Paperjam plus - Private banking & Wealth management

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« Activer les leviers de crĂ©ation de valeur pour demain »

ANNE-LISE GRANDJEAN ET CLAUDE MEDERNACH (BANQUE DE LUXEMBOURG)

« Des enjeux de succession de plus en plus complexes »

FRÉDÉRIC VONNER ET OLIVIER CARRÉ (PWC LUXEMBOURG)

« ConsidĂ©rer l’investissement sous l’angle ESG a des avantages »

ISABELLE WATY (INDOSUEZ WM)

« La technologie doit permettre d’intensifier la relation client »

MAI 2024
YVES STEIN ET ELISEO GRAZIANI (EDMOND DE ROTHSCHILD EUROPE)
Private banking & Wealth management

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Greenstressing

Greenwashing. Greenhushing. Green backtracking
 À chaque difficultĂ© d’une entreprise Ă  se mettre en conformitĂ© avec les nouvelles rĂšglementations ESG naĂźt un nouveau mot pour dĂ©crire son comportement. Non seulement ce n’est pas simple, mais la pression est de plus en plus forte du cĂŽtĂ© des citoyens, qui se mobilisent plus facilement contre les « bullshiteurs de la green attitude » qu’il y a dix ans. De NestlĂ© et Nespresso Ă  Coca Cola et Pespi Cola, en passant par la plupart des compagnies aĂ©riennes (mais pas Luxair), les gĂ©ants pĂ©troliers, certains gĂ©ants de la tech ou des constructeurs automobiles, les recours en justice se multiplient. Les acteurs du marchĂ© ont pourtant dĂ©jĂ  la responsabilitĂ© de formuler des allĂ©gations fondĂ©es et de communiquer des informations sur la durabilitĂ© de maniĂšre Ă©quilibrĂ©e, rappelait dĂ©jĂ  l’AutoritĂ© europĂ©enne des marchĂ©s financiers (Esma), il y a un an, dans son rapport prĂ©liminaire. Sur 70.000 entreprises interrogĂ©es Ă  ce sujet par le cabinet suisse South Pole l’an dernier, seules 8.000 avaient pris des engagements de type « net zĂ©ro » ou liĂ©s Ă  l’action climatique. Et Ă  peine un tiers de celles-ci Ă©tayaient leurs dĂ©marches par des faits scientifiquement Ă©tablis
 L’Esma avait aussi recommandĂ© une plus grande transparence sur les mĂ©thodologies de donnĂ©es ESG, des clarifications sur l’utilisation et le calcul des estimations, la vĂ©rification et l’audit, la mise en place d’un systĂšme de labellisation fiable et bien conçu pour les produits financiers
 Autant dire que le marchĂ© attend avec impatience (fĂ©brilité ?) la version finale de ce mĂȘme rapport, dont la sortie est programmĂ©e d’ici quelques jours, et qui mettra indirectement la pression Ă  la fois sur les rĂ©gulateurs et sur les lĂ©gislateurs : le texte devrait dĂ©jĂ  demander certains amĂ©nagements pour remĂ©dier Ă  ce qui ne fonctionne pas assez bien. Premiers de cordĂ©e, des assureurs craignent dĂ©jĂ  de ne plus avoir suffisamment de produits financiers dans lesquels investir. Grenstressed.

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Rédacteur en chef THIERRY LABRO
Tous droits rĂ©servĂ©s. Toute reproduction, ou traduction, intĂ©grale ou partielle, est strictement interdite sans l’autorisation Ă©crite dĂ©livrĂ©e au prĂ©alable par l’éditeur. © MM Publishing and Media SA. (Luxembourg) Maison Moderne ℱ is used under licence by MM Publishing and Media SA. — ISSN 2354-4619
PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 3 Édito #ESG
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08 FACE À FACE

Banquier privĂ© et wealth management : quelles diffĂ©rences ?

10 YVES STEIN ET ELISEO GRAZIANI

« Activer les leviers de crĂ©ation de valeur pour demain »

22 EXPÉRIENCE

Se préparer à une nouvelle Úre

28 À SUIVRE

S’intĂ©resser aux tendances de fond

30 STRATÉGIE

Segmenter : le pari gagnant

32 LONG TERME

Une mĂȘme ligne quelle que soit la taille du client

34 ISABELLE WATY

« La technologie doit permettre d’intensifier la relation client »

44 TECHNOLOGIE

Hyperautomatisation, l’impossible graal

46 SOLUTIONS PERSONNALISÉES

La Spuerkeess s’est transformĂ©e

48 PRÉVISIONS

Se réinventer dans un monde incertain

54 OLIVIER CARRÉ ET FRÉDÉRIC VONNER

« ConsidĂ©rer l’investissement sous l’angle ESG a des avantages »

60 AVANTAGES

Les atouts de la banque privée luxembourgeoise

62 ANNE-LISE VANDEVOIR

« Les mesures visent l’intĂ©rĂȘt du client »

64 CLAUDE MEDERNACH ET ANNE-LISE GRANDJEAN

« Des enjeux de succession de plus en plus complexes »

34

70 START-UP

Colbr veut démocratiser la banque privée

72 AGENDA

RĂ©glementation : un baromĂštre sous haute pression

78 FORECAST

Comment la crypto transforme-t-elle la banque privĂ©e ?

Photos Guy Wolff
Marie
et
Russillo
Sommaire Private banking & Wealth management mai 2024
Isabelle Waty, en charge de l’innovation chez Indosuez Wealth Management.
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PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 5
Yves Stein et Eliseo Graziani (Edmond de Rothschild), entre clientĂšle sophistiquĂ©e et diversitĂ© d’attentes.

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Banquier privĂ© et wealth management : quelles diffĂ©rences ?

Les concepts de banque privée et de wealth management sont intimement liés. Si la plupart des banques privées offrent des services de gestion de fortune, tous les wealth managers ne sont pas forcément des banques.

Banque privée

Une banque avant tout

Les concepts de banque privĂ©e et de wealth management sont proches l’un de l’autre. La principale distinction s’opĂšre au niveau du statut de l’institution. La banque privĂ©e, en effet, est avant tout une banque. À ce titre, elle accueille et sĂ©curise les dĂ©pĂŽts de clients fortunĂ©s et peut accorder Ă  ces derniers des solutions de financement (crĂ©dits). La banque privĂ©e dispose donc d’une licence bancaire et, Ă  ce titre, est supervisĂ©e en tant que telle. À cĂŽtĂ© de cela, elle offre un ensemble de services, dont certains ont trait Ă  l’organisation ou Ă  la planification patrimoniale.

Au service d’une clientĂšle fortunĂ©e

C’est au niveau de la segmentation de la clientĂšle que s’opĂšre le plus souvent la distinction entre une banque de dĂ©tail et une banque privĂ©e. Cette derniĂšre s’adresse Ă  une clientĂšle fortunĂ©e, Ă  des personnes susceptibles de lui confier plusieurs centaines de milliers d’euros, voire des millions d’euros, avec pour mission de prĂ©server ce patrimoine et, le cas Ă©chĂ©ant, de le faire fructifier. Les seuils d’accĂšs Ă  la banque privĂ©e varient cependant d’une institution Ă  l’autre.

Des services personnalisés

Pour servir une clientĂšle fortunĂ©e, la banque privĂ©e propose des services plus personnalisĂ©s qu’une banque commerciale. Les montants confiĂ©s et gĂ©rĂ©s impliquent une autre gestion des risques et des placements. Le banquier privĂ©, pour convaincre son client, doit Ă©tablir une relation de confiance, lui permettant de comprendre ses attentes et besoins spĂ©cifiques et de mettre en Ɠuvre des solutions ou stratĂ©gies d’investissement dĂ©diĂ©es.

Gestion de fortune

Allouer les actifs

À l’inverse, il est possible d’offrir des services de gestion de fortune sans nĂ©cessairement disposer d’une licence bancaire. De plus en plus d’acteurs se positionnent en gestionnaires de fortune indĂ©pendants d’une banque. Le rĂŽle du wealth manager est de veiller Ă  la bonne allocation des avoirs du client Ă  travers une large gamme d’actifs (dont du private equity), en tenant compte de ses ambitions, de son appĂ©tit au risque, de ses prĂ©fĂ©rences en matiĂšre d’investissement durable, etc.

Mobiliser les bons outils

Les clients fortunĂ©s, servis au dĂ©part du Luxembourg, ont souvent une dimension internationale. Pour les servir, les acteurs de la gestion de fortune vont donc mobiliser un ensemble d’outils et de solutions permettant de consolider et de sĂ©curiser l’ensemble des avoirs du client, qu’il s’agisse d’une entreprise, de titres, de biens immobiliers ou encore d’objets d’art. Ils vont aussi mobiliser les expertises requises autour du client pour l’accompagner en fonction de ses besoins.

Planification

À partir d’une comprĂ©hension globale du patrimoine de la personne ou de la famille qu’il sert, le gestionnaire de fortune va veiller Ă  planifier la gestion du patrimoine dans le temps. Il s’agit de satisfaire aux besoins du dĂ©tenteur des avoirs, de lui garantir la plus grande sĂ©rĂ©nitĂ©, mais aussi de considĂ©rer les enjeux de transmission patrimoniale vers la gĂ©nĂ©ration suivante en tenant compte des aspects fiscaux et lĂ©gaux.

Face Ă  face
8 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

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« Activer les leviers de crĂ©ation de valeur pour demain »

Le mĂ©tier de banquier privĂ© se transforme, prenant en considĂ©ration une plus large diversitĂ© d’attentes exprimĂ©es par une clientĂšle sophistiquĂ©e. Yves Stein, CEO de Edmond de Rothschild Europe, et Eliseo Graziani, head of private banking de l’institution, Ă©voquent ces Ă©volutions et comment aborder les ces changements.

Portrait GUY WOLFF Interview SÉBASTIEN LAMBOTTE
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Yves Stein Ă  gauche et Eliseo Graziani Ă  droite.

Comment a Ă©voluĂ© l’activitĂ© de la banque privĂ©e au Luxembourg ces derniers mois ?

YVES STEIN (Y.S.) 2023 a Ă©tĂ© une trĂšs bonne annĂ©e pour la banque privĂ©e. On a en effet vu Ă©voluer positivement les deux principales classes d’actifs qui nous intĂ©ressent, Ă  savoir les actions et les obligations, qui ont trĂšs bien performĂ©. La situation contraste avec l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. 2022, en effet, a Ă©tĂ© une annĂ©e difficile, comme on n’en a jamais connu depuis 150 ans. MĂȘme les clients qui ont adoptĂ© une approche prudente ont Ă©tĂ© nĂ©gativement impactĂ©s par la conjoncture en raison de la crise du marchĂ© obligataire.

Le retour des taux d’intĂ©rĂȘt en territoire positif offre Ă©videmment des perspectives plus intĂ©ressantes, tant pour le client que pour la banque


Y.S. Nous partons de l’hypothĂšse que les taux d’intĂ©rĂȘt, Ă  leur niveau actuel, correspondent Ă  un contexte Ă©conomique normal. La place luxembourgeoise, vers laquelle on se tourne dans une optique de protection et de prĂ©servation du patrimoine financier, ainsi que de gestion de la liquiditĂ©, profite donc Ă©videmment de ce retour Ă  la normalitĂ©.

Luxembourg est aussi une plateforme Ă  partir de laquelle bon nombre d’acteurs de la banque privĂ©e opĂšrent leur rĂ©seau europĂ©en et gĂšrent une clientĂšle internationale.

C’est le cas d’Edmond de Rothschild, Ă  l’instar de plusieurs autres institutions. Or, on constate que les marchĂ©s domestiques en Europe ont aussi trĂšs bien Ă©voluĂ© au fil des mois passĂ©s. Luxembourg, au regard de son positionnement, profite donc de cette croissance.

On a plutĂŽt tendance Ă  dire que le Luxembourg sert une clientĂšle trĂšs internationale. Comment la croissance au niveau des entitĂ©s actives sur les marchĂ©s domestiques soutient-elle l’activitĂ© de la banque privĂ©e au Luxembourg ?

Y.S. Aujourd’hui, pour fonctionner, la banque doit s’organiser pour grandir effi-

« Nous couvrons toute la pyramide des besoins, depuis des solutions toutes prĂȘtes jusqu’au vrai sur-mesure. »
Eliseo Graziani

cacement en veillant Ă  rĂ©pondre Ă  une rĂ©glementation complexe et croissante. Pour rĂ©pondre Ă  ces dĂ©fis, nous devons nous appuyer sur la technologie. Cela passe notamment par la mise en place de plateformes numĂ©riques au niveau de la maison mĂšre qui permettent de soutenir le dĂ©veloppement des succursales. Le Luxembourg profite de ces dĂ©veloppements dans la mesure oĂč ce sont nos Ă©quipes qui font fonctionner ces plateformes en nous donnant l’avantage de mieux accompagner nos clients sur les diffĂ©rents marchĂ©s.

ELISEO GRAZIANI (E.G.) La banque privĂ©e implique de rester proche des clients, de leur culture. Le numĂ©rique, dans cette optique, doit nous aider Ă  le faire pour mieux les connaĂźtre et mieux les servir. Au-delĂ , Luxembourg continue de capitaliser sur sa dimension internationale, son ouverture sur l’Europe, pour accompagner cette clientĂšle dont l’empreinte patrimoniale dĂ©passe le cadre d’un marchĂ© domestique en particulier. Nous sommes un pays multilingue. Plus de 50 % de la population rĂ©sidant au Luxembourg n’y est pas nĂ©e. Cet environnement correspond bien Ă  la rĂ©alitĂ© de notre clientĂšle. Plus que jamais, nous avons besoin de collaborateurs internationaux, provenant de divers pays, pour pouvoir fournir une expĂ©rience client respectueuse de la culture de chacun.

Au-delĂ  de cette conjoncture favorable, quels sont les grands enjeux auxquels est confrontĂ©e la banque privĂ©e au Luxembourg ?

Y.S.

À notre Ă©chelle, nous distinguons trois prioritĂ©s principales qui, sensiblement, doivent ĂȘtre partagĂ©es par les autres acteurs de la banque privĂ©e au Luxembourg. La premiĂšre se situe au niveau de l’attraction des talents. La banque privĂ©e reste un mĂ©tier de personnes, d’hommes et de femmes. In fine, nous ne pouvons offrir Ă  nos clients que ce que nos collaborateurs, en travaillant en Ă©quipe, sont en mesure d’apporter. Des questions majeures se posent aujourd’hui. Comment la Place peut-elle prĂ©server et mĂȘme renforcer son attractivité ? Comment

12 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Yves Stein et Eliseo Graziani

parvenir Ă  faire venir des gens trĂšs expĂ©rimentĂ©s tout en veillant Ă  faire Ă©merger et accompagner les jeunes talents ? Il est aussi important de parvenir Ă  mobiliser l’expertise technologique, pour faire Ă©voluer nos environnements, amĂ©liorer l’expĂ©rience proposĂ©e aux clients et soutenir nos opĂ©rations dans un environnement de plus en plus complexe.

Au-delĂ  du dĂ©fi que reprĂ©sente l’attraction des talents, quelles sont les deux autres prioritĂ©s que vous avez identifiĂ©es ?

Y.S. La deuxiĂšme a justement trait Ă  la nĂ©cessitĂ© de mettre la technologie au service du dĂ©veloppement du mĂ©tier. D’une part, la transformation digitale doit contribuer Ă  amĂ©liorer les services proposĂ©s, soutenir nos collaborateurs dans leurs missions. D’autre part, elle contribue aussi Ă  garantir la conformitĂ© de nos opĂ©rations vis-Ă -vis des exigences toujours plus nombreuses des rĂ©gulateurs. Un des dĂ©fis est de mettre en Ɠuvre des systĂšmes qui intĂšgrent ces rĂšgles, qui fluidifient la gestion des enjeux de conformitĂ© et qui contribuent Ă  rĂ©duire les coĂ»ts inhĂ©rents Ă  la rĂ©glementation.

La troisiĂšme prioritĂ©, enfin, rĂ©side dans la diffĂ©renciation sur le marchĂ©. Chaque banque, Ă  l’échelle du marchĂ©, doit pouvoir dĂ©finir une proposition de valeur qui lui est spĂ©cifique. La place financiĂšre, la banque privĂ©e luxembourgeoise, gagne en attrait par la diversitĂ© des institutions qui y sont prĂ©sentes. Chacune d’elles se distingue par sa nature, son authenticitĂ©, son offre. Nous ne proposons pas tous le mĂȘme service.

En l’occurrence, sur quels aspects l’activitĂ© « banque privĂ©e » d’Edmond de Rothschild (Europe) cherche-t-elle Ă  se distinguer ?

Y.S. Nous, nous nous dĂ©finissons comme une maison de convictions fondĂ©e sur le principe de donner du sens Ă  la richesse, qui doit servir Ă  construire le monde de demain en anticipant les besoins de l’économie rĂ©elle et les prĂ©occupations de tous nos clients et des gĂ©nĂ©rations futures.

C’est-à-dire ?

Y.S. Nous sommes une banque privée familiale. Or, la famille se définit toujours

comme Ă©tant un projet vers la prochaine gĂ©nĂ©ration. C’est une idĂ©e profonde que nous partageons avec nos clients. En tant que maison d’investissement de conviction, nous voulons couvrir les classes d’actifs qui intĂ©ressent les autres familles aussi. Aujourd’hui, nous avons une offre qui couvre toute la gamme classique des actifs que l’on dit liquides. Mais on s’intĂ©resse aussi aux actifs illiquides, principalement des actifs rĂ©els. Le groupe Edmond de Rothschild s’est vu confier 163 milliards d’actifs sous gestion en tant que groupe, parmi lesquels 21 milliards ont trait Ă  des expertises dans des actifs rĂ©els. C’est principalement Ă  travers la gestion de ces derniers que s’exprime l’engagement de conviction portĂ© par la banque.

Quelles sont ces convictions ?

Comment cela se traduit-il dans les faits ?

Y.S. Dans ces actifs rĂ©els, vous avez Ă©videmment du private equity, des acteurs Ă©conomiques Ă  travers lesquels nous portons les convictions fortes de notre famille actionnaire. La dĂ©marche cherche Ă  rĂ©pondre Ă  la question « comment bien investir pour demain ? ». Par exemple, les derniĂšres prises de participation tournaient autour du thĂšme de la ‘foodtech’. Je crois que nous savons que pour nourrir durablement la planĂšte, il y aura un certain nombre d’initiatives qui devront ĂȘtre prises. Un autre thĂšme important Ă  nos yeux rĂ©side dans le dĂ©veloppement du capital humain, qui n’est peut-ĂȘtre pas toujours valorisĂ© Ă  son bon niveau dans le bilan des entreprises. Et donc nous essayons de donner vie Ă  des expertises qui permettent d’investir dans ces thĂ©matiques qui sont trĂšs importantes aux yeux de notre famille actionnaire, mais aussi trĂšs souvent pour nos clients.

E.G. À cĂŽtĂ© du private equity, dans les actifs rĂ©els, vous avez Ă©videmment toutes les expertises immobiliĂšres, au travers desquelles nous portons des convictions comme le dĂ©veloppement et la modernisation des infrastructures, la dĂ©pollution des sols ou la transition Ă©nergĂ©tique et l’économie circulaire. En permanence, nous cherchons Ă  aider nos clients Ă  donner du sens Ă  leurs investissements avec une vision Ă  long terme pour bĂątir l’avenir.

LA DATA AU SERVICE DE LA CRÉATION DE VALEUR

Le futur est dans la donnĂ©e. L’un des enjeux, pour la banque privĂ©e, est d’arriver Ă  gĂ©nĂ©rer davantage de valeur au dĂ©part des donnĂ©es dont elle dispose. « Notre principal actif, c’est notre capital humain. Notre deuxiĂšme actif, c’est notre data, c’est-Ă -dire notre connaissance client, explique Eliseo Graziani. Une banque se construit Ă  la fois sur la compĂ©tence relationnelle avec ses clients et sur la compĂ©tence d’apprĂ©ciation d’un risque. Aujourd’hui, tout cela se cristallise dans la gestion de la donnĂ©e. DĂšs lors, il est essentiel de disposer
de plateformes informatiques efficientes, qui contribuent Ă  l’amĂ©lioration de la comprĂ©hension de la situation et des attentes du client, Ă  mieux apprĂ©hender le risque et Ă  pouvoir digitaliser et personnaliser l’offre. »

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 13

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, comment voyezvous Ă©voluer les attentes de la clientĂšle vis-Ă -vis de sa banque privĂ©e ?

Y.S. Aujourd’hui, la clientĂšle que nous servons souhaite que son banquier privĂ© puisse l’accompagner sur l’ensemble de son parcours patrimonial avec des solutions sur mesure. Nous ne sommes pas des vendeurs de produits, mais des experts qui doivent ĂȘtre capables d’accompagner, de supporter, d’aider, d’assister le client et sa famille vis-Ă -vis des divers enjeux patrimoniaux, Ă  chaque Ă©tape de leur vie et, le cas Ă©chĂ©ant, sur plusieurs gĂ©nĂ©rations. Si nous considĂ©rons un client, nous cherchons Ă  le soutenir selon des perspectives qui s’étalent en rĂšgle gĂ©nĂ©rale sur au moins deux gĂ©nĂ©rations, sinon trois.

E.G. Les clients qui viennent Ă  Luxembourg ont des besoins de plus en plus sophistiquĂ©s, en lien avec leur situation patrimoniale qui a tendance Ă  se complexifier. L’un des aspects qui nous diffĂ©rencie, Ă  ce titre, rĂ©side dans l’alignement des intĂ©rĂȘts entre notre actionnaire, extrĂȘmement engagĂ©, et les clients. C’est presque unique de voir un actionnaire bancaire qui investit Ă  cĂŽtĂ© du client dans des stratĂ©gies spĂ©cifiques mises en place ou dans les initiatives prises.

Nous dĂ©veloppons une vision Ă  long terme avec une approche holistique des besoins de chacun. La capacitĂ© dont nous disposons, au dĂ©part d’un « univers » d’investissement unique, nous permet de les accompagner dans un parcours global.

Dans quelle mesure cet engagement sociĂ©tal devient-il dĂ©terminant pour le client ?

Y.S. On constate un changement important au niveau de la clientĂšle, qui s’exprime plus fortement d’ailleurs au sein de la nouvelle gĂ©nĂ©ration. S’il est question d’investissements, ce n’est plus uniquement une question de rendement. La dimension purpose , ce Ă  quoi contribue l’investissement, compte de plus en plus. Suite Ă  l’évolution de MiFID, nous sommes en train de vraiment cerner nos clients par rapport Ă  leurs besoins, Ă  leurs demandes en matiĂšre de durabilitĂ©. On ne peut pas prĂ©tendre que l’ensemble de notre clientĂšle souhaite investir avec une

thématique forte en matiÚre de durabilité. Cependant, on constate une tendance importante en la matiÚre. Nos clients sont de plus en plus sensibles à la maniÚre dont est investi leur argent, à ce que leur démarche puisse contribuer à des enjeux sociétaux majeurs, et notamment à la lutte contre le dérÚglement climatique.

Comment l’offre doit-elle Ă©voluer pour rĂ©pondre Ă  ces nouvelles attentes ?

Y.S. MiFID exige que nous ayons une discussion avec nos clients sur leurs attentes en matiĂšre de durabilitĂ©, pour identifier dans quelle mesure cela est important Ă  leurs yeux et pour dĂ©finir ensuite les dimensions de l’ESG qui compte pour eux. Au-delĂ  de cet Ă©change, l’enjeu est de pouvoir dĂ©ployer une offre qui rĂ©pond Ă  ces nouvelles attentes exprimĂ©es. Le dĂ©fi, Ă  l’avenir, sera de parvenir Ă  rĂ©pondre Ă  cette clientĂšle de plus en plus sensible aux impacts de ses investissements, au-delĂ  du rendement qu’ils peuvent leur apporter.

E.G. Le challenge, aujourd’hui, est d’intĂ©grer l’ensemble de ces critĂšres au cƓur mĂȘme de l’offre. L’ESG ne relĂšve plus d’une classe d’actifs Ă  part. Ces Ă©volutions exigent de nos Ă©quipes, face Ă  une clientĂšle particuliĂšrement exigeante, de dĂ©velopper des expertises pointues autour de ces thĂ©matiques majeures. Cela vient renforcer la sophistication de nos clients. En tant que banque privĂ©e, l’ambition est de pouvoir accompagner chacun d’eux, Ă  travers une offre Ă©tendue, proposant toutes les classes d’actifs, liquides ou illi quides, contribuant aux diverses dimensions du dĂ©veloppement, jusqu’à les accompagner dans la mise en place de fondations philanthropiques. Nous devons pouvoir proposer des solutions sur mesure, des approches qui ne sont pas standardisĂ©es ou que l’on peut directement souscrire auprĂšs d’autres acteurs.

Entre le souhait de faire fructifier son patrimoine, de le prĂ©server, et le dĂ©sir croissant de chacun de contribuer Ă  une des dimensions de durabilitĂ©, comment parvient-on, en tant que banque, Ă  mettre en Ɠuvre des approches personnalisĂ©es pour chaque client ?

ATTIRER DE BEAUCOUP PLUS LOIN

L’annĂ©e derniĂšre, Edmond de Rothschild Europe est parvenu Ă  renforcer son Ă©quipe commerciale de 30 %. Pour attirer, l’institution peut compter sur une marque employeur attrayante et sur les liens qu’elle a dĂ©veloppĂ©s avec les universitĂ©s pour accueillir des jeunes et les former. Cependant, les enjeux d’attractivitĂ© des talents demeurent une prĂ©occupation majeure pour la Place. « Historiquement, c’est dans la Grande RĂ©gion que l’on allait chercher les talents. Si vous suivez ce qu’on pourrait appeler le narratif de la place financiĂšre, vous allez voir qu’il a changĂ©. Aujourd’hui, on cherche Ă  ĂȘtre beaucoup plus prĂ©sent, beaucoup plus visible, beaucoup plus loin, explique Yves Stein. À travers une structure comme l’UniversitĂ©, via des offres de formations pointues, on cherche Ă  amener au Luxembourg des jeunes venant de trĂšs loin. À Luxembourg, nous avons dĂ©sormais des masters, en wealth management par exemple, qui sont destinĂ©s Ă  former aux besoins de la Place et dont nous sommes trĂšs proches. »

14 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Yves
Stein et Eliseo Graziani

Y.S.

C’est un dĂ©fi en soi. Il faut l’envisager sous diffĂ©rentes dimensions. Pour dĂ©finir une offre, nous en considĂ©rons trois : le produit, le service qui lui est associĂ©, l’expĂ©rience vĂ©cue par le client au sein de notre Ă©cosystĂšme. Pour chaque solution financiĂšre proposĂ©e, nous mettons Ă  la disposition du client un ensemble de services, notamment pour nous assurer qu’il comprend et qu’il peut suivre les performances associĂ©es au produit, qu’elles soient financiĂšres ou extrafinanciĂšres, au travers du reporting par exemple. L’expĂ©rience que nous souhaitons proposer au client, cependant, s’étend bien au-delĂ . La volontĂ© est de permettre une ouverture, au-delĂ  du produit, Ă  un Ă©cosystĂšme bien plus Ă©tendu, de l’inviter Ă  prendre part Ă  nos activitĂ©s diverses, de s’engager avec nous au sein de la relation que nous entretenons. Cela s’exprime de diverses maniĂšres pour l’ensemble des segments de la clientĂšle. C’est en cela que la relation est personnalisĂ©e. Si nous ne pouvons proposer du rĂ©el sur-mesure qu’à partir d’un certain montant, nous souhaitons que chaque client trouve au sein de notre banque des solutions qui rĂ©pondent aux demandes fondamentales et qu’il vive une expĂ©rience authentique auprĂšs de notre banque.

E.G. Nous couvrons toute la pyramide des besoins, depuis des solutions toutes prĂȘtes jusqu’au vrai sur-mesure, en ce compris, Ă©videmment, les attentes des clients institutionnels, qui viennent nous voir avec des business cases trĂšs dĂ©taillĂ©s comme la signature, cette annĂ©e, du partenariat avec la Bank for Investment and Development of Vietnam, la plus grande banque du pays. En fonction du client, nous pouvons mobiliser les diverses expertises autour des diffĂ©rentes gĂ©ographies, et cela avec une grande agilitĂ© qui nous diffĂ©rencie aussi de certains acteurs. Cette caractĂ©ristique est liĂ©e Ă  l’actionna riat, privĂ© et familial, de la banque. Lors que le besoin s’en fait sentir, qu’un projet cadre avec l’ambition de la famille, nous pouvons mettre en Ɠuvre des rĂ©ponses adaptĂ©es trĂšs rapidement.

Qu’est-ce qui soutient aujourd’hui le dĂ©veloppement de la banque privĂ©e au Luxembourg ? Sur ce mĂ©tier, la Place gagne-t-elle en attractivité ?

ÉVOLUTION DE LA RÉPARTITION DES TRANCHES DE PATRIMOINE DES CLIENTS, EN % DU TOTAL

ACTIFS SOUS GESTION

Y.S. L’activitĂ©, dans un marchĂ© global en croissance, Ă©volue au grĂ© des cycles, sui vant les performances des marchĂ©s financiers. L’avantage du Luxembourg, par rapport aux acteurs se concentrant sur leur marchĂ© domestique, rĂ©side dans son expertise internationale, dans sa capacitĂ© Ă  servir plusieurs marchĂ©s, Ă  dĂ©velopper des politiques commerciales Ă  large Ă©chelle. Si l’activitĂ© prospĂšre, c’est avant tout parce que le marchĂ© croĂźt. Le dĂ©ve loppement, cependant, se situe sans nul doute dans la fourchette haute des places actives sur la banque privĂ©e.

