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Le M2 à Heidelberg comme si vous y étiez Henri IV : des tribulations d’une tête royale Etude sociologique : homosexualité et graffitis Tractions, une nouvelle association dans nos murs Tour d’horizon du marché de l’art helvétique Restauration patrimoniale : quel idéal ? Les dieux grecs à l'écran, histoire d'une success story Le récent succès de chefs d'œuvres tels que Percy Jackson et Le Choc des Titans fait espérer aux nostalgiques de l'âge d'or hollywoodien le retour d'un des genres majeurs de la grande époque du Cinémascope, le film mythologique antique. Filles dénudées, héros huileux et transpirants, intrigues improbables... La mythologie grecque contient tout ce que le cinéma hollywoodien recherche. Elle se compose en effet d'une multitude de récits autonomes mais liés entre eux et composant une mosaïque épique époustouflante. Tous les motifs des récits d'aventure y sont présents, des drames familiaux aux vengeances en passant par les quêtes expiatoires, les rebellions ou encore l'ambition personnelle pour ne citer que les principaux. Sur ces trames dramatiques variées se greffe un réseau de personnages dignes des Feux de l'Amour avec Zeus et ses rejetons en avatars olympiens de la famille Newmann. Enfants cachés, polygamie en-veux-tuen-voilà, générations qui se croisent et se déchirent, rivalités entre frères, complots visant au renversement de l'ordre établi... Le soap opéra n'a rien inventé, les Grecs si. Vu sous cette angle, il paraît logique qu'Homère et Ovide aient connu une si grande fortune au cinéma. L'entertainment hollywoodien, qui

permet aux masses d'oublier joyeusement leur enfer quotidien dans un déluge de sentiments et de rêve calibré, ne pouvait en effet passer à côté de cette poule aux œufs d'or, de cette source d'inspiration intarissable. Cependant, dans un premier temps, le cinéma américain s'est concentré sur des récits bibliques et purement histo-

riques. Rome, la Palestine et l'Égypte ont été les premiers terrains de jeux préférés des producteurs hollywoodiens ; Moïse, Jésus, Samson, Néron, Cléopâtre et César, leurs figures de prédilection. Hollywood ignorait royalement la patrie d'Homère. (Suite page 24…)


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EDITO

E la nave va...

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uelques pages du neuvième numéro de Louvr'boîte pourraient bien faire tressaillir les âmes pudibondes. « Tu vas couler le journal », tel est l’avertissement funeste qu’une âme inquiète a proféré au docteur EDLove. Ce dernier est l’auteur de l’article « Une spé, un fantasme » (p28) qui a fait débat au sein de la rédaction. Censure ? Pas censure ? Il est clair que nous ne sommes pas toujours du même avis. Ce texte est-il TROP cru ? Celui-ci TROP agressif ? Celui-là TROP private joke ? Les discussions vont bon train. Obligés de combiner avec la frilosité des uns et l’impétuosité des autres, nous devons parfois multiplier les réunions afin de débattre de la ligne éditoriale de notre feuille de choux qui évolue au grès de participations, de plus en plus nombreuses. S’il est nécessaire de savoir poser des limites, il est primordial de laisser la parole à la créativité (bravo à l’association Tractions (p5)). Si nous refusons de balayer les réticences d’un revers de main, nous ne voulons pas pour autant sombrer dans une autocensure craignant l’épée de Damoclès. « Que dirait l’administration ? ». L’administration nous lit (toujours), nous soutient (souvent), nous reprend (parfois), et si elle n’a jamais réclamé de relire notre copie avant parution, c’est parce que nous espérons qu’elle nous fait confiance et trouve à notre petite entreprise son utilité. Un outil de dialogue en somme. La direction de Louvr'boîte s’accroche au dessein qu’elle s’est fixée au fil des numéros : être une tribune libre pour

La rédaction ne pense pas qu’à la Bagatelle...

tous les étudiants de l’école. Elle reste persuadée que les élucubrations peuvent être dites avec humour ET sérieux. Un article sur les graffitis dans les toilettes (p14) prouve qu’il est possible de faire d’un sujet trivial un fascinant mini mémoire d’anthropologie. Et quand ce texte côtoie un appel à la sauvegarde du cabinet des médailles (p13), cela montre que les élèves ont plus d’une corde à leur arc. Francis Cabrel, qui se trompe rarement, le dit bien : « C’est une question d’équilibre. » Notre vaisseau restera solide tant qu’il y aura des matelots désireux de s’exprimer pour tenir le cap et une boussole pour les aiguiller : le sentiment de responsabilité qu’implique la chance qui est la notre de posséder une petite tribune. Nous attendons vos avis et articles qui seront autant de remous à même d’emmener Louvr'boîte vers d’autres rives l’année prochaine. Car le journal compte bien remettre le couvert en 2011-2012 malgré le (ou fort du) départ des derniers membres fondateurs encore actifs en son sein. N’hésitez pas à nous rejoindre. En attendant, nous espérons que le naufrage annoncé par l’âme inquiète des premières lignes n’aura pas lieu, que nous pourrons conserver notre rythme de parution de croisière et accoucher d’un dixième numéro à la fin de l’année scolaire. Pour en être, rendez-vous sur journaledl@gmail.com ! Margot Boutges

© Mathieu Lacote & Sébastien Passot


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ACTU BDE

Pour vous requinquer… Le temps maussade, les examens qui approchent, la fatigue, une année sans vacances à la neige, les kilos des fêtes qu'on ne reperd pas. Vous souffrez d'un de ces maux ? Le BDE a la solution et vous a concocter un petit programme pour palier aux tracas de l'hiver.

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our les ermites et les migrants venus de Jupiter ainsi que pour les rares Edliens ayant échappé à notre campagne de matraquage, la prochaine soirée du BDE et la dernière avant le gala aura lieu jeudi 17 février sur une péniche, le Nix Nox, près de la bibliothèque François Mitterrand. Et ce n'est rien de moins qu'un bal masqué ! Sortez les loups, les plumes et les paillettes et laissez-vous emporter ! Places en vente au BDD et à la borne Aile de Flore de midi à 14h 10 euros adhérent 13 euros non-adhérent (une conso incluse)

gent. Pour ceux qui auraient raté la première (honte à vous) et qui voudraient plus d'infos sur la suivante, c'est juste à côté, page suivante. Jeudi 3 mars, de 16h à 18h, amphi Goya

Les visites VIP continuent avec une parcours sur le thème de l'érotisme au Louvre et à Orsay. Il s'agit de deux visites en nocturnes, conduites par Laurence Tardy dans les collections permanentes, à la découverte des trésors sensuels des deux musées. La visite est organisée par Polychrome, le club LGBT de l'école. 25 février à 18h30 au Louvre 3 mars à 18h à Orsay Réservé aux adhérents de Polychrome et du BDE. Inscription par mail et au bureau.

Et puis bien sur, tous nos habituels : la chorale, le club-jeux toutes les semaines, Polychrome qui vous prépare d'autres visites et sorties... Si vous avez des questions sur une de ces activités, n'hésitez pas à nous contacter via notre mail, bdeedl@hotmail.fr, sur notre charmante page Facebook ou en passant nous voir, tous les jours entre 10h et 16h (Aile de Flore, à côté de la salle Cécile Guettard).

A côté de tous ces évènements, nous travaillons à l'organisation du gala de fin d'année. Tous les détails, la date, le programme et autres seront très bientôt communiqués. Par ailleurs, si vous souhaitez rejoindre l'équipe, pour préparer ou pour participer directement à l'évènement, envoyeznous un petit mail !

A vos agendas ! Anaïs Raynaud

Patient et persévérant, le Cinéclub remet le couvert en février pour une séance qui fera remonter le moral de tous ceux pour qui les jours gris et le vent glacial sont une punition. Le 23 février en effet, retrouvez-nous à 18h dans l'amphi Michel-Ange pour assister à la projection du Roi et l'Oiseau de Paul Grimault et Jacques Prévert. Petit bijou d'animation, trésor de poésie et de beauté, les mots nous manquent pour décrire ce chef d'œuvre du dessin animé. L'occasion de le découvrir ou simplement de retomber en enfance. Place en vente à partir du 16 février 3 euros adhérent 4 euros non-adhérent Le 3 mars, Deb'art remet le couvert en vous proposant une deuxième conférence-débat autour des questions de politique culturelle. C'est gratuit, ouvert à tous et ça rend intelli-

Le bal masqué, dernière escale avant le gala


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CLUBS & ASSOCIATIONS

Club Déb'Art : Cafés philo, conférences, débats…

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eut-être ne le saviez-vous pas, mais jeudi 3 février s'est tenue la première séance de l'année 2011 du club Deb'Art. Pour ce retour après quelques mois d'absence, nous avons abordé le thème de la gratuité des musées en présence de Claude Fourteau, ancienne directrice du service des publics du Centre Pompidou et ancienne directrice adjointe de celui du Louvre, qui a mené une vaste enquête sur les effets de la gratuité lors des premiers dimanche du mois au musée du Louvre. Était également présent JeanMichel Tobelem, professeur de l'École et directeur d'Option Culture, tous deux défenseurs de la gratuité dans les musées et avec qui nous avons pu pendant deux heures discuter de la question. Profitons de ce nouveau numéro de Louvr'boîte pour vous résumer les positions actuelles sur ce sujet sensible dont nous avons débattu avec les élèves présents. Bien que la gratuité des musées relève en grande partie de la conviction personnelle, le débat à son sujet est permis et même plus que souhaité. Nous ne sommes d'ailleurs pas les premiers à nous pencher dessus puisque depuis les années 2000, de plus en plus de politiques tarifaires tendent à retourner à la gratuité, plus ou moins totale selon les cas. Le premier grand musée à s'y atteler fut notre cher Louvre, sous la pression du gouvernement de l'époque, ce qui déboucha sur les célèbres dimanches gratuits dont les résultats furent, on peut le dire, inattendus. En 2004, c'est au tour de Paris d'ouvrir gratuitement l'ensemble de ses collections permanentes au public avant que de nombreuses villes ne suivent. Néanmoins, nous sommes encore bien loin d'une généralisation de la gratuité

et de nombreuses villes et institutions en reviennent, nous avons eu l'occasion de citer Caen, Beaubourg ou encore Nantes dont le maire PS, M. Jean -Marc Ayrault, nous a fait le plaisir de nous exposer sa position quant à la gratuité à travers une lettre. Le champ de bataille sur lequel s'affrontent partisans et détracteurs de la gratuité voit revenir en permanence les mêmes arguments et s'il serait trop long de les détailler. En faire un bref résumé vous aidera peut-être à vous faire votre propre opinion sur la question, si celle-ci n'est déjà tranchée. Commençons tout d'abord par l'un des grands arguments des partisans de la gratuité : puisque chacun d'entre nous paie à travers ses impôts le fonctionnement des musées, ceux-ci devraient être gratuits. En effet, la majorité des établissements culturels fonctionnent en grande partie (53% du budget du Louvre en 2003) grâce aux subventions des différentes administrations et collectivités, tirées de nos impôts. Gardons cependant en tête que pour les musées attirant la majeure partie des visiteurs (le Louvre, Orsay…), nombre d'entre eux ne sont pas français : 60% d'étrangers constituent le public du Louvre et 80% pour Orsay ! Alors pourquoi donc nos impôts iraient-ils financer la visite des groupes de Japonais ? Qui plus est, lorsque les musées sont gratuits et nous le voyons lors des dimanches gratuits où la fréquentation du Louvre double quasiment (en terme de répartition des visiteurs, on note +20 % de Français et -20 % d'étrangers), les conditions de visite sont épouvantables. Sur ce point, Mme Fourteau a pu nous éclairer cependant en nous indiquant que les primo-visiteurs, ceux qui ne viennent jamais voire qui ne sont jamais venus

dans un musée, recherchent au contraire cette foule car elle leur permet de se noyer dans la masse afin de cacher leur appréhension du lieu : ce jour-là, ils sont comme tout le monde et n'ont pas honte de n'avoir jamais mis les pieds au Louvre. Et plus ils se sentent à l'aise, plus ils auront envie de revenir. Voici donc quelques arguments que nous avons développés. Mais, comme nous l'a confié M. Tobelem, la gratuité n'est qu'un maillon dans la chaîne de la démocratisation culturelle. En effet, nombre de personnes n'ont pas connaissance de celle-ci pour les jeunes de moins de 26 ans, lors des premiers dimanche du mois, etc. Il convient donc de commencer par communiquer sur les mesures prises avant de les juger inefficaces. En effet, un musée peut être gratuit, mais si personne ne le sait et si ceux qui sont au courant savent également qu'il s'agit d'un musée ennuyeux, froid ou inaccessible en transport, sa fréquentation n'augmentera pas pour autant. Profitons-en également pour vous annoncer la prochaine séance du club Deb'Art, qui aura lieu le jeudi 3 mars de 16 à 18h à l'amphithéâtre Goya et où nous aborderons la Culture vue par les partis politiques français à l'occasion des cantonales en présence de Didier Rykner, rédacteur en chef de la Tribune de l'art (lire son interview dans le dernier numéro de Louvr'boîte) et où nous espérons la présence d’autres invités dont nous espérons pouvoir vous révéler l’identité prochainement. Karl Pineau


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Tractions, une nouveauté au sein de l’EDL

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algré la qualité et la démarche exhaustive de son enseignement, il manquait encore à l’Ecole du Louvre une dimension importante : le cheminement vers le savoir artistique au travers de sa pratique même. Jusqu’à présent, rien n’avait été fait en ce sens. C’est sur la base de cette constatation que s’est formé Tractions, groupe de création contemporaine, sous la coupe du Bureau des Elèves. Son ambition est à la fois simple et double : mettre en place une structure malléable à même de soutenir les projets artistiques d’élèves de l’école, et participer à leur diffusion dans le monde de l’art. Si Tractions est actuellement géré par ses deux fondateurs, il est bien moins un groupe fermé qu’un outil à la disposition de toute idée désirant s’épanouir. Ici pas de décision, pas de jugement. Le groupe devient pluriel, polymorphe et adaptable : il est le reflet de la volonté de chacun et ne prend que l’apparence que ses acteurs lui prêtent. Le fonctionnement repose sur le principe d’un noyau central, autour duquel viennent se greffer des projets variables dans leur nature, leur nombre ou leur importance. Concrètement, Tractions est là pour encourager la création sous tout médium : peinture, sculpture, photographie, vidéo, installation, performances, mais aussi graphisme, musique expérimentale, courts métrages. C’est aussi un lieu d’échange, de discussion, l’occasion de faire ses premières armes en menant à terme des projets d’expositions ou de parutions.

Que vous soyez artiste ou simple rêveur, journaliste dans l’âme ou que la fibre d’un commissaire d’exposition vous habite, n’hésitez pas à vous joindre à cette grande aventure. Ici, la notion d’engagement n’a que la valeur que vous voudrez lui donner : meneur de projet ou simple animateur de débats, trouveur d’idée ou manuel avide de pratique. Quand au terme d’artiste, il désigne toute personne désireuse de s’exprimer, sans distinction de qualité ou de passif. Tractions s’adresse à tous. N’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos projets, idées, soutiens. Si vous avez des locaux ou des contacts à mettre à notre disposition, vous pouvez, pour cela comme pour le reste, le faire sur tractionsedl@gmail.com - http://sites.google.com/site/ edltractions . Rejoignez nous aussi sur Facebook pour vous tenir informé des réunions à venir. Thomas Martin

Etat d’esprit(s)

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’art serait-il devenu le domaine des seuls professionnels du trait ou de l’ignorance ? Quand règnent les écoles d’art, ou que se multiplient les adeptes de l’art brut, que deviennent les historiens d’art ? Des penseurs muselés, gratteurs de papier censurés, empêchés de frotter toile, pierre ou argentique ? Il faut croire que la connaissance est jugée incompatible avec des mots tels que clairvoyance, sincérité, création… Quel principe supérieur invoquer, qui puisse réduire ainsi ceux qui savent au rang de simples suiveurs appliqués, si ce n’est le terrible idéal de l’artiste maudit, qui s’abandonne au torrent de la fougue créatrice la plus incontrôlée… Il est temps de faire le pas. Savoir, analyse et réflexion ne doivent pas être synonymes de platitude. L’imagination n’a jamais été desservie par la connaissance, au contraire la lucide conscience de soi qu’elle implique serait plutôt de nature à favoriser la libération de la nouveauté. Brisons-la avec les clichés faisant de l’artiste un être transcendé et de l’historien d’art un plasticien mortné, puisque nourri de trop de Culture pour pouvoir lui apporter sa propre contribution. L’Histoire parle d’elle-même, nous montre de manière flagrante l’érudition de ses grands héros artistiques ; plus encore : leur extrême lucidité et leur compréhension aiguë de l’évolution de la création et des démarches de leurs pairs. Il est temps de démontrer que le mouvement peut s’inverser, que l’historien peut se muer en créateur, à l’instar de ces plasticiens savants, qui savent puiser dans l’observation de l’œuvre de leurs prédécesseurs un regard neuf sur leur propre travail. Evidences que tout ceci ? Alors pourquoi ne parle-t-on pas des artistes savants, des créateurs libres qui se cachent parmi les élèves de l’Ecole du Louvre ? Reconnus pour leur savoir, souvent pour la pertinence de leurs analyses, on leur confie


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CLUBS & ASSOCIATIONS les plus hauts postes de nos institutions culturelles, sans se douter qu’ils pourraient tout autant apporter leur propre pierre à cet édifice. Triste état de fait. Ainsi nous, les artistes élèves de l’Ecole du Louvre, nous déclarons nécessaire la mise en place d’une structure regroupant les différents praticiens de chaque médium, ayant pour but la dif-

fusion et la mise à critique des productions de ses membres. Artistes nous prétendons être : laissons s’exprimer notre travail ; le travail de passionnés, d’amoureux de l’art qui ne souhaitent que mieux, par leur double approche, questionner sa nature même. Thomas Martin Introspection par Thomas Martin (photo retouchée)

Autour de l’être, une exposition à venir la scène parisienne. Intéressé par le commissariat d’exposition, nous avons décidé de mener un projet permettant aux artistes de l’Ecole de montrer leurs œuvres, autour d’un sujet commun. Profitant tout à la fois d’un nombre d’artistes conséquent, de l’aide de Tractions, fortement soutenu par le BDE, et du nom même de l’établissement, nous avons prospecté à la recherche d’une salle pour une première manifestation. Le dossier s’est monté autour d’une thématique assez large et pourtant cohérente : la notion de l’être, dans son image, sa Sans titre par Pierre Fourmeau (peinture) négation et son rapport à our que Tractions dispose l’autre. Parler du rapport de l’artiste à des bases nécessaires à son son semblable, comme à lui-même, épanouissement, il lui fallait nous à semblé tout particulièrement manifester son existence sur pertinent dans le cadre d’une première

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manifestation de groupe. Notre travail actuel consiste à nous immerger dans la sphère créatrice des artistes qui sont venus vers nous, afin de pratiquer une sélection parmi leurs œuvres, et conserver la solidité du projet initial. Nous sommes par ailleurs toujours à la recherche de nouveaux participants pour étoffer notre propos. Peinture, sculpture, installations, performance, vidéo, photographie, dessin… La multiplicité des médiums déjà pris en compte renforce notre démarche exploratoire au sein de l’être créé ou créateur. Plus concrètement, le projet est actuellement soutenu auprès de la Maison des Initiatives Etudiantes, 50 rue de Tournelle, à coté de la place des Vosges. Il s’agit d’une surface de 70 m2, en deux pièces et un espace d’accueil. Crochets, cimaises de qualité, spots directionnels, le lieu propose de très belles conditions d’exposition. Galadrielle Lesage et Florence Dauly


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ACTU EXPO

MONDRIAN / DE STIJL à Beaubourg Une façon ludique de se souvenir pourquoi, entre Dürer et Goya, il y a bel et bien une salle Mondrian à l'Ecole du Louvre.

Palliant au danger de la monographie de n’être qu’un catalogue d’œuvres sans réel propos, l’exposition prend le parti de réinsérer Piet Mondrian dans son contexte artistique, celui de la naissance du mouvement néo-plasticiste et de la revue hollandaise De Stijl (« le Style »). Elle s’organise autour de trois espaces thématico-chronologiques : De Stijl première période, Mondrian et De Stijl deuxième période. Ces espaces permettent d’appréhender véritablement l’évolution du mouvement, et de l’œuvre de l’artiste en parallèle (et oui, n’en déplaise aux EDLiens sceptiques, Mondrian est un artiste, et il y a une évolution dans son œuvre !). Au delà des quadrillages bien connus, que l'on a tous un jour ou l'autre reproduit sur nos brouillons d'examens à coups de stylo 4 couleurs, il est intéressant de découvrir les débuts de Mondrian, ses influences symbolistes, impressionnistes, sa découverte du cubisme et l'introduction de l'abstraction dans son œuvre. On redécouvre également la place du précurseur Theo Van Doesburg dans la formation du style "Mondrian" à travers, entre autre, une très belle salle de vitraux rétroéclairés via des plaques de néon enchâssées dans les cloisons. Les photophiles pourront se consoler de la fin de l'exposition André Kertesz au Jeu de Paume en admirant des tirages des clichés les plus célèbres du photographe dans l'atelier de l'artiste, 26 rue du Départ, dans le quartier de Montparnasse. Un des temps forts de la visite est d'ailleurs la reconstitution de cet atelier mythique, véritable laboratoire et finalement œuvre de Mondrian presque au même titre que ses toiles. Une critique tout de même, la contamination de l'espace par les tuyaux des plafonds de Pompidou, à cause d'une regrettable absence de couvrement - mais c'est chipoter.

