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Damaris Kofmehl

5 août 2002, Murree Christian School, Pakistan. Soudain, des coups de feu et des cris stridents retentissent dans le calme du matin. Pour les 150 enfants de cette école internationale située au pied de l’Himalaya, c’est alors le début de 15 minutes qu’ils ne seront pas près d’oublier… Tremblants et saisis d’effroi, Deborah, Paul-Gerhard et leurs camarades se blottissent sous les tables de la salle de chimie, espérant un miracle. Ils ne se rappellent que trop bien les attentats qui ont secoué tout le pays ces derniers mois. Pourtant, jamais ils n’auraient pensé qu’un jour, à leur tour, ils en seraient la cible … Ces hommes, dehors, prêts à tirer sur tout ce qui bouge, vontils parvenir à leurs fins? D’où viennent cette haine et cette détermination dans leur regard? C’est ce que vous saurez en lisant ce récit authentique, profondément bouleversant mais aussi rempli d’un formidable message d’espoir et de pardon. Un livre que l’on ne peut poser avant de l’avoir terminé! Damaris Kofmehl a écrit plusieurs récits authentiques. Engagée dans des missions d’entraide auprès des jeunes et des enfants des rues, elle a côtoyé de près les personnages et les situations dont ses récits se font l’écho.

CHF 22.40 / € 16.90

Damaris Kofmehl

15 minutes de terreur

15 minutes de terreur

Damaris Kofmehl

15 minutes de terreur Quand des attaques terroristes ne se déroulent pas comme prévu


Table des matières

Informations préliminaires . ....................................

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1ère partie Le prélude ..................................................................

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  1.   2.   3.   4.   5.   6.   7.   8.   9. 10.

Taxila, Pakistan, vendredi 9 août 2002 ............. Un rapatriement forcé ...................................... Amis de toujours . .............................................. Au camp de Balakot . ......................................... La douleur d’un père ......................................... Conseil de guerre ............................................... Un cours pas comme les autres . ...................... Saifi ..................................................................... Une bonne nouvelle .......................................... Commando-suicide ..........................................

13 23 31 41 47 53 59 65 67 71

2e partie La mission .................................................................

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11. 12. 13. 14.

Enfin de retour ................................................... 87 Prêts à passer à l’action ..................................... 93 Le calme avant la tempête ................................ 99 La terreur est en route ....................................... 105


15. 16. 17. 18. 19.

L’explosion ......................................................... Des questions essentielles ................................ Envahi par le doute ........................................... Le cheikh Rachid ............................................... L’étau se resserre . ..............................................

109 123 131 139 155

3e partie 15 minutes ................................................................. 161 20. Le nouveau . ....................................................... 163 21. Un message de paix ........................................... 169 22. L’attaque ............................................................. 177 4e partie Un dénouement amer ............................................... 233 23. 24. 25. 26. 27. 28.

Fugitifs ................................................................ Conversation au clair de lune . ......................... Acculés ............................................................... Des convictions ébranlées ................................ Pris au piège ....................................................... En route pour la Thaïlande ...............................

235 243 255 265 269 279

Epilogue . ................................................................... 291 Postface ..................................................................... 293


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Un rapatriement forcé Murree, un an plus tôt

Samedi 15 septembre 2001, 14 h 00 Deborah traîne sa deuxième valise vers le muret en pierre situé devant l’internat et la pose à côté des bagages des autres élèves. Elle rejette ses longs cheveux châtains en arrière et parcourt l’endroit du regard pour s’assurer que ses frères et sœurs sont toujours à proximité. Elle n’a pas envie d’aller les chercher un par un quand ses parents auront fini de boire leur thé. Le vol pour l’Allemagne est réservé et, dans quelques jours, ils seront de retour dans leur pays. Deborah a du mal à se faire à cette idée. Elle préférerait rester ici, dans cette école au Pakistan. C’est là qu’elle est «à la maison». Durant les deux années et demie qu’elle y a séjourné, elle s’est enracinée et s’est fait de nombreux amis. Cette école est devenue sa famille, et en être arrachée du jour au lendemain est insupportable pour cette jeune fille de 15 ans. «L’école sera fermée jusqu’à nouvel ordre, leur a-t-on annoncé la veille au soir. Demain, vos parents viendront vous chercher.» Bizarre! Si, en Allemagne, un directeur d’école déclarait que les cours sont suspendus et que l’école est fermée pour un temps indé-

