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Place aux 1ères années ! Didier Rykner : une interview sans langue de bois Toujours plus d’infos : Polémique autour du Musée de l’histoire de France Décryptage des expos de la saison Quels cadeaux au pied du sapin de Noël ? Vision diachronique de la zoophilie dans l’art Grand quizz : quel edlien êtes-vous ? Balade culturelle de la Lorraine à la Corse en passant par Paris et Marseille...

Le grand retour de la FIAC ! Allez les arty bobos endimanchés ! Sortez vos plus grosses lunettes, vos chemises de bûcheron canadien, vos jeans troués retroussés, vos bottes en cuir, vos écharpes de maille tricotées, vos collants troués, vos dix colliers, vos serretêtes de mort, vos jupes informes et vos capes couleur cannelle ! C’est la FIAC, enfin ce fut la FIAC, les enfants ! Octobre 2010 : des camions stationnent devant le Grand Palais. Des cartons sont déballés. Des assistantes, tout droit sorties d’un magazine de mode, dévalent les escaliers en talons. Des ga-

leristes aux yeux cernés mais au look irréprochable se ruent dans la Grande Nef pour voir l’avancée des préparatifs de la Mecque parisienne de l’art contemporain. Le grand cru FIAC 2010 est arrivé. Et quelle belle année pour la FIAC ! Certains racontaient dans les salons feutrés qu’elle s’essoufflait, que Paris n’était plus un des grands centres de l’art contemporain. Les galeries présentes au Grand Palais ont pourtant su démontrer que les détracteurs avaient tort. L’inauguration, le jour de l’ouver-

Et bien plus encore ! ture de la FIAC, de la galerie Gagosian, installée dans un hôtel particulier luxueux près de l’avenue Matignon, dans le carré d’or des galeries parisiennes, est un parfait exemple de la place de Paris parmi les centres de la création actuelle. La ville arrive à tenir le cap derrière New York, Londres et Hong Kong, le trio gagnant du marché de l’Art. Le nombre impressionnant de visiteurs prouve encore une fois le succès grandissant de la FIAC au sein du paysage parisien. (Suite page 5…)


EDITO

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Noël nous donne des ailes

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os appels ont été entendus ! Un vent de jeunesse souffle dans les murs de Louvr'boîte. La première réunion d’octobre a marqué un tournant dans l’histoire du journal : notre lieu de rendez-vous habituel s’est vu submerger par une vague de rédacteurs et d’illustrateurs, obligeant nouvelle équipe à plier bagage afin de respecter les règles les plus élémentaires en matière d’occupation des sols. Adios BDE et bonjour salle Délos ! La pagination de ce numéro, plus généreuse que jamais, témoigne de l’agrandissement significatif de notre rédaction. Morceaux choisis : En attendant que Frédéric Mitterrand nous reçoive rue de Valois pour nous confier la marque de ses céréales préférées (affaire à suivre), nous avons recueilli le témoignage d’un des poils à gratter du ministère de la culture, le journaliste Didier Rykner. A coup d’articles incisifs, sa Tribune de l’ Art s’attache à dénoncer les travers d’une machine politique patrimoniale détraquée. Ce numéro fait aussi la part belle aux expositions parisiennes du moment : Basquiat et Larry Clark au musée d’art moderne de la ville de Paris, Brune/Blonde à la Cinémathèque et Monuments, stars du 7e art à la Conciergerie sont dé-

cryptées rien que pour vous. Quoi d’autre ? On poursuit l’exploration du chantier du MUCEM en mettant les voiles à Marseille, on revit la FIAC, on part à l’assaut des petits musées de la capitale, on fonce en Corse en passant par la Lorraine, on passe au crible la polémique autour de l’édification d’un musée de l’histoire de France et on se penche sur la place de la zoophilie dans l’histoire de l’art. Du chacal ithyphallique au concombre de mer en portejarretelles, les bêbêtes sexys n’auront bientôt plus de secret pour vous. Vous avez dit racoleur ? Enfin, n’oublions pas que Noël approche à grands pas et qu’il est plus que temps de penser aux cadeaux qui viendront couronner les seules vacances que la scolarité edlienne nous accorde (heureusement qu’on glande toute l’année pour compenser). Les membres de la rédaction vous font partager leur lettre au vieux bonhomme écarlate en espérant en retrouver le contenu sous le sapin… Nous vous souhaitons bien du plaisir et en attendant de nous retrouver en février prochain, n’hésitez pas à nous contacter ! Notre adresse mail n’a pas changé : journaledl@gmail.com Margot Boutges

La rédaction crèche à la Cafét... © Mathieu Lacote & Sébastien Passot


ACTU DU BDE

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V’là le temps des fêtes !

