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Économie Politique Entreprises Place financière

Septembre Octobre 2012

le prix de la

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5€

MONARCHIE

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Économie

Bataille capitale pour les taxis

Politique

Les dossiers chauds de la rentrée

Entreprises

ArcelorMittal : les jeux se font à Londres

Place Financière

Innovation, services compris

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éDITO

Septembre OCTOBRE 2012

A

lors qu’une grande partie de la presse écrite luxembourgeoise subit un tassement, voire un sévère repli de son lectorat, paperJam continue sa belle progression. La lecture de l’édition 2011-2012 de l’enquête TNS Ilres Plurimedia, publiée au cœur de cet été, indique une hausse de 15 % du lectorat du premier magazine économique et financier du pays. De 37.700 « lecteurs dernière période  » de 15 ans et plus, les données sont passées à 43.500, ce qui représente 10,3 % de la population de référence. Et encore ces chiffres ne tiennent-ils pas compte des frontaliers – non couverts dans cette étude –, qui portent à plus de 50.000 le nombre de ses lecteurs. À l’aube de sa 13e année d’existence, paperJam continue d’évoluer, de se remettre en question, de toujours chercher à améliorer sa qualité. Vous tenez entre les mains le premier numéro d’une formule assez profondément remaniée par rapport aux précédentes éditions, mais qui garde plus que jamais en tête l’idée de vous guider dans le labyrinthe parfois dense de l’actualité économique, politique et financière, un peu comme le ferait un GPS sur des territoires méconnus.

par Jean-Michel Gaudron, directeur de la rédaction, rédacteur en chef – paperJam

Avant même que vous n’ayez ouvert cette édition septembre-octobre 2012 – enrichie, comme les années précédentes, d’un supplément spécial dédié à la conférence internationale organisée par l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement, avec ses homologues américains (Nicsa) et Hongkongais (HKIFA) – vous avez pu noter un changement majeur : il n’y a plus de portrait en gros plan qui vous fixe droit dans les yeux, à l’instar de ce que nous vous avons proposé depuis quatre ans déjà. Désormais largement appuyé par un site Internet (www.paperjam.lu, dont la nouvelle version vient d’être mise en ligne) à l’audience sans cesse croissante elle aussi (jusqu’à 6.000 visiteurs et 15.000 pages vues pas jour) et d’une newsletter électronique quotidienne à laquelle sont abonnées plus de 12.000 personnes, le magazine paperJam et sa façon de traiter l’information se devaient d’évoluer, afin de constituer le complément parfait de ses déclinaisons numériques d’ailleurs désormais accessibles via les smartphones et tablettes. Modifier l’aspect esthétique de la  cover est une conséquence directe des changements que vous découvrirez au fil des pages. Si les événements du

mois écoulé ont évidemment toujours droit de cité dans nos colonnes, leur traitement sera désormais beaucoup plus synthétique, afin de laisser davantage de place à une approche plus approfondie et plus fouillée des thématiques abordées, dans le plus pur style « magazine ». La fidélité de notre lectorat et son élargissement ne peuvent évidemment que nous encourager et nous motiver à suivre cette voie avec enthousiasme et envie. Puissent cet enthousiasme et cette envie rejaillir sur toutes les couches décisionnaires du pays, à l’heure où le Luxembourg se trouve confronté à un contexte particulièrement préoccupant – stagnation de croissance, hausse du chômage, mur des pensions… – et face auquel on s’interroge sur la capacité des gouvernants à être en mesure de trouver les bonnes réponses aux questions cruciales qui se posent. Dans ce marasme ambiant, d’aucuns verront peut-être, dans la journée du 20 octobre prochain – lorsque le Prince Guillaume épousera la comtesse Stéphanie de Lannoy – une parenthèse de fraîcheur bienvenue. Mais sans doute la réalité rattrapera-t-elle bien vite ce juste conte de fées, exigeant de la part de l’État des faits et des comptes justes. Septembre-Octobre 2012 —

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sommaire

09/10 Sommaire 2012 www.paperjam.lu

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16 ON EN PARLE

Le livre, à valeur ajoutée

Rentrée scolaire et rentrée littéraire : face aux géants du numérique, le libraire traditionnel fait face, sans pouvoir lutter sur le même terrain. Les modèles sont différents.

32 économie et politique

16

Taxis : une bataille capitale

Le prix de la course fait débat, voire polémique. Des initiatives politiques, écologiques, opportunistes, veulent toutes rouler juste pour la mobilité. Les temps changent. Et le métier se défend.

38 POLITIQUE

Boîtes de Pandore à ouvrir

La rentrée politique ne manque pas de dossiers chauds, qui auront une influence sur la bonne marche des affaires dans le pays. Coup d’œil.

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40 éCONOMIE NUMéRIQUE

Le clic, c’est leur domaine

Un marché s’ouvre avec la création de nouveaux noms de domaine de premier niveau, afin de remplacer les.com et.net. Le Luxembourg fait valoir ses atouts, pas encore ses compétences.

44 LES DIX VéRITéS DE…

Didier Mouget

Le managing partner de PwC en interview sur paperJam .TV

46 Coverstory 48 économie Pudiques richesses

LE PRIX DE LA MONARCHIE Le 20 octobre prochain, le prince Guillaume, Grand-Duc héritier, convolera

en justes noces avec la comtesse Stéphanie de Lannoy. Tout le pays s’apprête à vivre un quasi-jour de fête nationale. Profondément ancrée dans le paysage luxembourgeois depuis que le pays existe, la monarchie va donc s’offrir un moment de grâce, comme elle aimerait certainement en vivre plus souvent. Nulle part ailleurs dans le monde il n’existe d’autre Grand-Duché que celui du Luxembourg. PaperJam se penche sur le fonctionnement de cette monarchie constitutionnelle, sous ses aspects économiques et financiers.

La Cour grand-ducale entretient savamment le flou dès qu’il est question d’argent et de patrimoine. Mais elle sert aussi les intérêts économiques du pays, par une représentation ciblée.

52 Politique Des tournants de l’Histoire Le Grand-Duché en 50 dates clés. Une histoire nationale qui explique aussi le rôle politique en déclin d’une monarchie parfois remise en question.

60 FOURNISSEURS Le prix à payer

Combien coûtera le mariage princier ? Et pourquoi pourrait-il rapporter davantage  ? Comment devient-on « fournisseur de la Cour » ? Les réponses parfois surprennent .

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sommaire

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09/10 Sommaire 2012

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94 69 Entreprises

En bref

Actualités, communiqués, le choix de la rédaction.

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INNOVATION ET BREVETS

Protéger, mais bien plus encore

Contrer la concurrence. Tirer des bénéfices de ses connaissances et de ses découvertes. Merci le brevet.

82 Entreprises 22 AGENDA

La migration des cols bleus A suivre…

Le Luxembourg ne connaît pas de réelle désindustrialisation. Mais bien une profonde mutation du secteur. Décryptage du phénomène.

Sélection d’événements et d’invitations utiles.

86 ARCELORMITTAL 94 start-up

Orbit à Londres, Tant qu’il y aura des e-mails propose un système de certification et de sécurisation satellite au Luxembourg Regify du courrier électronique.

Même si le siège est ici, le vrai centre de décision du sidérurgiste est dans la capitale britannique. Danger.

Septembre-Octobre 2012 —


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sommaire

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09/10 Sommaire 2012

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97 place financière

En bref

Actualités, communiqués, le choix de la rédaction.

104 place financière

Redorer un blason maudit

Les trouvailles d’avant la crise n’ont pas toutes séduit ! L’innovation positive, collaborative et régulée, a plus d’un tour dans son sac. Luxembourg est dans la course.

108 place financière

Redistribution des cartes

La transposition de la directive AIFM permettra à des nonbanques d’obtenir un statut de PSF pour la garde des actifs non financiers. Entré pré carré envahi et nouveaux marchés, l’investissement alternatif agite la Place.

Tosples5plus lus

cle juin des arti am.lu, du 20 rJ e 2 p 1 a 0 p 2 sur bre eptem au 10 s

nte toile fila

ner, l’é Gloese fois s 1/ Tom lu 3.438 mployé us ses e ncie to e c li rt fois nie 2/ Splita lu 2.154 n : la ziza t Wildge hleck e c S , a is c c fo 3/ Be ction lu 1.959 de dire ement l chang fois ta 3 5 ru B 1.9 / lu 4 Intesa à l’Adem n fiscale chez asio v ’é d s çon fois 5/ Soup lu 1.545

113 DéSIRS

Pour ne rien manquer

Les rendez-vous culturels à ne pas rater, les livres à lire, les personnalités à connaître…

115 DéSIRS

Pour ne manquer de rien Les nouvelles adresses, les restaurants incontournables, les tendances du moment et les lieux où il faut se montrer.

120 lifestyle

L’envers de Dante

Le designer luxembourgeois Christophe de la Fontaine vient de créer sa marque, Dante. Il nous raconte.

122

DéSIRS

Style Watch

Un événement passé à la loupe des chasseurs de style. Septembre-Octobre 2012 —


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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

n on ele par

Le livre, à valeur ajoutée Papier ou numérique

— Septembre-Octobre 2012

Le Luxembourg accueille tous les géants virtuels, Amazon en tête. Les libraires font de la résistance, sans se battre sur le même terrain, tant les modèles sont différents. Texte Alain Ducat Photos David Laurent / Wide


actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

200 150

1993

1998

2009

55 %

60 %

168 mio

66 % 117,8 mio 58,7 mio

2005

2008

2009

Statec, commerce de détail

Statec, regards sur les dépenses culturelles, septembre 2011

250

Statec, regards sur le commerce électronique, janvier 2010)

Au Luxembourg, on achète...

39 mio

1985 186 PDV*

1995 152 PDV*

2000 155 PDV*

2008 131 PDV*

PDV* : Points de vente

Dépenses des ménages pour achats de livres (en euros, par an)

Pourcentage de connectés ayant effectué des achats en ligne en cours d’année

eptembre, mois de rentrées, scolaire et littéraire. Bonne période a priori pour les libraires : les listes d’ouvrages demandés par les enseignants s’ajoutent aux sorties d’éditeurs, ayant tous en vue les fameux best-sellers qui, bientôt, brigueront aussi les prix de saison. Mais l’offre, croissante, a aussi multiplié les canaux de diffusion. Et le numérique y a pris une place sans cesse grandissante. Le Luxembourg est, à cet égard, un carrefour évident. Le pays, multiculturel, doit proposer différents catalogues linguistiques, francophone et germanophone surtout. Et il est aussi… accueillant pour les mastodontes du e-business, même quand ils s’apparentent à des géants de papier. Le pays propose désormais une quinte flush planétaire, avec Amazon, Apple, Kobo-Rakuten, Sony e-book store et, dernier arrivé, Barnes & Noble. C’est un poids lourd américain de la librairie en ligne qui a développé sa propre liseuse (Nook), et qui attaque l’Europe, au départ du Luxembourg, où il constitue une équipe de management. Il pose son stock virtuel dans un endroit où il fait bon développer son business, centraliser ses ventes à taux de TVA réduit, en profitant de l’accueil national et des infrastructures IT adaptées aux flux de ce genre. Barnes & Noble est un exemple typique de l’évolution du monde : avec au départ une librairie dans

S

Le GrandDuché est un carrefour évident.

Commerce de détail de livres, journaux et papeterie : (chiffres d’affaires, en euros)

l’Illinois à la fin du 19e siècle, le groupe, doté d’un magasin en ligne dès 1997, est aussi connu pour ses immenses points de vente, souvent pourvus d’un Starbucks. Il diffuse à tour de bras, livres, magazines, films, musique, jeux vidéo… Un effet favorable au marché, mais…

« Des entreprises comme Amazon rendent accessible le livre, même à ceux qui n’habitent pas près d’une librairie. » C’est Fernand Ernster, patron emblématique du secteur et président de la Fédération luxembourgeoise des libraires, qui le concède. « Aux États-Unis, il y a eu un effet favorable au marché du livre. » Selon l’enquête BookStats en 2011, le chiffre d’affaires total du secteur (27,2 milliards de dollars) a baissé de 2,5%. Mais le volume de livres vendus a augmenté de 3,4% (2,77 milliards d’exemplaires écoulés), ce qui est dû aux ventes de livres numériques (au tarif moins élevé) toujours plus importantes. Le marché du livre numérique a ainsi pratiquement quadruplé en volume, pour atteindre 388 millions d’exemplaires téléchargés. Les achats dans les librairies en ligne ont augmenté de 35% : ils représentent dorénavant près d’un cinquième des ventes du secteur. À l’inverse, les distributeurs classiques ont connu un déclin de ventes, de 12,6%. Septembre-Octobre 2012 —

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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Selon les estimations du secteur, les librairies spécialisées du Luxembourg ont réalisé un chiffre d’affaires de 28 millions d’euros l’an dernier.

C’est tout autrement au Luxembourg. « Le tissu des imprimés divers (dépenses de presse, selon la librairies est assez dense et nous avons aussi des zones limitrophes nomenclature statistique) font le plongeon, le livre bien fournies, continue Fernand Ernster. On voit également un fait mieux que surnager : il progresse de 63 % entre changement dans le comportement d’achat. » Ainsi, la clientèle 1993 et 2009… B2B passe surtout commande online et charge de plus en Restent des questions, fondamentales… Où achète-t-on plus les fichiers numériques pour lecture sur tablette. Et les ses bouquins ? Sous quelle forme ? Comment consommeécoles cèdent de plus en plus aux sirènes d’Amazon et t-on le livre ? Par quel biais finalise-t-on son achat ? Cela consorts, s’appropriant ce qui est parfois, pour une certaine change tout pour les acteurs du marché. Et surtout pour catégorie de personnes, le seul passage de l’année chez un le libraire, qu’il ait le visage de la boutique où toutes les libraire traditionnel, et court-circuitant par la même disciplines du savoir ont jeté l’encre ou celui, plus occasion un modèle économique et social… impersonnel, de l’écran par lequel transitent toutes les Le livre serait-il en péril ? On peut observer en premier lieu commandes. Être à cheval sur les principes ou monter une hausse des dépenses culturelles globales (de l’ordre de en amazone, ce n’est pas pareil… 22 % sur une quinzaine d’années, calcule le Statec) de la Fernand Ernster souligne : « La technologie évolue. part des ménages résidant au Grand-Duché. Mais L’e-book d’aujourd’hui est un outil, dont l’existence dans le même laps de temps, les dépenses de perdurera jusqu’à la prochaine évolution, jusqu’au consommation ont bondi de 48 %. Ainsi, nouveau standard. » Plus que le fichier-produit, même avec des valeurs absolues en c’est le modèle de vente qui l’inquiète. croissance, la part de la culture dans le « La ristourne maximale autorisée est appliquée budget des ménages fond doucement, de manière quasiment systématique par les mais sûrement (elle se réduisait à 4, 1 % en grands distributeurs. Si le client est attentif 2009). En outre, certaines de ces dépenses à son budget, nous n’avons pas de véritable Anne Diderich culturelles ont explosé : services de différenciation face à quelqu’un comme (Librairie Diderich) télévision ou de radio, de téléphonie ou Amazon : le produit est le même, seul le prix est Internet, équipement informatique… Alors différent. » Les différences se notent aussi dans que, si les achats de journaux, périodiques et les approches du métier, qui ont un impact

« Une librairie, c’est un lieu de vie »

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Où achète-t-on ses bouquins ? Sous quelle forme ? Comment consomme-t-on le livre ? Par quel biais finalise-t-on son achat ? Cela change tout pour les acteurs du marché.

financier. « Nous conseillons les clients. Amazon est un logisticien qui répond à une demande et qui laisse ses clients expliquer aux autres les qualités d’un ouvrage. Nous choisissons, nous mettons à disposition et nous exposons ce qui nous semble être les bonnes références. Nous n’avons pas non plus la même structure de coûts. Le critère économique prend de plus en plus de place. Les coûts salariaux évoluent sans cesse, la pression foncière est là, résume Fernand Ernster. Nous avons des magasins physiques, avec un local chauffé et bien éclairé, des présentoirs, du personnel souriant et qualifié. Amazon a des entrepôts. La formation de son personnel prend moins d’une heure. C’est une tout autre approche du métier. » Les ressorts de concurrence

Anne Diderich, secrétaire de la Fédération luxembourgeoise, est libraire de formation. Elle représente la troisième génération dans l’entreprise familiale, à Esch-sur-Alzette : « Une librairie, c’est un lieu de vie, dit-elle, insistant sur l’interaction humaine et le lien socioculturel que permettent un commerce et un service traditionnels. Dans les villes universitaires ou de grande tradition culturelle, il y a un quartier des libraires et des bouquinistes. Chaque officine a ses spécialités. Aucune librairie ne ressemble à l’autre », enchaîne M. Ernster qui ajoute, philosophe : « Demain, notre société devra peut-être faire l’effort de maintenir le commerce physique. Le modèle économique virtuel est sans doute plus intéressant. Mais le modèle social et culturel joue aussi. » Si, en plus, la concurrence économique joue d’autres ressorts… Dans le milieu, il se dit que des libraires numériques mettent la pression sur les maisons d’édition, afin de disposer — Septembre-Octobre 2012

Charte

Libraire, un métier La Fédération luxembourgeoise des libraires compte 33 entreprises membres, qui emploient près de 200 personnes. Elle a sa charte, qui résume le métier. Extraits. « Nous considérons le livre comme un bien culturel se situant bien au-delà d’un simple objet de consommation et nous accordons une importance particulière à la déontologie de la profession de libraire. Aussi nous efforçons-nous de présenter à notre clientèle un personnel compétent, capable de conseiller le lecteur et, le cas échéant, de lui commander l’ouvrage nécessaire. Conscients que la société de l’information nécessite de plus en plus un dialogue et des conseils adéquats, notre souci permanent est de garantir la diversité qualitative de l’offre, ceci dans les limites propres à chacun. Dans la mesure où nous sommes des maillons actifs et reconnus de la chaîne du livre, à l’écoute attentive de nos clients, dialoguant avec les éditeurs, nous défendons avec conviction les principes et la pratique de la librairie indépendante. Nous gérons nos librairies avec intégrité et rigueur, ceci envers tous nos partenaires. Ainsi à long terme la coexistence; non seulement de nombreuses librairies, mais également d’éditeurs et d’auteurs sera garantie. » A. D.

d’une exclusivité pour certains ouvrages ou certaines séries. On rejoindrait ici la logique de gérants de domaines vinicoles, qui s’assurent un écoulement de leur production en vendant une cuvée complète à l’enseigne de grande distribution, même s’il faur casser les prix. Difficile de dire, faute de confirmation officielle, si un acteur luxembourgeois et mondial pratique ce genre d’achat central… Prudent, Fernand Ernster donne son opinion : « À mon sens, les éditeurs ont justement intérêt à avoir une diffusion la plus large possible, et cela comprend la mise en vitrine dans nos librairies. Ils n’auraient donc pas intérêt à se fixer sur un seul canal de distribution. » En tout cas, Amazon a lancé le programme KDP, fondé sur sa liseuse Kindle et qui offre une plate-forme d’autoédition. « Il y a des milliers de titres exclusivement destinés à nos clients, via cette plate-forme de self publishing », communique la multinationale. Ce qui rend le géant (très) présent, à tous les stades, de la production à la distribution, touchant ainsi, de plein fouet parfois, tous les métiers de la chaîne de valeur du livre, auteur, agent, éditeur, imprimeur, grossiste, détaillant… Pour faire entendre sa voix, le libraire du coin n’a pas le même poids. Selon les estimations du secteur, les librairies spécialisées du Luxembourg ont réalisé un chiffre d’affaires de 28 millions d’euros l’an dernier, en augmentation d’une dizaine de pourcent en autant d’années… Rien de comparable avec les recettes du e-commerce. Même à 3 % de TVA (et en attendant les résultats du bras de fer avec la Commission européenne qui regarde d’un œil inquisiteur la formule des taux réduits, aussi pratiquée en France par exemple), les revenus


actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

TVA et e-commerce

Subtilités transfrontalières

centralisés des géants numériques sont tout sauf négligeables. Jusqu’à quand ? À la faveur de la visite du ministre Étienne Schneider sur la côte ouest des États-Unis, à la mi-juillet dernière, les responsables d’Amazon ont assuré que, « malgré le changement de régime de TVA attendu pour 2015, le Luxembourg restait pour eux une localisation attractive, dans laquelle ils comptaient continuer à croître », selon le communiqué du ministère de l’Économie. Livres de comptes

Amazon, aujourd’hui, le répète Christine Hoeger, sa porte-parole européenne basée en Allemagne : « Notre investissement à Luxembourg est stratégique et s’inscrit sur le long terme, pour le développement de notre activité en Europe, qui est en constante évolution. » Quelques explications semblent le démontrer. Amazon a une vision globale de son business européen, en distillant ses titres en cinq langues sur autant de sites dédiés : anglais, allemand, français, italien et espagnol. Pas de luxembourgeois donc, mais « des alternatives de livraison gratuite, depuis les sites britannique, allemand et français, vers des clients situés au Luxembourg, selon leurs préférences linguistiques ». Si les chiffres précis, par secteur géographique, ne sont pas diffusés, quelque 44 % des ventes d’Amazon proviennent de l’international business (ces données internes ajoutent à la division Europe les ventes effectuées via les plates-formes du Japon et du Canada). « À terme, nous visons les 50 % », précise la communication d’Amazon. Il faut ajouter que, depuis 2006, la division

Amazon Web Services propose des infrastructures IT pour le business, et notamment le cloud. AWS annonce des centaines de milliers de références business, sur 190 pays dans le monde, avec des datacenters aux États-Unis, au Brésil, à Singapour, au Japon et en Europe. Luxembourg en fait partie. C’est l’une des raisons supplémentaires à l’implication grandissante, quoique discrète, du géant dans le pays. Les quartiers généraux européens sont lovés dans le Grund, où sont localisés la gestion globale d’Amazon.eu, les opérations sur les cinq sites linguistiques, les services vente, marketing, publicité, logistique… Ce qui donne approximativement 450 personnes travaillant depuis Luxembourg, selon le service Public Relations. Et il y a une volée de recrutements, pour des profils variés, pratiquement en permanence. En France, en juin dernier encore, lors de l’annonce d’une troisième plate-forme d’Amazon installée en Bourgogne, le Syndicat de la librairie française avait souligné que « l’emploi, c’est en librairie » : il comptait 150 à 250 emplois permanents réellement créés par Amazon, et y opposait les plus de 20.000 emplois générés par la vente de livres en librairie, dont 14.000 dans les seules librairies indépendantes, en 2011. Le petit Luxembourg des libraires peut difficilement tenir le même comparatif, à son corps défendant. Les avantages divers du Grand-Duché attirent des géants, et certains s’y attachent pour y grandir encore davantage. À la génération de ventes massives dans les livres… de comptes, ils ajoutent des postes. Qui, par ces temps difficiles pour l’emploi, ont également une valeur ajoutée.

En 2015, le basculement s’opèrera sur la TVA du e-commerce en Europe. « C’est à notre avis le pays d’expédition de la marchandise qui doit déterminer l’appartenance géographique de la vente, indépendamment de toute autre considération (nationalité de l’acheteur, etc.) », observe LPG (Luxembourg-Paris-Genève) Fiduciaire, qui détaille quelques cas de figure sur son site Internet. D’ici là, le régime de TVA applicable aux entreprises luxembourgeoises d’e-commerce est sans équivoque. Si le client est un professionnel assujetti à la TVA, installé dans un autre pays de l’Union, la vente intracommunautaire s’opère évidemment hors taxe. Pour un client particulier, le régime de TVA applicable est celui de la vente par correspondance. Les e-shops luxembourgeois doivent s’acquitter de la TVA luxembourgeoise sur l’ensemble de leurs ventes européennes… à moins que le montant du chiffre d’affaires annuel réalisé avec l’ensemble des consommateurs de l’un des pays de l’UE ne dépasse le seuil fixé par ce pays. Il est de 35.000 euros pour la Belgique, de 100.000 euros pour la France, par exemple. Si ce seuil est franchi, l’entreprise luxembourgeoise doit alors s’acquitter de la TVA du (ou des) pays concerné(s) pour toutes les ventes qu’elle y réalise. A. D.

Septembre-Octobre 2012 —

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agenda

À suivre 9

03/1

0

Rentrée parlementaire Début des premières joutes de la session parlementaire 20122013. Le budget 2013, les projets de loi AIFMD ou Solvency II… les gros dossiers vont bien vite arriver sur les tablettes des députés.

Conférence

19h le monde des affaires et celui Entre du sport, bon nombre de passerelles ont été dressées au fil des ans. Et certains modèle de l’un peuvent être dupliqués dans l’autre (et inversement). Ce sera l’un des thèmes de la conférence de Donal Lenihan, organisée par l’Ireland Luxembourg Chamber of Commerce (ILCC). Cet ancien international et capitaine de l’équipe de rugby irlandaise évoquera la transition entre l’amateurisme et le sport-business. Lieu : BGL BNP Paribas (Agence Monterey) Contact : info@ilcc.lu

Photo : Charles Caratini

The00Business of Rugby

9 26/a0 u 9 29/0 Mission économique

Anniversaire

Les 100 ans de la gare de Luxembourg

La Charte de la diversité engage les entreprises signataires à des actions concrètes de non-discrimination. Elle sera officiellement présentée en présence, notamment, de Xavier Bettel, bourgmestre de LuxembourgVille, et de Marie-Josée Jacobs, ministre de la Famille et de l’Intégration. Lieu : Centre culturel du Tramsschapp (Limpertsberg) Contact : info@chartediversite.lu

9 26/030 18h

Conférence

Sam Hecht

INVITATION Placidity A lecture by Sam Hecht, Industrial designer 26 September 2012, 6.30 pm Mudam Luxembourg Organized by Design Friends and Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean. Please register at www.designfriends.lu Free entrance

Le Fonds d’urbanisation du Kirchberg, à l’occasion de son 50e anniversaire, portera un regard sur le passé, le présent et le futur de ce quartier d’affaires devenu un des principaux centres névralgiques de l’économie luxembourgeoise. L’occasion, aussi, de faire un point sur le marché de l’immobilier de bureaux au Luxembourg. Lieu : Richard Meier Building (4, rue Alphonse Weicker à Luxembourg–Kirchberg) Infos : www.luxreal.lu

Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean (Mudam Luxembourg) 3, Park Dräi Eechelen L-1499 Luxembourg Conference will be held in English

Print

— Septembre-Octobre 2012

RSE

Paper

Pour démarrer sa nouvelle saison, Design Friends a invité le designer industriel britannique Sam Hecht. Né en 1969, il a étudié au Royal College of Art. En 2002, il a créé le studio de design Industrial Facility avec son associée Kim Colin. Tous deux sont convaincus de « l’importance du design comme moyen de simplifier nos vies de manière inspirante ». Lieu : Mudam Luxembourg Infos : www.designfriends.lu

Lancement de la Charte de la diversité

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LuxReal Forum Kirchberg

16h

Cinq mois après la visite du Président de la république du Tatarstan, Le Luxembourg se rend dans cette petite république du centre de la Fédération de Russie. La mission économique organisée par la Chambre de Commerce sera pilotée par le Premier ministre Jean-Claude Juncker.

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Match retour au Tatarstan

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Les Chemins de Fer Luxembourgeois célèbrent, en présence du couple grand-ducal, le cententaire de la gare centrale de Luxembourg, plus précisément de l’inauguration de sa tour à horloge telle que nous la connaissons aujourd’hui.

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Anniversaire

Les 90 ans du Foyer Photo : David Laurent / Wide (archives)

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Tour d’horizon des événements à ne pas manquer dans les prochaines semaines au Luxembourg. Séminaires, conférences, séances académiques… les affaires reprennent !

Photo : Julien Becker (archives)

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de 9h 00 à 11h

Performance et capital humain Première « Matinale de l’Innovation RH » organisée par le CRP Henri Tudor, qui mettra en exergue la plus-value apportée par la fonction ressources humaines vis-à-vis de la notion de performance. Avec, comme orateur principal, David Brandt, le DRH de Swiss Life au Luxembourg. Lieu : CRP Henri Tudor (29, avenue John F. Kennedy au Kirchberg) Contact : event@tudor.lu

Constituée le 28 octobre 1922, la compagnie d’assurance luxembourgeoise Foyer fête ses 90 ans. Elle a choisi de le faire non pas à Luxembourg ou à Leudelange, mais à la Rockhal à Esch, en présence du Grand-Duc héritier.

0 02/100 17h

Télécoms

Inauguration du datacenter de Betzdorf Construit à deux pas des installations de l’opérateur de satellites, le datacenter de Betzdorf, développé par l’Entreprise des P&T et sa filiale eBRC, sera officiellement inauguré en présence du ministre de l’Économie et du Commerce extérieur Étienne Schneider.


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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

économie  & Politique

— Septembre-Octobre 2012


actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Enseignement

Des moyens, peu de résultats La publication annuelle de l’OCDE Regards sur l’éducation place, une nouvelle fois, le Luxembourg en queue de peloton sur la base du taux de réussite de ses élèves. À l’issue d’un programme du deuxième cycle du secondaire, par exemple, seuls 45 % des élèves terminent avec succès leur formation dans le délai imparti, ce qui est tout proche du taux le plus bas observé (44 %, en Islande). « Si l’on ajoute deux années aux délais impartis, le taux de réussite au Luxembourg passe à 74 %. Cette différence de presque 30 points s’explique par la pratique du redoublement, courante au Luxembourg », explique le rapport. Pourtant, les conditions d’enseignement sont optimales, avec un nombre d’élèves par classe et un taux d’encadrement (nombre de professeurs par élèves) largement inférieurs à la moyenne de l’OCDE.

René Diederich (Linklaters) succède à Guy Harles en tant que nouveau bâtonnier

ex

ss du Conseil de l’ordre. La conférence du jeune barreau de Luxembourg compte un pre nouveau président, en la personne de Bertrand Christmann (Christmann Schmitt). C’est le député socialiste Lucien Lux – accessoirement président de la fraction LSAP – qui sera le rapporteur du budget 2013.

Industrie

Eurohub Sud

Adem

Horizon bouché

Premier coup de pelle

Scholtus se bat

Le dernier point de conjoncture du Statec fait état de perspectives peu encourageantes pour l’industrie au troisième trimestre. « La production industrielle a légèrement progressé en mai au Luxembourg, de 1, 5 % par rapport à avril. Ce rebond timide est principalement dû aux progressions enregistrées dans les domaines de la fabrication de produits métalliques et de celle de machines et équipement. La tendance générale reste cependant peu dynamique, après la baisse quasi continue observée en 2011 », commente l’office statistique, qui ne table pas sur une franche amélioration des résultats de production à court terme au vu des enquêtes d’opinion de juin et juillet 2012. « Le volume de la production industrielle conserve un niveau inférieur d’environ 20 % à celui d’avant-crise (2006-2008 ). »

L’ancien site de la WSA, aux confins de Bettembourg et Dudelange, est entré symboliquement dans une nouvelle ère. Étienne Schneider, ministre de l’Économie et du Commerce extérieur, a donné les premiers coups de pelle mécanique pour les travaux d’aménagement d’infrastructures de Eurohub Sud. Il s’inscrit dans la politique de développement du secteur logistique, porteur à terme de 3.000 à 5.000 emplois. L’opération de reconversion du site avait virtuellement démarré en 2007, sous le ministère de Jeannot Krecké. La logistique constitue plus que jamais l’un des piliers de la stratégie de diversification économique voulue par le gouvernement. Eurohub Sud est censé être un maillon central de la chaîne, relié aux plates-formes de Bettembourg, Contern ou du Findel. L’aspect multimodal fait partie intégrante de la logique, qui participe aussi de la volonté de renforcer les grands acteurs locaux et de développer un business par l’attraction de nouveaux opérateurs d’envergure.

Quelques semaines après avoir été brutalement démise de ses fonctions de directrice de l’Adem par le ministre du Travail et de l’Emploi Nicolas Schmit, Mariette Scholtus a déposé un recours auprès du Tribunal administratif. En poste depuis 12 ans, elle avait été la première femme à accéder à la direction d’une grande administration. Le ministre avait évoqué un « management désastreux » pour expliquer sa décision .

Septembre-Octobre 2012 —

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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Urbanisme

On vit aussi au Kirchberg

Pierre Gramegna

«  Très important pour notre économie »

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Le nouveau président de la société de promotion et de développement de l’aéroport de Luxembourg revient sur les raisons qui ont poussé le gouvernement à donner une deuxième vie à la structure, sans Cargolux ni Luxair.

C’est le nombre d’habitants qui devraient, d’ici à 2020, résider au Kirchberg, contre seulement 2.400 aujourd’hui. Créé en 1961, le Fonds du Kirchberg soutient le développement prioritaire du logement dans ce quartier dominé jusqu’à présent par les affaires et les institutions européennes. Son objectif est même de parvenir à 13.400 résidents à long terme, d’ici à 2050. Démographie

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Source: Statec

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Pierre Gramegna : « L’objectif est d’attirer de nouveaux clients pour l’aéroport »

D’après une étude du Statec et de l’Uni­ ver­sité du Luxembourg fondée sur le recensement de 2011, la population étrangère a augmenté de près de 35 % en 10 ans, pour dépasser les 220.000 per­ sonnes, soit 43 % de la population totale. Les Luxembourgeois de naissance repré­ sentent moins de la moitié (48,67 % exac­ tement) de la population totale du pays.

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Source: BCL

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Photo: Jessica Theis (archives)

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Luxembourg ? Cosmopolite !

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Consommation

Chute de confiance L’indice de confiance des consommateurs, mesuré chaque mois par la Banque centrale du Luxembourg, est au plus bas depuis janvier 2010.

— Septembre-Octobre 2012

Monsieur Gramegna, pourquoi parle-t-on de relance pour la société de promotion et de développement de l’aéroport ? « Il faut effectivement connaître le contexte. La société avait été créée en 1997 avec l’objectif très particulier de traiter des relations avec Taiwan, les échanges bilatéraux directs entre États étant alors impossibles. La société n’a jamais été effectivement utilisée pour faire la promotion de l’aéroport, comme son nom l’indiquait. Nous avons donc repris la structure existante pour donner de la substance à son véritable objet.

Quelles sont donc les raisons qui ont poussé Luxair et Cargolux à sortir du capital ? « Justement : quand l’objectif de la société était de régler les relations économiques et commerciales avec Taiwan, les parties prenantes étaient surtout Luxair et Cargolux. Maintenant, il s’agit de promouvoir l’aéroport en lui-même. Nous avons donc trouvé judicieux de ne pas avoir été les premiers utilisateurs de l’aéroport à bord, afin notamment d’éviter les conflits d’intérêts. Il faut une certaine neutralité, car l’objectif est bien d’attirer de nouveaux clients pour l’aéroport.

Cette société ne fait-elle pas doublon avec Lux-Airport qui est également actionnaire ? « Non. Lux-Airport est partie prenante, parce que nous faisons entre autres la promotion de l’aéroport qu’elle gère. Comme Lux-Airport l’a fait dans le passé. Mais la société de promotion, relancée, ira au-delà. Nous voulons promouvoir le Findel en tant qu’atout principal de la politique de soutien à la logistique du Luxembourg. Cette approche pourra être proactive, on pourra participer à des foires spécialisées dans le transport aérien, se greffer aux missions du ministère de l’Économie et du Commerce extérieur, faire du démarchage, etc. Tout cela par l’intermédiaire d’une personne dédiée à cette mission, Jeannot Erpelding, directeur de la structure, qui connaît extrêmement bien le secteur et qui dispose d’une solide crédibilité. »


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Compétitivité

Une place de mieux ! Le Grand-Duché gagne une place (22e) au classement annuel Global Competitiveness report établi par le Forum Economique Mondial, organisateur de la rencontre de Davos, grâce notamment à ses bonnes performances en matière d’innovation (gain de trois places, de 21e à 18e). La Chambre de Commerce luxembourgeoise s’en réjouit, même si elle déplore une certaine érosion du pays sur les critères plus traditionnels. La Chambre note que l’indicateur de dépenses des entreprises en R&D s’améliore, puisque le Luxembourg y est classé 15e (16e l’an dernier).

Le Luxembourg gagne également un rang (de 18e à 17e) pour ce qui est des collaborations R&D entre universités et les acteurs économiques. Enfin, le Luxembourg progresse sur le plan de l’indicateur de disponibilité d’ingénieurs et des scientifiques. « Une raison de plus de continuer d’attirer les chercheurs et travailleurs qualifiés en territoire luxembourgeois », souligne la Chambre de Commerce. Le classement est dominé par la Suisse (qui arrive en tête du classement pour la quatrième année consécutive), Singapour, la Finlande. Les États-Unis (7e) perdent deux places. Le Royaume-Uni (8e) en gagne deux.

