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les tops et flops de 2017 hugh jackman est the greatest showman critique + portrait

les attentes de 2018 avengers infinity war, Mission impossible 6, ready player one...


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sOmMaIrE 5/ edito 6/ Les tops/flops de la rédac 24/ Ils ont marqué 2017 34/ La fin des super-héros ? 40/ les attentes 2018 54/ critiques 68/ The show must go on 70/ the greatest showman 72/ Portrait : Hugh jackman 74/ Souriez vous êtes filmés : la La Land 80/ les fantômes au cinéma 86/ rétrospective samuel fuller 88/ il était une fois... rocky balboa 90/ Instant séries 98/ sorties dvd 100/ la page des non-cinéphiles

DIRECTRICE DE LA RÉDACTION : MARGAUX MAEKELBERG MISE EN PAGE : MARGAUX MAEKELBERG RÉDACTEURS : JONATHAN CHEVRIER, SEBASTIEN BOULLY, CLEMKEY, JULIE RAGOT, LIONEL BREMOND, MARION CRITIQUE, GUILLAUME, ANTOINE DESRUES, CORALIE DELMUR ET AMBRE CHEMIN 3


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éDiTo

Dear sisters, 2018 l’année des femmes, enfin ? Après les retentissantes répercussions de l’affaire Weinstein l’année dernier et le hashtag #BalanceTonPorc, ce début d’année sera marqué par les Golden Globes Awards où de nombreuses actrices seront vêtues en noir sans compter les nombreux discours engagés qui seront probablement donnés. Mais plus récemment c’est un tout nouveau projet récemment mis en lumière qui risque de faire grand bruit. Nommé «Time’s Up», cette fondation lancée par plus de 300 actrices, réalisatrices et autres personnalités du monde du cinéma a pour but d’aider financièrement celles qui n’ont pas les moyens de se défendre. Côté salles obscures c’est d’abord Jessica Chastain, exemple même de la femme belle, forte et indépendante, qui prendra les rênes

dans «Le Grand Jeu». La réalisatrice Naomi Kawase nous éblouira avec son drame «Vers la lumière» présenté au dernier Festival de Cannes. Janvier sera aussi marqué par Diane Kruger et son prix d’interprétation féminine gagné à Cannes dans In The Fade. Meryl Streep revient sur le devant de la scène dans Pentagon Papers aux côtés de Tom Hanks tandis que Marie Curie aura le droit à son biopic pour finalement clore ce mois de janvier tout en douceur avec Kate Winslet attendue dans Wonder Wheel de Woody Allen et Frances McDormand prête à tout pour se venger dans 3 Billboards. Et côté Cannes, c’est Cate Blanchett qui présidera le 71e Festival de Cannes. C’est officiel, 2018 sera l’année de la femme et c’est tant mieux.

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Margaux Maekelberg


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La rédac a fait son choix Le choix a été cornélien mais il a été fait comme le veut si bien la tradition en chaque fin d’année. Certains films mènent largement en tête, d’autres sont plus timides, d’autres encore peuvent surprendre mais tous ont su conquérir d’une manière ou d’une autre le coeur de nos rédacteurs. Découvrez sans plus attendre les tops mais aussi les flops de toutes nos petites plumes.

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Le top/flop de margaux LA LA LAND 2 A GHOST STORY

David Lowery frappe en plein coeur avec cette douce poésie amère où la vie et la mort cohabitent, où certaines choses perdurerent et d’autres non et où l’amour peut dépasser toutes les frontières.

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Sorti en janvier de l’année dernière et toujours ancré dans la tête. Simplement magique, Damien Chazelle remet au goût du jour les comédies musicales avec une BO entraînante et un duo en osmose totale. Le film de l’année.

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BRIMSTONE

Brimstone dégage une véritable puissance aussi bien visuellement que psychologiquement. Rarement les westerns se sont fait aussi engagés, crus et sombres. 8

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COCO

Pixar s’érige de nouveau au rang de meilleur film d’naimation en rendant fièrement hommage à El dia de los muertos avec un film drôle, émouvant, festif et coloré comme seul Pixar a le secret.


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Oscillant entre science-fiction et thriller onirique, Blade Runner 2049 est visuellement alléchant sans paraphraser son prédécesseur et sans dénaturer le propos. Une oeuvre aussi intimiste que grandiose.

Oscillant entre science-fiction et thriller onirique, Blade Runner 2049 est visuellement alléchant sans paraphraser son prédécesseur et sans dénaturer le propos. Une oeuvre aussi intimiste que grandiose.

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James Gray offre une aventure unique où le spectateur explore autant la nature que l’homme et sa soif de gloire,. Un film unique qui nous confirme que le vrai cinéma d’aventure existe encore.

S’attaquer au cannibalisme il faut oser, maîtriser son sujet de cette manière ça relève du grand art et c’est ce que Grave est, du grand art. A consommer sans modération.

MOTHER

Puissant, destructeur, Mother ! cristallise les pensées les plus folles et les plus profondes de son réalisateur mais aussi les nôtres dans un thriller surnaturel qui bouscule toutes les règles du cinéma dans une mise en scène incroyable

THE LOST CITY OF Z

BLADE RUNNER 2049 THE FLORIDA PROJECT

GRAVE

SILENCE

Servi intelligemment par un trio d’acteurs investis corps et âme, Silence est certainement l’oeuvre la plus intime et peutêtre la plus importante de Scorsese.

LES FLOPS 2017 LES NOUVELLES AVENTURES DE CENDRILLON ALIEN : COVENANT

50 NUANCES PLUS SOMBRES

LA MOMIE

A BRAS OUVERTS

JUSTICE LEAGUE 9


Le top/flop de jonathan BLADE RUNNER 2049 2

LA LA LAND

Brillant et énergique de bout en bout, aussi charmant et fantaisiste qu’il est léger comme une bulle de champagne, La La Land est un pur bonheur sur pellicule doublé d’un hommage sincère à l’âge d’or Hollywoodien.

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Récit onirique aussi intimiste qu’il est visuellement époustouflant, Blade Runner 2049 est une odyssée sensorielle glaciale et furieusement immersive, un bijou aussi ludique dans sa forme qu’exigeant dans son fond.

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A GHOST STORY

Tour de force prodigieux, A Ghost Story est un véritable conte crève-coeur embaumé par la mort et la solitude, profondément sensoriel et mélancolique d’une lenteur de ton aussi envoutante que passionnante. 10

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THE LOST CITY OF Z

Tout en intensité et en retenue, James Gray fait de The Lost City of Z une fresque romanesque riche en émotions, une ode à l’émerveillement à la fois viscérale, somptueuse et littéralement etourdissante.


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DUNKERQUE

Avec Dunkerque, Christopher Nolan signe une oeuvre tendue, humaine et follement immersive, une claque sensorielle incroyable dont la caméra précise crie l’horreur de la guerre sans le moindre mot.

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A MONSTER CALLS

Drame intime d’une élégance folle, A Monster Calls est une bouleversante chronique sur l’amour familial et la préparation au deuil, doublé d’une vision délicate sur le pouvoir de l’imaginaire.

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DETROIT

Puissant, révoltant, douloureux, dur, tétanisant... Detroit est un putain de moment de cinéma, une grosse claque aussi intense qu’elle est nécessaire. Queen Bigelow à son meilleur.

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7 MOONLIGHT

Moonlight est une oeuvre crève-coeur sur une âme en pleine quête identitaire et cherchant continuellement sa voie, une chronique inspirée et inspirante d’une poésie et d’une élégance rare.

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WONDERSTRUCK

Wonderstruck est un conte intemporel qui aborde avec simplicité et délicatesse la vie, dans tout ce qu’elle a de plus beau et douloureux.

LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE Blockbuster hybride aussi épuré & sombre qu’il est puissant & férocement pertinent, La Planète des singes : Suprématie est un pur divertissement passionnant et renversant. Hail Caesar !

LES FLOPS 2017 BAD BUZZ

LE MANOIR

GANGSTERDAM

LA MOMIE

D’APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE

LE MONDE SECRET DES ÉMOJIS

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Le top de Sebastien SILENCE 2

DUNKERQUE

Hallucinante immersion au cœur du chaos de la Seconde Guerre mondiale, une expérience cinématographique sensorielle, où Nolan réinvente la temporalité pour un récit de survie oppressant.

1

Une virtuose leçon de cinéma, une épopée existentielle violente, où la photographie sublime l’intelligence de la réflexion spirituelle. Un chef-d’œuvre magistral, à la mise en scène somptueuse, porté par la grâce d’un Dieu du cinéma contemporain.

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Fascinante fable sur l’égoïsme des êtres. La mise en scène spectrale pointe du doigt un pays à la dérive avec une précision et une maestria impressionnante. Une tragédie éblouissante, un déchirant requiem for Russia.

Une ambitieuse élégie funèbre sur l’absence, le deuil, l’amour, le temps et la mort qui bouscule tous les codes du genre par l’intelligence de sa mise en scène minimaliste captivante.

FAUTE D’AMOUR

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A GHOST STORY


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GRAVE

Ce conte cruel hybride décloisonne tous les genres. Une mise en scène virtuose. Un appel de la chair vorace où la peau fait corps dans ce coup de maître audacieux, mordant et dérangeant.

8 LOVING

Cette chronique délicate qui bouleverse par sa réalisation enveloppant avec subtilité l’intelligence de la narration humaniste et politique pour nous offrir un superbe « classique » instantané.

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Magistrale et contemplative mise en scène, un hommage sincère ainsi qu’un allongement esthétique de l’univers urbain post apocalyptique et déshumanisé du premier film. Grandiose. Émouvant.

Une fresque aventureuse intime, une vertigineuse mise en scène où la puissance formelle de l’image vient donner une profondeur de champ psychologique rarement atteinte.

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BLADE RUNNER 2049 THE LOST CITY OF Z

AMERICAN HONEY

Exaltant road trip des ‘‘laisser pour compte ‘‘ de l’American dream guidé par une mise en scène sensorielle. Une œuvre cathartique singulière portée par une bande son absolument galvanisante. 13

MOONLIGHT

Puissante chronique identitaire qui s’avère importante de par son contenu sociologique, politique, intime, où la représentation des noirs et de l’homosexualité dérangent toujours. Émouvant.


Le top/flop de Lionel 20TH CENTURY WOMEN 2

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Magnifique chronique douce-amère sur la quête existentielle de trois femmes à un moment charnière de l’histoire des États-Unis.

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QUE DIOS NO PERDONE LE CAIRE CONFIDENTIEL

Que Dios nos Perdone, thriller glaçant qui scrute l’âme humaine, magnifique plongée dans une Espagne en déliquance.

Un film qui utilise brillamment le thriller pour questionner sa société et mettre en évidence la corruption qui la gangrène ou le héros fait office de figure symbolique de la prise de conscience de tout un pays. 14

A TAXI DRIVER

Totalement ancré dans l’histoire de son pays, ici le soulèvement de Gwangju en Corée du Sud en1980 avec un magistral Song Kang-ho.


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TUNNEL

Mélange des genres harmonieux où le suspens se mêle au thriller puis vire à la comédie. Un film à charge dénonçant la corruption et le pouvoir médiatique, une réussite très efficace.

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PRIS AU PIÈGE

Violente satire sociale où l’humour noir côtoie la violence tout en frisant le fantastique. Un film qui nous met face à ce que l’humain a de plus vil.

9 JACKIE

Portrait magistral d’une femme aux multiples contradictions qui aura fait rentrer le jeu des médias dans la politique.

7 DETROIT

Film glaçant à la précision chirurgicale. Un montage parfait ne nous laissant aucun repos, une mise en scène au diapason sans nul doute un des grands films de l’année.

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A MONSTER CALLS

Un film sensitif sur le deuil et l’imaginaire qui ne peut que vous laisser vide et exténué à l’arrivée du générique de fin.

BABY DRIVER

Un film qui vous rend extatique, ivre de son et d’images. Résultat vous n’avez qu’un désir : recommencer.

LES FLOPS 2017 GHOST IN THE SHELL

LES GARDIENS DE LA GALAXIE 2

SPIDER-MAN : HOMECOMING THOR : RAGNAROK 15

WONDER WOMAN

KINGSMAN 2


Le top/flop d’antoine THE LOST CITY OF Z 2

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Somptueux, épique, bouleversant, le chef-d’œuvre de James Gray appuie toute la maîtrise que son réalisateur a du médium cinématographique pour embrasser la notion d’obsession. The Lost City of Z est un film qui nous appelle à devenir meilleurs. Une grande œuvre de cinéma.

3 LA LA LAND

A la fois magique et désenchanté, La La Land est une preuve du talent immense (et jalousé) du jeune Damien Chazelle. Un bijou doux-amer qui promet de devenir culte.

4 DUNKERQUE

Christopher Nolan a su remettre son style en question, l’épurant de certains de ses artifices pour nous proposer une immersion totale (et réussie) au cœur de l’Opération Dynamo. Un grand film de guerre. 16

A GHOST STORY

A Ghost Story est une proposition de cinéma bouleversante, scillant telle une caméra avec un œil objectif sur l’action, Casey Affleck nous accompagne vers cet ensemble de souvenirs voués à être oubliés.


5 UN JOUR DANS LA VIE DE BILLY LYNN Chef-d’œuvre passé inaperçu à sa sortie, un récit sur la réexploitation de l’imaginaire de la guerre, détournement de l’héroïsme pour offrir une chimère monstrueuse, à la puissance démesurée.

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VISAGES VILLAGES

Une galerie de portraits touchante mais jamais complaisante. Un film autant réflexif que profondément spontané, développant une réflexion passionnante sur la mémoire et l’héritage.

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AU REVOIR LÀ-HAUT

7 A MONSTER CALLS

Jouissant d’une mise en scène léchée, d’une production design raffinée et d’une écriture soignée, Au revoir là-haut est un monument d’exigence dont devraient s’inspirer une bonne partie des réalisateurs français.

Ce conte de fées noir, mêlé à du mélo totalement assumé et maîtrisé, est avant tout soutenu par une mise en scène somptueuse et la justesse de ses interprètes, s’appropriant un script d’une puissance folle. Indispensable.

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10 BABY DRIVER

Une proposition de cinéma pure, passionnée et passionnante, d’une précision et d’une jouissance transpirant à chaque plan et à chaque raccord.

SILENCE

C’est un réel bouillonnement existentiel que le réalisateur met en scène, transpirant à chaque photogramme d’une beauté surréelle.

LES FLOPS 2017 50 NUANCES PLUS SOMBRES DADDY COOL

LE ROI ARTHUR

LA TOUR SOMBRE

PIRATES DES CARAÏBES 5 17

RESIDENT EVIL : CHAPITRE FINAL


Le top de coralie 120 BPM 2 LE REDOUTABLE

Dans un mouvement perpétuel entre enchantement et désenchantement, le réalisateur présente un regard singulier à la fois espiègle et cruel sur le rêve hollywoodien.

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On ne soulignera jamais assez la nécessité de ce film. Le message est fort mais ne se substitue pas à la beauté esthétique de l’oeuvre. C’est un film poignant dont quelques phrases ne suffisent pas à décrire la splendeur et l’émotion qu’il provoque.

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FAUTE D’AMOUR

Un film malicieux qui dépeint avec beaucoup d’humour ce que c’est d’être artiste dans toute sa complexité et dans sa recherche d’absolu.

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4 LES FANTÔMES D’ISMAËL

Arnaud Depleschin qui dans une valse d’émotions aussi contradictoire que bouleversante dépeint avec génie, cocasserie, sensualité et délicatesse comment le passé amoureux hante l’amour au présent.


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MR & MME ADELMAN

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M

7 SEULE LA TERRE

Nicolas Bedos réalise un coup de maître. Léger sans être frivole, brillant sans être prétentieux, émouvant sans être pathétique, profond sans être obscur, C’est une fantaisie, pleine de malice, d’esprit et de caractère.

Un film d’une poésie infinie, métaphore de la naissance du langage poétique, comment par l’absence de la parole, la violence naît pour se finir par ce muer en poésie. Subtil et sensible.

L’histoire d’un amour salvateur qui évite de tomber dans le cliché. De la violence à la tendresse, le réalisateur filme la rencontre de deux corps étrangers avec un érotisme presque bestial et une finesse remarquable

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JE DANSERAI SI JE VEUX Un film féministe, engagé, qui affronte la violence de façon frontal mais nécessaire et salutaire.

A VOIX HAUTE

Bienveillant, émouvant et stimulant, un documentaire qui conte l’importance des mots, de la parole, du jeu au travers d’une jeunesse pleine de vie, d’énergie et d’intelligence. 19

CE QUI NOUS LIE

Un film d’une tendresse absolue, plein de charme et d’allégresse qui se délecte sans fin et sans modération. C’est un film qui réconforte un soir de pluie sans tomber dans une mièvre niaiserie.


Le top/flop de clemkey 120 BPM

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Outre le sujet et la pédagogie que ce film apporte, la modernité de la réalisation va lui assurer le César du meilleur film 2017, ainsi que celui du meilleur acteur avec Nahuel Perez Biscayart qui incarne merveilleusement le personnage principal du film. Un film dur, réaliste et bouleversant.

3 LION

Dans la lignée de Slumdog Millionaire. Le parcours de Saroo enfant à l’âge adulte ayant perdu sa famille est d’une émotion rare. La sincérité des acteurs nous touche au plus au point.

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4 1:54

Un film mettant en scène le harcèlement scolaire et l’homophobie ambiant à l’école. Un drame puissant, choquant et nécessaire dont on ne ressort pas indemne… 20

LA LA LAND

Le film le plus feelgood de l’année. De l’émotion, de la danse, du rire et de la musique. Emma Stone et Ryan Gosling nous mettent des étoiles plein les yeux dans cette comédie musicale.


5 MOONLIGHT

Chef-d’œuvre passé inaperçu à sa sortie, un récit sur la réexploitation de l’imaginaire de la guerre, détournement de l’héroïsme pour offrir une chimère monstrueuse, à la puissance démesurée.

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GRAVE

Film français qui sort de l’ordinaire. Gore, dérangeant et sauvage. Le cannibalisme, sujet principal du film avec l’identité sexuel et le bizutage, nous dérange au plus au point mais nous attire également…

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NOCTURNAL ANIMALS

LES GARDIENS DE LA GALAXIE 2

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Des performances d’acteurs incroyables grâce Amy Adams et Jack Gyllenhaal dans un film au scénario perturbant, étrange et imprévisible.

MARVIN OU LA BELLE ÉDUCATION Merveilleux film sur un jeune qui s’émancipe de sa famille, de son milieu social et découvre sa sexualité tout en réalisant son rêve.

Le meilleur film 2017 de super-héros ! En quelques mots : drôle, fun, déjanté, et Baby Groot !

GET OUT

Meilleur thriller de l’année à la fois drôle, glaçant, actuel et angoissant.

LES FLOPS 2017 GANGSTERDAM

EPOUSE-MOI MON POTE

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LES NOUVELLES AVENTURES DE CENDRILLON


Le top de guillaume COCO 2

OKJA

Superbe décor, casting mélangeant inconnus et quelques tête d’affiches Avec un scénario original et un message époustouflant qui m’a amené à réfléchir sur la question posé par le film.

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Un disney rythmé en musique mexicaine parlant du devoir de mémoire des personnes décédées avec un scénario qui pourrait laisser croire être totalement prévisible alors que non.

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LOGAN

Sombre et ni trop lent ni trop rapide ce 3ème volet qui est le meilleur de des trois conclut parfaitement la trilogie de Wolverine.

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4 BLADE RUNNER 2049

Un univers sombre et magnifique ce qui donne un film visuellement frappant aidé par un bon casting. Ce film n’a pas eu le succès mérité .


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DUNKERQUE

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LES GARDIENS DE LA GALAXIE 2

THOR : RAGNAROK

L’évacuation des troupes alliées de Dunkerque vu par Nolan vaut forcément le coup d’oeil. Un film historique époustouflant.

