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Deux fils morts, n’était-ce pas suffisant? Lorsque le troisième de ses garçons adopte un mode de vie qu’elle ne comprend pas, qu’elle réprouve même, et quitte la maison, Barbara s’effondre. En toute honnêteté, elle livre quels ont été ses sentiments durant cette période noire de sa vie, comment elle a pu retrouver son légendaire sens de l’humour et quels sont les enseignements qu’elle en a tirés. Un livre pour tous les parents qui voudraient démissionner! Barbara Johnson est une écrivain et une conférencière très appréciée. Elle est la fondatrice de «Spatula», une organisation à but non lucratif qui a pour objectif de «décoller les parents du plafond à l’aide d’une spatule d’amour et de les remettre sur la voie de la guérison». Ses différents livres ont été vendus à plus de 5 millions d’exemplaires et traduits en plus de 20 langues. ISBN 978-2-8260-3464-3

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Copyright © 1979 by Barbara Johnson Originally published in English under the title Where Does a Mother Go to Resign? by Bethany House Publishers, a division of Baker Publishing Group, Grand Rapids, Michigan, 49516, U.S.A. All rights reserved. Les textes bibliques sont tirés – pour l’Ancien Testament, de la Bible Segond revue, Nouvelle Edition de Genève, 1979 – pour le Nouveau Testament, de la version Segond 21 Traduction: Odile Favre © et édition française: La Maison de la Bible, 2006 CP151, Chemin de Praz-Roussy 4bis, CH-1032 Romanel-sur-Lausanne E-mail: info@bible.ch Diffusion en France: La Maison de la Bible, 255 rue de Vendôme, FR-69003 Lyon E-mail: diffusion@maisonbible.net Internet: www.maisonbible.net Imprimé en UE ISBN 978-2-8260-3464-3


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Table des matières

Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Un mot de l’auteur

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11. Yankee Doodle, la cloche magique et une mère à plat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12. Et si nous sautions la fête des pères? . . . . . . . . 13. Nous allons avoir besoin de toi, Bill! . . . . . . . . 14. Steve, le Vietnam et la maison . . . . . . . . . . . . . 15. Le défi de Tim . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16. Où sont passées toutes les mères? . . . . . . . . . 17. Notes de survie 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18. Notes de survie 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19. Notes de survie 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10. Notes de progrès 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11. Notes de progrès 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12. Passer du bouton d’urgence au circuit d’attente, sans se perdre en route . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13. Que faire quand il n’y a rien à faire? . . . . . . . . 14. La colle adhésive de Dieu et la manière de l’utiliser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15. Décoller du plafond avec une spatule d’amour . 16. La folie est héréditaire, elle est transmise par les enfants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17. Où rendre le tablier? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Epilogue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Préface

Barbara Johnson est une femme remarquable. Elle a une histoire passionnante faite de victoire sur le désespoir, une histoire qui a vu la grâce de Dieu à l’œuvre au milieu d’une terrible tragédie. Aujourd’hui, son témoignage déborde de la joie du Seigneur. J’ai connu Barbara comme la «dame au sourire lumineux» à notre bureau des appels de détresse du Centre chrétien. Plus tard, j’ai appris que Dieu lui avait parlé lors de mes enseignements bibliques. Il l’avait aidée à traverser les épreuves consécutives à la découverte de l’homosexualité de son fils. Elle a été l’une des élèves les plus assidues à mon cours, dont elle a aussi communiqué les cassettes à d’autres personnes dans la souffrance. Elle a la capacité de rire dans toutes les situations, tout en obéissant à la volonté de Dieu, ce qui lui a donné le courage et la sagesse de supporter les flèches de l’ennemi jusqu’à aujourd’hui. Barbara connaît les nuits sans sommeil et les jours sombres. Elle connaît personnellement l’angoisse et le chagrin. Mais elle connaît aussi l’amour et la consolation du Seigneur au milieu du feu ainsi que la victoire suprême sur la dépression, victoire qu’il offre au croyant qui lui fait confiance. En utilisant la Parole de Dieu comme guide, Barbara a raconté son histoire pour le


