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rock, folk, metal, Hip-hop, classique, jazz, électro & bandes originales

Interviews Indochine, Deep Purple, Toto, Ska-P, Amy Keys / Capture, à découvrir ! l'ost de megaman 2 / Dossier Voyage vers l'Est / les acteurs et la musique, partie 2 Télémaque attaque / Dans l’antre d’Exchange Records / Muse, Indigestes Idoles


Photo couverture : élodie Lanotte / Photo édito : Margaux Gatti

édito

Et de quatre ! Ce mois de juin nous voit boucler un nouveau numéro, continuant ainsi notre parcours musical. Alors que se profile la saison des festivals qui, cette année encore, s’annonce passionnante, nous sommes également heureux de fêter avec vous la première bougie de notre site internet.   Créant des passerelles et attirant la curiosité du public et des professionnels, le Magazine Karma est fier d’avoir pu obtenir la bourse Envie d ’Agir du département de la Moselle. Cette bourse, complétée par le soutien de la Ville de Metz, nous permet de poursuivre dans la direction que nous nous sommes fixée et de continuer à travailler avec une équipe de bénévoles motivés qui ne cesse de s’agrandir, afin de vous proposer un magazine, que nous espérons de qualité, tout en restant gratuit.   Une étape de plus vers notre numéro anniversaire, le cinquième, prévu pour le mois de septembre et qui réservera bien des surprises ! Bon été et en attendant, bonne lecture !

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Directeur de la rédaction : Ugo

Schimizzi

nt Goebels, Côme Peguet, Illustrateurs : Laure Fatus, Cléme Schuster Marine Pellarin, Pierre ux Gatti, Matthieu Henkinet, Marga Photographes : Juliette Delvienne, élodie Lanotte, Ugo Schimizzi Pierre Hennequin, Kazz Creation,

Hann

ume Hann Maquette et mise en page : Guilla La Rosa, A. Pusceddu Communication : A.S. Guyon, J.B.

erie verte 57 190 Florange Imprimé par L’huillier, imprim

Directeur Artistique : Guillaume

yer, Dom Panetta, t Clement, Rémi Flag, Mickaël Frome Rédacteurs : Nathalie Barbosa, Thibau s Hann, Ioanna Schimizzi / Correcteurs : Lauriane Bieber, Nicola Marine Pellarin, Leïla Rodriguez

issn : 2259-356X Dépôt légal : à parution

ine édité par : Association Son’Art Lorra 40 Avenue de Nancy 57  000 METZ Schimizzi Directeur de la publication : Ugo

Ugo Schimizzi Rédacteur en chef


2 édito 4 découverte : capture

Déluge de son made in Nancy.

6 portfolio : spécial printemps

Saison de concerts avant celle des festivals !

8 dossier : voyage vers l’est

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Quand la Lorraine s’imprègne d’autres cultures...

12 dossier : C2C

L’année de tous les records pour le quatuor français.

18 interview : indochine

Conférence de presse unique pour groupe à succès.

22 interview : toto

Rencontre exclusive avec le guitariste Steve Lukather !

26 interview : deep purple

Les pionniers du hard rock sortent un nouvel album.

28 interview : ska-p

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Au cœur de la révolution musicale espagnole.

30 interview : amy keys

Les plus grands n’ont d’yeux que pour elle.

32 influences : Muse, Indigestes idoles 34 cinéma : acteurs et musique partie 2 36 museek : MegaMan, charme rétro 38 made in lorraine : Exchange revolution Records 40 Chronique : Viza 41 découpage 42 Chronique : Télémaque

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dĂŠcouverte

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Nouvelle Vague de nancy

par DOM PANETTA

Fraîchement débarqué sur la scène musicale lorraine, il n'aura pas fallu longtemps à Capture pour se faire remarquer. Première partie de Tellier en 2012, sélectionné pour les Inrocks Labs, on ne compte plus les succès au palmarès du jeune groupe nancéien. C'est donc tout naturellement que Karma a voulu en savoir plus. On retrouve Alex à la guitare et au chant, Amin aux synthés, percussions et chœurs, Ophélie à la batterie et enfin Florent à la basse. Les trois premiers sont étudiants. Florent vient, quant à lui, d’entrer dans le monde du travail. Suite à de précédents projets plus ou moins sérieux, c’est en voyant leur entourage musical continuer et avancer qu’Alex, Amin et Florent décident de remettre le couvert ensemble. Nous sommes alors en avril 2011, Capture est né. Cherchant avant tout le plaisir, motivée à bloc, la formation peine dans un premier temps à trouver ses marques. Rejoints par Jack - un camarade américain - derrière les fûts, les Nancéiens tentent plusieurs combinaisons et différents sons avant que le déclic n’ait lieu.   Évoluant dans un registre pop largement teinté de rock et d’électro, Capture s’impose dans un style qui reste, malgré tout, indéfinissable. Une volonté assumée, comme nous l’explique Alex : « On n’a jamais été influencé par un groupe en particulier. On essaye d’échapper un peu à tout ça et on est très éclectique dans ce qu’on écoute. » Il admettra tout de même trouver ses inspirations dans des combos tels que Brains, Interpol ou Editors sans pour autant chercher la copie. En août 2012, le quatuor fait face à son plus gros défi : Jack, le premier batteur, quitte l’aventure et le pays. Le

Photo : Matthieu Henkinet

groupe n’a que peu de temps pour lui trouver un remplaçant, de grosses dates se préparant. C’est alors qu’entre en scène Ophélie, la « touche de douceur et de belgitude. » Prenant le poste au pied levé, elle donne son premier concert quelques semaines plus tard lors du festival Zikametz et enchaîne avec la première partie de Sebastien Tellier, à Nancy, au festival Nancy Jazz Pulsations.   à la fois solide et atypique dans le paysage musical lorrain, le quatuor progresse et devient de plus en plus crédible. Multipliant les concerts, les jeunes gens ont désormais pour projet de s’exporter hors des frontières de notre région avec, notamment, une première date à Paris en juillet prochain. Notons également la préparation d’un nouvel EP qu’ils aimeraient voir sortir dans le courant de l’automne 2013.   Une chose est certaine, s’ils sont encore en pleine évolution, Capture se pose d’ores et déjà comme une formation de premier ordre à suivre de très près. Nul doute que les quatre musiciens n’ont pas fini de faire parler d’eux. > Capture, Where we all Belong, 2012 / Capture Production

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portfolio Emeli SandĂŠ

> Casino de Paris le 4 mars 2013 Photo : Pierre Hennequin

Abraham Inc

> Arsenal (Metz) le 12 avril 2013 Photo : Ugo Schimizzi

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Eric Truffaz

> Olympia (Paris) le 6 avril 2013 Photo : Ugo Schimizzi

Asaf Avidan

> Den Atelier (Luxembourg) le 26 mars 2013 Photo : Margaux Gatti

Na誰ve New Beaters > Les Trinitaires (Metz) le 10 avril 2013 Photo : Ugo Schimizzi

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dossier

par marine pellarin

Au cours des derniers mois, en Lorraine, les cultures étangères étaient à l'honneur. Ballets, concerts, pièces de théâtre ou spectacles de cirque, de nombreux artistes ont embarqué le public vers leurs contrées au travers d'événements hauts en couleur et forts en partages. évadons-nous un instant vers l'est...

Le ballet igor Moïsseïev

Premier ambassadeur de la culture russe à l’étranger, Igor Moïsseïev a de quoi se réjouir : son héritage continue à charmer au-delà des frontières. Alors que la Lorraine maudit la météo de février, son inimitable ballet fait une halte remarquée au Zénith de Nancy et réchauffe les cœurs. Un véritable voyage vers Moscou. Les scènes de cette œuvre, créée en 1937, forment une incroyable série de tableaux de la culture et de la vie russe. Portraitiste de l’essentiel, Igor Moïsseïev a su, à travers cette création, condenser toute la substance de l’identité traditionnelle du pays par l’intermédiaire de la danse folklorique et classique. Les fêtes populaires, grands moments de partage et de tradition encore établis de nos jours, sont largement représentées. Les costumes brodés, codifiés selon le statut et le sexe, se croisent et se recroisent dans des chorégraphies qui miment tant la célébration que les relations sociales. Sarafanes pour les dames, chapkas pour les messieurs, on reconnaît ce que les clichés nous ont apporté, mais le pays est bien plus complexe que cela. Dans l’immensité de la Russie, de nombreux peuples cohabitent, avec leurs cultures et leurs histoires.   Bien loin des robes chatoyantes, une myriade d’autres aspects du pays, plus durs, est représentée sur la scène. Peuple nomade du nord de la mer Caspienne, les Kalmouks nous emmènent dans la région de la Volga. On découvre leurs danses tremblantes et rudes, à l’image de leur vie calquée sur l’évolution de la nature. Vol de l’aigle, suivi des troupeaux, on est bien loin de l’insouciance joyeuse des fêtes de village. De la rudesse encore avec l’incontournable 8 | magazine

