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A RT FA S HION CULTUR E RENC ON TR E S

ANA GIRARDOT MF PEPE AT T R A P E - C OE UR

PIERRE NINEY EST YSL ART

JR - VHILS - L’ATLAS

N°5 INITIAL (ES)


INITIAL(ES) BY MARIE JUNCKER-COTTEN

Savourons ensemble le doux paradoxe du mot “initiales“… Des lettres précieuses, plus innées qu’une signature, qui nous appartiennent depuis la naissance sans pourtant n’appartenir qu’à nous ; un sigle universel qui puise une force certaine dans sa discrétion ; deux ou trois petites lettres qui peuvent devenir grandes. “Initial“… Cela reflète aussi la magie d’un début, l’origine d’un tempérament, d’une cause, d’un concept, d’une idéologie, d’une histoire. Car rien n’est, rien ne naît, rien ne perdure sans avoir été initialement découvert, créé, imaginé, construit. Mes pensées vont alors à Nelson Mandela, un être déjà grand et devenu extraordinaire. Nous lui dédions ce numéro. Let us savour together the sweet paradox of the word “initials”... Precious letters, more innate than a signature, which belong to us since birth yet do not belong only to us; a universal logo which finds sure strength in its discretion; two or three little letters which can become great. “Initial”... The word reflects too the magic of a beginning, the origin of a temperament, of a cause, of a concept, of an ideology and a story. Because nothing is, nothing is born, nothing continues without having been initially discovered, created, imagined, and constructed. My thoughts turn to Nelson Mandela, a being already great, become extraordinary. We dedicate this issue to him.

Initially yours, M.J.


Thibault Grabherr

Alice Fleury

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Claudine Tzoanis Sophie Faucillion

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Sarah Conil Assistante de rédaction et rédactrice

Ont collaboré : Benjamin Armand, Walter Armanno, Cyril Auchère, Fred Barat, Raynald Bernard, Irma Birka, Joséphine Bouchereau, Emmanuelle Caradec, Bruno Fournier, Kasia Furtak, Robert Jaso, JNSN, Julien Lefort, Annique Loncq Jong, Christophe Lunn, Christina Lutz, Raphaël Mariage, Laéticia Mességué, Chahrazed Methenni, Meyloo, Julien Morris D, Lucas Pajaud, Marie Revelut, Juan Romero, Alexandra Ryzow, Hamid SardarAfkhami, Véronique Trouiller, Stéphanie Volpato, Anouchka de Williencourt.

ZEBULE est une publication Trimestrielle édité par la société Le Pub des Créateurs - N°5 de Février, Mars, Avril 2014

Société par actions simplifiée au capital de 31 200 € Adresse du siège social : 18, rue Villeneuve, 92110 - CLICHY RCS NANTERRE sous le numéro B 529 327 322 Numéro de TVA intracommunautaire : FR 06 444549349 E-mail : contact@zebulemagazine.com Gestion de la diffusion Internationale NUMERO 0 Tel : + 33 9 82 42 63 09 marie@numero0.fr France MLP

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Export Pineapple Media Imprimé par la société SNEL Z.I. des Hauts-Sarts - Zone 3 Rue Fond des Fourches 21 B-4041 Vottem (Herstal) - Belgium All rights reserved. ISSN : 2270-1087 Commission paritaire : en cours ISBN : 978-2-9545356-2-3 Dépôt légal à parution.


SOMMAIRE COVER ART

RENCONTRES

MODE

BEAUTÉ ATTRAPE-CŒUR VOYAGE

Pierre Niney © Thibault Grabherr Une goutte d’Art sur la ville Les Amériques Latines à la Fondation Cartier 1+1 : une galerie et un éditeur

008

Ana Girardot : une malle à malice Dojo Electric Kettle, humain visible MF Pepe habille par les bijoux

032

Signature © Stéphanie Volpato Yin & Yang © Bruno Fournier Wild Duchess © Julien Lefort