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oël, l'hiver, le froid mordant, les jours qui rétrécissent... Autant de bonnes raisons de ne plus rien faire et d'attendre tranquillement que 2011 pointe ses fesses. Mais pas au BDE ! Pour ce dernier petit bout de 2010 et avant le repos bien mérité, la dinde et les cadeaux, nous avons encore quelques petites choses à vous offrir... Le vendredi 3 décembre à 10h, le BDE et le Cinéclub vous embarquent visiter l'exposition Brune/Blonde à la Cinémathèque française. A travers le sujet de la chevelure au cinéma, c'est un 7ème art érotique, féminin, fait de désir et de fantasmes que l'exposition vous invite à découvrir. La visite sera menée par une conférencière de la Cinémathèque. 3 euros adhérent 5 euros non adhérent Le samedi 4 décembre, le BDE s'associe toute la journée au reste de l'Ecole pour la journée « Portes Ouvertes ». A côté des activités proposées dans l'ensemble de l'Aile de Flore (projections, conférences...), le BDE sera présent pour informer et exposer ses activités. Projections du CinéClub, activités du Club-Jeux, vente de votre bien-aimé journal... Mardi 7 décembre à 20h30 : Une petite soirée au théâtre, ça vous tente ? Le BDE vous propose des places pour Rêve d'Automne, la pièce de Patrice Chéreau jouée au Théâtre de la Ville. Ce spectacle fait écho au cycle « Patrice Chéreau » qui se déroule actuellement au Louvre et que nous vous recommandons par la même occasion. Théâtre de la Ville 21 euros la place Jeudi 9 décembre : Chose promise, chose due ! La deuxième soirée du BDE aura lieu le 9 décembre aux Quatre Vents, un club situé à Odéon. Esprit de Noël et convivialité oblige, c'est une soirée uniquement BDE, il n y aura pas d'autres écoles. N'hésitez quand même pas à ramener vos amis ! Les Quatre Vents – 18 rue des Quatre Vents 75006 10 euros adhérent 13 euros non adhérent Une conso incluse avec la place

La dernière séance 2010 du Cinéclub aura lieu le mercredi 15 décembre à 18h dans l'amphi MichelAnge. Pour l'occasion, les joyeux lurons du Cinéclub vous proposent LE film de Noël par excellence, celui qui fait pleurer dans les chaumières le 24 au soir depuis plus de 50 ans : La Vie est belle (It’s a wonderful life) de Franck Capra. Ne loupez pas ce moment de magie, c'est du bonheur à l'état pur ! 3 euros adhérent 4 euros non adhérent Et pour ceux qui traîneraient à Paris pendant les vacances, nous vous proposons une visite guidée de l'exposition France 1500 le mardi 21 décembre à 11h30. La visite sera faite par Elisabeth Taburet-Delahaye, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du Musée National du Moyen Age et commissaire de l'exposition. Et comme c'est un mardi, l'exposition sera fermée au public. Des conditions de rêve ! Gratuit, inscription obligatoire Et bien sûr, à côté de ces évènements, retrouvez les classiques du BDE : Chorale tous les jeudis à 18h dans l'amphi Michel-Ange Club International le vendredi Et aussi le Club-Jeux et LGBT Keep you posted ! Vous avez des idées, des suggestions ? Contactez nous à l'adresse bde-edl@hotmail.fr ou venez nous voir tous les jours à notre bureau de 10h à 16h ! Anaïs Raynaud

Comme chaque année, le BDE se mobilise pour le Sidaction, du 29 novembre au 3 décembre. Retrouvez-nous à la borne Aile de Flore tous les jours. Des ventes au profit du Sidaction seront proposées (pin's, bracelets, rubans...) et vous pourrez vous informer sur la maladie, l'état de la recherche, ses conséquences en France et ailleurs, les projets en cours... Vous pourrez également poser toutes vos questions et obtenir de la documentation sur le sujet. Nous vous attendons nombreux !


ACTU BDE

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Clubs & Associations

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e Club International est officiellement mis en route. A quoi sert-il ? C’est simple : il a pour but de permettre aux élèves étrangers de se connaître et de partager leurs expériences. Il s‘adresse donc aux soixante élèves nous venant des cinq continents cette année d’une part, mais pas seulement. Car ce club se veut un trait d’union avec les élèves français, dans un esprit de convivialité. Comme chacun le sait, les études à l’école représentent un fort investissement en temps et en endurance. L’idée d’une passerelle d’entraide a été la première motivation pour la création de ce club. C’est pourquoi j’invite les élèves français à y participer en vue expliquer certains cours à nos amis étrangers afin d’éclaircir quelques points abordés en cours ou d’autres subtilités rencontrés en notre pays. Les étudiants étrangers veulent faire connaître en retour leur pays, ou leur langue aux autres élèves. J’espère vivement que leur enthousiasme ne sera pas déçu par un manque d’investissement de la part des élèves français. J’appel donc chacun à s’imaginer abordant un cours d’archéologie indienne en slovaque ou un cours d’administration en japonais ! Et oui, pas forcement facile tous les jours, et pourtant eux le font avec le français ! Nous nous retrouvons chaque mercredi à 15h45 et chaque vendredi à 15h30 en salle Imhotep pour des séances d’une heure de soutien. Nos retrouvailles hebdomadaires sont avant tout consacrées à nos études. Mais nous organiserons également différentes animations pour mieux nous connaître autour de divertissements. Je vous invite dès à présent ce mardi 7 décembre à partir de 18h30 à la cafétéria de l’école pour le gouter de Noël ! Chacun est encourager à apporter une spécialité de sa région natale pour en faire profiter tous le monde. Puisque, je n’en doute pas, nous irons ensemble sur la voie d’un esprit sain, n’oublions pas le corps ! Le bureau des élèves propose