E.G. Luxembourg peut tout de mĂȘme faire valoir des atouts intrinsĂšques. À commencer par son cadre juridique et rĂ©glementaire, qui permet de rĂ©pondre aux attentes de la clientĂšle de la banque privĂ©e. Le pays a Ă©tĂ© pionnier en se position-

DES
2011-2022 2012 0 % 20 % 40 % 60 % 80 % 100 % 2014 2016 2018 2020 2022 Source CSSF > 20 millions Entre 10 et 20 millions Entre 5 et 10 millions Entre 1 et 5 millions < 1 million d’euros PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 15 59 % 58 % 56 % 54 % 51 % 43 % 8 % 8 % 19 % 22 % 8 % 8 % 18 % 15 % 8 % 8 % 17 % 13 % 9 % 9 % 16 % 10 % 9 % 16 % 7 % 10 % 10 % 9 % 15 % 7 %

nant sur ces sujets, notamment pour rĂ©pondre aux besoins d’une clientĂšle fortunĂ©e internationale. La stabilitĂ© politique et fiscale qui prĂ©vaut soutient aussi le dĂ©veloppement de l’activitĂ©. Pour des fortunes globales, transfrontaliĂšres, le Luxembourg continue de jouer son rĂŽle de ‘one-stop shop’. On y trouve Ă  la fois l’expertise et les outils permettant de structurer le patrimoine et d’en planifier la gestion sur un horizon Ă  10, 15, 20 annĂ©es.

La clientĂšle Ă©volue elle aussi. Comment l’expĂ©rience attendue de la banque privĂ©e change-t-elle au niveau de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, vos futurs clients ?

E.G. Dans le cadre des relations que nous entretenons avec nos clients, avec une volontĂ© de planifier la gestion du patrimoine sur plusieurs gĂ©nĂ©rations, nous sommes amenĂ©s Ă  engager la discussion avec et autour de la NextGen. Les tendances que nous avons Ă©voquĂ©es, autour de la digitalisation de l’expĂ©rience client, de la finance durable, de l’élargissement de l’univers d’investissement s’expriment pleinement Ă  travers les hĂ©ritiers de nos clients, hyperconnectĂ©s. On le voit souvent dans certains symposiums, leurs reprĂ©sentants ĂągĂ©s de 25 ans parlent de philanthropie, de diversification, de durabilitĂ©, d’impact
 Leurs exigences en la matiĂšre sont d’ailleurs souvent plus prĂ©cises que celles de leurs parents. Notre rĂŽle est de pouvoir soutenir et accompagner les clients qui, en famille, sont amenĂ©s Ă  discuter de tout cela en apportant des expertises qui collent avec chaque thĂ©matique soulevĂ©e. Nous pouvons aussi jouer un rĂŽle de chef d’orchestre, articuler les solutions rĂ©pondant aux attentes des divers membres de la famille, anticiper les transitions et coordonner les diffĂ©rentes contreparties.

Y.S. On voit clairement que les choses ont changĂ©. Il n’y a pas si longtemps, l’unique prĂ©occupation des clients rĂ©sidait dans la performance qu’on allait chercher Ă  travers des investissements liquides. Aujourd’hui, il faut pouvoir les accompagner dans les diffĂ©rentes classes d’actifs existantes. En tant que banque privĂ©e familiale, nous devons ĂȘtre attentifs et surtout ouverts vis-Ă -vis de ces nouvelles attentes exprimĂ©es et portĂ©es par les jeunes qui se

trouvent en face de nous. Pour cela, nous devons nous appuyer sur des banquiers privĂ©s expĂ©rimentĂ©s, mais aussi pouvoir mettre des jeunes Ă  leur service. Notre cƓur de clientĂšle, en outre, rĂ©side dans les familles entrepreneuriales. À ce titre, c’est un enjeu-clĂ©. Les entrepreneurs, en effet, sont en moyenne de plus en plus jeunes. Aussi, la moyenne d’ñge de nos cibles a tendance Ă  baisser. Elle est infĂ©rieure Ă  la moyenne d’ñge des clients de la Place. La banque privĂ©e, ce n’est plus par dĂ©finition un monde d’anciens.

On sait que le métier de la banque subit une pression réglementaire coûteuse.

Comment cela est-il vĂ©cu et apprĂ©hendĂ© au niveau de la banque privĂ©e ?

Y.S. Face aux enjeux rĂ©glementaires, comme Ă©voquĂ©, il faut pouvoir apporter des solutions technologiques efficaces. C’est-Ă -dire qu’aujourd’hui, vous ne pouvez pas ĂȘtre conformes si vous devez tout faire Ă  la main. Bon nombre de rĂ©glementations, notamment ESG, impliquent que nos banques de donnĂ©es soient interfacĂ©es avec des banques de donnĂ©es spĂ©cialisĂ©es, qui fournissent les classifications, les informations exigĂ©es par les clients comme par les rĂ©gulateurs. Le futur est dans la data.

La rĂ©glementation, cependant, ne va-t-elle pas trop loin ?

Y.S. L’objectif de toute banque est de rester durablement rentable et conforme. Or, ces deux dimensions sont sous pression. Pour ce qui est de la rentabilitĂ©, je crois que tout le monde veut que les prix soient justes, attractifs. Et pour ĂȘtre durablement conforme, il faut investir Ă©normĂ©ment, beaucoup plus que par le passĂ©.

E.G. On peut en effet se demander si l’amplitude de la rĂ©glementation n’est pas supĂ©rieure Ă  la capacitĂ© de production des experts nĂ©cessaires dans les domaines de la technologie et de la conformitĂ©. Dispose-t-on des expertises suffisantes pour continuer Ă  croĂźtre durablement ? Les transformations Ă  l’Ɠuvre engendrent un besoin Ă©norme en spĂ©cialistes qui sont dĂ©jĂ  actuellement difficiles Ă  trouver. Je crois que nous avons la chance, Ă  Luxembourg, d’avoir un trĂšs bon rĂ©gulateur, dont l’objectif est de s’assurer que tout le

16 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Yves Stein et Eliseo Graziani

CIO of the year

« La stabilitĂ©, les compĂ©tences et la flexibilitĂ© de la place du Luxembourg ont Ă©tĂ© des atouts majeurs permettant son essor. Notre ambition est de continuer Ă  nous dĂ©velopper sous ces valeurs. »

Antonella Michelino, CEO

Pour la 2 e annĂ©e consĂ©cutive Midas Wealth Management a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ© « CIO of the year » lors des Luxembourg Wealth Management Awards 2024 organisĂ©s par Hubfinance. Midas

« Notre rĂŽle est d’assurer la gouvernance dans la gestion des patrimoines familiaux dans un univers de produits d’investissement de plus en plus nombreux et complexes (Private Equity, Dette PrivĂ©e, Cryptomonnaies, Investissements thĂ©matiques comme l’IA,Smart Beta
). »

Jean-Paul Vermeulen, Directeur Commercial

« Opter pour des placements de qualitĂ©, acquis Ă  une valorisation attractive, garantit une performance robuste au fil des cycles Ă©conomiques, particuliĂšrement en temps d’incertitude. »

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« À un moment donnĂ©, ça devient tellement rĂ©glementĂ© que tout le monde prend la mĂȘme voie de la facilitĂ©. »
Eliseo Graziani

monde soit conforme. Toutefois, si l’amplitude du changement ne peut plus ĂȘtre digĂ©rĂ©e, il y a lieu de voir s’il ne faut pas lever le pied.

OĂč voyez-vous la limite ?

Y.S. Si nous voulons favoriser l’investissement dans l’économie rĂ©elle, il faut que ça reste possible. À un moment donnĂ©, ça devient tellement rĂ©glementĂ© que tout le monde prend la mĂȘme voie de la facilitĂ©. Aujourd’hui, la majoritĂ© de l’offre de gestion d’actifs mondiale est passif. Parce que le passif est le plus ‘streamlined’, moins cher et plus facilement conforme. À tel point que les valeurs de certaines sociĂ©tĂ©s sont portĂ©es par le besoin qu’ont des gestionnaires passifs d’investir. Est-ce cela que l’on cherche ? Au niveau de la banque privĂ©e, ce n’est pas ce que nous cherchons Ă  faire. Nous sommes dans la gestion active, nos dĂ©marches rĂ©pondent en permanence Ă  la question : « oĂč sont les meilleurs investissements ? ». Nous cherchons les leviers de crĂ©ation de valeur pour demain. On constate que, si les exigences rĂ©glementaires ne sont pas adaptĂ©es, elles sont les mĂȘmes pour un investisseur averti, qui maĂźtrise le niveau de risque, que pour un investisseur retail. On ne s’y retrouve pas. Ce sont des discussions qui mĂ©ritent attention.

Comment voyez-vous Ă©voluer l’activitĂ© dans les mois Ă  venir ? Quelles sont vos ambitions ?

Y.S. Notre priorité, étant donné la spécificité de notre modÚle, la profondeur de

notre offre et l’importance de la culture de la maison, nous oriente plutĂŽt vers la croissance organique. Nous cherchons donc Ă  Ă©largir les Ă©quipes, comme nous l’avons fait en 2023. Les rĂ©sultats de l’annĂ©e derniĂšre nous permettent d’investir dans nos collaborateurs. C’est aujourd’hui la prioritĂ© de notre actionnaire et nous allons poursuivre dans cette voie. Si on ne peut pas nourrir le marchĂ©, en lui apportant tout le talent qu’il requiert, on ne peut pas espĂ©rer soutenir une croissance pour demain. Le marchĂ© est lĂ . Il faut avoir les cerveaux et les mains pour le servir. Edmond de Rothschild Europe veut se concentrer sur son cƓur de mĂ©tier dans la mise en place et la gestion de fonds dĂ©diĂ©s pour des clients privĂ©s fortunĂ©s et partenaires stratĂ©giques. Dans la mise en place de ces structures, Edmond de Rothschild veut pouvoir s’appuyer sur des partenaires spĂ©cialisĂ©s ayant la taille critique dans l’administration de fonds.

E.G. Je rajouterais, si on parle des dĂ©fis, que nous entendons continuer Ă  amĂ©liorer, Ă  renforcer l’offre et la qualitĂ© de service autour des clients. Donc, chaque annĂ©e, on introduit quelque chose qui amĂ©liore la qualitĂ© et l’offre.

SE RECENTRER SUR L’ACTIVITÉ « CƒUR »

La banque privĂ©e change, rĂ©invente ses modĂšles opĂ©rationnels. En dĂ©cembre dernier, Edmond de Rothschild (Europe) cĂ©dait son activitĂ© d’asset servicing pour compte de tiers Ă  Apex Group. « Ce deal rĂ©pond notamment Ă  une volontĂ© de concentrer nos efforts sur les attentes de notre clientĂšle, Ă  savoir la construction et la gestion de SIF et de RAIF, la traduction des convictions de la banque dans des investissements illiquides. Dans cette optique, la volontĂ© est de s’appuyer sur des services providers comme Apex, Ă  mĂȘme de rĂ©pondre Ă  notre niveau d’exigence en matiĂšre d’administration de ces vĂ©hicules », explique Yves Stein.

18 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 Conversation Yves
Stein et Eliseo Graziani
For those who think further. It’s time for a new generation of ideas. Discover the entrepreneurial side of private banking. efginternational.com EFG International’s global private banking network operates in around 40 locations worldwide, including Zurich, Geneva, Lugano, Lisbon, London, Monaco, Luxembourg, Dubai, Hong Kong, Singapore, Sydney, Miami, Bogotá, Montevideo, Tel Aviv, São Paulo and Rio de Janeiro. EFG Luxembourg includes its branches in Portugal and Greece. In Luxembourg, EFG Bank (Luxembourg) S.A., 56, Grand-Rue P.O. Box 385 – L-2013 Luxembourg, RCS B113375, T +352 26 454 1.

Banque Degroof Petercam Luxembourg S.A., 12 rue EugĂšne Ruppert, L-2453

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Se préparer à une nouvelle Úre

L’innovation numĂ©rique, la multiplication des rĂ©glementations, l’intensification de la concurrence, les pressions liĂ©es au dĂ©veloppement durable et les changements dĂ©mographiques vont redĂ©finir les besoins et l’expĂ©rience des investisseurs et remodeler le secteur dans les annĂ©es Ă  venir.

Au niveau mondial, le secteur de la gestion de patrimoine est aujourd’hui confrontĂ© Ă  des mĂ©gatendances convergentes qui redĂ©finissent les besoins des investisseurs et remodĂšlent le secteur dans un contexte d’incertitude Ă©conomique et gĂ©opolitique croissante. « Ces tendances comprennent une innovation technologique rapide, une rĂ©glementation de plus en plus stricte, une concurrence accrue et de vastes changements dĂ©mographiques », peut-on lire dans l’étude Building a Future-Ready Investment Firm, publiĂ©e fin 2023 par ThoughtLab, avec la collaboration d’un groupe d’experts de l’industrie du patrimoine. Dans le futur, « disposer d’une stratĂ©gie d’intelligence artificielle (IA) et de transformation numĂ©rique sera un impĂ©ratif. Aussi, une nouvelle rĂ©flexion s’impose, car la segmentation traditionnelle des investisseurs ne reflĂšte plus correctement le marchĂ© hĂ©tĂ©rogĂšne d’aujourd’hui. La dĂ©mographie Ă©volue rapidement, crĂ©ant un mĂ©lange d’investisseurs en fonction du patrimoine, de l’ñge, de la source de revenus, de la localisation, du sexe et du style de vie. Les fournisseurs ont besoin d’une comprĂ©hension plus approfondie de leurs clients et de leurs besoins et comportements changeants ».

« Pour relever ces dĂ©fis, les banques privĂ©es europĂ©ennes doivent rapidement rĂ©imaginer la couverture des clients et leur offrir une expĂ©rience remarquable grĂące Ă 

la technologie, reconfigurer le modĂšle opĂ©rationnel et intĂ©grer un objectif social dans leurs choix d’entreprise », dĂ©taille une autre Ă©tude menĂ©e par McKinsey & Compagny, intitulĂ©e The future of private banking in Europe: Preparing for accelerated change.

Une expérience client remarquable Alors que la demande des utilisateurs pour des interactions numériques à distance avec leur banque augmente, celles-ci doivent de toute urgence repenser leur modÚle et leur proposition de services.

« Les banques doivent partir du point de vue du client et travailler Ă  rebours pour voir comment l’expĂ©rience pourrait ĂȘtre fournie Ă  distance par le biais de canaux d’omnicommunication sĂ©curisĂ©s – tels que les vidĂ©oconfĂ©rences, les webinaires et les chats sĂ©curisĂ©s – et investir dans la cybersĂ©curitĂ© pour s’assurer que ces canaux peuvent ĂȘtre utilisĂ©s en toute sĂ©curité », explique-t-on chez McKinsey. Les banques privĂ©es devront offrir des points de contact mobiles transparents avec un accĂšs Ă  tout moment et en tout lieu.

En raison de la simplicitĂ© et du coĂ»t rĂ©duit des plateformes numĂ©riques en libre-service et des solutions d’IA, de nombreux investisseurs prĂ©fĂšrent aujourd’hui faire appel Ă  des machines plutĂŽt qu’à des conseillers personnels pour de nombreuses

Expérience
22 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Auteur MICHAËL PEIFFER

activitĂ©s d’investissement. « Alors que la plupart des investisseurs d’ñge moyen et plus ĂągĂ©s continueront Ă  s’appuyer sur des conseillers, on observe un changement gĂ©nĂ©rationnel : 60 % des jeunes ne pensent pas qu’ils auront besoin d’un conseiller personnel d’ici 2030. À l’heure actuelle, seul un cinquiĂšme des jeunes investisseurs fait appel Ă  un conseiller. Cette proportion augmentera au cours des trois prochaines annĂ©es, mais elle restera infĂ©rieure Ă  quatre sur dix, contre environ sept sur dix pour les investisseurs plus ĂągĂ©s », nous apprend l’étude de ThoughtLab.

On le voit, la technologie transforme le rĂŽle des conseillers. « À mesure que les plus anciens prennent leur retraite, les entreprises doivent utiliser la technologie pour combler les lacunes en matiĂšre de talents et augmenter le nombre d’investisseurs que les conseillers peuvent gĂ©rer. Les entreprises doivent confier les tĂąches banales liĂ©es Ă  l’investissement Ă  des machines, libĂ©rant ainsi les conseillers pour ce qu’ils font le mieux : fournir des conseils fiables, spĂ©cialisĂ©s et holistiques », poursuit l’étude de ThoughtLab. Les entreprises gagnantes seront celles qui mettront en Ɠuvre des approches hybrides rentables associant haute technologie et contact direct avec les clients, pour une expĂ©rience transparente.

Des conseillers aussi diversifiés que les clients

L’objectif doit ĂȘtre de faire passer l’expĂ©rience client numĂ©rique au niveau supĂ©rieur. PrĂšs de 70 % des investisseurs s’attendent Ă  ce que les expĂ©riences numĂ©riques soient comparables Ă  celles de leur entreprise numĂ©rique prĂ©fĂ©rĂ©e. «  Pour satisfaire leurs attentes et rester Ă  la pointe de la concurrence, les sociĂ©tĂ©s de gestion de patrimoine devront offrir des vues consolidĂ©es des comptes de tous les fournisseurs, des ouvertures et des transferts de comptes en ligne simples, des chatbots vocaux et textuels facilitĂ©s par l’IA, et une communication rapide avec les conseillers par la voix et le chat. Les investisseurs s’attendront Ă  des expĂ©riences hautement personnalisĂ©es dans la paume de leur main et Ă  un engagement vidĂ©o pour fournir une assistance Ă  distance », toujours selon ThoughtLab.

À l’avenir, les investisseurs seront encore plus diversifiĂ©s en termes d’ñge, de

localisation, de sexe, de niveau de richesse et de mode de vie. Il sera vital pour les entreprises d’exploiter la technologie et les donnĂ©es pour mieux comprendre les besoins et les comportements des investisseurs, trouver des niches de marchĂ© et personnaliser les solutions, tout en constituant une base de conseillers sensibles aux diffĂ©rences entre les investisseurs. Pour ce faire, les entreprises devront recueillir des donnĂ©es Ă  partir de sources internes et externes, y compris les mĂ©dias sociaux. Et comme les investisseurs aiment travailler avec des personnes aux profils similaires, les entreprises d’investissement devront s’assurer que leurs conseillers sont aussi diversifiĂ©s que leurs clients.

«  Le succĂšs des mĂ©dias sociaux et des plateformes de vente au dĂ©tail a dĂ©montrĂ© la puissance du contenu personnalisĂ© et adaptĂ©, constate-t-on de la mĂȘme maniĂšre chez McKinsey. Les banques privĂ©es devraient s’inspirer de ce succĂšs pour personnaliser le contenu et l’expĂ©rience de conseil sur tous les canaux, et pas seulement pendant le processus de conseil pĂ©riodique dĂ©livrĂ© par le chargĂ© de relation, comme c’est le cas traditionnellement. Ce contenu personnalisĂ© peut aller du conseil en investissement Ă  la planification holistique du patrimoine et au-delĂ , y compris des expĂ©riences de style de vie (par exemple, des conseils en matiĂšre de santĂ© ou des visites virtuelles de galeries privĂ©es). »

Investir dans l’intelligence artificielle Les entreprises ont fait d’énormes progrĂšs dans la mise en place des fondations numĂ©riques pour la transformation – et constatent dĂ©jĂ  d’importants retours sur ces investissements. « Dans les annĂ©es Ă  venir, les entreprises devront doubler leurs investissements dans l’IA et la cybersĂ©curitĂ©, tout en investissant dans d’autres solutions numĂ©riques, telles que l’infrastructure et les services cloud, les robo-advisors, les plateformes API ouvertes, les plateformes de bout en bout, les systĂšmes de collaboration vidĂ©o et les outils de planification financiĂšre. Cela permettra aux entreprises de dĂ©gager la plus grande valeur, en dĂ©veloppant des expĂ©riences et des conseils personnalisĂ©s et holistiques pour les investisseurs dans l’ensemble de leurs activitĂ©s, au coĂ»t le plus bas. Pour rĂ©ussir, les

PRIORITÉS STRATÉGIQUES POUR LES BANQUES PRIVÉES EUROPÉENNES

OFFRIR UNE EXPÉRIENCE CLIENT REMARQUABLE GRÂCE À

LA TECHNOLOGIE

1 Offrir une expérience client multicanal de nouvelle génération

2 Réimaginer le conseil et la gestion des relations grùce à la technologie

3 AccĂ©lĂ©rer le rythme de l’innovation

RECONFIGURER LE MODÈLE OPÉRATIONNEL

4 Redéfinir le modÚle de couverture

5 Mise à zéro des fonctions centrales

6 Adopter des mĂ©thodes de travail souples et s’efforcer d’accroĂźtre la flexibilitĂ© de la main-d’Ɠuvre

INTÉGRER UN BUT DANS LES CHOIX DE L’ENTREPRISE

7 Réflexion approfondie sur la vision de la banque

8 Adopter une approche holistique de la création de valeur pour les clients

9 Insuffler un objectif aux offres

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 23

RECALIBRER

LES MODÈLES DE TARIFICATION

Selon l’étude menĂ©e par ThoughtLab, la rĂ©duction des frais et la simplification des structures de paiement seront les principales raisons pour lesquelles les investisseurs changeront de prestataire au cours des trois prochaines annĂ©es. Pour conserver leurs clients – et en attirer de nouveaux –, les sociĂ©tĂ©s d’investissement devront repenser leur tarification et leurs modĂšles d’entreprise. Cela peut se traduire par une rĂ©duction, un plafonnement ou une renĂ©gociation des frais pour des services tels que la gestion discrĂ©tionnaire, ou par la justification des frais en pourcentage des actifs sous gestion par l’ajout de services de planification holistique. Les entreprises devront envisager d’intĂ©grer Ă  leurs produits et services une tarification basĂ©e sur la performance afin de rĂ©pondre Ă  la demande croissante, en particulier de la part des millennials orientĂ©s vers la croissance.

entreprises devront faire le tri entre les capacitĂ©s techniques, la viabilitĂ© commerciale et les besoins des clients, et crĂ©er des analyses de rentabilitĂ© claires qui pourront ĂȘtre suivies en permanence  », dĂ©taille l’étude de ThoughtLab.

Environ sept entreprises sur dix interrogĂ©es dans l’étude pensent que l’IA va rĂ©volutionner le mode de fonctionnement de leur organisation au cours des cinq prochaines annĂ©es, et celles qui l’utilisent aujourd’hui en tirent des bĂ©nĂ©fices considĂ©rables. Les entreprises devraient envisager leurs activitĂ©s sous l’angle de l’IA, en l’adoptant pour soutenir une sĂ©rie d’activitĂ©s en contact avec les clients, telles que le conseil en investissement, la gestion et la planification financiĂšre, et pour renforcer leurs opĂ©rations internes, en particulier la cybersĂ©curitĂ©, la dĂ©tection des fraudes et l’analyse des clients. Pour que l’IA fonctionne au mieux, les entreprises doivent s’assurer que les donnĂ©es sousjacentes sont exactes, intĂ©grĂ©es et disponibles en temps rĂ©el, et qu’elles sont sĂ©curisĂ©es et exemptes de biais indĂ©sirables. Un contrĂŽle de la qualitĂ© sera nĂ©cessaire Ă  la fois pour les donnĂ©es entrant et sortant des modĂšles d’IA, qui devront ĂȘtre formĂ©s pour fournir des rĂ©sultats fiables.

La dĂ©mocratisation des produits et des services augmentera Ă  mesure que les entreprises offriront aux investisseurs davantage d’options pour accroĂźtre les rendements et gĂ©rer les risques. « Les produits et services Ă  forte valeur ajoutĂ©e –investissements alternatifs, introductions en bourse, fonds indiciels personnalisĂ©s, investissements discrĂ©tionnaires, planification fiscale et services de banque privĂ©e –seront tous au menu. Mais pour garantir l’utilisation efficace de ces nouvelles offres, les entreprises devront fournir aux investisseurs l’éducation financiĂšre nĂ©cessaire pour comprendre ces offres, ainsi qu’aux conseillers les outils requis pour les Ă©valuer. » Pour dĂ©mocratiser leurs offres, les entreprises devront aussi utiliser des solutions numĂ©riques afin de rĂ©duire le coĂ»t des services.

L’ESG deviendra la norme Dans les annĂ©es Ă  venir, avec l’émergence de normes pour les donnĂ©es ESG et

l’augmentation des incitations commerciales, les considĂ©rations de durabilitĂ© deviendront aussi importantes que les considĂ©rations financiĂšres pour la plupart des investisseurs. Il ne suffira pas de recommander des fonds axĂ©s sur l’ESG. Les conseillers devront garder Ă  l’esprit les objectifs durables des investisseurs lorsqu’ils gĂ©reront leurs investissements dans toutes les catĂ©gories d’actifs. Les entreprises tournĂ©es vers l’avenir proposeront des investissements thĂ©matiques dans des domaines spĂ©cialisĂ©s de la durabilitĂ©.

Alors que les millennials occupent le devant de la scĂšne et que l’innovation numĂ©rique Ă  grande vitesse devient la norme, les nouveaux venus dotĂ©s de pouvoirs numĂ©riques, qu’ils soient internes ou externes au secteur, vont bouleverser les rĂšgles du jeu. Les gagnants seront les entreprises d’investissement dotĂ©es de plateformes ouvertes et compatibles avec les API, qui leur permettront d’intĂ©grer des solutions fintech de maniĂšre rapide et transparente. Dans le mĂȘme temps, les entreprises coincĂ©es entre les nouveaux entrants numĂ©riques et les opĂ©rateurs historiques Ă  grande Ă©chelle risquent d’ĂȘtre Ă©vincĂ©es ou englouties par la prochaine vague de consolidation. Pour nombre d’entre elles, la solution pourrait consister en des partenariats, plutĂŽt qu’en une concurrence, entre les nouveaux acteurs et les acteurs Ă©tablis.

ExpĂ©rience 24 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
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The power of partnerships

Building powerful partnerships to better serve its clients is part of Quintet Private Bank’s DNA. Quintet’s 2023 cooperation agreements with BlackRock and Moonfare are in line with this approach, supporting the bank’s investment capabilities as it builds portfolios that meet its clients’ needs.

Quintet works with well over 50 asset managers worldwide, but its cooperation agreement with BlackRock is uniquely important. “Working with BlackRock enhances our reach, efficiency and flexibility, supporting our ability meet the long-term investment needs of each client we serve,” said Ilario Attasi, Head of Investment & Client Solutions, Luxembourg, and Group Head of Client Investment Specialists at Quintet Private Bank.

“It reflects our ability to leverage our open-architecture approach to offer clients a wider range of innovative products as part of a diversified portfolio.”

As the world’s largest asset manager, BlackRock is recognised for its investment insight and organisational efficiency. This cooperation agreement, covering multiple regions, is contributing to the full investment value chain across Quintet, spanning the definition of Quintet’s capital market assumptions to portfolio implementation. This enables Quintet to tap into dedicated pools of

expertise, providing access to investment tools, trade sizing, portfolio analytics, products and solutions.

Blend of experience

“Client relationships are always at the heart of everything we do,” said Mr Attasi.

“In May 2024, we will mark the 75th anniversary of our founding in Luxembourg. We take pride in being recognised as a

“ We leverage our open-architecture approach to offer clients a wider range of innovative products as part of a diversified portfolio.”
26 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Photo Romain Gamba Ilario Attasi, Head of Investment & Client Solutions, Luxembourg, and Group Head of Client Investment Specialists at Quintet Private Bank. Sponsored content by QUINTET Innovation
Helping us to increase our reach, efficiency and flexibility in delivering what each client seeks.”

leading private bank here in the Grand Duchy and across Europe and the UK. Our heritage sets us apart, as do our close relationships with the families we serve and the time we dedicate to them. We understand their aspirations, which is why we retain full control over investment decision-making when working with any partner. In this regard, BlackRock provides world-leading technology, products and risk-management solutions that enhance our ability to deliver robust client outcomes, superior client experience and ongoing investment innovation.”

“Since the signing of our cooperation agreement last year, we have benefited from additional economies of scale that we can pass on to our clients, reflecting BlackRock’s negotiating power with asset managers,” Mr Attasi added. This relationship thus aims to generate significant long-term benefits for Quintet’s clients.

Innovative partnership

“BlackRock is recognised for the depth and quality of its investment expertise, and the advice they provide on our asset-allocation strategy supports our ability to deliver performance for our clients,” Mr Attasi added. This support includes selecting and monitoring thirdparty managers, which allows Quintet to offer its clients access to a broader universe of investment opportunities.

While focused on the delivery of investment alpha for Quintet’s high-net-worth individual clients and the family offices it serves, the relationship supports the entire investment value chain. “Our cooperation also covers the selection of instruments, governance and the deployment of processes,” said Mr Attasi.

Quintet’s teams work closely with their BlackRock counterparts on an ongoing basis. This work is overseen by Quintet’s own investment committee, which reviews and fine-tunes the approach. Alongside access to BlackRock’s advice, Quintet will use Aladdin, BlackRock’s proprietary investment technology platform, for its risk analytics and reporting.

As well as being a state-of-the-art tool for managing risk, it also facilitates reporting related to Quintet’s funds and discretionary solutions.

Enhanced investment opportunities

When it comes to private markets, Quintet announced last autumn an investment partnership with Berlin-headquartered Moonfare, giving suitable clients access to an end-to-end digital investment platform offering top-tier private-market funds –initially focusing on private equity and infrastructure strategies – selected and approved by Quintet.

