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Michel Bosc

Vivre en Christ ou en crise

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Table des matières

Préface Avant-propos

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1. Vivre en Christ ou en crise? Page pratique n° 1 2. La déchirure entre l’éternité et l’actualité du salut 3. La déchirure entre le baptême et la plénitude de l’Esprit Page pratique n° 2 4. La déchirure entre la justification et la sanctification Page pratique n° 3 5. La déchirure entre la résurrection finale et la résurrection présente 6. Connaître en partie Page pratique n° 4 7. Se repentir et se condamner en partie — I 8. Se repentir et se condamner en partie — II

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9. Croire et se consacrer en partie — I Page pratique n° 5 10. Croire et se consacrer en partie — II 11. Recevoir la grâce en partie 12. Comment? Conclusion Annexe: deux témoignages en rapport avec le Réveil

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Préface

Vivre en Christ ou en crise est le fruit d’un drame qui a bouleversé la vie de l’auteur. Bien des années auparavant, lors d’une braderie à Meknès, Michel Bosc se procure la Bible au stand de la Maison de la Bible. Des contacts avec les personnes qui tiennent ce stand l’amènent à la conversion. Démobilisé fin 1957, il rentre à Paris et fréquente la Maison de la Bible de la capitale française. Jeune converti, il participe à diverses activités de témoignage avant de partir quelques mois à l’Ecole Biblique de Genève. L’enseignement qu’il y reçoit, basé sur la Bible reçue comme la Parole de Dieu, enracine sa foi dans l’Ecriture inspirée. Une année plus tard, on le retrouve au département des expéditions de la Maison de la Bible de Paris. En 1965 il épouse Esther et le couple est appelé à prendre la relève de la Maison de la Bible de Marseille. C’est le début d’un ministère de près de 35 ans dans la cité phocéenne. Répondre aux besoins spirituels des clients, annon-

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cer à tous l’Evangile du salut, transmettre l’enseignement reçu, tout cela contribue à l’édification d’une communauté dont il devient le pasteur. Mais entre la doctrine enseignée et la pratique vécue, il y a un espace ressenti comme un manque. Longtemps les efforts pour le combler drainent les forces naturelles, sans résultat. Un dramatique accident de la route en 1991 met fin à ces tentatives. Désormais invalide, l’auteur livre dans ce petit ouvrage le fruit de son expérience. Esprit rationnel, sensible à l’aspect juridique, Michel Bosc s’adresse au public évangélique classique, ce qui sous-entend une relative connaissance de la Bible et de la doctrine de ce milieu. Par-delà le ton didactique, la problématique de l’auteur transparaît dans l’intitulé des chapitres. Des notes de témoignage très personnel émaillent judicieusement le texte. Entre la belle construction doctrinale et le vécu réel, la foi dans la Parole inspirée permet à l’Esprit de conduire à l’expérience vécue du salut. Puisse cet ouvrage aider ceux et celles qui cheminent avec Jésus-Christ à vivre ce qui a été généreusement donné à tout croyant par l’abondance de la grâce manifestée en Christ.

J.-P. Golay

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Avant-propos

Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe; car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même. C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades, et qu’un grand nombre sont morts. Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. 1 Corinthiens 11:28-31 Si, à l’occasion de leur participation à la sainte cène, le manque de discernement du corps du Seigneur de la part des Corinthiens pouvait provoquer de telles maladies et infirmités au milieu d’eux — sans parler des décès — il n’est pas exagéré de penser et de croire, sans rien dramatiser, que tout autre manque peut aussi être préjudiciable à tous ceux et celles qui, pour une raison ou pour une autre, se retrouvent dans ce cas. C’est pourquoi, en dépit du climat de quiétude et de bonne conscience «évangélique» qui

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s’entretient à tous les niveaux aujourd’hui dans l’église, de la tête à la queue, ne revient-il pas à chacun d’entre nous de s’éprouver soi-même? Oui, je dois m’éprouver moi-même pour savoir si, oui ou non, je suis * dans la foi qui sauve ou dans la foi qui est morte en elle-même; * dans la vie de l’Esprit ou dans la vie centrée sur moi-même; * dans la consécration à Dieu ou dans la consécration à telle ou telle idole; * dans la participation à la vocation terrestre de l’humanité ou dans la participation à la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. Si quelqu’un a de la peine à faire ce genre de mise au point avec Dieu, avec l’église et avec lui-même, il doit savoir que ces pages ont été écrites pour l’y encourager et pour atteindre ce but avec lui, afin qu’il fasse, lui aussi, l’expérience de la guérison qui est en Christ. Ces pages lui sont donc consacrées avec prière, dans la conviction que «tout est possible à celui qui croit»1. 1 Voir Marc 9:23

