«âActiver les leviers de crĂ©ation de valeur pour demainâ»
ANNE-LISE GRANDJEAN ET CLAUDE MEDERNACH (BANQUE DE LUXEMBOURG)
«âDes enjeux de succession de plus en plus complexesâ»
FRĂDĂRIC VONNER ET OLIVIER CARRĂ (PWC LUXEMBOURG)
«âConsidĂ©rer lâinvestissement sous lâangle ESG a des avantagesâ»
ISABELLE WATY (INDOSUEZ WM)
«âLa technologie doit permettre dâintensifier la relation clientâ»
MAI 2024
YVES STEIN ET ELISEO GRAZIANI (EDMOND DE ROTHSCHILD EUROPE)
Private bankingâ&âWealth management
Empowering family oïŹces globally
Whether you are an established single-family oïŹce, a multi-family oïŹce, or an executive looking to establish or expand a âvirtualâ family oïŹce, our multi-specialist experts will enable you to preserve and unlock the true potential of private capital investment management across multiple generations.
Our expertise
www.maisonmoderne.com
TĂ©lĂ©phoneâ: 20 70 70 E-mailâ: publishing@maisonmoderne.com
Courrierâ: BP 728, L-2017 Luxembourg
Bureauxâ: 10, rue des Gaulois, Luxembourg-Bonnevoie 10, avenue de la LibertĂ©, Luxembourg-Gare
fondateur et ceo
Mike Koedinger coo
Etienne Velasti
Rédaction
TĂ©lĂ©phoneâ: (+352) 20 70 70
Faxâ: (+352) 29 66 19
E-mailâ: press@paperjam.lu
Courrierâ: BP 728, L-2017 Luxembourg
directeur de la publication
Mike Koedinger rédacteur en chef
Thierry Labro secrétaire de rédaction
Jennifer Graglia free- lances
Sébastien Lambotte, Christophe Nadin, Michaël Peiffer photographes
Marie Russillo, Guy Wolff
correction
Maison Moderne, Nathalie Rachline
Brand Studio
TĂ©lĂ©phoneâ: (+352) 20 70 70-300
Faxâ: (+352) 29 66 20 brandstudio@maisonmoderne.com
directeur business development
Pierre-Alexis Quirin head of markets & business
Florence Christmann assistante commerciale
Céline Bayle directeur de la création
Jeremy Leslie directrice content agency
Stéphanie Schleich studio manager
Sandrine Papadopoulos mise en page
Juliette Noblot
Greenstressing
Greenwashing. Greenhushing. Green backtracking⊠à chaque difficultĂ© dâune entreprise Ă se mettre en conformitĂ© avec les nouvelles rĂšglementations ESG naĂźt un nouveau mot pour dĂ©crire son comportement. Non seulement ce nâest pas simple, mais la pression est de plus en plus forte du cĂŽtĂ© des citoyens, qui se mobilisent plus facilement contre les «âbullshiteurs de la green attitudeâ» quâil y a dix ans. De NestlĂ© et Nespresso Ă Coca Cola et Pespi Cola, en passant par la plupart des compagnies aĂ©riennes (mais pas Luxair), les gĂ©ants pĂ©troliers, certains gĂ©ants de la tech ou des constructeurs automobiles, les recours en justice se multiplient. Les acteurs du marchĂ© ont pourtant dĂ©jĂ la responsabilitĂ© de formuler des allĂ©gations fondĂ©es et de communiquer des informations sur la durabilitĂ© de maniĂšre Ă©quilibrĂ©e, rappelait dĂ©jĂ lâAutoritĂ© europĂ©enne des marchĂ©s financiers (Esma), il y a un an, dans son rapport prĂ©liminaire. Sur 70.000 entreprises interrogĂ©es Ă ce sujet par le cabinet suisse South Pole lâan dernier, seules 8.000 avaient pris des engagements de type «ânet zĂ©roâ» ou liĂ©s Ă lâaction climatique. Et Ă peine un tiers de celles-ci Ă©tayaient leurs dĂ©marches par des faits scientifiquement Ă©tablis⊠LâEsma avait aussi recommandĂ© une plus grande transparence sur les mĂ©thodologies de donnĂ©es ESG, des clarifications sur lâutilisation et le calcul des estimations, la vĂ©rification et lâaudit, la mise en place dâun systĂšme de labellisation fiable et bien conçu pour les produits financiers⊠Autant dire que le marchĂ© attend avec impatience (fĂ©brilitĂ©â?) la version finale de ce mĂȘme rapport, dont la sortie est programmĂ©e dâici quelques jours, et qui mettra indirectement la pression Ă la fois sur les rĂ©gulateurs et sur les lĂ©gislateursâ: le texte devrait dĂ©jĂ demander certains amĂ©nagements pour remĂ©dier Ă ce qui ne fonctionne pas assez bien. Premiers de cordĂ©e, des assureurs craignent dĂ©jĂ de ne plus avoir suffisamment de produits financiers dans lesquels investir. Grenstressed.
Please recycle. Vous avez fini de lire ce magazineâ?
Archivez-le, transmettez-le ou bien faites-le recyclerâ!
Rédacteur en chef THIERRY LABRO
Tous droits rĂ©servĂ©s. Toute reproduction, ou traduction, intĂ©grale ou partielle, est strictement interdite sans lâautorisation Ă©crite dĂ©livrĂ©e au prĂ©alable par lâĂ©diteur. © MM Publishing and Media SA. (Luxembourg) Maison Moderneââą is used under licence by MM Publishing and Media SA. â ISSN 2354-4619
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 3 Ădito #ESG
THINK EFFICIENCY olympicbankingsystem.com
08 FACE Ă FACE
Banquier privĂ© et wealth managementâ: quelles diffĂ©rencesâ?
10 YVES STEIN ET ELISEO GRAZIANI
«âActiver les leviers de crĂ©ation de valeur pour demainâ»
22 EXPĂRIENCE
Se préparer à une nouvelle Úre
28 Ă SUIVRE
SâintĂ©resser aux tendances de fond
30 STRATĂGIE
Segmenterâ: le pari gagnant
32 LONG TERME
Une mĂȘme ligne quelle que soit la taille du client
34 ISABELLE WATY
«âLa technologie doit permettre dâintensifier la relation clientâ»
44 TECHNOLOGIE
Hyperautomatisation, lâimpossible graal
46 SOLUTIONS PERSONNALISĂES
La Spuerkeess sâest transformĂ©e
48 PRĂVISIONS
Se réinventer dans un monde incertain
54 OLIVIER CARRĂ ET FRĂDĂRIC VONNER
«âConsidĂ©rer lâinvestissement sous lâangle ESG a des avantagesâ»
60 AVANTAGES
Les atouts de la banque privée luxembourgeoise
62 ANNE-LISE VANDEVOIR
«âLes mesures visent lâintĂ©rĂȘt du clientâ»
64 CLAUDE MEDERNACH ET ANNE-LISE GRANDJEAN
«âDes enjeux de succession de plus en plus complexesâ»
34
70 START-UP
Colbr veut démocratiser la banque privée
72 AGENDA
RĂ©glementationâ: un baromĂštre sous haute pression
78 FORECAST
Comment la crypto transforme-t-elle la banque privĂ©eâ?
Photos Guy Wolff
Marie
et
Russillo
Sommaire Private banking & Wealth management mai 2024
Isabelle Waty, en charge de lâinnovation chez Indosuez Wealth Management.
10
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 5
Yves Stein et Eliseo Graziani (Edmond de Rothschild), entre clientĂšle sophistiquĂ©e et diversitĂ© dâattentes.
SUR LES MATIĂRES PREMIĂRES
swissquote.lu/ETFS ETF OUI
De l'or au blé, achetez les ETF de WisdomTree gratuitement avec Swissquote.
Offre sous conditions. Les investissements comportent divers degrés de risque.
Swissquote Bank Europe SA - RCS B78729. Banque supervisée au Luxembourg par la CSSF.
Découvrir
Banquier privĂ© et wealth managementâ: quelles diffĂ©rencesâ?
Les concepts de banque privée et de wealth management sont intimement liés. Si la plupart des banques privées offrent des services de gestion de fortune, tous les wealth managers ne sont pas forcément des banques.
Auteur SĂBASTIEN LAMBOTTE
Banque privée
Une banque avant tout
Les concepts de banque privĂ©e et de wealth management sont proches lâun de lâautre. La principale distinction sâopĂšre au niveau du statut de lâinstitution. La banque privĂ©e, en effet, est avant tout une banque. Ă ce titre, elle accueille et sĂ©curise les dĂ©pĂŽts de clients fortunĂ©s et peut accorder Ă ces derniers des solutions de financement (crĂ©dits). La banque privĂ©e dispose donc dâune licence bancaire et, Ă ce titre, est supervisĂ©e en tant que telle. Ă cĂŽtĂ© de cela, elle offre un ensemble de services, dont certains ont trait Ă lâorganisation ou Ă la planification patrimoniale.
Au service dâune clientĂšle fortunĂ©e
Câest au niveau de la segmentation de la clientĂšle que sâopĂšre le plus souvent la distinction entre une banque de dĂ©tail et une banque privĂ©e. Cette derniĂšre sâadresse Ă une clientĂšle fortunĂ©e, Ă des personnes susceptibles de lui confier plusieurs centaines de milliers dâeuros, voire des millions dâeuros, avec pour mission de prĂ©server ce patrimoine et, le cas Ă©chĂ©ant, de le faire fructifier. Les seuils dâaccĂšs Ă la banque privĂ©e varient cependant dâune institution Ă lâautre.
Des services personnalisés
Pour servir une clientĂšle fortunĂ©e, la banque privĂ©e propose des services plus personnalisĂ©s quâune banque commerciale. Les montants confiĂ©s et gĂ©rĂ©s impliquent une autre gestion des risques et des placements. Le banquier privĂ©, pour convaincre son client, doit Ă©tablir une relation de confiance, lui permettant de comprendre ses attentes et besoins spĂ©cifiques et de mettre en Ćuvre des solutions ou stratĂ©gies dâinvestissement dĂ©diĂ©es.
Gestion de fortune
Allouer les actifs
Ă lâinverse, il est possible dâoffrir des services de gestion de fortune sans nĂ©cessairement disposer dâune licence bancaire. De plus en plus dâacteurs se positionnent en gestionnaires de fortune indĂ©pendants dâune banque. Le rĂŽle du wealth manager est de veiller Ă la bonne allocation des avoirs du client Ă travers une large gamme dâactifs (dont du private equity), en tenant compte de ses ambitions, de son appĂ©tit au risque, de ses prĂ©fĂ©rences en matiĂšre dâinvestissement durable, etc.
Mobiliser les bons outils
Les clients fortunĂ©s, servis au dĂ©part du Luxembourg, ont souvent une dimension internationale. Pour les servir, les acteurs de la gestion de fortune vont donc mobiliser un ensemble dâoutils et de solutions permettant de consolider et de sĂ©curiser lâensemble des avoirs du client, quâil sâagisse dâune entreprise, de titres, de biens immobiliers ou encore dâobjets dâart. Ils vont aussi mobiliser les expertises requises autour du client pour lâaccompagner en fonction de ses besoins.
Planification
Ă partir dâune comprĂ©hension globale du patrimoine de la personne ou de la famille quâil sert, le gestionnaire de fortune va veiller Ă planifier la gestion du patrimoine dans le temps. Il sâagit de satisfaire aux besoins du dĂ©tenteur des avoirs, de lui garantir la plus grande sĂ©rĂ©nitĂ©, mais aussi de considĂ©rer les enjeux de transmission patrimoniale vers la gĂ©nĂ©ration suivante en tenant compte des aspects fiscaux et lĂ©gaux.
Face Ă face
8 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
VOUS ACCOMPAGNER CâEST PRENDRE LE TEMPS DE VOUS ĂCOUTER, VRAIMENT.
Tout commence par la promesse dâun conseiller unique, Ă votre Ă©coute pendant de nombreuses annĂ©es. Penser et agir Ă long terme, câest notre vision dâun accompagnement pĂ©renne et de qualitĂ©.
Notre attention est la meilleure alliée de la gestion de votre patrimoine, depuis plus de 100 ans.
Contactez-nous au 48 14 14 ou via banquedeluxembourg.com/attentifs
ATTENTIFS, DEPUIS TOUJOURS ET POUR LONGTEMPS.
Banque de Luxembourg, sociĂ©tĂ© anonyme â14, boulevard Royal âL-2449 Luxembourg âR.C.S. B5310
Conversation Yves Stein et Eliseo Graziani
«âActiver les leviers de crĂ©ation de valeur pour demainâ»
Le mĂ©tier de banquier privĂ© se transforme, prenant en considĂ©ration une plus large diversitĂ© dâattentes exprimĂ©es par une clientĂšle sophistiquĂ©e. Yves Stein, CEO de Edmond de Rothschild Europe, et Eliseo Graziani, head of private banking de lâinstitution, Ă©voquent ces Ă©volutions et comment aborder les ces changements.
Portrait GUY WOLFF Interview SĂBASTIEN LAMBOTTE
10 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Yves Stein Ă gauche et Eliseo Graziani Ă droite.
Comment a Ă©voluĂ© lâactivitĂ© de la banque privĂ©e au Luxembourg ces derniers moisâ?
YVES STEIN (Y.S.) 2023 a Ă©tĂ© une trĂšs bonne annĂ©e pour la banque privĂ©e. On a en effet vu Ă©voluer positivement les deux principales classes dâactifs qui nous intĂ©ressent, Ă savoir les actions et les obligations, qui ont trĂšs bien performĂ©. La situation contraste avec lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente. 2022, en effet, a Ă©tĂ© une annĂ©e difficile, comme on nâen a jamais connu depuis 150 ans. MĂȘme les clients qui ont adoptĂ© une approche prudente ont Ă©tĂ© nĂ©gativement impactĂ©s par la conjoncture en raison de la crise du marchĂ© obligataire.
Le retour des taux dâintĂ©rĂȘt en territoire positif offre Ă©videmment des perspectives plus intĂ©ressantes, tant pour le client que pour la banqueâŠ
Y.S. Nous partons de lâhypothĂšse que les taux dâintĂ©rĂȘt, Ă leur niveau actuel, correspondent Ă un contexte Ă©conomique normal. La place luxembourgeoise, vers laquelle on se tourne dans une optique de protection et de prĂ©servation du patrimoine financier, ainsi que de gestion de la liquiditĂ©, profite donc Ă©videmment de ce retour Ă la normalitĂ©.
Luxembourg est aussi une plateforme Ă partir de laquelle bon nombre dâacteurs de la banque privĂ©e opĂšrent leur rĂ©seau europĂ©en et gĂšrent une clientĂšle internationale.
Câest le cas dâEdmond de Rothschild, Ă lâinstar de plusieurs autres institutions. Or, on constate que les marchĂ©s domestiques en Europe ont aussi trĂšs bien Ă©voluĂ© au fil des mois passĂ©s. Luxembourg, au regard de son positionnement, profite donc de cette croissance.
On a plutĂŽt tendance Ă dire que le Luxembourg sert une clientĂšle trĂšs internationale. Comment la croissance au niveau des entitĂ©s actives sur les marchĂ©s domestiques soutient-elle lâactivitĂ© de la banque privĂ©e au Luxembourgâ?
Y.S. Aujourdâhui, pour fonctionner, la banque doit sâorganiser pour grandir effi-
«âNous couvrons toute la pyramide des besoins, depuis des solutions toutes prĂȘtes jusquâau vrai sur-mesure. »
Eliseo Graziani
cacement en veillant Ă rĂ©pondre Ă une rĂ©glementation complexe et croissante. Pour rĂ©pondre Ă ces dĂ©fis, nous devons nous appuyer sur la technologie. Cela passe notamment par la mise en place de plateformes numĂ©riques au niveau de la maison mĂšre qui permettent de soutenir le dĂ©veloppement des succursales. Le Luxembourg profite de ces dĂ©veloppements dans la mesure oĂč ce sont nos Ă©quipes qui font fonctionner ces plateformes en nous donnant lâavantage de mieux accompagner nos clients sur les diffĂ©rents marchĂ©s.
ELISEO GRAZIANI (E.G.) La banque privĂ©e implique de rester proche des clients, de leur culture. Le numĂ©rique, dans cette optique, doit nous aider Ă le faire pour mieux les connaĂźtre et mieux les servir. Au-delĂ , Luxembourg continue de capitaliser sur sa dimension internationale, son ouverture sur lâEurope, pour accompagner cette clientĂšle dont lâempreinte patrimoniale dĂ©passe le cadre dâun marchĂ© domestique en particulier. Nous sommes un pays multilingue. Plus de 50â% de la population rĂ©sidant au Luxembourg nây est pas nĂ©e. Cet environnement correspond bien Ă la rĂ©alitĂ© de notre clientĂšle. Plus que jamais, nous avons besoin de collaborateurs internationaux, provenant de divers pays, pour pouvoir fournir une expĂ©rience client respectueuse de la culture de chacun.
Au-delĂ de cette conjoncture favorable, quels sont les grands enjeux auxquels est confrontĂ©e la banque privĂ©e au Luxembourgâ?
Y.S.
Ă notre Ă©chelle, nous distinguons trois prioritĂ©s principales qui, sensiblement, doivent ĂȘtre partagĂ©es par les autres acteurs de la banque privĂ©e au Luxembourg. La premiĂšre se situe au niveau de lâattraction des talents. La banque privĂ©e reste un mĂ©tier de personnes, dâhommes et de femmes. In fine, nous ne pouvons offrir Ă nos clients que ce que nos collaborateurs, en travaillant en Ă©quipe, sont en mesure dâapporter. Des questions majeures se posent aujourdâhui. Comment la Place peut-elle prĂ©server et mĂȘme renforcer son attractivitĂ©â? Comment
12 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Yves Stein et Eliseo Graziani
parvenir Ă faire venir des gens trĂšs expĂ©rimentĂ©s tout en veillant Ă faire Ă©merger et accompagner les jeunes talentsâ? Il est aussi important de parvenir Ă mobiliser lâexpertise technologique, pour faire Ă©voluer nos environnements, amĂ©liorer lâexpĂ©rience proposĂ©e aux clients et soutenir nos opĂ©rations dans un environnement de plus en plus complexe.
Au-delĂ du dĂ©fi que reprĂ©sente lâattraction des talents, quelles sont les deux autres prioritĂ©s que vous avez identifiĂ©esâ?
Y.S. La deuxiĂšme a justement trait Ă la nĂ©cessitĂ© de mettre la technologie au service du dĂ©veloppement du mĂ©tier. Dâune part, la transformation digitale doit contribuer Ă amĂ©liorer les services proposĂ©s, soutenir nos collaborateurs dans leurs missions. Dâautre part, elle contribue aussi Ă garantir la conformitĂ© de nos opĂ©rations vis-Ă -vis des exigences toujours plus nombreuses des rĂ©gulateurs. Un des dĂ©fis est de mettre en Ćuvre des systĂšmes qui intĂšgrent ces rĂšgles, qui fluidifient la gestion des enjeux de conformitĂ© et qui contribuent Ă rĂ©duire les coĂ»ts inhĂ©rents Ă la rĂ©glementation.
La troisiĂšme prioritĂ©, enfin, rĂ©side dans la diffĂ©renciation sur le marchĂ©. Chaque banque, Ă lâĂ©chelle du marchĂ©, doit pouvoir dĂ©finir une proposition de valeur qui lui est spĂ©cifique. La place financiĂšre, la banque privĂ©e luxembourgeoise, gagne en attrait par la diversitĂ© des institutions qui y sont prĂ©sentes. Chacune dâelles se distingue par sa nature, son authenticitĂ©, son offre. Nous ne proposons pas tous le mĂȘme service.
En lâoccurrence, sur quels aspects lâactivitĂ© «âbanque privĂ©eâ» dâEdmond de Rothschild (Europe) cherche-t-elle Ă se distinguerâ?
Y.S. Nous, nous nous dĂ©finissons comme une maison de convictions fondĂ©e sur le principe de donner du sens Ă la richesse, qui doit servir Ă construire le monde de demain en anticipant les besoins de lâĂ©conomie rĂ©elle et les prĂ©occupations de tous nos clients et des gĂ©nĂ©rations futures.
Câest-Ă -direâ?
Y.S. Nous sommes une banque privée familiale. Or, la famille se définit toujours
comme Ă©tant un projet vers la prochaine gĂ©nĂ©ration. Câest une idĂ©e profonde que nous partageons avec nos clients. En tant que maison dâinvestissement de conviction, nous voulons couvrir les classes dâactifs qui intĂ©ressent les autres familles aussi. Aujourdâhui, nous avons une offre qui couvre toute la gamme classique des actifs que lâon dit liquides. Mais on sâintĂ©resse aussi aux actifs illiquides, principalement des actifs rĂ©els. Le groupe Edmond de Rothschild sâest vu confier 163 milliards dâactifs sous gestion en tant que groupe, parmi lesquels 21 milliards ont trait Ă des expertises dans des actifs rĂ©els. Câest principalement Ă travers la gestion de ces derniers que sâexprime lâengagement de conviction portĂ© par la banque.
Quelles sont ces convictionsâ?
Comment cela se traduit-il dans les faitsâ?
Y.S. Dans ces actifs rĂ©els, vous avez Ă©videmment du private equity, des acteurs Ă©conomiques Ă travers lesquels nous portons les convictions fortes de notre famille actionnaire. La dĂ©marche cherche Ă rĂ©pondre Ă la question «âcomment bien investir pour demainâ?â». Par exemple, les derniĂšres prises de participation tournaient autour du thĂšme de la âfoodtechâ. Je crois que nous savons que pour nourrir durablement la planĂšte, il y aura un certain nombre dâinitiatives qui devront ĂȘtre prises. Un autre thĂšme important Ă nos yeux rĂ©side dans le dĂ©veloppement du capital humain, qui nâest peut-ĂȘtre pas toujours valorisĂ© Ă son bon niveau dans le bilan des entreprises. Et donc nous essayons de donner vie Ă des expertises qui permettent dâinvestir dans ces thĂ©matiques qui sont trĂšs importantes aux yeux de notre famille actionnaire, mais aussi trĂšs souvent pour nos clients.
E.G. Ă cĂŽtĂ© du private equity, dans les actifs rĂ©els, vous avez Ă©videmment toutes les expertises immobiliĂšres, au travers desquelles nous portons des convictions comme le dĂ©veloppement et la modernisation des infrastructures, la dĂ©pollution des sols ou la transition Ă©nergĂ©tique et lâĂ©conomie circulaire. En permanence, nous cherchons Ă aider nos clients Ă donner du sens Ă leurs investissements avec une vision Ă long terme pour bĂątir lâavenir.
LA DATA AU SERVICE DE LA CRĂATION DE VALEUR
Le futur est dans la donnĂ©e. Lâun des enjeux, pour la banque privĂ©e, est dâarriver Ă gĂ©nĂ©rer davantage de valeur au dĂ©part des donnĂ©es dont elle dispose. «âNotre principal actif, câest notre capital humain. Notre deuxiĂšme actif, câest notre data, câest-Ă -dire notre connaissance client, explique Eliseo Graziani. Une banque se construit Ă la fois sur la compĂ©tence relationnelle avec ses clients et sur la compĂ©tence dâapprĂ©ciation dâun risque. Aujourdâhui, tout cela se cristallise dans la gestion de la donnĂ©e. DĂšs lors, il est essentiel de disposerâŠde plateformes informatiques efficientes, qui contribuent Ă lâamĂ©lioration de la comprĂ©hension de la situation et des attentes du client, Ă mieux apprĂ©hender le risque et Ă pouvoir digitaliser et personnaliser lâoffre.â»
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 13
De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, comment voyezvous Ă©voluer les attentes de la clientĂšle vis-Ă -vis de sa banque privĂ©eâ?
Y.S. Aujourdâhui, la clientĂšle que nous servons souhaite que son banquier privĂ© puisse lâaccompagner sur lâensemble de son parcours patrimonial avec des solutions sur mesure. Nous ne sommes pas des vendeurs de produits, mais des experts qui doivent ĂȘtre capables dâaccompagner, de supporter, dâaider, dâassister le client et sa famille vis-Ă -vis des divers enjeux patrimoniaux, Ă chaque Ă©tape de leur vie et, le cas Ă©chĂ©ant, sur plusieurs gĂ©nĂ©rations. Si nous considĂ©rons un client, nous cherchons Ă le soutenir selon des perspectives qui sâĂ©talent en rĂšgle gĂ©nĂ©rale sur au moins deux gĂ©nĂ©rations, sinon trois.
E.G. Les clients qui viennent Ă Luxembourg ont des besoins de plus en plus sophistiquĂ©s, en lien avec leur situation patrimoniale qui a tendance Ă se complexifier. Lâun des aspects qui nous diffĂ©rencie, Ă ce titre, rĂ©side dans lâalignement des intĂ©rĂȘts entre notre actionnaire, extrĂȘmement engagĂ©, et les clients. Câest presque unique de voir un actionnaire bancaire qui investit Ă cĂŽtĂ© du client dans des stratĂ©gies spĂ©cifiques mises en place ou dans les initiatives prises.
Nous dĂ©veloppons une vision Ă long terme avec une approche holistique des besoins de chacun. La capacitĂ© dont nous disposons, au dĂ©part dâun «âuniversâ» dâinvestissement unique, nous permet de les accompagner dans un parcours global.
Dans quelle mesure cet engagement sociĂ©tal devient-il dĂ©terminant pour le clientâ?
Y.S. On constate un changement important au niveau de la clientĂšle, qui sâexprime plus fortement dâailleurs au sein de la nouvelle gĂ©nĂ©ration. Sâil est question dâinvestissements, ce nâest plus uniquement une question de rendement. La dimension purpose , ce Ă quoi contribue lâinvestissement, compte de plus en plus. Suite Ă lâĂ©volution de MiFID, nous sommes en train de vraiment cerner nos clients par rapport Ă leurs besoins, Ă leurs demandes en matiĂšre de durabilitĂ©. On ne peut pas prĂ©tendre que lâensemble de notre clientĂšle souhaite investir avec une
thématique forte en matiÚre de durabilité. Cependant, on constate une tendance importante en la matiÚre. Nos clients sont de plus en plus sensibles à la maniÚre dont est investi leur argent, à ce que leur démarche puisse contribuer à des enjeux sociétaux majeurs, et notamment à la lutte contre le dérÚglement climatique.
Comment lâoffre doit-elle Ă©voluer pour rĂ©pondre Ă ces nouvelles attentesâ?
Y.S. MiFID exige que nous ayons une discussion avec nos clients sur leurs attentes en matiĂšre de durabilitĂ©, pour identifier dans quelle mesure cela est important Ă leurs yeux et pour dĂ©finir ensuite les dimensions de lâESG qui compte pour eux. Au-delĂ de cet Ă©change, lâenjeu est de pouvoir dĂ©ployer une offre qui rĂ©pond Ă ces nouvelles attentes exprimĂ©es. Le dĂ©fi, Ă lâavenir, sera de parvenir Ă rĂ©pondre Ă cette clientĂšle de plus en plus sensible aux impacts de ses investissements, au-delĂ du rendement quâils peuvent leur apporter.
E.G. Le challenge, aujourdâhui, est dâintĂ©grer lâensemble de ces critĂšres au cĆur mĂȘme de lâoffre. LâESG ne relĂšve plus dâune classe dâactifs Ă part. Ces Ă©volutions exigent de nos Ă©quipes, face Ă une clientĂšle particuliĂšrement exigeante, de dĂ©velopper des expertises pointues autour de ces thĂ©matiques majeures. Cela vient renforcer la sophistication de nos clients. En tant que banque privĂ©e, lâambition est de pouvoir accompagner chacun dâeux, Ă travers une offre Ă©tendue, proposant toutes les classes dâactifs, liquides ou illi quides, contribuant aux diverses dimensions du dĂ©veloppement, jusquâĂ les accompagner dans la mise en place de fondations philanthropiques. Nous devons pouvoir proposer des solutions sur mesure, des approches qui ne sont pas standardisĂ©es ou que lâon peut directement souscrire auprĂšs dâautres acteurs.
Entre le souhait de faire fructifier son patrimoine, de le prĂ©server, et le dĂ©sir croissant de chacun de contribuer Ă une des dimensions de durabilitĂ©, comment parvient-on, en tant que banque, Ă mettre en Ćuvre des approches personnalisĂ©es pour chaque clientâ?
ATTIRER DE BEAUCOUP PLUS LOIN
LâannĂ©e derniĂšre, Edmond de Rothschild Europe est parvenu Ă renforcer son Ă©quipe commerciale de 30â%. Pour attirer, lâinstitution peut compter sur une marque employeur attrayante et sur les liens quâelle a dĂ©veloppĂ©s avec les universitĂ©s pour accueillir des jeunes et les former. Cependant, les enjeux dâattractivitĂ© des talents demeurent une prĂ©occupation majeure pour la Place. «âHistoriquement, câest dans la Grande RĂ©gion que lâon allait chercher les talents. Si vous suivez ce quâon pourrait appeler le narratif de la place financiĂšre, vous allez voir quâil a changĂ©. Aujourdâhui, on cherche Ă ĂȘtre beaucoup plus prĂ©sent, beaucoup plus visible, beaucoup plus loin, explique Yves Stein. Ă travers une structure comme lâUniversitĂ©, via des offres de formations pointues, on cherche Ă amener au Luxembourg des jeunes venant de trĂšs loin. Ă Luxembourg, nous avons dĂ©sormais des masters, en wealth management par exemple, qui sont destinĂ©s Ă former aux besoins de la Place et dont nous sommes trĂšs proches.â»
14 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Yves
Stein et Eliseo Graziani
Y.S.
Câest un dĂ©fi en soi. Il faut lâenvisager sous diffĂ©rentes dimensions. Pour dĂ©finir une offre, nous en considĂ©rons troisâ: le produit, le service qui lui est associĂ©, lâexpĂ©rience vĂ©cue par le client au sein de notre Ă©cosystĂšme. Pour chaque solution financiĂšre proposĂ©e, nous mettons Ă la disposition du client un ensemble de services, notamment pour nous assurer quâil comprend et quâil peut suivre les performances associĂ©es au produit, quâelles soient financiĂšres ou extrafinanciĂšres, au travers du reporting par exemple. LâexpĂ©rience que nous souhaitons proposer au client, cependant, sâĂ©tend bien au-delĂ . La volontĂ© est de permettre une ouverture, au-delĂ du produit, Ă un Ă©cosystĂšme bien plus Ă©tendu, de lâinviter Ă prendre part Ă nos activitĂ©s diverses, de sâengager avec nous au sein de la relation que nous entretenons. Cela sâexprime de diverses maniĂšres pour lâensemble des segments de la clientĂšle. Câest en cela que la relation est personnalisĂ©e. Si nous ne pouvons proposer du rĂ©el sur-mesure quâĂ partir dâun certain montant, nous souhaitons que chaque client trouve au sein de notre banque des solutions qui rĂ©pondent aux demandes fondamentales et quâil vive une expĂ©rience authentique auprĂšs de notre banque.