également un Club sport. sport Comme son nom l’indique, il lui incombe la tâche difficile de prouver, notamment aux nombreuses hautes représentantes de la gente féminine, que le sport est accessible à tous ! Pas de niveaux, pas de contraintes, chacun pratique à son rythme, et c’est bien mieux comme ca ! Vous pouvez déjà noter que je souhaite monter une équipe pour la marche Paris-Mantes, le 30 janvier prochain. C’est une marche de nuit entre Paris et Mantes-la-Jolie, qui s’étend sur une distance au choix de 12, 20, 38 ou pour les plus courageux 54 kilomètres. Cette marche est familiale et se déroule toujours dans une très bonne ambiance, c’est pourquoi je souhaite vraiment vous en faire profiter ! Oubliez donc vos appréhensions et vos idées reçues ! Cette marche laisse toujours de très bons souvenirs à l’ensemble des participants jeune ou moins jeune. Je prendrai avec plaisir vos inscription jusqu’au 14 décembre au bureau des élèves. La saison hivernale débutant sur les chapeaux de roues, je vous convie également à proposer toutes les activités qui vous tiendraient à cœur ! N’hésitez pas à me contacter directement : timleberre@yahoo.fr Tim Le Berre

Naissance de Polychrome ! A la rentrée 2010, le BDE s’est enrichi d’un nouveau pôle : Polychrome, association créée par et pour les gay-friendly. Les objectifs de l'association sont les suivants : - Mettre de la couleur un peu partout et tout autour ; - Développer la convivialité au sein de l’association par diverses actions festives : soirées, rencontres, débats ; - Organiser ou participer à des visites d’expositions, des conférences, des projections en rapport avec la culture homosexuelle, bisexuelle et transsexuelle ; - Te stimuler ; - Mener des actions de prévention et de sensibilisation contre les infections sexuellement transmissibles et les discriminations à l’occasion des journées mondiales de lutte contre le Sida et l’homophobie ; - Etablir des liens avec d’autres associations, fondations ou structures ayant des buts similaires ; On dit des goûts et des couleurs... on ne discute pas ! Alors moi, je pensais au contraire : la seule chose dont on peut discuter, c'est des goûts et des couleurs, même inlassablement, le reste on ne peut en discuter. Jean-Luc Godard Rejoignez-nous sur Facebook : page Polychrome – Edl L’équipe de Polychrome Contact : polychrome.edl@gmail.com


ACTU EXPOS

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La FIAC 2010, Palais des Arts contemporains (suite de la page 1…)

Tous les grandes galeries ont répondu présentes à l’invitation des organisateurs de l’événement, tels que Emmanuel Perrotin, Kamel Menour, Chantale Roussel, Downtown, Tornabuoni Arte, Gagosian Contemporary Fine Arts, SfeirSemler et tant d’autres. On remarquera cette année une grande part accordée aux jeunes galeries, bien mises en lumière à l’Espace de la Cour Carrée, et aux galeries des pays émergents du marché de l’art comme le Mexique, la Chine, l’Inde ou encore le Brésil. Petit bémol : à vouloir exposer le monde entier, on en arrive à près de 200 galeries réparties entre le Grand Palais, le jardin des Tuileries et la Cour Carrée ! Imaginez alors le Grand Palais peuplé au jour du vernissage d’une masse informe d’amateurs plus ou moins éclairés et avertis comme dans beaucoup d’évènements du monde de l’art people. On se marche dessus, on se bouscule, on renverse sa mini coupe de champagne qui fait genre sur la fourrure d’une américaine liftée, on hurle, on fait des gestes pour se retrouver au milieu de la foule… sans pouvoir apprécier les œuvres présentées ni parler aux assistants-galeristes qui généralement sont assez ouverts, surtout les étrangers. Revenir sur les milliers d’œuvres présentées durant la FIAC serait inutile tant les galeries étaient nombreuses. Citons simplement les grands classiques avec Warhol, Bourgeois, Rothko, Klein, Liechtenstein, Kirchner ; les confirmés avec Veillant, Clark, Murakami, Hurst, Koons, Soulages, Anish Kapoor ; et les émergents prometteurs avec Cyprien Gaillard (Prix Marcel Duchamp 2010), Ann Veronica Janssens, Carsten Höller ou Honoré d’O. La FIAC a également vu la renaissance d’un phénix de l’art : la galerie Férus. Ouverte en 1957, elle fut le centre de propulsion de l’art contemporain de l’Amérique d’après-guerre, jusqu’à sa fermeture définitive en 1966. Walter Hopps, son fondateur, l’avait considérablement développée avec son ami, le marchand d’art Irving Blum. Toutes les œuvres présentées au sein de la galerie dans la Cour Carrée pour la FIAC datent de cette époque glorieuse, celle des années 1960. C’est dans ce lieu d’innovation que Warhol organisa sa première exposition en 1962 avec ses « 32 boîtes de soupe Campbell » devenues les em-