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terminé, les élèves sauteraient de joie! N’est-ce pas le désir secret de tout élève que son école prenne feu, que ses professeurs tombent malades ou qu’il arrive n’importe quoi d’autre, pourvu qu’il ne soit plus obligé d’aller en classe? Mais pour les 150 élèves de la Murree Christian School, MCS en abrégé, cette fermeture est la pire chose qui pouvait leur arriver. Cela signifie dire adieu à des amis qu’on ne reverra peut-être jamais. De nombreuses sociétés missionnaires rapatrient leurs collaborateurs, en particulier ceux dont les enfants sont enseignés dans cet établissement de Murree1. Et personne ne sait combien de temps cette mesure va durer. «La situation est trop dangereuse, leur a-t-on expliqué, nous ne pouvons prendre la responsabilité de vous garder ici.» On leur promet que l’école rouvrira ses portes en janvier. Mais le bruit court que c’est juste une manière de rassurer les élèves. La vérité, c’est que personne ne sait ce qui va se passer. Le 11 septembre a plongé le monde entier dans l’incertitude la plus totale. Ce fameux mardi a été une journée affreuse. Alors qu’elle rentrait dans sa chambre, sa camarade a annoncé à Deborah qu’un avion avait percuté un gratte-ciel à New York. Deborah n’a pas accordé une grande importance à cette nouvelle. Elle n’avait jamais entendu parler de ces tours jumelles auparavant. Et même si elle a suivi les événements à la télévision en compagnie des autres élèves, elle n’a pas songé un seul instant que ce «fait divers» aurait des répercussions sur sa propre vie, des répercussions tellement énormes qu’elle n’aurait jamais pu les imaginer. En réalité, c’était comme si, à la minute où le premier avion s’est écrasé sur la première tour, une bombe à retardement invisible s’était mise en 1  Murree est une ville de la province du Pendjab, au nord du Pakistan.

(N.d.E.)

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marche. Mais personne n’en savait rien, en cet instant. Et peut-être était-ce mieux ainsi… C’est, bien évidemment, la trentaine d’enfants américains et canadiens fréquentant la MCS qui ont subi le plus grand choc. Mais tous les autres élèves de l’école de Murree, originaires d’Angleterre, de Hollande, de Finlande, d’Allemagne, de Suisse, d’Australie, de Nouvelle-Zélande et des Philippines, sont consternés et profondément bouleversés. Le lendemain du drame, M. Russell Morton, le directeur, a fait un discours dans le gymnase, qui sert aussi de salle polyvalente, et ils ont observé une minute de silence en mémoire des victimes. Plus tard, Deborah a croisé Larry Cutherell, le comptable de l’école. Il est particulièrement touché par cet événement, car son frère, qui était sur les lieux quand l’attentat a été perpétré, a tout vécu en direct. Luke, le frère de Larry, travaille comme médecin missionnaire dans un hôpital au Pakistan. Il se trouve qu’à ce moment-là, il était en congé chez lui, aux EtatsUnis. Il participait, en compagnie de plus de 150 confrères, à un congrès de chirurgie qui, à l’origine, devait se tenir au World Trade Center même. Mais les locaux s’avérant finalement trop onéreux, les organisateurs, au dernier moment, ont déplacé la rencontre dans un hôtel situé juste en face des tours jumelles. Le matin du 11 septembre, les chirurgiens attendaient un professeur de New York City qui devait assurer la première conférence. Au bout de dix minutes de retard, il les a avertis par téléphone portable qu’il ne lui serait pas possible de venir à cause d’un accident d’avion. Personne ne savait alors ce que cela signifiait véritablement, jusqu’à ce que quelqu’un annonce que les tours du World Trade Center étaient en flammes. Aussitôt, les médecins se sont partagés en plusieurs équipes.