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bien de milliers de chrétiens cherchant la direction de Dieu dans une situation désespérée. Dans notre Institut chrétien de recherche et dans notre Eglise, nous parlons toujours de Barbara et de son ministère à ceux qui ont des besoins particuliers. Dieu a béni son travail et le bénira encore, parce qu’il répond à des besoins très précis. Lisez ce livre si vous souffrez, si votre famille souffre ou si vous voulez apprendre comment triompher du malheur ou guérir d’un cœur brisé. Un jour, Barbara a voulu renoncer à être une mère. Avec tous ceux qui ont bénéficié de son aide, je suis heureux qu’elle n’ait pas rendu son tablier! Walter Martin


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Un mot de l’auteur

Récemment, j’ai participé à une émission de Focus on the Family. L’équipe m’a fait la surprise d’intégrer au programme une conversation téléphonique avec mon fils Larry. Larry m’a dit notamment: «Nous sommes tous reconnaissants pour la guérison et la restauration accordées par Dieu.» Dans la bouche d’un autre que Larry, le fils de Mère à la dérive voudrait rendre son tablier, cette phrase aurait paru bien banale. Or, c’était justement à cause de lui qu’était née l’organisation Spatula, quelque 15 ans plus tôt. A l’époque, il n’existait aucun livre, aucun mouvement, pour aider les familles chrétiennes, jusque-là caractérisées par l’insouciance et le sentiment de sécurité, lorsqu’elles étaient confrontées à l’homosexualité de l’un des leurs. Comme mon mari et moi n’avions aucune idée sur la manière de gérer cette nouvelle, douloureuse et accablante pour nous, nous avons vécu 11 années de brouille amère. Cela a été aussi atroce pour notre fils que pour nous. Mais même dans cette douleur incroyable, nous avons parcouru un chemin de restauration personnelle. Lorsque nous avons commencé à faire part de notre expérience au travers du ministère de Spatula, nous


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sommes entrés en contact avec des parents qui avaient besoin de «décoller du plafond» où ils avaient sauté en découvrant l’homosexualité de leur enfant. Grâce à ce livre et aux autres que j’ai écrits, grâce aux envois de Focus on the Family et d’autres organisations chrétiennes, nous avons vu des milliers de familles vivre une restauration. Bien des personnes nous ont écrit pour dire que notre histoire leur avait donné le premier signe d’espérance: quelqu’un avait survécu à ce qu’elles traversaient. Pendant les 11 années au cours desquelles notre fils a été absent, le Seigneur nous a toujours enveloppés d’un manteau de consolation et a rempli notre vie de joie. Cette joie s’est déversée sur d’autres parents malheureux et les a aidés à apprendre à rire à nouveau. Ce livre a été écrit à la suite d’une période d’angoisse et de souffrances terribles, mais Dieu les a transformées en joie. Je sais qu’il peut accomplir ce miracle pour vous aussi. Joyeusement à vous, Barbara Johnson


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20 juin Je suis enfermée dans cette sorte de caisson depuis une semaine. J’ai passé la plupart du temps au lit. Personne n’a rien exigé de moi; c’est presque comme si je pouvais fuir le monde et vivre dans mes propres murs. Bill disait toujours que j’étais le moteur de la maison. Je suis morte pour lui maintenant, mais il tient bon et fait son boulot. Il m’apporte des jus de fruits, me traite comme si j’avais la grippe. La maison est en désordre, j’en suis sûre. J’ai suggéré à Bill de dénicher quelques cartes de prompt rétablissement, d’y apposer une signature et de les mettre sur le meuble.Ainsi, les visiteurs supposeront que je suis malade, dans l’impossibilité de nettoyer la maison. Si des gens appellent, il prétend que je ne suis pas bien à cause de la chaleur et de la grippe. Le fait que notre maison est climatisée et que ce n’est pas la saison de la grippe lui importe peu. En apparence, il ressemble au rocher de Gibraltar, mais je sais qu’il reste très fragile intérieurement. Pas moyen d’éviter tout cela… Le suicide est hors de question. En outre, j’ai peur d’essayer, de me rater et de me retrouver face à mon ennuyeux repassage. Dieu est vivant et à l’œuvre, mais c’est comme si j’étais dans un caisson étroit, avec le couvercle refermé sur moi.