La seconde partie consacrée à De Stijl - quoique ne disposant pas, de par les domaines techniques qu'elle aborde, de la même universalité que le travail de toiles de Mondrian -, a le mérite de faire (re) découvrir les applications des principes néo-plasticistes de De Stijl au design (le mobilier de Gerrit Rietveld), à l'architecture (maquettes, croquis, plans de Van Doesburg, J.J.P. Oud, Rietveld, Mies Van Der Rohe) et à l'urbanisme (Kiesler). Un soin particulier est apporté, comme souvent au centre Pompidou, à la scénographie qui s'applique à rendre ludique les barbaries axonométrico-néoplasticistes des dernières salles. Une restitution d'un espace (parfaitement anxiogène - avec plafond cette fois-ci -) permet d'appréhender de façon physique les recherches formelles et spatiales de l'architecte Vilmos Huszar. Enfin, la dernière salle propose un film expérimental de "néoplasticisme vidéo" de Hans Richter - que les mauvaises langues, épuisées par la densité et la longueur (comme toujours) de l'exposition, se plairont à comparer avec un économiseur d'écran Windows - ; et une reconstitution de l'installation de Frederick Kiesler pour l'exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925, la Cité dans l'Espace.

© Ellywa—Creative Commons

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Il n'y avait plus de place en Europe pour les petits losanges maniaques de M. Mondrian. » Ainsi parlait Salvador Dali des effets de la projection, à Paris en 1929, du film Un Chien Andalou, co-réalisé avec Luis Buñuel et véritable manifeste du Surréalisme. Le temps a trop longtemps donné raison à l'excentrique espagnol, mais voilà Mondrian vengé de ces décennies de brimades, de sous-estimation et de négligence dans les cours de spé XXe siècle. Le Centre Pompidou lui consacre la première exposition monographique à Paris depuis 1969.

Et après, c’est fini, promis (ou ‘’dommage‘’, si comme moi, vous êtes un vingtièmiste dans l'âme). Vous pouvez retourner au Louvre, vous laver les yeux au collyre avec la rétrospective Cranach au musée du Luxembourg. Comme le disait Van Doesburg à Kiesler en voyant sa Cité dans l’Espace : « vous avez réussi. ». Thaïs Arias Informations Pratiques: Mondrian / De Stijl 1er décembre 2010 - 21 mars 2011 11h00 - 21h00 Centre Pompidou (4ème) Métro Rambuteau


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ACTUALITÉ

Tribulations d’une tête royale Décembre 2010, la rumeur enfle et atteint les couloirs de l’Ecole du Louvre. On aurait identifié la tête d’Henri IV ! Retour sur cette saga historique et médico-légale.

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e Roi a perdu sa tête !

Le début de cette histoire est connu de tous. Le 14 mai 1610, au lendemain du couronnement de la reine Marie de Médicis à Saint-Denis, Henri IV se rend au chevet de son ministre Sully, souffrant. Dans l’étroite rue de la Ferronnerie, encombrée d’échoppes, l’escorte est obligée de guider les portières. François Ravaillac, que l’Histoire présente comme un fanatique catholique, en profite pour s’approcher et frappe Henri IV à trois reprises. Ce dix-huitième attentat est fatal pour le roi qui décède sur le chemin du retour au Louvre. Son corps reçoit les égards habituels dus aux rois de France : toilette, autopsie, réalisation d’un masque mortuaire, embaumement, etc. Les entrailles du roi, déposées dans un vase, sont emportées à Saint-Denis alors que son cœur est placé dans une urne de plomb enchâssée dans un reliquaire d’argent en forme de cœur et transporté, selon son désir, au collège jésuite de La Flèche. Pendant près de quarante jours, une effigie en cire à son image est nourrie, nettoyée, habillée, couchée alors que la bière du bon roi Henri IV est transportée à partir du 10 juin dans la salle des Caryatides pour y être exposée sur un « lit d’honneur ». Cette tradition des « deux corps du roi », théorisée dès la fin du Moyen-âge et dont Henri IV sera le dernier exemple, assure la continuité symbolique du pouvoir royal, en l’attente du couronnement de son successeur. De là vient notamment la scansion lors des funérailles royales du célèbre « Le Roi est mort ! Vive le Roi ! ». D’un point de vue histoire de l’art, il est également intéressant de noter que l’effigie de cire d’Henri IV est la seule à nous être parvenue. Elle est actuellement conservée au Musée Condé de Chantilly (OA 1277). Le « bon roi Henri » est finalement inhumé le 1er juillet au sein de la nécropole royale de Saint-Denis. Pour y reposer en paix ? Rien n’est moins sûr, puisqu’en 1793, les forces révolutionnaires investissent l’abbatiale, sur ordre de la Convention. Officiellement pour récupérer les cercueils en plomb des monarques, pour fabriquer ces munitions que l’Histoire gardera en mémoire comme les « balles patriotes ». Henri IV, le premier, est exhumé le 12 octobre. De cette période sombre de la jeune République, nous conservons quelques récits. La momie du souverain, en partie dépouillée de ses bandelettes, est exposée à la verticale, contre un mur de l’abbatiale. Pendant près de trois jours, curieux et

badauds défilent devant le corps, lui marquant tour à tour mépris et respect. Un soldat découpe la moustache d’Henri IV en guise de talisman, une femme gifle la momie alors qu’une autre lui crache à la figure. Finalement, un homme, d’un coup d’épée, finit par la décapiter. Drôle de petit théâtre que cette basilique où se crée un véritable marché des reliques royales. On sait qu’un pouce du roi, actuellement conservé à Pontoise, est également prélevé en même temps que des mèches de cheveux et qu’un deuxième masque mortuaire est réalisé. Pour mettre fin au pillage, décision est prise le 14 octobre de jeter les restes royaux dans deux fosses communes creusées à quelques mètres seulement de l’abbatiale, l’une pour les Valois, l’autre pour les Bourbons. Notre histoire reprend en 1817 quand, avec la restauration de la monarchie, Louis XVIII ordonne l’ouverture des charniers afin d’offrir une sépulture décente aux corps des rois et des reines de France, dans l’ossuaire qu’on leur connaît aujourd’hui dans la crypte de la basilique. Dans le fond de la fosse des Valois, où Henri IV, Louis XII et Louis XIV ont été jetés les premiers, le procès-verbal d’extraction établit la présence de trois corps acéphales parmi les restes épars. A partir de là, les traces de la tête se font plus incertaines. Une hypothèse voudrait qu’Alexandre Lenoir, lui-même, ait récupéré la tête d’Henri IV, organisant au profit de son statut de conservateur du dépôt des Petits-Augustins, un petit trafic des reliques royales. En 1919, Joseph Emile Bourdais, brocanteur à Montmartre, acquiert une tête momifiée à l’Hôtel Drouot pour la somme de 3 francs. Graduellement, il en vient à la conclusion qu’il est en possession de la tête d’Henri IV et l’expose dans sa boutique de Montmartre, à un franc l’entrée (joli retour sur investissement n’est-ce pas ?). En 1947, il meurt sans avoir réussi à confirmer ses intuitions. En 1955, sa sœur, héritière de la tête, décède à son tour. Avec elle disparait la trace de la relique royale.

Le début d’une longue enquête A l’approche du 400ème anniversaire de la mort d’Henri IV, deux journalistes, Pierre Belet et Stéphane Gabet, décident de se lancer sur sa trace. Ils ne sont pas totalement étrangers aux enquêtes historiques puisqu’ils travaillent pour l’agence Galaxie Presse, qui fournit films documentaires et reportages pour des émissions comme « Des racines et des ailes » (France 3), « Zone interdite » (M6) ou bien encore


9 « Secrets d’Histoire » (France 2). Durant leurs investigations, en 2008, ils interviewent Jean-Pierre Babelon, ancien élève de l’Ecole des Chartres et de l’Ecole du Louvre, académicien, historien et biographe reconnu d’Henri IV. Au détour de la conversation, il mentionne une lettre envoyée quelques temps plus tôt par un « vieux monsieur », curieux d’obtenir des informations sur le devenir de la tête du « bon roy ». Heureux hasard que la conservation de cette lettre, perdue pendant des années dans le fatras des papiers d’un historien-archiviste qui conservait tout. L’adresse mentionnée sur la lettre les met sur la voie d’un certain Jacques Bellanger, paisible retraité de 84 ans à l’époque. Intuition gagnante puisqu’après près d’un an de sollicitations, le vieil homme leur avoue posséder une tête momifiée, soigneusement conservée dans son grenier. Achetée en 1955 à la sœur de Joseph Emile Bourdais, elle reposait dans une petite caisse de bois portant le nom du brocanteur et décoré par ce dernier d’une médaille militaire. Alors qu’il n’avait même jamais révélé la présence chez lui de cette tête à ses enfants, en janvier 2010, il la confie aux journalistes afin de rendre une identité à cette relique anonyme.

L’originalité de la démarche pathographique Pour mener à bien l’expertise scientifique, Stéphane Gabet et Pierre Belet font appel au Dr Philippe Charlier. Médecin légiste et anatomopathologiste à l’Hôpital Universitaire de Garches, il a mené en parallèle de ses études de médecine une thèse en Sciences Historiques et Philologiques à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il met ses connaissances pluridisciplinaires au service de la paléopathologie (étude des restes humains anciens d’un point de vue médical). Se faisant une spécialité de la pathographie (confrontation de ces analyses médicales avec les sources historiques), il se fait connaître du grand public en en étudiant les restes d’Agnès Sorel ou encore les restes présumés de Jeanne d’Arc, conservés à Chinon. C’est autour de lui que va se former une équipe pluridisciplinaire pour expertiser la tête du « Vert-Galant ». Bénévolement et pendant près de six mois, généticiens, radiologistes, toxicologues, anthropologues, palynologistes vont travailler de concert. L’article « Multidisciplinary medical

identification of a french king’s head (Henri IV) », publié le 14 décembre 2010 sur le site internet du Bristish Medical Journal présente les conclusions finales de l’équipe. Faisons donc un petit tour d’horizon des principaux arguments avancés : − le bon état de conservation de la tête : dû à un embaumement de qualité, il lie son propriétaire à une haute classe de la société ; − une arthrose vertébrale, une cataracte et de nombreuses pertes dentaires ante-mortem, compatibles avec l’âge au décès (56 ans) et l’état de santé connu d’Henri IV ; − la coloration rousse et blanche des cheveux, attestée par examen microscopique pour supprimer l’effet de la teinture post-mortem (par les jus de décomposition et le plomb notamment) ; − la présence d’un naevus (lésion bénigne de type grain de beauté) sur l’aile droite du nez, attestée sur des représentations comme l’Henri IV de Barthélémy Tremblay conservé au château de Pau ; − le lobe de l’oreille droite percée : rarement représentée, Henri IV aurait porté une boucle d’oreille conformément à une mode en usage à la cour des Valois ; − la présence d’un ostéome post-traumatique au niveau du maxillaire supérieur gauche : cicatrice osseuse, elle est ici imputable à un attentat manqué par Jean Chastel en 1594 sur Henri IV, qui est touché d’un coup de dague à la lèvre et perd à l’occasion deux dents ; − des traces métalliques sur les vertèbres, au niveau de la section du cou, compatibles avec la décapitation par arme blanche ; − des traces de plâtre, uniquement situées sur le devant de la tête, assimilables aux restes des trois masques mortuaires réalisés (en 1610, 1793 et par Joseph Emile Bourdais). On retrouve également des traces de paraffine, dues à la réalisation de l’effigie de cire. − une datation au carbone 14 entre 1450 et 1650 ; − l’identification de la signature isotopique du plomb du cercueil, similaire pour la tête aux autres restes supposés d’Henri IV conservés (pouce, prothèse dentaire, cheveux…).

Des résultats plus controversés Loin d’être admis à l’unanimité, certains résultats ont, quant à eux, porté à débat. Au premier rang de ceux-ci, l’absence d’ADN constatée


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ACTUALITÉ

dans les échantillons, pourtant confiés à deux laboratoires indépendants de renom à Copenhague et à Strasbourg. Explicable par la longue exposition de la tête dans la boutique de Bourdais et par la contamination du plomb, cet élément a tout de même éveillé la suspicion de certains médecins, qui y ont vu une erreur technique, voire une occultation des résultats, censés être comparés aux autres restes conservés. La technique de l’identification faciale par reconstitution et surimposition a elle aussi été sujet à controverses. Trop faible ressemblance du portrait-robot ? Incohérence de la superposition des profils osseux avec les représentations sculptées et les masques mortuaires ? Le principal point de divergence demeure cependant la technique d’embaumement employée. En effet, les sources historiques nous racontent que même si c’est Jacques Guillemeau qui réalise l’autopsie, c’est un certain Pierre Pigray qui est chargé de l’embaumement. Son travail est quasiment signé par les traces de «noir d’ivoire» (os et ivoire d’animaux calcinés) que l’embaumeur avait usage d’utiliser pour prévenir la putréfaction du corps. Localisées au niveau du cou, elles ne s’étendent pas au visage, sans doute par peur que le défunt ne « ressemble à un maure ». Ce qui choque cependant les historiens, c’est l’état du crâne en luimême. En effet, il était d’usage que les momies royales aient le crâne scié (ou au moins trépané), afin de pouvoir évacuer la matière cérébrale et la remplacer par des résines et autres matières odorantes. Or le crâne de notre anonyme est intact. Fort argument en défaveur de l’identification d’Henri IV. Cependant le Dr Charlier propos une explication, découverte dans un ouvrage intitulé Histoire des Girondins d’Alphonse Lamartine, daté de 1847. On y explique qu’Henri IV aurait été embaumé, selon sa propre volonté, « à la manière des Italiens », sans doute sous l’influence de son épouse, Marie de Médicis. Technique attestée par des fouilles récentes sur les sépultures de cette riche famille florentine, il s’est avéré que l’usage était alors de conserver le crâne intact.

Quelle source privilégier dans ce contexte, quand on sait que des personnages comme le bénédictin Dom Germain Poirier ou encore Alexandre Lenoir ont laissé des témoignages contemporains de l’exhumation, qui font état du crâne scié d’Henri IV ? Quelle que soit notre position, le débat entamé par cette publication a au moins le mérite de mettre en lumière certaines questions. Quelle place donner aux scientifiques dans les investigations historiques ? Quelle est la part de subjectivité dans de telles études ? Comment valider ces recherches autrement que par la publication dans une revue médicale ? Quelle valeur leur donner face aux sources textuelles et à leur subjectivité ? A quel point la sculpture peut être considérée comme représentative d’une anatomie ? Pour vous faire votre propre opinion, rendez-vous courant février, sur France 5, pour la diffusion du documentaire intitulé Le Mystère de la tête d’Henri IV, reprenant l’ensemble de cette affaire. En attendant sa diffusion, vous pourrez retourner visiter la Basilique Saint-Denis où l’exposition sur la mort d’Henri IV, organisée à l’occasion du 400ème anniversaire de sa mort, y a été renouvelée pour l’occasion.

Quel devenir pour la tête ? Quant à la tête, me direz-vous ? Qu’est-elle devenue après l’expertise ? Conformément à la demande de Jacques Bellanger, elle a été confiée à l’aîné des descendants directs du roi Henri, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou. Après le colloque de pathographie organisé par le Dr Charlier à Saint-Jean-de-Côle (Dordogne), du 13 au 15 mai, la tête devrait être restituée à l’ossuaire de Saint-Denis où se trouve actuellement le corps du souverain. En grande pompe. Naturellement ! Fanny Rengot Illustration : Silvère Tricaud

Découvrez quelques expositions à l’occasion du 400e anniversaire de la mort d’Henri IV: Henri IV à Fontainebleau Exposition et circuit thématique dans les appartements et les jardins du château de Fontainebleau. Jusqu’au 28 février 2011 De 9 h 30 à 17 h Musée du château de Fontainebleau Henri IV à Saint-Denis Exposition-dossier dans la crypte Jusqu’au 31 mars 2011 De10 h 00 à 17h15 Basilique royale de Saint-Denis

Mais aussi... Henri IV le bien-aimé Théâtre des Mathurins Jusqu’au 27 février 2011 Avec Jean-François Balmer et Béatrice Agenin


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EN COULISSES

Chronique MuCEMienne Parce qu'à Louvr'Boîte nous avons tous ressenti votre engouement pour les aventures des objets d'art et tradition populaire que les équipes du MuCEM mettent actuellement dans les carton... parce qu'on se doute bien que le récolement est devenu pour vous une passion... parce qu'on sait que les aventures de Gwenaëlle (ndlr : la coiffe) vous tiennent plus en éveil que Jack Bauer, nous avons décidé de continuer à vous faire partager ce quotidien un peu étrange.

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ésumé des épisodes précédents : au MuCEM, on met des objets en caisse, PAR MATERIAU. Un peu comme dans une saison de 24, on ne mélange pas les attentats à la bombe avec les attaques bactériologiques. Une caisse bois, une caisse cuir, une caisse métal... Bien plus pratique pour harmoniser les descriptions (ctrl+C/ctrl+V, une pince à linge reste une pince à linge). Mais en revanche, ça donne quatre mois, je dis bien quatre longs mois, à ne faire que de la coiffe en dentelle. Forcément, après ça on se dit que les vacances chez Tata Solenn en Bretagne ne vont plus être possibles avant un long moment. Cependant, il arrive que l'on tombe sur une série un peu plus originale. Prenons un cas concret : la plume. Oui, chers futurs professionnels de la culture, le MuCEM est plus fort que le Lido ! Dans la même journée, nous avons ouvert un carton d'1,5m de haut sur autant de large, contenant une magnifique coiffe de Gille, personnage de culture populaire belge, en plumes d'autruches blanches (coiffe qu'aucune danseuse du Moulin Rouge ne pourrait porter, la bête pèse son poids !), mais aussi un petit carton de fléchettes, de mouches de pêches, et une caisse renfermant une oie blanche empaillée... en plumes. Qui dit plumes, dit ovipare. Petit rappel à destination de ceux qui ont loupé les cours de biologie en CE1 : un ovipare pond des œufs. Au MuCEM, les conservateurs, dans leur grande mansuétude, ont pris le parti de ne pas séparer les familles : avec l'oie empaillée se trouvent les bébés oies dans des œufs. En commentaire de cliché, ça donnerait ça : œuf plein, contenant une masse mobile (les plus sensibles d'entre vous peuvent se persuader qu'il s'agit du jaune légèrement desséché...), teinté en rouge/noir/orange/rose (etc...) présentant un décor (généralement floral) réservé à la cire. Cet œuf, comme cinq cent autres, fut collecté entre 1950 et 1980 en Europe de l'Est, principalement par Colette Jancovic. L'objet est en bon état, mais dégage tout de même une odeur nauséabonde, obligeant le récoleur à porter un masque de protection, voire deux superposés... et à se laver les cheveux une fois rentré chez lui.

Puis il y a les journées plus générales, les journées animalières. Cela commence par de gentilles petites choses en peau de renne venant de Laponie : une paire de bottes en fourrure et un manteau en peau. Mais il arrive qu'au détour d'une boulette de papier de soie apparaisse une chose insolite, tel un collier en oreilles de renne. Là, l'américaniste que je suis est tout de suite à l'aise avec ces objets de sauvages. Et ravie, parce qu'une journée qui commence comme ça ne peut s'arrêter en si bon chemin... Parce qu'au cours d'une journée bestioles, après les bouts d'animaux, viennent les animaux. Entiers. Oui, Mesdames et Messieurs, voici venu tout droit de Roumanie l'ours brun. Un ours dépecé certes, mais il ne reste pas moins, emballé dans un carton, une peau, quatre pattes pourvues de longues griffes (là, l'américaniste se ferait bien un collier) et une gueule à longues dents. Nous passerons l'état de saleté, de dégradation et de puanteur de la chose ; ici, à la rédaction, on garde encore l'espoir d'intéresser quelques uns d'entre vous à l'ethnologie ! Et pour finir cette vie merveilleuse de nos amis les bêtes, voici la poule en vitrine, habillée à la mode 1900. Alors oui, le grand truc aux ATP, c'est de conserver une magnifique collection d'objets de sorcellerie. Cette poule a donc une fonction quelconque, et on est ici bien loin des valeurs artistiques des bocaux de formol de Hirst. Notre merveilleuse poule, dont la tête a été détachée du corps, porte sur des pattes parfaitement épilées de magnifiques bas résille noirs, accordés au sac à main en strass, rehaussé d'une étole rose, enroulée autour du cou de l'animal. Et ce pour notre plus grand plaisir. Mais une fois de plus, pas de nos narines. Le mois prochain, au MuCEM : les récoleurs vont-ils survivre aux œufs ? Les milliers de terres cuites vernissées qui les attendent auront-elles leur peau ? Vous le saurez en lisant le prochain épisode ! (Si la rédactrice est toujours en vie.) Eloïse Galliard Illustration : Camille Boisaubert


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DÉONTOLOGIE

Une restauration presque parfaite ? Si aujourd’hui certaines grandes campagnes de restauration sont parfois remises en question dans les cénacles de spécialistes, comme lors de la création d’une grille au château de Versailles, le débat ne semble malheureusement pas s’ouvrir à un public plus large qui reste bien souvent un spectateur ignorant de ce qui fait au jour le jour son patrimoine.

