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MOIEtienne :

QUI FAIT QUOI ?

Bovey

Quand nous croyons, Christ vient par son Esprit vivre et œuvrer en nous, dit la Bible. Oui, mais voilà: cette nouvelle cohabitation peut poser problème. Parfois, nous peinons à distinguer entre ce qui est de notre ressort et ce qui devrait être laissé entre les mains de notre Maître. Quelle place lui donner? Comment coopérer avec lui? Qui fait quoi? Jusqu’où sommes-nous responsables de notre vie? Confronté depuis sa jeunesse à ces questions complexes, l’auteur, ancien chirurgien de la rétine, témoigne de ses difficultés et raconte tout son cheminement pour arriver à une position saine et équilibrée. Cette démarche s’est accompagnée d’une analyse approfondie des textes bibliques qui pouvaient prêter à confusion. Le résultat de cette étude est proposé ici dans une approche accessible à tous.

CHRIST EN MOI : QUI FAIT QUOI ?

EN

Etienne Bovey

CHRIST

Etienne Bovey

CHRIST MOI :

EN

QUI FAIT QUOI ?

CHF 13.90 / 10.90 € ISBN 978-2-8260-2036-3

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Etienne Bovey

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Christ en moi: qui fait quoi? © et édition: Scripsi, 2018 Chemin de Praz-Roussy 4bis 1032 Romanel-sur-Lausanne, Suisse Tous droits réservés. E-mail: info@bible.ch Internet: http://www.maisonbible.net Sauf indication contraire, les textes bibliques sont tirés de la version Segond 21 © 2007 Société Biblique de Genève http://www.universdelabible.net Image couverture: © MirMar – stock.adobe.com ISBN édition imprimée 978-2-8260-2036-3 ISBN format epub 978-2-8260-0384-7 ISBN format pdf 978-2-8260-9626-9


Table des matières

Préface................................................................................................. 7 Première partie. Mon témoignage de vie..................................................................... 9 1. Introduction......................................................................... 11 2. Mon parcours de vie........................................................... 15 3. Des réponses à mes questions........................................... 47 4. Faisons un bilan!................................................................. 73 Deuxième partie. Une transformation nécessaire...................................................... 77 1. Une humiliation nécessaire............................................... 81 2. Une élévation nécessaire...................................................101 3. D’autres aspects de la transformation du croyant........ 107 Troisième partie. Vivre et travailler dans le royaume de Dieu.............................. 135 1. Le Maître nous a-t-il laissés tout seuls?.......................... 139 2. Quelle est ma place dans le royaume?............................ 143 3. Les principes du royaume................................................ 149 4. Le difficile exercice de la prière....................................... 167 Epilogue.......................................................................................... 177 Annexes...........................................................................................181 Bibliographie.................................................................................. 183 Du même auteur............................................................................ 185


2. Mon parcours de vie Les monitrices de l’école du dimanche ont eu fort à faire avec moi. Si le petit bonhomme de sept ans que j’étais alors savait écouter et poser des questions intelligentes, prouvant par là qu’il suivait tout de même l’enseignement, la plupart du temps il réussissait à faire rigoler tout le groupe et à perturber sérieusement le déroulement de la leçon. C’est ainsi qu’un dimanche sur deux, je me retrouvais assez rapidement derrière la porte. J’imagine volontiers que les monitrices auraient été bien contentes de me rayer de leur liste. Mais ce n’était guère envisageable, car nous faisions partie d’une église1 libre confessante et mes parents en étaient d’honorables paroissiens. J’aime à raconter cette histoire, afin d’encourager ceux qui enseignent les enfants. Ne perdez pas courage car les petits trublions de mon espèce peuvent changer et devenir des chrétiens engagés plus tard! Vers l’âge de dix ans, quelque chose a effectivement changé et je ne saurais dire pourquoi. Même si cela reste encore un mystère, je ne cesse de remercier le Seigneur qui m’a accueilli si jeune et a continué de cheminer avec moi. Chaque soir, je lisais un passage 1.  Je mets une minuscule au mot église lorsqu’il s’agit d’une communauté locale et un E majuscule lorsque je parle de l’Eglise en général.