Engagé très tôt dans le syndicalisme (le LAV à l’époque, dont il fut le numéro un), John Castegnaro avait fondé, en 1979, l’OGB-L. Dès le milieu des années 70, il avait milité pour un organe de coordination institutionnel, permettant de rassembler les forces vives dans un dialogue global pour gérer les situations de crise. Membre du LSAP, John Castegnaro a passé 18 ans au Conseil d’État (à partir de 1985), avant de devenir député, pour un mandat entre 2004 et 2009. Il a aussi été, notamment, président du groupe de presse Editpress (éditeur notamment du Tageblatt) et fondateur d’Objectif Plein Emploi et de la centrale de soins Help. Il avait siégé dans des conseils d’administration, notamment chez Arbed (devenu ArcelorMittal) en tant que représentant des salariés.

Concurrence

Coopération

ArcelorMittal

Un conseil offensif

Une prépa aux grandes écoles françaises

« Actions communes »

Au complet depuis mars dernier, le nouveau Conseil de la concurrence est d’emblée entré dans la bataille juridique. Il a confirmé une sanction de 2010 à l’encontre de Coditel/ Numéricable, « condamnée » à une astreinte au montant définitif de 180.000 euros. Dans cette décision, le Conseil a manifestement aussi voulu montrer sa détermination à être désormais pris au sérieux.Il arme son bras et entend se faire respecter sur un terrain jusque-là peu arpenté au Luxembourg. Ce n’est pas anodin, surtout lorsque que l’on rappelle que des dossiers sont pendants. Et non des moindres. Ainsi, en mars dernier, Telecom Luxembourg avait saisi ce même Conseil pour agissements anticoncurrentiels de l’Entreprise des P&T, accusée de position dominante sur un marché libéralisé…

L’Essec, HEC, Insead, ces grandes écoles françaises, seront bientôt accessibles aux lycéens résidant au Grand-Duché, grâce à la signature d’une convention visant à la création d’une classe préparatoire dans la filière gestion. La prépa ouvrira ses portes au lycée classique d’Echternach, l’un des plus réputés du pays, à la rentrée scolaire 2013. Ses professeurs auront au préalable été encadrés, formés et conseillés par leurs pairs qui ont en charge les classes prépa du lycée Georges de la Tour, à Metz. Le ministère de l’Éducation nationale luxembourgeois a fait appel aux ressources de la Grande Région pour compléter le cursus des étudiants du Luxembourg qui émigrent traditionnellement dans les universités étrangères.

En visite de travail à Luxembourg le 16 juillet, le ministre français du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a plaidé pour des « actions communes » afin de ne pas laisser faire le groupe ArcelorMittal à sa guise. « Je cherche à construire une réaction des États face à la puissance d’un groupe comme ArcelorMittal », a-t-il déclaré, avant son entrevue avec le ministre luxembourgeois de l’Économie Etienne Schneider. « Il est important d’avoir des contacts directs avec mes homologues européens concernés par les implantations d’ArcelorMittal, a déclaré M. Montebourg. Les États européens doivent maîtriser les aciers qui sont des produits de base pour le reste de leurs industries, ce qui suppose parfois l’action commune. » D’où sa « tournée » des pays européens touchés par l’arrêt d’usines du géant sidérurgique.

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Efficacité énergétique

évolution du trafic des passagers

50.000 euros pour MyClimateLux

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Lancée en juin 2010 par paperJam, l’opération d’appels de fonds à destination de l’asbl MyclimateLux, via le parrainage, par des entreprises, de la construction d’une montgolfière décorée par leurs soins, s’est achevée le 11 juillet dernier avec la remise d’un chèque de 50.000 euros à Pit Wolff (Energieagence), représentant de MyClimateLux. Une somme qui sera utilisée pour financer un projet d’optimisation du rendement énergétique au Malawi.

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Sur Internet Le ministère des Classes moyennes et du Tourisme et l’Office National du Tourisme de Luxembourg, en partenariat avec E-connect, ont mis en ligne le site www.meetingpoint.lu. S’adressant à tous les organisateurs d’événements nationaux et internationaux, son objectif est est de rassembler et de présenter la diversité et la qualité de l’offre luxembourgeoise sur une seule et même plateforme.

Milan 2015

Sans le Luxembourg La prochaine expo universelle organisée à Milan n’a pas retenu les suffrages du gouvernement. Un thème (la sécurité et la chaîne alimentaire), inadapté à la structure économique luxembourgeoise, ainsi que des efforts budgétaires justifient ce choix. Rendezvous à Liège en 2017 ?

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Trafic aérien

Passagers en hausse, fret en baisse Le record de passagers enregistré par l’aéroport du Luxembourg en 2011 (1.791.231) tombera-t-il en 2012 ? Les statistiques du 1er semestre pourraient le laisser penser : 865.034 passagers ont transité au cours des six premiers mois de l’année par le Findel, soit 6,6% de plus que lors du 1er semestre 2011. En revanche, l’activité fret poursuit son déclin. Après les 6,9% de recul du tonnage traité pour l’ensemble de l’année 2011, la tendance baissière se confirme pour les six premiers mois de 2012, avec un nouveau repli de 7,2%.

Médias

Chambre des députés

Luxembourg = Grèce ?

Sur tablette

Après des reportages diffusés sur France 2 et la BBC, attaquant le Luxembourg sous l’angle fiscal, le journal allemand Handelsblatt s’est quant à lui penché l’avenir du pays. Dans son édition du 26 août, le média dépeint un Luxembourg qui vit au-dessus de ces moyens, notamment en matière de pensions, et qui compterait une dette cachée de 1.100 % de son PIB, potentiellement proche de la situation en Grèce.

La Chambre des députés luxembourgeoise vient de mettre en place sa propre application pour tablettes. « Un produit dérivé ou une déclinaison du site Internet », explique Maurice Molitor, responsable des relations publiques de la Chambre. L’application peut être utilisée sur iPhone, Android, ainsi que sur iPad. Objectif : améliorer l’information des citoyens sur les travaux législatifs.

Source : Aéroport de Luxembourg

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Mobilité

Taxis d’ère mixte Le prix de la course fait débat, voire polémique. Des initiatives politiques, écologiques, opportunistes, veulent toutes rouler juste pour la mobilité. Les temps changent. C’est un peu la jungle. Et le métier se défend. Texte Alain Ducat Photos Olivier Minaire

ndissociable de la circulation en ville, le taxi a licence. Et ce sont les communes qui délivrent ces usé autant d’encre que d’essence ces derniers précieux sésames. Logiquement, un taxi ne peut temps au Luxembourg. Et ce n’est pas fini. prendre en charge que sur la commune qui l’a Car le taxi, il ne suffit plus de le héler ou agréé. Il peut certes le déposer ailleurs mais n’est « Hep ! de prendre le premier de la file en stationnement. pas censé ramener un autre client, pêché le cas Les villes, Luxembourg en tête, ont une vision échéant dans la localité de destination de sa Taxi ! » de « leur » service. Le ministère du Développement course. « B eaucoup de chauffeurs essaient de ne pas durable et des Infrastructures aimerait recadrer rentrer à vide », témoigne un taxi driver… eschois, le contexte. L’ACL (Automobile Club Luxembourg) en cabotage dans une artère de la capitale… s’en est mêlé depuis belle lurette. Et quelques « Ce n’est pas le pire souci, estime Olivier Gallé. Il est opérateurs de terrain remuent. Le tout donne un paysage tellement facile d’obtenir une plaque de taxi. Il y a d’ailleurs des contrasté, des logiques divergentes et des entreprises combines, des licences qui sont vendues ou sous-louées à des très différentes. chauffeurs indépendants, qui deviennent en quelque sorte « C’est un peu la jungle. Et il y a beaucoup de choses que le franchisés malgré eux et doivent prester des heures à la pelle pour grand public ignore sur les réalités du petit monde des taxis au survivre. » Luxembourg. » Olivier Gallé est président, depuis le début Le Findel fait l’objet d’un règlement à part, orchestré par le de cette année, de la Fédération des Patrons Loueurs ministère des Transports. Les exploitants de taxis doivent de Taxis et d’Ambulances. L’homme est aussi à la tête être agréés et leurs chauffeurs porteurs d’une carte ad hoc. des sociétés familiales Taxis.lu et Colux, très visibles L’avis aux passagers de LuxAirport précise : « L’unique station aux endroits stratégiques. « Avant tout, je défends le métier », de taxis agréée à l’aéroport de Luxembourg se trouve ajoute-t-il, sans être avare de flèches empoisonnées immédiatement devant la sortie de l’aérogare (…) C’est un vers certains collègues… couloir spécial, signalé comme tel. Et uniquement les taxis La fédération, dans son fonctionnement, tient compte agréés par le ministre des Transports ont le droit d’y charger des des réalités du terrain : « Il y a 190 entreprises autorisées, dont voyageurs. » Ils sont identifiés par une plaque rouge, à l’avantbeaucoup sont de très petites structures, parfois unipersonnelles, droit du véhicule. L’avis stipule : « Le fait de rechercher des précise Pedro Pereira, responsable administratif de la voyageurs par paroles ou par gestes est interdit. La prise en charge fédération. C’est pourquoi notre comité de direction est organisé des voyageurs se fait d’après le système de la tête de file pour représenter les différents acteurs : six membres pour les structures ou du premier taxi obligatoire. » Une cinquantaine d’autorisations de zéro à quatre chauffeurs, deux pour les entreprises de cinq à sont délivrées. « Mais il y a des emplacements 39 chauffeurs, et un pour les sociétés ayant davantage de personnel. » à l’extérieur de ce couloir », ajoute-t-on à la fédération des taxis. Là, il peut y avoir prise en charge sur commande préalable Des licences à côté de la plaque ou dépôt de clients, par des taxis porteurs d’une plaque d’agrément jaune. Le président Gallé tacle haut cette théorie : L’organigramme donne une idée de l’ambiance qui peut « Trop de taxis au Findel ne sont pas réglementaires. Pour différentes régner en réunion. Jaime Gonçalves, voix des grosses raisons, une majorité d’entre eux, peut-être 80 %, sont très limites, sociétés, représente Benelux Taxis, associé au voyagiste voire hors-la-loi… » Trop de monde et trop d’irrégularités ? C’est Emile Weber pour lancer WebTaxi. Le secrétaire général, un des chevaux de bataille de la fédération qui réclame Tito Cerveira, roule pour Inter-Taxis, qui a embrayé sur le davantage de contrôles « sur les autorisations, les sociétés qui ne système YellowCab, promu par l’ACL. Soit les deux grandes déposent pas leurs comptes, le travail au noir, les heures de conduite, nouveautés sur le marché, pas trop du goût du président les locations illégales de plaques et autres combines. Ce serait Gallé, défenseur du prix économiquement justifié qui spectaculaire si les autorités, l’ITM, les douanes, le parquet, allaient n’utilise pas d’argent public… Mais avant de parler tarif, il faire un peu de ménage. Mais dans le milieu du taxi, tout le monde se faut se pencher sur le règlement. Les taxis sont à plusieurs connaît. Et, comme me l’a dit un inspecteur, personne n’a envie d’aller vitesses. Tout le monde doit, évidemment, avoir une sur le terrain avec un gilet pare-balles. »

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Au Findel, il y a les emplacements réservés, les plaques attribuées aux taxis agréés, la file sagement stationnée… et de la prise au vol aussi parfois.

Réglementer, démocratiser, adapter le paysage aux réalités, ce sont aussi des motivations mises en avant par la Ville de Luxembourg surtout, par l’État aussi. Sur la route du changement

Le bourgmestre Xavier Bettel est entré en croisade, pour un label réservé aux 150 taxis (nombre bloqué) agréés à Luxembourg. Sont prévus notamment des normes d’émissions de CO2 et des prix accessibles : un tarif n’excédant pas 2, 35 euros/km ou 20 euros pour des courses en ville et en journée… YellowCab (25 euros de l’heure en journée, 45 la nuit) a rebondi. « Mon Taxi », le concept pour Luxembourg-Ville, roule avec l’ACL et Inter-Taxis, partenaires dans YellowCab… La Ville s’est passée d’un accord avec la fédération, avec laquelle les discussions sont rompues et les relations tendues. Par ailleurs, la fédération espère se pencher

Horizon 2014

La vision de l’ACL Engagé à fond dans la course aux taxis, l’ACL défend aussi une vision, ralliée à sa cause, qu’il situe à l’horizon 2014. Cette vision imagine une centrale de taxis à Luxembourg avec plus de 140 chauffeurs affiliés, et un prix moyen de la course diminué de plus de 40 %. L’ACL, dans un cadre législatif repensé, ayant notamment supprimé les restrictions territoriales, voit aussi 80 % des taxis luxembourgeois répondant aux critères écologiques prônés. Réalisme ou utopie ? A.D.

d’ici peu sur les propositions du ministre Claude Wiseler, également très sensibilisé à l’épineuse question des taxis, qui planche sur quelques idées. Les pistes de changement ? Une autorisation par zones pour ne plus laisser les licences aux communes et décloisonner le système, une réorganisation de stations problématiques (« Aux rives de Clausen, c’est de la piraterie », tonne Olivier Gallé), un affichage en temps réel des taxis autorisés disponibles au Findel ou à la gare, un encadrement – façon steward dans les stades – dans les stations importantes, un contrôle renforcé dans les sociétés de taxis, une autorisation soumise à des conditions de renouvellement régulier de la flotte de véhicules, etc. Les autorités et le métier devront accorder leurs violons. Il existe en tout cas des enjeux sociétaux et économiques. L’émergence de WebTaxi en est un avatar. Les Voyages Emile Weber ont pris une Septembre-Octobre 2012 —

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La réputation du taxi à Luxembourg n’est pas brillantissime. Outre l’argument d’un prix souvent jugé trop élevé, on agite encore les mauvais résultats de la capitale grand-ducale dans l’Eurotest 2011 réalisé par les « automobile clubs » européens. Leurs enquêteurs ont visité 22 grandes villes. Personne n’avait reçu une mention « très bien » : 7 villes avaient un « bien », avec Barcelone en tête de file ; 8 proposent un service jugé « acceptable » ; Ljubljana la Slovène étant seule jugée « très insuffisante ». Luxembourg récoltait un « insuffisant », comme Madrid, Prague, Vienne, Amsterdam ou Rome…. Dans les détails, les « reproches » envers

aussi, à terme non défini, faire naître des emplois au Grand-Duché. Les premiers MetroCab sont produits à Turin. Frazer-Nash et ses partenaires luxembourgeois ont des opportunités de chaînes de montage en série « dans quatre ou cinq endroits de la planète, selon Gerard Lopez, en fonction des marchés qui devront être couverts. On peut de toute manière imaginer qu’il y a un rôle économique à jouer pour le Luxembourg. Peut-être dans la commercialisation pour l’Europe, la sous-traitance technologique, la logistique voire l’assemblage final. C’est en réflexion. » L’ACL est devenu un lobby très actif dans le dossier « taxi-mobilité ». « Pour imposer la

9% 11 76,9

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— Septembre-Octobre 2012

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Olivier Gallé Fédération des taxis

participation de 49 % (le montant de la transaction n’a pas été dévoilé) dans Benelux Taxis, numéro deux du secteur des taxis. Survenu à la mi-juillet, quasi simultanément à l’offre YellowCab pilotée par l’ACL, WebTaxi était « en réflexion depuis plus de deux ans, pour répondre à la demande », expliquet-on chez Emile Weber. Dans un premier temps, la flotte de Benelux Taxis n’évolue pas en nombre mais une quinzaine de Toyota Prius Hybrid devraient remplacer des voitures plus anciennes. Et WebTaxi s’annonce à 2,50 euros/km (avec surtaxe de nuit et les week-ends), pratiquement dans les clous de la vision de la capitale… La préoccupation environnementale fait bien partie du jeu désormais, comme les politiques le souhaitent. Les marques y voient l’occasion de s’offrir de belles vitrines – et de bons marchés – dans les cités. Une carte anglo-luxembourgeoise a été abattue début septembre : le Genii Group et Mangrove Capital Partners, avec Gerard Lopez en front de bandière, ont présenté, avec le constructeur automobile britannique Frazer-Nash, MetroCab, « taxi hybride de nouvelle génération répondant de façon écologique et innovante aux besoins de mobilité en milieu urbain ». L’ancrage luxembourgeois est assuré par les « capital-risqueurs ». « Cela fait longtemps que nous cherchions à accompagner une vision pour l’automobile et la mobilité de demain », explique Gerard Lopez. L’invention d’une technologie unique, développée et intégrée de A à Z par le constructeur dans les prototypes disponibles, a fait naître un taxi à six ou sept places et adapté aux personnes en chaise roulante. Son look de taxi londonien cache un hybride efficace, dont le moteur thermique rotatif de 800 cm3 ne sert qu’à alimenter les batteries spéciales. Par ailleurs, la recharge se fait en station et / ou via des panneaux solaires spéciaux. « C’est une réelle solution et elle serait parfaitement adaptée, même sous le soleil de Luxembourg », sourit Gerard Lopez. Ce n’est évidemment pas pour l’année prochaine. Mais l’affaire pourrait

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« Aux rives de Clausen, c’est de la piraterie »

Peut mieux faire mais…

Am s

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Luxembourg ne font pas état d’un prix excessif. Les tests ont révélé quelques trajets rallongés (de 19 à 55 %), quelques infractions au code de la route (dont un feu grillé), des difficultés de communiquer en anglais avec le chauffeur… Épinglées aussi, des quittances incorrectes ou l’absence de choix du taxi. En revanche, le Luxembourg a eu de bons points pour la qualité et le confort des véhicules, les informations sur la compagnie, la licence et les tarifs, l’usage correct du taximètre, la disponibilité et le professionnalisme des chauffeurs, ou encore le fait que les cartes de crédit soient acceptées facilement. A.D.

solution », comme il le dit sans détour. Pour l’ACL, les taxis sont une solution crédible, « p our autant que les tarifs soient plus accessibles » et que l’offre luxembourgeoise gagne en visibilité et en réputation. Le tarif, un faux problème ?

Il a donc décidé de promouvoir une réforme et d’appuyer toute démarche jugée utile. YellowCab, taillé sur mesure pour les cotisants de l’ACL, espère stimuler la demande. « Pas dans une optique de concurrence, mais dans l’idée de créer une émulation et des synergies », souligne


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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Malgré plusieurs tentatives de régulation, le prix est libre. Chacun fait ses calculs. Et le pacte de non-agression a pris des coups de canif.

Sur le terrain

Gare-Kirchberg : 17,10 euros

le directeur de l’ACL, Daniel Tesch. vers la gare centrale ou le Kirchberg, 25 vers le Le service est centralisé par l’organisme et centre-ville, 70 à 80 vers Esch-sur-Alzette… sous-traité aux sociétés de taxis traditionnels, À comparer aux nouveautés facturées à l’heure selon le principe de la franchise. Pour l’instant, ou aux tarifs kilométriques généralement utilisés. seule Inter-Taxis a suivi – jusque dans le Ils sont deux en général : le 1er prévoit l’aller-retour station, avec étapes, le tout selon les kilomètres concept Mon Taxi, pour Luxembourg – parcourus ; le 2e un simple trajet de A à B. et signé la charte. Le niveau de vie explique aussi le tarif « Cette charte ne tient pas la route », estime pour sensiblement plus élevé au Luxembourg que sa part le président de la fédération. Mais Tito d’autres capitales ou métropoles européennes. Cerveira (Inter-Taxis) explique : « Au début, on Ici, 60 % du prix de la course vient de la charge a aussi pensé que rouler pour 25 euros de l’heure, des chauffeurs, le reste étant lié aux voitures, selon les critères exigés par l’ACL, c’était intenable. aux carburants, à la centrale… Selon la En fait, le partenariat permet de faire baisser les convention du secteur, le chauffeur est coûts en amont et d’élargir le business case. 80 % au salaire minimum garanti et reçoit en des courses sont destinées à une clientèle business. plus 36 % de la recette réelle. YellowCab permet une offre transparente et un Par ailleurs, le prix – et malgré quelques meilleur service pour la clientèle des résidents. tentatives de régulation – est libre. Chaque On est plus dans l’idée d’une location de voiture société fait son calcul. Le client aussi. Négocier avec chauffeur. » sa course, parfois avec réduction spectaculaire ? L’écueil du prix demeure. « Tout le monde parle « Oui, c’est possible. Si le chauffeur rogne sur sa marge du tarif, peste Olivier Gallé. En son temps, le et n’en réfère pas à son patron quand il en a un, glisse ministre Krecké a commandité un audit complet Olivier Gallé. C’est pour ça aussi que certains refusent à Ernst&Young. Cela a coûté 350.000 euros au des petites courses. Nous, on veut que l’on se tienne contribuable. Or, au bout d’une analyse aux règles du jeu. » minutieuse, les résultats, au printemps 2009, Le pacte de non-agression qui ont montré quoi ? Que le prix, par rapport semblait prévaloir a pris des coups aux coûts, pouvait être de 1,22 euro le de canif. Le métier, entré dans kilomètre. Nous, on était à 1,24… Taxis ? une ère de turbulence avec des Depuis, la seule chose qui a changé, c’est Help ! systèmes mixtes ou hybrides, l’adaptation à l’indexation des salaires. » veut sauver sa peau. L’utilisateur Au Findel, l’affichette du ministère fera son choix. donne des prix indicatifs : 20 euros — Septembre-Octobre 2012

On a voulu faire un test. Et se mettre à la place du quidam débarquant à la gare de Luxembourg. Un court déplacement professionnel en ville à effectuer, il va vers la zone des taxis. Ambiance… La file de Mercedes sombres est impeccable. Des chauffeurs discutent, attendant le chaland. Un peu en retrait, il y a une autre marque, une autre couleur. Un indépendant, qui semble prêt à démarrer sur le champ, au nez et à la barbe de la tête de station. On risque… « Chambre de Commerce, au Kirchberg, OK ? » En 20 secondes, c’est réglé. Sous le regard réprobateur des autres chauffeurs, le taxi démarre. « Compteur ? », demande le chauffeur, à l’accent lusitanien. Confirmation, pour nous, que l’on peut discuter le coup. Mais on choisit l’option régulière : taximètre, enclenché au premier feu rouge, et quittance à la fin. « Pour moi, tout le monde doit pouvoir travailler, confie le chauffeur. J’ai ma plaque, comme les autres. Je sais que tout le monde n’est pas correct dans la profession. Pour moi, le trajet, c’est le plus rapide ou le plus court, selon l’heure, mais c’est toujours au service du client. Moi j’ai envie qu’il revienne, qu’il se rende compte que je ne l’ai pas roulé ». On le vérifie de l’intérieur : trajet logique, entre la gare et le plateau, compteur qui semble tourner rond. Arrivée rapide, méthode efficace. Combien ? 17,10 euros… Le taxi indépendant est, à sa façon, sans conteste dans les prix souhaités par les autorités. A.D.


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Gouvernement

Des boîtes de Pandore à ouvrir Les cartons à dossiers de la rentrée ne manquent pas sur la table de l’équipe Juncker-Asselborn. Certains sont chauds comme la braise, d’autres stratégiquement importants. Tous sont à manipuler avec précaution et détermination, pour les enjeux qu’ils véhiculent. Textes Alain Ducat

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Budget (bis) : des efforts de niche À quoi faut-il s’attendre, dans ce budget 2013 ? Les impératifs sont connus : le contexte national, européen et international, exige des efforts. Moins d’investissement et plus d’ajustement aux besoins, réduire le train de vie sans nuire à la compétitivité, trouver des recettes dans les bonnes poches sans créer de remous… Les fameuses « niches fiscales » sont dans le collimateur. Elles devraient, a priori, se tourner davantage vers un rabotage d’acquis des ménages à bons revenus. Mais les atouts qu’a su développer le pays en matière d’attractivité pour les entreprises ne devraient pas trop souffrir. Reste la question de l’indexation, qui reviendra un jour et qui, elle, touche autant le salarié que l’entrepreneur…

Budget 2013 : du confessionnal à la Chambre À cette heure, on doit être proche de la fin du défilé, rue de la Congrégation. Le ministre des Finances, Luc Frieden, reçoit depuis une semaine dans son bureau – le « confessionnal » comme on dit en période d’arbitrage budgétaire – chacun des membres du gouvernement Juncker-Asselborn et la garde rapprochée de hauts fonctionnaires chargés de plancher sur la bible chiffrée : le budget 2013. Le dépôt du projet de budget à la Chambre des députés est fixé au 2 octobre. L’exercice est périlleux. Le conclave de Senningen a montré que les équilibres n’étaient pas évidents. Les services de l’Inspection générale des Finances sont sur la brèche depuis six mois. Les ministères ont rendu leur copie depuis le printemps. L’heure est aux propositions concrètes, pesées, et conformes à l’orthodoxie du moment. Le budget doit notamment coller au plus près de la réalité conjoncturelle : le fameux indice de croissance, parfois volatil, mais sur lequel se basent une volée d’indicateurs indispensables, est un mètre étalon. Le Statec table sur une année 2012 à croissance quasi nulle (0,1 %) et un léger mieux pour 2013. À cette heure, les agendas ministériels doivent clignoter : un premier accord global doit sortir incessamment du Conseil de gouvernement.

Ce ne sera pas aussi simple que de couper un ruban inaugural… François Biltgen, Claude Wiseler et Étienne Schneider sont aux prises avec des dossiers chauds. Ils ne sont pas les seuls. La rentrée politique 2012-2013 ne manque pas d’enjeux pour l’ensemble des élus.

3 — Septembre-Octobre 2012

Chômage : au travail ! Enjeu fondamental, qui dépasse de très loin le cadre budgétaire : la hausse continue du taux de chômage et de catégories de personnes résidentes sans emploi stable, alimente les inquiétudes socio-économiques, dans un pays où l’on frisait le mythe du plein emploi il n’y a pas si longtemps… On en est à 6,2 % de taux de chômage et les prévisions, à 7 % pour 2013, n’imaginent pas le moindre frein à un horizon proche… Le chômage des jeunes est un gros souci. Les besoins en formation et en apprentissage sont des pistes. C’est une véritable politique de l’emploi et du travail qui est en jeu, là où, auparavant, il suffisait de créer de l’emploi. D’autant que les groupes qui s’installent n’ont pas tous la substance requise et les embauches qui suivent.


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Diversification : chantier en cours On n’a pas fini d’évoquer les effets de la diversification économique du pays, souhaitable, voulue et qui se met en place peu à peu. Le ministre Schneider a opportunément lancé le symbole logistique en ouvrant le chantier d’infrastructure d’EuroHub Sud. Enjeu : entre 3.000 et 5.000 emplois dans le secteur multimodal. Il y a d’autres axes de création de valeur : l’IT reste une direction, à consolider pour éviter que les grands acteurs internationaux restent trop virtuels dans le pays. La place financière continue sa quête aussi et le secteur de la domiciliation, toutes disciplines confondues, veut jouer ses cartes, discrètes mais on shore. Les pistes restent les mêmes. Avec les vents contraires de l’économie globale, il faut à présent bâtir, solidement et durablement.

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Territoire : aménager et bouger Ce n’est pas le plus spectaculaire des dossiers. Mais il est à l’ordre du jour et ses effets seront considérables pour le pays. Le vote du plan sectoriel, du côté du ministre Wiseler, fixera pour des années l’utilisation du sol luxembourgeois. L’aménagement du territoire pourra ainsi se faire plus flexible et efficace, dans le sens des projets d’infrastructures, des zones d’économie mixte ou d’habitat notamment, et bien sûr des axes de mobilité, sous toutes leurs formes.

6 Photo : Charles Caratini (archives)

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Allocations : les cordons de la bourse Les syndicats – l’OGBL surtout – mettent la pression sur les discussions budgétaires, en réclamant notamment une augmentation des allocations familiales. Il faudra suivre la capacité à mobiliser sur ce sujet, alors que, comme pour les rémunérations dans la fonction publique ou le mur des pensions qui s’annonce, l’heure est davantage aux économies qu’aux largesses. Mais la question des allocations trouvera un prolongement dans les suites – attendues ces prochains mois – des multiples actions en cours contre la « formule Biltgen », qui n’accorde pas aux enfants de non-résidents le bénéfice de bourses et aides aux études supérieures.

Stade : game over ? À suivre aussi, peut-être, un dossier qui a pourri l’ambiance avant l’été : Livange-Wickrange. L’affaire d’État s’est-elle terminée en même temps que les élus décidaient de publier, en ligne sur le site officiel du parlement, l’intégralité du dossier de pré-enquête judiciaire ? Il faudra voir si personne n’agite de questions de droit sur cette publication, qui a rendu les questions-réponses tellement transparentes qu’elle a exposé au vu de tous des témoins ou des acteurs qui ne demandaient surtout pas de publicité. En tout cas, les responsables haut placés respirent, hors des poursuites. Quant au fond de l’affaire, il n’est pas résolu. Ni centre commercial, ni stade à l’horizon. Rien avant 2015 pour ce qui est du futur stade national. Josy Barthel a encore un présent et même un avenir. Septembre-Octobre 2012 —

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Économie numérique

Le clic, c’est leur domaine Un marché s’ouvre avec la création de nouveaux noms de domaines de premier niveau, afin de remplacer les sempiternels .com et .net. Le Luxembourg fait valoir ses atouts fiscaux ; pas encore son pendant de compétences. L’occasion n’est peut-être pas manquée… pour autant que l’opportunité soit bien réelle. Texte Pierre Sorlut Photos Luc Mullenberger

C

hacun pourra se faire un avis. La marchandisation des noms de domaine de premier niveau (gTLDs ou generic top level domain names en anglais… pour le commun des mortels, il s’agit de l’extension à la droite du point dans une adresse internet) ne concerne pas seulement les geeks de l’informatique. Cette évolution constitue un indéniable changement dans l’organisation du web et permet – surtout – l’émergence d’un secteur d’activité dans l’économie numérique, sur laquelle le gouvernement luxembourgeois se positionne, généralement de manière résolue. La brèche s’est ouverte entre janvier et avril, avec l’appel à candidatures lancé par l’Icann (Internet corporation for assigned names and numbers, voir encadré page 44) pour permettre l’acquisition des lettres de son choix à la place des .com, .net ou .org, pour ce qui relève des appellations génériques. Bien sûr, les extensions géographiques – .de ou .be – perdureront, mais elles cohabiteront avec des .berlin ou .vlaanderen. Ce qui ne va pas sans faire jaser. D’ailleurs l’Icann a dû ajuster certaines de ses décisions. Par exemple, devant la confusion faisant suite à l’annonce des candidatures, le 13 juin, la période de dépôt des objections a dû être — Septembre-Octobre 2012

prolongée, et ce jusqu’au 26 septembre. En réalité, on navigue à vue pour gérer l’ouverture de ce nouveau marché dont on connaît dorénavant quelques chiffres (voir infographie page 41). À 185.000 dollars la candidature, les 1.930 retenues permettent à l’autorité d’Internet d’encaisser la rondelette somme de 357 millions de dollars. « Un beau trésor de guerre », commente Sylvain Hirsch, président de la société de conseil spécialisée IP Twins.

Libéralisation ? Parlons plutôt d’une prise d’otage.

Les raisons qui ont poussé ces sociétés et organisations à investir sont multiples. Elles sont d’abord, peut-être, regrettables. Dans bon nombre de cas, la recherche d’acquisition d’une extension au nom de sa marque relève

d’une posture défensive, afin de lutter contre d’éventuels cybersquattages, rendus possibles par l’ouverture du marché des extensions. Elle s’apparente alors davantage à une prise d’otage par l’Icann, qu’à une réelle libéralisation. Parallèlement, certains groupes élaborent des stratégies agressives, pour faire parler d’eux ou pour développer une « plate-forme d’innovation », comme le veut l’expression consacrée dans les dossiers de candidature. Ainsi, dans le secteur des nouvelles technologies, outre Microsoft, Apple et AOL, Google a déposé des dossiers pour 101 dénominations. Face au mastodonte de Mountain View, Amazon a également lancé l’offensive depuis Luxembourg, où la société tient son siège européen. Le leader mondial du commerce électronique est en concurrence avec Google sur 21 extensions, dont .app, . cloud, .movie, .music ou encore .store. La logique derrière tout ça ? Claire Léonelli, avocate chez Molitor à Luxembourg, décrypte. « On peut acquérir un nom de domaine pour sa propre activité, mais également pour en céder l’exploitation. » Il s’agira en somme de développer un nouveau business model dans lequel Amazon, ou un autre, agira en tant que registraire du . book et autorisera X personnes à l’utiliser. La firme percevra, bien sûr, de l’argent en


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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Dans l’écrin bucolique du Grund se joue peut-être l’une des parties les plus importantes de l’histoire de l’économie numérique. Via son siège européen, Amazon est, avec Google, l’un des plus gros candidats à l’obtention de noms de domaine de premier niveau pour ses produits (.kindle par exemple), mais aussi pour des appellations génériques, comme .read.

s t ure di d a C a n c hi f f r e s en

Selon les experts, un millier de candidatures seraient viables, mais l’Icann fait état de : 2.091 candidatures reçues 1.930 candidatures validées 1.409 extensions demandées

ie raph G é og e s d ts  ul a n p o st

Les Américains pionniers du marché Amérique du Nord : 911 Europe : 675 (Luxembourg 86, France 55) Asie : 303 Amérique latine : 24 Afrique : 17

ques Mar cteur  e s p ar

Le Grand-Duché bien positionné sur la grille…

La possibilité d’un marché n’a pas échappé à d’autres acteurs, qui ont fait du Luxembourg leur asile numérique. Comme les juristes locaux l’expliquent, le système fiscal en vigueur au Grand-Duché n’a actuellement pas de concurrent, pour ce qui relève de l’exploitation des droits de propriété intellectuelle, tout particulièrement dans le secteur en question. L’inclusion des noms de domaine au régime IP, lui-même instauré en 2007, date de 2009. Les sociétés peuvent ainsi jouir d’une exonération de 80 % des royalties, lorsqu’un droit de propriété intellectuelle est vendu ou concédé en licence. Le groupe Aremi a ainsi constitué une société de droit luxembourgeois, pour postuler pour l’acquisition du .art et, le cas échéant, l’exploiter. « Le revenu peut être substantiel », indique Charles de Jonghe d’Ardoye, CEO. Le modèle d’affaires repose ici sur le volume. L’entrepreneur envisage de céder l’utilisation

de l’extension à un maximum d’utilisateurs, « les centaines de milliers » qui constituent la communauté électronique de l’art, pour une modique somme : « autour de 40 dollars ». Une dizaine d’emplois serait alors créée au Luxembourg. L’exploitation du.hotel, également revendiquée depuis le GrandDuché, répond à la même logique. … et dépassé au départ

Les sociétés de conseil (Deloitte, OpenRegistry et eBrandServices avec l’initiative « Time2dot » notamment) ou des cabinets d’avocats se sont précipités sur l’opportunité. La rentabilité est là, mais le volume, lui, n’est pas vraiment au rendez-vous au Luxembourg, du fait, notamment, d’un large manque de communication sur le sujet, si l’on excepte une présentation de l’Association des Banques et Banquiers au Luxembourg (ABBL), en janvier sur le sujet. Un conseiller en stratégie indique même que, « à l’approche de la date de clôture, les clients n’avaient encore jamais entendu parler de la possibilité d’acquérir une extension. Au niveau des cabinets juridiques, c’était la même chose. » Dès lors, victimes d’un déficit d’information, les acteurs luxembourgeois se sont, d’une manière générale, fait doubler par leurs pairs étrangers.

ux c ip a P r i n ul a n t s t s po lateurs  u sp é c

Donuts : 307 TLDH/Minds & Machines : 92 (68 avec PDT) Uniregistry : 54 Directi : 31

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Source : Valideus

contrepartie. Des start-up, comme Donuts ou Minds & Machines, ont ainsi investi des centaines de millions de dollars dans ce business en suivant ce raisonnement.

La finance avant les NTIC Banque – Finance : 55 Industrie : 48 Internet et haute technologie : 45 Commerce de détail : 41 Communication et postes : 36 Électronique : 32 Médias : 27 Assurance : 23 Automobile : 21 Asbl : 20 Biotech / Pharmacie : 19 Loisirs : 18 Tourisme : 15 Conseil : 11 Luxe : 10 Sports : 8 Transport : 8 Autres : 8 Nourriture / boissons : 6 Mode : 4


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Photo : Luc Deflorenne

Photo : Julien Becker (archives)

Claire Léonelli et Aurélie Budzin-Dang, avocates au sein du cabinet Molitor, travaillent sur les noms de domaine.