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Personne ne peut plus m’atteindre. Il doit y avoir un moyen de sortir de là. La Bible dit que Dieu ne nous laissera jamais seuls. Qu’il ne nous abandonnera jamais. J’ai prié le Seigneur de venir nous enlever tous. Rien n’est arrivé. Je suis trop fatiguée pour assumer mes responsabilités, trop épuisée, à force de pleurer, pour pouvoir parler à qui que ce soit. Il faut que quelque chose se passe pour me donner envie de sortir de cette dépression. Après tout, n’étaisje pas la personne à laquelle s’adressaient ceux qui s’effondraient? Le fait de venir chez moi et de me faire part de leurs soucis avait aidé d’autres à porter leurs fardeaux. Où puis-je aller pour dire à quelqu’un que mon fils est homosexuel? Et qu’il a disparu? Pourquoi a-t-il fait allusion à la prostitution? Pourquoi en a-t-il parlé en la brandissant comme une menace? Il serait plus facile d’aller au cimetière et de déposer des fleurs sur sa tombe que d’affronter l’idée que nous ne le reverrons peut-être jamais. Peut-il se couper de nous et vivre sa nouvelle vie comme s’il n’était plus notre fils? Ce qu’on appelle homosexualité peut-il briser une famille ainsi? Je dois apprendre… Je dois savoir… Je dois sortir de ce caisson! Ayant désespérément envie d’apprendre, j’éprouve un besoin et un désir obsessionnels de découvrir tout ce que je peux à propos de ce monde inconnu, avec son vocabulaire qui m’est étranger. Chaque jour, je continuerai à mettre mes pensées par écrit. Cela m’aidera à voir d’où je viens et où je vais. Je n’ai personne à qui parler, alors le simple fait d’écrire m’aide à savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. La douleur est réelle. Je dois me décoller du mur et rassembler mes morceaux. Je dois «travailler comme si tout dépendait de moi, et prier comme si tout dépendait de Dieu». Personne ne peut m’aider. Dieu m’a donné la


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force de vouloir sortir de ce caisson. C’est le premier petit pas pour que je sois libérée des ténèbres dans lesquelles je me trouve. D’habitude, je donne des conseils à tous ceux qui viennent demander de l’aide au Centre chrétien. Jusqu’à présent, je me sentais plutôt détachée de leurs problèmes car je n’en avais pas moi-même. Je vais maintenant appeler notre responsable pour lui demander conseil. Le docteur Wells connaît bien toute notre famille. Il m’aidera à mettre de l’ordre dans mes idées. Le mot homosexuel continue de tourniquer dans ma tête, comme si l’on avait appuyé sur la touche «repeat». Il est là quand je me réveille, quand je vais au lit. Je tourne en rond dans la maison comme un zombie. C’est comme si j’avais un esprit en béton, bloqué à vie et complètement perturbé par ce seul mot. Notes de survie: c’est le nom que je leur donnerai. Je vais survivre. Je ne peux pas laisser le péché d’un enfant détruire notre famille. Je découvrirai ce dont il s’agit et comment comprendre tout cela, comment me comprendre. Comment un seul mot peut-il m’accabler de douleur et me donner envie de vomir? J’ai survécu à la mort, aux accidents, au deuil. Pourquoi est-ce si différent? Le docteur Wells pourra certainement donner des réponses aux questions qui tournoient dans mon esprit émotionnellement fatigué.

22 juin Le docteur Wells m’a encouragée à prendre des notes lors de nos entretiens et à les relire plus tard. Il sait que mes pensées sont si confuses que la plus grande partie de nos discussions glissent au-dessus de moi. Espérons que mes gribouillis me seront utiles plus tard. On devrait m’appeler Miss P.S.A: Miss parle sans arrêt.