Photo : élodie Lanotte

esprit combatif russe. L’histoire du pays ayant été marquée par de nombreux conflits et révolutions, le ballet retrace certains de ces évènements : avec Khoroumi, on remonte le temps vers les VIIe et VIIIe siècles en Adjarie - une région appartenant aujourd’hui à la Géorgie - pour assister à d’épiques combats ancestraux, dont la culture reste profondément attachée à celle de la Russie.   Mais Moïsseïev aime voyager lui aussi et n’hésite pas à chercher liens et échanges auprès d’autres contrées. De près, comme nous le montre le tableau Gopak, qui met à l’honneur la danse folklorique ukrainienne, mais aussi à l’autre bout du monde : on rencontre lors de ce voyage des chorégraphies inspirées de traditions argentines. On a ainsi droit à un mélange des genres détonant. Espagne, Mexique, et plus frappant, États-Unis, le chorégraphe s’inspire de ses escapades pour densifier techniques et thématiques. Le partage enrichit ce vivier déjà foisonnant de clins d’œil à des cultures différentes, nous faisant voyager dans toute la Russie et au-delà. De quoi générer une envie d’en voir plus, d’en savoir plus... Ça tombe bien, le festival Passages se propose de nous faire continuer l’aventure ! (suite p. 10)


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le Festival Passages

Qui n’a pas remarqué l’arrivée de chapiteaux place de la République à Metz ? Qui n’a pas entendu les rires et les folles envolées musicales emplir le ciel messin durant ce mois de mai ? Le Festival Passages a pris ses quartiers dans le centre-ville, ouvrant un portail vers le monde. Suisse, Slovénie, Israël, Japon... Prenez une boussole, pointez vers l’Est, vous trouverez un artiste du festival. Pour cette édition, les organisateurs ont étendu la programmation à des contrées lointaines et à des auteurs aux mutiples qualités. On retrouve donc dix pièces de théâtre aux thèmes variés, quinze concerts, de l’accordéon à la keytar, deux opéras, des projections de films, une exposition photographique et de nombreuses interventions et débats sur les pays représentés.

des cultures n’a pas lieu ; on voit des personnes âgées ou non touchées dans le public et ce, malgré le folklore décrit, bien différent du nôtre. De même avec le spectacle Korall Koral, opéra pour tout-petits, venu de Norvège : la simplicité de la narration et le culte de l’apprentissage propre aux pays nordiques s’avèrent être les vecteurs parfaits d’une histoire destinée aux enfants. Ce petit public dont l’attention est habituellement difficile à capter est immédiatement plongé dans le spectacle. Peu importe la barrière de la langue, l’expérimentation mise en scène parle à tous.

Prenez une boussole, pointez vers l’Est, vous trouverez un artiste du festival

  Rien qu’en poussant la porte du Magic Mirror invité pour l’occasion, on sait que l’on a atterri dans un univers unique, donnant lieu à un spectacle des plus cocasses. On y croise la très grande famille formant la troupe Sri Venkateswara Natya Mandali Surabhi, arborant saris indiens et bijoux chatoyants, les Balkans du Flying Orkestar avec leurs panoplies de B-boys déjantés, les douces Norvégiennes de Korall Koral, préparant leur opéra pour bébés... Un melting pot des plus appréciables, qui donne l’impression d’avoir réuni des intervenants au petit bonheur la chance. Mais détrompez-vous, si ces artistes sont ici, c’est bien grâce à un dénominateur commun : leurs projets, tout comme leur indéniable talent, s’avèrent plus intéressants les uns que les autres.   Le petit village de chapiteaux, ainsi que diverses salles de la ville, ont fait voyager le public. Et même si les protagonistes viennent de loin, on retrouve dans leurs thèmes des aspirations humaines universelles. Dans la pièce Baba Chanel, de la troupe Kolyada Theater, un groupe de vieilles chanteuses folkloriques conte son désarroi devant l’arrivée de la nouvelle génération et le temps qui passe. Subsiste l’envie de profiter malgré tout. Bien que la scène se déroule en Russie, le choc

Photo : Kazz Creation

  Mais si les traditions des pays représentés étaient à l’honneur, le festival a aussi su faire la part belle aux projets plus inattendus et aux travaux les plus variés. De la musique venue du Japon, mais aussi de l’accordéon avec A Qui, et du jazz guitare avec Shinichi Isohata. Du théâtre israélien, interprété en français et inspiré par le cinéma hollywoodien. Et bien sûr ces étrangers que l’on côtoie déjà sans le savoir, ces immigrants qui ont rejoint la Lorraine, mis en avant par la pièce D’ailleurs, de Jean de Pange.   Autant dire que ces deux semaines ont vu défiler une tornade d’évènements invitant au voyage tous les publics, des amateurs de classique aux baroudeurs en tous genres. La curiosité envers l’autre a été mise en avant, nous rappelant que la musique et la culture circulent toujours, n’attendant qu’un œil ou une oreille attentive pour être découvertes, partagées et transformées. Une belle leçon de vie offerte par ce festival qui n’a pas fini de nous surprendre. Rendez-vous dans deux ans, pour la prochaine édition !

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Impossible d’avoir loupé le phénomène, sauf si bien sûr vous étiez partis en trekking en Birmanie pendant tout l’été 2012. Parce que si 95% des artistes francophones ont profité des vacances pour faire la bronzette sur la Côte d’Azur, le collectif de DJs s'est, quant à lui, occupé de soigner sa promotion. C2C était partout. Aux Vieilles Charrues, aux Eurockéennes, aux Francofolies, aux Nuits de Fourvière. Pas moins de 26 prestations au total, mais aussi dans les journaux télévisés et dans les chroniques musicales. Pourtant, si le quatuor magique n’a plus rien à prouver sur scène et dans leur domaine de prédilection, le turntablism (ou l’art de créer de la musique grâce aux platines et aux disques vinyles), cette discipline reste, elle, encore relativement inconnue pour les novices. C2C, composé de 20Syl, Greem, Atom et Pfel, représente à la fois un nom énigmatique et un titre ultraconnu, qui se retrouve notamment dans une publicité où deux Français font le tour du monde en voiture électrique et demandent la participation de « pluggers. »

Coup de foudre

  Le groupe s’est rencontré et formé dans un lycée de Nantes en 1998. Son nom, qui sous sa forme complète signifie « Coup2Cross », fait référence au crossfader, élément central de la double platine typique de DJ. Fans des Beastie Boys et adeptes du skateboard, les C2C ont gagné quatre fois de suite les championnats du monde par équipe du DMC. Pour les noninitiés, voilà encore une petite définition : le DMC (Disco Mix Club) est un championnat annuel de DJs depuis 1985, devenu par la suite

une compétition internationale, à partir de 1986. Le combo a aussi remporté le championnat par équipes de l’International Turntablist Federation en 2006. Pfel complète ces récompenses par des trophées remportés en compétition individuelle (vice-champion du monde DMC en 2005). Fait rare qui mérite d’être souligné, les quatre garçons font déjà parler d’eux dans le cercle très fermé des DJs et ceci avant même d’avoir sorti un disque.   Dès 2005, le groupe pense à l’album, mais cette envie reste en gestation pendant sept années supplémentaires. Dans l’intervalle, les copains de lycée s’illustrent aussi dans des formations à succès, parallèlement à l’existence du projet C2C : Beat Torrent pour Atom et Pfel, Hocus Pocus pour 20Syl (en tant que MC) et Greem. Grisé par le succès et l’agenda surchargé, C2C nous fait attendre jusqu’au 23 janvier 2012 pour enfin nous dévoiler son premier bébé : l’EP de six titres Down the Road.

Coup de pub

  Down the Road est une chanson de breakbeat passée inaperçue à sa sortie, mais qui, en septembre 2012, devient populaire et numéro un en France grâce à la publicité télévisuelle de Google Chrome qui l’utilise comme fond sonore. Le single atteint la première place des

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dossier ventes dans l’Hexagone, après 35 semaines de présence au classement, succédant ainsi au très énervant et quasi indétrônable Call Me Maybe de la chanteuse canadienne Carly Rae Jepsen. Une semaine plus tard, le single perd sa place de numéro un. Mais qu’importe, le groupe a réussi son coup : faire parler de lui ! Le titre a même été réarrangé pour faire partie intégrante du générique du Grand Journal sur Canal+. C2C réalise un véritable tour de force : rassembler le grand public et les branchés tout en transformant un plan de communication en succès commercial. Suivront quelques coups de soleil provoqués par leur tournée promotionnelle interminable lors de l’été 2012.