054

Precious Letters © Robert Jaso

084

Pierre Niney est YSL

101

Au-delà du Grand-Vent © Hamid Sardar-Hafkami

117


Electric, 2013 © L’Atlas


UNE

GOUTTE

D’ART SUR LA VILLE

Le Street Art, confluent de l’Art contemporain, passe de l’extérieur à l’intérieur, librement, dans les galeries du monde entier, nous rapprochant de l’épicentre de la ville. L’automne envole sur mon chemin ses origamis jaunes. Une chorégraphie chancelante de vagues et de tourbillons sous l’œil cosmopolite de passants aux bras chargés de paquets chamarrés qui pourraient presque faire oublier l’espace cher à ma vue, des murs parfois gris, de mon berceau chéri, Paris. Paris, qui ne livre qu’à ceux qui savent la désirer, au détour d’une rue, à l’angle d’un café ou sur un toit, son charme et sa beauté. Elle exalte, comme elle seule le permet, la créativité de ceux qui la découvrent, de ceux qu’elle a séduits, qui viennent, qui lui reviennent. La tatouant ici, collant leurs désirs éphémères là, la marquant encore autre part, espérant son regard, la voyant toujours différemment.

09


Je replonge dans les "Seine" de mon passé, revoyant les émules de

œuvres, traçant lui même les frontières de son atlas interne à grands

Shepard Fairey, qui lui ont rendu Obey Giant, déferlant sur les avenues,

coups de GPS. Il essaye de créer le lien universel entre calligraphie et

plaqués sur nos scooters, ouvrant nos cœurs à ce géant à l'improbable

transfert de plaques d'égout. Et comme l'Art est participatif, devant

visage, pochoir et parfois poché, à l'air facilement peint sur un côté

Beaubourg et ailleurs, il implique les passants et les enfants.

d'immeuble, inaccessible. Notre culture télévisuelle et internet, assoiffés d'exister, nous poussait à taguer, à graffer les wagons et les murs, faisant

JR, animé de la même volonté ludique, fait entrer la jeunesse du Brésil, et

passer nos messages et prenant en mains nos futurs, faisant rimer Hip-

pas uniquement dans la pause de ses créations. Lui qui par ses portraits

Hop, actualité et poésie. Des humanistes alors incompris et révoltés

rend la ville à ses habitants, qui ne sont dès lors plus des figurants mais

s'exprimaient. Les cœurs secs voulaient faire taire "les vandales" sans savoir

des acteurs à part entière. Il éveille par ce biais la conscience collective.

qu'ils chassaient alors L’Atlas. Plus qu'un soutien au monde, une boussole

Comment ne pas se rappeler aussi les inoubliables portraits de chaque

pointée vers d'autres humains aux vies lourdes s’orientant sur un trottoir.

côté du mur d'israéliens et de palestiniens. Puis Women are Heroes, qui ne révèle pas uniquement la place fragile et précaire de la femme dans

Des lendemains ouvraient grands les bras à L’Atlas comme à son confrère

les conflits mais aussi leur force, leur beauté, la détermination dans leurs

JR, s’épanouissant lui aussi dans cette trame citadine. L'un à même le

yeux. Ces images, il les balade dans les musées autour de "ce monde

bitume, l'autre sur les toits. Paris les regarde se compléter et s'exprimer

qui tourne dans le mauvais sens". La consécration vient avec Inside out,

par delà sa ceinture, là où la tension et l'injustice d'autres cités ont besoin

projet mondial aux multiples participants. Il n'oublie pas néanmoins

d'eux. L’Atlas comble sa nécessité en un lieu prédestiné “l'atlas“, le Caire,

Paris où, durant le mois de novembre, il plaque dans le bassin, sur les

revient, s'assoie dans un atelier pour ne cesser d'en ressortir, poussé sans

colonnes, contre les murs, les escaliers du Palais de Tokyo, ses portraits

doute par les battements de la ville. Reprenant l'appareil photo (qu'il

saisissants de bien-être. Ainsi offre-t-il l'Art à ceux qui ne fréquentent

maîtrise visiblement depuis longtemps), il élabore, à travers le globe, ses

pas les musées.