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Je lui ai demandé si je perdais la tête, et il m’a assurée qu’aussi longtemps que je continuais à parler, j’irais bien. Je voulais un oui ou un non définitif, mais il m’a expliqué que les gens tombent malades au moment où ils ne peuvent plus parler de leurs problèmes. Parler est une thérapie; une thérapie qui coûte cher! Mais je vendrais tout l’or de mes dents pour payer un entretien avec le docteur Wells, parce qu’il m’apporte le premier répit de la semaine. Je me réjouis chaque fois de le voir. D’après le docteur Wells, Larry doit souffrir d’un fort sentiment de culpabilité et de honte, et il ne lira rien ou n’écoutera rien, à ce stade. Nous devons nous contenter de lâcher prise et de prier pour lui. Il m’explique que mes impressions d’étouffer et de suffoquer sont des symptômes normaux de l’angoisse. C’est ce qui explique ma barre au front, mes nausées, mes douleurs à la poitrine et mon sentiment d’irréalité totale. Quel bien cela fait de savoir qu’il y a des mots pour expliquer ce que je prenais pour le signe que j’étais au bout du rouleau! D’après le docteur Wells, nous devrions remercier le Seigneur de nous avoir permis de vivre cette épreuve. Nous pourrons peut-être aider d’autres parents, un jour, ou nous porter volontaires pour répondre aux appels d’urgence de mères qui traversent des difficultés similaires. Il ne connaît malheureusement aucune autre mère capable de m’aider. Il me rappelle que mon sens de l’humour pourrait m’être utile. Je sais que j’avais ce don il n’y a pas si longtemps, mais il est mort au pied du drapeau à Disneyland. O Seigneur, redonne-moi mon sens de l’humour pour qu’il m’aide à traverser ces prochains mois sans devenir folle! Je réussis à émettre un faible sourire en affirmant au docteur Wells qu’un autre symptôme, c’est que mes


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dents me démangent. Cela peut paraître bizarre, mais comme il a pu m’expliquer toutes les autres manifestations physiques d’angoisse, pourquoi pas aussi la démangeaison des dents? Cela aussi, c’est attribuable à l’angoisse, me confirme-t-il. Je rentre donc à la maison, l’esprit plus calme, contente de savoir qu’il y a un nom pour ma maladie: symptômes d’angoisse. Mais aujourd’hui, j’ai tellement mal que, si un nouveau symptôme apparaissait, il me faudrait au moins deux semaines avant que je puisse m’en apercevoir! J’ai tellement besoin de mon humour, Seigneur. Peuxtu lui redonner vie afin que je puisse rire à nouveau? Je suis si fatiguée de toutes ces larmes.

23 juin Le docteur Wells dit que la tromperie et la tentative de dissimulation ont transformé notre fils normalement plein d’entrain en un étranger. D’après lui, mon humour est comme un filtre de joie et refera surface au moment le plus sombre. Oh, si seulement! Mais tout est si noir depuis deux semaines, et le rire n’a toujours pas refait surface. Est-ce que je pourrai de nouveau rire un jour? Il n’existe aucun livre pour les parents. Personne à qui parler. Le docteur Wells est tout ce que j’ai, et il coûte tellement cher que je ne peux le voir qu’une heure tous les deux ou trois jours. Il brosse un tableau si déprimant de la situation. Il dit que je ne dois plus me considérer comme la mère de Larry maintenant, mais comme son amie (une amie perdue de vue, puisque Larry est parti et que je ne suis en réalité plus qu’un souvenir pour lui). Larry est un adulte, tout comme moi. Je ne suis plus responsable de ses choix. Je ne peux m’attribuer aucun mérite pour ses