Ces derniers sont en effet davantage spécialisés, anglophones et/ou plus proches des centres de décision concernés. Amazon et Ferrero sont passés par la société de conseil Valideus, excroissance du registraire londonien Com Laude. Bugatti a sous-traité à Indeca en Allemagne. Et le groupe Aremi travaille avec Steptoe & Johnson, un cabinet d’avocats américain, très actif dans ce qui relève de la problématique du numérique. La partie technique, notamment l’enregistrement des utilisateurs de noms de domaine et leur suivi, concentre les difficultés avec lesquelles les sociétés luxembourgeoises ne sont pas familiarisées. Le Luxembourg a donc un temps de retard. Tout n’est cependant pas perdu. Il suffit que les noms de domaine appartiennent au patrimoine de la société

luxembourgeoise pour que cette dernière puisse bénéficier du régime IP. Et à ceux qui s’inquiètent du changement de régime TVA à partir de 2015. Aurélie Budzin-Dang (Molitor) répond que « ce changement aura un impact limité sur la fourniture de prestations de services électroniques ». La TVA due sera alors celle du pays du consommateur final, et non plus celle du prestataire. Plusieurs zones d’ombre subsistent néanmoins. Outre le risque juridique inhérent aux coûteuses candidatures et à leur dénouement incertain, la question du référencement demeure. Les lettres à la droite du dernier point seront-elles le premier critère retenu lors d’une saisie dans un moteur de recherche ? On aurait envie de répondre par l’affirmative, à en juger le nombre de

À contre-courant

Une autorité contestable L’Icann est une association à but non lucratif, de droit californien. Son rôle consiste à allouer l’espace des adresses de protocole Internet et de gérer le système de nom de domaine de premier niveau. En 1998, l’Icann naissait d’un conflit juridique opposant l’un des premiers registraires, NSI, à PGMedia et la fondation nationale des sciences américaine. Les requérants se demandaient alors pourquoi, et comment, une société pouvait s’arroger le droit de vendre et d’exploiter un nom de domaine. La même question peut se poser à l’heure actuelle. Selon Sylvain Hirsch, IP Twins, « l’Icann n’a pour seule légitimité que celle qui lui est conférée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique, avec lequel elle est liée. Or, elle a théoriquement un droit de vie et de mort sur les noms de domaine. » Cette vision hégémonique et américanocentrée pourrait bien, à terme, être contestée, après l’attribution définitive des

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noms de domaine de premier niveau, dans des juridictions bien établies. « Pour l’instant, la fenêtre gérée par l’Icann est ouverte pour que ceux qui estiment qu’un nouveau nom de domaine déposé porte atteinte à leurs droits ou à leurs intérêts puissent le fassent savoir», explique Claire Léonelli, avocate chez Molitor. Et s’ils ne le font pas ? « Là, les questions sont totalement ouvertes, dans la mesure où rien n’est prévu en dehors de ce cadre. Le droit commun s’appliquera. Mais ce sera en fonction des droits nationaux : les textes généraux traitant de la responsabilité civile et ceux relatifs au droit des marques (indissociable de celui des noms de domaines, ndlr.) s’appliqueront. Des jurisprudences apparaîtront en l’absence de points précis. » Le risque juridique est donc bien réel. P. S.

candidatures soumises par Google. Leur devenir, comme celui de toutes les autres, dépendra ainsi des évaluations réalisées par Ernst & Young et KPMG, pour la partie financière, par Interconnect Communication, pour les noms géographiques, et par Interisle pour la partie stabilité DNS (domain name system). Le gouvernement luxembourgeois suit ce dossier via Claudine Kariger, sa représentante auprès de l’Icann. Outre la partie veille pour les professionnels luxembourgeois, elle assure au sein du GAC (governmental advisory committee), avec les autres États représentés, la défense des intérêts publics. Ainsi, la réunion de l’Icann, qui se tiendra du 14 au 19 octobre à Toronto, devrait donner davantage d’indications sur la progression des candidatures, et notamment sur le procédé retenu pour attribuer les extensions pour lesquelles plusieurs postulants sont en compétition. Quelles que soient les décisions prises, le peu d’écho donné dans les médias généralistes à l’ouverture de ce marché laisse à penser que ses débouchés sont limités. On ne peut cependant se priver de relever des absences de marques… ou des marques absentes. eBay, Facebook, Twitter, GlaxoSmithKline, Bayer, Porsche n’ont pas postulé. D’un autre côté, les commentateurs aguerris du numérique admettent que le marché n’est pas efficient (asymétrie d’information, accès limité, etc.), mais y voient une réelle révolution. Sylvain Hirsch prévient : « À terme, dans cinq ans si tout se passe normalement, nous entrerons dans une nouvelle ère, avec un nouvel internet et une nouvelle façon d’effectuer une recherche. » On saura alors s’il valait mieux miser dès à présent sur cette révolution du clic.


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Regardez la vidéo de Didier Mouget sur paperJam.TV

«  Au niveau du gouvernement, il y a une réelle volonté politique de réforme. Mais il faut que cette volonté existe du côté de tous les partenaires sociaux  » 3

«  L a devise ‘Nous voulons rester ce que nous sommes’ n’est pas très adaptée au Luxembourg. Car s’il y a un pays qui s’est adapté ces dernières années, c’est bien lui  »

Les dix vérités de

Didier Mouget Interviewé sur paperJam.TV, le managing partner de PwC Luxem­bourg porte un regard empreint d’optimisme sur l’évolution à venir de la situation économique au Luxembourg. Résumé en 10 phrases clés. Interview Jean-Michel Gaudron

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« Quand Lehman Brothers a fait faillite, c’était presque la fin du monde financier. Aujour­d’hui, les mauvaises nouvelles ont moins d’impact. On va progressivement revenir à un peu plus de rationalité dans le fonctionnement des marchés financiers »

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«  L es ressources au sein du ministère de l’Économie pourraient être augmentées. Ce ne serait pas un mauvais investissement  »


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«  Après la diffusion de l’émission sur France 2, il n’y a pas eu impact particulier sur l’image du Luxembourg à l’étranger  »

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«  S i les choses se passent bien au niveau de l’Europe et de la monnaie européenne, le Luxembourg a un avenir brillant et bénéficiera très rapidement de la reprise économique  »

« L e Luxembourg sera toujours la cible d’attaques étrangères, surtout en période de crise. Il suscitera toujours de la jalousie »

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« Il faut renforcer les moyens mis à disposition des administrations pour la promotion du Luxembourg à l’étranger »

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« Il y a un risque de ne pas trouver les solutions qui permettront de restaurer la confiance en Europe. Mais si la confiance revient, on transformera le cercle vicieux actuel en un cercle vertueux  »

«  Même s’il faut s’attendre à une période de stagnation, de croissance molle, voire de déflation sur les quelques prochaines années, ça ne va pas durer. On sortira de cette crise avant cinq ans  »

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Photos : Christophe Olinger

COVERSTORY

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COVERSTORY

a l e d x i r p e l

E I H C R A N MO Le 20 octobre prochain, le Prince Guillaume, Grand-Duc héritier, convolera en justes noces avec la Comtesse Stéphanie de Lannoy. Tout le pays s’apprête à vivre un quasi-jour de fête nationale. Un jour inédit que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, puisque le dernier grand mariage princier date de février 1981, lorsque Henri, alors lui aussi Grand-Duc héritier, épousait María Teresa Mestre Batista. Profondément ancrée dans le paysage luxembourgeois depuis que le pays existe, la monarchie va donc s’offrir un moment de grâce, comme elle aimerait certainement en vivre plus souvent. Nulle part ailleurs dans le monde il n’existe d’autre Grand-Duché que celui du Luxembourg. Et nulle part ailleurs une monarchie en place n’a été plébiscitée par un référendum, comme ce fut le cas en septembre 1919 – avec près de 80 % des suffrages –, quelques mois après le début du règne de Charlotte. Ces deux particularités rendent d’autant plus intéressante l’idée de se pencher sur le fonctionnement de cette monarchie constitutionnelle, sous ses aspects économiques et financiers, mais aussi politiques. Le tout alors que se profile une révision de la Constitution qui pourrait totalement bouleverser le rôle dévolu au chef de l’État luxembourgeois. Une façon, quelque part, de payer le prix fort à la volonté d’une certaine modernisation de la vie politique. Tout au long de cette coverstory, les portraits de tous les grands-ducs de la Maison Naussau-Weilbourg sont tirés de timbres existants.

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Pudiques richesses

Finances

Entre pacte de famille, fidéicommis et contribution de l’État, la Cour grand-ducale entretient savamment le flou dès qu’il est question d’argent et de patrimoine.

L

texte Jean-Michel Gaudron photo christophe olinger

Pacte de famille De même, la vente de parcelles de terrain du domaine de Grünewald en 2006 puis de ColmarBerg en 2008 (une parcelle de 385 ha pour quelque 6,1 millions d’euros) tendrait à confirmer un certain besoin financier récurrent… Et encore la situation s’est-elle améliorée par rapport au début des années 1970, lorsque la situation financière de la Cour avait incité à la

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Grande-Bretagne Pays-Bas

Norvège

Belgique

Danemark

Suède

17,12 € 8,7 Mio €

0,19 €

1,11 €

8,9 Mio €

10,5 Mio €

2,06 €

11,5 Mio €

23 Mio €

2,13 €

5,70 €

2,39 €

28 Mio €

39,6 Mio €

Coût par habitants

Espagne

Luxembourg

monarchies – budgets annuels comparatifs

À titre de comparaison, le budget de fonctionnement du Palais de l’Élysée en France est de 32 millions d’euros, soit un coût par citoyen français de 49 centimes d’euro. Aux États-Unis, le budget de fonctionnement de la Maison-Blanche est estimé à quelque 260 millions de dollars (206 millions d’euros),soit 0,82 dollar (0,65 euro) par habitant.

création d’un conseil de gestion des biens familiaux. Y siégeaient, entre autres, les présidents des grandes banques de la Place qui avaient su surfer sur la vague des Trente Glorieuses pour remettre la fortune grand-ducale à flots. Pour permettre au patrimoine de rester rattaché à la Couronne de manière indivisible, les têtes couronnées ont donc introduit un « Fürstenrecht » (un droit des princes), conférant aux têtes couronnées une autonomie vis-à-vis du droit civil. C’est le fameux « pacte de famille », définissant les règles de succession au sein de la « Maison » Nassau, établi le 30 juin 1783. Le traité de Vienne de 1815 confia à la branche Orange-Nassau les « clés » du grand-duché. Mais lorsque le Roi-Grand-Duc Guillaume III décéda le 23 novembre 1890, il n’avait, après lui, que sa fille (la Reine Wilhelmine des Pays-Bas) pour lui succéder. Conformément au pacte, la couronne du grandduché fut alors transmise à la branche « restante » de la maison Nassau : celle des Weilbourg, dont le premier représentant fut le Grand-Duc Adolphe. Et le patrimoine à proprement parler ? Il est géré au sein d’une structure baptisée fidéicommis (signifiant en latin « laissé entre des mains fidèles »), qui s’apparente à une fondation ou à un trust anglosaxon. Le grand-duc n’en est pas le propriétaire, mais seulement l’usufruitier, ce qui doit lui

(Source : The Daily Telegraph, septembre 2010)

Montant global

46,6 Mio €

es dorures des palais, le faste des résidences, le prestige des tenues d’apparat, l’élégance naturelle de la noblesse… Toute monarchie, quelle qu’elle soit, est toujours accompagnée, aux yeux de celui qui la regarde depuis le bord de la route, d’un cortège de fantasmes tiré par des chevaux d’illusion. La Maison grand-ducale est-elle riche ? Probablement bien plus que la moyenne de ses sujets, même si, évidemment, la composition exacte et, accessoirement, la valeur de son patrimoine ne figurent pas au rang des communications publiques. Impossible, par exemple, de savoir combien de personnes sont réellement employées à la Cour grand-ducale. « Il est même assez complexe de l’établir précisément, puisque si la grande majorité des employés dépend directement de la Cour, une partie est détachée de certains ministères, témoigne un « ancien » de la Maison. L’équipe est assez compacte, mais travaille beaucoup. » Et puis sans doute cette richesse est-elle toute relative, comme en témoignent certains événements de ces dernières années. Outre le fait que le patrimoine mobilier de la Cour a dû souffrir de l’effondrement récent des marchés boursiers, on se rappelle qu’en 2006, les enfants de la GrandeDuchesse Joséphine-Charlotte avaient décidé de procéder à la vente publique de quelque 150 bijoux lui ayant appartenu. Cela avait suscité un émoi très intense dans le pays, même si ces bijoux appartenaient à la sphère privée de la famille et n’étaient pas liés à la Couronne en tant que telle. Le Grand-Duc Henri, en sa qualité de chef de famille, avait alors reconnu à l’époque avoir sous-estimé la forte valeur symbolique attachée à ces biens et convaincu ses frères et sœurs de faire machine arrière.

0,77 €

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Adolphe  ( 1817 – 1905 ) Grand-Duc de 1890 à 1905

permettre de vivre ainsi que tous les membres de la famille dépendant de lui. Et ce fidéicommis ne concerne pas les biens qui sont la possession personnelle de l’un ou l’autre membre de la famille grand-ducale (comme les bijoux de Charlotte…). L’actuel fidéicommis de la famille grand-ducale a été établi, sous les Nassau-Weilbourg, par Adolphe (qui n’était alors « que » duc) par un statut de famille datant du 18 avril 1868. Seule une partie de cet acte de 1868 a été annexée aux débats parlementaires de 1907 qui ont abouti à la loi du 10 juillet, laquelle conféra force de loi au statut de famille de la Maison de Nassau de l’époque. Mais il n’apparaît pas dans la loi du 16 mai 1891 concernant la fortune privée de la Maison grand-ducale de Luxembourg, et qui est toujours en vigueur. Le texte se contente de mentionner que « les biens mobiliers et immobiliers composant la fortune privée de la Maison grand-ducale de Luxembourg et situés dans le pays sont régis par les pactes de famille de Nassau et les dispositions prises ou à prendre en vertu de ces statuts ». On notera d’ailleurs qu’il est fait mention « des pactes de famille » et non plus du seul texte du 30 juin 1783. Et on remarquera aussi que le texte n’évoque pas les biens situés hors du pays, comme « La Tour sarrasine », la résidence que possède la famille à Cabasson (dans le département français du Var)

depuis 1949, ou encore un domaine en Bavière, qui sont pourtant bel et bien intégrés dans le fidéicommis, au même titre que les quelque 1.000 hectares du domaine forestier de Grünewald. Bien évidemment, le fonctionnement financier de la Cour grand-ducale ne se limite pas au fidéicommis. L’État luxembourgeois prend également soin de ses monarques. Et le budget qui leur est accordé est, lui, public. Il s’élevait, pour l’exercice 2011, à un montant de 8, 7 millions d’euros, soit un peu plus de 17 euros par citoyen. C’est, de loin, la charge la plus lourde comparée aux autres maisons royales européennes (voir graphique). Une donnée à relativiser compte tenu, non seulement, de la petite taille du pays, mais aussi des fonctionnements particuliers des autres maisons couronnées où sont souvent détachés bon nombre de fonctionnaires, voire de militaires, dont les charges entrent dans les budgets de leurs administrations de tutelle.

17 euros par citoyen et par an Ce budget est à considérer non pas comme une subvention étatique et encore moins comme une rémunération, mais plutôt comme une prise en charge des dépenses de la Cour grand-ducale pour le Grand-Duc Henri dans sa fonction de chef de l’État.

Dans ces 8,7 millions d’euros figure, en première ligne, la « liste civile », inscrite dans l’article 43 de la Constitution. « Elle peut être changée par la loi au commencement de chaque règne. La loi budgétaire peut allouer chaque année à la Maison souveraine les sommes nécessaires pour couvrir les frais de représentation », y est-il inscrit. Initialement fixée à 200.000 francs, cette liste civile a été portée à 300.000 francs or par an par la révision de la Constitution de 1948. Le taux de change entre le franc or et l’euro étant flottant, cette somme a varié assez fortement, passant de 0,86 million d’euro en 2001 à 1,08 million en 2011, soit environ 25 % de hausse. C’est, toutefois, loin d’être le poste budgétaire le plus important alloué à la Maison grand-ducale. Un « privilège » détenu par les « frais de personnel attaché à la fonction de chef de l’État », qui représentaient, en 2011, 4,6 millions d’euros (contre 4,3 millions en 2001, soit à peine 5 % de hausse). Les « frais de personnel attaché à la fonction d’ancien chef de l’État », eux, sont également conséquents (1,36 million en 2011). Mais ils sont plus récents, n’ayant été introduits dans le budget de l’État qu’en 2002. Autres lignes budgétaires : les frais de représentation du chef de l’État (645.379 euros en 2011) et du Grand-Duc Jean (227.647 euros) qui, en la circonstance, n’est pas mentionné en tant qu’ancien chef de l’État. Il s’agit, typiquement, des montants alloués dans le cadre de toutes leurs dépenses : les réceptions officielles, bien sûr, mais aussi les cadeaux offerts aux dignitaires étrangers, les gerbes de fleurs, les tenues officielles… Le seul poste figurant au budget de la Maison du grand-duc et qui a trait directement à une rémunération en tant que telle est celui relatif au « traitement des fonctionnaires » (159.187 euros en 2011). Cela concerne, principalement, la fonction de secrétaire du grand-duc, qui émarge au grade 18 – le plus élevé de la hiérarchie étatique des carrières dites « normales » – et dont le salaire s’échelonne entre 7.446,45 euros bruts en début de carrière (échelon 1) et 10.588, 68 euros bruts en fin de carrière (échelon 11). Dans les faits, cette fonction est occupée par Pierre Mores, le Maréchal de la Cour, en fonction depuis le 1er octobre 2007. Enfin, une dernière ligne est reprise dans le budget : « frais de fonctionnement et dépenses courantes » (686.800 euros en 2011). Elle fut introduite en 2003, dans un souci d’une plus grande transparence, en reprenant un certain nombre de dépenses de la Maison grand-ducale qui figuraient dans d’autres catégories précédemment. C’est en partie là où réside la complexité des calculs, pour faire la part entre les dépenses privées et celles, publiques, engagées par le monarque en sa qualité de chef d’État. Cette répartition fait l’objet d’un modus vivendi entre l’État et la Cour Cela est plus particulièrement vrai dans le cadre du fonctionnement quotidien du Palais grandducal et du Château de Berg, lieux de travail et de résidence de la famille grand-ducale, qui sont deux bâtiments publics appartenant à l’État, contrairement au Château de Fischbach, où réside l’ancien Grand-Duc Jean.

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VRP de Lux

Rôle économique

En présence du Grand-Duc héritier, les missions économiques menées par le Luxembourg à l’étranger revêtent un tout autre caractère. Les prospects apprécient. texte jean-Michel gaudron PHOTO CHRISTOPHE OLINGER

G

ordon M. Nixon est encore sous le charme. En mai dernier, à l’occasion d’une mission économique de promotion et de prospection multisectorielle menée au Canada, le President and CEO de Royal Bank of Canada a passé tout un dîner aux côtés du Grand-Duc héritier Guillaume et a même demandé à se faire prendre en photo à ses côtés. Un moment de grande fierté, dont les échos ont résonné jusqu’aux friches de Belval, où les dirigeants de RBC Dexia ont eu vent de la grande satisfaction ressentie par le big boss de ce qui n’était encore que l’un des actionnaires de référence. Sans doute en est-il de même pour Paul Otellini, le CEO de McAfee/Intel, rencontré à l’occasion d’une autre visite, menée en juillet sur la côte Ouest des États-Unis, et qui s’est montré particulièrement disponible en présence du Prince Guillaume. La monarchie n’est pourtant pas, de ce côté-là de l’Atlantique, un concept particulièrement « accrocheur ». Au Japon, en revanche, qui est, lui aussi, une monarchie constitutionnelle, un Grand-Duc, cela signifie quelque chose. Et Takehiro Kamigama, President and CEO du groupe TDK, se montre toujours particulièrement réjoui lorsque l’occasion d’une visite se présente, comme ce fut le cas en mai 2011. Trois anecdotes parmi beaucoup d’autres, sans doute, mais qui illustrent on ne peut mieux l’aura et le prestige qui accompagnent chacune des sorties internationales du Grand-Duc ou du GrandDuc héritier. Depuis la prise de fonction de l’actuel gouvernement, à l’été 2009, pas moins de quinze déplacements impliquant l’un de ces deux monarques ont eu lieu à l’étranger, que ce soit en Europe ou sur d’autres continents. Visites de travail, missions de promotion ou de prospection économiques, visites officielles, conférences… les

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« Certains s’imaginent qu’en raison de leur statut, ils ont des exigences particulières » Georges schmit Consul général et executive director du Luxembourg Trade and Investment Office de San Francisco

occasions de dérouler le tapis rouge sous les pas d’une délégation, présidée par l’un deux, n’ont donc pas manqué. Les rencontres, formelles et – surtout – informelles, non plus. Dans la « job description » de la fonction même de grand-duc héritier, le Prince Guillaume est président d’honneur de ce qui fut, autrefois, le Board of Economic Development, passé depuis sous le giron de l’agence de promotion Luxembourg for Business. Son rôle, à ce titre, peut sembler à la fois très anecdotique. Il est pourtant capital.

Accélérateur « Avoir dans une délégation le Grand-Duc héritier nous aide évidemment beaucoup, note ainsi Georges Schmit, consul général et executive director du Luxembourg Trade and Investment Office de San Francisco. Cela confère une belle visibilité, qui s’avère être un réel atout lorsqu’il s’agit d’attirer des médias ou des entreprises pour qui le seul nom de Luxembourg n’évoque peut-être pas grand-chose. » Du reste, l’intéressé lui-même ne considère pas sa présence sous un autre angle. « Mon rôle est simplement d’ouvrir les portes, grâce aux bonnes relations que nous entretenons, par exemple, avec les autres monarchies existantes, expliquait-il à paperJam, en novembre dernier, lors d’une interview donnée à l’occasion de son 30e anniversaire. Ensuite, les négociations se font vraiment entre les ministres et les personnes directement concernées. » La présence d’une tête couronnée – même sans couronne – dans une mission économique donne à cette dernière, automatiquement, un tout autre visage, et les attentions déployées sur place sont d’une tout autre envergure. Même si, parfois, un certain flou artistique plane sur le programme dévolu à la délégation luxembourgeoise. « Il est déjà arrivé que le matin même, nous ne savions pas ce que nous ferions dans l’après-midi, se rappelle l’ancien ministre de l’Économie et du Commerce extérieur. Mais que ce soit le Grand-Duc ou le Grand-Duc héritier, ils ont toujours été très conciliants et ne se sont jamais plaints de quoi que ce soit. Certains s’imaginent qu’en raison de leur statut, ils ont


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des exigences particulières. Il n’en est rien. Ils sont tous les deux d’une modestie extraordinaire. » Selon les pays visités, certaines portes sont évidemment plus faciles à ouvrir que d’autres. Au Moyen Orient, les contacts « de monarque à monarque » sont évidemment plus ouverts, même si le rapport « de force » est sans comparaison possible, un roi ou un émir ayant un pouvoir politique autrement plus important que celui d’un grand-duc. Ce qui parfois a même pu donner lieu à quelques confusions dans les échanges. Car, pas plus sur le terrain d’une mission économique que dans les murs de son palais, le GrandDuc, héritier ou non, n’a pas le moindre pouvoir décisionnaire. Et il n’intervient pas davantage dans les négociations. « En présence du chef d’État, les entreprises locales sont représentées directement par les dirigeants et donc les décideurs, ce qui peut accélérer les discussions. Cependant, la conclusion finale des affaires reste toujours du ressort des entreprises », explique Carlo Thelen, responsable du département international de la Chambre de commerce, et également membre du comité des agences Luxembourg for Business et Luxembourg for Finance. Il est donc en charge de l’organisation du volet commercial des missions économiques à l’étranger. « En général, ces missions, organisées en marge d’une visite d’État, sont très appréciées par les entreprises luxembourgeoises, aussi bien pour nouer de nouveaux contacts dans les pays visités que pour faire du business avec les autres hommes d’affaires luxembourgeois qui y participent. »

Guillaume IV ( 1852-1912 ) Grand-Duc de 1905 à 1912

Un travail de longue haleine Il est dès lors facile de s’imaginer le monarque en chevalier blanc, sauveur des causes perdues, dynamiteur de négociations bloquées, récompensé ensuite de son succès devant l’objectif des photographes, tout sourire, le stylo à la main et le parapheur frétillant… L’image est, en tous les cas, alléchante. « Il faut oublier cette idée que c’est sur un simple voyage qu’un contrat est signé, tempère Jeannot Krecké. Ça ne fonctionne pas comme ça ! Tous les contacts économiques que nous entretenons sont fondés sur des échanges réguliers et qui s’étalent dans le temps. C’est une action continue qui, soudain, donne un résultat, sans qu’il soit même parfois possible de savoir quel en a été l’élément déclencheur. Si nous avons suscité autant d’intérêt au Qatar ou aux Émirats Arabes Unis, c’est aussi parce que Luc Frieden, ou moimême, y sommes allés souvent et que nous connaissons très bien certains ministres. Mais les ouvertures qu’ont pu apporter le Grand-Duc ou le Grand-Duc héritier ont également joué. » Quels que soient le continent et les marchés visés, c’est avant tout sur le long terme que misent les décideurs économiques et politiques. « Ouvrir les portes est évidemment important, mais maintenir et améliorer les relations que nous avons déjà l’est tout autant, indique Georges Schmit. Et ce volet-là, parfois, est oublié. Le management des entreprises que nous rencontrons change. Et il est donc primordial de retourner régulièrement les voir et de montrer que notre intérêt, lui, ne s’est pas altéré. Nos interlocuteurs apprécient cette attention. »

Conseil d’État

Ancrage national Il est de tradition que la Cour grand-ducale soit représentée au Conseil d’État luxembourgeois. Guillaume-Alexandre (futur Grand-Duc Guillaume IV) fut, dans l’Histoire, le premier des six monarques à avoir siégé au sein de l’institution. Entré en 1897, il quitta ses fonctions en 1902, lorsqu’il fut nommé lieutenant-représentant par son père, le Grand-Duc Adolphe. Il fallut ensuite attendre 1937 pour que le Prince Félix de Luxembourg, époux de la Grande-Duchesse Charlotte, ne siège à son tour, en trois fois. D’abord entre janvier 1937 et novembre 1945, puis de décembre 1945 à avril 1951, date à laquelle il démissionna pour laisser place à son fils Jean, Grand-Duc héritier. Ce dernier, nommé lieutenant-représentant par la Grande-Duchesse Charlotte en avril 1961, lui céda alors de nouveau la place. Le Prince Félix y siègera jusqu’en mars 1969, se

retirant à l’âge de 76 ans, un an avant sa disparition. Son fils, le Prince Charles prit le relais, jusqu’à son décès en juillet 1977. C’est ensuite le Grand-Duc héritier Henri, au sortir de ses études, qui entre au Conseil d’État, à l’âge de 25 ans, en décembre 1980. Il y restera jusqu’à sa nomination en tant que lieutenant-représentant en mars 1998. Son fils, Guillaume, enfin, prit place au sein de l’institution en juin 2005. « Ma fonction de conseiller d’État est avant tout une école pour mes responsabilités futures », expliquait-il lors de l’interview accordée à la presse en novembre dernier, pour son 30e anniversaire. Une position qui lui permet, en effet, d’être au cœur du système législatif luxembourgeois. Un parfait complément au rayonnement international, que lui confère la présidence d’honneur de Luxembourg for Business . J .-M . G .

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50 dates qui comptent De 1783, date de la conclusion du « Pacte de famille », jusqu’au mariage du Grand-Duc héritier en 2012, survol de près de 240 ans d’histoire, où le destin du pays se confond parfois avec celui de ses monarques. textes Marc gerges

1783

Conclusion du Pacte de famille de la Maison des Nassau déterminant les règles de succession et instaurant la loi salique.

1815

Au Congrès de Vienne, le Luxembourg est érigé en Grand-Duché et attribué au roi des Pays-Bas.

1831

Guillaume Ier refuse la proposition belge de partager le Grand-Duché entre la Belgique et la Hollande.

1840

Guillaume Ier abdique au profit de son fils Guillaume II qui devient roi grand-duc le 7 octobre 1840.

1849

Le 17 mars, Guillaume II meurt accidentellement, Guillaume III lui succède.

1850

Mariage du Prince Adolphe de Nassau avec Adélaïde d’Anhalt-Dessau. Le couple aura trois enfants dont le Prince Guillaume de Nassau (1852-1912), qui succédera à son père en tant que Guillaume IV.

1884

La Maison de Nassau étant de confession protestante, Adolphe, Duc de Nassau, refuse à son fils le mariage avec la Princesse MarieAnne de Bragance, Infante du Portugal, de confession catholique.

1890

Mort de Guillaume III et fin de l’union personnelle qui liait les Pays-Bas et le Luxembourg. Alors que la fille de Guillaume III, Wilhelmina, succède au trône hollandais, elle ne peut succéder au trône luxembourgeois à cause de la loi salique imposée par le Pacte de famille de 1783 pour les terres « allemandes » dont le Grand-Duché fait partie. L’avènement au trône du Grand-Duc Adolphe confère au Luxembourg sa propre dynastie, celle des Nassau-Weilbourg

1830

Révolution belge, les habitants du Grand-Duché se joignent aux insurgés. La capitale du GrandDuché, protégée par la garnison prussienne, reste sous contrôle hollandais.

Guillaume IV succède au trône à son père, qui meurt en novembre 1905.

1912

Mort de Guillaume IV le 25 février et avènement au trône, à l’âge de 17 ans, de la Grande-Duchesse MarieAdélaïde.

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En juin, le Parlement adopte la loi scolaire qui libère l’école publique du contrôle clérical. La Grande-Duchesse MarieAdelaïde se range du côté des opposants à cette loi et n’y appose sa signature que six semaines après son vote par le Parlement.

1848

Les mouvements révolutionnaires en Europe gagnent, timidement, le Grand-Duché, et aboutissent à une nouvelle Constitution délimitant les pouvoirs du grand-duc.

1841

1915

La Grande-Duchesse dissout le Parlement après les échecs successifs de deux gouvernements de droite nommés par elle, mais ne possédant pas de majorité au Parlement – le bloc de gauche dénonce un « coup d’État d’en haut ».

1918 Dans la suite de l’armistice, libéraux et socialistes demandent au Parlement de déchoir la dynastie. Leur motion est rejetée de justesse.

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À leur retour de Paris, les ministres luxembourgeois font part à la GrandeDuchesse Marie-Adélaïde du souhait de la France de la voir abdiquer au plus vite.

1919

Le 9 janvier, un comité de salut public issu de la révolte de la Compagnie des Volontaires (armée luxembourgeoise) proclame la République. L’intervention des troupes françaises met rapidement fin à ce mouvement.

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Le 10 janvier, la Grande-Duchesse MarieAdélaïde abdique en faveur de sa sœur aînée Charlotte qui prête le serment constitutionnel le 15 janvier. Fin janvier, Marie-Adelaïde quitte le Luxembourg et entre dans les ordres dans un couvent de carmélites à Modène.

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Mariage de la Grande-Duchesse Charlotte avec le Prince capétien Félix de Bourbon. Le couple aura six enfants dont le Prince Jean (1921), qui succédera à sa mère au trône.

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En septembre, par référendum, les Luxembourgeois se prononcent à 80 % pour le maintien de la monarchie. En octobre, la droite sort grand vainqueur des premières élections démocratiques au suffrage universel.

1934

Le gouvernement Bech fait invalider l’élection d’un communiste à la Chambre des députés sous prétexte qu’un révolutionnaire ne peut pas prêter serment sur la Constitution et jurer fidélité au grand-duc.

1875

1850

1825

1839

— Septembre-Octobre 2012

En septembre, l’empereur allemand Guillaume II de Hohenzollern séjourne à Luxembourg, le Kaiser est reçu par la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde au Château de Berg.

Gravement malade, Guillaume IV modifie les règles de dévolution pour permettre aux femmes d’accéder au trône – le nouveau statut de famille prévoit que désormais les princesses puînées seront appelées à la succession à défaut de descendant mâle.

Désormais grand-duc d’un pays catholique, Adolphe acquiesce au mariage de son fils Guillaume avec la Princesse Marie-Anne de Bragance, Infante du Portugal. Le contrat de mariage stipule que les garçons à naître seront élevés dans la religion protestante et les filles dans la foi catholique. Le couple aura six enfants, uniquement des filles.

Le traité de Londres du 19 avril 1839 impose le partage. Il y a désormais deux Luxembourg : le Luxembourg belge qui forme une province de la Belgique, et le GrandDuché de Luxembourg qui demeure sous la souveraineté des OrangeNassau – le Grand-Duché actuel.

1914

1907

1893

1800

1775

1905

Le 12 octobre 1841, le Roi Grand-Duc promulgue la Constitution d’États. Le Grand-Duché devient une monarchie constitutionnelle, tous les pouvoirs sont réunis dans la personne du souverain et émanent de lui.

1856

Coup d’État par Guillaume III qui passe outre l’approbation nécessaire du Parlement pour asseoir la nouvelle Constitution. Celle-ci rétablit de fait la monarchie autocratique.

1867

1868

Nouvelle révision de la Constitution, qui établit un type modéré de monarchie constitutionnelle, augmentant entre autres les pouvoirs du Parlement.

Par le traité de Londres du 11 mai 1867, le Grand-Duché obtient le statut d’un État perpétuellement neutre et désarmé. La garnison prussienne quitte la forteresse, qui est démantelée.

1900


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2000

1940

Le 10 mai, les troupes allemandes occupent le Grand-Duché. La famille grand-ducale et une partie du gouvernement se rendent en exil, aux États-Unis, au Canada et à Londres. Le 29 juillet, l’Allemagne annexe le Grand-Duché.

Abdication de la GrandeDuchesse Charlotte en faveur de son fils Jean qui lui succède au trône.

Premier discours de la Grand-Duchesse Charlotte, désormais installée à Londres, à ses compatriotes sur les ondes de la BBC. La Grand-Duchesse devient rapidement le symbole de la résistance.

1981

Mariage du Grand-Duc héritier Henri avec Maria Teresa Mestre. Le couple aura quatre fils et une fille, dont le Prince Guillaume, né le 11 novembre 1981 et grand-duc héritier depuis le 18 décembre 2000.

1945

La Grande-Duchesse Charlotte rentre au pays, le 14 avril.

_

Le 8 mai, les troupes allemandes capitulent, la guerre prend fin en Europe.

Quelques jours avant la fête nationale, la Grande-Duchesse Maria Teresa convoque discrètement une quinzaine de rédacteurs en chef luxembourgeois à une séance d’information un peu particulière, puisqu’il est demandé aux journalistes de ne rien dévoiler de la discussion. Maria Teresa y expose tous les griefs qu’elle nourrit à l’encontre de sa belle-mère, la GrandeDuchesse Joséphine-Charlotte, affirmant que l’ancienne souveraine la déteste et veut briser son mariage avec le Grand-Duc Henri. Silence gêné du côté de la Cour et embarras du côté du gouvernement, mais la crise institutionnelle n’aura pas lieu.

1986

Fin de la série d’attentats à la bombe, connue sous le nom de « Bommeléëraffaire ». Depuis 1984, une vingtaine d’attentats à la bombe ont tenu le pays en haleine, sans que l’enquête n’arrive à en déterminer les auteurs. Lorsque le Prince Jean, fils du Grand-Duc, renonce à ses droits de succession au trône luxembourgeois afin de pouvoir épouser morganatiquement Mlle Hélène Vestur, la rumeur populaire veut qu’il soit lié à l’affaire Bommeléër.

1953

Mariage du Grand-Duc héritier Jean avec la Princesse JoséphineCharlotte de Belgique. Le couple aura cinq enfants dont le Prince Henri, né le 16 avril 1955 et actuel Grand-Duc.

1961

Le jour de la fête nationale, officiellement « Jour de la célébration officielle du jour anniversaire de la naissance du GrandDuc », est déplacé du 23 janvier au 23 juin, pour mettre fin à une célébration ayant lieu durant les durs mois d’hiver.

1925

1914

Le 2 août, les troupes allemandes envahissent le Grand-Duché. La souveraine et le gouvernement restent en place.

1915

2002

1964

1943

1900

Abandon de la référence absolutiste « par la grâce de Dieu » pour les textes décrétés par le grand-duc.

La Grande-Duchesse Marie-Adelaïde tarde à nommer les bourgmestres de Differdange et de Hollerich, tous les deux des libres penseurs réputés pour leur anticléricalisme.

1999

2005

Décès de la GrandeDuchesse au Château de Fischbach, où elle s’était installée avec son époux depuis son abdication.

_

La rumeur selon laquelle le Prince Jean est le Bommeléër s’intensifie – le Premier ministre luimême a recueilli le récit d’un témoin de l’époque qui aurait formellement reconnu le Prince sur les lieux d’un attentat.

2006

« Le Prince Jean de Luxembourg n’est pas impliqué dans les attentats à l’explosif d’une façon ou d’une autre », communique le Parquet. L’alibi du Prince est sa participation à une chasse en France au moment où il aurait été vu au Luxembourg.

