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Autoportrait - Ultra Lyon

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Marc Engry, journaliste parti à la rencontre des ultras de l’OL

Il y a trois ans, je sortais du master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l’université

Lumière Lyon 2, avec une seule certitude : je voulais être sur le terrain, observer, enquêter et raconter. Depuis, en tant que pigiste, j’ai choisi de suivre les mouvances de l’extrême droite, leurs réseaux et leur influence, notamment en région lyonnaise, un véritable laboratoire de ces dynamiques.

L’un de mes sujets les plus marquants a été l’infiltration du groupuscule South Side Lyon, une organisation discrète mais particulièrement active. Un soir, lors d’une réunion semi-clandestine dans un bar de la presqu’île, j’ai assisté à une scène révélatrice. Alors que les discussions tournaient autour de stratégies de visibilité et de recrutement, un membre a sorti une carte de Lyon et pointé un quartier du doigt en lâchant : "Ici, il faut qu’on se montre." Tout était clair : ces groupes ne se contentaient plus de rester en marge, ils cherchaient à s’implanter, à normaliser leur présence.

Travailler sur des groupuscules violents proches de l’idéologie nazie, c’est accepter d’évoluer en permanence sur une ligne de crête, entre nécessité d’informer et enjeux de sécurité personnelle. Ces organisations ne sont pas seulement radicales dans leurs idées : elles le sont aussi dans leurs méthodes. Menaces, intimidations, cyberharcèlement, parfois même des passages à l’acte physique… Chaque enquête sur ces mouvances se fait avec la conscience qu’elle peut avoir des conséquences bien réelles.

Quand j’ai commencé à suivre South Side Lyon, je savais que je devrais faire preuve d’une extrême prudence. Leur cercle est restreint, paranoïaque, et toute tentative d’observation trop visible peut être perçue comme une provocation. J’ai appris à brouiller mes traces, à utiliser des identités

Crédits : DR

secondaires sur les réseaux, à éviter certains trajets réguliers. Mais même avec ces précautions, l’insécurité reste constante.

Un soir, après la publication d’un article détaillant leurs liens avec d’autres groupes européens, j’ai remarqué une présence inhabituelle en bas de chez moi. Deux hommes, statiques, visiblement en attente. J’ai préféré passer la nuit ailleurs. Quelques jours plus tard, une connaissance bien placée m’a fait comprendre que mon nom circulait sur certains canaux Telegram de l’ultradroite, accompagné de messages explicites : "Ce type est à surveiller."

Face à ces dangers, la protection est souvent informelle. On s’appuie sur des collègues, on partage les informations sensibles avec d’autres journalistes, on alerte des collectifs de soutien comme Maison des Lanceurs d’Alerte ou Reporters Sans Frontières quand la pression devient trop forte. Mais il n’existe pas de solution miracle. Le prix à payer pour ce type d’investigation, c’est une vigilance de tous les instants et l’acceptation d’un certain degré de solitude. Pourtant, malgré ces risques, je continue. Parce que documenter ces mouvements, c’est refuser de leur laisser l’espace pour prospérer dans l’ombre.

Mon travail sur South Side Lyon m’a valu autant de menaces que de reconnaissance. Certains médias ont repris mes enquêtes, d’autres m’ont contacté pour des collaborations. Mais ce qui reste le plus marquant, c’est cette prise de conscience que j’ai eue sur le terrain : pour comprendre ces mouvances, il ne suffit pas de les observer de loin. Il faut plonger dans leurs discours, décrypter leurs codes, anticiper leurs stratégies. C’est ce que je continue de faire, en gardant toujours en tête la responsabilité qui incombe à ceux qui, comme moi, choisissent de documenter ces réalités.

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Autoportrait - Ultra Lyon by Marc Engry Goncalves - Issuu