2016 p. 38), ce qui permettrait aux apprenants en français comme langue Ă©trangĂšre (FLE) d’ĂȘtre outillĂ©s « contre les fantĂŽmes idĂ©ologiques d’une normativitĂ© homogĂšne et figĂ©e » (Weber, 2019 p. 9).

1. Je remercie Grégory Miras, coordinateur de ce numéro, et deux évaluateurs pour leurs commentaires avisés stimulant la réflexion.

2. C’est-Ă -dire, pour l’enseignement de la dimension phonĂ©ticophonologique de la langue.

Il est inutile ici de revenir sur les dĂ©tails de ces discours en didactique, qui sont bien connus. Dans cet article, je vais plutĂŽt essayer, dans un premier temps, de donner sens Ă  ce changement pour dĂ©montrer qu’il ne s’agit notamment ni d’un « balancier idĂ©ologique entre normativitĂ© et anti-normativité » (Detey, 2023 p. 7) ni simplement d’un rĂ©sultat de la « rĂ©volution technologique » (Weber, 2022, p. 43-45). Dans un second temps, je vais esquisser les consĂ©quences de cette analyse pour l’enseignement de la prononciation2 en FLE.

Changement de paradigme : modernisme vs postmodernisme

ANALYSE PARADIGMATIQUE

3. Dans le texte original :

Â«Â ĐŸ заĐșĐŸĐœŃ‡Đ”ĐœĐœŃ‹Ń… ĐČ ŃĐ°ĐŒĐžŃ… сДбД Ń„ŃƒĐœĐŽĐ°ĐŒĐ”ĐœŃ‚Đ°Đ»ŃŒĐœŃ‹Ń… ŃĐžŃŃ‚Đ”ĐŒĐ°Ń… ĐŸŃ€ĐłĐ°ĐœĐžĐ·Đ°Ń†ĐžĐž ĐŒŃ‹ŃĐ»Đž, ĐșĐŸŃ‚ĐŸŃ€Ń‹Đ” ĐŒĐŸĐ¶ĐœĐŸ Ń€Đ°ŃŃĐŒĐ°Ń‚Ń€ĐžĐČать Đž

ŃĐŸĐżĐŸŃŃ‚Đ°ĐČĐ»ŃŃ‚ŃŒ Юруг с ĐŽŃ€ŃƒĐłĐŸĐŒ, Đ°Đ±ŃŃ‚Ń€Đ°ĐłĐžŃ€ŃƒŃŃŃŒ ĐŸŃ‚ стрДлы

ĐžŃŃ‚ĐŸŃ€ĐžŃ‡Đ”ŃĐșĐŸĐłĐŸ ĐČŃ€Đ”ĐŒĐ”ĐœĐž, Ń‚ĐŸ Đ”ŃŃ‚ŃŒ ŃĐžĐœŃ…Ń€ĐŸĐœĐžŃ‡Đ”ŃĐșĐž. » (Dugin, 2020, p. 5).

4. C’est-Ă -dire, on n’oppose pas le sujet de la connaissance (la conscience humaine) et l’objet de la connaissance dans leur relation Ă  l’ĂȘtre.

Pour rendre compte de ce changement, je propose de situer mon analyse Ă  un niveau supĂ©rieur, celui des paradigmes. Analyser l’histoire de la pensĂ©e humaine en phases discrĂštes n’est pas un fait nouveau. Si, jadis, on opposait les temps modernes au monde de la tradition, aujourd’hui c’est la particularitĂ© du postmodernisme qu’il s’agit de dĂ©terminer par rapport au modernisme (par ex., Cameron, 2005 ; Baxter, 2016). Pour prĂ©venir une comprĂ©hension diachronique et fragmentaire du changement paradigmatique, je propose de recourir Ă  l’analyse d’Alexandre Dugin, qui comprend par paradigmes « des systĂšmes autonomes et fondamentaux d’organisation de la pensĂ©e qui peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s et comparĂ©s les uns aux autres en faisant abstraction de la flĂšche du temps historique – c’est-Ă -dire de maniĂšre synchronique3 » (Dugin, 2020, p. 5), ce qui suppose qu’on peut postuler l’existence simultanĂ©e (et non pas successive) des positions intellectuelles se rangeant dans tel ou tel paradigme. Dans cette optique, le paradigme reprĂ©sente, en outre, une matrice qui, Ă  la base, n’oppose pas l’ontologie Ă  la gnosĂ©ologie4, ce qui permet de conceptualiser plusieurs constellations possibles lors des manifestations concrĂštes des paradigmes. De ce point de vue, il faut comprendre ces derniers comme des prĂ©-systĂšmes, qui sont Ă  l’origine, Ă  l’état manifestĂ©, de systĂšmes de croyances et de systĂšmes philosophiques. Enfin, et c’est un point tout aussi important que les prĂ©cĂ©dents, si, dans une culture, un paradigme est bien installĂ© (comme le moderne au 19e siĂšcle en Europe occidentale), les croyances gĂ©nĂ©rĂ©es par ce dernier tendent Ă  reprĂ©senter des doxas non questionnables et ainsi naturalisĂ©es. Ce n’est que le changement de paradigme, le nouveau Ă©tant souvent basĂ© sur le rejet de l’ancien, qui permet de porter un regard critique sur ce savoir doxique. Mais, parallĂšlement, c’est aussi un moment prĂ©cieux qui laisse le temps de comprendre les fondements du nouveau

RRecherches et applications

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Extrait Recherches sur la parole en FLE/FLS by CLE International - Issuu