The Wrinkles of the City in Shanghai, 2010 © JR


Je ne peux que vous conseiller de regarder attentivement Wrinkles of the Havane de JR. Magnifique femme pleine d'espoir, le menton levé, ses rides et yeux plissés, épanouie et subtile, elle me renvoie immanquablement à VHILS qui marque La

Nuit Blanche par le portrait doux et romantique que l'on peut voir rue Morand dans le XIème arrondissement. VHILS participe à l’exposition de la tour du XIIIème rassemblant quatre-vingt participants de tout horizon. Cet iconoclaste qui a révélé son don unique sur les murs portugais post révolution des Œillets, travaille au marteau piqueur, à l'explosif et à l'acide, donnant de cette manière une première vie artistique aux murs délabrés. Bien qu'il soit le plus jeune des artistes cités, il n'a rien à envier à leur volonté et à leur détermination. "Les murs de la ville nous modèlent, nous

modelons ces murs". Transperçant les couches successives de messages politiques et publicitaires, il dévoile des visages graphiques, des identités recluses, que lui seul a su voir et exposer au monde. Sculptant aussi le polystyrène à l'acide, ils offrent des volumes tridimensionnels, qui de face offrent un portrait, et de côté une ville. Expression magnifique qui ne finit pas de nous surprendre. À vous maintenant de retrouver l'ATLAS, JR et VHILS sur les murs de Paris ! Autrement, rendez-vous au 78 rue Amelot, Galerie Magda Danysz où vous pourrez écarquiller grand les yeux sur d'autres artistes contemporains.

The Wrinkles of the City in Shanghai, Li Xuanhua, 2010 © JR

“Les murs de la ville nous modèlent, nous modelons ces murs.”


Scratching the Surface Project, 2009 Š VHILS, courtesy Ian Cox No Watermark


LES Managua, 1979 Š Marcelo Montecino


PHOTOS COURTESY OF THE FONDATION CARTIER TEXT BY LAÉTICIA MESSÉGUÉ

LATINES À LA FONDATION CARTIER

Les Amériques Latines, pays aux identités multiples, entre passé et futur, deviennent le motif d’une exposition. Les photographes, par leurs mots, leurs photos, leurs ratures, leurs instantanés et leurs écritures imposent leur vision de la modernité et nous interpellent à la Fondation Cartier avec America Latina, 1960-2013. Par leurs yeux et les témoignages de ceux qu’ils photographient, ce continent dense et intense devient le réceptacle des ratés politiques et historiques de l’Europe du XXe siècle qu’ils interprètent, modifient, ingèrent et transforment à l’excès. C’est un vivier d’histoires humaines hors champs et hors limite qui se crée sans cesse à travers ces œuvres. Le trait devient une écriture et la ligne un territoire qui se muent en points

impossibilité à en réchapper. Ce marquage renvoie à l’humiliation née

de départ d’une histoire passée et omniprésente. Celle-ci se construit

de la réduction et de la négation de l’identité culturelle. Pour Leticia

dans l’installation numérique de Jorge Macchi qui identifie quarante-six

Parente, la création artistique passe par le vécu de la souffrance mais

points d’intersection symbolisant les souffrances des populations

aussi, par celui de l’humiliation.

hétérogènes vivant en marge de la société. Les questions posées aux

L’on rencontre dans ces images des mondes en quête d’identité. Position

pays de l’”America Latina” quant aux causes des souffrances sociales

fœtale, tête en bas, la photo d’Elias Adasme qui symbolise l’attente et

et politiques deviennent inspirations et objets de la création artistique.

l’inconscient d’une nation, d’un territoire, se regarde comme un négatif

Une autre douleur apparaît, celle liée à l’appartenance à un territoire, à

photographique. L’analogie entre la carte du Chili et le corps installé

une culture comme Leticia Parente cherche à l’illustrer avec sa performance

tout en longueur reprenant le trait sinueux des côtes devient la

Made in Brazil où elle pose le mot à même la peau. Celui-ci est cousu

projection d’un Etat qui attend d’être réveillé. Dans d’autres œuvres

sur l’homme pour revendiquer une douleur liée à l’enfermement dans

encore, l’écriture devient une lutte, une façon de se différencier, une

l’Histoire d’un territoire et d’une culture, reflétant la souffrance d’une

inspiration et une expiration, une peinture créative de son propre devenir.

