Issuu on Google+


Damaris Kofmehl

Shannon, combat pour la vie


Titel der im Brunnen Verlag Basel erschienenen deutschen Originalausgabe: «Shannon – ein wildesLeben» © 2000 by Brunnen Verlag Basel

Traduction: Trudy Baudrier Les textes bibliques sont tirés de la Bible Segond revue, Nouvelle Edition de Genève, 1979

© et édition La Maison de la Bible, 2004, 2011 Ch. de Praz-Roussy 4bis CH-1032 Romanel-sur-Lausanne E-mail: info@bible.ch Internet: www.maisonbible.net

ISBN édition imprimée 978-2-8260-3432-2 ISBN format epub 978-2-8260-0127-0 ISBN format pdf 978-2-8260-9855-3


Table des matières

Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 1. Un père . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 2. Le garçon à la guitare . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 3. Son vrai visage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 4. Paul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50 5. Nicolas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .62 6. Les “Jaguars” . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77 7. L’arène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93 8. La bataille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108 9. Robby . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122 10. Le pacte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131 11. Big X . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140 12. L’ombre de la mort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160 13. Ses yeux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178 14. Au trou . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186 15. Au bord de la folie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204 16. Au Brésil . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215 17. La rencontre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 236 18. Le tournant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 250 19. L’ambassadrice de l’amour . . . . . . . . . . . . . . . 261 20. De nouveau un père . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277 Epilogue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285


1 Un père

– Tiens-toi enfin tranquille, Shannon! – Oui, tante Carmen. – Et sors-moi ce chewing-gum de ta bouche! – Oui, ma tante! Par provocation, la petite fille de neuf ans colla son chewing-gum sur le siège devant elle et… récolta une bonne gifle. – Ça suffit! Tu crois que je n’ai rien de mieux à faire que d’accompagner aux Etats-Unis une môme insolente comme toi? Shannon boudait en tenant sa joue brûlante. – Et sache-le, ton père n’est pas le héros merveilleux que tu t’imagines. Il va te faire passer tes mauvaises manières, je te le garantis! Tante Carmen désigna le chewing-gum de la tête. – Enlève-le… s’il te plaît! Shannon fit comme si elle n’avait rien entendu. – Tu veux que j’aille chercher le steward? se fâcha la tante pour essayer d’affirmer son autorité devant les autres passagers. Un monsieur rondelet, d’un certain âge, qui était assis devant elles en diagonale, posa son journal,

9


Shannon, combat pour la vie regarda d’un air hautain la jeune femme par-dessus ses lunettes et remarqua en homme d’expérience: – Les jeunes ne sont plus comme avant. De mon temps, ils respectaient les adultes. Et s’ils n’obéissaient pas, on leur donnait une bonne fessée. Sévir énergiquement: voilà ma devise. – Merci, répondit la tante sèchement, mais je ne suis pas responsable de la mauvaise éducation de cette fillette. S’il n’avait tenu qu’à moi, elle serait restée chez ses grands-parents au Brésil. Que fera-t-elle aux Etats-Unis avec un père qu’elle n’a jamais vu? Elle secoua la tête. Ça ne peut rien apporter de bon. Mais personne ne m’écoute jamais. Shannon regardait fixement le chewing-gum collé sur le siège, signe visible de sa tension, et essaya d’ignorer les remarques acerbes de sa tante. Elle ne se rendait absolument pas compte, pensait-elle. Son père était le meilleur père au monde, c’était sûr. Il n’y avait pas si longtemps, sa tante elle-même l’avait affirmé. Et non seulement sa tante, mais tout le clan familial: tante Emilia, tante Rosa, oncle Emanuel, et évidemment grand-mère et grand-père. – Ton père est quelqu’un de bien, disait grandmère de façon évasive chaque fois que Shannon voulait parler de lui. Et cela arrivait souvent. Pourtant, il devait bien y avoir une raison pour qu’elle n’habite pas chez ses parents comme les autres enfants. – Si mon père est quelqu’un de bien, pourquoi je n’habite pas avec lui? – Ce n’est pas possible, Shannon, répondait grand-mère. Combien de fois te l’ai-je expliqué: ton père est très occupé. Tu ne ferais que le déranger. Et ce n’est pas ce que tu veux?

10


Un père – Et ma mère, insistait-elle, pourquoi je ne peux pas habiter chez ma mère? – Ce n’est pas possible non plus. – Mais pourquoi pas? Tu m’as dit qu’elle habitait tout près de chez mon père. – Arrête de poser autant de questions. Avec ces mots, la grand-mère stoppait net la curiosité de l’enfant. Tu ne te plais pas chez nous? – Mais si, bien sûr. – Alors, fais-moi plaisir et ne te tracasse pas au sujet de tes parents. Ils ont leurs raisons de t’avoir mise chez nous. Mais pour les comprendre, tu es encore trop petite. Cela mettait une nouvelle fois un terme à ce sujet de discussion difficile, et Shannon connaissait assez sa grand-mère pour savoir qu’il n’aurait pas été très judicieux de continuer à poser des questions. Quand grand-mère mettait ainsi un point final à une conversation, il était plus avisé de l’accepter sans condition et de reporter la discussion à un autre jour. Shannon en avait l’habitude car sa tête était remplie de questions concernant ses parents. Si elles n’avaient pas autant dérangé sa grand-mère, elle l’aurait interrogée sans arrêt. Il y avait tellement de choses que Shannon aurait voulu savoir. Tant de choses qui étaient difficiles à comprendre. Et les adultes la faisaient toujours patienter: ils lui raconteraient tout quand elle serait plus grande. “Tu es encore trop petite”, était la réponse qu’on donnait le plus souvent à ses questions brûlantes. Shannon détestait cette phrase. Ce n’était pas juste que les grands puissent s’esquiver ainsi, dès qu’ils étaient embarrassés. Pourtant il s’agissait de ses parents et de son histoire à elle. Et personne ne semblait rien en connaître ou vouloir en connaître. Il y

