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GRACIA BURNHAM

Gracia Burnham avec Dean Merill Un témoignage d’une actualité saisissante! Ce devaient être de belles vacances à la plage en amoureux, ce sera le cauchemar d’un enlèvement et d’une terrible captivité dans la jungle des Philippines. Pris en otages par le groupe Abou Sayyaf, des terroristes musulmans proches d’Oussama Ben Laden, les missionnaires Gracia et Martin Burnham vont connaître durant un an l’enfer sur terre: épuisement, brutalités, privations, fusillades, meurtres de sang-froid, sentiment d’être abandonnés de tous... En face de mes adversaires est le journal de bord de cette année de terreur, mais aussi un partage extraordinaire de foi, d’amour, de pardon et d’espérance.

La question ici n’est pas de savoir pourquoi un Dieu tout-puissant choisit de soumettre un homme aux puissances du mal, mais comment un homme, avec le secours de Dieu, répond au mal... USA TODAY (quotidien n° 1 aux Etats-Unis)

Ce qui nous arriva à Martin et à moi ne fut la faute de personne à part celle d’êtres humains pécheurs, comme ceux que nous étions allés aider aux Philippines. Cette épreuve s’inscrivait dans ce cadre. Je refuse de laisser ces difficultés refroidir ma joie ou porter atteinte à l’amour que Dieu désire développer dans mon cœur. Gracia Burnham

ISBN 978-2-8260-3451-3


Gracia Burnham

En face de mes adversaires


Table des matières

Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Capturés à l’aube . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 Commencements prometteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33 Le plus gentil des hommes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43 Nouveaux membres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55 Débuts et déménagements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71 Périls à Palawan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83 L’hôpital de l’horreur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97 La menace . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113 Abandonnés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127 Pris au piège . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139 Un chant dans la jungle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153 Justice ou miséricorde? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169 Le 11 septembre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187 Mariage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201 Le paquet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219


Nuits silencieuses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Si proches . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Rachetés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Un après-midi pluvieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L’ambassade . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le retour à la maison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Réflexions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

233 247 263 281 299 319 339

Pendant ce temps… . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 349 Listes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 354 Lexique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 358


Chapitre 1

Capturés à l’aube (27 – 28 mai 2001)

B

oum, boum, boum! Martin et moi fûmes brutalement tirés de notre sommeil. Il faisait encore sombre et nous ne pouvions rien voir. Par contre, nous entendions très bien les coups sur la porte en bois du bungalow dans lequel nous célébrions notre 18e anniversaire de mariage. Boum, boum, boum, boum, boum! Veulent-ils nous faire changer de case à cette heure? me demandai-je. Durant le souper de la veille, un employé de la station de vacances avait vaguement parlé de nous installer ailleurs, puis il avait laissé tomber le sujet. Je criai à la personne martelant la porte: «Il est trop tôt pour déménager!» Boum, boum, boum! Martin cria alors: «Que voulez-vous?» «C’est le gardien», répondit une voix. Je parie qu’il est ivre, pensai-je, imaginant que le gardien avait bu toute la nuit et qu’il allait maintenant déranger tout le monde. Une fois de plus, les coups se firent entendre. «Martin, je pense que le gardien est ivre.»


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«Non, j’ai plutôt l’impression qu’il y a un problème», répliqua-t-il. Il se leva et se dirigea vers la porte. «Chéri, attends! Il faut d’abord t’habiller!» Martin saisit son short kaki aux larges poches. Pendant ce temps, je m’assis et rassemblai aussi mes vêtements: le short et le tee-shirt gris que j’avais portés la veille. Juste au moment où Martin atteignait la porte, celle-ci s’ouvrit violemment. Trois hommes se précipitèrent dans la pièce armés de M16. L’un d’eux était très jeune, probablement un adolescent; un autre, aux longs cheveux noirs, avait 23 ou 24 ans, et le troisième était sensiblement plus âgé. Tous portaient des chemises noires à manches longues; deux avaient des pantalons de camouflage. Mais ils ne portaient ni uniforme, ni masque, ni lunettes de soleil; nous pouvions voir leurs visages. Tout alla très vite. Ils poussèrent Martin hors du bungalow, tandis que le plus âgé hurlait dans ma direction: «Allez, dépêchons, dépêchons!» «Non, non, non! répliquai-je en m’enroulant dans le drap. Je ne suis pas habillée.» J’ignorais les connaissances en anglais de cet homme, mais je n’avais nulle envie de suivre ses ordres dans cette tenue. J’enfilai mon short en tremblant. «Ok, ok» répondit-il. Je continuai à m’habiller. Un homme se tenait à l’extérieur avec Martin, pendant que le troisième fouillait nos bagages. Il trouva notre appareil photo et notre téléphone. «Allez, allez, allez!» lança-t-il une fois de plus. En passant près de la porte, je saisis nos nu-pieds, les tsinelas que tous portent aux Philippines. Je n’eus pas le temps de prendre mon porte-monnaie ni quoi que ce soit d’autre. Le jeune homme qui m’avait suivie voulait que je marche plus vite, que je coure même. Au cours d’une