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Un mot de témoignage Pour notre part, il aura suffit d’un instant pour que tout bascule. Victimes d’un accident de la circulation, avec ma femme et l’une de nos quatre filles, nous avons appris quelque chose de la souveraineté de Dieu. En effet, en s’endormant au volant de son 42 tonnes, faute d’avoir respecté son temps de repos, ce chauffeur de poids lourd ne se doutait pas qu’il allait traverser l’autoroute de part en part et venir nous frapper de plein fouet de l’autre côté, à 130 kilomètres à l’heure. Fracassés, à l’article de la mort dans notre voiture transformée en épave, nous avons néanmoins survécu miraculeusement tous les trois à cet accident. C’est dans ces circonstances qu’il nous a été donné, comme jamais encore, de faire l’expérience de la vérité en relation avec l’abondance de la vie en Christ. De ce fait, si cet accident a été une cause d’appauvrissement du point de vue de notre vie terrestre et temporelle, il a aussi été l’occasion d’un grand enrichissement du point de vue de notre vie spirituelle en Jésus-Christ dans les lieux célestes, ici et maintenant. C’est pourquoi, il nous est permis de dire: Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu... Romains 8:28

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Alors, bonne lecture et, si Dieu un jour le permet, au plaisir de dialoguer avec vous fraternellement!

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1. Vivre en Christ ou en crise?

Si le salut de l’homme est, du côté de Dieu, toujours le même, toujours resplendissant de vitalité et de santé, d’abondance et de surabondance, toujours intact et unique, en un mot toujours parfait, du côté de l’homme il en va souvent tout autrement. En effet, le salut ou, plus exactement, l’expérience du salut n’est-elle pas ternie par toutes sortes d’inquiétudes et d’angoisses, de troubles et de craintes, de tâtonnements et d’erreurs, de larmes et de chagrins, de maux et d’infirmités? Elle est à tel point ternie que ceux et celles qui professent être sauvés ne témoignent pas toujours de cette santé resplendissante et de cette vitalité, ni de la joie de vivre leur salut. Au contraire, ce qu’ils vivent au quotidien est plutôt du genre tristounet. D’ailleurs, ne paraît-il pas évident, au regard de l’histoire récente de l’Eglise, que le salut évangélique n’est pas exactement le même que le salut pentecôtiste, et que le salut pentecôtiste diffère du salut charismatique? Et je ne parle pas ici de toutes les

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dernières versions, pour le moins singulières, de ce «salut» qui, sous l’influence du mouvement dit charismatique, viennent de sortir sur le marché de la misère spirituelle de notre génération, de plus en plus déboussolée entre le matérialisme de l’Occident et le mysticisme venu d’ailleurs. De même, si nous regardons à l’ensemble de l’histoire de la chrétienté, le salut catholique et orthodoxe n’est certes pas le même que celui des apôtres, tout comme le salut protestant du temps de la Réforme n’est pas celui des protestants œcuméniques d’aujourd’hui. Unique en soi à l’origine, le salut est donc devenu multiple dans ses différentes versions au cours de l’histoire de la chrétienté et il risque bien, si le Seigneur tarde encore à revenir, de le devenir toujours davantage. Ces lignes n’ont pas pour but de faire l’inventaire complet de toutes les différentes versions du salut qui ne manquent pas de nous perturber, ni de tous les maux et de toutes les infirmités de l’expérience du salut qui peuvent exister aujourd’hui sous le soleil de la chrétienté, mais d’en rester à quelques infirmités courantes de l’expérience du salut dont souffrent beaucoup de nos frères et sœurs évangéliques dans les divers milieux, pourtant réputés fidèles à la Parole et à l’Esprit de Dieu. C’est que, sans souffrir de toutes les infirmités qui affligent la masse des fidèles de toutes les dénominations,