_

Sotheby’s annonce la mise aux enchères, pour la fin de l’année, de 150 bijoux personnels ayant appartenu à la GrandeDuchesse JoséphineCharlotte. Suite à un tollé dans la population la vente des bijoux est annulée. Naissance hors mariage du Prince Gabriel de Nassau, fils du Prince Louis de Luxembourg (frère du Grand-Duc héritier Guillaume) et de Tessy Anthony. Le couple n’étant pas marié, la très catholique Cour luxembourgeoise n’a donné aucune publicité à cet événement. Le mariage du Prince Louis, qui a entre-temps renoncé au trône, avec Tessy Anthony a été célébré au mois de septembre 2006.

2008

Le Grand-Duc Henri annonce son refus de signer la loi sur l’euthanasie, pourtant votée par le Parlement. Pour éviter une crise institutionnelle, le Parlement procède à une révision d’urgence de la Constitution et plus précisément du rôle protocolaire.

2009

Suite à la crise institutionnelle évitée de justesse en ce qui concerne le refus du Grand-Duc de signer la loi sur l’euthanasie, le Parlement entreprend une vaste révision de la Constitution qui doit limiter les pouvoirs du grand-duc.

2011

Le Grand-Duc anticipe la révision constitutionnelle en cours – qui prévoyait entre autres de régler la succession au trône – en modifiant la réglementation interne de la Maison de LuxembourgNassau avec l’introduction de l’égalité entre hommes et femmes en matière de succession au trône.

_

La Cour grand-ducale fait valoir, via le gouvernement, sa désapprobation de plusieurs passages du projet de révision constitutionnelle concernant les prérogatives du grand-duc.

2012

La Cour célèbre les fiançailles officielles entre le Prince héritier Guillaume et la Comtesse Stéphanie de Lannoy. Le mariage est prévu pour le 20 octobre.

Le Grand-Duc Jean annonce, la veille de Noël, son intention d’abdiquer en faveur de son fils Henri au cours de l’an 2000.

1918

Visite privée, en août, du Chancelier allemand Hertling auprès de la GrandeDuchesse Marie-Adélaïde.

1941

Signature de l’armistice le 11 novembre, actant la défaite de l’empire allemand et mettant fin à la Première Guerre mondiale.

Le Grand-Duché abandonne sa traditionnelle politique de neutralité et, sous l’impulsion de la Grand-Duchesse Charlotte, entre dans le camp des pays qui sont en guerre contre les puissances de l’Axe.

1919

1944

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La Constitution luxembourgeoise se démocratise avec e.a. l’introduction du suffrage universel pour tous les citoyens luxembourgeois, hommes et femmes, et de la représentation proportionnelle. La Constitution stipule que la puissance souveraine réside désormais dans la Nation.

2000

1975

1950

Le 10 septembre 1944, le Luxembourg est libéré par l’armée américaine, avec le Prince Jean en tête des troupes qui entrent dans la capitale.

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1948

2012

Révision de la Constitution, qui introduit le régime de la démocratie parlementaire.

1951

Le Luxembourg devient membre fondateur de la CECA, précurseur de l’UE actuelle. Le siège provisoire de la Haute Autorité de la CECA est installé à Luxembourg-ville en 1952.

Dans son avis sur la révision constitutionnelle, le Conseil d’État propose de ne pas limiter davantage les prérogatives du grand-duc, revenant sur la volonté déclarée au début des travaux parlementaires en 2009.

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2025


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COVERSTORY

« Le capital de légitimité se réduit » Luc Heuschling (Université du Luxembourg)

Professeur en droit constitutionnel et administratif, Luc Heuschling explique comment la dynastie régnante a perdu une grande partie de son influence politique sur le pays, à travers quelques grandes étapes de l’histoire de la famille de Nassau. La réforme constitutionnelle en cours pourrait achever de réduire le Grand-Duc à un rôle d’apparat. interview Frédérique moser photo Christophe olinger

le

P

rofesseur Heuschling, comment décrire le rôle du monarque dans une démocratie parlementaire moderne ? « Schématiquement, à travers deux exemples extrêmes. Il y a la Suède : les socio-démocrates ont refait une constitution en 1974. La mention ‘le chef de l’État est le roi ou la reine’ n’apparaît que dans un seul chapitre, assez loin dans le texte ! De sorte que, si un jour le peuple suédois souhaite établir une république, il n’aura qu’à simplement réécrire ce chapitre, pour avoir une Constitution républicaine. Les constituants suédois ont supprimé la sanction des lois par le roi et ont confié leur promulgation au gouvernement et, dans certains cas, au président du Parlement. Le roi de Suède s’est même vu retirer des attributions classiques, telles que la nomination et la révocation du gouvernement. L’autre exemple extrême, c’est celui de la Belgique. L’éclatement du pays entre Wallons, Flamands et une minorité germanophone fait que le roi devient, en quelque sorte, l’un des derniers ciments de l’unité de la Belgique. En période de crise politique, tous les regards se tournent vers lui, en tant que grand conciliateur. Et les partis politiques s’accordent à le considérer comme tel.

— Septembre-Octobre 2012

C’est donc entre ces deux extrêmes que se situe la monarchie luxembourgeoise ? « Il faut avoir l’histoire de la monarchie luxembourgeoise à l’esprit, pour bien cerner son rôle et son influence actuels. Les textes constitutionnels du 19e siècle donnent un pouvoir assez large au RoiGrand-Duc, issu de la famille des Orange-Nassau. Et ceux-ci entendent exercer ce pouvoir. Suite à un coup d’État en 1856, la révision de la Constitution, en 1868, aboutit à un mélange entre les aspirations des libéraux et celles, réactionnaires, du Grand-Duc. En 1890, Guillaume III n’a pas de successeur masculin, et le trône revient alors à la branche allemande des Nassau-Weilbourg. La monarchie est dans une situation d’affaiblissement relatif. Adolphe (73 ans) ne s’intéresse pas au Luxembourg. Il règne très peu et laisse faire son gouvernement. En 1905, Guillaume IV accède au pouvoir, mais il est dans l’incapacité de régner, en raison d’un accident cérébral. C’est le gouvernement de Paul Eyschen qui dirige le pays, jusqu’en 1912, à la mort du Grand-Duc. C’est alors que Marie-Adélaïde accède au trône… « Inspirée par des conseillers conservateurs, elle a cru pouvoir exercer en toute plénitude les pouvoirs accordés par la Constitution. Elle s’appuie sur le texte, et seulement sur lui. Mais il existe, en matière constitutionnelle, une partie de droit non

écrit que la pratique des acteurs politiques peut modifier, avec le temps. Par définition, ce droit non écrit est plus difficilement saisissable de l’extérieur. On ne sait pas exactement qui en est l’auteur et à quelle date ce droit est entré en vigueur. Mais son rôle est parfois crucial, surtout dans des pays, comme le Luxembourg, où l’existence de la coutume en tant que source de normes constitutionnelles est admise. Comment les acteurs politiques réagissent-ils à cette époque ? « En 1912, le Parlement est dominé par les libéraux et des socialistes. C’est une coalition assez curieuse, qui parvient à faire voter, à une très large majorité, une loi sur l’enseignement primaire, éliminant totalement le rôle du clergé. La GrandeDuchesse, très catholique, hésite à ratifier la loi. Elle la promulgue et la sanctionne, toutefois, un mois plus tard. Mais cette hésitation a permis à tous les acteurs politiques de considérer qu’elle était en mesure de refuser une loi… Par la suite, elle s’est opposée à la nomination de bourgmestres de gauche, soumis par le gouvernement, et elle a refusé la nomination d’un représentant de la majorité comme Premier ministre. Elle nomme alors un Premier ministre de droite (c’est le gouvernement Loutsch), puis dissout la Chambre des députés.


COVERSTORY

Marie-Adélaïde ( 1894 – 1924 ) Grande-Duchesse de 1912 à 1919

La gauche et les libéraux ne cachent plus leur hostilité à la Grande-Duchesse. Elle abandonne sa vision et revient aux pratiques de son père et de son grand-père. Mais le mal est fait. À la fin de la Première Guerre mondiale, la monarchie entretient de très mauvaises relations avec le monde politique, et se trouve donc dans une position de grande faiblesse. La résistance de la famille grand-ducale pendant la Seconde Guerre mondiale permettra de redorer un temps son blason… « Charlotte, puis son fils Jean, considèrent en effet qu’ils doivent jouer un rôle politique minimaliste et plutôt symbolique, en tant qu’incarnation de l’indépendance du pays. Le Grand-Duc Jean était sympathique, tout le monde s’accorde à la reconnaître. C’est une qualité évidemment importante. Mais il n’avait pas l’autorité morale, au sens où un chef d’État, lorsque la discussion politique prend des directions délétères, dispose d’une aura suffisante pour rappeler l’âme et la conscience du pays. Jean n’a jamais essayé de jouer ce rôle. Toute la difficulté d’un chef d’État non élu est de savoir ce qu’il peut réellement faire… À l’heure actuelle, quel discours moral sommes-nous prêts à entendre, nous, habitants du Luxembourg, aux origines si variées ? Si le chef de l’État parle religion, il divise plus qu’il ne réunit…

« Aujourd’hui l’Église a perdu sa puissance. Inimaginable il y à 20 ans ! »

Mais l’ancrage de la monarchie est encore profondément chrétien. Lors des débats sur la loi pour l’euthanasie, le couple grand-ducal est allé jusqu’à consulter le pape… « Cet élément existe toujours, mais il n’a plus la même influence. Il y a 20 ou 30 ans, l’Église catholique avait encore une prégnance sociale très forte. Aller à la messe était un événement social. Aujourd’hui, l’Église a perdu beaucoup de sa puissance. Que la loi sur l’euthanasie soit passée, c’est extraordinaire ! Que la loi sur le mariage homosexuel soit débattue, c’est extraordinaire ! Inimaginable il y a 20 ans. Je ne pense pas que M. Juncker défende une position profondément catholique au sein de son parti. Il paraît qu’après les dernières élections, un haut dirigeant du CSV aurait dit à l’archevêque : ‘Vous voyez, on a gagné sans vous ! ‘ Mais d’autres aspects entrent également en jeu : l’internationalisation de la société luxembourgeoise (la présence des étrangers) et la forte avancée du matérialisme. Dans une société qui est riche, la foi a beaucoup moins d’importance. Au Luxembourg, dans le passé, d’aucuns disaient déjà que les dames n’allaient à l’Église que pour montrer leur manteau de fourrure ! Comparé, par exemple, à la ferveur de sa pratique en France, le catholicisme au Luxembourg, était, et est toujours une pratique suivie,

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en grande partie, par conformisme social. Il suffit de quelques éléments pour ébranler la doctrine. Lorsque le Grand-Duc a confié au Premier ministre qu’il allait refuser de voter la loi sur l’euthanasie, le CSV aurait pu jubiler ! Mais Juncker a décidé de rendre public ce refus, et a exposé le Grand-Duc. D’ailleurs, quel est le président de la commission qui a lancé la révision ? Paul-Henri Meyers (CSV, ndlr.) alors que son parti s’était toujours opposé à toute réforme touchant aux prérogatives du Grand-Duc. Ce changement de cap se retrouve-t-il également dans le projet de révision de la Constitution ? « Assurément, et le texte de la proposition de révision n° 6030 va très loin. Il est soutenu par les grands partis, à travers M. Meyers, M. Bodry (LSAP), Mme Flesch (DP). Tout ce qui figure dans les propositions de la commission est censé pouvoir passer le cap de la majorité des deux tiers exigée pour toute révision. On y voit un rapprochement avec le modèle suédois. Prenez, par exemple, l’article 100 de la proposition qui prévoit que c’est au gouvernement de nommer les emplois civils et militaires. Le texte de la Constitution actuelle (art. 35) dit que c’est au Grand-Duc, étant précisé que, selon l’article 45 de la Constitution actuelle, toute disposition du GrandDuc doit être contresignée par un membre du gouvernement. Car en vérité, dans le système actuel, c’est déjà le gouvernement qui a le premier et le dernier mot. C’est le gouvernement qui assume la responsabilité politique. Le Grand-Duc ne peut rien faire sans le contreseing du gouvernement. Que se passe-t-il en cas de conflit, comme ce fut le cas avec la loi sur l’euthanasie ? « La règle du contreseing permet efficacement de bloquer toute action du monarque. Or, lorsque ce dernier ‘agit’ par un refus, la règle du contreseing est, à première vue, hors-jeu, sauf à en avoir une interprétation large et à considérer que tout acte (même une omission) du monarque doit être ‘contresigné’ (c’est-à-dire approuvé, assumé) par le gouvernement. Si celui-ci refuse la responsabilité politique, il ne peut le faire qu’en donnant sa démission… Ce faisant, le gouvernement déplace la crise qui, du coup, menace le Grand-Duc ! Ce dernier devra en effet nommer un nouveau gouvernement. Or, il a, face à lui, toujours la même majorité, conduite par les mêmes dirigeants… Que pourra-t-il faire d’autre, si ce n’est rappeler au pouvoir cette même majorité ? Il sera politiquement acculé à abandonner sa position de refus. En 2008, Jean-Claude Juncker a eu une autre lecture de la problématique. Il a dit à l’avance : ‘Le Grand-Duc va refuser, on a un problème’. Et le gouvernement a engagé le processus de modification de l’art. 34 de la Constitution, afin d’obliger le Grand-Duc à signer les lois votées par la Chambre des députés. Dans la proposition de révision de la Commission des institutions et de la révision parlementaire (voir encadré p. 59), le gouvernement devient l’acteur unique, ou du moins central du pouvoir exécutif, au détriment du Grand-Duc.

— Septembre-Octobre 2012

L’article 79 prévoit que c’est le gouvernement qui dépose les projets de loi et l’article 85 qu’il les promulgue. La nouvelle Constitution, toujours sur la table de travail de la commission parlementaire, pourrait aller très loin dans le retrait du pouvoir politique du monarque… « C’est la conséquence directe de 2008. Depuis des années, il y avait, dans la tête des tous les acteurs politiques, cette idée de faire une réforme globale de la Constitution. Mais, certains hésitaient… Pourquoi tout refaire et risquer d’ouvrir la boîte de Pandore ? Cela fonctionne bien comme ça… Jusque-là, l’idée restait donc assez vague… Mais 2008 a dynamisé la réflexion. Et concernant le Grand-Duc, c’est plus qu’un simple toilettage qui est prévu par les parlementaires ! Concrètement, en quoi son rôle pourraitil être modifié ? « Une première idée-force de cette proposition est de réduire le rôle du Grand-Duc au seul domaine du pouvoir exécutif. Dans le système actuel, hérité du 19e siècle, le Grand-Duc est considéré comme la clé de voûte du système politique ; il incarne l’unité de l’État en ce qu’il participe (réellement ou symboliquement) à tous les pouvoirs : constituant, législatif, exécutif, juridictionnel et administratif. Comme je l’ai déjà indiqué, la proposition vise à supprimer toute intervention du Grand-Duc en matière d’initiative législative et de promulgation des lois. En ce qui concerne la justice, celle-ci ne serait plus rendue au nom du Grand-Duc, comme c’est actuellement le cas. L’art. 104 de la proposition dit simplement que ‘la justice est rendue par la cours et tribunaux’, sans d’ailleurs indiquer, ce qui est assez curieux, au nom de qui ou de quoi, la justice est rendue (au nom de la loi et/ou du peuple ?). Quant à la future procédure de nomination des juges, elle est encore sujette à débat, puisqu’il est question de créer une sorte de Conseil supérieur de la magistrature. Le Grand-Duc garderait toutefois, en matière de justice, le droit de grâce. Relégué au domaine du pouvoir exécutif, le GrandDuc y perdrait également certaines attributions, à l’instar de la nomination des fonctionnaires qui serait confiée au gouvernement. Dans le texte, le gouvernement apparaît bien plus comme le véritable détenteur du pouvoir exécutif. En même temps, le GrandDuc garderait, formellement, le pouvoir réglementaire. La proposition de révision est donc, à certains égards, hésitante : tantôt elle opte pour une rupture radicale (le modèle suédois), tantôt elle maintient le système actuel. Il est un autre point, sur lequel la proposition entend réduire considérablement le pouvoir du Grand-Duc : c’est en rapport avec le ‘Fürstenrecht’ (le droit princier) ou ce qu’on appelle communément, ‘le Pacte de famille de Nassau de 1783’ (voir encadré). La proposition de révision vise à abolir le rôle de ce droit princier quant à la succession au trône, la régence et la réglementation des mariages princiers. En revanche, elle le maintient, de façon ambiguë, pour le reste.

Photo : David Laurent / Wide

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Luc Heuschling Professeur en Droit constitutionnel et administratif à l’Université du Luxembourg, ce Luxembourgeois de 41 ans est également docteur en droit public de la Sorbonne. Sa thèse « État de droit, Rechtsstaat, Rule of Law », publiée en 2002 (Éd. Dalloz) fut honorée, notamment, du Prix de thèse du Groupe européen de droit public. Il était en train de préparer un livre sur le Pacte de Nassau de 1783, le Fürstenrecht et la hiérarchie des normes, lorsque fut annoncée, par le Grand-Duc Henri, en juin 2011, la modification de la réglementation interne de la Maison de LuxembourgNassau, introduisant l’égalité entre hommes et femmes en matière de succession au trône.

Fürstenrecht

Le Pacte de famille Le professeur Luc Heuschling a fait de nombreuses recherches et a publié plusieurs articles sur le droit princier, appelé plus justement le « Fürstenrecht ». « C’est une branche du droit dont le contenu est défini et géré par le Grand-Duc et la famille grand-ducale, souvent de façon secrète, sans intervention du gouvernement et de la Chambre des députés. Pourtant, ce droit porte sur des questions cruciales liées à la monarchie, à l’instar de la succession au trône, la régence, la composition de la famille ou maison grand-ducale, le régime des mariages princiers, la définition de la descendance légitime du Grand-Duc, le patrimoine de la famille établi sous forme de fidéicommis, un régime disciplinaire interne avec une juridiction familiale, etc. » Cette source du droit, d’ascendance germanique, n’existe pas dans les monarchies les plus modernes et démocratiques (Belgique, Angleterre, les pays scandinaves, etc.). Dans ces pays, ces questions sont régies par la Constitution et/ou la loi. « Au Luxembourg, ce ‘Fürstenrecht’ est un legs du Congrès de Vienne de 1815, legs qui a été maintenu pendant plus de deux siècles, jusqu’à nos jours », constate le professeur Heuschling. F. M.


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Comment expliquer les difficultés d’accès à ce « Fürstenrecht » ? « Il y a sans doute une volonté de la Cour d’occultation de ce pacte. Traditionnellement, ce droit était considéré comme une affaire ‘interne’, qui ne concerne que la famille grand-ducale, et non le peuple. Pourtant, il touche à des affaires de l’État ! Ainsi, ni le Pacte de Nassau de 1783 ni les autres normes du droit princier n’ont été publiés au Mémorial. Jusqu’à très récemment (2011/12), les acteurs et observateurs luxembourgeois qui s’y intéressaient se heurtaient à des difficultés parfois insurmontables : ils n’avaient pas accès aux textes initiaux ; ils ne connaissaient pas la version à jour, modifiée, de ces textes ; les manuels luxembourgeois n’en parlaient pas ou de manière très elliptique. La doctrine étrangère était également silencieuse : en Allemagne, qui est la patrie de ce ‘Fürstenrecht‘, la science juridique se désintéresse de cet objet aboli à partir de la République de Weimar. En France et en Belgique, cette source n’a jamais existé ; il n’y avait donc pas de littérature à ce sujet. Tout le savoir général, de base, sur cette branche du droit avait disparu au cours du temps. Les textes avaient disparu ou étaient inaccessibles. L’oubli est allé jusqu’à l’oubli du nom même de cette branche du droit ‘Fürstenrecht‘. Or, sans ce mot clé il est difficile de s’orienter, de trouver des informations pertinentes. Que ce droit ait pu survivre jusqu’à ce jour tient, en partie, à cet ‘oubli’, mais aussi, bien sûr, au fait qu’une partie du monde politique (la droite) a refusé tout au long du 20e siècle, spécialement lors de la crise en 1917-19, toute révision constitutionnelle touchant aux prérogatives du Grand-Duc. Mais un événement récent va bouleverser la donne… « En 2011, le Grand-Duc annonce la modification du Pacte de famille… L’objet a alors resurgi sur le devant de la scène. Des ‘décrets grand-ducaux’ (un type de norme totalement inconnu des juristes luxembourgeois) sont publiés au Mémorial B. Un premier décret, édicté par le Grand-Duc en 2010, mais publié seulement un an après, en 2011, introduit l’égalité homme-femme en matière de succession au trône. Puis en 2012, deux nouveaux décrets sont publiés, censés donner la version actuelle du Pacte de famille de 1783 et d’une autre loi domestique (Hausgesetz) datant de 1907, dont l’existence était jusqu’alors ignorée par le public et la science juridique. La publication de ces décrets a-t-elle eu un impact sur les travaux parlementaires en cours ? « On peut s’interroger sur les raisons qui ont poussé le Grand-Duc à publier, à partir de 2011, ce droit. Était-ce pour le sauver, en en donnant une image plus transparente et moderne ? Il faut savoir que la proposition de révision de la Constitution date de 2009, donc d’avant la publication des décrets. Comme déjà indiqué, la proposition prévoit de supprimer le rôle du droit princier, en matière de succession au trône notamment. Sur ce point, la publication des décrets n’a pas entamé la volonté réforma-

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Charlotte ( 1896 – 1985 ) Grande-Duchesse de 1919 à 1964

trice des membres de la commission. Il faudra maintenant attendre la suite des événements ; la réforme doit encore être débattue et votée en séance publique. Pour le reste, le projet maintient le rôle du droit princier ‘dans la mesure où il est conforme à la Constitution’ (art. 144 de la proposition n°6030). Or, ce faisant, les acteurs politiques refusent de prendre clairement position sur une question cruciale, qui est la question de la validité du fidéicommis, de ce patrimoine de la famille dont hérite seulement l’aîné. L’exclusion des autres enfants du Grand-Duc est-elle compatible avec le principe d’égalité ? Le fidéicommis est-il conforme à la Constitution ? La question est susceptible d’ébranler un pan entier de l’échafaudage financier de la monarchie. L’image du Grand-Duc pourrait-elle se voir comme une icône du Luxembourg ? « Sous Charlotte, je vous aurais répondu sans hésitation par l’affirmative. Par le passé, au 19e siècle, en aucune façon. Aujourd’hui, la monarchie vit du capital de légitimité accumulé au cours de l’histoire : le référendum du 28 septembre 1919, le charisme de Charlotte. Mais ce capital s’est réduit de beaucoup. Notamment pour des questions financières : les gens s’imaginent que la monarchie, plus exactement la famille grand-ducale, coûte

cher à l’État et le manque d’information et de transparence sur ce point porte préjudice à la monarchie. La crise de 2008 a aussi fortement ébranlé les esprits, le Grand-Duc a osé aller à l’encontre du CSV, son allié naturel… Pour ce qui relève de l’autorité morale, celle d’un chef d’État républicain peut être plus grande. C’est un homme politique, mais il est élu. Un monarque doit gérer un capital et ne pas le dilapider. Sinon son successeur en souffre… Par exemple, on associe largement l’autorité morale d’un homme politique à son esprit de justice et à son engagement pour l’idéal des droits de l’homme. Un monarque est-il bien placé pour incarner ces valeurs ? Qui occupe le créneau des droits de l’homme ? Parmi les pouvoirs publics, ce sont les juges grâce au nouveau discours de l’État de droit ! On ne dira jamais que le Grand-Duc est le garant des droits de l’homme. Il lui est donc difficile de se placer sur ce terrain. En Belgique, Baudouin a évité l’éclatement du pays. Le Grand-Duc ne peut pas jouer ce rôle, car il n’y a pas de conflit… En Espagne, Juan Carlos s’est opposé au coup d’État ; il était l’initiateur et le garant de la transition vers la démocratie. Or, au Luxembourg, cette question ne se pose pas.


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Révision constitutionnelle

Une valse lente

Jean (1921 -  ) Grand-Duc de 1964 à 2000

Au Royaume-Uni, la reine est l’incarnation vivante d’un passé très glorieux (la puissance de l’ancien British Empire, de l’Angleterre des Tudor, etc.). Est-ce le cas au Luxembourg  : non. Au Royaume-Uni, grâce à sa prestance et à la magnificence des mises en scène (couronne, bijoux, hermine, velours rouge, carrosse doré, la musique, etc.), la reine ‘enchante’ le monde fade et gris de la politique. C’est l’aspect ‘spectacle’, ‘glamour’ de la royauté, qui attire la foule dans la rue et devant les télévisions… Or, au Luxembourg, l’apparence de la monarchie est bien plus sobre. Alors, le Grand-Duc peut-il incarner la démocratie ? Non. Exit le modèle Juan Carlos. L’unité du pays ? Non. Exit le modèle Baudouin. Le prestigieux du passé du pays ? Les valeurs de la famille petite bourgeoise ? Non. Exit le modèle de la reine d’Angleterre. Une aura luxembourgeoise dans le monde ? C’est difficile à savoir. Cela varie selon les pays et les catégories sociales. J’ai l’impression que l’image véhiculée à l’étranger par un Grand-Duc à la tête de l’État est plutôt défavorable, car elle contribue à maintenir du pays une image ‘exotique’, rappelant les principautés du Liechtenstein ou de Monaco, avec tout ce que cela peut évoquer de pire… Il reste, certes, le poids relatif de la tradition . C’est la chaîne qui relie l’avenir au passé. »

« le modÈLE SUÉDOIS RESTE L’OBJECTIF FINAL. » Alex bodry LSAP

Les secousses institutionnelles engendrées, en 2008/2009, par le projet de loi sur l’euthanasie ont incité les membres de la commission parlementaire, planchant sur une révision de la Constitution, à vouloir modifier sensiblement le texte fondamental. Que s’était-il passé ? En décembre 2008, le Grand-Duc Henri avait informé M. Juncker, le Premier Ministre, qu’il ne sanctionnerait pas la loi votée par les députés, en première lecture et à une courte majorité. Le législateur a réagi promptement, en limitant les prérogatives du Grand-Duc à la seule promulgation des lois. La loi dépénalisant l’euthanasie, promulguée, mais non signée par le Grand-Duc, a ainsi pu entrer en vigueur le 17 mars 2009. Cet épisode avait fait grand bruit dans l’opinion publique et les députés s’étaient engagés dans des travaux de réforme constitutionnelle, tendant à faire du Luxembourg une monarchie parlementaire démocratique et moderne, sur le modèle de la Suède. Du moins s’agissait-il des intentions affichées alors.. Trois ans plus tard, coup de semonce : les avis rendus par le Conseil d’État et le gouvernement visent à édulcorer le texte et, selon certains observateurs, à un retour en arrière radical quant aux pouvoirs attribués au Grand-Duc. Le président de la commission parlementaire, le chrétien-social Paul-Henri Meyers, évoque dans la presse la nécessité de parvenir à un consensus et admet que les parlementaires sont peutêtre allés un peu trop loin… Alex Bodry, président du LSAP et vice-président de la commission, reste ferme : « Pour le LSAP, le modèle monarchique de la Constitution de Suède reste le but à atteindre, même si, pour l’heure, il n’existe pas de majorité qualifiée. Le LSAP ne partage pas sur tous les points la position du gouvernement, qui semble s’être fait le porteparole du chef de l’État. Même si l’effet de la crise constitutionnelle de la loi sur l’euthanasie s’estompe, le risque d’une interprétation réactionnaire du texte constitutionnel n’a pas pour autant disparu. Il faut rester vigilant. » Sur les deux avis publiés en juin, M. Bodry avance une hypothèse: « L’évolution récente de l’attitude du Conseil d’État et du gouvernement pourrait être la conséquence d’un travail de lobbying. Je ne dispose cependant pas d’informations concrètes sur ce point. Il faudra discuter point par point, et trancher en fonction de raisonnements juridiques et politiques. Je reste convaincu qu’il faudra absolument confiner la fonction du Grand-Duc dans l’exécutif. » Pour M. Bodry, les travaux parlementaires ne doivent pas changer de cap : « Si l’on affiche la volonté de faire correspondre le pays légal au pays réel, il faut aller au bout de la démarche de modernisation de notre Constitution. Dès la mi-septembre, la commission des institutions va reprendre ses travaux hebdomadaires pour aboutir dans les 3 à 4 mois à une position définitive sur le texte. Il y aura probablement une série d’amendements à soumettre au Conseil d’État. Parallèlement, les partis devront arrêter leurs positions sur les principales questions en discussion. Il faut un débat public, une évidence en démocratie. » Un avis partagé par Anne Brasseur, membre de la commission : « un énorme travail d’information reste à faire auprès du grand public, afin qu’il comprenne les véritables enjeux de cette réforme, surtout si un référendum devait avoir lieu sur le texte fondamental ». Le DP n’a pas encore tranché, le danger étant, selon Mme Brasseur, que les électeurs utilisent le référendum pour sanctionner une politique gouvernementale « plutôt qu’un texte décisif pour l’avenir de la démocratie du pays. » F. M.

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chacun y trouve son compte Mariage princier

La célébration du mariage du Grand-Duc héritier et de la Comtesse Stéphanie de Lannoy, les 19 et 20 octobre, génère de nombreux enjeux financiers. Des différentes parties prenantes - la Cour, le gouvernement ou la Ville – chacune cherche un retour sur investissement. texte pierre sorlut photo Christophe olinger

L

e 29 avril 2011, date du mariage du prince William et de Catherine Middleton, avait été décrété chômé au Royaume-Uni. Le coût indirect d’une telle mesure pour l’économie britannique, estimé à 6 milliards de livres par le patronat, avait valu une volée de bois vert au Premier ministre David Cameron, à l’origine de cette décision. Au Grand-Duché, les imbrications entre les différents pouvoirs, politique, royal et financier, apparaissent au grand jour à l’approche de la célébration, les 19 et 20 octobre à Luxembourg, des noces du Prince Guillaume et de la Comtesse Stéphanie de Lannoy. Et bien que le trône soit (théoriquement) plus proche de Guillaume que de William, il ne sera pas question de jour férié ici. Encore moins de sommes comparables.

dente. Pas facile d’établir une ligne de ségrégation entre ce qui relève de la sphère privée, financé par la Cour, et de l’intérêt public, payé par l’État luxembourgeois. Pour le premier volet des dépenses, la liste civile ne pourra pas tout éponger. Le Grand-Duc devra mettre la main à la poche, ou plutôt au fidéicommis (voir article page 48). Mais il ne sera pas possible de savoir combien les familles des mariés ont

Rétention d’information En revanche, comme pour Kate et William, l’événement passionnera les foules. D’une manière générale, ces mariages intéressent le public. Il mesure alors la distance qui le sépare du monde des princes et des princesses, dont les noces font encore rêver les petites filles par leur aspect merveilleux… Les moins jeunes les suivent pour le côté glamour ou pour apercevoir des célébrités. Mais derrière l’imaginaire collectif et les symboles se cachent les chiffres. Alors qu’en France, le coût moyen d’un mariage « normal » s’élève à 11.800 euros – 21.100 aux ÉtatsUnis ou 25.000 au Royaume-Uni – , il se multiplie aisément par 1.000 au sommet d’une petite monarchie. Sur le rocher, le mariage d’Albert II de Monaco avec Charlène Wittstock avait été chiffré à 20 millions d’euros. La charge avait été répartie équitablement entre l’État et le Palais. La clé de répartition au Luxembourg est bien moins évi-

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Henri ( 1955 - ) Grand-Duc en fonction depuis 2000

dépensé. L’administrateur des biens du GrandDuc, Albert Wildgen, est formel : « Aucune communication ne sera faite sur les montants engagés. » Et à un mois de l’événement, la Cour empêche toute information de sortir du Palais. Seules quelques indiscrétions permettent de savoir qu’on

mettra les petits plats dans les grands pour servir la centaine d’invités au dîner du vendredi, avec deux chefs étoilés en cuisine. Léa Linster serait chargée de l’apéritif et Thierry Duhr du repas. Les informations ne circulent pas davantage du côté du gouvernement, tant que le budget n’est pas bouclé. L’État devra assumer une partie des coûts, lorsqu’ils relèvent de l’intérêt général, et plusieurs ministères seront sollicités, à commencer par celui de l’Intérieur pour la sécurité. Le coût du mariage princier britannique, selon une étude de la Harvard Business Review, se serait élevé autour de 30 millions de dollars. Au Luxembourg, le gouvernement souhaite apparemment faire état de tous les deniers dépensés pour l’occasion. Car le mariage est une arme politique à manipuler avec précaution. Et JeanClaude Juncker, Premier ministre, la manie, depuis l’annonce des fiançailles qu’il a lui-même effectuée, le 26 avril. Le Maréchalat l’avait tout juste précédé en publiant un court message sur le site Internet de la Cour, laissant ainsi le gouvernement capitaliser sur l’annonce d’une heureuse nouvelle, dans un contexte économique morose. Au niveau local aussi, on souhaite tirer son épingle du jeu. Xavier Bettel, bourgmestre de Luxembourg, souhaitera associer les habitants à la fête pour faire valoir le dynamisme de la ville. La mairie accueillera pour la première fois le couple royal le vendredi pour le mariage civil. Le lendemain soir, elle financera un feu d’artifice et un concert, place Guillaume II. Toutes les parties prenantes misent sur cette célébration pour en récolter, à terme, les fruits. L’écho sera répercuté dans bon nombre de pays. Les dépenses sont en fait des investissements. Pas seulement électoraux. Leurs retours peuvent s’exprimer dans le PIB luxembourgeois. Et le tourisme constitue un enjeu majeur.


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Stéphane Bern

Malheureusement, à un mois de l’événement, les hôtels n’ont pas fait le plein de réservations pour le week-end du mariage. Alain Rix, président de la fédération nationale des hôteliers, restaurateurs et cafetiers du Luxembourg regrette que « les délais aient été trop courts pour se préparer et communiquer ». Face à ce constat, le Luxembourg city tourist office (LCTO) – émanation de la Ville - a commercialisé début septembre une offre spéciale mariage comprenant deux nuitées et un programme étalé sur trois jours.

Campagne de comm’ Concernant la retransmission télé, ni l’État, ni la Cour ne s’attendent à engranger des profits sur la cession des droits. À la mi-septembre, seules deux chaînes, RTL et ZDF, ont confirmé la diffusion du mariage. Une dizaine d’autres étaient encore intéressées. Mais le faste ostentatoire, dans un contexte de crise économique, combiné à des restrictions budgétaires, refroidit les potentiels acheteurs du signal pour l’événement. Ainsi France 2 a dû renoncer à la diffusion… qui lui aurait coûté entre 250.000 et 400.000 euros. Le gros des dépenses reste, lui, à la charge de RTL. La chaîne luxembourgeoise assure les frais de production relatifs la couverture de l’événement. Et Steve Schmit, directeur des programmes, parle « d’un budget considérable ». RTL possède également les droits exclusifs, mais les sommes récoltées pour leur exploitation sont quasi-dérisoires comparativement aux coûts. La chaîne ne pourra même pas compenser avec des recettes publicitaires, puisque le programme entre dans le cadre du service public et il sera ininterrompu. En somme, la retransmission télévisée sera certes une caisse de résonnance, mais aussi, et surtout, un gouffre financier. In fine, seule la Cour semble limiter l’instrumentalisation de l’événement en rejetant la commercialisation de produits dérivés, peut-être pour que le mariage princier ne s’apparente pas à une simple campagne de comm’.

De la lessiveuse au glam’

Dans un entretien accordé à paperJam, Stéphane Bern, journaliste et spécialiste des têtes couronnées, livre son analyse sur la perception et les implications financières du mariage princier luxembourgeois. Celui qui commentera l’événement sur RTL-TVI (Belgique) est originaire du Luxembourg et connaît « depuis 25 ans » la famille grand-ducale.