Mon parcours de vie

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de la Bible, indiqué dans un petit journal pour enfants qui était édité par la Ligue pour la Lecture de la Bible. Les textes étaient bien choisis et les commentaires adaptés à mon âge. A la fin d’une journée bien mouvementée, ce temps de méditation était pour moi un havre de paix, un moment intime auquel je tenais. De temps en temps, ma mère venait prier avec moi et nous chantions un cantique. Souvent, nous reprenions ce vieux chant protestant qui commence ainsi: «Toi qui disposes de toutes choses et nous les donnes chaque jour, reçois, ô Père, notre prière de reconnaissance et d’amour.» Ce chant m’a accompagné tout au long de ma vie; et plus d’une fois, lors de coups durs et de tempêtes, il m’est revenu en mémoire et m’a rappelé en quelque sorte les origines de ma foi. Plus j’avance en âge, plus je suis touché et reconnaissant de tout cet héritage spirituel. Un héritage qui remonte encore plus haut, à mes grands-parents, mes arrière-grands-parents… Un véritable cadeau. Et je me demande encore souvent comment et pourquoi j’ai pu m’approprier toutes ces bénédictions. Cet héritage ne m’est pas venu de la famille seulement. Il m’a été transmis également par d’autres personnes que le Seigneur a mises sur ma route. J’aimerais ici rendre hommage à mon ancien professeur de mathématiques au collège. Chrétien engagé, il a organisé pendant de nombreuses années une rencontre hebdomadaire extrascolaire pendant la pause de midi. Nous nous retrouvions avec plusieurs élèves pour entendre un conférencier donner son témoignage, ou pour lire et méditer ensemble la Bible. Ce grand frère dans la foi m’a beaucoup aidé dans ma croissance spirituelle. Je ne puis citer ici tous les autres «grands frères» ou 16 \

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«grandes sœurs», qui ont été de magnifiques guides. Je leur dois une profonde reconnaissance. A l’âge de seize ans, je me suis fait baptiser. Ce fut un grand moment, qui répondait à un désir authentique de suivre le Seigneur. Ce baptême m’a poussé encore plus loin dans le chemin d’obéissance au Christ. C’est à cette époque que je suis devenu moniteur d’école du dimanche. J’ai alors réalisé combien on pouvait s’enrichir tout en donnant aux autres. J’ai eu aussi fort à faire avec quelques enfants indisciplinés. Deux d’entre eux sont devenus pasteurs! L’histoire se répète! Jusque-là ma vie spirituelle ne me posait pas de problème particulier. Mes activités à l’église étaient bien cadrées et ne m’empêchaient nullement de consacrer une grande partie de mon énergie à mes études. On pourrait dire que ma vie était relativement bien équilibrée. Les choses ont commencé à se gâter à l’âge de dix-neuf ans. J’étais alors loin d’imaginer que ce qui allait être pour moi une grande bénédiction me conduirait également dans un long chemin de souffrance. Que s’est-il passé?

Ils parlent en d’autres langues! C’était un beau jour d’été. Mon ami Claude et moi étions affalés dans un bateau gonflable à l’écart du rivage. La conversation était captivante. Claude me racontait ce qui se passait à la Vallée de Joux. Un nouveau réveil religieux se développait dans cette région. Des chrétiens se sentaient poussés à prier ensemble avec une ferveur nouvelle et expérimentaient des choses bizarres: Mon parcours de vie

