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Paul Rodrigues

J’ai osé

J’ai osé

Enfant déjà, Paul est confronté à l’abus sexuel, de la part de membres du genre opposé et du même genre. Il se construit des mécanismes de défense et s’imprègne d’une vision faussée de la sexualité et de la relation avec la femme, qui influence son mode de vie. Parallèlement, il découvre la foi en Christ et fréquente une église. Comment concilier tout cela? Comment vivre l’écartèlement entre ses penchants et ce Dieu qu’il aimerait connaître mieux? Comment échapper à la honte et à la culpabilité et trouver le chemin de la guérison? Son cheminement perturbé, l’auteur l’expose en toute transparence, osant braver le tabou de l’abus subi par un homme.

CHF 9.90 / 7.90 € ISBN 978-2-940335-38-1

J’AI OSÉ

Paul Rodrigues

RENCONTRE AVEC UN DIEU BIENVEILLANT

Paul Rodrigues


Paul Rodrigues

J’ai osÊ Rencontre avec un Dieu bienveillant


J’ai osé. Rencontre avec un Dieu bienveillant © et édition (française): Ourania, 2018 Case postale 128 1032 Romanel-sur-Lausanne, Suisse Tous droits réservés. E-mail: info@ourania.ch Internet: http://www.ourania.ch Sauf indication contraire, les textes bibliques sont tirés de la version Segond 21 © 2007 Société Biblique de Genève http://www.universdelabible.net Conception couverture: Olivier Leycuras ISBN édition imprimée 978-2-940335-38-1 ISBN format epub 978-2-88913-619-3 ISBN format pdf 978-2-88913-871-5


Table des matières

Regard extérieur....................................... 7 Préface................................................... 9 Ma belle histoire....................................... 17 Mon parcours.......................................... 19 Avant-propos........................................... 21 1. Une enfance pas toute rose......................23 2. Un milieu très accueillant.......................39 3. Le choc de la maladie............................. 61 4. La peur du jugement..............................75 5. Nouveau départ....................................87 Autres témoignages à découvrir.................. 105


Avant-propos

Il paraît qu’écrire est une thérapie. J’ai décidé de prendre ma plume pour continuer de sortir du silence. J’ai mis du temps à me décider. Faut-il dévoiler votre histoire au beau jour? Oui, certainement, car il y a de l’espoir pour tous ceux qui le souhaitent. Je ne prétends pas amener une solution sur un plateau doré mais évoquer une tranche de ma vie avec ses combats, ses espoirs et ses déceptions. Je remercie tous ceux qui, un jour, ont croisé mon chemin et m’ont aidé à parcourir un bout de vie, de guérison, à gagner des batailles lors d’une guerre qui me paraissait alors sans fin. La bataille est rude, mais l’issue n’est pas fatale. Elle aurait pu l’être pour moi, mais Dieu en a décidé autrement. Il a été présent tout au long de ma vie, dans les bons comme les mauvais moments. Je me souviens, une fois, dans la prière, avoir ressenti que Avant-propos

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Dieu me disait: «J’étais là mais je ne pouvais rien faire…» J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’avais grandi dans une famille chrétienne mais tout cela m’arrivait. Comment était-ce possible? J’avais oublié l’essentiel: la vie chrétienne n’est pas une mer de roses mais un chemin étroit avec des obstacles. De plus, je ne lui avais pas demandé d’être le maître de ma vie: il était simple spectateur, dans l’impuissance totale de me venir en aide. Je me suis reconstruit avec son aide et son amour. Ensemble, nous cheminons sur le chemin de guérison.

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1. 

Une enfance pas toute rose

L’histoire de ma naissance est assez particulière et mérite qu’on s’y attarde. Elle illustre bien les liens qui m’ont uni à ma mère et ce qui allait en découler par la suite. Je suis né en pleine période des guerres coloniales au Portugal. Mon père, alors âgé de 19 ans, a rencontré une jeune et belle adolescente lors d’un bal dans mon village natal. Elle venait d’avoir 15 ans et avait passé sa vie à s’occuper de ses frères et sœurs. En effet, mes grands-parents maternels travaillaient dur pour nourrir leur famille: Papi était vendeur de sardines, et Mamie était employée à la mine d’uranium de notre village, caché au fin fond de la vallée. Elle habitait dans les collines, dans un endroit très isolé, en pleine nature, loin des autres habitations. Une enfance pas toute rose