Photo : Laurent Menec

le mariage est une arme politique À manier avec précaution

Monsieur Bern, quelle image sera véhiculée par le mariage du Prince Guillaume et de la Comtesse Stéphanie de Lannoy ? « Ce qui est important, c’est d’utiliser ce mariage pour promouvoir le Luxembourg. De faire en sorte de redresser cette image qui a pâti, ces dernières années à l’étranger, de clichés un peu faciles. Certains ont caricaturé le pays comme un coffre-fort ou une lessiveuse. On s’aperçoit qu’il y a un déficit d’image pour le pays. On le connaît mal. Il ne fait pas rêver. Je pense qu’il y a du travail à faire. J’espère que je serai écouté. J’ai recommandé à mon ami Xavier Bettel (bourgmestre de Lu­ xembourg, ndlr.), de faire en sorte que ce mariage soit une belle opération. Dans la ville circuleront plusieurs milliers de journalis­ tes, venus du monde entier. Il faudra en profiter. Le tourisme constituerait donc le premier poste de recettes… « Sur ce plan, la ministre Hetto-Gaasch a fait savoir que le tou­ risme à Luxembourg avait augmenté de 3 % sur les huit premiers mois de l’année. Il faut faire davantage. C’est un pays attractif. Les acteurs commencent à connaître le Luxembourg grâce aux dispositions qui sont prises pour les tournages. Mais il faut aussi utiliser ce mariage pour que les gens viennent à Luxembourg. Pour la première fois, un mariage aura lieu en plusieurs temps, notamment avec une cérémonie civile à l’Hôtel de Ville le vendredi. Un package de trois nuits est proposé aux touristes avec une exposition, etc. L’emballage autour du mariage rend la destination attractive. C’est une bonne idée pour défendre le label Luxembourg dans le monde. En plus, tous les chefs d’États européens seront là. Avez-vous une idée du budget du mariage, résolument tenu secret ? Le mariage princier monégasque avait coûté une vingtaine de millions d’euros. Sommes-nous dans le même ordre d’idées ? « Oui et il avait rapporté certainement plus d’une trentaine de millions d’euros. Il est toujours important de regarder ce que cela coûte et ce que cela rapporte. Les recettes sont générées par le tourisme, mais aussi les droits télés, les images, puis les retombées presse. Quand on voit ce que coûte une campagne de communication pour défendre l’image d’un pays, un mariage cela vaut vraiment le coup. Il y a un tourisme de mariage. Mais, ce qui est encore plus intéressant, c’est le tourisme post-mariage. En focalisant l’attention du monde entier, les gens intègrent l’idée que c’est un mariage glamour dans un pays sympathique, et se disent ‘tiens si on allait voir’. Il faut savoir capter les retombées médiatiques. Tous les magazines espagnols, anglais, américains, etc. vont parler de l’événement. Ensuite il faut s’en servir pour faire venir les tou­ ristes. Le Luxembourg a pas mal d’atout à faire valoir. Et sa carte maîtresse, c’est la culture. » Propos recueillis par Pierre Sorlut.

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Payer pour faire la cour Brevet officiel

« Fournisseur de la Cour », une appellation contrôlée, conditionnelle et loin d’être gratuite. Utile et rentable ? Sur le marché, l’image et le relationnel jouent. Et la concurrence règne. texte Alain ducat

Jacques Molitor Horlogerie, bijouterie Luxembourg

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Les Domaines de VinsMoselle Vins et spiritueux Stadtbredimus

uestion : quel est le rapport entre un joaillier, une maroquinerie, une entreprise de construction, un coiffeur, un bouchercharcutier, un voyagiste et un équipementier pour commerces ? Pas évident de repérer le lien au premier coup d’œil. Pourtant, ce ne sont là que quelques exemples aléatoires de métiers et activités figurant sur une liste très précise. Celle des Fournisseurs de la Cour. On en est ou non. « Un clan », disent les uns, en dehors du cénacle. « Une troupe, très hétéroclite, dont on se demande parfois ce que certains ont fait pour y être intégrés », disent d’autres, dans le giron. Dans tous les cas, c’est une liste restreinte, d’une bonne trentaine d’entreprises ou artisans, au dernier recensement par le site monarchie.lu. La plate-forme Internet officielle apprend aussi à son visiteur, que « l’octroi du brevet de Fournisseur de la Cour remonte au milieu du 19e siècle, sous le règne de Guillaume III, Roi des Pays-Bas et Grand-Duc de Luxembourg. » Clan ou troupe, on n’entre pas dans les « FdC » par hasard. Le processus est effet largement balisé, jusqu’à l’obtention du brevet. Celui-ci « ne peut être accordé, que sur demande, écrite adressée au Maréchal de la Cour ». Accordé à qui ? « Aux entreprises ou aux commerces, ayant effectué ou bien rendu des services réguliers, ou livré

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l’octroi du brevet de Fournisseur de la Cour remonte au milieu du 19e siècle

Institut Annette Weber-Krier Esthétique Luxembourg

des fournitures d’une qualité remarquable à la Cour grand-ducale, pendant une période d’au moins cinq années. » Il y a un suivi de la demande, qui semble rigoureux, au regard de la procédure. Une commission se charge d’analyser les dossiers. Et, si d’aventure sa candidature est retenue, le récipiendaire reçoit alors le brevet et l’enseigne, frappée des armoiries de la Cour grand-ducale. Et c’est tout ? Pas tout à fait. Il faut payer aussi, ce qui n’est pas explicitement mentionné sur le site public (il précise néanmoins que « les recettes provenant de l’octroi des titres sont inté­gralement reversées à la Fondation du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse » voir encadré p. 63).

5.000 euros minimum, pour dix ans La mesure a été promulguée en 2011, avec la seconde volée de fournisseurs agréés par les services du Grand-Duc Henri. « Pour résumer, les services de la Cour nous ont seulement dit : on change la procédure. Il faut refaire un dossier, avec tous les justificatifs, témoigne un responsable d’entreprise, fournisseur officiel de la Cour, et de longue date pourtant. Le brevet sera accordé pour dix ans. Et il faudra payer, chaque année, au minimum 500 euros. » L’affaire, bien que n’ayant pas surgi avec force décibels sur la place publique, n’en a pas moins causé des aigreurs. Une


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des personnes concernées témoigne : « Personnellement, je trouve que c’est scandaleux. 5.000 euros sur dix ans, pour une grosse société, ce n’est pas terrible, si cela peut être utile ou s’il y a un retour sur investissement. En revanche, pour un petit indépendant, c’est une charge. » C’est pour cela que plusieurs fournisseurs ont mal digéré le passage d’une reconnaissance méritée et octroyée gratuitement à un privilège qui se monnaye. 500 euros, au moins, car le montant maximal n’est pas précisé. « J’ai versé ce montant minimum. J’espère que cela ne me fera pas mal voir par la Cour. » Le clin d’œil explique aussi que les témoignages préfèrent l’anonymat (c’est le cas dans cet article, par engagement envers nos informateurs, qui ont demandé à s’exprimer en off). «  O n ne veut tout de même pas les vexer. Ni perdre un marché. » La Cour, quant à elle, demande à ce que l’enseigne, obtenue par examen et après virement, soit « e xposée de façon visible dans l’établissement et, le cas échéant, dans les points de vente de l’entreprise. » Le label peut alors être utilisé sur une série de supports, sites, étiquettes, papier à en-tête… Cela peut devenir un vecteur de communication, un élément de narration ou, au minimum, une ligne sur un CV. La plupart des fournisseurs brevetés ne manquent d’ailleurs pas d’utiliser cette image, qui ajoute de la dorure à leur blason ou à l’histoire de leur réussite.

Guillaume ( 1981 -  ) Grand-Duc héritier en fonction

D’utilité publique

Deux mariages, une fondation

La Fondation du Grand-Duc Henri et de la Grande-Duchesse Maria Teresa est née de la fusion, en 2004, de la Fondation du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse et de la Fondation Prince Henri-Princesse Maria Teresa. Cette dernière fondation avait été créée en 1981, à l’occasion du mariage du couple princier… 20 ans après les noces, la fondation évoluait dans la foulée de l’avènement au trône du Grand-Duc Henri. Reconnue « établissement d’utilité publique », la fondation peut réaliser ses activités sociales (aide aux plus démunis, au Luxembourg mais aussi dans des régions pauvres du globe), grâce à des dons fiscalement déductibles de particuliers ou d’institutions. C’est également elle qui perçoit les recettes issues des agréments des fournisseurs de la Cour. Révisé par la société BDO, le compte de produits et charges pour l’exercice 2010 s’équilibre aux alentours des 300.000 euros, selon le rapport complet déposé au registre de commerce et des sociétés de Luxembourg, le 26 janvier 2012. La famille grand-ducale est aux commandes : la présidence est assurée par la Grande-Duchesse, Maria Teresa ; le conseil d’administration est composé de Henri, Grand-Duc du Luxembourg, du prince Guillaume et, désormais, de la comtesse Stéphanie de Lannoy. Dans le cadre du mariage princier, Guillaume et Stéphanie ont exprimé le souhait de soutenir et de développer des projets sociaux au Luxembourg. Un compte spécial « Mariage Princier – Projets sociaux au Luxembourg » a été ouvert à cet effet, à la BCEE. Ces dons sont, aussi, déductibles de l’impôt…

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« Être fournisseur de la Cour n’est pas une garantie absolue »

Mais est-ce que cela produit son petit effet sur le chaland ? « Je dirais que oui, en tout cas vis-à-vis de clients internationaux. C’est une sorte de label de qualité, un gage de confiance. En revanche, sur le marché intérieur, le changement de mentalité qui s’opère depuis des années à l’égard de notre monarchie fait que, visiblement, être fournisseur de la Cour n’impressionne plus grand monde ».

offre de service Un autre détenteur du brevet résume: « Personnellement, je me fiche de l’avoir. Mais pour mon entreprise, je n’aimerais pas le perdre, car cela serait aussitôt exploité par la concurrence. » Plusieurs fournisseurs tiennent d’ailleurs le même raisonnement : « En soi, ce statut ne rapporte rien de spectaculaire en volume de vente sur le marché. Il ne faut pas croire que l’on gagne beaucoup sur les livraisons à la Cour. Il faut d’ailleurs souvent faire des concessions. Le palais fait jouer la concurrence. Mais on s’accroche, parce que tout le monde se demanderait ce qui nous arrive si on venait à perdre le brevet. Au Grand-Duché, les nouvelles vont vite. »

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Peut-on, dans cet ordre d’idées, imaginer une forme d’exclusivité du fournisseur estampillé se répercuter dans les commandes pour les cérémonies liées au mariage princier ? Difficile à dire, mais un secteur précis permet au moins un éclairage. Ainsi, il se dit par exemple que la brasserie de Diekirch, jadis fournisseur agréé, aurait été déchue de la liste officielle, suite à son absorption par le géant belgo-brésilien Inbev. Aujourd’hui, la brasserie Simon représente, à elle seule, le marché de la bière luxembourgeoise censée arriver sur les tables du palais. Mais l’on croit savoir que la Brasserie nationale (Bofferding et Battin), non brevetée par la Cour, a fait une offre compétitive pour obtenir le service… « Oui, cela ne m’étonnerait pas que cela se passe comme ça, confirme un proche du dossier. Être fournisseur de la Cour n’est pas une garantie absolue. Il y a concurrence entre les fournisseurs. Et des non initiés ne manquent pas de mettre le pied dans la porte, dès que l’occasion se présente. Le mariage fait partie de ces événements que d’aucuns ne veulent rater. Ils se positionnent et font jouer le relationnel. Avoir des relations peut peser autant qu’une tradition bien établie de services rendus. C’est de bonne guerre. Mais ça se sait peu. »


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POST

m u t p i r c S

Intouchable Jean-Michel Gaudron, directeur de la rédaction, rédacteur en chef paperJam

à

quoi sert un Grand-Duc  ? Volontairement provocatrice, voire brutale, la question illustre à elle seule un sacré paradoxe. Celui né de la cohabitation, dans un État démocratique, libre, indépendant et indivisible (article 1er de la Constitution), entre un pouvoir législatif entre les mains de députés élus par les citoyens et un pouvoir exécutif soumis à la contre-signature d’un chef de l’État héritier d’un « trône » confié par le traité de Vienne du 9 juin 1815. Ainsi fonctionne le régime de monarchie constitutionnelle qui est celui du Luxembourg, le seul et unique grand-duché existant encore dans le monde. Indispensable lien entre tradition et modernité pour les uns, inutile marionnette surannée et dispendieuse pour les autres, le Grand-Duc fait toujours débat, et pas uniquement sur les bancs de la Chambre des députés. La crise institutionnelle provoquée en 2008 par le refus d’Henri de sanctionner la loi sur l’euthanasie, pourtant votée par le parlement, marqua évidemment un tournant dans l’Histoire de la Maison grand-ducale. Elle enclencha, en tous les cas, un processus de révision constitutionnelle toujours en cours et qui pourrait bien finir par ranger le monarque quasiment au rang de simple icône décorative. Même la population luxembourgeoise a semblé faire part, fin 2008, d’un certain détachement de « son » Grand-Duc. Dans un sondage réalisé par TNS Ilres pour le compte du Jeudi, plus d’un tiers des personnes interrogées plaidaient pour une abolition pure et simple de la monarchie. On est évidemment très loin des presque 80 % de « oui » obtenus en septembre 1919 lors du référendum sur le maintien de la monarchie. On est aussi très loin du plébiscite affiché lors d’un autre sondage

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réalisé en 2001 pour le compte du même hebdomadaire, un an après l’avènement du Grand-Duc Henri. En dépit de cet apparent désamour grandissant – qu’il convient néanmoins de relativiser, comme tout sondage qui se respecte – on a du mal à imaginer le Luxembourg sans tête couronnée. Sans doute la profonde empreinte de près de 200 ans de tradition – depuis que Guillaume 1er d’Orange-Nassau s’est vu attribuer les rênes d’un pays créé par les grandes puissances alors réunies à Vienne – ne s’efface-t-elle pas d’une simple signature apposée (ou pas) en bas d’un texte de loi. « Le Grand-Duc a peut-être perdu une partie de son utilité, mais il sert toujours, un peu comme une assurance incendie pour le pays. S’il devait arriver au Luxembourg une crise semblable à celle de la Belgique, il aurait certainement le même rôle décisif que celui du roi Albert II », nous a assuré un très proche de la Cour. Dans le même temps, plusieurs interlocuteurs rencontrés, de manière formelle ou non dans le cadre de la rédaction de cette coverstory, ont ardemment souhaité qu’un tel dossier publié sur la monarchie au Luxembourg ne soit pas trop « sévère » et n’écorne pas trop son image. Tout est là, ou presque. Quand bien même la légitimité d’un Grand-Duc dans un régime parlementaire démocratique peut – et doit – faire débat, l’aura et le prestige liés à la fonction en font un élément central de la vie politique et sociale du pays et un intouchable. Aussi la question liminaire ne devrait-elle pas plutôt se demander à quoi ressemblerait un Luxembourg sans Grand-Duc ? Sans doute l’un des plus petits pays de l’Union européenne y perdrait bien plus que deux simples mots accrochés à son patronyme .


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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

entreprises

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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Disparition

Tom Gloesener, l’étoile filante res

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La disparition du jeune (36 ans) designer luxembour­geois Tom Gloesener laisse assurément un grand vide, bien au-delà du seul microcosme de la communication. Il incarnait, avec son compère Silvano Vidale, une image jeune et rafraîchissante du design, simple, mais efficace. Diplômés, en 1999, de la Norwich School of Art and Design, les deux amis, qui se connaissaient depuis les bancs du Lycée technique des Arts et Métiers, avaient fondé l’agence Vidale Gloesener. Ils ont aussi œuvré pour redonner au design luxembourgeois ses lettres de noblesse.

Photo : Julien Becker (archives)

exp

exp

res

s Après avoir investi dans la Formule 1 avec Lotus F1 Team, Gerard Lopez et Éric Lux veulent investir 500 millions d’euros dans des clubs de football de « deuxième catégorie ». L’usine Novelis de Dudelange (300 salariés) revient de nouveau entre les mains du groupe Eurofoil, via le fonds américain AIAC (American Industrial Acquisition Corporation). Le venture capitalist luxembourgeois Saphir Capital Partners a pris 34 % de Wine Source, société française spécialisée dans la distribution internationale de vins de haute qualité et spiritueux.

Commerces

Gaming

Étude Plurimedia

Belval Plaza – parking : tarif modulé

Game over pour OnLive

paperJam confirme

Finie la gratuité absolue de stationnement au Belval Plaza. Devimo Consult, propriétaire du shopping center, a confié la gestion de l’exploitation de ses parkings souterrains à Vinci Park Services Luxembourg. Les parkings restent accessibles 7/7 jours et 24/24 heures, jours fériés inclus et ne sont gratuits que pendant trois heures, du lundi au dimanche, de 7h à 20h. Le personnel du centre et les commerçants, eux, bénéficient d’un emplacement gratuit… mais jusqu’au 31 août 2014 seulement.

Présente au Luxembourg depuis juin 2011, via sa filiale OnLive EMEA, la société californienne OnLive a fait faillite outre-Atlantique. Le groupe, qui a développé un portail Internet donnant accès, sans console, à toute une série de jeux vidéo tous supports, avait signé un partenariat avec Telecom Luxembourg pour héberger le cœur de son système pour l’Europe. Sans doute OnLive a-t-elle vu trop grand, en s’équipant de lourdes infrastructures (8.000 serveurs sur trois ans), tout en étant incapable de dépasser les 2.000 utilisateurs simultanés. Une surcapacité qui aura pesé sur sa trésorerie, au point de la mettre à genoux.

Le succès de paperJam se confirme et s’amplifie, comme le confirme la lecture de la septième édition de l’étude TNS Ilres Plurimedia, publiée début juillet par TNS Ilres et TNS Media. Le magazine économique et financier, édité par Maison Moderne, compte désormais 43.500 lecteurs dernière période (plus de 50.000 en comptant les frontaliers, qui ne sont pas repris dans cette étude), ce qui représente 10,3 % de la population du pays. En un an, le lectorat de paperJam a progressé de 15 %, alors que la quasi-totalité des autres publications connaît un tassement de son lectorat.

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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Télécoms

Mach racheté

o i M 550

Photo : David Laurent/Wide (archives)

L’opérateur de clearing mobile Mach va de nouveau changer de propriétaire. Sept ans après la prise de contrôle par Warburg Pincus, c’est au tour du groupe de télécoms américain Syniverse de s’engager. Montant de l’opération : 550 millions d’euros (690 millions de dollars).

RTL Group

Bénéfice en recul

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Plombé par la crise du marché publicitaire, RTL a publié des résultats médiocres au 1er semestre, où le groupe de médias enregistre un bénéfice net de 331 millions d’euros, en recul de 14 % par rapport aux six premiers mois 2011. Le résultat opérationnel recule dans les mêmes proportions à 506 millions.

P&T

Année record

o i M 3 524,

L’Entreprise des P&T a réalisé un exercice 2011 record, avec 524,3 millions d’euros de chiffre d’affaires (+2,6 % par rapport à 2010) et 113,45 millions de résultat net (+18 %). Du coup, le dividende versé à l’État est passé de 10 à 30 millions d’euros.

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Paul Wurth

Sous pavillon allemand Le groupe d’ingénierie sidérurgique luxembourgeois est contrôlé à près de 60 % par SMS Group.

En juillet, un autre fer de lance de l’économie luxembourgeoise est passé sous contrôle étranger. 59,08 % du capital de Paul Wurth ont été rachetés par les Allemands de SMS Group, actifs dans la construction d’installations destinées au traitement de l’acier. ArcelorMittal (48,1 %) et Luxempart (10,98 %) lui ont vendu leurs participations, respectivement pour 300 millions et 56 millions d’euros. Outre les petits porteurs (0,1 %), le reste de l’actionnariat est aux mains de l’État luxembourgeois, en direct (11 %), et via la SNCI (18,82 %) et la BCEE (11 %). Michel Wurth, président du CA de Paul Wurth, a qualifié l’opération de « chance pour le développement des activités de la société », insistant sur la complémentarité des deux groupes, ainsi que sur l’autonomie préservée de l’entité luxembourgeoise. Une façon de couper court à d’éventuelles craintes de licenciements. En 2011, Paul Wurth a réalisé un chiffre d’affaires de 491,1 millions d’euros et un bénéfice net de 18,2 millions.

Günther Wirth

Culture

Nouveaux outils pour Ceratizit

Départs à la Philharmonie

Le groupe Ceratizit, basé à Mamer, a acquis 50 % des parts du fabricant allemand d’outils Günther Wirth (GW), ce qui donnera au luxembourgeois la maîtrise des étapes de fabrication du métal dur. Ceratizit et GW travaillent déjà en étroite collaboration depuis plusieurs années. Le montant de la transaction, qui devrait être conclue avant la fin de l’année, n’a pas été communiqué par les parties concernées.

Le directeur général historique de la Philharmonie Matthias Naske, arrivé en 2003 – deux ans avant que la salle ne soit inaugurée – pourrait quitter ses fonctions à la fin de la saison 2012-2013, soit avant la fin de son troisième mandat prévue en 2015. Son adjoint, Stefan Rosu, ne fait, lui, déjà plus partie de l’établissement. M. Naske est en discussions avancées pour prendre la direction de la Konzerthaus de Vienne.


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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Reconversion

Du Wort à la comm’ Marc Glesener, l’ancien rédacteur en chef du Luxemburger Wort a créé une agence, spécialisée dans les médias et la communication de crise : M(a)Gsolutions. « Après 19 ans dans la presse et le journalisme, je souhaite mettre en avant ma connaissance des médias. L’agence sera opérationnelle dans les semaines qui viennent », explique l’intéressé. premier client annoncé : le Lëtzebuerger Journal !

Secteur aérien

Considérations terre à terre Les chiffres de Luxair et Cargolux inspirent la méfiance. Le ciel du pays se couvre. Les pistes passent par une stratégie qui se met doucement en place.

Bourrage papier

Un Enovos peut en cacher un autre Une malencontreuse erreur est à signaler dans la page « Dernières campagnes » de notre édition de juin. Les crédits des deux campagnes pour Enovos ont été inversés. C’est bel et bien Binsfeld qui a signé le visuel de la campagne avec Radioshak Nissan Trek (visuel de gauche), l’autre étant l’oeuvre de Mad About Soul. Publication

Home sweet Home

Édité par Maison Moderne, le guide Home sweet Home propose toute une série de conseils pour construire, rénover ou transformer son logement, établir son budget, trouver son terrain, choisir son architecte et gérer son projet de A à Z. Le tout est agrémenté de près de 150 bons exemples, richement illustrés (plus de 250 photos et plans) et sélectionnés parmi les réalisations récentes de 33 bureaux d’architectes et maîtres d’ouvrage au Luxembourg et complété par plus de 1.000 bonnes adresses. Disponible en librairie à partir du 26 septembre 2012 et sur www.maisonmoderne.lu

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Un grand patron qui avoue son impuissance face à un environnement difficile et concurrentiel : c’est ce qui s’est passé avec le directeur général de LuxairGroup, Adrien Ney, appelé à aller au feu médiatique, après le dépôt, plutôt discret, des résultats financiers 2011 de la compagnie aérienne nationale. « On ne peut rien faire contre un prix du kérosène qui est en train de flamber… Ni contre un euro faible qui nous pénalise deux fois. Ni contre le prix du ticket qui baisse. » Si le résultat net du groupe est toujours dans le vert (3,6 millions d’euros), le résultat d’exploitation, encore positif en 2010, a viré au rouge en 2011 (-2,3 millions). La branche Luxembourg Airlines a même enregistré une perte de 16,3 millions d’euros. Son déficit devrait atteindre 18 ou 19 millions d’euros cette année. Signe des temps, la concurrence inquiète de plus en plus : une route vers Londres bien desservie (par British Airways, Cityjet et, bientôt, EasyJet), la grande sœur Lufthansa qui met la pression sur Munich… En revanche, Darwin Airlines, venue titiller Luxair sur la destination Genève, a abandonné la partie.

En tout cas, LuxairGroup prévoit, pour 2012, non seulement une nouvelle perte d’exploitation, mais également un résultat net déficitaire. Ce qui serait inédit… LuxairTours, indispensable flotteur pour le groupe, devrait encaisser le choc d’un deuxième trimestre « difficile ». Et l’activité Cargo « accuse gravement le coup ». Élaborer un plan stratégique pour aligner le business model de Luxair à la nouvelle donne du marché est devenu une priorité nationale. Hasard ou avatar, Luxair a en outre perdu un de ses actionnaires. Panalpina, installée depuis longtemps au Findel, est sortie, presqu’en douce, du capital. Pour un montant au mystère bien gardé, Panalpina a cédé ses 12 % à… l’État luxembourgeois. Pour rappel, en 2009, ce dernier avait également dû racheter les 33,7 % de participations de Swissair dans Cargolux… pour finalement les rétrocéder à Qatar Airways (qui détient désormais 35 % du capital du champion luxembourgeois du fret aérien). Précisément, Cargolux s’est déjà mieux portée. Elle ne pourra sans doute pas éviter une


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recapitalisation. Une société de conseil en stratégie, Oliver Wyman, a été chargée de plancher sur la question. Puisque Luxair, détentrice de 43,2 % des actions, ne le pourrait pas, seule Qatar Airways serait en mesure d’apporter l’argent frais. Les Qataris, déjà actionnaires de référence, pourraient alors monter jusqu’au seuil symbolique des 49 %. Avec des pertes opérationnelles substantielles et récurrentes depuis novembre 2011, Cargolux n’entrevoit pas de redressement conjoncturel à court terme. La réflexion stratégique est donc plus que jamais à l’ordre du jour. De même que la quête d’un nouveau CEO, entamée dès la porte franchie par Frank Reimen, qui n’aura assuré qu’un bref intérim. Le CFO actuel et CEO faisant fonction, Richard Forson (un ancien de Qatar Airways), montera-t-il d’un cran ou verra-t-on débouler une nouvelle tête, chassée à l’échelle planétaire ? L’automne apportera la réponse, mais on imagine mal un Luxembourgeois récupérer les commandes. Promouvoir, attirer, développer

Tout ramène au besoin impérieux d’une vision globale à aligner sur les réalités qui touchent l’aéroport du Findel. C’est en cours. L’État a nommé Pierre Gramegna (directeur général de la Chambre de Commerce, voir son interview page 26) et Jeannot Erpelding (issu de Cargolux, où il était en charge des relations industrielles) aux postes de président et de directeur de la Société de promotion et de développement de l’aéroport. C’est là une réactivation de cet outil, un peu tombé en désuétude. Paradoxalement, c’est la cession de parts de deux de ses actionnaires, les incontournables Cargolux et Luxair, qui a relancé la structure alimentée par les caisses de l’État et via la SNCI, la Chambre de Commerce et Lux-Airport. Objectif : attirer clients et investisseurs au Findel. C’est aussi ce que visent, entre autres, les démarches d’Étienne Schneider (le ministre de l’Économie a ferré le logisticien Expeditors) ou de la ministre du Tourisme, Françoise Hetto-Gaasch, qui relance l’idée d’une ligne directe entre Luxembourg et Pékin ou Shanghai. Les Chinois viennent déjà nombreux visiter l’unique Grand-Duché au monde. Et il y a encore un gros marché derrière. Les résidents luxembourgeois bougent aussi : ils ont dépensé 2,3 milliards d’euros pour leurs voyages de loisirs, en 2011, selon le Statec. L’institut note aussi que 42 % de ces voyages sont effectués avec Luxair, devant Ryanair (21 %) et Lufthansa (4,1 %). L’aéroport de Luxembourg regagne du terrain. Francfort-Hahn étant dans une situation financière qui préoccupe les Länder voisins, il y a encore des parts à prendre pour le Findel.

Frédéric Humblet (archives)

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Logistique

Expeditors s’installe L’entreprise de logistique américaine Expeditors, dont le siège est basé à Seattle, s’implante à Luxembourg où elle nourrit de grandes ambitions, sur les terres de Cargolux. « Nous avons des bureaux dans le monde entier. Mais nos clients nous demandaient depuis longtemps d’avoir une présence au Luxembourg », explique Philip Dekker, responsable d’Expeditors pour la Belgique et le Luxembourg. L’activité démarre avec quatre salariés, mais les effectifs sont appelés à croître rapidement, jusqu’à une quinzaine de personnes d’ici à la fin de l’année, puis 20 ou 30 fin 2013. Et ce ne sera sans doute qu’un début. « Luxembourg nous offre plusieurs avantages. 80 % du PIB de l’Union européenne peut être desservi dans un rayon de 700 kilomètres par la route, le rail ou l’aérien. Par ailleurs, le gouvernement continue à investir de façon significative dans les infrastructures », commente Peter Rose, CEO et président du conseil d’administration d’Expeditors dans le communiqué. Cette implantation arrive à point nommé pour le gouvernement luxembourgeois, qui fait de la logistique un axe de diversification de l’économie. L’exécutif et son ministre de l’Économie, Étienne Schneider, cherchent également à promouvoir une logistique à valeur ajoutée, comme le transport de produits pharmaceutiques (un des points forts d’Expeditors), en s’appuyant sur le développement d’une biobanque au Luxembourg .

e-books

Cinéma

Barnes & Noble au Luxembourg

CinéBelval fait chuter Caramba

La librairie en ligne américaine Barnes & Noble a créé une plate-forme européenne sous la forme d’une sàrl, domiciliée à Luxembourg pour le développement de ses activités numériques dans lesquelles Microsoft détient 17,6 %. Depuis 2009, plusieurs dizaines de millions de dollars ont été investies dans le développement de la liseuse électronique, qui permet à Microsoft d’aller marcher sur les plates-bandes d’Apple et Amazon. (lire aussi l’article en page 16)

Rideau sur l’exploitant de cinémas Caramba Sàrl. La chute de la société appartenant à Raymond Massard a en fait été précipitée par la séparation d’avec le complexe cinématographique CinéBelval qu’elle exploitait jusqu’au mois de juillet. Cette séparation a été décidée par les actionnaires de CinéBelval (anciennement Caramba Sud), des investisseurs luxembourgeois (Financière Mercure) qui détenaient 70 % des parts, aux côtés de Raymond Massard. En rendant CinéBelval autonome, les actionnaires du complexe cinématographique ont privé Caramba Sàrl de l’essentiel de ses revenus. CinéBelval a pourtant accumulé des pertes de plus de 500.000 euros en trois ans.

Septembre-Octobre 2012 —


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Innovation et brevets

Protéger, mais bien plus encore Empêcher la concurrence de copier une invention est une chose. Tirer des bénéfices de ses connaissances et de ses découvertes en est une autre. Le point commun ? Le dépôt d’un brevet, qui peut s’avérer une arme efficace dans une stratégie globale de valorisation de la recherche. Texte Jean-Michel Gaudron Photo Jessica Theis

T

ombée en plein cœur de l’été, l’information aurait très bien pu passer inaperçue. Pourtant, elle est loin d’être anodine. Au 1er étage du bâtiment central de l’Université du Luxembourg, au Limpertsberg, dans leur laboratoire de recherche, où règne un certain désordre organisé, le Prof. Dr. Jan-Kristian Krüger et son collègue le Dr Ulrich Müller auraient pu sabler le champagne. Et fêter dignement la vente de leur brevet, pour l’invention d’une nouvelle technologie servant à l’analyse optique de matériaux, mais aussi à la caractérisation de leurs propriétés mécaniques et optiques. Le brevet, en luimême, ne date pas de cet été, puisqu’il avait été déposé en 2009. En revanche, c’est la toute première fois qu’un tel brevet, déposé par des chercheurs de l’Université du Luxembourg est, de la sorte, commercialisé. MM. Krüger et Muller se sont, au départ, appuyés sur un équipement existant : un réfractomètre, appareil de mesure qui détermine les propriétés optiques d’un échantillon en utilisant le phénomène de réfraction de la lumière, c’est-àdire la modification de la trajectoire d’une onde lumineuse entre deux milieux différents. Mais le procédé, breveté par les deux chercheurs, a permis d’améliorer encore le fonctionnement de cet appareil, en s’appuyant sur une régulation de température spéciale. Une approche totalement neutre vis-à-vis de l’échantillon à analyser, de sorte qu’il n’y a pas de transformation préalable à envisager. Une démarche qui a intéressé la société allemande Anton Paar Optotec, établie à Seelze (près de Hanovre), spécialisée dans la fabrication d’appareils de mesure de ce type. C’est, du reste, sur l’un de ces appareils que le procédé breveté a été mis en application et testé ces dernières années. Avec suffisamment de résultats pour qu’Anton soit finalement désireux d’acquérir la totalité du brevet. Un brevet… et après ?

Aucune des deux parties n’a souhaité communiquer le montant de la transaction. « Mais on n’est pas dans des ordres de grandeur du million de dollars », précise, non sans humour, Sigmar Lampe, technolog y transfer officer au sein de l’Université, en charge de la valorisation au travers du transfert de technologie de tous types de « créations » (licences, brevets et autres logiciels) sorties des laboratoires de l’institution. Une fonction qu’il occupe depuis sa création, il y a tout juste un an, ce qui montre à quel point la cette problématique préoccupe de près ses instances dirigeantes. — Septembre-Octobre 2012

Au contraire des départements de recherche privés, établis au cœur de grands groupes industriels, et qui disposent alors de la rampe de lancement nécessaire pour passer du stade expérimental à celui de développement à grande échelle, l’Université n’a pas vocation première à commercialiser spontanément et directement ses découvertes. Et des découvertes, elle en fait ! Bien que toute jeune – créée en 2003 – l’Université du Luxembourg a déjà déposé une quinzaine de brevets et d’autres sont en réflexion. « Mais cela ne suffit pas de déposer un brevet et de dépenser de l’argent pour cela, indique M. Lampe. Il faut aussi voir aussi ce que l’on fait avec ! Il s’agit, pour nous, de trouver des partenaires prêts à accepter de nouvelles technologies pour les insérer dans leurs propres chaînes de valeur. Mais il peut aussi arriver, parfois, que ce soit directement l’industrie qui soit en demande pour le développement de nouveaux procédés ou de nouveaux produits. Dans ce cas, le chemin de la valorisation est plus aisé.  » Sur la quinzaine de brevets déposés, trois ont été validés et sont, potentiellement, à vendre (voir graphique). « Mais en période de crise, les entreprises se concentrent sur leur activité ‘core’, note M. Lampe. Dès que l’on s’éloigne de quelques degrés de cette activité, on est clairement à côté… Il y a quelques années, je pense qu’elles auraient été intéressées…  » La question du devenir de ces brevets fait donc l’objet d’une réflexion permanente, tout étant envisageable, y compris leur abandon pur et simple. Classements flatteurs

Entre Université et entreprises, les passerelles se développent progressivement, et il peut même arriver que des sociétés sollicitent directement les chercheurs universitaires pour développer de nouveaux procédés. Le chemin est encore long, mais quelques signes encourageants sembleraient indiquer que la direction est bonne. Dans sa dernière livraison, début septembre, de son Global Competitiveness Report, le Forum économique mondial a ainsi mesuré que, pour le Luxembourg, l’indicateur de dépenses des entreprises en R&D s’améliore, passant de la 16e à la 15e place. De même, le pays gagne un rang pour la deuxième année consécutive (du 18e au 17e rang) pour ce qui est des collaborations R&D entre universités et acteurs économiques. Et il est encore en progression, cette fois de six places, pour ce qui est de l’indicateur de disponibilité d’ingénieurs et de scientifiques, qui grimpe de la… 81e à la


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75e place. La marge de progression est grande… Une autre publication, datant du début de l’été, a également suscité de l’intérêt : L’indice mondial de l’innovation (Global Innovation Index), établi conjointement par l’Insead (l’Institut européen d’administration des affaires) et l’OMPI (l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle). Cet indicateur, fondé sur l’évaluation de 84 critères, prend le pouls du rôle joué par les politiques nationales d’innovation en tant que moteur de la croissance économique et de la prospérité. Le Luxembourg y fait bonne figure, apparaissant à la 11 e place (sur 141 pays étudiés) au niveau mondial (et 8 e rang européen), gagnant pas moins de six places par rapport à l’évaluation de 2011, ce qui constitue la plus forte progression des pays de l’Union européenne. L’Insead et l’OMPI mettent notamment en avant le caractère « ouvert » de l’économie luxembourgeoise, vis-à-vis du reste du monde. Le pays est, du reste, sans réelle surprise, classé au premier rang en ce qui concerne l’importation et l’exportation de biens et de services, calculé en pourcentage du PIB, ainsi qu’en matière de mobilité (entrante et sortante) dans le secteur tertiaire. Aussi flatteuse soit-elle sur certains points, cette étude

n’aveugle pas pour autant les professionnels qui, sur le terrain, baignent dans les questions d’innovation. « Le classement final est assez surprenant, reconnaît Luca Polverari, operations manager chez Marks&Clerk Luxembourg, l’un des quatre bureaux-conseils en matière de propriété intellectuelle, établi au Grand-Duché. Voir la Suisse à la première place est normal. Mais que l’on trouve ensuite des pays comme la Suède, Singapour, la Finlande ou la GrandeBretagne l’est beaucoup moins. Et la France ou l’Allemagne, qui sont pourtant des pôles européens importants en matière d’innovation, arrivent loin derrière (respectivement 24e et 15e, ndlr.). Comme pour toute statistique, elle est intéressante en tant que telle, mais il faut ensuite voir quel est le rapport avec la réalité du terrain. » L’une de ces réalités, propre au Luxembourg, est que si les « anciennes » industries, établies depuis bien longtemps au Grand-Duché, sont bien au fait des enjeux de la propriété intellectuelle (PI), leurs poids, dans l’ensemble de l’économie n’est plus aussi important. L’économie de services, et en particulier des services financiers, pilier de la bonne santé du pays, ne sont guère, et a contrario, de grands « consommateurs » de brevets et autres marques. Reste le tissu, assez important également, de PME et de start-up,

Pour la première fois, un brevet développé au sein de l’Université du Luxembourg a été vendu. De quoi offrir de nouvelles perspectives pour l’institution et ses chercheurs.

