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N°1


LES RACINES DE ZEBULE

Les racines de ZEBULE, c’est la transformation. Le terreau des racines est en pleine transformation. Je ne sais pas où je suis mais je ne suis pas perdue… Hier encore, les premières questions qu’on posait : quel est ton nom ? d’où viens-tu ? de quel pays ? de quels parents ? Dans les cités des hommes, les enfants cherchent leurs racines et dès qu’on aime quelqu’un on veut savoir comment on mange chez lui et on recherche le parfum de son enfance. Mais la réalité de demain est celle des mélanges. Mélanges des origines, des pays, des langues. Les migrations changent la nature des cheveux, la couleur et les reflets de la peau. Le nouvel homme travaille sur une table de bistrot, lit ses mails dans un train, regarde un DVD en voyage, dix millions de personnes volent au-dessus de la terre à chaque instant ; il construit ses racines au fond de lui-même, s’invente des rituels oubliés, de nouveaux groupes filiation, des maladies et des génies génétiques… un monde dans lequel vivre. A l’interface entre le réel et le virtuel, ZEBULE communique avec des gens qui ne se sont jamais vus, des groupes insolites, échange des pensées, transmet des mails de solidarité tandis que l’homme seul se retrouve chez lui face à son écran à chercher l’âme sœur virtuelle et une concrétisation de ses fantasmes… Mais l’arbre de vie est en nous, et c’est là que nous devons recréer nos racines, ou plutôt en extraire l’essentiel, de nouveaux parfums, et cacher nos trésors. Tout est possible. Barbara Polla


SOMMAIRE COUVERTURE

par Robert Jaso

RENCONTRES

Franck Boclet « aux mains d’argent »

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018 020 Gregory Batardon « the monologue of a dancing 024 photographer » Ami Hazur

Kathleen Cleaver « the Black History Month »

MODE

Captive par Thibault Grabherr

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Hunting Day par Florent Petitfrere

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Ziggy Stardust par Vladimir Marti

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Collision par Robert Jaso 076

BEAUTÉ ATTRAPE - CŒUR ART VOYAGE

L’Ardoise éphémère par Thibault Breton

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60 ans plus tard, l’ONU se refait un visage

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Frank Perrin, au cœur de notre époque, ultra-désirante

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At the End of the Road par Arnaud Duval

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CONTRIBUTEURS Thibault Grabherr Cofondateur de ZEBULE Magazine, Directeur de la Publication contact@zebulemagazine.com Christophe Durand Cofondateur de ZEBULE Magazine, Directeur de Création Marie Juncker Rédactrice en Chef, Responsable Photo mjuncker@zebulemagazine.com ZOLTAN+

Simone McKenzie Développement & communication aux Etats-Unis simonem@zebulemagazine.com

Grégory Bricout Caroline Magre

Jean-Marc Sevin

Direction Artistique

Directeur Technique

Enik

Benoit Cotten

Déri

Maquettiste, Graphiste

Responsable pré-presse

chez ZOLTAN+ studio@zoltanplus.com

Claudine Tzoanis Administratif

Adelheid Blankestijn Traductrice anglais-français

Ont collaboré : Thibault Breton, Anouchka de Williencourt,

Aurore Michaud-Galy

Arnaud Duval, Sophie Faucillion, Edvinas Gliebus,

Directrice de Publicité & Partenariats advertising@zebulemagazine.com

Sayed Hasan, Robert Jaso, Marie-Eve Lacasse, Vladimir Marti, Florent Petitfrere, Barbara Polla.

Les mentions légales Éditeur : Société LE PUB DES CREATEURS Société par actions simplifiée au capital de 31 200 € Adresse du siège social : 18 rue Villeneuve, 92110 CLICHY RCS NANTERRE sous le numéro B 529 327 322 Numéro de TVA intracommunautaire : FR 06 444549349 E-mail : contact@zebulemagazine.com


RENCONTRES


A U X M A I N S D’ A R G E

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FRANCK BOCLET par Marie Juncker photographies Thierry Layani

Un zeste de dandysme, un soupçon de rock des 80’s, une pincée de finitions et d’amour du détail, quelques arômes de carrière internationale, sans oublier l’Extravagance et la Créativité ! Tel est le goût, le reflet, de Franck Boclet et de ses collections. Ce « fashion sartorial » ou « tailleur » dans la définition la plus élégante et moderne qui soit, a réussi le pari de twister les plus classiques et précieux vestiaires masculins, de toutes origines. Ses inspirations sont éclectiques : plastrons du 18 ème siècle, robes trapèzes de Christian Dior, kimonos japonais, costumes à l’italienne (il fût Directeur Artistique chez Francesco Smalto), sarouels de Lawrence d’Arabie, costumes de scène de David Bowie ou des Sex Pistols, jodhpurs anglais… Tout ce qui est musique, design, bande-dessinée, cinéma, peinture, photographie, devient matière à créer, à interpréter. Alors pour ne pas avoir de limites dans ses créations, sa seule règle étant « de ne jamais avoir de règle », Franck Boclet apprend toutes les techniques et acquiert un laissez-passer vers le raffinement et les multiples possibilités de conception. Une liberté qui lui permettra même de faire des inventions. D’un ton humble et rieur, il me raconte l’histoire du fil de fer qu’il a glissé dans les coutures de ses chemises pour pouvoir les maintenir d’une façon ou d’une autre « selon votre humeur ».