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choix. Mais qui voudrait s’attribuer le mérite d’un choix tel que celui de l’homosexualité? Je me demande bien pourquoi le docteur Wells a utilisé ce mot-là. Le père du fils prodigue a dû laisser son fils partir et continuer sa vie. Nous devons laisser Larry partir. En fait, comme il est déjà parti, je n’ai pas le choix! Notre fils doit se décharger de sa colère. Je n’ai aucune idée de l’objet précis de cette colère, mais le docteur Wells affirme qu’aussi longtemps qu’il ne l’exprime pas, il restera hostile à tout ce que nous pourrons lui dire. D’après lui, Larry est obsédé, à la limite de la paranoïa, par l’idée que les autres pourraient apprendre ce qu’il vit, et nous devons lui autoriser cette colère pour l’aider à libérer ses émotions. Il me conseille de lire un ouvrage du docteur Theodore Isaac Rubin, qui pourrait m’aider à comprendre les ramifications de la colère. Il m’avertit que, si Larry m’appelle, je ne dois pas répondre immédiatement à ses besoins, pas essayer de satisfaire ses moindres désirs sur-le-champ. Larry est très dépendant, d’après le docteur Wells. Il a remarqué que notre fils était rarement seul, obtenant toujours les réponses qu’il désirait et l’attention des autres. Sa rapidité à obtenir ce qu’il veut, sa façon brillante de s’approcher des gens sont des symptômes. J’ai un tel mélange de sentiments: j’aime Larry, je le déteste, je veux le tuer, me tuer, l’aimer et lui dire que tout va bien, l’enterrer, m’enterrer. Comme j’aimerais pouvoir retourner deux semaines en arrière et me souvenir de la vie heureuse que nous avions avant ce fameux samedi, le jour où j’ai découvert les livres! Est-ce que Larry souffre? Le confort de sa maison et la sécurité de sa famille lui manquent-ils? Comment vit-il? Même s’il ne s’ennuie pas de nous, s’ennuiet-il de son chien brun?


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24 juin Je suis censée me demander comment je traiterais un autre adulte qui serait dans la même situation: traiter Larry comme s’il était un autre ami adulte. Il doit faire ses propres choix. Le docteur Wells m’invite à ne pas rechercher dans le passé ce qui a pu provoquer l’homosexualité de Larry. Beaucoup de choses ont pu y contribuer. Nous avons tous des événements, des traumatismes qui influencent notre personnalité, mais les choix restent les nôtres. Quelle vérité précieuse! J’apprendrai par cœur cette phrase et me la répéterai lorsque ma honte grandira et tentera de m’engloutir à nouveau. Le docteur Wells dit que nous ne devons pas laisser le diable avoir un quelconque accès à ce que le Seigneur a fait dans notre famille. Steve et Tim sont nos acomptes au ciel. Où est Larry? La torpeur et le sentiment d’irréalité me donnent l’impression de vivre un rêve. J’ai si mal à l’estomac. Je ne suis pourtant pas enceinte. Non, Dieu soit loué, je ne suis pas enceinte! Je dois trouver une raison d’être reconnaissante dans cet affreux gâchis. Si je devais changer les couches d’un bébé avec de telles nausées, ou remplir des formulaires avec des verres à double foyer… ce serait la fin. Surtout pas ça! Aujourd’hui, j’ai dit au docteur Wells que j’étais reconnaissante pour deux choses (et j’ai vraiment dû les chercher): j’ai perdu cinq kilos en une semaine et je ne suis pas enceinte. Les nausées me prennent surtout quand je me brosse les dents et touche ma langue avec la brosse; j’en ai de réels haut-le-cœur. Est-ce que ces nausées disparaîtront un jour? Pourrai-je à nouveau respirer sans avoir le sentiment d’étouffer? Est-ce que cette impression d’avoir un sac sur la tête va perdurer? Un jour, un jeune homme est arrivé au


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Centre chrétien avec un grand sac à commissions sur la tête. Après quelques mois, il l’a remplacé par un large chapeau qui lui tombait sur la figure. Penser à ce genre de situations me maintient en contact avec moi-même. Je me rappelle au moins qu’il s’appelait Mario, et je me demande s’il avait un nouveau sac chaque fois qu’il venait aux entretiens ou s’il portait toujours le même vieux sac. Réfléchir à de telles choses peut vous empêcher de penser que vous avalez des lames de rasoir. Il fait brumeux aujourd’hui. Est-ce que c’est le même brouillard que celui que nous avions avant le passage de la pluie, la semaine passée? Ou est-ce un nouveau brouillard? Réfléchir à cette question m’a empêchée de penser à Larry durant tout le voyage de retour depuis le bureau du docteur Wells.