Si vous avez aimé le premier vous aimerez cet opus qui reprend tous les ingrédients qui avaient fonctionné dans le premier tout en développant une nouvelle histoire.

Un troisième opus plus coloré, plus drôle (faisant penser aux Gardiens de la galaxie d’ailleurs) et par conséquent moins sombre et émouvant. Un bon film MCU avec tous les ingrédients qu’on attend de lui.

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9

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STAR WARS 8 Le film le plus attendu de cette fin d’année avec une véritable prise de risque au niveau du scénario qui va en surprendre plus d’un.

WONDER WOMAN

Le meilleur DC de cette année avec une actrice est parfaite et le monde des amazones parfaitement réalisé. Un film qui s’essaie d’ailleurs à l’humour comme son rival Marvel. 23

KINGSMAN 2

Vous avez aimé le premier opus de Kingsman ? Vous allez aimez ce deuxième opus. Du Matthew Vaughn tout craché qui mêle action et humour, un bon divertissement.


IlS oNt MaRqUéS 2017

Un acteur, un réalisateur, un film, un évènement... 2017 a été riche en rebondissements, polémiques, coups de coeur et coups de gueule en tout genre. Un petit florilège de ce qui a attiré notre attention durant 2017.

La Croisette et la polémique Netflix

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Tout est parti d’un postulat pour le coup assez simple : la sélection en compétition officielle du nouveau long-métrage de l’un des cinéastes les plus doués et enthousiasmants de sa génération, l’orfèvre coréen Bong Joon-ho et son brillant Okja. Jusqu’ici tout va bien, le bonhomme étant même un habitué de la croisette et du festival de Cannes. L’objet de la discorde : le film est produit et distribué par la plateforme de vidéo à la demande qui monte, l’ambitieuse Netflix. En conflit direct avec les distributeurs et exploitants de salles bien de chez nous, le mini-drame de cette nomination - à laquelle il fallait ajouter le moins buzzé The Meyerowitz Stories de Noam Baumbach - a directement remis en cause autant la nature d’oeuvre cinématographique du métrage (pure hérésie), que le mode de fonctionnement du festival, vitrine pimpante d’un cinéma mondial qui jusqu’alors, « exigeait « que chaque film choisit se paye une sortie dans les salles obscures hexagonales (ce qui en fait, dans un sens, le service après-vente ultime d’une péloche). Si Okja a eu la possibilité de jouir d’une diffusion en salles un peu partout dans le monde en même temps que sa présence en ligne, en France en revanche, la réglementation lui imposait d’attendre au moins trois ans entre la sortie dans les salles obscures et la potentielle offre aux abonnés… pas tip top. Après une valse de rebondissements plus ou moins ‘‘Je ne peux pas concevoir que comico-rocambolesques (les distributeurs et exploitant qui la Palme d’or ou d’autres prix rouspètent, le festival qui le fait jongler entre les sections soient remis à un film qu’on avant de le conforter en compét officielle), le film a finalement ne pourra pas voir sur grand pu être projeté, sous les sifflets (...), avant d’être poliment écran, en salles.’’ fixé sur son sort par le président du jury himself, Mr Pedro Pedro Almodovar Almodovar, loin d’être chaud à l’idée de donner une palme d’or à Netflix. Si l’on peut se féliciter que le festival ait finalement tenu bon en luttant contre la loi du marché pour proposer sur ses grands écrans deux films d’un nouveau marché du cinéma à part entière (et puis pourquoi se priverait-elle, au fond, de deux péloches d’auteurs exceptionnels ?), on pourra, 24


en revanche, pointer gentiment du doigt la réglementation française qui peine (volontairement ?) à s’adapter à ce qu’il considère faussement comme une sous-production destinée au web et au salon du monde entier; qui met il est vrai, un poil en péril son système de redistribution / financement. Inutile de dire que l’on attend donc désormais la sélection officielle du 71ème Festival de Cannes, avec un regard et une impatience toute particulière, surtout si celle-ci venait à snober un grand bonhomme comme Martin Scorsese (The Irishman)... J.C

L’ouragan Harvey Weinstein et une prise de conscience mondiale

Si Hollywood est bien loin de l’image d’usine à rêves qu’elle se plaît à donner à travers les médias et un cinéma de plus en plus déclinant d’un point de vue qualitatif (mais pas pécunier, malheureusement), l’arrivée telle une bombe atomique de l’affaire Harvey Weinstein, en aura calmé plus d’un quand à la vision que l’on pouvait avoir, d’un système plus que pourri de l’intérieur. Parti d’un simple article, une enquête du New-York Times balançant les témoignages effarants de deux actrices, Ashley Judd et Rose McGowan, la boule de neige craspec façon scandale à l’échelle mondial, n’a pas tardé à recracher un de ses « secrets de polichinelle « trop longtemps couvert par l’industrie. Prédateur sexuel en puissance, le gros porc - dans tous les sens du terme - Weinstein, désormais ex-big boss puissant du studio Miramax, aurait agressé sexuellement (allant du harcèlement au viol pour certaines) une centaine d’actrices, des victimes pas uniquement venues tout droit des collines de la Cité des Anges : plusieurs actrices françaises, Eva Green, Léa Seydoux ou encore Emma de Caunes, ayant elles aussi témoignées des méthodes affligeantes d’un des «nababs» d’Hollywood. Si les enquêtes se sont multipliées à son encontre (dont un potentiel « trafic sexuel « à Cannes), et que son règne a très vite connu une chute pitoyable (bye bye la Weinstein Company, l’Académie des Oscars, des Emmy Awards et du syndicat des producteurs d’Hollywood), elles ont surtout ouvert la voie à une pluie de témoignages qui ont éclaboussés bons nombres de stars (Kevin Spacey, James Toback, Bryan Singer, Woody Allen,...) mais aussi de grosses industries (Disney/ Pixar avec John Lasseter, Amazon avec Roy Price, PDG d’Amazon Studios) et même la presse, appuyées par un soulèvement massif sur les réseaux sociaux : « #MeToo «, « #BalanceTonPorc « en tête. Hollywood n’est plus vraiment la même depuis, et 2018 pourrait très bien continuer à nous révéler un bon nombres de mauvaises surprises… J.C

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emma stone & ryan gosling

Elle est passée de petite comédienne pleine de fraicheur à véritable next big thing d’Hollywood, trustant autant du blockbuster que du divertissement racé et intelligent. Lui et sa gueule d’ange, se constitue rien de moins que l’une des carrières les plus passionnantes de ces quinze dernières années, alignant les performances maousses costauds 25


chez le gotha des cinéastes du bon goût made in Hollywood. Ensemble, ils se sont retrouvés pour la troisième fois et ont embellit rien de moins que l’un des plus beaux films de cette riche année ciné 2017, ‘’La La Land’’ de Damien Chazelle, où ils campent un couple d’amoureux optimistes, deux âmes contraires mais rêveuses, cherchant à s’extirper d’une réalité insatisfaisante et harassante. Plus encore que pour ‘’Crazy Stupid Love’’ ou ‘’Gangster Squad’’, leur composition est d’une délicatesse absolu (avec grâce, ils captent avec maestria le glamour des stars d’antan) et leur alchimie fait des ravages, à tel point que l’académie n’aura que pour seul choix de récompenser Stone d’une statuette dorée méritée à défaut d’être pleinement légitime cette année. Et le plus marrant dans tout cela, c’est que cette partition acclamée n’est pourtant pas la plus imposante de 2017. Lui, outre une performance d’un naturel indécent dans le dernier poème romantique de Terrence Malick ‘’Song to Son’’, s’offre l’une des plus belles lignes de sa carrière dans le magistral ‘’Blade Runner 2049’’ de Denis Villeneuve, tout en intériorité et émouvant dans la peau d’une d’une créature se découvrant une âme, et voulant comprendre les raisons de son existence. Elle, a de grandes chances de se payer un second oscar d’affilé grâce à son one woman show habité dans le grisant ‘’Battle of The Sexes’’ de Jonathan Dayton et Valerie Farris - son premier biopic - où, investie comme jamais (prise de poids et changement de look à la clé), elle est lumineuse dans le rôle de la championne américaine de tennis Billie Jean King. L’année ciné 2017 n’aurait certainement pas été pareil sans eux, gageons d’avance que ce sera également le cas pour 2018. J.C

M. Night Shyamalan Tous ceux qui, au début des années 2000 après les sorties monumentales de ‘’Sixième Sens’’ et ‘’Incassable’’, voyaient en M. Night Shyamalan un futur Steven Spielberg en puissance, roi de l’entertainment racé et intelligent, doivent désormais se bouffer les yeux à la petite cuillère. Non seulement le bonhomme n’a jamais réussit à confirmer son potentiel statut (beaucoup trop vite offert par les critiques, on est d’accord) avec ses péloches suivantes - tout aussi divertissant que fut ‘’Signes’’ et ‘’Le Village’’ -, mais surtout en à peine dix ans, il avait accompli la prouesse de devenir le paria number two du tout-Hollywood juste derrière Uwe Boll. La machine à rêve est une putain ingrate on le sait, mais Shyamalan n’est pas à plaindre vu que le bonhomme s’est sadiquement amusé à donner autant qu’il l’a pu, le bâton pour se faire battre plus que de raison. Shyamalan ou l’exemple parfait du money maker chouchou du système, dorloté à coups de projets bandants avant d’être copieusement lynché, avalé puis salement recracher par l’industrie. Un parcours sous la forme d’une descente aux enfers incontrôlable dominée par la mauvaise idée du lascar de vouloir construire sa propre légende plutôt que de la servir intelligemment. Avec une sale image de mégalomane suffisant et caractériel (pour preuve son bras de fer avec Disney à l’époque de ‘’La Jeune Fille de L’Eau’’, que Mickey a bien fait d’éviter) collée avec de la super glu sur le front, il a pourtant brillamment su redresser la barre fin 2015 avec ‘’The Visit’’, petite et humble série B horrifique aussi imprévisible et glauque juste ce qu’il faut pour être solidement esthétique et scénaristique. Restait plus au bonhomme que de confirmer en 2017, qu’il était bel et bien sur la (très bonne) voie de la guérison, et que sa réhabilitation en tant qu’enfant chérit du septième art ricain n’était

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qu’une petite question de temps avant d’être pleinement officialisé. Objet de la réconciliation définitive avec les cinéphiles, ‘’Split’’, toujours produit par le nouveau nabab de l’horrifique Jason Blum, a fait mieux que cela : il nous a rabiboché pour de bon avec le cinéaste. Sublime et fantastique cauchemar sur pellicule narrant les dérives du pouvoir du mental sur le corps, tendu et anxiogène de bout en bout, à la fois effrayant et hilarant, ‘’Split’’ est un petit bijou de thriller psychologique ambitieux et totalement imprévisible, magnifié par la performance habitée d’un James McAvoy au sommet de son art. Qui l’eût cru, Shyamalan est réellement de retour et ne semble pas le moins du monde, avoir perdu sa capacité à signer une de ces oeuvres malicieuses et exigeantes, aux multiples niveaux de lectures, qui trottent dans les mémoires encore longtemps après vision. Et dire que l’on bave d’impatience à découvrir en 2019, son alléchant ‘’Glass’’ (vraie suite à ‘’Incassable’’ et ‘’Split’’), est un putain de doux euphémisme.Le roi est de retour, longue vie au souverain. J.C

La belle et la bête Que ce soit par le biais de ses multiples adaptations cinématographiques ou du film d’animation de Disney, on connaît tous l’histoire de la Belle et la Bête : un soir, une vieille mendiante qui demande l’asile est rejetée par un jeune prince égoïste. Elle jette alors un sortilège au château qui condamne le prince à vivre sous les traits d’une hideuse bête et tout son personnel est transformé en objets ensorcelés vivants. La malédiction ne peut être rompue que si la Bête aime et se fait aimer en retour avant que le dernier pétale de la rose enchantée ne tombe. Le film suit exactement la même trame que le Disney, entre le décor, les personnages, le décor et les chansons. J’ai donc choisi de vous parler plutôt des différences entre les deux. Dans le Disney comme dans le film, Maurice, le père de Belle, est inventeur. Disney a fait le choix d’une invention farfelue servant à couper le bois, alors que dans le film l’invention de Maurice donne un sens au leitmotiv autour de la défunte mère de Belle. En effet, il s’agit d’une petite boîte à musique représentant une minuscule chambre avec en son centre une femme berçant son enfant. La musique qui se rattache à se souvenir est fredonnée par Maurice et sera chantée plus tard dans le film par Belle, et on comprendra alors pourquoi ne parle jamais de sa défunte femme. Autre divergence, quand Maurice se perd et arrive au château, il est accueilli par les objets enchantés dans le Disney et lorsqu’il est découvert par la Bête, il est fait prisonnier. Dans le remake, c’est en entendant parler Zip, la plus mignonne des petites tasses, qu’il s’enfuit, effrayé par une telle sorcellerie. En partant, il cueille une rose dans le jardin car il avait promis d’en ramener une à Belle, mais la Bête le surprend et l’enferme aux cachots. Dans les deux histoires, Belle se sacrifie et prend la place de son père. Le film montre dès cet instant que la Bête n’a pas un mauvais fond, car elle permet à Belle de dire adieu à son père (ce qui n’est pas le cas dans le Disney où la Bête attrape Maurice, le jette dans un carrosse ensorcelé et hop direction le village  sans retour possible !). Le plan machiavélique de Gaston pour se débarrasser de Maurice et épouser Belle est quelque peu différent. Le Gaston du Disney le fait passer pour fou lorsqu’il évoque l’existence de la Bête et parvient à le faire interner de force. Le Gaston du film fait d’’abord mine de croire Maurice à propos de la Bête qui détient Belle, puis excédé que ce dernier ne retrouve pas la route qui conduit au château, il finit par l’abandonner au milieu des bois.

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Ce n’est que quand Maurice revient au village et accuse Gaston d’avoir essayé de le tuer, qu’il persuade les villageois de le faire interner. Il y a un personnage qui n’existe pas dans l’histoire du Disney. Il s’agit d’Agathe, la mendiante du village, que l’on aperçoit discrètement tout au long du film et dont le rôle sera primordial. L’innovation majeure se fait lorsque la Belle et la Bête commencent à éprouver de l’affection l’un pour l’autre. Dans les deux histoires, on sait que Belle est férue de littérature et qu’elle tombe littéralement amoureuse de la bibliothèque de la Bête. Dans le Disney, on reste focus sur cette complicité naissante à travers les livres que lisent ensemble Belle et la Bête. C’est à cet instant que l’on retrouve le leitmotiv de la maman de la Belle. Comme une métaphore du voyage à travers les livres et de la possibilité de quitter le monde réel pour s’échapper ailleurs, la Bête possède un livre magique qui permet de se déplacer physiquement dans le lieu de nos désirs. La Bête offre ce cadeau à Belle et ils voyagent dans le temps et dans l’espace (rappelezvous, la boîte à musique). Un peu plus tôt dans le film, l’enfance tragique de la Bête a également été évoquée, ce qui crée ainsi un nouveau point commun entre nos deux protagonistes. Le reste du film est similaire au dessin animé. Les villageois, emmené par Gaston, veulent tuer la bête et livrent bataille contre les objets du château qui s’y étaient préparés. La Bête, triste et résignée, refuse de se battre avec Gaston qui fait preuve de toute la lâcheté commune à tous les méchants de film. En bref, Belle revient, Gaston débarrasse le plancher, le sort est levé et tout est bien qui finit bien (on n’allait tout de même pas nous priver de nos happy end non mais !). Ce qui n’existait pas dans le Disney (mais qu’on pouvait aisément imaginer) c’est que les villageois et les habitants du château s’étaient côtoyés par le passé mais leur mémoire avait été effacée par la malédiction. Je n’en dis pas plus, il ne vous reste qu’à découvrir le film et ses petites surprises. Autrement dit, la fan de Disney que je suis n’a pas été déçue  ! Hormis quand les chansons ‘’se trompaient’’ de paroles (mais ça aussi ça fait partie des innovations). La solution  : fredonner  l’air et ça passe. Et la Potterhead ajoutera aussi que la Belle Emma Watson nous a totalement fait oublier la petite Hermione Granger, même si elle restera toujours dans nos cœurs ! A.C

Silence de Martin Scorsese

Cette grandiose fresque historique et politique narre le destin de deux prêtres jésuites portugais se rendant au Japon au début du XVIIe siècle, à la recherche de leur mentor, le Père Ferreira, dont ils n’ont plus de nouvelles, alors que celui-ci tentait de prêcher ‘‘la sainte parole’’ catholique dans un pays où le christianisme est décrété illégal. Depuis plus de 25 ans, le maestro Martin Scorsese porte ce projet très intime en lui. Un quart de siècle pour mûrir l’adaptation du roman Chinmoku publié en 1966 par l’écrivain japonais Shusaku Endo. Un livre déjà retranscrit cinématographique par Masahiro Shinoda avec Chinmoku sorti en 1971 et sélectionné au Festival de Cannes 1972. Point étonnant cette envie profondément nourrie du réalisateur américain de mettre en image ce roman, la religion est partie intégrante de la filmographie de Scorsese. Tout au long de sa carrière de metteur en scène, la religion imprègne de manière explicite avec les projets ‘‘La Dernière Tentation du Christ’’ (1988) et ‘‘Kundun’’ (1997) ou implicitement dans la plupart de ses œuvres. Trois ans après les