Septembre-Octobre 2012 —

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Dépôts de marques Benelux par pays d’origine La part du Luxembourg dans les dépôts auprès de l’Office Benelux de la Propriété intellectuelle est en constante progression. En 2011, 810 dépôts, venant du Grand-Duché, ont été enregistrés. C’est un peu moins que les 857 de 2010, année record.

Autres hors UE 3,9% Autres UE 2,9 %

Autres hors UE 3,7 %

2007

2011

Autres UE 2,8 %

Luxembourg 2,3 %

Luxembourg 3,6 %

Belgique 21,6%

Belgique 23,4% Pays-Bas 69,3%

pour qui l’approche est encore toute autre. « On constate un net regain d’intérêt et de pratique, constate M. Polverari. Toutes les mesures entreprises par l’État pour promouvoir la propriété intellectuelle sont évidemment une bonne chose. Mais les résultats sont encore assez réduits. » De même, l’impact de la loi de 2008 permettant une exonération d’impôt de 80 % sous certaines conditions des revenus nets provenant de l’exploitation des brevets, marques, dessins et modèles, droits d’auteur sur les logiciels ou noms de domaine, est-il encore, à ce jour, limité. «  Cette loi est une très bonne chose, mais l’effet qu’elle a sur le réel développement de la propriété intellectuelle au Luxembourg sera à réévaluer au bout d’un certain temps. Il faut toujours garder en mémoire que le monde de la PI n’est pas un monde qui change vite. Entre un déposant et un mandataire, il y a d’abord une relation de confiance. Changer de stratégie pour un déposant n’est pas quelque chose de simple. Et l’on n’en récolte pas les fruits tout de suite. » Prise de conscience

Il est, en outre, un peu « rapide » d’attribuer au Luxembourg toutes les vertus en matière d’innovation à la seule lecture de cette étude, sachant que les statistiques relatives aux dépôts de brevets, par exemple, sont biaisées par le fait que bon nombre de groupes internationaux déposent sous pavillon luxembourgeois des brevets développés en dehors du pays. Ce sont les fameux brevets holdings qui, certes, sont en recul ces dernières années. « Sans doute cela est-il à rapprocher de la disparition du statut de holding », avance Séverine Perbal, senior R&D engineer au — Septembre-Octobre 2012

Pays-Bas 66,5%

Brevets

À partir de 12.000 € Outre le dépôt en lui-même, il convient, annuellement, d’en assurer le maintien et de réaliser, en même temps, une veille concurrentielle pour prévenir tout risque de contrefaçon. « Pour un brevet qui couvre toute l’Europe  et pour une durée de vie maximale de 20 ans; il faut compter environ 60.000 euros, indique Luca Polverari (Marks&Clerks). Mais pour couvrir tous les pays couverts par le PCT (le Patent Cooperation Treaty, qui couvre plus de 140 pays, ndlr.), il faut compter environ 160.000 euros. Ce n’est pas une dépense que l’on fait à la légère. » La démarche la plus logique, pour un déposant national, est de faire un premier dépôt couvrant le Luxembourg (il n’en coûte alors que 12.000 euros environ), puis, dans les 12 mois suivants, de trouver un investisseur pour développer le brevet et d’envisager, ensuite, un dépôt européen, la date de référence restant celle du dépôt initial au Luxembourg.. Il peut être aussi intéressant de trouver un acheteur pour son brevet, mais il peut alors s’engager une réelle partie de poker menteur. « Il faut avoir les moyens financiers permettant de montrer à l’acheteur potentiel que l’on peut maintenir le brevet assez longtemps. Sans quoi, il suffira à l’acheteur d’attendre que le brevet ne soit plus renouvelé et que l’invention qu’il couvre tombe dans le domaine public. » J .-M . G .

Source : OBPI, Rapport annuel 2011

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CRP Henri Tudor. Mais il s’agit surtout d’un petit jeu, sachant que ces demandes de brevets-là sont généralement ‘reclassées’ auprès des sociétés de gestion de propriété intellectuelle. » Le Centre de Veille Technologique (CVT, structure commune du CRP Tudor et de l’Office de la Propriété Intellectuelle (OPI) du ministère de l’Économie et du Commerce extérieur) est en charge du suivi annuel des indicateurs de statistique relatifs aux brevets. L’évolution de la situation au Grand-Duché ne lui est donc pas étrangère. « La réalité est que les valeurs immatérielles gagnent en importance au sein des entreprises, constate Serge Quazzotti, chargé de direction du CVT. Beaucoup d’efforts sont donc faits pour permettre aux entreprises, et à tous les acteurs concernés en général, de prendre conscience de ce fait là. » D’où la multiplication d’actions de formations et de sensibilisation, menées ces dernières années, notamment avec l’OPI et Luxinnovation. Un cycle de formation plus poussé est même en cours de préparation avec la Luxembourg School for Commerce. «  Notre message n’est pas ‘il faut absolument déposer des brevets’, précise M. Quazzotti. Il faut plutôt considérer la propriété intellectuelle dans son ensemble et élaborer une stratégie. Et elle peut très bien être de ne pas déposer des brevets, justement. Le brevet n’est qu’une option parmi d’autres pour valoriser des biens intangibles. Mais il y en a d’autres comme les licences, les droits d’auteur ou les marques, qui sont des outils moins coûteux, mais desquels on peut titrer tout autant de bénéfices.  » Il est vrai que le brevet, en tant que tel, reste une option relativement onéreuse et complexe à mettre en œuvre (lire par ailleurs).


Chacun a sa vision de demain. Un bâtiment intelligent, tour solaire et centrale hydraulique. Des scanners médicaux aussi faciles à utiliser que les tablettes. Des îles pour accueillir les réfugiés climatiques. On a tous une vision de demain différente. Ce regard tourné vers le futur est au service de tous, c’est celui que nous nous efforçons de porter sur les choses de la vie et de la finance depuis 25 ans au Luxembourg. C’est également celui qu’ont de nombreux étudiants. Et parce que ce sont eux les acteurs de demain, eux aussi méritent de partager leur propre vision du futur. Voilà pourquoi nous organisons « Visions de demain », un concours où chaque étudiant peut exprimer sa ou ses perception(s) de l’innovation et au terme duquel les 3 visions d’étudiants les plus inattendues et innovatrices seront récompensées. Pour en savoir plus, retrouveznous sur www.visionsdedemain.lu ainsi que sur Facebook.

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Université du Luxembourg - Portefeuille de brevets

Soumis En cours Accordés

2003

2004

2005

2006

2007

Top 5 des déposants des entreprises luxembourgeoises en 2008

2009

2010

2011

Top 5 des déposants des entreprises luxembourgeoises entre 2000 et 2010

Entreprises holdings Entreprises privées

Entreprises holdings Entreprises privées 80

56

1.400

70

40

60

37

50

24

154

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Gilles Schlesser, directeur de Luxinnovation, l’agence d’exploiter par tous les moyens, note M. Schlesser. La capacité nationale pour la promotion de la recherche, d’innovation d’une entreprise, voire d’un pays, ne se limite pas du développement et de l’innovation, estime lui aussi aux seuls dépôts des brevets en tant que tels. On peut aussi être que le travail de fond doit commencer bien en amont de innovant dans les services que l’on greffe sur une technologie, la démarche du dépôt de brevet. « Protéger les connaissances qui serait déjà éprouvée. Le brevet n’est donc qu’un des outils est une chose, mais il est important de valoriser dans leur dans une stratégie globale de valorisation de son investissement ensemble les résultats de recherches, comme vient de le faire dans la recherche. » l’Université de Luxembourg. Cette stratégie d’innovation doit Loin des laboratoires des « grosses » industries, toute devenir une priorité pour le secteur public. Le Fonds entreprise, quelle que soit sa taille, est donc en mesure national de la Recherche, d’ailleurs, finance des de plancher sur la façon dont elle peut tirer profit de recherches d’excellence et pousse de plus en plus son savoir-faire. Et la période actuelle de à obtenir un retour sociétal ou économique des «Ne pas déposer ralentissement économique ne doit pas résultats de recherche des acteurs publics. » nécessairement constituer un frein à cette de brevets Pour l’heure, la démarche sous-jacente démarche. « La propriété intellectuelle peut peut aussi être au dépôt d’un brevet reste essentiellement justement apporter des solutions pour pallier stratégique» celle de la protection, notamment des certains effets négatifs de la crise, affirme revenus commerciaux ultérieurs. « Mais il M . Quazzotti . Car, justement, elle permet de Serge Quazzotti CRP Henri Tudor n’y a pas encore d’approche de création de générer des bénéfices et du cash, par des moyens qu’on connaissance et de valeur qu’il est ensuite possible ne connaissait peut être pas , ou moins , auparavant.  — Septembre-Octobre 2012

Source : CRP Henri Tudor / Base de données EPO Worldwide Patent Statistical Database – avril 2011

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ts

Les brevets sélectionnés ici correspondent à ceux de déposants luxembourgeois. Pour une personne morale, l’identification du déposant se fait sur base de l’adresse du siège social de l’entreprise titulaire du droit à la date de dépôt. Pour une personne physique, il s’agit du lieu de son domicile. Il est important de préciser que le déposant est à différencier de l’inventeur, lequel peut être localisé aussi bien au Luxembourg que dans un pays tiers.

2008

Delp

Au fil des ans, l’activité « brevets » de l’Université du Luxembourg s’est accrue. La vente, lors de l’été 2012, d’un premier brevet marque peut-être le début d’un nouveau cycle.

Source : Université du Luxembourg

(+ 4 brevets abandonnés)

Delp

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Int e es rest e fo r f d in or t h an A co m FR g in g c r an t al l s. ? C h Go eck an e d s ligi bi ee w h lit y c at ’s ond be i h in t i o n do sa n w nd ww .f n

PhD and Postdoc Grants for Public-Private Partnerships See what’s behind. Through its AFR Grant Scheme, the National Research Fund Luxembourg (FNR) supports PhD and Postdoc researchers in Luxembourg and abroad. Next to offering grants for research projects carried out in public research institutions, AFR strongly encourages research projects performed as public-private partnerships (PPP) with Luxembourgbased companies. The salary of the PhD or Postdoc researcher who will work on a research project as a member of the company’s staff will be paid through the AFR-PPP grant scheme, whereas the full costs of the research will be borne by the company. In order to benefit of the financial support for PPP under AFR, an innovative research project needs to be developed jointly by the PhD/Postdoc candidate, the private company and a public research institution in Luxembourg or abroad. AFR contributes to the development of human resources in Luxembourg research, translated in the long term by an increased number of qualified researchers pursuing a research career beyond their period of AFR funding. Interested in hosting an AFR fellow during his or her PhD or Postdoc training? Go and see what’s behind on www.fnr.lu/afr or send an email to afr@fnr.lu

AFR

FUNDING SCHEME

FOR PHDS AND POSTDOCS (AIDES À LA FORMATION-RECHERCHE)

INVESTIGATing future challenges

r.l u


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Industrie

La migration des cols bleus Contrairement aux idées répandues, le Luxembourg ne connaît pas de réelle désindustrialisation. Mais bien une profonde mutation du secteur, qui doit être activement soutenue. Décryptage du phénomène. Texte Frédérique Moser Photos David Laurent / Wide et Olivier Minaire

E

ntre 1995 et 2010, la part de l’industrie dans le PIB du Luxembourg a chuté de moitié, passant de 15, 3 % à 7, 1 %. Le pays glisse-t-il inexorablement vers une désindustrialisation totale ? Les cols bleus sont-ils voués à disparaître, ces milliers d’ouvriers déjà dissous dans les statistiques officielles (depuis le statut unique, plus de distinction) ? Rien n’est moins sûr, même si les fermetures de sites de production, définitives ou « temporaires », rythment une actualité économique maussade. En fait, le tissu industriel ne se délite pas aussi sévèrement qu’on pourrait le penser. L’activité et la valeur ajoutée produite restent stables et les ouvriers, devenus des salariés comme les autres, « continuent d’œuvrer pour la production de richesses au Luxembourg ». C’est ce qu’assurent les organisations professionnelles, Fedil en tête. Certes, la crise, depuis fin 2008, n’a pas épargné ce secteur. Et la Banque Centrale du Luxembourg a tiré la sonnette d’alarme, juste avant l’été, signalant que la croissance du PIB avait subi une contraction plus forte au Luxembourg que dans les pays voisins et que le secteur industriel avait été sévèrement touché. Le ministre de l’Économie, Étienne Schneider, se refuse toutefois à parler de « désindustrialisation » inéluctable du pays. Les délocalisations sont, pour lui, un phénomène qui n’est pas réservé au Luxembourg et qui s’inscrivent dans un phénomène plus global, dû à « une concurrence saine entre les entreprises en Europe » (dans Les Échos de l’Industrie, le magazine de la Fedil). Nicolas Soisson, directeur de la Fedil, évoque même un phénomène mondial, Nord/Sud, avec une industrialisation plus forte dans les pays où la main-d’œuvre est moins coûteuse. Mais « l’industrie luxembourgeoise n’a pas perdu de son importance », assure-t-il, car elle a connu de très conséquentes mutations structurelles. — Septembre-Octobre 2012

Statistiques

Part des secteurs économiques (en millier d’emplois) Agriculture 5 12 62

Industrie

Sidérurgie

23

Energie 26

149

Construction Services

1995

Agriculture Sidérurgie

6 62 74

Industrie 276

26

Energie 38

Construction Services

2010 En 15 ans, l’emploi a augmenté dans l’industrie a augmenté en valeur absolue, mais diminué en part relative, en raison de « l’explosion » du secteur des services.


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Photo : Olivier Minaire (archives)

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L’industrie a changé d’image. Les robots pilotés à distance (ici, chez IEE) sont plutôt éloignés des poussières et de la chaleur des hauts fourneaux de jadis.

La désindustrialisation du pays du fer ? Avant de hurler avec les loups, il s’agit donc de se pencher sur un phénomène statistique qui montre un important « glissement de terrain ». Guy Schuller, conseiller économique et responsable des études du Statec, décortique les chiffres secteur par secteur, en s’appuyant sur la classification de l’économiste britannique Colin Clark. En divisant l’économie en trois secteurs – primaire (exploitation des ressources naturelles), secondaire (industrie, énergie et construction) et tertiaire (les services) – il établit dès lors un distinguo très clair entre la place de l’industrie, en chiffres absolus et celle en valeur relative. « Il y a toujours eu au Luxembourg un développement continu dans l’industrie, en chiffres absolus. Mais comme les services se développent très fortement, le rapport entre les deux s’agrandit et la place relative de l’industrie dans l’économie nationale diminue fortement. » Glissement de terrain

Ce phénomène ne concerne pas uniquement le Luxembourg, mais bel et bien l’ensemble des pays dits développés. Et force est de constater que l’industrie grand-ducale tire finalement plutôt bien son épingle du jeu (voir graphique page 82), en comparaison avec ses plus

Europe

Inepties Pour Jean-Claude Bernardini (OGBL), ce n’est plus réellement au niveau des États que se joue l’avenir de l’industrie. « Il faut une politique industrielle, au niveau européen, qui permettrait de recadrer certains groupes, comme ArcelorMittal. Or, au niveau de la Commission européenne, il n’y a même pas de DG Industrie, une preuve qu’il n’y a pas de réelle volonté en ce sens. Une série de mesures ponctuelles ne fait pas une politique ! » Et le syndicaliste, membre de la Confédération européenne des syndicats (CES), de pointer du doigt certaines « inepties » : « L’introduction de quotas de CO2 – initiative louable pour l’environnement, j’en conviens – a conduit ArcelorMittal à fermer des sites de production en Europe et à importer des produits semi-finis de pays qui n’ont pas à respecter ces quotas environnementaux, comme la Russie et le Mexique. Et que fait le groupe sidérurgique désormais ? Il revend ses certificats d’émission de CO2 ! » F. M.

proches voisins. « Si l’on regarde quelques décennies en arrière, une grande partie des activités liées à la production de biens était réalisée en interne : l’entretien des locaux, la sécurité, la comptabilité, l’informatique, etc., fait remarquer l’économiste. Du fait de la division de plus en plus intense du travail, ces activités ont été externalisées et la majorité d’entre elles est désormais classée dans le secteur des services ». Jean Ries, également économiste au Statec, a analysé l’évolution de l’emploi au Luxembourg depuis 1960. « La part de l’industrie dans l’emploi total a reculé de manière spectaculaire, de 33 % en 1970 (à l’époque où la sidérurgie connaissait sa plus forte croissance, ndlr.) à 10 % en 2010. » Pour lui, il est cependant plus juste de parler d’une forte « tertiarisation » de l’emploi au Luxembourg que d’une véritable « désindustrialisation ». « La situation du marché du travail au Luxembourg n’a, en soi, rien d’exceptionnel : dans les pays de l’OCDE, les trois quarts des actifs travaillent dans les services, souligne Guy Schuller. L’industrie n’a pas une place différente dans l’économie luxembourgeoise que dans d’autres pays. En parts relatives,elle a reculé dans toutes les économies similaires à la nôtre. Certes, la crise sidérurgique a entraîné la perte de quelque 3.000 emplois dans cette branche. Mais la manufacture est restée stable, tandis que la construction, elle, a explosé sur les trois dernières décennies. » Septembre-Octobre 2012 —


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Ce qui différencie le Luxembourg des autres pays, c’est que la croissance de l’emploi y a été beaucoup plus importante. « Il s’agit d’une croissance extensive, tirée par des activités supplémentaires. Le Luxembourg était dans les années 1960 un pays très industrialisé : avec 44 % de l’emploi total, la part relative de l’industrie y était exceptionnelle, le niveau le plus élevé en Europe avec l’Allemagne ! Nous sommes aujourd’hui dans une économie où les services représentent une part importante, mais pas plus importante que dans les pays voisins. » Pour M. Schuller, il faut donc garder à l’œil que le Luxembourg ne connaît pas une croissance tirée par la productivité, mais bel et bien par un emploi supplémentaire. Or, élément tout à fait remarquable, « dans les autres pays, la croissance dans les services se fait aux dépens de l’industrie, ce qui ne se produit pas au Luxembourg ».

Structure

Part des secteurs économiques (exprimée en valeurs ajoutées à prix courants) 0,70

1

0,40

0,30

120 12,50

16,70

18,40

Agriculture Industrie Services

21,80

100

Si l’industrie marque le pas dans l’économie nationale, c’est en raison du volume d’affaires en forte croissance produit par le secteur financier.

80

60

77,30

81

82,90

87,20

1995

2000

2005

2010

40

1 emploi = 2 emplois

— Septembre-Octobre 2012

20

0

Grande-Région

Évolution des emplois entre 1960 et 2010 (en pourcentage) 500

Agriculture Industrie Services

422 400

300 183

200

119 100

77

28

0 16 -100

-68

LUXEMBOURG

-81

Allemagne

-66

-43

Belgique

Au sein de la Grande Région, il n’y a qu’au Luxembourg que l’emploi industriel, en comptant les salariés de la construction et de l’énergie, a augmenté au cours des cinquante dernières années.

-22

-82 france

Source : Statec / AMECO

Pour Nicolas Soisson, ce passage d’un monolithisme à l’autre (d’une forte industrialisation à une forte tertiarisation) ne peut pas simplement se lire comme le déclin de l’industrie dans l’économie globale. « L’importance de l’industrie est plus forte que ce que montrent les chiffres extraits de la nomenclature. En règle générale, on considère qu’un emploi dans l’industrie génère deux emplois dans les services. Il s’agit donc d’un secteur de base, fortement exportateur, absolument essentiel dans une économie. » Jean-Claude Bernardini, membre du bureau exécutif de l’OGBL, enfonce le clou : « La richesse d’un pays se crée sur une production industrielle, pas uniquement sur les services. Beaucoup d’entreprises tertiaires vivent d’ailleurs de l’activité industrielle : des fiduciaires, des entreprises de gardiennage et de nettoyage, des sociétés informatiques, des cabinets d’avocats, etc. » Pour le syndicaliste, le Luxembourg a des atouts à valoriser pour maintenir son tissu industriel et le développer : « Nous devons nous concentrer sur les produits à haute valeur ajoutée – en raison des coûts de production et de la main d’œuvre –, utilisés dans un cercle proche et nécessitant des emplois qualifiés. Il s’agit notamment du métal technologique, de l’acier galvanisé, etc. Si nous voulons une économie durable, il faut aussi réfléchir à l’implantation de sites de production sur les lieux de vie et de consommation. » Le Luxembourg a-t-il également une carte à jouer en développant une industrie de la matière grise ? « L’un des reproches fait par l’OGBL au ministre de l’Économie, c’est que le gouvernement pousse vers la R&D mais on ne sent pas, dans la politique économique et industrielle, une volonté d’appliquer directement dans le pays ce que l’on a réussi à développer. Delphi, par exemple, ne produit

Source : Statec

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Photo : David Laurent / Wide

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MM. Soisson (Fedil), Schuller (Statec) et Bernardini (OGBL) observent et expliquent, avec des regards différents mais pas totalement divergents, les glissements de l’industrie luxembourgeoise.

rien au Luxembourg ! ArcelorMittal a une chaire à l’Université, mais il n’y a pas d’application concrète des recherches ni au Luxembourg, ni au niveau de la Grande Région, dans des sites de production. Jusqu’à présent, on a surtout attiré des quartiers généraux ! », déplore M. Bernardini. Haut Comité

« Si l’industrie luxembourgeoise peut survivre, si elle peut rester compétitive, elle doit viser la qualité et éviter le dérapage des coûts. Il faut donc continuer de miser sur la très haute valeur ajoutée, ajoute M. Soisson. Pour cela, il reste des efforts à faire pour mieux coordonner la recherche publique, afin de se rapprocher davantage des besoins de la recherche privée, notamment dans le domaine des matériaux, l’acier et le plastique. » Pour l’homme de la Fedil, il est tout aussi nécessaire de répondre aux besoins des entreprises industrielles déjà implantées dans le pays, dont certaines ont lourdement investi pour moderniser leurs outils de production, que de parcourir le monde à la recherche de nouveaux investisseurs. « La dernière grande implantation que nous ayons connue, c’est Kronospan, à Sanem. Mais cela remonte à 1994 ! Le pays a fort à faire pour attirer des investisseurs, à commencer par la simplification administrative, qui n’en est qu’à ses tout débuts. Les difficultés pour implanter un site de production dans le pays constituent un sérieux handicap. » — Septembre-Octobre 2012

Photo : David Laurent / Wide

Photo : Olivier Minaire (archives)

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Pour consolider tout à la fois l’existant et attirer de nouveaux investisseurs, la Fedil a initié, fin 2011, la création d’un haut comité public-privé pour le développement de l’industrie. L’initiative a bénéficié du soutien du nouveau ministre de l’Économie et le comité ne devrait pas tarder à mettre ses premières propositions sur la table.

Formation

Bilan social Héritage du modèle social luxembourgeois, les cellules de reclassement, nées de la crise sidérurgique des années 1970, doivent permettre le retour à l’emploi des salariés mis sur le carreau. 900 personnes s’y trouvent actuellement. Malgré la demande des syndicats d’étendre ce système à tous les secteurs de l’économie, elles se cantonnent à celui de la sidérurgie. Et fonctionnent tant bien que mal. « Nous plaçons les personnes au cas par cas, selon leurs compétences et les places que nous parvenons à trouver dans l’une ou l’autre entreprise, indique Jean-Claude Bernardini (OGBL). Il est difficile d’établir des plans de formation, car nous ne parvenons pas à détecter les besoins futurs des entreprises. » Pour le syndicaliste, la solution passe par « une réglementation plus forte sur

l’anticipation des évolutions technologiques et des restructurations, avec l’obligation pour les entreprises d’établir des bilans sociaux. Il est normal que des entreprises aient besoin de se restructurer, mais prenons les cas de Villeroy & Boch ou de TDK : ce sont des exemples types de mutations ratées, d’évolutions techniques non anticipées. » Les bilans sociaux permettraient de « reprendre l’existant et les besoins en qualifications pour les années à venir. Ces bilans seraient rassemblés au ministère de l’Économie et serviraient de base pour organiser des formations décentralisées, dans différentes régions du pays, ou secteur par secteur. La taille de notre pays devrait faciliter ce travail de récolte d’information et permettre d’en tirer profit. » F. M.


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Sidérurgie

Orbit à Londres, satellite à Luxembourg Le siège d’ArcelorMittal est-il en train de dériver de Luxembourg vers Londres, la « patrie  » des Mittal ? Pas autant que les rumeurs le laissent croire. Mais c’est bien dans la capitale britannique, et non pas avenue de la Liberté, que les décisions sont prises et la communication définie. Texte Nicolas Raulot

n portant la flamme olympique, tout de blanc vêtus, pour l’ouverture des Jeux de Londres, Lakshmi Mittal et son fils Aditya se sont offert une belle opération de communication. Mais les richissimes hommes d’affaires ont également provoqué la colère des syndicats et des ouvriers, victimes des arrêts de production en Europe. Fin juillet, à Rodange et à Schifflange, on comprenait mal comment les deux patrons pouvaient parader à Kensington et à Chelsea, alors même que leur groupe semblait en proie aux pires difficultés, et que les deux unités de production luxembourgeoises paraissaient déjà condamnées. Difficile pour eux de ne pas penser aussi aux 18 millions d’euros consacrés à la « ArcelorMittal Orbit », cette monumentale sculpture en acier de 115 mètres, conçue par Anish Kapoor et Cecil Balmond, dont les Mittal entendent faire la « Tour Eiffel » londonienne. Alors même que le leader mondial de la sidérurgie croule sous une montagne de dettes, évaluée à 22 milliards de dollars. Si certains ont dénoncé le prétendu cynisme des dirigeants, d’autres ont plutôt vu dans ces opérations la preuve de leur fort attachement à Londres, une manière de marquer les esprits et d’imposer la capitale britannique comme le véritable quartier général de leur groupe. Au détriment de Luxembourg, où le siège social perdrait de sa substance.

E

 On ne constate pas de véritable transfert des effectifs. Mais les doutes persistent.

Lean et Omega

Au Grand-Duché, plusieurs nouvelles ont d’ailleurs ravivé les inquiétudes sur ce point au cours des derniers mois. D’abord, les plans Lean et Omega, qui visent à tailler dans les effectifs administratifs sur le continent. Ensuite, la vente, par le groupe, de ses participations dans deux entreprises luxembourgeoises emblématiques : Paul Wurth et Enovos. Sans parler, bien sûr, de l’arrêt ou de la mise en sommeil de plusieurs unités de production dans le pays. Sur le papier, le statut du GrandDuché n’est pas remis en cause. C’est bien au 19, avenue de la Liberté, à Luxembourg-ville qu’est situé le siège mondial d’ArcelorMittal (même si le principal bâtiment administratif se trouve un peu plus loin, au boulevard d’Avranches), un groupe présent dans 60 pays, qui emploie 260.000 personnes et dont le chiffre d’affaires s’est élevé à quelque 94 milliards de dollars l’an dernier. Malgré la crise et une sévère politique de réduction des coûts, ArcelorMittal reste, de loin, le premier employeur du pays avec 5.800 salariés, dont environ 1.000 — Septembre-Octobre 2012

postes administratifs répartis entre Esch-sur-Alzette et Luxembourg, au siège historique, dans l’Immeuble Pétrusse et à la Cloche d’Or. À Esch est, en outre, implanté un centre spécialisé dans la recherche et le développement de produits longs lourds. En tout, le Luxembourg compte pas moins de 13 installations d’ArcelorMittal, dont neuf sites industriels actifs dans la production ou la transformation de l’acier, ainsi que quatre sites spécialisés (Dommeldange, Centre Logistique Européen, Circuit Foil, Sotel). Et c’est également au siège de l’avenue de la Liberté que le « campus » de l’Université ArcelorMittal a été installé en 2008. En comparaison, le Royaume-Uni fait plutôt pâle figure, même si 300 personnes opèrent sur 10 sites de production et si les effectifs administratifs se montent à une centaine de salariés. Même les JO et Orbit témoignent à leur manière de la place du Luxembourg au sein du groupe. La construction de la tour n’a-t-elle pas nécessité 270 tonnes de barres d’armature provenant de Rodange, ainsi que 200 tonnes de poutrelles fabriquées à Belval ? Par ailleurs, plus de 12.000 tonnes de palplanches en acier auront été utilisées de façon permanente ou temporaire lors du réaménagement et de l’assainissement de l’Olympic Park. Le Luxembourg a largement profité des différentes étapes de fusion, en devenant d’abord le siège d’Arcelor – qui avait rassemblé en 2002 Usinor (France), Arbed et Aceralia (Espagne) – puis en conservant ce statut lors de l’OPA hostile de Mittal Steel en 2006. Une fois ArcelorMittal constituée, une structure juridique a aussi été formée au Grand-Duché pour centraliser les achats de tous les grands sites de produits plats européens (Florange, Gijon, Dunkerque, Liège…). Par ailleurs, si Rodange et Schifflange semblent condamnés, ArcelorMittal continue à investir sur les sites plus compétitifs et à plus forte valeur ajoutée. Le groupe y est d’ailleurs contraint par l’accord Lux 2016, conclu lors de la Tripartite sidérurgie de mars dernier avec le gouvernement et les syndicats. Celui-ci prévoit des investissements de 150 millions d’euros dans la sidérurgie luxembourgeoise au cours des cinq années qui viennent. Sujet tabou

En juillet, le groupe a fait savoir qu’il avait investi 5, 5 millions d’euros à Belval, pour optimiser et accroître sa production, avec le lancement d’un nouveau format d’ébauche de poutrelle. Toute la presse luxembourgeoise avait été conviée à visiter les nouvelles installations. On ne constate pas de véritable transfert des effectifs en Grande-Bretagne, mais les doutes persistent. Et si ArcelorMittal quittait peu à peu Luxembourg pour Londres ? Et si le siège social était devenu un satellite du QG londonien ? Le plus étonnant est


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Photo : ArcelorMittal.

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Les Mittal entendent faire de la Tour Orbit la nouvelle icône de Londres. Tout un symbole.

que ce sujet semble tabou chez ArcelorMittal. Le service Communication n’a pas donné suite aux demandes d’interviews à ce sujet. Même par téléphone. Les questions envoyées par mail ont été complétées quelques jours plus tard par des réponses stéréotypées, rédigées en anglais. Toutes les personnes interviewées dans le cadre de l’enquête, sauf une, ont exprimé le souhait que leur nom n’apparaisse pas dans l’article. Officiellement, c’est encore au Luxembourg que tout se décide : « Notre quartier général mondial se situe au Luxembourg et le conseil d’administration du groupe à l’échelle mondiale se rencontre au Luxembourg, où les principales décisions sont prises. Bien sûr, de nombreuses autres décisions sont prises partout dans le monde en fonction des contraintes liées au business , explique ArcelorMittal. À notre quartier général du Luxembourg, nous employons, par exemple, le personnel administratif des carbones longs et plats en Europe, les services des mines et des solutions de distribution, les services ‘global plates’ (activités plaques), ArcelorMittal International ainsi que l’unité ‘pipes tubes’. Il y a aussi les ressources humaines, la communication, le marketing, les achats, la finance, la fiscalité, le juridique,

les fonctions IT et l’immobilier. » Mais, malgré cette longue énumération, c’est bien dans la capitale britannique que les principaux dirigeants sont établis, à savoir Lakshmi et Aditya Mittal, ainsi que Davinder Chugh, bras droit de Lakshmi Mittal. La stratégie est définie au 7e étage de la Berkeley Square House, et pas avenue de la Liberté. Le comité de direction s’y réunit d’ailleurs chaque lundi. Jadis beaucoup plus autonomes, les patrons des différentes unités de production ne décident plus seuls. Ils rendent compte à Londres et s’y déplacent aussi souvent qu’il y sont convoqués. Certes, les actionnaires se retrouvent une fois par an avenue de la Liberté pour l’assemblée générale. Certes, les administrateurs se rendent trois fois par an à la même adresse pour entériner les grandes décisions stratégiques. Davinder Chugh se déplace aussi toutes les deux semaines au Grand-Duché. Il a notamment la responsabilité des services partagés et des achats. Mais une étrange anecdote pourrait être révélatrice de l’attachement de Lakshmi Mittal au Luxembourg Septembre-Octobre 2012 —


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Ne pas dévier du langage officiel

Les Mittal ont l’habitude de fonctionner avec un QG positionné sur deux sites. Avant la fusion de 2006, ils étaient situés à Londres et Rotterdam. Mais ils conservent près d’eux le processus de prise de décision. Cette approche ne relève pas d’une opposition délibérée au Luxembourg, mais bien d’une logique de business et d’efficacité. Celle-là même qui a conduit la direction du groupe à externaliser les services d’infrastructures informatiques. Cela représentait 574 personnes, dont 22 au Grand-Duché. Chez ArcelorMittal, on redoute aujourd’hui que la même approche soit retenue pour les services informatiques liés aux softwares. 40 à 45 personnes seraient alors concernées au Luxembourg. Si les fonctions centrales sont établies au Luxembourg, la communication du groupe est gérée depuis Londres. Nicola Davidson, vice-president of corporate communication, est installée sur les bords de la Tamise. Giles Read, responsable des relations presse, aussi. Les messages sont composés à Londres et diffusés ensuite dans le reste du groupe, où ils sont repris tels quels. « Personne au Luxembourg ne s’aventure hors du langage et des formules définies à Londres. Par exemple, quand ArcelorMittal a annoncé la fermeture des hauts fourneaux et des sites de Rodange et Schifflange, la formule suivante a été utilisée : ‘fermeture temporaire à durée indéterminée’. Ces mots ont été choisis à Londres. Ils sont encore utilisés aujourd’hui, et personne n’ose en dévier », explique Charles Hennico, secrétaire syndical au LCGB. « De même, si Michel Wurth (Luxembourgeois et membre du comité de direction, ndlr.) n’a besoin de personne pour prendre une décision, nous avons bien senti que le montant d’investissement consenti lors de la Tripartite par ArcelorMittal était venu de Londres », poursuit-il. Pour certains, la question n’est pas vraiment de savoir si le siège déménagera un jour à Londres, mais plutôt quand. En attendant, Lakshmi Mittal a-t-il vraiment intérêt à éteindre les doutes ? Cette menace latente ne lui permet-elle pas d’exercer une pression subtile sur l’État luxembourgeois pour obtenir des aides, le financement des préretraites, du chômage partiel des ouvriers désœuvrés, voire une fiscalité complaisante ? — Septembre-Octobre 2012

En juillet, le groupe a fait savoir qu’il avait investi 5, 5 millions d’euros à Belval, pour optimiser et accroître sa production.

Photo : David Laurent/Wide (archives)

et au passé du groupe. Peu après la fusion, le patron du nouvel ensemble a fait repeindre en blanc les murs et le plafond de la salle du conseil de l’avenue de la Liberté. Sans épargner les superbes fresques anciennes qui y figuraient.

Photo : Charles Caratini (archives)

Lakshmi Mittal a fait repeindre en blanc la salle du conseil.

Lakshmi Mittal est installé à Londres. Il se déplace peu au siège du Luxembourg.

Photo : Andrés Lejona ( archives)

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Le Château de l’avenue de la Liberté accueille l’assemblée générale, la publication des résultats et les conseils. Mais les décisions sont prises ailleurs.


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03. Françoise Leclercq (ABN Amro Life) 04. Jacques Elvinger (Elvinger, Hoss & Prussen) 05. Rob Lay (UBS Global Asset Management)

06. Geoff Radcliffe (BlackRock Luxembourg) 07. Jacques Santer (ministre d’État honoraire) 08. Roman Lewszyk (Atlantic Fund Services)

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09. Yves Francis (Deloitte)

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Les 25 ans d’Euroscript Le 29 juin, la société spécialisée dans la gestion documentaire et la traduction a fêté un quart de siècle d’existence, dans ses locaux à Bertrange. Photos Charles Caratini 01. Antonio Sette (Euroscript) 02

02. Raphaël, le magicien hi-tech

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03. Julie DiRosa (Tekom)

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L’AG de l’Apsi

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Correspondance

rta t s up

Tant qu’il y aura des emails Regify travaille au remplacement du courrier papier par l’email. Elle bénéficie d’un soutien politique et capitalistique solide, mais peine encore à faire savoir que les solutions qu’elle apporte simplifient toute démarche administrative… pour autant qu’on ait une adresse électronique. Texte Pierre Sorlut Photos Olivier Minaire

Chaque mois, paperJam propose un gros plan sur une start-up luxembourgeoise qui sera peut-être un fleuron de l’économie de demain. Ce mois-ci : Regify

fiche technique

CEO

CTO

Regify

Kurt Kammerer

Volker Schmid

Objet : Certification et sécurisation d’emails Création : 2005 en Allemagne Incorporation au Luxembourg en 2010 Chiffre d’affaires 2011 : < 1 million d’euros 12 salariés à plein temps 12 collaborateurs en externe

L’ingénieur-économiste allemand, âgé d’une cinquantaine d’années, roule sa bosse depuis quasiment 30 ans dans le monde des entreprises des NTIC, d’abord en tant que consultant, puis en tant qu’entrepreneur (VI Agents ou Living Systems). Regify est sa dernière entreprise en date.