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le salut de beaucoup de nos frères et sœurs, tel qu’il se vit très souvent aujourd’hui, les laisse insatisfaits, dans un état d’infirmité et de souffrance qui les invalide dans leur être spirituel. D’ailleurs, les mêmes infirmités corporelles, au sens courant du terme, les invalideraient dans leur être physique s’ils en étaient frappés. Ces infirmités d’ordre spirituel ne sont pas premièrement d’origine doctrinale — ne nous accordons-nous pas tous à professer que nous avons tout pleinement en Jésus-Christ — mais d’origine expérimentale et ontologique (c’est-à-dire relative à l’être), étant donné que la plénitude qui est en Jésus-Christ nous fait souvent cruellement défaut au quotidien. L’examen qui va suivre concerne donc, avant tout, des frères et des sœurs qui, passant d’une crise à l’autre, sont conscients d’être en souffrance et soupirent après la guérison de leur infirmité.1 Voici sur qui je porterai mes regards: sur celui qui souffre et qui a l’esprit abattu, sur celui qui craint ma parole. Esaïe 66:2 1 Chaque fois que nous l’estimerons nécessaire, une page pratique sera consacrée à la question qui se pose, comme ici pour commencer: la guérison.

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Page pratique n° 1 Pratiquement, toutes les guérisons que le Seigneur Jésus a opérées au cours de son ministère avaient un double objectif: démontrer d’une part sa divinité absolue, de l’autre sa souveraineté absolue sur la toute-puissance du mal et de la mort. Toutes ces guérisons ont donc, évidemment, leur pendant dans le domaine spirituel, psychique et moral, car dans ce domaine-là, les maux sont tout aussi nombreux que dans le domaine physique, occulte et mental. Pour l’auteur du Psaume 103, le pardon et la guérison étaient déjà étroitement associés: C’est lui [l’Eternel] qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes maladies. Psaume 103:3 Si donc nous croyons que le Seigneur Jésus pardonne tous nos péchés, croyons aussi que la guérison qui est en lui peut s’appliquer à toutes les maladies, à toutes les pathologies dont nous pouvons souffrir, à commencer par celles qui affectent notre santé spirituelle. Par conséquent, cessons de nous imaginer que notre état de santé spirituel et moral serait moins important aux yeux de Dieu que notre statut juridique. Sa volonté de nous guérir est tout aussi grande que sa volonté de nous

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pardonner. Or, ce qui est vrai de sa volonté l’est aussi de son pouvoir, comme le démontre le cas de la guérison et du pardon du paralytique porté par ses quatre amis: Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés: Je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison. Marc 2:10-12 Le triangle de notre salut est un triangle équilatéral: ses trois côtés et ses trois angles sont égaux. Si donc le Seigneur est la résurrection et la vie — et il l’est en toute vérité — il est aussi le pardon et la justice et, de même, il est la guérison et la santé pour chacune et chacun d’entre nous. Pour que nous soyons guéris, il faut que le triangle du salut s’impose à nous et en nous. Il importe que nous nous en laissions convaincre. Et il ne faut négliger aucun de ses trois côtés, car chacun est nécessaire. Comment pouvons-nous nous imaginer que le Seigneur veuille nous pardonner parfaitement tout en nous laissant dans le triste état de santé spirituel et moral qui est le nôtre? Comment pourrions-nous être parfaitement pardonnés tout en restant jusqu’à la

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fin en état de longue maladie spirituelle et morale? Cette conception des choses est étrangère à Dieu. Elle doit donc l’être aussi pour nous. Si tel n’est pas encore le cas pour vous, cher lecteur, elle doit le devenir pour le bénéfice d’une bonne santé spirituelle et morale, en accord avec le bénéfice du parfait pardon dont vous jouissez depuis votre conversion. Puisque vous croyez déjà que le pardon est un don de sa grâce, vous devez le croire tout autant au sujet de la bonne santé après laquelle vous soupirez, puisqu’il s’agit aussi d’un don: Voici, je lui donnerai la guérison et la santé, je les guérirai, et je leur ouvrirai une source abondante de paix et de fidélité. Jérémie 33:6 Le doigt de la foi posé sur cette parole prophétique, il vous appartient de la croire. Alors, elle aura son accomplissement historique pour vous, comme elle l’a eu pour l’auteur de ces lignes. En effet, bien évidemment, comme l’a dit le Seigneur Jésus dans l’Evangile: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Luc 5:31

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2. La déchirure entre l’éternité et l’actualité du salut Pour commencer, l’infirmité qui s’observe très souvent dans le vécu du salut de beaucoup de chrétiens est une déchirure qui se situe à la jointure entre le salut éternel et le salut actuel. Pour nous qui croyons en Jésus-Christ en tant que victime volontaire pour le pardon de nos péchés et, surtout, du péché — dans le sens où ce dernier est la source du mal qui est et demeure en nous — il est certain que notre sort éternel est assuré. De plus, notre condition d’hommes rachetés et ressuscités sera parfaite dans un contexte éternel et définitif où il nous est dit que Dieu en personne «essuiera toute larme de nos yeux, et la mort ne sera plus; il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu» (Apocalypse 21:4). Non seulement les larmes, la mort, le deuil, les cris et la douleur auront été vaincus, mais ils auront disparu, disparu à tout jamais de notre vie, de notre histoire et de notre environnement.