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certains parlaient dans des langues qu’ils ne connaissaient pas, d’autres disaient de la part de Dieu des messages adressés soit à une personne en particulier soit à l’assemblée tout entière. Jamais je n’avais entendu parler de tels phénomènes dans mon église.1 Ma première réaction fut mitigée. Ces gens me semblaient un peu fous et en même temps quelque chose m’interpellait. Il fallait absolument vérifier toutes ces informations. Je décidai donc de relire l’Evangile de Jean et le Livre des Actes, en m’intéressant tout particulièrement à l’œuvre du Saint-Esprit chez les croyants de l’époque. Je n’oublierai jamais cette après-midi de lecture fébrile. Quel ne fut pas mon étonnement de trouver autant de références au Saint-Esprit. Ce que ces gens expérimentaient à la Vallée semblait correspondre au vécu des premiers chrétiens. Ils n’étaient donc pas fous! Mais tout cela paraissait bien étranger à mon propre vécu et je ne savais qu’en penser. Il y avait cette après-midi-là d’abondants nuages noirs sur le Jura et pourtant le soleil brillait à travers une petite ouverture dans les nuages et éclairait ma chambre. J’eus à cœur de sortir pour admirer ce contraste saisissant. De l’autre côté de la maison, il y avait un magnifique double arc-en­‑ciel. Phénomène banal, évidemment! Et pourtant, ce jour-là, il prit pour moi une signification toute particulière. Une petite voix en moi me dit ceci: «Je suis avec toi. Tu es sur le bon chemin. Continue ta recherche jusqu’au bout.» Je suis rentré dans ma chambre et ai avalé les chapitres du livre des Actes avec une ardeur nouvelle. Il y avait en 1.  L’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud, née de la fusion en 1966 de l’Eglise libre et de l’Eglise nationale.

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moi ce sentiment extraordinaire d’entrer dans une aventure palpitante hors du commun. C’était très stimulant!

Mon premier contact avec des pentecôtistes Comment poursuivre ma recherche? J’appris qu’une sœur diaconesse de Saint-Loup, travaillant à Nyon, allait régulièrement au culte dans une église pentecôtiste. Le dimanche suivant, nous partîmes ensemble dans sa petite coccinelle tonitruante. Nous fûmes accueillis par des gens qui donnaient l’impression d’être heureux de se rassembler et heureux de nous compter parmi eux ce dimanche matin. L’aventure commençait bien! La maison était un peu vieillotte et ne ressemblait en rien à nos lieux de culte traditionnels. Il y avait pourtant des bancs d’église alignés dans une salle, qui devait être un ancien salon. Il y avait même une chaire. Le culte était présidé ce jour-là par une femme d’un certain âge. Sa manière de parler n’avait rien de commun avec ce que je connaissais dans mon église. Ses phrases étaient souvent ponctuées par des alléluias, si bien que j’eus beaucoup de peine à contenir un fou rire. Si l’ambiance paraissait festive, le culte était cependant empreint de sérieux. La prédication fut belle et profonde. Les prières des participants m’impressionnèrent par leur spontanéité et leur ferveur; j’avais le sentiment qu’ils étaient tous des professionnels. Expérience étonnante que ce premier contact avec des pentecôtistes! Un premier pas était franchi. Mon parcours de vie

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Je faisais partie d’un groupe de jeunes intercommunautaire à Nyon. Un groupe très vivant qui avait à cœur l’évangélisation des jeunes, et tout particulièrement de ceux qui étaient en difficulté. Chaque semaine, après un temps de préparation dans la prière, nous sortions deux par deux dans les rues de la ville distribuer des petits traités chrétiens1 et donner notre témoignage. Nous étions inexpérimentés et naïfs de penser changer la vie de jeunes en difficulté. Certains étaient d’ailleurs des drogués de longue date. Et pourtant notre témoignage portait ici et là des fruits. Le groupe s’agrandissait et notre foi se renforçait. Il y avait en ce temps-là, dans la région, un jeune évangéliste des rues. Cet homme avait un aplomb incroyable; il n’avait pas honte de se mettre à genoux en pleine rue pour prier avec quelqu’un. Du jamais vu dans notre respectable cité! En le voyant, il y avait de quoi être décontenancé. Et pourtant cet homme m’interpellait par son engagement; il était mû par une force spirituelle que je n’avais pas. Bien qu’engoncé dans mon éducation calviniste, j’étais attiré par cette vie débordante et avais envie d’en savoir plus. Lors d’une soirée de prière avec plusieurs amis, cet évangéliste pria pour chacun d’entre nous, demandant à Dieu de nous remplir du Saint-Esprit. Certains se mirent à prier en langues. Personnellement, je n’expérimentai rien de particulier. Déception! Mais celle-ci allait vite s’en aller. En effet, quelque temps plus tard, au retour d’une soirée d’évangélisation dans les rues, je me mis à genoux dans ma chambre pour louer le Seigneur de tout ce qui venait d’être vécu. Une grande joie m’envahit alors et ma louange 1.  Petit livret de quelques pages, en format A6, abordant un aspect de la vie chrétienne.