Il est le Chief Technology Officer, mais aussi, et surtout, le cofondateur, en 2005, de Regify. Au préalable, entre 1997 et 2008, l’ingénieur allemand de 39 ans avait créé puis dirigé Inspirant, une start-up commercialisant des logiciels pour la sécurité et le stockage des données.

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Terre d’asile numérique

Avant de couvrir la planète électronique de ses services, Kurt Kammerer, CEO, envisage, en premier lieu, certains secteurs en demande. Il pense aux échanges entre les établissements financiers et leurs clients, entre les institutions de la santé et les patients, entre les opérateurs de télécom­muni­cation et leurs souscripteurs, et caetera, et caetera... Il veut les convaincre que les coûts d’installation et d’enregistrement seront rapidement amortis, grâce aux économies réalisées en matière de correspondance papier. En sus du critère écologique, ce pendant économique constitue un argument marketing, bien volontiers mis en avant par la start-up, qui propose plusieurs services allant dans cette direction : Regimail, Regibill et Regipay. Ils permettent respectivement d’échanger par courrier électronique sécurisé les documents officiels, ainsi que les informations sensibles, telles que les factures ou les fiches de paie. Cette digitalisation de la correspondance est évidemment encouragée par la Commission européenne. Ce soutien politique s’est aussi matérialisé nationalement, dès la création de la société, au moyen d’ une conférence de presse en présence du ministre de l’Économie de l’époque, Jeannot Krecké, organisée le 26 avril 2011. Regify arrivait alors d’Allemagne pour bénéficier d’un cadre

Analyse SWOT Forces

Faiblesses

– Besoin actuel – Solution durable brevetée

– Pionniers technologiques hors d’Europe – Perte de temps dans la prospection

– Business global – Commercialisation originale

– Innovation plus performante – Concurrent qui inonde le marché

Opportunités

Menaces

« propice à son développement ». Le pays s’est doté d’un régime fiscal approprié en ce qui concerne la propriété intellectuelle. Le gouvernement se focalise également sur la sécurité informatique (avec Luxtrust par exemple) et l’e-commerce, pour lesquels elle bénéficie dorénavant d’une infrastructure et d’un savoir-faire autour d’auteurs de renom (Amazon, eBay). Regify a également trouvé au Grand-Duché un financement externe grâce à P&T Capital (détentrice de 11 % du capital), la Société nationale de crédit et d’investissement (SNCI, 5,5 %) et la Société luxembourgeoise de capital-développement pour les PME (CD-PME, 5,5 %). La start-up commence ainsi à se faire un nom localement. En octobre 2011, elle figurait parmi les lauréats du Civica European Venture Contest organisé par PwC, dans la catégorie technologie de l’information et de la communication. Concurrence internationale

« Un chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour le secured mailing » Kurt Kammerer Regify

Pourquoi le Luxembourg ?

Surf sur la vague IT Selon Kurt Kammerer, CEO de Regify, le pays se focalise résolument sur la sécurité IT et l’e-commerce avec des infrastructures et un savoirfaire. L’aspect multilinguisme compte aussi à ses yeux. « Puisque nous fournissons un service pour la terre entière, il est plus facile de faire des affaires à l’étranger avec une société luxembourgeoise qu’avec une société allemande. Ici, il y a une sorte de neutralité et d’ouverture au monde. » Le régime relatif à la propriété intellectuelle, permettant d’exonérer 80 % des revenus générés par les brevets, pèse aussi dans la balance.

Mais les concurrents se bousculent dans le secteur (voir encadré). Pour se protéger, les entrepreneurs multiplient l’enregistrement de brevets, gages de durabilité de l’entreprise. Regify en détient déjà trois sortes, déposées internationalement : en Asie (Japon, Corée, Inde, Chine, Singapour, Russie), en Amérique du nord (Canada, États-Unis) et dans l’Union européenne. Mais, Kurt Kammerer ne souhaite pas se reposer sur ses certitudes technologiques, et continue d’investir dans la recherche, en bénéficiant des mesures d’innovation offertes par la loi du 5 juin 2009. Il faut, selon lui, se préparer à ce qu’un « gros bras se positionne sur le marché avec un budget 1.000 fois supérieur » et donc se protéger, grâce à des brevets. Le lucre potentiel du marché du courriel sécurisé attise les convoitises. En s’appuyant sur un volume d’environ 125 milliards d’euros pour le seul segment de l’affranchissement « physique », le secured mailing représentera, à court terme, un chiffre d’affaires total estimable à plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ironport (Cisco), Voltage, E-Postbrief (Deutsche Post) ou encore Symantec, pour ne citer qu’eux, occupent un espace naissant qu’il faut, du coup, se partager. Regify doit donc se différencier. Elle le fait en utilisant un réseau de distributeurs. Au Luxembourg, elle travaille avec P&T et LuxGSM, deux opérateurs bien installés, prospéctant via une petite armée de commerciaux, connectés avec quelque 17.000 sociétés. À l’étranger, la start-up travaille avec 23 autres leviers de ce type pour étoffer son portefeuille d’abonnés. Elle compte atteindre les 40 partenariats d’ici la fin de l’année. Sa direction ambitionne également de développer son réseau et consolider son activité. Cela passera entre autres par une entrée dans le business automatisé avec un logiciel qui permet aux entreprises d’envoyer aux clients, pour lesquels il y a une adresse email, les documents officiels. Septembre - Octobre 2012 —

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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

place financière

— Septembre-Octobre 2012


actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

Union bancaire

La Place sur ses gardes

Photo : David Laurent/Wide (archives)

La place financière se méfie du projet de supervision bancaire unifiée né lors du Conseil européen fin juin, qui a décidé la création d’une instance de supervision unique pour l’ensemble des banques de la zone euro. Personne ne conteste le bien-fondé d’un renforcement du système bancaire européen, dont les contours ont été présentés le 12 septembre par la Commission européenne. Pas même au Luxembourg, où près de 150 banques sont domiciliées. « Quelque chose doit changer. Une union bancaire est inévitable », reconnaît JeanJacques Rommes, le directeur de l’ABBL (Association des Banques et Banquiers, Luxembourg), qui redoute néanmoins les conséquences du projet, lesquelles risqueraient d’effacer les niches et les atouts réglementaires qui ont fait la prospérité de l a Place et des banques locales. « Nous sommes pragmatiques, mais nous nous méfions des détails et de la mise en œuvre d’un tel projet. L’Union bancaire devrait inclure les 27 États membres. »

Marie-Hélène Massard, 39 ans, succède au retraité Paul De Cooman, à la tête d’AXA Luxembourg. Kathrin Kerls

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est la nouvelle co-CEO de Unicredit Luxembourg, où elle rejoint Angelo Brizi, en place depuis octobre 2008, et bientôt appelé à de nouvelles responsabilités au sein du groupe. Nicolas Schmit a reçu début septembre les syndicats Aleba, OGBL et LCGB afin d’évoquer les problèmes d’emploi actuellement rencontrés sur la place financière et de planifier des rencontres régulières pour assurer le suivi des différents dossiers évoqués.

ls otentie «Les p sont CEO t donc rares, e s.» cher grégory renardy (michael page)

RH et CFO

Assurances

BGL BNP Paribas

Chasse à l’expert

Vigueur retrouvée

Victime du leasing

Au Luxembourg, avec la domiciliation de groupes internationaux, l’expert se recrute à nouveau beaucoup, et de plus en plus loin. Grégory Renardy, executive manager de Michael Page Luxembourg, constate – en marge de l’étude Global CFO Barometer 2012 réalisée par le groupe -- qu’il y a « de plus en plus de substance dans les groupes qui s’implantent. Les stratégies de structuration et d’optimisation localisent des équipes ici, autour du CFO. De « vrais » CFO, aux profils extrêmement pointus et ciblés. Des potentiels CEO, des gens rares et donc chers, qui pèsent dans les 200.000 euros de package salarial ». Les chasseurs de têtes sont donc à l’affût. « Nous avons une dizaine de mandats par mois pour trouver de hauts profils aux compétences financières et juridiques élevées au niveau mondial » , dit-on chez Michael Page.

L’encaissement du secteur des assurances a poursuivi son redres­ sement au 2e trimestre 2012, selon le Commissariat aux Assurances, avec une progression, toutes branches d’assurances confondues, de 50,86 % par rapport à la même période 2011. Sur les six premiers mois de 2012, l’encaissement global progresse de 43,79 %, les primes augmentant de 48,68 % en assurance-vie et de 15,09 % dans les branches de l’assurance non vie.

BGL BNP Paribas a enregistré un résultat net de 109,3 millions d’euros au premier semestre, contre 207,6 sur la même période de l’an dernier (- 47 %). Cette chute provient notamment de l’intégration des activités de leasing du groupe BNP Paribas, dont l’entité luxembourgeoise détient le contrôle depuis le 30 mars 2012. Ainsi, les frais de gestion s’élèvent à 280,5 millions d’euros contre 201,9 millions d’euros au 30 juin 2011. La banque explique avoir augmenté sa participation dans cette entité de 33,33 % à 50 % plus une action, afin de diversifier ses activités. Mais cette prise de contrôle a impliqué une intégration totale dans le périmètre de consolidation de la banque, dès la fin du premier trimestre. Cette même intégration a en revanche gonflé le produit net bancaire (PNB) à 455,7 millions d’euros, contre 400 millions au 30 juin 2011.

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Projet de loi

AIFM à la Chambre

Photo: David Laurent (archives)

Le texte, transposant la directive AIFM sur les gestionnaires de fonds alternatifs, a été déposé à la Chambre des députés par Luc Frieden, ministre des Finances. Le projet de loi, devrait être voté avant la fin de l’année, soit bien avant la limite fixée par Bruxelles, fixée au 22 juillet 2013. Le Luxembourg fonde beaucoup d’espoir sur ce texte, qui prévoit aussi de moderniser le régime des sociétés en commandite.

— Septembre-Octobre 2012

évasion fiscale

Banques

Ikano / Sparinvest

Nouveaux doutes sur la BIL

Fusion nordique dans les fonds

Accusations chez Intesa

Photo: Charles Caratini (archives)

Photo : Luc Deflorenne (archives)

Photo: Éric Chenal/Blitz (archives)

Avant d’être vendue au qatari Precision Capital (pour 90 % des parts), et à l’État luxembourgeois (10 %), la BIL devra être recapitalisée. Le vendeur Dexia s’est en effet engagé auprès des repreneurs, à céder l’entité avec un ratio de fonds propres durs (Common Equity Tier 1) de 9 % selon les normes Bâle III, 12 % selon Bâle II. En outre, selon la presse belge, deux offres de reprise, dont une du fonds Blackfish Capital, ont été ignorées.

Le 28 septembre, Ikano Funds, sicav liée à la famille Kamprad fondatrice d’Ikea, sera absorbée par le Danois Sparinvest établi à Luxembourg. « En reprenant les fonds Ikano Funds, Sparinvest renforce sa position sur le marché suédois et conforte sa stratégie de croissance internationale », a déclaré Jan Stig Rasmussen, CEO de Sparinvest au Grand-Duché (photo). « La reprise affecte plus de 5.000 investisseurs, principalement en Suède et au Luxembourg, où le fonds a été autorisé par les autorités financières locales à la commercialisation au public, ainsi qu’un portefeuille d’environ 22 millions d’euros, qui sera fusionné avec trois sous-fonds équivalents de Sparinvest. » La fusion englobe les sous-fonds Ikano Global Equity Fund, Ikano European Equity Fund et Ikano All Seasons Fund.

Marco Bus (photo), CEO de la SEB (Société Européenne de Banque, Groupe Intesa) depuis mai 2008, est soupçonné d’évasion fiscale en Italie dans le cadre d’une enquête sur la famille Giacomini. On lui reproche, ainsi qu’à Alessandro Jelmoni qui a quitté l’établissement en 2002, d’avoir créé un trust, pour y dissimuler 230 millions d’euros.


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Assurance

BCL

Avec Reinesch et Fontaine

Lombard dégraisse

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Comme attendu, c’est bien Gaston Reinesch qui succède à Yves Mersch à la tête de la Banque Centrale du Luxembourg. La nomination de Betty Fontaine au conseil, en revanche, a surpris. Par Nicolas Raulot et Jean-Michel Gaudron

C’est le nombre de départs prévus d’ici fin de 2013 chez Lombard International Assurance (filiale de Friends Life) sur un effectif d’environ 400 personnes. Après l’échec de la négociation et de la conciliation, la direction est parvenue à un accord d’entreprise avec les délégués du personnel.

Banques

ING dans le vert

+30,9 

Taux de progression annuel des résultats d’ING Luxembourg arrêtés au 1er semestre 2012. Sur la période, la banque a enregistré un bénéfice net de 62 millions d’euros, grâce en particulier aux activités retail banking et financial markets.

Fonds d’investissement

Un nouveau record d’encours

s d r a i l .3 Mil

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Le patrimoine global net des OPC et des fonds d’investissement spécialisés a battu un nouveau record historique, fin juillet : 2.296,717 milliards d’euros. Le précédent record datait d’avril (2.225,6 milliards). Sur 12 mois, le volume des actifs nets est en augmentation de 4,89 %.

— Septembre-Octobre 2012

Photo: Olivier Minaire

%

Betty Fontaine fait une entrée surprise au sein d’une BCL désormais dirigée par Gaston Reinesch.

Le nom de Gaston Reinesch, administrateur général au ministère des Finances, circulait depuis que les ministres des Finances de la zone euro s’étaient entendus, le 9 juillet, sur le remplacement de l’Espagnol Manuel GonzalezParamo par Yves Mersch au directoire de la Banque centrale européenne (BCE). Le poste était vacant depuis mai à Francfort. Il prendra ses fonctions à la tête de la BCL lorsque le processus de nomination d’Yves Mersch sera terminé. Or l’installation de l’intéressé à Francfort est retardée par le Parlement européen. Cela laissera un peu de temps à Gaston Reinesch pour abandonner progressivement ses multiples mandats d’administrateur de sociétés. Il est notamment président des conseils d’administration de BGL BNP Paribas, des P&T et de la Société nationale de crédit et d’investissement (SNCI). Il est aussi membre des CA d’Enovos, de Cargolux, de SES ou encore de la Banque européenne

d’investissement. Par un jeu de chaises musicales et de dominos, on doit donc s’attendre à du mouvement dans les boards des grandes entreprises luxembourgeoises au cours des prochaines semaines. Plus étonnant en revanche est l’arrivée de Betty Fontaine au Conseil de la BCL. Elle succède à Yves Nosbusch, qui rejoint le secteur bancaire privé. Âgée de 35 ans, l’associée et directrice générale de la Brasserie Simon est également membre du collectif « 5 vir 12 », qui milite pour un changement des mentalités dans le pays. Betty Fontaine est la première femme à faire son entrée au sein des organes dirigeants de la BCL depuis le départ d’Andrée Billon, fin 2008 (ancienne directrice, elle est, depuis, passée à la CSSF). Le Conseil de la BCL comprend, outre les trois membres de la direction (Gaston Reinesch, Serge Kolb et Pierre Beck) six autres membres nommés par le gouvernement pour une période de six ans. Pit Hentgen, Jacques F. Poos, Romain Schintgen, Michel Wurth et Claude Zimmer y siègent déjà.


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Citi

AME Life Lux

Private banking

Restructuration

Sous le giron de Covéa

Bye bye petites fortunes

Au cœur de l’été, des rumeurs ont fait état de 50 suppressions de postes (sur un effectif total de 220 personnes) ns chez Citi Luxembourg, banque io s pres sup poste spécialisée dans l’administration de de fonds et la conservation de titres. Charles Denotte, CEO de la banque, a précisé ses intentions : « Certaines fonctions vont être supprimées. Il est encore difficile de dire leur nombre exact. Selon l’information et les plans à disposition, cela devrait concerner une quinzaine de fonctions transférées d’ici à la fin de l’année. Ces outsourcings se font à différents niveaux. Cela va également continuer en 2013. ». Selon lui, toutes les procédures ont été respectées.

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Le géant français de l’assurance aux particuliers Covéa (propriétaires des mutuelles MAAF, MMA et GMF) capitalise sur le Luxembourg pour étendre son offre de gestion patrimoniale (particuliers et entrepreneurs) à l’international. Il a, ainsi, augmenté sa participation dans AME Life Lux, compagnie d’assurancevie active au Luxembourg depuis 25 ans, à hauteur de 90 %. Ethias, l’autre groupe actionnaire, belge cette fois, voit sa participation dans l’entité luxembourgeoise passer de 50 à 10 %.

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Marchés en berne, clients de plus en plus exigeants, contraction des marges, contraintes réglementaires et fiscales croissantes…. Le secteur du private banking européen doit relever d’importants défis, comme le souligne le rapport Finding a new footing établi par Mc Kinsey. La Suisse et le Luxembourg, notamment, sont concernés, eux qui voient les fortunes inférieures à 1 million d’euros rapatrier leur argent. « Le private banking off shore a subi une pression croissante sous l’effet de réglementations internes et externes, les accords de double-imposition et l’échange d’informations fiscales », note le rapport qui souligne la « résistance » de ces deux pays, lesquels affichent, pour la première fois en huit ans, des flux nets positifs d’environ 1 % presque identiques à ceux des marchés onshore .

Foyer International

Chiffre d’affaires triplé Le groupe d’assurances Foyer a enregistré une hausse de 6,9 % de son chiffre d’affaires semestriel consolidé pour le marché local (259,18 millions d’euros) et a presque triplé ses revenus en dehors des frontières (+197 % à 322, 53 millions), via la commercialisation de contrats d’investissement en libre prestation de services.

Photo : Luc Deflorenne (archives)

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Le siège de la KBL Boulevard Royal, propriété de Precision Capital.

Rachat par le Qatar

KBL : c’est fait ! C’est fin juillet que KBC Group et Precision Capital, le holding luxembourgeoise qui représente l’État du Qatar, ont enfin finalisé la cession de KBL European Private Bankers. Annoncée en octobre 2011, l’opération d’1 milliard d’euros a reçu l’aval des autorités réglementaires. Precision Capital, qui a déjà mis la main sur la BIL, prend une participation de 99, 9 % dans la banque privée. Si les deux parties mettent en avant le potentiel d’une telle transaction en termes de développement de KBL, certains brandissent les possibles conséquences sociales de l’opération, notamment dans l’éventualité d’une fusion des deux établissements. « Le nouvel actionnaire s’engage à soutenir notre modèle entrepreneurial et notre stratégie d’entreprise à long terme centrée sur les besoins de nos clients », assure pourtant Jacques Peters, CEO de KBL. L’accord signé assure, par ailleurs, la pérennité du nom et de la marque KBL European Private Bankers ainsi que le maintien de l’équipe de direction et des structures opérationnelles du groupe.

Fiduciaires

BDO grandit BDO a acquis une participation majoritaire dans la Fiduciaire Générale du Nord (FGN). Plus qu’un cabinet local, c’était la « petite sœur » de Fiduciaire Générale de Luxembourg (FGL), historiquement liée à Deloitte, et qui détenait détenait 51 % de FGN. Le groupe Deloitte a cédé ses participations à BDO, pour qui cette acquisition s’inscrit dans la stratégie d’expansion du département expertisecomptable et reflète « sa volonté de se rapprocher de bassins économiques importants pour le pays ». BDO se pose discrètement – et avec un clin d’œil - en « 5e Big 4 », et semble décidé à mener à bien un développement qui n’exclut pas d’autres opérations d’intégration. La firme, membre d’un réseau fort d’un millier de bureaux dans 135 pays, compte quelque 350 personnes au Luxembourg.

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Solvabilité II

Devant les députés

Luxempart

Métaux précieux

Retrait de Paul Wurth

Le 25 juillet, Luc Frieden, a soumis à Chambre des députés le projet de loi visant à transposer la directive Solvabilité II. Anticipant le luc frieden dépôt du projet de loi 6454 ministre des et la transposition de finances Solvabilité II, Le ministère des Finances luxembourgeois avait déjà sorti de son chapeau – le 17 février – un texte prévoyant la création d’un statut de professionnels du secteur des assurances (PSA), comparables aux PSF pour le secteur financier.

Au 30 juin 2012, Luxempart présente un résultat net global consolidé de 34,46 millions d’euros, contre 49, 6 millions l’an passé. La société s’est notamment retirée de Paul Wurth en juillet, cédant ses 10, 9 % à l’Allemand SMS, pour un montant de 56 millions d’euros. Luxempart, qui était actionnaire de l’entreprise d’ingénierie depuis 1988, explique que cette participation se trouve déjà à sa valeur de réalisation dans ses capitaux propres au 30 juin 2012, par le biais des réévaluations des actifs noncourants. « La cession de Paul Wurth permettra de réaliser une plus-value sociale importante ». Au cours du premier semestre, Luxempart a aussi cédé ses 55 % dans le groupe de cinémas Utopia.

Un bon filon via le Luxembourg

1 semestre confortable

La Mancha Resources Inc, producteur d’or basé au Canada, a vu 86 % de ses part acquises par la Sàrl de droit luxembourgeois Weather Investments II. Une opération permettant au français Areva, fondateur et actionnaire majoritaire de La Mancha, de se désengager de la société, créée en 2006. À l’inverse, Naguib Sawiris, membre de la plus riche famille d’Egypte, confirme sa volonté de diversifier ses actifs au travers de la structure luxembourgeoise.

Au 30 juin, la Banque et Caisse d’Épargne de l’État affiche une hausse de 19 % des volumes de dépôts de la clientèle, qui ont dépassé les 26 milliards. La somme du bilan dépasse les 43 milliards d’euros (+12, 8 %). Et le bénéfice net dégagé (140, 6 millions d’euros) est en hausse de 5 , 9 % par rapport à la même période de 2011.

BCEE er

Fonds immobiliers

Les Allemands au Luxembourg ?

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— Septembre-Octobre 2012

La directive Alternative investment fund managers (AIFM) pourrait profiter au Grand-Duché par bien des biais. Dans le cadre de la transposition d’AIFMD en son droit national, Berlin a proposé de bannir les fonds immobiliers ouverts allemands. Ces fonds, où les investisseurs peuvent rentrer et sortir comme ils l’entendent, ont en fait mal traversé la crise et certains avaient dû fermer. Les actifs sous-jacents ne bénéficient en fait pas de la liquidité à laquelle les propriétaires des parts du fonds aspireraient. Il faut en effet plusieurs mois avant de vendre, ou d’acquérir, un bien immobilier. Or, au Grand-Duché, le véhicule portant les investissements s’accommode mieux de ce caractère peu liquide de l’actif. Michael Hornsby, Real estate sector leader chez Ernst and Young et membre du comité technique spécialisé à l’Alfi, qualifie les produits luxembourgeois de semi-ouverts. « Ils sont mieux pensés, ou tout le moins conçus de manière plus réaliste eu égard à l’aspect peu liquide des actifs en question. » Des restrictions imposées à l’investisseur permettent par exemple au gestionnaire

de l’actif d’ajuster sa politique d’investissement en fonction d’un horizon temporel plus lointain. D’ailleurs, ce pragmatisme a permis d’attirer bon nombre de fonds immobiliers ces dernières années. Il y a dix ans, on n’en comptait que 12 (7 fonds institutionnels / fonds d’investissement spécialisés et 5 fonds partie II). En 2011, ils étaient 210, dont 183 FIS. Nombre d’entre eux sont d’ailleurs déjà des fonds d’actifs logés en Allemagne ou détenus par des investisseurs allemands. Et plusieurs sociétés de gestion avaient déjà franchi la Moselle pour domicilier des fonds au Grand-Duché. Parmi elles, AIK, Allianz, Commerz Real, Degi, Deka Immobilien, Dibag, HansaInvest, IVG, Kanam, MEAG, SEB Immobilien. Et la liste n’est pas exhaustive. La Place est en effet le premier domicile mondial pour les fonds immobiliers internationaux. Elle le sera encore davantage si les actifs logés dans des fonds allemands déménagent dans des structures luxembourgeoises. Comme le souligne Michael Hornsby, ils représentent 30 à 40 % des actifs sous gestion européens. Les sociétés de gestion concernées pourraient donc, le cas échéant, étoffer leur staff sur place. « Cela dépendra du volume », indique M. Hornsby. Davantage d’activité serait de toute façon générée dans le secteur, notamment dans les cabinets juridiques et de conseil...


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Innovation

Redorer un blason maudit Les trouvailles du monde financier d’avant la crise n’ont pas toutes fait florès. Mais l’innovation positive, collaborative et surtout régulée a plus d’un tour dans son sac. Et le Luxembourg est dans la course. Texte Thierry Raizer Photo David Laurent/Wide

n 2010, Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, déclarait au magazine anglais The Economist que la plupart des innovations précédant la crise « n’étaient pas destinées à améliorer la capacité du secteur financier à remplir ses fonctions sociales. » Dont acte. Comment la question de l’innovation, au demeurant nécessaire dans un monde compétitif, est-elle abordée au Luxembourg ? Le gouvernement veille pour sa part à l’introduction de produits censés maintenir la compétitivité de la Place, alors que les acteurs privés ne semblent pas manquer d’initiatives en matière de nouveaux services. En reprenant deux concepts phares : la collaboration et l’engagement citoyen. Comme si l’innovation avait décidément besoin de redorer son image. « L’innovation, qui a été décriée ces dernières années, doit être défendue dans ses acceptions les plus nobles », déclare le Dr. Anne-Laure Mention, Head of Unit, Innovation Economics & Service Valuation au Centre de Recherche Public Henri Tudor. Ses travaux de recherche l’ont notamment menée sur le terrain de l’innovation collaborative (open innovation). « Cette démarche vise à tirer profit des interactions avec les différentes parties prenantes, qu’il s’agisse des fournisseurs, des clients, des concurrents ou encore du monde académique, ajoute Mme Mention. Le niveau des entreprises en la matière se mesure d’une part sur leur propension à acquérir un savoir externe pour innover en interne – le cas le plus répandu – et, d’autre part, à leur exportation de connaissances via une commercialisation par une tierce partie, le cas le moins répandu. »

E

Grimper dans la hiérarchie

Malgré des exemples bien connus du grand public dans les TIC (Nokia, IBM) ou le secteur pharmaceutique (GlaxoSmithKline), les cas retentissants d’innovation collaborative pour la finance restent relativement isolés. « Les institutions financières rencontrent de nombreux freins qu’ils soient d’ordres budgétaire, technologique, stratégique pour mettre en place une démarche collaborative. Il est donc important que le management des organisations impliquées soutienne complètement la démarche. » Une question à creuser, qui sera, entre autres thèmes, à l’ordre du jour du deuxième Innovation for Financial Services Summit, co-organisé par le CRP et l’ISPIM ces — Septembre-Octobre 2012

prochains jours (voir encadré p. 106). En attendant la tenue de l’événement, le Luxembourg semble faire figure de bon élève, si l’on en croit les études à large échelle émanant des offices statistiques européens. En effet, son secteur financier serait parmi les plus innovants du pays. Une récente publication du Forum économique mondial corrobore cette tendance, en pointant l’innovation comme l’une des raisons expliquant la bonne compétitivité du pays — classé au 22e rang entre 144 autres. Derrière ces résultats positifs se cachent de réelles

stratégies d’affaires. C’est que l’enjeu est de taille : ne pas perdre – a minima – des parts de marchés dans un environnement concurrentiel. Et il suffit de lire les communications des institutions de la Place pour constater que leur engouement, pour proposer de nouveaux services à leurs clients, est bien réel. La BCEE « se réjouit ainsi du succès de son offre électronique, soulignant son avancée technologique. » Même écho chez BGL BNP Paribas, qui se défend de ne pas uniquement être une banque qui change dans un monde en mouvement, pour paraphraser son slogan. Si le processus


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Luc Frieden, ministre des finances

Photo: Olivier Minaire

« La concentration est essentielle »

Monsieur le Ministre, comment abordezvous la question de l’innovation à l’échelle de la place financière ? L’innovation doit être le fruit d’une réflexion permanente sur les adaptations à apporter au principal secteur de l’économie du pays qu’est la place financière. D’une manière générale, cette notion doit être envisagée, en tenant compte à la fois des aspects stratégiques et techniques. S’agissant de notre stratégie, nous voulons nous adapter constamment dans un monde qui change, tout en défendant une philosophie générale pour notre place financière. À cet égard, nous entendons respecter des règles de déontologie, couplées avec la régulation, pour éviter d’éventuels risques sur les marchés. D’un point de vue technique, il convient d’analyser les opportunités d’adaptations réglementaires, afin d’améliorer la performance des différents piliers de la place.

Accueil soigné, lumières adaptées et environnement feutré, les services innovants sont aussi des atouts pour séduire et fidéliser le client.

Concrètement, comment se déroule la coordination des projets en la matière ? La coordination générale est opérée au départ de mon ministère, en étroite collaboration avec des représentants de la Place que nous consultons régulièrement. Le haut comité de la place financière qui réunit, sous l’égide du gouvernement, régulateurs, associations professionnelles, acteurs majeurs du consulting et des cabinets d’avocats joue, à cet égard, un rôle essentiel en apportant des réflexions importantes. Des réflexions qui sont ensuite analysées, au sein de mon ministère, quant à leur opportunité et aux modalités

de leur mise en œuvre dans le cadre de la préparation des projets de loi. Sur base de notre stratégie que nous redéfinissions régulièrement, au vu des besoins, défis et circonstances constatés, toutes les idées sont donc les bienvenues pour rester compétitif et maintenir le niveau d’excellence du Luxembourg. Prévoyez-vous de créer une nouvelle structure permanente dédiée à l’innovation ? Ce n’est pas à l’ordre du jour, car j’estime qu’une telle structure est déjà en place. Luxembourg for Finance y joue un rôle important, en assurant une veille des marchés. Comme je l’expliquais, la concertation est essentielle pour innover. Elle implique une participation du secteur privé qui peut créer des services pour satisfaire la demande des clients. D’un point de vue technologique, beaucoup de développements devront être apportés dans le champ de l’IT, je pense notamment au cloud computing. Le ministère des Finances continuera pour sa part à créer les produits nécessaires. À l’instar des initiatives en faveur des family offices, du statut de Professionnel du Secteur des Assurances (PSA) ou encore des fonds patrimoniaux, je compte beaucoup sur notre démarche dans le secteur alternatif. En capitalisant sur notre bonne réputation et notre expérience dans les domaines des fonds d’investissement et du wealth management, la transposition de l’AIFMD devrait nous permettre de démontrer à nouveau notre capacité à innover. T. R.

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Réguler la créativité

« L’innovation ne se décrète pas, elle s’encourage, ajoute Philippe Chée. Nous entendons donc progressivement motiver l’ensemble de nos collaborateurs en organisant par exemple aussi des formations pour les fonctions non-managériales et en ajoutant une notion d’innovation dans leurs évaluations annuelles, à l’instar de ce qui est déjà fait pour les managers. » En attendant ces prochaines étapes, la banque luxembourgeoise se félicite d’ores et déjà de la reconnaissance de deux projets luxembourgeois, mais au niveau du groupe cette fois. L’Agence Europe (Kirchberg) et la mise en place de programmes d’aide RSE, dédiés aux ONG et associations, ont en effet reçu un Prix Groupe en 2012 — parmi quelque 600 projets déposés et 21 récompensés — dans la catégorie « réutilisation de projets » — l’innovation se recycle aussi — et « engagement citoyen ». Point commun entre les projets retenus par le jury : l’apport d’une valeur ajoutée. L’innovation doit donc faire partie de la stratégie de l’institution financière. « La compétition et la crise sont deux facteurs déterminants dans l’intérêt croissant des banques envers l’innovation, déclare Philippe Van Fraechem, Country manager de l’European Financial Management — Septembre-Octobre 2012

Photo: David Laurent / Wide

d’innovation est en cours au sein de l’entité luxembourgeoise, il prend actuellement la forme du concours Prix de l’Innovation instigué par le Groupe en 2006, et adopté au Luxembourg l’an dernier. « Ce concours qui récompense des projets existants et portés par des équipes souvent multidisciplinaires, est ouvert à l’ensemble des pôles d’activités du Groupe présents au Luxembourg, qu’il s’agisse du retail banking, des services wealth management ou encore de projets menés par les fonctions de support… déclare Philippe Chée, Head of Quality and Innovation chez BGL BNP Paribas. Cette action découle du programme « Esprit d’Innovation », qui s’inscrit lui-même dans un plan de promotion de la qualité, mis en place par le Groupe en 2006. » Cette année, 20 projets ont été retenus, soit 70 collaborateurs potentiellement récompensés dans des catégories variées : satisfaction client, satisfaction collaborateur, amélioration des processus internes… sans omettre la catégorie engagement citoyen et environnement, récemment créée. Des chiffres respectables, mais qui reflètent une concentration de l’innovation au niveau des fonctions managériales, ce qui est un relais evidemment essentiel pour propager une culture d’innovation sur le long terme.

Photo: Olivier Minaire (archives)

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Anne-Laure Mention, Head of Unit, Innovation Economics & Service Valuation, CRP Henri Tudor

« L’innovation ne se décrète pas mais s’encourage » Philippe Chée BGL BNP Paribas Luxembourg

Sommet

L’innovation mondiale à Luxembourg Organisé pour la seconde année consécutive par le CRP et l’ISPIM, l’Innovation for Financial Services Summit est l’un des événements à portée mondiale consacré au secteur financier. Pour le CRP, il s’agit d’un moment important de sensibilisation et de mise en relation des différents protagonistes. Quant au programme, outre les allocutions de différentes personnalités académiques ou représentants d’une industrie en particulier, des tables rondes se concentreront sur des sujets précis. L’événement se déroule les 20 et 21 septembre du CRP Henri Tudor, 29 avenue Kennedy, Luxembourg-Kirchberg. www.luxsummit.ispm.org

Philippe Chée, head of quality and innovation chez BGL BNP Paribas

Association. Mais il y a d’autres facteurs tout aussi importants : l’évolution de l’attente des clients en matière de relation avec leur banque, le besoin de regagner leur confiance, l’évolution technologique… ». À l’échelon mondial, l’étude Innovation in Retail Banking de l’EFMA révèle que l’innovation reste moins prioritaire que d’autres facteurs comme le risk management, la gestion des clients et des coûts. Et l’étude d’ajouter que les institutions, qui n’entament pas dès aujourd’hui une intégration de l’innovation au sein même de leur structure, éprouveront des difficultés pour se positionner sur le marché. Si les acteurs privés sont les moteurs du développement de nouveaux services, le gouvernement est une autre pièce maîtresse du puzzle. Un rôle que Luc Frieden, ministre des Finances entend jouer complètement. Outre les concepts de marketing et les questions d’image, il est donc question d’un véritable enjeu de compétition entre les différents centres financiers. En adoptant le mode de la bonne gouvernance et de la concertation, le Luxembourg aborde la question d’une façon proactive et raisonnée. Des prochaines étapes importantes révéleront si cette optique est la bonne. La transposition de la directive AIFM, relative au secteur des fonds alternatifs entrant en vigueur en 2013, en est une première, et de taille.


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Investissement alternatif

Redistribution des cartes La transposition de la directive européenne encadrant l’investissement alternatif permettra, dès 2013, à des non-banques d’obtenir un statut de PSF pour effectuer la garde des actifs non financiers. Les établissements de crédit verront leur pré carré envahi par des acteurs qui ont déjà le nez au-dessus de la barrière. Ils sont les victimes collatérales de la conquête, par la Place, d’un nouveau marché. Texte Pierre Sorlut Photo Jessica Theis

ela est passé inaperçu de bien des observateurs. Mais certainement pas des professionnels concernés. Le paquet législatif transposant la directive sur les fonds d’investissement alternatifs (plus connue sous le sigle AIFM) dans l’Union n’avait pas encore été soumis par le gouvernement à la Chambre des députés, que les fiduciaires et les domiciliataires luxembourgeois se mettaient déjà en ordre de bataille. Le projet est maintenant déposé (depuis le 24 août). Les Alter Domus, SGG et autres Vistra évaluent la possibilité qui leur sera offerte, par ladite loi, de postuler à un statut de professionnel du secteur financier (PSF) qui leur permettrait d’exercer le métier de dépositaire. Aujourd’hui, au Luxembourg, les banques jouissent d’un monopole sur ce marché. Est-ce pour autant le début d’un grand chambardement sur la Place ? Il convient de ne pas brûler les étapes. D’abord, cela ne concernera que les fonds détenant des actifs non financiers, et pour lesquels aucun droit au remboursement ne peut être exercé durant les cinq années qui suivent les investissements initiaux. Ensuite, les fonds ne doivent pas investir dans des actifs dont ils assurent la conservation, mais dans des émetteurs ou des sociétés non cotées. Cela s’appliquera donc aux fonds ou aux sociétés de capital-investissement, de capital-risque, de placements immobiliers ou ceux investissant dans l’art, un créneau sur lequel mise le Luxembourg. Ensuite, selon la directive, la garde des actifs ne pourra plus seulement être confiée à un établissement de crédit, elle pourra également l’être à une entreprise d’investissement qui fournit des services auxiliaires de garde et d’administration d’instruments financiers, ainsi qu’ « à une autre catégorie d’établissement, soumise à une réglementation prudentielle et à une surveillance permanente ». Ainsi, un article ajouté à la loi luxembourgeoise vient créer un statut de « dépositaire professionnel d’actifs autres que des

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Capter le retour on shore des fonds.