E.G. Nous couvrons toute la pyramide des besoins, depuis des solutions toutes prĂȘtes jusquâau vrai sur-mesure, en ce compris, Ă©videmment, les attentes des clients institutionnels, qui viennent nous voir avec des business cases trĂšs dĂ©taillĂ©s comme la signature, cette annĂ©e, du partenariat avec la Bank for Investment and Development of Vietnam, la plus grande banque du pays. En fonction du client, nous pouvons mobiliser les diverses expertises autour des diffĂ©rentes gĂ©ographies, et cela avec une grande agilitĂ© qui nous diffĂ©rencie aussi de certains acteurs. Cette caractĂ©ristique est liĂ©e Ă lâactionna riat, privĂ© et familial, de la banque. Lors que le besoin sâen fait sentir, quâun projet cadre avec lâambition de la famille, nous pouvons mettre en Ćuvre des rĂ©ponses adaptĂ©es trĂšs rapidement.
Quâest-ce qui soutient aujourdâhui le dĂ©veloppement de la banque privĂ©e au Luxembourgâ? Sur ce mĂ©tier, la Place gagne-t-elle en attractivitĂ©â?
ĂVOLUTION DE LA RĂPARTITION DES TRANCHES DE PATRIMOINE DES CLIENTS, EN % DU TOTAL
ACTIFS SOUS GESTION
Y.S. LâactivitĂ©, dans un marchĂ© global en croissance, Ă©volue au grĂ© des cycles, sui vant les performances des marchĂ©s financiers. Lâavantage du Luxembourg, par rapport aux acteurs se concentrant sur leur marchĂ© domestique, rĂ©side dans son expertise internationale, dans sa capacitĂ© Ă servir plusieurs marchĂ©s, Ă dĂ©velopper des politiques commerciales Ă large Ă©chelle. Si lâactivitĂ© prospĂšre, câest avant tout parce que le marchĂ© croĂźt. Le dĂ©ve loppement, cependant, se situe sans nul doute dans la fourchette haute des places actives sur la banque privĂ©e.
E.G. Luxembourg peut tout de mĂȘme faire valoir des atouts intrinsĂšques. Ă commencer par son cadre juridique et rĂ©glementaire, qui permet de rĂ©pondre aux attentes de la clientĂšle de la banque privĂ©e. Le pays a Ă©tĂ© pionnier en se position-
DES
2011-2022 2012 0â% 20â% 40â% 60â% 80â% 100â% 2014 2016 2018 2020 2022 Source CSSF > 20 millions Entre 10 et 20 millions Entre 5 et 10 millions Entre 1 et 5 millions < 1 million dâeuros PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 15 59â% 58â% 56â% 54â% 51â% 43â% 8â% 8â% 19â% 22â% 8â% 8â% 18â% 15â% 8â% 8â% 17â% 13â% 9â% 9â% 16â% 10â% 9â% 16â% 7â% 10â% 10â% 9â% 15â% 7â%
nant sur ces sujets, notamment pour rĂ©pondre aux besoins dâune clientĂšle fortunĂ©e internationale. La stabilitĂ© politique et fiscale qui prĂ©vaut soutient aussi le dĂ©veloppement de lâactivitĂ©. Pour des fortunes globales, transfrontaliĂšres, le Luxembourg continue de jouer son rĂŽle de âone-stop shopâ. On y trouve Ă la fois lâexpertise et les outils permettant de structurer le patrimoine et dâen planifier la gestion sur un horizon Ă 10, 15, 20 annĂ©es.
La clientĂšle Ă©volue elle aussi. Comment lâexpĂ©rience attendue de la banque privĂ©e change-t-elle au niveau de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, vos futurs clientsâ?
E.G. Dans le cadre des relations que nous entretenons avec nos clients, avec une volontĂ© de planifier la gestion du patrimoine sur plusieurs gĂ©nĂ©rations, nous sommes amenĂ©s Ă engager la discussion avec et autour de la NextGen. Les tendances que nous avons Ă©voquĂ©es, autour de la digitalisation de lâexpĂ©rience client, de la finance durable, de lâĂ©largissement de lâunivers dâinvestissement sâexpriment pleinement Ă travers les hĂ©ritiers de nos clients, hyperconnectĂ©s. On le voit souvent dans certains symposiums, leurs reprĂ©sentants ĂągĂ©s de 25 ans parlent de philanthropie, de diversification, de durabilitĂ©, dâimpact⊠Leurs exigences en la matiĂšre sont dâailleurs souvent plus prĂ©cises que celles de leurs parents. Notre rĂŽle est de pouvoir soutenir et accompagner les clients qui, en famille, sont amenĂ©s Ă discuter de tout cela en apportant des expertises qui collent avec chaque thĂ©matique soulevĂ©e. Nous pouvons aussi jouer un rĂŽle de chef dâorchestre, articuler les solutions rĂ©pondant aux attentes des divers membres de la famille, anticiper les transitions et coordonner les diffĂ©rentes contreparties.
Y.S. On voit clairement que les choses ont changĂ©. Il nây a pas si longtemps, lâunique prĂ©occupation des clients rĂ©sidait dans la performance quâon allait chercher Ă travers des investissements liquides. Aujourdâhui, il faut pouvoir les accompagner dans les diffĂ©rentes classes dâactifs existantes. En tant que banque privĂ©e familiale, nous devons ĂȘtre attentifs et surtout ouverts vis-Ă -vis de ces nouvelles attentes exprimĂ©es et portĂ©es par les jeunes qui se
trouvent en face de nous. Pour cela, nous devons nous appuyer sur des banquiers privĂ©s expĂ©rimentĂ©s, mais aussi pouvoir mettre des jeunes Ă leur service. Notre cĆur de clientĂšle, en outre, rĂ©side dans les familles entrepreneuriales. Ă ce titre, câest un enjeu-clĂ©. Les entrepreneurs, en effet, sont en moyenne de plus en plus jeunes. Aussi, la moyenne dâĂąge de nos cibles a tendance Ă baisser. Elle est infĂ©rieure Ă la moyenne dâĂąge des clients de la Place. La banque privĂ©e, ce nâest plus par dĂ©finition un monde dâanciens.
On sait que le métier de la banque subit une pression réglementaire coûteuse.
Comment cela est-il vĂ©cu et apprĂ©hendĂ© au niveau de la banque privĂ©eâ?
Y.S. Face aux enjeux rĂ©glementaires, comme Ă©voquĂ©, il faut pouvoir apporter des solutions technologiques efficaces. Câest-Ă -dire quâaujourdâhui, vous ne pouvez pas ĂȘtre conformes si vous devez tout faire Ă la main. Bon nombre de rĂ©glementations, notamment ESG, impliquent que nos banques de donnĂ©es soient interfacĂ©es avec des banques de donnĂ©es spĂ©cialisĂ©es, qui fournissent les classifications, les informations exigĂ©es par les clients comme par les rĂ©gulateurs. Le futur est dans la data.
La rĂ©glementation, cependant, ne va-t-elle pas trop loinâ?
Y.S. Lâobjectif de toute banque est de rester durablement rentable et conforme. Or, ces deux dimensions sont sous pression. Pour ce qui est de la rentabilitĂ©, je crois que tout le monde veut que les prix soient justes, attractifs. Et pour ĂȘtre durablement conforme, il faut investir Ă©normĂ©ment, beaucoup plus que par le passĂ©.
E.G. On peut en effet se demander si lâamplitude de la rĂ©glementation nâest pas supĂ©rieure Ă la capacitĂ© de production des experts nĂ©cessaires dans les domaines de la technologie et de la conformitĂ©. Dispose-t-on des expertises suffisantes pour continuer Ă croĂźtre durablementâ? Les transformations Ă lâĆuvre engendrent un besoin Ă©norme en spĂ©cialistes qui sont dĂ©jĂ actuellement difficiles Ă trouver. Je crois que nous avons la chance, Ă Luxembourg, dâavoir un trĂšs bon rĂ©gulateur, dont lâobjectif est de sâassurer que tout le
16 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Yves Stein et Eliseo Graziani
CIO of the year
« La stabilitĂ©, les compĂ©tences et la flexibilitĂ© de la place du Luxembourg ont Ă©tĂ© des atouts majeurs permettant son essor. Notre ambition est de continuer Ă nous dĂ©velopper sous ces valeurs.â»
Antonella Michelino, CEO
Pour la 2âe annĂ©e consĂ©cutive Midas Wealth Management a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ© «âCIO of the yearâ» lors des Luxembourg Wealth Management Awards 2024 organisĂ©s par Hubfinance. Midas
« Notre rĂŽle est dâassurer la gouvernance dans la gestion des patrimoines familiaux dans un univers de produits dâinvestissement de plus en plus nombreux et complexes (Private Equity, Dette PrivĂ©e, Cryptomonnaies, Investissements thĂ©matiques comme lâIA,Smart BetaâŠ).â»
Jean-Paul Vermeulen, Directeur Commercial
« Opter pour des placements de qualitĂ©, acquis Ă une valorisation attractive, garantit une performance robuste au fil des cycles Ă©conomiques, particuliĂšrement en temps dâincertitude.â»
Nikola Krstic, CIO
Tel: +352 26.29.46.41 | info@midas-wm.com www.midas-wealth-management.com
Nikola Krstic
Management S.A.
Luxembourg
Votre patrimoine, notre responsabilité.
Wealth
26a, boulevard Royal |
CrĂ©ditâ: Olivier Minaire
«âĂ un moment donnĂ©, ça devient tellement rĂ©glementĂ© que tout le monde prend la mĂȘme voie de la facilitĂ©. »
Eliseo Graziani
monde soit conforme. Toutefois, si lâamplitude du changement ne peut plus ĂȘtre digĂ©rĂ©e, il y a lieu de voir sâil ne faut pas lever le pied.
OĂč voyez-vous la limiteâ?
Y.S. Si nous voulons favoriser lâinvestissement dans lâĂ©conomie rĂ©elle, il faut que ça reste possible. Ă un moment donnĂ©, ça devient tellement rĂ©glementĂ© que tout le monde prend la mĂȘme voie de la facilitĂ©. Aujourdâhui, la majoritĂ© de lâoffre de gestion dâactifs mondiale est passif. Parce que le passif est le plus âstreamlinedâ, moins cher et plus facilement conforme. Ă tel point que les valeurs de certaines sociĂ©tĂ©s sont portĂ©es par le besoin quâont des gestionnaires passifs dâinvestir. Est-ce cela que lâon chercheâ? Au niveau de la banque privĂ©e, ce nâest pas ce que nous cherchons Ă faire. Nous sommes dans la gestion active, nos dĂ©marches rĂ©pondent en permanence Ă la questionâ: «âoĂč sont les meilleurs investissementsâ?â». Nous cherchons les leviers de crĂ©ation de valeur pour demain. On constate que, si les exigences rĂ©glementaires ne sont pas adaptĂ©es, elles sont les mĂȘmes pour un investisseur averti, qui maĂźtrise le niveau de risque, que pour un investisseur retail. On ne sây retrouve pas. Ce sont des discussions qui mĂ©ritent attention.
Comment voyez-vous Ă©voluer lâactivitĂ© dans les mois Ă venirâ? Quelles sont vos ambitionsâ?
Y.S. Notre priorité, étant donné la spécificité de notre modÚle, la profondeur de
notre offre et lâimportance de la culture de la maison, nous oriente plutĂŽt vers la croissance organique. Nous cherchons donc Ă Ă©largir les Ă©quipes, comme nous lâavons fait en 2023. Les rĂ©sultats de lâannĂ©e derniĂšre nous permettent dâinvestir dans nos collaborateurs. Câest aujourdâhui la prioritĂ© de notre actionnaire et nous allons poursuivre dans cette voie. Si on ne peut pas nourrir le marchĂ©, en lui apportant tout le talent quâil requiert, on ne peut pas espĂ©rer soutenir une croissance pour demain. Le marchĂ© est lĂ . Il faut avoir les cerveaux et les mains pour le servir. Edmond de Rothschild Europe veut se concentrer sur son cĆur de mĂ©tier dans la mise en place et la gestion de fonds dĂ©diĂ©s pour des clients privĂ©s fortunĂ©s et partenaires stratĂ©giques. Dans la mise en place de ces structures, Edmond de Rothschild veut pouvoir sâappuyer sur des partenaires spĂ©cialisĂ©s ayant la taille critique dans lâadministration de fonds.
E.G. Je rajouterais, si on parle des dĂ©fis, que nous entendons continuer Ă amĂ©liorer, Ă renforcer lâoffre et la qualitĂ© de service autour des clients. Donc, chaque annĂ©e, on introduit quelque chose qui amĂ©liore la qualitĂ© et lâoffre.
SE RECENTRER SUR LâACTIVITà «âCĆURâ»
La banque privĂ©e change, rĂ©invente ses modĂšles opĂ©rationnels. En dĂ©cembre dernier, Edmond de Rothschild (Europe) cĂ©dait son activitĂ© dâasset servicing pour compte de tiers Ă Apex Group. «âCe deal rĂ©pond notamment Ă une volontĂ© de concentrer nos efforts sur les attentes de notre clientĂšle, Ă savoir la construction et la gestion de SIF et de RAIF, la traduction des convictions de la banque dans des investissements illiquides. Dans cette optique, la volontĂ© est de sâappuyer sur des services providers comme Apex, Ă mĂȘme de rĂ©pondre Ă notre niveau dâexigence en matiĂšre dâadministration de ces vĂ©hiculesâ», explique Yves Stein.
18 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 Conversation Yves
Stein et Eliseo Graziani
For those who think further. Itâs time for a new generation of ideas. Discover the entrepreneurial side of private banking. efginternational.com EFG Internationalâs global private banking network operates in around 40 locations worldwide, including Zurich, Geneva, Lugano, Lisbon, London, Monaco, Luxembourg, Dubai, Hong Kong, Singapore, Sydney, Miami, BogotĂĄ, Montevideo, Tel Aviv, SĂŁo Paulo and Rio de Janeiro. EFG Luxembourg includes its branches in Portugal and Greece. In Luxembourg, EFG Bank (Luxembourg) S.A., 56, Grand-Rue P.O. Box 385 â L-2013 Luxembourg, RCS B113375, T +352 26 454 1.
Banque Degroof Petercam Luxembourg S.A., 12 rue EugĂšne Ruppert, L-2453
Luxembourg | Tel: +352 45 35 45 1 | bienvenue@degroofpetercam.lu | RCS B25459
Expand. Horizons.
We understand the different sides of your wealth.
private banking asset management investment banking asset services degroofpetercam.lu
Se préparer à une nouvelle Úre
Lâinnovation numĂ©rique, la multiplication des rĂ©glementations, lâintensification de la concurrence, les pressions liĂ©es au dĂ©veloppement durable et les changements dĂ©mographiques vont redĂ©finir les besoins et lâexpĂ©rience des investisseurs et remodeler le secteur dans les annĂ©es Ă venir.
Au niveau mondial, le secteur de la gestion de patrimoine est aujourdâhui confrontĂ© Ă des mĂ©gatendances convergentes qui redĂ©finissent les besoins des investisseurs et remodĂšlent le secteur dans un contexte dâincertitude Ă©conomique et gĂ©opolitique croissante. «âCes tendances comprennent une innovation technologique rapide, une rĂ©glementation de plus en plus stricte, une concurrence accrue et de vastes changements dĂ©mographiquesâ», peut-on lire dans lâĂ©tude Building a Future-Ready Investment Firm, publiĂ©e fin 2023 par ThoughtLab, avec la collaboration dâun groupe dâexperts de lâindustrie du patrimoine. Dans le futur, «âdisposer dâune stratĂ©gie dâintelligence artificielle (IA) et de transformation numĂ©rique sera un impĂ©ratif. Aussi, une nouvelle rĂ©flexion sâimpose, car la segmentation traditionnelle des investisseurs ne reflĂšte plus correctement le marchĂ© hĂ©tĂ©rogĂšne dâaujourdâhui. La dĂ©mographie Ă©volue rapidement, crĂ©ant un mĂ©lange dâinvestisseurs en fonction du patrimoine, de lâĂąge, de la source de revenus, de la localisation, du sexe et du style de vie. Les fournisseurs ont besoin dâune comprĂ©hension plus approfondie de leurs clients et de leurs besoins et comportements changeantsâ».
«âPour relever ces dĂ©fis, les banques privĂ©es europĂ©ennes doivent rapidement rĂ©imaginer la couverture des clients et leur offrir une expĂ©rience remarquable grĂące Ă
la technologie, reconfigurer le modĂšle opĂ©rationnel et intĂ©grer un objectif social dans leurs choix dâentrepriseâ», dĂ©taille une autre Ă©tude menĂ©e par McKinsey & Compagny, intitulĂ©e The future of private banking in Europe: Preparing for accelerated change.
Une expérience client remarquable Alors que la demande des utilisateurs pour des interactions numériques à distance avec leur banque augmente, celles-ci doivent de toute urgence repenser leur modÚle et leur proposition de services.
«âLes banques doivent partir du point de vue du client et travailler Ă rebours pour voir comment lâexpĂ©rience pourrait ĂȘtre fournie Ă distance par le biais de canaux dâomnicommunication sĂ©curisĂ©s â tels que les vidĂ©oconfĂ©rences, les webinaires et les chats sĂ©curisĂ©s â et investir dans la cybersĂ©curitĂ© pour sâassurer que ces canaux peuvent ĂȘtre utilisĂ©s en toute sĂ©curitĂ©â», explique-t-on chez McKinsey. Les banques privĂ©es devront offrir des points de contact mobiles transparents avec un accĂšs Ă tout moment et en tout lieu.
En raison de la simplicitĂ© et du coĂ»t rĂ©duit des plateformes numĂ©riques en libre-service et des solutions dâIA, de nombreux investisseurs prĂ©fĂšrent aujourdâhui faire appel Ă des machines plutĂŽt quâĂ des conseillers personnels pour de nombreuses
Expérience
22 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Auteur MICHAĂL PEIFFER
activitĂ©s dâinvestissement. «âAlors que la plupart des investisseurs dâĂąge moyen et plus ĂągĂ©s continueront Ă sâappuyer sur des conseillers, on observe un changement gĂ©nĂ©rationnelâ: 60 % des jeunes ne pensent pas quâils auront besoin dâun conseiller personnel dâici 2030. Ă lâheure actuelle, seul un cinquiĂšme des jeunes investisseurs fait appel Ă un conseiller. Cette proportion augmentera au cours des trois prochaines annĂ©es, mais elle restera infĂ©rieure Ă quatre sur dix, contre environ sept sur dix pour les investisseurs plus ĂągĂ©sâ», nous apprend lâĂ©tude de ThoughtLab.
On le voit, la technologie transforme le rĂŽle des conseillers. «âĂ mesure que les plus anciens prennent leur retraite, les entreprises doivent utiliser la technologie pour combler les lacunes en matiĂšre de talents et augmenter le nombre dâinvestisseurs que les conseillers peuvent gĂ©rer. Les entreprises doivent confier les tĂąches banales liĂ©es Ă lâinvestissement Ă des machines, libĂ©rant ainsi les conseillers pour ce quâils font le mieuxâ: fournir des conseils fiables, spĂ©cialisĂ©s et holistiquesâ», poursuit lâĂ©tude de ThoughtLab. Les entreprises gagnantes seront celles qui mettront en Ćuvre des approches hybrides rentables associant haute technologie et contact direct avec les clients, pour une expĂ©rience transparente.
Des conseillers aussi diversifiés que les clients
Lâobjectif doit ĂȘtre de faire passer lâexpĂ©rience client numĂ©rique au niveau supĂ©rieur. PrĂšs de 70 % des investisseurs sâattendent Ă ce que les expĂ©riences numĂ©riques soient comparables Ă celles de leur entreprise numĂ©rique prĂ©fĂ©rĂ©e. «â Pour satisfaire leurs attentes et rester Ă la pointe de la concurrence, les sociĂ©tĂ©s de gestion de patrimoine devront offrir des vues consolidĂ©es des comptes de tous les fournisseurs, des ouvertures et des transferts de comptes en ligne simples, des chatbots vocaux et textuels facilitĂ©s par lâIA, et une communication rapide avec les conseillers par la voix et le chat. Les investisseurs sâattendront Ă des expĂ©riences hautement personnalisĂ©es dans la paume de leur main et Ă un engagement vidĂ©o pour fournir une assistance Ă distanceâ», toujours selon ThoughtLab.
Ă lâavenir, les investisseurs seront encore plus diversifiĂ©s en termes dâĂąge, de
localisation, de sexe, de niveau de richesse et de mode de vie. Il sera vital pour les entreprises dâexploiter la technologie et les donnĂ©es pour mieux comprendre les besoins et les comportements des investisseurs, trouver des niches de marchĂ© et personnaliser les solutions, tout en constituant une base de conseillers sensibles aux diffĂ©rences entre les investisseurs. Pour ce faire, les entreprises devront recueillir des donnĂ©es Ă partir de sources internes et externes, y compris les mĂ©dias sociaux. Et comme les investisseurs aiment travailler avec des personnes aux profils similaires, les entreprises dâinvestissement devront sâassurer que leurs conseillers sont aussi diversifiĂ©s que leurs clients.
«â Le succĂšs des mĂ©dias sociaux et des plateformes de vente au dĂ©tail a dĂ©montrĂ© la puissance du contenu personnalisĂ© et adaptĂ©, constate-t-on de la mĂȘme maniĂšre chez McKinsey. Les banques privĂ©es devraient sâinspirer de ce succĂšs pour personnaliser le contenu et lâexpĂ©rience de conseil sur tous les canaux, et pas seulement pendant le processus de conseil pĂ©riodique dĂ©livrĂ© par le chargĂ© de relation, comme câest le cas traditionnellement. Ce contenu personnalisĂ© peut aller du conseil en investissement Ă la planification holistique du patrimoine et au-delĂ , y compris des expĂ©riences de style de vie (par exemple, des conseils en matiĂšre de santĂ© ou des visites virtuelles de galeries privĂ©es).â»
Investir dans lâintelligence artificielle Les entreprises ont fait dâĂ©normes progrĂšs dans la mise en place des fondations numĂ©riques pour la transformation â et constatent dĂ©jĂ dâimportants retours sur ces investissements. «âDans les annĂ©es Ă venir, les entreprises devront doubler leurs investissements dans lâIA et la cybersĂ©curitĂ©, tout en investissant dans dâautres solutions numĂ©riques, telles que lâinfrastructure et les services cloud, les robo-advisors, les plateformes API ouvertes, les plateformes de bout en bout, les systĂšmes de collaboration vidĂ©o et les outils de planification financiĂšre. Cela permettra aux entreprises de dĂ©gager la plus grande valeur, en dĂ©veloppant des expĂ©riences et des conseils personnalisĂ©s et holistiques pour les investisseurs dans lâensemble de leurs activitĂ©s, au coĂ»t le plus bas. Pour rĂ©ussir, les
PRIORITĂS STRATĂGIQUES POUR LES BANQUES PRIVĂES EUROPĂENNES
OFFRIR UNE EXPĂRIENCE CLIENT REMARQUABLE GRĂCE Ă
LA TECHNOLOGIE
1 Offrir une expérience client multicanal de nouvelle génération
2 Réimaginer le conseil et la gestion des relations grùce à la technologie
3 AccĂ©lĂ©rer le rythme de lâinnovation
RECONFIGURER LE MODĂLE OPĂRATIONNEL
4 Redéfinir le modÚle de couverture
5 Mise à zéro des fonctions centrales
6 Adopter des mĂ©thodes de travail souples et sâefforcer dâaccroĂźtre la flexibilitĂ© de la main-dâĆuvre
INTĂGRER UN BUT DANS LES CHOIX DE LâENTREPRISE
7 Réflexion approfondie sur la vision de la banque
8 Adopter une approche holistique de la création de valeur pour les clients
9 Insuffler un objectif aux offres
Source McKinsey & Company
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 23
RECALIBRER
LES MODĂLES DE TARIFICATION
Selon lâĂ©tude menĂ©e par ThoughtLab, la rĂ©duction des frais et la simplification des structures de paiement seront les principales raisons pour lesquelles les investisseurs changeront de prestataire au cours des trois prochaines annĂ©es. Pour conserver leurs clients â et en attirer de nouveaux â, les sociĂ©tĂ©s dâinvestissement devront repenser leur tarification et leurs modĂšles dâentreprise. Cela peut se traduire par une rĂ©duction, un plafonnement ou une renĂ©gociation des frais pour des services tels que la gestion discrĂ©tionnaire, ou par la justification des frais en pourcentage des actifs sous gestion par lâajout de services de planification holistique. Les entreprises devront envisager dâintĂ©grer Ă leurs produits et services une tarification basĂ©e sur la performance afin de rĂ©pondre Ă la demande croissante, en particulier de la part des millennials orientĂ©s vers la croissance.
entreprises devront faire le tri entre les capacitĂ©s techniques, la viabilitĂ© commerciale et les besoins des clients, et crĂ©er des analyses de rentabilitĂ© claires qui pourront ĂȘtre suivies en permanence â», dĂ©taille lâĂ©tude de ThoughtLab.
Environ sept entreprises sur dix interrogĂ©es dans lâĂ©tude pensent que lâIA va rĂ©volutionner le mode de fonctionnement de leur organisation au cours des cinq prochaines annĂ©es, et celles qui lâutilisent aujourdâhui en tirent des bĂ©nĂ©fices considĂ©rables. Les entreprises devraient envisager leurs activitĂ©s sous lâangle de lâIA, en lâadoptant pour soutenir une sĂ©rie dâactivitĂ©s en contact avec les clients, telles que le conseil en investissement, la gestion et la planification financiĂšre, et pour renforcer leurs opĂ©rations internes, en particulier la cybersĂ©curitĂ©, la dĂ©tection des fraudes et lâanalyse des clients. Pour que lâIA fonctionne au mieux, les entreprises doivent sâassurer que les donnĂ©es sousjacentes sont exactes, intĂ©grĂ©es et disponibles en temps rĂ©el, et quâelles sont sĂ©curisĂ©es et exemptes de biais indĂ©sirables. Un contrĂŽle de la qualitĂ© sera nĂ©cessaire Ă la fois pour les donnĂ©es entrant et sortant des modĂšles dâIA, qui devront ĂȘtre formĂ©s pour fournir des rĂ©sultats fiables.
La dĂ©mocratisation des produits et des services augmentera Ă mesure que les entreprises offriront aux investisseurs davantage dâoptions pour accroĂźtre les rendements et gĂ©rer les risques. «âLes produits et services Ă forte valeur ajoutĂ©e âinvestissements alternatifs, introductions en bourse, fonds indiciels personnalisĂ©s, investissements discrĂ©tionnaires, planification fiscale et services de banque privĂ©e âseront tous au menu. Mais pour garantir lâutilisation efficace de ces nouvelles offres, les entreprises devront fournir aux investisseurs lâĂ©ducation financiĂšre nĂ©cessaire pour comprendre ces offres, ainsi quâaux conseillers les outils requis pour les Ă©valuer.â» Pour dĂ©mocratiser leurs offres, les entreprises devront aussi utiliser des solutions numĂ©riques afin de rĂ©duire le coĂ»t des services.
LâESG deviendra la norme Dans les annĂ©es Ă venir, avec lâĂ©mergence de normes pour les donnĂ©es ESG et
lâaugmentation des incitations commerciales, les considĂ©rations de durabilitĂ© deviendront aussi importantes que les considĂ©rations financiĂšres pour la plupart des investisseurs. Il ne suffira pas de recommander des fonds axĂ©s sur lâESG. Les conseillers devront garder Ă lâesprit les objectifs durables des investisseurs lorsquâils gĂ©reront leurs investissements dans toutes les catĂ©gories dâactifs. Les entreprises tournĂ©es vers lâavenir proposeront des investissements thĂ©matiques dans des domaines spĂ©cialisĂ©s de la durabilitĂ©.
Alors que les millennials occupent le devant de la scĂšne et que lâinnovation numĂ©rique Ă grande vitesse devient la norme, les nouveaux venus dotĂ©s de pouvoirs numĂ©riques, quâils soient internes ou externes au secteur, vont bouleverser les rĂšgles du jeu. Les gagnants seront les entreprises dâinvestissement dotĂ©es de plateformes ouvertes et compatibles avec les API, qui leur permettront dâintĂ©grer des solutions fintech de maniĂšre rapide et transparente. Dans le mĂȘme temps, les entreprises coincĂ©es entre les nouveaux entrants numĂ©riques et les opĂ©rateurs historiques Ă grande Ă©chelle risquent dâĂȘtre Ă©vincĂ©es ou englouties par la prochaine vague de consolidation. Pour nombre dâentre elles, la solution pourrait consister en des partenariats, plutĂŽt quâen une concurrence, entre les nouveaux acteurs et les acteurs Ă©tablis.
ExpĂ©rience 24 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Une entreprise
ça se finance et ça se développe
Gestion de fortune pour particuliers et entrepreneurs
Entourez-vous dâexperts des deux mondes pour profiter de solutions personnalisĂ©es de financement dâentreprise et de gestion de patrimoine. www.bil.com/entrepreneur
Internationale Ă Luxembourg SA, 69 route dâEsch, L-2953 Luxembourg, RCS Luxembourg B-6307(+352) 4590-5000 âą bil.com
Banque
The power of partnerships
Building powerful partnerships to better serve its clients is part of Quintet Private Bankâs DNA. Quintetâs 2023 cooperation agreements with BlackRock and Moonfare are in line with this approach, supporting the bankâs investment capabilities as it builds portfolios that meet its clientsâ needs.
Quintet works with well over 50 asset managers worldwide, but its cooperation agreement with BlackRock is uniquely important. âWorking with BlackRock enhances our reach, efficiency and flexibility, supporting our ability meet the long-term investment needs of each client we serve,â said Ilario Attasi, Head of Investment & Client Solutions, Luxembourg, and Group Head of Client Investment Specialists at Quintet Private Bank.
âIt reflects our ability to leverage our open-architecture approach to offer clients a wider range of innovative products as part of a diversified portfolio.â
As the worldâs largest asset manager, BlackRock is recognised for its investment insight and organisational efficiency. This cooperation agreement, covering multiple regions, is contributing to the full investment value chain across Quintet, spanning the definition of Quintetâs capital market assumptions to portfolio implementation. This enables Quintet to tap into dedicated pools of
expertise, providing access to investment tools, trade sizing, portfolio analytics, products and solutions.
Blend of experience
âClient relationships are always at the heart of everything we do,â said Mr Attasi.
âIn May 2024, we will mark the 75th anniversary of our founding in Luxembourg. We take pride in being recognised as a
â We leverage our open-architecture approach to offer clients a wider range of innovative products as part of a diversified portfolio.â
26 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Photo Romain Gamba
Ilario Attasi, Head of Investment & Client Solutions, Luxembourg, and Group Head of Client Investment Specialists at Quintet Private Bank.