025


AG

na irardot

PHOTOS BY THIBAULT GRABHERR TEXT BY SOPHIE FAUCILLION

Samedi 11 janvier 2014, je contacte via l'incontournable téléphone, mobile de par son nom, Ana Girardot. D'une voix joyeuse et quelque peu enfantine elle accepte de me délivrer une part d’elle-même et me dessine vocalement son parcours de vie, ses envies. Chacun bien sûr, possède une valise secrète qu'il trimballe et dans laquelle il entasse essentiels et superflus tout au long de ses jours : une donation parentale, parfois quelque peu hasardeuse. Saturday, 11th January 2014, I contacted Ana Girardot via the unavoidable telephone, mobile as its name. In a cheerful, somewhat childish voice she agreed to give me a piece of herself, her voice tracing the path of her life and desires. Each and every one of us, of course, possesses a secret suitcase which we carry along, cramming it full of essentials and non-essentials alike: a parental endowment, sometimes rather hazardous.


Dress, Maison Martin Margiela


Escape, 2011


IMAGES BY DOJO ELECTRIC KETTLE TEXT BY JULIEN MORRIS D.

Sur un réseau internet saturé, j’avance à pas feutrés, élucidant par transfert de données mon intérêt pour Dojo Electric Kettle. Artiste surréaliste de l’ère électro-digital, il jongle prodigieusement avec l’ensemble des éléments, ressources et idées de notre monde moderne. Il vit son temps comme on vit une passion. Image, musique. Il dévore et rafraîchit nos pensées pour nous les rendre dans une nouvelle dynamique. Papier, colle et musique sont ses premières armes. Il avoue jouer avec les éléments qu’il finit par digitaliser avec le souci que l’œuvre soit la plus simple possible pour l’œil ; “l’image doit être permanente”. Presque trop facile pour un inconditionnel des salles obscures.

039


I proceed quietly on a saturated internet network, clarifying my interest in Dojo Electric Kettle through data transfer. This Surrealist artist of the electro-digital era juggles prodigiously with all of the elements, resources and ideas of our modern world. He lives in his era like a passion. Images, music. He devours and refreshes our thoughts and gives them back to us in a new dynamic. Paper, glue and music are his starting tools. He acknowledges playing with the elements before finally digitizing them, careful that the work be as straightforward as possible for the eye: “the image must be permanent.” Almost too easy for a dedicated movie buff. One Touch Of Venus, 2011

Une école de cinéma faite à Paris l’enrichit encore d’images, de sons et

A film school made in Paris enriches him still with images, sounds and

de questions. Comme lui, ne nous sommes nous pas déjà demandés ce

questions. Like him, haven’t we already asked ourselves what can be

qu’il peut y avoir dans la tête des acteurs, des badauds que l’on croise

going on in the heads of actors, of onlookers we pass? Pensive, sitting

? Pensifs, assis à la terrasse d’un café, sous un abri bus, absents de notre

on the terrace of a café, under a bus shelter, absent from our own world.

monde. Quels chemins étranges ou tortueux les ont entrainés si loin de

What strange or torturous pathways have taken them so far from us, from

nous, de l’heure bleue, des quotidiens parfois blancs, parfois gris.

the blue hour, from everydays sometimes white, sometimes grey?

La science nous a-t-elle aidé à travers ces données volumiques en trois

Has science helped us through these three-dimensional data, the

dimensions, les liens neurologiques paramétrés ou autres analyses

configured neurological links or other morphological analyses? Are not

morphologiques ? Nos reflets ne se retrouvent-ils pas dans la glace aussi

our reflections seen in the mirror as surely as another’s body hides a job,

sûrement que derrière un corps étranger se cache un travail, un esprit

a spirit different than ours? What indications, which colours to choose?

différent du nôtre ? Quels révélateurs, quelles couleurs choisir ? Quelles

What ideas preoccupy them behind their appearance?

idées les préoccupent derrières les apparences ? Appearances fool us. Here is “the ambiguity of humans.” For Dojo Electric Les apparences justement nous trompent. Là est “l’ambiguïté des