Coup de génie

  Les Nantais sortent leur premier album dans la foulée, sur le label On And On Records et l’intitulent TETR4 (ou encore TETRA, préfixe numérique signifiant « quatre » en grec). Deux mois après sa sortie, il est certifié disque de platine. Le succès ne s’arrête pas là car leur premier opus leur rapportera quatre (!) Victoires de la Musique en 2013. La galette s’exporte aussi outre-Atlantique grâce à la publicité de la plus ancienne marque de soda des États-Unis, Dr Pepper, qui reprend le titre Down the Road accompagné par le slogan « Always one of a kind » (toujours unique en son genre ndlr). Ce slogan va d’ailleurs comme un gant à nos C2C, tant l’originalité de leur travail tient à leur approche personnelle. Plutôt que de mixer les œuvres d’autres artistes comme nombre de DJs, les quatre compères scratchent leurs propres morceaux. Une initiative décrite dans les Inrocks comme « processus amontobien », en référence au DJ brésilien Amon Tobin.   Après des débuts marqués par des pioches dans des disques existants, les membres de C2C passent vite à leur propre banque de sons. Une démarche rendue possible par la technologie qui est à leur disposition aujourd’hui mais aussi par leur culture musicale kaléidoscopique. Décompo14 | magazine

sant d’abord pour mieux recomposer, nos turntablists s´appuient donc sur cette maitrise de leur univers pour faire subir à leurs compositions les déstructurations nécessaires. Pléthore de sons triturés aux accents ludiques et rythmiques se retrouvent ainsi sur l’album. Bien ancrés dans une culture liée au hip-hop à leurs débuts, les quatre amis n’hésitent pas à ajouter des ingrédients de type électro, blues, pop, rock et à les mettre en valeur tout en restant cohérents. Une chose est claire, l’éclectisme de cet album ne peut laisser personne indifférent de par sa fraîcheur et sa polyvalence et chacun trouvera son bonheur sur ce LP. Par ailleurs, l’addition des différents genres musicaux explorés en dit long sur la qualité et la connaissance de chacun des DJs. Le groupe définit sa musique comme de la scratch music, mais ils peuvent aussi bien être classés dans la catégorie world music, tellement leurs influences font la part belle à leur talent.

Coup d’accélérateur

  F.U.Y.A. est la symbolique de l'entente C2C et figure parmi les titres phares de leur album. Le très graphique clip du morceau, tourné à l’abbaye de Fontevraud dans le Maine-et-Loire a été coréalisé par l’artiste numérique vietnamo-japonais Francis Cutter et par Sylvain Richard, alias 20Syl, et filmé en stop motion. Cette vidéo - qui a été récompensée par une Victoire de la Musique - pleine de puissance et de maîtrise devrait faire beaucoup de bien à vos oreilles et finalement à vos yeux. Elle joue notamment sur le placement et la mise en scène des hommes durant le mix. Si seulement toutes les abbayes pouvaient être remplies de platines...   Après nous avoir offert des visuels envoûtants avec différents clips réalisés pour la promotion de leur nouvel opus, le carré d’as continue de nous faire vibrer en dévoilant au début de l’année la vidéo de Happy. Si vous avez déjà été séduits par les morceaux F.U.Y.A., Arcades et The B.E.A.T., Happy en featuring avec Derek Martin risque de ne plus quitter vos playlists. En effet, cette chanson saura vous


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redonner la pêche en toute circonstance. Toujours aussi prodigieux et imaginatifs, les petits génies du son nous ont offert un clip à leur mesure : chorégraphié en noir et blanc, il est réalisé par Wendy Morgan et déclenche une irrépressible envie de danser dans tous les sens. Cette vidéo reprend l’imaginaire

live c’est autant à voir qu’à écouter : des platines rétroéclairées, quatre écrans LED synchronisés avec les morceaux exécutés au millimètre près et projetant formes et dessins aux couleurs vives. Il paraît que les trublions contrôlent eux-mêmes ces projections vidéo. On sent ici la touche

Pourquoi cette pochette éroticokawaï ? Que comprendre de ces jolies Asiatiques nues dans un univers aussi kitsch ? Fort heureusement, une version collector de l’album est disponible depuis, offrant à tous les fans un univers graphique bien plus convaincant et faisant honneur aux différentes pistes.

L’éclectisme de cet album ne peut laisser personne indifférent du gospel, de la religion vaudou et de la sorcellerie, pour mettre en avant la performance de danseurs possédés par la musique. Retour plusieurs décennies en arrière, à l’époque où la musique noire américaine suscitait la curiosité. Sous un chapiteau, plusieurs figurants se lancent dans une danse endiablée qui sublime le son entêtant de C2C. Voilà qui devrait permettre au groupe de séduire de nouveaux auditeurs.

Coup d’éclat

 Si TETR4 confirme les capacités du collectif, c’est sur scène que le caractère de C2C s’exprime réellement, par le biais d’un show ahurissant à la scénographie intelligente et frappante. La formation originaire de la cité des Ducs de Bretagne s’est illustrée dans les clubs du monde entier. Ces quatre mousquetaires du microsillon en

Photos : élodie Lanotte

de 20Syl, également compositeur et MC du groupe Hocus Pocus, à l’origine graphiste diplômé des Beaux-Arts. Cerise sur le gâteau, le matériel est monté sur des caissons à roulettes, ce qui leur permet de se balader sur scène lors des prestations. Tout est parfaitement chronométré, les musiciens étant capables d’échanger leurs platines comme si de rien n’était et d’inclure le public dans la mise en place de battles à grande échelle. Chapeau bas !   à l’inverse, on pourrait se poser quelques questions concernant la couverture de TETR4, utilisant une photo de l’artiste Wang Chien-Yang et réalisée par LVL Studio. Amusante, pétillante ou déplacée, la série de clichés met en scène des jeunes filles et des peluches dans des positions parfois intrigantes, dans un univers très pop et coloré.

Coup de grâce

Alors que de nombreux artistes ont tendance à être affublés de qualificatifs de type « artiste de scène » ou « artiste de studio », force est de constater que C2C joue avec brio sur les deux tableaux. à l’aise en salle, en festival, dans les bacs ou sur char lors de la Love Parade organisée en septembre dernier par Solidarité Sida, les places pour sa première tournée française s’arrachent littéralement. Des concerts sont notamment programmés dans le cadre des Solidays le 28 juin à Paris, au festival luxembourgeois Rock A Field le 30 juin et le 8 octobre au Zénith de Nancy. Que vous soyez fan d’électro, festivaliers, amoureux des C2C ou à la recherche de nouvelles sensations musicales, ne les ratez pas ! > C2C, TETR4, 2012 / On And On Records

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interview

Nouvel album et nouvelle tournée monumentale pour Indochine, qui passera par les salles intimistes et les stades. Rencontre avec le groupe de Nicola Sirkis lors de la conférence de presse de lancement du Black City Tour au Zénith de Nancy. > Pourquoi avoir décidé de faire une tournée en trois parties (une petite, une moyenne, une grosse) ? Pour sortir de la routine. Surtout, on préférait une longue tournée plutôt qu’une courte qui s’enchaîne, où on n’a pas le temps de s’attarder sur les détails. Sur le Meteor Tour, on avait un système qui ne pouvait pas s’accrocher partout. Cette fois-ci on a décidé d’aller dans toutes les villes où l’on n’avait pas pu se rendre, notamment ces villes comprises dans le Black City Tour 1. Ensuite, on passera par des salles plus grandes dans lesquelles le décor sera plus adapté. Il y aura plus de choses, nous proposerons un spectacle en trois dimensions, de manière plus importante. Ça nous permet aussi de varier la setlist, de ne pas faire toujours le même concert, comme une comédie musicale. Ce qui sera visible ce soir sera différent à Metz dans le déroulement. Visuellement, le spectacle va beaucoup évoluer. Ce qu’on a trouvé comme système pour la deuxième 18 | magazine

partie du Tour est vraiment imposant, on va dire original, donc il y a un gros travail derrière. On n’a pas de décor mais on avance petit à petit et la ville apparaît de plus en plus à mesure que les dates s’enchaînent. Chaque salle est différente donc les accroches sont compliquées. > Visez-vous aujourd’hui le million de spectateurs, après les 800 000 entrées de la tournée précédente ? On ne vise pas (rires) ! Mais si déjà on peut faire aussi bien, ça veut dire que les gens nous suivent toujours. Apparemment, c’est en bonne voie. Ce qui est marrant, c’est que l’on reçoit de plus en plus de messages de jeunes qui n’avaient pas pu nous voir sur Meteor. On va à nouveau accueillir des fans qui ne nous ont jamais vus sur scène sur cette tournée. C’est le cycle de la vie quelque part. En tout cas, on tente de faire en sorte que le public ait toujours envie de nous voir sur scène.

Propos recueillis par guillaume Hann


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interview > Vous vous sentez limités en termes de production, moyens techniques, choix artistiques par votre producteur ? Pas du tout. Je sais que Live Nation a une image de diable, parce qu’ils sont Américains notamment. Mais ça a été les seuls,

C’est fou, ce concert était d’ailleurs complet avant que l’album ne sorte ! Le public est le sixième membre du groupe. > C’est la plus longue tournée d’Indochine, possiblement de l’histoire du rock français. C’est une façon de rentrer dans l’histoire ? Non pas du tout. Quand on a choisi de faire une longue tournée, c’était pour éviter de tout cumuler en trois mois, puis plus rien. Cet album a mis beaucoup de temps à être écrit. On a vécu sa création pendant deux ans, maintenant on veut le partager pendant aussi longtemps. On peut le faire aujourd’hui, ça a été bien pensé et organisé, mais il n’y a pas de but caché ou de challenge. Le Stade de France, ce n’était pas un plan de carrière. Ça nous arrive comme ça, c’est quelque chose de magique mais que l’on ne cherche pas. C’était déjà irrationnel d’être un groupe de trente ans et d’avoir un douzième album aussi attendu ! Il n’y a pas de compétition notoire avec d’autres formations historiques.