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Ainsi, pendant qu’il était occupé à donner une belle forme à ses plantes grimpantes avec un fil de fer de jardinier, l’idée lui est venue de le transposer sur des vêtements pour leur donner une autre structure. La possibilité de froisser les contours d’une chemise, de la laisser bien droite au niveau du col ou de lui donner un look plus rock avec un jeu d’asymétrie, l’a séduit. Il a couru à son atelier de couture, avec le fil de fer dénudé de son caoutchouc vert, pour vérifier que cela soit envisageable sans abîmer les tissus. « Tout a très bien fonctionné et c’est devenu ma signature ». Un détail comme celui-ci, une matière, lui permettent souvent d’arriver à une silhouette générale. « Certains créateurs vont penser et dessiner des total look, ma créativité elle, s’exprime de façon plus anarchique… En ce moment par exemple, je n’ai que des pantalons pour ma prochaine collection, le reste suivra ! » Il garde cependant une unité de couleurs comme le gris, le noir, le blanc et, depuis peu, le bleu, le chocolat et le beige. Les créations seront donc facilement associées en dernier lieu. Cette diversité de coupes combinée à des tonalités homogènes est très appréciée au Japon, en Corée, en Chine, en Russie, en France et on imagine aisément Johnny Depp ou John Malkovich les porter. Pourquoi ne pas en faire profiter les femmes, peut-on se demander. Tout simplement parce que Franck Boclet n’oublie pas son objectif premier : celui d’atteindre les quatre-vingts points de vente dans le monde avant de se consacrer à une collection féminine. Il ne nous reste plus qu’à espérer que ce soit bientôt chose faite ! photographie Anouchka de Williencourt portrait en fil de fer


photographies Thierry Layani


“Elle aime le par “Elle aime plus que fle plus la que


rfum de la fleur, le parfum de la fleur, eur la même.” fleur même.”

Oui, elle était la plus belle des fleurs... En regardant le cliché qu’il tenait dans ses mains, j’ai parfaitement compris ce que mon ami voulait dire. Ami Hazur, nos racines communes, desquelles nous avons poussé, avec le dessein d’atteindre le paradis.

par Christophe Durand photographie Sayed Hasan Un jour Sayed Hasan, un photographe pakistanais ainsi qu’un bon ami, est arrivé chez moi. Tenant dans ses mains la seule photographie de sa grand-mère, il me saluait rapidement d’un "salaam" et s’est installé sur la chaise. J’ai vu apparaître dans ses yeux l’histoire d’une vie intéressante et pleine d’émotion. L’histoire d’une femme qui a changé tout son Univers. « Ami Hazur, selon les anciennes traditions pakistanaises, cachait toujours son visage du regard des autres. Peu de gens avaient vu ses traits auparavant. Mais vous savez bien, mon ami, que toutes les valeurs importantes de la vie sont invisibles, nous pouvons seulement détecter leur existence. C’est ainsi que je me sens toujours proche de ma grand-mère : grâce aux moments de gentillesse, de

bonheur, de connaissance... Après avoir obtenu le consentement de ma famille, l’amour a

transcendé les limites culturelles. Maintenant, je suis fier de partager mes racines avec des gens du monde entier. Cette photographie de ma grand-mère, je te la donne. » Sayed narrait silencieusement, et l’harmonie émanait de son âme. Ami Hazur est une icône de Beauté, d’Amour, de Félicité et de Sagesse. Au moment où je regardais la photo dans ses paumes tendues, ces mots trouvaient un écho mental dans mon âme : « Elle aime le parfum de la fleur, plus que la fleur même.»

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THE BL ACK HI THE BLACK HISTORY MONTH, UN LONG COMBAT SANS COMPROMIS : “IL Y A UN PORC SUR LA COLLINE, SI TU NE LE TUES PAS LES PANTHÈRES LE TUERONT” (SIC)

THE BLACK HISTORY MONTH par Sophie Faucillion photographies Thibault Grabherr Aux Etats-Unis ou partout ailleurs en Occident, être noir c’est devoir encore se battre pour une reconnaissance et une égalité colorée. Apôtres acharnés, Caret G. Woodman, Franzt Fanon, Martin Luther King, Malcom X et Huey P. Newton, Bobby Seale ont donné âme et vie pour un “semblant” d’équité. Depuis, chaque année aux Etats-Unis, le mois de février est dédié à la commémoration des populations noires. L’histoire est sombre mais si flambante ! Et ne fait que se perpétuer à travers les peuplades blanches ! Paris, mercredi 1 er février 2012, premier jour du mois, au Ministère de l’Outre-Mer la parole était au “Black History Month”. Au programme la fougue de Kathleen Cleaver, figure emblématique du B.P.P (Black Party Power) revenant sur un documentaire d’Agnès Varda tourné à Oakland lors des manifestations s’émancipant autour du procès abusif d’Huey P. Newton, le leader du parti des Panthères Noires. La panthère, un animal noir et magnifique qui n’attaque pas mais se défend férocement ! “Qui êtes vous ? Black Panthers. Que voulez- vous ? Libérer Huey ! Par quel moyen? L’enseignement de Huey. Quel est il ? Les fusils ! ” “Nous rejetons le rêve américain tel qu’il a été défini par les blancs et nous devons travailler à construire une réalité américaine définie par les Afro-Américains (…)” *1 clame la jeunesse noire inquiète de leur identité culturelle. La coiffure afro est de rigueur “Black is beautiful”. James Brown, pourtant cheveux lissés, chante extasié “Say it loud, I’m black and I’m proud”. Huey P.Newton et Bobby Seale se concentrent sur la rédaction du Black Panthers Party, leur programme : “Ce que nous voulons, ce à quoi nous croyons.” Mais ce 1er février, la réflexion ne se fixe pas sur le passé, de nombreux artistes militants et désireux d’avoir une “totale liberté et égalité” sont présentes : le peintre ToaD, le performeur et slameur Jacky Ido, les coléreux et provocateurs chanteurs de Hip-Hop D’ de Kabale et Blade, sont là aussi pour s’exclamer et revendiquer. Pour clôturer la conférence : une table d’insurgés s’animant passionnément autour de l’indéfectible documentaire d’Audrey Regna et John Bensimhon “D’ailleurs je suis d’ici” avec comme leader charismatique Maboula Soumahoro, docteur en civilisation anglophone et Maître de conférences. Le combat pour l’égalité n’est malheureusement pas fini !