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En un rien de temps, ils étaient prêts à l’action et ont pu s’occuper des nombreux blessés. Luke a vu de ses propres yeux comment les tours se sont effondrées sur elles-mêmes. Il a raconté à son frère qu’il ne parvenait pas à croire que tout cela était réel. – A ce moment-là, nous n’avions aucune idée des conséquences que cela aurait pour nous au Pakistan, a déclaré Larry à Deborah. C’est tragique. C’est tout simplement tragique! – Oui, c’est tragique, a confirmé Deborah. Les jours suivants, tous, les professeurs comme les élèves, ont passé leur temps devant le poste de télévision. Toutefois, c’est quand ils ont appris, le vendredi soir, que l’école allait fermer et que chacun allait devoir rentrer dans son pays que leur moral a atteint son niveau le plus bas. Ils ont tous été anéantis par cette nouvelle. Un garçon était même tellement en colère qu’il a cassé une vitre. Les autres restaient assis là, complètement décontenancés, sans même parvenir à exprimer leurs sentiments. Plus d’un a essuyé furtivement une larme. Puis, tout est allé trop vite. Ils ont eu à peine le temps de faire leurs adieux à tout le monde. Christine, l’amie de Deborah, est partie pour Islamabad avant le 11 septembre, et maintenant, elles n’auront plus l’occasion de se voir. Est-ce qu’un jour, leurs chemins se croiseront à nouveau? Ce n’est pas certain. Christine est américaine, et peut-être ses parents vont-ils préférer rester aux Etats-Unis pendant un certain temps. Deborah a eu l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds. La nouvelle année scolaire vient juste de commencer, elle s’est habituée à sa nouvelle classe et a arrangé sa chambre avec ses camarades. Et seulement quatre semaines après la rentrée, tout s’effondre comme un château de cartes. Après l’annonce du départ, la jeune fille a aidé ses frères et sa sœur à faire leurs bagages. Elle a six frères

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et sœurs, dont quatre sont déjà scolarisés: ses frères Micha, 8 ans, Elias, 10 ans, Daniel, 14 ans, et sa sœur Rahel, qui a 12 ans. Les petits, Naemi et Benjamin, respectivement âgés de 6 et 3 ans, demeurent encore avec leurs parents qui sont missionnaires à Lahore, à l’ouest du Pakistan, près de la frontière indienne. Mais main­ tenant, suite à l’attentat du World Trade Center, eux aussi ont été priés par leur mission de quitter le pays le plus rapidement possible.

14 h 15 – Deborah? Elle se retourne. Jenny se tient juste derrière elle et lui adresse un grand sourire bien que ses yeux soient humides. Jenny a 12 ans et est originaire des Philippines. C’est une jeune fille gracieuse, à la peau couleur caramel et aux yeux d’un noir profond. Elle est dans la même classe que la sœur de Deborah, et son frère DJ termine le lycée l’année prochaine. Ses parents sont missionnaires en Afghanistan. – Est-ce qu’on se reverra? demande-t-elle d’une voix douce. Deborah lui sourit en retour. – Bien sûr, affirme-t-elle avec plus d’assurance qu’elle n’en ressent en réalité. – Tu ne perds jamais courage, pas vrai? – De toute façon, on serait tous partis en vacances chez nous en novembre, fait-elle en haussant les épaules. Là, ce ne sera qu’un départ avancé de deux mois. Ça n’a aucune importance. – Tu te réjouis de revoir l’Allemagne? – En fait, ça me fait un peu bizarre, avoue Deborah. Je ne sais pas du tout ce qui m’attend là-bas… – Je ressens la même chose, dit Jenny en hochant la tête. Je connais à peine les Philippines. Pour moi, c’est