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débordements blasphématoires et païens de Jordan Belfort (alias DiCaprio) dans ‘‘Le loup de Wall Street’’, le cinéaste revient dans la bergerie avec la même foi de cinéma. Le silence, il en est question dès les premiers instants du film, où l’écran noir surgit sans un bruit avant l’accompagnement, de façon sourde puis de plus en plus distinctement, d’une agitation sonore venu de la faune. La nature, avant l’apparition des hommes. Une voix off, puis trois hommes apparaissent à l’écran. La voix du père Valignano prend place à l’écran en lisant une dernière lettre manuscrite du Père Ferreira aux Pères Rorigues et Garupe. Une dernière trace écrite incitant le Père Rodrigues et le Père Garupe à se rendre au Japon pour retrouver leur maître à penser malgré les restrictions du Père Valignano. Cette œuvre commence comme une enquête et dès les impressionnantes premières séquences nous pose les problématiques qui se retrouveront tout au long du film. Tout en haut d’une montagne au milieu des fumées de vapeur on découvre le père Ferreira témoin impuissant confronté aux tortures infligés par les japonais aux croyants catholiques. L’enjeu principal du film est posé. Doit-on trahir sa croyance pour sauver les brebis ? Est-ce se trahir soit même ? Faut-il collaborer ou rester dans sa propre foi ? Ai-je raison d’agir ainsi ? Pourquoi Dieu ne m’envoie-t-il aucun signe ? Fais-je preuve d’orgueil en résistant ou dois-je me soumettre ? Toutes ces questions jalonnent le film en prenant comme thème centrale la foi à travers la religion où certains rites barbares font écho à une actualité brûlante et nous questionne de façon plus universelle et au-delà de la spiritualité sur notre façon de vivre et nos actes quotidiens. Le doute est-il un moteur de nos vies ou est-ce un frein à nos envies ? Par le biais de ce long métrage austère, le réalisateur nous interroge sans répondre explicitement aux tourments intérieurs. Tourné en 35mm, la pellicule apporte un éclat aux différents tableaux composés par le maître. Un film regorgeant de séquences somptueuses où la caméra offre de véritables estampes japonaises, des calligraphies donnant une texture particulière aux couleurs des images sidérantes de beautés. Jamais de plan tape à l’œil, tout au long de l’intrigue, une élégance formelle épurée qui tranche singulièrement avec la violence de certaines scènes de tortures et de supplices que le réalisateur capte sans filtre. Une dichotomie reflet de l’âme. Diverses scènes de châtiments captées crument (noyades, crucifixions, pendaison la tête saignée en bas…) viennent parsemer le dolorisme de la foi chrétienne pour provoquer la renonciation et le dénigrement publique de la parole de Dieu (en posant symboliquement le pied sur une plaque personnifiant la religion chrétienne) des Pères emprisonnés dans des geôles. De par sa structure narrative parfois trop répétitive et assez lente, le spectateur se voit offrir le temps nécessaire pour s’imprégner et pour communier avec le doute qui fait vaciller le Père Rodrigues, le narrateur et ‘‘héros’’ principal de l’histoire. Ce récit inscrit dans le japon médiéval (1640) et dépeint avec intelligence l’affrontement des deux dogmes, le prosélytisme catholique et la culture traditionnelle japonaise ayant ses 29


propres règles et convictions religieuses. Une narration profonde sans manichéisme où le chemin sera parsemé d’épreuves, où tour à tour la rencontre avec un jeune paysan traître sorte de Judas, la répression de l’inquisiteur Inoue, la découverte du changement de conviction du Père Ferreira nous renvoient à nos propres interrogations intimes que l’on soit athée, agnostique, bouddhiste ou croyant. C’est la grande force de ce long métrage qui demande une implication du spectateur et d’y laisser un peu de soi au cours de la séance. 2h41m puissantes, où les reconstitutions de villages et d’intérieurs de maisons japonaises et des traditions confinent à l’émerveillement visuel de chaque instant. On peut néanmoins regretter que pour des contingences et des habitudes hollywoodiennes la langue anglo-saxonne soit utilisée notamment au début du film par des prêtres censés être portugais apportant un hiatus pour un projet de cette ambition-là. Une introspection personnifiée de différentes manières à l’écran, par le sobre et impeccable Liam Neeson, l’immense et squelettique Adam Driver et le jeune Andrew Garfield incarnant ce personnage orgueilleux avec conviction jusqu’au dernier plan signifiant. On salue également la finesse de jeu du vétéran Yoshi Oida (Ichizo) et l’excellence de Shinya Tsukamoto (Mokichi). Un long métrage d’une ampleur incroyable, une magistrale leçon de cinéma où la musique est quasi absente. Scorsese en profite aussi pour un hommage précieux et précis à la crème du cinéma Japonais : du côté des compositions picturales de l’art de Kenji Mizoguchi pour la nature, les plans d’intérieurs avec la caméra assez basse renvoient au cinéma de Yasujiro Ozu et les sublimes cadrages des différents rites au meilleur d’Akira Kurosawa. Cette représentation spirituelle nuancée se termine comme elle a commencé par un générique de fin faisant la part belle aux bruissements de la nature pour mieux souligner comme le philosophe Baruch Spinoza « deus sive natura » (Dieu ou la nature) une conception occidentale de pensée interprétant que Dieu n’est pas extérieur au monde mais immanent à la nature. Deux séquences pas anodines dans la perception du cinéaste. Un long métrage d’une ampleur incroyable, une magistrale leçon de cinéma où la musique est quasi absente mais remplacée par une bande sonore étudiée. Venez confronter votre âme à travers ce grand Silence porté par la grâce. Divin. Profond. Pictural et puissant. Un violent chef-d’œuvre sublime. S.B

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mélanie thierry C’était il y a quelques mois, devant les portes du casino de Paris où, accompagnée de ses deux enfants, elle était venue soutenir l’homme qu’elle aime (ndrl: le chanteur Raphael). Malgré la fatigue, l’épuisement causé par un nouveau tournage et la malice de ses enfants, qui ce soir là se chamaillaient encore, elle était une fois de plus d’une beauté indécente. Charismatique, discrète et talentueuse, certains continuent à la confondre avec Mélanie Laurent ou avec Sarah Forestier. Pourtant Mélanie Thierry, c’est plus d’une trentaines de films, quatre pièces de théâtre, un César et un Molière. Elle a tourné sous la caméra des plus grands de Kassovitz à Ttéchiné, en passant par Tavernier, Maiwenn, ou Dupontel, sans oublier Gilliam ou Finkiel... Mais Mélanie Thierry ce n’est pas que ça, c’est aussi une présence et une prestance, une voix, une élégance, une façon si singulière et si émouvante de se mouvoir et avant tout toujours un choix de rôle de fort. Retour sur quelques uns d’entre eux.

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2012, sort sur les écrans, ‘’Ombline’’ de Stéphane Cazes, où Melanie Thierry tient le rôle d’une jeune femme – qui à la suite d’une altercation violente avec la police où son compagnon trouve la mort – se retrouve en prison où elle apprend qu’elle attend un enfant. Elle lui donne alors naissance dans cet univers carcéral où elle l’élève jusqu’à ses 18 mois (comme la loi le préconise). Ensuite, il lui est retiré pour être placé en famille d’accueil. On assiste alors à la lutte de cette femme, qui ne désire qu’une chose récupérer cet enfant. Dans cet univers cruel où règne la violence, le manque d’amour, elle se recrée, cherche son identité de mère mais aussi de femme. Mélanie Thierry porte le film à bout de bras, son jeu est d’une tel intensité qu’on en oublie qu’il s’agit d’un film. Elle oscille entre douceur et dureté, conférant à cette femme beaucoup d’humanité. On pleure avec Ombline, on tremble avec Ombline, on rit avec Ombline... Mélanie Thierry – au delà de choisir un rôle fort et engagé comme à son habitude – nous transporte avec elle, transmettant comme personne les émotions de son personnage qui vont jusqu’à traverser l’écran pour atteindre le spectateur. La même année, elle nous montre qu’elle est aussi à l’aise dans la comédie que dans le drame. C’est avec une aisance presque insolente, qu’elle campe avec facétie, espièglerie et subtilité le rôle de Charlie dans ‘’Comme des frères’’ de Hugo Gélin qui est un film tendre, bienveillant et drôle sur l’amitié. Là encore le rôle est celui d’une jeune femme, cette fois atteinte d’un cancer dont elle décède. Mais pas question de jouer les femmes fragiles, la jeune femme que Mélanie Thierry joue est pleine de vie, charismatique et libre. On retrouve ici Mélanie Thierry au coté de trois grands acteurs François Xavier Demaison, Pierre Niney et Nicolas Duvauchelle (qui est un peu son partenaire privilégié), mais jamais elle ne parait fade ou effacée à coté de ce brillant trio. Elle est pétillante, tendre et éblouissante, une fois de plus. Quelques années plus tard, en 2015, c’est sous la caméra de Tierry Gilliam que l’on retrouve la sublime Mélanie Thierry plus sensuelle que jamais. Mélanie Thierry a du chien est compte bien nous le montrer. Malgré un film par moment un peu fade, toute la fantaisie et l’esprit de Melanie Thierry pénètre le spectateur lui faisant oublier les faiblesses de ce film. C’est à ça que l’on reconnait une grande actrice, une icône, une star, quelqu’un dont le talent et tel et indiscutable, qu’il parvient à nous faire oublier tout les autres défauts environnant ne retenant qu’une chose la prestance et la présence magnétique de cette personne à l’écran. 31


En 2016, c’est enfin dans un film à l’envergure international que l’actrice s’illustre: ‘’A perfect day’’ de Fernando Leon de Aranoa. Confrontée à l’absurdité de la guerre, elle y joue avec beaucoup de lumière et de justesse une femme naïve et idéaliste qui s’essaie à l’humanitaire. Une fois de plus elle fait le choix d’un rôle fort et engagé. Elle même se revendique comme un «taiseuse» mais c’est au travers de ces prises de rôles qu’elle prend position et revendique ces combats avec finesse, intelligence et subtilité, et n’est pas ça le travail d’un artiste : partager sa sensibilité au monde à travers son oeuvre ? Melanie Thierry a donc tout compris ! La même année, sort son premier film au coté d’Emmanuel Finkiel (le second étant ‘’La Douleur’’, actuellement à l’écran dont je vous conseille vivement le visionnage), ‘’Je ne suis pas un salaud’’ qui est un drame social. Encore une fois c’est ensembles que Nicolas Duvauchelle et Mélanie Thierry transpercent l’écran. Un couple vulnérable qui se déchire mais où le désir semble instinctif et sensitif.. Lui est à vif, violent et poignant. En face, elle oscille entre puissance et fragilité, entre pudeur et impudeur. Le duo est saisissant et l’émotion palpable. Mélanie Thierry, actrice discrète du cinéma français et pourtant essentiel, s’illustre dans tous les genres au travers de femme qui ont un message à porter. C’est une artiste, au sens fort du terme. Chaque prise de rôle est pour elle un investissement complet pour dire quelque chose sur notre monde, de notre humanité. A chaque fois elle transperce et transcende l’écran non sans panache et modestie, et c’est encore le cas dans ‘’La Douleur’’ d’Emmanuel Finkiel actuellement à l’écran. C.D

13 Reasons why Alors que le septième art commence doucement mais surement à célébrer le teen movie comme il le mérite, entre deux potacheries totalement assumées, le petit écran US en revanche, avait bien du mal à nous pondre une série pour ados digne de ce nom, après le sacro-saint trio des années 2000 Dawson/One Tree Hill/Gilmore Girls. Un gros cran en retard derrière les Britanniques (Skins, Misfits, Journal d’une Ado Hors Norme), malgré la merveilleuse Ankward (et dans une moindre mesure l’extravagante Glee), Netflix persistait et signait en mars dernier, en permettant au pays de l’oncle Sam de rattraper tout son retard avec l’indispensable 13 Reasons Why, qui fout un gros coup d’éclairage sur un sujet douloureux qui gangrène la société contemporaine : le harcèlement scolaire (et par extension, le slut shaming) et le suicide adolescent.

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Adaptation du roman phare éponyme de Jay Asher, la série nous conte l’histoire de Clay Jensen, un adolescent qui découvre sous son 32


porche au retour du lycée, une mystérieuse boîte portant son nom. À l’intérieur, des cassettes audios enregistrées par Hannah Baker, une camarade de classe qui s’est tragiquement donnée la mort deux semaines auparavant, et qui a envoyée lesdites cassettes à tous ceux qu’elle jugeait responsable de son acte. Les enregistrements révèlent que la jeune fille, dont il était amoureux, a décidé de mettre fin à ses jours pour treize raisons, et Clay est définitivement l’une d’elles... Plongée difficile et malaisante, voir même un poil perverse (on suit aux premières loges la chute progressive et définitivement tragique, d’Hannah), tout en étant incroyablement fascinante et addictive, au sein du destin douloureux d’Hannah, qui fait découvrir une à une, les raisons de son décès tragique à celui qui l’aime - mais pas que -, 13 Reasons Why est une touchante et honnête chronique adolescente sur le harcèlement scolaire - traité de manière joliment frontale -, volontairement sensibilisante, qui évite les écueils faciles du drame larmoyant pour mieux nous conter - sans jamais être pesant -, la descente aux enfers d’une adolescente dépressive dont le monde s’écroule peu à peu sous nos yeux (même si l’on pourra certainement lui reprocher, à juste titre, le fait de ne pas forcément croquer un peu plus en profondeur, la psychologie de la dépression d’Hannah). Pointant du bout de la pellicule tous les infimes détails - souvent cruels - qui font de la vie adolescente un véritable calvaire, retranscrits avec une pertinence incroyable au risque même d’être parfois gênant (pouvons-nous réellement mettre fin à nos jours pour 13 raisons ?), partant d’un pitch aussi simpliste qu’il est casse-gueule (narrer les malheurs d’une jeune fille à travers les yeux d’un garçon qui a des sentiments pour elle), et une narration entre passé et présent un poil déroutante (et pas aidée par une réalisation plate au possible) mais prenante sur la durée; le show, intime et déchirant, tire avant tout et surtout, sa force d’un casting impressionnant, avec des personnages tous plus attachants les uns que les autres et flamboyant dans leurs faiblesses, et totalement voués à sa cause. De la mésestimée Kate Walsh au charismatique Christian Navarro, en passant par Katherine Langford (solaire), tous gravitent autour du génial Dylan Minette (parfait), qui a tout pour incarner la next Big Thing d’Hollywood. Crédible (même si Clay met plusieurs semaines à découvrir la vérité, au lieu de dévorer les cassettes d’un trait), sombre et mature, jouant habilement des clichés inhérents au genre B.O d’enfer à la clé, coucou The Cure et Joy Division - pour mieux consolider son message de prévention (dans lequel tout le monde peut se reconnaître, parents et enfants), universelle, intelligente et follement importante, 13 Reasons Why est une humble tragédie à la fois naturelle et d’une générosité rare, traitant avec délicatesse du deuil et de la confusion/douleur face à la perte d’un proche. J.C 33


Les films de super-hé mort programmée ? En 2013, Steven Spielberg et George Lucas participent à une conférence durant laquelle ils évoquent leur crainte de voir la formule du blockbuster contemporain s’effondrer. Depuis, leur sombre prédiction ne cesse d’être citée à chaque période estivale, où les studios peinent à rembourser des projets bancals (voire catastrophiques) malgré leur coût toujours plus exorbitant. Si le système semble au bord de l’implosion, il n’empêche pourtant pas la croissance toujours plus forte de son genre dominant : le film de super-héros. En effet, l’année 2017 a établi un nouveau record, avec pas moins de sept longs-métrages sortis au cinéma (uniquement pour ceux estampillés Marvel et DC, leurs deux principales marques), sans compter les nombreuses séries et DTV, permettant à un grand public d’être aujourd’hui familiarisé avec un pan de la pop-culture jusqu’alors assez ostracisant. Cette simple constatation offre désormais l’opportunité de prendre du recul avec le succès d’un certain cinéma de divertissement, qui a connu quelques heures de gloire dans les années 70 et 80 (notamment avec le ‘‘Superman’’ de Richard Donner et les ‘‘Batman’’ de Tim Burton), mais sans atteindre l’âge d’or dans lequel nous nous trouvons actuellement, débuté par le premier ‘‘X-Men’’ de Bryan Singer en 2000 et ‘‘Spider-Man’’ de Sam Raimi en 2001. Le super-héros aurait donc trouvé sa place au sein du septième art avec le début d’un nouveau siècle, et se révèle tout en haut de la chaîne alimentaire hollywoodienne, malgré une saturation évidente du marché. Cependant, dans la riche cuvée de 2017, plusieurs longs-métrages ont porté les marques d’une fin annoncée du genre (du moins dans sa forme actuelle), soutenues par des analyses étonnamment concordantes, quand bien même les films s’avèrent parfois aux opposés du spectre. L’exemple 34


éros signent-ils leur PAR ANTOINE DESRUES

le plus évident se trouve probablement du côté du génial ‘‘Logan’’ de James Mangold, dernier volet des aventures du X-Men Wolverine sous les traits de Hugh Jackman. La force métatextuelle de la production est à elle seule signifiante : le baroud d’honneur de l’un des acteurs ayant accompagné quinze ans de blockbusters super-héroïques se révèle être un chant du cygne nihiliste et violent, obligeant son personnage à subir le prix de son immortalité, en devant évoluer après la fin d’une époque, celle des X-Men, qui ont pour la plupart disparu. La note d’intention de James Mangold et Hugh Jackman (qui ont bataillé pour raconter cette histoire, adaptée du comics Old Man Logan) n’est pas si étonnante, car elle permet à

la fois au héros de retrouver la tonalité brutale de ses aventures de papier, et de se démarquer du tout-venant de la production hollywoodienne, en dépouillant le genre pour mieux en retrouver l’essence.

Et c’est en partie l’un des points qu’ont souligné les critiques à sa sortie, et même plus tard, à commencer par Evan Puschak, avec sa brillante chaîne Youtube d’essais vidéos The Nerdwriter. Dans son épisode dédié à Logan, intitulé Superhero Movies Get Old, 35

l’essayiste démontre que le film de James Mangold est une sorte de « réponse à la lassitude du public envers la dominance [des super-héros au cinéma] »  . Il fonde sa réflexion sur un article de John C. Cawelti, traitant de la mutation inévitable d’un genre, à partir du moment où ses codes deviennent trop évidents, et demandent à se renouveler. L’auteur voit cette évolution comme un cycle, passant par quatre phases  : la dérision, la nostalgie, la démythification et la réaffirmation du mythe. Pour Puschak, Logan joue avec les trois dernières catégories, affirmant que le cycle de Wolverine, et par extension des super-héros depuis 2000, touche et doit toucher à sa fin, pour embrasser un futur incertain sur lequel le cinéaste reste ouvert.


lA fIn DeS sUpEr-HéRoS ?

DES GRANDS ÉCARTS PLUS OU MOINS FLAMBOYANTS Mais le plus important, c’est que ‘’Loga’’n n’est pas un cas isolé, et les écrits de Cawelti ont concerné plus d’un long-métrage super-héroïque de 2017. La relation a d’ailleurs été faite par un autre vidéaste, François Theurel, aka Le Fossoyeur de films, qui a cité l’essai de Evan Puschak pour l’appliquer à ‘’Thor Ragnarok’’ et à sa quête de déconstruction du dieu du tonnerre. Pourtant, le film de Taika Waititi s’avère aux antipodes de ‘’Logan’’, avec son ton comique décomplexé qui plonge l’Asgardien dans une parodie de lui-même, au cœur d’une science-fiction bariolée tout droit sortie des comics des années 80. Dès lors, entre un esprit moqueur et la nostalgie, on retrouve bien les deux premières phases du cycle de Cawelti. Mais pour Theurel, ce troisième volet des aventures du dieu scandinave regroupe même les quatre, puisque Thor est dépourvu de son attribut super-héroïque (sa sœur Hela, l’antagoniste du longmétrage, détruit son fameux marteau) et devient son père Odin en perdant son œil, l’obligeant à retrouver le fondement de sa dimension mythologique, afin de se réaffirmer. Il est vrai que d’un point de vue purement structurel, ‘’Ragnarok’’ se révèle assez passionnant, et s’oriente vers une table-rase par moments jouissive (et logique quand on considère la qualité toute relative des deux premiers opus, très indécis, voire contradictoires, en terme de construction d’univers). Néanmoins, la prise de risque que tend à souligner le Fossoyeur peut être remise en question. Certes, le héros perd régulièrement, y compris durant le troisième acte, ce qui le pousse à sacrifier son royaume. Cependant, l’humour constant du film prive l’ensemble de la gravité de ses enjeux, empêchant la démythification (et donc la remythification) de se formuler à l’écran. Thor ne semble traverser qu’une mauvaise passade, lancé dans un pilote automatique (celui du format épisodique) parsemée de quelques embûches inattendues, mais trop anecdotiques dans la tonalité globale. Pour autant, ‘’Ragnarok’’ sonne comme un point de non-retour, celui de la « méthode Marvel », souvent critiquée pour son incapacité à se séparer d’un humour méta, rationalisant un monde que les créateurs ne veulent pas prendre au sérieux. Cette distance perpétuelle, popularisée par l’écriture de Joss Whedon (‘’Avengers’’) et de James Gunn (‘’Les Gardiens de la Galaxie’’) trouve avec le film de Taika Waititi son paroxysme, un sommet de dérision, accentuant les qualités de la démarche autant que ses pires défauts. La thèse de Cawelti se réalise donc, et son cycle est même ici perturbé par la superposition de ses phases au sein d’une seule année de blockbusters, qui révèle la dimension malade d’un mode de production ne sachant plus où donner de la tête pour se renouveler (et ce n’est pas le féminisme factice de ‘’Wonder Woman’’, uniquement pensé pour dissimuler la pauvreté de son scénario, tout aussi banal que les autres, qui dira le contraire). 36


(RÉ)INVENTER LA ROUE, OU ATTENDRE QU’ELLE SE CASSE Le cinéma de super-héros traverse donc une crise identitaire, l’amenant à une dégénérescence qui a su s’allégoriser avec un projet bien spécifique : ‘’Justice League’’. En effet, le film, déformé par sa production houleuse et le revirement mal-contrôlé de Warner suite aux critiques du boursouflé ‘’Batman v Superman’’, en est venu à transformer la grande réunion des icônes DC en un monstre de Frankenstein embarrassant. Et pour le coup, il est intéressant de s’attarder sur la critique que Les Inrockuptibles ont publié au moment de la sortie du long-métrage, analysant ce «  patchwork joyeusement chaotique [de] toutes les formes du blockbuster de super-héros contemporain  » comme une marque de «  la fin d’un âge classique du genre  ». Il est vrai que l’échec de ‘’Justice League’’ est en grande partie dû à la volonté de son studio de mêler diverses tendances d’une décennie de blockbusters, ne serait-ce qu’à travers le style de son réalisateur Zack Snyder, à la fois pompier et désireux de s’approcher de l’esprit concerné et grave de Christopher Nolan, dilué par la patte de son antithèse en la personne de Joss Whedon, appelé à diriger les reshoots et la fin de production suite au départ de Snyder pour causes personnelles. Cette dichotomie, dévoilant les coutures d’un film tout bonnement charcuté, n’a rarement été aussi visible, au point que le longmétrage colle lui aussi aux quatre phases du cycle de John Cawelti, mais de manière bien moins désirée. L’ensemble est constamment tiraillé entre passé, présent et futur, que ce soit par le rajout forcé d’humour, le choix de Danny Elfman à la musique, qui pioche allègrement dans les thèmes plus anciens des personnages (à commencer par celui de Batman qu’il a lui-même composé en 1989), ou encore l’envie de démythifier l’impact des super-héros sur notre monde contemporain avant de leur faire retrouver leur force mythologique par leur association, nous promettant ainsi de nombreux autres opus. Dès lors, cette indécision n’emmène jamais le film dans une direction précise. Elle le laisse s’éparpiller pour finalement rester dans des clous dont le public ne peut plus se contenter depuis le succès d’Avengers, auquel Warner court clairement après. ‘’Justice League’’ en devient tellement évident et programmatique dans son emploi des codes qu’il se métamorphose en parodie involontaire, accusant un retard qui lui a valu d’être obsolète avant même sa sortie. Pour cela, il suffit de revenir au 13 août 2017, date de sortie du quatrième épisode de la saison 3 de ‘’Rick et Morty’’, probablement la meilleure série actuelle sachant bouleverser notre rapport à la pop-culture. En à peine vingt-cinq minutes, ses créateurs déploient avec un fluidité déconcertante la perversion d’un groupe de super-héros, les Vindicators, 37


lA fIn DeS sUpEr-HéRoS ? prisonniers d’un ensemble de pièges qui va réveiller des guerres d’egos et des interrogations sur leur légitimité parfois contestable. Le simple fait que ‘’Justice League’’ tombe à corps perdu dans les poncifs que ‘’Rick et Morty’’ dynamite à peine quelques mois plus tôt est déjà une preuve de fin programmée du genre. Le troisième acte, prenant la forme d’un énième spectacle pyrotechnique indigeste bourré de CGI, montre plus que jamais à quel point sa dream team semble moins sauver le monde qu’amplifier des dégâts colossaux. Snyder a beau avoir déjà été critiqué pour son approche du catastrophisme avec ‘’Man of Steel’’ et ‘’Batman v Superman’’, il ne s’attarde ici que sur une unique famille russe au cœur du champ de bataille, palliatif ridicule qui évite les problématiques de son sujet plutôt que de s’y confronter.