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Cette félicité éternelle dans un être ressuscité — esprit, âme et corps — sera notre partage dans la présence directe de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Nous participerons alors sans réserve à la sainteté et à la gloire de notre Dieu, dans l’unité parfaite et définitive en lui et avec lui, dans la jouissance de «la plénitude de celui qui remplit tout en tous» (Ephésiens 1:23). Cette conviction, lorsqu’elle s’impose, se double d’une espérance qui, au même titre que ladite conviction, procède directement de l’action conjuguée de la Parole et de l’Esprit de Dieu: de l’Esprit reçu sans réserve et de la Parole écrite dont nous possédons aussi l’intelligence spirituelle. Toutes deux nous portent et nous transportent durant tout le temps de notre pèlerinage ici-bas et, tout particulièrement, quand il nous arrive de passer par l’épreuve comme Job en témoignait déjà en son temps: Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la terre. Quand ma peau sera détruite, il se lèvera; après que ma peau aura été détruite, moi-même je contemplerai Dieu. Je le verrai, et il me sera favorable; mes yeux le verront, et non ceux d’un autre; mon âme languit d’attente au-dedans de moi. Job 19:25

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Si tel est bien le sort éternel qui nous attend et la jouissance que nous en aurons alors, notre sort actuel de chrétiens est souvent très loin de correspondre à l’idéal dont le Seigneur, les prophètes et les apôtres nous entretiennent tous en termes concordants: Je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles soient dans l’abondance.1 Jean 10:10 Le désert et le pays aride se réjouiront; la solitude s’égaiera, et fleurira comme un narcisse; elle se couvrira de fleurs, et tressaillira de joie, avec chants d’allégresse et cris de triomphe… Car des eaux jailliront dans le désert, et des ruisseaux dans la solitude; le mirage se changera en étang et la terre desséchée en sources d’eaux. Esaïe 35:1-2, 6-7 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ! En lui Dieu nous a élus 1 Version Louis Segond 1910

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avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables devant lui. Ephésiens 1:3-4 Au contraire, très souvent, trop souvent, notre sort dans le temps présent se révèle peu enviable, tant il est et reste marqué par tout ce que nous étions avant notre conversion. C’est à tel point que seul notre témoignage verbal peut nous distinguer de ceux et celles qui restent encore perdus, sous l’emprise du péché et de la mort. Quant à notre témoignage pratique, il ressemble davantage à celui des disciples avant la mort et la résurrection du Seigneur qu’à celui qui les a caractérisés après la Pentecôte. Certes, le cours général de notre histoire a changé depuis le jour où le Seigneur en personne y est entré, mais l’état de notre vie de tous les jours reste le même, comme si le Seigneur en était toujours absent. Au lieu que nous jouissions de sa présence, c’est toujours la même solitude qui nous tient fidèlement compagnie dans notre être intérieur et nous pouvons reprendre à notre compte la prière du Psaume 63: O Dieu! tu es mon Dieu, je te cherche; mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, dans une terre aride, desséchée, sans eau. Psaume 63:2

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Cette solitude en lieu et place de la présence consciente de Dieu est d’autant plus pénible à supporter que nous la savons contraire à l’expérience normale du salut. Il suffit de comparer avec ce témoignage: J’ai constamment l’Eternel sous mes yeux; quand il est à ma droite, je ne chancelle pas. Aussi mon coeur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse, et mon corps repose en sécurité. Psaume 16:8-9 De fait, si nous interrogeons la Bible, elle atteste que non seulement il est là avec nous, mais que, surtout, il est là en nous. Toutefois, quand nous interrogeons notre propre conscience à ce même sujet, elle doit répondre que, le plus souvent, cette présence lui a échappé, tant elle était restée absorbée par mille et une autres choses, mille et une autres présences que celle du Seigneur. De plus, trop souvent — confessons-le — il nous est arrivé de le prendre pour un fantôme, comme les disciples dans la tempête au moment où il les rejoignait dans la barque, parce que l’atmosphère de la tempête, pour eux comme pour nous, fausse notre perception de la réalité des choses naturelles aussi bien que des choses spirituelles.