Sponsored content by QUINTET Innovation
Helping us to increase our reach, efficiency and flexibility in delivering what each client seeks.â
leading private bank here in the Grand Duchy and across Europe and the UK. Our heritage sets us apart, as do our close relationships with the families we serve and the time we dedicate to them. We understand their aspirations, which is why we retain full control over investment decision-making when working with any partner. In this regard, BlackRock provides world-leading technology, products and risk-management solutions that enhance our ability to deliver robust client outcomes, superior client experience and ongoing investment innovation.â
âSince the signing of our cooperation agreement last year, we have benefited from additional economies of scale that we can pass on to our clients, reflecting BlackRockâs negotiating power with asset managers,â Mr Attasi added. This relationship thus aims to generate significant long-term benefits for Quintetâs clients.
Innovative partnership
âBlackRock is recognised for the depth and quality of its investment expertise, and the advice they provide on our asset-allocation strategy supports our ability to deliver performance for our clients,â Mr Attasi added. This support includes selecting and monitoring thirdparty managers, which allows Quintet to offer its clients access to a broader universe of investment opportunities.
While focused on the delivery of investment alpha for Quintetâs high-net-worth individual clients and the family offices it serves, the relationship supports the entire investment value chain. âOur cooperation also covers the selection of instruments, governance and the deployment of processes,â said Mr Attasi.
Quintetâs teams work closely with their BlackRock counterparts on an ongoing basis. This work is overseen by Quintetâs own investment committee, which reviews and fine-tunes the approach. Alongside access to BlackRockâs advice, Quintet will use Aladdin, BlackRockâs proprietary investment technology platform, for its risk analytics and reporting.
As well as being a state-of-the-art tool for managing risk, it also facilitates reporting related to Quintetâs funds and discretionary solutions.
Enhanced investment opportunities
When it comes to private markets, Quintet announced last autumn an investment partnership with Berlin-headquartered Moonfare, giving suitable clients access to an end-to-end digital investment platform offering top-tier private-market funds âinitially focusing on private equity and infrastructure strategies â selected and approved by Quintet.
âThis platform provides our clients and client advisors with a wealth of tools and information related to private markets,â said Mr Attasi, noting that this includes product information, paperless subscriptions, client reporting, and portfolio analytics.
This is yet another example of how Quintetâs open-architecture approach facilitates partnerships with best-in-class specialists to enrich overall client experience â in this case, enhancing its alternative-investment proposition, making private-market investing more accessible and efficient for its clients.
âOur organisational agility allows us to be innovative and open to the best products and advice available anywhere. Our clients appreciate the difference we can make through our relationships with firms such as BlackRock and Moonfare,â concludes Attasi.
ASSETS UNDER MANAGEMENT
FACTS
INTRODUCTION TO BLACKROCK IN EMEA
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 27
â
BlackRock Quintet
Delivering our global capabilities locally for Quintet
BN) Developments
last 24 years. Dec-20 9,309.4 Dec-19 7,471.7 Dec-18 6,343.1 Dec-17 5,499.1 Dec-16 4,789 Dec-15 4,475.9 Dec-14 4,213.2 June-23 Dec-22 13,291.2 Dec-21 11,696.2
(USD
over the
Quintet signed an important cooperation agreement with BlackRock in 2023
In May, Quintet will celebrate the 75th anniversary of its founding in Luxembourg
14,817.8
Quintet last year formed a private-markets partnership with Berlin-headquartered Moonfare
BRAND VOICE TO FIND OUT MORE ABOUT QUINTET, GO TO WWW.QUINTET.LU/EN-LU
SâintĂ©resser aux tendances de fond
Dans un monde en constante Ă©volution, les investisseurs Ă la recherche de rendement doivent sâintĂ©resser Ă plusieurs tendances de fond. Guy Ertz, chief investment advisor chez BNP Paribas Wealth Management, apporte son Ă©clairage sur les secteurs Ă tenir Ă lâĆil en 2024.
Depuis la fin 2021, lâunivers des taux dâintĂ©rĂȘt connaĂźt un changement de paradigme radical. Les banques centrales ont renoncĂ© Ă leur politique de taux zĂ©ro, tandis que les emprunts dâĂtat ont enregistrĂ© leur plus forte hausse de rendement ainsi que leur plus forte baisse de prix depuis la fin des annĂ©es 1970. Sous lâeffet de la hausse des taux, lâinflation est aujourdâhui en diminution et les investisseurs dĂ©couvrent un choix de plus en plus large dâopportunitĂ©s pour gĂ©nĂ©rer des revenus intĂ©ressants.
«âAu-delĂ de ces considĂ©rations globales, les investisseurs doivent ĂȘtre attentifs Ă certaines tendances de fond , explique Guy Ertz, chief investment advisor chez BNP Paribas Wealth Management. LâĂ©volution de lâenvironnement nous oblige Ă revoir la façon dont nous construisons et diversifions nos portefeuilles. Les investisseurs doivent ainsi se demander quelles classes dâactifs peuvent rĂ©ellement offrir une diversifica tion supplĂ©mentaire pour Ă©largir et optimi ser leurs portefeuilles dans un monde en perpĂ©tuel mouvement.â»
Le défi de la décarbonation
La dynamique autour de la transition Ă©nergĂ©tique continue de sâaccĂ©lĂ©rer,
«âLa clĂ© de la transition Ă©nergĂ©tique est lâĂ©lectrification, qui nous permet de sortir progressivement de la dĂ©pendance aux combustibles fossiles.â»
amplifiĂ©e par les vagues de chaleur inĂ©dites enregistrĂ©es en diffĂ©rents points du globe en 2023. Les progrĂšs insuffisants enregistrĂ©s jusquâĂ prĂ©sent pour atteindre les objectifs climatiques et lâimportance accrue accordĂ©e Ă la sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique obligent les gouvernements mondiaux Ă engager dâĂ©normes ressources financiĂšres pour rĂ©duire notre dĂ©pendance aux Ă©nergies fossiles. «âDepuis les tempĂ©ratures record de lâĂ©tĂ© 2023, le besoin urgent de dĂ©carboner lâĂ©conomie mondiale sâest accĂ©lĂ©rĂ©, constate Guy Ertz. La clĂ© de la transition Ă©nergĂ©tique est lâĂ©lectrification, qui nous permet de sortir progressivement de la dĂ©pendance aux combustibles fossiles. LâattractivitĂ© de lâĂ©conomie, la prise de conscience de la sociĂ©tĂ© et les nombreuses initiatives de soutien des gouvernements devraient contribuer Ă encourager les lourds investissements initiaux nĂ©cessaires dans les infrastructures Ă©lectriques, notamment dans la production, la transmission et le »
Dâautre part, lâessor des vĂ©hicules Ă©lectriques destinĂ©s Ă la logistique et au transport des personnes exige dâimportants investissements de dĂ©part pour produire les matiĂšres premiĂšres nĂ©cessaires,
Ă suivre
Photo BNP Paribas Wealth Management
Auteur MICHAĂL PEIFFER
28 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
puis pour les transformer en produits finis tels que les voitures, mais Ă©galement les cĂąbles et les panneaux solaires. «âDans ce contexte gĂ©nĂ©ral, lâefficacitĂ© Ă©nergĂ©tique est aussi un axe majeur de cet effort de transition, car cela reste beaucoup moins cher dâĂ©conomiser lâĂ©nergie que de la produire. Câest pourquoi nous recommandons une politique dâinvestissements multi-actifsâ: actions, obligations, infrastructures et matiĂšres premiĂšresâ», prĂ©cise le chief investment advisor.
LâIAâ: une rĂ©volution accessible
La nĂ©cessitĂ© pour les investisseurs dâĂ©largir le type dâactifs pour atteindre une vĂ©ritable diversification doit les conduire Ă sâintĂ©resser Ă lâintelligence artificielle. «âLa surperformance spectaculaire des sept mĂ©ga-caps technologiques amĂ©ricaines, Ă savoir Amazon, Apple, Google, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla, depuis 2020 et encore en 2023, a entraĂźnĂ© une concentration des portefeuilles dâinvestissement mondiaux dans ces valeurs, phĂ©nomĂšne qui nâa pas Ă©tĂ© observĂ© depuis la bulle technologique de lâan 2000 et lâĂ©pisode des Nifty Fifty des annĂ©es 1970. Dans les deux cas, les groupes de valeurs prisĂ©es qui ont fait lâobjet de valorisations extrĂȘmes avaient vu leur cours chuter au cours des annĂ©es suivantes, entraĂźnant des pertes importantes au sein des portefeuilles », explique le chief investment advisor. Pour notre expert, les investisseurs doivent accĂ©lĂ©rer la diversification des portefeuilles, potentiellement surexposĂ©s Ă ces sept gĂ©ants technologiques amĂ©ricains. «âAux cĂŽtĂ©s de ces leaders de la rĂ©volution de lâintelligence artificielle gĂ©nĂ©rative, il est crucial de chercher Ă identifier les secteurs et les industries qui peuvent tirer dâĂ©normes bĂ©nĂ©fices des applications de lâIA.â»
DĂ©mographieâ: la rĂ©volution du bien-ĂȘtre «âLe secteur de la santĂ© a sous-performĂ© en 2023 car lâattention sâest focalisĂ©e sur lâIA et les valeurs technologiques âMagnificent Sevenâ. Aujourdâhui, Ă mesure que lâĂ©conomie ralentit, les possibilitĂ©s de croissance et les caractĂ©ristiques dĂ©fensives du secteur pourraient devenir plus attractivesâ», souligne Guy Ertz. Selon les prĂ©visions, la part de la population de plus de 60 ans doublera pour atteindre 2,1 milliards dâici
2050. Par ailleurs, le nombre de cas dâobĂ©sitĂ© a presque triplĂ© dans le monde depuis le milieu des annĂ©es 70. Depuis la pandĂ©mie, dans un contexte de vieillissement de la population et dâaugmentation des revenus, le bien-ĂȘtre est plus que jamais au centre des prĂ©occupations des consommateurs, ainsi que lâallongement de lâespĂ©rance de vie «âen bonne santĂ©â».
«âLâIA peut rĂ©duire le coĂ»t de la mise au point de mĂ©dicaments et stimuler lâinnovation dans le secteur. Les enjeux autour dâune alimentation durable et saine, les technologies mĂ©dicales, les traitements au service du bien-ĂȘtre et lâinnovation dans les produits pharmaceutiques, y compris les traitements pour lutter contre le surpoids, vont provoquer une rupture majeure par rapport aux pratiques actuelles, crĂ©er de la volatilitĂ© et ĂȘtre une source importante dâopportunitĂ©sâ», prĂ©cise Guy Ertz.
Les principaux enjeux des annĂ©es Ă venir sont liĂ©s Ă la rĂ©duction des Ă©missions de CO2 et aux innovations liĂ©es Ă la santĂ©. Dans ces deux domaines, les rĂ©cents dĂ©veloppements en matiĂšre de robotique et dâintelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives. En effet, lâutilisation de lâintelligence artificielle va permettre dâaccĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement de nouveaux mĂ©dicaments, notamment pour les maladies liĂ©es Ă lâobĂ©sitĂ©. Et les solutions liĂ©es Ă lâĂ©lectrification et Ă lâefficacitĂ© Ă©nergĂ©tique offrent elles aussi un Ă©norme potentiel.
AUTRES PRINCIPALES TENDANCES
Lâimpact des hausses de taux cumulĂ©es ne se fait pas encore pleinement sentir sur la croissance Ă©conomique et lâinflation, surtout aux Ătats-Unis. De plus, les banques centrales rĂ©affirment leur volontĂ© de conserver des taux Ă©levĂ©s pendant une pĂ©riode prolongĂ©e, ce qui laisse entendre quâelles ne baisseront pas les taux dâintĂ©rĂȘt tant quâelles ne seront pas convaincues que lâinflation enregistre un ralentissement significatif.
Le mouvement de bascule observĂ© de la globalisation au profit des intĂ©rĂȘts nationaux va se poursuivre, ce qui pourrait entraĂźner des pĂ©nuries de matiĂšres premiĂšres et de biens. Ce changement a Ă©galement pour effet de renforcer les relocalisations et les productions de proximitĂ© afin de consolider les chaĂźnes dâapprovisionnement, en particulier dans les secteurs stratĂ©giques clĂ©s tels que les semi-conducteurs.
Les modes de vie ont probablement changĂ© de façon permanente aprĂšs la pandĂ©mie de 2020â: le travail Ă domicile ou le temps libre sont dĂ©sormais mis sur un pied dâĂ©galitĂ© avec le salaire et toute autre compensation financiĂšre. Cette situation a de profondes rĂ©percussions sur les modes de consommation ainsi que sur la demande de bureaux dans les grandes villes.
Nouveaux traitements contre lâobĂ©sitĂ©â: la lutte contre lâobĂ©sitĂ© avec la mise sur le marchĂ© de mĂ©dicaments efficaces par Novo Nordisk et Eli Lilly pourrait ĂȘtre le principal progrĂšs pour augmenter lâespĂ©rance de vie depuis les campagnes mondiales antitabac des annĂ©es 1970.
Les gĂ©ants de la tech ont consolidĂ© leur position dominante sur les marchĂ©s dâactions internationaux, ce qui reprĂ©sente un risque de concentration croissant au sein de portefeuilles censĂ©s ĂȘtre diversifiĂ©s.
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 29
Segmenterâ: le pari gagnant
Les conseillers en investissement qui segmentent leurs clients peuvent personnaliser leurs services, se développer plus rapidement et générer davantage de revenus.
Auteur MICHAĂL PEIFFER
1Développer un avantage concurrentiel
Les investisseurs sâattendent aujourdâhui Ă profiter dâune marketplace personnalisĂ©e, Ă lâimage de ce qui se fait dĂ©jĂ dans la vente de produits ou de services en mode retail. Les arguments en faveur de la segmentation sont clairs. Selon plusieurs Ă©tudes, les entreprises financiĂšres qui segmentent leur clientĂšle dĂ©passent celles qui ne le font pas en termes dâactifs sous gestion, de croissance des actifs, ou encore de rĂ©munĂ©ration annuelle des conseillers. La segmentation peut non seulement profiter Ă lâentreprise, mais elle peut surtout offrir une expĂ©rience client exceptionnelle et diffĂ©renciĂ©e.
3
Soutenir lâexpĂ©rience client
Pour bien segmenter sa clientĂšle, il faut dâabord bien la connaĂźtre. Un classement basĂ© sur la seule richesse financiĂšre nâest pas suffisant. Il est important de prendre en compte dâautres facteurs tels que la trajectoire patrimoniale, la situation gĂ©ographique du client ou la probabilitĂ© de recommandation... Ces niveaux peuvent aider Ă gĂ©rer le temps que les conseillers consacrent Ă chaque client, et Ă prioriser les missions. Autre point important, plus le chargĂ© de clientĂšle et son client auront dâintĂ©rĂȘts communs (technologiques, loisirs, cause particuliĂšreâŠ), plus ce dernier sentira que le service a Ă©tĂ© personnalisĂ©.
5
TransfĂ©rer les clientsâ: le moment crucial
Lorsque le moment est venu de transférer un client vers un segment personnalisé, la prudence est de mise.
Certains clients peuvent avoir lâimpression quâune relation prĂ©cieuse prend fin, tandis que les conseillers peuvent se sentir lĂ©sĂ©s. Il est important dâinformer les deux parties sur les avantages quâelles tireront du changement. Elles doivent repartir avec le sentiment dâavoir tirĂ© un profit significatif de la transition. En fin de compte, lâavenir du secteur consiste Ă apprendre Ă connaĂźtre ses clients et Ă crĂ©er pour eux des programmes Ă©chelonnĂ©s et sur mesure.
2
Définir les objectifs
Avant dâentamer ce processus de segmentation, il est conseillĂ© de prendre le temps de dĂ©finir clairement les objectifs Ă atteindre. Le but est-il dâattirer de nouveaux clients ou de consacrer davantage de ressources aux clients actuels Ă forte valeur ajoutĂ©eâ? Une fois ces objectifs dĂ©finis, il faut penser Ă organiser les Ă©quipes en consĂ©quence, en consacrant plus de temps aux investisseurs qui correspondent Ă la clientĂšle idĂ©ale dĂ©finie en amont. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il est important dâadapter ses services aux besoins de ses clients. Tous les investisseurs nâont pas besoin ou ne souhaitent pas le mĂȘme niveau de service.
4
Recueillir, gérer et analyser la donnée
Des donnĂ©es de qualitĂ© aident Ă segmenter efficacement les clients. Celles-ci se prĂ©sentent sous diverses formesâ: relations personnelles, courriers Ă©lectroniques, documents administratifs, etc. Il est important dâapprofondir la connaissance du client, en allant mĂȘme jusquâĂ connaĂźtre ses prĂ©fĂ©rences en matiĂšre dâalimentation et de vacances. Tout est dans le dĂ©tail. Un systĂšme dynamique de gestion des donnĂ©es, qui permet de suivre toutes ces informations, peut sâavĂ©rer essentiel. Des donnĂ©es de qualitĂ© ne servent Ă rien si elles ne sont pas disponibles facilement.
Stratégie
30 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Investir dans un monde fragmenté
Le monde actuel est dĂ©chirĂ© par des divisions gĂ©opolitiques croissantes, avec des consĂ©quences pour lâĂ©conomie mondiale et les marchĂ©s financiers. Comment les investisseurs doiventils rĂ©agir dans un tel contexte ?
La croissance Ă©conomique ne sâinterrompt pas dans un monde fragmentĂ©. Toutefois, la sĂ©curitĂ© et la fiabilitĂ© des chaĂźnes dâapprovisionnement ont pris de lâimportance. Une situation qui encourage les partenariats commerciaux entre pays « amis », tandis que certaines puissances rivales tentent de sâempĂȘcher mutuellement de prendre lâavantage dans des secteurs stratĂ©giques.
Nos projections de croissance pour les marchĂ©s dĂ©veloppĂ©s se situent entre 1 et 2 % en 2024. Pour ĂȘtre durable, la croissance dĂ©pendra majoritairement de forces distinctes, notamment de fondamentaux budgĂ©taires sains, de marchĂ©s de lâemploi flexibles et de la capacitĂ© Ă sâadapter aux chocs.
Dans les portefeuilles dâinvestissement, ce contexte exige dâaccroĂźtre lâexposition aux actifs domestiques et des Ă©lĂ©ments de diversification additionnels, comme lâor et, pour ceux qui disposent dâun horizon temporel
et dâune tolĂ©rance au risque appropriĂ©s, les actifs non cotĂ©s.
UNE INFLATION PLUS VOLATILE
Un monde fragmentĂ© nâest pas nĂ©cessairement synonyme dâinflation Ă©levĂ©e, mais potentiellement plus volatile. Aujourdâhui, lâinflation des biens sâest normalisĂ©e et le prix des services suit le mouvement. Toutefois, les Ă©vĂ©nements politiques peuvent changer rapidement la donne, par exemple dans le cas dâune hypothĂ©tique seconde administration Trump.
Lorsque les perspectives dâinflation deviennent plus incertaines, les marchĂ©s des taux exigent une prime de risque. Non seulement les taux directeurs des banques centrales ont atteint des niveaux dâĂ©quilibre plus Ă©levĂ©s, mais les rendements obligataires affichent aussi une prime de risque et sont plus rigides. Ă la fin du cycle de baisse des taux en 2025, les taux directeurs amĂ©ricains devraient atteindre 3,5 %, et ceux de la zone
euro, du Royaume-Uni et de la Suisse atteindre respectivement 1,5 %, 2,5 % et 1 %.
DE NOMBREUSES ALTERNATIVES AUX ACTIONS
Pour 2024, nous prévoyons des rendements moyens à un chiffre pour les actions des marchés développés. Les bons du Trésor américain et les Bunds allemands pourraient générer des rendements similaires aux niveaux actuels, voire supérieurs. Les obligations devraient donc faire leur grand retour dans les portefeuilles, tout comme les investissements alternatifs. Les investisseurs disposent de nombreuses alternatives pour construire un portefeuille bien diversifié, avec une volatilité et un risque moindres.
LOMBARD ODIER (EUROPE) SA Dr Nannette Hechler-Faydâherbe Responsable de la stratĂ©gie dâinvestissement, durabilitĂ© et recherche, CIO EMEA luxembourg@lombardodier.com
: «
nombreuses
pour construire un portefeuille bien diversifié .»
Nannette Hechler-Faydâherbe
De
alternatives existent
PARTNER CONTENT
Une mĂȘme ligne quelle que soit la taille du client
Lazard FrĂšres Gestion a dĂ©veloppĂ© ces trois derniĂšres annĂ©es au Luxembourg lâactivitĂ© de gestion dâactifs avec un savoir-faire Ă©prouvĂ©. La volontĂ© est de dĂ©ployer une stratĂ©gie Ă long terme.
InstallĂ©e depuis trois ans sur la Place, Lazard FrĂšres Gestion bĂ©nĂ©ficie dâune expĂ©rience sĂ©culaire en France. LĂ -bas, lâactivitĂ© de conseil financier y cĂŽtoie celle dâasset management. Câest la gestion dâactifs pour le compte de clients privĂ©s qui est dĂ©veloppĂ©e au Grand-DuchĂ©. «âNotre prĂ©sence physique Ă©tait rĂ©clamĂ©e par des clients Ă la recherche de proximitĂ©. Cela nous a permis dâĂ©largir notre rĂ©seau â», tĂ©moigne Julien Thibault-Liger, directeur gĂ©nĂ©ral dâune succursale situĂ©e au boulevard Royal qui sâadresse Ă une clientĂšle composĂ©e de familles et dâentrepreneurs luxembourgeois ou principalement europĂ©ens, attirĂ©s par la stabilitĂ© et la pĂ©rennitĂ© de la Place.
Pas de segmentation commerciale «âNous sommes reconnus pour notre activitĂ© de gestion sous mandat. Nous acceptons des clients Ă partir de 3 millions dâeuros sans pratiquer de segmentation commerciale. Quelle que soit la taille du client, il nây a pas de diffĂ©rence en matiĂšre dâaccompagnement ou dâoffre de gestion.â» Cette politique puise ses racines dans lâhistoire. «âLazard FrĂšres Gestion Ă©tait initialement le family office de nos associĂ©s-gĂ©rants. Leur argent Ă©tait confiĂ© Ă des gestionnaires de portefeuille trĂšs expĂ©rimentĂ©s. Au fil des annĂ©es, le cercle des bĂ©nĂ©ficiaires sâest Ă©largi aux amis des associĂ©s-gĂ©rants, puis Ă des clients extĂ©-
rieurs, avec comme spĂ©cificitĂ© une offre de gestion identique, donc un vĂ©ritable alignement dâintĂ©rĂȘts.â»
La stratĂ©gie dâinvestissement a pour but de sâinscrire dans la durĂ©e sur un modĂšle Ă la Warren Buffett. «âLa philosophie est de conserver les investissements sur longue pĂ©riode. Ă titre dâexemple, le taux de rotation du portefeuille actions europĂ©ennes est de lâordre de 18â% par an.â»
Lâun des principaux objectifs des clients de Lazard FrĂšres Gestion est de lutter contre lâĂ©rosion de leur capital. Avec lâinflation, il est nĂ©cessaire dâaller chercher de la performance sur le long terme. «âNous privilĂ©gions une gestion active en implĂ©mentant dans les portefeuilles des investissements que nous connaissons parfaitement en les passant au crible de nos analyses. Cela nous permet de maĂźtriser le risque.â»
La société a constaté une évolution dans sa clientÚle. Les grandes familles industrielles avec un patrimoine accumulé de génération en génération ont progressivement fait place à des personnes plus jeunes qui se sont enrichies plus rapidement avec des montants significatifs.
40 milliards dâencours
Pour les accompagner, lâĂ©quipe luxembourgeoise se compose Ă ce jour de quatre personnesâ: deux cĂŽtĂ© gestion, et deux cĂŽtĂ© dĂ©veloppement, avec le support des back et middle-offices en France. Le turnover
modĂ©rĂ© chez Lazard (entre 12 et 13 ans dâanciennetĂ© en moyenne) laisse le temps de cibler des profils de banquiers toujours difficiles Ă dĂ©nicher avec deux leitmotiveâ: exigence et excellence. Une croissance des effectifs au compte-gouttes pour une entreprise qui a atteint en 2024 le chiffre de 40 milliards dâeuros sous gestion pour la France, la Belgique et le Luxembourg, rĂ©partis entre la gestion institutionnelle (25 milliards) et la gestion privĂ©e (15 milliards), cette derniĂšre comptant 2.400 clients, soit une moyenne de 6,2 millions dâeuros par client privĂ©.
JULIEN THIBAULT-LIGER
Directeur général Lazard FrÚres Gestion
«âLa philosophie est de conserver les investissements sur une longue pĂ©riode.â»
Long terme
Photo Guy Wolff (archives)
Auteur CHRISTOPHE NADIN
32 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Bingo.lu, feel more home than at Home
Bingo.lu
La nouvelle plateforme immobiliÚre qui place vos désirs au premier plan.
«âLa technologie doit permettre dâintensifier la relation clientâ»
La banque privĂ©e opĂšre aussi sa mue numĂ©rique. Comment le digital redĂ©finit-il lâexpĂ©rience clientâ? Comment la technologie soutient-elle le dĂ©veloppement de lâactivitĂ©â?
Isabelle Waty, directrice de lâinnovation et de lâexpĂ©rience client au sein dâIndosuez Wealth Management Europe, Ă©voque ces enjeux.
Interview SĂBASTIEN LAMBOTTE
Portrait MARIE RUSSILLO
34 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Isabelle Waty
Pour Isabelle Waty, il faut repenser les parcours pour ĂȘtre mieux au service du client.
Ă lâĂ©chelle de la banque privĂ©e, comment dĂ©finir lâexpĂ©rience clientâ? Et comment Ă©volue-t-elleâ?
LâexpĂ©rience client comprend lâensemble des interactions que nos clients entretiennent avec la banque. Elle passe par les canaux numĂ©riques, interface e-banking ou application, mais pas uniquement â rendez-vous physiques, entretiens tĂ©lĂ©phoniques ou Ă©vĂ©nements. Alors que lâactivitĂ© se transforme, considĂ©rant les nouvelles attentes des clients et les possibilitĂ©s offertes par les solutions digitales, lâenjeu est dâutiliser au mieux la technologie pour quâelle soit crĂ©atrice de valeur, Ă la fois pour nos Ă©quipes et pour nos clients. Celle-ci doit nous permettre de fluidifier lâensemble des parcours client et faciliter les interactions entre nos diffĂ©rents dĂ©partements. Ătant donnĂ© ma fonction, mon objectif est de soutenir cette transformation et dâidentifier comment lâinnovation peut permettre dâamĂ©liorer lâexpĂ©rience vĂ©cue par chaque client. Câest aujourdâhui un enjeu-clĂ© pour la banque.
Quâest-ce qui oriente cette transformationâ? En quoi est-elle crucialeâ?
Ce mouvement, Indosuez lâa engagĂ© il y a cinq ans, avec la volontĂ© dâaccĂ©lĂ©rer la transformation numĂ©rique de lâactivitĂ©. La banque de dĂ©tail avait dĂ©jĂ entamĂ© ce virage technologique il y a plus dâune dizaine dâannĂ©es. Au niveau de la banque privĂ©e et de la gestion de fortune, cependant, lâurgence Ă©tait moindre, lâexpĂ©rience attendue par le client nâĂ©tant pas tout Ă fait la mĂȘme, le marchĂ© Ă©tant diffĂ©rent. La qualitĂ© de la relation interpersonnelle entre le client et son conseiller prime toujours Ă lâheure actuelle. Toutefois, nos clients Ă©tant dĂ©sormais habituĂ©s Ă utiliser des solutions numĂ©riques pour la plupart des aspects de leur quotidien â pour se dĂ©placer, au travail, pour leurs loisirs â, la banque privĂ©e doit, elle aussi, leur proposer des solutions qui correspondent Ă ces standards. Dans un marchĂ© concurrentiel, pour rester compĂ©titifs, capter une nouvelle clientĂšle, nous devions donc faire Ă©voluer notre approche, accĂ©lĂ©rer notre transformation, marquer une rupture dans la maniĂšre de faire Ă©voluer la banque et nos services.
Quels sont les principaux enjeux en lien avec la transformation de lâexpĂ©rience utilisateurâ?
Cela ne se limite pas Ă proposer une interface conviviale via une application mobile ou une interface web banking. Cette transformation est beaucoup plus profonde. Elle reprĂ©sente une opportunitĂ© de repenser notre modĂšle, notre fonctionnement interne, la maniĂšre dont nous interagissons rĂ©guliĂšrement avec nos diffĂ©rents clients dans lâoptique de renforcer lâintensitĂ© relationnelle avec eux, valeur chĂšre au CrĂ©dit Agricole. Lâune des forces de la banque, comme lâa rĂ©vĂ©lĂ© une enquĂȘte de satisfaction menĂ©e lâannĂ©e derniĂšre, rĂ©side dans la proximitĂ© que nous entretenons avec nos clients. Câest notamment pour ce sens du relationnel que nous sommes reconnus et recommandĂ©s.
Comment bien aborder cette transformationâ?
Il sâagit de repenser le parcours des clients et, pour cela, le parcours du collaborateur. Une telle dĂ©marche va avoir des rĂ©percussions sur lâensemble de la chaĂźne de valeur, en positionnant le client au centre de nos rĂ©flexions. Il faut donc avant tout bien connaĂźtre cette chaĂźne, identifier comment les diverses Ă©quipes y contribuent, identifier les systĂšmes et processus impactĂ©s, pour in fine, repenser le parcours pour mieux servir le client. On comprend alors que cette dĂ©marche au service de lâamĂ©lioration de lâexpĂ©rience client est transversale. Si cette transformation est profonde, elle nous permet aussi de mieux faire prendre conscience Ă chaque collaborateur de lâimportance de son rĂŽle, au service du client et de sa satisfaction.
Quel est le principal apport de la technologie au service de lâamĂ©lioration du parcours clientâ?
Elle est avant tout lĂ pour faciliter les interactions, les Ă©changes que lâon a en interne, pour nous aider Ă mieux servir le client. Elle doit aussi nous permettre de gagner en agilitĂ©, dâĂȘtre plus rapides dans la mise sur le marchĂ© de nouvelles solutions, de nouveaux services et fonctionnalitĂ©s, ou mĂȘme de nouveaux produits. Aujourdâhui, les possibilitĂ©s offertes par le numĂ©rique sont nombreuses. Cependant, lorsquâon est
BIO EXPRESS
Câest en 2019 quâIsabelle Waty rejoint Indosuez Wealth Management. Elle se voit confier la direction de lâinnovation et de la transformation digitale de la banque pour le Luxembourg, la Belgique, lâItalie, lâEspagne et le Portugal. Depuis lâannĂ©e derniĂšre, elle est aussi responsable de lâexpĂ©rience client pour lâensemble des entitĂ©s dâIndosuez. Ces deux casquettes, complĂ©mentaires, lui permettent dâaccĂ©lĂ©rer la dynamique de digitalisation qui anime lâinstitution. Au fil de sa carriĂšre dans le domaine de la finance au Luxembourg, Isabelle Waty a souvent explorĂ©, en se rapprochant du monde des start-up notamment, comment la technologie pouvait ĂȘtre mise au service de la crĂ©ation de valeur et contribuer Ă amĂ©liorer lâexpĂ©rience des utilisateurs.