blèmes du Pop Art mondial. Ed Rusha, Jasper Johns, Roy Lichtenstein et Franck Stella présentaient également leurs œuvres. C’est grâce à l’initiative du galeriste parisien Frank Elbaz et la Nyehaus Gallery de New York, que cette légendaire galerie de Los Angeles a vu sa façade renaitre par le biais d’une photo géante. La présentation est unique et fabuleuse. Mais avez-vous remarqué ces jeunes personnes rodant dans les allées des Tuileries, un badge noir de la FIAC autour du cou ? Saluons donc une nouvelle initiative de la part des services de l’administration de l’Ecole du Louvre et de son BDE, ainsi que des organisateurs de la FIAC, qui ont permis aux jeunes étudiants de 3 année et de Master de participer à un exercice de médiation lors du Show Off présenté dans le jardin des Tuileries comme chaque année. La tâche ne fut pas aisée pour de nombreux étudiants ne venant pas, pour une majorité, des spécialités et des formations en art contemporain ou en art moderne. Cependant l’encadrement pédagogique et les nombreuses réunions, menés par Baptiste Brun et Laurence Tardy, ont © Per rine Fu c hs permis aux élèves de s’en sortir haut la main face à des visiteurs et promeneurs des Tuileries pourtant souvent peu enclins à l’art contemporain. Bravant le froid, le vent, la pluie, la boue des Tuileries, ils ont su mener à bien leur tâche en délivrant un message artistique peu connu du grand public, comme Jennifer Allora, Mark Dion, Carl André, Otto Freundlich, Darren Banks, Jean Prouvé, Takis, Franz West ou Subodh Gupta. Certains ont même rencontré les galeristes et reçu la visite des artistes eux-mêmes lors de la présentation de leurs œuvres. Le ciel gris assombrit la nef du Grand Palais. La Cour Carrée se désertifie. Les prospectus FIAC jonchent le sol des escaliers des Tuileries. Il est temps de retourner à ses activités les enfants, la FIAC est finie. Jean-Baptiste Corne eme


ACTU EXPOS

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La muséographie imaginaire sur l’exposition Jean-Michel Basquiat au musée d’art moderne de la ville de Paris

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ean-Michel Basquiat. « Radiant child » à la carrière fulgurante. En dix ans, il passe du vagabond bohème taguant les murs de downtown Manhattan au millionnaire dont les collectionneurs, les galeristes et les musées s’arrachent les œuvres. Si son sourire et sa sincérité restent intacts, le jeans rapiécé laisse progressivement place à un costume Armani, les fenêtres brisées ramassées aux coins de rues à des toiles de grand format, les petits boulots aux boîtes de nuit branchées, les chips au shit... Pourtant, aucune de ces évolutions n’est perceptible dans la scénographie de l’exposition. Les murs blancs immaculés, l’accrochage impeccable, l’expographie bien-pensante et aseptisée sacralisent les œuvres comme, je le pense, l’artiste ne l’aurait pas souhaité. La puissance, la vitalité et la brutalité saisissantes qui se dégagent des œuvres en sont ainsi considérablement affaiblies. On ne peut pas exposer Basquiat comme Jean-Léon Gérôme ou Pierre Soulages, au risque de perdre, à mon sens, la force de transgression et de vie que véhiculent ses œuvres. Je me suis alors prise à rêver à une exposition imaginaire… Dans les premières salles qui correspondent à ses débuts artistiques, pourquoi ne pas maculer les murs de traces de bombes, d’huile et de pastel, déposer quelques œuvres au sol (celles où l’on voit les traces de chaussures de Basquiat qui n’hésitait pas à les piétiner), et appuyer les autres à terre contre les cimaises ? Sa première galeriste, Annina Nosei, témoigne qu’il écoutait en boucle le Boléro de Maurice Ravel pour peindre, et lui-même expliquait qu’il avait besoin d’une radio ou d’une télévision allumée pour trouver de l’inspiration… pourquoi ne pas nous faire écouter cette musique et voir défiler quelques émissions télévisées afin de nous plonger dans l’ambiance de création ? Pour les salles suivantes, celles de ses premiers succès, j’imagine une alternance de toiles accrochées aux cimaises, pour témoigner d’un début de reconnaissance, et d’autres toujours déposées pêle-mêle au sol contre le mur pour évoquer la difficulté d’un afro-américain à s’imposer dans le monde

artistique de l’Amérique post-raciale des années 1980. Là encore, un fond de Miles David ou de Charlie Parker ferait un bel écho à l’iconographie des tableaux. Basquiat entame en 1982 une longue amitié avec Andy Warhol qu’il rencontre par l’entremise du collectionneur suisse Bruno Bischofberger. Ce dialogue aboutit à une étonnante collaboration artistique entre 1984 et 1985. Je l’évoquerais par exemple par des photographies issues de la Factory ou encore par le portrait sérigraphié du jeune Basquiat par le maître du Pop Art. Car comment se rendre compte de la magie improbable de ces œuvres à quatre mains sans avoir en tête l’image de ce vieux blanc emperruqué et - il faut le dire quelque peu fripé, aux bras du jeune noir hérissé de dreadlocks, à la fois intimidé et rayonnant de bonheur ? Le choc de la confrontation des deux esthétiques et leur symbiose extraordinaire n’en seraient que davantage mis en valeur ! Je pense en somme qu’une muséographie audacieuse, déroutante et ambitieuse aurait rendu un bien plus bel hommage à cet artiste hors norme qui, du haut de ses 28 ans, a su ébranler, par ses cris colorés, ses furieuses tempêtes de chiffres et ses ratures rageuses, le monde de l’art américain ! Perrine Fuchs (…et l’imagination débordante de Thibault Boulvain) Illustration : Thaïs Arias

Informations pratiques : exposition : Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris 11 avenue du Président Wilson, Paris 16e 15 octobre 2010 – 30 janvier 2011 film : Basquiat, The Radiant Child de Tamra Davis En salle depuis le 13 octobre 2010


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Larry Clark au MAMVP Kiss the Past Hello