Kettle it is “symbol on symbol,” who commands who (Women Power);

humains”. Pour Dojo Electric Kettle c’est “symbole sur symbole”, qui

below its shoulders, would this charming body have revealed to you the

commande qui (Women Power) et, dessous ses épaules, ce corps

equation which traverses it (Feeling Strange)? Let appearances explain

charmant vous aurait-il révélé l’équation qui la traverse (Feeling Strange).

to you too the current rigor for past tastes of Romance, inspired by black

Laissez-la vous expliquer aussi la rigueur présente aux goûts passés de

and white. Simply, “a different reading of the body,” to be able to “render

Romance, par le noir et blanc inspiré. Simplement, “une lecture différente

a universal face.” Feel with force, lay bare the evidence which blinds us:

du corps”, pouvoir “rendre un visage universel”. Ressentir avec force,

this is his creed. He enriches his world as much by his voyages as by

faire sauter aux yeux les évidences qui nous aveuglent ; voilà son credo.

“other artists, the difficulty of other cities, different contexts.”


Sliced


Signature PHOTOGRAPHER: STÉPHANIE VOLPATO STYLIST: JNSN

ALEXANDER Leather and knit top, Jitrois - Top, Nathalie Chaize - Collar, Isabel Benenato - On the eyes : Ear and eye muffs, Augustin Teboul Bracelet, Aethra d’Oktane Concept - Ring, Rita&Zia - Hair, Cyril Auchère for Leonor Greyl with Voluform & Luminescence milk


055


Yin & Yang PHOTOGRAPHER: BRUNO FOURNIER STYLIST: IRMA BIRKA

MODEL CAMÉLIA @ MANAGEMENT MODELS HAIR: WALTER ARMANNO USING SCHWARZKOPF PROFESSIONAL MAKE UP: JOSÉPHINE BOUCHEREAU STYLIST ASSISTANT: CHAHRAZED METHENNI


Tutu, Jean Paul Gaultier Strapped sandal, Jorge Bischoff - Necklace, Césarée

067


Wild Duchess PHOTOGRAPHER: JULIEN LEFORT STYLIST: MARIE REVELUT

074


Coat, Sandrine Philippe


Silver, malachite, crystal and agate necklace, Taher Chemirik at Galerie Na誰la de Monbrison - Earring Arrow in black gold and diamonds, Runa Ring Inca in white gold and diamonds, Elise Dray - Tulle bra Yasmine, Eslami


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S L

Pierre Niney est YSL

PHOTOS BY THIBAULT GRABHERR & ANOUCHKA DE WILLIENCOURT TEXT BY VÉRONIQUE TROUILLET


101


Quand on lui demande son pire défaut, la réponse de Pierre Niney ne se fait pas attendre : l’impatience. Mais, quand on lui demande sa principale qualité, il bredouille, cherche ses mots et finalement, ne trouve rien à dire. Il suffit pourtant d’une petite demi-heure d’interview et de quelques questions pour qu’il les dévoile, inconsciemment, ses qualités. Et elles font chaud au cœur. When asked to name his greatest weakness, Pierre Niney’s answer surprises: impatience. But ask him his greatest virtue and he stammers, searches for words, and in the end finds nothing to say. Yet all it takes is a little half-hour interview and a few questions and he reveals, unconsciously, his qualities. And they warm our hearts.

Le garçon est donc impatient. C’est presque de l’hyperactivité. Quand il

So the boy is impatient. Almost hyperactive. When he’s standing he

est debout, il ne tient pas en place, parcourant la pièce de long en large,

doesn’t hold still, crossing the room from one end to the other, glancing

jetant un coup d’œil ici, effleurant un objet là. Une fois assis, on imagine

here, touching an object there. Once he sits you imagine his feet

ses pieds souffrant d’une discrète bougeotte. Et s’il doit s’occuper les

suffering a discrete restlessness. And if he has to do something with his

mains, un trombone fait parfaitement l’affaire. Il le fera jouer entre ses

hands, a paperclip will do perfectly. He’ll play with it in his fingers for

doigts pendant de longues minutes, résistant le plus longtemps possible

many minutes, resisting as long as possible before unfolding it completely

avant de finalement le déplier jusqu’à le rendre informe. En pleine

and rendering it useless. In the midst of promoting his new film, Yves

promotion de son nouveau film, Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, on sent

Saint Laurent by Jalil Lespert, one senses that Pierre Niney is in a hurry

que Pierre Niney est pressé d’être déjà ailleurs. A parier, c’est sur scène.

to be elsewhere by now. Onstage, one would bet.