36 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Conversation Isabelle Waty
une banque privĂ©e, il est important de les maĂźtriserâ: la technologie doit ĂȘtre bien comprise de nos collaborateurs, pour leur permettre de trouver les leviers afin dâamĂ©liorer leur quotidien pour un meilleur service client. Câest dans cette optique, notamment, que nous avons mis en place des Ă©quipes dĂ©diĂ©es Ă lâinnovation pour insuffler une nouvelle culture dâentreprise et adapter nos mĂ©thodes de travail. Câest aussi dans cette perspective que nous nous sommes rapprochĂ©s de lâĂ©cosystĂšme fintech, dont les membres dĂ©veloppent des expertises technologiques sur des sujets bien prĂ©cis. Ils nous permettent dâavancer beaucoup plus rapidement que si nous devions les envisager Ă travers des projets de dĂ©veloppement toujours menĂ©s en interne. Dans cette dĂ©marche, lâidĂ©e est de pouvoir nous appuyer sur des logiciels existants, et de pouvoir tester plus facilement de nouvelles solutions et technologies. Le rapprochement de nos Ă©quipes avec des acteurs de la fintech permet aussi Ă nos collaborateurs de monter en compĂ©tences plus efficacement sur certains sujets numĂ©riques.
Travailler avec les acteurs de la fintech nâest pas toujours apparu comme quelque chose dâĂ©vident pour les acteurs traditionnels de la financeâŠ
En effet. Pour une banque privĂ©e, dont lâactivitĂ© sâappuie sur des systĂšmes hĂ©ritĂ©s, parfois peu mallĂ©ables, pouvoir travailler avec ces sociĂ©tĂ©s innovantes, pouvoir facilement intĂ©grer leurs solutions a impliquĂ© dâopĂ©rer un changement dâĂ©tat dâesprit. Dâabord, il faut accepter dâadopter des solutions clĂ©s en main, sans vouloir Ă tout prix «âtrop les tordreâ» pour les faire correspondre Ă un besoin prĂ©cis. Dâautre part, ces acteurs technologiques, pour beaucoup, ont Ă©tĂ© perçus comme des «âennemisâ». Il a fallu changer cette perception de love and hate relationship, pour les considĂ©rer comme des partenaires, des leviers de crĂ©ation de valeur. Enfin, il faut que lâarchitecture informatique de la banque Ă©volue pour faciliter lâintĂ©gration de ces solutions. ConsidĂ©rant notre dette technologique, le dĂ©fi a Ă©tĂ© de la faire Ă©voluer, notamment
«âRepenser le parcours des clients et, pour cela, le parcours du collaborateur.»
au travers du dĂ©ploiement dâinterfaces de programmation permettant Ă lâancien monde et au nouveau de sâinterfacer facilement. Au-delĂ , il y a aussi un dĂ©fi culturel, qui vise Ă faire travailler ensemble les Ă©quipes de la banque â qui Ă©voluent dans un cadre contraint â et des talents numĂ©riques issus des fintech, oĂč tout va beaucoup plus vite. Cela prend du temps. Mais les avantages, en termes dâagilitĂ© et dâĂ©volutivitĂ© de nos services, sont importants.
Avez-vous des exemples illustrant la maniĂšre avec laquelle la collaboration avec des acteurs de la fintech a contribuĂ© Ă amĂ©liorer lâexpĂ©rience clientâ?
DĂšs 2019, nous avons nouĂ© une collaboration avec Wealth Dynamix, qui dĂ©veloppe une solution client relationship management (CRM) et client lifecycle management (CLM) intĂ©grant un ensemble de fonctionnalitĂ©s qui contribuent justement Ă lâamĂ©lioration de la relation entre son banquier et son client. Elles permettent Ă nos conseillers de disposer dâune vue Ă 360 degrĂ©s des familles que nous servons et soutiennent leur accompagnement tout au long de leur cycle de vie au sein de la banque, de lâonboarding Ă la rĂ©alisation du KYC ainsi que dans le suivi du parcours de chaque client ou encore lâidentification des opportunitĂ©s commerciales. Un tel outil permet de fluidifier les Ă©changes et de personnaliser la relation. Cette collaboration a contribuĂ© Ă amĂ©liorer la solution pour, in fine, mieux accompagner nos clients. LâannĂ©e derniĂšre, Indosuez Wealth Management a acquis une participation majoritaire (70â%, ndlr) dans Wealth Dynamix.
On parle dâun CRM, soit dâune solution stratĂ©gique, dans le cadre de votre mĂ©tierâŠ
Oui. Le dĂ©ploiement dâune telle solution a un impact sur lâensemble des dĂ©partements de la banque, qui gravitent autour du client. Câest un outil central. On comprend dĂšs lors que lâenjeu, Ă travers un tel projet, nâest pas uniquement technologique. Sa mise en Ćuvre a impliquĂ© de repenser nos façons de travailler, les processus et les workflows, lâassignation des tĂąches qui incombent Ă cha-
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 37
cun pour gagner en efficience de maniĂšre transversale. Tout projet de transformation digitale a des composantes organisationnelles, culturelles et humaines importantes.
Il faut les considĂ©rer bien en amont du projet, pouvoir expliquer pourquoi on les met en Ćuvre, quels sont les bĂ©nĂ©fices attendus. Il ne faut pas nĂ©gliger les enjeux dâaccompagnement du changement en Ă©tant proches des Ă©quipes sur le terrain.
Comment vos clients, nĂ©s avec un smartphone dans les mains, souhaitent-ils voir Ă©voluer lâexpĂ©rience que leur offre la banque privĂ©eâ?
Les attentes, eu Ă©gard au numĂ©rique, aux nouvelles fonctionnalitĂ©s proposĂ©es via nos interfaces, ne concernent pas uniquement les plus jeunes. Nous avons une clientĂšle dont la moyenne dâĂąge demeure Ă©levĂ©e, ce qui ne lâempĂȘche pas dâĂȘtre aujourdâhui trĂšs Ă lâaise dans lâutilisation des outils digitaux. Une grande part de nos clients souhaitent interagir avec nous, consommer les services bancaires autrement, notamment sur base des expĂ©riences dont ils profitent par ailleurs dans leur vie quotidienne. Ă travers nos canaux numĂ©riques, une interface dâe-banking ou une application mobile, ils veulent pouvoir accĂ©der facilement Ă leurs donnĂ©es, notamment celles liĂ©es Ă la valorisation de leurs actifs de toute nature, que celles-ci Ă©voluent de maniĂšre dynamique, en temps rĂ©el. Pour un certain nombre dâĂ©lĂ©ments, ils souhaitent pouvoir initier des transactions de maniĂšre autonome ou encore facilement rentrer en contact avec leur conseiller et les expertises de la banque.
Via les canaux numĂ©riques, quâest-ce qui est attendu de la clientĂšle dâune banque privĂ©e au-delĂ des fonctionnalitĂ©s proposĂ©es par lâe-banking dâune banque de dĂ©tailâ?
Nos clients souhaitent accĂ©der Ă un contenu qualitatif, directement liĂ© Ă notre expertise dans le domaine du conseil en investissement et en gestion patrimoniale. LâannĂ©e derniĂšre, nous avons donc lancĂ© une nouvelle plateforme sur laquelle nos clients accĂšdent Ă toute notre expertise, aux analyses et recommandations de nos conseillers et gestionnaires. Cela leur est proposĂ© sous la forme dâarticles, de pod-
casts ou encore de vidĂ©ocasts, selon la profondeur de lâinformation souhaitĂ©e (accĂšs au dĂ©tail des diffĂ©rents actifs financiers, ndlr), de maniĂšre simple et ergonomique.
Le fait de partager cette information prĂ©cieuse ne dĂ©force-t-il pas le rĂŽle du conseillerâ?
Au contraire. On se rend compte que le partage de cette information permet au client de mieux prĂ©parer le rendez-vous suivant et, lors de la discussion avec son conseiller, dâapprofondir la relation. Le client, globalement, est mieux informĂ©. Notre valeur ajoutĂ©e, au dĂ©part de son niveau de connaissance et de sa situation patrimoniale, rĂ©side dans lâaccompagnement que nous lui offrons. On peut aller davantage dans la personnalisation de la relation.
Le numĂ©rique vient supporter la relation, permet dâaller davantage au fond des choses. De la mĂȘme maniĂšre, la technologie permet de rĂ©duire les contraintes liĂ©es aux aspects administratifs. Le temps que lâon gagne en Ă©vitant de devoir imprimer, consulter et signer une pile de papier lors dâun rendez-vous, grĂące Ă la signature Ă©lectronique notamment, permet des Ă©changes plus qualitatifs et fluides. Câest avant tout ce que le client attend de son conseiller en gestion de fortune.
Le sujet du moment, si lâon parle de technologie, câest lâintelligence artificielle. Comment cette technologie peut-elle contribuer Ă amĂ©liorer lâexpĂ©rience clientâ?
Ă nos yeux, lâintelligence artificielle doit avant tout supporter les mĂ©tiers, nos collaborateurs, dans la rĂ©alisation de leurs missions au quotidien. LâIA est un levier que nous explorons dans cette perspective, mais il nâest pas le seul. Lâautomatisation, Ă travers le dĂ©ploiement de robots, contribue aussi Ă amĂ©liorer notre efficacitĂ© opĂ©rationnelle. LâintĂ©gration de ces technologies Ă lâĂ©chelle de la banque implique de questionner nos processus, de pouvoir les identifier de bout en bout afin dâenvisager de faire mieux en procĂ©dant autrement ou en recourant Ă la technologie. On peut se demander, pour chaque tĂąche, si celle-ci doit ĂȘtre forcĂ©ment exĂ©cutĂ©e par un humain. Si non, quelles sont les alternativesâ? Actuellement, au sein de la banque, nous avons
DANS TOUTES
LES LANGUES
Pour rĂ©pondre aux besoins de traduction â importants lorsque lâon sert une clientĂšle internationale â Indosuez sâappuie sur lâintelligence artificielle. En lâoccurrence, il sâagit aussi dâune histoire de rapprochement entre la banque privĂ©e et une fintech incorporĂ©e au sein de la Luxembourg House of Financial Technology, Ă savoir Lingua Custodia. La startup a aussi rejoint le programme dâaccĂ©lĂ©ration Le Village by CA. Aujourdâhui, le moteur dâintelligence artificielle de la start-up spĂ©cialisĂ©e dans le traitement automatique du langage naturel est utilisĂ© Ă travers les entitĂ©s du groupe partout en Europe, contribuant grandement Ă accĂ©lĂ©rer la productivitĂ© des Ă©quipes dans la traduction ou la retranscription de paroles dans toutes les langues.
38 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 Conversation Isabelle Waty
une quinzaine de robots qui exécutent des tùches et qui nous permettent de gagner du temps, de concentrer des efforts sur la création de valeur aux yeux des clients.
LâIA, dâautre part, doit nous permettre aussi dâexplorer plus en profondeur nos donnĂ©es, afin de mieux comprendre nos enjeux et dâouvrir de nouvelles perspectives, dâenvisager de nouvelles solutions ou de nouveaux produits. Le prĂ©alable, pour avancer dans cette direction, est de sâassurer de disposer de donnĂ©es de qualitĂ©. On constate une forte appĂ©tence des mĂ©tiers autour de ces dĂ©veloppements.
Quâen est-il de lâIA gĂ©nĂ©rativeâ?
Au niveau des Ă©quipes, des collaborateurs qui ont pu expĂ©rimenter les capacitĂ©s de ChatGPT souhaitent aussi pouvoir travailler en sâappuyant sur de tels outils. Nous explorons les possibilitĂ©s de les dĂ©ployer Ă lâĂ©chelle de la banque, pour produire du contenu, rechercher et synthĂ©tiser de lâinformation, mettre en page des documents ou les enrichir au moyen de graphiques. Ă travers cette technologie, il est possible dâaller plus loin dans la personnalisation des services proposĂ©s aux clients. Cependant, il faut se doter dâune gouvernance ad hoc, pouvoir accompagner ce changement, en considĂ©rant des enjeux de conformitĂ© et en veillant Ă garantir la prĂ©servation de la confiance que nous accordent nos clients. Ă la fin, câest lâhumain qui doit avoir le dernier mot. Il faut avancer progressivement, en veillant Ă fixer le cadre. Câest au niveau du Lab Innovation dâIndosuez, actuellement, que nous envisageons ces dĂ©veloppements futurs.
Quel est le rĂŽle de ce Labâ?
Ces dĂ©marches dâinnovation et de transformation digitale sâappuient sur une Ă©quipe internationale. Jâai des homologues dans dâautres entitĂ©s dâIndosuez, en France, Ă Monaco, en Suisse. Au dĂ©part du Luxembourg, le groupe pilote la succursale belge, lâitalienne, lâespagnole et, depuis fĂ©vrier, la succursale portugaise. Ă travers toutes ces entitĂ©s, lâidĂ©e est de renforcer un Ă©cosystĂšme qui soutient lâinnovation, en faisant remonter des besoins et des idĂ©es, en se rapprochant des start-up. Cet Ă©cosystĂšme est une source importante dâinspiration. Au niveau de notre Lab
LA DIGITALISATION DU MIDDLE ET BACK OFFICE
Les domaines dans lesquels les prestataires de services de gestion de patrimoine investissent le plus dans les technologies de middle et de back-office.
Source Building a Future-Ready Investment Firm - ThoughtLab
Cyberinformation et cybersécurité
Gestion des données et analyse
Traitement et rÚglement des opérations commerciales
Gestion et acheminement des ordres de transaction
Centre de contact Finances et audit
Gestion des risques, juridique
Comptabilité de portefeuille
Rapport sur les clients
Conformité réglementaire
Gestion des comptes clients
Gestion de lâidentitĂ© et de lâaccĂšs des clients
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 39
0â% 10â% 20â% 30â% 40â% 50â% 60â% 70â% 80â%
Maintenant Dans trois ans 62â% 48â% 45â% 40â% 34â% 32â% 27â% 26â% 22â% 21â% 41â% 20â% 21â% 25â% 29â% 36â% 32â% 30â% 57â% 59â% 35â% 65â% 17â% 17â%
«âLâintĂ©gration de ces technologies Ă lâĂ©chelle de la banque implique de questionner nos processus, de pouvoir les identifier de bout en bout afin dâenvisager de faire mieux en procĂ©dant autrement ou en recourant Ă la technologie.»
FACILITER LA COMMERCIALISATION
DES ACTIFS PRIVĂS
Le rapprochement de la banque avec des fintech permet aussi dâaccĂ©lĂ©rer sa transformation auprĂšs des clients professionnels. Ă cĂŽtĂ© de Wealth Dynamix, Indosuez Wealth Management est par exemple aussi entrĂ©e au capital de la start-up AirFund, dont la plateforme digitale vise Ă simplifier la mise en relation entre sociĂ©tĂ©s de gestion et distributeurs de fonds de private markets (actifs non cotĂ©s) auprĂšs des particuliers. Amundi est montĂ©e au capital de la start-up en mĂȘme temps que la banque privĂ©e. Pour Indosuez, ce rapprochement doit faciliter la commercialisation des fonds dâactifs privĂ©s gĂ©rĂ©s par la banque privĂ©e et simplifier les opĂ©rations de souscription et rachat dans ces fonds.
Innovation, nous explorons ces idĂ©es et les possibilitĂ©s que nous offre la technologie autant que nous envisageons de nouvelles maniĂšres de travailler, de nous organiser, afin de soutenir la transformation Ă lâĂ©chelle du groupe. Câest Ă ce niveau que nous cherchons Ă mettre en place les nouvelles solutions, en dĂ©veloppant des partenariats avec nos Ă©quipes ou des fintech par exemple. Les Ă©quipes du Lab sont en full agile et ont dĂ©veloppĂ© de nouveaux services digitaux pour nos clients â et ce, dans un temps trĂšs court. Câest toute la promesse du Labâ: dĂ©livrer un produit en trois mois. Lâenjeu, Ă ce niveau, est de valider la valeur ajoutĂ©e que ces nouvelles solutions apportent Ă nos clients, et ce, en les impliquant dĂ©sormais directement dans nos dĂ©marches dâinnovation.
Dans quelle mesure la technologie transforme-t-elle le mĂ©tier de la banque privĂ©eâ?
Depuis 20 ans, nos mĂ©tiers ont considĂ©rablement Ă©voluĂ©. La gamme des produits proposĂ©s sâest Ă©largie et complexifiĂ©e. La rĂ©glementation sâest accrue. Nous devons aujourdâhui considĂ©rer dâautres dimensions, notamment autour de la finance et de ses impacts sociĂ©taux et environnementaux. Lâenjeu est de se doter des capacitĂ©s pour Ă©voluer plus rapidement. La volontĂ© est de gagner en agilitĂ©, Ă travers nos laboratoires, mais aussi en se rapprochant des start-up, dâitĂ©rer beaucoup plus pour faire Ă©voluer nos solutions, nos organisations. Lâobjectif est de pouvoir se transformer suivant des cycles de dĂ©veloppement beaucoup plus courts et, de cette maniĂšre, dâamĂ©liorer en continu toutes nos solutions. Dans cette optique, la volontĂ© est dâĂȘtre beaucoup Ă lâĂ©coute du terrain, de nos collaborateurs comme de nos clients, pour identifier les besoins et valider les hypothĂšses. Nos clients sont dâailleurs trĂšs heureux dâĂȘtre impliquĂ©s de la sorte dans la dĂ©marche. Câest aussi une maniĂšre dâintensifier la relation et, in fine, de sâassurer que lâon pourra continuer Ă enchanter chacun dâeux.
40 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 Conversation Isabelle Waty
Who truly âownsâ the client relationship with HNWIs?
In the high-stakes world of wealth management, this question looms large. Recent personnel shifts in major banks have intensified this debate. As seasoned professionals switch allegiances, their HNWI clients find themselves at a crossroads.
Sanel Muranovic, Senior Private Banker at Banque Havilland S.A.
THE DANCE OF TRUST AND CONTINUITY
The banker and the bank play pivotal roles in the delicate dance of wealth management. On the one hand, the banker, with their personalised service, deep understanding of client needs, and ability to build strong relationships, becomes the confidant. The bank, on the other hand, provides the institutional framework, financial products, and stability. If the banker changes employers, the stakes rise. HNWIs must weigh trust, continuity, and personal connections against the allure of a new banking environment. It is a high-stakes game where loyalty and pragmatism collide. Trust is the currency of wealth management. HNWIs entrust their fortunes, relying on expertise, discretion, and commitment. When a banker switches banks, the client faces a dilemma: do they follow their trusted advisor, risking disruption, or stay with the familiar institution?
THE TUG-OF-WAR:
CONTINUITY VS. PERSONAL CONNECTIONS
Transitioning to a new banking environment involves more than just moving accounts. Change disrupts established routines, relationships and processes. HNWIs value continuity â knowing that their financial affairs will be handled seamlessly, regardless of personnel changes.
Personal connections matter too. The rapport between a banker and their client transcends transactions. It is about shared goals, mutual understanding, and a history of successful collaboration.
SOLVING THE CONUNDRUM
Banks must recognise that HNWIs are not mere accounts; they are relationships. To retain clients, banks should:
Empower private bankers: invest in training, technology, and resources to enhance bankersâ capabilities.
Institutionalise relationships: develop robust CRM systems that outlast individual advisors.
Collaborate across teams: a team-based approach ensures clients benefit from collective expertise.
IN THE END, IT IS NOT ABOUT WHO âOWNSâ THE RELATIONSHIP â IT IS ABOUT NURTURING IT COLLECTIVELY
Banks that prioritise trust, continuity, and personal connections will win the loyalty of HNWIs, ensuring a prosperous future for both clients and employees.
Crédit Banque Havilland S.A. FOR MORE INFORMATION Banque Havilland S.A. info@banquehavilland.com www.banquehavilland.com PARTNER CONTENT
Luc
Innovation & Regulation go hand in hand
The expectations of wealthy clients are constantly evolving, driven by the need for innovation and hyper-personalisation, as well as by the appeal of sustainable investment. Despite these trends, the human factor and expertise remain central to our ability to provide exclusive wealth support.
Within the Luxembourg life insurance sector, two trends are taking shape that are impacting not only the way insurance companies interact with partners and clients, but also the products and services they offer. The first trend, linked to clientsâ expectations, is innovation, which must be supported by the entire Luxembourg ecosystem. With a little hindsight, we can say that âthe first wave of innovation we experienced dates back to the 1990s, and concerned the regulatory aspect. The second took place in the 2000s and enabled insurance companies to adapt their wealth management solutions. In the 2010s, these same companies sought to improve their efficiency. We were talking about operational innovation. Finally, in the 2020s, innovation has taken on a technological and digital dimension,â explains Luc Rasschaert, CEO of WEALINS. These innovations must now be continued and accelerated to help Luxembourgâs financial centre stand out in the face of competition from other European countries. For example, some of the proposed changes to the law are likely to have an impact on the rules governing professional secrecy. Accordingly, the use
Photo Marie Russillo
(Maison Moderne)
Sponsored content by WEALINS Life insurance
42 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Rasschaert, CEO & Flavia Micilotta, ESG Investment Specialist.
of the cloud should multiply the opportunities available to the life insurance and wealth management sector.
Focus on a client-centric approach
This innovation is all the more necessary as it enables us to meet the expectations of wealthy clients. Both the younger generation and some older policyholders now want solutions that meet their specific needs. âWeâre talking about a personalised, tailor-made approach. They also want greater responsiveness and flexibility in accessing and exchanging information. For a company like WEALINS, itâs important to be resilient, to adapt quickly to innovation, to the use of new technologies, and to adopt the ATAWAD (anytime, anywhere, any device) concept. We call our unique approach âWealth Insurance as a Serviceâ. This encompasses both the products and the services we offer our partners and clients, including our expertise and know-how in wealth management and structuring, and our digital offering.â
With this in mind, the company has wiped the slate clean of its multiple IT systems to offer a single digital platform (eÂWealins) to its partners and their clients. It offers a number of advantages, including responsiveness, efficiency and reliability in data management. For example, it also gives the broker the opportunity to answer a clientâs questions, or to obtain information about his or her insurance policy. The platform is constantly evolving to meet the current and future needs of WEALINSâ partners and clients.
Combining positive impact and financial performance
Several studies have offered the evidence that the sustainable finance regulatory framework has been developed at such a rapid pace that much of the industry is still pondering on the most relevant implications and their impacts on their business models. One of the latest survey in this respect, published by Oxford Riskâ1 , has in fact shown that only 13% of asset managers, who are the main partners of insurance companies, really understand these ESG laws and requirements. âThey are at a loss as to how to integrate the impacts into their work and
communicating them clearly to their clients. All these considerations need to be understood, translated, and transposed into investment products,â comments Flavia Micilotta, ESG Investment Specialist.
Another challenge concerns the demands of regulators. These require asset managers to ask clients about their sustainability preferences. Although over 90% of them (always according to the Oxford Risk report1) consider this âmappingââ to be the most important part of their work, the time devoted to it remains limited.
The ESG movement has become more than just a trend. âMore and more families want to make a commitment to ESG when it comes to their investments, especially the younger generation. Managing the evolution of clientsâ preferences, which sometimes differ within the same family, is particularly complex for managers.â
Convinced that the integration of ESG criteria and financial performance can go hand in hand, WEALINS takes a close interest in this subject, which influences the way we develop products, reach clients, and interact with partners. The company intends to be a valuable support for partners. âWe want to act as a facilitator and help them improve their knowledge of legislation to make it easier to understand sustainable finance and their clientsâ preferences, and integrate them into their policy. We help them assimilate this information and meet the expectations of clients and regulators, we offer them trainings through our webinars and other presentations. Our e-Wealins platform also makes it easier for our partners to capture clientsâ sustainability preferences.â
Once again, WEALINS has a leading role to play. âWe want to be useful and support our partners as they face the challenges ahead. We are working in an increasingly complex environment, which is why data management, knowledge sharing, and wealth support will be more than ever necessary,â concludes Luc Rasschaert.
1 Source of the surveyâ https://www.wealthbriefing.com/html/ article.php/The-ESG-Phenomenon%3A-Oxford-Risk-Study
THE FOUR PHASES OF INNOVATION
1990s - Regulatory innovation
The life insurance industry needed a regulatory framework.
2000s - Wealth management innovation
Creativity was needed to interpret the regulations and come up with appropriate wealth management solutions.
2010s - Operational innovation
These solutions needed operational efficiency.
2020s - Technological/digital innovation
An omnichannel approach (human and digital) had to be implemented to enable insurance companies to respond to the current and future wealth expectations of their clients.
BRAND VOICE PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 43 TO FIND OUT MORE, VISIT WWW.WEALINS.COM
Hyperautomatisation, lâimpossible graal
Plus simple, plus rĂ©actif, plus rigoureux, plus intelligent, plus disponible, plus personnalisĂ©â: lâindustrie rĂȘve dâun «âall-inâ». Mais, en fin de course, chaque acteur devra se rĂ©inventer de maniĂšre trĂšs ciblĂ©e.
Et si lâhyperautomatisation nâĂ©tait pas un «âmust haveâ» lorsque lâon est gestionnaire de fortuneâ? «âJâaime dâabord examiner le problĂšme, puis dĂ©terminer quelles sont les bonnes technologies pour aider Ă le rĂ©soudre. De nombreuses technologies utilisĂ©es par les conseillers au fil du temps concernaient lâautomatisation⊠mais je constate une grande tendance vers la technologie pour rĂ©ellement prendre en charge les conseils centrĂ©s sur le client.â»
Au moment oĂč tout le monde ne parle que dâintelligence artificielle et de quelques innovations de pointe, le fondateur et CEO de d1g1t, Dan Rosen, est lâun des rares qui fasse entendre une voix diffĂ©rente. Pour ce professeur adjoint de finance mathĂ©matique Ă lâUniversitĂ© de Toronto et premier directeur du Centre des institutions financiĂšres du Fields Institute, la vĂ©ritĂ© est surtout dans le «âdiagnostic du patrimoineâ» des clients fortunĂ©s, Ă partir duquel le fournisseur de service peut construire une relation et une stratĂ©gie Ă long terme. Son postulat est double : dâun cĂŽtĂ©, les acteurs traditionnels ont du mal Ă actualiser leur «âvieilleâ» technologie pour dĂ©livrer Ă leurs clients les meilleurs conseilsâ; de lâautre, les robo-advisors ont quasiment tous Ă©tĂ© construits de maniĂšre simpliste sur la baisse des frais et des conseils dâinvestissement trĂšs basiques. Il nâest pas le seul Ă partager cette idĂ©e. Au point que, depuis quelques annĂ©es, a surgi
une nouvelle dynamique qui consiste, dans le cadre de la transformation digitale des acteurs du wealth management â encore trĂšs loin dâĂȘtre aboutie â, non pas Ă proposer le graal qui permettrait de tout rĂ©gler en un seul endroit, mais une solution qui permette dâidentifier Ă quels endroits amĂ©liorer quels processus pour rendre chaque acteur plus performant, que ce soit pour lâonboarding des fortunĂ©s clients, pour tout le back-office sur le passage des ordres ou dans la dĂ©tection de nouvelles opportunitĂ©s dâinvestissement. Non pas pour tout automatiser mais pour libĂ©rer lâhumain et le mettre au service de lâhumain beaucoup plus fortunĂ©. Rien de neuf sous le soleilâ? Peut-ĂȘtre. Mais cela se complique. Exempleâ? Les systĂšmes dâautomatisation intelligents peuvent utiliser lâautomatisation des processus robotiques (RPA) et la reconnaissance optique de caractĂšres (OCR) pour numĂ©riser et extraire les donnĂ©es des documents de clients, rationalisant la configuration et la maintenance des nouveaux comptes⊠Mais qui garantit que ces donnĂ©es personnelles restent absolument Ă lâabri des regards dans un contexte de compliance accrue, de KYC et de lutte contre le blanchimentâ? Quid de lâintelligence artificielle qui assiste la dĂ©tection des opportunitĂ©s dâinvestissementâ? Comment savoir ce quâelle «âfavoriseâ» et ce quâelle dĂ©laisseâ?
KIDBROOKE ET LâESPRIT
MONTE CARLO
NĂ©e Ă Londres et Ă©migrĂ©e Ă Stockholm, Kidbrooke a pivotĂ© pour crĂ©er un cadre de transformation numĂ©rique Ă trois niveauxâ: gestion des donnĂ©es moderne, nouvelle approche de rĂ©ponse aux questions financiĂšres pour donner de la cohĂ©rence aux stratĂ©gies Ă©laborĂ©es pour les clients, et «âomni-channel businessâ», oĂč la solution aligne toutes les mĂ©thodes de calculs de probabilitĂ© pour rendre lâavenir⊠plus probable.
Technologie
Journaliste THIERRY LABRO
44 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
10 Ă 6
Private Equity Outlook
Avec un environnement rĂ©glementaire favorable, une Ă©conomie rĂ©siliente, un accent mis sur lâinvestissement durable, lâinnovation numĂ©rique, les opportunitĂ©s transfrontaliĂšres et la demande croissante des investisseurs, le Luxembourg est bien positionnĂ© pour capitaliser sur le marchĂ© florissant du private equity.
Avec la participation de Alain Kinsch (Luxembourg Stock Exchange), Giuliano Bidoli (BC Partners), Helene Noublanche (Coller Capital), Yannick Oswald (Mangrove Capital Partners), Clarisse Leduc (European Investment Funds), Peter Brown (Aztec Financial Services), Alain Rodermann (Expon Capital), Martine Kerschenmeyer (Korn Ferry) et GisĂšle Duenas Leiva (Blackrock)
Inscription sur paperjam.lu/club REAL-TIME TRANSLATION ïżœïżœhïżœïżœ - ïżœïżœhïżœïżœ | Kinepolis Kirchberg
MARDIïżœïżœ JUINïżœïżœïżœïżœ General partner
La Spuerkeess sâest transformĂ©e
Face Ă la demande grandissante de la clientĂšle, en recherche de prestations qui rĂ©pondent toujours plus adĂ©quatement Ă ses attentes, les institutions qui offrent des services de banque privĂ©e sâorganisent. Alain Uhres, head of private banking Ă la Spuerkeess, et Fred Kutten, son adjoint, tĂ©moignent de cette transformation indispensable.