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se transforma très naturellement en une prière en langues. Ce samedi soir, entre Vendredi saint et Pâques, restera gravé dans ma mémoire comme un petit avant-goût du paradis. Une expérience qui donnait envie d’aller plus loin et de creuser toujours plus en profondeur pour découvrir les trésors de la vie divine. Ma fréquentation de la communauté pentecôtiste à laquelle m’avait emmené la sœur diaconesse s’est intensifiée et je participais régulièrement aux nuits de prière mensuelles, au grand dam de ma famille qui voyait d’un très mauvais œil mon engagement dans ce qu’elle considérait comme une secte. La sœur diaconesse est devenue une partenaire de prière pendant plus de quatre ans. Chaque jeudi soir, nous nous retrouvions pour prier pendant deux heures environ. Bien qu’ayant trente ans de différence d’âge et des caractères aux antipodes, nous nous sommes pourtant entendus dans la prière comme deux gouttes d’eau et avons vécu des moments magnifiques avec le Seigneur. Ceux-ci resteront gravés parmi mes beaux souvenirs de jeunesse.

Des études de médecine difficiles Pourquoi ai-je choisi de faire des études de médecine? Les motivations profondes sont souvent difficiles à déceler. Je venais, du côté de ma mère, d’une famille de pasteurs et de médecins et baignais tout naturellement dans cet esprit de service si répandu dans ce genre de famille. La médecine répondait à mon goût pour les rapports sociaux et en même temps à mon intérêt pour les sciences que je tenais de mon père biologiste. D’autre part, beaucoup de gens dans l’église se réjouissaient de Mon parcours de vie

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voir se former un médecin chrétien. Il en manque tellement, me disait-on! Ils m’avaient ainsi collé sur le front l’étiquette de futur médecin généraliste chrétien. J’étais donc mis sur des rails, promis à un bel avenir. Avec quarante ans de recul, je ne regrette pas du tout d’avoir choisi la médecine, et les difficultés que je vais décrire ne remettent nullement en question cette décision. Ma vie spirituelle intense aurait dû me soutenir tout au long de mes études de médecine et m’encourager à aller de l’avant. Elle aurait dû être un moteur puissant, mais c’est tout le contraire qui s’est produit! Elle a été un frein, un handicap et une source de conflits intérieurs douloureux. Comment une telle chose a-t‑elle pu se produire? Je vous avoue que sur le moment, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait et c’est ce qui me désolait le plus. Les études de médecine sont difficiles. Elles nécessitent un engagement très important. L’étudiant doit rassembler toutes ses forces pour réussir à acquérir le bagage imposé. Il doit croire en ce qu’il fait. Il doit regarder vers le but élevé qu’il s’est fixé et persévérer dans cette longue course d’endurance. Toute sa personne doit être tendue vers ce but. C’est ainsi que j’ai commencé mes études. Et puis, les découvertes spirituelles que j’ai mentionnées plus haut m’ont amené à une crise existentielle qui m’a démotivé dans mon travail. Cette crise était due à deux problèmes intriqués: tout d’abord une difficulté à vivre en même temps dans ma sphère spirituelle et dans mon milieu professionnel. Et puis une difficulté à me définir comme homme face au Seigneur que je souhaitais suivre de tout mon cœur. 22 \

Christ en moi: qui fait quoi?