“This platform provides our clients and client advisors with a wealth of tools and information related to private markets,” said Mr Attasi, noting that this includes product information, paperless subscriptions, client reporting, and portfolio analytics.

This is yet another example of how Quintet’s open-architecture approach facilitates partnerships with best-in-class specialists to enrich overall client experience – in this case, enhancing its alternative-investment proposition, making private-market investing more accessible and efficient for its clients.

“Our organisational agility allows us to be innovative and open to the best products and advice available anywhere. Our clients appreciate the difference we can make through our relationships with firms such as BlackRock and Moonfare,” concludes Attasi.

ASSETS UNDER MANAGEMENT

FACTS

INTRODUCTION TO BLACKROCK IN EMEA

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 27
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S’intĂ©resser aux tendances de fond

Dans un monde en constante Ă©volution, les investisseurs Ă  la recherche de rendement doivent s’intĂ©resser Ă  plusieurs tendances de fond. Guy Ertz, chief investment advisor chez BNP Paribas Wealth Management, apporte son Ă©clairage sur les secteurs Ă  tenir Ă  l’Ɠil en 2024.

Depuis la fin 2021, l’univers des taux d’intĂ©rĂȘt connaĂźt un changement de paradigme radical. Les banques centrales ont renoncĂ© Ă  leur politique de taux zĂ©ro, tandis que les emprunts d’État ont enregistrĂ© leur plus forte hausse de rendement ainsi que leur plus forte baisse de prix depuis la fin des annĂ©es 1970. Sous l’effet de la hausse des taux, l’inflation est aujourd’hui en diminution et les investisseurs dĂ©couvrent un choix de plus en plus large d’opportunitĂ©s pour gĂ©nĂ©rer des revenus intĂ©ressants.

« Au-delĂ  de ces considĂ©rations globales, les investisseurs doivent ĂȘtre attentifs Ă  certaines tendances de fond , explique Guy Ertz, chief investment advisor chez BNP Paribas Wealth Management. L’évolution de l’environnement nous oblige Ă  revoir la façon dont nous construisons et diversifions nos portefeuilles. Les investisseurs doivent ainsi se demander quelles classes d’actifs peuvent rĂ©ellement offrir une diversifica tion supplĂ©mentaire pour Ă©largir et optimi ser leurs portefeuilles dans un monde en perpĂ©tuel mouvement. »

Le défi de la décarbonation

La dynamique autour de la transition Ă©nergĂ©tique continue de s’accĂ©lĂ©rer,

« La clĂ© de la transition Ă©nergĂ©tique est l’électrification, qui nous permet de sortir progressivement de la dĂ©pendance aux combustibles fossiles. »

amplifiĂ©e par les vagues de chaleur inĂ©dites enregistrĂ©es en diffĂ©rents points du globe en 2023. Les progrĂšs insuffisants enregistrĂ©s jusqu’à prĂ©sent pour atteindre les objectifs climatiques et l’importance accrue accordĂ©e Ă  la sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique obligent les gouvernements mondiaux Ă  engager d’énormes ressources financiĂšres pour rĂ©duire notre dĂ©pendance aux Ă©nergies fossiles. « Depuis les tempĂ©ratures record de l’étĂ© 2023, le besoin urgent de dĂ©carboner l’économie mondiale s’est accĂ©lĂ©rĂ©, constate Guy Ertz. La clĂ© de la transition Ă©nergĂ©tique est l’électrification, qui nous permet de sortir progressivement de la dĂ©pendance aux combustibles fossiles. L’attractivitĂ© de l’économie, la prise de conscience de la sociĂ©tĂ© et les nombreuses initiatives de soutien des gouvernements devraient contribuer Ă  encourager les lourds investissements initiaux nĂ©cessaires dans les infrastructures Ă©lectriques, notamment dans la production, la transmission et le »

D’autre part, l’essor des vĂ©hicules Ă©lectriques destinĂ©s Ă  la logistique et au transport des personnes exige d’importants investissements de dĂ©part pour produire les matiĂšres premiĂšres nĂ©cessaires,

À suivre
Photo BNP Paribas Wealth Management Auteur MICHAËL PEIFFER
28 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

puis pour les transformer en produits finis tels que les voitures, mais Ă©galement les cĂąbles et les panneaux solaires. « Dans ce contexte gĂ©nĂ©ral, l’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique est aussi un axe majeur de cet effort de transition, car cela reste beaucoup moins cher d’économiser l’énergie que de la produire. C’est pourquoi nous recommandons une politique d’investissements multi-actifs : actions, obligations, infrastructures et matiĂšres premiĂšres », prĂ©cise le chief investment advisor.

L’IA : une rĂ©volution accessible

La nĂ©cessitĂ© pour les investisseurs d’élargir le type d’actifs pour atteindre une vĂ©ritable diversification doit les conduire Ă  s’intĂ©resser Ă  l’intelligence artificielle. « La surperformance spectaculaire des sept mĂ©ga-caps technologiques amĂ©ricaines, Ă  savoir Amazon, Apple, Google, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla, depuis 2020 et encore en 2023, a entraĂźnĂ© une concentration des portefeuilles d’investissement mondiaux dans ces valeurs, phĂ©nomĂšne qui n’a pas Ă©tĂ© observĂ© depuis la bulle technologique de l’an 2000 et l’épisode des Nifty Fifty des annĂ©es 1970. Dans les deux cas, les groupes de valeurs prisĂ©es qui ont fait l’objet de valorisations extrĂȘmes avaient vu leur cours chuter au cours des annĂ©es suivantes, entraĂźnant des pertes importantes au sein des portefeuilles », explique le chief investment advisor. Pour notre expert, les investisseurs doivent accĂ©lĂ©rer la diversification des portefeuilles, potentiellement surexposĂ©s Ă  ces sept gĂ©ants technologiques amĂ©ricains. « Aux cĂŽtĂ©s de ces leaders de la rĂ©volution de l’intelligence artificielle gĂ©nĂ©rative, il est crucial de chercher Ă  identifier les secteurs et les industries qui peuvent tirer d’énormes bĂ©nĂ©fices des applications de l’IA. »

DĂ©mographie : la rĂ©volution du bien-ĂȘtre « Le secteur de la santĂ© a sous-performĂ© en 2023 car l’attention s’est focalisĂ©e sur l’IA et les valeurs technologiques ‘Magnificent Seven’. Aujourd’hui, Ă  mesure que l’économie ralentit, les possibilitĂ©s de croissance et les caractĂ©ristiques dĂ©fensives du secteur pourraient devenir plus attractives », souligne Guy Ertz. Selon les prĂ©visions, la part de la population de plus de 60 ans doublera pour atteindre 2,1 milliards d’ici

2050. Par ailleurs, le nombre de cas d’obĂ©sitĂ© a presque triplĂ© dans le monde depuis le milieu des annĂ©es 70. Depuis la pandĂ©mie, dans un contexte de vieillissement de la population et d’augmentation des revenus, le bien-ĂȘtre est plus que jamais au centre des prĂ©occupations des consommateurs, ainsi que l’allongement de l’espĂ©rance de vie « en bonne santé ».

« L’IA peut rĂ©duire le coĂ»t de la mise au point de mĂ©dicaments et stimuler l’innovation dans le secteur. Les enjeux autour d’une alimentation durable et saine, les technologies mĂ©dicales, les traitements au service du bien-ĂȘtre et l’innovation dans les produits pharmaceutiques, y compris les traitements pour lutter contre le surpoids, vont provoquer une rupture majeure par rapport aux pratiques actuelles, crĂ©er de la volatilitĂ© et ĂȘtre une source importante d’opportunitĂ©s », prĂ©cise Guy Ertz.

Les principaux enjeux des annĂ©es Ă  venir sont liĂ©s Ă  la rĂ©duction des Ă©missions de CO2 et aux innovations liĂ©es Ă  la santĂ©. Dans ces deux domaines, les rĂ©cents dĂ©veloppements en matiĂšre de robotique et d’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives. En effet, l’utilisation de l’intelligence artificielle va permettre d’accĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement de nouveaux mĂ©dicaments, notamment pour les maladies liĂ©es Ă  l’obĂ©sitĂ©. Et les solutions liĂ©es Ă  l’électrification et Ă  l’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique offrent elles aussi un Ă©norme potentiel.

AUTRES PRINCIPALES TENDANCES

L’impact des hausses de taux cumulĂ©es ne se fait pas encore pleinement sentir sur la croissance Ă©conomique et l’inflation, surtout aux États-Unis. De plus, les banques centrales rĂ©affirment leur volontĂ© de conserver des taux Ă©levĂ©s pendant une pĂ©riode prolongĂ©e, ce qui laisse entendre qu’elles ne baisseront pas les taux d’intĂ©rĂȘt tant qu’elles ne seront pas convaincues que l’inflation enregistre un ralentissement significatif.

Le mouvement de bascule observĂ© de la globalisation au profit des intĂ©rĂȘts nationaux va se poursuivre, ce qui pourrait entraĂźner des pĂ©nuries de matiĂšres premiĂšres et de biens. Ce changement a Ă©galement pour effet de renforcer les relocalisations et les productions de proximitĂ© afin de consolider les chaĂźnes d’approvisionnement, en particulier dans les secteurs stratĂ©giques clĂ©s tels que les semi-conducteurs.

Les modes de vie ont probablement changĂ© de façon permanente aprĂšs la pandĂ©mie de 2020 : le travail Ă  domicile ou le temps libre sont dĂ©sormais mis sur un pied d’égalitĂ© avec le salaire et toute autre compensation financiĂšre. Cette situation a de profondes rĂ©percussions sur les modes de consommation ainsi que sur la demande de bureaux dans les grandes villes.

Nouveaux traitements contre l’obĂ©sité : la lutte contre l’obĂ©sitĂ© avec la mise sur le marchĂ© de mĂ©dicaments efficaces par Novo Nordisk et Eli Lilly pourrait ĂȘtre le principal progrĂšs pour augmenter l’espĂ©rance de vie depuis les campagnes mondiales antitabac des annĂ©es 1970.

Les gĂ©ants de la tech ont consolidĂ© leur position dominante sur les marchĂ©s d’actions internationaux, ce qui reprĂ©sente un risque de concentration croissant au sein de portefeuilles censĂ©s ĂȘtre diversifiĂ©s.

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 29

Segmenter : le pari gagnant

Les conseillers en investissement qui segmentent leurs clients peuvent personnaliser leurs services, se développer plus rapidement et générer davantage de revenus.

1Développer un avantage concurrentiel

Les investisseurs s’attendent aujourd’hui Ă  profiter d’une marketplace personnalisĂ©e, Ă  l’image de ce qui se fait dĂ©jĂ  dans la vente de produits ou de services en mode retail. Les arguments en faveur de la segmentation sont clairs. Selon plusieurs Ă©tudes, les entreprises financiĂšres qui segmentent leur clientĂšle dĂ©passent celles qui ne le font pas en termes d’actifs sous gestion, de croissance des actifs, ou encore de rĂ©munĂ©ration annuelle des conseillers. La segmentation peut non seulement profiter Ă  l’entreprise, mais elle peut surtout offrir une expĂ©rience client exceptionnelle et diffĂ©renciĂ©e.

3

Soutenir l’expĂ©rience client

Pour bien segmenter sa clientĂšle, il faut d’abord bien la connaĂźtre. Un classement basĂ© sur la seule richesse financiĂšre n’est pas suffisant. Il est important de prendre en compte d’autres facteurs tels que la trajectoire patrimoniale, la situation gĂ©ographique du client ou la probabilitĂ© de recommandation... Ces niveaux peuvent aider Ă  gĂ©rer le temps que les conseillers consacrent Ă  chaque client, et Ă  prioriser les missions. Autre point important, plus le chargĂ© de clientĂšle et son client auront d’intĂ©rĂȘts communs (technologiques, loisirs, cause particuliĂšre
), plus ce dernier sentira que le service a Ă©tĂ© personnalisĂ©.

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TransfĂ©rer les clients : le moment crucial

Lorsque le moment est venu de transférer un client vers un segment personnalisé, la prudence est de mise.

Certains clients peuvent avoir l’impression qu’une relation prĂ©cieuse prend fin, tandis que les conseillers peuvent se sentir lĂ©sĂ©s. Il est important d’informer les deux parties sur les avantages qu’elles tireront du changement. Elles doivent repartir avec le sentiment d’avoir tirĂ© un profit significatif de la transition. En fin de compte, l’avenir du secteur consiste Ă  apprendre Ă  connaĂźtre ses clients et Ă  crĂ©er pour eux des programmes Ă©chelonnĂ©s et sur mesure.

2

Définir les objectifs

Avant d’entamer ce processus de segmentation, il est conseillĂ© de prendre le temps de dĂ©finir clairement les objectifs Ă  atteindre. Le but est-il d’attirer de nouveaux clients ou de consacrer davantage de ressources aux clients actuels Ă  forte valeur ajoutĂ©e ? Une fois ces objectifs dĂ©finis, il faut penser Ă  organiser les Ă©quipes en consĂ©quence, en consacrant plus de temps aux investisseurs qui correspondent Ă  la clientĂšle idĂ©ale dĂ©finie en amont. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il est important d’adapter ses services aux besoins de ses clients. Tous les investisseurs n’ont pas besoin ou ne souhaitent pas le mĂȘme niveau de service.

4

Recueillir, gérer et analyser la donnée

Des donnĂ©es de qualitĂ© aident Ă  segmenter efficacement les clients. Celles-ci se prĂ©sentent sous diverses formes : relations personnelles, courriers Ă©lectroniques, documents administratifs, etc. Il est important d’approfondir la connaissance du client, en allant mĂȘme jusqu’à connaĂźtre ses prĂ©fĂ©rences en matiĂšre d’alimentation et de vacances. Tout est dans le dĂ©tail. Un systĂšme dynamique de gestion des donnĂ©es, qui permet de suivre toutes ces informations, peut s’avĂ©rer essentiel. Des donnĂ©es de qualitĂ© ne servent Ă  rien si elles ne sont pas disponibles facilement.

Stratégie
30 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

Investir dans un monde fragmenté

Le monde actuel est dĂ©chirĂ© par des divisions gĂ©opolitiques croissantes, avec des consĂ©quences pour l’économie mondiale et les marchĂ©s financiers. Comment les investisseurs doiventils rĂ©agir dans un tel contexte ?

La croissance Ă©conomique ne s’interrompt pas dans un monde fragmentĂ©. Toutefois, la sĂ©curitĂ© et la fiabilitĂ© des chaĂźnes d’approvisionnement ont pris de l’importance. Une situation qui encourage les partenariats commerciaux entre pays « amis », tandis que certaines puissances rivales tentent de s’empĂȘcher mutuellement de prendre l’avantage dans des secteurs stratĂ©giques.

Nos projections de croissance pour les marchĂ©s dĂ©veloppĂ©s se situent entre 1 et 2 % en 2024. Pour ĂȘtre durable, la croissance dĂ©pendra majoritairement de forces distinctes, notamment de fondamentaux budgĂ©taires sains, de marchĂ©s de l’emploi flexibles et de la capacitĂ© Ă  s’adapter aux chocs.

Dans les portefeuilles d’investissement, ce contexte exige d’accroĂźtre l’exposition aux actifs domestiques et des Ă©lĂ©ments de diversification additionnels, comme l’or et, pour ceux qui disposent d’un horizon temporel

et d’une tolĂ©rance au risque appropriĂ©s, les actifs non cotĂ©s.

UNE INFLATION PLUS VOLATILE

Un monde fragmentĂ© n’est pas nĂ©cessairement synonyme d’inflation Ă©levĂ©e, mais potentiellement plus volatile. Aujourd’hui, l’inflation des biens s’est normalisĂ©e et le prix des services suit le mouvement. Toutefois, les Ă©vĂ©nements politiques peuvent changer rapidement la donne, par exemple dans le cas d’une hypothĂ©tique seconde administration Trump.

Lorsque les perspectives d’inflation deviennent plus incertaines, les marchĂ©s des taux exigent une prime de risque. Non seulement les taux directeurs des banques centrales ont atteint des niveaux d’équilibre plus Ă©levĂ©s, mais les rendements obligataires affichent aussi une prime de risque et sont plus rigides. À la fin du cycle de baisse des taux en 2025, les taux directeurs amĂ©ricains devraient atteindre 3,5 %, et ceux de la zone

euro, du Royaume-Uni et de la Suisse atteindre respectivement 1,5 %, 2,5 % et 1 %.

DE NOMBREUSES ALTERNATIVES AUX ACTIONS

Pour 2024, nous prévoyons des rendements moyens à un chiffre pour les actions des marchés développés. Les bons du Trésor américain et les Bunds allemands pourraient générer des rendements similaires aux niveaux actuels, voire supérieurs. Les obligations devraient donc faire leur grand retour dans les portefeuilles, tout comme les investissements alternatifs. Les investisseurs disposent de nombreuses alternatives pour construire un portefeuille bien diversifié, avec une volatilité et un risque moindres.

LOMBARD ODIER (EUROPE) SA Dr Nannette Hechler-Fayd’herbe Responsable de la stratĂ©gie d’investissement, durabilitĂ© et recherche, CIO EMEA luxembourg@lombardodier.com

: «
nombreuses
pour construire un portefeuille bien diversifié .»
Nannette Hechler-Fayd’herbe
De
alternatives existent
PARTNER CONTENT

Une mĂȘme ligne quelle que soit la taille du client

Lazard FrĂšres Gestion a dĂ©veloppĂ© ces trois derniĂšres annĂ©es au Luxembourg l’activitĂ© de gestion d’actifs avec un savoir-faire Ă©prouvĂ©. La volontĂ© est de dĂ©ployer une stratĂ©gie Ă  long terme.

InstallĂ©e depuis trois ans sur la Place, Lazard FrĂšres Gestion bĂ©nĂ©ficie d’une expĂ©rience sĂ©culaire en France. LĂ -bas, l’activitĂ© de conseil financier y cĂŽtoie celle d’asset management. C’est la gestion d’actifs pour le compte de clients privĂ©s qui est dĂ©veloppĂ©e au Grand-DuchĂ©. « Notre prĂ©sence physique Ă©tait rĂ©clamĂ©e par des clients Ă  la recherche de proximitĂ©. Cela nous a permis d’élargir notre rĂ©seau  », tĂ©moigne Julien Thibault-Liger, directeur gĂ©nĂ©ral d’une succursale situĂ©e au boulevard Royal qui s’adresse Ă  une clientĂšle composĂ©e de familles et d’entrepreneurs luxembourgeois ou principalement europĂ©ens, attirĂ©s par la stabilitĂ© et la pĂ©rennitĂ© de la Place.

Pas de segmentation commerciale « Nous sommes reconnus pour notre activitĂ© de gestion sous mandat. Nous acceptons des clients Ă  partir de 3 millions d’euros sans pratiquer de segmentation commerciale. Quelle que soit la taille du client, il n’y a pas de diffĂ©rence en matiĂšre d’accompagnement ou d’offre de gestion. » Cette politique puise ses racines dans l’histoire. « Lazard FrĂšres Gestion Ă©tait initialement le family office de nos associĂ©s-gĂ©rants. Leur argent Ă©tait confiĂ© Ă  des gestionnaires de portefeuille trĂšs expĂ©rimentĂ©s. Au fil des annĂ©es, le cercle des bĂ©nĂ©ficiaires s’est Ă©largi aux amis des associĂ©s-gĂ©rants, puis Ă  des clients extĂ©-

rieurs, avec comme spĂ©cificitĂ© une offre de gestion identique, donc un vĂ©ritable alignement d’intĂ©rĂȘts. »

La stratĂ©gie d’investissement a pour but de s’inscrire dans la durĂ©e sur un modĂšle Ă  la Warren Buffett. « La philosophie est de conserver les investissements sur longue pĂ©riode. À titre d’exemple, le taux de rotation du portefeuille actions europĂ©ennes est de l’ordre de 18 % par an. »

L’un des principaux objectifs des clients de Lazard FrĂšres Gestion est de lutter contre l’érosion de leur capital. Avec l’inflation, il est nĂ©cessaire d’aller chercher de la performance sur le long terme. « Nous privilĂ©gions une gestion active en implĂ©mentant dans les portefeuilles des investissements que nous connaissons parfaitement en les passant au crible de nos analyses. Cela nous permet de maĂźtriser le risque. »

La société a constaté une évolution dans sa clientÚle. Les grandes familles industrielles avec un patrimoine accumulé de génération en génération ont progressivement fait place à des personnes plus jeunes qui se sont enrichies plus rapidement avec des montants significatifs.

40 milliards d’encours

Pour les accompagner, l’équipe luxembourgeoise se compose Ă  ce jour de quatre personnes : deux cĂŽtĂ© gestion, et deux cĂŽtĂ© dĂ©veloppement, avec le support des back et middle-offices en France. Le turnover

modĂ©rĂ© chez Lazard (entre 12 et 13 ans d’anciennetĂ© en moyenne) laisse le temps de cibler des profils de banquiers toujours difficiles Ă  dĂ©nicher avec deux leitmotive : exigence et excellence. Une croissance des effectifs au compte-gouttes pour une entreprise qui a atteint en 2024 le chiffre de 40 milliards d’euros sous gestion pour la France, la Belgique et le Luxembourg, rĂ©partis entre la gestion institutionnelle (25 milliards) et la gestion privĂ©e (15 milliards), cette derniĂšre comptant 2.400 clients, soit une moyenne de 6,2 millions d’euros par client privĂ©.

JULIEN THIBAULT-LIGER
Directeur général Lazard FrÚres Gestion
« La philosophie est de conserver les investissements sur une longue pĂ©riode. »
Long terme
Photo Guy Wolff (archives) Auteur CHRISTOPHE NADIN
32 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

Bingo.lu, feel more home than at Home

Bingo.lu

La nouvelle plateforme immobiliÚre qui place vos désirs au premier plan.

« La technologie doit permettre d’intensifier la relation client »

La banque privĂ©e opĂšre aussi sa mue numĂ©rique. Comment le digital redĂ©finit-il l’expĂ©rience client ? Comment la technologie soutient-elle le dĂ©veloppement de l’activité ?

Isabelle Waty, directrice de l’innovation et de l’expĂ©rience client au sein d’Indosuez Wealth Management Europe, Ă©voque ces enjeux.

Interview SÉBASTIEN LAMBOTTE
Portrait MARIE RUSSILLO
34 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Isabelle Waty
Pour Isabelle Waty, il faut repenser les parcours pour ĂȘtre mieux au service du client.

À l’échelle de la banque privĂ©e, comment dĂ©finir l’expĂ©rience client ? Et comment Ă©volue-t-elle ?

L’expĂ©rience client comprend l’ensemble des interactions que nos clients entretiennent avec la banque. Elle passe par les canaux numĂ©riques, interface e-banking ou application, mais pas uniquement – rendez-vous physiques, entretiens tĂ©lĂ©phoniques ou Ă©vĂ©nements. Alors que l’activitĂ© se transforme, considĂ©rant les nouvelles attentes des clients et les possibilitĂ©s offertes par les solutions digitales, l’enjeu est d’utiliser au mieux la technologie pour qu’elle soit crĂ©atrice de valeur, Ă  la fois pour nos Ă©quipes et pour nos clients. Celle-ci doit nous permettre de fluidifier l’ensemble des parcours client et faciliter les interactions entre nos diffĂ©rents dĂ©partements. Étant donnĂ© ma fonction, mon objectif est de soutenir cette transformation et d’identifier comment l’innovation peut permettre d’amĂ©liorer l’expĂ©rience vĂ©cue par chaque client. C’est aujourd’hui un enjeu-clĂ© pour la banque.

Qu’est-ce qui oriente cette transformation ? En quoi est-elle cruciale ?

Ce mouvement, Indosuez l’a engagĂ© il y a cinq ans, avec la volontĂ© d’accĂ©lĂ©rer la transformation numĂ©rique de l’activitĂ©. La banque de dĂ©tail avait dĂ©jĂ  entamĂ© ce virage technologique il y a plus d’une dizaine d’annĂ©es. Au niveau de la banque privĂ©e et de la gestion de fortune, cependant, l’urgence Ă©tait moindre, l’expĂ©rience attendue par le client n’étant pas tout Ă  fait la mĂȘme, le marchĂ© Ă©tant diffĂ©rent. La qualitĂ© de la relation interpersonnelle entre le client et son conseiller prime toujours Ă  l’heure actuelle. Toutefois, nos clients Ă©tant dĂ©sormais habituĂ©s Ă  utiliser des solutions numĂ©riques pour la plupart des aspects de leur quotidien – pour se dĂ©placer, au travail, pour leurs loisirs –, la banque privĂ©e doit, elle aussi, leur proposer des solutions qui correspondent Ă  ces standards. Dans un marchĂ© concurrentiel, pour rester compĂ©titifs, capter une nouvelle clientĂšle, nous devions donc faire Ă©voluer notre approche, accĂ©lĂ©rer notre transformation, marquer une rupture dans la maniĂšre de faire Ă©voluer la banque et nos services.

Quels sont les principaux enjeux en lien avec la transformation de l’expĂ©rience utilisateur ?

Cela ne se limite pas Ă  proposer une interface conviviale via une application mobile ou une interface web banking. Cette transformation est beaucoup plus profonde. Elle reprĂ©sente une opportunitĂ© de repenser notre modĂšle, notre fonctionnement interne, la maniĂšre dont nous interagissons rĂ©guliĂšrement avec nos diffĂ©rents clients dans l’optique de renforcer l’intensitĂ© relationnelle avec eux, valeur chĂšre au CrĂ©dit Agricole. L’une des forces de la banque, comme l’a rĂ©vĂ©lĂ© une enquĂȘte de satisfaction menĂ©e l’annĂ©e derniĂšre, rĂ©side dans la proximitĂ© que nous entretenons avec nos clients. C’est notamment pour ce sens du relationnel que nous sommes reconnus et recommandĂ©s.

Comment bien aborder cette transformation ?

Il s’agit de repenser le parcours des clients et, pour cela, le parcours du collaborateur. Une telle dĂ©marche va avoir des rĂ©percussions sur l’ensemble de la chaĂźne de valeur, en positionnant le client au centre de nos rĂ©flexions. Il faut donc avant tout bien connaĂźtre cette chaĂźne, identifier comment les diverses Ă©quipes y contribuent, identifier les systĂšmes et processus impactĂ©s, pour in fine, repenser le parcours pour mieux servir le client. On comprend alors que cette dĂ©marche au service de l’amĂ©lioration de l’expĂ©rience client est transversale. Si cette transformation est profonde, elle nous permet aussi de mieux faire prendre conscience Ă  chaque collaborateur de l’importance de son rĂŽle, au service du client et de sa satisfaction.

Quel est le principal apport de la technologie au service de l’amĂ©lioration du parcours client ?

Elle est avant tout lĂ  pour faciliter les interactions, les Ă©changes que l’on a en interne, pour nous aider Ă  mieux servir le client. Elle doit aussi nous permettre de gagner en agilitĂ©, d’ĂȘtre plus rapides dans la mise sur le marchĂ© de nouvelles solutions, de nouveaux services et fonctionnalitĂ©s, ou mĂȘme de nouveaux produits. Aujourd’hui, les possibilitĂ©s offertes par le numĂ©rique sont nombreuses. Cependant, lorsqu’on est

BIO EXPRESS

C’est en 2019 qu’Isabelle Waty rejoint Indosuez Wealth Management. Elle se voit confier la direction de l’innovation et de la transformation digitale de la banque pour le Luxembourg, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Depuis l’annĂ©e derniĂšre, elle est aussi responsable de l’expĂ©rience client pour l’ensemble des entitĂ©s d’Indosuez. Ces deux casquettes, complĂ©mentaires, lui permettent d’accĂ©lĂ©rer la dynamique de digitalisation qui anime l’institution. Au fil de sa carriĂšre dans le domaine de la finance au Luxembourg, Isabelle Waty a souvent explorĂ©, en se rapprochant du monde des start-up notamment, comment la technologie pouvait ĂȘtre mise au service de la crĂ©ation de valeur et contribuer Ă  amĂ©liorer l’expĂ©rience des utilisateurs.

36 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Isabelle Waty

une banque privĂ©e, il est important de les maĂźtriser : la technologie doit ĂȘtre bien comprise de nos collaborateurs, pour leur permettre de trouver les leviers afin d’amĂ©liorer leur quotidien pour un meilleur service client. C’est dans cette optique, notamment, que nous avons mis en place des Ă©quipes dĂ©diĂ©es Ă  l’innovation pour insuffler une nouvelle culture d’entreprise et adapter nos mĂ©thodes de travail. C’est aussi dans cette perspective que nous nous sommes rapprochĂ©s de l’écosystĂšme fintech, dont les membres dĂ©veloppent des expertises technologiques sur des sujets bien prĂ©cis. Ils nous permettent d’avancer beaucoup plus rapidement que si nous devions les envisager Ă  travers des projets de dĂ©veloppement toujours menĂ©s en interne. Dans cette dĂ©marche, l’idĂ©e est de pouvoir nous appuyer sur des logiciels existants, et de pouvoir tester plus facilement de nouvelles solutions et technologies. Le rapprochement de nos Ă©quipes avec des acteurs de la fintech permet aussi Ă  nos collaborateurs de monter en compĂ©tences plus efficacement sur certains sujets numĂ©riques.