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formation, j’avais appris que dans les premiers moments d’un kidnapping vous êtes censés obéir le mieux possible aux ordres, jusqu’à ce que l’adrénaline de chacun soit redescendue. Mais j’étais si furieuse contre ce gamin: je n’allais tout de même pas lui obéir! «Plus vite, plus vite!» dit-il, appuyant le canon de son arme contre mon dos. Les dents serrées, je répliquai d’une voix calme: «Je marche déjà assez vite.» Je gardai mon calme. Il appuya de nouveau son M16 contre mon dos et me fit mal, mais j’étais décidée à faire acte de volonté. Sur le quai, une vedette d’environ 10 mètres de long avec trois gros moteurs de hors-bord – le genre de bateau utilisé pour la contrebande de la drogue – attendait. Quatre ou cinq otages effrayés étaient déjà assis sur le plancher du bateau. En me voyant, Martin, encore sans chemise, laissa échapper un soupir de soulagement, ayant été forcé de me laisser dans la chambre à moitié déshabillée. «Oh, je suis si content de te voir, dit-il. Quelqu’un t’a-t-il blessée?» «Non, non, j’ai juste pris le temps de m’habiller.» Evidemment, il n’avait pas mis ses lentilles de contact et voyait donc flou. Quant à moi, je voyais fort heureusement bien de loin, car j’avais suivi les bons conseils de mon mari et subi une intervention au laser à Manille en 1999. En m’asseyant à côté de Martin dans le bateau, je regardai ceux qui s’approchaient. L’aube commençait juste à poindre, à l’est. Certains arrivèrent avec des valises! Un couple à l’air plutôt distingué apporta non seulement des valises mais aussi un grand jerrycan d’eau. Non! pensai-je, je n’aurais jamais dû sortir aussi vite de ma chambre. J’aurais pu traîner un peu plus et rassembler quelques affaires. Je me levai et annonçai: «Je vais chercher une chemise pour Martin!»


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«Assieds-toi, cria l’un des ravisseurs. Nous lui en fournirons une.» J’obéis promptement. Je remarquai que son anglais était assez bon. Nous pouvons au moins communiquer avec celui-ci, pensai-je. Nous apprîmes plus tard qu’il s’appelait Solaiman. «J’ai réussi à emporter nos tsinelas», dis-je, toute fière, à Martin. «Super», répondit-il. Nous les gardâmes précieusement dans nos mains. Martin était calme. Son regard passait du bateau aux hommes avec leurs fusils, puis aux otages. Je devinai qu’il essayait d’évaluer la situation, de la comprendre. Ce n’était toutefois pas facile, puisque presque tous ceux qui se trouvaient sur le bateau parlaient des langues que nous ne connaissions pas. Parfois, quelqu’un lançait un mot en anglais dans la conversation, ce qui nous permettait d’en comprendre quelques bribes. Sinon, nous devions nous contenter de regarder les visages et d’être sensibles à l’intonation des voix pour saisir un petit peu ce qui se passait. Je baissai les yeux et l’éclat de mon alliance attira mon attention. Ces types ne me prendront pas ma bague! jurai-je. Je l’enlevai, ainsi qu’une bague en turquoise que je portais à l’autre main, et les glissai discrètement dans la poche de mon short. «Ne voudrais-tu pas me donner ton alliance?» demandai-je à Martin. «Ce n’est pas nécessaire, tout ira bien», répondit-il avec son optimisme habituel. «En es-tu sûr?» «Oui, tout à fait.» C’était moi qui avais organisé cette escapade romantique à la station de vacances Dos Palmas; j’étais d’autant plus accablée, assise là toute tremblante dans le bateau. Cette idée m’était venue suite à l’offre de promotion faite à Martin par la New Tribes