La personnalisation des services est aujourdâhui un axe de dĂ©veloppement et de diffĂ©renciation majeur pour les banques privĂ©es en quĂȘte de nouvelles sources de revenus. Si les grands acteurs entiĂšrement dĂ©diĂ©s Ă la gestion de fortune ont tendance Ă sâorienter vers une clientĂšle disposant dâavoirs de plus en plus Ă©levĂ©s, les banques plus traditionnelles ne restent pas les bras croisĂ©s. Voici deux ans, par exemple, la Spuerkeess a rĂ©organisĂ© son offre en se dotant dâun nouveau dĂ©partement Private banking dans le but de mieux servir cette clientĂšle aux attentes particuliĂšres. «âJusquâen 2022, lâactivitĂ© de banque privĂ©e Ă©tait placĂ©e sous la responsabilitĂ© de notre rĂ©seau dâagences. Aujourdâhui, il sâagit dâune entitĂ© Ă part entiĂšre, aux cĂŽtĂ©s de nos trois autres pĂŽles que sont le retail banking, la clientĂšle institutionnelle et le corporate banking, tĂ©moigne Alain Uhres, head of private banking Ă la Spuerkeess. Cette nouvelle organisation traduit une volontĂ© de personnalisation de nos services de private banking Ă destination dâune clientĂšle essentiellement de rĂ©sidence luxembourgeoise et frontaliĂšre.â»
«âAller davantage vers cette personnalisation, qui exige de maĂźtriser de nombreux sujets, Ă la fois en matiĂšre de compliance, mais aussi au niveau des produits et services.â»
En tant que banque universelle, dĂ©tenue Ă 100â% par lâĂtat luxembourgeois, la Spuerkeess prĂ©sente une trĂšs large gamme de services bancaires, qui sert directement lâactivitĂ© des clients plus fortunĂ©s. «â Au niveau de nos services de base, on retrouve les services daily banking comme les comptes courants, les cartes de paiement, notre application S-Net, qui rassemble plus de 300.000 utilisateurs aujourdâhui, explique Alain Uhres. Notre dĂ©partement, qui se situe plus haut dans la pyramide des besoins, peut puiser dans cette offre et cette infrastructure dĂ©veloppĂ©es par la banque, ce qui nous permet de profiter dâĂ©conomies dâĂ©chelle importantes.â»
Une gestion discrétionnaire de haut niveau
Pour servir au mieux sa clientĂšle, le dĂ©partement Banque privĂ©e peut Ă©galement sâappuyer sur lâexpĂ©rience acquise depuis de nombreuses annĂ©es par la banque dans la Ă ce niveau, nous proposons aujourdâhui trois approches distinctes, execution only, lâadvisory et la gestion discrĂ©tionnaire⊠à partir dâun certain seuil dâavoirs, nous pouvons rĂ©ellement
Solutions
personnalisées
Auteur MICHAĂL PEIFFER
46 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
offrir un conseil trĂšs personnalisĂ©, jusquâĂ la mise Ă disposition dâun gestionnaire professionnel dĂ©diĂ© qui prendra, dans le cas de la gestion discrĂ©tionnaire, toutes les dĂ©cisions dâinvestissement pour le compte du client, en fonction de son profil de risque et de ses attentes trĂšs prĂ©cises, en termes dâimpact environnemental notammentâ», continue Alain Uhres.
Comme dans beaucoup dâautres institutions, la personnalisation est dâabord conditionnĂ©e par le niveau des avoirs sous gestion (AuM) que le client est prĂȘt Ă confier Ă son banquier privĂ©. «âBien que la clientĂšle de la Spuerkeess diffĂšre de celle des pures maisons de banque privĂ©e, nous sommes pleinement engagĂ©s Ă dĂ©velopper des solutions avec lesquelles on peut aborder les clients family office ou ultra high net worth (UHNW), partage Fred Kutten, deputy head of private banking Ă la Spuerkeess. Ă ce niveau, notre atout est de pouvoir puiser dans toute lâexpertise dĂ©jĂ en place au sein de la banque, et tout particuliĂšrement celle des Ă©quipes de Spuerkeess Asset Management, notre filiale spĂ©cialisĂ©e en gestion de portefeuilles. Au niveau le plus prestigieux de la gestion discrĂ©tionnaire, nous avons le privilĂšge de pouvoir mettre Ă disposition de nos clients les plus fortunĂ©s un gestionnaire dĂ©diĂ© et expĂ©rimentĂ© de Spuerkeess AM, pour prendre en compte les contraintes individuelles en matiĂšre de politique dâinvestissement.â»
Lâavantage dâune banque universelle est de pouvoir accompagner ses clients tout au long de leur vie. «âGrĂące Ă cette organisation, qui se matĂ©rialise Ă travers les quatre activitĂ©s commerciales, nous pouvons offrir Ă ces clients un service Ă 360 degrĂ©s et identifier, le moment venu, les clients qui disposent du profil et des ressources pour frapper Ă la porte de notre dĂ©partement, souligne Fred Kutten. Câest notamment le cas de nos clients corporate. Au commencement, nous sommes lĂ pour financer leur projet et, une fois que leur activitĂ© se dĂ©veloppe, leurs besoins Ă©voluent. Le niveau de fortune du chef dâentreprise ou du titulaire dâune profession libĂ©rale peut augmenter. On entre petit Ă petit dans la sphĂšre des placements, de lâaccompagnement et, au final, de la banque privĂ©e. En outre, compte tenu de leur parcours, ces personnes sont souvent dâune grande fidĂ©litĂ©.â»
Afin de mieux servir sa clientĂšle de banque privĂ©e, la Spuerkeess Ă©toffe encore sa gamme de services, notamment dans le domaine du financement. «âNotre banque est trĂšs bien positionnĂ©e sur ce sujet, mais nous voulons aller plus loin pour rĂ©pondre aux besoins spĂ©cifiques des plus fortunĂ©s. Nous avons donc mis en place une Ă©quipe dĂ©diĂ©e. On pense souvent, Ă tort, que ces personnes nâont pas besoin de solutions de financement. Or, câest souvent le contraire. Et leurs besoins en la matiĂšre sont trĂšs spĂ©cifiquesâ», reprend Alain Uhres. Enfin, mĂȘme si la structuration patrimoniale nâa jamais Ă©tĂ© au cĆur des services de la banque, lĂ encore, une petite Ă©quipe est dĂ©sormais en place pour analyser en profondeur la situation du client, lâaccompagner par exemple au niveau de questions de succession, de fiscalitĂ©, de philanthropie, le plus souvent en partenariat avec des experts externes.
Un seuil dâentrĂ©e augmentĂ©
En parallĂšle de toutes ces actions, et afin de garantir le niveau de personnalisation attendu par les clients, la Spuerkeess a dĂ©cidĂ© rĂ©cemment dâaugmenter le seuil dâentrĂ©e Ă la banque privĂ©e. «âAlors que les coĂ»ts sont en augmentation constante, notamment dâun point de vue rĂ©glementaire, et que le mĂ©tier de chargĂ© de relation se complexifie, nous souhaitons limiter le portefeuille de chacun de nos conseillers, afin de les rendre plus disponible, prĂ©cise Alain Uhres. LâidĂ©e nâest pas dâexclure les gens, mais vĂ©ritablement dâaller davantage vers cette personnalisation, qui exige de maĂźtriser de nombreux sujets, Ă la fois en matiĂšre de compliance, mais aussi au niveau des produits et services que nous proposons Ă cette clientĂšle, quâil faut apprendre Ă connaĂźtre et Ă servir sur le long terme.â»
LâAPPĂTIT AU RISQUE EN GUISE DE SEGMENTATION
La spĂ©cialisation dâune banque privĂ©e passe par la segmentation de sa clientĂšle. Banque 100â% luxembourgeoise, dĂ©tenue par lâĂtat, la Spuerkeess concentre ses efforts principalement sur ses clients locaux luxembourgeois et ceux qui ont un lien direct avec le pays, comme les frontaliers. «âCette segmentation touche directement Ă lâappĂ©tit au risque de la banque. ConsidĂ©rant lâinvestissement nĂ©cessaire et le risque encouru, Ă©largir notre cible Ă dâautres zones gĂ©ographiques trop âexotiquesâ ne nous semble pas opportun, tout simplement parce que cela demande une expertise dont nous ne disposons pas. Nous avons donc dĂ©cidĂ© de nous concentrer sur ce que nous connaissons le mieux, avec lâavantage quâil est plus facile aujourdâhui dâonboarder un client rĂ©sident luxembourgeois quâun ressortissant dâune zone gĂ©ographique lointaine, notamment au regard des exigences de compliance (KYC, lutte contre le blanchiment dâargent ou le financement du terrorisme, reporting financier et extra-financier, etc.)â», confie Alain Uhres.
Vient ensuite la prise en compte du niveau de sophistication du client. «âSi, aujourdâhui, je mâoccupe dâune personne physique rĂ©sidente luxembourgeoise, lâentrĂ©e en relation sera diffĂ©rente que si nous devons ouvrir un compte pour une holding, dĂ©tenue par dâautres holdings ou par un trust, et prĂ©sente dans plusieurs juridictions Ă travers le monde. Chaque banque doit ainsi se poser la question de son appĂ©tit au risque et de ses affinitĂ©s pour certains sujets ou certaines zones gĂ©ographiquesâ», ajoute le head of private banking
Cette prĂ©occupation rejoint un autre enjeu-clĂ©, qui est celui du time consuming. «âNotre dĂ©partement rassemble environ 70 personnes. La moitiĂ© sont des chargĂ©s de relation. Lâautre moitiĂ© est lĂ pour leur apporter tout le support nĂ©cessaire Ă leur activitĂ© de conseil. Si nous souhaitons consacrer tous nos efforts Ă la satisfaction de cette clientĂšle de banque privĂ©e, nous devons nous limiter dans le scope choisiâ», conclut Alain Uhres.
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 47
Se réinventer dans un monde incertain
PortĂ©s par des prĂ©visions 2023 de trĂšs bonne facture, les acteurs de la banque privĂ©e doivent absolument oser investir, notamment dans la technologie au service de la personnalisation de lâoffre et expĂ©rience client mais Ă©galement dans un objectif dâefficience et rĂ©silience organisationnelles et opĂ©rationnelles, et ce malgrĂ© les nombreuses incertitudes qui pĂšsent aujourdâhui sur lâĂ©conomie mondiale.
Les rĂ©sultats financiers 2023 de la plupart des banques privĂ©es luxembourgeoises sâannoncent sous les meilleurs auspices. Le contexte Ă©conomique global, soutenu par la remontĂ©e des taux dâintĂ©rĂȘt, a donnĂ© une bouffĂ©e dâoxygĂšne Ă tous les acteurs de la place financiĂšre, qui disposent de nouvelles capacitĂ©s dâinvestissement. Ce tableau, certes positif, est toutefois contrebalancĂ© par la situation macroĂ©conomique actuelle, plutĂŽt tendue. «â Le principal challenge des banques privĂ©es est aujourdâhui dâoser investir, et ainsi sâassurer de leur pĂ©rennitĂ© dans un monde incertain , constate Pascal Martino, partner, banking leader au sein de Deloitte Luxembourg. Il est en effet difficile de savoir jusquâĂ quand les taux dâintĂ©rĂȘt vont rester Ă un tel niveau. Une baisse est attendue, mais Ă quel moment interviendra-t-elleâ? Ensuite, nous sommes confrontĂ©s Ă une situation gĂ©opolitique globale dont il est difficile de cerner tous les contours. Qui peut dire aujourdâhui comment vont Ă©voluer les conflits en cours, au Moyen-Orient ou en Ukraine, dans les prochains mois, sans oublier les Ă©chĂ©ances Ă©lectorales Ă venir, notamment aux Ătats-Unisâ?â»
«âSi je veux ĂȘtre un peu challengeant, la question est aujourdâhui de savoir ce que le conseiller de clientĂšle va amener en plus que lâintelligence artificielle.â»
Pour Pascal Martino, les banques privĂ©es, malgrĂ© les doutes qui pĂšsent sur lâĂ©conomie mondiale, nâont pas dâautre choix que de dĂ©lier les cordons de la bourse pour investir si elles veulent continuer Ă servir une clientĂšle fortunĂ©e prĂ©sente Ă lâinternational. «â Les dĂ©fis Ă relever sont nombreux. En premier lieu, il est aujourdâhui nĂ©cessaire dâinvestir dans la relation clientĂšle, dâapporter des solutions de pointe, toujours plus personnalisĂ©es. Cela demande de sâappuyer sur des outils informatiques modernes, mais aussi sur les talents humains, qui restent au cĆur de la relation entre la banque privĂ©e et son clientâ», souligne Pascal Martino.
Pour rĂ©pondre aux attentes de ces clients, les banquiers doivent aussi renforcer leur capacitĂ© Ă innover, afin de participer activement Ă la concurrence de plus en plus grande qui se joue Ă lâĂ©chelle europĂ©enne et mondiale. «âEn termes de technologie, et toujours dans lâobjectif dâamĂ©liorer la qualitĂ© des Ă©changes, lâintelligence artificielle, lâautomatisation de certains processus et la digitalisation dans son ensemble doivent permettre aux banques dâĂȘtre plus agiles, efficientes, mais aussi de rĂ©pondre Ă
Prévisions
Photo Matic Zorman (archives)
Auteur MICHAĂL PEIFFER
PASCAL MARTINO Partner, banking leader Deloitte Luxembourg
48 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
des enjeux rĂ©glementaires toujours plus contraignantsâ», complĂšte le partner.
Ă cela sâajoutent des attentes toujours plus Ă©levĂ©es Ă©manant des clients quant au niveau de service escomptĂ©, tendance qui sâaccompagne logiquement dâune pression sur les tarifs. «â Le challenge est donc de continuer Ă gĂ©nĂ©rer des revenus, en ayant conscience que les taux dâintĂ©rĂȘt risquent de ne pas se maintenir Ă un tel niveau trĂšs longtempsâ», analyse le banking leader de Deloitte. Dâautant que la base des coĂ»ts des acteurs de la banque privĂ©e a considĂ©rablement augmentĂ©, sous lâeffet de lâinflation et du systĂšme dâindexation des salaires propre au Luxembourg.
Dans cette situation complexe, les banquiers privĂ©s doivent prendre des dĂ©cisions stratĂ©giques importantes. «â Il est notamment crucial pour chaque acteur de dĂ©finir un positionnement clair. Il est devenu quasi impossible pour un private banker de servir tous les marchĂ©s, notamment dâun point de vue gĂ©ographique, mais aussi en termes de segmentation de la clientĂšle. Accompagner un client qui dispose dâun, de dix ou de cent millions implique des approches trĂšs diffĂ©rentes , tant au niveau de la relation que des produits et des services quâon doit ĂȘtre capable de lui proposer. On assiste donc aujourdâhui Ă un repositionnement des acteurs. â» Celui-ci sâaccompagne dâune revue de lâoffre globale. La question Ă©tant de savoir quels services et quels produits proposer, Ă quel prix, pour quel type de clientĂšle. «âLâautre levier sur lequel les banquiers privĂ©s luxembourgeois doivent travailler a trait aux coĂ»ts, ou au âcost to serveâ. Ă ce niveau, le dĂ©fi est aujourdâhui dâanalyser la rentabilitĂ© de chaque service ou produit, selon le profil du client. Et de faire, lĂ encore, des choixâ», commente Pascal Martino.
Mutualisation et outsourcing
Afin de rĂ©duire les coĂ»ts, de plus en plus dâinitiatives voient le jour, Ă travers la mise en Ćuvre de plateformes ou de produits innovants. «âTout le monde ne peut plus tout faire. On entre donc dans une logique de partenariat, notamment avec des acteurs de la fintech ou dâautres entreprises spĂ©cialisĂ©es dans un domaine particulier. On constate Ă©galement une volontĂ© grandissante de mutualiser une partie de la
chaĂźne de production. Câest notamment le cas dans des domaines tels que le reporting rĂ©glementaire, le KYC, le reporting fiscal, etc., avec la naissance de solutions. Cela peut aller jusquâau recours Ă des solutions dâoutsourcing de plus grande ampleur, que ce soit de lâIT ou de tout le back-officeâ», constate Pascal Martino.
Le rĂŽle du relationship manager doit lui aussi Ă©voluer. «âSi je veux ĂȘtre un peu challengeant, la question est aujourdâhui de savoir ce que le conseiller de clientĂšle va amener en plus que lâintelligence artificielle, interroge notre expert. Demain, la banque privĂ©e va devoir sâappuyer sur des personnes qui comprennent la technologie et savent lâutiliser. Cela nĂ©cessite Ă©galement une certaine remise en question afin de dĂ©finir oĂč se situe la plus-value de lâhumain dans ce nouvel Ă©cosystĂšme.â»
Ce quâattend un client de son banquier privĂ©, câest avant tout une relation de confiance et un partenariat sur le long terme. «âAujourdâhui, et câest heureux, on place davantage sa confiance en lâhomme quâen la machine, relĂšve Pascal Martino. Par contre, il est important que ce relationship manager sâĂ©quipe des bons outils. Il sâagit dâamener Ă son client lâexpertise financiĂšre quâil attend, qui vient en partie de son expĂ©rience, mais qui peut aussi Ă©maner de lâintelligence artificielle de plus en plus pertinente. Dâautre part, il faut pouvoir lui proposer un service personnalisĂ©. Par ailleurs, le client attend encore de son banquier une grande transparence.â»
Il y a donc une nĂ©cessitĂ© de former, dâadapter les compĂ©tences et dâĂ©quiper les banquiers privĂ©s avec les meilleurs outils du moment. Mais le dĂ©fi se situe tout autant dans la capacitĂ© des acteurs luxembourgeois, souvent de taille rĂ©duite, dâinvestir dans ces technologies et de profiter de tous les avantages quâelles offrent. DâoĂč cette nĂ©cessitĂ© dâopter pour des solutions dâoutsourcing ou de mutualisation de certaines solutions, et de rĂ©flĂ©chir davantage en tant que place financiĂšre, plutĂŽt quâen tant quâacteur isolĂ©.
Une Ă©quation difficile Ă rĂ©soudre LâĂ©quation reste complexe. Dâun cĂŽtĂ©, lâEurope incite les banques Ă participer activement au financement de lâĂ©conomie rĂ©elle, Ă mobiliser les capitaux pour soutenir le
UNE VISION FUTURE DE LâINDUSTRIE
Dâici 2028, le secteur du patrimoine aura changĂ©, selon 250 cadres supĂ©rieurs interrogĂ©s.
Source Deloitte
69â%
LâIA modifiera considĂ©rablement la façon dont leurs entreprises travaillent.
58â%
Les conseillers en investissement personnel resteront nĂ©cessaires Ă lâavenir.
55â%
Les entreprises numĂ©riques nĂ©es vont transformer le secteur du patrimoine comme elles lâont fait pour le marchĂ© de dĂ©tail.
52â%
La plupart des produits seront banalisés, ce qui obligera les fournisseurs à proposer des services à valeur ajoutée pour défendre leurs tarifs.
48â%
Les modÚles de tarification basés sur les commissions disparaßtront largement au fur et à mesure que les modÚles basés sur les honoraires se généraliseront.
47â%
La blockchain et les technologies connexes rĂ©duiront le besoin dâintermĂ©diaires, tels que les dĂ©positaires et les chambres de compensation.
39â%
Les investisseurs se tourneront principalement vers les prestataires de services dâinvestissement pour les revenus de retraite, lâassurance maladie et la planification de la longĂ©vitĂ©.
39â%
Les frontiĂšres entre la gestion de patrimoine, la banque et lâassurance sâestomperont Ă mesure que les investisseurs exigeront des services plus globaux.
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 49
«âLes cinq prochaines annĂ©es vont ĂȘtre passionnantes, notamment en termes de transformation du paysage bancaire luxembourgeois.â»
Pacte vert et la transition Ă©nergĂ©tique. De lâautre, elle impose un cadre rĂ©glementaire de plus en plus contraignant, qui rĂ©duit les marges de manĆuvre des acteurs de la finance. «âEn rĂ©ponse, on voit une tendance trĂšs forte Ă la consolidation du marchĂ©, avec des acteurs dĂ©sireux dâatteindre une taille critique suffisante pour adresser tous ces sujets et bĂ©nĂ©ficier de la capacitĂ© dâinvestissement nĂ©cessaire pour rĂ©pondre Ă ces enjeux. Jâaime dire que âdifficult roads lead to beautiful destinationsâ, partage Pascal Martino. Les 5 prochaines annĂ©es vont ĂȘtre passionnantes, notamment en termes de transformation du paysage bancaire luxembourgeois. Les acteurs prĂ©sents en 2030 seront sans doute trĂšs diffĂ©rents dâaujourdâhui. Et jâespĂšre quâils seront bien plus forts et innovants. La seule certitude est que le statu quo nâest pas possible.â»
Dâici 5 Ă 10 ans, notre expert sâattend donc Ă une consolidation des banques privĂ©es sur le marchĂ©. «âLe niveau de collaboration entre banques ainsi quâavec des fintech et dâautres acteurs sera beaucoup plus grand. On fonctionnera davantage dans un Ă©cosystĂšme global, afin dâapporter le meilleur service possible au client. On assistera Ă©galement Ă lâĂ©mergence du digital et de lâESG âby designâ. Nous sommes encore au dĂ©but du chemin qui doit nous mener vers lâinvestissement durable et responsable. Enfin, Ă lâimage de ce que nous pouvons dĂ©jĂ faire avec notre tĂ©lĂ©phone pour acheter tout et nâimporte quoi sur Amazon, la
banque privĂ©e sera accessible Ă tout moment, avec une gamme de services disponible 24 h/24, avec du conseil en temps rĂ©el, via un conseiller, mais aussi par lâintermĂ©diaire dâune intelligence artificielle.â»
Ălargir le scope de la clientĂšle Afin de diversifier leurs revenus et de se distinguer de la concurrence, certaines banques privĂ©es cherchent Ă se positionner sur de nouveaux segments porteurs.
«âPour donner un exemple, le segment trĂšs haut de la banque retail, qui est aussi le segment trĂšs bas de la banque privĂ©e, est dĂ©sormais pris en considĂ©ration par certaines institutions de la Place. Jusquâici mal servis par leur conseiller retail et peu ou pas pris en compte par la banque privĂ©e, sinon Ă des prix trĂšs Ă©levĂ©s au regard des services offerts, ce segment peut ĂȘtre synonyme de nouveaux revenus, Ă condition dâinvestir dans des solutions digitalesâ », explique Pascal Martino.
Si lâon regarde au-delĂ de lâĂ©ternelle segmentation Ă©tablie en fonction du niveau de fortune et des volumes dâassets sous gestion, une autre approche consiste Ă sâintĂ©resser davantage Ă certaines typologies de clients. «âLâancienne ou la nouvelle gĂ©nĂ©ration, les personnes qui dĂ©sirent plus dâautonomie ou celles qui attendent une gestion discrĂ©tionnaire, les entrepreneurs, les retraitĂ©s⊠Toutes ces personnes ont des besoins diffĂ©rents. Une segmentation Ă la fois comportementale ou par type de mĂ©tiers peut alors ĂȘtre envisagĂ©e.â»
DIGITAL ET ESG «âBY DESIGNâ»
Demain, la finance durable sera intĂ©grĂ©e Ă tous les niveaux des organisations. «âOn surestime souvent lâimpact dâune rĂ©glementation, dâune technologie ou dâune nouvelle tendance Ă court terme. Ă lâinverse, on sous-estime cet impact Ă un horizon plus lointain. Voici 2 ans, tout le monde disait quâil fallait aller vers lâinvestissement durable, Ă©cologique, responsable parce quâon allait assister Ă une vague extrĂȘmement forte et rapide dâinvestissements soutenue par des clients engagĂ©s. Or, ce nâest pas le casâ», analyse Pascal Martino. La masse de la clientĂšle a besoin dâĂȘtre rassurĂ©e. Elle cherche toujours un retour financier et, parfois, en supplĂ©ment, va demander de lâimpact. Actuellement, ceux qui demandent des produits ESG sont avant tout les plus grands clients, qui disposent dâun volume dâactifs trĂšs important. «âPar contre, Ă lâavenir, lâensemble des acteurs va comprendre quâil ne sâagit plus de faire un arbitrage entre retour Ă©conomique et ESG, poursuit le banking leader de Deloitte Luxembourg. Les deux vont aller de pair, et les portefeuilles construits et gĂ©rĂ©s selon une approche plus responsable prĂ©senteront potentiellement un meilleur rendement. Au-delĂ de ces considĂ©rations, le Luxembourg est aujourdâhui une place forte de la finance. Nous devons tout mettre en Ćuvre pour prĂ©server cette position. Cela doit venir de la capacitĂ© des acteurs de la Place Ă travailler ensemble, avec les diffĂ©rences instances comme lâABBL, le PBGL, le rĂ©gulateur, les consultants, etc. Nous sommes convaincus que nous pouvons faire de ce pays une petite place ayant un gros impact au niveau mondial, en surfant sur cette vague Ă lâunisson.â»
Prévisions
50 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
10 Ă 6
Luxembourg Finance 2035
Pour rester une place financiĂšre internationale, Luxembourg applique un processus de transformation continue. Ă lâhorizon 2035, le paysage financier luxembourgeois aura fortement Ă©voluĂ©, sous lâeffet de lâ innovation technologique, de lâĂ©volution des attentes des clients et influencĂ© par les nouvelles tendances mondiales. Ă quoi ressemblera notre place financiĂšre dans une dizaine dâannĂ©es ? Dix experts exprimeront un avis sur lâavenir des mĂ©tiers de la finance au Luxembourg.
Luxembourg is undergoing a process of continuous transformation as an international financial centre. By 2035, Luxembourgâs economic landscape will have evolved considerably, driven by technological innovation, evolving customer expectations and shifting global trends. What will our financial marketplace look like in a decadeâs time? Ten experts offer their views on the future of finance in Luxembourg.
Inscription sur paperjam.lu/club REAL-TIME TRANSLATION MARDIïżœïżœ NOV.ïżœïżœïżœïżœ
ïżœïżœhïżœïżœ - ïżœïżœhïżœïżœ | Kinepolis Kirchberg General Partners
Perspectives
Une croissance soutenue et des convictions fortes
PrĂ©sent depuis 12 ans au Luxembourg, Generali enregistre une croissance continue et renforce ses engagements en faveur dâune sociĂ©tĂ© plus durable et inclusive, comme nous lâexplique Paul Lecoublet, son directeur gĂ©nĂ©ral.
Quel regard portez-vous sur le dĂ©veloppement de lâassurance-vie luxembourgeoise Ă lâĂ©chelle du marchĂ© europĂ©en, aujourdâhuiâ?
PAUL LECOUBLET Lâassurance-vie de droit luxembourgeois est devenue, au fil du temps, un outil privilĂ©giĂ© de planification patrimoniale pour les HNWI. Cette solution dâinvestissement est toujours autant plĂ©biscitĂ©e par les acteurs de la gestion de fortune, notamment en France et en Italie oĂč nos solutions proposĂ©es par nos partenaires bancaires, family offices et CGP rencontrent un grand succĂšs.
Chez Generali Luxembourg, nous nous distinguons en offrant à nos clients un fonds euros à capital garanti et des unités de compte innovantes disponibles sur notre plateforme digitale MyWings. De plus, nous offrons un service client haut de gamme avec des solutions
TEMPS
FORTS DE GENERALI DEPUIS 2011
dâingĂ©nierie patrimoniale pour accompagner les clients dans leur mobilitĂ©.
Ă lâavenir, notre volontĂ© est de continuer Ă grandir pour servir les clients des marchĂ©s de Generali en Europe.
Quels sont les principaux dĂ©fis auxquels vous ĂȘtes confrontĂ©sâ?
La pression rĂšglementaire actuelle nous demande de rester vigilants. Pour ne citer que quelques textes, le rĂšglement sur la protection des donnĂ©es (GDPR), la rĂšglementation DORA sur la rĂ©silience opĂ©rationnelle numĂ©rique ou lâIA Act, qui vient encadrer lâutilisation de lâintelligence artificielle, font peser de lourdes contraintes sur le dĂ©veloppement de nos activitĂ©s en termes de coĂ»ts, mais aussi de flexibilitĂ©. Ă ce titre, la loi sur le secret professionnel des assurances nous freine encore, mĂȘme
Je suis convaincu que la diversitĂ© est un facteur-clĂ© de performance.â»
si de judicieux amĂ©nagements ont Ă©tĂ© apportĂ©s grĂące Ă la nouvelle loi 8184. En effet nous souhaitons pouvoir recourir plus largement Ă des solutions cloud, nĂ©cessaires pour veiller Ă maintenir notre compĂ©titivitĂ© dans un monde toujours plus digital et utiliser demain massivement lâintelligence artificielle. En matiĂšre de concurrence, nous devons constater que lâIrlande a dĂ©veloppĂ©, depuis quelques annĂ©es, un modĂšle
2011
Création de Generali Luxembourg, filiale de Generali France.
2019
Nomination de Paul Lecoublet en tant que directeur général.
2020
CrĂ©ation de la plateforme digitale MyWings pour les intermĂ©diaires dâassurance.
2021
Generali Luxembourg est labellisĂ©e «âEntreprise Responsableâ» par lâINDR.
52 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Photo Marie Russillo (Maison Moderne)
Contenu sponsorisé par GENERALI LUXEMBOURG
« BRAND VOICE
Paul Lecoublet, directeur général de Generali Luxembourg, présente son expertise du marché.
trĂšs similaire Ă celui de lâassurance-vie luxembourgeoise, Ă la nuance prĂšs que ce pays nâapplique pas de TVA sur les fonds internes dĂ©diĂ©s (FID). Ces Ă©lĂ©ments exigent que lle marchĂ© de la libre prestation de services (LPS) et lâensemble des compagnies dâassurance-vie au Luxembourg demeurent attentifs Ă ces Ă©volutions afin de garantir la compĂ©titivitĂ© du secteur.
Quelle a Ă©tĂ© lâĂ©volution de Generali depuis votre nomination en 2019â? Nous sommes passĂ©s de 35 Ă plus de 65 collaborateurs. Ă mon arrivĂ©e, notre objectif Ă©tait dâĂ©tendre la prĂ©sence de la sociĂ©tĂ©, Ă la fois gĂ©ographiquement et opĂ©rationnellement, et de structurer la compagnie pour une croissance rentable. Aujourdâhui,
2022
CrĂ©ation de lâassociation «âThe Human Safety Net Luxembourg » dans le but de venir en aide aux rĂ©fugiĂ©s entrepreneurs.
2023
La compagnie devient signataire de la charte «âLuxembourg Women in Financeâ».
nous distribuons nos contrats en LPS sur six marchĂ©s europĂ©ens, Luxembourg y compris. En 2023, malgrĂ© un contexte global difficile, nous avons collectĂ© 874 millions dâeuros, avec une part toujours plus importante de fonds en unitĂ©s de compte et nos encours totaux sâĂ©levaient Ă prĂšs de 6 milliards dâeuros.