Travailler avec les acteurs de la fintech n’est pas toujours apparu comme quelque chose d’évident pour les acteurs traditionnels de la finance


En effet. Pour une banque privĂ©e, dont l’activitĂ© s’appuie sur des systĂšmes hĂ©ritĂ©s, parfois peu mallĂ©ables, pouvoir travailler avec ces sociĂ©tĂ©s innovantes, pouvoir facilement intĂ©grer leurs solutions a impliquĂ© d’opĂ©rer un changement d’état d’esprit. D’abord, il faut accepter d’adopter des solutions clĂ©s en main, sans vouloir Ă  tout prix « trop les tordre » pour les faire correspondre Ă  un besoin prĂ©cis. D’autre part, ces acteurs technologiques, pour beaucoup, ont Ă©tĂ© perçus comme des « ennemis ». Il a fallu changer cette perception de love and hate relationship, pour les considĂ©rer comme des partenaires, des leviers de crĂ©ation de valeur. Enfin, il faut que l’architecture informatique de la banque Ă©volue pour faciliter l’intĂ©gration de ces solutions. ConsidĂ©rant notre dette technologique, le dĂ©fi a Ă©tĂ© de la faire Ă©voluer, notamment

« Repenser le parcours des clients et, pour cela, le parcours du collaborateur.»

au travers du dĂ©ploiement d’interfaces de programmation permettant Ă  l’ancien monde et au nouveau de s’interfacer facilement. Au-delĂ , il y a aussi un dĂ©fi culturel, qui vise Ă  faire travailler ensemble les Ă©quipes de la banque – qui Ă©voluent dans un cadre contraint – et des talents numĂ©riques issus des fintech, oĂč tout va beaucoup plus vite. Cela prend du temps. Mais les avantages, en termes d’agilitĂ© et d’évolutivitĂ© de nos services, sont importants.

Avez-vous des exemples illustrant la maniĂšre avec laquelle la collaboration avec des acteurs de la fintech a contribuĂ© Ă  amĂ©liorer l’expĂ©rience client ?

DĂšs 2019, nous avons nouĂ© une collaboration avec Wealth Dynamix, qui dĂ©veloppe une solution client relationship management (CRM) et client lifecycle management (CLM) intĂ©grant un ensemble de fonctionnalitĂ©s qui contribuent justement Ă  l’amĂ©lioration de la relation entre son banquier et son client. Elles permettent Ă  nos conseillers de disposer d’une vue Ă  360 degrĂ©s des familles que nous servons et soutiennent leur accompagnement tout au long de leur cycle de vie au sein de la banque, de l’onboarding Ă  la rĂ©alisation du KYC ainsi que dans le suivi du parcours de chaque client ou encore l’identification des opportunitĂ©s commerciales. Un tel outil permet de fluidifier les Ă©changes et de personnaliser la relation. Cette collaboration a contribuĂ© Ă  amĂ©liorer la solution pour, in fine, mieux accompagner nos clients. L’annĂ©e derniĂšre, Indosuez Wealth Management a acquis une participation majoritaire (70 %, ndlr) dans Wealth Dynamix.

On parle d’un CRM, soit d’une solution stratĂ©gique, dans le cadre de votre mĂ©tier


Oui. Le dĂ©ploiement d’une telle solution a un impact sur l’ensemble des dĂ©partements de la banque, qui gravitent autour du client. C’est un outil central. On comprend dĂšs lors que l’enjeu, Ă  travers un tel projet, n’est pas uniquement technologique. Sa mise en Ɠuvre a impliquĂ© de repenser nos façons de travailler, les processus et les workflows, l’assignation des tĂąches qui incombent Ă  cha-

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 37

cun pour gagner en efficience de maniĂšre transversale. Tout projet de transformation digitale a des composantes organisationnelles, culturelles et humaines importantes.

Il faut les considĂ©rer bien en amont du projet, pouvoir expliquer pourquoi on les met en Ɠuvre, quels sont les bĂ©nĂ©fices attendus. Il ne faut pas nĂ©gliger les enjeux d’accompagnement du changement en Ă©tant proches des Ă©quipes sur le terrain.

Comment vos clients, nĂ©s avec un smartphone dans les mains, souhaitent-ils voir Ă©voluer l’expĂ©rience que leur offre la banque privĂ©e ?

Les attentes, eu Ă©gard au numĂ©rique, aux nouvelles fonctionnalitĂ©s proposĂ©es via nos interfaces, ne concernent pas uniquement les plus jeunes. Nous avons une clientĂšle dont la moyenne d’ñge demeure Ă©levĂ©e, ce qui ne l’empĂȘche pas d’ĂȘtre aujourd’hui trĂšs Ă  l’aise dans l’utilisation des outils digitaux. Une grande part de nos clients souhaitent interagir avec nous, consommer les services bancaires autrement, notamment sur base des expĂ©riences dont ils profitent par ailleurs dans leur vie quotidienne. À travers nos canaux numĂ©riques, une interface d’e-banking ou une application mobile, ils veulent pouvoir accĂ©der facilement Ă  leurs donnĂ©es, notamment celles liĂ©es Ă  la valorisation de leurs actifs de toute nature, que celles-ci Ă©voluent de maniĂšre dynamique, en temps rĂ©el. Pour un certain nombre d’élĂ©ments, ils souhaitent pouvoir initier des transactions de maniĂšre autonome ou encore facilement rentrer en contact avec leur conseiller et les expertises de la banque.

Via les canaux numĂ©riques, qu’est-ce qui est attendu de la clientĂšle d’une banque privĂ©e au-delĂ  des fonctionnalitĂ©s proposĂ©es par l’e-banking d’une banque de dĂ©tail ?

Nos clients souhaitent accĂ©der Ă  un contenu qualitatif, directement liĂ© Ă  notre expertise dans le domaine du conseil en investissement et en gestion patrimoniale. L’annĂ©e derniĂšre, nous avons donc lancĂ© une nouvelle plateforme sur laquelle nos clients accĂšdent Ă  toute notre expertise, aux analyses et recommandations de nos conseillers et gestionnaires. Cela leur est proposĂ© sous la forme d’articles, de pod-

casts ou encore de vidĂ©ocasts, selon la profondeur de l’information souhaitĂ©e (accĂšs au dĂ©tail des diffĂ©rents actifs financiers, ndlr), de maniĂšre simple et ergonomique.

Le fait de partager cette information prĂ©cieuse ne dĂ©force-t-il pas le rĂŽle du conseiller ?

Au contraire. On se rend compte que le partage de cette information permet au client de mieux prĂ©parer le rendez-vous suivant et, lors de la discussion avec son conseiller, d’approfondir la relation. Le client, globalement, est mieux informĂ©. Notre valeur ajoutĂ©e, au dĂ©part de son niveau de connaissance et de sa situation patrimoniale, rĂ©side dans l’accompagnement que nous lui offrons. On peut aller davantage dans la personnalisation de la relation.

Le numĂ©rique vient supporter la relation, permet d’aller davantage au fond des choses. De la mĂȘme maniĂšre, la technologie permet de rĂ©duire les contraintes liĂ©es aux aspects administratifs. Le temps que l’on gagne en Ă©vitant de devoir imprimer, consulter et signer une pile de papier lors d’un rendez-vous, grĂące Ă  la signature Ă©lectronique notamment, permet des Ă©changes plus qualitatifs et fluides. C’est avant tout ce que le client attend de son conseiller en gestion de fortune.

Le sujet du moment, si l’on parle de technologie, c’est l’intelligence artificielle. Comment cette technologie peut-elle contribuer Ă  amĂ©liorer l’expĂ©rience client ?

À nos yeux, l’intelligence artificielle doit avant tout supporter les mĂ©tiers, nos collaborateurs, dans la rĂ©alisation de leurs missions au quotidien. L’IA est un levier que nous explorons dans cette perspective, mais il n’est pas le seul. L’automatisation, Ă  travers le dĂ©ploiement de robots, contribue aussi Ă  amĂ©liorer notre efficacitĂ© opĂ©rationnelle. L’intĂ©gration de ces technologies Ă  l’échelle de la banque implique de questionner nos processus, de pouvoir les identifier de bout en bout afin d’envisager de faire mieux en procĂ©dant autrement ou en recourant Ă  la technologie. On peut se demander, pour chaque tĂąche, si celle-ci doit ĂȘtre forcĂ©ment exĂ©cutĂ©e par un humain. Si non, quelles sont les alternatives ? Actuellement, au sein de la banque, nous avons

DANS TOUTES

LES LANGUES

Pour rĂ©pondre aux besoins de traduction – importants lorsque l’on sert une clientĂšle internationale – Indosuez s’appuie sur l’intelligence artificielle. En l’occurrence, il s’agit aussi d’une histoire de rapprochement entre la banque privĂ©e et une fintech incorporĂ©e au sein de la Luxembourg House of Financial Technology, Ă  savoir Lingua Custodia. La startup a aussi rejoint le programme d’accĂ©lĂ©ration Le Village by CA. Aujourd’hui, le moteur d’intelligence artificielle de la start-up spĂ©cialisĂ©e dans le traitement automatique du langage naturel est utilisĂ© Ă  travers les entitĂ©s du groupe partout en Europe, contribuant grandement Ă  accĂ©lĂ©rer la productivitĂ© des Ă©quipes dans la traduction ou la retranscription de paroles dans toutes les langues.

38 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 Conversation Isabelle Waty

une quinzaine de robots qui exécutent des tùches et qui nous permettent de gagner du temps, de concentrer des efforts sur la création de valeur aux yeux des clients.

L’IA, d’autre part, doit nous permettre aussi d’explorer plus en profondeur nos donnĂ©es, afin de mieux comprendre nos enjeux et d’ouvrir de nouvelles perspectives, d’envisager de nouvelles solutions ou de nouveaux produits. Le prĂ©alable, pour avancer dans cette direction, est de s’assurer de disposer de donnĂ©es de qualitĂ©. On constate une forte appĂ©tence des mĂ©tiers autour de ces dĂ©veloppements.

Qu’en est-il de l’IA gĂ©nĂ©rative ?

Au niveau des Ă©quipes, des collaborateurs qui ont pu expĂ©rimenter les capacitĂ©s de ChatGPT souhaitent aussi pouvoir travailler en s’appuyant sur de tels outils. Nous explorons les possibilitĂ©s de les dĂ©ployer Ă  l’échelle de la banque, pour produire du contenu, rechercher et synthĂ©tiser de l’information, mettre en page des documents ou les enrichir au moyen de graphiques. À travers cette technologie, il est possible d’aller plus loin dans la personnalisation des services proposĂ©s aux clients. Cependant, il faut se doter d’une gouvernance ad hoc, pouvoir accompagner ce changement, en considĂ©rant des enjeux de conformitĂ© et en veillant Ă  garantir la prĂ©servation de la confiance que nous accordent nos clients. À la fin, c’est l’humain qui doit avoir le dernier mot. Il faut avancer progressivement, en veillant Ă  fixer le cadre. C’est au niveau du Lab Innovation d’Indosuez, actuellement, que nous envisageons ces dĂ©veloppements futurs.

Quel est le rîle de ce Lab ?

Ces dĂ©marches d’innovation et de transformation digitale s’appuient sur une Ă©quipe internationale. J’ai des homologues dans d’autres entitĂ©s d’Indosuez, en France, Ă  Monaco, en Suisse. Au dĂ©part du Luxembourg, le groupe pilote la succursale belge, l’italienne, l’espagnole et, depuis fĂ©vrier, la succursale portugaise. À travers toutes ces entitĂ©s, l’idĂ©e est de renforcer un Ă©cosystĂšme qui soutient l’innovation, en faisant remonter des besoins et des idĂ©es, en se rapprochant des start-up. Cet Ă©cosystĂšme est une source importante d’inspiration. Au niveau de notre Lab

LA DIGITALISATION DU MIDDLE ET BACK OFFICE

Les domaines dans lesquels les prestataires de services de gestion de patrimoine investissent le plus dans les technologies de middle et de back-office.

Source Building a Future-Ready Investment Firm - ThoughtLab

Cyberinformation et cybersécurité

Gestion des données et analyse

Traitement et rÚglement des opérations commerciales

Gestion et acheminement des ordres de transaction

Centre de contact Finances et audit

Gestion des risques, juridique

Comptabilité de portefeuille

Rapport sur les clients

Conformité réglementaire

Gestion des comptes clients

Gestion de l’identitĂ© et de l’accĂšs des clients

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 39
0 % 10 % 20 % 30 % 40 % 50 % 60 % 70 % 80 %
Maintenant Dans trois ans 62 % 48 % 45 % 40 % 34 % 32 % 27 % 26 % 22 % 21 % 41 % 20 % 21 % 25 % 29 % 36 % 32 % 30 % 57 % 59 % 35 % 65 % 17 % 17 %
« L’intĂ©gration de ces technologies Ă  l’échelle de la banque implique de questionner nos processus, de pouvoir les identifier de bout en bout afin d’envisager de faire mieux en procĂ©dant autrement ou en recourant Ă  la technologie.»

FACILITER LA COMMERCIALISATION

DES ACTIFS PRIVÉS

Le rapprochement de la banque avec des fintech permet aussi d’accĂ©lĂ©rer sa transformation auprĂšs des clients professionnels. À cĂŽtĂ© de Wealth Dynamix, Indosuez Wealth Management est par exemple aussi entrĂ©e au capital de la start-up AirFund, dont la plateforme digitale vise Ă  simplifier la mise en relation entre sociĂ©tĂ©s de gestion et distributeurs de fonds de private markets (actifs non cotĂ©s) auprĂšs des particuliers. Amundi est montĂ©e au capital de la start-up en mĂȘme temps que la banque privĂ©e. Pour Indosuez, ce rapprochement doit faciliter la commercialisation des fonds d’actifs privĂ©s gĂ©rĂ©s par la banque privĂ©e et simplifier les opĂ©rations de souscription et rachat dans ces fonds.

Innovation, nous explorons ces idĂ©es et les possibilitĂ©s que nous offre la technologie autant que nous envisageons de nouvelles maniĂšres de travailler, de nous organiser, afin de soutenir la transformation Ă  l’échelle du groupe. C’est Ă  ce niveau que nous cherchons Ă  mettre en place les nouvelles solutions, en dĂ©veloppant des partenariats avec nos Ă©quipes ou des fintech par exemple. Les Ă©quipes du Lab sont en full agile et ont dĂ©veloppĂ© de nouveaux services digitaux pour nos clients – et ce, dans un temps trĂšs court. C’est toute la promesse du Lab : dĂ©livrer un produit en trois mois. L’enjeu, Ă  ce niveau, est de valider la valeur ajoutĂ©e que ces nouvelles solutions apportent Ă  nos clients, et ce, en les impliquant dĂ©sormais directement dans nos dĂ©marches d’innovation.

Dans quelle mesure la technologie transforme-t-elle le mĂ©tier de la banque privĂ©e ?

Depuis 20 ans, nos mĂ©tiers ont considĂ©rablement Ă©voluĂ©. La gamme des produits proposĂ©s s’est Ă©largie et complexifiĂ©e. La rĂ©glementation s’est accrue. Nous devons aujourd’hui considĂ©rer d’autres dimensions, notamment autour de la finance et de ses impacts sociĂ©taux et environnementaux. L’enjeu est de se doter des capacitĂ©s pour Ă©voluer plus rapidement. La volontĂ© est de gagner en agilitĂ©, Ă  travers nos laboratoires, mais aussi en se rapprochant des start-up, d’itĂ©rer beaucoup plus pour faire Ă©voluer nos solutions, nos organisations. L’objectif est de pouvoir se transformer suivant des cycles de dĂ©veloppement beaucoup plus courts et, de cette maniĂšre, d’amĂ©liorer en continu toutes nos solutions. Dans cette optique, la volontĂ© est d’ĂȘtre beaucoup Ă  l’écoute du terrain, de nos collaborateurs comme de nos clients, pour identifier les besoins et valider les hypothĂšses. Nos clients sont d’ailleurs trĂšs heureux d’ĂȘtre impliquĂ©s de la sorte dans la dĂ©marche. C’est aussi une maniĂšre d’intensifier la relation et, in fine, de s’assurer que l’on pourra continuer Ă  enchanter chacun d’eux.

40 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 Conversation Isabelle Waty

Who truly “owns” the client relationship with HNWIs?

In the high-stakes world of wealth management, this question looms large. Recent personnel shifts in major banks have intensified this debate. As seasoned professionals switch allegiances, their HNWI clients find themselves at a crossroads.

THE DANCE OF TRUST AND CONTINUITY

The banker and the bank play pivotal roles in the delicate dance of wealth management. On the one hand, the banker, with their personalised service, deep understanding of client needs, and ability to build strong relationships, becomes the confidant. The bank, on the other hand, provides the institutional framework, financial products, and stability. If the banker changes employers, the stakes rise. HNWIs must weigh trust, continuity, and personal connections against the allure of a new banking environment. It is a high-stakes game where loyalty and pragmatism collide. Trust is the currency of wealth management. HNWIs entrust their fortunes, relying on expertise, discretion, and commitment. When a banker switches banks, the client faces a dilemma: do they follow their trusted advisor, risking disruption, or stay with the familiar institution?

THE TUG-OF-WAR:

CONTINUITY VS. PERSONAL CONNECTIONS

Transitioning to a new banking environment involves more than just moving accounts. Change disrupts established routines, relationships and processes. HNWIs value continuity – knowing that their financial affairs will be handled seamlessly, regardless of personnel changes.

Personal connections matter too. The rapport between a banker and their client transcends transactions. It is about shared goals, mutual understanding, and a history of successful collaboration.

SOLVING THE CONUNDRUM

Banks must recognise that HNWIs are not mere accounts; they are relationships. To retain clients, banks should:

Empower private bankers: invest in training, technology, and resources to enhance bankers’ capabilities.

Institutionalise relationships: develop robust CRM systems that outlast individual advisors.

Collaborate across teams: a team-based approach ensures clients benefit from collective expertise.

IN THE END, IT IS NOT ABOUT WHO “OWNS” THE RELATIONSHIP – IT IS ABOUT NURTURING IT COLLECTIVELY

Banks that prioritise trust, continuity, and personal connections will win the loyalty of HNWIs, ensuring a prosperous future for both clients and employees.

Crédit Banque Havilland S.A. FOR MORE INFORMATION Banque Havilland S.A. info@banquehavilland.com www.banquehavilland.com PARTNER CONTENT

Innovation & Regulation go hand in hand

The expectations of wealthy clients are constantly evolving, driven by the need for innovation and hyper-personalisation, as well as by the appeal of sustainable investment. Despite these trends, the human factor and expertise remain central to our ability to provide exclusive wealth support.

Within the Luxembourg life insurance sector, two trends are taking shape that are impacting not only the way insurance companies interact with partners and clients, but also the products and services they offer. The first trend, linked to clients’ expectations, is innovation, which must be supported by the entire Luxembourg ecosystem. With a little hindsight, we can say that “the first wave of innovation we experienced dates back to the 1990s, and concerned the regulatory aspect. The second took place in the 2000s and enabled insurance companies to adapt their wealth management solutions. In the 2010s, these same companies sought to improve their efficiency. We were talking about operational innovation. Finally, in the 2020s, innovation has taken on a technological and digital dimension,” explains Luc Rasschaert, CEO of WEALINS. These innovations must now be continued and accelerated to help Luxembourg’s financial centre stand out in the face of competition from other European countries. For example, some of the proposed changes to the law are likely to have an impact on the rules governing professional secrecy. Accordingly, the use

Photo Marie Russillo (Maison Moderne)
Sponsored content by WEALINS Life insurance
42 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Rasschaert, CEO & Flavia Micilotta, ESG Investment Specialist.

of the cloud should multiply the opportunities available to the life insurance and wealth management sector.

Focus on a client-centric approach

This innovation is all the more necessary as it enables us to meet the expectations of wealthy clients. Both the younger generation and some older policyholders now want solutions that meet their specific needs. “We’re talking about a personalised, tailor-made approach. They also want greater responsiveness and flexibility in accessing and exchanging information. For a company like WEALINS, it’s important to be resilient, to adapt quickly to innovation, to the use of new technologies, and to adopt the ATAWAD (anytime, anywhere, any device) concept. We call our unique approach ‘Wealth Insurance as a Service’. This encompasses both the products and the services we offer our partners and clients, including our expertise and know-how in wealth management and structuring, and our digital offering.”

With this in mind, the company has wiped the slate clean of its multiple IT systems to offer a single digital platform (e­Wealins) to its partners and their clients. It offers a number of advantages, including responsiveness, efficiency and reliability in data management. For example, it also gives the broker the opportunity to answer a client’s questions, or to obtain information about his or her insurance policy. The platform is constantly evolving to meet the current and future needs of WEALINS’ partners and clients.

Combining positive impact and financial performance

Several studies have offered the evidence that the sustainable finance regulatory framework has been developed at such a rapid pace that much of the industry is still pondering on the most relevant implications and their impacts on their business models. One of the latest survey in this respect, published by Oxford Risk 1 , has in fact shown that only 13% of asset managers, who are the main partners of insurance companies, really understand these ESG laws and requirements. “They are at a loss as to how to integrate the impacts into their work and

communicating them clearly to their clients. All these considerations need to be understood, translated, and transposed into investment products,” comments Flavia Micilotta, ESG Investment Specialist.

Another challenge concerns the demands of regulators. These require asset managers to ask clients about their sustainability preferences. Although over 90% of them (always according to the Oxford Risk report1) consider this “mapping”  to be the most important part of their work, the time devoted to it remains limited.

The ESG movement has become more than just a trend. “More and more families want to make a commitment to ESG when it comes to their investments, especially the younger generation. Managing the evolution of clients’ preferences, which sometimes differ within the same family, is particularly complex for managers.”

Convinced that the integration of ESG criteria and financial performance can go hand in hand, WEALINS takes a close interest in this subject, which influences the way we develop products, reach clients, and interact with partners. The company intends to be a valuable support for partners. “We want to act as a facilitator and help them improve their knowledge of legislation to make it easier to understand sustainable finance and their clients’ preferences, and integrate them into their policy. We help them assimilate this information and meet the expectations of clients and regulators, we offer them trainings through our webinars and other presentations. Our e-Wealins platform also makes it easier for our partners to capture clients’ sustainability preferences.”

Once again, WEALINS has a leading role to play. “We want to be useful and support our partners as they face the challenges ahead. We are working in an increasingly complex environment, which is why data management, knowledge sharing, and wealth support will be more than ever necessary,” concludes Luc Rasschaert.

1 Source of the survey  https://www.wealthbriefing.com/html/ article.php/The-ESG-Phenomenon%3A-Oxford-Risk-Study

THE FOUR PHASES OF INNOVATION

1990s - Regulatory innovation

The life insurance industry needed a regulatory framework.

2000s - Wealth management innovation

Creativity was needed to interpret the regulations and come up with appropriate wealth management solutions.

2010s - Operational innovation

These solutions needed operational efficiency.

2020s - Technological/digital innovation

An omnichannel approach (human and digital) had to be implemented to enable insurance companies to respond to the current and future wealth expectations of their clients.

BRAND VOICE PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 43 TO FIND OUT MORE, VISIT WWW.WEALINS.COM

Hyperautomatisation, l’impossible graal

Plus simple, plus rĂ©actif, plus rigoureux, plus intelligent, plus disponible, plus personnalisé : l’industrie rĂȘve d’un « all-in ». Mais, en fin de course, chaque acteur devra se rĂ©inventer de maniĂšre trĂšs ciblĂ©e.

Et si l’hyperautomatisation n’était pas un « must have » lorsque l’on est gestionnaire de fortune ? « J’aime d’abord examiner le problĂšme, puis dĂ©terminer quelles sont les bonnes technologies pour aider Ă  le rĂ©soudre. De nombreuses technologies utilisĂ©es par les conseillers au fil du temps concernaient l’automatisation
 mais je constate une grande tendance vers la technologie pour rĂ©ellement prendre en charge les conseils centrĂ©s sur le client. »

Au moment oĂč tout le monde ne parle que d’intelligence artificielle et de quelques innovations de pointe, le fondateur et CEO de d1g1t, Dan Rosen, est l’un des rares qui fasse entendre une voix diffĂ©rente. Pour ce professeur adjoint de finance mathĂ©matique Ă  l’UniversitĂ© de Toronto et premier directeur du Centre des institutions financiĂšres du Fields Institute, la vĂ©ritĂ© est surtout dans le « diagnostic du patrimoine » des clients fortunĂ©s, Ă  partir duquel le fournisseur de service peut construire une relation et une stratĂ©gie Ă  long terme. Son postulat est double : d’un cĂŽtĂ©, les acteurs traditionnels ont du mal Ă  actualiser leur « vieille » technologie pour dĂ©livrer Ă  leurs clients les meilleurs conseils ; de l’autre, les robo-advisors ont quasiment tous Ă©tĂ© construits de maniĂšre simpliste sur la baisse des frais et des conseils d’investissement trĂšs basiques. Il n’est pas le seul Ă  partager cette idĂ©e. Au point que, depuis quelques annĂ©es, a surgi

une nouvelle dynamique qui consiste, dans le cadre de la transformation digitale des acteurs du wealth management – encore trĂšs loin d’ĂȘtre aboutie –, non pas Ă  proposer le graal qui permettrait de tout rĂ©gler en un seul endroit, mais une solution qui permette d’identifier Ă  quels endroits amĂ©liorer quels processus pour rendre chaque acteur plus performant, que ce soit pour l’onboarding des fortunĂ©s clients, pour tout le back-office sur le passage des ordres ou dans la dĂ©tection de nouvelles opportunitĂ©s d’investissement. Non pas pour tout automatiser mais pour libĂ©rer l’humain et le mettre au service de l’humain beaucoup plus fortunĂ©. Rien de neuf sous le soleil ? Peut-ĂȘtre. Mais cela se complique. Exemple ? Les systĂšmes d’automatisation intelligents peuvent utiliser l’automatisation des processus robotiques (RPA) et la reconnaissance optique de caractĂšres (OCR) pour numĂ©riser et extraire les donnĂ©es des documents de clients, rationalisant la configuration et la maintenance des nouveaux comptes
 Mais qui garantit que ces donnĂ©es personnelles restent absolument Ă  l’abri des regards dans un contexte de compliance accrue, de KYC et de lutte contre le blanchiment ? Quid de l’intelligence artificielle qui assiste la dĂ©tection des opportunitĂ©s d’investissement ? Comment savoir ce qu’elle « favorise » et ce qu’elle dĂ©laisse ?

KIDBROOKE ET L’ESPRIT

MONTE CARLO

NĂ©e Ă  Londres et Ă©migrĂ©e Ă  Stockholm, Kidbrooke a pivotĂ© pour crĂ©er un cadre de transformation numĂ©rique Ă  trois niveaux : gestion des donnĂ©es moderne, nouvelle approche de rĂ©ponse aux questions financiĂšres pour donner de la cohĂ©rence aux stratĂ©gies Ă©laborĂ©es pour les clients, et « omni-channel business », oĂč la solution aligne toutes les mĂ©thodes de calculs de probabilitĂ© pour rendre l’avenir
 plus probable.

Technologie
Journaliste THIERRY LABRO
44 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

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Private Equity Outlook

Avec un environnement rĂ©glementaire favorable, une Ă©conomie rĂ©siliente, un accent mis sur l’investissement durable, l’innovation numĂ©rique, les opportunitĂ©s transfrontaliĂšres et la demande croissante des investisseurs, le Luxembourg est bien positionnĂ© pour capitaliser sur le marchĂ© florissant du private equity.

Avec la participation de Alain Kinsch (Luxembourg Stock Exchange), Giuliano Bidoli (BC Partners), Helene Noublanche (Coller Capital), Yannick Oswald (Mangrove Capital Partners), Clarisse Leduc (European Investment Funds), Peter Brown (Aztec Financial Services), Alain Rodermann (Expon Capital), Martine Kerschenmeyer (Korn Ferry) et GisĂšle Duenas Leiva (Blackrock)

Inscription sur paperjam.lu/club REAL-TIME TRANSLATION ïżœïżœhïżœïżœ - ïżœïżœhïżœïżœ | Kinepolis Kirchberg
MARDIïżœïżœ JUINïżœïżœïżœïżœ General partner

La Spuerkeess s’est transformĂ©e

Face Ă  la demande grandissante de la clientĂšle, en recherche de prestations qui rĂ©pondent toujours plus adĂ©quatement Ă  ses attentes, les institutions qui offrent des services de banque privĂ©e s’organisent. Alain Uhres, head of private banking Ă  la Spuerkeess, et Fred Kutten, son adjoint, tĂ©moignent de cette transformation indispensable.