Il le dit lui-même, “à douze ou treize ans, j’étais déjà très énergique et j’ai

He says it himself: “At twelve or thirteen I was already full of energy

voulu mettre cette énergie au service de quelque chose.” Trop petit pour

and I wanted to put it to use.” Too small to play basketball (a

jouer au basket (une réincarnation en Tony Parker ne lui déplairait pas !),

reincarnation as Tony Parker would not displease him!), he threw

il s’est lancé dans le théâtre, plus à sa porté… verticale. “J’ai toujours été

himself into theatre, more within reach…vertically. “I was always

fasciné par les conteurs et je me suis rendu compte que le fait de jouer

fascinated by storytellers and I realized that acting out texts,

des textes, d’interpréter des personnages et de raconter de petites histoires

portraying characters and telling little stories, spoke to everyone.

parlait à tout le monde. Cette envie que quelqu’un nous raconte une

This desire we have for someone to tell us a story seems universal,

histoire semble universelle, comme un besoin assez archaïque.”

like a rather archaic need.”

De fasciné, Pierre Niney est vite devenu passionné. Son amour de l’art

Fascinated at first, Pierre Niney quickly became passionate. His love for

dramatique s’est alors nourri de bons professeurs de théâtre, de

the dramatic arts was then nourished by good theatre teachers, by the

découvertes d’acteurs comme François Morel sur scène ou Patrick

discovery of actors like François Morel on stage or Patrick Dewaere on

Dewaere au cinéma, d’une admiration sans borne pour Michel Bouquet

film, by boundless admiration for Michel Bouquet or Leonardo DiCaprio,

ou Leonardo DiCaprio, d’une première interprétation réussie… Il a suivi

by a successful first role… He followed the royal road of the French

la voie royale de l’acteur : théâtre à l’école, Cours Florent, Conservatoire

actor: theatre at school, the prestigious Cours Florent school in Paris, the

National Supérieur d’Art Dramatique de Paris et enfin Comédie-

National Conservatory of Dramatic Arts of Paris, and finally, the

Française. Il l’a intégrée en octobre 2010, devenant, à vingt et un ans,

Comédie-Française. He joined in October, 2010, becoming, at age

le plus jeune pensionnaire. “La Comédie-Française m’a appris

twenty-one, its youngest member. “The Comédie-Française taught me so

énormément de choses : être un peu plus patient, devenir humble,

many things: to be a bit more patient, to be humble, to watch others


regarder les autres travailler de façon utile, gérer mon ego... Quand tu

work in a constructive way, to manage my ego… When you leave a

quittes un plateau de cinéma, il est toujours bon de se recentrer sur la notion

film set, it is always good to refocus on the idea of work, of a troupe,

de travail, de troupe, de collectif et d’artisanat. Pour moi, les acteurs de la

a collective and a craft. For me, the actors of the Comédie-Française

Comédie-Française sont des artisans et j’aime beaucoup cette idée de

are craftspeople and I love this idea of know-how. I think it’s beautiful;

savoir-faire. Je trouve ça beau ; savoir bien raconter des histoires, connaître

to know how to tell stories well, to know the tools of the craft that are

ses outils de travail que sont sa voix et son corps. La Comédie-Française est

your voice and your body. The Comédie-Française is also a rather crazy

aussi une aventure humaine assez dingue. Tu es avec soixante personnes

human adventure. You are with sixty people who you know and work

que tu connais et que tu côtoies tous les jours. Ils deviennent une vraie famille,

with every day. They become a real family, and it’s rather “tricky”.

et c’est assez “piégeux”. A mon arrivée à la Comédie-Française, je me suis

When I arrived at the Comédie-Française, I told myself that I would

dit que j’en partirai quand j’en aurai envie, comme ça. Personne ne t’en

leave when I felt like it, just like that. Nobody prevents you, by the way.

empêche, d’ailleurs. Sauf toi. Parce que tu as des coups de cœur pour les

Except yourself. Because you fall in love with people, with plays, with

gens, pour les pièces, pour les lieux comme la salle Richelieu ou le théâtre

places like the Salle Richelieu or the Théâtre du Vieux Colombier. I am

du Vieux Colombier. J’y ai trop d’attaches maintenant.”

too attached to them now.”