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otre statut d’élève de l’École du Louvre vous aura permis, je l’espère, d’avoir un œil averti et d’être conscient qu’une œuvre d’art ou qu’un monument est très rarement donné à voir tel qu’il le fut juste au moment de sa création et que la restauration est une discipline basée sur le choix et non pas un mode opératoire unique. Mais en général, les visiteurs sont loin d’être aussi bien renseignés. L’usure des matériaux et les traces de destruction ou de vandalisme sont relativement bien perceptibles par le plus grand nombre mais les repeints et les ajouts réalisés sur les statues ou encore les sculptures remplacées sur les façades de cathédrales le sont moins. La faute à un manque d’information ou de médiation, mais aussi à un manque de sensibilisation du regard sur ces points et à une absence de valorisation de l’histoire de la restauration. Les techniques d’analyse des œuvres ne manquent pas d’être médiatisées, mais les méthodes de restauration, et surtout les choix réalisés par les professionnels de la conservation-restauration sortent peu des coulisses, comme si l’on avait peur que le visiteur découvre, par exemple, que le visage d’un putto dans l’angle d’une toile peut être totalement recréé par le restaurateur faute de documents le renseignant. Un manque de rigueur déontologique est parfois reproché à certains professionnels comme lorsque le chiffre de Napoléon III, qui n’avait jamais été réalisé sur la façade de l’Opéra Garnier, fut « créé » lors de la dernière campagne de restauration, d’après d’anciens projets restés inachevés. Didier Rykner ne manquera jamais de souligner ces actions parfois scandaleuses dans sa Tribune de l’Art, mais plus que des coups d’éclat, c’est plutôt une méconnaissance générale qui est problématique. Qui peut imaginer, lorsqu’il admire la cathédrale de Reims, que la charpente de ce mastodonte gothique est en béton armé s’il ne sait pas que des bombardements de la Première Guerre mondiale avaient totalement embrasé l’ancienne charpente ? Dans ce cas, ce n’est pas le manque de connaissances historiques qui importe le plus mais le fait que nous ayons

du mal à concevoir mais aussi à accepter que nos cathédrales ne soient pas totalement médiévales comme on l’aimerait, et comme on veut nous le faire croire. Une idée du patrimoine nous est donnée et imposée suivant des grands principes d’unité et d’originalité, non pas matérielle mais stylistique, qui ne sont pas sans rappeler le discours d’Eugène Viollet-le-Duc : « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. » (Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle Tome 8) L’histoire d’un bâtiment est souvent laissée de côté pour mettre en valeur un aspect particulier ou des éléments d’une période qui correspondent à la demande du public, et qui sont par làmême plus vendeurs. Le château du Haut-Koenigsbourg (ci-contre) est présenté lors des visites guidées comme un château médiéval restauré au début du XXè siècle. L’accent est mis sur ses aspects médiévaux, présentés comme des « restaurations » ; mais le terme est à manier avec précaution car l’Empereur prussien Guillaume II, à l’origine de la réédification, n’avait pas pour objectif une rigueur scientifique mais la concrétisation d’un message politique. Le château devenait ainsi un © Sébastien Passot symbole de la présence allemande dans une Alsace-Lorraine annexée en 1871. Dans ce contexte, le Haut-Koenigsbourg peut difficilement être présenté comme un exemple d’architecture médiévale, mais ce n’est pas pour autant que nous devons le dévaluer. Au contraire, il devrait être perçu comme un magnifique exemple d’architecture fantasmée dans l’esprit des années 1900. Mais la politique de l’institution se plie au goût général qui préfère les édifices anciens ayant, en apparence, traversé les temps sans heurts. La restauration, tout comme sa lisibilité par le public, relève de choix. Il est donc important que cette réflexion soit intégrée à la formation des futurs professionnels, car ce sera un jour peut-être à vous de faire ces choix. Valentine Gay avec l’aide des bonnes âmes de la borne du BDE


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POLITIQUE CULTURELLE

Le Cabinet des Médailles de la BnF : histoire d’une destruction programmée Quel élève de l’Ecole du Louvre n’a jamais fait la grimace en entrant au musée du Cabinet des Médailles ? Les vitrines semblent vétustes, la mezzanine a une présence écrasante et les objets ne sont pas mis en valeur. Sans compter le fait qu’il n’est pas toujours facile de trouver le musée. Et pourtant…

Cette situation n’est pas acceptable. On ne peut pas laisser disparaître un des plus vieux musées de France sans se battre. À une époque où l’on œuvre pour la sauvegarde du patrimoine et où l’on juge sévèrement les destructions du passé, il nous incombe de réagir. En tant qu’élèves de l’Ecole du Louvre, qui fréquentons le Cabinet des Médailles, qui étudions ses collections et qui aimons notre patrimoine, notre voix a un poids. Il faut la faire entendre. Plusieurs initiatives sont en train de se développer, toutes les idées sont les bienvenues. Amateurs d’art et de patrimoine de toutes les spécialités, unissez-vous !

i di e r

Pourtant les espaces du musée tels que nous les voyons aujourd’hui ne sont qu’une version modernisée (datant des années 1970-80) d’un dispositif conçu au tournant du XIXe et du XXe siècle par l’architecte Le sa lon d e Lu Jean-Louis Pascal. Desy n es , bie tinées à être comme un écrin ntôt l’ult ime pour les collections, les salles étaient à ve st i ge d l’origine hautes et claires et les vitrines tion libre u Ca b i ne t? et seraient commopleines de charme. des à louer pour des récepPourtant le musée, avant de subir son tions. Les conservateurs tout comme le anonymat actuel, a connu ses heures monde scientifique et les amateurs du de gloire. Délaissé depuis une vingtai- lieu se sont élevés contre cette décine d’années par la Bibliothèque natio- sion. Une pétition a été mise en ligne nale de France, plus préoccupée par les qui rencontre un grand succès depuis nouvelles technologies que par son son ouverture4. Ceci a certes poussé la patrimoine ancien, il a bien du mal à BnF à revoir quelque peu sa copie. garder la tête hors de l’eau. Au Dépar- Pourtant, il y a moins d’un mois, la tement des monnaies, médailles et commission chargée d’étudier la mise

en place du projet Richelieu vota à une écrasante majorité pour le projet de l’architecte B. Gaudin. Tenus à l’écart de ces décisions, les conservateurs du Département tout comme les supporters du Cabinet des Médailles ignorent presque tout de son contenu…si ce n’est que le Musée est toujours au moins partiellement condamné.

Ryk ner

antiques, on attendait beaucoup du « Projet Richelieu »1 dont la mission est de rénover tous les espaces du « Quadrilatère Richelieu »2 afin de « transformer un quadrilatère apparemment fermé en un lieu largement ouvert »3. Ce grand et nécessaire projet déçut ces espoirs au plus haut point puisqu’il propose purement et simplement la disparition du Musée, mais aussi de l’escalier d’honneur qui y mène. Ces espaces une fois dégagés permettraient une déambula-

©D

P

ourtant le Département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France - traditionnellement appelé par son nom ancien de « Cabinet des Médailles » est l’héritier du « Cabinet de joyaux et de curiosités précieuses » des rois de France. Au fil du temps, des achats, des dépôts et des dons et legs, la collection grandit et s’enrichit considérablement. Elle est actuellement la plus grande collection française de numismatique (la troisième mondiale), de glyptique et la deuxième pour les vases antiques.

Agathe Jagerschmidt

1. Le projet, lancé depuis plusieurs années, est financé à 80% par le ministère de la Culture et de la Communication et à 20% par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. La programmation détaillée a été rendue en 2003 en en 2007 l’architecte Bruno Gaudin a été choisi pour mener le projet. Les travaux ont débuté en 2010 et devraient se finir en 2015. 2. C’est ainsi que se nomme l’ensemble de bâtiments appartenant à la BnF bordés par la rue des Petis-Champs, la rue de Richelieu, la rue Colbert et la rue Vivienne. 3. LAUBIER de M. « Un patrimoine à la portée de tous ». Chroniques de la Bibliothèque nationale de France. Mai-août 2009, n° 49. p. 16. 4. Vous la trouverez à l’adresse : http://jesigne.fr/sauvonsleplusancienmuseedefrance


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SOCIOLOGIE

« Aux chiottes les PD ! » Représentation de l’homosexualité à travers les inscriptions des toilettes masculines de l’École du Louvre. Souvenir d’une époque avant rénovation…

I

l existe, entre les réputations interne et externe de l’École du Louvre, une certaine dichotomie, un certain hiatus, bien qu’elles soient toutes deux construites autour d’un constat commun : son effectif est à 80% féminin, comme dans tout cursus littéraire ou artistique. Du point de vue extérieur, l’École est « un refuge pour jeunes filles de bonne famille sans vocation, […] un aimable salon de thé pour dames de la bonne société en mal de distraction, […] un cursus bon chic bon genre pour jeunes filles des beaux quartiers qui n'auront jamais besoin de gagner leur vie »1 ; parallèlement, du point de vue intérieur, qu’on pourrait estimer plus éclairé, l’École est décrite comme un repaire d’homosexuels : « Les mecs sont tous pd et les filles deviennent lesbiennes par désespoir »2. La présente étude, qui analysera des inscriptions trouvées dans les toilettes des locaux de l’École, aura pour objet de tordre le cou à ces deux réputations ; principalement à la seconde, mais également indirectement à la première. Elle ne se focalisera, naturellement, que sur les inscriptions trouvées dans les toilettes masculines, les toilettes féminines étant définitivement interdites à son auteur. Elle s’attachera à présenter, dans un premier temps, le corpus des inscriptions concernant l’homosexualité ; dans un deuxième temps, elle les analysera pour en déduire les représentations que se font de l’homosexualité les utilisateurs des toilettes ; et dans un dernier temps, enfin, elle émettra des hypothèses quant à l’identité des auteurs de ces inscriptions, et leurs caractéristiques socioculturelles.

I. Corpus des inscriptions L’École du Louvre met à la disposition de ses étudiants quatre espaces de sanitaires. Trois d’entre eux sont situés dans l’aile de Flore, où sont regroupés les salles de cours et les petits amphithéâtres servant aux cours à effectif restreint (cours de spécialités, cours de deuxième cycle), et le dernier est situé à côté de l’amphithéâtre Rohan, aussi nommé « grand amphi », servant aux cours magistraux d’histoire générale de l’art de premier cycle (cours pour lesquels l’effectif est plus important, atteignant souvent plusieurs centaines d’élèves), à certaines conférences et à certains cours

de la ville de Paris. Il n’est donc pas étonnant de trouver les inscriptions concernant l’homosexualité uniquement dans ce dernier espace, plus fréquenté et par un public plus large, plus diversifié et, peut-être, moins respectueux de l’équipement et des locaux. Les toilettes masculines de l’amphithéâtre Rohan se caractérisent par leur exiguïté qui frôle la promiscuité3 : alors que les toilettes féminines, qui leur font pourtant face, sont démesurées (un rapide coup d’œil par la porte entrouverte permet de le confirmer), seulement trois cabines et deux urinoirs sont mis à la disposition des hommes, ainsi que deux lavabos qui, d’après une observation prolongée, ne servent pas bien souvent. Cet état de fait est sans doute dû au pourcentage alarmant de présence féminine dans l’effectif de l’École, que nous évoquions dans l’introduction. Les trois cabines présentent des inscriptions, mais il n’est question d’homosexualité que dans deux d’entre elles. Dans la cabine n°2, il ne s’agit que de petites annonces alléchantes (« Gigolo cochon au 06… » ; « Grosses pipes au 06…»). C’est dans la cabine n°1 que se situe le cœur du propos sur l’homosexualité, et donc de la présente étude. On peut y distinguer deux natures d’inscriptions : A) des inscriptions comparables à celles de la cabine n°2, à savoir des petites annonces, ou des notes d’humeur. Elles sont situées majoritairement sur le chambranle de la porte, à gauche quand on est assis sur la cuvette4. On trouve, de haut en bas : « Je voudrais bien sucer une grosse bite » [barré, illustré d’un dessin suggestif] ; « RDV ici vendredi 18h » [partiellement effacé, presque illisible] ; « Salut les PD » [barré] ; « Alors y’a plus de numéros ? » ; « Les PD sont presque tous des enculés » et la réponse « Oui ! tant mieux ». B) des inscriptions de nature plus philosophique et plus polémique, situées uniquement, fait remarquable, sur la face du dévidoir à papier toilette, écrites à l’envers (le bas vers le haut)5. On lit, de bas en haut : « homosexualité = phénomène de mode, culture de mort » [barré] ; « homophobie = phénomène éternel mort intellectuelle atrophie spirituelle » [barré] ; « rejeter l’homosexualité = oui ! les

1 RADIER, Véronique. « À quoi sert l'École du Louvre ? Au bonheur des arts ! » in Le Nouvel Observateur n°2215, avril 2007. [En ligne : http://hebdo.nouvelobs.com/ hebdo/parution/p2215/articles/a340171-au_bonheur_des_arts_.html, consulté le 25 mars 2008]. 2 Anonyme. Citation trouvée sur Et-Alors ?, forum de discussion gay, lesbien, bisexuel et transgenre. [En ligne : http://www.et-alors.net/, consulté le 25 mars 2008]. 3 Cf. p. 16, annexe I 4 Cf. p. 17, annexe II 5 Cf. p. 17, annexe III


15 homosexuels = non ! » [barré] ; « rejeter l’homophobie = oui ! les catho fachos = non », « père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Toutes ces inscriptions se font suite, sont des réponses à la précédente, comme l’indiquent souvent une flèche ou la similarité de couleur entre la rature et l’inscription qui suit. On notera pourtant la présence, sur la tranche du dévidoir à papier toilette6, d’un numéro de téléphone portable, de « gros naze les PD » et de « Alors ? plus de PD ? », inscriptions qui peuvent être considérées soit comme alimentant le débat polémique de la face, soit comme s’inscrivant dans la lignée des annonces et humeurs du chambranle de la porte. Sur la face du dévidoir se trouvent aussi d’autres inscriptions qui portent sur la politique : communisme, socialisme et courants de droite s’affrontent violemment, avec parfois un appel au meurtre ; elles ne constitueront pas l’objet de la présente étude, mais elles pourraient faire celui d’une autre, que nous laissons au soin des générations futures.

II. Représentations de l’homosexualité On constate immédiatement que l’homosexualité se livre, dans la cabine exiguë, de manière principalement brutale et violente : point d’amour ni de passion, juste des invitations sexuelles racoleuses et des insultes à peine voilées (comme le pseudo-acronyme « PD ») créant une sorte de cacophonie véhémente. Peut-être le lieu, temple de l’assouvissement des besoins les plus animaux, est-il pour quelque chose dans la bestialité des propos. Mais les quatre répliques présentes sur la face du dévidoir à papier toilette, elles, sont de toute autre nature : polémiques et philosophiques, elles résument sans vulgarité le conflit qui se joue tout autour d’elles, perles de pureté intellectuelle dans cet océan de bourbe fangeuse et maculée. Tout part de cette première remarque : « Homosexualité = phénomène de mode, culture de mort ». L’expression « culture de mort » est principalement répandue dans les milieux catholiques, qui condamnent dans un même panier les partisans de l’euthanasie, de l’avortement et les homosexuels. Y est adjoint la question du phénomène de mode, argument homophobe plus proche de la condescendance que de la haine. Il est intéressant de noter que l’auteur de cette phrase semble considérer l’homosexualité comme un choix conscient qui serait dicté non seulement par la mode, par la volonté de suivre une tendance actuelle de la société, mais aussi par l’attrait pour la mort (le terme culture renvoyant tout autant à la culture communautaire qu’au culte et qu’à ce qu’on cultive). La réponse à cette provocation est tout aussi intéressante : « homophobie = phénomène éternel mort intellectuelle atrophie spirituelle ». Résolument à contre-courant, l’auteur de cette phrase semble penser que l’homophobie, elle, est su6 Cf. p. 8, annexe III

bie, qu’il s’agit d’une opinion commune et que la défaillance cérébrale en est seule cause. On remarquera l’insistante réponse en trois temps à un postulat qui, lui, n’en comptait que deux. La troisième intervention se pose en médiatrice : « rejeter l’homosexualité = oui ! les homosexuels = non ! » ; on pense immédiatement ici à un clivage théorie/pratique, monde des hautes idées/personnes. Mais on peut ressentir une certaine pitié dans cette déclaration : « pauvres homosexuels victimes de l’homosexualité », la pitié étant à rapprocher, également, de la pensée chrétienne, qui fait de la charité la vertu théologale suprême. Quant à la dernière réplique, qui clôt visiblement le débat (c’est la seule qui ne soit pas barrée), elle semble manier l’ironie avec une certaine maestria : « rejeter l’homophobie = oui ! les catho fachos = non ! [flèche] père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». En reprenant l’une des dernières paroles du Christ, l’auteur manifeste sa compréhension du contexte du débat, ce que n’avait pas su faire la deuxième réplique, et se pose en défenseur de la tolérance en retournant l’argument précédent en sa faveur : les « catho fachos » sont victimes de la petitesse de leur pensée, et n’en ont même pas conscience (« ils ne savent pas ce qu’ils font »). Il compare en somme les auteurs des phrases précédentes aux Romains mettant le Christ en croix, n’ayant pas su pressentir la portée universelle de sa parole. Il est impossible de savoir si l’auteur est homosexuel ou catholique tant sa remarque est riche ; on sait juste qu’il milite contre l’homophobie (contre l’intolérance en général, plus probablement) ; il ne prend pas part au débat, il ne se place ni dans un camp ni dans l’autre, il s’extrait de la conversation pour l’englober entièrement. Ainsi, on voit par ces quatre inscriptions qu’il existe, au sein des utilisateurs des toilettes de l’amphithéâtre Rohan, deux tendances opposées qui s’affrontent ouvertement : les catholiques et les homosexuels. Peut-être d’autres factions sont-elles en place, mais elles ne jugent pas nécessaires de se montrer, sauf pour faire entendre un message de respect et de tolérance mutuels.

III. Quelques considérations sur les auteurs des inscriptions Si leurs pensées semblent rivales, il y a cependant de nombreux dénominateurs communs à tous les auteurs des inscriptions. Pragmatiquement, il s’agit tout d’abord d’hommes (l’accès à cette partie du monde étant définitivement refusée aux membres du beau sexe), possédant un niveau d’éducation supérieur à la moyenne (ils savent tous écrire, presque sans faute), âgés sûrement de moins de quatre-vingt ans (l’accès aux toilettes se fait après la montée d’une impo-


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SOCIOLOGIE

sante volée de marches7). Peut-être serait-il abusif de prétendre que la dégradation du matériel public est une coutume plus estudiantine qu’adulte, mais l’hypothèse est envisageable. Une analyse de la conception spatiale et architecturale des toilettes permet d’autres déductions : comme on peut le constater sur le plan8, la cabine n°1, dans laquelle est concentrée le débat sur l’homosexualité, est dans l’axe direct de la porte d’entrée : les différents interlocuteurs semblent donc suivre, pour s’adonner à leur passe-temps polémique, un chemin rectiligne et pragmatique, qui peut faire penser qu’il s’agit de personnes saines d’esprit et rationnelles (contrairement aux pervers détraqués qui suivent des chemins biscornus et se retrouvent à passer leurs petites annonces libidineuses dans la cabine n°2 ; la cabine n°3, trop éloignée, demeure dans un état de propreté énigmatique – peut -être n’est-elle tout simplement jamais utilisée). Enfin, l’emplacement des inscriptions, sur la face du dévidoir à papier toilette, et à l’envers, semble faire penser qu’elles ont été rédigées debout ; peut-être sont-elles le fruit d’une réflexion intense durant l’assouvissement assis de besoins naturels, mais tout semble indiquer que, contrairement aux propos sur la tranche ou à l’endroit sur la face, elles n’ont pas été rédigées comme passe-temps mais sous l’impulsion d’une véritable volonté participative. Il convient donc de leur accorder un fort crédit et de ne pas minimiser leur portée, car leurs auteurs sont d’authentiques penseurs qui n’hésitent pas à prendre le temps de débattre, quitte à passer quelques secondes de plus dans un lieu somme tout inhospitalier, sale, et plein de la sourde menace du stupre9.