La personnalisation des services est aujourd’hui un axe de dĂ©veloppement et de diffĂ©renciation majeur pour les banques privĂ©es en quĂȘte de nouvelles sources de revenus. Si les grands acteurs entiĂšrement dĂ©diĂ©s Ă  la gestion de fortune ont tendance Ă  s’orienter vers une clientĂšle disposant d’avoirs de plus en plus Ă©levĂ©s, les banques plus traditionnelles ne restent pas les bras croisĂ©s. Voici deux ans, par exemple, la Spuerkeess a rĂ©organisĂ© son offre en se dotant d’un nouveau dĂ©partement Private banking dans le but de mieux servir cette clientĂšle aux attentes particuliĂšres. « Jusqu’en 2022, l’activitĂ© de banque privĂ©e Ă©tait placĂ©e sous la responsabilitĂ© de notre rĂ©seau d’agences. Aujourd’hui, il s’agit d’une entitĂ© Ă  part entiĂšre, aux cĂŽtĂ©s de nos trois autres pĂŽles que sont le retail banking, la clientĂšle institutionnelle et le corporate banking, tĂ©moigne Alain Uhres, head of private banking Ă  la Spuerkeess. Cette nouvelle organisation traduit une volontĂ© de personnalisation de nos services de private banking Ă  destination d’une clientĂšle essentiellement de rĂ©sidence luxembourgeoise et frontaliĂšre. »

« Aller davantage vers cette personnalisation, qui exige de maĂźtriser de nombreux sujets, Ă  la fois en matiĂšre de compliance, mais aussi au niveau des produits et services. »

En tant que banque universelle, dĂ©tenue Ă  100 % par l’État luxembourgeois, la Spuerkeess prĂ©sente une trĂšs large gamme de services bancaires, qui sert directement l’activitĂ© des clients plus fortunĂ©s. «  Au niveau de nos services de base, on retrouve les services daily banking comme les comptes courants, les cartes de paiement, notre application S-Net, qui rassemble plus de 300.000 utilisateurs aujourd’hui, explique Alain Uhres. Notre dĂ©partement, qui se situe plus haut dans la pyramide des besoins, peut puiser dans cette offre et cette infrastructure dĂ©veloppĂ©es par la banque, ce qui nous permet de profiter d’économies d’échelle importantes. »

Une gestion discrétionnaire de haut niveau

Pour servir au mieux sa clientĂšle, le dĂ©partement Banque privĂ©e peut Ă©galement s’appuyer sur l’expĂ©rience acquise depuis de nombreuses annĂ©es par la banque dans la À ce niveau, nous proposons aujourd’hui trois approches distinctes, execution only, l’advisory et la gestion discrĂ©tionnaire
 À partir d’un certain seuil d’avoirs, nous pouvons rĂ©ellement

Solutions
personnalisées
Auteur MICHAËL PEIFFER
46 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

offrir un conseil trĂšs personnalisĂ©, jusqu’à la mise Ă  disposition d’un gestionnaire professionnel dĂ©diĂ© qui prendra, dans le cas de la gestion discrĂ©tionnaire, toutes les dĂ©cisions d’investissement pour le compte du client, en fonction de son profil de risque et de ses attentes trĂšs prĂ©cises, en termes d’impact environnemental notamment », continue Alain Uhres.

Comme dans beaucoup d’autres institutions, la personnalisation est d’abord conditionnĂ©e par le niveau des avoirs sous gestion (AuM) que le client est prĂȘt Ă  confier Ă  son banquier privĂ©. « Bien que la clientĂšle de la Spuerkeess diffĂšre de celle des pures maisons de banque privĂ©e, nous sommes pleinement engagĂ©s Ă  dĂ©velopper des solutions avec lesquelles on peut aborder les clients family office ou ultra high net worth (UHNW), partage Fred Kutten, deputy head of private banking Ă  la Spuerkeess. À ce niveau, notre atout est de pouvoir puiser dans toute l’expertise dĂ©jĂ  en place au sein de la banque, et tout particuliĂšrement celle des Ă©quipes de Spuerkeess Asset Management, notre filiale spĂ©cialisĂ©e en gestion de portefeuilles. Au niveau le plus prestigieux de la gestion discrĂ©tionnaire, nous avons le privilĂšge de pouvoir mettre Ă  disposition de nos clients les plus fortunĂ©s un gestionnaire dĂ©diĂ© et expĂ©rimentĂ© de Spuerkeess AM, pour prendre en compte les contraintes individuelles en matiĂšre de politique d’investissement. »

L’avantage d’une banque universelle est de pouvoir accompagner ses clients tout au long de leur vie. « GrĂące Ă  cette organisation, qui se matĂ©rialise Ă  travers les quatre activitĂ©s commerciales, nous pouvons offrir Ă  ces clients un service Ă  360 degrĂ©s et identifier, le moment venu, les clients qui disposent du profil et des ressources pour frapper Ă  la porte de notre dĂ©partement, souligne Fred Kutten. C’est notamment le cas de nos clients corporate. Au commencement, nous sommes lĂ  pour financer leur projet et, une fois que leur activitĂ© se dĂ©veloppe, leurs besoins Ă©voluent. Le niveau de fortune du chef d’entreprise ou du titulaire d’une profession libĂ©rale peut augmenter. On entre petit Ă  petit dans la sphĂšre des placements, de l’accompagnement et, au final, de la banque privĂ©e. En outre, compte tenu de leur parcours, ces personnes sont souvent d’une grande fidĂ©litĂ©. »

Afin de mieux servir sa clientĂšle de banque privĂ©e, la Spuerkeess Ă©toffe encore sa gamme de services, notamment dans le domaine du financement. « Notre banque est trĂšs bien positionnĂ©e sur ce sujet, mais nous voulons aller plus loin pour rĂ©pondre aux besoins spĂ©cifiques des plus fortunĂ©s. Nous avons donc mis en place une Ă©quipe dĂ©diĂ©e. On pense souvent, Ă  tort, que ces personnes n’ont pas besoin de solutions de financement. Or, c’est souvent le contraire. Et leurs besoins en la matiĂšre sont trĂšs spĂ©cifiques », reprend Alain Uhres. Enfin, mĂȘme si la structuration patrimoniale n’a jamais Ă©tĂ© au cƓur des services de la banque, lĂ  encore, une petite Ă©quipe est dĂ©sormais en place pour analyser en profondeur la situation du client, l’accompagner par exemple au niveau de questions de succession, de fiscalitĂ©, de philanthropie, le plus souvent en partenariat avec des experts externes.

Un seuil d’entrĂ©e augmentĂ©

En parallĂšle de toutes ces actions, et afin de garantir le niveau de personnalisation attendu par les clients, la Spuerkeess a dĂ©cidĂ© rĂ©cemment d’augmenter le seuil d’entrĂ©e Ă  la banque privĂ©e. « Alors que les coĂ»ts sont en augmentation constante, notamment d’un point de vue rĂ©glementaire, et que le mĂ©tier de chargĂ© de relation se complexifie, nous souhaitons limiter le portefeuille de chacun de nos conseillers, afin de les rendre plus disponible, prĂ©cise Alain Uhres. L’idĂ©e n’est pas d’exclure les gens, mais vĂ©ritablement d’aller davantage vers cette personnalisation, qui exige de maĂźtriser de nombreux sujets, Ă  la fois en matiĂšre de compliance, mais aussi au niveau des produits et services que nous proposons Ă  cette clientĂšle, qu’il faut apprendre Ă  connaĂźtre et Ă  servir sur le long terme. »

L’APPÉTIT AU RISQUE EN GUISE DE SEGMENTATION

La spĂ©cialisation d’une banque privĂ©e passe par la segmentation de sa clientĂšle. Banque 100 % luxembourgeoise, dĂ©tenue par l’État, la Spuerkeess concentre ses efforts principalement sur ses clients locaux luxembourgeois et ceux qui ont un lien direct avec le pays, comme les frontaliers. « Cette segmentation touche directement Ă  l’appĂ©tit au risque de la banque. ConsidĂ©rant l’investissement nĂ©cessaire et le risque encouru, Ă©largir notre cible Ă  d’autres zones gĂ©ographiques trop ‘exotiques’ ne nous semble pas opportun, tout simplement parce que cela demande une expertise dont nous ne disposons pas. Nous avons donc dĂ©cidĂ© de nous concentrer sur ce que nous connaissons le mieux, avec l’avantage qu’il est plus facile aujourd’hui d’onboarder un client rĂ©sident luxembourgeois qu’un ressortissant d’une zone gĂ©ographique lointaine, notamment au regard des exigences de compliance (KYC, lutte contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme, reporting financier et extra-financier, etc.) », confie Alain Uhres.

Vient ensuite la prise en compte du niveau de sophistication du client. « Si, aujourd’hui, je m’occupe d’une personne physique rĂ©sidente luxembourgeoise, l’entrĂ©e en relation sera diffĂ©rente que si nous devons ouvrir un compte pour une holding, dĂ©tenue par d’autres holdings ou par un trust, et prĂ©sente dans plusieurs juridictions Ă  travers le monde. Chaque banque doit ainsi se poser la question de son appĂ©tit au risque et de ses affinitĂ©s pour certains sujets ou certaines zones gĂ©ographiques », ajoute le head of private banking

Cette prĂ©occupation rejoint un autre enjeu-clĂ©, qui est celui du time consuming. « Notre dĂ©partement rassemble environ 70 personnes. La moitiĂ© sont des chargĂ©s de relation. L’autre moitiĂ© est lĂ  pour leur apporter tout le support nĂ©cessaire Ă  leur activitĂ© de conseil. Si nous souhaitons consacrer tous nos efforts Ă  la satisfaction de cette clientĂšle de banque privĂ©e, nous devons nous limiter dans le scope choisi », conclut Alain Uhres.

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 47

Se réinventer dans un monde incertain

PortĂ©s par des prĂ©visions 2023 de trĂšs bonne facture, les acteurs de la banque privĂ©e doivent absolument oser investir, notamment dans la technologie au service de la personnalisation de l’offre et expĂ©rience client mais Ă©galement dans un objectif d’efficience et rĂ©silience organisationnelles et opĂ©rationnelles, et ce malgrĂ© les nombreuses incertitudes qui pĂšsent aujourd’hui sur l’économie mondiale.

Les rĂ©sultats financiers 2023 de la plupart des banques privĂ©es luxembourgeoises s’annoncent sous les meilleurs auspices. Le contexte Ă©conomique global, soutenu par la remontĂ©e des taux d’intĂ©rĂȘt, a donnĂ© une bouffĂ©e d’oxygĂšne Ă  tous les acteurs de la place financiĂšre, qui disposent de nouvelles capacitĂ©s d’investissement. Ce tableau, certes positif, est toutefois contrebalancĂ© par la situation macroĂ©conomique actuelle, plutĂŽt tendue. «  Le principal challenge des banques privĂ©es est aujourd’hui d’oser investir, et ainsi s’assurer de leur pĂ©rennitĂ© dans un monde incertain , constate Pascal Martino, partner, banking leader au sein de Deloitte Luxembourg. Il est en effet difficile de savoir jusqu’à quand les taux d’intĂ©rĂȘt vont rester Ă  un tel niveau. Une baisse est attendue, mais Ă  quel moment interviendra-t-elle ? Ensuite, nous sommes confrontĂ©s Ă  une situation gĂ©opolitique globale dont il est difficile de cerner tous les contours. Qui peut dire aujourd’hui comment vont Ă©voluer les conflits en cours, au Moyen-Orient ou en Ukraine, dans les prochains mois, sans oublier les Ă©chĂ©ances Ă©lectorales Ă  venir, notamment aux États-Unis ? »

« Si je veux ĂȘtre un peu challengeant, la question est aujourd’hui de savoir ce que le conseiller de clientĂšle va amener en plus que l’intelligence artificielle. »

Pour Pascal Martino, les banques privĂ©es, malgrĂ© les doutes qui pĂšsent sur l’économie mondiale, n’ont pas d’autre choix que de dĂ©lier les cordons de la bourse pour investir si elles veulent continuer Ă  servir une clientĂšle fortunĂ©e prĂ©sente Ă  l’international. «  Les dĂ©fis Ă  relever sont nombreux. En premier lieu, il est aujourd’hui nĂ©cessaire d’investir dans la relation clientĂšle, d’apporter des solutions de pointe, toujours plus personnalisĂ©es. Cela demande de s’appuyer sur des outils informatiques modernes, mais aussi sur les talents humains, qui restent au cƓur de la relation entre la banque privĂ©e et son client », souligne Pascal Martino.

Pour rĂ©pondre aux attentes de ces clients, les banquiers doivent aussi renforcer leur capacitĂ© Ă  innover, afin de participer activement Ă  la concurrence de plus en plus grande qui se joue Ă  l’échelle europĂ©enne et mondiale. « En termes de technologie, et toujours dans l’objectif d’amĂ©liorer la qualitĂ© des Ă©changes, l’intelligence artificielle, l’automatisation de certains processus et la digitalisation dans son ensemble doivent permettre aux banques d’ĂȘtre plus agiles, efficientes, mais aussi de rĂ©pondre Ă 

Prévisions
Photo Matic Zorman (archives) Auteur MICHAËL PEIFFER PASCAL MARTINO Partner, banking leader Deloitte Luxembourg
48 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

des enjeux rĂ©glementaires toujours plus contraignants », complĂšte le partner.

À cela s’ajoutent des attentes toujours plus Ă©levĂ©es Ă©manant des clients quant au niveau de service escomptĂ©, tendance qui s’accompagne logiquement d’une pression sur les tarifs. «  Le challenge est donc de continuer Ă  gĂ©nĂ©rer des revenus, en ayant conscience que les taux d’intĂ©rĂȘt risquent de ne pas se maintenir Ă  un tel niveau trĂšs longtemps », analyse le banking leader de Deloitte. D’autant que la base des coĂ»ts des acteurs de la banque privĂ©e a considĂ©rablement augmentĂ©, sous l’effet de l’inflation et du systĂšme d’indexation des salaires propre au Luxembourg.

Dans cette situation complexe, les banquiers privĂ©s doivent prendre des dĂ©cisions stratĂ©giques importantes. «  Il est notamment crucial pour chaque acteur de dĂ©finir un positionnement clair. Il est devenu quasi impossible pour un private banker de servir tous les marchĂ©s, notamment d’un point de vue gĂ©ographique, mais aussi en termes de segmentation de la clientĂšle. Accompagner un client qui dispose d’un, de dix ou de cent millions implique des approches trĂšs diffĂ©rentes , tant au niveau de la relation que des produits et des services qu’on doit ĂȘtre capable de lui proposer. On assiste donc aujourd’hui Ă  un repositionnement des acteurs.  » Celui-ci s’accompagne d’une revue de l’offre globale. La question Ă©tant de savoir quels services et quels produits proposer, Ă  quel prix, pour quel type de clientĂšle. « L’autre levier sur lequel les banquiers privĂ©s luxembourgeois doivent travailler a trait aux coĂ»ts, ou au ‘cost to serve’. À ce niveau, le dĂ©fi est aujourd’hui d’analyser la rentabilitĂ© de chaque service ou produit, selon le profil du client. Et de faire, lĂ  encore, des choix », commente Pascal Martino.

Mutualisation et outsourcing

Afin de rĂ©duire les coĂ»ts, de plus en plus d’initiatives voient le jour, Ă  travers la mise en Ɠuvre de plateformes ou de produits innovants. « Tout le monde ne peut plus tout faire. On entre donc dans une logique de partenariat, notamment avec des acteurs de la fintech ou d’autres entreprises spĂ©cialisĂ©es dans un domaine particulier. On constate Ă©galement une volontĂ© grandissante de mutualiser une partie de la

chaĂźne de production. C’est notamment le cas dans des domaines tels que le reporting rĂ©glementaire, le KYC, le reporting fiscal, etc., avec la naissance de solutions. Cela peut aller jusqu’au recours Ă  des solutions d’outsourcing de plus grande ampleur, que ce soit de l’IT ou de tout le back-office », constate Pascal Martino.

Le rĂŽle du relationship manager doit lui aussi Ă©voluer. « Si je veux ĂȘtre un peu challengeant, la question est aujourd’hui de savoir ce que le conseiller de clientĂšle va amener en plus que l’intelligence artificielle, interroge notre expert. Demain, la banque privĂ©e va devoir s’appuyer sur des personnes qui comprennent la technologie et savent l’utiliser. Cela nĂ©cessite Ă©galement une certaine remise en question afin de dĂ©finir oĂč se situe la plus-value de l’humain dans ce nouvel Ă©cosystĂšme. »

Ce qu’attend un client de son banquier privĂ©, c’est avant tout une relation de confiance et un partenariat sur le long terme. « Aujourd’hui, et c’est heureux, on place davantage sa confiance en l’homme qu’en la machine, relĂšve Pascal Martino. Par contre, il est important que ce relationship manager s’équipe des bons outils. Il s’agit d’amener Ă  son client l’expertise financiĂšre qu’il attend, qui vient en partie de son expĂ©rience, mais qui peut aussi Ă©maner de l’intelligence artificielle de plus en plus pertinente. D’autre part, il faut pouvoir lui proposer un service personnalisĂ©. Par ailleurs, le client attend encore de son banquier une grande transparence. »

Il y a donc une nĂ©cessitĂ© de former, d’adapter les compĂ©tences et d’équiper les banquiers privĂ©s avec les meilleurs outils du moment. Mais le dĂ©fi se situe tout autant dans la capacitĂ© des acteurs luxembourgeois, souvent de taille rĂ©duite, d’investir dans ces technologies et de profiter de tous les avantages qu’elles offrent. D’oĂč cette nĂ©cessitĂ© d’opter pour des solutions d’outsourcing ou de mutualisation de certaines solutions, et de rĂ©flĂ©chir davantage en tant que place financiĂšre, plutĂŽt qu’en tant qu’acteur isolĂ©.

Une Ă©quation difficile Ă  rĂ©soudre L’équation reste complexe. D’un cĂŽtĂ©, l’Europe incite les banques Ă  participer activement au financement de l’économie rĂ©elle, Ă  mobiliser les capitaux pour soutenir le

UNE VISION FUTURE DE L’INDUSTRIE

D’ici 2028, le secteur du patrimoine aura changĂ©, selon 250 cadres supĂ©rieurs interrogĂ©s.

Source Deloitte

69 %

L’IA modifiera considĂ©rablement la façon dont leurs entreprises travaillent.

58 %

Les conseillers en investissement personnel resteront nĂ©cessaires Ă  l’avenir.

55 %

Les entreprises numĂ©riques nĂ©es vont transformer le secteur du patrimoine comme elles l’ont fait pour le marchĂ© de dĂ©tail.

52 %

La plupart des produits seront banalisés, ce qui obligera les fournisseurs à proposer des services à valeur ajoutée pour défendre leurs tarifs.

48 %

Les modÚles de tarification basés sur les commissions disparaßtront largement au fur et à mesure que les modÚles basés sur les honoraires se généraliseront.

47 %

La blockchain et les technologies connexes rĂ©duiront le besoin d’intermĂ©diaires, tels que les dĂ©positaires et les chambres de compensation.

39 %

Les investisseurs se tourneront principalement vers les prestataires de services d’investissement pour les revenus de retraite, l’assurance maladie et la planification de la longĂ©vitĂ©.

39 %

Les frontiùres entre la gestion de patrimoine, la banque et l’assurance s’estomperont à mesure que les investisseurs exigeront des services plus globaux.

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 49
« Les cinq prochaines annĂ©es vont ĂȘtre passionnantes, notamment en termes de transformation du paysage bancaire luxembourgeois. »

Pacte vert et la transition Ă©nergĂ©tique. De l’autre, elle impose un cadre rĂ©glementaire de plus en plus contraignant, qui rĂ©duit les marges de manƓuvre des acteurs de la finance. « En rĂ©ponse, on voit une tendance trĂšs forte Ă  la consolidation du marchĂ©, avec des acteurs dĂ©sireux d’atteindre une taille critique suffisante pour adresser tous ces sujets et bĂ©nĂ©ficier de la capacitĂ© d’investissement nĂ©cessaire pour rĂ©pondre Ă  ces enjeux. J’aime dire que ‘difficult roads lead to beautiful destinations’, partage Pascal Martino. Les 5 prochaines annĂ©es vont ĂȘtre passionnantes, notamment en termes de transformation du paysage bancaire luxembourgeois. Les acteurs prĂ©sents en 2030 seront sans doute trĂšs diffĂ©rents d’aujourd’hui. Et j’espĂšre qu’ils seront bien plus forts et innovants. La seule certitude est que le statu quo n’est pas possible. »

D’ici 5 Ă  10 ans, notre expert s’attend donc Ă  une consolidation des banques privĂ©es sur le marchĂ©. « Le niveau de collaboration entre banques ainsi qu’avec des fintech et d’autres acteurs sera beaucoup plus grand. On fonctionnera davantage dans un Ă©cosystĂšme global, afin d’apporter le meilleur service possible au client. On assistera Ă©galement Ă  l’émergence du digital et de l’ESG ‘by design’. Nous sommes encore au dĂ©but du chemin qui doit nous mener vers l’investissement durable et responsable. Enfin, Ă  l’image de ce que nous pouvons dĂ©jĂ  faire avec notre tĂ©lĂ©phone pour acheter tout et n’importe quoi sur Amazon, la

banque privĂ©e sera accessible Ă  tout moment, avec une gamme de services disponible 24 h/24, avec du conseil en temps rĂ©el, via un conseiller, mais aussi par l’intermĂ©diaire d’une intelligence artificielle. »

Élargir le scope de la clientĂšle Afin de diversifier leurs revenus et de se distinguer de la concurrence, certaines banques privĂ©es cherchent Ă  se positionner sur de nouveaux segments porteurs.

« Pour donner un exemple, le segment trĂšs haut de la banque retail, qui est aussi le segment trĂšs bas de la banque privĂ©e, est dĂ©sormais pris en considĂ©ration par certaines institutions de la Place. Jusqu’ici mal servis par leur conseiller retail et peu ou pas pris en compte par la banque privĂ©e, sinon Ă  des prix trĂšs Ă©levĂ©s au regard des services offerts, ce segment peut ĂȘtre synonyme de nouveaux revenus, Ă  condition d’investir dans des solutions digitales  », explique Pascal Martino.

Si l’on regarde au-delĂ  de l’éternelle segmentation Ă©tablie en fonction du niveau de fortune et des volumes d’assets sous gestion, une autre approche consiste Ă  s’intĂ©resser davantage Ă  certaines typologies de clients. « L’ancienne ou la nouvelle gĂ©nĂ©ration, les personnes qui dĂ©sirent plus d’autonomie ou celles qui attendent une gestion discrĂ©tionnaire, les entrepreneurs, les retraitĂ©s
 Toutes ces personnes ont des besoins diffĂ©rents. Une segmentation Ă  la fois comportementale ou par type de mĂ©tiers peut alors ĂȘtre envisagĂ©e. »

DIGITAL ET ESG « BY DESIGN »

Demain, la finance durable sera intĂ©grĂ©e Ă  tous les niveaux des organisations. « On surestime souvent l’impact d’une rĂ©glementation, d’une technologie ou d’une nouvelle tendance Ă  court terme. À l’inverse, on sous-estime cet impact Ă  un horizon plus lointain. Voici 2 ans, tout le monde disait qu’il fallait aller vers l’investissement durable, Ă©cologique, responsable parce qu’on allait assister Ă  une vague extrĂȘmement forte et rapide d’investissements soutenue par des clients engagĂ©s. Or, ce n’est pas le cas », analyse Pascal Martino. La masse de la clientĂšle a besoin d’ĂȘtre rassurĂ©e. Elle cherche toujours un retour financier et, parfois, en supplĂ©ment, va demander de l’impact. Actuellement, ceux qui demandent des produits ESG sont avant tout les plus grands clients, qui disposent d’un volume d’actifs trĂšs important. « Par contre, Ă  l’avenir, l’ensemble des acteurs va comprendre qu’il ne s’agit plus de faire un arbitrage entre retour Ă©conomique et ESG, poursuit le banking leader de Deloitte Luxembourg. Les deux vont aller de pair, et les portefeuilles construits et gĂ©rĂ©s selon une approche plus responsable prĂ©senteront potentiellement un meilleur rendement. Au-delĂ  de ces considĂ©rations, le Luxembourg est aujourd’hui une place forte de la finance. Nous devons tout mettre en Ɠuvre pour prĂ©server cette position. Cela doit venir de la capacitĂ© des acteurs de la Place Ă  travailler ensemble, avec les diffĂ©rences instances comme l’ABBL, le PBGL, le rĂ©gulateur, les consultants, etc. Nous sommes convaincus que nous pouvons faire de ce pays une petite place ayant un gros impact au niveau mondial, en surfant sur cette vague Ă  l’unisson. »

Prévisions
50 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

10 × 6

Luxembourg Finance 2035

Pour rester une place financiĂšre internationale, Luxembourg applique un processus de transformation continue. À l’horizon 2035, le paysage financier luxembourgeois aura fortement Ă©voluĂ©, sous l’effet de l’ innovation technologique, de l’évolution des attentes des clients et influencĂ© par les nouvelles tendances mondiales. À quoi ressemblera notre place financiĂšre dans une dizaine d’annĂ©es ? Dix experts exprimeront un avis sur l’avenir des mĂ©tiers de la finance au Luxembourg.

Luxembourg is undergoing a process of continuous transformation as an international financial centre. By 2035, Luxembourg’s economic landscape will have evolved considerably, driven by technological innovation, evolving customer expectations and shifting global trends. What will our financial marketplace look like in a decade’s time? Ten experts offer their views on the future of finance in Luxembourg.

Inscription sur paperjam.lu/club REAL-TIME TRANSLATION MARDIïżœïżœ NOV.ïżœïżœïżœïżœ
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Perspectives

Une croissance soutenue et des convictions fortes

PrĂ©sent depuis 12 ans au Luxembourg, Generali enregistre une croissance continue et renforce ses engagements en faveur d’une sociĂ©tĂ© plus durable et inclusive, comme nous l’explique Paul Lecoublet, son directeur gĂ©nĂ©ral.

Quel regard portez-vous sur le dĂ©veloppement de l’assurance-vie luxembourgeoise Ă  l’échelle du marchĂ© europĂ©en, aujourd’hui ?

PAUL LECOUBLET L’assurance-vie de droit luxembourgeois est devenue, au fil du temps, un outil privilĂ©giĂ© de planification patrimoniale pour les HNWI. Cette solution d’investissement est toujours autant plĂ©biscitĂ©e par les acteurs de la gestion de fortune, notamment en France et en Italie oĂč nos solutions proposĂ©es par nos partenaires bancaires, family offices et CGP rencontrent un grand succĂšs.

Chez Generali Luxembourg, nous nous distinguons en offrant à nos clients un fonds euros à capital garanti et des unités de compte innovantes disponibles sur notre plateforme digitale MyWings. De plus, nous offrons un service client haut de gamme avec des solutions

TEMPS

FORTS DE GENERALI DEPUIS 2011

d’ingĂ©nierie patrimoniale pour accompagner les clients dans leur mobilitĂ©.

À l’avenir, notre volontĂ© est de continuer Ă  grandir pour servir les clients des marchĂ©s de Generali en Europe.

Quels sont les principaux dĂ©fis auxquels vous ĂȘtes confrontĂ©s ?

La pression rĂšglementaire actuelle nous demande de rester vigilants. Pour ne citer que quelques textes, le rĂšglement sur la protection des donnĂ©es (GDPR), la rĂšglementation DORA sur la rĂ©silience opĂ©rationnelle numĂ©rique ou l’IA Act, qui vient encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle, font peser de lourdes contraintes sur le dĂ©veloppement de nos activitĂ©s en termes de coĂ»ts, mais aussi de flexibilitĂ©. À ce titre, la loi sur le secret professionnel des assurances nous freine encore, mĂȘme

Je suis convaincu que la diversitĂ© est un facteur-clĂ© de performance. »

si de judicieux amĂ©nagements ont Ă©tĂ© apportĂ©s grĂące Ă  la nouvelle loi 8184. En effet nous souhaitons pouvoir recourir plus largement Ă  des solutions cloud, nĂ©cessaires pour veiller Ă  maintenir notre compĂ©titivitĂ© dans un monde toujours plus digital et utiliser demain massivement l’intelligence artificielle. En matiĂšre de concurrence, nous devons constater que l’Irlande a dĂ©veloppĂ©, depuis quelques annĂ©es, un modĂšle

2011

Création de Generali Luxembourg, filiale de Generali France.

2019

Nomination de Paul Lecoublet en tant que directeur général.

2020

CrĂ©ation de la plateforme digitale MyWings pour les intermĂ©diaires d’assurance.

2021

Generali Luxembourg est labellisĂ©e « Entreprise Responsable » par l’INDR.

52 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Photo Marie Russillo (Maison Moderne) Contenu sponsorisé par GENERALI LUXEMBOURG
« BRAND VOICE
Paul Lecoublet, directeur général de Generali Luxembourg, présente son expertise du marché.

trĂšs similaire Ă  celui de l’assurance-vie luxembourgeoise, Ă  la nuance prĂšs que ce pays n’applique pas de TVA sur les fonds internes dĂ©diĂ©s (FID). Ces Ă©lĂ©ments exigent que lle marchĂ© de la libre prestation de services (LPS) et l’ensemble des compagnies d’assurance-vie au Luxembourg demeurent attentifs Ă  ces Ă©volutions afin de garantir la compĂ©titivitĂ© du secteur.

Quelle a Ă©tĂ© l’évolution de Generali depuis votre nomination en 2019 ? Nous sommes passĂ©s de 35 Ă  plus de 65 collaborateurs. À mon arrivĂ©e, notre objectif Ă©tait d’étendre la prĂ©sence de la sociĂ©tĂ©, Ă  la fois gĂ©ographiquement et opĂ©rationnellement, et de structurer la compagnie pour une croissance rentable. Aujourd’hui,

2022

CrĂ©ation de l’association « The Human Safety Net Luxembourg » dans le but de venir en aide aux rĂ©fugiĂ©s entrepreneurs.

2023

La compagnie devient signataire de la charte « Luxembourg Women in Finance ».

nous distribuons nos contrats en LPS sur six marchĂ©s europĂ©ens, Luxembourg y compris. En 2023, malgrĂ© un contexte global difficile, nous avons collectĂ© 874 millions d’euros, avec une part toujours plus importante de fonds en unitĂ©s de compte et nos encours totaux s’élevaient Ă  prĂšs de 6 milliards d’euros.