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instruments financiers ». Le titulaire dudit sésame devra répondre aux exigences fixées par la Commission européenne, portant sur les conditions d’agrément des gestionnaires, les exigences organisationnelles, les besoins en fonds propres (500.000 euros), les exigences en matière de liquidités et de risques, etc. Simone Delcourt, directrice à la Commission de surveillance du secteur financier, prévient : « La surveillance effectuée par la CSSF ne différera pas de celle appliquée aux autres catégories de PSF de la loi du 5 avril 1993, relative au secteur financier. » Le législateur luxembourgeois justifie cette ouverture du marché des dépositaires par « l’importance moindre de la fonction de conservation d’actifs financiers pour ce type de fonds. » Tiens… C’est écrit tel quel dans l’exposé des motifs de la loi. Ensuite – et la principale motivation est certainement là –, l’activité de garde n’est pas uniquement vouée aux seules banques dans d’autres États membres de l’UE, et notamment en Irlande. Dès lors, pour les autorités luxembourgeoises, « il semble judicieux de lever cette option dans la mesure où le Luxembourg entend se positionner comme un acteur de référence dans le domaine des fonds d’investissement alternatifs ». Le gouvernement souhaite en fait capitaliser sur la notoriété des fonds d’investissement spécialisés (Fis) et des sociétés d’investissement à capital risque (Sicar) made in Luxembourg, ainsi que sur une législation utilisant l’ensemble des possibilités offertes par le droit européen, pour attirer de nouvelles sociétés de gestion. Car le paquet législatif prévoit, en sus, un passeport européen qui permettra aux gestionnaires de prester leurs services de gestion et de distribuer leurs fonds dans tous les États membres de l’Union européenne, ainsi qu’un nouveau régime de société en commandite spéciale sans personnalité juridique, comparable au limited partnership anglais, connu également dans les juridictions du Delaware, de Jersey ou encore de Guernesey, qui ont historiquement accueilli les fonds alternatifs. De la sorte, les autorités luxembourgeoises souhaitent concurrencer les autres places européennes dans la volonté de capter le retour on shore (dans le marché régulé) des gestionnaires de fonds, consécutif à l’adoption d’AIFM. Pour l’instant,


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aucun nom de postulant à l’installation au Grand-Duché n’a filtré, mais des commentateurs signalent qu’on se presse au portillon. Sur l’autel de la protection des investisseurs ?

Mais la conquête de ce marché a un prix. Les banques dépositaires « historiques » seront les premières à le payer. Les nouveaux acteurs viendront empiéter sur leurs platesbandes. Si elles se consolent en pensant à l’intérêt général de la Place – selon Tom Weiland, director of Regulatory and Government Affairs chez RBC, « cette dérogation n’était pas souhaitée, mais elle est acceptable » – elles s’inquiètent surtout des parts de marché qu’elles pourraient perdre. Et certaines plus que d’autres, à en croire un observateur qui relève que les établissements de crédit qui avaient fait de la garde d’actifs non financiers leur métier, comme Brown Brothers Harriman ou Royal Bank of Canada, « avec un business model robuste », souffriront moins que celles qui « sont entrées sur le marché d’une manière plus opportuniste,

à la faveur d’une demande de la clientèle ». Olivier Renault, responsable pays de Société Générale Securities Services au Luxembourg, pense pour sa part que l’effet produit pourrait même être contraire à celui escompté par les dirigeants européens. Élaborée dans le fracas de la crise des subprimes et les ruines des hedge funds, la directive AIFM a été présentée comme un moyen de mieux protéger les investisseurs. « Je ne suis pas sûr que cela aille dans ce sens », juge le banquier. Ainsi, si certains comme Stéphane Haot, associé chez KPMG et spécialisé dans les fonds alternatifs, estiment que « la Place doit présenter aux asset managers les possibilités les plus complètes par rapport aux directives », l’accroissement de l’offre exercera irrémédiablement une pression sur les prix. Et les banques dépositaires traditionnelles craignent que cela nuise à la qualité de la surveillance ; l’un des aspects de la fonction de garde qui consiste à localiser les avoirs et à savoir dans quelle mesure ces actifs sont disponibles. Car quand le partner de KPMG envisage l’arrivée préparée et encadrée de nouveaux acteurs, d’autres voient

Des sociétés de services aux fonds pourront, demain, empiéter sur les plates-bandes de leurs actuels voisins et partenaires d’affaires. Voilà qu’ils sonnent la charge.

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Serge de Cillia (ABBL) : «C’est bien pour le PIB luxembourgeois »

Simone Delcourt (CSSF) : « La surveillance effectuée par la CSSF ne différera pas »

se profiler un risque opérationnel conjugué à un risque de réputation pour le Luxembourg. La Wirtschaftswoche avait retourné le couteau dans la plaie au début de l’année en rappelant la célébrissime affaire Bernard Madoff dont certains fonds étaient domiciliés au Luxembourg. L’hebdomadaire tançait alors : « UBS et HSBC ont aliéné leur fonction de banques dépositaires dans la conservation des titres. » Ou encore : « L’escroc américain a mis sous les projecteurs les faiblesses de ladite place financière. » La Commission européenne, elle-même, avait mis à l’index la responsabilité du dépositaire dans sa proposition d’aggiornamento de la directive régissant les organismes de placement collectif en valeurs mobilières, Ucits V, qui converge d’ailleurs vers AIFMD. Or, la responsabilité des dépositaires reste limitée à une obligation de moyens et non de résultat. Ainsi, selon le projet de loi transposant la directive sur les gestionnaires de fonds alternatifs, « le dépositaire n’est pas responsable s’il est en mesure de prouver que la perte résulte d’un événement extérieur échappant à son contrôle raisonnable ». Mais les professionnels redoutent qu’en cas de défaut du trustee, le PSF n’ait pas la surface financière pour faire face. Changement d’univers

Puisqu’il n’est pas (encore) question de catastrophe du genre, les fiduciaires et domiciliataires souhaitent bénéficier du changement d’univers des fonds alternatifs, de leur passage du non régulé vers le régulé. Et elles font plutôt état de leurs certitudes. « Alter Domus est concernée depuis les premiers tours de table, annonce Alexandre ProstGargoz, directeur private equity, et nous allons très logiquement nous positionner pour obtenir le statut de PSF dépositaire. » L’évolution paraît naturelle à la direction de la société qui effectue déjà l’administration centrale pour de gros fonds de capital-risque ou de real estate. En fait, Alter Domus, comme d’autres, se lance « p our ne pas se mettre en dehors du marché en n’offrant pas ce service ». Chez SGG, l’ambition est — Septembre-Octobre 2012

Photo : Étienne Delorme (archives)

Photo : Julien Becker (archives)

Photo : Olivier Minaire (archives)

Photo : Étienne Delorme (archives)

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Tom Weiland (RBC) : « Dérogation non souhaitée mais acceptable »

Alexandre Prost-Gargoz (Alter Domus) : «Très clairement un sujet sur lequel nous travaillons»

la même. « Très clairement c’est un sujet sur lequel nous travaillons », indique Arnaud Bon, responsable du département Fund Services. Mais les cadres dans les services aux fonds nient toute hostilité ou prédation. Leur ambition n’est pas vraiment d’aller chasser le client chez le concurrent. On ne change d’ailleurs pas de dépositaire du jour au lendemain. Alexandre Prost-Gargoz arrondit les angles : « Nous travaillons maintenant avec des banques dépositaires et cela se passe très bien. Il n’y a pas de raison de vouloir rapatrier à tout prix. Nous continuons à traiter avec des banques parce que, de toute façon, certains clients ne seront pas prêts à mettre leurs actifs chez un petit PSF local et préfèreront travailler avec un réseau bancaire international. » Les futurs entrants tentent d’ailleurs de rassurer sur la gestion des risques et les contrôles mis en place. On parle de « bonnes pratiques de marché » et on balaie d’un revers de la main l’éventualité d’un conflit d’intérêts. Les fiduciairesdomiciliataires privilégieront la création d’une filiale ad hoc. Car le dépositaire devra revoir et contrôler ce qui a été fait par l’administration centrale. Différentes alternatives se poseront donc aux promoteurs désirant installer leurs fonds alternatifs au Grand-Duché. Ils choisiront en fonction de leurs fonds et de l’offre. Certaines sociétés de services aux fonds attendent elles-mêmes de voir comment les protagonistes du marché envisagent la redistribution des cartes. Jan Vanhoutte, managing director de Vistra, « étudie toutes les facettes de l’évolution et se limite pour l’instant à des discussions ». À l’Association des banques et banquiers, Luxembourg (ABBL), Serge De Cillia ne peut, lui, cacher son irritation. Les banquiers devront dorénavant jouer des coudes et subir les dommages collatéraux de la conquête du marché de l’alternatif régulé. Mais il se fait une raison. « Il y aura du crossselling. C’est bien pour le PIB luxembourgeois. » En effet, les avocats et les services aux fonds peuvent d’ores et déjà se frotter les mains. La loi devrait être votée en décembre pour être applicable, vraisemblablement, en janvier 2013.


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Une semaine de tournage pour une minute de film Après avoir réalisé Le Gardien du nid en 2008, Olivier Pesch est en train de finaliser son deuxième court-métrage d’animation, Émilie. Produit par Samsa film, comme le premier, le film, destiné aux enfants, raconte l’histoire d’une petite fille habitant dans une décharge, avec son inventeur de père. Elle se lie d’amitié avec les singes qui y vivent et va devoir faire face à l’explosion de la machine de son père. Le plus impressionnant dans le film n’est pas son scénario, mais sa réalisation en stop motion. Cette technique traditionnelle d’animation, où l’on filme les personnages image par image en les faisant bouger progressivement, est extrêmement gourmande en temps et donc onéreuse : « Le tournage a duré 15 semaines pour un film de 15 minutes. Sans parler de la produc-

tion des marionnettes et des décors. » Chacune de ces figurines a coûté la bagatelle de 60.000 euros. Elles sont articulées de manière minutieuse, possèdent une série de visages interchangeables, en fonction des différentes expressions, et sont réalisées à base de mousse de latex et de silicone. À l’heure du numérique et de la 3D, Olivier Pesch pourrait passer pour un dinosaure. Il apprécie tant « le charme de l’artisanat, le toucher, les matériaux… » et constate que plusieurs réalisateurs importants vont sortir des films en stop motion, dont, en tête Tim Burton. Le réalisateur luxembourgeois envisage de réaliser un long métrage et ses carnets de croquis sont déjà remplis de personnages qui ne demandent qu’à prendre vie. http://pecspeck.blogspot.com

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Quelle est votre découverte de l’été ? Marc Hauser : Habitué à nous faire découvrir les nouveaux talents de la scène pop et électro, le programmateur de l’Exit07 apprécie cet « Anglais avec une grosse voix, qui n’a qu’un seul EP à son actif, Sleep paralysis ». Xavier Bettel : Le bourgmestre de la Ville de Luxembourg a littéralement « dévoré » les livres haletants de l’auteur américain de best-sellers. Il faut dire que l’auteur de Ne le dis à personne, « manie le suspense et les rebondissements ». Sarah Cattani : Avant de reprendre l’antenne de RTL Télé Lëtzebuerg, qui verra la création de l’émission « Generation Art », la journaliste a eu un coup de cœur pour ce village de Croatie. « C’est tellement perdu au milieu de petites îles que même des dauphins s’y égarent dans l’eau turquoise. »

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Isabelle Gales : conjuguer le vin au féminin « Quand je suivais des cours à l’école du vin à Paris, tous les profs étaient des femmes. Mais de retour au Luxembourg, j’étais souvent non seulement la plus jeune mais la seule femme. » Isabelle Gales est, depuis l’assemblée générale constituante cet été, la vice-présidente de l’Association Femmes et Vins Luxembourg, les LuciliVines, qui rassemble, sous la présidence d’Anouk Bastian, des professionnelles et des amatrices de vin. Vigneronnes, sommelières, responsables de la promotion du vin, journalistes, acheteuses, restauratrices… mais aussi toutes celles qui s’intéressent au vin, sous tous ses aspects. C’est donc un espace d’échange, qui tisse les liens entre ces différentes spécialistes et passionnées. Après une première soirée de découverte, c’est un dîner, accord

mets et vins, mené par la sommelière Dominique Rizzi, que les LuciliVines vont organiser. Isabelle Gales, née dans le domaine du même nom fondé en 1916, ne se destinait pourtant pas à travailler dans le vin. Historienne de l’art de formation, l’aînée de cette quatrième génération de viticulteurs n’a finalement pas résisté aux sirènes de la Moselle. Depuis un an, elle a intégré l’entreprise familiale. Elle entend y développer l’aspect touristique, avec notamment la mise en valeur des galeries souterraines spectaculaires des Caves Saint Martin, et prépare le centenaire de la maison. À cette occasion, elle espère pouvoir créer une cuvée spéciale de crémant. « J’envisage une bouteille plus ronde, plus féminine, et une cuvée équilibrée, avec des bulles très fines… »

Contacter LuciliVines au 23 69 82 95 (Domaine Mathis Bastian) ou au 23 69 90 93 (Caves Saint Martin)

Sucreries

Cuberdon Les Belges connaissent parfaitement ce bonbon à l’arôme de framboise et à la robe pourpre. Il croque sous la dent avant de délivrer son sirop sucré. Fabriqués artisanalement, les Cuberdons Léopold remettent au goût du jour cette recette authentique. À découvrir lors du Golf in the City, le 20 septembre. En vente dans les boutiques Smets.

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Atteindre la masse critique Utiliser le vélo en ville est une tendance lourde dans beaucoup de villes. Luxembourg suit le mouvement avec un léger retard et une certaine réticence. Pourtant, « la rue n’est pas aussi dangereuse qu’on le dit. Il faut se la réapproprier », affirme Steve Clement, qui fait partie du mouvement Critical Mass. Ce groupe informel suit une vague internationale, commencée à San Francisco et qui touche quelque 300 villes. L’idée est de rendre la rue aux

cyclistes et de sensibiliser les automobilistes à la présence des vélos. Critical Mass Luxembourg rassemble entre cinq et 30 personnes les derniers vendredis de chaque mois pour une promenade sans moteurs à travers la capitale : « C’est suffisant pour se rendre compte que les tracés des pistes cyclables n’ont pas été conçus par ceux qui les empruntent ou pour constater l’incivisme de certains automobilistes », conclut Steve Clement.

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DÉSIRS

interview

La divine comédie de Christophe de la Fontaine Non content de signer des pièces chez quelques-uns des éditeurs de design les plus prestigieux (Moroso, Rosenthal, Formagenda…), Christophe de la Fontaine, le designer luxembourgeois installé à Milan, crée sa propre maison. Bienvenue dans l’univers de Dante. Interview France Clarinval Photo David Laurent / Wide

ent iche fiÈrem . Fontaine aff la de d me Close  e ol h H   c Christop tions, le sa Éa cr s re s derniÈ l’une de se ge. on au voya ti ta vi in Une

Vous avez commencé par des études de sculpture au Lycée des Arts et Métiers. Qu’est ce qui vous a poussé vers le design ? « Suivre une filière purement artistique me paraissait risqué, ainsi qu’à mes parents. Le design allie la créativité et la liberté de l’artiste, qui se doit d’être appliqué et de vivre en relation avec le monde industriel. C’était donc une voie ‘acceptable ’. Vous avez travaillé pendant plusieurs années avec Patricia Urquiola, une des figures du design italien. Comment est-ce arrivé ? « Avant la fin de mes études, j’ai fait plusieurs stages. Un à Londres, dans un bureau de design industriel, un autre à Milan dans le bureau de Piero Lissoni, où Patricia était responsable du département design. Ensuite, avec Stefan Diez, nous avons voulu nous lancer et nous avons pris un stand au — Septembre-Octobre 2012

Salone Satellite, partie ‘  jeune ’ du salon du meuble de Milan. Nous avons gagné un prix en 2002. À ce moment-là, Patricia Urquiola, qui lançait son propre studio, m’a proposé de la rejoindre. Qu’avez-vous appris à ses côtés ? « Très vite, j’ai été en première ligne avec elle. Nous allions à la rencontre des industriels pour qui nous concevions des pièces. Puis, des fabricants les réalisaient. Grâce à elle, je me suis constitué un solide bagage pour comprendre comment les choses se passent à l’intérieur, comment les éditeurs, y compris les grandes maisons, fonctionnent. Travailler aux côtés de Patricia m’a aussi permis d’avoir confiance en moi ainsi qu’en mes inspirations. Je sais que la ‘casserole à idées’ ne se vide jamais. Il faut, en revanche, être en mesure de traduire ces idées en produits.


DÉSIRS

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Le chandelier Shining est une réminiscence des anciens candélabres avec réflecteur.

Photo : © Dante

Il est posé sur l’étagère modulable And so on.

Le fauteuil El Santo Libre est en cuir robuste et confortable. Il est inspiré des masques des catcheurs mexicains.

«Toute la collection a été produite par des fabricants et artisans de très haute qualité » Depuis 2010, vous avez votre propre studio, toujours à Milan. Quelles relations établissez-vous avec vos clients ? « Au fur et à mesure du temps, les clients, des entreprises industrielles de plus ou moins grande envergure, deviennent des familiers, des personnages. Une relation forte s’établit. C’est très important, parce que ce n’est jamais facile de transmettre et de défendre son idée. C’est une lutte pour laquelle il faut trouver le juste équilibre entre le calme et la force. Le but n’est pas d’arriver à un compromis mais de trouver le moyen de faire comprendre que l’idée est bonne, qu’elle apporte une solution en adéquation avec la marque, son histoire, les matériaux qu’elle plébiscite… Peut-on parler d’un style qui vous est propre ? D’une philosophie du design ? « Définir un style doit se faire de l’extérieur. Mon fonctionnement est de toujours commencer par des recherches personnelles. Il ne s’agit pas seulement de trouver une solution pour répondre à un problème, mais d’observer, d’analyser et de rechercher la manière dont l’objet va apporter quelque chose de nouveau aux utilisateurs. Mon ambition est de susciter une émotion chez le consommateur : le toucher, le séduire, l’étonner… Voilà donc que vous lancez, avec Alyn Langreuter et Benjamin Hopf, votre propre maison d’édition, Dante. « Nous avons décidé de mettre nos compétences – Alyn est artiste et Benjamin designer – et nos univers en commun. L’idée n’est pas d’imiter les grandes marques ou de copier certains petits éditeurs, mais de trouver notre propre niche. Quelle est-elle ? « Dante repose sur trois idées fortes. D’abord, nous ne voulons pas seulement créer des meubles, mais élargir la gamme vers des accessoires, des objets, ou vers l’univers de la mode ou de l’art. Ensuite, nous positionnons nos produits sur plusieurs niveaux de lecture – d’où le nom de Dante, à cause des cercles qu’il décrit. Ainsi, en plus d’être des objets, ils ont une histoire à raconter. Ils ne sont pas uniquement destinés à être distribués dans les circuits du meuble, même si la marque a été lancée au Salon du meuble de Milan. Galeries d’art, concept stores, maga-

sins de mode ou de meubles peuvent être intéressés. Enfin – l’aspect le plus original du projet – nous invitons, pour chaque collection, une personnalité hors du champ du design pour nous inciter à nous réinventer, à donner du sens à nos objets. Que vous a apporté la collaboration avec Christopher Roth, votre premier invité ? « Il a apporté son univers ultra référencé qui a orienté la création de deux objets, plus artistiques que décoratifs : le premier est une hache, dont le manche ressemble à une embrasse de rideau, et le second est un masque, qui peut être porté en chapeau. L’univers visuel du catalogue est également placé sous son influence : photos anciennes, présence de Carl Jung ou de Ballard… Cette collection dépasse celle du mobilier… « Oui. Il y a des meubles – une étagère, un fauteuil, une table basse – mais aussi des objets plus artistiques et d’autres plus pratiques, comme les vases, le chandelier ou le sac de voyage. Nous espérons créer des standards qui pourront être déclinés dans d’autres matériaux, couleurs ou dimensions. Votre collection a été fabriquée en Italie ? « Toute la collection a été produite par des fabricants et artisans de très haute qualité, dans la région de Milan. Ils travaillent généralement pour les plus grandes marques de mobilier, d’accessoires ou de mode. Par exemple, le sac Hold me close a été cousu dans les ateliers qui travaillent aussi pour Chanel, Saint Laurent ou Cassina. Comment les avez-vous convaincu de travailler pour une nouvelle marque, encore inconnue ? « J’ai la chance de les connaître et d’avoir leur confiance pour avoir souvent travaillé avec eux par le passé. De plus, nous sommes en période de crise et il y a beaucoup de gens qui veulent du travail. Enfin, ces artisans aiment les défis, recherchent la nouveauté et ont la volonté de toujours trouver des manières d’être meilleurs. » Tout le mois d’octobre, Christophe de la Fontaine exposera ses créations dans le cadre du Red Box, chez Carré Rouge, 119, rue de Hollerich à Luxembourg La collection Dante est en vente au Schwop ! de la galerie Lucien Schweitzer, 24, avenue Monterey à Luxembourg (Centre)

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Septembre-Octobre 2012 —


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DÉSIRS

e l y t S ch wat

tte ng u e a g ui l u b l e d me siness C ors e thè ous l erJam Bu acances l ktail, s t i a C’ét e le pap é et les v mer Coc n. a m qu ait l’ét chum el Su r céléb aditionn rasserie S ur-là ? e jo n tr aB de so anisé à l ez-vous c o rg e p o r t i Qu

Céline tient un sac Valentine

— Septembre-Octobre 2012


DÉSIRS

Septembre-Octobre 2012 —

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DĂ&#x2030;SIRS

GĂŠraldine porte une veste Massimo Dutti sur une robe Maje

Marc a mis des bretelles H&M et Anne une robe Stella Forest

Anne porte un top Hessnatur et Jim un pantalon Nudie

Anne-Catherine porte une robe Mina UK

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Directeur de la publication Mike Koedinger Rédacteur en chef Jean-Michel Gaudron Conseiller éditorial Marc Gerges Directeur artistique Maxime Pintadu ISSN 1992-4275

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Prochain numéro : 18 Octobre 2012

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ICT Porté par les efforts du gouvernement, le secteur veut se positionner comme un des piliers de la diversification économique du pays.


INDEX

Index A ABBL 40, 108 Aberdeen Immobilier 37 Aberdeen Asset Management 71 Abitare 125 ABN Amro Life 90 Academy & Finance 20 Aceralia 86 ACL 32 Adem 25 Aéroport de Luxembourg 32 Agora 103 Albert II de Monaco 60 Alcatel-Lucent 92 Alter Domus 108 Altlantic Fund Services 90 Amazon 16, 40 Amazon Web Services 16 Amundi 10 Anton Paar Optotec 74 AOL 40 Apple 16, 40 Apsi 92 Arbed 86 Arcelor 86 ArcelorMittal 80, 86 Aremi 40 Asselborn Jean 38

B Banque Degroof Luxembourg 77 Barnes & Noble 16 Baudouin 1er 54 Bayer 40 BBC 25 BCEE 104, 131 BCL 80 BDO 62 Belval Plaza 69 Benelux Taxis 32 Berg-Koenig 62 Bern Stéphane 60 Bernardini Jean-Claude 80 Bettel Xavier 20, 32, 60 BGL BNP Paribas 20, 97, 104 38 Biltgen François BlackRock Luxembourg 90 BMW 27 Board of Economic Development 50 Bodry Alex 54 108 Bon Arnaud Brandt David 20 Brasserie Nationale 62 Brasserie Simon 62 Brasseur Anne 54 Brown Brothers Harriman 108 Budzin-Dang Aurélie 40 Bugatti 40

387 personnalités & entreprises ont été citées sur les 132 pages de ce cahier « Économie & Finance ».

C Calçada Jean 92 Capitalatwork 89 Caramba Sàrl 73 Caramba Sud 73 Cargolux 73 Castagne Pierre 90 Caterman 62 Caves Bentz 62 Caves Bernard-Massard 62 CD-PME 94 Centre Culturel du Tramsschapp 20 Centre de Veille Technologique 74 Certinomis 94 Cerveira Tito 32 Cetrel 99 CFL 20 Chambre de Commerce 50 Chambre des députés 20, 54 Charlotte Grande-Duchesse 54 Chée Philippe 104 Chugh Davinder 86 CinéBelval 73 CIS 104 Cisco 94 Citroën 23 CLC 92 Clearswift 94 Coiffure Raths 62 Colux 32 40 Com Laude Commission de Promotion des Vins 31 Commission des institutions et de la révision constitutionnelle 54 Commission européenne 80 Comodo 94 Confiserie Namur 62 Conseil d’État 50, 54 62 Création d’ambiances CRP Henri Tudor 20, 74, 104 Cruz Elisabeth 92 CSSF 108 CSV 54 CTG 107

D Davidson Nicola 86 De Cillia Serge 108 de Jonghe d’Ardoye Charles 40 de Lannoy Stéphanie 60 Dekker Philip 73 Delagardelle-Law 57 Delcourt Simone 108 Deloitte 12, 90, 40 Delphi 80 Deutsche Post 94 Devimo Consult 69 Devis Gaël 92 Diderich Anne 16 Diederich Jean 92 Diekirch 62 Directi 40 DiRosa Julie 92 Domaine Alice Hartmann 62 Donuts  40 DP 54 Duhr Thierry 60

E eBay 40 eBrandServices 40 eBRC 20 Echo des entreprises 80 E-connect 25 EFMA 104 Elisabeth II Reine 54 Elvinger Jacques 90 Elvinger, Hoss & Prussen 90 Enovos 86 Enterasys 111 Entreprise des P&T 20, 62, 70, 94 E-Postbrief 94 Ernst & Young 32, 40, 92 Ernster Fernand 16 État luxembourgeois 48 EuroHub Sud 25, 38 Euroscript 92 Expeditors 73

F Facebook 40 Fédération des libraires 16 Fédération des Patrons Loueurs de Taxis et d’Ambulances 32 Fédération nationale des hôteliers, 60 Fedil 80 Ferrero 40 Financial Times 92 54 Flesch Colette Fleurs Kill 62 Fond National de Recherche 74, 79 Forum économique mondial 74 Foyer 20 France 2 25, 60 Francis Yves 90 Frazer-Nash 32 Frieden Luc 50, 90, 104

G Gallé Olivier 32 Garage Chlecq 14 Genii Group 32 GlaxoSmithKline 40, 104 Goeres Horlogerie 4, 5 Gonçalves Jaime 32 Google 40 Groupe Charles Kieffer 43 Guillaume Grand-Duc héritier 50

H Handelsblatt 25 Haot Stéphane 108 Harvard Business Review 60 Haut Comité de la place financière 104 Hennico Charles 86 Henri Grand-Duc 54 Hermant Michel 92 Hermes 6, 7 Hetto-Gaasch Françoise 60 Heuschling Luc 54 Hirsch Sylvain 40 Hoeger Christine 16 Horesca 60 Horlogerie-bijouterie Jacques Molitor 62 HSBC 108 Hun Economics 20 Hunt Andrew 20

I IBM 104 IC7 92 Icann 40 Imprimerie Albert Lux 62 InBev 62 Indeca 40 Insead 74 Inspection générale des Finances 38 Institut Annette Weber-Krier 62 Interconnect 40 Interisle 40 Inter-Taxis 32 IP Twins 40 Ireland Luxembourg Chamber of Commerce 20 Ironport 94 Isogreen 62 ISPIM 104

J Jacobs Marie-José 20 Jean Grand-Duc 54 Jeanne-Coiffure 62 Josy Juckem – Jucalux 62 Josy Welter 62 Juan Carlos 54 Juncker Jean-Claude 20, 38, 54, 60

Dans cet index sont repris les entreprises, les personnalités et les publicités apparaissant dans ce cahier.

Septembre-Octobre 2012 —

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INDEX

K Kamigama Takehiro 50 Kammerer Kurt 94 Kapoor Anish 86 Kariger Claudine 40 Keynectis 94 Kneip Gary 92 Kobo 16 Konzerthaus, Vienne 70 KPMG 40, 108 Krecké Jeannot 25, 32, 50, 94 Kronospan 80 Krüger Jan-Kristian 74 Kuhn 62

L La Provençale 62 Lampe Sigmar 74 Lassner 1-2-3 62 Lay Rob 90 Leclercq Françoise 90 Legitech 35 Lenihan Donal 20 Léonard Sœurs 62 Léonelli Claire 40 Les Domaines de Vinsmoselle 62 Les Echos de l’Industrie 80 Lewszyk Roman 90 Librairie Diderich 16 Librairie Ernster 16 Linster Léa 60 Lopez Gerard 32 Louis Vuitton 132 LPG Fiduciaire 16 LSAP 54 Luxair 8 Luxembourg city tourist office 60 Luxembourg for Business 50 Luxembourg School for Commerce 74 Luxembourg Trade and Investment Office, San Francisco 50 Luxexpo 117 2, 3, 94 LuxGSM Luxinnovation 74 Luxlait 62 LuxReal 20 Luxro et Cie – Schroeder 62 Luxtrust 94 Lyris 94

M Mach 70 Madoff Bernard 108 Maison Moderne 129 Mangrove Capital Partners 32 Marie-Adélaide GrandeDuchesse 54 Marks&Clerk Luxembourg 74 Maroquinerie du Passage 62 Maroquinerie Keller 62 Massard Raymond 73 McAfee/Intel 50 Mention Anne-Laure 104 MetroCab 32 Meyers Paul-Henri 54 Michel Greco 85 Microsoft 40 Middleton Catherine 60 Ministère d’État 48 Ministère de l’Economie et du Commerce extérieur 16, 74, 80 Ministère des Classes moyennes et du Tourisme 25 Ministère des Finances 38 Ministère du Développement durable et des Infrastructures 32 Mittal Aditya 86 Mittal Lakshmi 86 86 Mittal Steel Mobey 92 Molitor 40 Monti Mario 20 Mouget Didier 44 Müller Ulrich 74 Multi Clean-Services (Prestige) 62 Musée National des Mines 73

N Naske Matthias 70 Nixon Gordon M. 50 Nokia 104

O Oberweis 62 OCDE 80 Office de la Propriété Intellectuelle 74 OGBL 80 OMPI 74 ONT 25 Optilor 62 20 Orr David Otellini Paul 50

Q Quazzotti Serge

T 74

R Radcliffe Geoff 90 Radu Razvan-Petru 20 Rakuten 16 RBC 108 RBC Dexia 50 Read Giles 86 Regenwetter 62 Regify 94 Renault Olivier 108 Retter Guy 92 Ries Jean 80 Rix Alain 60 RMS 92 Rose Peter 73 Rosu Stefan 70 Royal Bank of Canada 50 RTL 60

S Santer Jacques 90 Schlesser Gilles 74 Schmid Volker 94 Schmit Georges 50 Schmit Nicolas 25 Schmit Steve 60 Schneider Étienne 16, 20, 25, 38, 73, 80 Scholtus Mariette 25 80 Schuller Guy SecureIT 92 Servior 91 Sette Antonio 92 SGG 108 Smuggler-Orphée Longchamps Luxembourg 19 SNCI 94 Soclair Équipements 62 Soisson Nicolas 80 Sony 16 Sources Rosport 62 Sparinvest 20 Starbucks 16 Statec 25, 80 Steptoe & Johnson 40 Stiernon Frédéric 92 Stoll, Maître-Matelassier 62 Swiss Life 20 Symantec 94

Tapis Hertz 62 Taxis.lu 32 TDK 50, 80 Tekom 92 Telindus 92 Tesch Daniel 32 Thai Celadon 119 Thawte 94 Thelen Carlo 50 Thill Fernand 92 Thomson Reuters 90 TLDH/Minds & Machines 40 Traiteur Paulus 71 Twitter 40

U UBS 108 UBS Global Asset Management 90 Uniregistry 40 Université du Luxembourg 54, 74, 80 Usinor 86

V Valideus 40 Vanhoutte Jan 108 Villemin Jean 73 Villeroy & Boch 62, 80 69 Vinci Park Services Vistra 108 Voltage 94 Volvo 29 Voyages Émile Weber 32, 62

W Web-Taxis 32 Weiland Tom 108 Wildgen Albert 60 William Prince 60 Wirtschaftswoche (ital) 108 Wiseler Claude 32, 38 Wittstock Charlène 60

Y YellowCab 32

P P&T Capital 94 86 Paul Wurth Perbal Séverine 74 Pereira Pedro 32 Pharmacie Centrale 62 70, 90 Philharmonie Pierre Philippe 92 Poireau Frank 92 Polverari Luca 74 Porsche 40 Privacy Harbor 94 Prost-Gargoz Alexandre 108 PwC 44, 92, 93, 94

— Septembre-Octobre 2012

Z ZDF 60


2006

2008

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actualité ÉCONOMIE & politique entreprises place financière

i opi n

on

Peur Texte Marc Gerges

L’

architecture témoigne indéniablement des époques. Futuriste, réactionnaire, éphémère ou intemporelle, elle est aussi le symbole des états d’âmes d’une société et de ses décideurs politiques. Ceci vaut aussi pour le Luxembourg où les grands ouvrages publics ou projets urbanistiques semblent parfois sortir d’une autre époque. Le Mudam et la Cité judiciaire sont deux exemples parmi d’autres. Lorsque l’architecte Ieoh Ming Pei a dessiné les plans du Mudam sur les fondations des anciennes fortifications, il ne se doutait pas qu’il fallait – à cause de l’opposition farouche de défenseurs de vieilles pierres – attendre une décennie avant le début des travaux, en 1999. En 2006, lors de l’ouverture du musée, la coupole en verre sortie tout droit des années 80 était déjà surannée. Du moins, témoigne-telle d’un modernisme devenu désuet, donnant un autre écho à l’appellation officielle « Musée d’Art Moderne ». Comme si on voulait cacher toute idée progressiste qui pourrait jaillir de ce lieu consacré à… l’art contemporain. Cet épisode est la matérialisation du malaise profond de l’être luxembourgeois : ce conservatisme inné qui le fait se réfugier dans — Septembre-Octobre 2012

la nostalgie et l’immobilisme, par peur non pas du progrès en soi, mais de l’inconnu qu’il véhicule. Avec la Cité judiciaire, ce symbolisme franchit le pas de la nostalgie et du conservatisme vers la réaction. Au début du 21e siècle, le pouvoir judiciaire du GrandDuché s’est en effet établi dans une cité, bien que nouvellement construite, aux allures quasi médiévales. Entre tours et tourelles, on cherche en vain la potence, mais il est facile de s’imaginer geôles, cachots et mitards derrière les saillies, les portes d’entrée monumentales et les fenêtres réduites. Une architecture meurtrière pour l’image d’un pilier essentiel de l’État de droit, d’un garant de la démocratie, mais qui reflète malheureusement l’entendement commun de la société. Le pouvoir politique, exécutif ou législatif est à l’image de ces exemples. Le chef d’État joue actuellement un jeu dangereux par ses immixtions politiques, renouant ainsi avec les pratiques de ses prédécesseurs du 19e siècle. Quant au gouvernement, il se meut dans l’immobilisme depuis que la crise frappe, aussi, le Grand-Duché. Il y a certes des effets d’annonce et des discours. Mais dans les faits, à défaut de pouvoir faire revivre les années fastes, c’est l’attentisme qui prévaut.

Les députés suivent, eux-aussi, ce nonmouvement, en se livrant à des débats de façade au Parlement, d’ailleurs – autre symbole s’il en est – abrité dans une annexe du Palais grand-ducal. Même les forces soi-disant progressistes à l’exemple des syndicats, ont depuis longtemps rejoint le camp conservateur, en prônant le maintien des acquis avant quelque changement que ce soit. L’être luxembourgeois doit être allergique au changement… Et il transmet cette aversion à des décideurs portés par une volonté électoraliste. Un malheur car, comme pour son architecture dépassée par son époque, le débat politique comptabilise plusieurs batailles de retard. Et les conséquences risquent d’être fatales. Un exemple : la révolution de l’accès au savoir par Internet qui change en profondeur le marché de l’emploi n’est une réalité guère appréhendée dans les débats autour de la réforme de l’éducation nationale, par les syndicats d’une génération d’enseignants qui se recroqueville dans son propre univers de connaissance. L’architecture est un symbole : le Luxembourg n’a construit qu’une seule Philharmonie, mais les Mudam et Cité judiciaire sont plus nombreux…


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paperJam economie & finances septembre octobre 2012  

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