Ainsi, on remarque que les toilettes de l’École du Louvre, plus que ses amphithéâtres où l’on se contente généralement d’écouter et de regarder, plus que sa cafétéria froide et austère où ne s’échangent que des propos frivoles, sont le véritable lieu de l’implication polémique. Cela n’a rien d’étonnant, puisqu’il s’agit de lieux où la solitude est propice à l’ouverture d’esprit et au vagabondage de la pensée ; peutêtre l’étudiant de l’École du Louvre est-il timoré et n’accepte-t-il de se livrer qu’indirectement et anonymement en alimentant des débats de couloirs ; peut-être est-il d’ordinaire trop occupé à apprendre par cœur la biographie de Raphaël (par Vasari, naturellement) et le catalogue du Metropolitan Museum de New York pour penser aux vrais sujets graves et trouve-t-il dans les toilettes le lieu propice à se décharger, pour un temps, des exigences de sa scolarité ; peut-être, enfin, est une conduite purement masculine que de ne se confier, par pudeur, qu’au froid métal d’un dévidoir compréhensif, tandis que chez les filles ça discutaille sec de chiffons et de préservatifs pour godemichés… Quoi qu’il en soit, l’évidence s’impose, les deux réputations de l’École du Louvre sont infondées : ses bancs ne sont pas occupés uniquement par des jeunes gens de la bonne société oisive, puisque certains propos relevés par la présente étude sont plus qu’osés, et la population masculine n’est pas entièrement homosexuelle, puisque certains utilisateurs des toilettes pour homme sont manifestement homophobes. D’ailleurs, il est unanimement reconnu que le 14 mars 1974, aux alentours de 15h27, on aurait croisé un hétéro dans les couloirs. Romain Bourlier

7 Une comparaison amusante peut être faite avec la prostitution sacrée de l’Acrocorinthe : seuls les hommes les plus jeunes et les plus vaillants pouvaient atteindre le temple, au sommet de la montagne, où les attendaient, lascives et sûrement peu vêtues, les prêtresses de la grande Aphrodite. 8 Cf. p. 16, annexe I 9 Cf. p. 17, annexe II.

Annexe I. Implantation générale des toilettes masculines de l’amphithéâtre Rohan


17 Annexe II. Petites annonces et humeurs de la cabine n°1.

Annexe III. Inscriptions de nature philosophique ou polémique, cabine n°1.


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Heidelberg comme si vous y étiez L’école du Louvre propose à ses élèves de Master 2 Recherche de partir suivre une année d’études à Heidelberg. Au programme : De l’histoire de l’art, de l’histoire de l’art, de l’histoire de l’art… dans la langue de Goethe. Avis aux germanophones, donc ! Sept correspondants expatriés vous brossent le tableau de leur vie en terres teutonnes.

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eidelberg : plantons nous-mêmes le décor !

Marre de ce monde d'informations numériques ôtant de manière obscène tout le mystère des contrées lointaines ? Envie de vous imaginer déambulant dans une ville des plus exotiques, à savoir Heidelberg, dans le Bade-Wurtemberg (comme diraient certains : à vos souhaits ! ) ? Lisez donc et tentez. La visite débutera dans la vallée du Neckar, dans la Altstadt (vieille ville). L'urbanisme s'est en effet développé le long du fleuve, les deux opérant un mouvement vers l'ouest, en direction de la plaine du Rhin. Rive gauche, vous verrez ainsi, majestueux, le célèbre château en ruines d'Heidelberg, entouré de coquettes maisons et de quelques impressionnants manoirs. Rive droite, c'est un alignement de villas. Sur les flancs de la vallée, des coteaux, et, en haut, des points de vue magnifiques (ainsi que d'intéressants monuments : deux monastères en ruines et un ancien amphithéâtre nazi de propagande). Au loin, l'Alte Brücke (le vieux pont) et ses amoureux... Oui, Heidelberg est la ville romantique par excellence (aux deux sens du terme). La balade continuera dans la rue commerçante : la Hauptstraße. Celle-ci vous permettra de découvrir un noyau historique des plus charmants, avec ruelles pavées, églises, maisons et petits palais datés du XVe au XVIIIe siècle. Elle vous mènera aussi, avec regrets sans doute, à la fin de la vieille ville et de la vallée. Heureusement, l'intérêt architectural d'Heidelberg ne disparaît pas ici. Ainsi le visiteur pourra découvrir la Weststadt (ville de l'ouest) rive gauche : quartier XIXe siècle, formé de larges avenues boisées et de vastes maisons constituant parfois de

petits bijoux d'historicisme ou de style Art Déco. Il pourra également, rive droite, déambuler dans le quartier Neuenheim, pousser jusqu'au campus ou bien s'arrêter dans la Ladenburgerstraße où se trouvent, ô miracle !, une épicerie et un restaurant français. Ses impressions ? Le Parisien pourra évidemment retrouver ses marques en se frottant aux touristes, mais je suis sûre qu'il préférera profiter de la tranquillité offerte par Heidelberg. Sa couleur rose (due à la pierre locale) et l'intégrité de son patrimoine architectural sauront ravir chaque étudiant en histoire de l'art. Et pour celui qui aura besoin de sensations, il pourra attendre une crue du Neckar, comme cela est arrivé il y a deux semaines… Là, sans hésitation, cela vaut tous les reportages du monde. Solveig Placier

Wie Bitte ?… … La langue allemande : comment comprendre et comment se faire comprendre ? Au début ça ressemble un peu à « chbinachaozgfarnndswarzmlichsrumkeit…. », un amas de sonorités que tu ne parviens pas à détacher les unes des autres, si bien que tu n’es plus bien sûr du pays dans lequel tu as atterri car qu’en est-il de la prononciation claire et lucide de ton professeur d’allemand de lycée qui n’était, finalement, pas si compliquée à comprendre ? Nichts ! (« rien »). Tu fais répéter une fois : Wie Bitte ? (« Comment? ») mais tu commences à t’inquiéter car tu ne comprends toujours pas… Tu hésites, puis tu oses faire répéter une seconde fois : Entschuldigung… Wie Bitte ? («Pardon… Comment ? »). Cette fois, tu essaies de dissimuler ton air affolé


19 d’étranger qui n’a toujours pas compris. Bien entendu, tu renonces à faire répéter une troisième fois mais si, par malheur, on se met alors à te parler en anglais, les quelques mots que tu balbutieras dans cette langue, en guise de réponse, assoiront ta réputation de Français peu doué en anglais. Puis peu à peu, tu fais des progrès, tu apprends l’essentiel, à savoir, commander une bière sur une terrasse ensoleillée l’été ou un Glühwein (« vin chaud ») au marché de Noël durant la période hivernale. Ensuite, tu entames la période durant laquelle l’allemand devient familier, d’autant plus familier que la langue allemande raffole de mots français. Si tu entends « Pardon » (à prononcer « Pârdong ») dans le bus ou dans la rue, il ne s’agit pas d’un Français qui a pris l’accent allemand mais d’un Allemand articulant un mot français avec son accent allemand. Rien de plus reposant aussi pour ton cerveau que de percevoir d’autres termes empruntés à notre langue, tel que « A propos » au milieu d’un flot ininterrompu de phrases allemandes lors d’un cours magistral. Enfin, tu entres dans la phase de « rassurance ». Tu es rassuré car tu te rends compte que même les Allemands entre eux ne se comprennent pas toujours en raison du large éventail d’accents dans le pays, de l’accent un peu rude de la Saxe à celui roulé de la Bavière, sans compter le nombre tout aussi important de dialectes. Puis, tu te fais une raison quant à ceux que tu ne comprendras jamais ; ce sont ceux qui n’articulent pas ou ceux qui font des phrases tellement longues qu’ils en oublient le verbe à la fin… Tu n’es finalement pas le seul à faire cette faute ! Par ailleurs, tu en arrives même à te demander si l’on te fait répéter pour cause d’incompréhension ou bien de délectation à l’écoute de l’accent français que l’on dit si charmant en Allemagne… Camille Feurer

Les cours à la Ruprecht-Karls-Universität d’Heidelberg La ville d’Heidelberg est une grande université à ciel ouvert. Il y a deux grands campus, de chaque coté du Neckar, un dans la vieille ville (Alstadt) et un dans la nouvelle ville (Neuheimerfeld). L’institut d’histoire de l’art se situe dans la vieille ville où nous habitons pour la plupart. L’université est, ici, divisée en différents instituts selon les disciplines qui sont abrités dans des bâtiments anciens. De l’autre coté, l’université et les logements étudiants sont plus récents.

Commençons simplement par rappeler que les systèmes français et allemand en matière d’éducation sont très différents. Mais cela tout le monde le pressentait! Les Allemands ont encore deux systèmes qui se déroulent en parallèle, le Master (système européen) et le Magister (système allemand), ce qui crée d’emblée des parcours très atypiques et créatifs, de notre point de vue. Nous sommes intégrés au parcours IMKM - master international en histoire de l’art et en muséologie - International Master in Kunstgeschichte und Museologie. En venant étudier ici, on découvre ces petites différences dans l’organisation même des cours mais aussi et surtout dans l’esprit. Le principe des cours en Allemagne, c’est d’abord l’oral ! Et c’est ce qui est, pour nous, Français, le plus intriguant. D’abord stressant à cause de la langue, puis difficile à intégrer et finalement très intéressant. Les séminaires se déroulent en petits groupes d’une quinzaine de personnes et chacune présente un aspect du thème du cours en exposé. Puis tout le monde participe à une discussion pendant une petite demi-heure. Le séance, enrichie ou conclue par le prof, dure ainsi 2h30. Et puis il y aussi les Vorlesungen, des cours en amphi dans le bâtiment universitaire principal. L’université d’Heidelberg est surtout spécialisée en Moyenâge et Renaissance. Mais il y a aussi un parcours Transcultural Studies, tourné particulièrement vers l’Asie ainsi que des professeurs invités chaque année qui ont diverses spécialités, comme cette année le cours sur l’architecture et l’urbanisme entre Europe et Amérique latine. Virginie Duchesne

Et après les cours ? L’edlien exilé est-il condamné à errer dans les cafés et à noyer son mal du pays dans la bière locale ? Point du tout. Cette activité, certes très pratiquée, n’est que l’une des multiples possibilités de détente offertes aux étudiants (oui parce que vu le prix de la bière comparé à Paris, on peut bien dire que c’est offert). Artistes en herbe, sportifs, baroudeurs ou simples curieux, découvrez comment l’université vous bichonne. Heidelberg est une petite ville, où par définition rien ne se passe loin de chez vous. Pour les musiciens, l’orchestre et les chorales de l’université recrutent chaque semestre des petits nouveaux. Assidus et dilettantes y trouveront leur bonheur pourvu qu’ils choisissent bien la leur. L’ambiance et le niveau y sont vraiment très bons et parole de choristes (nous


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sommes trois à vocaliser chaque semaine), c’est un plaisir ! descriptifs réalistes de chaque résidence étudiante, qui sont Pour découvrir le meilleur de la pop allemande, rien ne toutes bien entretenues et propres. Vous pouvez ainsi choivaut en revanche les cours de sport. Ces derniers ont lieu sir de vivre dans la vieille ville, à 5 minutes à pied de la fac sur le campus moderne, à 20 min de vélo (… ou de bus) de et de la bibliothèque ou alors dans le nouveau campus de la vieille ville. L’offre est assez énorme, il y en a pour tous l’autre côté du Neckar, proche de la campagne, mais à 20les goûts, tous les jours de la semaine. Les cours de base 30 min en bus de la fac. La chambre sont gratuits (karaté, handball, fitness, danses diverses, universitaire peut être une abdos-fessiers et autres joyeusetés). chambre seule, c’est-à-dire Si vous comptez profiter du un studio, ou une chambre séjour pour vous remettre à dans un appartement allant l’escalade, il vous faudra par de deux à huit chambres, contre débourser quelques donc de 2 à 8 personnes. euros. Dans ce cas, la cuisine et Pendant que leurs camarades la salle de bain sont à s’épuisent à la salle de sport ou à partager avec les colocala chorale, les apprentis-écrivains taires. Généralement, et poètes peuvent présenter leurs étrangers et allemands œuvres au groupe d’écriture de sont mélangés, ce qui l’université qui organise des lectudonne une bonne res chaque semestre. Pari risqué ambiance et surtout cependant en allemand, aucun permet de parler d’entre nous ne s’y est essayé jusqu’à allemand même à la maintenant. Pour déclamer de beaux maison ! En ce qui textes sans se risquer à les écrire, préconcerne la démarférez le club de théâtre, c’est plus sûr. che, elle est simMalgré tout cela, vous tournez en ple, facile et peut rond à Heidelberg ? Le service internase faire de n’imtional propose de vous faire visiter l’Alporte où : il suflemagne pour des sommes vraiment fit de remplir dérisoires. Trajets en bus entre étudiants un formulaire du monde entier, visites guidées de bonde demande 1 1 0 2 ne qualité, vous pourrez élargir vos horisur Internet (cf. 0 01 li en ne 2 d e n o ti zons en découvrant Weimar, Marburg, site ci-dessus) aux alentours des ga La délé Nuremberg, Berlin, Munich ou la mer du mois de juin/juillet. Puis le bail et d’autres informanord. tions vous sont envoyés par courrier un mois après et la C’est simple, après un semestre à Heidelberg, on comprend chambre est à vous du 1er septembre au 31 août de l’année suivante ! Les loyers s’étalent entre 150€ à 300€ par mois pourquoi les Allemands restent étudiants si longtemps. tout compris. Les studios sont, bien entendu, les plus onéSuzanne Lemardelé reux. Mais si vous préférez louer un logement à un particulier, la procédure à suivre est la même qu’à Paris, c’est-à-dire s’y Se loger à Heidelberg prendre en avance, éplucher les petites annonces et surtout Comme dans beaucoup de villes universitaires, pour se lo- être sur place pour les visites. Il faut compter environ 350€ ger à Heidelberg, il y a deux possibilités: soit déposer une pour une chambre en colocation et 500€ voire plus pour un demande pour une chambre en cité U ou alors faire les pe- studio, sans compter toutes les charges. D’après des étutites annonces pour louer un studio ou une chambre en diants qui ont opté pour cette solution, il faut vraiment colocation. s’armer de patience et se préparer à subir un entretien avec La première possibilité est de loin la plus simple. Il suffit de vos potentiels colocataires. Vous allez devoir répondre à une faire en quelque sorte son marché sur le site Internet de la série de questions (en allemand bien sûr), qui leur permetcité U d’Heidelberg: http://www.studentenwerk.uni- tront de vous cerner plus et donc de savoir si vous allez bien heidelberg.de/index.jsp. Tout y est très clairement expliqué vous intégrer dans le groupe. Avant de savoir si vous conveet abondamment illustré. Vous y trouverez notamment des nez ou non, il faut attendre une bonne semaine, si ce n’est


21 pas deux… Enfin, sans vouloir vous influencer mais juste pour vous donner une petite idée, cette année, nous logeons tous dans une résidence étudiante et en sommes contents ! Mais à vous maintenant de choisir ce qui vous conviendra le mieux! Martina Danielova

Que manger à Heidelberg ? Comme tous les mardis, je reviens du minuscule marché de Friedrich-Ebert Platz, à savoir deux stands de légumes et un de fromages. Oui mais ça vaut le coup. Des fruits et légumes locavores et des fromages français, bien forts, comme on les aime de l’autre côté de la frontière – et pas de goudas un peu laiteux, pâlots et élastiques sous la dent. Donc voilà des menus en perspective avec panais, blettes, toutes sortes de choux, courges et « légumes oubliés ». L’alternative, pour les forfaits serrés, sont les supermarchés ultra discount, comme on les connaît peu chez nous. Peutêtre les Alsaciens sont déjà familiers avec Aldi et Penny Markt… et, à l’autre bout de la chaîne, Alnatura pour les bio convaincus, avec toutes sortes de rayons de tofu et de céréales complètes. Mais Heidelberg est aussi le paradis des flemmards de la cuisine : ici la Mensa (= resto U) n’a rien à envier à Mabillon ou Port-Royal : buffet de salades et de plats chauds, poisson ou viande tous les jours ; de temps en temps soirées à thèmes (tous les premiers jeudis du mois repas bavarois et tous les dimanches Flammenküche devant le feuilleton policier préféré des allemands : Tatort). Il faut dire que notre chère Mensa a reçu le titre de « meilleure mensa d’Allemagne » (!) Ca se mérite. Et il y a peu je lisais qu’elle a également reçu la récompense de « l’Œuf d’or » pour son éthique respectable – n’acheter que des œufs ramassés à la main. Heidelberg vaut aussi le coup pour ceux qui aiment les gâteaux et les boulangeries. A la très fréquentée « Gundel » sur la place de l’Université je préfère la plus familiale « Grimm Bäckerei », notamment pour ses délicieux Mohnkuchen, gâteaux à la pâte de pavot, une spécialité que je n’avais personnellement jamais vue en France – en tout cas dans le Sud. Quant aux spécialités salées, je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit de spécifique à Heidelberg ; ceux qui ont déjà visité l’Allemagne y retrouveront les Maultaschen (gros raviolis aux légumes, parfois aussi à la viande), les Käsespätzele et les Flammenküchen. Enfin, les Allemands se débrouillent pas trop mal pour la boisson ; leurs vins rouges et leur Sekt (mousseux) gagnent une réputation, surtout auprès des palais qui supportent plus nos Bordeaux à 15°, et leurs bières, évidemment, va-

lent le coup d’être goûtées, surtout la « 33 », qui ne ment pas sur ses 11° d’alcool ! Ariane Dor

Les musées d’Heidelberg Les musées d’Heidelberg sont surprenants. Si la ville est célèbre pour son château en ruine – symbole du romantisme allemand – et pour la collection Prinzhorn – oeuvres peintes par des malades mentaux et regroupées par un psychiatre qui donne son nom à la collection – elle compte une dizaine d’autres musées plus ou moins inattendus. Parlons d’abord des musées « classiques ». Il y a bien sûr le musée de la ville (Kurpfälzisches Museum), dont l’initiative revient à un Français émigré au début du XIXe siècle, Charles de Graimberg – voilà pour l’anecdote ! – et dans lequel toutes les périodes artistiques sont représentées depuis la Préhistoire jusqu’au début du XXe siècle. L’art contemporain est exposé à côté au « Kunstverein » ; fondé en 1869, cette institution est l’équivalent de nos Centres d’art français ; son financement est en grande partie privé. Plus surprenant, depuis 1924 le Palais Weimar, qui date du début du XVIIIe siècle, abrite un Völkerkunde Museum (arts extraeuropéen) dont la collection appartient à la fondation Josefine et Eduard von Portheim. Inratable lorsqu’on se dirige vers la « Kalrstor Bahnhof » (Cinéma-Discothèque-Théâtre et accessoirement gare de la vielle ville) la cour de ce musée qui donne sur la rue, abrite un bouddha de 4 mètres de haut ! A côté de ces musées, d’autres plus insolites peuvent attirer notre attention. À la spécialité Mode et Costume d’abord, je conseille le musée du Textile (collection Max Berk), qui conserve des pièces remontant à la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Puis, pour les amateurs de pastilles à la menthe faites main, je préconise le musée de la Pharmacie qui se trouve dans une aile du château. Ensuite, le Verpackungs Museum (le musée de l’emballage) intéressera les élèves en Master « Métiers du Patrimoine » et en spécialité « Régie ». Enfin il reste les plus insolites des insolites : le Musée de la chaise, le Musée du rugby, le Musée de la navigation sur le Neckar, et j’en passe et des meilleurs ! Voilà de quoi occuper tous nos futurs expatriés Edliens pendant leurs longues journées d’hiver à Heidelberg ! Anne-Cécile Schreiner

Les nuits d’Heidelberg Vous avez trop galéré à préparer votre exposé sur la statue XIVe de Reinoldus, saint-patron de la ville de Dortmund, vous vous êtes battu pour comprendre Panofsky en allemand dans le texte (en grande partie pour pouvoir dire « je l’ai fait ! ») ? Vous vous êtes arraché les cheveux avec le pro-


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Vue nocturne sur l’Alte Brücke et le château

tocole allemand pour l’écriture des notes de bas de page ? C’est sûr après tout ça, il va vous falloir décompresser. Pour ça, l’endroit qui vient en premier à l’esprit de tout étudiant qui se respecte, La Untere Straße. Si Rennes a sa « rue de la soif », Heidelberg a sa Untere Straße (que les Bretons se rassurent, le nombre de vomis au mètre-carré reste incomparablement inférieur). De part et d’autre de cette rue piétonne joliment pavée, vous trouverez des bars, des bars et… des bars. Toutes les tendances sont à peu près représentées, fumeurs, non-fumeurs, bars tout-venants sympathiques (Palmbrau Gasse, der Reichsapfel), plutôt branchouilles (Mohrs) ou ambiance rock (Betreutes Trinken, Destille) ce dernier ayant ma préférence car outre la particularité de porter le nom du mouvement fondé par Mondrian et Van Doesbourg, un chêne a décidé d’y pousser en plein milieu (véridique). Si vous voulez vous détendre avec un concert sympa, Cave propose une Jam session Jazz tous les mardis soirs qui vaut le détour. Pour les amateurs de métal, allez jetez un œil au Schwimmbad rockt du vendredi soir, et son coverband qui envoie bien comme il faut (par contre ne restez pas après le concert, la boîte est relativement inintéressante). Si l’envie vous prend d’aller danser (façon Siva, Matisse, Terpsichore, Salomé ou tout simplement comme une personne normale qui ne se sent pas obligé de faire référence à l’histoire de l’Art toutes les cinq minutes et qui a juste envie de danser, comme ça, parce qu’elle trouve ça cool de danser, et qu’elle pense que c’est une activité qui en vaut bien une autre comme par exemple faire du récolement au musée de la Bratwurst à Handschuscheim, quoique ça lui dirait bien finalement, un bon récolement, un peu de contact avec la vie professionnelle pour s’échapper un peu de la recherche universitaire qui lui fait l’effet de la contemplation sous acides d’un Malevitch période rose… mon Dieu que cette parenthèse est longue) vous pourrez vous