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Elle devait protéger la famille des loups qui rôdaient autour de la maison, prêts à se saisir de n’importe quelle proie. D’ailleurs, le poulailler et la porcherie étaient creusés dans le sol graniteux pour éviter les prédateurs. Mon grand-père paternel était moine. Il avait rompu ses vœux pour se marier à ma grand-mère. Ils étaient des catholiques fervents et ont élevé leur fils dans la foi. C’est donc lors de ce bal que le jeune homme blond aux yeux verts a rencontré la jeune fille brune si innocente et déjà marquée par la vie. Très vite, ils sont tombés amoureux l’un de l’autre et ont décidé de se revoir. Papa était originaire d’un village situé à une vingtaine de kilomètres de celui de maman. Comme tous les garçons de son âge, il allait de village en village pour célébrer les fêtes et s’amuser au bal. La guerre faisait déjà ses ravages dans les colonies portugaises. Non seulement le peuple avait faim à cause de la dictature en place, mais il fallait faire votre service militaire sur le front, avec tous les risques que cela représentait. Après s’être fréquentés, ils ont décidé de se marier. Tout un processus: ma mère étant mineure, 24

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il fallait l’autorisation de ses parents. Elle l’a finalement obtenue. Ils ont convolé en justes noces et ont loué un nid douillet au centre du Portugal, où j’allais naître. Mais voilà que les 21 ans de mon père sont très vite arrivés, et il a dû partir en GuinéeBissau pour se battre, à des milliers de kilomètres de chez lui. Apprenant cela, maman n’a pas trouvé mieux que d’arrêter de se protéger lors des rapports sexuels afin d’avoir un enfant. «Un souvenir de lui», m’at‑elle dit un jour. Sans qu’il le sache, elle est tombée enceinte de moi. J’étais le fruit du désir unilatéral d’une jeune fille en mal d’amour, terrifiée à l’idée de perdre son bien-aimé et prête à tout pour garder une trace de lui. Quels débuts dans la vie s’offraient à moi! Les membres de ma famille ont essayé de la faire avorter, mais elle a tenu bon et est allée jusqu’au terme de sa grossesse. Quand je pense que peut-être je n’aurais pas dû exister… Le service militaire de deux ans était bien long pour ceux qui partaient. La Guinée-Bissau, colonie portugaise de l’ouest de l’Afrique, au sud du Sénégal, est devenue indépendante en 1974. Les soldats avaient très peu de permissions, car il fallait Une enfance pas toute rose

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prendre l’avion pour rejoindre notre petite nation. Cette guerre a marqué mon père à vie. Comme beaucoup d’hommes, il est revenu traumatisé des atrocités qu’il avait vues ou qu’il avait fait subir au peuple noir. Il n’a plus été le même après son retour. Avec l’âge et le recul, je pense qu’il a vécu un stress post-traumatique qui n’a jamais été soigné. Un jour, dans un album de photos très ancien, j’ai retrouvé des photos de moi, bébé. Curieux, je me suis mis à les regarder. Sur l’une d’elles, il était écrit au verso: «Bonjour, je suis Paul, ton fils. J’ai deux mois et je t’attends…» Quel choc! Beaucoup de choses ont pris du sens pour moi à cette époque, car elles expliquaient la relation que j’avais eue avec mon géniteur. Il avait appris ma naissance par photo interposée, et je l’ai connu, moi aussi, par photo interposée. Sur la table de chevet de maman, il y avait sa photo. Elle me disait: «Voici ton père.» Je l’appelais «l’homme de la photo». On m’a rapporté que, lorsque j’avais 2 ans, je refusais de l’appeler papa (il n’était pas encore rentré) et que j’ai dit: «Quand je serai grand, j’achèterai un fusil et je le tuerai!» Nos amis psychologues diraient: «Un bel exemple de complexe d’Œdipe!» Il est vrai que je dormais 26