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l y a des scandales dans le monde de l’art qui ne passent pas inaperçus, et qui laisseront un parfum amer dans l’esprit des gens. Il semblerait que l’américain Larry Clark, cinéaste et photographe -ou « pornographe » comme aiment à le rappeler ses détracteurs -, rejoigne le clan des pestiférés du monde de l’art, à l’image d’un Gustave Courbet, Ludwig Kirchner, Egon Schiele, ou encore d’un Oskar Kokoschka. La provocation choque, gêne, hypnotise, mais surtout attire, séduit et plaît, preuve en est la file d’attente interminable au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le long de l’avenue d’Iéna. L’exposition Larry Clark est devenue « the place to be and to be seen », l’incontournable des expositions de la rentrée, le lieu où il faut être et être vu de tous, comme vous diront les bobos bien pensants et désabusés. Et pourtant, l’exposition connaît les plus violentes diatribes notamment de la part des milieux catholiques traditionalistes, qui en ont fait avec l’exposition Murakami à Versailles leur tête de turc préférée. Pornographe, pédophile, vicieux, malsain, cinglé, détraqué sexuel… Voilà quelques-uns des compliments acerbes que l’artiste s’est vu attribuer, justifiant selon certains l’interdiction controversée aux moins de 18 ans. Mais revenons un peu sur le parcours de cet artiste américain, né en 1943 à Tulsa dans l’Oklahoma aux Etats-Unis. Dès les années 1970, il se lance dans la photographie, travaillant dans sa ville natale où il côtoie des groupes de jeunes drogués accros au speed et à la marijuana. De ces expériences naît un ensemble de photographies intitulé Tulsa, unanimement reconnu dans le monde de la photographie américaine contemporaine. Il devient alors une source d’inspiration pour de nombreux réalisateurs tels Martin Scorsese dans Taxi Driver ou encore Gus van Sant avec Drugstore Cowboy. En 1983, son second volet photographique, Teenage Lust, est un véritable succès, particulièrement outre-Atlantique et en Grande-Bretagne. C’est en se rapprochant des milieux post-adolescents et des jeunes adultes

que Clark se lance dans le cinéma avec Kids, d’après un scénario de Harmoni Korine, qui sera loué lors des festivals de Cannes et de Sundance en 1995. Il explore depuis lors cette vocation pour le 7e art, ayant aujourd’hui à son actif plusieurs teen movies où les jeunes américains peuvent tenter de s’identifier. La jeune génération des « teenagers » est tout justement ce qui intéresse particulièrement Larry Clark. Son credo : photographier ce qu’ils vivent et ce qu’ils ressentent -leurs joies et leurs désarrois-, saisir leur désinvolture face à la drogue ou leurs envies et leurs pulsions face à la découverte de la sexualité. Certes, toutes les photographies ne se valent pas esthétiquement, cependant on ne peut retirer à l’artiste cette volonté de nous présenter une jeunesse insouciante, expérimentant tous les aspects de la vie, les bons comme les mauvais, mêmes si ces derniers mettent en scène la drogue, l’alcool, le sexe frôlant parfois la prostitution. Certes, il nous présente une certaine intimité volée de ces jeunes personnes, mais quelle intimité ! On est en présence de miroirs. Il préfère que les adolescents voient une scène sexuelle entre un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes, par le prisme de l’art photographique qui devient ainsi un vecteur presque pédagogique, plutôt que de les laisser reclus face aux vidéos pornos qui pullulent sur Internet. Nous n’allons pas rentrer dans le débat sur l’interdiction de l’exposition aux mineurs… Mentionnons tout de même que les galeries qui présentaient à la FIAC des photographies de cadavres, de corps mutilés ou de corps nus ne proposaient aucun avertissement préalable… La question et le débat restent donc entièrement ouverts. Jean-Baptiste Corne Illustration : Silvère Tricaud

Informations pratiques : exposition : Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris 11 avenue du Président Wilson, Paris 16e 8 octobre 2010 – 02 janvier 2011


MUSEES

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Découverte d’un musée au pays de la quiche et de la mirabelle

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ubliez le faste, la grandeur et la renommée de la Cinémathèque française, bienvenue au kitsch et non moins riche Musée du Cinéma et de la Photographie de Saint-Nicolas-de-Port. Avec un nom comme celui-là, inutile de vous rappeler qu’il habite les terres de Lorraine, sous l’aura de son patron bienveillant (Saint Nicolas, le véritable Père Noël). Au détour d’une cité ouvrière de Meurthe-et-Moselle, quelque peu sinistre, se trouvait autrefois une caserne militaire, celle-là même où Jacques Prévert a manié le fusil durant son service obligatoire. Puis cette caserne est devenue collège, et enfin musée en 1998. Ce passé refait surface lorsqu’on cherche à pénétrer dans ces lieux, puisque la sonnerie d’antan retentit à chaque fois qu’un visiteur pointe son nez à la porte d’entrée. Une fois dans le musée, vous aurez peutêtre la chance de tomber sur ce bénévole d’un âge certain, qui vous offrira son expérience et ses connaissances incroyables moyennant quelques francs. Eh oui, ici l’archaïsme est de mise, alors remballez votre carte d’élève, et payez gentiment moins de 5 euros pour une visite guidée de la collection d’une heure et demie. Vous serez surpris de voir votre guide vous parler de sa propre expérience, et commenter l’utilisation d’appareils des années 50. Car le personnel est composé en majorité de bénévoles passionnés, qui sont également cinéastes amateurs depuis leur plus jeune âge. Tout ce qui est exposé provient en grande partie de la collection personnelle de Marcel Mabille, qui anime lui-même quelques visites. Actuellement, l’un de ses objectifs est de retrouver une photo prise avec chacun des appareils exposés ; alors si vous décidez de faire un tour par la Lorraine avec vos sabots, n’oubliez pas les photos de grand-maman rangées dans les cartons poussiéreux du grenier, faites votre BA de l’année.