C’est d’ailleurs tout l’inverse de ‘’Logan’’, qui construit sa dimension tragique sur cette malédiction du super-héros, qui engendre la violence où qu’il aille, détruisant sans le vouloir des vies innocentes, à l’instar de cette famille de fermiers qui finira massacrée par les antagonistes du film, sans que Wolverine puisse les sauver. Justice League n’a à aucun moment ce type de proposition franche sur ses personnages, et se contente d’être une synthèse molle d’un temps qui touche à sa fin. Les Inrocks en viennent ainsi à comparer cette boulimie à celle de ‘’La Conquête de l’Ouest’’, western épique de 1962 ayant cherché à regrouper toutes les formes de son genre, avant l’arrivée des cinéastes italiens qui ont su bouleverser ses codes. Le lien est pertinent, car le cinéma de super-héros est peut-être le meilleur représentant actuel d’une fondation par l’image d’une mythologie américaine, comme le western l’était auparavant, avant de s’éteindre. Le genre évoque là aussi un idéal perdu, porté par ses derniers chefs-d’œuvre tels qu’Impitoyable de Clint Eastwood, dont l’aura crépusculaire a notamment inspiré ‘’Logan’’, qui puise ouvertement dans le western (fait peu étonnant puisque James Mangold s’est déjà attelé à le renouveler avec son remake de ‘’3h10 pour Yuma’’). Les films eux-mêmes semblent donc 38


conscients que le cycle se répète. Les icônes qu’ils mettent en valeur, bien qu’immortelles, doivent s’y adapter. Si Marvel prône globalement un statu quo en attendant que le public se lasse (le dernier ‘’Spider-Man’’ amène finalement peu d’éléments inédits à l’adaptation de l’Homme-Araignée au cinéma), le studio se prépare néanmoins à une mutation du blockbuster super-héroïque, dont il compte bien marquer le nouveau point de départ par la conclusion en fanfare du Cinematic Universe qu’il façonne depuis dix ans avec ‘’Avengers : Infinity War’’. Le projet s’annonce fortement alléchant, et même si la marque saura rebondir avec d’autres personnages de son catalogue, elle promet pour l’instant un véritable pay-off, sous la forme d’une synthèse définitive (que l’on espère plus équilibrée que ‘’Justice League’’) de tout un pan de la culture cinématographique et geek dans lesquelles nous vivons. Avant ce feu d’artifice qui risque de faire date, pour le meilleur comme pour le pire, les super-héros stagnent ou s’extrémisent dans leurs codes, demandant à être réveillés par une nouvelle génération (métaphore que ‘’Logan’’ illustre par la volonté de son protagoniste d’aller à l’encontre de sa nature de héros en demeurant inactif, jusqu’à ce que le jeune Laura le motive à affirmer son identité une dernière fois) ou à ce que leur héritage soit dépoussiéré (comme l’a très bien fait ‘’Lego Batman’’ et sa parodie touchante des mille vies qu’a connues le Chevalier Noir). Mais reste alors la question de l’analyse cinématographique dans ce parcours. Le cycle de John Cawelti possède une part de fatalité, d’inexorabilité que les studios suivent vaille que vaille. Cela peut aussi bien donner un renouveau pertinent d’un genre que sa dénaturation la plus absurde, dont les super-héros souffrent malheureusement beaucoup trop, entre une déstructuration privant de plus en plus d’accroche émotionnelle au récit et un trop grand sérieux plombant et faussement intelligent. La critique estelle ainsi contrainte de simplement accompagner cette évolution, même dans ses pires dérives, en définissant juste chaque étape d’une métamorphose au travers des films qu’elle traite ? Ou a-t-elle le devoir de tenter de gripper la machine, de casser son rythme, pour que les vraies prises de risque, et les vraies propositions de cinéma, se démarquent de la simple attente d’un renouveau ? 39


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A star is born

Bradley Cooper et Lady Gaga réalisent leur première, l’un en tant que réalisateur, et l’une en tant qu’actrice dans un film. Il va proposer une version plus sombre d’un des films les plus réalisés du ciné hollywoodien : ‘’A Star is Born’’ l’original de 1937 avec Janet Gaynor, la version Judy Garland de 1954 et l’opus rock de 1976 avec Barbra Streisand. Le film sera classé Rated R (interdit au moins de 17ans) en raison des scènes de drogue et de sexe. Bradley Cooper va donc ringardiser les versions précédentes en proposant une œuvre plus dark, plus crue, plus moderne et moins kitch grâce à Lady Gaga. Rappelons-nous de sa performance dans la série American Horror Story qui lui a valu un Golden Globe pour sa prestation incroyable de la Comtesse. Elle a également composée l’intégralité de la bande originale avec l’aide de Mark Ronson, Luke Nelson et Dave Cobb, pas des moindres. Ces musiciens là et l’intrigue nous promettent un film rock et pop. Clemkey

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Les animaux fantastiques 2 Ce second volet des animaux fantastiques va nous rapprocher encore de l’univers d’Harry Potter grâce au personnage de Dumbledore joué par Jude Law, mais également de Grinderwald. Rappelez-vous du tome 7 d’Harry Potter où on évoque le duel entre ces deux puissants sorciers où l’un va voler à l’autre la baguette de sureau (elle se cache sur la photo), et où on raconte également le passé familial d’Albus avec notamment sa défunte sœur Ariana assassinée. Qui l’a tuée ? On le saura certainement dans les prochains volets. D’ailleurs, d’après JK Rowling, les deux sorciers auraient eu une aventure qui sera racontée dans le film. C’est donc le premier couple gay d’une saga américaine, bravo pour l’audace ! Rien que pour ça il faut aller voir ce film pour voir Jude Law et Johnny Deep en couple. Toutes ces références et l’univers plus sombre, car oui il y aura des crimes d’après le titre, vont certainement rendre ce deuxième film plus intense que le premier. Vivement le 14 novembre 2018 pour replonger dans cet univers magique et redevenir un sorcier, c’est pas cool de faire semblant d’être un moldu. Clemkey

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avengers : infInity war Censé être la première partie du Maxi Best-Of Big Mac de la Phase 3 du MCU qui va voir tous (vraiment tous !) les héros se friter avec le big boss de l’univers Thanos dans ce qui serait, pour sûr, le fight le plus impressionnant des films Marvel, Avengers : Infinity War attise toutes les attentes au sein d’un été des blockbusters ou il est déjà prédit qu’il sera le carton le plus impressionnant. Intox ? Un communiqué officiel de Marvel Studios annonçait fin novembre que la première bande annonce du film aurait été visionnée plus de 230 millions de fois en 24h seulement : soit le record absolu de la bande annonce la plus regardée en ligne en un seul jour. Bref, rendez-vous dans les salles le 25 avril prochain... J.C

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ANNIHILATION

Scénariste de génie (’’28 Jours Plus Tard’’, ‘’Sunshine’’, ‘‘Never Let Me Go’’), le brillant Alex Garland a mis tout le monde d’accord quant à sa capacité à jouer les metteurs en scène à suivre, avec son premier passage derrière la caméra : ‘’Ex_Machina’’, de loin l’un des meilleurs petits morceaux de SF vu ces dernières années dans une salle obscure. Pour sa péloche de confirmation, le bonhomme se la joue nettement plus ambitieux autant sur le fond (adaptation de la trilogie best-seller ‘’Le Rempart Sud’’ de Jeff VanderMeer) que sur la forme (casting quatre étoiles dominé par la belle Natalie Portman), avec une histoire nébuleuse, centrée sur une expédition gouvernementale flanquée sur un site abandonné et coupée du monde, où une biologiste tentera de retrouver son époux disparu. Dit comme ça, la claque a du mal à atteindre nos joues, mais les deux premières bandes annonces contiennent tellement d’images enthousiasmantes et lugubres - et à l’esthétique renversante de beauté -, qu’on parie déjà toutes nos économies sur son potentiel statut de nouvelle bombe SF des années 2010. Dommage que la Paramount semble avoir bradé sa sortie en salles contre une diffusion quasi-mondiale sur Netflix, elle avait là sa meilleur chance de se rabibocher avec un public cinéphile ne gobant plus ses blockbusters indigestes sur grand écran... J.C

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ready player one Vraie réflexion sur la société d’aujourd’hui (et le cinéma ?) de demain, le roman dont est tiré le film y croque, en 2044, une humanité à l’agonie se réfugiant dans le monde parallèle d’Oasis, une expérience de réalité virtuelle qui défie l’imaginaire dans toute son immensité. Et alors que son fondateur meurt sans héritier, une véritable chasse au trésor se déclare pour chiper autant les 500 milliards de dollars d’héritage, que les clés de son fantastique programme. Rejeton du nouveau monde qui est passionné par la culture des 80’s, le jeune Wade va se lancer dans cette aventure bigger than life et par la même occasion, empêcher une multinationale corrompue de repartir avec le gros lot. Transpirant la nostalgie comme ce n’est pas permis, les deux premières bandes annonces alignent les références géniales et nous font (déjà) trop bien comprendre que Spielberg, outre son envie féroce de nous faire revivre cette époque fabuleuse, a bel et bien l’intention de signer une énième oeuvre visionnaire, sans forcément renier pour autant son statut d’entertainer magique. On attend de lui qu’il nous offre le meilleur divertissement popcorn de 2018 mais il pourrait bien in fine, nous balancer dans les salles obscures, rien de moins qu’un nouveau chef-d’oeuvre absolu du genre. J.C

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The Death and Life of John F. Donovan Après son bouleversant ‘‘Juste la fin du monde’’ primé à Cannes en 2016, le petit prodige Xavier Dolan entre dans la cour des grands avec son film américain. Le premier et quel premier film puisqu’il aligne du casting quatre étoiles à un point presque indécent : Kit Harrington, Jessica Chastain, Natalie Portman ou encore la sensation Jacob Tremblay. Avec un budget avoisinant les 28 millions de dollars et un film 100% anglais, Xavier Dolan compte bien s’installer dans l’industrie hollywoodienne avec l’histoire de John F. Donovan dont l’homosexualité vient d’être révelée au grand jour et qui devient la cible d’un journal people. Au vu des premières images dévoilées, le style Dolan est toujours bien présent. Il ne nous reste plus qu’à attendre patiemment la bande-annonce. M.M

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Mission : impossible 6 La franchise ‘’Mission : Impossible’’ a cette particularité plutôt incroyable à Hollywood, de se bonifier de films en films, notamment par la force d’un recrutement burné d’une pléthore de réalisateurs talentueux. Mais le sixième film marquera une sacré fracture dans l’équilibre de cette force, puisque le papa de ‘’Rogue Nation’’, Christopher McQuarrie, rempile à nouveau et signe de facto son troisième long d’affilé avec Tom Cruise. Un même réalisateur de suite à la tête des aventures de l’increvable Ethan Hunt, voilà qu’une des petites curiosités de ce nouvel opus qui verra le retour de ‘’toutes les femmes de sa vie’’ comme dirait les L5 (Michelle Monaghan et Rebecca Ferguson, auxquelles il faut ajouter Vanessa Kirby, Sian Brooke et Angela Bassett), l’absence marquée de Jeremy Renner remplacé par un Henry Cavill à moustache, et une présence plutôt imposante de notre Paris adoré. Pas besoin de valider la bande annonce, on l’adore déjà... J.C

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cRiTiQuEs 27/12

TOUT L’ARGENT DU MONDE Après un ‘‘Alien : Covenant’’ férocement décevant, inutile de dire que l’on attendait avec une impatience toute particulière le second long-métrage de l’année signé par un papy Ridley Scott. Plus bandant sur le papier que son énième exploration de sa franchise chérie malgré une production plus que houleuse (coucou le ‘‘Kevin Spacey Gate’’), ‘‘Tout l’Argent du Monde’’ s’attache à retranscrire, quelques mois avant que Danny Boyle n’en fasse de même sur le petit écran, l’histoire véridique du kidnapping dans l’Italie des 90’s du petit-fils du milliardaire roi du pétrole John Paul Getty. Un fait divers aussi terrible qu’il est fait pour le cinéma, tourné comme une fresque romancée en deux parties, à la fois focalisées autant sur l’amour d’une mère (Michelle Williams, convaincante) prête à tout pour sauver son fils face à l’inertie d’une figure (plus ou moins) paternelle avare, sorte d’oncle Picsou bigger than life et totalement retranché sur lui-même et sa fortune; que sur le triste sort John Paul Getty III, rejeton kidnappé par des ravisseurs liés à la mafia calabraise (dont Romain Duris, plutôt solide malgré un cabotinage certain), et réclamant une très forte rançon pour sa libération. Et, presque logiquement, c’est la partie concernant la figure mythique de Getty (Christopher Plummer, impérial) qui intéresse bien plus aussi bien le spectateur que Sir Ridley, qui en fait une figure mythologique abjecte mais fascinante, véritable maître du monde vaniteux enfermé dans sa tour d’ivoire. Captivante et menée d’une main de maître, cette partie glaciale sur un être profondément pervers et rongé par son avidité sauve du naufrage le métrage. Rythmé au Lexotanil et constamment coincé le cul entre deux chaises, celle du thriller haletant (qui accumule les rebondissements sans arriver à être réellement palpitant) et le drame psychologique (trop rarement) tragique et poignant sur une mère désemparée, prise en étau entre un beau-père monstrueusement antipathique et des kidnappeurs qui le sont tout autant. Péloche à oscars classique, tronqué par quelques longueurs et une caractérisation des personnages limitée (l’espion campé par Wahlberg ne sert pas du tout l’intrigue), tout en étant étrangement prenant quand il s’en donne les moyens (tout le film aurait même pu tourner autour de Getty); ‘‘Tout l’Argent du Monde’’ ne va jamais vraiment au bout ni de ses ambitions, ni de la richesse de son propos, et peine à incarner le moment de cinéma radical qu’il aurait dû être sur le pouvoir écrasant de l’argent et la déshumanisation croissante du monde contemporain. Une petite déception donc, mais plus digérable que celle incarnée par Covenant... J.C De Ridley Scott. Avec Christopher Plummer... 2h15 54


LE RIRE DE MADAME LIN Rare sont les films dont l’affiche arbore en entête une recommandation de l’immense cinéaste Wong Kar Wai : ‘’La grandeur d’une mère dont la force mérite le plus profond respect’’. Cette phrase attise ma curiosité et m’invite à aller découvrir ce qui se trame derrière ce commentaire presque solennel. ‘’Le Rire de Madame’’ Lin propose un âpre drame sociologique narrant le destin d’une vieille paysanne inscrite dans un hospice, par ses enfants, contre son gré, considérant qu’après une chute leur mère est devenue inapte pour rester toute seule chez elle, dans un village de la province de Shandong. Pour son premier film le réalisateur nous présente une autopsie sociale des relations familiales par rapport aux vieux et les mutations de mentalités qui s’opèrent dans la Chine contemporaine loin des traditions ancestrales où la place de l’ancêtre était essentielle dans la construction d’une famille et dans les racines de la transmission. Le cinéaste opère cette radiographie avec une mise en scène minimaliste presque documentaire, où les plans fixes abondent pour illustrer de longues séquences du quotidien. Un dispositif qui met à jour l’effrayante évolution des mœurs, où l’argent prend place au détriment des sentiments, et à l’intérieur duquel les enfants doivent attendre le décès d’une personne âgée dans l’établissement de retraite, pour enfin se ‘’débarrasser’’ de leur mère trop encombrante pour eux. Cette tragédie de l’absurde se déploie à travers un lent récit cruel sans pathos mais avec un humour cynique, où Madame Lin bien éduquée ne proteste pas contre son sort scellé par ses enfants et ne possède que l’arme d’un rire provocateur entre sanglot et lucidité de la situation dérisoire pour lutter contre l’inévitable dénouement. Le cinéaste livre une étude authentique, presque ethnographique, avec une narration romanesque et elliptique manquant malheureusement d’émotion, de dynamisme dans la progression de l’histoire et de scènes inattendues. Car malgré les excellentes interprétations effectuées par des acteurs non professionnels, et la durée de 82 minutes du long métrage, l’ennui pointe parfois au cœur de cette fiction privée d’humanité au sein de ces maisons pitoyables. Venez découvrir cette misérable peinture campagnarde où les racines de la société chinoise sont mises à mal et où il ne reste plus que ‘’Le rire de Madame Lin’’ en guise de désespoir. Brutal. Austère. Tragique. Universel. S.B De Zhang Tao. Avec Yu Fengyuan... 1h22