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depuis toujours avec ma mère et voyais d’un mauvais œil la venue d’un intrus dans notre duo. Il y avait très peu d’hommes à l’époque au Portugal, car tous les jeunes étaient partis à la guerre. Les anciens travaillaient dans les champs ou avaient émigré vers d’autres contrées aux quatre coins du monde. Il restait une population essentiellement féminine. Ma mère, comme le voulait la coutume, a été accueillie par mes grands-parents paternels. Ils étaient tous les deux agriculteurs et possédaient beaucoup de terrain. D’ailleurs, je me souviens des balades en charrette tirée par un âne de champ en champ, quand j’étais petit. Ils travaillaient la terre tous les jours, et ma mère devait les aider au lieu de me pouponner. Elle me laissait au bord du champ dans mon couffin et ne venait me voir que pour me donner à manger, ayant l’interdiction de s’occuper de son bébé. J’avais beau pleurer, les bras consolateurs ne venaient pas m’étreindre. Le nursing n’était pas très connu à l’époque. Je pense que Mélanie Klein, la psychanalyste, qualifierait ma mère de «mère pas suffisamment bonne». Mais c’était un autre temps, avec les préoccupations et les coutumes d’un autre Une enfance pas toute rose

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âge, où l’enfant n’occupait pas la même place qu’aujourd’hui. J’ai ainsi grandi dans un milieu essentiellement féminin, éloigné de mon père. Quand il est rentré de la guerre, de violentes disputes ont éclaté entre ma mère et lui à mon sujet. Je le rejetais complètement, et je pense que c’était réciproque. Je pleurais beaucoup la nuit et j’avais besoin de tremper ma «tutute» dans du sucre afin d’apaiser mes angoisses. Je compensais déjà… Mon père est resté peu de temps avec nous. Il a décidé d’aller travailler en Espagne pour subvenir aux besoins de la famille. Quand il est revenu, c’était pour partir en France, car il désirait à tout prix quitter la misère afin d’aller trouver l’eldorado que représentait ce pays. Comme beaucoup d’immigrés, nous sommes partis nous installer là-bas. Une des particularités du gouvernement d’alors était l’interdiction formelle pour les enfants de quitter le Portugal. Ainsi, quand nous sommes arrivés à la frontière espagnole, qui se trouvait à seulement 42 kilomètres de mon village, j’ai été confié à une passeuse. Cette femme tzigane m’a fait franchir la frontière par des chemins détournés, loin 28

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des douaniers. Pendant longtemps, j’ai eu le sentiment que je n’étais pas de mes parents, car j’avais été échangé par cette femme. Cela m’a poursuivi jusqu’à mon adolescence. Heureusement, je ressemble physiquement à mon père… Nous nous sommes installés dans un appartement avec une cour intérieure près du parc d’un château dans le Sud-Ouest. Je me revois jouer dans le charbon qui servait à nous chauffer. Mes souvenirs remontent à la maternelle, où j’ai connu mes premières siestes obligatoires à l’école, située près du parc. Brusquement, mon père est tombé gravement malade: il a eu une leucémie fulgurante. Il ne lui restait que quelques jours à vivre. On avait appelé toute la famille pour préparer ses funérailles. Croyant, il avait lu un Nouveau Testament des Gédéons en Guinée. De confession catholique, il a rejeté en bloc son héritage religieux et a cherché une église pour s’y faire baptiser comme l’enseigne la Bible. Quelques jours après être passé par les eaux du baptême, il a été entièrement guéri. Fort de cette expérience, il s’est mis à fréquenter cette église et nous y a amenés. Une enfance pas toute rose

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Ma petite sœur n’a pas tardé à arriver. J’avais 3 ans et demi quand l’enfant tant désiré a fait son entrée dans ce monde. En plus, c’était une fille. De quoi ravir mon père! Je me souviens avoir rendu visite à maman à la maternité. Ce sont des bribes de souvenirs qui me reviennent. Mon père n’était pas très fan de son fils. J’ai eu de gros soucis d’énurésie sur le tard, et je croulais sous ses coups chaque fois que je me faisais pipi dessus. Nous avons fréquenté dès notre jeune âge l’école du dimanche. On y apprenait des choses sur la Bible pendant que les parents assistaient aux cultes. J’ai grandi dans l’église, mais, comme je le disais, la vie n’était pas rose. Bien au contraire. J’aimais m’amuser dehors et me retrouvais souvent devant la maison, jouant avec les voisins. Nous aimions explorer le grand champ attenant à la cour de notre immeuble, notre terrain de découvertes. Je me croyais parti dans un safari, en train d’explorer la jungle. Mais, au pied de l’arbre ou dans le bac à sable, se jouaient de mémorables parties de billes. Avec mon imagination débordante, je construisais même des circuits dans la terre pour les voitures. Nous aimions aller cueillir des fleurs et les vendre 30

