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1955 J’en suis venu à penser qu’il y a un monde vivant de chaque couleur et j’exprime ces mondes. […] Il y a des nuances douces, méchantes, violentes, majestueuses, vulgaires, calmes, etc. En somme, chaque nuance de chaque couleur est bien une « présence », un être vivant, une force active qui naît et qui meurt après avoir vécu une sorte de drame de la vie des couleurs. Yves Klein, texte de présentation de l’exposition au Club des Solitaires


1957 Chaque monde bleu de chaque tableau, bien que du même bleu et traité de la même manière, se révélait être d’une tout autre essence et atmosphère, aucun ne se ressemblait, pas plus que les moments picturaux ni les moments poétiques ne se ressemblent. Bien que tous de même nature, supérieure et subtile (repérage de l’immatériel). L’observation la plus sensationnelle fut celle des « acheteurs ». Ils choisirent, parmi les onze tableaux exposés, chacun le leur et le payèrent chacun le prix demandé. Les prix étaient tous différents bien sûr. Ce fait démontre que la qualité picturale de chaque tableau était perceptible par autre chose que l’apparence matérielle et physique d’une part, et d’autre part, évidemment que ceux qui choisissaient reconnaissaient cet état de choses que j’appelle la « sensibilité picturale ». Yves Klein, L’Aventure monochrome


1957 Chaque monde bleu de chaque tableau, bien que du même bleu et traité de la même manière, se révélait être d’une tout autre essence et atmosphère, aucun ne se ressemblait, pas plus que les moments picturaux ni les moments poétiques ne se ressemblent. Bien que tous de même nature, supérieure et subtile (repérage de l’immatériel). L’observation la plus sensationnelle fut celle des « acheteurs ». Ils choisirent, parmi les onze tableaux exposés, chacun le leur et le payèrent chacun le prix demandé. Les prix étaient tous différents bien sûr. Ce fait démontre que la qualité picturale de chaque tableau était perceptible par autre chose que l’apparence matérielle et physique d’une part, et d’autre part, évidemment que ceux qui choisissaient reconnaissaient cet état de choses que j’appelle la « sensibilité picturale ». Yves Klein, L’Aventure monochrome


1958 En avril 1958 […] c’est la préparation et la présentation chez Iris Clert, à Paris, de l’exposition de la sensibilité picturale à l’état matière première [...]. Je désire avec cette tentative, créer, établir et présenter au public un état sensible pictural dans les limites d’une salle d’exposition de peinture ordinaire. En d’autres termes, créer une ambiance, un climat pictural invisible mais présent, dans l’esprit de ce que Delacroix appelle dans son journal « l’indéfinissable » qu’il considère comme l’essence même de la peinture. Yves Klein, «La Conférence à la Sorbonne», 3 juin 1959


1958 En avril 1958 […] c’est la préparation et la présentation chez Iris Clert, à Paris, de l’exposition de la sensibilité picturale à l’état matière première [...]. Je désire avec cette tentative, créer, établir et présenter au public un état sensible pictural dans les limites d’une salle d’exposition de peinture ordinaire. En d’autres termes, créer une ambiance, un climat pictural invisible mais présent, dans l’esprit de ce que Delacroix appelle dans son journal « l’indéfinissable » qu’il considère comme l’essence même de la peinture. Yves Klein, «La Conférence à la Sorbonne», 3 juin 1959


1959 Grâce aux éponges, matière sauvage vivante, j’allais pouvoir faire les portraits des lecteurs de mes Monochromes, qui, après avoir vu, après avoir voyagé dans le bleu de mes tableaux en reviennent totalement imprégnés en sensibilité comme des éponges. Yves Klein, texte de présentation de l’exposition à la Galerie Colette Allendy en 1957


1959 Grâce aux éponges, matière sauvage vivante, j’allais pouvoir faire les portraits des lecteurs de mes Monochromes, qui, après avoir vu, après avoir voyagé dans le bleu de mes tableaux en reviennent totalement imprégnés en sensibilité comme des éponges. Yves Klein, texte de présentation de l’exposition à la Galerie Colette Allendy en 1957