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Cette déchirure qui compromet l’unité du salut éternel et actuel n’est rien d’autre qu’une paraplégie de la foi et de la conscience, puisque cette dernière reste subjuguée par la vie de la terre au détriment de la vie de l’Esprit et du ciel telle qu’elle est dans l’ordre de l’éternité, en contraste total avec l’ordre du temps. Ne nous étonnons pas, alors, si notre christianisme reste dans les limites de ce temps, bloqué à la frontière de l’éternité sans pouvoir la franchir, sauf en quelques rares exceptions, alors que, normalement, cette frontière est ouverte en permanence et devrait le rester comme l’illustre si bien l’échelle de Jacob: [Jacob] eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. Et voici, l’Eternel se tenait au-dessus d’elle. … Jacob s’éveilla de son sommeil et il dit: Certainement, l’Eternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas! Il eut peur, et dit: Que ce lieu est redoutable! C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux! Genèse 28:12-13, 16-17

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Quelle révélation! Quelle découverte! Quelle prise de conscience! Une échelle appuyée sur la terre dont le sommet touche au ciel et un va-et-vient incessant dans les deux sens, de haut en bas et de bas en haut. Pourquoi? Pour bien montrer que la frontière est ouverte, même supprimée, entre le ciel et la terre par le moyen de cette échelle. Quant à cette dernière, elle ne peut qu’être l’image du salut et de la rédemption dont nous sommes l’objet afin que cette déchirure entre le ciel et la terre, entre le temps et l’éternité, cesse et que la conscience nous en soit donnée pas seulement en songe, mais en toute réalité dans le cadre de notre vie, aujourd’hui. Cependant, la paraplégie de notre foi ne peut pas être guérie par le seul fait de savoir que la déchirure, la rupture entre le ciel et la terre, entre le temps et l’éternité, a pris fin. Cette vérité, avant tout, doit toucher notre conscience et notre cœur, y prendre place et y demeurer pour qu’il en résulte une expérience, une expérience de guérison qui mettra fin à l’infirmité de notre foi et de notre conscience afin que nous puissions vivre, enfin, le salut sans fauteuil roulant. N’en est-il pas ainsi de ma maison devant Dieu, puisqu’il a fait avec moi une alliance éternelle, en tous points bien réglée

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et offrant pleine sécurité? Ne fera-t-il pas germer tout mon salut? 2 Samuel 23:5 Alors, et alors seulement, des déclarations comme celle du Seigneur dans Jean 3:13 cesseront de représenter une énigme pour nous, parce que nous goûterons quelque chose de cette présence simultanée de Dieu sur la terre et dans le ciel, dans le ciel et sur la terre. Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel. Il en ira de même en ce qui concerne le monde visible et le monde invisible et la perception qu’il nous sera donné d’en avoir à notre tour, à l’exemple de Moïse et Elisée dont il est dit respectivement: C’est par la foi que Moïse quitta l’Egypte, sans être effrayé de la colère du roi; car il se montra ferme, comme voyant celui qui est invisible. Hébreux 11:27

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Elisée pria, et dit: Eternel, ouvre ses yeux, pour qu’il voie. Et l’Eternel ouvrit les yeux du serviteur, qui vit la montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d’Elisée. 2 Rois 6:17 Sachons donc reconnaître toute la pesanteur de notre vie chrétienne, afin d’être sauvés de ce fardeau accablant qui nous plaque au sol et qui nous prive de cette dimension aérienne et céleste qui, normalement, fait partie intégrante de notre salut en Jésus-Christ. Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni se flétrir; il vous est réservé dans les cieux. 1 Pierre 1:3-4

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3. La déchirure entre le baptême et la plénitude de l’Esprit Pierre leur dit: Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. Actes 2:38 La réponse apportée par l’apôtre Pierre à ceux qui avaient eu le cœur vivement touché, le jour de la Pentecôte, lors de la première prédication de l’Evangile sous l’inspiration et l’autorité de l’Esprit, résume clairement en quoi consistent la part de l’homme et celle de Dieu dans l’expérience du salut. Si l’homme se repent dans la foi en Jésus-Christ — comme son baptême est censé l’attester — il reçoit le pardon de ses péchés et le don du Saint-Esprit pour vivre une vie toute nouvelle. A l’association de la repentance et de

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VIVRE EN CHRIST OU EN CRISE