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au porte à porte pour nous acheter des bonbons. J’avais déjà la fibre commerciale… Ce matin-là, il faisait particulièrement beau et, alors que j’avais 6 ans, j’étais descendu jouer. Depuis que nous avions déménagé, finie la vie recluse dans l’appartement, voire les après-midi enfermés dans une pièce sans accès aux toilettes. Nous avions l’habitude de souiller les murs avec nos excréments, ce qui donnait lieu à une correction sans commune mesure. Mais que pouvions-nous faire d’autre pour manifester notre colère et notre désaccord? Ce jour-là, j’étais descendu de mon appartement pour jouer. Nous étions assez nombreux, et j’étais le seul garçon. Les caves étaient un lieu privilégié d’exploration mais, ce jour-là, elles se sont transformées en salle de torture. En effet, une fille bien plus âgée m’a immobilisé et déculotté jusqu’à ce que je sois nu comme un ver. C’était un jeu commun mais si humiliant! Bien entendu, impossible d’en parler à la maison. Une fois de plus, on aurait dit que j’étais une fillette incapable de me défendre. Mais que faire face à cette violence enfantine? Du haut de mes 6 ans, j’étais fou amoureux de ma voisine. Nous allions à l’école ensemble et, durant Une enfance pas toute rose

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le culte, nous étions dans le même groupe à l’école du dimanche. De quoi favoriser ces sentiments si perturbants mais si purs. Cet après-midi-là, toute la bande a chaussé ses patins à roulettes. Eh oui, nous n’avions pas encore de rollers mais de bons vieux patins à quatre roues. Nous voilà partis comme des furies pour explorer une maison abandonnée. Elle était délabrée, il lui manquait une partie du toit, et les ronces avaient commencé à envahir les pièces. Tout autour, les bambous majestueux formaient une barrière végétale. Nous partions alors à la découverte d’un nouveau continent. Que d’odeurs, que de pièces à découvrir qui s’offraient à nous! Je me souviens que cette maison était désespérément vide. Pas un objet à collecter ni quelque chose d’utile pour nous. Soudain, nous avons entendu des pas dans l’une des pièces. Un homme grisonnant avec une queue de cheval, habillé comme un hippie, a fait irruption. Mon cœur n’a fait qu’un bon. Notre exploration était interrompue par un adulte. Peutêtre ne devions-nous pas être ici, peut-être était-ce interdit? Rapidement, dans un silence meurtrier, il s’est avancé vers nous. Nous étions figés par la peur… 32

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Il a commencé à toucher la poitrine de ma petite amie. Mon sang n’a fait qu’un tour, et je me suis interposé. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, car je l’ai oublié. D’ailleurs, il me manque tout un pan de ma vie entre mes 5 et 6 ans; je n’ai que des souvenirs fragmentés. Je me souviens qu’il m’a caressé, puis a caressé mon sexe. Les autres avaient pris la fuite. J’étais comme figé et je me suis retrouvé au milieu des bambous. Là, il a continué à me caresser et à me dévêtir. Il parcourait mon corps avec ses mains, puis a saisi mon pénis. Il a pris ma main pour que je caresse ses parties intimes. Il m’a fait une chose que je ne peux dire, par pudeur, puis il m’a obligé à lui faire la même chose en retour. D’un coup, je suis parti dans mes pensées, me suis évadé loin de tout ce qui se passait. Trop douloureux à gérer, après l’humiliation subie dans la matinée. Je me suis dissocié. Mon imaginaire si riche m’a permis de ne plus ressentir la douleur. Mon corps s’est séparé de ce qui se passait. Ce mécanisme a été utile pour ma survie pendant plusieurs années mais, à la longue, il est devenu un handicap. J’ai appris à fuir la réalité pour survivre et relever le défi de la réalité, mais, plus tard, j’ai dû Une enfance pas toute rose