STORY MONTH

« La France de l’après-guerre attire une population venue d’ailleurs. Marianne, la Mère Patrie, leur a tant promis. Depuis, Marianne a donné naissance à des milliers de Mariannes : Marie Anne, Myriam, Marietou, May An, Mariama, Meryem… Mariam. Mariam est le nom (de code) d’une génération, cette génération née entre 1970 et 1980. Mariam est l’illustration d’une France métamorphosée. Une autre France avec des français d’un autre genre, nourris de l’aventure de la France Républicaine, des valeurs, des cultures ancestrales et du métissage. Mariam s’est créée ses propres codes, ses propres rituels, ses systèmes de pensées, d’actions... Elle porte en elle l’Identité Nationale. “D’Ailleurs, je suis d’ici” décode la construction de cette identité. *2 Une seule chose à dire que ce combat légitime continue et se gagne ! *1 *2

- SNCC - Audrey Regna “D’ailleurs je suis d’ici”

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GREGORY BATARDON par Edvinas Gliebus photographies Gregory Batardon et Edvinas Gliebus (portrait)

J’ai rencontré Gregory Batardon dans le salon “Le Bal des Créateurs” à Genève. Dehors, le printemps qui touchait à sa fin se montrait rebelle et annonçait une averse rafraîchissante. C’est quand elle s’est mise à tomber que mon interlocuteur a commencé à parler de lui, un sourire timide aux lèvres. Nul besoin de vous présenter Gregory. Les parties de monologue que j’expose ici vous ouvriront non seulement toutes les portes du monde de la danse et de la photographie, mais en plus ils perceront une fenêtre donnant sur l’âme de Gregory. « J’ai passé dix-neuf ans sur scène. J’ai dansé au Japon, en Chine, aux Etats-Unis... J’ai voyagé dans le monde entier et j’ai trouvé l’ultime réponse : la magie de la danse rassemble les cœurs des gens. Je sais ce que c’est de tomber, ou même de s’abandonner, quand on sent notre corps planer quelque part entre le néant et la réalité. Je sais ce que cela fait d’entendre les structures des salles de concert trembler sous les applaudissements. Pourtant, le jour est venu où j’ai quitté les feux de la rampe. Mes amis, ceux avec lesquels j’ai partagé la scène pendant des années et des années, savaient qui j’étais et comment j’étais, alors vraiment cela n’a surpris personne lorsque j’ai décidé de choisir la voie de la photographie. »


« Je vois les choses. Je vois les formes qui changent, les lignes et les impressions... La danse est un tourbillon de sentiments vigoureux. J’ai eu la chance de la vivre de l’intérieur et c’est pourquoi je me sens parfois privilégié par rapport aux autres photographes. Ils utilisent des fonctions sophistiquées qui permettent d’obtenir dix images par seconde, mais la technologie est plus faible que la danse. Le moment d’un mouvement idéal est microscopique ; c’est comme un petit miracle qui presque aussitôt apparu, disparait... Au lieu de m’équiper d’une variété de caméras à cliquetis, je me trouve une place sur le côté de la scène, au même niveau que les pieds des danseurs. Au moment où je presse l’obturateur, je sais déjà si j’ai réussi ou s’il était trop tard. » « Chaque photo est une interprétation qui m’est propre. C’est un dilemme composé d’un mélange de chorégraphies, de styles et d’impressions personnelles. La danse est comme un ensemble de gènes codés, tout comme nous. Nous sommes attirés ou repoussés par certaines expressions stylistiques, même si l’éclairage, la scène, les costumes et les décors sont différents, et que chaque mouvement est unique et inimitable... On ne peut pas tout formuler avec des mots. Quand nous regardons la scène, c’est comme un rêve que nous faisons collectivement. »