Aussi, dans le but dâoffrir un cadre de travail plus agrĂ©able Ă nos collaborateurs, nous avons emmĂ©nagĂ© depuis le mois dâoctobre Ă Howald, dans le nouveau bĂątiment CUBUS, oĂč nous occupons environ 1.000 mĂštres carrĂ©s. Cet emmĂ© nagement, qui constitue une Ă©tape importante pour nous tous, vient renforcer notre ancrage luxembourgeois.
2024
Inauguration du nouveau siÚge social en présence du ministre des Finances, Gilles Roth.
CHIFFRES-CLĂS 2023
874
874 millions dâeuros collectĂ©s, Ă 82â% en unitĂ©s de compte (UC).
Augmentation de 7â% de la part UC collectĂ©e par rapport Ă 2022.
5,8
Fin 2023, les encours totaux sâĂ©lĂšvaient Ă 5,8 milliards dâeuros (79â% UC).
Augmentation de 12â% de la part UC sur les encours par rapport Ă 2022.
6
Generali Luxembourg distribue ses contrats dâassurance-vie et de capitalisation en France, en Italie, au Luxembourg, en Espagne, en Belgique et Ă Monaco.
Quels sont les valeurs, les engagements qui vous tiennent Ă cĆur, aujourdâhuiâ?
Notre volonté est de renforcer notre engagement RSE au niveau local.
Je suis convaincu que la diversitĂ© est un facteur-clĂ© de performance. Câest pourquoi nous sommes aujourdâhui membres de la Task Force «âGender Financeâ», lancĂ©e par le gouvernement et Ă©galement signataires de la charte «âWomen in Financeâ». Ces initiatives ont pour objectif de parvenir Ă une plus grande paritĂ© et une meilleure inclusion dans lâensemble du secteur des services financiers au Luxembourg. Enfin, nous avons lancĂ©, en mai dernier, lâinitiative «âThe Human Safety Netâ», avec Generali Employee Benefits et Generali Investments Luxembourg, afin dâapporter notre soutien aux rĂ©fugiĂ©s prĂ©sents au Luxembourg. LâidĂ©e est de les accompagner dans leur parcours professionnel et entrepreneurial, notamment avec lâappui de lâassociation microlux. Notre mission est, aujourdâhui, dâaider ces crĂ©ateurs dâentreprise Ă surmonter leurs difficultĂ©s et Ă rĂ©ussir leurs projets, tĂ©moignant une fois encore lâengagement de nos collaborateurs en faveur de la solidaritĂ© et de lâinclusion sociale.
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 53
RENDEZ-VOUS SUR GENERALI.LU POUR PLUS DâINFORMATIONS
Conversation
«âConsidĂ©rer lâinvestissement sous lâangle ESG a des avantagesâ»
Pour Olivier CarrĂ©, deputy managing partner, technology & transformation leader, et FrĂ©dĂ©ric Vonner, sustainable finance & sustainability leader au sein de PwC Luxembourg, la clientĂšle fortunĂ©e nâa pas attendu lâĂ©volution de Mifid pour dĂ©velopper des convictions durables.
Portrait GUY WOLFF Interview SĂBASTIEN LAMBOTTE
54 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Olivier
et Frédéric
Carré
Vonner
Frédéric Vonner à gauche et Olivier Carré à droite.
Conversation
Depuis quelques annĂ©es, Ă la suite de lâadoption de plusieurs rĂ©glementations, la finance est invitĂ©e Ă opĂ©rer un virage «âdurableâ». Comment cela se traduit-il au niveau de la banque privĂ©eâ?
FRĂDĂRIC VONNER (F.âV.) Aujourdâhui, ces aspects se traduisent au niveau dâune double obligation. Un premier paquet rĂ©glementaire, avec lâĂ©volution de Mifid, a contraint les banquiers, y compris les banquiers privĂ©s, Ă sâenquĂ©rir des prĂ©fĂ©rences de leurs clients en matiĂšre dâinvestissement durable. Cette nouvelle obligation, qui est entrĂ©e en vigueur il y a un an et demi et qui est complĂ©mentaire Ă la Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR), a poussĂ© les banquiers privĂ©s Ă rĂ©flĂ©chir au dĂ©veloppement dâune offre de produits ou de mandats susceptibles de rĂ©pondre Ă ces prĂ©fĂ©rences exprimĂ©es par les clients. Dâautre part, ces acteurs sont aussi contraints de mener une rĂ©flexion autour de leurs propres impacts sociĂ©taux et environnementaux. Câest ce que promeut la directive sur les reportings extra-financiers, la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), qui est venue plus tardivement et qui commence seulement Ă produire ses effets.
Dans quelle mesure ces deux rĂ©glementations jouent-elles ensembleâ?
F.âV. Des Ă©lĂ©ments de la rĂ©glementation CSRD vont nĂ©cessiter dâĂ©tablir des rapports sur la maniĂšre dont certains produits financiers sont conçus. Par exemple, les composants ESG de certains produits financiers qui sont mis en avant par un Ă©tablissement peuvent peser au niveau de lâempreinte environnementale dont lâĂ©tablissement doit rendre compte, en tant que corporate, Ă travers la prĂ©paration dâun reporting extra-financier comme lâexige CSRD.
OLIVIER CARRĂ (O.âC.) Un autre aspect, trĂšs intĂ©ressant, rĂ©side dans le fait que la CSRD ne sâapplique pas uniquement aux acteurs de la finance, mais Ă toutes les entreprises qui, au sein de lâUnion europĂ©enne, ont un chiffre dâaffaires significatif. Ces reportings CSRD vont permettre de combler une des lacunes de la situation actuelle en matiĂšre de transition durable, Ă savoir le manque de donnĂ©es. Aujourdâhui, il reste difficile de construire des produits dâin-
vestissement ou de placement qui rĂ©pondent aux attentes des investisseurs simplement parce quâil est compliquĂ© dâobtenir les donnĂ©es relatives aux impacts environnementaux ou sociĂ©taux des sociĂ©tĂ©s. Ă lâavenir, toutes les entreprises au-delĂ dâune certaine taille devront rendre compte dâun ensemble dâindicateurs environnementaux, sociĂ©taux et de bonne gouvernance (ESG).
La difficultĂ©, aujourdâhui, câest que lâon nâa pas fait les choses dans lâordre⊠O.âC. On a un peu mis la charrue avant les bĆufs. On a demandĂ© au secteur financier de considĂ©rer ces aspects ESG au niveau des choix dâinvestissement et dans le conseil apportĂ© aux clients sans quâil soit possible dâĂ©valuer les cibles, les entreprises dans lesquelles investir, sur la base de ces critĂšres. Il y a lĂ un gap dâinformation que la CSDR doit contribuer Ă combler.
Cela prendra toutefois encore du tempsâŠ
O.âC. Nous allons dans la bonne direction. Lâobligation de reporting extra-financier entre progressivement en application. Ă partir de lĂ , le banquier privĂ© va pouvoir plus facilement rĂ©pondre Ă cette double obligation et construire des offres ou Ă©tablir des stratĂ©gies dâinvestissement en phase avec les attentes exprimĂ©es par ses clients en matiĂšre de durabilitĂ©, pour peu que ces derniers Ă©mettent de telles prĂ©fĂ©rences.
«âPour lâinstant, câest principalement la rĂ©glementation qui impose la voie Ă suivre. »
Olivier Carré
Est-ce que les produits ou les stratĂ©gies dâinvestissement proposĂ©s par la banque ont un impact sur lâempreinte environnementale ou sociĂ©tale dont elle doit rendre compte Ă travers son reporting extra-financierâ?
F.âV. Oui, mais il y a beaucoup de nuances Ă apporter Ă ce niveau. ConcrĂštement, la banque, en tant quâentitĂ©, va devoir Ă©tablir deux rapports complĂ©mentaires en la matiĂšre. JusquâĂ prĂ©sent, nous avons essentiellement parlĂ© du reporting extra-financier, liĂ© Ă la CSRD. Celui-ci rend compte de lâempreinte ESG de lâor-
56 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Olivier
Carré
et Frédéric Vonner
ganisation, ce qui inclut des Ă©lĂ©ments liĂ©s Ă son activitĂ© et Ă ses clients. Par exemple, lorsquâelle finance des projets au dĂ©part de sa clientĂšle, Ă travers son livre de crĂ©dits, elle devra effectivement faire remonter des indicateurs environnementaux au niveau de son reporting extra-financier. Les impacts liĂ©s Ă la gestion des portefeuilles dâinvestissement de ses clients, Ă©tonnamment, ne sont pas ou trĂšs peu traduits en tant que tel au niveau du reporting extra-financier CSDR. Ils devront cependant faire lâobjet dâune dĂ©claration, exigĂ©e au niveau de la SFDR. La banque, pour lâactivitĂ© de gestion discrĂ©tionnaire et la gestion-conseil, doit Ă©tablir une dĂ©claration de Principal Adverse Impact (PAI) dans laquelle elle consolide les principales incidences nĂ©gatives en fonction dâune liste dĂ©finie par la rĂ©glementation.
Câest sur la base de ces Ă©lĂ©ments que le marchĂ©, le client ou le partenaire dâune banque va pouvoir Ă©valuer lâapproche plus ou moins vertueuse quâelle met en ĆuvreâŠ
O.âC. Tout Ă fait. On peut se faire une bonne idĂ©e des engagements quâelle prend en tant quâorganisation responsable, des actions quâelle met en Ćuvre pour rĂ©duire son empreinte Ă son Ă©chelle et au travers de ce quâelle finance directement. Dâautre part, on obtient aussi une vue sur ce quâelle fait pour le compte de ses clients, Ă travers les mandats quâelle gĂšre. Ă partir de lĂ , en tant que partie prenante de cet Ă©cosystĂšme, que lâon soit partenaire ou client de la banque, on pourra opĂ©rer des arbitrages en tenant compte de ces critĂšres.
Maintenant quâon a posĂ© le cadre, comment les banques privĂ©es apprĂ©hendent-elles ces enjeuxâ? Ces nouvelles exigences ont-elles un impact sur le marchĂ©â? Poussent-elles les acteurs Ă faire Ă©voluer leur positionnementâ?
O.âC. La situation est, pour le moment, un peu ambivalente. Cela est sans doute dĂ» au fait quâil sâagit dâun changement majeur, qui reste difficile Ă apprĂ©hender. Pour rĂ©pondre Ă votre question, je pense quâil faut considĂ©rer les trois parties prenantes principales du marchĂ©â: la banque elle-mĂȘme, le rĂ©gulateur qui impose des rĂšgles spĂ©cifiques, souvent politiquement
motivĂ©es, et enfin le client ou lâinvestisseur. Lorsque lâon mĂšne ces rĂ©flexions autour de la transformation de la finance, on a souvent tendance Ă oublier ce dernier, Ă tort. Car finalement, câest quand mĂȘme son argent, ses choix et, globalement, son attitude vis-Ă -vis de ces enjeux qui vont ĂȘtre dĂ©terminants dans lâaboutissement de ces politiques.
Comment ces Ă©volutions, cependant, invitent-elles les banques privĂ©es Ă bougerâ?
O.âC. Pour lâinstant, câest principalement la rĂ©glementation qui impose la voie Ă suivre. La Commission europĂ©enne sâest fortement engagĂ©e pour que lâUnion europĂ©enne soit alignĂ©e sur le protocole de Paris et a fait de la finance, et plus largement de la responsabilitĂ© des entreprises, un instrument-clĂ© dâactivation de cette transformation. Cela sâest traduit par la mise en Ćuvre dâune rĂ©glementation essentiellement contraignante, pĂ©nalisante, pour lâensemble des acteurs concernĂ©s.
Ă travers lâĂ©volution de Mifid, il y a tout de mĂȘme une volontĂ© de sensibiliser le client final, nonâ?
O.âC. Câest vrai. Mais cela part dâune dĂ©marche contrainte, en invitant le client Ă se prononcer par rapport Ă des Ă©lĂ©ments prĂ©cis, prescrits au niveau de la rĂ©glementation. Les questions posĂ©es font rĂ©fĂ©rence Ă des Ă©lĂ©ments techniques, envers lesquels le client ne dispose pas du niveau de connaissances adĂ©quat. Et quand bien mĂȘme, au-delĂ du questionnaire, les banquiers se retrouvent rapidement coincĂ©s. En raison du manque de donnĂ©es disponibles sur le marchĂ©, il est difficile, voire impossible, de trouver des produits alignĂ©s sur les prĂ©fĂ©rences du client. Le banquier est contraint dâexpliquer Ă son client que, au regard de nombreux critĂšres, Ă commencer par lâalignement sur la taxonomie verte, il nâa pas de produits qui y correspondent.
En rĂ©sumĂ©, lâoffre ne suit pas la demandeâŠ
O.âC. Câest tout Ă fait cela. Cela va sans doute sâamĂ©liorer dans les annĂ©es Ă venir, au fur et Ă mesure que les donnĂ©es permettront de crĂ©er de nouveaux produits. Mais en attendant, la situation est compliquĂ©e,
Selon lâĂ©tude Future-Ready Investment Firm de ThoughtLab, 43 % des rĂ©pondants appartenant Ă la Gen Z/Y prĂ©voient pour les trois prochaines annĂ©es que les critĂšres ESG deviendront aussi essentiels que les critĂšres financiers lorsquâils prendront des dĂ©cisions dâinvestissement, contre 61 % pour les boomers et la gĂ©nĂ©ration silencieuse.
43â% PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 57
notamment pour les banquiers privés, dont la priorité est avant tout de veiller à satisfaire les exigences de leurs clients.
F.âV.
Dâautre part, il faut dire aussi que les banquiers privĂ©s ne sont pas incitĂ©s Ă crĂ©er des produits ou en tout cas Ă intĂ©grer des dimensions ESG dans leurs produits. Cela fait maintenant un an et demi, voire deux ans, quâils se sont attelĂ©s Ă revoir chacun de leurs clients pour les interroger quant Ă leurs prĂ©fĂ©rences en matiĂšre de durabilitĂ©, mettre Ă jour le profil des investisseurs. Ils ne vont pas tout recommencer maintenant, sous prĂ©texte que de nouvelles donnĂ©es ou informations sont disponibles.
Quâest-ce que cela signifieâ?
Les prĂ©fĂ©rences sont dĂ©sormais connues. Ne pourraient-ils pas dĂ©velopper les produits qui y rĂ©pondentâ?
F.âV. Dans la perspective de crĂ©ation de nouveaux produits, autour dâune dynamique ESG, la dĂ©marche impliquerait de retourner voir les clients, de les consulter de nouveau sur leurs prĂ©fĂ©rences au regard de la nouvelle offre. Câest une dĂ©marche trĂšs laborieuse. Aussi, on constate un tiraillement au niveau des acteurs, qui ne les pousse pas forcĂ©ment Ă avancer rapidement dans cette voie.
O.âC. Dâautre part, nous nâavons pas encore abordĂ© un point essentiel, qui est celui de lâattitude du client. Ce que lâon entend dire chez nos clients banquiers, câest que lâappĂ©tit des clients par rapport Ă des choix dâinvestissement durable, si lâon parle de la grande masse, pas de la frange de la clientĂšle particuliĂšrement sensible Ă ces enjeux, reste limitĂ©.
Comment expliquer celaâ?
O.âC. On peut Ă©voquer plusieurs raisons. La premiĂšre est que lâoffre nâest pas forcĂ©ment Ă la hauteur des attentes du client. Le fait que le banquier soit limitĂ© Ă ce niveau se ressent rapidement lorsque lâon aborde le sujet. Dâautre part, les concepts Ă©voquĂ©s sont complexes. La taxonomie, lâinvestissement durable, les impacts nĂ©gatifs, la classification des produitsâ: tout cela est mĂȘme atrocement complexe. Il y a de quoi
«âBeaucoup de clients ont leur propre conception de la durabilitĂ©. »
Frédéric Vonner
perdre certains clients qui, tout simplement, ne comprennent pas ce quâon leur demande. Enfin, il y a lâattitude proprement dite du client. Certains ne souhaitent tout simplement pas Ă©mettre de choix particuliers en matiĂšre dâinvestissement autour de ces sujets. Dâautres continuent Ă cibler avant tout la performance financiĂšre. Or, le rendement de ces produits durables, en raison des choix limitĂ©s et des limitations dĂ©ontologiques qui sont imposĂ©es, nâest pas nĂ©cessairement au mĂȘme niveau de performance que les autres produits, qui ne sont pas limitĂ©s par rapport Ă toutes ces contraintes. Cela sâest notamment vu lâannĂ©e derniĂšre. Les marchĂ©s nâĂ©taient pas favorables, sauf sur un segmentâ: le pĂ©trole.
Pourtant, dans le discours des banquiers privĂ©s au service des familles fortunĂ©es, nâa-t-on pas justement tendance Ă prĂŽner des approches Ă long terme, Ă prendre en considĂ©ration les prĂ©occupations de la next gen autour dâapproches portĂ©es par des convictions fortesâ?
F.âV.
Certainement. Mais ce que lâon entend aussi, lorsque lâon discute avec ces banquiers, câest que, pour ces clients qui ont construit leur fortune sur le temps long, la durabilitĂ© est intrinsĂšque Ă leur patrimoine. Autrement dit, sâils nâavaient pas inscrit leurs investissements dans une dĂ©marche de durabilitĂ©, leur patrimoine ne se serait pas accru de cette maniĂšre. Alors, oui, il y a des enjeux gĂ©nĂ©rationnels que les acteurs bancaires ne doivent pas nĂ©gliger. Il y a aussi des questions relatives Ă la mesure de lâimpact des investissements, pour lesquelles il est difficile dâapporter des rĂ©ponses. Ătre capable de mesurer et dâidentifier prĂ©cisĂ©ment lâimpact que peuvent avoir 1 million dâeuros investis Ă travers un mandat de gestion privĂ©e, par exemple, en termes de rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s sociales ou encore des Ă©missions de gaz Ă effet de serre, est trĂšs compliquĂ©.
Ce que vous dites, câest que ces clients nâont pas attendu Mifid pour investir suivant une approche durable si cela rĂ©pondait Ă leurs convictionsâŠ
58 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Olivier
et Frédéric Vonner
Conversation
Carré
ĂVOLUTION DES ACTIFS SOUS GESTION DE LA BANQUE PRIVĂE AU LUXEMBOURG
De 2007 Ă 2022, en milliards dâeuros.
F.âV. Je pense que, pour une grosse majoritĂ© de ces clients, ce nâest pas Mifid ou dâautres rĂ©glementations qui vont les faire fondamentalement changer de point de vue sur la durabilitĂ© de leurs investissements. Beaucoup ont dĂ©jĂ leur propre conception de ce quâest la durabilitĂ© et celle-ci ne correspond pas forcĂ©ment, comme le disait Olivier, Ă la dĂ©finition dâun investissement durable au sens de la taxonomie, par exemple.
O.âC. Un des vrais points faibles de lâapproche Mifid rĂ©side dans la conviction du lĂ©gislateur que le client nâa quâun seul choix, quâun seul portefeuille et, Ă travers lui, quâun seul objectif dâinvestissement. Ce qui peut ĂȘtre vrai pour le petit Ă©pargnant â et cela reste encore Ă prouver â ne lâest pas pour un client fortunĂ©. On se heurte, dĂšs lors, Ă des contraintes rĂ©glementaires qui nâont pas lieu de sâappliquer. Les clients des banquiers privĂ©s accepteront dâinvestir
durablement, mais sur une partie de leurs investissements uniquement.
On a beaucoup parlĂ© des contraintes. Cette transition, cependant, ne pourrait-elle pas ĂȘtre apprĂ©hendĂ©e comme une opportunitĂ© pour les banquiers privĂ©sâ?
O.âC. Nous sommes convaincus que le fait de considĂ©rer lâinvestissement selon des dimensions autres que le rendement financier, comme lâimpact social ou environnemental, prĂ©sente des avantages. Pour le moment, les marchĂ©s se portent bien. Les banquiers sont plus Ă lâaise devant leurs clients. Câest souvent moins le cas lorsque les performances ne sont pas au rendez-vous. Ă lâavenir, au-delĂ des rendements, ils pourront Ă©voquer dâautres thĂšmes, liĂ©s aux impacts sociĂ©taux et environnementaux des investissements. Ces transformations sont aussi un vecteur dâinnovation
et de diffĂ©renciation. Le problĂšme est que, aujourdâhui, les banquiers se montrent encore prudents, en raison des enjeux Ă©voquĂ©s prĂ©cĂ©demment, mais aussi dâun manque de maĂźtrise de ce nouvel environnement en termes de donnĂ©es et de produits, donc aussi en termes de risques.
F.âV. Le mĂ©tier Ă©volue et, progressivement, va intĂ©grer ces dimensions «âdurablesâ». Cela ne se fait toutefois pas en un claquement de doigts. Accompagner ce changement et sensibiliser les clients Ă ces aspects prĂ©suppose que le banquier privĂ© soit Ă lâaise pour sâengager sur ces sujets. On a beaucoup parlĂ© des aspects rĂ©glementaires, des aspects de timing, des problĂšmes liĂ©s Ă la constitution de lâoffre, mais il ne faut pas nĂ©gliger les enjeux liĂ©s Ă la formation. Il est important que, par rapport Ă cela, le banquier privĂ© soit suffisamment en confiance, notion fondamentale de la relation du banquier privĂ© vis-Ă -vis de sa clientĂšle.
100 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 200 300 400 500 600 0 Source Clarity on performance of Luxembourg private banks, KPMG-ABBL (2023)
271 225 262 269 289 303 307 318 351 361 363 395 466 508 599 585 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 59
Les atouts de la banque privée luxembourgeoise
Si Luxembourg est parvenu Ă se positionner comme premier hub international de la banque privĂ©e en Europe, cela ne doit rien au hasard. Mais quels sont les principaux acteurs de la Place au service dâune clientĂšle de plus en plus fortunĂ©eâ?
«âAu cĆur de lâenvironnement bancaire europĂ©en, les banques privĂ©es luxembourgeoises jouent un rĂŽle dĂ©cisif.â»
1 2
Expertise multijuridictionnelle
Plateforme européenne
JERRY GRBIC CEO ABBL
Câest principalement au dĂ©part dâune expertise multijuridictionnelle que la banque privĂ©e luxembourgeoise est parvenue Ă se positionner en Europe. Il est frĂ©quent que lâenvergure du patrimoine du client fortunĂ© que sert la banque privĂ©e dĂ©passe aujourdâhui les frontiĂšres de son marchĂ© domestique. Il dispose souvent de biens et dâinvestissements situĂ©s Ă lâĂ©tranger, il a des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques dans diverses rĂ©gions du monde. Ses enfants peuvent aussi vivre dans un autre pays. La gestion et la planification du patrimoine, dĂšs lors, revĂȘtent une rĂ©elle complexitĂ© au niveau lĂ©gal comme fiscal. Selon la situation de chaque client, il faut pouvoir Ă©valuer les enjeux et proposer les solutions adaptĂ©es. La banque privĂ©e luxembourgeoise, ouverte Ă lâinternational, a dĂ©veloppĂ© toute lâexpertise requise pour rĂ©pondre Ă ces besoins.
Les principaux acteurs de la gestion de fortune Ă lâĂ©chelle globale utilisent Luxembourg comme plateforme pour servir leur clientĂšle en Europe. 85 % de la clientĂšle de la banque privĂ©e luxembourgeoise provient de lâUnion europĂ©enne. Il sâagit surtout de clients qui, au niveau de leur portefeuille ou de leur situation familiale, ont une dimension internationale, dont lâempreinte patrimoniale dĂ©passe le cadre de leur marchĂ© domestique. «âAu cĆur de lâenvironnement bancaire europĂ©en, les banques privĂ©es luxembourgeoises jouent un rĂŽle dĂ©cisif en protĂ©geant et en faisant fructifier le patrimoine de milliers de familles et dâentrepreneurs europĂ©ens et en canalisant les flux de fonds privĂ©s disponibles pour le financement de nos Ă©conomiesâ», commentait Jerry Grbic, CEO de lâABBL, lors de la prĂ©sentation des rĂ©sultats de la derniĂšre enquĂȘte ABBL/KPMG sur lâĂ©volution de la banque privĂ©e.
Avantages
Auteur SĂBASTIEN LAMBOTTE
3
Stabilité rime avec sécurité
Dans un environnement gĂ©opolitique incertain, face Ă la montĂ©e des populismes un peu partout en Europe, et considĂ©rant les niveaux dâendettement des Ătats, Luxembourg brille par sa stabilitĂ© politique, sociale et Ă©conomique. Câest lâun des principaux atouts du pays aux yeux de la clientĂšle fortunĂ©e internationale que sert la banque privĂ©e. Celle-ci, en effet, cherche une localisation sĂ»re Ă partir de laquelle positionner et gĂ©rer ses avoirs. Dans un monde en proie Ă de nombreux changements, Luxembourg et son triple AAA, que le pays veille Ă prĂ©server autant que possible, apparaissent comme une Ăźle de tranquillitĂ©, une zone sĂ©curisĂ©e permettant Ă des clients fortunĂ©s de gagner en sĂ©rĂ©nitĂ©.
4
Un écosystÚme bien outillé
Pour rĂ©pondre aux besoins de la banque privĂ©e et de ses clients, Luxembourg a dĂ©veloppĂ© un Ă©cosystĂšme particuliĂšrement bien outillĂ©. Au-delĂ de lâexpertise en gestion de fortune adossĂ©e Ă une rĂ©elle maĂźtrise des enjeux multijuridictionnels, le pays dispose aussi dâune vaste gamme de produits dans le domaine des fonds et offre de nombreuses possibilitĂ©s de structuration qui intĂ©ressent particuliĂšrement la clientĂšle cible.
Ă cela sâajoute un ensemble de services, autour de la philanthropie, ou dans le domaine de lâassurance-vie au service de la planification patrimoniale, qui viennent rĂ©pondre Ă de nouvelles attentes exprimĂ©es par la clientĂšle fortunĂ©e.
5
Une capacité à se renouveler
Lâun des atouts de la banque privĂ©e luxembourgeoise rĂ©side dans sa capacitĂ© Ă se renouveler et Ă fĂ©dĂ©rer ses acteurs pour mieux relever les dĂ©fis Ă venir. Si Luxembourg est actuellement bien positionnĂ©, la concurrence a tendance Ă se renforcer. Pour prĂ©server son attractivitĂ©, câest lâensemble du mĂ©tier qui sâorganise, notamment au niveau du Cluster Private Banking de lâABBL et des groupes de travail quâil met en place, ou encore en organisant des dĂ©marches de promotion commune de la place financiĂšre. La banque privĂ©e luxembourgeoise, au fil de son histoire, a dĂ©montrĂ© sa rĂ©silience, faisant preuve dâune capacitĂ© unique Ă sâadapter et Ă se renforcer. Câest une dynamique quâil faut continuer Ă entretenir.
6
Multilinguisme et diversité
Enfin, il ne faut pas nĂ©gliger la diversitĂ© culturelle et le multilinguisme qui caractĂ©rise le pays. La banque privĂ©e au service dâune clientĂšle internationale implique de disposer de talents capables de comprendre la culture de chaque client, de pouvoir sâexprimer dans sa langue. Il est important, pour les grands groupes internationaux, de sâassurer de pouvoir trouver et dâattirer les bonnes compĂ©tences. Cet environnement cosmopolite et la qualitĂ© de vie dont on profite au Luxembourg y contribuent grandement. Lâattraction des talents, plus que des clients, constitue toutefois lâun des dĂ©fis majeurs du secteur. Cette diversitĂ©, en outre, est source de richesse, dâidĂ©es, dâinnovations. Câest au dĂ©part des talents que lâon peut imaginer la banque privĂ©e de demain, se rĂ©inventer.
2022, UNE ANNĂE RENTABLE
En novembre dernier, sur base des donnĂ©es de lâexercice 2022, KPMG Luxembourg et le Cluster Private Banking de lâAssociation des banques et banquiers du Luxembourg (ABBL) ont Ă nouveau uni leurs forces pour produire une nouvelle Ă©dition du KPMG-ABBL Private Banking Report, qui vise Ă identifier les tendances significatives ainsi quâĂ sensibiliser les acteurs aux enjeux qui les concernent. De la reprise postpandĂ©mique Ă la nouvelle dynamique du commerce mondial, sur fond de craintes dâescalade de la guerre, lâenquĂȘte a permis dâexaminer en profondeur lâĂ©tat actuel, les stratĂ©gies et les performances du secteur de la banque privĂ©e au Luxembourg.
LES RĂSULTATS DE LâENQUĂTE
On y dĂ©couvre que, si la hausse des taux dâintĂ©rĂȘt a eu un impact positif significatif sur la rentabilitĂ© des banques, elle a Ă©galement pesĂ© sur la valeur totale des actifs, quelle que soit la rĂ©partition entre actions, obligations et immobilier. La croissance annuelle des actifs sous gestion, qui prĂ©valait depuis 2008, a Ă©tĂ© interrompue. Entre 2008 et 2021, le volume total dâactifs sous gestion a presque triplĂ©, passant de 225 milliards dâeuros en 2008 Ă 599 milliards dâeuros dâici Ă 2021. En 2022, les actifs sous gestion ont diminuĂ© dâun peu moins de 14 milliards dâeuros pour atteindre 585 milliards dâeuros, en raison de la contre-performance des marchĂ©s. Cela dit, malgrĂ© une diminution de 2,3â% du total des actifs sous gestion, lâattractivitĂ© du Luxembourg a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e avec un apport total dâargent frais net de 31,7 milliards dâeuros, contre 45 milliards dâeuros pour les banques privĂ©es suisses. 2022 sâest en outre avĂ©rĂ©e ĂȘtre une annĂ©e rentable pour le secteur de la banque privĂ©e luxembourgeoise, avec un revenu net en hausse de 24â%, principalement en raison de lâaugmentation de la marge dâintĂ©rĂȘt nette.
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 61
«âLes mesures visent lâintĂ©rĂȘt du clientâ»
La senior associate, Investment funds, chez Clifford Chance Luxembourg, Anne-Lise Vandevoir, revient sur les conséquences des nouvelles réglementations apparues ces derniÚres années dans le secteur des banques privées.
Quel est lâimpact des rĂ©glementations qui ont vu le jour ces derniĂšres annĂ©es sur le private banking et en gĂ©nĂ©ral sur la Place au Luxembourgâ?