11


Shannon, combat pour la vie avait tout simplement des choses dont on ne parlait pas. Et ses propres souvenirs du temps précédant son arrivée chez ses grands-parents étaient comme effacés. Il n’y avait d’ailleurs là rien d’étonnant, car elle n’avait pas deux ans quand son père l’avait expédiée au Brésil, plus précisément un an et dix mois. Ça, au moins, on le lui avait dit. Et, curieusement, quelques souvenirs de la scène d’adieu ressurgissaient de sa mémoire, comme un film d’où on aurait coupé quelques séquences ou comme un rêve où les gens n’ont pas de visage. Elle serrait un nounours dans ses bras alors qu’elle entrait sur ses petites jambes vacillantes dans le vaste hall de l’aéroport. Brusquement, son père attrapait la peluche et la jetait au loin. Sans réfléchir, elle s’élançait vers son nounours chéri, le ramassait, le prenait dans ses bras et s’apprêtait à revenir vers son père. Mais quand elle se retournait, il n’était plus là. Il avait tout simplement disparu, sans dire au revoir, sans un dernier bisou sur les joues de sa fille, sans la préparer d’aucune façon à cette séparation. Et, avant qu’elle puisse comprendre la situation, une femme inconnue l’avait attrapée, l’entraînait avec elle et l’emmenait au Brésil. Voilà tout ce dont Shannon se souvenait. Un an plus tard, son père et sa copine du moment étaient venus la voir à Ribeirão Preto, ville où Shannon habitait avec ses grands-parents. Mais Shannon s’en souvenait à peine. C’est seulement lorsqu’il commença à lui téléphoner que son père devint important dans sa vie. Pourtant, cela n’arrivait pas très souvent. En fait il appelait uniquement à l’occasion de Noël et de son anniversaire. Mais ces conversations téléphoniques avec son père prenaient une immense place dans la vie de Shannon. Elles lui donnaient le sentiment indescriptible d’être importante

12


Un père pour lui. Un jour, il envoya même de l’argent pour un vélo! C’était son premier vélo, et elle en était très fière. Son père le lui avait offert! Son père! Et puis il avait appelé de nouveau, quelques semaines plus tôt. C’était le 17 décembre 1980, le jour de son neuvième anniversaire. Ce jour devait changer la vie de Shannon, malheureusement pas de la façon dont elle l’imaginait… – Allo, ma princesse! entendit-elle d’une distance de 8000 kilomètres. Joyeux anniversaire! – Allo, papa! répondit Shannon, heureuse. La voix rauque mais familière de son père fit battre son cœur plus vite. Ça fait des heures que je suis assise devant le téléphone à attendre ton appel. – Comment vas-tu? se renseigna son père. Est-ce que tu travailles bien à l’école? – A peu près. – Et comment va ta grand-mère? – Bien. Shannon ne s’étonna pas qu’il ne prenne des nouvelles que de sa grand-mère. Il ne s’attardait jamais sur son père (donc son grand-père à elle), et cela ne pouvait que l’arranger. Elle ne l’aimait pas beaucoup non plus, pour différentes raisons. Il était la terreur de toute la famille. Pas un de ses membres qu’il n’ait mis hors de lui par ses remarques provocantes. Grand-mère, avec son caractère explosif, l’avait un jour attaqué au couteau parce qu’il l’avait traitée de prostituée. Il l’accusait de le tromper alors que c’était lui qui rencontrait une autre femme derrière son dos, femme à qui il faisait parvenir presque tout l’argent de son entreprise. Mais ce n’était qu’une des raisons qui faisaient que Shannon ne pouvait pas supporter son grand-père et qu’il la dégoûtait même. Il était vraiment une créature terrifiante, et dans cer-

13


Shannon, combat pour la vie taines situations elle n’avait qu’une envie: que son père la prenne avec lui aux Etats-Unis, tout en sachant bien que c’était impossible. – Tu me manques, papa, lui confia la petite fille au téléphone. Pourquoi tu ne viens pas me voir? – Ce n’est malheureusement pas possible. Mais, ajouta-t-il d’un ton prometteur, j’ai une bien meilleure idée. – Quelle idée? – Evidemment, je ne peux pas te forcer. La décision appartient à toi seule. En tout cas, moi, je serais drôlement content, ça c’est sûr. Mais peut-être que tu trouveras mon idée complètement nulle. Shannon commençait à gigoter d’impatience sur sa chaise. – Mais quelle est cette idée, papa? – J’ai pensé… évidemment, j’y ai bien réfléchi… je ne sais pas si ta grand-mère sera d’accord… comme je l’ai déjà dit, tu ne voudras peut-être pas… – Mais quoi? – Venir habiter avec moi, Shannon. Il y eut un long moment de silence. Shannon sentait son cœur battre jusqu’aux extrémités de ses doigts, et l’écouteur du téléphone brûlait son oreille. Qu’est-ce que son père venait de dire? – Tu parles sérieusement? – Je ne plaisanterais pas avec ça. – Tu voudrais que je vienne habiter chez toi? – Oui. – Pour toujours? Son père hésita un instant. – Dans la mesure où tu es d’accord, bien sûr. Shannon se mit à rire. – Quelle question, papa! J’ai toujours voulu venir habiter chez toi! Depuis que je sais penser! Quand estce que j’arrive?

14


SHANNON COMBAT POUR LA VIE (MB3432)