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I AM NOT A WITCH Cette étonnante fable tragicomique dresse le portrait attachant de Shula, une jeune fille de neuf ans, accusée de sorcellerie dans un village de la Zambie en Afrique. Pour son premier long métrage la réalisatrice zambienne Rungaro Nyoni qui vit au Portugal livre une fable comme le continent africain aime si bien conter par le biais du cinéma depuis Ousmane Sembene et Souleymane Cissé. D’entrée de jeu ce qui frappe c’est une mise en scène parfaitement maîtrisée qui vous happe dès les premiers plans, où la caméra fixe depuis l’intérieur d’un bus remplis de touristes venus voir un spectacle, nous dévoile un camp de sorcières subsaharien sous la musique envoûtante du compositeur classique Antonio Vivaldi.Ce talent esthétique impressionne la pellicule et l’œil du spectateur, admiratif également d’une narration symbolique qui transcende un récit puissant sur les traditions ancestrales aliénantes et la place de la femme en Afrique contemporaine, accompagné par des personnages pittoresques attachants. Cette œuvre atypique ne cesse de surprendre par un ton satirique apportant d’autant plus de force aux propos et à l’absurdité de certaines situations tragiques. La cinéaste, par une alchimie parfaite, distille l’humour pour mieux contraster avec le sort horrible de ces femmes vouées par le mauvais jugement des Hommes à rester attachées à un long ruban blanc rigide sous peine d’être transformées en chèvres ou pour ne pas qu’elles s’envolent. Rungano Nyoni apporte également un soin particulier au travail sur le son, souvent en contre champ et révélateur de violence. Cette chronique ethnologique sociale inhabituelle s’appuie sur son éloquente jeune charismatique Margaret Mulubwa dans un rôle quasi mutique, mais dont le regard d’insoumission et mélancolique ne cesse d’émouvoir. Surprenant. Drôle. Captivant. Un prometteur coup de maître ensorcelant. S.B De Rungano Nyoni Avec Margaret Mulubwa... 1h34

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LE GRAND JEU Orfèvre aussi bien du petit que de grand écran, le vénéré Aaron Sorkin est sans doute l’un - si ce n’est LE scénariste le plus talentueux et acclamé du cinéma ricain de ces dix dernières années. D’où notre certaine impatience à voir le bonhomme mettre en boîte un de ses propres scripts, très souvent synonyme de petits bijoux sur pellicule, et tirant constamment sa force d’un fait ou d’une personnalité réelle.Pari plus que conséquent sur le papier malgré la présence d’un casting quatre étoiles (Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd) dominé par la sculpturale Jessica Chastain, ‘’Le Grand Jeu’’, adaptation très libre des « mémoires d’une reine du poker déchue «, Molly Bloom, jeune femme forte au tempérament du feu qui après quelques années de galère (famille qui ne tolère pas l’échec et vénère l’excellence, carrière olympique avortée, job d’assistante d’un boss exécrable), va ni plus ni moins être la big boss du poker friqué à Hollywood, ciblée autant par les forces de l’ordre (le FBI) que par le milieu (la mafia russe). Une histoire bigger than life que Sorkin croque avec une empathie sans fard, faisant de sa Molly une héroïne moderne et intègre, capable de s’imposer avec poigne dans un monde d’hommes qui ne veulent pas d’elle (le poker clandestin mais pas uniquement); là où il avait bien plus l’habitude de croquer des hommes révolutionnaires dans leur genre, mais profondément antipathique. Sobre et classique dans sa mise en scène, le cinéaste décortique avec soin la vie de Bloom, s’échine à éviter les passages obligés pour mieux dévoiler la vraie femme qui se cache derrière l’image publique (une figure honnête et remarquable, tout autant qu’elle est une criminelle), dans un rise & fall fascinant mené tambour battant (on ne voit pas passer les deux heures de péloche) qui cite autant la décadence jouissive du ‘’Loup de Wall Street’’ de Marty Scorcese, que la narration elliptico-judiciaire de ‘’The Social Network’’. Profitant d’un rôle définitivement fait pour elle, Chastain sublime le verbe si particulier et enivrant de Sorkin, elle irradie le métrage de sa présence implacable (elle est littéralement à tomber), et en impose, même face à un immense Idris Elba rarement aussi bien mis en valeur sur grand écran. Vrai-faux biopic passionnant, volubile et épuré qui s’appuie sur le talent de son casting et la puissance évocatrice du scénario - qui ne s’abaisse jamais à juger son héroïne -, ‘’Le Grand Jeu’’ est un prodigieux concerto, de loin l’une des propositions de cinéma les plus brillantes et ébouriffantes du moment, portrait riche, fascinant d’une femme fatale unique et attachante. J.C De Aaron Sorkin. Avec jessica chastain... 2h20

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LES HEURES SOMBRES Magicien discret d’un septième art britannique qui lui doit - au moins - deux de ses plus belles envolées dramatiques des années 2000 (‘’Reviens-Moi’’ et ‘’Anna Karenine’’), Joe Wright continue, après un écart de conduite à la réception mitigée (le mésestimé ‘’Pan’’), à dévoiler sur pellicule sa langoureuse passion autant avec l’histoire que la seconde guerre mondiale, via un nouveau biopic sur Winston Churchill; de plus en plus un fond de commerce solide ces derniers temps dans les salles obscures hexagonales (‘’Churchill’’ est sortie il y a à peine six mois). Mais la botte secrète du bonhomme réside dans le choix plus que juste de son interprète vedette : l’inestimable Gary Oldman, comédien polymorphe cantonné aux séries B de luxe depuis son inoubliable passage chez Chris Nolan - la trilogie ‘’The Dark Knight’’ -, et qui avait bien besoin de dégourdir son talent avec un projet aussi ambitieux qu’il est taillé pour lui offrir une première (et méritée) statuette dorée. Loin du biopic classique et facile, ‘’Les Heures Sombres’’ est un brillant thriller politique axé sur l’époque charnière de la carrière politique de Churchill : les premiers jours de mai 40, où il deviendra le premier ministre du gouvernement britannique, en pleine Seconde Guerre Mondiale. Les premiers jours d’un homme en passe de changer l’histoire, et dans le bon sens du terme. Captivant, le métrage prend judicieusement ses aises (mais pas trop non plus) avec la réalité pour mieux conter l’histoire derrière la grande histoire, celle du quotidien lourd et tendu comme la ficelle d’un string d’un homme dont chaque décision est capitale autant pour le destin de son pays que pour celui d’une Europe au bord de la capitulation face aux nazis; un homme devant lutter aussi bien avec des ennemis venus de l’extérieur, que des opposants de l’intérieur. Absolument prodigieux, littéralement habité par la figure grave et joviale de l’une des personnalités politiques les plus charismatiques du XXème siècle, Gary Oldman en impose et signe une prestation tout simplement incroyable, qui devrait logiquement lui offrir son premier oscar en mars prochain. Profondément humain et ludique (notamment grâce à des petites touches d’humour salvatrices), porté par un casting renversant (Kristin Scott Thomas, Lily James et Ben Mendelsohn sont parfaits) et une mise en scène enlevée, le film de Joe Wright est un grand et beau moment de cinéma inspiré et inspirant profondément prenantes qui, belle surprise, incarne même une étonnante et fantastique réponse au ‘’Dunkerque’’ de Christopher Nolan. J.C De joe wright. Avec gary oldman... 2h06

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Il en faut vraiment peu pour faire une bonne série B, et si le cinéma ricain semble connaître cette vérité sur le bout de la pellicule, par chez nous, on a un poil plus de mal à l’appliquer dans le cinéma hexagonal. Après un ‘’Overdrive’’ difficilement défendable, et un ‘’Carbone’’ plutôt solide sans forcément casser trois pattes à un canard, voilà que 2018 débarque avec dans sa besace un bon petit morceau de cinéma comme on les aime, nerveux et riche en action : ‘’Burn Out’’ de Yann Gozlan, papa du déjà très réussi ‘’Un Homme Idéal’’ avec Pierre Niney. Autre ambiance cette fois, le cinéaste abandonne le milieu littéraire pour celui plus haletant du go fast en adaptant librement le roman de Jérémie Guez, ‘’Balancé dans les cordes’’ (avec l’aide de l’excellent Guillaume Lemans au scénario), contant les aléas musclés du charismatique Tony, pilote de superbike accro à l’adrénaline, obligé de fricoter avec la pègre manouche pour extraire la mère de son fils, qui leur doit forte somme d’argent. Transcendant sans forcer son pitch limité (comme tout B movie qui se respecte), Gozlan fait de son nouveau long-métrage une petite bombe de polar oppressant et prenant, un grisant film de genre décomplexé et généreux, à la mise en scène aussi immersive qu’elle est épurée et muée par une envie de bien faire férocement louable. Rythmé de bout en bout tout en ne laissant jamais de côté la psychologie de ses personnages ni la solidité d’une intrigue allant constamment à l’essentiel. Porté par un casting impliqué (François Civil et Samuel Jouy sont parfaits) et une tension de tous les instants, Burn Out est une belle surprise qui dépote et qui démontre avec force que la série B hexagonale n’est pas encore morte et enterrée.Tout du moins tant que les distributeurs laissent une chance aux honnêtes faiseurs de la célébrer comme il se doit... J.C

BURN OUT

De yann gozlan. Avec françois civil... 1h43

Une chronique réaliste amoureuse et sociale entre un gardien rom et une jeune fille très pieuse dans la Rome d’aujourd’hui. Roberto de Paolis conte une romance entre deux êtres que tout sépare. Le cinéaste offre une mise en scène en caméra portée façon documentaire souvent au plus près des acteurs pour mieux scruter les tourments des âmes perdues. Le long métrage à la veine réaliste livre un récit riche en thématique jouant sur les oppositions et les contradictions intimes sans manichéisme ni pathos. Dans une Italie sous la pression religieuse et la violence, la narration de cet idéalisme amoureux émeut par l’envie d’émancipations et aspirations intimes de ces protagonistes malgré une intrigue trop balisée. Cet émouvant drame sentimental bénéficie en outre d’une magnifique photo en lumière naturelle et de deux acteurs principaux (Selene Caramazza, Simone Liberati) particulièrement convaincants. Prenant. Incandescent. Attachant. S.B

COEURS PURS

De Roberto De Paolis. Avec Selene Caramazza... 1h55

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THARLO, LE BERGER TIBÉTAIN Ce lancinant drame culturel et sentimental nous conte le destin de Tharlo, berger de plus de quarante ans vivant éloigné dans les montagnes du Tibet devant un jour répondre à la convocation des autorités chinoises afin de répondre aux nouvelles directives du gouvernement imposant la possession d’une carte d’identité pour tous les citoyens de la République Populaire de Chine. Le réalisateur sino-tibétain Pema Tseden, pour son cinquième long métrage, adapte une de ses nouvelles de son recueil ‘’Neige’’ publié en 2012. Le cinéaste opte pour une mise en scène radicale uniquement composée de très longs plans fixes en plan-séquences lors de la toute première partie du film avant d’utiliser les plans fixes de manière plus rapides à mesure que le protagoniste vacille. En effet, dès la première scène la caméra fixe longuement Tharlo devant les autorités policières en train de réciter le discours du 8 novembre 1944 de Mao (appris à l’école à l’âge de neuf ans), comme un passeport obligatoire afin d’obtenir ce papier d’identité dont lui n’a que faire. Un bloc bavard posant le cadre et démontrant ainsi toute l’emprise de la culture politique chinoise sur l’enfance du berger. Ce parti pris de réalisation à distance des personnages a malheureusement tendance à la longue, à trop figer le parcours du héros pourtant confronté au tumulte du choc de sa vie rurale par rapport à la civilisation moderne, où il découvre naïvement l’amour, les désirs d’une autre vie loin des angoisses (loup, pesanteur gouvernementale, oppression...). Par le biais de ce récit ethnographique avec son sous-texte politique engagé sur bureaucratie chinoise dont l’univers semble kafkaïen, l’auteur s’empare de son berger comme le symbole de toute une civilisation tibétaine perdue, en proie au désespoir par rapport à l’hégémonie chinoise qui détruit l’équilibre du passé et les racines de ce peuple montagnard. Peam Tseden, à l’image de son texte, offre une narration très lente un peu convenue, en quête d’identité où les désillusions voient le jour comme de nuit, dans un superbe écrin photographique en Noir & Blanc. Venez à la rencontre d’un monde et d’une langue méconnue (dialecte tibétain de l’Amdo) et en perte de racines à travers ce portrait singulier. S.B De Pema Tseden. Avec Shidé Nyima... 2h03

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10/01

DOWNSIZING Même les plus grands détracteurs du génial Alexander Payne ne peuvent nier cette vérité implacable : chaque film du cinéaste est une invitation pour un pur moment de cinéma, que l’on accepte ou qu’on en décline sa richesse. De par son humour autant acide que son ton est décalé, il a fait de ses savoureux ‘’Sideways’’, ‘’Monsieur Schmidt’’ ou encore ‘’The Descendants’’ - ou l’un des meilleurs rôles à ce jour de George Clooney -, des monuments du cinéma indépendant ricain, en complet contre-temps de la production Hollywoodienne de ses deux dernières décennies. Trois ans après son formidable ‘’Nebraska’’ (sans doute son meilleur film), road trip au parti pris culotté (le choix du noir et blanc au détriment de la couleur, qui offre un cachet d’époque séduisant) façon vrai-faux feel good movie familial à la fois tendre et pétri d’amertume, le Payne nous revient en ses premières heures de 2018 avec un projet aussi ambitieux qu’attendu : ‘’Downsizing’’, produit dans la douleur, et étonnement laissé de côté dans la très prisée course aux statuettes dorées. Exemple parfait de l’américain moyen cher au cinéaste, paria du fameux rêve que sa propre nation vend comme un mensonge entouré de paillettes, Paul Safranek (Matt Damon, en mode service minimum) est en quête d’une vie meilleure et pense que devenir tout riquiqui - 12 cm - pour résider dans une micro-société utopique, résoudra tous ses problèmes. Sur le papier, l’idée ne semble pas mauvaise, mais la vie vendue par par Leisure Island n’est finalement pas si idyllique que ça… Nouvelle fable loufoque aussi bienveillante que pimentée sur une société «futuriste» pas si lointaine que la nôtre, luttant contre la surpopulation et la surconsommation en miniaturisant une poignée d’âmes consentantes, Downsizing est un petit bijou réflexif comme sait si bien les concocter le cinéaste, aussi cynique qu’il est d’une sincérité sans bornes, sur un homme qui va devoir devenir tout, tout petit pour mieux... grandir ! Un moment de cinéma bien barré dont la richesse thématique frise même presque à l’indécence du bon goût, tant sa peinture au vitriol du monde actuel (l’égoïsme et le cynisme de l’homme, la menace d’une crise écologique et économique, la mondialisation, les affres de la vie de couple,...) se perd parfois dans un aspect aussi brouillon que bavard - notamment dans son dernier tiers -, pour nous déployer une morale pourtant des plus sincères (penser petit et aux choses simples est le premier pas d’un bien-être au pluriel). Si Payne voit trop grand parfois avec son nouvel essai, il peine également à pleinement faire vivre ses personnages, malgré un casting alternant entre le cabotinage mignon (le génial Christoph Waltz en tête) et la partition appliquée (Hong Chau, épatante). Inégal mais fascinant même dans ses fêlures, ‘’Downsizing’’ est un Alexander Payne moyen tout en étant un excellent film léger et séduisant, aussi contradictoire que cela puisse paraître. J.C De Alexander Payne. Avec Matt Damon.. 2h16

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cRiTiQuEs

Le nouveau long-métrage de la brillante cinéaste nipponne Naomi Kawase, aura eu le mérite d’incarner l’un des plus beaux films du dernier Festival de Cannes. Après ‘’Les Délices de Tokyo’’ et le formidable ‘’Still The Water’’, Kawase synthétise la maestria de son cinéma pour accoucher d’une oeuvre presque ultime : ‘‘Vers La Lumière’’, bouleversant et délicat drame, véritable poème philosophique sur pellicule, traitant avec simplicité et sensibilité de l’amour et de la mort. Prenant le parti-pris de deux âmes torturées appelés à enlacer leurs destinées pour mieux se compléter face à la dureté d’une existence, et affronter la mort (physique pour Nakamori, photographe qui perd peu à peu la vue; intérieur pour Misako qui doit accepter le décès proche de sa grand-mère et son rapport destructeur à la vie) qui ne peut être vaincu/détournée que par la force d’un amour aussi indéfectible qu’il est passionné et inconditionnel. Métaphysique et spirituel, intime, sensoriel et d’une intelligence rare (autant dans sa réflexion sur le pouvoir de l’image que pour celle de la perception du réel), parfois maladroit (notamment dans son symbolisme où son aspect explicatif un poil forcé) mais dominé par un casting vedette incroyable, ‘’Vers La Lumière’’ est une formidable ode à la résilience et à l’amour. Un grand et lumineux moment de De Naomi Kawase. Avec Masatoshi Nagase... 1h41 cinéma, tout simplement. J.C

VERS LA LUMIÈRE

SI TU VOYAIS SON COEUR Bouleversant dans le bouillant et engagé ‘’120 Battements par Minutes’’, touchant d’originalité et de charisme dans le merveilleux ‘’Au Revoir Là-Haut’’ d’Albert Dupontel, Nahuel Perez Biscayart est LA révélation number one. Déjà de retour alors que la distribution 2018 vient tout juste de pointer le bout de son nez, le bonhomme confirme son talent aux côtés des excellents Gael Garcia Bernal et Marine Vacth, dans ‘’Si tu voyais son coeur ‘’de Joan Chemla, libre adaptation du roman ‘’Mon Ange’’ du cubain Guillermo Rosales. Véritable cauchemar plein de noirceur entre passé et présent, s’accrochant aux basques d’une âme en peine ruminant avec nostalgie ses joies d’antan dans un hôtel lugubre ou les damnées hantent les couloirs avec tristesse, le film de Joan Chemla - dont c’est le premier long-métrage -, est un drame sombre et hypnotique dans tous les sens du terme. Fascinant grâce à une esthétique minutieuse et un jeu d’acteur impliqué, mais surtout une intrigue imprévisible qui nous fait passer par tous les sentiments possibles, la péloche perd en revanche, beaucoup de son pouvoir captivant quand elle s’égare dans un nombre important de scènes/ plans tirant férocement en longueur. Un menu défaut pour un trip atypique et prenant, qui fait de Joan De Joan Chemla. Avec gael garcia bernal... 1h26 Chemla l’une des nouvelles cinéastes à suivre... J.C 62


17/01

On la sentait venir de loin pourtant cette comédie romantique foireuse made in France, sorte de mélange maladroit entre des références appuyées (et piquées à l’aveugle chez ses cousins ricains et britanniques), et une avalanche de clichés hommes-femmes au mieux difficilement défendable. Et pourtant, à l’instar du récent ‘’Cherchez la Femme’’ de Sou Abadi où figurait déjà au casting un William Lebghil visiblement bien plus inspiré dans ses choix de carrière, que son ex-comparse Kev Adams, le bien nommé ‘’AmiAmi’’ de Victor Saint Macary - dont c’est le premier long-métrage - tire habilement son épingle du jeu pour mieux incarner un petit moment de cinéma romantique aussi attachant qu’il est joliment décalé. Sorte de bromance version colocation entre BFF de sexes opposés aussi gentiment dans les clous puisqu’il respecte avec assiduité tous les codes inhérents au genre, qu’il est irrévérencieux dans sa vision douceamère (et pas dénué d’ambiguïté) de l’amitié hommefemme (en moins acidulé que la série ‘’Love’’), le film aligne les dialogues succulents et les situations crues à la limite du borderline, dans un gros délire franchement enthousiasmant, bien charpenté et n’ayant jamais peur du ridicule, porté avec conviction par des personnages finement écrits - idem côté seconds couteaux - et une bande originale au poil. Très drôle et même un tantinet émouvant, parfois too much mais porté par une énergie sincèrement communicative, ‘’Ami-Ami’’ casse le moule et incarne une belle romcom à la française, moderne et étonnement recommandable. J.C