27 juin Larry a peut-être admis son homosexualité alors que nous étions à Disneyland parce qu’il savait que, làbas, je ne pourrais ni crier, ni m’évanouir, ni le frapper. Après tout, avec cette énorme parade, les feux d’artifice et les gens pressés les uns contre les autres, il était impossible de s’effacer ou de manifester des émotions. Deux semaines ont passé depuis lors. Je ne me sens guère mieux. Le saignement de mon cœur s’est quelque peu calmé, mais le caractère étrange de toute la situation me pèse encore plus maintenant. Le docteur Wells continue à dresser un tableau très, très sombre. Pourquoi doit-il le noircir autant? Il affirme que je n’ai pas encore accepté. Je veux mourir et souhaite la mort de tout le monde, mais ce n’est pas accepter la réalité.Tirer une couverture moelleuse sur moi, ce n’est pas l’accepter. Qu’est-ce? Je pense


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que je pourrais gagner une fortune en louant ma tête comme ballon: les pleurs me la font sembler plus grosse qu’une pastèque.

28 juin Si seulement Larry était confronté à un péché courant, du style coucher avec une fille! Une amie m’a appelée, complètement hystérique, parce que sa fille partait vivre avec son petit ami sans être mariée. Je voulais lui dire d’être reconnaissante: qu’en serait-il si elle partait pour vivre une relation homosexuelle avec une autre fille? Mais je savais qu’elle était trop fragile pour faire face à une telle supposition. Mieux valait lui témoigner de l’empathie. J’ai tout de même pensé: «Oh là là! Si elle savait ce que je suis en train de vivre, comme elle trouverait son problème petit en comparaison!» Parfois, le fait de m’asseoir et de mettre par écrit l’entretien que j’ai eu avec le docteur Wells m’aide à assimiler ce que j’ai appris. D’après lui, les homosexuels ont une obsession: la peur d’être découverts. C’est pourquoi Larry a si bien caché son jeu. J’étais un obstacle et une menace pour lui, parce que j’ai passé de nombreuses années dans la recherche médicale; il savait que je pouvais obtenir n’importe quelle information, sur n’importe quel sujet. Il a dû être surpris que je ne me sois pas aperçue plus tôt de sa situation. Pour ma part, je lui faisais entièrement confiance, et je n’ai jamais joué le jeu de l’inquisition familiale, au contraire de certaines mères. Je n’ai jamais lu son courrier et ne suis jamais entrée dans sa chambre, sauf pour y prendre le linge sale ou y déposer des habits propres. J’avais idéalisé Larry et le considérais comme mon fils favori, doté d’une grande profondeur spirituelle et d’une


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excellente formation, celui qui avait toutes les réponses. Nous le prenions pour un géant spirituel, l’idéalisant parce qu’il était si mûr (il le paraissait du moins). J’aimerais bien avoir une crise cardiaque. Ce serait si simple de ressentir une forte douleur et d’en finir avec toute cette pression. Le docteur Wells affirme que nous ne devons pas aider Larry s’il appelle. S’il demande de l’argent, je dois dire: «Ça fiche la frousse d’être fauché, n’est-ce pas?» ou: «C’est vraiment dur de ne pas savoir d’où viendra le prochain dollar.» Il prétend que Larry a eu un arrêt émotionnel; il se sent déprimé et perdu, ne sait pas qui il est, est perturbé sur le plan sexuel. Je l’ai idéalisé et l’ai laissé être le plus fort; je l’ai mis sur un piédestal. Son côté hétérosexuel n’est pas clair pour lui. Je ne peux pas le contrôler, parce que je l’ai laissé prendre dans la famille un rôle de parent. Je lui ai permis d’avoir plus de contrôle sur moi que moi sur lui.