 Le public est le sixième membre du groupe. On n’est pas là pour se foutre de sa gueule ! prochaines dates black city tour 2 amnéville / le galaxie Vendredi 11 octobre 2013 Samedi 12 octobre 2013 Dijon / zénith Vendredi 22 novembre 2013 épernAy / le millésium Mardi 10 décembre 2013 strasbourg / zénith Mercredi 18 décembre 2013

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sous contrat, qui ont acté et accepté que l’on propose des places à 35€. On n’a absolument aucune limitation. C’est plus propre et moins fourbe que d’autres productions qui acceptent devant les artistes et modifient par derrière sans qu’ils ne s’en aperçoivent. Je préfère des groupes comme Coldplay qui investissent beaucoup dans chaque tournée. Le but n’est pas de gagner de l’argent, juste d’en vivre et dans notre spectacle, ça se voit. > Quel regard portez-vous sur vos fans, qui vous attendent parfois depuis plus de 24h devant la salle de concert ? Quel lien existet-il entre vous ? J’ai beaucoup d’humilité et de tendresse, parce que ce n’était pas gagné. Je ne vis pas ça comme un enfant gâté. On soigne nos albums, nos shows. On n’est pas là pour se foutre de la gueule des fans, mais pour être le plus sincère possible envers eux. Même si on ne peut pas les faire rentrer actuellement (la première à Nancy se jouait sous la pluie ndlr), nos équipes leur ont apporté à boire.

> N’y a-t-il pas des morceaux « crève-cœur » que vous êtes obligés d’enlever des setlists faute de place ? Si, je vous le confirme ! C’est pour ça que là, on a été obligé de faire différents changements et de mélanger les titres qui ne seront pas joués tous les soirs, parce qu’on ne peut pas jouer 3h30 ! Mais oui, il y a des titres qui disparaissent. C’est compliqué quand il y a plus de 200-300 morceaux... mais on se débrouille ! > Vous arrive-t-il de composer sur la route ? Non. Pour nous, ce sont des vacances, c’est le plaisir. Bien sûr, on travaille sur la suite. Les images, ce qu’il va se passer pendant le


Black City Tour 2... Il y a beaucoup de choses à faire en tournée. Voir des fans, rencontrer la presse. On n’arrive pas à écrire en même temps, mais quelques fois, il se passe des choses... > à ce propos, comment s’est passée l’écriture de vos morceaux pour ce nouvel album ? De la même manière que pour Paradize. On s’enferme dans un premier temps dans un petit studio, on bidouille, on cherche, sans cahier des charges, sans rien. Petit à petit, ça prend forme, on fait des projets, on en fait de plus en plus, en étant plus exigeant avec nous-mêmes. C’est pour ça que cet album a pris un an et demi. Je crois que c’est la plus longue écriture pour nous. Donc il n’y a pas de schéma prévu sur la composition, ni la finition. C’est vraiment par étapes. On est allé à Paris, puis en Normandie et fait le mix à Berlin. Tout cela permet de prendre du recul, de tout réécouter, de ne garder que le meilleur, de revenir sur des titres, conserver le couplet parce qu’il était bon, mais, par exemple, retravailler le refrain. On a joué pour la première fois, il y a un an, un inédit lors du Paradize +10, pour tester le morceau en live. Il existe un long processus avant que l’album n’arrive là où il est au moment de sa sortie. > Est-il vrai que le Black City Tour sera la dernière grosse tournée du groupe ? C’est vrai ! C’est-à-dire qu’on terminera en 2014-2015. Est-ce qu’on aura encore l’énergie et le courage d’en refaire une en 2017-2018-2019 ? Aujourd’hui, je n’en suis pas sûr. Je ne peux ni confirmer ni infirmer, mais j’en doute. On ne veut pas annoncer nos adieux, mais peut-être se faire plus rares et organiser des événements un peu spéciaux. > Indochine, Black City Parade, 2013 / Arista France

Photos : Pierre Hennequin

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interview

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Dans la tete de Steve Lukather Propos recueillis par marine pellarin et Guillaume Hann Le groupe à succès fête cette année ses 35 ans de carrière. Trois décennies après l’entêtante « Africa » et « Toto IV », Steve Lukather, dit Luke, revient enfin sur les scènes de nos contrées avec sa bande. Non content de s’attarder sur l’histoire du groupe, il nous parle de son hallucinante carrière dans cette interview exclusive. > Vous avez fait un sacré bout de chemin avec Toto... Trentecinq ans déjà ! Comment se passe la préparation des concerts ? C’est effrayant de voir que ça passe si vite ! Je suis terrifié (rires). ça a été génial, j’ai tellement de souvenirs... J’ai vraiment hâte d’entamer la tournée anniversaire. J’ai toutes ces piles de CDs sur mon bureau pour définir la setlist. On va essayer de mettre en place un gros show, avec des hits que tout le monde connaît et veut entendre, mais aussi des chansons plus exclusives qu’on n’a jamais jouées en live. On essaie toujours de varier chacun de nos concerts, parce que ça peut être lassant de ne jouer que les tubes. Mais il va falloir choisir, sinon le concert va durer cinq heures (rires) ! En tout cas, ce que je vois de ces trente-cinq ans, c’est que ça a été une réussite, qu’on est de retour, et pour moi c’est génial ! > Vous parlez de souvenirs, vous devez effectivement en avoir des tas... Et si vous deviez choisir votre meilleur souvenir avec Toto ? C’est impossible de trouver un souvenir unique, vraiment, Toto est plus qu’un groupe pour nous. Je connais David Paich, les frères Porcaro, Joseph Williams depuis quarante ans. Les Porcaro et moi, on a grandi dans le même quartier. On a tout vécu ensemble. Le démarrage, le succès, les mariages, les divorces, les enfants... La mort, la drogue... Les bons moments comme les mauvais. Comment expliquer ce genre de relations et choisir un moment ? On est vraiment une famille. Et maintenant, on aide un frère qui va mal, Mike Porcaro. Il est très malade... Il va vraiment mal (Mike Porcaro est atteint de la maladie de Charcot, ndlr).

Illustrations : Marine Pellarin

> C’est pour lui que vous vous êtes reformés en 2010, pour la tournée de soutien ? C’était l’idée à la base, oui. Ça l’est toujours, en fait. On prend soin de Mike comme une famille le ferait, on se soutient les uns les autres. Et à côté de ça, on joue la musique que le public veut écouter. Pour moi, c’est la meilleure version possible d’un groupe, allier ces deux choses : la musique et la famille. Et vu qu’on parle de Mike... Si je devais choisir un des meilleurs souvenirs, ce serait eux. Mike et Jeff (Jeff Porcaro, membre co-fondateur de Toto, décédé en 1992, ndlr). > Concernant le groupe, est-ce qu’on peut attendre un nouvel album après cette tournée ? Je ne peux pas te répondre. Je peux te dire ceci : si tu m’avais posé la question il y a deux ans, j’aurais dit : « Absolument pas ! » Mais maintenant... Je garde l’esprit ouvert. C’est vraiment une histoire de planning. Si on le décide, il faudra qu’on soit dans les meilleures conditions possibles pour proposer un spectacle de qualité. Alors qui sait ? Peut-être. Peut-être est-ce mieux si nous n’en refaisons pas. > Vous avez fait honneur à la France et avez prévu huit dates dans tout l’Hexagone. Toto a toujours été très apprécié ici, ça nous fait plaisir de voir que c’est réciproque. Oh ça, carrément ! On adore la France. Les Français ont toujours été très généreux avec nous, on sent que vous appréciez vraiment notre musique. Je croyais que le concert de Paris était déjà complet, j’allais te le dire, mais il ne l’est pas encore, ça

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interview ne va pas tarder. Pour les autres dates, un grand nombre de places ont déjà été vendues, ça nous fait évidemment très plaisir. On a hâte d’y être. Alors venez, on a un putain de show prévu pour vous, ne le manquez pas (rires) !