La mise en Ćuvre des nouvelles rĂ©glementations reprĂ©sente un coĂ»t et une charge considĂ©rables en termes dâeffectifs. Il en dĂ©coule une plus grande conformitĂ© rĂ©glementaire. La majoritĂ© de ces rĂšgles ont Ă©tĂ© promulguĂ©es au niveau europĂ©en, garantissant une harmonisation Ă travers lâUnion europĂ©enne et une application similaire dans tous les pays membres. Le Luxembourg nâa donc pas Ă©tĂ© plus impactĂ© quâun autre pays. Au contraire, sa position en tant que hub europĂ©en pour les banques privĂ©es et les fonds dâinvestissement lui a permis de tirer profit de cette nouvelle donne. Lâobjectif Ă©tant de simplifier le secteur et de mettre en place des mesures de protection renforcĂ©es pour les investisseurs. MalgrĂ© des conditions de marchĂ© Ă©conomiques difficiles ces derniĂšres annĂ©es, lâannĂ©e a Ă©tĂ© globalement profitable pour le secteur luxembourgeois du private banking, avec un rĂ©sultat net en hausse de 24â% (selon un rĂ©cent rapport publiĂ© par lâindustrie).
Ces rĂ©glementations ont-elles freinĂ© les investissements venant hors de la zone euro et ont-elles favorisĂ© une fuite vers les marchĂ©s Ă©trangersâ?
Non. Les fonds dâinvestissement domiciliĂ©s au Luxembourg jouissent dâune accessibilitĂ© mondiale, tant en Europe quâĂ lâinternational. Une multitude de produits luxembourgeois sont investis Ă lâĂ©tranger, notamment les OPCVM (ou «âUcitsâ»), qui sont distribuĂ©s en AmĂ©rique du Sud ou en Asie. Les clients internationaux apprĂ©cient les mesures de protection, la stabilitĂ© Ă©conomique et politique du Luxembourg, qui bĂ©nĂ©ficie dâune notation triple A par S&P. Concernant lâouverture aux marchĂ©s Ă©trangers, la nouvelle rĂ©glementation europĂ©enne ne restreint pas explicitement lâaccĂšs aux pays tiers, bien quâelle manifeste une prĂ©fĂ©rence pour le marchĂ© europĂ©en. Des directives telles que Mifid ou lâAIFMD vont ĂȘtre accompagnĂ©es dâun passeport europĂ©en, permettant la libre prestation de services au sein de lâEspace Ă©conomique europĂ©en.
Interview CHRISTOPHE NADIN
Conversation Anne-Lise Vandevoir
Photo Clifford Chance
Les banques privĂ©es et les gestionnaires dâactifs externes doivent-ils rĂ©flĂ©chir Ă de nouvelles solutions dâinvestissementâ?
Il est impĂ©ratif de maintenir une compĂ©titivitĂ© accrue face Ă lâĂ©volution constante du marchĂ©. Les banques privĂ©es doivent sâassurer que les produits proposĂ©s restent innovants. Cela reprĂ©sente un dĂ©fi, mais Ă©galement une opportunitĂ© considĂ©rable, notamment dans le domaine de la digitalisation. Au niveau des produits, nous notons une tendance vers une dĂ©mocratisation de lâaccĂšs Ă certaines solutions financiĂšres, en particulier avec les Eltif (ou fonds europĂ©ens dâinvestissement Ă long terme). Le Luxembourg se positionne en leader en tant que pays de domiciliation pour ces fonds.
Ă quoi faut-il faire attention en particulier quand on vend des produitsâ? Le gestionnaire doit-il davantage se demander quel produit il peut vendre plutĂŽt que celui qui est le mieuxâ?
La rĂ©glementation en vigueur exige une connaissance approfondie et une catĂ©gorisation prĂ©cise du client, afin de saisir son profil dâinvestissement et le niveau de risque quâil est prĂȘt Ă assumer. Cela correspond aux exigences des rĂšgles de suitability Ă©tablies par Mifid II. Une Ă©volution lĂ©gislative notable Ă surveiller dans les annĂ©es Ă venir est la Retail investment strategy (Ris), lancĂ©e par la Commission europĂ©enne. La Ris a pour objectif de stimuler lâengagement des investisseurs particuliers, en mettant notamment Ă jour un certain nombre de lois et de rĂ©glementations existantes afin dây intĂ©grer davantage de mesures de protection. Par exemple, cela inclut lâamĂ©lioration de la transparence au niveau des coĂ»ts supportĂ©s par les investisseurs dans les fonds dâinvestissement, ainsi que des mesures de gestion des conflits dâintĂ©rĂȘts.
Le rĂŽle du gestionnaire de fortune nâest-il pas devenu celui dâun dĂ©tective privĂ©, avec une Ă©tude approfondie du profil du clientâ?
Le volet administratif induit par cette nouvelle rĂ©glementation peut sâavĂ©rer complexe et parfois difficile Ă expliquer Ă une clientĂšle fortunĂ©e. Il convient de lâapprĂ©hender comme une collaboration Ă©troite
entre le banquier privĂ© et son client. Une connaissance approfondie des besoins du client par le banquier privĂ© lui permettra de rĂ©pondre efficacement Ă ses attentes et de lui proposer un portefeuille sur mesure. Toutes les mesures instaurĂ©es visent ultimement lâintĂ©rĂȘt du client.
Avec le recul, quelles sont les rĂ©glementations qui ont posĂ© le plus de problĂšmes en termes dâimplĂ©mentationâ?
Le secteur financier luxembourgeois, reconnu pour sa maturitĂ©, est habituĂ© Ă intĂ©grer et Ă appliquer de nouvelles rĂ©glementations. En gĂ©nĂ©ral, lâadaptation se dĂ©roule sans encombre, bien que certains cadres rĂ©glementaires, tels que les critĂšres ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), prĂ©sentent des dĂ©fis particuliers. Ă lâĂ©chelle europĂ©enne, lâapplication de la Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) a posĂ© des difficultĂ©s pratiques quant Ă son intĂ©gration effective dans le secteur.
«âUne Ă©volution lĂ©gislative Ă surveiller est la Retail investment strategy.â»
Au cĆur de lâactivitĂ© conseil, il y a le besoin de sâassurer de lâadĂ©quation du profil de risque du client au niveau de risque de son portefeuille et des conseils y affĂ©rents. A-t-on Ă©voluĂ© vers des mĂ©thodes modernes de contrĂŽleâ?
Il sâagit plutĂŽt dâune problĂ©matique opĂ©rationnelle. Dâun point de vue lĂ©gal, le banquier privĂ© est tenu de segmenter et dâĂ©valuer sa clientĂšle de façon continue. Ă titre dâexemple, un banquier privĂ© doit catĂ©goriser son client selon des critĂšres de connaissances financiĂšres, profil de risque, horizon dâinvestissement, critĂšres de durabilitĂ©, etc. Ces critĂšres de segmentation sont particuliĂšrement dĂ©taillĂ©s. Lâintelligence artificielle apporte une aide prĂ©cieuse aux banques privĂ©es pour synthĂ©tiser ces informations. Sur le volet AML (lutte contre le blanchiment dâargent), lâAssociation des banques et banquiers Luxembourg dĂ©veloppe une initiative autour de la digitalisation du processus AML/KYC.
LE FACTEUR HUMAIN DEMEURE CRUCIAL
«âLâimpact de lâintelligence artificielle (IA) est indĂ©niable dans tous les secteurs, y compris la banque privĂ©e. Cependant, elle ne saurait remplacer lâexpertise et le rĂŽle essentiel dâun banquier privĂ©. Le facteur humain demeure crucial, car un client sophistiquĂ© privilĂ©gie le dialogue et lâĂ©change personnel. NĂ©anmoins, lâIA peut grandement faciliter le traitement des requĂȘtes et des donnĂ©es, ainsi que lâapplication des aspects rĂ©glementaires, reprĂ©sentant ainsi un gain significatif en termes de temps et de coĂ»ts.â»
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 63
Conversation
«âDes enjeux de succession de plus en plus complexesâ»
La transmission du patrimoine est une prĂ©occupation majeure pour la plupart des familles fortunĂ©es. Celle-ci implique de prendre en considĂ©ration de nombreux Ă©lĂ©ments si lâon souhaite prĂ©server ou accroĂźtre le patrimoine, garantir la pĂ©rennitĂ© dâune entreprise familiale et Ă©viter des dĂ©convenues fiscales.
Claude Medernach, legal counsel Grands Clients, et Anne-Lise Grandjean, tax & estate planner, de la Banque de Luxembourg, évoquent ces enjeux avec nous.
Portrait GUY WOLFF Interview SĂBASTIEN LAMBOTTE
64 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Claude Medernach et Anne-Lise
Grandjean
Anne-Lise Grandjean et Claude Medernach, de la Banque de Luxembourg, prĂ©conisent dâeffectuer un bilan du patrimoine Ă lâĂ©chelle mondiale.
Conversation
La transmission du patrimoine entre la gĂ©nĂ©ration des baby-boomers et leurs descendants sâapparente au plus grand transfert de richesse de lâhistoire. Cela reprĂ©sente-t-il un dĂ©fi pour la banque privĂ©eâ?
CLAUDE MEDERNACH (C.M.)
Il y a lieu de relativiser cette notion de «âplus grand transfert de richesse de lâhistoireâ». Il est vrai que la masse dâactifs appelĂ©e Ă ĂȘtre transmise dâune gĂ©nĂ©ration, en lâoccurrence celle des baby-boomers, Ă la suivante est la plus importante jamais connue. Cependant, cela sâĂ©tale dans le temps. Tout dâabord, les membres de cette gĂ©nĂ©ration sont nĂ©s entre 1946 et 1964. Ils ont aujourdâhui entre 60 et 80 ans. Dâautre part, considĂ©rant lâamĂ©lioration du niveau de vie et lâaugmentation de lâespĂ©rance de vie, nous nâassistons pas Ă un transfert unique et global, mais Ă une transmission progressive.
Les bĂ©nĂ©ficiaires de cette transmission, dâautre part, se trouvent souvent euxmĂȘmes dans des situations confortables, et mĂȘme trĂšs avantageuses. Ils sont bien installĂ©s dans leur vie, parfois Ă la tĂȘte dâentreprises florissantes. Ils ne sont pas dans une situation de dĂ©pendance financiĂšre vis-Ă -vis de leurs parents.
Ce transfert, bien que progressif, ne reprĂ©sente-t-il cependant pas un dĂ©fi pour la banqueâ?
C.M. Si. Bien Ă©videmment. Le plus important, pour nous, est de nous tenir prĂȘts pour accompagner cette nouvelle gĂ©nĂ©ration, qui est plus exigeante et, sans doute, moins fidĂšle. Si ses reprĂ©sentants souhaitent toujours pouvoir sâappuyer sur les conseils et lâaccompagnement dâun interlocuteur privilĂ©giĂ© en matiĂšre de gestion patrimoniale, ils comparent davantage, nous challengent vis-Ă -vis de la concurrence, sont susceptibles de changer plus facilement de partenaires bancaires. Ils veulent plus de transparence. Ils souhaitent comprendre les tenants et les aboutissants de la relation, les coĂ»ts associĂ©s Ă un service. Lâenjeu, pour nous, est de continuer Ă servir les parents, avec lesquels nous avons dĂ©veloppĂ© des relations de confiance solides, tout en prĂ©servant la NextGen dans le giron de la banque, cela en les accompagnant dĂšs que possible vis-Ă -vis de ces enjeux de transmission, de planification et de gestion patrimoniale.
Vous dites que la gĂ©nĂ©ration qui suit celle des baby-boomers nâest pas forcĂ©ment dans lâattente de lâhĂ©ritage de ses parents. La gĂ©nĂ©ration suivante, les petits-enfants, Ă©mettent-ils pour leur part le dĂ©sir dâen profiterâ?
ANNE-LISE GRANDJEAN (A.-L.G.) JusquâĂ prĂ©sent, nous nâavons Ă©tĂ© que peu confrontĂ©s Ă ce genre de situation. Au Luxembourg, les successions qui sâopĂšrent en ligne directe suite au dĂ©cĂšs dâun aĂŻeul sâopĂšrent en principe en exonĂ©ration fiscale. Une donation du vivant au bĂ©nĂ©fice de ses enfants comme de ses petits-enfants implique en principe de payer des droits de donation. Ce cadre fiscal, spĂ©cifique au Luxembourg, peut entraĂźner certaines frustrations ou un sentiment dâinjustice.
Comment celaâ?
C.M. Prenons lâexemple dâun enfant qui a repris les rĂȘnes de lâentreprise de son pĂšre. En raison de lâallongement de la durĂ©e de vie, lâenfant est susceptible dâĆuvrer longtemps Ă la tĂȘte de lâentreprise sans la dĂ©tenir Ă proprement parler, sans disposer des actions. Le parent pourrait dĂ©cider de donner ses parts de lâentreprise. Mais cela impliquerait des droits de donation. Dans beaucoup de cas, cela coĂ»te nettement moins cher, malheureusement, de patienter jusquâau dĂ©cĂšs. De la mĂȘme maniĂšre, il est regrettable que le parent soit freinĂ© dans la possibilitĂ© de transmettre de son vivant une partie de ses parts dâentreprise, qui reviendra de toute façon Ă ses descendants en cas de dĂ©cĂšs.
En matiĂšre de succession, quels sont les grands enjeux auxquels sont confrontĂ©es les famillesâ?
C.M. Ils sont de plusieurs ordres. Lâun dâeux a trait Ă la dilution et au partage du patrimoine. La succession, dans la plupart des cas, devra sâorganiser entre plusieurs branches familiales. Cela peut sâavĂ©rer complexe, surtout lorsque la masse successorale est constituĂ©e dâavoirs patrimoniaux plus ou moins liquides et distribuables. DĂšs lors, il est important de pouvoir identifier les attentes de lâensemble des personnes concernĂ©es au regard du patrimoine familial. Souvent, une branche de la famille va souhaiter obtenir son indĂ©pendance financiĂšre et davantage de flexibilitĂ© par rapport
RĂSERVE HĂRĂDITAIRE
Au-delĂ des aspects fiscaux, la transmission implique de prendre en considĂ©ration un ensemble de rĂšgles Ă©manant du droit civil, qui dĂ©termine par exemple lâordre de succession, les droits du conjoint survivant, la rĂ©partition du patrimoine en fonction du rĂ©gime matrimonial. Câest aussi au niveau de la lĂ©gislation civile quâest fixĂ©e la rĂ©serve hĂ©rĂ©ditaire, cette part du patrimoine que lâon ne peut pas soustraire aux hĂ©ritiers lĂ©gaux rĂ©servataires. Il nâest en lâoccurrence pas possible de dĂ©shĂ©riter un de ses descendants.
66 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Claude Medernach et Anne-Lise Grandjean
aux frĂšres et sĆurs. Si ce nâest pas le cas, une gestion commune de lâindivision successorale a des avantages. Elle permet dâaccĂ©der Ă de meilleures opportunitĂ©s dâinvestissement en raison dâun volume plus important, dâobtenir de meilleures positions sur le marchĂ© ou de bĂ©nĂ©ficier de coĂ»ts rĂ©duits. Dâautre part, on constate aussi que les situations familiales sont de plus en plus hĂ©tĂ©rogĂšnes et complexes. Dans le cadre des familles recomposĂ©es, en fonction du conjoint qui dĂ©cĂšde en premier, une partie de la fortune peut passer dans lâautre branche de la famille. Cela peut crĂ©er un sentiment dâamertume dans le chef des hĂ©ritiers du conjoint qui est dĂ©cĂ©dĂ© le premier.
Au-delĂ de lâĂ©volution des situations familiales, en quoi les problĂ©matiques de transmission sont-elles plus complexes que par le passĂ©â?
A.-L.G. Les patrimoines sont aussi plus complexes et plus internationaux que par le passĂ© en raison de la mobilitĂ© croissante des personnes et des biens. Ils sont constituĂ©s dâactifs de diverses natures. Au-delĂ des portefeuilles titres, on y trouve de lâimmobilier, parfois situĂ© Ă lâĂ©tranger, des contrats dâassurance-vie, des investissements en private equity, mais aussi des Ćuvres dâart, des bijoux, des collections. Les hĂ©ritiers, par ailleurs, sont souvent partis vivre Ă lâĂ©tranger. Les rĂšgles applicables Ă la transmission peuvent varier en fonction des situations. Dans une dĂ©marche de planification, il est dĂšs lors important de prendre en considĂ©ration lâensemble des Ă©lĂ©ments dâextranĂ©itĂ©, afin de pouvoir trouver des solutions adaptĂ©es aux objectifs poursuivis, et de pouvoir suivre lâĂ©volution de la famille et du patrimoine dans le temps.
Comment, dans cette perspective, accompagnez-vous vos clientsâ?
A.-L.G. La premiĂšre Ă©tape est de faire un bilan du patrimoine Ă lâĂ©chelle mondiale, de lâĂ©valuer et de considĂ©rer son empreinte gĂ©ographique. Il faut tenir compte de la situation familiale autant que des besoins et souhaits du client. Souvent, nos clients
«âLes situations familiales sont de plus en plus hĂ©tĂ©rogĂšnes et complexes
Claude Medernach
sont multibancarisĂ©s et nâont pas toujours conscience de lâĂ©tendue prĂ©cise de leur patrimoine. En cas de souhait, nous pouvons accompagner nos clients dans leur dĂ©marche de consolidation de leur patrimoine bancaire et extrabancaire, afin de les conseiller au mieux sur leur stratĂ©gie dâinvestissement ainsi que sur les solutions juridiques et fiscales Ă mettre en Ćuvre.
Comment la localisation des actifs impacte-t-elle la fiscalitĂ© sur la transmissionâ?
A.-L.G. Pour une famille luxembourgeoise dont le patrimoine est localisĂ© au Luxembourg, la situation fiscale est relativement simple. En effet, le pays est connu pour ne pas appliquer de droits de succession en ligne directe. Cependant, cela concerne uniquement les biens mobiliers, peu importe leur lieu de situation et les biens immobiliers situĂ©s au Luxembourg. Cependant, si les hĂ©ritiers habitent dans un Ătat qui taxe aussi les bĂ©nĂ©ficiaires, comme la France ou lâAllemagne, des droits de succession seront dus en France ou en Allemagne. Par ailleurs, une distribution inĂ©galitaire entre tous les enfants peut Ă©galement avoir des consĂ©quences fiscales au Luxembourg. Au-delĂ , il faut considĂ©rer la situation de chacun au cas par cas pour Ă©valuer les impacts fiscaux et lĂ©gaux inhĂ©rents Ă la succession. Pour un bien immobilier situĂ© en France, en raison de la lĂ©gislation fiscale, des droits de succession vont sâappliquer sur la valeur du bien. Si le Luxembourg a conclu de nombreuses conventions visant Ă Ă©viter une double imposition, celles-ci concernent uniquement la fiscalitĂ© directe. Le Luxembourg nâa signĂ© aucune convention de double imposition en matiĂšre de droits de succession ou de donation. Il faut en avoir conscience.
Dans certains cas, la donation peut donc sâavĂ©rer plus intĂ©ressante⊠A.-L.G. Sur une partie du patrimoine, selon la situation, cela peut ĂȘtre vrai. Si lâon considĂšre un bien immobilier en France, une donation de son vivant peut ĂȘtre plus intĂ©ressante quâune transmission Ă la suite dâun dĂ©cĂšs. Notre rĂŽle, dans une
. »
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 67
dĂ©marche de planification patrimoniale, est dâapporter cette connaissance des cadres civils et fiscaux qui sâappliquent Ă leur situation pour leur permettre de mieux apprĂ©hender le futur. Cette maĂźtrise du contexte international et transfrontalier demeure lâune des forces du Luxembourg et de nos experts internes dans le domaine de lâingĂ©nierie patrimoniale.
Il arrive souvent quâune entreprise reprĂ©sente une part consĂ©quente du patrimoine. Comment apprĂ©hender la transmission dans ce contexteâ?
C.M. En effet, beaucoup de clients que nous accompagnons ont construit leur fortune au dĂ©part dâune entreprise familiale prospĂšre. Dans de nombreux cas, elle constitue le cĆur du patrimoine. Si partager des actifs liquides entre hĂ©ritiers paraĂźt plus simple, ce nâest pas le cas dâune entreprise familiale. Lâenjeu premier, souvent, est de maintenir la pĂ©rennitĂ© et la profitabilitĂ© de cette derniĂšre. Cependant, les bĂ©nĂ©ficiaires ne sont pas forcĂ©ment tous impliquĂ©s dans la gestion de celle-ci et ne dĂ©veloppent pas forcĂ©ment le mĂȘme attachement Ă lâentreprise.
Comment, dĂšs lors, apprĂ©hender ces enjeuxâ?
C.M. Il est essentiel dâanticiper et de prĂ©parer en amont la transmission dâune entreprise familiale. Plusieurs pistes peuvent ĂȘtre explorĂ©es. Il est par exemple possible de scinder la sociĂ©tĂ© dâexploitation de lâimmobilier, afin de permettre que seuls les enfants actifs dans lâentreprise reçoivent des parts de la sociĂ©tĂ© dâexploitation. Cela peut toutefois soulever quelques problĂšmes juridico-fiscaux. Cette scission peut avoir des rĂ©percussions fiscales considĂ©rables, notamment en raison de la plus-value latente de lâimmobilier. Si lâon souhaite exclure certains hĂ©ritiers de lâexploitation, il faut sâassurer de disposer dâautres biens, hors entreprise dâexploitation, pour compenser ces enfants et Ă©viter une violation de leur rĂ©serve lĂ©gale. Enfin, pour garantir la pĂ©rennisation de lâactivitĂ©, il est aussi nĂ©cessaire de trouver un compromis, entre lâimmobilier et lâexploitation, relatif au bail, par exemple en recourant Ă la mise en place dâun bail emphytĂ©otique.
«âLes patrimoines sont plus complexes et plus internationaux que par le passĂ©. »
Anne-Lise Grandjean
Quelles autres pistes peut-on envisagerâ?
A.-L.G. Une autre solution, plus structurelle, rĂ©side dans la mise en place dâune ou plusieurs sociĂ©tĂ©s de tĂȘte regroupant les sociĂ©tĂ©s opĂ©rationnelles et dans lesquelles siĂ©geront tous les enfants, quâils travaillent ou non dans lâexploitation. Les enfants seront alors tous actionnaires de la sociĂ©tĂ© holding. Ce genre de structure peut ĂȘtre mis en place lorsque lâon souhaite opĂ©rer une gestion commune de lâindivision successorale. Autour de cela, on peut aussi envisager des solutions plus contractuelles, par la mise en place dâune gouvernance familiale, Ă travers laquelle on peut par exemple dĂ©terminer les mĂ©thodes dâĂ©valuation de lâentreprise familiale, la politique de distribution des dividendes, ou encore un pacte dâactionnaires. Lâenjeu est de fixer les rĂšgles visant Ă atteindre les objectifs communs fixĂ©s et Ă anticiper certaines problĂ©matiques, liĂ©es par exemple Ă la cession de parts au niveau dâune branche, et Ă ne pas lĂ©ser lâun ou lâautre des hĂ©ritiers.
Il faut aussi tenir compte des cas particuliersâ?
C.M. Oui, par exemple, la succession dâune exploitation agricole fait lâobjet dâun rĂ©gime particulier. Nous nous sommes rĂ©cemment demandĂ© si ces rĂšgles Ă©taient transposables Ă la transmission dâune parcelle forestiĂšre. Il sâavĂšre que, vraisemblablement, ce nâest pas le cas. Dans chaque juridiction, il y a des exceptions de cette nature. Il est important, dĂšs lors, de nous entourer des expertises fiscales et lĂ©gales, en les intĂ©grant au niveau de nos Ă©quipes ou en nous appuyant sur des partenaires prĂ©sents dans certains pays, pour permettre Ă nos clients dâenvisager cette transmission sereinement.
68 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 Conversation Claude Medernach et Anne-Lise Grandjean
Table
Ronde
Climate Finance
La rĂ©putation de notre place financiĂšre en matiĂšre dâinvestissements socialement responsables et dâimpact est internationalement reconnue et constitue un environnement idĂ©al pour les fonds de la finance climatique. Des experts discuteront de la stratĂ©gie de financement climatique, des moyens mis en oeuvre, des vĂ©hicules de placement et de la plate-forme LGX lancĂ©e par la Bourse de Luxembourg.
Avec la participation de : Laetitia Hamon (Luxembourg Stock Exchange)
Inscription sur paperjam.lu/club ïżœïżœ:ïżœïżœ-ïżœïżœ:ïżœïżœ | Luxembourg-Ville 10JEUDIOCT. ïżœïżœïżœïżœ
Colbr veut démocratiser la banque privée
Colbr ambitionne de transformer lâindustrie de la gestion de patrimoine en donnant accĂšs aux mĂȘmes moyens Ă tous. Rencontre avec Gustav SondĂ©n, co-fondateur de la wealthtech française.
Comment est nĂ©e Colbrâ?
Mes associĂ©s, Romain Joudelat et Mickael Juvenelle, et moi-mĂȘme venons de la gestion dâactifs. En tant que professionnels de la finance, mais aussi en tant que jeunes Ă©pargnants, nous rencontrions une vraie frustration sur la qualitĂ© des produits Ă notre disposition, mais Ă©galement sur lâexpĂ©rience client qui nous Ă©tait proposĂ©e. Cette frustration a Ă©tĂ© le point de dĂ©part de notre aventure entrepreneuriale. Notre idĂ©e est de proposer les bons produits dâinvestissement sur une plateforme, construite en no code, Ă lâĂ©poque. Nous avons immĂ©diatement collectĂ© pas mal dâargent. Cette bonne rĂ©ponse du public nous a permis de rĂ©ussir une premiĂšre levĂ©e dâun million dâeuros et de poursuivre le dĂ©veloppement de notre agrĂ©gateur dâinvestissement, intuitif et 100â% gratuit.
Que proposez-vous aux utilisateursâ?
Notre offre se divise en trois axes. La premiĂšre, câest une plateforme dâagrĂ©gation en , qui permet de suivre lâensemble de votre situation patrimoniale en temps rĂ©el. Nous sommes connectĂ©s Ă plus de 6.000 Ă©tablissements financiers en Europe, mais Ă©galement Ă dif-
fĂ©rentes bases de donnĂ©es. Ă cela sâajoute un ensemble dâoutils qui permettent de rĂ©aliser votre propre bilan patrimonial. Cette vue globale donne ensuite la possibilitĂ© de prendre les premiĂšres dĂ©cisions dâinvestissement, et câest le deuxiĂšme axe de notre projet. Notre premiĂšre offre dĂ©marre Ă 1.000 euros et sâadresse Ă peu prĂšs Ă tout le monde. Nous avons dĂ©veloppĂ© quatre mandats, oĂč le mode de gestion dĂ©finit le profil de risque, avec des objectifs de performance compris entre 4 et 10â%, annualisĂ©s. Nous avons notamment un mandat 100â% en actions, dont lâobjet est de reflĂ©ter la croissance mondiale des marchĂ©s financiers. Nous savons que les ETF seront le socle de lâĂ©pargne financiĂšre des nouvelles gĂ©nĂ©rations. Ăa lâest dĂ©jĂ en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Ătats-Unis, et câest en train dâarriver en France. En matiĂšre dâinvestissement, nous proposons dâautres produits haut de gamme. Nous sommes notamment des pionniers dans le domaine du private equity, notamment grĂące Ă des feeders qui ont Ă©mergĂ© sur le marchĂ©, mais aussi avec des fonds de fonds et notamment des fonds communs de placement. On commence ainsi Ă pouvoir proposer une offre
Interview MICHAĂL PEIFFER
Gustav Sondén
Photo Colbr Conversation
institutionnelle au retail, Ă savoir quâau moins 90â% du passif de ses fonds sont dĂ©tenus par des investisseurs institutionnels. Enfin, la derniĂšre partie de notre offre, câest le conseil, et câest vraiment quelque chose quâattendaient les Ă©pargnants. Câest ce qui nous diffĂ©rencie et fait notre rĂ©ussite.
Quelle est la place du conseillerâ?
Elle est centrale. Au-delĂ des utilisateurs, nous nous adressons Ă une nouvelle gĂ©nĂ©ration de conseillers qui souhaitait sâappuyer sur un outil en ligne, avec tout ce que la technologie peut offrir aujourdâhui. Nos conseillers ont accĂšs Ă une seule base de donnĂ©es pour tous les applicatifs mĂ©tiers. Ăa peut paraĂźtre banal, mais ce nâest pas la norme sur le marchĂ©. Obligations de compliance, outil de souscription, suivi des clients, tout est accessible au mĂȘme endroit.
Vous considĂ©rez-vous comme une fintech ou comme une nĂ©obanqueâ?
Notre vision est de devenir la banque privĂ©e de demain. Mais, aujourdâhui, ce serait prĂ©somptueux de parler de nĂ©obanque, dans le sens oĂč nous ne proposons pas de services bancaires classiques comme des ouvertures de compte ou des prestations de crĂ©dit. Dans lâunivers des fintech, nous nous positionnons dans le compartiment wealthtech, avec une vision patrimoniale forte. Aujourdâhui, la plupart des grandes fintech sont actives sur le segment mass market, avec des solutions qui sâadressent Ă un Ă©norme marchĂ©. Pour nous, qui voulons ĂȘtre actifs dans lâinvestissement et la gestion de fortune, tout reste Ă faire.
Qui sont vos clients, aujourdâhuiâ?
Ils sont ceux que nous avions imaginĂ©s au dĂ©part. Il sâagit dâune clientĂšle de flux (affluent en anglais, ndlr), des gens qui ont entre 200.000 euros et 2 millions dâeuros de patrimoine, mais qui ont surtout des revenus importants et la possibilitĂ© dâĂ©pargner. En français, on parle de gestion de patrimoine, mais le terme anglais de wealth planning est plus appropriĂ©. Notre client a en moyenne 38 ans et le ticket moyen est toujours lĂ©gĂšrement au-dessus de six chiffres.
Votre volontĂ© est de dĂ©mocratiser la banque privĂ©e. Comment comptez-vous vous y prendreâ?
Autrefois, les contraintes rĂ©glementaires et opĂ©rationnelles Ă©taient dâune telle importance que ce nâĂ©tait juste pas possible. Aujourdâhui, grĂące Ă la technologie et Ă la rationalisation des bases de donnĂ©es, on peut avoir accĂšs facilement aux bonnes informations, crĂ©er des applicatifs avec des API fonctionnelles, etc. Lâinvestissement est un pan de notre mĂ©tier qui, quelque part, est dĂ©mocratisable Ă lâextrĂȘme. En revanche, le conseil patrimonial ou successoral et la structuration fiscale sont dâautres domaines qui ne sont pas dĂ©mocratisables de la mĂȘme maniĂšre, mais on peut faire beaucoup mieux, selon nous, que ce qui est proposĂ© par les acteurs traditionnels.
Quel est votre business modelâ?
«âLes ETF seront le socle de lâĂ©pargne financiĂšre des nouvelles gĂ©nĂ©rations.â»
La plateforme est gratuite. Elle nous permet de faire connaissance avec nos clients, et inversement. Nous nous rĂ©munĂ©rons dans le cadre des prestations dâinvestissement. Câest du courtage, et câest la formule quâont plĂ©biscitĂ©e nos clients. Maintenant, notre spĂ©cificitĂ©, par rapport au marchĂ©, câest la transparence. Les gens veulent plus de conseil, plus de digital, mais pas forcĂ©ment au prix le moins cher possible. Ils veulent surtout comprendre ce quâils paient.