Auparavant, ma vie chrétienne ne me posait guère de problèmes. J’étais un avec moi-même et me sentais relativement bien équilibré. Je lisais ma Bible tous les jours, y cherchant sagesse et lumière pour ma vie. Le Seigneur était compris comme extérieur à moi, même si je vivais déjà dans une communion réelle avec lui. Je me sentais responsable de ma vie, que j’essayais de mettre en conformité avec l’enseignement des Evangiles. J’agissais ainsi dans ma vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle. Mais avec l’approfondissement de ma connaissance du SaintEsprit, ma relation avec Dieu s’est intériorisée. Elle est devenue de ce fait plus complexe. J’ai compris que la vie chrétienne était plus qu’une vie de déférence et de soumission à un Dieu extérieur à moi. Elle était une vie de communion intime, dont la formule restait encore à découvrir. Je voulais composer avec le Christ que j’avais accueilli en moi et souhaitais lui donner toute la place. Et c’est là que les difficultés ont commencé. La communauté pentecôtiste à laquelle je m’étais joint proposait plusieurs temps de prière. J’aimais beaucoup participer aux nuits de prière mensuelles. Il y avait chez les participants une attente toute particulière, celle de vivre un moment de belle communion, de recevoir une parole prophétique et d’obtenir des réponses aux questions posées au Seigneur. C’était aussi l’occasion d’entendre un témoignage qui puisse enrichir et éclairer notre route. J’en ressortais fortifié. Les membres de cette communauté étaient des gens pieux et sincères qui cherchaient à donner au Seigneur la première place dans leur vie. Ils l’exprimaient dans leurs prières avec leurs mots. Mon parcours de vie

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Et à force d’être repris par les uns et les autres, ces mots sont devenus pour moi des crédos qui ont contribué à façonner ma manière de penser.1 En voici quelques-uns: «Seigneur, enlève de mon cœur ce qui t’empêche de prendre toute la place.» «Fais de moi un canal de ta puissance.» «Aide-moi à t’abandonner les rennes de ma vie.» «Ôte en moi tout ce qui fait obstacle à ta présence.» «Tu es le nouveau capitaine de ma vie. Ce n’est plus moi qui dirige ma vie, mais c’est toi.» «Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est toi qui vis en moi.»2 «Il faut que je diminue et que tu croisses en moi.»3 De ces paroles, je comprenais deux choses qui me paraissaient de plus en plus évidentes: 1)  pour vivre une vie chrétienne authentique, il fallait que je laisse le Seigneur diriger ma vie. Je n’étais plus le maître de ma vie, mais c’était désormais le Seigneur qui devait la gouverner. 2)  pour que le Seigneur puisse pleinement jouer son rôle, il fallait que je me retire et lui fasse le plus de place possible. Voilà donc deux points très importants que nous allons reprendre plus en détail. 1.  Les prières ou les témoignages peuvent véhiculer des erreurs théologiques et conduire certaines personnes sur de fausses routes. D’où la nécessité pour les pasteurs ou les anciens d’exercer un contrôle. 2.  C’est une reprise de cette fameuse parole de Paul (Galates 2.20) que nous aurons l’occasion de méditer plus loin. 3.  Reprise de cette parole de Jean-Baptiste au sujet de Jésus (Jean 3.30).

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Christ en moi: qui fait quoi?


1)  C’est désormais le Seigneur qui gouverne ma vie Certains chrétiens ont donné cet exemple tiré de la vie maritime: lorsqu’un gros bateau arrive en vue d’un port, le commandant de bord laisse sa place à un pilote spécialisé qui vient du port et monte à bord. Ce pilote connaît parfaitement le lieu et peut ainsi diriger avec compétence le bateau au bon endroit. Pour cette manœuvre délicate, le pilote reprend les commandes et devient ainsi le commandant du bateau; c’est lui qui le dirige. Cet exemple était donné comme une sorte de parabole pour le chrétien: lorsque celui-ci se convertit, il accueille en lui le Christ qui devient dès lors le pilote de sa vie. Le Christ reprend les commandes à la place du chrétien, non pas seulement dans une situation difficile, comme «l’entrée dans un port» de notre image, mais de manière permanente. Aujourd’hui, je ne peux plus valider cette sorte de parabole: le Christ ne vient pas piloter le bateau à notre place. Au contraire, il nous aide à assumer notre tâche de pilote en accord avec la volonté divine. Nous en reparlerons. Je me souviens également d’un schéma que j’avais trouvé à l’époque dans un livre d’édification chrétienne. L’être humain était représenté par une forme ovale et dans la moitié supérieure de cette ellipse, il y avait un fauteuil sur lequel était écrit un mot: moi. On comprenait que le moi était assis sur le trône; c’était lui l’organe décisionnel, le moteur de tout l’être. Puis, à côté, il y avait un autre schéma représentant la même forme, celle de l’être humain, mais après sa conversion. A la place du moi était inscrit: Mon parcours de vie