1960 Un jour, j’ai compris que mes mains, mes outils de travail pour manier la couleur ne suffisaient plus. C’était avec le modèle lui-même qu’il fallait brosser la toile monochrome bleue. Non, ce n’était pas de la folie érotique. C’était très beau. J’ai jeté une grande toile blanche par terre, j’ai vidé vingt kilos de bleu au milieu et la fille s’est ruée dedans et a peint là mon tableau en se roulant sur la surface de la toile dans tous les sens. Yves Klein, Mon livre


1960 Un jour, j’ai compris que mes mains, mes outils de travail pour manier la couleur ne suffisaient plus. C’était avec le modèle lui-même qu’il fallait brosser la toile monochrome bleue. Non, ce n’était pas de la folie érotique. C’était très beau. J’ai jeté une grande toile blanche par terre, j’ai vidé vingt kilos de bleu au milieu et la fille s’est ruée dedans et a peint là mon tableau en se roulant sur la surface de la toile dans tous les sens. Yves Klein, Mon livre


1960 À Londres donc pendant environ une année, je travaillais clandestinement pour gagner ma vie chez un ami de mon père, fabricant d’encadrement, Robert Savage, dans Old Brompton Road. [...] Et l’or, ça c’était quelque chose ! Ces feuilles qui volaient littéralement au moindre courant d’air, sur le plat coussinet que l’on tenait dans une main pendant que de l’autre on les attrapait au vol avec le couteau. Et puis, le coup du peigne que l’on se passe dans les cheveux. La feuille que l’on pose délicatement sur la surface à dorer, enduite au préalable d’une assiette et mouillée à l’eau gélatineuse chaque fois. Quelle matière ! Quelle meilleure école du respect de la matière picturale ! Yves Klein, L’Aventure monochrome


1960 À Londres donc pendant environ une année, je travaillais clandestinement pour gagner ma vie chez un ami de mon père, fabricant d’encadrement, Robert Savage, dans Old Brompton Road. [...] Et l’or, ça c’était quelque chose ! Ces feuilles qui volaient littéralement au moindre courant d’air, sur le plat coussinet que l’on tenait dans une main pendant que de l’autre on les attrapait au vol avec le couteau. Et puis, le coup du peigne que l’on se passe dans les cheveux. La feuille que l’on pose délicatement sur la surface à dorer, enduite au préalable d’une assiette et mouillée à l’eau gélatineuse chaque fois. Quelle matière ! Quelle meilleure école du respect de la matière picturale ! Yves Klein, L’Aventure monochrome


1960 Je comprends à présent que la marque spirituelle de ces états-moments, je l’ai, par mes Monochromes. La marque des états-moments de la chair, je l’ai aussi par les empreintes arrachées au corps de mes modèles… Mais la marque des états-moments de la nature ? Je bondis dehors et me voilà au bord de la rivière, dans les joncs et les roseaux. Je pulvérise de la couleur sur tout cela et le vent qui fait plier les fines tiges vient les appliquer avec précision et délicatesse sur ma toile que je présente ainsi à la nature frémissante : j’obtiens une marque végétale. Yves Klein, texte manuscrit


1960 Je comprends à présent que la marque spirituelle de ces états-moments, je l’ai, par mes Monochromes. La marque des états-moments de la chair, je l’ai aussi par les empreintes arrachées au corps de mes modèles… Mais la marque des états-moments de la nature ? Je bondis dehors et me voilà au bord de la rivière, dans les joncs et les roseaux. Je pulvérise de la couleur sur tout cela et le vent qui fait plier les fines tiges vient les appliquer avec précision et délicatesse sur ma toile que je présente ainsi à la nature frémissante : j’obtiens une marque végétale. Yves Klein, texte manuscrit


1961 C’est en 1955 que j’ai présenté pour la première fois des tableaux de Feu. Tout de suite j’ai pu constater les immenses possibilités de cet élément ultra vivant. Si tout ce qui change lentement s’explique par la vie, tout ce qui change vite s’explique par le Feu. Yves Klein, texte manuscrit

Yves Klein USA  

Yves Klein, Robert Pincus-Witten

Yves Klein USA  

Yves Klein, Robert Pincus-Witten

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