Votre activitĂ© est aujourdâhui concentrĂ©e sur la France. Quels sont vos objectifs de dĂ©veloppementâ?
Nous sommes effectivement concentrĂ©s sur le marchĂ© français, qui est dĂ©jĂ Ă©norme. Aujourdâhui, les fintech actives dans le domaine de lâinvestissement reprĂ©sentent moins de 1â% de part de marchĂ©. Il y a un vĂ©ritable enjeu Ă capter plus de clients, et les wealthtech ont aujourdâhui le vent en poupe. AprĂšs, environ 20â% de nos clients sont des expatriĂ©s. Il sâagit de profils assez jeunes, qui ont de lâargent, qui profitent parfois de rĂ©gimes fiscaux qui leur permettent dâĂ©pargner beaucoup. Câest une premiĂšre maniĂšre de nous internationaliser et de nous familiariser avec dâautres marchĂ©s. RĂ©cemment, par opportunitĂ©, nous avons aussi demandĂ© une extension dâagrĂ©ment pour servir des clients en Belgique.
LâIA AU SERVICE DU CONSEIL
«âLâIA prend une place grandissante dans cet univers, ajoute Gustav SondĂ©n. Nous sommes en train de bĂątir les fondations. Et pour lâIA, les fondations, câest la data. Sans data, vous ne pouvez rien faire. Il faut bien sĂ»r une grande quantitĂ© dâinformations, mais il faut surtout structurer ces donnĂ©es pour en retirer le meilleur. Notre Ă©quipe technique travaille aujourdâhui sur lâintĂ©gration de lâIA Ă lâexpĂ©rience utilisateur. Cela va permettre dâintroduire une couche de conseil dĂšs les premiĂšres dĂ©cisions dâinvestissement. Un bon conseil demande de bien connaĂźtre le contexte. ChatGPT et dâautres solutions dâIA gĂ©nĂ©rative, Ă©tant donnĂ© la base de donnĂ©es quâelles exploitent, sont capables dâexpliquer trĂšs facilement le contexteâ: historique de performance, volatilité⊠Les premiĂšres prestations dâinvestissement peuvent ĂȘtre guidĂ©es par cette intelligence artificielle, ce qui amĂšne un avantage pour lâutilisateur, en complĂ©ment de lâintervention des conseillers qui peuvent intervenir sur les questions Ă plus forte valeur ajoutĂ©e. Lâenjeu est de rendre le conseil le plus modulable possible, et lâIA va le permettre.â»
PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 71
RĂ©glementationâ: un baromĂštre sous haute pression
La pression rĂ©glementaire qui pĂšse sur les banques privĂ©es et les gestionnaires de fortune va se maintenir Ă un niveau Ă©levĂ© en 2024. Tour dâhorizon des principales rĂ©glementations Ă lâagenda du rĂ©gulateur avec la partner, Risk consulting chez KPMG, Anne-Sophie Minaldo.
Au Luxembourg comme ailleurs en Europe, le secteur de la banque privĂ©e est soumis Ă un feu nourri de nouvelles rĂ©glementations et se doit dâĂȘtre irrĂ©prochable sur des sujets trĂšs sensibles et variĂ©s comme la prĂ©vention de la fraude et des cyberattaques, la lutte contre le financement du terrorisme ou encore lâapplication des sanctions dans un contexte de guerre en Ukraine⊠Il se doit Ă©galement de suivre les attentes du rĂ©gulateur en matiĂšre de finance durable, dâassets digitaux et de protection des investisseurs dans un monde en mouvement oĂč la technologie prend de plus en plus de place au quotidien. «â Afin dâĂ©valuer la pression rĂ©glementaire qui pĂšse sur les diffĂ©rents acteurs du secteur financier, nous Ă©ditons chaque semestre notre Regulatory Barome ter, dans le but de maintenir notre niveau de connaissances et de pouvoir accompa gner au mieux nos clients , partage la partner, Risk consulting chez KPMG, Anne-Sophie Minaldo. DiffĂ©rents axes sont explorĂ©s, comme lâESG, la rĂ©silience financiĂšre et opĂ©rationnelle, la finance digi tale, lâindustrie des paiements, la protec tion des investisseurs⊠Au total, sur les
«âLâarrivĂ©e des robo-advisors, et maintenant de lâIA gĂ©nĂ©rative, est suivie de prĂšs par le rĂ©gulateur.â»
huit thĂšmes identifiĂ©s, la pression rĂ©glementaire est aujourdâhui Ă©valuĂ©e Ă 7,3 sur 10, ce qui est tout de mĂȘme assez Ă©levĂ©.â»
Afin dâĂ©tablir ce baromĂštre, les experts analysent, dâune part, le volume dâinformations gĂ©nĂ©rĂ© au dĂ©part des textes qui Ă©manent des rĂ©gulateurs, comme les directives, les rĂšglements, ainsi que les regulatory technical standards (RTS). Dâautre part, le baromĂštre est Ă©galement calculĂ© sur la base du nombre de visites sur site rĂ©alisĂ©es par le(s) rĂ©gulateur(s) sur des sujets donnĂ©s et des amendes infligĂ©es aux diffĂ©rents acteurs pris en dĂ©faut de conformitĂ©.
Pression maximale sur la finance durable
Au regard de ce baromĂštre, plusieurs thĂšmes impactent plus particuliĂšrement lâactivitĂ© des gestionnaires de banque privĂ©e ou des gestionnaires de fortune indĂ©pendants au Luxembourg. «â Le premier sujet qui nous occupe touche Ă la finance durable et aux critĂšres ESG. La pression, Ă©valuĂ©e Ă 8,4/10 au premier semestre 2024, est relativement constante depuis 2022 et provient essentiellement des instances euroâ», explique Anne-Sophie Minaldo. Aujourdâhui, les banquiers privĂ©s doivent
Agenda
Photo KPMG
Auteur MICHAĂL PEIFFER
72 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT
LE NIVEAU DE PRESSION DES RĂGLEMENTATIONS SUR LES ACTEURS FINANCIERS
Basé sur une échelle de 1 à 10
Fournir des services financiers durables et ESG Maintenir la résilience financiÚre Réglementer la finance numérique Renforcer la résilience opérationnelle Paiements Renforcer la protection des consommateurs Marchés de capitaux en pleine croissance AccÚs aux marchés Renforcer les attentes en matiÚre de gouvernance
tenir compte des critĂšres ESG dans leur offre, au niveau de leur gamme de produits. Ils doivent aussi ĂȘtre trĂšs prudents, voire sceptiques, par rapport Ă ce que les grands manufacturiers leur prĂ©sentent comme Ă©tant des produits ESG. «âPar rapport Ă 2022, dans un contexte oĂč la rĂ©glementation sâaffine, on assiste Ă une dĂ©classification de produits qui, voici un an ou deux, Ă©taient prĂ©sentĂ©s comme conformes Ă la rĂ©glementation ESG et ne le sont plus aujourdâhui. Ils sont dĂ©listĂ©s par crainte dâĂȘtre attaquĂ©s pour greenwashingâ», prĂ©cise Anne-Sophie Minaldo, la responsable du regulatory consulting et du forensic chez KPMG. Dans ce contexte, le principal challenge des acteurs de la banque privĂ©e ou de la gestion de fortune, si lâon sâen tient aux produits dâinvestissement, est dâarriver Ă effectuer une bonne sĂ©lection en amont.
Le rĂ©gulateur est aussi de plus en plus attentif aux aspects de due diligence. Sur les questions liĂ©es Ă lâenvironnement, de nombreux critĂšres ont Ă©tĂ© Ă©tablis pour Ă©valuer lâimpact Ă©cologique des investissements. Mais lâUnion europĂ©enne va trĂšs certainement sâintĂ©resser dâici peu Ă la
deuxiĂšme lettre dâESG, câest-Ă -dire lâimpact sociĂ©tal des produits. «âLâEurope a Ă©tĂ© trĂšs productive concernant lâenvironnement, avec des critĂšres de dĂ©carbonation, dâĂ©missions de CO2, de part dâĂ©nergie renouvelable. Maintenant, sur la question sociĂ©tale, il sera sans doute plus ardu de trouver un trait dâunion commun entre les pays europĂ©ens, relĂšve Anne-Sophie Minaldo. Les niveaux de salaires comme le coĂ»t de la vie sont trĂšs variables, la notion dâĂ©galitĂ© hommes-femmes diffĂšre selon les pays et leur culture, lâaccĂšs Ă lâĂ©ducation nâest pas le mĂȘme partout, etc. On constate toutefois une rĂ©elle volontĂ© dâavancer sur ce point, tout comme sur la gouvernance dâailleurs. En la matiĂšre, mĂȘme si cela concerne moins les banquiers privĂ©s que les entitĂ©s faĂźtiĂšres, les critĂšres ESG doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s au plus haut niveau de lâorganisation. Le rĂ©gulateur a dâailleurs remis un bon coup de pression sur les bonnes pratiques de gouvernance en ce dĂ©but dâannĂ©e 2024. Le baromĂštre Ă©tait tombĂ© Ă 5 points sur cette question fin 2023, mais il est remontĂ© Ă 6,9 aujourdâhui.â»
Toujours en relation avec lâoffre dâinvestissement durable, au-delĂ de la bonne comprĂ©hension des produits quâils
proposent, les conseillers en investissement doivent aujourdâhui apprendre Ă mieux connaĂźtre les besoins et les attentes de leurs clients. «âLe focus se porte sur le conseil en investissement, tant pour les banques que pour les PSF dâailleurs. Ă partir du moment oĂč vous proposez ces prestations de services, vous ĂȘtes une Mifid firm, relĂšve Anne-Sophie Minaldo. Sur ce sujet, au-delĂ des exigences fixĂ©es autour des produits, les prestataires doivent redoubler dâefforts afin de collecter les prĂ©fĂ©rences ESG de leurs clients. Le but est de sâassurer dâatteindre le meilleur alignement possible entre leur offre et les attentes de la clientĂšle. On voit que les rĂ©gulateurs mettent Ă la fois un coup de pression sur ces Mifid firms, mais aussi sur les management companies, qui font de la gestion Ă un niveau plus collectif.â»
En ce sens, lâAutoritĂ© europĂ©enne des marchĂ©s financiers (Esma) a notamment publiĂ© de nouvelles guidelines, applicables depuis octobre 2023. «âAprĂšs une phase de prĂ©paration, lâEsma a annoncĂ© quâelle allait lancer ce que lâon appelle les common supervisory actions dĂšs 2024. Elle demande aux autoritĂ©s locales et europĂ©ennes de lancer des missions dâinspection afin de voir comment
Source KPMG Regulator Barometer âH1 2024 9 8,5 H2 2022 H1 2023 H2 2023 H1 2024 8 7,5 7 6,5 6 5,5 5
5,6 6,9 6,8 7 7 7,5 8 8,4 8,5 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024 73
Agenda
QUEL POSITIONNEMENT STRATĂGIQUE POUR LA BANQUE PRIVĂE LUXEMBOURGEOISE
LâOFFRE DE PRODUITS
Demain, comment lâoffre de produits de la banque privĂ©e va-t-elle Ă©voluerâ? «âSur ce point, il faut distinguer sans doute les banques qui ont la capacitĂ© de dĂ©velopper des produits dâinvestissement en interne, et dâautres qui ont une architecture plus ouverte et sâappuient sur des prestataires externes, explique Anne-Sophie Minaldo. Mais, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, toutes sont confrontĂ©es aux mĂȘmes enjeux, qui sont de trouver les bons produits, de rĂ©pondre aux prĂ©fĂ©rences de leurs clients, de sâinscrire dans une dĂ©marche RSE, de sâappuyer sur des outils digitaux pour simplifier les process dans un univers rĂ©glementaire toujours plus complexe.â»
LâAVENIR DES BANQUES
Quel avenir pour les banques qui nâont pas la taille critique pour rĂ©pondre Ă lâensemble de ces dĂ©fisâ?
«âIl est effectivement important, pour certaines banques privĂ©es, de rĂ©flĂ©chir Ă leur positionnement futur, poursuit la head of regulatory services de KPMG. Pour certaines grandes institutions, cela peut faire du sens de rester actives sur tous les terrains. Pour les acteurs de plus petite taille, des choix devront ĂȘtre faits. Soit ils investissent massivement sur les sujets oĂč ils sont dĂ©jĂ trĂšs performants afin de devenir les meilleurs, soit ils souhaitent se diversifier et explorer de nouveaux horizons. Dans ce cas, il faut ĂȘtre prĂȘt Ă assumer les coĂ»ts associĂ©s.â»
LE DĂFI DU PAIEMENT INSTANTANĂ
les critĂšres de durabilitĂ© sont intĂ©grĂ©s dans les stratĂ©gies dâinvestissement, comment est menĂ© le suitability assessment du client et de vĂ©rifier, in fine, si la gouvernance autour des produits est Ă la hauteur des attentes.â»
Un cadre pour la finance digitale AprĂšs lâESG, le deuxiĂšme grand axe sur lequel une pression constante est mise par les organes de surveillance depuis 2022 concerne la finance et les assets digitaux.
«âSelon notre baromĂštre, le niveau est de 7 sur 10. Ces sujets, sâils ne sont pas moins importants que la finance durable, sont Ă©troitement liĂ©s Ă la technologie et Ă lâinnovation, domaines qui exigent une montĂ©e en compĂ©tences dans les rangs du rĂ©gulateurâ», prĂ©cise Anne-Sophie Minaldo. Mais il faut sâattendre Ă une montĂ©e en gamme des compĂ©tences du rĂ©gulateur en la matiĂšre, et donc de ses exigences rĂ©glementaires.
«âOn sâest par exemple aperçu que tout ce qui touche aux digital assets, aux tokens, Ă la technologie des registres distribuĂ©s ou Ă la digital ledger transaction, autrement dit, le fait de pouvoir organiser diffĂ©remment la dĂ©tention ou lâĂ©change de titres, crĂ©e une nouvelle gamme de risques qui doit ĂȘtre adressĂ©e de maniĂšre plus transversale. Si vous prenez par exemple la nouvelle directive europĂ©enne sur la rĂ©silience opĂ©rationnelle, elle inclut trĂšs largement lâaspect risque cyber et IT.â»
Avec le rĂšglement Mica , qui entrera en vigueur dĂšs cette annĂ©e, lâUnion europĂ©enne se dote pour la premiĂšre fois dâun cadre rĂ©glementaire harmonisĂ© pour le marchĂ© des crypto-actifs. Celui-ci sâapplique Ă la fois aux Ă©tablissements traditionnels du secteur financier et aux nouveaux acteurs qui Ă©mergent au niveau de lâĂ©cosystĂšme crypto, qui sont engagĂ©s dans lâĂ©mission, lâoffre au public et lâadmission Ă la nĂ©gociation de crypto-actifs ou qui fournissent des services associĂ©s au sein de lâUE.
Sur ces sujets digitaux, le rĂ©gulateur est encore en quĂȘte de solutions, conscient de lâampleur de la tĂąche et du fait que la technologie sâimmisce dans toutes les strates de lâĂ©conomie. «âDâune part, il est important de rĂ©guler de maniĂšre spĂ©cifique la finance digitale. Dâautre part, il faut aussi revoir lâensemble du cadre rĂ©glementaire. Pour vous donner un exemple, un sujet comme la rĂ©silience opĂ©rationnelle doit obligatoirement inclure le risque IT, avec des garanties Ă apporter quant Ă la sĂ©curitĂ© de lâinfrastructure, mais aussi des donnĂ©es et des accĂšsâ», prĂ©cise la head of regulatory services
Le paiement instantanĂ© fait partie des sujets stratĂ©giques liĂ©s au dĂ©veloppement de leur offre sur lesquels les banques luxembourgeoises doivent se positionner. «âLorsquâon observe le marchĂ©, la plupart des banques privĂ©es luxembourgeoises sont membres de la zone Sepa, alors que le paiement nâest pas leur cĆur de mĂ©tier. Le paiement instantanĂ©, qui devient la norme, introduit de nouvelles exigences, ajoute lâexperte. Il faut pouvoir contrĂŽler de façon immĂ©diate le donneur dâordre, le receveur, le but de la transaction⊠Cette facultĂ© implique de nouveaux dĂ©veloppements en matiĂšre dâautomatisation et des coĂ»ts.â»
+ / 1700 s. Max
La dĂ©matĂ©rialisation du monde de la finance oblige ses acteurs Ă mieux contrĂŽler la technologie mise en Ćuvre, les infrastructures et les donnĂ©es utilisĂ©es, afin dâen garantir la sĂ©curitĂ©. «âAujourdâhui, pour les banquiers privĂ©s et les asset managers, le dĂ©veloppement de la finance digitale est source dâopportunitĂ©s. Ces nouvelles catĂ©gories dâactifs permettent de diversifier lâoffre, en complĂ©ment des actifs traditionnels ou ESG. NĂ©anmoins, nous les encourageons Ă se former Ă ces nouveaux sujets et aux risques associĂ©s, y inclus celui relatif au blanchiment dâargent. Les crypto mixers reprĂ©sentent notamment un risque Ă©levĂ© de blanchiment en raison de la non-traçabilitĂ© des transactions. La nouvelle rĂ©glementation Mica est lâune des rĂ©ponses du rĂ©gulateur, tout comme la rĂ©vision des textes europĂ©ens liĂ©s Ă la lutte contre le blanchiment et la crĂ©ation de lâAMLAâ», constate Anne-Sophie Minaldo.
Dans cet univers de plus en plus connectĂ© et ouvert, les banquiers privĂ©s comme les gestionnaires de fortune doivent redĂ©finir leur stratĂ©gie pour profiter des atouts de la technologie, tout en veillant Ă garantir la sĂ©curitĂ© et la rĂ©silience de leur modĂšle. «â Aujourdâhui, la question est de voir comment saisir au mieux les nouvelles opportunitĂ©s. Les assets digitaux permettent aux banques privĂ©es dâĂ©largir leur offre, avec un time-to-market accĂ©lĂ©rĂ© et une gestion Ă moindre coĂ»t. LâintĂ©rĂȘt de se diversifier sur ces actifs est bien rĂ©el. Toutefois, il faut aussi ĂȘtre bien conscient des risques encourus et des coĂ»ts associĂ©s, que lâon parle de data protection ou de cybersĂ©curitĂ©. Au regard de ces enjeux, Ă lâavenir, chaque acteur va devoir rĂ©flĂ©chir Ă son positionnement sur le marchĂ© et Ă la plus-value quâil peut apporter â», confie Anne-Sophie Minaldo.
La protection du consommateur Le troisiĂšme grand sujet Ă lâagenda des banquiers privĂ©s est celui de la protection de lâinvestisseur. La Commission europĂ©enne a prĂ©sentĂ© lâan dernier son Retail Investors Protection Package. Son objectif
74 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Générateur de business depuis plus de 25 ans
COMMANDEZ-LE sur eshop.maisonmoderne.lu
Actuellement en kiosque Ă 10âŹ
Dans son Regulatory Barometer, qui permet dâĂ©valuer en permanence la pression rĂ©glementaire qui pĂšse sur les diffĂ©rents acteurs du secteur financier, KPMG Ă©value Ă 8,4/10 le niveau de pression relatif Ă la finance durable au 1er semestre 2024.
est de donner aux investisseurs retail les moyens de prendre des dĂ©cisions dâinvestissement en adĂ©quation avec leurs besoins et leurs prĂ©fĂ©rences, tout en veillant Ă ce quâils soient traitĂ©s Ă©quitablement et, surtout, dĂ»ment protĂ©gĂ©s. «âEn ce dĂ©but dâannĂ©e 2024, la pression rĂ©glementaire sur ce sujet Ă©tait Ă©valuĂ©e Ă 6,8 sur 10. Ă ce propos, il est important de noter que cet aspect de protection du consommateur sâimbrique Ă tous les niveaux, que lâon parle de finance classique, durable ou digitale. Mais il est clair aussi que plus le banquier privĂ© va mettre en place des moyens de communication ou de gestion des actifs innovants, plus ces questions de protection de la donnĂ©e et de lâinvestisseur vont devenir centralesâ», partage Anne-Sophie Minaldo. Ă lâavenir, lâun des dĂ©fis sera de sâassurer quâune instruction, donnĂ©e au travers dâune plateforme dĂ©matĂ©rialisĂ©e, reste sĂ»re, fiable, sous contrĂŽle. « LâarrivĂ©e des robo-advisors, et maintenant de lâIA gĂ©nĂ©rative, est suivie de prĂšs par le rĂ©gulateur. Son rĂŽle est de sâassurer que lâintĂ©rĂȘt commercial des acteurs de recourir Ă de telles technologies ne se fasse pas au dĂ©triment de lâintĂ©rĂȘt ultime de lâinvestisseur. »
Pour terminer ce tour des grands sujets rĂ©glementaires qui occupent les banquiers privĂ©s luxembourgeois, impossible de ne pas sâarrĂȘter un instant sur la lutte contre le blanchiment dâargent et le financement du terrorisme. Si tous les acteurs connaissent le sujet, la pression est aujourdâhui placĂ©e sur le know your transaction (KYT). «âIl faut ĂȘtre bien conscient aujourdâhui quâil est de la responsabilitĂ© du banquier privĂ© ou du wealth manager, en premiĂšre ligne, de suivre les transactions de ses clients. En la matiĂšre, il est demandĂ© Ă la banque dâidentifier la fraude avant que lâopĂ©ration ne soit approuvĂ©e par le systĂšmeâ», partage Anne-Sophie Minaldo. Des rĂšgles de base ont Ă©tĂ© Ă©dictĂ©es. Par exemple, une transaction doit gĂ©nĂ©rer une alerte si elle dĂ©passe un montant donnĂ© ou si un nouveau pays apparaĂźt soudainement dans lâĂ©cosystĂšme du client. «âIl est aussi important de souligner que, dans cette matiĂšre, le rĂ©gulateur pousse pour que les acteurs mettent en place des solutions technologiques de dĂ©tection de fraude, agissant de maniĂšre prĂ©ventive, en ayant notamment recours Ă lâIA pour imaginer des
analyses de plus en plus fines des transactionsâ», ajoute-t-elle. Les cybercriminels ont souvent un coup dâavance et sont Ă lâaffĂ»t de toutes les failles possibles. Ils utilisent lâintelligence artificielle pour tromper leurs victimes. En rĂ©ponse, il est devenu indispensable dâutiliser les mĂȘmes armes pour se dĂ©fendre.
Toutes ces rĂ©glementations ont beaucoup dâimplications au niveau des organisations, en ayant un impact sur les opĂ©rations quotidiennes jusquâĂ la gouvernance de lâentreprise, en passant par sa capacitĂ© de mettre en Ćuvre la technologie. «âTous les sujets Ă©voquĂ©s ont un impact fort sur la stratĂ©gie des banques et des assets managers. Pour exister demain, il faut se plonger trĂšs sĂ©rieusement dans le sujet de la finance durable. De la mĂȘme maniĂšre, les acteurs vont devoir sâaventurer sur le terrain complexe des digital assets, sans quoi leurs clients iront chercher cette offre ailleurs. En Europe, dâoĂč provient encore 80â% de la clientĂšle de banque privĂ©e au Luxembourg, le principal concurrent reste la Suisse. Pour une clientĂšle Ă lâempreinte internationale, lâAsie est historiquement connue pour son appĂ©tence au risque plus Ă©levĂ©e, avec des rĂšgles de gouvernance moins exigeantes sur des produits plus risquĂ©s. Il revient donc au Luxembourg, et Ă lâEurope en gĂ©nĂ©ral, Ă se positionner pour prĂ©server sa compĂ©titivitĂ© Ă lâĂ©chelle mondiale.â» Une Europe qui veut, dâune part, accĂ©lĂ©rer les mouvements financiers, dynamiser le marchĂ© et placer lâinvestissement au service de lâĂ©conomie rĂ©elle et qui, dâautre part, met une pression rĂ©glementaire de plus en plus forte sur les acteurs financiers, qui doivent mener leur barque entre ces deux courants contraires.
Agenda
Sur
8,4
10
76 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Le classement des décideurs économiques les plus influents au Luxembourg
Tous les deux ans, Maison Moderne produit le « Paperjam Top 100 â le classement des dĂ©cideurs Ă©conomiques les plus influents au Luxembourg ». Ce classement est le fruit du travail dâun jury diversifiĂ© et indĂ©pendant, il est dĂ©voilĂ© en exclusivitĂ© durant une soirĂ©e de gala au cours de laquelle le jury prĂ©sente sur scĂšne les dix premiers classĂ©s.
Cette 10Ăšme Ă©dition de la cĂ©rĂ©monie du Paperjam Top 100 est organisĂ©e dans le cadre dâun dĂźner assis.
Mardi 10 décembre 2024
17:00-22:30
Rockhal Esch-Belval
General Partners
Comment la crypto transforme-t-elle la banque privĂ©eâ?
La banque privĂ©e opĂšre sa transformation numĂ©rique. En la matiĂšre, la technologie blockchain et les actifs numĂ©riques ouvrent de nouvelles perspectives, contribuant Ă la fois Ă amĂ©liorer lâefficacitĂ© opĂ©rationnelle des acteurs et Ă lâĂ©largir lâunivers dâinvestissement.
TOBIAS
SEIDL Co-founder Stokr
Le dĂ©veloppement et lâintĂ©gration de la technologie crypto au niveau de la banque privĂ©e sâopĂšrent de deux maniĂšres distinctes. Tout dâabord, au niveau de la tokenisation des actifs, il y a lieu de mettre en place des solutions qui contribuent Ă amĂ©liorer lâexpĂ©rience des utilisateurs. Ces solutions, en particulier, doivent se conformer aux cadres rĂ©glementaires et mĂȘme faciliter et amĂ©liorer la gestion de ces enjeux de conformitĂ©. Cela se traduit dans le recours Ă des systĂšmes Ă la fois conviviaux et strictement conformes aux normes lĂ©gales. Ăgalement, les banques privĂ©es doivent Ă©voluer pour incorporer le bitcoin ainsi que des dĂ©rivĂ©s de bitcoin dans les portefeuilles dâinvestissement de leurs clients. La demande pour ces actifs particuliers augmentera avec la nouvelle gĂ©nĂ©ration de clients high net-worth individuals.
OLIVIER PORTENSEIGNE
CEO
FundsDLT
La blockchain, et plus particuliĂšrement la technologie DLT, renforce les activitĂ©s de banque privĂ©e et de banque de dĂ©tail en amĂ©liorant considĂ©rablement la collaboration entre les banques et les gestionnaires de patrimoine, grĂące Ă un partage sĂ©curisĂ© et transparent des donnĂ©es. Cela favorise une expĂ©rience bancaire et des offres de produits plus personnalisĂ©es, basĂ©es sur la connaissance des besoins et des comportements des clients. Ă lâavenir, la blockchain pourrait dĂ©mocratiser lâaccĂšs aux actifs privĂ©s, Ă©largissant ainsi la base de clients. En outre, la blockchain rationalise les opĂ©rations de back-office, rĂ©duisant les coĂ»ts et renforçant lâefficacitĂ©. Globalement, elle permet dâoptimiser de nombreux aspects opĂ©rationnels de la banque grĂące aux caractĂ©ristiques de sĂ©curitĂ©, de transparence et dâefficacitĂ© qui lui sont inhĂ©rentes.
CEO
Tokeny
La technologie crypto est en train de rĂ©volutionner la banque privĂ©e. Les actifs numĂ©riques, tels que le Bitcoin, peuvent offrir une diversification de portefeuille. Mais surtout, la blockchain, la technologie sous-jacente, assure des transactions sĂ©curisĂ©es, rapides et transparentes. Elle permet dâagrĂ©ger progressivement un catalogue dâactifs tokenisĂ©s en tous genres sur un mĂȘme rĂ©seau. Cette digitalisation permet une liquiditĂ© accrue et une accessibilitĂ© amĂ©liorĂ©e pour les investisseurs. Les clients peuvent plus directement acheter, vendre et gĂ©rer ces actifs numĂ©riques via une infrastructure interopĂ©rable. Les smart contracts permettent aussi dâautomatiser les processus. Toutefois, il est important de noter que cette Ă©volution nĂ©cessite une gestion des risques diffĂ©rente et une certaine comprĂ©hension de la rĂ©glementation des diffĂ©rents types dâactifs numĂ©riques.
Forecast
Photos Matic Zorman (archives), Romain Gamba (archives) et Guy Wolff (archives)
LUC FALEMPIN
78 PRIVATE BANKINGâ/âWEALTH MANAGEMENT MAI 2024
Propos recueillis par SĂBASTIEN LAMBOTTE
VOTRE VISION LâAVENIR NAĂT DE
Vous souhaitez planifier la cession ou la transmission de votre entreprise, développer votre patrimoine, protéger vos proches ou encore préparer votre retraite ?
Votre banquier privĂ©, avec lâappui de nos experts financiers et ingĂ©nieurs patrimoniaux, est Ă vos cĂŽtĂ©s pour Ă©crire lâavenir de votre patrimoine dans le respect de vos valeurs.
bgl.lu/fr/banqueprivee
La banque dâun monde qui change
BGL BNP PARIBAS S.A.50, avenue J.F. Kennedy L-2951 Luxembourg, R.C.S. Luxembourg: B 6481Communication Marketing avril 2024
With US$498billion in ïŹxed income assets undermanagement, CapitalGroup is one of thelargest active ïŹxed income fund managers in the worldÂč -adistinctiveapproach to ïŹxed income is thedriving force behindthissuccess.
Withthe stability thatcomes from being employee-owned,and ïŹxed income portfolio managers with an average of 26 yearsâ experience, we are singularly focusedonasset management with atruly long-term perspective.
Our distinctiveinvestmentapproach has made us oneofthe worldâslargest ïŹxed income managers.
Seehow we can help youget morefrombonds. FOR PROFESSIONAL/ QUALIFIEDINVESTORS ONLY This material is amarketing communication Alldataasof31December2023 andattributable to Capital Group,unlessotherwise stated. Assets under managementbyCapital Fixed IncomeInvestors. 1 Source:Morningstar Investment involvesrisks.The valueofyour investment andincome from it mayrise as well as fall and cannot be guaranteed This material,issued by CapitalInternational Management Company SĂ rl(âCIMCâ), 37Aavenue J.F. Kennedy, L-1855 Luxembourg, is distributed for information purposes only.CIMCisregulated by theCommission de Surveillance du SecteurFinancier(âCSSFâ âFinancialRegulator of Luxembourg)and is asubsidiary of the CapitalGroup Companies,Inc.(CapitalGroup).© 2024 CapitalGroup.All rightsreserved. Distinctive. Disciplined. Durable.