© Ryan Harvey—Creative Commons

rendre à la très fameuse Karlstor Bahnhof, boîte sympa qui présente une programmation éclectique et des concerts de bonne facture, ou bien à Halle2, grande boîte industrielle derrière la gare d’Heidelberg et repère des étudiants Erasmus en mode grosse soirée pas finaude, des thèmes marrants mais qui lassent rapidement (années 90, Electrogravity, Balkan disco) ; Si vous avez le courage de prendre le Sbahn jusqu’à Pfaffendgrund (j’adore ce nom) vous pourrez découvrir Villa, un lieux autonome dans une vieille maison réhabilitée en club alternatif, bref ce qui se fait de mieux en matière de Squat à Heidelberg. Deux étages de musique, des passages secrets, une déco mi-BD mi-Bauhaus, un coût dérisoire (2€ l’entrée, 1,5 la bière) des Dj et des concerts, une ambiance qui donne envie de rester. C’est un peu loin, sauf pour les chanceux qui habitent Alcatraz (la résidence universitaire la plus proche) mais ça vaut vraiment le déplacement. Par ailleurs, chaque discipline organise sa soirée, ces dernières se ressemblent d’ailleurs sensiblement, à part la soirée médecine et son célèbre concours de costumes qui sort du lot (médecine oblige). Si vous n’êtes pas trop grosse soirée de ouf malade, préférez les WG party (soirées des résidences, dont certaines possèdent un bar) généralement très conviviales. Jean-Charles Hameau

Pour en savoir plus sur la vie de nos expatriés et le M2 à Heidelberg, retrouvez toutes les infos sur le blog qu’ils ont créé : http://edlheidelberg.unblog.fr


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MARCHÉ DE L’ART

Le marché de l’art en Suisse “Like the fella says, in Italy for 30 years under the Borgias they had warfare, terror, murder, and bloodshed, but they produced Michelangelo, Leonardo da Vinci, and the Renaissance. In Switzerland they had brotherly love - they had 500 years of democracy and peace, and what did that produce? The cuckoo clock. So long Holly.” -Le Troisième Homme

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ertes la Suisse n’a pas su faire naître un MichelAnge ou un de Vinci, mais elle a su les apprécier : les trois villes suisses les plus importantes se sont fait de belles places sur le marché de l’art mon-

dial. La Suisse alémanique cultive les arts par tradition et conviction depuis déjà longtemps. Zurich, 1 091 732 habitants, occupe la 3ème place après New York et Londres (et oui, devant Paris). Depuis les années 90, cette ville a développé de façon indépendante un centre d'excellence artistique, grâce à la présence de galeries exceptionnelles, de collectionneurs nombreux et de musées très innovants. Le commerce de l’art à Zurich pèserait plus d’un milliard de francs, selon une étude rédigée par la Hochschule für Kunst und Gestaltung. Le centre le plus représentatif de la success story zurichoise est le bâtiment de la Löwenbräu, une ancienne fabrique de bière, qui héberge aujourd'hui deux institutions d'art contemporain et plusieurs galeries parmi les plus importantes du monde. Le Migros Museum für Gegenwartkunst et la Kunsthalle sont également des points de passage obligés des collectionneurs internationaux. Un atout essentiel qui a donné à Zurich une place majeure dans le commerce de l'art se trouve à 80 kilomètres au nord : depuis 41 ans, la ville de Bâle organise l’Art Basel. Fondée par un groupe de galeristes locaux en 1970, l’Art Basel s'est imposée au fil des années comme la plus prestigieuse foire d'art du monde. Le New York Times la qualifie d'« Olympiade de l'art mondial », le quotidien parisien Le Monde de « la meilleure du monde » et la Frankfurter Allgemeine Zeitung surtitre « l'art dans sa meilleure forme ». Les 270 meilleures galeries d'Europe, des Etats-Unis, d'Asie et d'Australie, désignées suite à une sélection rigoureuse, exposent des œuvres modernes et contemporaines de haute qualité : peintures, sculptures, installations, photographies, imprimés, vidéos et multimédia, tout comme des prestations de plus de 2.500 artistes. Les maîtres d’art moderne et contemporain les plus renommés, de Picasso, Miro, Klee, Warhol et Beuys à la nouvelle génération y sont représentés. Mais attention, la Suisse romande est déjà en mouvement pour rattraper ses compatriotes de l’Est. Genève : petite bourgade étendue au bord du lac, propre, paisible et passablement ennuyeuse. La cité de Calvin a gardé certains côtés qui en faisaient le Kaboul du XVIe siècle. Surtout depuis que l’on a décidé de fermer la plupart des lieux de concerts.

Genève, ville morne et maussade ? Sûrement pas dans tous les domaines : depuis l’ouverture du Mamco (Musée d’art contemporain) en 1994, tout un réseau artistique s’est mis en place et développé, de sorte que Genève est devenue aujourd’hui un véritable carrefour du commerce de l’art. Dans le Quartier des Bains, tout près du Mamco, on compte une trentaine de lieux dont quinze ont ouvert ces trois dernières années. Trois fois par an, à l’occasion de la « Nuit des Bains » ces galeries organisent un vernissage commun qui attire 4.000 personnes provenant de tous les milieux. Et au mois de novembre, Larry Gagosian, considéré comme l’un des galeristes et marchands d'art les plus importants au monde, y a ouvert bureaux et galerie. Le public vient d’ailleurs à Genève plus facilement de Paris ou de Londres que d’autres villes suisses, comme Zurich par exemple. L’intérêt de Genève ? Il y a autant de types d’activités que de galeries ou d’institutions. La ville ne possède cependant pas encore cette tradition d’engagement au public qui fait tout l’attrait de Zurich. Il faut désormais augmenter le budget des musées, et penser à refournir des espaces de travail abordables à des artistes, ce qui n’est plus le cas depuis que Genève a fermé tous ses squats… La culture francophone de Genève fait aussi la différence : de plus en plus de Parisiens se « replient » désormais sur cette ville. Genève représente une sorte de délocalisation confortable. Car la France reste « compliquée », administrativement et légalement. Mais d’où vient donc cet attrait pour la Suisse ? D’abord, c’est une zone franche. C’est un avantage indéniable, car cela permet d’éviter la TVA en totale légalité, avant une taxation de l’œuvre au lieu de sa destination finale. Les œuvres acquises en Suisse doivent être exportées de la zone franche dans les six mois. Par contre, les œuvres provenant de l’étranger peuvent y être stockées sans limite de temps. Et les acheteurs ? Treize des deux cents plus grands collectionneurs du monde habitent en Suisse, à en croire le classement établi par le magazine Art News. Beaucoup de clients fortunés, dont beaucoup sont liés au milieu bancaire, viennent s’établir notamment à Genève, place financière importante, avec ses «family offices» enclins à des investissements nombreux et diversifiés. Une TVA modérée, du personnel extrêmement compétent et un environnement très international… Atout helvétique supplémentaire : la sécurité. Mathilde Henzelin


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CINEMA

De l'Olympe à Hollywood Suite de la page 1

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our comprendre d'où vient ce goût du cinéma olympien, il faut plutôt regarder du côté de l'Europe. Les premiers à tâter de l'antique sur celluloïd sont les Français avec L'Île de Calypso : Ulysse et le géant Polyphème en 1905. Mais les véritables fondateurs du genre sont les Italiens, qui dans les années 1910 créent les premiers blockbusters, des longs métrages (nouveauté !) bénéficiant d'énormes budgets. Le péplum, film à coloration antique, devient un des nerfs de ce nouveau type de production. Il intègre le film à dieux grecs qui n'en représente cependant qu'une petite partie, noyé au milieu des drames romains sur Messaline, Néron ou César et des récits épiques tendance orientale avec au choix Moïse, Jésus ou Ramsès en figure centrale. Encouragés par le franc succès de ces premières grosses kitcheries, les Italiens ont persévéré, pour aboutir dans les années 50 au péplum transalpin dans toute sa splendeur et offrir aux dieux grecs une place de choix sur les écrans. Cet essor du péplum correspond au développement des investissements américains dans le cinéma italien. De nombreux films hollywoodiens commencent à être tournés à Cinecittà. On peut alors séparer la production en deux catégories : le péplum noble, avec une équipe entièrement américaine et un sujet classique comme Cléopâtre, l'histoire biblique ou la décadence romaine et le péplum spaghetti, réalisé par des Italiens avec des équipes assez internationales et des sujets moins cotés. Les films à dieux grecs se placent clairement dans cette catégorie. C'est l'âge d'or des Maciste, l'homme le plus fort du monde, Ursus fils d'Hercule, Samson et autres Goliath bodybuildés. Mais c'est surtout l'apparition du plus divin des héros grecs, de l'ultime champion en toge et en muscle : Steve « Hercule » Reeves. Dans Hercule et Hercule enchaîné (1958 et 1959), l'ancien Monsieur Univers prête ses traits et ses biscottos au demi-dieu et entre dans la légende du péplum.

Avec ses stars américaines, ses histoires antiques et ses capitaux américains, c'est un péplum patchwork qui part à la conquête de la planète. Le genre connaît un très grand succès, Steve Reeves devient l'acteur le mieux payé de la planète et Hercule un des héros cinématographiques les plus populaires. D'autres acteurs plus renommés vont alors s'engouffrer dans la brèche du film à dieux grecs. Kirk Douglas en est l'exemple parfait. En 1954, alors qu'il est déjà un acteur reconnu ayant tourné pour Minnelli, Hawks ou Mankiewicz il part en Italie pour y tourner un film mythologique sous la direction de Mario Camerini, Ulysse. Le film montre l'errance du roi d'Ithaque et les épreuves qu'il surmonte pour pouvoir retrouver sa patiente Pénélope. Le tout dans une atmosphère magique et épique, propre à rendre le danger merveilleux de ces aventures, entre une Circée charmeuse, des sirènes, des tempêtes et des monstres en tous genres. Le film ultime de cette période de gloire reste le mythique (c'est le cas de le dire) Jason et les Argonautes de Don Chaffey, sorti en 1963. Récit épique dans les règles avec errance, épreuves, ennemis et trahisons, le film reste surtout dans les mémoires pour les trucages de Ray Harryhausen, magicien des effets spéciaux old school. Les petites merveilles qu'il accomplit à l'époque nous paraissent aujourd'hui délicieusement désuètes comme les zombies fluorescents ou le gigantesque Poséidon, mais elles donnent au film une ambiance particulière, artisanale et envoutante. Malheureusement, le film de Chaffey est le dernier grand film italo-américain de l'âge d'or du péplum. Au cours des années 60, les studios hollywoodiens connaissent une crise immense qui les oblige à abandonner les projets pharaoniques et les films démesurés. Les films d'inspirations antiques se rabattent sur des moyens de production plus modestes. On commence à réutiliser les décors, on emploie des acteurs moins connus, moins

© Sébastien Passot


25 talentueux, des culturistes et des pinups qui passent bien à l'écran et surtout on use jusqu'à la corde des filons qu'on sait juteux et que l'on peut exploiter sans trop de frais. Hercule devient une franchise et le demi-dieu se met à affronter tout et n'importe quoi. Le tout venant mythologique d'abord dans des films comme Hercule et la reine de Lydie, Hercule à la conquête de l'Atlantide ou encore Hercule contre Goliath dans lequel apparaît... Ulysse. Mais le meilleur reste à venir. Puisque Hercule est le meilleur élément du film à dieux grecs, pourquoi ne pas le confronter à d'autres univers populaires de série B ? Hercule se frotte alors à tous les genres et le péplum accouche d'objets hybrides comme Hercule contre les vampires avec Christoper Lee, Hercule contre les fils du soleil où le demidieu affronte des Incas ou bien encore Hercule à NewYork. Malgré la très évidente qualité de ces productions, le genre finit par s'essouffler et Hercule, Maciste, Sam-

son ou Ursus disparaissent du grand écran. On les retrouve alors dans des séries télé de qualité encore plus faibles (si, si, c'est possible) qui ne durent heureusement pas longtemps. Le film mythologique antique touche le fond. Si c’est par Hercule que la chute arrive, c’est aussi par lui que viendra la Renaissance avec un grand R. Après 30 années d’humiliation à grands coups de jupettes et monstres en papier, les années 90 sonnent enfin le retour des grandes fresques à l’antique. A cette période, un autre phénix renaît de ses cendres. Les studios Disney travaillent sur divers projets en même temps. Au milieu de la Petite Sirène, le Roi Lion, Aladdin, Pocahontas et la Belle et la Bête (dans le désordre), on voit dès 1993 les studios plancher sur le personnage d’Hercule. Il faut dire que le demi-dieu vient admirablement compléter la série des nouveaux héros Disney, qui manquaient, il faut bien l’admettre, de pouvoirs magiques. Avec cet opus, sorti en 1997, la maison de production la plus innovante du moment, dépoussière notre homme (enfin mi-homme) qui avait été bien malmené. Sans se départir de la verve comique héritée de la série B, Disney redonne de la crédibilité à un genre

qu’on croyait disparu. Pour autant, l’arrivée au sommet (de l’Olympe) va prendre encore quelques années. En 2000 Ridley Scott réalise un des films les plus marquant de ce début de millénaire : Gladiator. Il se hisse à la deuxième place du box office mondial sur le total des films sortis cette année-là. Le film est à l’origine de ce que l’on a nommé « Gladiator Effect » outre-Atlantique. Il s’agit d’un engouement subit pour le monde antique. Non seulement les petits enfants accrochent des posters du Colisée dans leur chambre, mais en plus, les américains se mettent à acheter les biographies de Cicéron, les méditations de Marc-Aurèle et autres produits dérivés littéraires (comme quoi, tout arrive). Bien évidemment, la principale influence se fait sur Hollywood lui-même qui s’aperçoit de la manne financière et des possibilités inexplorées que peuvent porter le genre. C’est donc reparti pour le film à l’antique. On peut aller voir Troie (Wolfgang Peterson, 2004), Alexandre (Oliver Stone, 2005) ou encore 300 (Zack Snyder, 2007). Ici, Antiquité ne rime pas forcément avec divinité. Les producteurs se concentrent dans la lignée de Gladiator sur des faits « historiques », plus centrés sur le drame humain individuel. Une dernière tendance va permettre à notre famille Olympienne de revenir sur le devant de la scène. On retrouve exactement les mécanismes de renouvellement pour un autre genre dans les mêmes années : celui des super héros. Tim Burton relance Batman au tout début 90, mais c’est avec la série des Spider Man au début des années 2000 que le genre va exploser. On ne compte plus le nombre d’adaptation de héros sortis de tous les comics possibles et imaginables. Le péplum new age et le film de super héros ont donc cohabité pendant une bonne dizaine d’années,


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CINEMA Les 3 règles du dieu made in Hollywood Gigantesque tu seras. Très grand. Tellement grand que le dieu rétrécit comme un cachemire passé en machine afin de se fondre parmi les mortels. La preuve : Kevin McKidd / Poséidon dans la séquence d'ouverture de Percy Jackson le voleur de foudre. Poséidon également dans Jason et les Argonautes. La paillette tu arboreras. Trop ghetto mon frère. L'immortalité, l'Olympe, c'est sympa mais rien ne vaut un petit vêtement de lumière pour vraiment en jeter et pour bien faire comprendre à ces ploucs de mortels qu’ils sont des pécores de seconde zone. La preuve : Liam Neeson / Zeus dans Le Choc des Titans. Liz Taylor arrivant tout d'or vêtue à Rome, dans Cléopâtre. Résultat : ils sont fous ces Romains, ils l'ont tous prise pour Isis. Et dans l'Hercule de Disney c'est encore mieux, les dieux sont comme des lucioles, ça brille de partout et ça éclaire la maison. De GrandeGrande-Bretagne tu viendras. L'acteur shakespearien constitue pour les Américains le fantasme de la culture classique. Sa diction impeccable, son accent distingué et son port aristocratique en font un être d'exception, à même d'endosser la toge dorée du dieu olympien. Des exemples ? A la pelle ! Laurence Olivier, Kevin McKidd, Liam Neeson, Ralph Fiennes, Honor Blackman, Sean Bean…

jusqu’à ce que subrepticement, on assiste à leur accouplement. C’est ici que le dieu grec entre en scène. Il a toutes les qualités requises. Il vit dans une époque rêvée par la moitié du public depuis que Russell Crowe a roulé des mécaniques dans des arènes de campagnes, et surtout, il possède des supers pouvoirs magiques capables de détruire la Terre. Car oui, dans leur grand come back, les dieux grecs sont devenus des super héros avec des supers missions ou alors des supers méchants capables de super détruire la Terre si le super demi-dieu ou le super mortel ne vient pas à la rescousse. C’est ainsi que l’on peut énumérer les films sortis récemment qui exploitent cette double influence : Percy Jackson le voleur de foudre de Chris Colombus, en 2009, nous met en scène un super adolescent ou Harry Potter américano-grec qui découvre sa filiation divine et est envoyé dans un camp de héros grecs en pleine forêt. Muni de ses Converses ailées, il faudra qu’il rattrape Hermès qui a volé le foudre de Zeus. Le choc des Titans de Louis Leterrier sorti en 2010 revient aux origines avec bastons, pouvoirs et créatures magiques et au centre, un Persée qui n’a peur de rien. L’engouement ne s’arrête pas là. Il faut nous attendre à voir surgir une nouvelle version du mythe des Titans avec Henry Cavill (le duc de Suffolk dans les Tudors) en Thésée new look, sortie prévue cette année. On pourra aussi voir La Colère des Titans, qui n’est rien d’autre que Le Choc des Ti-

tans 2 prévu pour 2012. Il y aura aussi des déclinaisons, avec le film Thor, qui sera plein de dieux un peu plus nordiques, mais toujours avec les mêmes codes de représentation. On y retrouvera la belle Natalie Portman et Chris Hemsworth fraîchement débarqué de Star Trek. Sortie cette année. Cette déferlante de dieux grecs risque bien à terme de lasser le public, Hollywood ayant le chic pour fabriquer des copies à la chaîne jusqu’à épuiser le filon et à en trouver un autre plus prolixe. Mais n’ayons crainte, la divinité antique s’en est toujours bien sortie et reviendra puisque comme on l’a vu, le cinéma puise souvent à sa source pour rafraîchir son imagination. Les effets spéciaux nécessaires à la représentation du magique dans le monde de l’Olympe sont d’ailleurs ce qui intéresse et a toujours intéressé les cinéastes. Beaucoup ont cherché depuis le début du 7ème art, en fixant le mouvement sur la pellicule, a montrer aux spectateurs ce qui était invisible pour leurs yeux et leurs esprits dans le réel. De là à dire que le cinéma a pris la place de la peinture pour dépeindre à la fois l’Histoire et l’allégorie, le mythique et le divin en l’enrichissant de ses techniques, il n’y a qu’un pas. Mais ça, c’est une autre histoire.

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RIEN Et si on refaisait l'Olympe ? Juste pour le plaisir cinéphile hein !

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cocu difforme, on opte pour Ron Perlman, le Salvatore du Nom de la Rose et le diable Hellboy. Habitué aux rôles monstrueux, il a tout pour incarner le misérable dieu des forges.

Héra : Sean ne peut se contenter d'une ménagère de plus de 50 ans. Il lui faut la crème de l'actrice, donc Meryl Streep. Le feu sous la glace et le port aristocratique en font la compagne idéale du divin écossais.

Apollon : Pour ce splendide garçon, qui d'autre que le favori de ces dames, Mister Jude Law ? Jeunesse, blondeur à croquer (ndlr et dégarni…), sourire charmeur et petit côté coquin font de lui le candidat idéal pour le rôle du playboy de l'Olympe.

eus : Qui d'autre que Sean Connery, impériale incarnation du papy sexy, pour se glisser dans la toge du roi des cieux ? Charme ravageur chez les nymphettes, pilosité légendaire. Parfait.