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apprendre à ne plus utiliser ce mécanisme et à m’ancrer dans la réalité. Ces attouchements ont violé mon intégrité physique et psychologique, car cela a provoqué une émotion sensorielle très importante et marquante. Cela m’a complètement désorienté. Je n’ai pas compris ce qu’il se passait. Plus tard, je me suis posé beaucoup de questions et j’ai eu une vision erronée des contacts physiques. J’ai été éveillé à la sexualité trop tôt. Une idée s’est plantée dans ma tête, comme une liane: les contacts physiques, sensuels provoquent un malaise empreint de plaisir. Quelle confusion dans ma tête… Je vivais dans le secret: c’était une règle familiale. Rien ne pouvait filtrer de la sphère privée à la sphère publique. Alors, quand cet homme m’a menacé au cas où je dévoilerais ce qu’il m’avait fait, je me suis retrouvé prisonnier. Il m’a impressionné afin d’obtenir ce qu’il voulait, m’obligeant à garder le silence. Je me suis senti coupable, car je me suis offert à un délinquant pédosexuel pour éviter que celle que j’aimais ne tombe entre ses mains. Il a profité de ma naïveté pour m’enfermer dans le mutisme: «Si tu racontes ça à tes parents, ils ne te croiront pas et tu seras puni.» De plus, à mes yeux, 34

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j’avais fait une bêtise. Quel comble! J’avais le sentiment que c’était moi, le séducteur. J’ai gardé le silence pendant des années, croulant sous la culpabilité et la honte. En sortant de la maison, j’ai repéré sa voiture, une DS noire, et j’ai appris par cœur sa plaque minéralogique. Un réflexe de survie, je suppose. Mais inutile, puisque personne ne serait à mon écoute. J’ai essayé d’en parler à mes parents, mais je craignais trop la violence de mon père. Ma mère était trop occupée à travailler le soir, et je la voyais peu. Une telle bombe aurait fait voler en éclat l’équilibre malsain de notre famille dysfonctionnelle. J’ai gardé le secret pendant des années. A la même époque, j’ai développé une grande peur du noir. A table, je mangeais le dos vers la porte. J’imaginais toujours que, tapi dans le noir, mon abuseur revenait pour me ravir. J’étais terrorisé. Je croyais aussi que le diable se cachait dans le couloir et m’attendait. En fait, il était bien présent dans ce bout de jardin envahi par les bambous, où j’ai été marqué au fer rouge. J’ai perdu goût à la vie et, à plusieurs reprises, j’ai lâché la main de ma mère pour me jeter sous les voitures. Je voulais mourir: c’était insupportable à assumer Une enfance pas toute rose

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seul, et je n’avais personne à qui me confier. Même si j’appréciais ma monitrice de l’école du dimanche, le lieu n’était pas propice au partage. J’ai un grand trou béant: la seule chose dont je me souvienne, c’est de l’abus, de mon désir de mort et de l’arrivée en classe de CE2. Deux années morcelées. Je me suis retrouvé jeune et blessé dans mon intimité, mon identité et mon appartenance sociale. Cela a amené une grande confusion qui s’est associée à une faible estime de soi. Une grande honte m’a envahi, mais j’en parlerai plus tard. Le désarroi était mon compagnon de route, et en tant qu’éducateur je vois les conséquences que cela a eues sur mon développement. Conséquences sur le développement de ma personnalité et l’acquisition de capacités sociales, affectives et spirituelles. Comme j’ai été abusé jeune, l’impact a été important. J’étais une véritable éponge, très influençable. J’ai presque normalisé l’agression après mes pulsions de mort. Un mécanisme de survie, sûrement. La «normalisation» de ce rapport m’a conduit à subir des relations abusives tout au long de mon enfance et de mon adolescence. C’était le moyen d’exister, d’être aimé. Du moins, c’était ce que je pensais. 36

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En tant qu’enfant, je n’avais pas de mots pour raconter aux autres mon expérience ou ses conséquences, comme mon désir de mourir. Je faisais des cauchemars. L’énurésie est revenue, ce qui m’a valu des corrections mémorables de la part de mon père. J’ai même développé une maladie qui me paralysait les jambes. Aucun médecin n’en a compris l’origine somatique et n’a pu la prendre en charge. J’ai développé une haine envers mon corps, qui m’avait si lâchement abandonné en réagissant aux caresses de mon agresseur. Longtemps, j’ai projeté des valeurs et des jugements adultes sur ma participation à cette agression. J’avais refoulé et occulté les faits pour me protéger. Cependant, lors d’une thérapie, j’ai compris que je jetais un regard adulte sur l’événement et qu’étant enfant, j’étais sans défense pour faire face à une telle violence. Je me tenais pour responsable: c’était moi qui m’étais interposé. Cette agression dans ma vie m’a amené à me poser des questions sur mon identité sexuelle. Je croyais être né homosexuel: voilà pourquoi je m’étais jeté dans ses bras et, en plus, avais ressenti du plaisir! Une enfance pas toute rose

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J'ai osé (OUR1038)  

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