Et Pierre aime cette fidélité, que ce soit dans sa vie professionnelle ou

And Pierre likes this loyalty, whether it is in his professional life or his

dans sa vie privée. Il a rencontré ses meilleurs amis au primaire et au

private life. He met his best friends in primary and secondary school. A

collège. Acteur professionnel depuis l’âge de seize ans, il était souvent

professional actor since the age of sixteen, he was often on film shoots

en tournage ou en tournée quand eux partaient en vacances. “Ma vie

or on tour when his friends left on vacation. “My life was different; I had

était différente, j’avais d’autres problèmes qui normalement arrivent

other problems which usually come later. But I always wanted that and

plus tard. Mais, j’ai toujours voulu ça et je n’ai aucun regret.”

I have no regrets.”


49° 38.521’ N, 99° 50.030’ E

AU-DELÀ DU GRAND VENT TEXT & PHOTOS BY HAMID SARDAR-AFKHAMI WWW.PHOTOVIVIENNE.COM

Buryat Frontier, North Taiga, Hovsgol, Mongolia, 2010 © Sardar, courtesy Photo Vivienne


117


Lake Fawn, Darhat Valley, Hovsgol, Mongolia, 2010 © Sardar, courtesy Photo Vivienne

Hamid Sardar-Afkhami est un photographe et cinéaste documentariste primé. Il a obtenu un doctorat en études tibétaines de l'Université d'Harvard spécialisé dans la Mongolie. Il vit actuellement à Paris, en France, et Oulan-Bator, en Mongolie.

Dans les temps anciens, un vent terrible soufflait sur la vaste steppe reliant l'Europe à l'Extrême-Orient, les poètes grecs l'appelaient Borée et pensaient qu'il vivait dans une grotte quelque part dans les montagnes de l'Altaï. Au-delà du grand vent - dans le pays d'Hyperborée - existe une terre idéale où le soleil brille toujours, un lieu connu pour ses prêtres et ses guérisseurs, comme Abaris qui vécu dans un lieu où, selon le poète Pindare, "ni maladie, ni amère vieillesse se mêlent" et où vit la race Hyperboréenne "dans leur sang sacré, loin des labeurs et des batailles" (Pindare, Les Pythiques, dixième Ode). Les communautés nomades qui survivent aujourd'hui dans des lieux comme la Mongolie sont les descendants des mythiques Hyperboréens ; une race d'illuminés qui vivait au-delà du grand vent. Les nomades mongols conservent une vision de la vie que notre imagination occidentale associe encore à la race dorée.


Otgon Tenger Falls, North Taiga, Hovsgol Province, Mongolia, 2010 © Sardar, courtesy Photo Vivienne

Hamid Sardar-Afkhami is a photographer and award-winning documentary filmmaker. He graduated with a PhD in Tibetan studies from Harvard University specializing in Mongolia, and currently lives in Paris, France, and Ulanbataar, Mongolia.

In ancient times, a terrible wind blew across the vast steppe connecting Europe to the Far East. The Greek poets called it the Boreal, and believed it lived in a cave somewhere in the Altai Mountains. Beyond the great wind - in the country of Hyperborea - there was to be found a perfect land where the sun always shines; a place known for its priests and healers like Abaris; who lived in a place where according to the poet Pindar, “neither disease nor bitter old age is mixed” and where the Hyerborean race live, “in their sacred blood; far from labour and battle” (Pindar, Tenth Pythian Ode). The nomadic communities that survive in places like Mongolia today are the descendants of the legendary Hyperboreans; the enlightened race that lived beyond the great wind. Mongol nomads still preserve a vision of life which we in Western imagination still associate with the Golden Race.


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