Aussi, dans le but d’offrir un cadre de travail plus agrĂ©able Ă  nos collaborateurs, nous avons emmĂ©nagĂ© depuis le mois d’octobre Ă  Howald, dans le nouveau bĂątiment CUBUS, oĂč nous occupons environ 1.000 mĂštres carrĂ©s. Cet emmĂ© nagement, qui constitue une Ă©tape importante pour nous tous, vient renforcer notre ancrage luxembourgeois.

2024

Inauguration du nouveau siÚge social en présence du ministre des Finances, Gilles Roth.

CHIFFRES-CLÉS 2023

874

874 millions d’euros collectĂ©s, Ă  82 % en unitĂ©s de compte (UC).

Augmentation de 7 % de la part UC collectĂ©e par rapport Ă  2022.

5,8

Fin 2023, les encours totaux s’élĂšvaient Ă  5,8 milliards d’euros (79 % UC).

Augmentation de 12 % de la part UC sur les encours par rapport à 2022.

6

Generali Luxembourg distribue ses contrats d’assurance-vie et de capitalisation en France, en Italie, au Luxembourg, en Espagne, en Belgique et à Monaco.

Quels sont les valeurs, les engagements qui vous tiennent à cƓur, aujourd’hui ?

Notre volonté est de renforcer notre engagement RSE au niveau local.

Je suis convaincu que la diversitĂ© est un facteur-clĂ© de performance. C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui membres de la Task Force « Gender Finance », lancĂ©e par le gouvernement et Ă©galement signataires de la charte « Women in Finance ». Ces initiatives ont pour objectif de parvenir Ă  une plus grande paritĂ© et une meilleure inclusion dans l’ensemble du secteur des services financiers au Luxembourg. Enfin, nous avons lancĂ©, en mai dernier, l’initiative « The Human Safety Net », avec Generali Employee Benefits et Generali Investments Luxembourg, afin d’apporter notre soutien aux rĂ©fugiĂ©s prĂ©sents au Luxembourg. L’idĂ©e est de les accompagner dans leur parcours professionnel et entrepreneurial, notamment avec l’appui de l’association microlux. Notre mission est, aujourd’hui, d’aider ces crĂ©ateurs d’entreprise Ă  surmonter leurs difficultĂ©s et Ă  rĂ©ussir leurs projets, tĂ©moignant une fois encore l’engagement de nos collaborateurs en faveur de la solidaritĂ© et de l’inclusion sociale.

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 53
RENDEZ-VOUS SUR GENERALI.LU POUR PLUS D’INFORMATIONS

« ConsidĂ©rer l’investissement sous l’angle ESG a des avantages »

Pour Olivier CarrĂ©, deputy managing partner, technology & transformation leader, et FrĂ©dĂ©ric Vonner, sustainable finance & sustainability leader au sein de PwC Luxembourg, la clientĂšle fortunĂ©e n’a pas attendu l’évolution de Mifid pour dĂ©velopper des convictions durables.

Portrait GUY WOLFF Interview SÉBASTIEN LAMBOTTE
54 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Olivier
et Frédéric
Carré
Vonner
Frédéric Vonner à gauche et Olivier Carré à droite.

Depuis quelques annĂ©es, Ă  la suite de l’adoption de plusieurs rĂ©glementations, la finance est invitĂ©e Ă  opĂ©rer un virage « durable ». Comment cela se traduit-il au niveau de la banque privĂ©e ?

FRÉDÉRIC VONNER (F. V.) Aujourd’hui, ces aspects se traduisent au niveau d’une double obligation. Un premier paquet rĂ©glementaire, avec l’évolution de Mifid, a contraint les banquiers, y compris les banquiers privĂ©s, Ă  s’enquĂ©rir des prĂ©fĂ©rences de leurs clients en matiĂšre d’investissement durable. Cette nouvelle obligation, qui est entrĂ©e en vigueur il y a un an et demi et qui est complĂ©mentaire Ă  la Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR), a poussĂ© les banquiers privĂ©s Ă  rĂ©flĂ©chir au dĂ©veloppement d’une offre de produits ou de mandats susceptibles de rĂ©pondre Ă  ces prĂ©fĂ©rences exprimĂ©es par les clients. D’autre part, ces acteurs sont aussi contraints de mener une rĂ©flexion autour de leurs propres impacts sociĂ©taux et environnementaux. C’est ce que promeut la directive sur les reportings extra-financiers, la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), qui est venue plus tardivement et qui commence seulement Ă  produire ses effets.

Dans quelle mesure ces deux rĂ©glementations jouent-elles ensemble ?

F. V. Des Ă©lĂ©ments de la rĂ©glementation CSRD vont nĂ©cessiter d’établir des rapports sur la maniĂšre dont certains produits financiers sont conçus. Par exemple, les composants ESG de certains produits financiers qui sont mis en avant par un Ă©tablissement peuvent peser au niveau de l’empreinte environnementale dont l’établissement doit rendre compte, en tant que corporate, Ă  travers la prĂ©paration d’un reporting extra-financier comme l’exige CSRD.

OLIVIER CARRÉ (O. C.) Un autre aspect, trĂšs intĂ©ressant, rĂ©side dans le fait que la CSRD ne s’applique pas uniquement aux acteurs de la finance, mais Ă  toutes les entreprises qui, au sein de l’Union europĂ©enne, ont un chiffre d’affaires significatif. Ces reportings CSRD vont permettre de combler une des lacunes de la situation actuelle en matiĂšre de transition durable, Ă  savoir le manque de donnĂ©es. Aujourd’hui, il reste difficile de construire des produits d’in-

vestissement ou de placement qui rĂ©pondent aux attentes des investisseurs simplement parce qu’il est compliquĂ© d’obtenir les donnĂ©es relatives aux impacts environnementaux ou sociĂ©taux des sociĂ©tĂ©s. À l’avenir, toutes les entreprises au-delĂ  d’une certaine taille devront rendre compte d’un ensemble d’indicateurs environnementaux, sociĂ©taux et de bonne gouvernance (ESG).

La difficultĂ©, aujourd’hui, c’est que l’on n’a pas fait les choses dans l’ordre
 O. C. On a un peu mis la charrue avant les bƓufs. On a demandĂ© au secteur financier de considĂ©rer ces aspects ESG au niveau des choix d’investissement et dans le conseil apportĂ© aux clients sans qu’il soit possible d’évaluer les cibles, les entreprises dans lesquelles investir, sur la base de ces critĂšres. Il y a lĂ  un gap d’information que la CSDR doit contribuer Ă  combler.

Cela prendra toutefois encore du temps


O. C. Nous allons dans la bonne direction. L’obligation de reporting extra-financier entre progressivement en application. À partir de lĂ , le banquier privĂ© va pouvoir plus facilement rĂ©pondre Ă  cette double obligation et construire des offres ou Ă©tablir des stratĂ©gies d’investissement en phase avec les attentes exprimĂ©es par ses clients en matiĂšre de durabilitĂ©, pour peu que ces derniers Ă©mettent de telles prĂ©fĂ©rences.

« Pour l’instant, c’est principalement la rĂ©glementation qui impose la voie Ă  suivre. »
Olivier Carré

Est-ce que les produits ou les stratĂ©gies d’investissement proposĂ©s par la banque ont un impact sur l’empreinte environnementale ou sociĂ©tale dont elle doit rendre compte Ă  travers son reporting extra-financier ?

F. V. Oui, mais il y a beaucoup de nuances Ă  apporter Ă  ce niveau. ConcrĂštement, la banque, en tant qu’entitĂ©, va devoir Ă©tablir deux rapports complĂ©mentaires en la matiĂšre. Jusqu’à prĂ©sent, nous avons essentiellement parlĂ© du reporting extra-financier, liĂ© Ă  la CSRD. Celui-ci rend compte de l’empreinte ESG de l’or-

56 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Olivier
Carré
et Frédéric Vonner

ganisation, ce qui inclut des Ă©lĂ©ments liĂ©s Ă  son activitĂ© et Ă  ses clients. Par exemple, lorsqu’elle finance des projets au dĂ©part de sa clientĂšle, Ă  travers son livre de crĂ©dits, elle devra effectivement faire remonter des indicateurs environnementaux au niveau de son reporting extra-financier. Les impacts liĂ©s Ă  la gestion des portefeuilles d’investissement de ses clients, Ă©tonnamment, ne sont pas ou trĂšs peu traduits en tant que tel au niveau du reporting extra-financier CSDR. Ils devront cependant faire l’objet d’une dĂ©claration, exigĂ©e au niveau de la SFDR. La banque, pour l’activitĂ© de gestion discrĂ©tionnaire et la gestion-conseil, doit Ă©tablir une dĂ©claration de Principal Adverse Impact (PAI) dans laquelle elle consolide les principales incidences nĂ©gatives en fonction d’une liste dĂ©finie par la rĂ©glementation.

C’est sur la base de ces Ă©lĂ©ments que le marchĂ©, le client ou le partenaire d’une banque va pouvoir Ă©valuer l’approche plus ou moins vertueuse qu’elle met en Ɠuvre


O. C. Tout Ă  fait. On peut se faire une bonne idĂ©e des engagements qu’elle prend en tant qu’organisation responsable, des actions qu’elle met en Ɠuvre pour rĂ©duire son empreinte Ă  son Ă©chelle et au travers de ce qu’elle finance directement. D’autre part, on obtient aussi une vue sur ce qu’elle fait pour le compte de ses clients, Ă  travers les mandats qu’elle gĂšre. À partir de lĂ , en tant que partie prenante de cet Ă©cosystĂšme, que l’on soit partenaire ou client de la banque, on pourra opĂ©rer des arbitrages en tenant compte de ces critĂšres.

Maintenant qu’on a posĂ© le cadre, comment les banques privĂ©es apprĂ©hendent-elles ces enjeux ? Ces nouvelles exigences ont-elles un impact sur le marché ? Poussent-elles les acteurs Ă  faire Ă©voluer leur positionnement ?

O. C. La situation est, pour le moment, un peu ambivalente. Cela est sans doute dĂ» au fait qu’il s’agit d’un changement majeur, qui reste difficile Ă  apprĂ©hender. Pour rĂ©pondre Ă  votre question, je pense qu’il faut considĂ©rer les trois parties prenantes principales du marché : la banque elle-mĂȘme, le rĂ©gulateur qui impose des rĂšgles spĂ©cifiques, souvent politiquement

motivĂ©es, et enfin le client ou l’investisseur. Lorsque l’on mĂšne ces rĂ©flexions autour de la transformation de la finance, on a souvent tendance Ă  oublier ce dernier, Ă  tort. Car finalement, c’est quand mĂȘme son argent, ses choix et, globalement, son attitude vis-Ă -vis de ces enjeux qui vont ĂȘtre dĂ©terminants dans l’aboutissement de ces politiques.

Comment ces Ă©volutions, cependant, invitent-elles les banques privĂ©es Ă  bouger ?

O. C. Pour l’instant, c’est principalement la rĂ©glementation qui impose la voie Ă  suivre. La Commission europĂ©enne s’est fortement engagĂ©e pour que l’Union europĂ©enne soit alignĂ©e sur le protocole de Paris et a fait de la finance, et plus largement de la responsabilitĂ© des entreprises, un instrument-clĂ© d’activation de cette transformation. Cela s’est traduit par la mise en Ɠuvre d’une rĂ©glementation essentiellement contraignante, pĂ©nalisante, pour l’ensemble des acteurs concernĂ©s.

À travers l’évolution de Mifid, il y a tout de mĂȘme une volontĂ© de sensibiliser le client final, non ?

O. C. C’est vrai. Mais cela part d’une dĂ©marche contrainte, en invitant le client Ă  se prononcer par rapport Ă  des Ă©lĂ©ments prĂ©cis, prescrits au niveau de la rĂ©glementation. Les questions posĂ©es font rĂ©fĂ©rence Ă  des Ă©lĂ©ments techniques, envers lesquels le client ne dispose pas du niveau de connaissances adĂ©quat. Et quand bien mĂȘme, au-delĂ  du questionnaire, les banquiers se retrouvent rapidement coincĂ©s. En raison du manque de donnĂ©es disponibles sur le marchĂ©, il est difficile, voire impossible, de trouver des produits alignĂ©s sur les prĂ©fĂ©rences du client. Le banquier est contraint d’expliquer Ă  son client que, au regard de nombreux critĂšres, Ă  commencer par l’alignement sur la taxonomie verte, il n’a pas de produits qui y correspondent.

En rĂ©sumĂ©, l’offre ne suit pas la demande


O. C. C’est tout Ă  fait cela. Cela va sans doute s’amĂ©liorer dans les annĂ©es Ă  venir, au fur et Ă  mesure que les donnĂ©es permettront de crĂ©er de nouveaux produits. Mais en attendant, la situation est compliquĂ©e,

Selon l’étude Future-Ready Investment Firm de ThoughtLab, 43 % des rĂ©pondants appartenant Ă  la Gen Z/Y prĂ©voient pour les trois prochaines annĂ©es que les critĂšres ESG deviendront aussi essentiels que les critĂšres financiers lorsqu’ils prendront des dĂ©cisions d’investissement, contre 61 % pour les boomers et la gĂ©nĂ©ration silencieuse.

43 % PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 57

notamment pour les banquiers privés, dont la priorité est avant tout de veiller à satisfaire les exigences de leurs clients.

F. V.

D’autre part, il faut dire aussi que les banquiers privĂ©s ne sont pas incitĂ©s Ă  crĂ©er des produits ou en tout cas Ă  intĂ©grer des dimensions ESG dans leurs produits. Cela fait maintenant un an et demi, voire deux ans, qu’ils se sont attelĂ©s Ă  revoir chacun de leurs clients pour les interroger quant Ă  leurs prĂ©fĂ©rences en matiĂšre de durabilitĂ©, mettre Ă  jour le profil des investisseurs. Ils ne vont pas tout recommencer maintenant, sous prĂ©texte que de nouvelles donnĂ©es ou informations sont disponibles.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Les prĂ©fĂ©rences sont dĂ©sormais connues. Ne pourraient-ils pas dĂ©velopper les produits qui y rĂ©pondent ?

F. V. Dans la perspective de crĂ©ation de nouveaux produits, autour d’une dynamique ESG, la dĂ©marche impliquerait de retourner voir les clients, de les consulter de nouveau sur leurs prĂ©fĂ©rences au regard de la nouvelle offre. C’est une dĂ©marche trĂšs laborieuse. Aussi, on constate un tiraillement au niveau des acteurs, qui ne les pousse pas forcĂ©ment Ă  avancer rapidement dans cette voie.

O. C. D’autre part, nous n’avons pas encore abordĂ© un point essentiel, qui est celui de l’attitude du client. Ce que l’on entend dire chez nos clients banquiers, c’est que l’appĂ©tit des clients par rapport Ă  des choix d’investissement durable, si l’on parle de la grande masse, pas de la frange de la clientĂšle particuliĂšrement sensible Ă  ces enjeux, reste limitĂ©.

Comment expliquer cela ?

O. C. On peut Ă©voquer plusieurs raisons. La premiĂšre est que l’offre n’est pas forcĂ©ment Ă  la hauteur des attentes du client. Le fait que le banquier soit limitĂ© Ă  ce niveau se ressent rapidement lorsque l’on aborde le sujet. D’autre part, les concepts Ă©voquĂ©s sont complexes. La taxonomie, l’investissement durable, les impacts nĂ©gatifs, la classification des produits : tout cela est mĂȘme atrocement complexe. Il y a de quoi

« Beaucoup de clients ont leur propre conception de la durabilitĂ©. »
Frédéric Vonner

perdre certains clients qui, tout simplement, ne comprennent pas ce qu’on leur demande. Enfin, il y a l’attitude proprement dite du client. Certains ne souhaitent tout simplement pas Ă©mettre de choix particuliers en matiĂšre d’investissement autour de ces sujets. D’autres continuent Ă  cibler avant tout la performance financiĂšre. Or, le rendement de ces produits durables, en raison des choix limitĂ©s et des limitations dĂ©ontologiques qui sont imposĂ©es, n’est pas nĂ©cessairement au mĂȘme niveau de performance que les autres produits, qui ne sont pas limitĂ©s par rapport Ă  toutes ces contraintes. Cela s’est notamment vu l’annĂ©e derniĂšre. Les marchĂ©s n’étaient pas favorables, sauf sur un segment : le pĂ©trole.

Pourtant, dans le discours des banquiers privĂ©s au service des familles fortunĂ©es, n’a-t-on pas justement tendance Ă  prĂŽner des approches Ă  long terme, Ă  prendre en considĂ©ration les prĂ©occupations de la next gen autour d’approches portĂ©es par des convictions fortes ?

F. V.

Certainement. Mais ce que l’on entend aussi, lorsque l’on discute avec ces banquiers, c’est que, pour ces clients qui ont construit leur fortune sur le temps long, la durabilitĂ© est intrinsĂšque Ă  leur patrimoine. Autrement dit, s’ils n’avaient pas inscrit leurs investissements dans une dĂ©marche de durabilitĂ©, leur patrimoine ne se serait pas accru de cette maniĂšre. Alors, oui, il y a des enjeux gĂ©nĂ©rationnels que les acteurs bancaires ne doivent pas nĂ©gliger. Il y a aussi des questions relatives Ă  la mesure de l’impact des investissements, pour lesquelles il est difficile d’apporter des rĂ©ponses. Être capable de mesurer et d’identifier prĂ©cisĂ©ment l’impact que peuvent avoir 1 million d’euros investis Ă  travers un mandat de gestion privĂ©e, par exemple, en termes de rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s sociales ou encore des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, est trĂšs compliquĂ©.

Ce que vous dites, c’est que ces clients n’ont pas attendu Mifid pour investir suivant une approche durable si cela rĂ©pondait Ă  leurs convictions


58 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Olivier
et Frédéric Vonner
Conversation
Carré

ÉVOLUTION DES ACTIFS SOUS GESTION DE LA BANQUE PRIVÉE AU LUXEMBOURG

De 2007 à 2022, en milliards d’euros.

F. V. Je pense que, pour une grosse majoritĂ© de ces clients, ce n’est pas Mifid ou d’autres rĂ©glementations qui vont les faire fondamentalement changer de point de vue sur la durabilitĂ© de leurs investissements. Beaucoup ont dĂ©jĂ  leur propre conception de ce qu’est la durabilitĂ© et celle-ci ne correspond pas forcĂ©ment, comme le disait Olivier, Ă  la dĂ©finition d’un investissement durable au sens de la taxonomie, par exemple.

O. C. Un des vrais points faibles de l’approche Mifid rĂ©side dans la conviction du lĂ©gislateur que le client n’a qu’un seul choix, qu’un seul portefeuille et, Ă  travers lui, qu’un seul objectif d’investissement. Ce qui peut ĂȘtre vrai pour le petit Ă©pargnant – et cela reste encore Ă  prouver – ne l’est pas pour un client fortunĂ©. On se heurte, dĂšs lors, Ă  des contraintes rĂ©glementaires qui n’ont pas lieu de s’appliquer. Les clients des banquiers privĂ©s accepteront d’investir

durablement, mais sur une partie de leurs investissements uniquement.

On a beaucoup parlĂ© des contraintes. Cette transition, cependant, ne pourrait-elle pas ĂȘtre apprĂ©hendĂ©e comme une opportunitĂ© pour les banquiers privĂ©s ?

O. C. Nous sommes convaincus que le fait de considĂ©rer l’investissement selon des dimensions autres que le rendement financier, comme l’impact social ou environnemental, prĂ©sente des avantages. Pour le moment, les marchĂ©s se portent bien. Les banquiers sont plus Ă  l’aise devant leurs clients. C’est souvent moins le cas lorsque les performances ne sont pas au rendez-vous. À l’avenir, au-delĂ  des rendements, ils pourront Ă©voquer d’autres thĂšmes, liĂ©s aux impacts sociĂ©taux et environnementaux des investissements. Ces transformations sont aussi un vecteur d’innovation

et de diffĂ©renciation. Le problĂšme est que, aujourd’hui, les banquiers se montrent encore prudents, en raison des enjeux Ă©voquĂ©s prĂ©cĂ©demment, mais aussi d’un manque de maĂźtrise de ce nouvel environnement en termes de donnĂ©es et de produits, donc aussi en termes de risques.

F. V. Le mĂ©tier Ă©volue et, progressivement, va intĂ©grer ces dimensions « durables ». Cela ne se fait toutefois pas en un claquement de doigts. Accompagner ce changement et sensibiliser les clients Ă  ces aspects prĂ©suppose que le banquier privĂ© soit Ă  l’aise pour s’engager sur ces sujets. On a beaucoup parlĂ© des aspects rĂ©glementaires, des aspects de timing, des problĂšmes liĂ©s Ă  la constitution de l’offre, mais il ne faut pas nĂ©gliger les enjeux liĂ©s Ă  la formation. Il est important que, par rapport Ă  cela, le banquier privĂ© soit suffisamment en confiance, notion fondamentale de la relation du banquier privĂ© vis-Ă -vis de sa clientĂšle.

100 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 200 300 400 500 600 0 Source Clarity on performance of Luxembourg private banks, KPMG-ABBL (2023)
271 225 262 269 289 303 307 318 351 361 363 395 466 508 599 585 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 59

Les atouts de la banque privée luxembourgeoise

Si Luxembourg est parvenu Ă  se positionner comme premier hub international de la banque privĂ©e en Europe, cela ne doit rien au hasard. Mais quels sont les principaux acteurs de la Place au service d’une clientĂšle de plus en plus fortunĂ©e ?

« Au cƓur de l’environnement bancaire europĂ©en, les banques privĂ©es luxembourgeoises jouent un rĂŽle dĂ©cisif. »

1 2

Expertise multijuridictionnelle

Plateforme européenne

C’est principalement au dĂ©part d’une expertise multijuridictionnelle que la banque privĂ©e luxembourgeoise est parvenue Ă  se positionner en Europe. Il est frĂ©quent que l’envergure du patrimoine du client fortunĂ© que sert la banque privĂ©e dĂ©passe aujourd’hui les frontiĂšres de son marchĂ© domestique. Il dispose souvent de biens et d’investissements situĂ©s Ă  l’étranger, il a des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques dans diverses rĂ©gions du monde. Ses enfants peuvent aussi vivre dans un autre pays. La gestion et la planification du patrimoine, dĂšs lors, revĂȘtent une rĂ©elle complexitĂ© au niveau lĂ©gal comme fiscal. Selon la situation de chaque client, il faut pouvoir Ă©valuer les enjeux et proposer les solutions adaptĂ©es. La banque privĂ©e luxembourgeoise, ouverte Ă  l’international, a dĂ©veloppĂ© toute l’expertise requise pour rĂ©pondre Ă  ces besoins.

Les principaux acteurs de la gestion de fortune Ă  l’échelle globale utilisent Luxembourg comme plateforme pour servir leur clientĂšle en Europe. 85 % de la clientĂšle de la banque privĂ©e luxembourgeoise provient de l’Union europĂ©enne. Il s’agit surtout de clients qui, au niveau de leur portefeuille ou de leur situation familiale, ont une dimension internationale, dont l’empreinte patrimoniale dĂ©passe le cadre de leur marchĂ© domestique. « Au cƓur de l’environnement bancaire europĂ©en, les banques privĂ©es luxembourgeoises jouent un rĂŽle dĂ©cisif en protĂ©geant et en faisant fructifier le patrimoine de milliers de familles et d’entrepreneurs europĂ©ens et en canalisant les flux de fonds privĂ©s disponibles pour le financement de nos Ă©conomies », commentait Jerry Grbic, CEO de l’ABBL, lors de la prĂ©sentation des rĂ©sultats de la derniĂšre enquĂȘte ABBL/KPMG sur l’évolution de la banque privĂ©e.

Avantages
Auteur SÉBASTIEN LAMBOTTE

3

Stabilité rime avec sécurité

Dans un environnement gĂ©opolitique incertain, face Ă  la montĂ©e des populismes un peu partout en Europe, et considĂ©rant les niveaux d’endettement des États, Luxembourg brille par sa stabilitĂ© politique, sociale et Ă©conomique. C’est l’un des principaux atouts du pays aux yeux de la clientĂšle fortunĂ©e internationale que sert la banque privĂ©e. Celle-ci, en effet, cherche une localisation sĂ»re Ă  partir de laquelle positionner et gĂ©rer ses avoirs. Dans un monde en proie Ă  de nombreux changements, Luxembourg et son triple AAA, que le pays veille Ă  prĂ©server autant que possible, apparaissent comme une Ăźle de tranquillitĂ©, une zone sĂ©curisĂ©e permettant Ă  des clients fortunĂ©s de gagner en sĂ©rĂ©nitĂ©.

4

Un écosystÚme bien outillé

Pour rĂ©pondre aux besoins de la banque privĂ©e et de ses clients, Luxembourg a dĂ©veloppĂ© un Ă©cosystĂšme particuliĂšrement bien outillĂ©. Au-delĂ  de l’expertise en gestion de fortune adossĂ©e Ă  une rĂ©elle maĂźtrise des enjeux multijuridictionnels, le pays dispose aussi d’une vaste gamme de produits dans le domaine des fonds et offre de nombreuses possibilitĂ©s de structuration qui intĂ©ressent particuliĂšrement la clientĂšle cible.

À cela s’ajoute un ensemble de services, autour de la philanthropie, ou dans le domaine de l’assurance-vie au service de la planification patrimoniale, qui viennent rĂ©pondre Ă  de nouvelles attentes exprimĂ©es par la clientĂšle fortunĂ©e.

5

Une capacité à se renouveler

L’un des atouts de la banque privĂ©e luxembourgeoise rĂ©side dans sa capacitĂ© Ă  se renouveler et Ă  fĂ©dĂ©rer ses acteurs pour mieux relever les dĂ©fis Ă  venir. Si Luxembourg est actuellement bien positionnĂ©, la concurrence a tendance Ă  se renforcer. Pour prĂ©server son attractivitĂ©, c’est l’ensemble du mĂ©tier qui s’organise, notamment au niveau du Cluster Private Banking de l’ABBL et des groupes de travail qu’il met en place, ou encore en organisant des dĂ©marches de promotion commune de la place financiĂšre. La banque privĂ©e luxembourgeoise, au fil de son histoire, a dĂ©montrĂ© sa rĂ©silience, faisant preuve d’une capacitĂ© unique Ă  s’adapter et Ă  se renforcer. C’est une dynamique qu’il faut continuer Ă  entretenir.

6

Multilinguisme et diversité

Enfin, il ne faut pas nĂ©gliger la diversitĂ© culturelle et le multilinguisme qui caractĂ©rise le pays. La banque privĂ©e au service d’une clientĂšle internationale implique de disposer de talents capables de comprendre la culture de chaque client, de pouvoir s’exprimer dans sa langue. Il est important, pour les grands groupes internationaux, de s’assurer de pouvoir trouver et d’attirer les bonnes compĂ©tences. Cet environnement cosmopolite et la qualitĂ© de vie dont on profite au Luxembourg y contribuent grandement. L’attraction des talents, plus que des clients, constitue toutefois l’un des dĂ©fis majeurs du secteur. Cette diversitĂ©, en outre, est source de richesse, d’idĂ©es, d’innovations. C’est au dĂ©part des talents que l’on peut imaginer la banque privĂ©e de demain, se rĂ©inventer.

2022, UNE ANNÉE RENTABLE

En novembre dernier, sur base des donnĂ©es de l’exercice 2022, KPMG Luxembourg et le Cluster Private Banking de l’Association des banques et banquiers du Luxembourg (ABBL) ont Ă  nouveau uni leurs forces pour produire une nouvelle Ă©dition du KPMG-ABBL Private Banking Report, qui vise Ă  identifier les tendances significatives ainsi qu’à sensibiliser les acteurs aux enjeux qui les concernent. De la reprise postpandĂ©mique Ă  la nouvelle dynamique du commerce mondial, sur fond de craintes d’escalade de la guerre, l’enquĂȘte a permis d’examiner en profondeur l’état actuel, les stratĂ©gies et les performances du secteur de la banque privĂ©e au Luxembourg.

LES RÉSULTATS DE L’ENQUÊTE

On y dĂ©couvre que, si la hausse des taux d’intĂ©rĂȘt a eu un impact positif significatif sur la rentabilitĂ© des banques, elle a Ă©galement pesĂ© sur la valeur totale des actifs, quelle que soit la rĂ©partition entre actions, obligations et immobilier. La croissance annuelle des actifs sous gestion, qui prĂ©valait depuis 2008, a Ă©tĂ© interrompue. Entre 2008 et 2021, le volume total d’actifs sous gestion a presque triplĂ©, passant de 225 milliards d’euros en 2008 Ă  599 milliards d’euros d’ici Ă  2021. En 2022, les actifs sous gestion ont diminuĂ© d’un peu moins de 14 milliards d’euros pour atteindre 585 milliards d’euros, en raison de la contre-performance des marchĂ©s. Cela dit, malgrĂ© une diminution de 2,3 % du total des actifs sous gestion, l’attractivitĂ© du Luxembourg a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e avec un apport total d’argent frais net de 31,7 milliards d’euros, contre 45 milliards d’euros pour les banques privĂ©es suisses. 2022 s’est en outre avĂ©rĂ©e ĂȘtre une annĂ©e rentable pour le secteur de la banque privĂ©e luxembourgeoise, avec un revenu net en hausse de 24 %, principalement en raison de l’augmentation de la marge d’intĂ©rĂȘt nette.

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 61

« Les mesures visent l’intĂ©rĂȘt du client »

La senior associate, Investment funds, chez Clifford Chance Luxembourg, Anne-Lise Vandevoir, revient sur les conséquences des nouvelles réglementations apparues ces derniÚres années dans le secteur des banques privées.

Quel est l’impact des rĂ©glementations qui ont vu le jour ces derniĂšres annĂ©es sur le private banking et en gĂ©nĂ©ral sur la Place au Luxembourg ?