Hadès : Froid, morbide et noble, Christopher Lee EST Hadès. La carrure élancée, la voix profonde, la mélancolie élégante et la capacité à transformer un personnage négatif en une créature hybride, fascinante et horrifiante, donc délicieuse. Perséphone : Belle reine d'un royaume d'ombres, lumineuse et ambiguë. À l'unanimité : Natalie Portman. Tout ce qui fait une jeune première, la grâce, le charme, mais avec un côté sombre qui ira très bien sur les bord du Styx. Aphrodite : Glamour, la déesse est la vamp de l'Antiquité. Il nous faut donc une créature sexy, voluptueuse, au charme magnétique. Qui mieux que Scarlett Johansson pour prêter ses courbes et son aura de pin-up à la déesse de l'Amour ?

Arès : Là on coince un peu car les gros bras sont légion à Hollywood et on ne saurait choisir entre Sam Worthington, Christian Bale ou tout autre bodybuildé récent. On tente Clive Owen, pour son côté sombre qui va si bien avec le caractère tumultueux du rejeton d'Héra. Athéna : Beauté froide à l’intelligence aiguisée, tacticienne hors-pair et docte conseillère, le rôle est taillé sur mesure pour Cate Blanchett dont le charisme naturel n’est plus à démontrer. Usant avec subtilité de ses charmes et de sa ruse, elle aidera nos héros favoris à surmonter toutes leurs épreuves. Dionysos : Zach Galifianakis of course ! Qui ? Le pochtron de Very Bad Trip, le compagnon insupportable de Date Limite. Bon vivant et sans aucune prétention à la dignité et à la classe, un dieu du vin plus vrai que nature !

Héphaïstos : Pour ce rôle ingrat de

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Artémis : Amazone impitoyable faite pour le combat, Uma Thurman des temps anciens. Indomptable et prête à tuer, la Mariée n'a qu'à enfiler toge et carquois pour se fondre dans le rôle. (les amateurs de brunes choisiront l'option Angelina Jolie, tendance Lara Croft of course) Poséidon : Depuis qu’il ne quitte (presque) plus son look de barbu aux cheveux gras du Dude de The Big Lebowski, Jeff Bridges nous semble posséder les qualités algueuses et la classe un peu trash du dieu des mers.

Démeter : Parce qu’on l’imagine facilement avec une serpe et une gerbe de blé à la main, le beau regard mélancolique de Kate Winslet siérait assez bien à la figure maternelle infortunée de notre Panthéon. Hermès : Avec ses airs à la fois vif, rusé et sournois, Jesse Eisenberg, héros de The Social Network, incarnerait très bien le messager des dieux, protecteur des voyageurs mais aussi des voleurs !

Sophie Paulet & Anaïs Raynaud Illustrations : Camille Boisaubert (couverture) & Thaïs Arias

Perles de profs « Je n'essaie pas d'avoir un regard métathéorique sur les œuvres » François-René Martin, perdant son public « On a besoin de deux cercles concentriques mais évidemment parallèles » D. Jarassé à géométrie variable « Ca sent la simonie, ça craint ça ! » D. Barthélémy et la peur de l’ecclésiaste « Les hongrois se sont convertis au IXe siècle et les arabes... ne se sont jamais convertis. Ils étaient musulmans à l’époque... et ils le sont toujours » D. Perrier et l’évidence « Alors l'orant c'est L'O-R-A-N-T et pas Laurent le pote à Bob. » D. Perrier, Errare humanum est « Si vous n'avez pas reconnu Thoutmosis III, ce qui peut arriver... » J.L Bovot, intransigeant


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UNE SPÉ...

Une spé, un fantasme

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ors de la première année à l’Ecole du Louvre, qu’il s’agisse de la 1A ou d’une arrivée par équivalence, l’élève est confronté à faire un choix difficile, celui d’une ou plusieurs spécialités. Ce choix est constitutif de l’enseignement que lui apporte l’Ecole du Louvre. On pourrait croire que l’élève tergiverse selon ses goûts, ses passions et le rêve qu’il a de la ligne à remplir lors de son inscription au Pôle Emploi. Seulement voilà, comme on dirait dans Confessions Intimes, l’élève ne fait qu’obéir, tout conditionné qu���il est, à ses pulsions ensevelies et ses inassouvis fantasmes. La spécialité, donc, comme expédient d’une sexualité latente. Bon, comme dans toutes sexualités, il y a les abstinents, essentiellement involontaires. Ceux qui préfèrent penser et à qui je vais devoir panser le cœur dans le prochain numéro. Ils sont un peu le spam de tout Docteur Love : à peine une nouvelle rubrique, les voilà qui débarquent en masse avec toujours la même question « je n’arrive à rien, comment qu’on fait ? ». La spécialité la plus passive, sous le fallacieux et rassurant prétexte d’en faire le moins pour ne pas interférer avec l’objet d’étude, est l’Anthropologie, qui voulant étudier l’Homme finit par l’éviter, le rater et finir seul, vieux et déprimé. L’élève en Anthropologie est donc atteint de masochisme. Mais il étudie quand même parfois des pratiques rigolotes comme le maraîchinage (sans y participer pour ne pas interférer), usage ancien (jusqu’au XIXe siècle) pratiqué en France du centre-ouest qui consiste en un partage traditionnel d’un lit par un couple n’ayant pas ou pas encore de relations sexuelles (encore et toujours l’abstinence). L’anthropologie est une version sexuée des Arts et traditions populaires. Après la plus active à ne rien faire, voici l’Iconographie Iconographie, Iconographie la plus active dans le domaine intellectuel, seulement. Elle est la spécialité de ceux qui fantasment pouvoir penser et classer les fantasmes et les perversions des autres avec comme base les contes universellement connus : le narcissisme de la tante de Blanche-Neige, la frigidité passive de la Belle au bois dormant, l’inceste de Peau d’Ane ou encore la sexualité polymorphe des Sept nains. Tout aussi gamine, la spé Histoire du Dessin regroupe les adeptes de l’anaclitisme, les excités sexuels par des objets ou des activités réservés au enfants, comme les jouets, la fessée et bien évidemment le gribouillage (principalement sur les murs d’une chambre) que tout parent qualifie de « oh le beau dessin ». Les historiens du dessin présentent visiblement une grave carence en amour parental qu’ils tentent de retourner vers leurs profes-

seurs, dommage pour eux (les parents qui devaient avoir de bonnes raisons, les élèves et les professeurs). En grandissant, l’enfant se dote de la parole, ce qui lui permet de rejeter la faute des gribouillis dessinés sur les murs sur sa petite sœur et surtout finit par, tout penaud devant la classe, devoir répondre à la question de ce qu’il aimerait faire plus tard. Là, son petit cerveau se met à fonctionner réellement et lui pond l’admirable réponse : soit pompier, soit maîtresse, soit archéologue dans les pyramides. Bon, soit, archéologue, une profession de chômeurs pour passionnés, mais chacun ses rêves, hein, petit. A l’Ecole, te sont proposés plusieurs enseignements pour t’apprendre à faire les poubelles des civilisations disparues et te permettre à ton tour de survivre dans la rue. La spécialité archéologique la plus courue est sans nul doute l’Archéologie égyptienne, égyptienne ce qui s’explique par les mystères de la civilisation et par les momies. Surtout les momies. L’élève en Archéologie égyptienne raffole de la momification, une des quelques ramifications du bondage, qui consiste à envelopper le corps entier de bandelettes (bandes chirurgicales, film plastique, papier hygiénique) à la façon des anciens Egyptiens, exception faite des parties érogènes... Mais il n’y a pas que de la pyramide que le vieil hareng saur, mais le Proche-Orient ancien aussi tourne à la manière des sceaux-cylindres autour des animaux, un peu trop d’ailleurs. L’Archéologie Archéologie orientale est la spécialité des représentations animales, chaque région en possédant une presque spécifique, et donc évidemment de la zoophilie (dans tous les sens du terme) : capriné, chien, ibex, oiseau, taureau, serpent. Je ne citerai que l’exemple de l’Iran et de son attirance assez particulière pour les serpents, que l’on nomme ophidicisme. Pour bien se démarquer de ces peuples barbares et pervers, la spécialité étudiant le monde grec s’est déjà intitulée Histoire de l’Art et archéologie du monde grec, grec rien moins que cela. On sent tout de suite la fracture du Bosphore entre la Civilisation et le monde sauvage. Cette totale différence se répercute évidemment chez les élèves, qui réfutent les perversions contrenatures et privilégient l’agoraphilie et l’homilophilie, à avoir l’excitation sexuelle provoquée respectivement par les foules et par l’éloquence. Au même moment, en Italie, éclipsé d’abord par le monde grec puis par la puissance de Rome, le monde étrusque et italique ainsi que les élèves osant l’étudier survivent à cette frustration par leur penchant pour l’allorgasmie. Il s’agit de l’impossibilité d’atteindre l’orgasme avec quelqu’un (Porsenna) sans fantasmer un partenaire plus désirable (Marcellus au beau fessier). Pour sécher leurs larmes, l’Ecole les a gratifiés d’un intitulé de spécialité iden-

1. Brenda B. Love, Dictionnaire des fantasmes, perversions et autres pratiques de l’amour, Paris, Editions Blanches, 2000.


29 tique à celui des mondes grec et romains, Histoire de l’art et archéologie étrusque et italique, italique mais c’est bien pour ne plus les entendre renifler à la Bibliothèque. Quant à Rome, après avoir assimilé ses origines italiques et s’être nourrie d’Athènes, il lui a bien fallu que ces paysans embourgeoisés régurgitent, ce qui a entre autre donné le triclinium et les orgies. Que ce soit en famille ou en soirée, le Romain vomit et, sur ce modèle antique, l’élève en Histoire de l’art et archéologie du monde romain pratique tout naturellement l’émétophilie (excitation sexuelle pour les vomissements, également surnommée « douche romaine » dans les soirées hype d’un certain type). L’enseignement du latin ne réveille pas seulement des envies de haut-le-cœur lors des séances de versions de Tacite ou de Pline le Jeune, mais peut également donner la Gaule à Jules César comme aux collégiens. Ainsi, l’Archéologie Archéologie de la Gaule est une spécialité qui naît principalement avec la traduction de La Guerre des Gaules du grand chauve [à cuirasse] à col roulé qu’était Jules et la lecture du fleuron de l’industrie littéraire française qu’est Astérix le Gaulois. Les edliens qui rôdent en cette spécialité ne connaissent leurs frissons de plaisir qu’à travers deux fantasmes, l’excitation sexuelle provoquée par la pilosité, la pilophilie (oulala, toute cette Gaule chevelue, ça me donne la chair de poule) et celle issue de la peur, la phobophilie (qu’ils recherchent auprès des barbares, de leurs pénétrations répétées sur le territoire gallo-romain et des noms de leurs peuplades frustres et indomptées). Avant nos ancêtres les Gaulois, il y avait des gens qui ne comprenaient rien à la vie, qui se demandaient même comment faire des bébés. Sourire béat et ventre en avant, voici venir, parmi d’innombrables d’autres exemples, la Vénus de Brassempouy, donnant une des toutes premières représentations artistiques d’un fantasme : la maïeusophilie est l’attirance sexuelle pour les femmes enceintes. Mais nos amis d’Archéologie Archéologie de l’Europe préhistorique ne vivent pas qu’avec le secret espoir de retourner dans le ventre de leur mère, ils aiment les ossements, rares matériaux qu’ils peuvent encore découvrir. Outre donc les statuettes maïeusophiles en matières dures animales, les ossements se situent dans les tombes. Les spécialistes de l’Archéologie de l’Europe préhistorique sont un mélange étonnant, si ce n’est détonnant, d’attirance sexuelle pour les femmes enceintes et les cimetières (taphophilie). Ils partagent d’ailleurs ce dernier fantasme avec les spécialistes des catacombes, réunis en Archéologie chrétienne lors de leurs agapes, ces orgies tolérées car non païennes. Mais l’Archéologie chrétienne n’attire pas vraiment des fous d’archéologie, c’est le christianisme qui leur sert de moteur à fantasme : lors desdites agapes dans les caveaux obscurs et humides que sont les amphis des spés, ils enfilent leur chemise chrétienne (chemise de nuit pour femme percée d’un trou

orné de phrases moralisatrices du genre « Dieu le veut » à l’endroit du sexe et ayant pour but de fuir le contact physique et donc le plaisir, considéré comme impie chez les chrétiens, pour se concentrer sur la procréation) pour apaiser leur hiérophilie (attirance sexuelle pour les objets sacrés) et leur pecattiphilie (excitation sexuelle provoquée par le péché). La dernière spécialité archéologique, celle d’Archéologie Archéologie et patrimoine militaires, militaires est un peu à part. A son intitulé répondent des fantasmes violents, paramilitaires. Tous sujets à l’algophilie, l’excitation sexuelle produite par la douleur (sans pour autant être du sadomasochisme), certains d’entre eux poussent le vice et le plaisir jusqu’à l’acrotomophilie, l’idée d’avoir des relations sexuelles avec une personne amputée. Un fantasme assez tordu puisqu’il peut mêler à la fois l’envie de secourir un handicapé, la crainte de se voir dans cette situation-là, le fétichisme, le sadisme par procuration, une défaillance de l’estime de soi et un prétexte pour masquer une défaillance. Avis aux amateurs quoi. J’ai bien conscience que les élèves relevant des spécialités sus -mentionnées sont de drôles de cas, presque condamnés à se satisfaire entre eux. Pour celles et ceux qui veulent faire dans la drague transspécialité, voici trois petites spécialités testées et approuvées, et surtout dont les fantasmes sont tournés vers les autres. Des spécialités aux fantasmes altruistes, voilà de quoi combler ceux en mal d’amour. Etudiant la mère des autres techniques permettant l’Art reproductible, l’Histoire Histoire de l’Estampe ne connaît que la polyitérophilie, mère également des autres fantasmes altruistes puisqu’il s’agit de la particularité de ceux qui doivent connaître plusieurs partenaires avant d’atteindre l’orgasme. Viennent ensuite l’Histoire Histoire de la photographie et l’Histoire Histoire du cinéma. cinéma Alors que la première demande une certaine passivité de pose, la seconde requiert une activité de la part des protagonistes. Axées sur le sens de la vue, ces deux spécialités partagent leurs fantasmes, seule la préférence actif/passif permet de les différencier. Leurs fantasmes sont la scopophilie qui est l’excitation produite par le sens de la vue avec ou sans (voyeurisme) consentement des observés et l’oculophilie (excitation provoquée par le regard, dont Descartes était atteint). L’oculophilie peut connaître un passage à l’acte appelé oculolinctus (action de lécher le globe oculaire d’un partenaire). Mais rassurez-vous, il n’y a qu’un seul cas documenté de pénétration orbitale : il s’agissait d’une prostituée borgne des Philippines qui ôtait son œil de verre pour y accueillir le pénis de ses clients. Enfin quand même, par précaution, si vous draguez un élève d’une de ces deux spécialités, plongez dans son regard à la recherche


30 d’un œil un peu absent. Comme l’Histoire de la photographie et l’Histoire du cinéma, les spécialités Patrimoine industriel et Histoire de l’art du XIX e et du début du XX e siècle ont des fantasmes et des perversions communs qui gravitent autour des innovations dues au progrès scientifique et industriel. Les élèves en Patrimoine industriel sont excités par le mécanoérostime, ces objets mécaniques dédiés au plaisir sexuel. Ca peut aller du plus simple, le godemiché, au plus sophistiqué. Ainsi, les ouvrages du marquis de Sade regorgent d’idées bricolage. Pour avoir un aperçu de ce que cela peut donner, le musée de Scotland Yard présente une « machine pour célibataire », appareillage complexe de câbles permettant à un homme d’aller et venir entre des appareils mécanoérotiques (malheureusement pour lui, un câble lâcha et il mourut empalé). Quant à la spécialité Histoire de l’art du XIX e et du début du XX e siècle, siècle elle s’éclate dans le progrès : électrophilie (amateur de stimulation par décharge électrique), sidérodromophilie (excitation sexuelle provoquée par les trains), téléphonicophilie (conversation téléphonique érotique entre deux participants consentants ou avec une tierce personne, souvent le mari appelé par la femme adultère). Des geeks d’un autre siècle. Pour finir sur les spécialités à enseignement temporel, la spécialité Art du XX e siècle se situe dans un cas assez particulier puisqu’elle étudie un siècle dorénavant révolu mais dont les protagonistes peuvent être encore vivants. Elle présente donc un intérêt dans l’âge de ses auditeurs libres. Ceux-ci viennent étudier l’art de leur temps, d’un temps pas si vieux que cela. Les élèves s’y inscrivent pour assouvir leur gérontophilie. L’éventail gérontophile est étendu ce qui permet d’ouvrir des perspectives : aphamégamie (attirance pour un homme plus âgé), matrolagnie ou anililagnie (attirance pour une femme plus âgée) et chronolagnie (excitation pa la différence d’âge). Il s’agit d’une spécialité où les élèves et les auditeurs libres peuvent vivre leurs fantasmes en autarcie. Désolé pour vous, mais il faut trouver une autre cible. Le corpus des spécialités eurocentrées que sont Histoire de l’architecture occidentale, Architecture, décor et ameublement des grandes demeures, Histoire de la sculpture, Arts décoratifs et enfin Histoire de la mode et du costume sont

UNE SPÉ... une mine de potentialités dans laquelle puiser pour noyer votre chagrin de ne pas pouvoir draguer dans la spécialité Histoire de l’architecture occiHistoire du XXe siècle. L’Histoire dentale regroupe les élèves atteints de claustrophilie, l’excitation sexuelle provoquée par l’enfermement. Oui, drôle de fantasme que d’être claustrophile dans des grandes espaces. Mais apparemment, Versailles est déjà presque trop petit pour eux. Sans doute une conséquence d’une agoraphobie des foules de touristes semblant réduire l’espace réel. Il faut quand même noter qu’une phobie a créé un fantasme, lolilol non ? Quant à la spécialité Architecture, décor et ameublement des grandes demeures, demeures elle est définitivement atteinte de normophilie, ce goût exagéré de la normalité et cette angoisse de ne pas se conformer aux règles en vigueur. Conformer la décoration de sa chambre sur celui du château de Chantilly, voilà de quoi calmer quelques ardeurs de relations longue durée. Bref, passons au décor des lieux et des jardins. Déjà la sculpture, représentée par l’HisHistoire de la sculpture, sculpture voit ses élèves céder aux charmes du pygmalionisme (ou agalmatophilie), l’acte charnel réalisé avec une statue. Outre Pygmalion et sa statue, on peut citer Clisiphe qui abusa de la statue d’une déesse dans le temple de Samos. Ce complexe de Pygmalion est depuis étendu au fétichisme du mannequin et de la poupée gonflable. Les élèves inscrits dans cette spécialité ont visiblement un gros besoin d’amour qu’il faut combler, je compte sur vous. Sinon, autre spécialité dans le domaine de la décoration intérieure, les élèves en Arts décoratifs sont excités par l’idée de puissance, de richesse et de statut social. Il s’agit de timophilie. Parmi les mentors de cette spécialité, on peut citer Caligula qui aimait se vautrer dans l’or, la Païva et sa baignoire en marbre aux trois robinets (eau froide, eau chaude, champagne) sertis de pierres précieuses ou encore Marilyn Monroe qui dormait nue avec Chanel n°5. Enfin, la spécialité Histoire de la mode et du costume rassemble des élèves relevant d’au moins trois fantasmes : l’hyphéphilie (excitation sexuelle produite par les tissus), l’endytophilie (acte sexuel avec un partenaire vêtu plutôt que nu) et l’altocalciphilie (excitation sexuelle due aux chaussures à talons hauts). Ainsi, ces cinq spécialités étudiant le contenant et le contenu, des murs au dressing en passant par la décoration du jardin, sont conseillées aux edliens voulant bâtir une relation stable et de longue durée, fonder une famille, s’ennuyer entre quatre murs et voir la vie défiler sans eux par la fenêtre. Pour glisser doucement des spécialités traitant du continent européen à celles s’intéressant au reste du monde, rien de tel que les deux spécialités concernant la peinture. La spécialité de la Peinture française accueille des gens aux fantasmes simples, ceux de nymphophilie (goût pour les jeunes mineures) et d’hébéphilie (attirance pour les jeunes mineurs). Ces deux fantasmes n’impliquent pas forcément le