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« La photographie me permet non seulement d’approfondir mes connaissances de la danse, mais contribue également à offrir un aperçu de la danse à ceux qui voient mes photos. On me demande souvent comment je m’imagine les gens qui regardent mes photos. Je vais vous le dire. Je me les imagine comme des gens qui sont curieux de découvrir les pages du mystérieux Livre de la Vie. » « À travers mon travail, j’essaye non seulement d’exprimer mes sentiments, mais aussi de montrer comment ils m’influencent. Ce n’est pas évident. Parfois, je réussis, d’autres fois je suis déçu du résultat. Cela m’émerveille de regarder les photos, droit dans le visage des danseurs. Ces lignes et manœuvres immortalisées sont comme dans la réflexion d’un miroir dans lequel je me vois. » « Certains pourraient penser que je suis un “outsider” qui regarde la vie en train de se dérouler, ou quelqu’un de perdu dans le chaos des événements. Malheureusement, je ne suis pas très bavard, je n’aime pas déranger les autres, et cela ne fait que renforcer l’impression que je suis quelqu’un qui se cache derrière l’objectif. On pourrait penser de moi que je suis introverti et distant, mais je me pose toujours la question : est-ce que ça en vaut la chandelle ? Il y a une énorme différence. D’ailleurs tout le monde ne s’expose et ne s’ouvre aux autres comme je le fais avec mes photographies, loin de là ! » « Si vous regardez mes photos, vous vous rendrez compte que ma personnalité a aussi un côté sombre et agressif. N’importe lequel d’entre nous l’a. Parfois, je suis stupéfait en voyant les photos. Pourquoi ai-je vu telle chose de telle façon ? Peut-être que c’est parce que j’affronte la danse en face-à-face alors que la danse est Maîtresse, trop puissante pour être vaincue. Du coup, je ne peux pas m’empêcher de me s’identifier à elle. De plus, le danseur qui est l’esclave de cette force brutale sait que je suis là, à suivre chacune de leurs manœuvres. Je me perds dans ces instants, et quand je vois le résultat, d’étranges photos plutôt trash, je me découvre une autre facette. Et je la trouve belle. »


« Parler de beauté, pour moi, c’est parler de tout ce qui est naturel. Une forêt ou un arbre tordu pourraient être de simples détails, mais ils peuvent aussi se muter en harmonie parfaite. La beauté n’est pas seulement un concept idéal, c’est aussi une chose pleine d’esprit d’une impeccable asymétrie. L’esthétique et les moyens inépuisables de l’exprimer vous encouragent à parler d’art. C’est cela qui me met les larmes aux yeux. » « Récemment, je me suis aussi essayé à la photographie de mode. Je pense que peu de gens réalisent à quel point des tendances sont cachées derrière des expressions de danse. C’est là-dessus que je me concentre aujourd’hui. Je combine les pas de danse à la mode. Mon but n’est pas seulement le résultat final, ce qu’une personne peut découvrir d’elle-même lors d’une séance photo m’intéresse aussi. J’encourage les modèles à trouver des moyens d’expression inattendus et je les aide à devenir quelqu’un d’autre. Souvent, quand ils voient la photo, ils découvrent un aspect de leur personnalité qu’ils ne connaissaient pas. » « Il n’y a guère de différence dans l’acte de photographier un homme ou une femme. Je suis plus fasciné par la beauté féminine toute en courbes, mais il est plus facile pour moi de m’identifier aux hommes et m’entendre avec eux. J’imagine que tout le monde comprend pourquoi c’est ainsi. C’est incroyablement difficile à saisir, la féminité ! Bien sûr, cela dépend de la personnalité de chacun et de la situation, mais si j’essayais de parcourir mes souvenirs afin de faire une remarque générale, je dirais, sans l’ombre d’un doute, que la femme qui danse ou pose est le plus profond des mystères. »


« Je suis maintenant arrivé à un carrefour. Il y a tellement de choix. Quelle voie dois-je choisir ? Vers où dois-je orienter mon destin ? Je ne le sais pas encore. Mais il y a une chose dont je suis sûr : j’ai dansé et je danserai. Peu importe si je le fais sur scène ou à travers mes photos, parce que la danse contribue à faire oublier tout ce qui vous entoure. La danse est une égoïste, elle veut tout ou rien. On doit s’y consacrer à cent pour cent. C’est presque la même chose que de piloter un avion qui fend les cieux. “ Après avoir serré la main de Gregory et m’être séparé de lui, j’étais étourdi par toutes les pensées qui me traversaient la tête, alors j’ai décidé d’aller faire une promenade. Le ciel s’éclaircissait. Les rayons du soleil perçaient discrètement les nuages denses à la dérive. J’ai traversé la place de Plainpalais puis j’ai pris la rue Pré-Jérôme. Alors que j’avançais lentement à travers la foule grouillante, un panneau affichant “École de danse” a attiré mon attention. Des silhouettes d’enfants pirouettaient au fond de la salle. Je suis resté là à les regarder sans pouvoir m’empêcher de sourire.