AMI-AMI

De Victor Saint Macary. Avec William Lebghil... 1h26

IN THE FADE Pour son nouveau long-métrage, ‘’In The Fade’’, Fatih Akin aborde le sujet de manière plus frontal avec un mal d’actualité férocement douloureux : les affres du terrorisme et ses répercussions sur une femme ayant perdu dans un attentat, aussi bien que la chair de sa chair - son fils - que son mari. Vu le contexte social plus que bouillant, Akin ne peine pas à capter notre attention, surtout qu’il attaque les thèmes forts du terrorisme et du racisme (l’extrémisme néo-nazi) par le prisme de l’intime en s’attachant au jeu fantastique d’une Diane Kruger littéralement habitée, impressionnante de justesse là ou elle aurait pu très aisément basculer dans un surjeu ridicule - voir indigeste. Vrai film engagé et réaliste, scindé en trois chapitres bien distincts et à la mise en scène/narration fluide pour bien souligner le chemin de croix de son héroïne (parfois tronqué par quelques passages obligés pas toujours bien négociés), ‘’In The Fade’’ milite pour le brassage culturel et incarne un beau drame brûlant et touchant à l’ambiance noire façon polar corean style, pas dénué d’un symbolisme un poil lourd, mais suffisamment solide pour que son coup de poing atteigne sans crainte nos mâchoires. Une dénonciation habile doublée d’un puissant portrait de femme. J.C De Fatih Akın. Avec diane kruger... 1h46

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cRiTiQuEs

3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE Monument discret du septième art ricain tout en étant la muse fidèle des frangins Coen (elle est madame Joel Coen à la ville, ça aide), capable d’apporter son aura magique autant dans des péloches du bon goût du circuit indé, que dans des blockbusters bien gras, l’immense Frances McDormand pourrait bien aller chercher une seconde statuette dorée (méritée) en cette saison des awards grâce au nouveau long-métrage de Martin McDonagh, ‘‘3 Billboards, Les Panneaux de la Vengeance’’, où elle est absolument ébouriffante. En mère courage au caractère à toute épreuve, totalement possédée par un désir ardent de vengeance et de justice, elle cherche à tout prix à réactiver l’enquête sur le viol et la mort de sa fille, totalement au point mort depuis sept mois.Et pour ce faire, elle va louer trois panneaux publicitaires qui se succèdent sur une petite route de campagne, quitte à créer un véritable scandale local. Dans un Missouri gorgé de haine où la violence extrême est tellement banalisée - voire commune -, qu’il faut s’échiner à la jeter haut et fort aux visages du monde, cette matriarche en peine va mener un combat aussi puissant que destructeur pour que justice soit faite. Vrai-faux polar douloureux, McDonagh change littéralement de registre sans forcément laisser de côté son humour noir - histoire de rendre l’expérience encore plus déstabilisante -, et croque une peinture féroce du midwest américain régit par la brutalité, le machisme et le racisme, au sein d’une chronique fascinante sur les notions de justice, de vengeance (la loi du Talion cher au revenge movie ricain est limite carrément remis en cause par le cinéaste britannique) et de culpabilité; culpabilité autant pour cette mère rongée par les regrets, que d’une police corrompue qui traîne à agir. Tendu comme la ficelle d’un string, jamais manichéen ni moralisateur, alignant les rapports de force au moins autant qu’il joue habilement avec les apparences grâce à un scénario solidement charpenté, ‘’3 Billboards’’, vrai morceau de cinéma (sur)prenant, crispant et savoureusement éreintant, est surtout l’occasion de s’émerveiller devant les prestations ahurissantes de son trio vedette. Si McDormand est imposante et époustouflante en mère badass, et que Woody Harrelson est touchant en shérif hanté autant par un cancer qui le ronge que l’enquête qu’il peine à résoudre, c’est surtout la prestation à fleur de peau de Sam Rockwell, redneck antipathique à souhait (raciste, machiste, alcoolique,...), qui imprime durablement la rétine. Il serait peut-être enfin temps que l’on récompense le comédien, et ‘’3 Billboards, Les Panneaux de la Vengeance’’ en serait l’occasion plus qu’idéale. J.C De Martin McDonagh. Avec Frances McDormand... 1h56

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LAST FLAG FLYING On avait laissé le génial Richard Linklater avec la petite bulle de légèreté férocement dopée à l’insouciance et aux glorieuses 80’s, ‘’Everybody Wants Some’’, qui avait embelli notre année ciné 2016 avec cette adolescence ricaine profitant des dernières heures de l’été avant l’entrée en fac, pour jouir avec naïveté de leur jeunesse. Début 2018, il change considérablement de ton avec une fresque douce-amère sur le deuil et les affres de la guerre, ‘’Last Flag Flying’’, adaptation du roman éponyme de Darryl Ponicsan, pour lequel il convoque un trio d’acteurs aussi inédit que férocement bandant sur le papier : Bryan Cranston, Steve Carell et Laurence Fishburne. Modeste et attachante odyssée sur le cycle perpétuel de la vie, le temps qui passe et les ravages multiples des conflits internationaux, où naviguent à vue les mêmes traumatismes et douleurs, le film s’attache au destin tragique de Larry « Doc « Shepard, ancien médecin de la Navy et vétéran de la guerre du Vietnam qui, après le décès de sa femme, doit maintenant enterrer la chair de sa chair tuée en Irak. Et alors que le corps de son fils doit être rapatrié, il décide de ne pas affronter ce deuil seul et retrouve deux amis vétérans pour l’accompagner aux funérailles; anciens camarades de guerre qu’il n’a pas vue depuis des années, mais qui se doivent moralement de le soutenir, coûte que coûte... Road movie au coeur grand comme ça, furieusement américain tout en fleurant bon l’oeuvre antimilitariste sur le rapport fétichiste du peuple US avec son armée (on pense souvent au récent - et magistral - ‘’Un jour dans la vie de Billy Lynn’’ d’Ang Lee), ‘’Last Flag Flying’’ est une belle envolée intime comme c’est si bien les cornaquer le papa de la trilogie des ‘’Before’’, télescopant les générations sacrifiées des guerres du Vietnam et d’Irak dans un sommet de drame aussi volubile qu’il est juste et d’une nostalgie bouleversante. Prenant volontairement son temps pour faire renaître son amitié formidable, habitée à la perfection par un trio vedette à l’alchimie étincelante (Carell est éblouissant en père meurtri, Cranston fait un one man show encore une fois admirable), le film, vraie ode à la rédemption, est une brillante dramédie dont on ressort aussi touché qu’amusé tant Linklater jongle entre l’humour et le drame avec maestria. J.C De FRichard Linklater. Avec Bryan Cranston... 2h04

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cRiTiQuEs

LA SURFACE DE RÉPARATION Avant la sortie de ‘’Taxi 5’’ le 11 avril prochain, Franck Gastambide, rookie charismatique menant habituellement sa carrière entre les comédies - majoritairement - potaches et les séries B musclés, fait cette fois le choix d’un drame hautement ambitieux pour dévoiler à la face des spectateurs, toutes les nuances de son jeu. ‘’La Surface de Réparation’’ de Christophe Regin, film sportif anti-spectaculaire à des années-lumières des autres péloches axées sur le football (mis à part, peut-être, ‘’Les Petits Princes’’), s’attache à conter non pas les affres du terrain mais bien les arcanes professionnels d’un monde loin d’être rose - le football-business -, par le biais du parcours torturé d’une figure de l’ombre : Franck, ex-espoir du centre de formation du F.C. Nantes n’ayant jamais pu devenir pro, qui oeuvre depuis à faire le ‘‘sale boulot’’ dans l’ombre du club, sans être légitimement reconnu par lui. Vraie proposition de cinéma sombre, haletante et tragique, à la lisière du cinéma de James Gray (toute propension gardée), articulée autour des frustrations et des illusions piétinées par la dure réalité, de figures constamment confrontées à un monde de gloires et de paillettes auquel ils aimeraient faire intimement partie, ‘’La Surface de Réparation’’ est un beau portrait émouvant de ses «oubliés» du football, hommes brisés qui s’accrochent coûte que coûte à leur rêve impossible, au lieu de faire le deuil et de s’extirper d’une prison de verre qu’ils se sont eux-mêmes créés. En homme de confiance impliqué, sorte de grand frère viril et discret, Franck Gastambide, impérial, laisse exploser toute sa sensibilité dans une composition solide, à fleur de peau, et porte de la tête et des épaules un drame vibrant et prenant; la première vraie bonne surprise en ce très riche début d’année ciné 2018. J.C De Christophe Regin. Avec Franck gastambide... 1h34

24/01

LA DOULEUR

Faut-il être inconscient ou courageux pour adapter ‘’La Douleur’’ de Marguerite Duras à l’écran ? Allez savoir mais une fois de plus Emmanuel Finkiel, qui collabore pour la seconde fois avec Mélanie Thierry – dont il sait saisir la beauté dans toute son épaisseur –, nous livre un film prodigieux, affûté et sensible. L’amour durassien est transposé à l’image avec un lyrisme d’une justesse absolue. La caméra est épidermique, elle sculpte au plus prés les acteurs et en particulier l’actrice. Benoit Magimel et Benjamin Biolay sont à la hauteur de la brillance de leur partenaire. Mais au-delà de la somptuosité de l’interprétation de ses acteurs, Emmanuel Finkiel a su s’approprier la poésie durassienne dans toute sa sensualité et sa volupté pour la transcender, lui donner un supplément d’âme. Un cinéma dépouillé, un texte original saisissant et respecté, suffisent à faire de ce film un long poème lancinant et langoureux, poignant et charnel dont on se délecte avec frénésie et avidité. C.D De Emmanuel Finkiel. Avec mélanie thierry... 2h06 66


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The show must go on Adieu les griffes de Wolverine et bonjour le chapeau haut de forme de P.T Barnum pour Hugh Jackman. Avec ‘‘The Greatest Showman’’, Michael Gracey rend hommage à celui qui a inventé le cirque avec un film musical enjoué et largement réjouissant. Que le spectacle commence !

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The greatest showman : hugh jackman mène la danse L’année 2017 commençait tout en chansons et claquettes avec ‘‘La La Land’’ et il faut croire que 2018 suit le même chemin et autant en profiter vu que la hype autour de la comédie musicale est loin d’être retombée. Dans la foulée de la course aux Oscars c’est donc Michael Garcey qui s’attaque au monument qu’était P.T Barnum, dans ‘‘The Greatest Showman’’, qui n’est autre que le créateur des spectacles américains (dont le cirque Barnum) avec aux commandes un Hugh Jackman plus à sa place que jamais. Fils de couturier, P.T Barnum voit les choses en grand, en très grand dès son plus jeune âge mais déchante rapidement lorsqu’il fait face à la dure réalité. Fraîchement congédié, avec une femme et deux filles, ce rêveur ira jusqu’au bout contre vents, marées et contestations pour monter les prémices de ce qui va être un des plus grands spectacles américains en réunissant ceux que la société rejette pour leurs différences. Pour cette comédie musicale, Michael Garcey s’est entouré des meilleurs et pour cause, ce sont les compositeurs de la bande-originale de ‘‘La La Land’’ qui se sont attelés à donner corps et âme à des musiques plus entraînantes les unes que les autres et visiblement le réalisateur a fait bonne pioche puisque l’hymne du film chanté par Keala Settle «This is me», en plus de se classer aisément n°1 aux charts aux Etats-Unis, a été récompensé par un Golden Globe. Véritable fresque musicale racontant le destin d’un homme hors du commun, ‘‘The Greatest Showman’’ tire sa force dans des 70


PAR MARGAUX MAEKELBERG

numéros musicaux entêtants, rythmés tambours battants et aux mises en scène extraordinaires que ce soit le numéro de Zac Efron et Zendaya ou le final absolument éblouissant. Ajoutez à cela une sous-morale comme quoi tout est possible à force d’y croire et que vous devea vous acceptez tel que vous êtes et nous avons tous les ingrédients pour un film qui arrivera autant à divertir qu’à émouvoir. Habitué des planches à Broadway, Hugh Jackman est tel un poisson dans l’eau, parfaitement à l’aise en tenue de scène, se donnant à 100% dans chacun des numéros, entrainant ainsi facilement les spectateurs dans cet univers coloré où tout semble possible. A croire que ce rôle était fait pour lui depuis le début. Entouré d’un casting élégant dont fait partie entre autres Zac Efron, Zendaya, Keala Settle, Rebecca Ferguson mais également Michelle Williams (surprenante dans ce rôle par ailleurs), The Greatest Showman envoie des paillettes, de la danse et de la féérie du début à la fin. Un bombardement en bonne et due forme qui cache malheureusement de véritables faiblesses sur son fond. En s’attardant sur sa forme, Michael Gracey en oublie un scénario solide. Un brin bâclé aux dialogues superflus saupoudré de quelques incohérences Mais vous savez quoi ? The Greatest Showman a quand même de quoi faire plaisir en nous offrant un véritable spectacle à la P.T Barnum où vous en aurez largement pour votre argent et arrivera à vous émerveiller tel un enfant devant un numéro de cirque alors comme on dit, «Show must go on» ! 71


Hugh Jackman : Un showman qui impose ses griffes À l’instar du vénéré Sylvester Stallone - avec Rocky Balboa et John Rambo - ou encore Harrison Ford - avec Han Solo et Indiana Jones -, le (très) sympathique Hugh Jackman sera éternellement associé au rôle de Wolverine dans l’inconscient collectif. Un constat un brin réducteur aux vues de sa riche carrière certes, mais il faut dire qu’après (plus ou moins, en comptant les caméos) neuf passages devant la caméra, le bonhomme avait sérieusement oeuvré pour qu’il en soit ainsi - et le mot est faible. Coupe de cheveux approximative, barbe fournie mais taillée au couteau, muscles saillants et de l’adamantium coulant chaudement dans les veines, le Hugh ne faisait pas que simplement incarner le plus populaire des mutants imaginé par papy Stan Lee, il ÉTAIT Logan, cette bête sauvage à l’âme meurtrie douloureusement invincible jusqu’à la dernière bobine de l’ultime opus crève-coeur signé James Mangold. Peut-être pas son plus grand rôle, mais au moins son plus marquant, pour sûr. Mais le bougre ne s’est pas contenté de sortir les griffes au gré des épisodes plus ou moins réussis de la franchise X-Men, il aura su, après près de deux décennies de survie dans la féroce jungle Hollywoodienne, s’adjuger un sacré tableau de chasse de rôles marquants chez des cinéastes de renoms. Illusionniste repoussant les limites de la science et de la réalité chez Christopher Nolan (‘’Le Prestige’’), amoureux fou à travers les âges et les époques chez Darren Aronofsky (‘’The Fountain’’), supposé tueur en série glacial chez Woody Allen (‘’Scoop’’), cow-boy rustre en plein désert australien chez Baz Luhrmann (‘’Australia’’), père ivre de vengeance chez Denis Villeneuve (‘’Prisoners’’) ou encore rien de moins que Jean Valjean chez Tom Hooper (‘’Les Misérables’’) et le terrible Barbe Noire chez Joe Wright (‘’Pan’’); celui qui a failli être James Bond avant l’engagement de Daniel Craig (il aura finalement été... Van Helsing, rude consolation), est aussi et surtout, un sacré showman en puissance. Qu’il dynamite avec charisme les scènes de Broadway dans des one-man-show bouillants (‘’Fever’’ en tête), qu’il enthousiasme la foule au pays du soleil levant dans des spots publicitaires pour une grosse marque de boissons (les spots géniaux de Lipton Ice Tea) ou qu’il casse la baraque devant un public totalement acquis à sa cause dans des cérémonies prestigieuses (les Tony Awards 72


FILMO 1999 : ‘’Paperback Hero’’ de Antony J. Bowman 1999 : ‘’Erskineville Kings’’ d’Alan White 2000 : ‘’X-Men’’ de Bryan Singer 2001 : ‘’Attraction animale’’ de Tony Goldwyn 2001 : ‘’Opération Espadon’’ de Dominic Sena 2001 : ‘’Kate et Léopold’’ de James Mangold 2003 : ‘’X-Men 2’’ de Bryan Singer 2004 : ‘’Profile of a Serial Killer’’ de Steve Jodrell 2004 : ‘’Standing Room Only’’ de Deborra-Lee Furness 2004 : ‘’Van Helsing’’ de Stephen Sommers 2006 : ‘’X-Men : L’Affrontement final’’ de Brett Ratner 2006 : ‘’Scoop’’ de Woody Allen 2006 : ‘’The Fountain’’ de Darren Aronofsky 2006 : ‘’Le Prestige’’ de Christopher Nolan 2008 : ‘’Uncle Jonny’’ de Mark Constable 2008 : ‘’Manipulation’’ de Marcel Langenegger 2008 : ‘’Australia’’ de Baz Luhrmann 2009 : ‘’X-Men Origins : Wolverine’’ de Gavin Hood 2011 : ‘’X-Men : Le Commencement’’ de Matthew Vaughn 2011 : ‘’Real Steel’’ de Shawn Levy 2011 : ‘’Snow Flower and the Secret Fan’’ de Wayne Wang 2011 : ‘’Butter’’ de Jim Field Smith 2012 : ‘’Les Misérables’’ de Tom Hooper 2013 : ‘’Wolverine : Le Combat de l’immortel’’ de James Mangold 2013 : ‘’My Movie Project’’ de Peter Farelly 2013 : ‘’Prisoners’’ de Denis Villeneuve 2014 : ‘’X-Men: Days of Future Past’’ de Bryan Singer 2014 : L’’a Nuit au musée : Le Secret des Pharaons’’ de Shawn Levy 2015 : ‘’Chappie’’ de Neill Blomkamp 2015 : ‘’Pan’’ de Joe Wright 2016 : ‘’Eddie the Eagle’’ de Dexter Fletcher 2016 : ‘’X-Men: Apocalypse’’ de Bryan Singer 2017 : ‘’Logan’’ de James Mangold 2017 : ‘’The Greatest Showman’’ de Michael Gracey 2018 : ‘’The Front Runner’’ de Jason Reitman

PAR JONATHAN CHEVRIER

ou les Oscars), Jackman est un entertainer « à l’ancienne « tout droit venu de l’âge d’or du cinéma ricain, un véritable couteau suisse au naturel et à l’aisance désarmante face caméra. Un bosseur de l’ombre pour qui chaque rôle est une performance à accomplir de la plus juste et divertissante manière possible. Bref, un héritier légitime des légendaires Fred Astaire et Gene Kelly. Pas étonnant alors que Michael Gracey ait eu l’idée de lui confier les rênes de ‘’The Greatest Showman’’, biopic officiel de P.T. Barnum, LE créateur du show-business moderne, qui lui permet de dévoiler sans forcer à la face du monde, qu’il est bien un comédien accompli et surtout - complet. Tant pis alors, si le film se gamelle dans les salles obscures US et que la course aux statuettes dorées risque de le laisser sur le carreau (ce ne sera pas la première fois...), Hugh Jackman est l’une des plus belles et scintillantes étoiles d’Hollywood, muée par le goût du risque et de faire constamment le show. Show must go on comme on dit, et espérons que le (son) spectacle ne cesse jamais de durer…

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SOURIEZ, VOUS ETES FILMES ‘’La La Land’’, ou le film le plus adulé de cette année 2017. Il fallait bien que je lui rende hommage avec cette rubrique. Mais quelle séquence choisir ? Le plan-séquence d’introduction ? La scène du planétarium ? La scène ‘’A lovely night’’ ? Non. J’ai choisi pour cette analyse la longue et magnifique séquence de l’épilogue. Nous sommes à la toute fin du film. Cinq ans sont passés depuis les événements du film. Mia est devenue une célèbre actrice hollywoodienne mais est mariée et a un enfant avec un autre homme que Sébastian. Elle et son mari rentrent dans un club de jazz du nom de «»Seb’s»» , intrigués par la musique qui s’en dégage. Elle s’installe et y voit Sébastian en train de jouer du piano. Et c’est là que ça part en pot-au-feu. Par Antoine Bouillot

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aNaLySe D’UnE sEqUeNcE Le bougre a effectivement réussi son rêve. Il aperçoit Mia, avec un autre homme. Il se met alors à entonner la musique qu’il jouait lors de leur première rencontre. Mia se met alors à complètement planer. Lorsque Seb se met à jouer cette musique, lui et Mia sont éclairés exactement de la même manière que la scène de leur rencontre. Elle se l’imagine donc, sauf qu’au lieu que Seb la dégage comme un vulgaire mouchoir qui traîne dans notre pantalon depuis 3 semaines, il l’embrasse. S’en suit 9 minutes de délire complet. On revit alors toutes les scènes clés du film, mais là où les événements prenaient une certaine tournure, ici ils prennent la tournure inverse (Mia et Seb s’embrassent dans le bar, Seb refuse l’offre de Keith, le spectacle de Mia est un franc succès et Sebastian est présent dans le public, Seb ouvre son club très tôt, Mia réussi ses auditions et devient une actrice célèbre, ils ont des enfants et vivent heureux dans le meilleur des monde). Je vais maintenant revenir plan par plan et vous livrer une analyse d’une forte richesse intellectuelle que l’on me connaît.