31 passage à l’acte sexuel et donc pédophile. Quant à la spécialité Peinture étrangère, étrangère elle n’attire que les élèves ayant un goût pour la xénophilie, l’attirance sexuelle pour l’inconnu et les étrangers. Quittant le continent européen, les élèves étudiant dans les spécialités suivantes possèdent certes tous un petit fond de xénophilie mais celui-ci est relégué à des fantasmes et des paraphilies plus terrifiantes que celles jusqu’à présent énoncées. Je vous propose donc un tour du monde, de l’Afrique aux Amériques, des pratiques traumatisantes2 auxquelles vous vous exposez en cherchant à draguer un membre d’une de ces spécialités. Le continent africain est baigné de soleil. Pas étonnant donc que les élèves de la spécialité Histoire des arts de l’Afrique soient avant tout sujets à la thalpotentiginie, l’excitation sexuelle produite par la chaleur. L’utilisation d’un sèche-cheveux ou d’un sèche-mains de toilettes publiques (quand la thalpotentiginie est associée à l’exhibitionnisme) est le meilleur des palliatifs au soleil africain. La scarification ethnique constitue également un attrait évident pour certains élèves. Mais, sans pour autant les juger, les plus pervers sont ceux atteints de sitophilie (utilisation de la nourriture à des fins sexuelles)... Dans un registre plus lolilol, nos amies d’Histoire Histoire des arts de l’Islam suivent les cours dans l’espoir d’apprendre la technique de la kabazzah... (ndlr nous laissons le soin à nos lecteurs de poursuivre leur curiosité naturelle quant à cette pratique par une petite recherche encyclopédique). Nos amis d’Histoire des arts de l’Islam essayent également d’en apprendre un peu plus sur la polygamie, autorisée selon certaines conditions et jusqu’à quatre femmes par homme. Mesdemoiselles, il vous faudra donc savoir partager les beaux gosses qui peuplent cette spécialité. A l’opposé, sur le sous-continent voisin, en Art et archéologie de l’Inde et des pays indianisés de l’Asie, les élèves vouent un véritable culte à la phallophilie (attirance pour les phallus, particulièrement ceux de taille impressionnante) à travers l’étude des lingas de Shiva. Les étudiantes de cette spécialité s’intéressent également à la polyandrie, rare institution du mariage d’une femme avec plusieurs hommes localisée au nord de l’Inde, au Tibet et dans les vallées du bas Himalaya. De l’autre côté cette frontière montagneuse, d’autres fantasmes et paraphilies sévissent en Histoire des arts de l’Extrêmetrême-Orient. Orient Les étudiants centrés sur la Chine ont un penchant vers la podophilie, le fétichisme du pied qui fit

pratiquer le bandage des pieds féminins (et parfois ceux des jeunes garçons). Quant aux élèves préférant le Japon, ils montrent un grand intérêt pour l’art du kokigami, l’art ancestral de l’origami appliqué au pénis3, un art très technique permettant de faire des cadeaux originaux. Toujours plus vers l’est, l’océan Pacifique regorge de pratiques sexuelles ni très catholiques ni très orthodoxes. Les peuples océaniens, friands de modifications corporelles (tatouages, scarifications, etc.), excellent dans les mutilations et modifications, parmi lesquelles certaines intéressent le pénis. Par d’autres exemples, on peut citer le cas notable et traumatisant de la subincision (ndlr que nous détaillerons pas ici encore une fois…) Elle est pratiquée habituellement par certaines tribus aborigènes et nous dirons juste qu’il s’agit d’une façon de représenter le sexe féminin sur le sexe masculin. Alors, toujours envie de draguer un élève en Histoire des arts de l’Océanie ? Enfin, pour clore ce voyage autour de la planète, la spécialité Histoire des arts des Amériques réconfortera les âmes peinées. La doraphilie, ou hypéphilie, est l’excitation sexuelle éprouvée par la peau, les cheveux, le cuir et la fourrure. Perpétuant les mythes amérindiens, les élèves réunis dans cette spécialité rêvent de se placer dans la peau du dieu Xipe Totec « notre seigneur l’Ecorché », dont le culte nécessitait une victime sacrificielle dont la peau était détachée et revêtue par le prêtre. Mais les élèves de cette spécialité conservent un bon côté, celui de connaître quantité de drogues et aphrodisiaques (peyotl, herbe aux satyres, yohimbine, mescaline, quaalude, trazondone, etc.), à utiliser avec précaution. Enfin, la dernière spécialité, présente de nos jours sur toute la surface du globe terrestre, l’Art Art contemporain, contemporain puise dans toutes les spécialités enseignées à l’Ecole du Louvre pour essayer vainement de créer ou d’innover l’art. Attention, whores par nature (LOOK AT ME ! LOOK AT ME !), ils s’évertuent à capter votre intérêt, le plus souvent en voulant vous choquer, sans comprendre que les autres spécialités ont toutes déjà atteints un sommet propre à elles -mêmes. L’exhibitionnisme est leur seul moyen de tenter d’exister sexuellement. Philippe-Alexandre Pierre (Docteur EDLove) Illustrations : Thaïs Arias

2. Sincèrement, je vous déconseille personnellement de céder à votre curiosité et d’essayer d’en savoir plus sur les pratiques, fantasmes et paraphilies de la spécialité Océanie par des recherches plus poussées que ce que je vous apprends. Xoxo, votre Dr EDLove. 3. Agnès Giard, « Kokigami : la décoration d’érection », 4 avril 2009, in Les 400 Culs @ http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2009/04/kokigami-la-dco.html


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TRIBUNE

Objections faites à l’Ecole du Louvre A mi chemin entre la subversion et l’alignement, il y a la critique. Ce texte qui nous a été envoyé prétend pointer du doigt une lacune de l’enseignement de l’Ecole du Louvre. Une réponse de sa direction comblerait les attentes du rédacteur des lignes qui suivent.

L

’histoire a ceci de commun avec la science qu’en toutes circonstances, elle entend ne s’occuper que des faits. Une médaille antique qu’on exhume, une cellule sanguine observée au microscope électronique sont à chaque fois un fait, autrement dit un objet donné qu’on observe et questionne toujours sur la base d’une reconnaissance incontestable de sa réalité. Aussi tout naturellement, on associe souvent indistinctement les notions de factuel, de concret, de tangible, de matériel pour décrire le champ permanent et imperturbable de l’objectivité, qui est au fondement de tout savoir un tant soit peu certain et durable. L’histoire de l’Art est de ce point de vue un savoir portant sur une catégorie de faits toujours reconduits à des objets individuels et matériels. Sachant à quel point il est possible et même naturel de faire l’histoire de réalités qui ne soient pas matérielles (l’histoire de la sexualité par exemple, qui repose bien sur des documents mais pas sur la sexualité en tant que telle, qui est un objet non isolable réellement) on peut naturellement reconnaître à l’histoire de l’Art cette prérogative indépassable d’un questionnement toujours circonscrit par l’objet en tant qu’objet, dans sa matérialité et son unicité tangible. Dès lors le musée, qui conserve l’objet, est naturellement le lieu de l’histoire de l’Art la plus propre et le conservateur son acteur fondamental. D’où pour l’Ecole du Louvre cette équation posée en principe, honnête selon moi : professionnalisme = scientificité = rapport à l’objet même = le musée. Cela dit, une position d’objectivité, bien loin de congédier les controverses, les engendre en fait toujours car un discours (quel qu’il soit) qui repose en profondeur sur une volonté d’objectivité, dans la mesure où doit forcément en découler en conséquence un caractère de vérité pour les énoncés produits, s’accompagne nécessairement quelque part d’une démarche de critique intégrale qui veut lui faire rendre compte de sa promesse. Aussi dans tous les domaines du savoir, l’idée d’objectivité est-elle toujours à la fois la plus stable en droit et la plus contestée en fait. Voici un exemple tiré du débat le plus important du XXe sur la nature de la science, qui débouche sur ce qu’on a appelé « la guerre des sciences » dans les années 1990 et dont la leçon est facilement récupérable du côté de l’histoire de l’Art. En gros, ce débat engagé autour des années 60 conduit à faire une distinction entre une certaine forme d’objectivité qu’on 1. B. Latour et S. Woolgar, La vie de laboratoire, 1979, p. 262

dira toujours possible et souhaitable et une autre (celle pourtant poursuivit par l’essentiel de la communauté scientifique, d’où la nécessité de la critique) identifiée comme étant illusoire et dangereuse. Cette dernière, prônée par le scientifique dit « positiviste » défend l’idée d’une objectivité absolue de la science (d’où aussi le terme de « scientisme »), prétendument supérieure à tout autre type de savoir en raison de son rapport strictement limité aux faits : elle lit dans le réel et exprime sa vérité. Contre le positivisme, Bruno Latour (après et avec beaucoup d’autres) aujourd’hui encore professeur à Sciences-Po Paris qui, pour la première fois dans La vie de laboratoire (1979), coécrit avec Steve Woolgar, dénonce la naïveté et les prétentions de la position positiviste. Pour lui le privilège de l’objectivité que s’attribut la science qui dit ne s’en tenir absolument qu’aux faits que lui soumet la nature, est erroné dans la mesure où « les faits » (identifiés avec la réalité, la vérité) seraient en fait plus exactement « des faits », particuliers et connus ou retenus parce qu’ils ont été recherchés, c’est à dire sur la base et en réponse à une problématique construite qui rend le chercheur, responsable et artisan d’une réalité qu’il ne peut dès lors plus identifier avec la pur et simple vérité de la nature : « L’activité scientifique ne porte pas « sur la nature », c’est une lutte acharnée pour construire la réalité »1. Loin de tout relativisme qui pourrait aboutir à des déclarations du genre : « si c’est ça rien n’est vrai, tout est contestable et personne ne peut rien faire objectivement », l’intention de B. Latour est de rechercher une forme beaucoup plus riche de l’objectivité qui consisterait plutôt à dire : il y a des faits incontestables, il y a des énoncés vrais mais seulement dans la mesure où une démarche de questionnement et de recherche est là pour les produire à titre de résultat et de conclusion. Autrement dit : le questionnement est inclus dans le fait et toute opération qui viserait à isoler le fait de la problématique qui le suscite le coupe de sa racine et pour ainsi dire, le prive de son objectivité. Aujourd’hui, alors que le domaine des sciences renouvelle ses problématiques, les réflexes positivistes, résultats de ce courant obsolète issu du XIXe sont encore connus pour animer en profondeur, sous la forme plus vague du « néopositivisme », bien des débats et beaucoup d’institutions. A l’Ecole du Louvre, au cours du premier cycle (seul connu


33 de l’auteur de ces lignes) on fait de l’Histoire de l’Art. Ceci veut dire que nous voyons des œuvres d’art et que nous les considérons sous deux aspects : pour elles-mêmes, visant leur connaissance individuelle, et aussi pour justifier des catégories supérieures qui les rattachent à un processus historique (style, période, époque, civilisation). D’où deux types de faits, les uns matériels et multiples (les œuvres), les autres servant à coordonner ces derniers entre eux pour les rapprocher ou les distinguer. Dans tous les cas, on prend le parti de centrer l’enseignement sur les conclusions et les aboutissements de l’histoire de l’Art proprement dite et donc de considérer le domaine des faits. En tenant compte de l’exemple précédent on est en droit de se demander : a-t-on sous les yeux aussi bien les fait constitués que la démarche constituante ? Pour moi la pierre d’achoppement de l’enseignement de l’EDL sur cette question (la plus importante à mon avis) est évidente : la rigueur mise à évacuer les auteurs de tous les cours (je veux dire les historiens de l’Art) ne serait-ce même que par leur nom, la non nécessité apparente pour les professeurs de leur attribuer des démarches pourtant déployées sous nos yeux et sans même parler d’évoquer le contenu d’un quelconque ouvrage est un constat que tout le monde peut faire. On n’a pas beaucoup entendu parler de P. Stern, C. Zervos, H. Focillon, A. Grabar, H. Parmentier, E. Panofsky… Ceux qui tirent et justifient les conclusions qu’on nous présente. Mais ceci étant très visiblement un parti pris, on tomberait immédiatement dans ce que Lesigrecs, avec d’ailleurs un puissant pouvoir de pénétration, diagnostiquent sous l’appellation de « débat stérile »2, si l’objectif était ici de chercher à contredire. Ceci étant en effet un poncif en histoire de l’Art, voici plutôt une objection. Si un cours d’amphi d’HGA a pour but, au niveau de son contenu, de présenter des données constituées, des informations acquises et de les présenter telles qu’elles sont déjà connues et répertoriées (encyclopédies, livres d’histoire de l’art, musées…), il semble qu’on peut de bonne foi et même sans aucun élan polémique se poser la question de leur

utilité. Rassembler des informations, les présenter dans leur cohérence pour éviter l’éparpillement de l’étude à travers de trop multiples ressources c’est nécessaire, centrer tous les étudiants sur les notions et éléments de base de la discipline c’est nécessaire, mais faut-il vraiment faire du cours d’amphi un lieu où ne sont qu’énoncées des données d’ailleurs reportées à l’identiques d’année en année ? Le ton déclamatoire qui ne peut qu’accompagner l’acte d’énoncer, la mécanique de la répétition qui ressort de la permanence des contenus fait tout de suite voire qu’une autre ressource pour le coup réellement mécanique et donc qui n’aurait pas à souffrir du vide humain inhérent à cet enseignement serait approprier pour ce genre de charge : pour diffuser une information, énoncer un fait, on peut d’une manière ou d’une autre créer une base de données à laquelle tout le monde se reporterait nécessairement et qui serait l’outil de base de l’enseignement, voire même un outil ouvert à n’importe qui de l’extérieur (pourquoi cacher ce qui est déjà connu). A une époque comme la nôtre, tellement caractérisée par la redistribution des savoirs par le biais des (plus ou moins) nouvelles techniques de communication, on pourrait décemment renoncer à ce genre de pratique qui consiste à rassembler autant de personnes à heure fixe dans le but de simplement retranscrire par écrit un discours © Philippe-Alexandre Pierre couru d’avance. Du reste, rare sont les professeurs à montrer vraiment d’aisance pour placer dans leur heure et demie de cours la quantité (je souligne le terme) d’information prévue. Si par conséquent on trouve pour l’énonciation des faits et des données un moyen de communication adapté à leur caractère quantitatif et discontinu, on a de quoi réserver au cours d’amphi les sujets pour lesquels la parole humaine est requise dans la continuité qu’elle peut assumer pour présenter des démarches, des problématiques, des positions, des auteurs… Ainsi je crois que l’EdLien, jusque-là simplement familier des retombées de l’histoire de l’Art (c’est à dire, en gros, un grand visiteur de musée) devient aussi familier de l’acte de faire de l’histoire de l’Art au sens où il en partage les préoccupations réelles (méthodes, controverses, etc.). Il appartiendra alors à ceux qui enseignent de prouver à tra-

2. Lesigrecs , Les débats stériles, 2010 http://www.dailymotion.com/video/x9iyua_les-debats-steriles_fun


34 vers leur propos et non pas dogmatiquement comme présentement que l’œuvre d’art ne se perd pas dans ces problématiques, qu’elle en est réellement l’origine et la seule finalité. Le but de la manœuvre c’est, comme annoncé plus haut, de boucler la boucle du fait et de sa constitution pour retrouver le vrai sens de l’objectivité historique. Mais ce que l’Ecole du Louvre veut former c’est un professionnel, un quidam apte à s’insérer, en parfaite correspondance avec elles, dans les structures en place, de type métiers du patrimoine, marché de l’art, médiation, etc. D’où naturellement une orientation essentiellement pratique pour cet enseignement qui se centre en conséquence sur les notions closes qui structurent le champ des métiers : la chronologie, les lieux de conservation, l’identification des styles et de leurs rapports relatifs (le maniérisme procède du classicisme, le style romain se fonde sur le style grec, etc.) dans une visée de classification et de répertoire. C’est leur solidité et leur densité de fait qui permet qu’on fonde des institutions sur eux et qui justifie l’essentialité qu’on leur attribue pour l’enseignement. En conséquence, la posture critique, qui consisterait à associer une théorie ou une méthode à son auteur, à présenter les conditions dans lesquelles une conclusion est tirée et les fondements méthodologiques et parfois philosophiques sur lesquels elle repose est comprise comme un processus d’affaiblissement et d’amollissement des faits dans la mesure où on les croit par là relativisés et subjectivés (puisqu’on les associe à des démarches de construction). Au contraire c’est précisément la voie par lesquels ils se fondent et se constituent en tant que faits. Ceci étant encore une fois un poncif de la littérature critique (philosophique principalement, on ne s’en cache pas) à l’encontre des attitudes qu’elle nommerait dogmatiques, voici une nouvelle objection pour l’Ecole du Louvre : on peut faire l’histoire de tout ce qu’on veut (du cure-dent, du bilboquet, de l’arme à feu, etc.). Alors quelle est (si elle en a une) la spécificité de l’œuvre d’art, l’objet que nous considérons ? Pas besoin d’aller jusqu’aux avant-gardes du XXe pour comprendre qu’une œuvre d’art, dans la mesure où elle est toujours une intention située historiquement pour renouveler une forme, une technique, un sujet, résoudre un problème de représentation, servir un pouvoir… est toujours, sinon elle-même explicitement critique, en tout cas le lieu d’une question et d’un agissement. Par conséquent son mode d’accès pour l’historien est forcément en premier lieu celui de l’interprétation/explicitation, donc dans une certaine mesure de la critique. Je crois par conséquent que l’Ecole du Louvre manque son objet à deux titres : en tant qu’elle ne retrace pas les procédures d’établissement des faits historiques (les méthodes comme celle de Panofsky, les présupposés philosophiques comme ceux de Focillon, la vision globale de l’histoire qui

TRIBUNE sous-tend le monde des musées, celle de Malraux ou d’un autre…) et en tant qu’elle réduit son objet à une pièce finie et close, ce quelle est du point de vue de sa matérialité mais pas de celui de sa signification. L’erreur à mon avis n’est pas de l’oublier complètement, puisque le deuxième cycle ouvre la voie à cet aspect. Mais c’est de considérer précisément cette dimension comme un « aspect », c’est à dire une possibilité isolable et traitable après coup alors qu’elle est la voie naturelle et unique d’accès à l’objectivité auquel le premier cycle prétend se cantonner. « La culture c’est comme l’agriculture, c’est ce qui se mange. Et l’Art n’est pas de la culture, Rembrandt n’est pas de la culture » (Jean-Luc Godard). Cette citation pour dire qu’effectivement on peut commettre l’erreur de réduire l’œuvre d’art à un objet clos et pour ainsi dire consommable, destiné à alimenter pour la valoriser ce qui s’appelle ici la culture de chacun, au détriment de sa nature critique et constamment ouverte qui elle conduit toujours (au choix) soit à mieux que de la simple culture (pris au sens faible et basique de culture générale : d’où « l’Art n’est pas de la culture ») qui est un lieu de consommation, soit à la culture prise cette fois au sens fort de « projet commun » et qui est pour le coup un lieu de production. Pour l’Ecole du Louvre l’idée générale serait donc de destituer de sa position centrale (surtout pas la supprimer et encore moins la mépriser) l’activité besogneuse à laquelle nous sommes peut-être réduits et d’instituer le travail véritable et beaucoup plus naturel qui consisterai simplement à reconnecter l’objet aux idées qui l’ont fait tel qu’il est dans ses déterminations historiques. Alors tout est sauf : l’objet, le musée et l’histoire de l’Art. Si l’Ecole du Louvre ne peut pas le faire, ce qui serait compréhensible (mais contestable selon moi), ou donc ? Qu’on dise que tout ceci n’est rien, que cette critique est fantasque et son propos puéril, il en restera toujours ce qui est au fond le seul sujet de cet article : le constat que dans les murs de l’école et surtout en cours, le silence est garanti sur les questions et les objections adressées pourtant le plus souvent à l’histoire de l’art pratiquée par les institutions. Pour preuve, une lecture qu’un ancien élève de l’Ecole (probablement compréhensif à l’égard de beaucoup de ceux qui la quittent avant la fin) m’a une fois présentée comme étant la lecture à conseiller à tout Edlien : voyez l’introduction (4 ou 5 pages en tout) de Devant l’image, de Georges Didi-Huberman (1990). Le livre est bel et bien trouvable dans notre bibliothèque, d’ailleurs si riche en ressources précieuses. Arsène Caens