J’ai travaillé avec tous les héros de mon enfance, c’est incroyable ! > On pourrait parler des heures de tous les albums sur lesquels vous avez travaillé en dehors de Toto, vous comme les autres membres du groupe... Vous avez une carrière incroyable. D’ailleurs, la rumeur dit que vous réalisez en ce moment une liste des disques auxquels vous avez participé. Oui, le musée Grammy organise notre anniversaire, on est en plein comptage. Ce qui en ressort, c’est qu’à nous tous, on a participé à deux cent vingtcinq albums nominés ou lauréats des Grammys. Si tu regardes les murs du musée, toutes les pochettes des artistes de légende, et que tu te demandes « Quel est leur point commun ? », la réponse, c’est nous. Et en dehors des Grammys, avec les gars, on est sur le cul quand on compte, on arrive à quoi... Six mille, sept mille disques sur lesquels on a bossé. Pour tous les artistes marquants des quinze dernières années, pour tous les styles de musique, sauf le classique... C’est terrifiant ! On a du mal à réaliser, on s’est tous dit : « Quoi, sérieusement ? » > Sept mille, oui, on a du mal à imaginer ! Vous avez travaillé avec Lionel Ritchie, Paul McCartney, Earth, Wind & Fire, Michael Jackson... D’ailleurs c’est vous qui jouez la partie guitare de Beat It ! Et la basse ! Jeff Porcaro était à la batterie, Mike 24 | magazine

au clavier, et Eddie Van Halen a joué le solo. Pour Thriller, c’est nous qui jouons quasiment toute la musique de l’album, et peu de gens le savent. Les autres aiment juste Toto, ne savent pas pour le reste et s’en fichent (rires) ! > Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’Eddie Van Halen joue toute la guitare sur Beat It, il faut corriger ça ! Ah non ! J’ai joué toutes les notes de guitare sur l’album Thriller, excepté le solo de Beat It. J’ai beau passer mon temps à corriger ça sur Wikipédia, ils remettent toujours que c’est Eddie ! C’est incroyable. Si quelqu’un écrit une connerie sur Wikipédia, je vais vouloir rétablir la vérité, mais ils continuent à réécrire n’importe quoi. J’ai beau leur dire « Hey, c’est moi, changez ça ! », mais ils n’en ont rien à cirer, et moi je me dit, « Allez vous faire foutre ! » Les gens pensent que du moment qu’une information est trouvable sur internet, c’est qu’elle est vraie, même si elle n’a pas été vérifiée. Avec Photoshop, je pourrais me retrouver en photo avec un alien ! Et je devrais leur dire « Hey mec, c’est juste un montage, c’est pas une vraie photo ! », mais ils n’écouteraient pas (rires). > Côté solo, vous n’avez pas chômé. Vous avez sorti votre dixième album en janvier, Transition. C’est assez symbolique, comme titre ! Transition, c’est le passage de l’ombre à la lumière. J’ai passé quatre années absolument merdiques. Mes parents sont morts, j’ai divorcé, j’ai eu un bébé au milieu de tout ça, mon groupe s’est séparé puis reformé, plusieurs de mes amis sont décédés, Mike est très malade... J’ai regardé ce qu’était ma vie, et j’ai appuyé sur restart. J’ai arrêté de boire, de fumer, je suis passé à un style de vie complètement organique. Du coup c’est la transition d’une vie décousue, autodestructrice à une vie plus saine, dédiée aux choses importantes. C’est horrible de voir ses amis mourir ou être malades. Si on n’a pas la santé, on n’a rien. Je sais que c’est un cliché, je dois avoir l’air d’un vieux croulant à dire ça, mais... C’est vraiment ce que je pense. Je veux juste me réveiller le matin et me sentir bien.


> à propos de ces collaborations, est-ce que vous avez une anecdote à nous raconter ? C’est difficile de choisir, tu sais ! J’ai travaillé avec tous les héros de mon enfance, c’est incroyable. À part Jimi Hendrix, mais je l’aurais traqué s’il avait encore été là. Ah, si, j’ai une anecdote marrante. Tu parlais de Lionel Ritchie. Pour le solo de guitare sur Running with the night, il m’a appelé, et après quelques minutes d’échauffement et d’impro au studio, je lui ai dit « Ok, je suis prêt, on peut commencer ! », et il m’a répondu « C’est dans la boîte ! » C’était n’importe quoi, j’ai joué comme ça me venait, sans même y réfléchir, et lui il était là à me dire « Arrête, c’est fini ! Rentre chez toi ! ». Ça a dû durer dix minutes, même pas (rires). > Quels sont vos plans pour la suite ? Je suis tout le temps occupé ! Il y a la tournée de Toto, toutes les choses qu’on a prévues pour cet anniversaire, mes concerts en solo et avec Ringo Starr & His All-Starr band. Je joue avec Ringo Starr ! C’est vraiment dingue. J’écris un livre sur ma vie, aussi. Mais comment veux-tu raconter trente-cinq ans en deux cents pages ? Je tiens des agendas de tout ce que je fais, avec qui et dans quel studio, depuis 1977. J’ai aussi des tas de photos. Mais j’ai un mal fou à trier, avec ça je peux faire une encyclopédie (rires) ! C’est un projet futur, pour l’instant je me concentre sur les shows. Une chose à la fois ! > Et avec un emploi du temps aussi chargé, est-ce que vous avez encore le temps et l’envie de travailler la guitare ? Oh oui ! Tous les jours. Il y a toujours des choses à améliorer. J’ai trente-cinq ans de carrière, mais je n’ai même pas encore gratté la surface de tout ce qu’il y a à savoir.

En fait, plus j’en apprends, plus je me rends compte que je ne sais rien du tout ! C’est ça qui est fou avec la musique. Je crois que je continuerai à jouer dans ma tombe, à chercher la note parfaite. > On a d’ailleurs beaucoup de guitaristes parmi nos lecteurs, ils risquent de m’égorger si je ne vous demande pas sur quelle guitare vous jouez en ce moment ! La Music Man L3. J’ai des tonnes de guitares bien sûr, mais j’en reviens toujou rs à cel le-ci. El les sont t rès polyvalentes. Pour les pick-ups j’ai des DiMarzio, sans effets, ça rend un son très pur, très beau. J’ai plusieurs versions de ce modèle, la L1, la L2 et la L3. C’est le genre de guitare que tu peux prendre en main et commencer à jouer sans même un réglage. Elles sont incroyables. Et non, ce n’est pas du marketing, c’est sincère, je le jure sur la tête de mes quatre enfants ! > Dernière question : plutôt Beatles ou Rolling Stones ? Les Beatles (silence). Ça ne m’a pas pris longtemps, non (rires) ? Les Beatles ! Évidemment. Ils ont écrit les meilleures chansons de tous les temps. Et le plus fou, c’est qu’entre leur premier et leur dernier album, il ne s’est passé que huit ans. Ils ont changé le monde, en huit ans ! J’ai besoin d’oxygène, de nourriture, d’eau et des Beatles. Ça a toujours été comme ça. Aujourd’hui, je reçois des SMS de Ringo Starr, avec qui je suis devenu ami. C’est surréaliste. J’ai juste envie de lever les yeux au ciel et de dire « Merci Seigneur, pour cette vie extraordinaire ! » > Toto, Falling in between, 2006 / Frontiers records

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and now What ?! Propos recueillis par Ugo Schimizzi

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C’est en avril 2013 que les mythiques Deep Purple ont convié une équipe triée sur le volet à écouter en exclusivité « Now What ?! », leur nouvel album. Ian Paice et Ian Gillan en ont profité pour répondre à quelques questions. > Vous êtes un des plus anciens groupes de rock toujours en activité. Quel est votre secret ? Ian Gillan : Quand on a commencé, on était des ados. On l’a fait principalement parce qu’on aimait ça. Depuis le début nous ne faisons que ce qui nous rend heureux. Nous avons deux vies : la réalité et l’imaginaire. On a la chance de pouvoir évoluer un peu dans les deux. Avec tous les soucis qu’il y a de par le monde, qu’est-ce que vous pouvez faire pour vous échapper de temps à autre ? Voir vos copains et vous amuser. Quand c’est le cas, les personnes qui viennent au concert s’amusent automatiquement aussi. Pourquoi vouloir arrêter cela ? > Vous avez plus d’un million de fans sur Facebook. Quel est votre rapport avec ce nouvel outil ? Ian Paice : Un soir, alors que j’étais bourré, je me suis inscrit sur Facebook (rires). C’était à deux heures du matin et on aurait dû m’enfermer à ce moment-là. Mais bon, sur le coup, ça me semblait une très bonne idée. Le lendemain matin, c’était juste impossible à gérer : j’avais plus de 3 000 demandes en attente, 25 000 le soir. Heureusement, un ami m’a sorti de ce pétrin et a désactivé mon compte !