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14 La colle adhésive de Dieu et la manière de l’utiliser Comme je l’ai précisé dans les chapitres précédents, vous ne pouvez faire que deux choses pour votre enfant qui a choisi un style de vie homosexuel: l’aimer de façon inconditionnelle et prier pour lui. Lorsque vous aurez pris conscience que votre aide se résume à cela, vous pourrez chercher à maintenir l’unité au sein de votre famille pendant cette crise. Sachez que je n’ai pas de conseils simples à vous donner et que je me rends bien compte des difficultés que vous rencontrerez pour sortir des ténèbres qui vous enveloppent. Cependant, certaines des suggestions suivantes peuvent accélérer votre processus de guérison en tant que famille. Elles peuvent vous permettre de surmonter le choc initial, de le remplacer par la compassion et d’entrer dans une phase où vous apprendrez à gérer la crise. Les parents doivent apprendre à «dénouer leur tuyau d’arrosage» afin que la compassion puisse couler vers l’enfant qui en a désespérément besoin, maintenant plus que jamais.Voici certaines façons de lui exprimer cet amour, tout en cherchant la guérison émotionnelle pour vous-mêmes, parents. 1. Maintenez le canal de communication ouvert. Assurez votre enfant de votre amour et de votre intérêt pour lui. Dieu s’occupe de lui et ne l’a pas renié


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à cause de son péché. Comparez votre enfant à une brebis perdue: blessée, piégée dans les ronces et ayant besoin d’amour et de directives.Votre amour et votre intérêt l’aideront dans sa crise identitaire. 2.Arrêtez de vous culpabiliser! Vous ne pouvez pas endosser la responsabilité du choix de votre fils.Vous avez probablement fait de votre mieux en l’élevant. Des études montrent que les causes de l’homosexualité sont si diverses qu’aucun facteur ne peut vraiment être identifié comme la cause principale.Arrêtez de jouer «le jeu de la responsabilité». Savourez, en revanche, la bonne nouvelle: Jésus a été cloué sur une croix afin que vous n’ayez plus à vous y clouer vous-mêmes! 3. Ce choc ressemble à un temps de deuil, surtout si votre enfant a quitté la maison. L’un des pièges subtils de Satan consiste à troubler la paix et l’amour de toute une famille par le péché d’un de ses membres. Donnez votre enfant à Dieu, entourez-le autant que possible d’amour dans vos contacts quotidiens avec lui. Puis cherchez à sortir de votre période de panique et à entrer dans une période productive pour le reste de la famille. 4. N’essayez pas de lui donner des conseils. Si vous ne maîtrisez pas parfaitement le sujet, vous ne connaissez de toute façon pas tout ce qu’implique l’homosexualité. Contentez-vous de transmettre votre amour à votre enfant et cherchez à savoir comment d’autres s’en sont sortis avec l’aide de Dieu. 5.Afin de dépasser plus rapidement le stade du choc, prenez une boîte à chaussures et commencez à la remplir de versets, de poèmes, de pensées qui vous viennent à l’esprit, de tout ce qui vous apporte un peu de lumière dans cette situation irréelle. Si vous ne trouvez pas un certain équilibre dans votre vie, vous resterez gelés au


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choc initial. Cette «boîte de joie» sera votre source d’inspiration. Petit à petit, vous arriverez à rassembler assez de forces pour affronter les jours où la dépression vous étouffe comme un brouillard épais. 6. Si vous ressentez des symptômes d’angoisse, tels que douleurs à la poitrine et nausées, sachez qu’ils se manifestent en général au cours des premiers mois qui suivent la découverte de la vérité. La plus grande difficulté du choc proviendra des émotions sans lien avec la réalité. Les accepter signifie que vous prenez les symptômes d’angoisse pour ce qu’ils sont. Souvenez-vous qu’eux aussi passeront. 7. Prenez une grande spatule. Mettez-la dans un endroit bien en vue pour vous rappeler que vous allez être «décollés du plafond» au cours des prochains mois. Aucune autre main humaine ne vous y aidera; vous seuls allez vous accrocher à cette spatule.Vous n’êtes d’aucune utilité là-haut, éclaboussés, à vous apitoyer sur vous-mêmes et à ruminer votre honte.Votre famille a besoin de vous, les pieds sur terre, avec un esprit et un corps qui fonctionnent normalement. Ce n’est pas le moment de faire des blocages. Pour ma part, je définis le blocage comme «la rue des psychologues», et vous avez le plus Grand de tous les psychologues dans votre rue. 8. Faites de votre maison un lieu chaleureux et plein d’amour. Chaque membre de la famille devrait s’y sentir en sécurité, accepté, aimé, à l’abri de toute condamnation. A la maison, chacun devrait pouvoir garder le silence ou être entendu selon ses besoins, poser des questions et découvrir qui il est, rire de lui-même avec les autres, faire part de ses chagrins et de ses joies; ce devrait être un lieu où il aime, échange et grandit, où il peut recharger ses batteries s’il n’a pas le moral.