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ZOLTAN+ aime la paix Our branding and webdesign company presents the work of New York based photographer Tri Huu Luu "see no seeing" which is part of the travelling exhibition "The Missing Peace: Artists Consider the Dalai Lama" from Los Angeles,through San Francisco, Chicago, Miami, New York, Siblu and Madrid. His work is filled with love, respect and compassion. Photo @Tri Huu Luu


MODE


C A P T I /


V E PHOTOGRAPHE THIBAULT GRABHERR STYLISTE SANAA DJELLAL

/ / / / / Manteau Peachoo+Krejberg | Lingerie Dement

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/ / / Veste Gustavo Lins Body Dement Chaussures Alain Quilici


Robe Zucca | Veste Gustavo Lins | Bottines Tsumori Chisato


Chemise et jupe Gustavo Lins | Bracelet Vincent Richard De Latour


Collier et pantalon Peachoo+Krejberg | Bottines Jen Kao


DĂŠbardeur Sandrine Philippe | Pantalon Zucca | Chaussures Alain Quilici


Collier Peachoo+Krejberg

Photographe Thibault Grabherr Styliste Sanaa Djellal Maquilleur Christophe Durand @B Agency Coiffeur Fred Teglia @B Agency Modèle Nell @Idole Model

cliquez ici pour la video


PARIS - GENEVA Email : contact@t-forme.com TĂŠl. : +33 (0)1 71302003 Photographie Thibault Breton - Graphisme KogiProd


Bagues mythiques, ondes magiques...


HUNTING PHOTOGRAPHE FLORENT PETITFRERE STYLISTE MARYLINE MATHIEU


Pull Genesiz | Legging Damir Doma | Rangers Zadig & Voltaire

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Veste Damir Doma | Legging et bracelets Genesiz | Rangers Zadig & Voltaire


T-shirt, legging et bracelets Genesiz Pull sans manche Damir Doma w T-shirt Genesiz Veste Rag & Bone Jean et foulard Zadig & Voltaire Lunettes Linda Farrow


Photographe Florent Petitfrere Styliste Maryline Mathieu Maquilleuse Aline Macouin Modèle ZÊlig Wilson


zigg stard Manteau et pantalon Roberto Verino


y dust

PHOTOGRAPHE VLADIMIR MARTÍ STYLISTE DÉBORA ALONSO TRAITÉ

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Robe AA by Amaya Arzuaga


Robe JosĂŠ Castro | Bottes Paco Gil


Robe et chaussures Ana Locking


Manteau et chaussures Burberry Prorsum | Pantalon Ailanto


Photographe Vladimir Marti Styliste Débora Alonso Traité Coiffure et maquillage Christophe Durand @B Agency Modèle Angelina Nawojczyk @UNO BCN


Manteau, chemise et chaussures Miguel Palacio | Short Lydia Delgado


BEAUTÉ


PHOTOGRAPHE ROBERT JASO


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Photographe Robert Jaso Maquilleuses Christina Lutz et Corinne Gues @B Agency Coiffeur Olivier Lebrun @B Agency Remerciements au Studio Daguerre


ATTRAPE-CŒUR


D LO ’I AS RE D O É IP SH E É M É È PR HE É M È R E

par Sophie Faucillion photographies Thibault Breton

Il est tard, le soleil, par rotation instinctive, a atteint l’autre pôle. Les ombres sur l’ardoise magique s’affrontent et se projettent, dédoublant ou gommant les protagonistes du champ vaste des traits. Désirer la métamorphose, c’est tracer d’un fusain chimérique, de fards éphémères, les contours de ces versatilités obscures en troublant le parcours des lignes désirées éternelles même à l’aube levante… Mercredi, 7 heures du matin, les traits spectraux s’achèvent et se brouillent. Une obligation s’impose : ré-agiter l’ardoise et feindre d’autres galbes, d’autres reflets vernis par une perpétuelle pixellisation poudreuse. Chanel, Givenchy ou Yves Saint Laurent, peu importe, leurs illustres signatures, elles, semblent demeurer inaltérables.


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F A C E B O O K T W I T T E R P I N T E R E S T Y O U T U B E

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60 ANS PLUS TARD, L’ONU SE REFAIT UN VISAGE


par Marie-Eve Lacasse photographies Sergio Moreno UN CMP et UN Après plus de soixante ans de débats, de signatures, de décisions, de cellules de crise, de conférences, de drames et d’accords de paix, l’ONU tombe en ruines. Des travaux de près de deux milliards de dollars devraient redonner du lustre à cet emblème de l’architecture moderne.

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Les chefs-d’œuvre architecturaux sont souvent des objets isolés, des doigts d’honneur à la ville, des révoltés. Et l’ONU, toute diplomatique qu’elle soit, ne fait pas exception à la règle. Situé en territoire international, le Siège des Nations Unies est un des seuls bâtiments à s’aligner à 90° par rapport aux blocs de Manhattan et à l’écart, sur une esplanade très « Brasilianesque ». Cette prise de position n’est pas sans rappeler les partis pris anti-newyorkais de Frank Lloyd Wright qui haïssait la ville et avait réussi le tour de force d’y construire une de ses icônes en y jetant un immeuble rond et féminin, le Guggenheim, au beau milieu des immeubles rectilinéaires de Manhattan. Frank Gehry avait, lui aussi, prévu son propre Guggenheim sur l’eau, en dehors de la grille et en contrepoint de celui de Wright, aux environs de Wall Street ; un projet jamais construit mais qui prouve une fois de plus que les bâtiments de légende se font rarement caméléons dans les villes qui les accueillent. En imposant des bâtiments forts plutôt que des fantômes qui se glisseraient dans le tissu urbain, ces architectes se voient lentement qualifiés de « starchitects », statut qui ne va pas sans son éternel lot de critiques. Et le Siège de l’ONU n’est pas en reste.