> Pourquoi avoir choisi Bob Ezrin pour produire cet album ? Ian Gillan : J’étais en larmes quand j’ai entendu pour la première fois le playback, parce que c’était hallucinant à quel point Bob avait réussi à choper le son de la guitare, qui est la signature de Deep Purple, son qui n’avait jamais été atteint par le passé. Il était aussi sur place pour nous diriger et canaliser notre passion, notre professionnalisme et notre créativité, ce qui nous a menés à le respecter. > Y a-t-il une histoire derrière la chanson Vincent Price ? Ian Gillan : En fait, Vincent Price est un acteur américain qui est connu pour ses rôles dans les films d’épouvante de la fin de sa carrière. Nous voulions faire une chanson qui rappelle un peu les films d’horreur. Nous connaissons tous Vincent Price et chacun de nous a travaillé avec lui. On connait la personne, le personnage et aussi sa personnalité, qui est totalement différente de ce qu’on peut voir à la télévision. > Deep Purple, Now What ?!, 2013 / Ear Music / Edel

Illustration : Côme Peguet / Photo : Juliette Delvienne


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les indignés Propos recueillis par Leïla Rodriguez Les Espagnols de Ska-P parcourent le monde depuis presque 20 ans avec dans leurs sacs chansons révolutionnaires, combats contre l’injustice et lutte frénétique pour l’égalité sociale. Pulpul le fondateur du groupe et Joxemi son guitariste ont pris le temps de nous parler un peu de l’actualité avant leur concert au Zénith de Paris en mars dernier. > Pourquoi avez-vous décidé de faire ce nouvel album, intitulé 99% ? En fait, 99% correspond aux 99% de la population mondiale gouvernés par ce 1% restant qui cumule toutes les richesses et le pouvoir. C’est une donnée économique détachée du côté humain existant derrière les statistiques. Ska-P continue de revendiquer ses luttes, avec 28 | magazine

peut-être plus de force que dans les disques antérieurs. Notamment, à cause de la situation politique qu’on est en train de subir en Espagne. Mais on reste dans la pure essence de ce qu’est Ska-P avec 99%. Certains titres sont un peu plus modernes, avec quelques touches de synthétiseur, mais ça reste de la fête, de la révolution et surtout de la rébellion.

> Que pensez-vous de la situation économique de l’Espagne et de l’Europe ? On pourrait rester ici une demi-heure ! Et bien, tout empire non ? Tu sais, le peuple a toujours plus de pressions, plus de difficultés pour trouver un emploi, pour se maintenir à un poste. Tu vois que les gens qui ont de l’argent, qui ont du pouvoir, en acquièrent de plus en plus, leur permettant

Illustration : Pierre Schuster


Les politiques sont des marionnettes qui corrompent les démocraties d’asseoir leur mainmise sur la société par tous les moyens : politiques, financiers, médiatiques. Tout va de plus en plus mal. C’est une chaîne, dans toute l’Europe. C’est de la merde. La population est obligée de supporter des mesures drastiques, des hausses d’impôts, un chômage galopant. En Espagne, je n’avais jamais vu personne souffrir de la faim. On est en train de le voir, à raison de 3 ou 4 millions de personnes. Le taux du chômage a atteint les 6 millions de personnes. Ce sont des données terrifiantes, non ?   Tout cela provoqué par le système financier, par les maîtres de l’argent, de la banque. Ils font pression sur les politiques, qui ne sont que des marionnettes qui corrompent les démocraties. Ils ne servent absolument à rien. Aujourd’hui, en Espagne, que tu donnes ton vote au Parti Social Démocrate, qui est le parti socialiste, ou au PP (le PP est le Partido Popular, équivalent à l’UMP, de droite, qui est au pouvoir en ce moment ndlr) et je dirais même à Izquierda Unida (parti de gauche ndlr), c’est la même chose. Ce vote va directement aux financiers. Ce sont eux qui gouvernent, eux qui disent ce qu’il faut faire et ce qui ne doit pas être fait. > Comment vous sentez-vous en ce qui concerne la mort d’Hugo Chavez ? Mal. Cette révolution bolivarienne a été créée par Hugo Chavez. Maintenant, le commandant est mort. Le bon côté des

Photo : Juliette Delvienne

choses - s’il y a un bon côté - c’est que la révolution a pris. Elle est en train de fleurir au Venezuela, en équateur, en Bolivie. Elle se répand partout en Amérique Latine. Il y a un foyer de résistance face au système néolibéral très fort, n’est-ce pas ? Je crois que c’est probablement le personnage le plus important du siècle. Il a été capable de se battre et de nous montrer qu’il y a une alternative à cette folie de système néolibéral, qui fait souffrir chaque année approximativement un milliard de personnes de la faim. > Pour être un peu plus léger, êtes-vous toujours pour la légalisation du cannabis, notamment vu le changement d’avis de certains états d’Amérique ? Absolument. La légalisation est la solution. La seule solution mais avec beaucoup d’informations. Il faut que les gens, les potentiels consommateurs aient accès légalement au cannabis mais en toute connaissance des risques, avec des normes sanitaires à respecter. > Enfin, notre question rituelle : plutôt Beatles ou Rolling Stones ? Pulpul : ¡ Yo Beatles ! Les Rolling Stones ne sont intéressés que par l’argent ! Joxemi : John Lennon ! On veut Lennon ! Il a inventé la musique ! > Ska P, 99%, 2013 / BMG

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> J’ai lu que tu voulais devenir médecin à la base et que tu as arrêté tes études pour la chanson. Est-ce bien vrai ? En fait oui et non. Je ne suis effectivement pas médecin mais j’ai réussi à avoir un diplôme en biologie et en chimie. La musique a toujours fait partie intégrante de mon existence. Un jour, j’en ai eu assez de me battre contre cette force d’attraction : j’ai pris un grand bol de confiance en moi et j’ai quitté mes études pour poursuivre ma carrière de manière sérieuse. Je repense notamment à mes premiers concerts où j’étais payée 50 dollars la soirée (rires) ! Mais je suis très contente d’avoir trouvé le courage de le faire.

Mais qui est donc cette jolie jeune femme ? Choriste pour les plus grands (Phil Collins, Leonard Cohen, Johnny Hallyday), elle est également une artiste de talent doublée d’une chanteuse hors pair. De nature très accessible, Amy nous a accordé un moment privilégié.

Propos recueillis par NATHALIE BARBOSA

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> Tu as sorti un album en 1989 qui s’appelle Lover’s Intuition. N’as-tu jamais voulu enregistrer un second album à toi et poursuivre ta propre carrière de chanteuse ? Si, absolument ! J’ai eu l’honneur de chanter sur d’autres albums avec de grands artistes et je me suis concentrée sur cela et sur les tournées. Cependant, j’ai toujours voulu avoir l’opportunité de chanter mes propres compositions. En ce moment-même, je suis en train d’écrire avec de formidables musiciens et j’espère pouvoir sortir un album très bientôt. > Tu es partie en tournée en 1994 avec Leonard Cohen. Comment l’as-tu rencontré et comment as-tu eu cette opportunité ? Quand j’étais petite, j’écoutais la radio et je m’amusais à imiter tous les interprètes en calquant ma voix au plus près de ce que j’entendais. J’ai aussi toujours eu une affinité spéciale avec la partie réservée à la guitare. J’apprenais les différentes notes par cœur et j’étais capable de les vocaliser. Je le fais encore aujourd’hui. Chanter a toujours été et sera toujours pour moi aussi naturel que de respirer. J’en ai besoin pour vivre ! Cela a payé quand le public a commencé à se souvenir de moi. Une personne m’a alors recommandée pour le groupe prévu pour la première partie de la tournée de Leonard Cohen. J’ai été retenue et je suis partie sur les routes avec lui tout l’été. C’était incroyable !

Photo : Avec l'aimable autorisation de Stéphane de Bourgies


> Après cela, tu as pu travailler avec Phil Collins. Comment est-il ? C’est quelqu’un de formidable ! J’ai passé beaucoup de temps avec lui et avec sa famille. J’ai travaillé sur un projet Motown, incluant aussi un concert avec lui, il y a quelques années. Trois des célèbres Funk Brothers étaient présents, dont notamment le bassiste Bob Babbitt. Cela a vraiment été un travail fait avec le cœur pour lui et je suis heureuse d’en avoir fait partie. Phil et moi, nous sommes toujours en contact à ce jour.

textes des Fab 4 m’ont toujours fascinés. C’est mon frère aîné qui m’a fait connaître les Beatles et je lui en suis vraiment reconnaissante. Leurs chansons continuent encore aujourd’hui à m’inspirer et m’aident quand je compose. Avec un peu de chance, leur génie créatif finira un jour par déteindre sur moi (rires) ! > www.myspace.com/artistamykeys

> Quel a été le meilleur conseil qu’on t’ait prodigué en tant qu’artiste ? Dans la plupart des tournées que j’ai effectuées, le but a toujours été de refaire sur scène la version la plus proche possible du titre enregistré. Lors de mon premier essai, Herbie Hancock m’a raconté des anecdotes concernant des séances de travail avec Miles Davis et son désir de ne jamais interpréter une chanson deux fois de la même manière. Il m’a ainsi demandé d’oser faire quelque chose de nouveau à chaque fois. Je lui ai demandé : « Et si je me plante ? » Il m’a répondu : « Et bien, tu sauras qu’il ne faudra plus le refaire la fois suivante ! » Grâce à cette réponse pleine de simplicité, je me suis sentie en confiance. J’ai fait des choses auxquelles je n’aurais jamais pensé au départ avec ma voix : c’était excitant et effrayant à la fois ! J’ai vraiment évolué de manière considérable lors de cette tournée avec Herbie, aussi bien en tant que chanteuse qu’en tant qu’interprète ! Je lui dois le fait d’avoir vraiment découvert tout le spectre de ma voix. > Enfin pour terminer, notre question rituelle : plutôt Beatles ou Rolling Stones? Beatles ! Étant chanteuse et compositrice, les voix, les harmonies et les incroyables