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Mission1, mission dans laquelle nous servions depuis plus de 15 ans. L’organisation lui avait proposé de devenir directeur des pilotes, ce qui impliquait un retour en Arizona et la supervision de tous leurs programmes de vol dans le monde entier. Bien qu’il fût flatté par l’offre, Martin ne voulait vraiment pas assumer cette fonction. «Je veux simplement être ce que j’ai toujours été: un pilote de ligne», me dit-il. Aux commandes de son petit Cessna rouge et blanc, Martin était le plus heureux des hommes. Dans la jungle, il volait d’une piste à l’autre pour apporter de la nourriture et des médicaments à nos collègues ou transporter des gens chez le médecin. Néanmoins, compte tenu de sa maîtrise extraordinaire du pilotage et de sa capacité de travailler avec les autres, il fut plusieurs fois promu à des postes plus élevés. En fait, il avait déjà refusé cette proposition à cause de nos trois jeunes enfants et ne voulait pas faire tous ces voyages. Je lui dis: «Tu sais, je ne veux pas plus que toi retourner aux Etats-Unis. Mais je reconnais que tu es la bonne personne pour cette fonction. Vraiment!» J’aimais beaucoup les Philippines, mais pour être honnête, l’endroit où nous étions m’importait peu, tout comme ce que nous faisions, pour autant que nous soyons ensemble. Martin s’était contenté de sourire et de secouer la tête. Vers le 10 mai, Martin partit deux semaines aux Etats-Unis pour rencontrer le directeur de New Tribes. Pendant son absence, le pilote servant sur l’île occidentale de Palawan dut rentrer à la maison à cause d’un décès dans sa famille. Par courrier électronique, Martin et moi décidâmes que dès son retour, il irait à Palawan pour assurer l’intérim, car les missionnaires 1 Mission qui travaille parmi les tribus non encore atteintes par l’Evangile. (N.d.T.)


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comptaient sur ces vols. De plus, un traducteur devait s’y rendre et il avait besoin d’un pilote. En pensant au programme de Martin, je savais qu’il rentrerait aux Philippines fatigué – fatigue accrue à cause du décalage horaire – et qu’il partirait immédiatement pour une semaine à Palawan. Je savais aussi que ses journées seraient longues et qu’il devrait préparer lui-même ses repas. Cela ne me parut pas être l’idéal. Il allait avoir besoin d’aide. Mon programme était aussi bien rempli avec l’arrivée de visiteurs, mais, curieusement, plusieurs choses tombèrent à l’eau. Je peux l’accompagner et l’aider, pensai-je alors. De plus, comme notre anniversaire de mariage devait avoir lieu le 28, si je l’accompagnais, je pourrais au moins être avec lui ce jour-là. Peut-être pourrons-nous même faire quelque chose de spécial pendant que nous sommes là-bas. Nous n’avons jamais eu le temps de vraiment découvrir Palawan. J’appelai l’une de nos collègues sur l’île et lui demandai: «Y a-t-il un endroit sympathique où Martin et moi pourrions célébrer notre anniversaire de mariage? Il sera juste de retour des Etats-Unis.» «Oh, vous devriez aller à Dos Palmas, me répondit mon amie. C’est une magnifique station de vacances isolée sur une île; vous pouvez vous y rendre en bateau. La nourriture est délicieuse et ils ont deux sortes de chambres: maisonnettes avec jardin et bungalows sur pilotis.» «Que me recommandes-tu?» J’entendis son mari crier à l’arrière: «Sur l’eau! Ce sont les plus jolies.» «D’accord, vas-y, réserve-nous une maison pour samedi soir, le 26», dis-je. Après quoi, je demandai à nos voisins, Bob et Val Petro de s’occuper de nos enfants. Je leur préparai plusieurs repas que je congelai.


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Lorsque les réservations arrivèrent de Dos Palmas, je regardai les prix et j’eus un choc: 10’000 pesos pour nous deux (200 dollars). Ce tarif couvrait bien le logement, les activités et les repas, mais pourtant… il représentait une somme énorme pour notre budget. Martin apprécierait-il la folie? Que penseraient nos donateurs s’ils l’apprenaient? Je devrais peut-être rappeler mon amie et lui demander de nous trouver une jolie chambre en ville, pensai-je. Si seulement je l’avais fait… *** Je promenai mon regard et comptai: il y avait 17 otages entassés sur le pont de la vedette. Un groupe de ravisseurs se tenait devant le gouvernail et d’autres se trouvaient à l’arrière près des moteurs. La conversation se déroulait à la fois en anglais et dans une ou deux autres langues que je ne connaissais pas. L’embarquement avait duré 25 minutes; tous les otages avaient été kidnappés dans les maisonnettes sur pilotis. Au dernier moment, quelqu’un lança: «Attendez! Il nous faut un cuisinier.» Rapidement, un des ravisseurs sauta hors du bateau et courut au sommet de la colline pour enlever le cuisinier de la station; il s’appelait Sonny. Deux gardiens se firent capturer également. De toute évidence, ils ne firent pas le poids face au commando. Avec Sonny et les gardiens, le nombre des otages s’éleva à 20. Les moteurs furent actionnés et nous nous éloignâmes de la jetée. Soudain, un mystère s’éclaircit. Les 15 ravisseurs élevèrent les poings vers le ciel et se mirent à chanter à l’unisson: «Allah akbar! Allah akbar!» («Allah est le plus grand! Allah est le plus grand!») Nous sûmes instantanément à qui nous avions


EN FACE DE MES ADVERSAIRES (MB3451)