Préserver les ruines ? Situé au bord de l’East River, dans le quartier de Turtle Bay à l’est du Midtown, le Secrétariat de l’ONU est l’œuvre d’une équipe de onze architectes parmi lesquels on trouve Wallace Harrison, Oscar Niemeyer, Anne-Claus Messager et Le Corbusier. Le projet fût accepté en 1947 et les travaux durèrent jusqu’en 1952, années phares du « style international » de l’architecture moderne : volumétries simples, sans ornementation, verre en façades, acier pour les supports extérieurs et béton pour les planchers et les supports intérieurs. Aujourd’hui âgée de plus de 60 ans, la tour de 39 étages tombe en ruine. Le bâtiment n’est plus aux normes de sécurité : on ne trouve aucun arroseur automatique en cas d’incendie, ni de doubles vitrages, la pluie s’infiltre sous les fenêtres anciennes, de l’amiante s’écoule des conduites en décomposition, les lourdes portes coupe-feu ne sont plus aux normes, et l’ensemble donne une triste impression de vétusté. Restent cependant des milliers de cendriers encastrés dans le mobilier, vestiges d’une époque très MadMen. Alors qu’il n’est plus adapté à ses activités, pourquoi vouloir préserver la tour à grands frais plutôt que de construire un nouveau bâtiment ? Comment et à quel prix préserver la modernité ? Du verre et du béton L’histoire récente de l’architecture s’est souvent confrontée à un sujet difficile : la conservation des bâtiments modernes est un enjeu épineux, à la fois éthiquement et matériellement. « Le Mouvement Moderne est né d’une révolution industrielle appliquée au monde du bâtiment. De nouvelles techniques de construction sont apparues permettant (mais ne justifiant pas à elles seules) une construction standardisée, et donc de masse. Les bâtiments de cette époque sont pour la plupart faits de béton non enduit : un matériau qui vit et se transforme d’une manière que les ingénieurs de l’époque mesuraient peut-être mal » explique l’architecte parisien Emmanuel Biard (REV Architecture, Paris). D’où la lente dégradation du bâtiment, et la fragilité des matériaux choisis. Alors qu’il n’est visiblement plus adapté à ses activités, le Siège de l’ONU aurait-il atteint l’âge de respectabilité qui le rendrait indestructible ? « Aujourd’hui, on en est à préserver les bâtiments du 19è siècle ; avant de déterminer ce que l’on doit considérer comme du patrimoine architectural, il faut une distance historique », commente Nicolas Sarthou, architecte DPLG travaillant à New York. « Considérer, par exemple, que des usines ou des bâtiments industriels puissent être beaux, c’était impensable il y a 30 ans. Ce fût d’ailleurs la démarche de photographes comme Bernd et Hilla Becher. Aujourd’hui, on regarde l’architecture industrielle comme un patrimoine magnifique et esthétisant », conclut-il.


Pour un bâtiment relativement jeune par rapport à l’histoire de l’architecture, pourquoi et que faut-il conserver ? C’est ce que nous avons demandé à Michael Adlerstein, député secrétaire général pour la rénovation de l’ONU. M-E Lacasse : Pouvez-vous détailler les principaux problèmes rencontrés avec le Siège ? Michael Adlerstein : Oh, ils sont très nombreux ! Le bâtiment était déjà vétuste en 1962 en termes de protection des employés, des visiteurs et des diplomates. Les normes de sécurité incendie exigent de nouvelles alarmes, plus performantes. Les murs sont remplis d’amiante, les systèmes de chauffage et de ventilation ne correspondent plus aux standards d’aujourd’hui. Le bâtiment n’était pas du tout écologique, le système de sécurité n’était plus de qualité, les vitrages laissaient passer beaucoup d’air… Les travaux nous permettront d’économiser plus de 50% de notre facture d’électricité. Aussi, il est évident qu’il faut mettre à niveau le plan de défense du bâtiment contre des éventuelles attaques terroristes. C’est une de nos priorités. M-E Lacasse : Pourquoi commencer ces travaux seulement maintenant ? M. Adlerstein : Les problèmes sont connus depuis des années, cela doit faire au moins dix ans que nous sommes en pourparlers. Mais les procédures sont lentes à l’ONU et c’est seulement depuis trois ans que nous avons le feu vert pour commencer les travaux.