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9. Développez le sens de l’humour. S’il n’est pas inné en vous, alors empruntez-le ou inventez-en un! C’est impératif! Le sens de l’humour, c’est la perche qui permet d’équilibrer vos pas alors que vous marchez sur la corde raide de la vie.Vous vous sentirez comme le balancier d’une horloge, allant de l’horreur à l’espoir, et l’anéantissement complet étouffera parfois votre humour, mais persévérez. Les situations critiques peuvent plus facilement être supportées si l’on y injecte chaque jour une dose de rire. (De plus, garder le soleil dans votre cœur vous préservera des rides!) 10. Louez le Seigneur dans votre situation.Vous ne pouvez pas le remercier précisément pour cette situation, mais vous savez que Dieu en tirera du bien, alors louez-le. Si vous arrivez à le louer dans l’épreuve, votre famille et votre esprit resteront intacts. Faites-en un temps de croissance et de perfectionnement. Cherchez à savoir comment les autres gèrent la crise pour éviter que votre maison ne soit emportée par le vent, telle une maison de paille. Nous savons que Dieu accomplit depuis toujours une œuvre dans les vies, les transformant et les changeant. Nous ne pouvons pas annoncer le score final d’une vie avant la fin du jeu, et ce n’est même pas encore la mi-temps. Soyez patients. Dieu n’en a pas fini avec votre enfant.Vous pouvez décider de simplement traverser cette ��preuve ou de grandir à travers elle. Dès maintenant, soyez persuadés qu’elle a passé par le filtre spécial d’amour de Dieu et qu’il sait ce qu’elle produira dans votre vie. Des cendres il fait naître la beauté. 11. Si votre enfant a quitté la maison, ne cessez pas de l’aimer et de le traiter avec bonté, où qu’il soit. J’ai entendu dire que la bonté consiste à donner un morceau de pain avec du beurre à quelqu’un, mais qu’une


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bonté pleine d’amour y ajoute du beurre de cacahuète et de la confiture. Donnez de l’amour en abondance et faites-le bien. 12. Soyez reconnaissants pour ceux que Dieu mettra sur votre chemin et qui vous permettront de leur témoigner de l’amour. Continuez à aimer malgré tout! Cela vous empêchera de devenir amers et durs. Le jour où votre enfant reviendra, vous pourrez l’envelopper d’un fleuve d’amour bienfaisant afin de restaurer la relation. 13. Dieu accorde une grande valeur à la souffrance. Les Ecritures nous disent qu’elle est un ingrédient nécessaire à notre développement spirituel (1 Pierre 2:21). Dieu dit que nous devons le glorifier au sein de la souffrance et de la tribulation, et pas seulement les endurer. Avoir conscience de cela vous aidera à rester sains d’esprit. La déclaration suivante sur la souffrance prendra toute son importance une fois que vous aurez appris à gérer la crise et serez sur le chemin de la survie. C’est une vérité qui vous aidera à gérer la souffrance: On n’a pas d’huile sans presser les olives, Pas de vin sans presser le raisin, Pas de parfum sans écraser les fleurs, Pas de joie véritable sans chagrin.


Mère à la dérive voudrait rendre son tablier (MB3464)