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comme un pays étranger. Je ne peux pas imaginer y être heureuse sans ta sœur, sans toi, sans tous les autres. Elle doit se faire violence pour ne pas se laisser submerger par le chagrin. – Tu m’écriras? – Sans faute! promet Deborah. J’ai ton adresse e-mail. – Tu me le jures? – Parole de scout! Deborah lui sourit à nouveau et serre dans ses bras l’enfant qui a une bonne tête de moins qu’elle. Mme Visitacion, la mère de Jenny, sort à cet instant de la salle à manger en compagnie de DJ, son grand frère, et se dirige vers elles. – Jenny, il est temps de partir! dit-elle tout en saluant Deborah aimablement. Elle a l’air tendu, comme tout le monde ce jour-là. Tu as fini tes bagages, ma chérie? – Ma valise est là-bas! répond Jenny en montrant d’un geste vague un amoncellement de valises, de sacs de voyage et de sacs à dos qui s’entassent près de l’entrée du pavillon d’accueil. – DJ, pourrais-tu mettre la valise de Jenny dans la voiture, s’il te plaît? DJ hoche la tête et fait un clin d’œil par-dessus ses lunettes à l’attention de Deborah: – Allez, courage, Deborah! Et ne perds pas ton anglais, d’acc! – J’essaierai, fait Deborah. Elle échange quelques mots avec Mme Visitacion et serre Jenny encore une fois contre elle avant qu’elles ne se quittent définitivement. Mélancolique, elle parcourt du regard tous les élèves qui sont en train de partir avec leurs parents. Complètement perdus, quelques enfants de maternelle, assis au milieu des bagages, pleurent douce-

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ment. Des voitures s’avancent dans la cour. Des parents se frayent un chemin à travers la foule. Des adresses e-mail sont échangées, des larmes essuyées. Des employés pakistanais aident à transporter les bagages. Finalement, les parents de Deborah sortent du foyer, où ils ont bu une dernière tasse de thé en compagnie de quelques professeurs. Leur signe de tête en direction de Deborah est le signal du départ.

14 h 30 Deborah bat le rappel de ses frères et sœurs et traîne sa valise vers leur voiture. Son cœur est au moins deux fois plus lourd que sa valise. Elle s’efforce d’être optimiste, veut se convaincre que ce n’est pas si grave, qu’il n’y a que des avantages à passer quelques mois en Allemagne. Peut-être retrouvera-t-elle même d’anciens amis… Mais, quand la famille Lanz quitte l’enceinte de l’école, vers 14 h 30, et que la MCS, au pied de l’Himalaya, disparaît derrière les pins magnifiques, Deborah se sent misérable. Pour la première fois de sa vie, elle a l’impression de devenir apatride. Et plus ils s’éloignent de Murree, plus elle craint de ne jamais revoir le Pakistan.

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Le marché à Murree


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Amis de toujours Wiedenest, Allemagne

Mercredi 26 septembre 2001, 8 h 10 Encore à moitié endormi, Paul-Gerhard fixe le tableau noir à travers les verres ronds de ses lunettes et tente de déchiffrer les mystérieux signes que le professeur de mathématiques trace à une vitesse inhumaine. Ce n’est pas raisonnable de débuter la journée par les maths, se dit l’adolescent en son for intérieur, surtout avec Monsieur Meier qui ne se soucie aucunement de perdre des élèves en route. Par ailleurs, la journée de cours ne devrait pas commencer dès 8 heures du matin; c’est inacceptable, et cela nuit au bien-être général. D’accord, il n’aurait pas dû écouter de la musique jusqu’à 3 heures du matin. De plus, il a dû encore terminer les préparatifs pour la fête qu’il organise à l’occasion de son anniversaire, samedi. Il affiche fièrement ses 16 ans et c’est une raison plus que valable pour organiser une fête. Et puis, il y a une deuxième raison, tout aussi valable que la première: la famille Lanz est de retour du Pakistan! Paul-Gerhard est impatient de les revoir tous samedi, surtout Daniel et Deborah, ses meilleurs amis.

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15 minutes de terreur (MB3512)