M-E Lacasse: Après avoir été laissé pour compte pendant des décennies, le Siège aurait-il atteint un certain âge de respectabilité, le rendant ainsi irremplaçable ? Pourquoi ne pas avoir décidé tout simplement de construire un nouvel immeuble, comme cela se fait presque systématiquement à New York ? M. Adlerstein : Parce que le bâtiment est encore tout à fait fonctionnel. Il a bénéficié du travail d’architectes extraordinaires comme Le Corbusier ou Niemeyer. Construire un nouvel édifice n’aurait pas été très écologique, et surtout, pourquoi détruire des salles qui, depuis leur création, n’ont pas changé de fonctions ? Le Secrétariat, les salles de conférences, l’Assemblée générale... Tout cela fonctionne exactement comme au début. Construire un nouveau bâtiment aurait été une grave erreur. M-E Lacasse: Comment déterminer ce qui est bon à jeter et ce qui doit être préservé, même si ce ne sont que des détails ? Et comment l’héritage des Nations Unies sera-t-il préservé ? M. Adlerstein : Nous préserverons la peau extérieure du bâtiment mais les briques seront nettoyées. Nous conservons les formes, les couleurs, les sols, les escaliers… Même les meubles seront en grande partie conservés ; ils sont beaux, délicats, confortables, et seront donc seulement restaurés. Après, certains détails seront mis au goût du jour : les cendriers en acier inoxydable, par exemple, seront transformés en chargeurs pour BlackBerry. M-E Lacasse : Je suis étonnée du fait que vous communiquiez de manière totalement transparente sur ce projet. Est-ce en raison de l’exposition internationale du Siège ou un simple plan de communication pour éclairer ces affaires diplomatiques qui, post-Wikileaks, restent ordinairement secrètes ? M. Adlerstein : Les projets architecturaux sont toujours transparents. On communique pour les employés et aussi pour le public. M-E Lacasse : Mais n’est-ce pas un peu étonnant en termes sécuritaires? M. Adlerstein : Nous sommes très prévenants en matière de sécurité. On ne s’arrange pas pour aider nos ennemis! Nous travaillons de très près avec la Sécurité des Nations Unies pour nous assurer que l’information que nous divulguons n’est pas dangereuse. M-E Lacasse : Pouvez-vous nous parler du quotidien des diplomates dans l’immeuble ? Est-ce que les vraies affaires du monde trouvent leur issue « à la machine à café » ? Les espaces de détente bénéficient-ils d’un traitement spécial ? M. Adlerstein : On a prévu de nouveaux lieux de sociabilisation mais on ne peut pas savoir à l’avance, avant qu’ils ne soient livrés, quels sont les lieux qui auront la préférence des diplomates. Certains endroits des Nations Unies, des salles avec telle œuvre d’art ou telle peinture, ont longtemps été les lieux de sociabilité. Ils font vraiment partie du vocabulaire des diplomates. Ce bâtiment a été construit avec des architectes du monde entier qui n’avaient jamais travaillé ensemble. C’est aussi un bâtiment emblématique de paix entre les peuples, et les salles doivent favoriser l’échange.


M-E Lacasse : Plusieurs autres bâtiments du quartier sont également la propriété de l’ONU mais restent beaucoup plus discrets. Est-ce que la configuration de Tudor City sera aussi modifiée dans ce projet ? M. Adlerstein : Les projets majeurs de restructuration se concentrent sur la tour du Secrétariat Général. Cependant, c’est tout le quartier qui en profite. On a discuté avec les services de la ville pour développer des lignes d’autobus, agrandir le parc, gérer les questions de « zoning ». Même si elle est en territoire international, l’ONU doit rester accessible. M-E Lacasse : Avez-vous reçu des critiques quant au budget qui apparaît comme très conséquent ? M. Adlerstein : Le budget n’est pas très élevé ! Pour nous, il est juste. Seulement un milliard de dollars est alloué aux travaux de rénovation. Plus de 400 millions seront consacrés à louer de nouveaux espaces de travail et à payer les multiples déménagements. Nous sommes seulement 80 millions au-dessus du budget approuvé ; quand la rénovation a commencé en 2008, nous en étions 220 millions au-dessus. Notre objectif, évidemment, est de terminer le projet en respectant le budget établi.


AU COEUR DE NOTRE ÉPOQUE, ULTRA-DÉSIRANTE.

PHILOSOPHE

CRITIQUE

CRÉATEUR

PHOTOGRAPHE

par Barbara Polla Frank Perrin, philosophe, critique, créateur de la revue Bloc-Notes et du magazine Crash, photographe du post-capitalisme, est dans le faire et le revendique : « Faire m’intéresse plus que de penser, de savoir, ou d’agir. J’aime faire, comme les artistes, ou les paysans, qui « font » des choses et qui apportent ainsi un éclairage sur ce qui se passe dans ce monde, le nôtre, en ce moment même. Faire est le verbe qui correspond le mieux à notre époque : faire, c’est pertinent et c’est modeste, cela prétend pas plus que cela ne fait. Faire donc, et parler, chanter, peindre, écrire, courir après le temps… »


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Frank Perrin, philosophe, critique, créateur de la revue Bloc-Notes et du magazine Crash, photographe du post-capitalisme, est dans le faire et le revendique : « Faire m’intéresse plus que de penser, de savoir, ou d’agir. J’aime faire, comme les artistes, ou les paysans, qui « font » des choses et qui apportent ainsi un éclairage sur ce qui se passe dans ce monde, le nôtre, en ce moment même. Faire est le verbe qui correspond le mieux à notre époque : faire, c’est pertinent et c’est modeste, cela prétend pas plus que cela ne fait. Faire donc, et parler, chanter, peindre, écrire, courir après le temps… » « Ce qui m’intéresse, c’est de saisir les fantasmes collectifs, les obsessions contemporaines, et, série après série, d’en faire une sorte de catalogue raisonné. Le jogger par exemple : une obsession spontanée, planétaire, de la performance. Les défilés eux aussi : ils sont la scène de la tragédie dans laquelle tout le monde se meut, l’obsession du modèle et du peuple obscur qui le regarde… Comme une sorte d’émeute. L’addition de tous les gens, de toutes leurs obsessions, a plus à dire que moi-même. Je n’ai pas de vérité à asséner. La beauté, la mode, le spectacle, la planétarisation du futile : j’essaie d’attraper ces choseslà, ces fascinations qui sont de l’ordre à la fois de l’image extérieure et de l’image intériorisée, cette mousse des vagues de l’obsession – de les attraper dans mes filets comme un chasseur de papillons. Je suis dans le pollen des choses et essaie d’en extraire l’essence – mais il ne suffit pas de claquer les doigts, il faut trouver des miroirs de ces pics d’obsessions, des formes pour transmettre la complexité de l’époque. » « La beauté n’est jamais seule. Elle a son ombre : le côté terrifiant, vain, sublime, affreux… – il faut saisir la beauté avec son ombre, sinon elle n’existe pas, comme l’homme qui a perdu son ombre. La beauté est ambiguë ou elle n’est pas. Je pense à l’horreur des chaises électriques de Warhol, à la bêtise d’une boîte de Campbell : une beauté presque chirurgicale, et l’ombre, l’horreur qui va avec. La beauté a toujours une double entrée, une abscisse et une ordonnée, à la fois l’obsession de beauté et l’horreur de la vanité qui l’accompagne. »