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Christ. Le Christ était donc assis sur le fauteuil et le moi se trouvait à côté. Il avait laissé sa place au Christ. C’était la description du chrétien qui laisse la place au Christ comme chef et moteur de sa vie. Ainsi, nous avions deux situations: avant la conversion, c’est le moi qui dirige; après la conversion, c’est Christ qui dirige à la place du moi. Cette compréhension de la gouvernance me paraissait très spirituelle parce qu’elle semblait donner au Christ la première place. Aujourd’hui, je la trouve extrêmement pernicieuse parce qu’elle conduit le chrétien sur un chemin miné. Si le croyant est ainsi dépossédé de sa capacité à gouverner sa propre vie, il va progressivement tomber dans la passivité et l’inertie. Il attend qu’un autre, le Christ, prenne sa place, mais cela ne se fait pas, pour des raisons que nous détaillerons plus loin. Et alors un grand vide s’installe. Il n’y a plus de pilote, plus de capitaine. Le bateau ne sait plus où il va. C’est très angoissant. C’est déprimant. Cette situation est dangereuse parce qu’elle ouvre la porte à d’autres problèmes que nous évoquerons également plus loin. J’aimerais faire ici une note importante sur le terme «moi». Dans ce livre, le «moi» a le même sens que le «je», cher aux psychologues. Rappelons également que dans notre texte, le moi n’a aucune connotation négative. Il ne fait qu’exprimer ce qui fait la personnalité de l’individu. Souvent, dans certains milieux chrétiens, on charge le moi d’un sens négatif: le moi est pécheur, il est charnel; il doit donc disparaître. On arrive ainsi très vite à cette notion de destruction du cœur de la personne. Non! Le moi ne doit pas disparaître, il doit changer d’attitude lorsque cela est nécessaire. Il doit changer de direction. Ce que la Bible condamne, 26 \

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ce n’est pas le moi lui-même, mais ses agissements lorsqu’ils sont contraires à la volonté divine. Ce sont ces agissements qui doivent disparaître et non le moi. Et pour que cela puisse se produire, il faut que le moi soit transformé. Nous y reviendrons tout particulièrement dans la seconde partie.

2)  Il faut faire de la place pour le Seigneur Pour faire de la place, il faut se retirer, se rétrécir, se comprimer jusqu’à ne plus avoir de véritable existence propre, si ce n’est être le conteneur de cet hôte d’exception qu’est le Christ. Paul ne décrivait-il pas ainsi son ministère: Nous portons ce trésor dans des vases de terre afin que cette puissance extraordinaire soit attribuée à Dieu, et non à nous?1 On peut y voir l’idée suivante: Le vase n’est qu’un conteneur qui sert à montrer aux autres le trésor. Les regards doivent ainsi se porter sur le trésor et non sur le conteneur. Cette idée me paraissait très louable parce qu’elle mettait l’accent sur le trésor, en l’occurrence le Christ, mais elle me poussait sur une fausse route, celle de la passivité, de la dépréciation et de l’annihilation de moi. Et alors que je descendais lentement mais sûrement sur cette route qui me menait à une sorte de non-existence, je m’inquiétais tout de même et cherchais à comprendre ce qui m’arrivait. Je cherchais des réponses dans le Nouveau Testament et trouvais des versets qui semblaient me confirmer 1.  2 Corinthiens 4.7