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influences

par rémi flag

Incontournable, véritable machine à remplir les stades, Muse empreinte à beaucoup d’artistes cultes. Cela suffira-t-il pour égaler ses pairs ? Dissection du phénomène et de ses (nombreuses) influences ! Mon histoire avec Muse commence réellement en 2006, lors d’un festival niché dans des montagnes ensoleillées, comme, du reste, beaucoup de jolies histoires (une pensée émue à Belle et Sébastien). Muse est alors l’un des rares groupes nés au début des années 2000 à ne pas être tombé dans la chiante copie du style garage rock, comme les fameux artistes en « The », The Libertines ou The Strokes 32 | magazine

en tête. Je quitte le concert après avoir pris une leçon à base de morceaux aussi jouissifs qu’Hysteria, Bliss ou encore le superbe Knights of Cydonia en ouverture. Les quatre premiers albums résonnent alors comme de parfaits prolégomènes qui feront à tout jamais basculer Muse du côté des légendes, pétrifiant nos enfants de jalousie maladive lorsque nous lâcherons le patriarcal « J’y étais ! »


Mais il n’en sera rien. En effet, mon oreille vacille en 2012, six années plus tard, à l’écoute du dernier Bruno Mars, que je conspue, comme d’habitude, tant il est toujours plus racoleur. En réalité, je vais apprendre que la radio diffuse Madness, le titre

monsieur Bellamy n’hésite pas à faire de ses pairs autant de faire-valoir à ses présomptueux délires nécromanciens. équité parfaite sur ce point, puisque les vivants aussi ont l’insigne honneur de finir en semblant de featuring bien fadasse, évidemment malgré eux.

sa réputation. Paradoxalement, les premiers morceaux sortis en 1999 avaient déjà un « je-ne-sais-quoi » de Radiohead, dans le bon sens du terme. En 2001, un de leur chefsd’œuvre s’appelait ironiquement Origin of Symetry.

On a l’impression d’entendre tantôt du Queen, tantôt du George Michael, le tout au rabais et à vitesse épileptique phare de The 2nd Law, dernier album de Muse en date. Le son me remémore instantanément The Resistance, leur album sorti en 2009. Il faut dire qu’après 2006 et Black Holes and Revelations, qui gardait entièrement le style rock progressif, tout en ajoutant la parfaite dose d’électro, les deux dernières galettes laissent un goût de mièvre guimauve dans la bouche. On a l’impression pénible d’entendre tantôt du Queen, tantôt du George Michael, le tout au rabais et à vitesse épileptique. à l’écoute d ’United States of Eurasia ou de Survival vous vous demanderez immédiatement si Freddie Mercury n’est pas en train d’improviser un revival improbable aux côtés de Matthew Bellamy et sa bande, relançant au passage sa carrière, étrangement en berne depuis sa mort. En plus d’être le leader charismatique du groupe,

Illustration : Clément Goebels

  Ainsi, le morceau Unsustainable est une ode au dubstep dans le plus pur esprit Skrillex, devenu pape du genre et unique représentant médiatique en quelques mois. On ne saura d’ailleurs jamais trop si Muse aime le style ou si le groupe a, à dessein, choisi le titre pour montrer plus ou moins subrepticement les méfaits du dubstep sur des compositeurs en mal d’inspiration. Pis, la qualité même du son pâtit de cette vantarde logorrhée. Au premier rang, l’utilisation intensive d’harmonies classiques pompées, puis montées en opéras cartons-pâtes. Gavant. Quant à la rythmique, il faudrait carrément lancer une alerte enlèvement tant elle est inaudible et manque de punch.

  D i f f i c i l e auj ou rd ’ hu i d e s e prononcer sur le futur d’un combo, certes plébiscité à travers la planète, mais dont l’orientation semble de plus en plus ambiguë à chaque nouvel opus. Espérons, du moins, que dans leur quête du consensus, les muse-iciens ne perdront pas toute inspiration au profit de références abusives à leurs propres idoles. > Muse, The 2nd Law, 2012 / Warner

  Muse, à défaut de s’affranchir des sonorités de leurs modèles, commence doucement à s’éloigner de

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cinĂŠma

par dom panetta

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De nombreux acteurs ont eu, au cours de leur carrière, la nécessité de pousser la chansonnette pour les besoins d’une production. Certains sont même allés jusqu’à passer dans une autre dimension musicale... dangereuse pour les sens auditifs. Suivez le guide pour découvrir ces casseroles méconnues ! Nous vous faisions découvrir dans notre précédent numéro ces stars du cinéma ayant réussi avec succès leur deuxième carrière, parcourant les scènes et les concerts avec une facilité déconcertante. Vous avez pu, grâce à ce précédent article, étoffer votre liste de pistes à faire défiler en soirée, mais admettez-le, ce ne sont pas les réussites qui vous intéressent le plus !   Il était donc évidemment impossible de vous offrir un tel dossier sans évoquer ces stars du petit ou du grand écran qui se sont lancées dans l’aventure musicale, b i e n s o u v e nt p o u r l e s mauvaises raisons et qui n’y ont malheureusement pas trouvé le succès escompté. Preuve qu’il n’est pas donné à tout le monde de changer de carrière. Moins flatteur, mais nettement plus amusant, ce nouvel article s’appuie sur des échecs et tentatives avortées, histoire de vous donner un bel aperçu des casseroles collectionnées par ceux qui n’auraient jamais dû quitter le cinéma.

comme une mise à nue de l’acteur qui n’arrive pas à se décider entre chanter et parler. La musique n’aura d’égal dans le kitsch, que le clip relatif au méfait commis. Alain Delon comprendra immédiatement (ou on l’y aidera) qu’Alain Delon ne peut pas tout faire et mettra, de fait, un terme à sa carrière musicale, pour son bien mais surtout pour le nôtre.

  Exemple le plus f lagrant de « j’ai démarré une carrière musicale pour les mauvaises raisons » : Brian Austin Green. La star de la série Beverly Hills, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, s’est, l’espace de quelques temps, persuadée que le succès de son personnage du DJ David Silver allait lui permettre de percer dans la musique.

parfois, la fiction ne devrait pas rattraper la réalité

  Commençons par notre Alain Delon national. Véritable emblème du cinéma français, tout semble lui réussir. Mais quand Alain Delon décide de faire de la musique, Alain Delon le fait. Ainsi, l'acteur de légende s’est notamment offert des duos avec Dalida ou Shirley Bassey. Mais l’on retiendra tout particulièrement son unique essai en solo, en 1987, avec la chanson très justement intitulée Comme au Cinéma. Ce titre résonne en effet

  David Hasselhoff, quant à lui, n’a pas eu cette présence d’esprit. Avec plusieurs albums à son actif, la star de K2000 et d’Alerte à Malibu n’a réussi à effleurer le succès qu’en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Persuadé d’être l’instigateur de la chute du mur de Berlin après y avoir interprété son « tube » Looking For Freedom, (vidéo dont on vous conseille absolument le visionnage, ne serait-ce que pour la veste de David), Hasselhoff a poursuivi sa « carrière » musicale dont la plupart d’entre vous n’ont peut-être même jamais entendu parler. Je vous invite tout de même à jeter également un œil au clip de Hooked on a Feeling qui vaut le détour (nous vous rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé et que la consommation de drogues peut vous amener à chanter Hooked on a Feeling, filmé par le portable d’un ami vicieux).

Résultat, un album, One Stop Carnival, au son formaté ghetto blaster et jogging flashy, que ne renierait pas le Prince de Bel-Air. La différence est que ledit Prince a sû s’imposer dans le hip-hop, là où Brian a dû encaisser un cuisant échec. Son single, You Send Me, est accompagné d’un clip qui présente le wannabe rappeur en version « gangsta-dans-son-K-Way » abusant jusqu’à l’overdose des plans en contre-plongée. Une belle preuve que parfois, la fiction ne devrait pas rattraper la réalité.   Certes, la liste des « nominés » est loin d’être exhaustive, mais nous vous encourageons à écouter ces quelques perles de mauvais goût et pourquoi pas à nous suggérer de nouvelles pépites !