K itsch, vous avez dit kitsch ? Question déco, laissons de côté les affiches des classiques de Bergman, Godard, et consorts ; place à Eddie Murphy, Pierre Richard ou Dany Boon.

Quelques incontournables sont tout de même de sortie (Tati par exemple). Cela peut dépendre de vos goûts, mais tout cela crée une atmosphère « vieille jaquette de VHS » qui n’est pas du tout désagréable, et qui vous rappelle que le cinéma est un art, certes, mais aussi un divertissement populaire. Les couloirs sont par ailleurs jonchés de produits dérivés en tous genres. Ma vitrine préférée reste celle des chemins de fer, qui regroupe en miniature tous les trains qui ont marqué l’histoire du 7ème art ; depuis le temps que je rabâche ça : le cinéma c’est surtout des trains, on en voit partout dans les films, c’est une des premières choses à avoir été filmée… Enfin bref. L’organisation des salles, qui ont gardé le parfum de l’Education nationale, est chronologique. Histoire de la photo et histoire du ciné alternent, et l’accent est mis sur la technique. De la lanterne magique à nos jours, on vous expliquera tout sur cette littérature qui utilise « l’encre de la lumière » (cf. Cocteau, notre dieu à tous). Le musée organise également régulièrement des projections avec le matériel exposé, des ateliers photo, etc. En un mot, c’est un établissement charmant, doté d’une collection relativement riche, en regard de sa localisation et de ses ressources, qui vaut la peine d’être vu si vous êtes de passage dans la région (au sens large du terme : AlsaceLorraine-Champagne-Ardenne). De plus, vous trouverez dans la même ville un musée de la bière (oui, il y a des dégustations), et la magnifique basilique datant du XVe- XVIe siècles, symbole de l’indépendance du duché. Vincent Didellot Illustrations : Thaïs Arias

Visitez le site internet pour plus d’infos : www.museecinemaphoto.com


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Les rêveries d’un promeneur parisien...

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a première année de l’EdL est celle de la découverte du musée du Louvre. On apprend petit à petit à ne plus se perdre pour arriver à la salle de Nagada, à trouver le chemin le plus rapide pour accéder à la galerie Campana, puis on en arrive à connaître par cœur (pour les plus consciencieux d’entre nous), les couleurs des murs des dynasties égyptiennes, la succession des bustes d’empereurs romains ou de sceaux akkadiens… Bien sûr, on prend aussi très vite des petites habitudes : utiliser toujours les mêmes toilettes, les mêmes vestiaires, les mêmes ascenseurs… Enfin, on finit par noter le moindre changement d’œuvres sur les cimaises et on en vient à s’insurger (davantage que les gardiens de salle) dès qu’un touriste ose photographier un tableau avec flash ou poser délicatement sa tête sur une statue acéphale (en pensant évidemment qu’il est le premier à avoir eu cette ingénieuse idée…), comme si les œuvres nous appartenait un peu aussi, en définitive. Bref, au bout de quelques mois, on s’y sent presque comme chez soi. Au fur et à mesure des années, on cherche toutefois à s’échapper de cette hégémonie tutélaire, de cette familiarité réconfortante. On a l’audace de sortir du nid douillet, de battre très fort des ailes pour s’envoler à la découverte de nouveaux petits musées à s’approprier… Je propose quelques trajectoires à ces premières échappées. Pour moi, les petits musées installés dans d’anciens ateliers ou maisons d’artistes restent les plus propices à des déambulations de dimanche après-midi. Leurs avantages sont nombreux : délaissés par les groupes de touristes, ils sont des havres de paix où l’on peut se balader une heure en croisant à peine quelques visiteurs… Privilège rare en ces temps d’expositions événementielles. Ayant conservé une partie du mobilier d’origine ainsi que des boiseries au sol et aux murs, les ambiances sont feutrées et apaisantes. Les œuvres ne sont pour la plupart du temps pas les grands chefs-d’œuvre exposés aux musées du Louvre ou d’Orsay, mais plutôt des œuvres mineures, des esquisses, des dessins, des lettres, ou quelques objets de la vie quotidienne… Dans tous les cas,

ce sont des lieux qui ont conservé une âme originale. Parmi eux, on peut citer des musées monographiques tels les musées Gustave Moreau (ci-dessous),, Eugène Delacroix, JeanJean-Jacques Henner (peintre alsacien de la fin du XIXe s.) ou Antoine Bourdelle (sculpteur français de la fin du XIXe s. et du début du XXe s.). D’autres sont dédiés à une période précise, comme les musées CognacqCognacq-Jay et Nissim de Camondo ou celui de la Vie romantique. romantique Le premier nous plonge dans un intérieur XVIIIes, les peintures, dessins et sculptures dialoguant avec les meubles, les objets d’art et tentures. Le second est l’œuvre d’un collectionneur ayant reconstitué au début du XXe s. un ensemble de pièces XVIIIe s., un peu à la façon de period rooms (ci-dessous), nous immergeant dans un univers éblouissant de faste et de couleurs. Le dernier possède quant à lui un petit jardin fleuri qui invite au repos, -agrémenté d’une tasse du thé brûlant-, pour ponctuer la visite des expositions temporaires toujours originales. En ce moment, les peintres romantiques russes sont mis à l’honneur. Pour finir ce petit tour d’horizon, j’aimerais mentionner mon coup de cœur pour le musée Dapper qui organise de magnifiques expositions d’art africain et océanien, rassemblant toujours de très belles œuvres dans un cadre soigné et chaleureux. Zoom également sur un musée insolite pour tous les enfants qui sommeillent en nous : le musée de la poupée où l’on peut admirer les charmants minois de vieux poupins, dans un accrochage didactique et une ambiance propice à de doux rêves ! Perrine Fuchs Quelques autres musées à découvrir pour les plus curieux : musée de l’Orangerie, musée Marmottan, Cinémathèque française, Maison de la photographie, musée du Jeu de Paume, fondation Cartier-Bresson, Cité de la Musique, maisons de Victor Hugo et d’Honoré de Balzac, fondation Cartier, Palais de Tokyo... vous avez ainsi de quoi vous occuper une bonne partie de l’année !