« Le spectacle est en nous, nous l’avons absorbé, lui et les désirs qu’il charrie, les envies, le pouvoir : l’obsession du spectacle, le spectacle de l’obsession, coulent dans nos veines. Et moi, ma gazoline, mon pétrole, c’est cette fantasmatique collective, planétaire, c’est cette énergie incroyable qui m’a donné envie de « faire » de l’art – « fare » l’artista comme on dit en Italie. Dans les rêves des gens d’aujourd’hui il y a encore plus de désirs qu’il n’y en a eu dans le passé – on désire des situations iconiques, mais on les désire pour soi-même ; on désire des modèles formatés, mais pour soi-même aussi ; et chacun peut, doit ? faire : faire un blog, se faire, se construire une identité avec les rêves ambiants. Notre époque est ultra-désirante et, en phase avec elle, dans cette planétarisation du futile dans laquelle nous vivons, l’art contemporain fait lui aussi partie du “lifestyle“ : l’art et l’artiste comme psychanalystes de la confusion et de l’hystérie d’aujourd’hui. » « Il en va de même pour la mode, elle aussi a été absorbée, intériorisée. Dans les années 1960, on la regardait comme on regarde la télévision, à distance – mais aujourd’hui la mode est en nous, en face de nous : nous, les gens, sommes devenus la mode. La mode était autrefois réservée aux élites – mais aujourd’hui, la mode, c’est tout le monde et chacun de nous, dans une sorte d’explosion atomique de désirs. » « Si la mode est “à la mode“, ce n’est jamais par hasard mais à chaque fois pour des raisons profondes de l’époque et c’est la succession des modes qui a fait l’Histoire – même Michel-Ange était “à la mode“, et un courtisan de génie ; Phidias énervait Platon parce qu’il était “à la mode“ et plaisait trop ; quand on évoque le 18ème siècle, on voit d’abord une robe sortie d’un tableau de Watteau, bien avant l’encyclopédie… La mode est beaucoup plus profonde que les gens dit profonds veulent bien nous le dire. » « Dans les livres d’Histoire on essaie de nous faire croire à une universalité. Mais l’Histoire n’est faite que d’individualités, ce sont les gens qui font l’Histoire. Comme la peau est le corps – le plus profond, c’est cette surface et sans la peau le corps est impensable – la mode est la peau de l’époque, et si on enlève cette peau on enlève tout. On se souviendra des tenues de Kadhafi aussi longtemps que le printemps arabe fleurira nos mémoires… La mode est bien plus première et dernière qu’on ne le pense. La mode écrit l’Histoire : au début était la mode, et tout ce qui restera finalement sera encore cette poussière de mode et la vanité qui va avec, et peut-être ne sommes-nous que cela. Et ce n’est déjà pas si mal… »

Du 22 novembre 2011 au 14 janvier 2012, Frank Perrin présente une série de photographies intitulée « Empire » avec Mouammar K. en fashionaria, dans une exposition conjointe de la galerie Taïss et d’Analix Forever à Paris.


VOYAGE


At the end OF THE ROAD

par Sophie Faucillion photographies Arnaud Duval

Rouler et rouler encore en ne cessant d’écouter “The Ballad of Lucy Jordan” comme Thelma et Louise s’échappant de leur ennui. Chavirer les neurones de sa boîte crânienne, abolir ce qui a été… Juste filer … Juste filer sa vie comme les paysages se succédant dans un “road movie” sans sommeil. Les clopes s’entassent dans le cendrier, un sourire se délivre, l’angoisse agonise ! Suivre la rive droite du Rhône et bifurquer sur la départementale 36 sans même regarder Arles, jusqu’au salin de Giraud, jusqu’au bout du monde! Un bout du monde d’où l’on ne revient pas sans l’avoir decidé ! Sans avoir enfin laissé à l’abandon du terrible mistral, du grec turbulent aux idées folles, ses émotions et restrictions de plagiat de vie! Les salins se savourent en solitaire… A l’automne la plage est déserte, on ne peut que s’en souvenir ! Des traces et carcasses rescapées du passage d’anarchiques nomades affolent l’espoir vital : il se doit de repartir et filer sur une “new road again” et même le vent fou vous laissera alors entendre : ne vous mentez jamais !


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