Mon parcours de vie

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que tout allait normalement. Les voyants lumineux étaient au vert! En effet, Jésus parle de la nécessité pour le grain de blé de mourir s’il veut porter du fruit. L’apôtre Paul consacre plusieurs chapitres à traiter de la mort de la chair, de la mort à soi-même, de la nécessité de connaître cette mort pour pouvoir vivre ensuite une vie de résurrection. Même si dans ma vie il y avait des symptômes qui montraient que quelque chose ne tournait pas rond, je pensais qu’il était juste de persévérer. Je me disais que ce processus de mort à moi-même n’était sans doute pas suffisant et qu’il fallait persévérer. Et je m’enfonçais encore davantage. Comme je le disais plus haut, les études de médecine demandent à l’étudiant un engagement de toute sa personne. Il faut y consacrer toute sa volonté, toute sa force, toute son intelligence. Et moi je faisais dans ma vie spirituelle tout le contraire, pensant ainsi laisser au Seigneur toute la place dans ma vie. Je mettais ma volonté propre en veilleuse pour rechercher celle d’en haut. Je mettais ma force et mon intelligence en veilleuse, pensant que cela donnerait davantage l’occasion au Seigneur de manifester en moi sa force et sa sagesse. Vous pouvez aisément imaginer qu’une telle situation était contre-productive. Et cela me déprimait profondément. J’en ai parlé à plusieurs amis chrétiens afin de trouver un peu d’aide. Personne n’a vraiment compris le drame que je vivais. Personne n’a compris les causes réelles de mon mal-être. N’ai-je peut-être pas su en parler correctement? Ou n’ai-je pas voulu ouvrir les yeux? Toujours est-il qu’à cette époque je n’ai pas réussi à sortir de ce bourbier. Ma famille voyait d’un très mauvais œil mon engagement un peu trop prononcé dans l’église et s’inquiétait de 28 \

Christ en moi: qui fait quoi?


certaines lacunes dans ma participation aux cours à la Faculté. Elle me poussait à mettre de la distance avec la vie d’église. Mes amis dans l’église m’encourageaient à prier davantage et à faire confiance au Seigneur qui saurait bien me guider. C’est ce que je faisais, mais je ne voyais pas d’amélioration. J’oscillais donc entre deux états. Lorsque les examens arrivaient, je mettais ma vie spirituelle en arrière-plan et consacrais toute mon énergie à étudier, mais avec toujours une certaine culpabilité envers le Seigneur que je pensais délaisser. Une fois les examens passés, je faisais l’inverse en réinvestissant du temps pour ma vie spirituelle, tout en ayant la culpabilité de ne pas faire correctement mon travail d’étudiant.

Une ébauche de dénouement Lors d’un stage en hôpital, au cours de ma cinquième année de médecine, je rencontrai une charmante sage-femme qui avait la tête sur les épaules. Nos fréquentations puis notre mariage une année plus tard me stimulèrent à donner la priorité à mes études. Une fois médecin assistant, je fus bien obligé de consacrer une grande part de mon énergie à ma vie professionnelle et familiale, et curieusement cela contribua à atténuer mes tensions intérieures. Ainsi, je me portais mieux en privilégiant ma vie «profane» au détriment de ma vie «spirituelle». Quelle constatation désespérante pour un chrétien qui voulait consacrer toute sa vie à Dieu! C’est ainsi que je pris pied dans la vie professionnelle. La page semblait tournée. Ce fut un grand soulagement pour ma famille. Mon parcours de vie

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Quand nous croyons, Christ vient par son Esprit vivre et œuvrer en nous, dit la Bible. Oui, mais voilà: cette nouvelle cohabitation peut poser problème. Parfois, nous peinons à distinguer entre ce qui est de notre ressort et ce qui devrait être laissé entre les mains de notre Maître. Quelle place lui donner? Comment coopérer avec lui? Qui fait quoi? Jusqu’où sommes-nous responsables de notre vie? Confronté depuis sa jeunesse à ces questions complexes, l’auteur, ancien chirurgien de la rétine, témoigne de ses difficultés et raconte tout son cheminement pour arriver à une position saine et équilibrée. Cette démarche s’est accompagnée d’une analyse approfondie des textes bibliques qui pouvaient prêter à confusion. Le résultat de cette étude est proposé ici dans une approche accessible à tous.

CHRIST EN MOI : QUI FAIT QUOI ?

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Christ en moi: qui fait quoi? (SCR2036)  

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