REPORTAGE

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MUCEM : chantier avec vue sur la mer Décrié, encouragé, oublié, repris, voué à l'échec et à l'abandon... On en a dit et entendu des choses à propos du Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Mais voilà, en juillet dernier, Frédéric Mitterrand adresse une lettre de cadrage à Bruno Suzareli, actuel directeur du MuCEM, dans laquelle il fixe le projet, les objectifs, mais surtout un calendrier stable. Ainsi, notre petite coiffe bretonne devrait arriver, sans encombre, dans une vitrine courant 2013.

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lors que le Musée de l'Homme voyait sa fin approcher... Alors que les collections se voyaient disséminées de part et d'autre de la Seine... Et que les ATP commençaient à se faire vieux, l'idée à germée : celle d'un nouveau musée. Là-bas, loin, au soleil. Donc oui, « l'idée » est apparue au début des années 2000 (on a bien appris dans la Culture, comme dans le bâtiment, à être patient...), mais ce n'est qu'à l'automne 2008, avec la nomination de Marseille, capitale européenne de la culture, que le projet du MuCEM prit véritablement son essor. Et depuis, difficile de passer à côté ! De discours officiels en séminaires de l'École en passant par des émissions télévisées grand public, tout le monde parle du futur musée, nouvelle star de la scène française. Ou comment oublier un chien à clous au profit d'un pressoir à olives.

Marseille Ses ports, sa bouillabaisse, son (faux) quartier du Mistral internationalement connu chez les ménagères de moins de quatre-vingt ans. Et son désormais tout nouveau Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée. Qui dit nouveau musée dit nouveau bâtiment (et aussi déménagement des collections, mais pour cela nous vous renvoyons vers le précédent numéro de Louvr'boîte). Loin de la grande tour estampillée année 1970 du Jardin d'Acclimatation, le MuCEM, comme le quai Branly, se déploie sur trois sites : le musée à proprement parler, conçu par Rudy Ricciotti, le Fort SaintJean, et le Centre de Conservation et de Ressources.

Le « Môle J4 ». Sous ce nom barbare, digne d'un plan de fouilles archéologiques, se trouve le bâtiment Ricciotti, du nom de l'architecte à qui l'on doit également le futur et voisin département des Arts de l'Islam du Louvre. Le musée quoi... Situé sur le port, le musée donnera ça : « ce cube minéral sera enserré sous une résille de béton fibré, des façades brisevent qui laisseront passer la lumière, l’air et les odeurs d’iode, dans un couloir de promenade intérieur, bordé de douves. » (ndlr : nous reprenons ici la définition du musée donnée par le MuCEM sur son site Internet, ne pouvant faire fi d'une telle poésie.) Débutés il y a peu, les travaux de construction en eux-

mêmes devraient se terminer à la fin du mois de décembre 2012, pour une ouverture au printemps 2013. Cet espace de 15 000 m² comporterait des plateaux d'exposition, un auditorium destiné à accueillir une programmation aussi variée que celle du Louvre ou du quai Branly, un espace enfant, et les incontournables librairies et restaurant. Désormais, et à la demande du ministre de la Culture, ce bâtiment devra également comporter un espace d'exposition permanente, dédié à des collections touchant la thématique de la Méditerranée. Chose tout à fait logique, mais qu'il méritait tout de même de souligner ! (ndlr : oui, car il est fort à parier que si le musée s'était appelé Musée des Civilisations de l'Europe et des Flandres, les collections exposées auraient senti bon la boulette d'Avesne.) Afin de monter cette exposition, les équipes du MuCEM sont entrées en contact avec les musées du Louvre, d'Orsay, du quai Branly et de la ville de Marseille, instaurant par là une politique de prêts et de dépôts visant à accroître les collections. Non parce qu'on ait beau chercher, mais on ne trouve pas vraiment le côté méditerranéen de la coiffe bretonne... Ainsi donc seront exposées les collections méditerranéennes du Musée de l'Homme, les nouvelles acquisitions touchant le monde méditerranéen, les campagnes menées sur l'eau, l'huile d'olive ou la construction du genre. Pour l'heure, seuls les sujets des deux expositions temporaires inaugurales ont été définis. Il s'agira d'une exposition intitulée Le Noir et le Bleu, tournant autour de la mythologie et de l'image du monde méditerranéen, ainsi qu’une seconde sur le thème du genre, Masculin, féminin, sujet de recherche cher au MuCEM et à ses scientifiques.