La mise en Ɠuvre des nouvelles rĂ©glementations reprĂ©sente un coĂ»t et une charge considĂ©rables en termes d’effectifs. Il en dĂ©coule une plus grande conformitĂ© rĂ©glementaire. La majoritĂ© de ces rĂšgles ont Ă©tĂ© promulguĂ©es au niveau europĂ©en, garantissant une harmonisation Ă  travers l’Union europĂ©enne et une application similaire dans tous les pays membres. Le Luxembourg n’a donc pas Ă©tĂ© plus impactĂ© qu’un autre pays. Au contraire, sa position en tant que hub europĂ©en pour les banques privĂ©es et les fonds d’investissement lui a permis de tirer profit de cette nouvelle donne. L’objectif Ă©tant de simplifier le secteur et de mettre en place des mesures de protection renforcĂ©es pour les investisseurs. MalgrĂ© des conditions de marchĂ© Ă©conomiques difficiles ces derniĂšres annĂ©es, l’annĂ©e a Ă©tĂ© globalement profitable pour le secteur luxembourgeois du private banking, avec un rĂ©sultat net en hausse de 24 % (selon un rĂ©cent rapport publiĂ© par l’industrie).

Ces rĂ©glementations ont-elles freinĂ© les investissements venant hors de la zone euro et ont-elles favorisĂ© une fuite vers les marchĂ©s Ă©trangers ?

Non. Les fonds d’investissement domiciliĂ©s au Luxembourg jouissent d’une accessibilitĂ© mondiale, tant en Europe qu’à l’international. Une multitude de produits luxembourgeois sont investis Ă  l’étranger, notamment les OPCVM (ou « Ucits »), qui sont distribuĂ©s en AmĂ©rique du Sud ou en Asie. Les clients internationaux apprĂ©cient les mesures de protection, la stabilitĂ© Ă©conomique et politique du Luxembourg, qui bĂ©nĂ©ficie d’une notation triple A par S&P. Concernant l’ouverture aux marchĂ©s Ă©trangers, la nouvelle rĂ©glementation europĂ©enne ne restreint pas explicitement l’accĂšs aux pays tiers, bien qu’elle manifeste une prĂ©fĂ©rence pour le marchĂ© europĂ©en. Des directives telles que Mifid ou l’AIFMD vont ĂȘtre accompagnĂ©es d’un passeport europĂ©en, permettant la libre prestation de services au sein de l’Espace Ă©conomique europĂ©en.

Interview CHRISTOPHE NADIN
Conversation Anne-Lise Vandevoir
Photo Clifford Chance

Les banques privĂ©es et les gestionnaires d’actifs externes doivent-ils rĂ©flĂ©chir Ă  de nouvelles solutions d’investissement ?

Il est impĂ©ratif de maintenir une compĂ©titivitĂ© accrue face Ă  l’évolution constante du marchĂ©. Les banques privĂ©es doivent s’assurer que les produits proposĂ©s restent innovants. Cela reprĂ©sente un dĂ©fi, mais Ă©galement une opportunitĂ© considĂ©rable, notamment dans le domaine de la digitalisation. Au niveau des produits, nous notons une tendance vers une dĂ©mocratisation de l’accĂšs Ă  certaines solutions financiĂšres, en particulier avec les Eltif (ou fonds europĂ©ens d’investissement Ă  long terme). Le Luxembourg se positionne en leader en tant que pays de domiciliation pour ces fonds.

À quoi faut-il faire attention en particulier quand on vend des produits ? Le gestionnaire doit-il davantage se demander quel produit il peut vendre plutît que celui qui est le mieux ?

La rĂ©glementation en vigueur exige une connaissance approfondie et une catĂ©gorisation prĂ©cise du client, afin de saisir son profil d’investissement et le niveau de risque qu’il est prĂȘt Ă  assumer. Cela correspond aux exigences des rĂšgles de suitability Ă©tablies par Mifid II. Une Ă©volution lĂ©gislative notable Ă  surveiller dans les annĂ©es Ă  venir est la Retail investment strategy (Ris), lancĂ©e par la Commission europĂ©enne. La Ris a pour objectif de stimuler l’engagement des investisseurs particuliers, en mettant notamment Ă  jour un certain nombre de lois et de rĂ©glementations existantes afin d’y intĂ©grer davantage de mesures de protection. Par exemple, cela inclut l’amĂ©lioration de la transparence au niveau des coĂ»ts supportĂ©s par les investisseurs dans les fonds d’investissement, ainsi que des mesures de gestion des conflits d’intĂ©rĂȘts.

Le rĂŽle du gestionnaire de fortune n’est-il pas devenu celui d’un dĂ©tective privĂ©, avec une Ă©tude approfondie du profil du client ?

Le volet administratif induit par cette nouvelle rĂ©glementation peut s’avĂ©rer complexe et parfois difficile Ă  expliquer Ă  une clientĂšle fortunĂ©e. Il convient de l’apprĂ©hender comme une collaboration Ă©troite

entre le banquier privĂ© et son client. Une connaissance approfondie des besoins du client par le banquier privĂ© lui permettra de rĂ©pondre efficacement Ă  ses attentes et de lui proposer un portefeuille sur mesure. Toutes les mesures instaurĂ©es visent ultimement l’intĂ©rĂȘt du client.

Avec le recul, quelles sont les rĂ©glementations qui ont posĂ© le plus de problĂšmes en termes d’implĂ©mentation ?

Le secteur financier luxembourgeois, reconnu pour sa maturitĂ©, est habituĂ© Ă  intĂ©grer et Ă  appliquer de nouvelles rĂ©glementations. En gĂ©nĂ©ral, l’adaptation se dĂ©roule sans encombre, bien que certains cadres rĂ©glementaires, tels que les critĂšres ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), prĂ©sentent des dĂ©fis particuliers. À l’échelle europĂ©enne, l’application de la Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) a posĂ© des difficultĂ©s pratiques quant Ă  son intĂ©gration effective dans le secteur.

« Une Ă©volution lĂ©gislative Ă  surveiller est la Retail investment strategy. »

Au cƓur de l’activitĂ© conseil, il y a le besoin de s’assurer de l’adĂ©quation du profil de risque du client au niveau de risque de son portefeuille et des conseils y affĂ©rents. A-t-on Ă©voluĂ© vers des mĂ©thodes modernes de contrĂŽle ?

Il s’agit plutĂŽt d’une problĂ©matique opĂ©rationnelle. D’un point de vue lĂ©gal, le banquier privĂ© est tenu de segmenter et d’évaluer sa clientĂšle de façon continue. À titre d’exemple, un banquier privĂ© doit catĂ©goriser son client selon des critĂšres de connaissances financiĂšres, profil de risque, horizon d’investissement, critĂšres de durabilitĂ©, etc. Ces critĂšres de segmentation sont particuliĂšrement dĂ©taillĂ©s. L’intelligence artificielle apporte une aide prĂ©cieuse aux banques privĂ©es pour synthĂ©tiser ces informations. Sur le volet AML (lutte contre le blanchiment d’argent), l’Association des banques et banquiers Luxembourg dĂ©veloppe une initiative autour de la digitalisation du processus AML/KYC.

LE FACTEUR HUMAIN DEMEURE CRUCIAL

« L’impact de l’intelligence artificielle (IA) est indĂ©niable dans tous les secteurs, y compris la banque privĂ©e. Cependant, elle ne saurait remplacer l’expertise et le rĂŽle essentiel d’un banquier privĂ©. Le facteur humain demeure crucial, car un client sophistiquĂ© privilĂ©gie le dialogue et l’échange personnel. NĂ©anmoins, l’IA peut grandement faciliter le traitement des requĂȘtes et des donnĂ©es, ainsi que l’application des aspects rĂ©glementaires, reprĂ©sentant ainsi un gain significatif en termes de temps et de coĂ»ts. »

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« Des enjeux de succession de plus en plus complexes »

La transmission du patrimoine est une prĂ©occupation majeure pour la plupart des familles fortunĂ©es. Celle-ci implique de prendre en considĂ©ration de nombreux Ă©lĂ©ments si l’on souhaite prĂ©server ou accroĂźtre le patrimoine, garantir la pĂ©rennitĂ© d’une entreprise familiale et Ă©viter des dĂ©convenues fiscales.

Claude Medernach, legal counsel Grands Clients, et Anne-Lise Grandjean, tax & estate planner, de la Banque de Luxembourg, évoquent ces enjeux avec nous.

Portrait GUY WOLFF Interview SÉBASTIEN LAMBOTTE
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Claude Medernach et Anne-Lise
Grandjean

Anne-Lise Grandjean et Claude Medernach, de la Banque de Luxembourg, prĂ©conisent d’effectuer un bilan du patrimoine Ă  l’échelle mondiale.

La transmission du patrimoine entre la gĂ©nĂ©ration des baby-boomers et leurs descendants s’apparente au plus grand transfert de richesse de l’histoire. Cela reprĂ©sente-t-il un dĂ©fi pour la banque privĂ©e ?

CLAUDE MEDERNACH (C.M.)

Il y a lieu de relativiser cette notion de « plus grand transfert de richesse de l’histoire ». Il est vrai que la masse d’actifs appelĂ©e Ă  ĂȘtre transmise d’une gĂ©nĂ©ration, en l’occurrence celle des baby-boomers, Ă  la suivante est la plus importante jamais connue. Cependant, cela s’étale dans le temps. Tout d’abord, les membres de cette gĂ©nĂ©ration sont nĂ©s entre 1946 et 1964. Ils ont aujourd’hui entre 60 et 80 ans. D’autre part, considĂ©rant l’amĂ©lioration du niveau de vie et l’augmentation de l’espĂ©rance de vie, nous n’assistons pas Ă  un transfert unique et global, mais Ă  une transmission progressive.

Les bĂ©nĂ©ficiaires de cette transmission, d’autre part, se trouvent souvent euxmĂȘmes dans des situations confortables, et mĂȘme trĂšs avantageuses. Ils sont bien installĂ©s dans leur vie, parfois Ă  la tĂȘte d’entreprises florissantes. Ils ne sont pas dans une situation de dĂ©pendance financiĂšre vis-Ă -vis de leurs parents.

Ce transfert, bien que progressif, ne reprĂ©sente-t-il cependant pas un dĂ©fi pour la banque ?

C.M. Si. Bien Ă©videmment. Le plus important, pour nous, est de nous tenir prĂȘts pour accompagner cette nouvelle gĂ©nĂ©ration, qui est plus exigeante et, sans doute, moins fidĂšle. Si ses reprĂ©sentants souhaitent toujours pouvoir s’appuyer sur les conseils et l’accompagnement d’un interlocuteur privilĂ©giĂ© en matiĂšre de gestion patrimoniale, ils comparent davantage, nous challengent vis-Ă -vis de la concurrence, sont susceptibles de changer plus facilement de partenaires bancaires. Ils veulent plus de transparence. Ils souhaitent comprendre les tenants et les aboutissants de la relation, les coĂ»ts associĂ©s Ă  un service. L’enjeu, pour nous, est de continuer Ă  servir les parents, avec lesquels nous avons dĂ©veloppĂ© des relations de confiance solides, tout en prĂ©servant la NextGen dans le giron de la banque, cela en les accompagnant dĂšs que possible vis-Ă -vis de ces enjeux de transmission, de planification et de gestion patrimoniale.

Vous dites que la gĂ©nĂ©ration qui suit celle des baby-boomers n’est pas forcĂ©ment dans l’attente de l’hĂ©ritage de ses parents. La gĂ©nĂ©ration suivante, les petits-enfants, Ă©mettent-ils pour leur part le dĂ©sir d’en profiter ?

ANNE-LISE GRANDJEAN (A.-L.G.) Jusqu’à prĂ©sent, nous n’avons Ă©tĂ© que peu confrontĂ©s Ă  ce genre de situation. Au Luxembourg, les successions qui s’opĂšrent en ligne directe suite au dĂ©cĂšs d’un aĂŻeul s’opĂšrent en principe en exonĂ©ration fiscale. Une donation du vivant au bĂ©nĂ©fice de ses enfants comme de ses petits-enfants implique en principe de payer des droits de donation. Ce cadre fiscal, spĂ©cifique au Luxembourg, peut entraĂźner certaines frustrations ou un sentiment d’injustice.

Comment cela ?

C.M. Prenons l’exemple d’un enfant qui a repris les rĂȘnes de l’entreprise de son pĂšre. En raison de l’allongement de la durĂ©e de vie, l’enfant est susceptible d’Ɠuvrer longtemps Ă  la tĂȘte de l’entreprise sans la dĂ©tenir Ă  proprement parler, sans disposer des actions. Le parent pourrait dĂ©cider de donner ses parts de l’entreprise. Mais cela impliquerait des droits de donation. Dans beaucoup de cas, cela coĂ»te nettement moins cher, malheureusement, de patienter jusqu’au dĂ©cĂšs. De la mĂȘme maniĂšre, il est regrettable que le parent soit freinĂ© dans la possibilitĂ© de transmettre de son vivant une partie de ses parts d’entreprise, qui reviendra de toute façon Ă  ses descendants en cas de dĂ©cĂšs.

En matiĂšre de succession, quels sont les grands enjeux auxquels sont confrontĂ©es les familles ?

C.M. Ils sont de plusieurs ordres. L’un d’eux a trait Ă  la dilution et au partage du patrimoine. La succession, dans la plupart des cas, devra s’organiser entre plusieurs branches familiales. Cela peut s’avĂ©rer complexe, surtout lorsque la masse successorale est constituĂ©e d’avoirs patrimoniaux plus ou moins liquides et distribuables. DĂšs lors, il est important de pouvoir identifier les attentes de l’ensemble des personnes concernĂ©es au regard du patrimoine familial. Souvent, une branche de la famille va souhaiter obtenir son indĂ©pendance financiĂšre et davantage de flexibilitĂ© par rapport

RÉSERVE HÉRÉDITAIRE

Au-delĂ  des aspects fiscaux, la transmission implique de prendre en considĂ©ration un ensemble de rĂšgles Ă©manant du droit civil, qui dĂ©termine par exemple l’ordre de succession, les droits du conjoint survivant, la rĂ©partition du patrimoine en fonction du rĂ©gime matrimonial. C’est aussi au niveau de la lĂ©gislation civile qu’est fixĂ©e la rĂ©serve hĂ©rĂ©ditaire, cette part du patrimoine que l’on ne peut pas soustraire aux hĂ©ritiers lĂ©gaux rĂ©servataires. Il n’est en l’occurrence pas possible de dĂ©shĂ©riter un de ses descendants.

66 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Claude Medernach et Anne-Lise Grandjean

aux frĂšres et sƓurs. Si ce n’est pas le cas, une gestion commune de l’indivision successorale a des avantages. Elle permet d’accĂ©der Ă  de meilleures opportunitĂ©s d’investissement en raison d’un volume plus important, d’obtenir de meilleures positions sur le marchĂ© ou de bĂ©nĂ©ficier de coĂ»ts rĂ©duits. D’autre part, on constate aussi que les situations familiales sont de plus en plus hĂ©tĂ©rogĂšnes et complexes. Dans le cadre des familles recomposĂ©es, en fonction du conjoint qui dĂ©cĂšde en premier, une partie de la fortune peut passer dans l’autre branche de la famille. Cela peut crĂ©er un sentiment d’amertume dans le chef des hĂ©ritiers du conjoint qui est dĂ©cĂ©dĂ© le premier.

Au-delĂ  de l’évolution des situations familiales, en quoi les problĂ©matiques de transmission sont-elles plus complexes que par le passé ?

A.-L.G. Les patrimoines sont aussi plus complexes et plus internationaux que par le passĂ© en raison de la mobilitĂ© croissante des personnes et des biens. Ils sont constituĂ©s d’actifs de diverses natures. Au-delĂ  des portefeuilles titres, on y trouve de l’immobilier, parfois situĂ© Ă  l’étranger, des contrats d’assurance-vie, des investissements en private equity, mais aussi des Ɠuvres d’art, des bijoux, des collections. Les hĂ©ritiers, par ailleurs, sont souvent partis vivre Ă  l’étranger. Les rĂšgles applicables Ă  la transmission peuvent varier en fonction des situations. Dans une dĂ©marche de planification, il est dĂšs lors important de prendre en considĂ©ration l’ensemble des Ă©lĂ©ments d’extranĂ©itĂ©, afin de pouvoir trouver des solutions adaptĂ©es aux objectifs poursuivis, et de pouvoir suivre l’évolution de la famille et du patrimoine dans le temps.

Comment, dans cette perspective, accompagnez-vous vos clients ?

A.-L.G. La premiĂšre Ă©tape est de faire un bilan du patrimoine Ă  l’échelle mondiale, de l’évaluer et de considĂ©rer son empreinte gĂ©ographique. Il faut tenir compte de la situation familiale autant que des besoins et souhaits du client. Souvent, nos clients

« Les situations familiales sont de plus en plus hĂ©tĂ©rogĂšnes et complexes
Claude Medernach

sont multibancarisĂ©s et n’ont pas toujours conscience de l’étendue prĂ©cise de leur patrimoine. En cas de souhait, nous pouvons accompagner nos clients dans leur dĂ©marche de consolidation de leur patrimoine bancaire et extrabancaire, afin de les conseiller au mieux sur leur stratĂ©gie d’investissement ainsi que sur les solutions juridiques et fiscales Ă  mettre en Ɠuvre.

Comment la localisation des actifs impacte-t-elle la fiscalitĂ© sur la transmission ?

A.-L.G. Pour une famille luxembourgeoise dont le patrimoine est localisĂ© au Luxembourg, la situation fiscale est relativement simple. En effet, le pays est connu pour ne pas appliquer de droits de succession en ligne directe. Cependant, cela concerne uniquement les biens mobiliers, peu importe leur lieu de situation et les biens immobiliers situĂ©s au Luxembourg. Cependant, si les hĂ©ritiers habitent dans un État qui taxe aussi les bĂ©nĂ©ficiaires, comme la France ou l’Allemagne, des droits de succession seront dus en France ou en Allemagne. Par ailleurs, une distribution inĂ©galitaire entre tous les enfants peut Ă©galement avoir des consĂ©quences fiscales au Luxembourg. Au-delĂ , il faut considĂ©rer la situation de chacun au cas par cas pour Ă©valuer les impacts fiscaux et lĂ©gaux inhĂ©rents Ă  la succession. Pour un bien immobilier situĂ© en France, en raison de la lĂ©gislation fiscale, des droits de succession vont s’appliquer sur la valeur du bien. Si le Luxembourg a conclu de nombreuses conventions visant Ă  Ă©viter une double imposition, celles-ci concernent uniquement la fiscalitĂ© directe. Le Luxembourg n’a signĂ© aucune convention de double imposition en matiĂšre de droits de succession ou de donation. Il faut en avoir conscience.

Dans certains cas, la donation peut donc s’avĂ©rer plus intĂ©ressante
 A.-L.G. Sur une partie du patrimoine, selon la situation, cela peut ĂȘtre vrai. Si l’on considĂšre un bien immobilier en France, une donation de son vivant peut ĂȘtre plus intĂ©ressante qu’une transmission Ă  la suite d’un dĂ©cĂšs. Notre rĂŽle, dans une

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PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 67

dĂ©marche de planification patrimoniale, est d’apporter cette connaissance des cadres civils et fiscaux qui s’appliquent Ă  leur situation pour leur permettre de mieux apprĂ©hender le futur. Cette maĂźtrise du contexte international et transfrontalier demeure l’une des forces du Luxembourg et de nos experts internes dans le domaine de l’ingĂ©nierie patrimoniale.

Il arrive souvent qu’une entreprise reprĂ©sente une part consĂ©quente du patrimoine. Comment apprĂ©hender la transmission dans ce contexte ?

C.M. En effet, beaucoup de clients que nous accompagnons ont construit leur fortune au dĂ©part d’une entreprise familiale prospĂšre. Dans de nombreux cas, elle constitue le cƓur du patrimoine. Si partager des actifs liquides entre hĂ©ritiers paraĂźt plus simple, ce n’est pas le cas d’une entreprise familiale. L’enjeu premier, souvent, est de maintenir la pĂ©rennitĂ© et la profitabilitĂ© de cette derniĂšre. Cependant, les bĂ©nĂ©ficiaires ne sont pas forcĂ©ment tous impliquĂ©s dans la gestion de celle-ci et ne dĂ©veloppent pas forcĂ©ment le mĂȘme attachement Ă  l’entreprise.

Comment, dĂšs lors, apprĂ©hender ces enjeux ?

C.M. Il est essentiel d’anticiper et de prĂ©parer en amont la transmission d’une entreprise familiale. Plusieurs pistes peuvent ĂȘtre explorĂ©es. Il est par exemple possible de scinder la sociĂ©tĂ© d’exploitation de l’immobilier, afin de permettre que seuls les enfants actifs dans l’entreprise reçoivent des parts de la sociĂ©tĂ© d’exploitation. Cela peut toutefois soulever quelques problĂšmes juridico-fiscaux. Cette scission peut avoir des rĂ©percussions fiscales considĂ©rables, notamment en raison de la plus-value latente de l’immobilier. Si l’on souhaite exclure certains hĂ©ritiers de l’exploitation, il faut s’assurer de disposer d’autres biens, hors entreprise d’exploitation, pour compenser ces enfants et Ă©viter une violation de leur rĂ©serve lĂ©gale. Enfin, pour garantir la pĂ©rennisation de l’activitĂ©, il est aussi nĂ©cessaire de trouver un compromis, entre l’immobilier et l’exploitation, relatif au bail, par exemple en recourant Ă  la mise en place d’un bail emphytĂ©otique.

« Les patrimoines sont plus complexes et plus internationaux que par le passĂ©. »

Anne-Lise Grandjean

Quelles autres pistes peut-on envisager ?

A.-L.G. Une autre solution, plus structurelle, rĂ©side dans la mise en place d’une ou plusieurs sociĂ©tĂ©s de tĂȘte regroupant les sociĂ©tĂ©s opĂ©rationnelles et dans lesquelles siĂ©geront tous les enfants, qu’ils travaillent ou non dans l’exploitation. Les enfants seront alors tous actionnaires de la sociĂ©tĂ© holding. Ce genre de structure peut ĂȘtre mis en place lorsque l’on souhaite opĂ©rer une gestion commune de l’indivision successorale. Autour de cela, on peut aussi envisager des solutions plus contractuelles, par la mise en place d’une gouvernance familiale, Ă  travers laquelle on peut par exemple dĂ©terminer les mĂ©thodes d’évaluation de l’entreprise familiale, la politique de distribution des dividendes, ou encore un pacte d’actionnaires. L’enjeu est de fixer les rĂšgles visant Ă  atteindre les objectifs communs fixĂ©s et Ă  anticiper certaines problĂ©matiques, liĂ©es par exemple Ă  la cession de parts au niveau d’une branche, et Ă  ne pas lĂ©ser l’un ou l’autre des hĂ©ritiers.

Il faut aussi tenir compte des cas particuliers ?

C.M. Oui, par exemple, la succession d’une exploitation agricole fait l’objet d’un rĂ©gime particulier. Nous nous sommes rĂ©cemment demandĂ© si ces rĂšgles Ă©taient transposables Ă  la transmission d’une parcelle forestiĂšre. Il s’avĂšre que, vraisemblablement, ce n’est pas le cas. Dans chaque juridiction, il y a des exceptions de cette nature. Il est important, dĂšs lors, de nous entourer des expertises fiscales et lĂ©gales, en les intĂ©grant au niveau de nos Ă©quipes ou en nous appuyant sur des partenaires prĂ©sents dans certains pays, pour permettre Ă  nos clients d’envisager cette transmission sereinement.

68 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 Conversation Claude Medernach et Anne-Lise Grandjean

Table

Ronde

Climate Finance

La rĂ©putation de notre place financiĂšre en matiĂšre d’investissements socialement responsables et d’impact est internationalement reconnue et constitue un environnement idĂ©al pour les fonds de la finance climatique. Des experts discuteront de la stratĂ©gie de financement climatique, des moyens mis en oeuvre, des vĂ©hicules de placement et de la plate-forme LGX lancĂ©e par la Bourse de Luxembourg.

Avec la participation de : Laetitia Hamon (Luxembourg Stock Exchange)

Inscription sur paperjam.lu/club ïżœïżœ:ïżœïżœ-ïżœïżœ:ïżœïżœ | Luxembourg-Ville 10JEUDIOCT. ïżœïżœïżœïżœ

Colbr veut démocratiser la banque privée

Colbr ambitionne de transformer l’industrie de la gestion de patrimoine en donnant accĂšs aux mĂȘmes moyens Ă  tous. Rencontre avec Gustav SondĂ©n, co-fondateur de la wealthtech française.

Comment est nĂ©e Colbr ?

Mes associĂ©s, Romain Joudelat et Mickael Juvenelle, et moi-mĂȘme venons de la gestion d’actifs. En tant que professionnels de la finance, mais aussi en tant que jeunes Ă©pargnants, nous rencontrions une vraie frustration sur la qualitĂ© des produits Ă  notre disposition, mais Ă©galement sur l’expĂ©rience client qui nous Ă©tait proposĂ©e. Cette frustration a Ă©tĂ© le point de dĂ©part de notre aventure entrepreneuriale. Notre idĂ©e est de proposer les bons produits d’investissement sur une plateforme, construite en no code, Ă  l’époque. Nous avons immĂ©diatement collectĂ© pas mal d’argent. Cette bonne rĂ©ponse du public nous a permis de rĂ©ussir une premiĂšre levĂ©e d’un million d’euros et de poursuivre le dĂ©veloppement de notre agrĂ©gateur d’investissement, intuitif et 100 % gratuit.

Que proposez-vous aux utilisateurs ?

Notre offre se divise en trois axes. La premiĂšre, c’est une plateforme d’agrĂ©gation en , qui permet de suivre l’ensemble de votre situation patrimoniale en temps rĂ©el. Nous sommes connectĂ©s Ă  plus de 6.000 Ă©tablissements financiers en Europe, mais Ă©galement Ă  dif-

fĂ©rentes bases de donnĂ©es. À cela s’ajoute un ensemble d’outils qui permettent de rĂ©aliser votre propre bilan patrimonial. Cette vue globale donne ensuite la possibilitĂ© de prendre les premiĂšres dĂ©cisions d’investissement, et c’est le deuxiĂšme axe de notre projet. Notre premiĂšre offre dĂ©marre Ă  1.000 euros et s’adresse Ă  peu prĂšs Ă  tout le monde. Nous avons dĂ©veloppĂ© quatre mandats, oĂč le mode de gestion dĂ©finit le profil de risque, avec des objectifs de performance compris entre 4 et 10 %, annualisĂ©s. Nous avons notamment un mandat 100 % en actions, dont l’objet est de reflĂ©ter la croissance mondiale des marchĂ©s financiers. Nous savons que les ETF seront le socle de l’épargne financiĂšre des nouvelles gĂ©nĂ©rations. Ça l’est dĂ©jĂ  en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, et c’est en train d’arriver en France. En matiĂšre d’investissement, nous proposons d’autres produits haut de gamme. Nous sommes notamment des pionniers dans le domaine du private equity, notamment grĂące Ă  des feeders qui ont Ă©mergĂ© sur le marchĂ©, mais aussi avec des fonds de fonds et notamment des fonds communs de placement. On commence ainsi Ă  pouvoir proposer une offre

Interview MICHAËL PEIFFER
Gustav Sondén
Photo Colbr Conversation

institutionnelle au retail, Ă  savoir qu’au moins 90 % du passif de ses fonds sont dĂ©tenus par des investisseurs institutionnels. Enfin, la derniĂšre partie de notre offre, c’est le conseil, et c’est vraiment quelque chose qu’attendaient les Ă©pargnants. C’est ce qui nous diffĂ©rencie et fait notre rĂ©ussite.

Quelle est la place du conseiller ?

Elle est centrale. Au-delĂ  des utilisateurs, nous nous adressons Ă  une nouvelle gĂ©nĂ©ration de conseillers qui souhaitait s’appuyer sur un outil en ligne, avec tout ce que la technologie peut offrir aujourd’hui. Nos conseillers ont accĂšs Ă  une seule base de donnĂ©es pour tous les applicatifs mĂ©tiers. Ça peut paraĂźtre banal, mais ce n’est pas la norme sur le marchĂ©. Obligations de compliance, outil de souscription, suivi des clients, tout est accessible au mĂȘme endroit.

Vous considĂ©rez-vous comme une fintech ou comme une nĂ©obanque ?

Notre vision est de devenir la banque privĂ©e de demain. Mais, aujourd’hui, ce serait prĂ©somptueux de parler de nĂ©obanque, dans le sens oĂč nous ne proposons pas de services bancaires classiques comme des ouvertures de compte ou des prestations de crĂ©dit. Dans l’univers des fintech, nous nous positionnons dans le compartiment wealthtech, avec une vision patrimoniale forte. Aujourd’hui, la plupart des grandes fintech sont actives sur le segment mass market, avec des solutions qui s’adressent Ă  un Ă©norme marchĂ©. Pour nous, qui voulons ĂȘtre actifs dans l’investissement et la gestion de fortune, tout reste Ă  faire.

Qui sont vos clients, aujourd’hui ?

Ils sont ceux que nous avions imaginĂ©s au dĂ©part. Il s’agit d’une clientĂšle de flux (affluent en anglais, ndlr), des gens qui ont entre 200.000 euros et 2 millions d’euros de patrimoine, mais qui ont surtout des revenus importants et la possibilitĂ© d’épargner. En français, on parle de gestion de patrimoine, mais le terme anglais de wealth planning est plus appropriĂ©. Notre client a en moyenne 38 ans et le ticket moyen est toujours lĂ©gĂšrement au-dessus de six chiffres.