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museek

par thibaut clement

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charme rétro

La bande son de Megaman 2, sorti en 1989 sous le nom de Rockman dans sa version originale, est le résultat de deux tours de force : à la fois celui de faire d’un bruit digital une mélodie diablement efficace mais surtout de rendre cette création omniprésente dans les mémoires. À bien des égards, la plupart des soundtracks de jeux sortis sur la vénérable console Nintendo (apparue en France en 1986) n’ont pas brillé. L’inspiration des créateurs était bien là, mais le rendu sonore de la console, presque aussi charismatique qu’un radio-réveil croisé avec une sonnette d’interphone, ne lui rendait pas honneur. Emprisonnée par les capacités 8 bits de la machine, l’équipe de Capcom a malgré tout accouché de thèmes diaboliquement mélodiques, piquants d’énergie et de caractère pour un jeu tout aussi mythique : Megaman 2. C’est un peu comme faire d’une guitare un orchestre, ou d’un carré de sucre une pièce-montée.   Pour beaucoup, le papa de cette B.O. est Takashi Tateishi, malicieusement crédité comme « le jeune dépravé » dans le générique de fin. Oui, c’était encore l’époque où les compositeurs pouvaient être cités par leurs pseudonymes, avant celle où la complexité des mélodies ne permettait plus cet anonymat juvénile et branché. Il n’était cependant pas seul dans sa tâche et personne n’a boudé son plaisir de voir Manami Matsumae s’inviter à la fête. Compositrice à succès du premier opus de Megaman, Manami a, entre autres, fourni le thème de l’écran titre, d’ailleurs originellement destiné au générique de fin de Megaman premier du nom. Affectueusement surnommée

Chan Chakorin - pouvant signifier « mignonne » - durant ses années Capcom, Manami est d’ailleurs revenue aux côtés de Tateishi pour composer la bande de Megaman 10 en 2010, soit plus de 23 ans plus tard !   En 1989, donc, Megaman 2 fait un carton sur la console Nintendo. Certains rechignent cependant à parler de bande originale : l’idée d’effets sonores serait plus appropriée. Et pourtant cela n’empêche pas ladite bande de s’enticher d’un rythme, d’une mélodie délicieusement outrecuidante et d’un punch rarement égalé. On se surprend à dodeliner de la tête à la cadence digitale de la musique, sifflant d’une bouche en cœur des airs qui ne nous lâcheront plus. L’inspiration, si elle n’est toutefois pas si loin des standards vidéoludiques de l’époque (Contra en 1987 était déjà avant-gardiste), va encore plus loin. On y retrouve des soli très rock, véritables hymnes à la difficulté du jeu, poussant le joueur à se surpasser. Certains thèmes comme celui de Flashman ont été repris par des dizaines d’internautes, tandis que chez les fameux Minibosses ou les Japonais Team Nekokan, deux groupes de rock progressif spécialisés dans les reprises musicales de jeux vidéos, Megaman 2 est désormais un incontournable. Rock yeah ! > Megaman 2, Nintendo Entertainment System (NES), Capcom, 1988

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made in lorraine

exchange revolution records

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Nouvelle rubrique dans ce numéro, destinée à présenter les initiatives lorraines et luxembourgeoises dans le milieu de la musique. C'est une visite au sein du studio Exchange Revolution Records qui débute notre exploration régionale. Direction Amnéville donc, pour la découverte d'un lieu résolument rock'n'roll. Exchange Revolution Records tire son nom d’une double volonté de la part de ses fondateurs. D’une part, l’indépendance d’une formation, Greenwich Cavern, dont on vous présentait l’album live dans le précédent numéro, mais aussi et surtout, l’envie de produire et promouvoir une scène venue de Metz et ses environs. Le studio, né pour répondre aux besoins des rockers, permet avant tout de concevoir leurs albums à moindre frais. Mais ils s’appliquent à développer un réseau autour d’eux, permettant de donner un coup de pouce aux artistes qui montent dans la région. « On fonctionne au coup de cœur ! » explique Eric, patron du lieu. « Si un artiste nous plaît, on va faire en sorte de le produire et on lui fera simplement payer l’électricité ! » Dans une vallée industriellement laissée à l’abandon, la volonté d’Exchange est de concurrencer la scène nordiste, emmenée notamment par Skip the Use ou Shaka Ponk et de faire émerger un véritable vivier du rock dans notre région.   Pour le staff, la démarche de production, assurée par Olivier Sosin, est donc avant tout une démarche artistique. Le studio cherche à créer un « son Exchange », dicté par les envies de ses membres et une manière de masteriser les albums qui lui est propre, influen-

Photos : Ugo Schimizzi

cée notamment par le son chaud des seventies et un matériel analogique. « On n’a rien inventé. » explique Eric. « On n’a fait qu’appliquer les recettes que nos maîtres nous ont appris ! » Ces maîtres spirituels ne sont autres que Deep Purple ou Led Zeppelin, autant de légendes dont le son perdure jusqu’à aujourd’hui. à l’opposé du son Exchange, il y a le son metal, trop propre, trop précis, manquant de chaleur « De temps en temps, on va laisser des pains sur les albums, ça sonne plus vrai ! » Parmi les artistes ayant eu la chance d’être produits jusqu’ici, on citera notamment Insane, Mell Turbo, mais aussi Tony Nephtali ou R.I.C.   Bien que le studio reste essentiellement lié à ses fondateurs, qui en ont également fait leur local de répétition et évidemment le lieu de gestation de leur futures galettes, des changements sont programmés ces prochains mois. Il est notamment question d’installer rapidement d’autres salles de répétition aux alentours, pour permettre aux groupes en mal de matériel de s’exercer et, qui sait, peut-être un jour prendre eux aussi le chemin des studios. D’ailleurs, si Exchange Revolution Records est aujourd’hui rentable, il ne réalise pas pour autant de bénéfices, la créativité prenant volontairement le pas sur la quantité.

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chronique

par mickaël fr

entre est et ouest

omeyer

Peu après la première partie de Serj Tankian en octobre dernier, l’Hexagone a pu revivre le 17 mars à La Maroquinerie (Paris) une expérience mêlant la vivacité d’une musique aux airs tsiganes à des rythmiques metal agitées : Viza était de retour en France.   Le groupe, originaire de New York et établi actuellement à Los Angeles, a l’avantage de distiller des mélodies aux origines aussi variées que ses membres, comprenant entre autres K’noup au chant, Andrew à l’oud ou encore Orbel à la guitare. Très proche de son public, ce dernier - comme, du reste, l’ensemble du groupe - nous a certifié que tous avaient leur passeport, une blague récurrente dans la plupart de leurs interviews. Il est d’ailleurs intéressant de voir la forte motivation des musiciens, qui gagnent chaque jour en notoriété, dans une ville regroupant tant de géants du rock et du metal. Comme le dit Orbel, « Quand on est le petit poisson dans le grand lac, on est obligé de tout donner. »   Dans une Maroquinerie pleine à craquer, Viza est allé jusqu’à brandir une banderole « France, second home of Viza » aussitôt acclamée par un public plus que réceptif. Carnivalia, Whiskey Bar, Mona Lisa ou encore Breakout the Violins se chargèrent d’unir le groupe aux Français présents au cours de cette soirée dantesque. Exténué après une tournée marathon en Europe mais sous les acclamations, Viza ne manqua pas de s’offrir un généreux bain de foule, savourant l’impatience latente dans le public quant à leur prochain passage. > Viza, Carnivalia, 2012 / Graviton

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Illustration : Guillaume Hann


découpage

Pour ce quatrième numéro, c'est la grande Aretha Franklin que nous avons choisie pour compléter votre collection de personnages à découper made in Karma. Amusez-vous à lui donner le style que vous voulez !

Illustration : Laure Fatus

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chronique

quand télémaque attaque Quand Télémaque attaque, il embarque et plaque sur le papier et le son, confrérie de moments attentifs, cruels et affutés. Criblés de rimes, trempés dans l’art de la crise de nerfs, ses vers foncent, ruissellent et persévèrent, faisant de l’auteur un poète d’un temps présent, vivant et passionnant.   L’Amour Ordinaire, un album d’amitié et d’inimité, d’acuité et de fidélité : à un producteur de son, Cadillac. Une région,

la Lorraine. Un collectif, la Géométrie Variable, le sien. Année du décollage pour Télémaque, de passage sur la place de la République, freestyle radiophonique, assimilation de concerts et festivals, la caution d’un succès à venir.   Su r pi ste , dér apa ge s orga n i s é s , rythmiques calibrées, ambition des grands et fraîcheur d’un nouvel arrivé, décalé, évadé, rouleau compresseur à vitesse sonique. Télémaque, plus haut, plus fort, fait de la musique son arme, violence affutée, travaillée, à réécouter jusqu’à percuter violemment Le Goût du Coca Sans Bulle.

L e nu méro 4 du Maga zine Ka rma est tiré à 2 5 00 exemplaires sur papier Satimat Green, contenant 60% de fibres recyclées. Il est imprimé à Florange, par l’Imprimerie Verte L’Huillier. Le Magazine Karma tient à remercier les Trinitaires à Metz et le festival Hors Format, ainsi que les différentes salles partenaires et lieux de diffusion.

La diffusion du magazine est assurée par l’équipe et par Julien Siffert, diffuseur : julien.siffert@gmail.com 07 87 77 79 47 Retrouvez la liste des points de diffusion sur notre site, à l’adresse : www.magazine-karma.fr/partenaires ou directement via le QR Code ci-dessous

> Télémaque, L’Amour Ordinaire, 2013 / La Géométrie Variable

Le Magazine Karma bénéficie du soutien du programme Envie d’Agir, de la DDCS Moselle et de la Ville de Metz.

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Photo : Matthieu Henkinet


le magazine fĂŞte son premier anniversaire dans le prochain numĂŠro


LA LORRAINE, RéGION MUSICALE

Avec les CRéDIT MUTUEL de YUTZ et FLORANGE

Numéro 4 - Magazine Karma  

Le Magazine Karma est à la fois un magazine papier (sortie du numéro 1 en septembre 2012 - 44 pages, gratuit, tiré à 2500 exemplaires sur pa...

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