Déjà, dès la première scène du rêve on sent quelque chose de bizarre. Là où le film se voulait plus réaliste dans les actions des divers personnages que la plupart des comédies musicales, les personnages alentours se mettent à claquer des doigts sans raison sur le rythme de la musique et J.K. Simmons devient heureux (assez rare pour être souligné). De même lorsqu’ils emménagent, ils courent dans l’appartement avec de grands sourires. Quand Keith propose le job à Seb, les acteurs jouent comme dans un film muet. Pareil dans la scène du one-woman show de Mia, la salle est pleine à craquer de spectateurs, le public lui jette des fleurs et Seb applaudit comme si elle avait gagné un oscar (on me dit dans l’oreillette qu’elle a effectivement gagné un oscar tiens). On arrive maintenant à la partie de la séquence que j’appellerais ‘’J’ai payé des décorateurs et des accessoiristes une blinde, j’ai pas eu l’occasion de vraiment les utiliser avant, du coup je les fait tous bosser comme des malades jusqu’à la fin du film’’. Oui c’est un nom de séquence assez long. Ils arrivent dans un magnifique espace blanc, avancent, puis rencontrent le club des schizophrènes anonymes en train de danser sous un décor Disneylandesque.

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Mia passe ensuite une audition dans un plan où ne voit que leurs ombres, de côté, puis après ça y’a un globe terrestre qui débarque avec un avion dessus, suite à cela on arrive à Paris dans le club de jazz de Seb suivi d’un solo par un trompettiste fou, on rentre dans la trompette puis on se retrouve dans un tableau de Van Gogh et... attendez attendez, qu’est-ce que c’est que ce bordel ? On est dans ‘‘La La Land’’ ou dans un film de Igor Streopkchlak, célèbre cinéaste expérimental tchétchène ? Bon, revenons-en à nos schizophrènes. La suite de la séquence c’est Mia et Seb qui regardent des vidéos de vacances, Mia qui revient à la réalité, qui, en partant, adresse un sourire et un long regard à Seb. THE END

Contrairement à ce que ça laisse penser, cette scène raconte beaucoup de choses et est très riche de sens. Cette séquence est le paroxysme du film. De par son concept même, il résume l’entièreté du film que ce soit au niveau de l’enchaînement des scènes, mais aussi des musiques. Je vais me permettre d’interpréter cette séquence si vous le voulez bien. C’est l’hommage ultime aux comédies musicales « old-school  » (Jacques Demy, par exemple). Dans ce ‘’rêve’’, ici ce mot signifie bien ses deux significations, Mia s’imagine la vie parfaite, telle qu’elle aurait aimé qu’elle se déroule. Aucun mauvais choix, que de la réussite et du succès. Mais c’est un rêve, ce n’est pas la réalité. En vrai, on ne prend pas que de bonnes décisions, on n’obtient pas tout ce que l’on veut. Le fait que Mia et Sébastian se baladent dans un tableau de Van Gogh n’a rien d’anodin, elle s’imagine sa vie de manière féerique, et la plupart de nos rêves à nous sont complètement absurdes.  Vous aurez peut-être remarqué que depuis tout à l’heure je dis que c’est Mia qui rêve, mais rien ne nous le prouve. Cela peut très bien être celui de Sebastian.

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aNaLySe D’UnE sEqUeNcE Ce qui prouve le génie de Damien Chazelle, car si c’est le rêve de Sebastian, mon analyse sera totalement différente. Là où, pour Mia, je parlais d’un rêve naïf, une sorte de fantasme, pour Sébastian on est plus sur du regret. ‘’Pourquoi ne l’ai-je pas embrassé dans ce bar ?’’ peut-il se dire. À la fin de la séquence, on revient sur Mia et Seb, dans la vraie vie, avec Mia qui le regarde avec un air très mélancolique, et Seb qui reste fixé sur son piano comme rongé par le regret. Le mari de Mia lui demande si elle veut rester, puis elle lui répond par le négatif. C’est là que pour le spectateur ‘’lambda’’ ça coince. Ils se disent : ‘’Mais pourquoi elle ne court pas vers Seb afin qu’ils finissent heureux et qu’ils aient pleins d’enfants comme dans tous les autres films ?’’. Car nous ne sommes pas dans tous les autres films. Chazelle a choisi de donner un caractère très mature à ses protagonistes sur cette fin de film. Oui, ils s’aiment, oui ils veulent plus que tout se retrouver et s’aimer, mais comme je l’ai dis plus tôt, ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. Mia a une situation stable, elle a fait ce choix. Tous deux ont réussi leur rêve, on peut penser que ce n’est pas une ‘’Happy End’’, mais au contraire je pense que ça l’est. Mia et Sebastian se sont rencontrés et aimés pour réussir leur rêve, une fois qu’ils l’ont fait, il faut accepter de passer à autre chose.

Je vais en profiter pour vous parler d’un élément qui me tient énormément à cœur et que je défendrai jusqu’au bout. C’est l’importance de la fin. Je pourrais vous faire une thèse entière pour vous dire à quelle je trouve la fin dans un film d’une importance cruciale. En l’occurrence dans ‘’La La Land’’, la fin est un franc succès. Une fin dans un film, c’est un dernier moment partagé avec ce dit film. C’est le dernier souvenir qu’on aura de celui-ci. Et je pense sincèrement qu’il peut largement altérer notre avis sur un film. Si le film est moyen mais la fin incroyablement merveilleuse, on ressortira de la salle avec un avis très positif (certes avec le temps cette impression à chaud va se diluer, mais ça restera tout de même ancré). Damien Chazelle nous laisse avec une séquence de fin avec une musique exceptionnelle, une réalisation incroyable (lorsque Mia et Sebastian dansent sur ce décor étoilé, la caméra danse avec eux, les transitions entre les scènes sont ingénieuses, les décors et la photographie sont sublimes…) et des acteurs imitant le cinéma muet ET les comédies musicales antiques, bref, selon moi la meilleure scène du filmqui est un atout inimaginable pour placer ce film très haut dans mon top de mes films préférés de 2017.

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LES FANTÔMES AU CINÉMA Avec le succès et la fureur de ‘’A Ghost Story’’ un film drame fantomatique sorti en salles ce 20 décembre dernier, il était évident d’y faire écho ce mois-ci et d’aborder les élites des oeuvres évoquant les fantômes dans le septième art. Lors de l’an 2000, le cinéaste indien M. Night Shyamalan sort de l’ombre et offre au cinéma l’un des plus gros thriller fantastique de l’histoire, déclenchant une gloire immédiate : ’’Sixème sens’’. Par Marion Critique

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lEs FaNtOmEs Au CiNéMa

Hiver 98. Cole, un jeune garçon à l’enfance perturbée et à l’âme solitaire, entame une thérapie avec le psychologue réputé et fraîchement récompensé : Malcolm Crowe. Tandis qu’une confiance mutuelle commence doucement à s’installer entre les deux protagonistes, Cole révèle alors son plus gros secret à Malcolm : il voit des morts, sans que personne autour de lui ne puisse voir ces fameux spectres. Tout au long de l’histoire, le psychologue s’efforcera d’aider l’enfant à se débarrasser de ses peurs et à dompter son pouvoir et ce, malgré ses problèmes personnels qui le font profondément souffrir. Au premier abord, le scénario semble être d’une simplicité évidente, un choix assumé par la réalisation, une sobriété qui donne tout son intérêt au film. L’histoire provoque la curiosité et ainsi le spectateur est tenu en haleine avec la folle envie de savoir ce qu’il va advenir de l’enfant et de ses visions macabres. ‘’Sixième sens’’ utilise une atmosphère pesante où la mort occupe toute la place, sans pour autant effacer l’importance même de la vie qui continue malgré tout. Le cinéaste met en lumière un subtil mélange de deux thèmes pourtant bien différents qui viennent s’entremêler avec justesse ; la psychologie et le paranormal. Le rythme est assez lent mais cependant ponctué par des dialogues joliment écrits et certaines scènes morbides et dérangeantes. James Newton Howard donne le ton à l’aide de sa bande originale qui s’accorde subtilement avec l’atmosphère du film, amplifiant ainsi toute son intensité et son ambiance. Shyamalan impose son style à travers une mise en scène inventive sans utiliser les procédés habituels du genre tels que les effets spéciaux. Le cinéaste ose et c’est ce qui apporte le charme et l’authenticité de son œuvre. Le scénario défile tandis que la tension monte crescendo avant de propulser enfin le spectateur face à un twist final époustouflant. Un dénouement absolument fameux dans l’histoire des films à retournement de situation. Comme c’est le cas avec bien d’autres œuvres, il est réellement difficile d’évoquer longuement ce longmétrage sans en dévoiler la fin vertigineuse. Un deuxième visionnage est toujours jubilatoire dans les films à twist et dans le cas de ‘’Sixième sens’’ on y apprécie sa redécouverte et la virtuosité du cinéaste est d’autant plus visible. Quel délice d’admirer Bruce Willis dans un nouvel exercice, bien loin des nombreux films d’action dans lesquels il a pour habitude de jouer les gros bras. On prend plaisir à le découvrir ici dans un rôle sérieux, profondément touchant et humain. Bruce Willis brille mais il est bien loin de faire de l’ombre à la deuxième tête d’affiche, Haley Joel Osment au jeu incroyablement juste et bouleversant. En effet, l’interprète de l’enfant tourmenté provoque chez le spectateur une sincère empathie, puisqu’il ressent avec lui ses peurs et sa souffrance. L’osmose même des deux protagonistes est évidente et attendrissante. ‘’Sixième sens’’ est un savant mélange de genres qui jongle entre le thriller, le fantastique et l’épouvante. Probablement le meilleur film de Shyamalan à ce jour. Un grand classique inoubliable. 82


LES INNOCENTS DE JACK CLAYTON Ce sensationnel film d’épouvante surnaturel nous entraîne dans une demeure où le Dr Markway effectue des recherches dans le domaine de la parapsychologie et invite un groupe de personnes septiques à tenter une expérience de perception extrasensorielle. Robert Wise livre une brillante mise en scène minutieuse suggestive avec pertinente utilisation des décors du manoir lugubre comme personnage principal et effets sonores effrayants. Le cinéaste s’appuie sur un récit psychologique solide et une narration à l’atmosphère maléfique, ayant très peu recours à des effets spéciaux pour faire naître une montée de sueurs froides, subtile et originale. Le réalisateur en n’en montrant le moins possible laisse inexorablement s’installer l’ambiguïté dans l’âme du spectateur, focalisée par le biais du placement malin de la caméra régulièrement en contre-jour ou contre-plongée, sur la peur de l’inconnu. Une œuvre inquiétante choc posant les jalons d’une nouvelle façon de montrer l’horreur, dont l’aspect psychanalytique va irriguer le célèbre ‘’Shining’’ (1980) de Stanley Kubrick. Angoissant. Ambigu. Magistral. S.B

Cet ensorcelant film fantastique psychologique nous fascine par sa sobre et élégante mise en scène en cinémascope et par son intelligent récit inquiétant, novateur pour l’époque, bousculant ainsi les codes narratifs traditionnels en adaptant librement avec l’aide de l’écrivain Truman Capote une nouvelle de l’auteur américano-britannique Henry James  ‘’Le Tour d’écrou’’, publiée en 1898. Jack Clayton utilise également une superbe photographie en Noir & Blanc irréelle, d’influence gothique, par le biais du fameux chef opérateur Freddie Francis (collaborateur de David Lynch et Martin Scorsese, entre autres...) pour dévoiler des plans formellement inventifs et judicieusement habiles pour sublimer l’intrigue d’onirisme. Le metteur en scène distille la terreur de façon éminemment cérébrale par le biais de scènes explicitement angoissantes. Une œuvre transcendée par la composition magistrale de Deborah Kerr totalement habitée par son rôle de gouvernante et bien épaulée par les deux enfants qui apportent au film toute sa puissance, sa singularité et sa richesse. Fascinant. Désarmant. Éblouissant. S.B

LA MAISON DU DIABLE DE ROBERT WISE 83


lEs FaNtOmEs Au CiNéMa

LES AUTRES DE ALEJANDRO AMENÁBAR Ce captivant thriller psychologique narre le destin de Grace, une mère très pieuse, vivant isolée avec ses deux enfants (atteints d’une maladie rare ne leur permettant aucune exposition à la lumière) dans une immense demeure victorienne sur l’île de Jersey, au large de la Normandie en 1945. Le réalisateur espagnol révélé avec le perturbant ‘’Tesis’’ (1996) et brillant ‘’Ouvre les yeux ‘’(1997), choisit pour son troisième film de s’atteler à une adaptation du film horrifique ‘’Les Innocents’’ (1961) de Jack Clayton. Un remake permettant à l’auteur de traiter de ses thèmes de prédilection : la mort et son acceptation. Le cinéaste livre une sobre mise en scène très élégante dans un bel exercice de style avec l’ombre fantomatique d’Alfred Hitchcock qui voit le jour, dans le superbe travail sur le clair-obscur et l’ingéniosité du scénario sans effets spéciaux. Les séquences s’enchaînent crescendo avec une langueur virtuose, conférant ainsi un charme oppressant où le suspense se distille avec intelligence à travers de longs silences, conditionnant ainsi le spectateur dans une angoisse diffuse jusqu’au saisissant twist final inattendu. Un superbe hommage au cinéma d’épouvante à l’ancienne, devenu référence, dans lequel la magnifique et glaciale Nicole Kidman, au teint diaphane, excelle particulièrement au milieu des jeux d’ombres et des portes qui claquent. Efficace. Envoûtant. Incontournable. L’enfer, c’est ‘’Les Autres’’… S.B

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RÉTROSPÉCTIVE SAMUEL FULLER Mis à l’honneur par une magistrale rétrospective intégrale à la Cinémathèque française de Paris (jusqu’au 15 février 2018) et à la Cinémathèque de Toulouse (jusqu’au 8 février 2018), l’œuvre imposante du réalisateur franc-tireur Samuel Fuller méritait bien un coup de projecteur en 5 films pour s’immerger dans l’art cinématographique de cet incroyable conteur des tourments humains, inlassable inventeur de formes visuelles et narratives. Cette filmographie influence depuis plus de 60 ans les plus grands cinéastes du monde entier, notamment Martin Scorsese qui évoque ainsi les films du cinéaste : ‘’Dans la vision de Fuller, l’Amérique était devenue un asile d’aliénés’’. Alors, soyons fous, explorons un peu la filmographie de ‘’’homme qui aimait faire des films’’. PAR SEBASTIEN BOUILLY

QUARANTE TUEURS (1957)

Un magistral western contant l’histoire du shérif fédéral Griff Bonnel envoyé à Tombstone en 1880 avec son frère Wes pour arrêter une bande de quarante hors-laloi dirigée par Jessica Drummond, tenancière d’un saloon réputé. Un long métrage d’1h20m qui ne manque pas d’intensité, de rythme et où la mise en scène atteint des sommets de virtuosité, d’intelligence et d’inventions. Cette pépite a été tournée en format cinémascope dans un noir et blanc somptueux, avec un efficace récit foisonnant d’idées, et une distribution admirable, Barbara Stanwyck en tête donnant une ampleur étonnante à ce western. Un des meilleurs films de son auteur.

Implacable polar noir narrant le destin deTolly Devlin qui assiste, adolescent à la mort de son père tabassé à mort par des membres d’un gang de délinquants et va trouver l’occasion de se venger à l’âge adulte alors que les assassins sont désormais les nababs de la pègre newyorkaise. Samuel Fuller s’immerge dans les basfonds new yorkais avec son style caractéristique assez sec avec des plans très découpés. Une mise en scène incomparable avec un montage nerveux discordant déclinant un récit assez simple de vengeance aux images percutantes, de gros plans saccadés et des émotions extrêmes lors de scènes fulgurantes. Un cinéma incisif, violent, direct comme l’auteur le définit lui-même plus tard. Underworld U.S.A est l’œuvre d’un homme en colère qui ausculte avec rage et précision la gangrène de la corruption.

UNDERWORLD USA (1961)

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Un thriller psychologique culte, une hallucinante descente aux confins de l’aliénation d’un journaliste parti enquêter dans un asile psychiatrique. Une mise en scène brillante et inspirée qui décline un brillant récit oppressant, en sublimant par une splendide photographie en noir et blanc une narration implacable dans l’antre de la folie. Une peinture sans concession du monde de l’enfermement psychiatrique, en parabole de la société américaine en proie à des problèmes sociaux intérieurs de haines raciales et d’anticommunisme exacerbé pendant les années 1960. Un sulfureux long métrage choc porté par une interprétation très intense de Gene Evans. Puissant. Brutal. Glaçant.

SHOCK CORRIDOR (1963)

Jubilatoire film noir, une plongée sans concession contre l’Amérique de la bonne conscience et des apparences, à travers le parcours de Kelly, une élégante prostituée qui tente de retrouver sa liberté envers son proxénète en arrivant dans une nouvelle ville pour change de vie. Dès l’étonnante scène d’ouverture particulièrement violente et hystérique, le cinéaste donne le ton et capte l’attention du spectateur pour ne plus la lâcher jusqu’au générique final. Cette œuvre bénéficie d’une brillante mise en scène pour mieux dénoncer toutes les hypocrisies, les secrets et les pulsions enfouies au plus profond de chacun de nous tout en revisitant les codes du mélodrame des années 50. Il ajoute à son sens de l’esthétisme habituel des moments de sensualité et de poésie pour mieux amorcer un rebondissement assez glauque et inattendu. Un drame audacieux littéralement porté par l’incarnation bouleversante de Constance Towers qui crève l’écran sous la splendide photographie illuminant son visage expressif. Une critique féroce de la société américaine toujours d’actualité.

THE NAKED KISS (1964)

‘’The Big Red One’’, titre original nommant ainsi l’unité dans les rangs de laquelle Samuel Fuller a servi pendant la Seconde Guerre mondiale, raconte le destin de quatre jeunes soldats qui s’engagent dans l’infanterie américaine pour combattre au nom de leur patrie, de l’Afrique du Nord à l’Allemagne nazie. Découvrir les horreurs de la guerre va marquer à jamais leur existence. Un saisissant film de guerre autobiographique à la mise en scène époustouflante alternant les morceaux de bravoure ou de lâcheté avec des scènes plus intimes de vie quotidienne du soldat avec des moments de doute sur leur engagement sans oublier une présence importante de la mort dont la banalité et l’inexorabilité devient un questionnement. Avec sincérité, le cinéaste livre un brillant récit tendu, dont l’authenticité dans les méticuleux détails, ne cesse d’épater et offre des séquences absolument poignantes et parfois bouleversantes. Une violente œuvre implacable qui repose sur l’interprétation nuancée du charismatique Lee Marvin et celle convaincante de Mark Hamill, notamment. Un réaliste pamphlet anti-guerre vibrant et déchirant.

AU-DELA DE LA GLOIRE (1980)

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IL ÉTAIT UNE FOIS... ROCKY BALBOA

PAR JONATHAN CHEVRIER

1976, après plusieurs années d’une carrière mineure faite de petites apparitions pas forcément notables, Sylvester Stallone, fraichement dans la trentaine, allait tout simplement entrer dans la légende du septième art en créant le personnage de Rocky Balboa; un boxeur des bas fonds de Philadelphie qui se voit offrir l’opportunité de combattre pour le titre de champion du monde. Aussi déterminé que sa création, Stallone (qui a accouché du premier jet en à peine trois jours, après avoir vu le match entre Muhammad Ali et l’outsider Chuck Wepner), a lutté contre les studios pour vendre son script et - surtout - pour en interpréter le rôle principal, un temps envisagé pour Burt Reynolds, James Caan ou encore Ryan O’Neal.