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MUSIQUE

Le coin des sons : le Stabat Mater de Pergolèse

G

iovanni Battista Pergolesi (en français Jean-Baptiste Pergolèse) est probablement, parmi les compositeurs connus, celui qui disparut le plus jeune. Il mourut en 1736 à vingt-six ans, soit neuf ans de moins que Mozart et cinq ans de moins que Schubert. Bien qu’elle n’ait duré que six ans, sa carrière basée à Naples fut pourtant active, comptant entre autres dix operas serias ou intermezzi, dont la Serva Padrona qui sera lors de sa première représentation à Paris, le 1er août 1752, l’élément déclencheur de la véhémente « Querelle des Bouffons », qui secouera le milieu musical parisien sous Louis XV. Pergolèse était également renommé pour sa musique religieuse. Le Stabat Mater, composé deux mois avant sa disparition, fut joué, acclamé et eut une large diffusion en même temps que son Salve Regina, tout d’abord en Italie, puis en Europe – Jean Sébastien Bach en transcrivit par ailleurs la célèbre partition vers 1745, le transformant en son psaume Tilge, Höchster, meine Sünder. La popularité de cette œuvre s’explique tout d’abord par la célébrité de Pergolèse dans l’Europe entière grâce à ses intermezzi, comme nous l’avons vu plus haut, faisant de lui un compositeur à la mode. Son style tranche également avec la tradition baroque et s’inscrit dans une nouvelle simplicité, celle du style galant ou rococo, créant un art basé sur la clarté de la structure musicale et sur la pleine correspondance entre rythme poétique et rythme musical. Enfin, la relative facilité d’exécution de ces deux pièces permet de les interpréter dans l’intimité des intérieurs de nobles ou d’amateurs fortunés, les rapprochant du genre de

la musique de chambre spirituelle. La composition de cette œuvre, une des plus poignantes de la musique baroque, est une possible demande du Duc de Maddaloni, mécène de Pergolèse et violoncelliste amateur ; une origine alternative suggère toutefois une commande en 1734 de la confrérie des Cavalieri de la Vergine dei Sette Dolori, comprenant la noblesse la plus influente de la ville de Naples, dans le but de remplacer le Stabat Mater

d'Alessandro Scarlatti, composé dix ans plus tôt et jugé passé de mode. Pergolèse conserve toutefois la structure de Scarlatti ainsi que l’effectif vocal pour soprano et alto appuyé des cordes et d’une basse continue. Il s’agit d’une séquence, une pièce extraite de la liturgie catholique romaine, s’appuyant sur un texte du XIIIe siècle du moine franciscain Jacopone da Todi méditant sur la souffrance de la Vierge Marie au pied de la croix. La composition s’ouvre par un Stabat Mater dolorosa à la beauté grave, avec une montée chromatique initiale des deux voix faite de dissonances et emplie d’une tristesse toute retenue ; il s’agit véritablement d’un sommet d’émotion de la musique religieuse baroque. Lui succèdent onze mouvements, voyant alterner solos et duos, pièces méditatives et plus emportées, mais toujours empreintes de la grâce baroque. Une grande unité ressort de l’ensemble de l’œuvre, grâce notamment à la reprise de mélodies

d’une partie à l’autre ; cependant chaque mouvement a un caractère propre, et de l’un à l’autre peuvent surgir des contrastes surprenants. En témoigne le Quando corpus morietur final, un bouleversant largo dans le même esprit que le premier mouvement, où les voix s’entremêlent sur un lent et calme motif aux cordes ; s’ensuit un bref et impétueux Amen, concluant l’œuvre en un élan irrésistible. Les versions ne manquent pas pour découvrir cette œuvre exceptionnelle. Toutefois se pose la question des voix : si les registres sont ceux de soprano et d’alto, ils sont autant accessibles à un homme et une femme, deux hommes, deux femmes, ou encore à un chœur. La première combinaison est la plus généralement admise, avec notamment la superbe version regroupant Véronique Gens et Gérard Lesne (Virgin Classics, 1997) ; on pourra également s’intéresser au duo d’Emma Kirkby et James Bowman (Decca, 1989). Andreas Scholl chante avec Barbara Bonney chez Decca, mais sans doute vaut-il mieux le retrouver, seul, dans le non moins fameux Stabat Mater de Vivaldi (Harmonia Mundi, 1995). Dans la deuxième catégorie se range le très bel enregistrement du jeune Sebastian Hennig et de René Jacobs (Harmonia Mundi, 1996). Mais peut-être est-il possible de trouver une plus grande sensibilité dans un duo féminin, notamment Gemma Bertagnolli et Sara Mingardo dirigées par Rinaldo Alessandrini (Opus 111, 1999), à mon avis la version la plus poignante et l’expression la plus tragiquement humaine de la douleur d’une mère. Silvère Tricaud Illustration : Silvère Tricaud


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TENDANCES

Musique Metal is Not Dead

E

RAZER, groupe de métal sénonais (89), sort son premier EP six titres : HAUNTED. Le groupe propose des compositions originales et étonnantes, dans lesquelles se mêlent des styles et des rythmes différents. ERAZER nous fait pénétrer dans un univers sombre, puissant et mélodieux. Le morceau Dépendance, où alternent la voix gutturale du chanteur et la

voix claire du guitariste, flirte avec le death metal. Steeve, chanteur du groupe ZUUL FX, a réalisé un featuring sur Not Dead. Ce titre, aux influences Hard-Core, est rythmé par des riffs lourds et efficaces et les voix des deux chanteurs se répondent à la perfection. Le groupe a déjà de nombreuses expériences scéniques, notamment la première partie de Mass Hysteria (SilexAuxerre), un concert à la Scène Bastille, le

Fallenfest. ERAZER a un style unique, que l’on a rarement eu l’occasion d’entendre auparavant, c’est une réelle découverte. Á écouter impérativement ! EP disponible sur www.myspace.com/ erazergroup Pour les découvrir en live, prochain concert à la Fabrique à Sens, le 19 février 2011. Pauline Robat

Playlist du numéro : Soul & Funk

I

l y a quelques semaines, le monde de la musique était endeuillé par le décès du roi du disco Bobby Farell, membre leader de Boney M. Il s’agit d’une des plus grandes escroqueries du monde de la musique, le chanteur du groupe n’ayant jamais démontré sa voix dans un micro. Ce son venu d’Allemagne n’en a pas moins fait la gloire du disco. Véritable danseur et acrobate sur scène, Bobby Farell faisait partie de ces artistes qui ont fait évolué la soul et la Motown américaine de la fin des années 1950 vers le disco, qui à la fin des années 1980 était devenu ringard et dépassé. Rendons hommage à ces artistes de Motown, d’où le label est né et a grandi à Détroit à la fin des années 1950, s’inspirant des chants gospel avec une nouvelle rythmique, et à leurs successeurs actuels qui reprennent la véritable essence du R&B. Les amateurs de Good Morning England, The Blues Brothers, The Commitments et autres Sister Act, reconnaitrons sans aucun doute les bandes originales, que je conseille vivement, de ces films.

Diana Ross, Ain’t no mountain high enough Four Tops, Standing in the shadows of Love Jackson 5, ABC Martha Reeves and the Vandellas, Nowhere to run Marvin Gaye, I heard it through the Grapevine Mary Wells, My guy The Miracles, Going to a go-go The Supremes, Stop ! In the name of Love The Temptations, Get ready Aretha Franklin, Think Otis Redding, Try a little tenderness

Nicole Willis and the Soul Investigators, Feeling free Amy Winehouse, Me and Mr. Johns Kevin Michael, We all want the same thing (feat. Lupe Fiasco) The Black eyed Peas, Birdging the cap Fergie, Here I come Janelle Monae, Tightrop Gnarls Barkley, Who’s gonna save my soul Jamie Lidell, Little bit of feel good John Legend, Alright Joss Stone, L-O-V-E Kelis, Rolling through the hood Jean-Baptiste Corne

Littérature Giovanni Arpino, Parfum de femme, 2005, éd. Philippe Rey, 2001, éd. 10/18. Titre original : Il buio e il miele, traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

G

iovanni Arpino publie Il Buio e il miele pour la première fois en 1969. Six ans plus tard, Dino Risi s’empare de ce chefd’œuvre de la langue italienne pour en faire un film : Parfum de femme. Il faudra attendre 2005 pour une traduction française sous le même nom, aux éditions Philippe Rey. C'est une merveille de cynisme et d'autodérision autour de l'histoire d'un homme, ancien officier, brisé par la vie à la suite d'un accident. Il devient aveugle lors de l'explosion d'une bombe qu'il manipulait. S'il semble remis physiquement (bien qu'ayant des séquelles irréversibles), il est détruit psychologiquement. Il de-

vient tyrannique avec son entourage et plus particulièrement avec le jeune soldat chargé de l'escorter dans son voyage vers le Sud de l'Italie. Mais le soldat n'est pas dupe, il perçoit la souffrance ce qui se cache derrière ce personnage froid. Seulement il ne peut imaginer quelle place elle a prise insidieusement dans la vie de son officier... Il ne le découvrira qu'à la fin de l'histoire, en même temps que le lecteur. Alors il comprendra que tout ce voyage n'était qu'une invitation au renoncement. Jouir de la vie, une dernière fois. Giovanni Arpino explore ici les méandres d'une âme humaine tourmentée et la complexité des relations sociales sans toutefois

verser dans le larmoyant. Il raconte une histoire parfois glauque, parfois touchante dans laquelle s’installe le lecteur sans vraiment savoir où il va. Puis arrivent les derniers chapitres et tout s’emballe, le lecteur est pris dans les spasmes du dénouement souvent violent et inattendu. Comment ne pas finir en citant la magnifique critique de l’académicien Dominique Fernandez : « Parfum de femme, avec le recul des années, a pris l’allure d’un classique de l’autodérision. On n’oubliera plus ce couple du tyran et de son esclave. »

Annabelle Pegeon


TENDANCES

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Spectacle « Hilarmonic show » : Leeb casse la baraque

A

l’image du fameux toréador qui s’apprête à entrer dans l’arène dans Carmen de Bizet, Michel Leeb avec son « Hilarmonic show » nous entraîne dans un tourbillon de musique enchanteresse. Michel Leeb nous séduit, nous aime, nous fait rire, nous éduque et nous fait apprécier la musique classique. Nous voyons de plus en plus d’émissions de télévision, de radio, de spectacles musicaux tels que « les leçons d’opéra de Jean François Zygel » au théâtre musical de Paris du Châtelet et sur France 2 pour nous initier à la musique classique. C’est une très bonne initiative qui est pour une fois plus intelligente que de nous faire regarder de la télé-réalité ou autres âneries. Actuellement, je dois bien l’admettre, nous ne sommes pas gâtés par les spectacles diffusés à la télévision. Où est passé le temps où Gérard Philipe était le plus grand de nos comédiens et acteurs français ? Avons-nous oublié que nous avons hérité de la littérature de Molière ? Que cherchons-nous aujourd’hui ? Nous rendre à un spectacle plein d’artifices, sans aucun sens, qui va nous faire rire ou pleurer tellement c’est absurde ? Non, ce n’est pas cela le Théâtre, c’est plutôt nous communiquer intelligemment un message, une foi, un amour de la vie. Aller au théâtre, c’est se placer au-dessus de notre vie quotidienne et l’analyser. Au delà de ces paroles, revenons à notre chouchou du jour : Michel Leeb. Le comique de Leeb n’est pas vulgaire ou grossier et est plutôt tempéré et franc. Leeb nous convie à vivre avec un orchestre. L’orchestre pourrait symboliser notre société. L’orchestre, au cours du spectacle, est chamboulé par l’arrivée impromptue de Leeb qui sème le désordre, qui prend la place du chef. Leeb, s’amuse avec l’orchestre, en se moquant de lui, en le faisant bouger, en lui faisant jouer du jazz, et plein d’autres choses encore. Il n’empêche que l’or-

chestre reste soudé autour de la musique classique. Chaque instrument a un rôle à jouer et c’est vraiment en unité et en communauté que la grâce et la beauté naissent. En effet, la musique classique reste connue surtout des élites. Aujourd’hui, elle revient en force car elle est beaucoup moins agressive que d’autres musiques de variétés. La musique apaise les mœurs dit-on, c’est un besoin, aujourd’hui dans un monde qui va trop vite. Quel plaisir d’écouter Carmen, La Pie voleuse, Casse-Noisette, Aida… Michel Leeb a choisi « d’approcher différemment la grande musique en bousculant les règles, les convenances et traditionnelles formes de concerts ». L’humoriste tourne en dérision les défauts de cette musique pour mieux la révéler. L’origine du spectacle remonte en 2007 à l’Opéra d’Avignon, l’OLRAP (Orchestre Lyrique Région Avignon Provence) a été dirigé par Michel Leeb avec la complicité du chef d’orchestre Cyril Diederich, et ce fut un triomphe. Cette réussite amena Michel Leeb à monter une série de concerts. Michel Leeb est un grand passionné de musique classique et de jazz. Sachez qu’il a dirigé pendant plusieurs années le Nice Jazz Festival et a produit des émissions de jazz. Professeur de philosophie à l’origine, Leeb mélange les genres et nous initie à la musique classique. Pour finir, écrivons sur sa fameuse machine à écrire le mot de la fin : chapeau l’artiste ! Diane Alliaume Illustration : Camille Boisaubert Informations Pratiques: « Hilarmonic Show » à partir du 8 mars 2011 au Théâtre Comédia - Paris.


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ENQUETE

Silence, on pousse... En TD, il peut arriver qu’une envie soudaine vous saisisse et vous obsède. Vos intestins grondent, votre vessie siffle, il est temps de faire un don au Louvre. Où aller? Il serait triste de se précipiter aveuglément dans les premières latrines qui s’offrent à vous. Le musée offre une diversité de lieux, d’ambiances… Il faut en profiter ! Voici donc un petit classement, très sélectif, des meilleures toilettes du musée.

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es toilettes où travailler : Premier étage, département des peintures espagnoles entre les salles 13 et 14

Ambiance cosy dans ce petit cabinet d’étude. Vous y serez au calme, dans un espace coquet de moins de 6m². Personne ne remarque jamais l’entrée des latrines dans le grand mur qui les abrite et les touristes sont peu nombreux dans cette partie de la grande galerie, aussi le calme règne en roi entre ces quatre murs. Il fait bon y passer en revue quelques clichés ou relire ses dernières fiches. Le carrelage noir qui tapisse les murs a quelque chose de très relaxant, tant que l’on n’est pas trop claustrophobe… Un petit thermos de café et vous transformerez ces lieux en paradis pour les étudiants travailleurs.

Toilettes où se rendre les jours de ballonnement : Entresol, département du Louvre médiéval après l’entrée par Sully

L’odeur répugnante de ces toilettes dissimulera tous vos méfaits. Le lieu est assez fréquenté et par conséquent très bruyant, aussi vous pourrez laisser votre système digestif jouer la fanfare, personne ne le remarquera. Dernier sens choqué dans ces lieux immondes : la vue. Qui pourrait croire qu’au sein même du Louvre, un décorateur ait pu peindre des murs en vert fluo ? Et y plaquer des lambris de faux bois bien kitsch ? De quoi vous donner envie de repeindre les murs… Restons propres malgré tout.

Toilettes des amoureux : Premier étage, département des objets d’art après la salle 81

Réservés aux romantiques courageux qui ont des fantasmes à revendre. Il faut se rendre dans un des endroits les plus isolés du musée, tout au bout du département des objets d’art, au premier étage. Comptez au moins 20 min de marche à partir des dernières toilettes accessibles. Aucun touriste ne s’aventure aussi loin. Vous serez fatigués par le trajet mais tellement soulagés en arrivant… On pourrait croire que ces latrines ont été créées juste pour vos ébats ! Spacieuses, propres, lumineuses. Le marbre des lavabos a de quoi donner la chair de poule, et le verre fumé a ce côté suggestif si érotique… Petit bémol, il manque un accessoire essentiel, les sèche-mains Dyson air blade. Les techniciens qui sont venus les installer devaient avoir la tête ailleurs…

ToilettesToilettes - passage secret : Premier étage, département des antiquités égyptiennes entre les salles 22 et 23

Leurs portes sont si astucieusement dissimulées que vous aurez l’impression de rentrer dans les murs, tel un passe-muraille. Ces toilettes seront surtout accueillantes pour les élèves de première année, affligés par les TD d’Egypte et voulant naïvement échapper à une interrogation orale. On a parfois l’impression de traverser le Nil dans ces latrines : pour une raison que nous n’avons pas souhaité éclaircir, le sol y est fréquemment humide.

Toilettes où se défouler après les exams : Premier étage, département des peintures près de la salle 9

La foule, le bruit, les odeurs, la moiteur. Battez-vous contre un Chinois qui a attrapé la turista pour la première cuvette qui se libère. Bienvenue dans le deuxième lieu le plus fréquenté de Paris après la tour Eiffel : les toilettes qui sont à côté de la Joconde. Vous pourrez jouer des coudes, mordre, insulter. Il s’y livre une bataille perpétuelle pour le soulagement. La ligne 1 vous paraîtra déserte et propre en comparaison. C’est l’endroit idéal où évacuer son stress.

Toilettes de puristes : Deuxième étage, département des peintures françaises, entre les salles 15 et 16 Premier étage, département des objets d’art, entre les salles 26 et 27 Rez-de-chaussée, département des antiquités orientales, entre les salles 6 et 8

Dernière catégorie : les toilettes du Parnasse, des adeptes de l’art pour l’art. Le cadre simple, fonctionnel, réjouira les plus psychorigides. Les plus timides y trouveront peut-être l’occasion d’exprimer leur fantaisie. Spacieuses, ces latrines vous permettront aussi d’inviter de la famille ou des amis, pour partager des moments forts avec vos proches. MPSF Illustration : Manon Paya


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ILS VIENNENT AUSSI DE LA

Toulouse et sa région Toulouse, aussi appelée la ville rose, est nichée dans une courbe de la Garonne, située en région occitane. Fort chauvine, la ville de Cahors est considérée comme le dernier bastion avant « le NORD ! ».

L

e Nord est la hantise du Toulousain, qui l’associe obligatoirement au froid, à la grisaille et à la pluie. Mais côté climat, Toulouse n’est pas aussi gâtée que l’imaginaire populaire le veut. En janvier, il peut aussi bien faire 15 degrés que moins 9 et 30 degrés à l’ombre en été ! Forte de trois universités et diverses écoles supérieures renommées, Toulouse est une ville étudiante dynamique qui allie culture générale et culture de la fête. Les cinémas, dont deux dédiés aux films d’art et d’essai, y participent, tout comme le Musée des antiques Saint-Raymond, le musée Georges-Labit (collections exotiques) ou encore les Abattoirs (art moderne). Toulouse est aussi connue pour ses prouesses sportives, tant au niveau des étudiants avec des champions juniors de golf, un vice champion de France de Super géant en ski et championne de slalom, qu’au niveau professionnel avec une équipe de foot en L2 classée pour le moment en 7e position. Sans oublier bien sur le rugby, sport national très amusant, où les joueurs ne pleurent pas quand un brin d’herbe leur caresse la cheville ! Toulouse excelle dans le rugby, avec son maillot rouge et noir… il est à noté que si ces deux couleurs vous évoquent l’équipe de foot de Rennes, je vous conseille fortement de garder cette idée pour vous. Bref ils sont premiers du Top 14 avec une avance de points honorable et honorifique ! Pour un condensé des idées reçues sur les Toulousains : ils sont chauvins, ne vous adressent pas la parole si vous n’aimez pas le rugby, sont fêtards, ne savent pas conduire, sont occitans et donc détestent les catalans… Mais ils compensent ces détails insignifiants par de grandes qualités : ils sont accueillants, souriants, prêts à rire et à faire la fête, et, s’ils

Albi, cité classée au patrimoine de l’UNESCO

parlent fort, ils ne râlent pas forcément ! Mais parlons plutôt des lieux incontournables de Toulouse : - Le Capitole est la grande place au centre de la ville, qui n’est désormais plus à son emplacement initial, détruit il y a plus de 100 ans pour des raisons d’urbanisme. - La rue du Taur assure la liaison entre le Capitole et la majestueuse basilique Saint Sernin et doit son nom au martyr de saint Saturnin, premier évêque de Toulouse, trainé par un taureau tout du long de ladite rue. - La rue Saint Rome est la rue des Boutiques par excellence et toujours bondée. - La place de la daurade est le coin de réunion des étudiants le soir, ou les groupes de musique amateurs aiment à se retrouver. Cet endroit, constamment n i n r e animé à partir de 20h, avait une mau-S S ai n t vaise réputation mais peut être fort sympathique, l’alcool aidant. - Le cloître des Jacobins est un lieu de repos. Non seulement l’église est très belle, mais le cloître a une atmosphère véritablement calme, idéale pour les révisions. - Le canal du Midi, bordé d’arbres, est un poumon bleu supplémentaire et un lieu de promenade très agréable. La plus grande région de France comporte des paysages et un patrimoine riches et variés : édifices de toutes les époques, grottes préhistoriques, mais aussi icônes musicales comme Claude Nougaro, peintres comme Jean-AugusteDominique Ingres… Si vous savez déjà où partir en vacances et que ce n’est pas dans la région Midi-Pyrénées et Toulouse, changez d’avis ! Alexandra Rio


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Dans les coulisses de la dernière séance de pose pour l’édito...

Louvr’boîte n°9 Février 2010 Directrice de publication : Margot Boutges Rédactrice en chef : Perrine Fuchs Rédacteurs : Diane Alliaume, Thaïs Arias, Romain Bourlier, Margot Boutges, Arsène Caens, Jean-Baptiste Corne, Martina Danielova, Florence Dauly, Ariane Dor, Virginie Duchesne, Matthieu Fantoni, Camille Feurer, Eloïse Galliard, Valentine Gay, Jean-Charles Hameau, Mathilde Henzelin, Agathe Jagerschmidt, Galadrielle Lesage, Suzanne Lemardelé, Thomas Martin, Sébastien Passot, Sophie Paulet, Annabelle Pegeon, PhilippeAlexandre Pierre, Karl Pineau, Solveig Placier, Anaïs Raynaud, Fanny Rengot, Alexandra Rio, Pauline Robat, Anne-Cécile Schreiner, Silvère Tricaud Illustrateurs : Thaïs Arias, Camille Boisaubert, Manon Paya, Silvère Tricaud Maquettiste : Sébastien Passot Costumes et habillage : Agathe Quémeneur & Sébastien Passot Photographie : Mathieu Lacote Edition : BDE de l’école du Louvre— Porte Jaujard, Place du Carrousel. 75038 Paris cedex 01 Impression : Reprographie de l’Ecole du Louvre Dépôt Légal 02/2011— ISSN 1969-9611— 50 cts


Louvr'Boîte 9, février 2011