Votre volontĂ© est de dĂ©mocratiser la banque privĂ©e. Comment comptez-vous vous y prendre ?

Autrefois, les contraintes rĂ©glementaires et opĂ©rationnelles Ă©taient d’une telle importance que ce n’était juste pas possible. Aujourd’hui, grĂące Ă  la technologie et Ă  la rationalisation des bases de donnĂ©es, on peut avoir accĂšs facilement aux bonnes informations, crĂ©er des applicatifs avec des API fonctionnelles, etc. L’investissement est un pan de notre mĂ©tier qui, quelque part, est dĂ©mocratisable Ă  l’extrĂȘme. En revanche, le conseil patrimonial ou successoral et la structuration fiscale sont d’autres domaines qui ne sont pas dĂ©mocratisables de la mĂȘme maniĂšre, mais on peut faire beaucoup mieux, selon nous, que ce qui est proposĂ© par les acteurs traditionnels.

Quel est votre business model ?

« Les ETF seront le socle de l’épargne financiĂšre des nouvelles gĂ©nĂ©rations. »

La plateforme est gratuite. Elle nous permet de faire connaissance avec nos clients, et inversement. Nous nous rĂ©munĂ©rons dans le cadre des prestations d’investissement. C’est du courtage, et c’est la formule qu’ont plĂ©biscitĂ©e nos clients. Maintenant, notre spĂ©cificitĂ©, par rapport au marchĂ©, c’est la transparence. Les gens veulent plus de conseil, plus de digital, mais pas forcĂ©ment au prix le moins cher possible. Ils veulent surtout comprendre ce qu’ils paient.

Votre activitĂ© est aujourd’hui concentrĂ©e sur la France. Quels sont vos objectifs de dĂ©veloppement ?

Nous sommes effectivement concentrĂ©s sur le marchĂ© français, qui est dĂ©jĂ  Ă©norme. Aujourd’hui, les fintech actives dans le domaine de l’investissement reprĂ©sentent moins de 1 % de part de marchĂ©. Il y a un vĂ©ritable enjeu Ă  capter plus de clients, et les wealthtech ont aujourd’hui le vent en poupe. AprĂšs, environ 20 % de nos clients sont des expatriĂ©s. Il s’agit de profils assez jeunes, qui ont de l’argent, qui profitent parfois de rĂ©gimes fiscaux qui leur permettent d’épargner beaucoup. C’est une premiĂšre maniĂšre de nous internationaliser et de nous familiariser avec d’autres marchĂ©s. RĂ©cemment, par opportunitĂ©, nous avons aussi demandĂ© une extension d’agrĂ©ment pour servir des clients en Belgique.

L’IA AU SERVICE DU CONSEIL

« L’IA prend une place grandissante dans cet univers, ajoute Gustav SondĂ©n. Nous sommes en train de bĂątir les fondations. Et pour l’IA, les fondations, c’est la data. Sans data, vous ne pouvez rien faire. Il faut bien sĂ»r une grande quantitĂ© d’informations, mais il faut surtout structurer ces donnĂ©es pour en retirer le meilleur. Notre Ă©quipe technique travaille aujourd’hui sur l’intĂ©gration de l’IA Ă  l’expĂ©rience utilisateur. Cela va permettre d’introduire une couche de conseil dĂšs les premiĂšres dĂ©cisions d’investissement. Un bon conseil demande de bien connaĂźtre le contexte. ChatGPT et d’autres solutions d’IA gĂ©nĂ©rative, Ă©tant donnĂ© la base de donnĂ©es qu’elles exploitent, sont capables d’expliquer trĂšs facilement le contexte : historique de performance, volatilité  Les premiĂšres prestations d’investissement peuvent ĂȘtre guidĂ©es par cette intelligence artificielle, ce qui amĂšne un avantage pour l’utilisateur, en complĂ©ment de l’intervention des conseillers qui peuvent intervenir sur les questions Ă  plus forte valeur ajoutĂ©e. L’enjeu est de rendre le conseil le plus modulable possible, et l’IA va le permettre. »

PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 71

RĂ©glementation : un baromĂštre sous haute pression

La pression rĂ©glementaire qui pĂšse sur les banques privĂ©es et les gestionnaires de fortune va se maintenir Ă  un niveau Ă©levĂ© en 2024. Tour d’horizon des principales rĂ©glementations Ă  l’agenda du rĂ©gulateur avec la partner, Risk consulting chez KPMG, Anne-Sophie Minaldo.

Au Luxembourg comme ailleurs en Europe, le secteur de la banque privĂ©e est soumis Ă  un feu nourri de nouvelles rĂ©glementations et se doit d’ĂȘtre irrĂ©prochable sur des sujets trĂšs sensibles et variĂ©s comme la prĂ©vention de la fraude et des cyberattaques, la lutte contre le financement du terrorisme ou encore l’application des sanctions dans un contexte de guerre en Ukraine
 Il se doit Ă©galement de suivre les attentes du rĂ©gulateur en matiĂšre de finance durable, d’assets digitaux et de protection des investisseurs dans un monde en mouvement oĂč la technologie prend de plus en plus de place au quotidien. «  Afin d’évaluer la pression rĂ©glementaire qui pĂšse sur les diffĂ©rents acteurs du secteur financier, nous Ă©ditons chaque semestre notre Regulatory Barome ter, dans le but de maintenir notre niveau de connaissances et de pouvoir accompa gner au mieux nos clients , partage la partner, Risk consulting chez KPMG, Anne-Sophie Minaldo. DiffĂ©rents axes sont explorĂ©s, comme l’ESG, la rĂ©silience financiĂšre et opĂ©rationnelle, la finance digi tale, l’industrie des paiements, la protec tion des investisseurs
 Au total, sur les

« L’arrivĂ©e des robo-advisors, et maintenant de l’IA gĂ©nĂ©rative, est suivie de prĂšs par le rĂ©gulateur. »

huit thĂšmes identifiĂ©s, la pression rĂ©glementaire est aujourd’hui Ă©valuĂ©e Ă  7,3 sur 10, ce qui est tout de mĂȘme assez Ă©levĂ©. »

Afin d’établir ce baromĂštre, les experts analysent, d’une part, le volume d’informations gĂ©nĂ©rĂ© au dĂ©part des textes qui Ă©manent des rĂ©gulateurs, comme les directives, les rĂšglements, ainsi que les regulatory technical standards (RTS). D’autre part, le baromĂštre est Ă©galement calculĂ© sur la base du nombre de visites sur site rĂ©alisĂ©es par le(s) rĂ©gulateur(s) sur des sujets donnĂ©s et des amendes infligĂ©es aux diffĂ©rents acteurs pris en dĂ©faut de conformitĂ©.

Pression maximale sur la finance durable

Au regard de ce baromĂštre, plusieurs thĂšmes impactent plus particuliĂšrement l’activitĂ© des gestionnaires de banque privĂ©e ou des gestionnaires de fortune indĂ©pendants au Luxembourg. «  Le premier sujet qui nous occupe touche Ă  la finance durable et aux critĂšres ESG. La pression, Ă©valuĂ©e Ă  8,4/10 au premier semestre 2024, est relativement constante depuis 2022 et provient essentiellement des instances euro », explique Anne-Sophie Minaldo. Aujourd’hui, les banquiers privĂ©s doivent

Agenda
Photo KPMG Auteur MICHAËL PEIFFER
72 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT

LE NIVEAU DE PRESSION DES RÉGLEMENTATIONS SUR LES ACTEURS FINANCIERS

Basé sur une échelle de 1 à 10

Fournir des services financiers durables et ESG Maintenir la résilience financiÚre Réglementer la finance numérique Renforcer la résilience opérationnelle Paiements Renforcer la protection des consommateurs Marchés de capitaux en pleine croissance AccÚs aux marchés Renforcer les attentes en matiÚre de gouvernance

tenir compte des critĂšres ESG dans leur offre, au niveau de leur gamme de produits. Ils doivent aussi ĂȘtre trĂšs prudents, voire sceptiques, par rapport Ă  ce que les grands manufacturiers leur prĂ©sentent comme Ă©tant des produits ESG. « Par rapport Ă  2022, dans un contexte oĂč la rĂ©glementation s’affine, on assiste Ă  une dĂ©classification de produits qui, voici un an ou deux, Ă©taient prĂ©sentĂ©s comme conformes Ă  la rĂ©glementation ESG et ne le sont plus aujourd’hui. Ils sont dĂ©listĂ©s par crainte d’ĂȘtre attaquĂ©s pour greenwashing », prĂ©cise Anne-Sophie Minaldo, la responsable du regulatory consulting et du forensic chez KPMG. Dans ce contexte, le principal challenge des acteurs de la banque privĂ©e ou de la gestion de fortune, si l’on s’en tient aux produits d’investissement, est d’arriver Ă  effectuer une bonne sĂ©lection en amont.

Le rĂ©gulateur est aussi de plus en plus attentif aux aspects de due diligence. Sur les questions liĂ©es Ă  l’environnement, de nombreux critĂšres ont Ă©tĂ© Ă©tablis pour Ă©valuer l’impact Ă©cologique des investissements. Mais l’Union europĂ©enne va trĂšs certainement s’intĂ©resser d’ici peu Ă  la

deuxiĂšme lettre d’ESG, c’est-Ă -dire l’impact sociĂ©tal des produits. « L’Europe a Ă©tĂ© trĂšs productive concernant l’environnement, avec des critĂšres de dĂ©carbonation, d’émissions de CO2, de part d’énergie renouvelable. Maintenant, sur la question sociĂ©tale, il sera sans doute plus ardu de trouver un trait d’union commun entre les pays europĂ©ens, relĂšve Anne-Sophie Minaldo. Les niveaux de salaires comme le coĂ»t de la vie sont trĂšs variables, la notion d’égalitĂ© hommes-femmes diffĂšre selon les pays et leur culture, l’accĂšs Ă  l’éducation n’est pas le mĂȘme partout, etc. On constate toutefois une rĂ©elle volontĂ© d’avancer sur ce point, tout comme sur la gouvernance d’ailleurs. En la matiĂšre, mĂȘme si cela concerne moins les banquiers privĂ©s que les entitĂ©s faĂźtiĂšres, les critĂšres ESG doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s au plus haut niveau de l’organisation. Le rĂ©gulateur a d’ailleurs remis un bon coup de pression sur les bonnes pratiques de gouvernance en ce dĂ©but d’annĂ©e 2024. Le baromĂštre Ă©tait tombĂ© Ă  5 points sur cette question fin 2023, mais il est remontĂ© Ă  6,9 aujourd’hui. »

Toujours en relation avec l’offre d’investissement durable, au-delĂ  de la bonne comprĂ©hension des produits qu’ils

proposent, les conseillers en investissement doivent aujourd’hui apprendre Ă  mieux connaĂźtre les besoins et les attentes de leurs clients. « Le focus se porte sur le conseil en investissement, tant pour les banques que pour les PSF d’ailleurs. À partir du moment oĂč vous proposez ces prestations de services, vous ĂȘtes une Mifid firm, relĂšve Anne-Sophie Minaldo. Sur ce sujet, au-delĂ  des exigences fixĂ©es autour des produits, les prestataires doivent redoubler d’efforts afin de collecter les prĂ©fĂ©rences ESG de leurs clients. Le but est de s’assurer d’atteindre le meilleur alignement possible entre leur offre et les attentes de la clientĂšle. On voit que les rĂ©gulateurs mettent Ă  la fois un coup de pression sur ces Mifid firms, mais aussi sur les management companies, qui font de la gestion Ă  un niveau plus collectif. »

En ce sens, l’AutoritĂ© europĂ©enne des marchĂ©s financiers (Esma) a notamment publiĂ© de nouvelles guidelines, applicables depuis octobre 2023. « AprĂšs une phase de prĂ©paration, l’Esma a annoncĂ© qu’elle allait lancer ce que l’on appelle les common supervisory actions dĂšs 2024. Elle demande aux autoritĂ©s locales et europĂ©ennes de lancer des missions d’inspection afin de voir comment

Source KPMG Regulator Barometer –H1 2024 9 8,5 H2 2022 H1 2023 H2 2023 H1 2024 8 7,5 7 6,5 6 5,5 5
5,6 6,9 6,8 7 7 7,5 8 8,4 8,5 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024 73

Agenda

QUEL POSITIONNEMENT STRATÉGIQUE POUR LA BANQUE PRIVÉE LUXEMBOURGEOISE

L’OFFRE DE PRODUITS

Demain, comment l’offre de produits de la banque privĂ©e va-t-elle Ă©voluer ? « Sur ce point, il faut distinguer sans doute les banques qui ont la capacitĂ© de dĂ©velopper des produits d’investissement en interne, et d’autres qui ont une architecture plus ouverte et s’appuient sur des prestataires externes, explique Anne-Sophie Minaldo. Mais, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, toutes sont confrontĂ©es aux mĂȘmes enjeux, qui sont de trouver les bons produits, de rĂ©pondre aux prĂ©fĂ©rences de leurs clients, de s’inscrire dans une dĂ©marche RSE, de s’appuyer sur des outils digitaux pour simplifier les process dans un univers rĂ©glementaire toujours plus complexe. »

L’AVENIR DES BANQUES

Quel avenir pour les banques qui n’ont pas la taille critique pour rĂ©pondre Ă  l’ensemble de ces dĂ©fis ?

« Il est effectivement important, pour certaines banques privĂ©es, de rĂ©flĂ©chir Ă  leur positionnement futur, poursuit la head of regulatory services de KPMG. Pour certaines grandes institutions, cela peut faire du sens de rester actives sur tous les terrains. Pour les acteurs de plus petite taille, des choix devront ĂȘtre faits. Soit ils investissent massivement sur les sujets oĂč ils sont dĂ©jĂ  trĂšs performants afin de devenir les meilleurs, soit ils souhaitent se diversifier et explorer de nouveaux horizons. Dans ce cas, il faut ĂȘtre prĂȘt Ă  assumer les coĂ»ts associĂ©s. »

LE DÉFI DU PAIEMENT INSTANTANÉ

les critĂšres de durabilitĂ© sont intĂ©grĂ©s dans les stratĂ©gies d’investissement, comment est menĂ© le suitability assessment du client et de vĂ©rifier, in fine, si la gouvernance autour des produits est Ă  la hauteur des attentes. »

Un cadre pour la finance digitale Aprùs l’ESG, le deuxiùme grand axe sur lequel une pression constante est mise par les organes de surveillance depuis 2022 concerne la finance et les assets digitaux.

« Selon notre baromĂštre, le niveau est de 7 sur 10. Ces sujets, s’ils ne sont pas moins importants que la finance durable, sont Ă©troitement liĂ©s Ă  la technologie et Ă  l’innovation, domaines qui exigent une montĂ©e en compĂ©tences dans les rangs du rĂ©gulateur », prĂ©cise Anne-Sophie Minaldo. Mais il faut s’attendre Ă  une montĂ©e en gamme des compĂ©tences du rĂ©gulateur en la matiĂšre, et donc de ses exigences rĂ©glementaires.

« On s’est par exemple aperçu que tout ce qui touche aux digital assets, aux tokens, Ă  la technologie des registres distribuĂ©s ou Ă  la digital ledger transaction, autrement dit, le fait de pouvoir organiser diffĂ©remment la dĂ©tention ou l’échange de titres, crĂ©e une nouvelle gamme de risques qui doit ĂȘtre adressĂ©e de maniĂšre plus transversale. Si vous prenez par exemple la nouvelle directive europĂ©enne sur la rĂ©silience opĂ©rationnelle, elle inclut trĂšs largement l’aspect risque cyber et IT. »

Avec le rĂšglement Mica , qui entrera en vigueur dĂšs cette annĂ©e, l’Union europĂ©enne se dote pour la premiĂšre fois d’un cadre rĂ©glementaire harmonisĂ© pour le marchĂ© des crypto-actifs. Celui-ci s’applique Ă  la fois aux Ă©tablissements traditionnels du secteur financier et aux nouveaux acteurs qui Ă©mergent au niveau de l’écosystĂšme crypto, qui sont engagĂ©s dans l’émission, l’offre au public et l’admission Ă  la nĂ©gociation de crypto-actifs ou qui fournissent des services associĂ©s au sein de l’UE.

Sur ces sujets digitaux, le rĂ©gulateur est encore en quĂȘte de solutions, conscient de l’ampleur de la tĂąche et du fait que la technologie s’immisce dans toutes les strates de l’économie. « D’une part, il est important de rĂ©guler de maniĂšre spĂ©cifique la finance digitale. D’autre part, il faut aussi revoir l’ensemble du cadre rĂ©glementaire. Pour vous donner un exemple, un sujet comme la rĂ©silience opĂ©rationnelle doit obligatoirement inclure le risque IT, avec des garanties Ă  apporter quant Ă  la sĂ©curitĂ© de l’infrastructure, mais aussi des donnĂ©es et des accĂšs », prĂ©cise la head of regulatory services

Le paiement instantanĂ© fait partie des sujets stratĂ©giques liĂ©s au dĂ©veloppement de leur offre sur lesquels les banques luxembourgeoises doivent se positionner. « Lorsqu’on observe le marchĂ©, la plupart des banques privĂ©es luxembourgeoises sont membres de la zone Sepa, alors que le paiement n’est pas leur cƓur de mĂ©tier. Le paiement instantanĂ©, qui devient la norme, introduit de nouvelles exigences, ajoute l’experte. Il faut pouvoir contrĂŽler de façon immĂ©diate le donneur d’ordre, le receveur, le but de la transaction
 Cette facultĂ© implique de nouveaux dĂ©veloppements en matiĂšre d’automatisation et des coĂ»ts. »

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La dĂ©matĂ©rialisation du monde de la finance oblige ses acteurs Ă  mieux contrĂŽler la technologie mise en Ɠuvre, les infrastructures et les donnĂ©es utilisĂ©es, afin d’en garantir la sĂ©curitĂ©. « Aujourd’hui, pour les banquiers privĂ©s et les asset managers, le dĂ©veloppement de la finance digitale est source d’opportunitĂ©s. Ces nouvelles catĂ©gories d’actifs permettent de diversifier l’offre, en complĂ©ment des actifs traditionnels ou ESG. NĂ©anmoins, nous les encourageons Ă  se former Ă  ces nouveaux sujets et aux risques associĂ©s, y inclus celui relatif au blanchiment d’argent. Les crypto mixers reprĂ©sentent notamment un risque Ă©levĂ© de blanchiment en raison de la non-traçabilitĂ© des transactions. La nouvelle rĂ©glementation Mica est l’une des rĂ©ponses du rĂ©gulateur, tout comme la rĂ©vision des textes europĂ©ens liĂ©s Ă  la lutte contre le blanchiment et la crĂ©ation de l’AMLA », constate Anne-Sophie Minaldo.

Dans cet univers de plus en plus connectĂ© et ouvert, les banquiers privĂ©s comme les gestionnaires de fortune doivent redĂ©finir leur stratĂ©gie pour profiter des atouts de la technologie, tout en veillant Ă  garantir la sĂ©curitĂ© et la rĂ©silience de leur modĂšle. «  Aujourd’hui, la question est de voir comment saisir au mieux les nouvelles opportunitĂ©s. Les assets digitaux permettent aux banques privĂ©es d’élargir leur offre, avec un time-to-market accĂ©lĂ©rĂ© et une gestion Ă  moindre coĂ»t. L’intĂ©rĂȘt de se diversifier sur ces actifs est bien rĂ©el. Toutefois, il faut aussi ĂȘtre bien conscient des risques encourus et des coĂ»ts associĂ©s, que l’on parle de data protection ou de cybersĂ©curitĂ©. Au regard de ces enjeux, Ă  l’avenir, chaque acteur va devoir rĂ©flĂ©chir Ă  son positionnement sur le marchĂ© et Ă  la plus-value qu’il peut apporter  », confie Anne-Sophie Minaldo.

La protection du consommateur Le troisiĂšme grand sujet Ă  l’agenda des banquiers privĂ©s est celui de la protection de l’investisseur. La Commission europĂ©enne a prĂ©sentĂ© l’an dernier son Retail Investors Protection Package. Son objectif

74 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024

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Dans son Regulatory Barometer, qui permet d’évaluer en permanence la pression rĂ©glementaire qui pĂšse sur les diffĂ©rents acteurs du secteur financier, KPMG Ă©value Ă  8,4/10 le niveau de pression relatif Ă  la finance durable au 1er semestre 2024.

est de donner aux investisseurs retail les moyens de prendre des dĂ©cisions d’investissement en adĂ©quation avec leurs besoins et leurs prĂ©fĂ©rences, tout en veillant Ă  ce qu’ils soient traitĂ©s Ă©quitablement et, surtout, dĂ»ment protĂ©gĂ©s. « En ce dĂ©but d’annĂ©e 2024, la pression rĂ©glementaire sur ce sujet Ă©tait Ă©valuĂ©e Ă  6,8 sur 10. À ce propos, il est important de noter que cet aspect de protection du consommateur s’imbrique Ă  tous les niveaux, que l’on parle de finance classique, durable ou digitale. Mais il est clair aussi que plus le banquier privĂ© va mettre en place des moyens de communication ou de gestion des actifs innovants, plus ces questions de protection de la donnĂ©e et de l’investisseur vont devenir centrales », partage Anne-Sophie Minaldo. À l’avenir, l’un des dĂ©fis sera de s’assurer qu’une instruction, donnĂ©e au travers d’une plateforme dĂ©matĂ©rialisĂ©e, reste sĂ»re, fiable, sous contrĂŽle. « L’arrivĂ©e des robo-advisors, et maintenant de l’IA gĂ©nĂ©rative, est suivie de prĂšs par le rĂ©gulateur. Son rĂŽle est de s’assurer que l’intĂ©rĂȘt commercial des acteurs de recourir Ă  de telles technologies ne se fasse pas au dĂ©triment de l’intĂ©rĂȘt ultime de l’investisseur. »

Pour terminer ce tour des grands sujets rĂ©glementaires qui occupent les banquiers privĂ©s luxembourgeois, impossible de ne pas s’arrĂȘter un instant sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Si tous les acteurs connaissent le sujet, la pression est aujourd’hui placĂ©e sur le know your transaction (KYT). « Il faut ĂȘtre bien conscient aujourd’hui qu’il est de la responsabilitĂ© du banquier privĂ© ou du wealth manager, en premiĂšre ligne, de suivre les transactions de ses clients. En la matiĂšre, il est demandĂ© Ă  la banque d’identifier la fraude avant que l’opĂ©ration ne soit approuvĂ©e par le systĂšme », partage Anne-Sophie Minaldo. Des rĂšgles de base ont Ă©tĂ© Ă©dictĂ©es. Par exemple, une transaction doit gĂ©nĂ©rer une alerte si elle dĂ©passe un montant donnĂ© ou si un nouveau pays apparaĂźt soudainement dans l’écosystĂšme du client. « Il est aussi important de souligner que, dans cette matiĂšre, le rĂ©gulateur pousse pour que les acteurs mettent en place des solutions technologiques de dĂ©tection de fraude, agissant de maniĂšre prĂ©ventive, en ayant notamment recours Ă  l’IA pour imaginer des

analyses de plus en plus fines des transactions », ajoute-t-elle. Les cybercriminels ont souvent un coup d’avance et sont Ă  l’affĂ»t de toutes les failles possibles. Ils utilisent l’intelligence artificielle pour tromper leurs victimes. En rĂ©ponse, il est devenu indispensable d’utiliser les mĂȘmes armes pour se dĂ©fendre.

Toutes ces rĂ©glementations ont beaucoup d’implications au niveau des organisations, en ayant un impact sur les opĂ©rations quotidiennes jusqu’à la gouvernance de l’entreprise, en passant par sa capacitĂ© de mettre en Ɠuvre la technologie. « Tous les sujets Ă©voquĂ©s ont un impact fort sur la stratĂ©gie des banques et des assets managers. Pour exister demain, il faut se plonger trĂšs sĂ©rieusement dans le sujet de la finance durable. De la mĂȘme maniĂšre, les acteurs vont devoir s’aventurer sur le terrain complexe des digital assets, sans quoi leurs clients iront chercher cette offre ailleurs. En Europe, d’oĂč provient encore 80 % de la clientĂšle de banque privĂ©e au Luxembourg, le principal concurrent reste la Suisse. Pour une clientĂšle Ă  l’empreinte internationale, l’Asie est historiquement connue pour son appĂ©tence au risque plus Ă©levĂ©e, avec des rĂšgles de gouvernance moins exigeantes sur des produits plus risquĂ©s. Il revient donc au Luxembourg, et Ă  l’Europe en gĂ©nĂ©ral, Ă  se positionner pour prĂ©server sa compĂ©titivitĂ© Ă  l’échelle mondiale. » Une Europe qui veut, d’une part, accĂ©lĂ©rer les mouvements financiers, dynamiser le marchĂ© et placer l’investissement au service de l’économie rĂ©elle et qui, d’autre part, met une pression rĂ©glementaire de plus en plus forte sur les acteurs financiers, qui doivent mener leur barque entre ces deux courants contraires.

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Le classement des décideurs économiques les plus influents au Luxembourg

Tous les deux ans, Maison Moderne produit le « Paperjam Top 100 – le classement des dĂ©cideurs Ă©conomiques les plus influents au Luxembourg ». Ce classement est le fruit du travail d’un jury diversifiĂ© et indĂ©pendant, il est dĂ©voilĂ© en exclusivitĂ© durant une soirĂ©e de gala au cours de laquelle le jury prĂ©sente sur scĂšne les dix premiers classĂ©s.

Cette 10Ăšme Ă©dition de la cĂ©rĂ©monie du Paperjam Top 100 est organisĂ©e dans le cadre d’un dĂźner assis.

Mardi 10 décembre 2024

17:00-22:30

Rockhal Esch-Belval
General Partners

Comment la crypto transforme-t-elle la banque privĂ©e ?

La banque privĂ©e opĂšre sa transformation numĂ©rique. En la matiĂšre, la technologie blockchain et les actifs numĂ©riques ouvrent de nouvelles perspectives, contribuant Ă  la fois Ă  amĂ©liorer l’efficacitĂ© opĂ©rationnelle des acteurs et Ă  l’élargir l’univers d’investissement.

TOBIAS

Le dĂ©veloppement et l’intĂ©gration de la technologie crypto au niveau de la banque privĂ©e s’opĂšrent de deux maniĂšres distinctes. Tout d’abord, au niveau de la tokenisation des actifs, il y a lieu de mettre en place des solutions qui contribuent Ă  amĂ©liorer l’expĂ©rience des utilisateurs. Ces solutions, en particulier, doivent se conformer aux cadres rĂ©glementaires et mĂȘme faciliter et amĂ©liorer la gestion de ces enjeux de conformitĂ©. Cela se traduit dans le recours Ă  des systĂšmes Ă  la fois conviviaux et strictement conformes aux normes lĂ©gales. Également, les banques privĂ©es doivent Ă©voluer pour incorporer le bitcoin ainsi que des dĂ©rivĂ©s de bitcoin dans les portefeuilles d’investissement de leurs clients. La demande pour ces actifs particuliers augmentera avec la nouvelle gĂ©nĂ©ration de clients high net-worth individuals.

OLIVIER PORTENSEIGNE

CEO

FundsDLT

La blockchain, et plus particuliĂšrement la technologie DLT, renforce les activitĂ©s de banque privĂ©e et de banque de dĂ©tail en amĂ©liorant considĂ©rablement la collaboration entre les banques et les gestionnaires de patrimoine, grĂące Ă  un partage sĂ©curisĂ© et transparent des donnĂ©es. Cela favorise une expĂ©rience bancaire et des offres de produits plus personnalisĂ©es, basĂ©es sur la connaissance des besoins et des comportements des clients. À l’avenir, la blockchain pourrait dĂ©mocratiser l’accĂšs aux actifs privĂ©s, Ă©largissant ainsi la base de clients. En outre, la blockchain rationalise les opĂ©rations de back-office, rĂ©duisant les coĂ»ts et renforçant l’efficacitĂ©. Globalement, elle permet d’optimiser de nombreux aspects opĂ©rationnels de la banque grĂące aux caractĂ©ristiques de sĂ©curitĂ©, de transparence et d’efficacitĂ© qui lui sont inhĂ©rentes.

CEO

Tokeny

La technologie crypto est en train de rĂ©volutionner la banque privĂ©e. Les actifs numĂ©riques, tels que le Bitcoin, peuvent offrir une diversification de portefeuille. Mais surtout, la blockchain, la technologie sous-jacente, assure des transactions sĂ©curisĂ©es, rapides et transparentes. Elle permet d’agrĂ©ger progressivement un catalogue d’actifs tokenisĂ©s en tous genres sur un mĂȘme rĂ©seau. Cette digitalisation permet une liquiditĂ© accrue et une accessibilitĂ© amĂ©liorĂ©e pour les investisseurs. Les clients peuvent plus directement acheter, vendre et gĂ©rer ces actifs numĂ©riques via une infrastructure interopĂ©rable. Les smart contracts permettent aussi d’automatiser les processus. Toutefois, il est important de noter que cette Ă©volution nĂ©cessite une gestion des risques diffĂ©rente et une certaine comprĂ©hension de la rĂ©glementation des diffĂ©rents types d’actifs numĂ©riques.

Forecast
Photos Matic Zorman (archives), Romain Gamba (archives) et Guy Wolff (archives) LUC FALEMPIN
78 PRIVATE BANKING / WEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Propos recueillis par SÉBASTIEN LAMBOTTE

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