‘‘On me demande souvent si Rocky est une extension de moi-même. À vrai dire, j’aimerais être aussi noble que lui, car il ne dit jamais du mal de personnes et ne se plaint jamais. Il a gagné 54 combats et en a perdu 24, comme il a perdu beaucoup d’autres choses dans la vie, et cela ne l’a jamais empêché de se dire que demain est un autre jour. J’aimerais être comme ça, mais ce n’est pas le cas.’’ À force d’obstination, le résultat n’en fut que plus éclatant : 100 millions de dollars de recettes - pour un million de budget -, oscar du meilleur film (devant ‘’Taxi Driver’’ et ‘’Les Hommes du Président’’), l’acteur est intronisé star d’Hollywood et Rocky devient très vite l’une des franchises les plus célèbres de l’histoire du cinéma ricain. Quarante ans plus tard, et même si il n’a décemment pas connu la carrière qu’il méritait, Stallone a su forger la légende de l’Étalon Italien pour en faire une saga familiale populaire et unique en son genre, une épopée intime à l’implication personnelle incroyable (il est scénariste et acteur principal sur tous les opus, réalisateur sauf sur le 1et le 5ème opus), tant Sly s’est constamment 88


efforcé de tisser un lien invisible et indéfectible entre lui et son auditoire, en nous ouvrant son coeur dans des films dignes et humains. A tel point que, plus encore que la bête Rambo, Rocky est devenu l’alter-ego sur grand écran du comédien et un témoignage (volontaire ?) édifiant de la carrière du bonhomme : la révélation (Rocky), la consécration et le statut de gagnant (Rocky II, la Revanche), l’embourgeoisement et le questionnement de la célébrité (Rocky III, L’Oeil du Tigre), la folie excessive de la célébrité jusqu’à devenir une icône patriotique (Rocky IV, tout comme Rambo II), le retour aux sources et la chute du statut de héros (Rocky V) et enfin le baroud d’honneur après un long passage à vide (Rocky Balboa), avant le passage de témoin vibrant (Creed : l’Héritage de Rocky Balboa).

‘‘Je me suis fait à l’idée : le jour de ma mort, on ne dira pas que Sylvester Stallone est mort, mais bel et bien que Rocky Balboa est mort.’’ Et à l’heure où un alléchant ‘‘Creed 2’’ est en passe de débuter ses prises de vues, avec l’ombre imposante du quatrième film dans le rétroviseur, Rocky Balboa n’est pas prêt de faire taire son statut de géant du cinéma qu’on aime, confirmation tout en muscle et en tristesse que le rêve américain est à la portée de tous ceux qui veulent y croire et donnent le meilleur d’eux-mêmes. Plus qu’un boxeur au grand coeur, un héros tout simplement magnifique et inoubliable.

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INSTANT

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SÉRIES

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BLACK MIRROR S4

PAR JULIE RAGOT

A l’instar de ‘’Stranger Things’’, ‘’Black Mirror’’ fait partie de ces séries Netflix dont vous avez entendu parlé au moins UNE fois. Impossible d’être passé à côté de ce phénomène tant la complexité, l’intelligence et le reflet de notre société sont perceptibles et forcent le visionnage. Créée fin 2011, ‘’Black Mirror’’ oscille parfaitement dans l’art de nous faire peur tout en nous faisant réagir sur notre rapport aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux, sans pour autant aller dans l’invraisemblable. Et bien qu’allant vers la science-fiction dans certains épisodes, on se dit que plus rien n’est impossible désormais, avec cette expansion quasi permanente de la portée d’Internet et autres technologies dans nos vies. De nombreux exemples montrent que la série n’est pas si éloignée de la vérité : les applications où la notation est omniprésente comme Uber ou bien en Chine, avec l’installation d’un système de notation pour les « bons » ou « mauvais » citoyens, mais aussi les «  animojis  » de l’iPhone X, déjà évoqués humoristiquement dans l’épisode ‘’Le Monde de Waldo’’. Avant-gardiste ? En quelque sorte. Passés ces exemples plus effrayants et alarmants les uns que les autres, revenons à la dite saison 4 de Black Mirror, sortie le 29 décembre dernier. Si la plupart des épisodes reste comme à chaque fois époustouflante et interloquante, deux épisodes en particulier se détachent du reste de la saison  : «  Hang the DJ  », un des très rares épisodes de la série qui se termine relativement bien et « Black Museum », un épisode à couper le souffle, tant par son aspect peu ragoûtant que par sa fin stupéfiante. Et puis pour ceux qui n’auraient toujours pas eu l’immense plaisir de s’angoisser devant Black Mirror, voila mon top 5 des épisodes à regarder de toute urgence (vous pouvez les regarder dans le désordre, ils ne se suivent pas, bien que des références entre épisodes peuvent s’apercevoir pour les plus observateurs) : 1) ‘Shut Up and Dance’ (Tais toi et danse) - S3E03 2) ‘Nosedive’ (Chute Libre) - S3E01 3) ‘Hang the DJ’ (Pendez le DJ) - S4E04 4) ‘The National Anthem’ - S1E01 5) ‘Black Museum’ – S4E06 Mais aussi : ‘USS Callister’ (S4E01), ‘White Bear’ (S2E02), ‘Hated in the Nation’ (S3E06)… L’intégralité de l’article est à retrouver sur www.teleddict.wordpress.com

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THE HANDMAIL’S TAIL S1

PAR CLEMKEY

Dans une société dystopique et totalitaire au très bas taux de natalité, les femmes sont divisées en trois catégories : les Épouses, qui dominent la maison, les Marthas, qui l’entretiennent, et les Servantes, dont le rôle est la reproduction. La série suit le parcours de June, une femme devenue servante sous le nom de «Offred» (DeFred) (car au service du commandant Fred Waterford). Dans cette fiction, qui se situe aux Etats-Unis, la femme est soumise, l’homme est au pouvoir, les homosexuels sont pendus… Tout de suite ça fait moins rire… Cela peut nous rappeler ce qui se passe dans certains pays, la fiction est tristement réaliste. Pourtant la série est tirée du livre de Maragret Atwoofd datant de 1985… Oui ça fait peur! D’ailleurs le sujet nous donne des frissons quand on pense à la régression sociale qui se passe actuellement aux Etats-Unis… Dès les premières minutes, on ressent un électrochoc féministe, la série ne devient plus une simple série, elle devient militante ! ‘’The Handmaid’s Tale’’ nous réveille, nous secoue, nous choque et nous émeut au plus au point ! La série nous rappelle que les droits des femmes ne sont pas acquis, la lutte doit continuer tous les jours pour ne laisser passer aucunes régressions. Je vous préviens, la série est dure à regarder, chaque épisode nous donne la boule au ventre et nous procure une rage immense. Outre le message, Elisabeth Moss, jouant le personnage principale June, est d’une justesse implacable ! Son Emmy Award est mérité tout comme son triomphe à la dernière cérémonie des Golden Globes en remportant le prix de la Meilleure actrice dans une série TV tout comme la série qui a raflé le prix de la Meilleure série dramatique. Un signe de bonne augure pour cette série dont les premières images de la seconde saison ont été dévoilé récemment. Bravo à Hulu qui détient sa première grande et belle série ! Donc si vous n’avez pas vu ce chef d’œuvre, regardez là le plus vite possible car elle concurrence tous les meilleurs films de cette année. 93


JEAN-CLAUDE VAN JOHNSON

PAR JONATHAN CHEVRIER

On aime passionnément JCVD par chez nous, le tataneur belge au phrasé aussi dévastateur qu’un coup de tatane renversé dans le menton, est de loin l’un des plus grands héros de notre enfance, gentiment intercalé entre les rois Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger et Kurt Russell. vMéchamment cantonné aux DTV de luxe ces dernières années, alors qu’il semble enfin assumer un penchant humoristique qui aurait fait des ravages dans des comédies (ou des buddy movies) plus inspirés, le bonhomme nous revient par la petite porte du petit écran, via la plateforme Amazon Prime qui lui offre ni plus ni moins que son propre show, comédie mi-méta mi-WTF, JeanClaude Van Johnson ou l’acteur incarne rien de moins que lui-même... mais pas que. En effet, le show y montre la supposée double vie - fictionnelle bien entendu - du Jean-Claude, à savoir celle d’un espion international renommé qui profitait des tournages de ses nombreux films pour accomplir de nombreuses missions secrètes. Et après des années hors-service, il va essayer de revenir dans le game, même s’il risque d’être un poil rouillé. Vrai mélange des genres aussi improbable que franchement fun (parodie, satire d’Hollywood, hommage autant à JCVD qu’aux films d’espionnage, drame poignant,...), ‘’Jean-Claude Van Johnson’’ est un petit bijou déjanté pour tous les amoureux du maitre des arts martiaux belge, qui n’hésite pas une seule seconde à se moquer de lui-même (en même temps, on ne doutait plus vraiment de son sens de la dérision, notamment depuis ‘’Welcome To The Jungle’’) tout en montrant un versant plus dramatique de sa palette d’acteur, à peine entraperçu dans le monologue crève-coeur du JCVD de Mabrouk el Mechri. Volontairement kitsch, absurde et référencé à mort, bien mieux torchée que ne le laissait présager son trailer un poil cheap - les scènes d’action sont légion et dépotent grave -, la série, d’une fluidité étonnante (le show est découpé en six épisodes de 30 minutes, et peut se voir comme un long film) malgré un scénario pas toujours solide mais généreux en moments jouissifs, Jean-Claude Van Johnson est un vrai moment de TV fun, drôle et attachant, de l’or en barre pour les amoureux des « Muscles From Brussels « tout autant que la preuve parfaite que le bonhomme nous manque terriblement, et mériterait une sacrée reconsidération par Hollywood la Putain et le septième art hexagonal. Oui, on t’aime Jean-Claude, mais genre vraiment. 94


THE END OF THE F***ING WORLD

PAR JONATHAN CHEVRIER

2017, Netflix nous balançait rien de moins qu’un uppercut dans les gencives avec un teen drama bouleversant, la merveilleuse ’’13 Reasons Why’’, dont le spectre nous hante encore. 2018, la plateforme ne traîne pas puisqu’à peine cinq jours après le début de la nouvelle année, elle récidive dans la série ‘’pour ados’’ avec un joli coup de pied dans les valseuses tout droit venu de la si brillante télévision british : ‘’The End of The F***ing World’’, adaptation du roman graphique de Charles Forsman signé Jonathan Entwistle, qui avait déjà adapté la chose en courtmétrage en 2014. Pas étranger aux teen dramas atypiques (‘’Skins’’, ‘’Misfits’’...), le pays de la reine Elizabeth (qui a rarement été aussi americanisé à l’écran) récidive avec un nouveau show qui annonce la couleur dès son titre - punk à souhait - mais surtout dès les premières minutes d’un serie premiere où tout est mis en oeuvre pour que l’on adore détester ses protagonistes principaux James et Alyssa; deux ados nihilistes, anti-conformistes et un brin psychotiques - pour être poli -, abîmés par la vie, et qui vont temporairement trouver du réconfort l’un envers l’autre,  avec un petit peu de crimes pour épicer le quotidien. Vrai road trip acide et agressif à la coolitude totalement assumée - voix-off caustique en prime -, dopé au cinéma de Quentin Tarantino (‘’True Romance’’ et ‘’Pulp Fiction’’ en tête) et à une bande son d’enfer, la série, déroulée sur huit petits épisodes d’à peine plus de vingt minutes (l’intrigue se déroule sur cinq, six jours) est une pure comédie noire diablement efficace qui ne brade pourtant jamais son émotion, sincère et tendre juste ce qu’il faut; notamment dans la seconde moitié de la saison, moins comique et plus dramatique dans son étude naïve mais touchante à la fois, de l’adolescence. Aventure macabre riche en rebondissements et à la profondeur étonnante (tous les personnages sont finement croqués et développés, même les seconds couteaux ont droit à leur arc narratif), se constituant sa propre identité au-delà des nombreuses références et interprétée avec brio par son duo vedette (Jessica Barden et Alex Lawther, parfait), ‘‘The End of The F***ing World’’ est un vrai petit bout de télé grisant et férocement addictif; un excellent teen drama sombre dont on attend déjà avec une impatience non-feinte la suite. Espérons qu’elle ne tarde pas trop à pointer le bout de son nez... 95


THE PREDATOR

PAR JONATHAN CHEVRIER

Après s’être fait gangbangiser plus que de raison par la FOX, autant via un reboot maladroite chapeauté par Robert Rodriguez (‘’Predator’’) que par la nullité abyssale d’un diptyque nanardesque où les chasseurs à dreadlocks se fritaient avec les pires ennemis de Ripley (‘’Alien v.s Predator’’), la carcasse souillée de la franchise ‘’Predator’’ espérait reposer tranquillement l’anus en fleur, dans son cercueil en colza. Mais c’était mal connaître le génial Shane Black, déjà impliqué dans le chefd’oeuvre original de John McTiernan, qui s’est décidé à redonner ces lettres de noblesse à cette si formidable créature. Résultat, ‘’The Predator’’ et son casting bandant à souhait  (Boyd Holbrook, Olivia Munn, Thomas Jane, Jacob Tremblay,...) verra le papa de ‘’The Nice Guys’’ orchestrer un fight mignon entre les Predators hargneux et une bande de soldats déglingués dans une petite ville ricaine qui ne demandait vraiment pas un tel boucan entre ces murs. On espère qu’il touchera du bout de la pellicule la maestria du film de 1987, mais on se contentera au minimum d’un actionner testostéroné et respectueux de la mythologie mère.  Une mission menée par des agents infiltrés israëliens tourne mal et provoque un mort. Au même moment, Doron, un ancien de cette unité est obligé de reprendre du service car le chef du Hamas qu’il pensait avoir tué n’est pas mort. Sur fond - bien réel- de conflit israélopalestinien, cette série joue habillement sur le thriller d’action tout en dépeignant le quotidien vécu autant par les Israéliens que par les Palestiniens. Diffusée dans la plupart des pays sur Netflix (excepté la France entre autres shame on you), la série a été récompensée en 2016 par six prix Ophir, dont celui de la meilleure série dramatique, par l’Académie israélienne du film et de la TV et s’est vu aussi attirée les louanges de Stephen King alors forcément... D’ailleurs une seconde saison est déjà en préparation.

FAUDA

PAR MARGAUX MAEKELBERG 96


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sOrTiEs DvD

Les Proies de Sofia Coppola - sortie le 02 janvier 2018

Hitman & Bodyguard de Patrick Hughes - sortie le 02 janvier 2018

#Pire Soirée de Lucia Aniello - sortie le 03 janvier 2018

Barbara de Matthieu Almalric - sortie le 10 janvier 2018

‘‘ Poème pictural à la réalisation léchée, Les Proies est un remake aussi élégant et prenant que sage d’une oeuvre vénéneuse et subversive.’’

“ Buddy movie comme on les aime, Hitman & Bodyguard est un pur divertissement estival solide et musclé, porté par un excellent duo vedette.”

“ #Pire Soirée ou une comédie noire prévisible et mineure, au casting top mais croulant autant sous ses ambitions que ses nombreuses références. ”

“Tout en sensibilité et grâce à un envoutant jeu de miroirs, Amalric fait de son Barbara un portrait fantasmé de la «grande dame brune» ”

Wind River de Taylor Sheridan - sortie le 11 janvier 2018 “ Wind River ou énième constat doux-amer sur une Amérique profonde saignée de toute part et au bord de l’implosion, porté par un casting solide. ”

Good Time de Ben et Barry Seal : American Josh Safdie - sortie le 16 Traffic de Doug Liman janvier 2018 sortie le 16 janvier 2018 “ Gros shot d’adrénaline “Exit la charge politique jouissif, Good Time est racée, Barry Seal incarne une belle petite bombe un divertissement nerveuse, prenante nerveux, franchement et coloré, qui vaut efficace et fun, à la décemment son pesant carcasse férocement de popcorn. ” vintage. ”

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Mary de Marc Webb - sortie le 17 janvier 2018 “Mary ou une petite boule d’amour aussi touchante que bouleversante, un drame humble, poignant porté par un duo Chris Evans/ McKenna Grace joliment attachant.”


Otez-Moi d’un Doute de Mon Garçon de Carine Tardieu - sortie Christian Carrion le 17 janvier 2018 sortie le 23 janvier 2018 ‘‘ Envolée rythmée à la fois subtile et piquante, Ôtez-moi d’un doute est une jolie dramédie sur la complexité des liens familiaux et de l’amour.’’

Mother ! de Darren Aronofsky - sortie le 23 janvier 2018

“ Petite boule de tension réaliste et douloureuse, Mon Garçon est un thriller efficace dominé par un G. Canet aussi mutique qu’il est intense.”

“L’orfèvre Aronofsky synthétise les thèmes chers de son cinema pour faire de ce film une claque tétanisante, paranoïaque et dévorante. ”

Le Redoutable de Michel Ça de Andres Muschietti Hazanavicius - sortie le sortie le 31 janvier 2018 30 janvier 2018 “Le Redoutable ou un quasi-film à sketchs façon pastiche élegant et amusant mais manquant cruellement de peps, porté par un L. Garrel impliqué.”

“Ça est un intense cauchemar sur pellicule prenant les traits d’un douloureux et attachant teen movie sur une poignée de gosses maudits.”

99

American Assassin de Michael Cuesta sortie le 23 janvier 2018 “Thriller d’espionnage post-24H à la violence d é c o m p l e x é e , American Assassin est prévisible mais se laisse regarder sans trop de déplaisir.”


la page des non-cinéphiles On peut ne pas avoir aimé La La Land J’entends déjà au loin cris d’injure et

vois torches enflammées pour venir me brûler vive. Oui je fais partie de ceux qui ont déjà vu La La Land et qui n’ont pas aimé. Pourquoi  n’ai-je pas aimé celui qui a tant retourné les esprits cinéphiles  ? Personne n’aime qu’on lui dise ce qu’il doit aimer malgré le phénomène de moutonisation de la population depuis quelques d’années. Et pourtant, on se sent comme obligé d’aimer ce film. ‘’Un chef d’oeuvre !’’, ‘’Le Meilleur film de l’année’’… Mais ça ne prend pas avec moi. Déjà réticente à l’idée de voir le film en lui même à cause de ce matraquage incessant, mon avis négatif sur La La Land n’a fait que s’accentuer au fur et à mesure des 2h08 de film, aussi long qu’un cours de mathématiques sur les logarithmes népériens. Pas une émotion, juste l’impression de perdre mon temps face à Ryan Gosling et Emma Stone qui n’ont pour moi pas le talent aussi grand qu’il est annoncé dans les portraits élogieux qu’en font les experts. Seul point positif  : la musique du début, entraînante et attrayante, dommage qu’elle ne dure pas tout le film. Je pourrais exposer mon avis pendant des heures mais je n’ai qu’un petit édito, en espérant ne pas vous avoir trop arraché de cheveux en lisant ce papier, mesdames et messieurs, La La Land est surcôté.

PAR JULIE RAGOT

mots croisés

Let’s singing ! A toi de retrouver les 15 mots concernant les comédies musicales au cinéma dans la grille ! - Billy Elliot - Broadway - Dirty Dancing - Disney - Flash Dance - Gene Kelly - Grease - La La Land - Magicien d’Oz - Mamma Mia - Mary Poppins - Night Fever - Roi Lion - Singing - Zac Efron

labyrinthe

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Mia et Sebastien se sont perdus de vue, à toi de les rassembler pour que la magie de La La Land puisse continuer à opérer !


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Désolé j'ai ciné #3  
Désolé j'ai ciné #3  
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