Le Fort Saint-Jean Associé dès le début du projet aux espaces à investir, le Fort Saint-Jean, bâtiment conçu au XIIème siècle et en cours de restauration, avait finalement été écarté du projet... Avant de revenir sur le plan du MuCEM au cours de l'année 2010. Bon, comme l'idée d'occuper le bâtiment avait été abandonnée depuis un certain temps, le programme muséographique à y appliquer n'est bien entendu pas encore défini...


11 Mais pour ce faire, le MuCEM a rappelé Bénédicte Rolland -Villemot, professeur à l'École du Louvre et ancienne conservatrice des ATP, dont l'une des actuelles missions est de définir la thématique à donner au Fort Saint-Jean. Cependant, une chose est sûre, cet espace d'exposition devra impérativement présenter des objets issus des collections d'arts et traditions populaires. Et avec un peu de chance, Gwenaëlle. Oui, il fallait donner un nom à cette coiffe à la fin... Le Fort Saint-Jean accueillera également un centre de formation, destiné à dispenser des séminaires pour des étudiants, de l'École du Louvre notamment. Afin d'associer les deux espaces, une passerelle de plus de cent mètres de long sera réalisée par Riciotti, et reliera le Fort Saint-Jean au musée. Ou comment un pont en béton pourra faire le lien entre une céramique d'Iznik et trois bouts de dentelle.

Le Centre de Conservation et de Ressources Situé dans le quartier de la Belle de Mai (ndlr : si vous non plus ne savez pas où c'est, il y a une page Wikipédia « liste des quartiers de Marseille » vachement bien faite), ce nouveau bâtiment, réalisé par Corinne Vezzoni sur d'anciennes friches, abritera une entité à part entière. En effet, ce Centre, réalisé sur la base d'un partenariat public-privé, regroupera les réserves du MuCEM, centre de recherche et salles d'expositions « test », le tout dans une optique primordiale d'accessibilité au public. Bon, pour ce qui est de l'architecture... on sera loin de la poésie marine de Ricciotti. Le bâtiment sera carré, fera 10 000 m², tout en béton. Il faut dire que les armoires normandes n'ont pas spécialement besoin de formes alambiquées.

Les réserves Comme vu dans l'épisode précédent, les 8 000 m² de stockage répartis sur trois niveaux seront organisés par matériaux, afin de répondre le plus précisément possible aux conditions de conservation préconisées pour les objets. Parmi eux, on trouvera notamment la reconstitution d'unité écologique (avouez que vous rêviez de la vitrine du blé au grain chaque nuit avec un pincement au cœur !) et une réserve-témoin, accessible au public. Les locaux serviront également à la restauration des objets, une action qui sera assurée en partenariat avec le CICRP, le Centre interrégional de conservation et de restauration du patrimoine, soit l'équivalent du C2RMF à l'échelle de la région. Ce centre de conservation devrait être livré au cours de l'été 2012, pour une arrivée des camions, et donc des œuvres, en automne. A côté de ce grand monolithe, d'autres réserves seront aménagées, pour accueillir notamment les grands objets, tels

ceux conservés à Saint-Riquier. Les musées, les objets, tout ça est bien joli. Mais aujourd'hui, que serait un bon musée sans tout un tas d'activités annexes, fleurons de la médiation culturelle ? Inscrit dans les festivités et manifestations de Marseille 2013, le MuCEM a pris bonne note de tous les cours de médiation et proposera séminaires, conférences, concerts et spectacles. Mais en attendant l'ouverture du musée, il n'était pas question de laisser les connaisseurs oublier l'institution, ni de s'imposer brutalement aux Marseillais. Oui, tout se passe désormais à Marseille. Amis des moules à beurre, il faudra vous y faire. Ainsi, ont par exemple été mis en place les « mardi du MuCEM », conférences tenues chaque deuxième mardi du mois autour de thèmes anthropologiques touchant au monde méditerranéen. Cela va de soi. Hors de question également de laisser trop de collections en carton pendant trois ans. C'est pourquoi le MuCEM propose ses collections en dépôt, avec par exemple la céramique à Sèvres ou l'archéologie à Louvres, et, dans une certaine mesure, continue les prêts : les visiteurs du Centre Pompidou-Metz ont ainsi pu avoir la chance d'admirer la vitrine de la transhumance ailleurs qu'aux Sablons. Mais outre les expositions et les manifestations culturelles qui vont bien, le MuCEM a à cœur de garder un pôle scientifique important et influent. Rappelons que les ATP étaient la pointe de la recherche ethnologique française et que les collections de Bonnemère sont conservées dans les réserves. Afin d'appuyer cette volonté, le MuCEM continue d'effectuer des enquêtes anthropologiques, sur des sujets aussi variés que l'espace urbain ou la construction du genre. Mener des enquêtes, oui, mais avec une volonté de restituer les résultats au public. Et en l'absence d'espace d'exposition, le MuCEM a mis en place un mini-site Internet, http:// www.femininmasculin.culture.fr/, autour de la campagne Masculin, féminin, dirigée par Denis Chevalier. Et à Paris alors, il va rester qui et quoi ? Actuellement, à une centaine de mètres du musée, en bordure du Jardin d'Acclimatation, se construit le tout nouveau bâtiment destiné à accueillir la Fondation LVMH pour l'Art Contemporain, sous la direction de Frank Gehry (excusez du peu). Oui, on vous avait dit ici même que le bois de Boulogne n'attirait pas les foules, et que cet emplacement était l'une des causes principales de la défection du public pour les ATP, mais ce point ne semble pas négatif pour la première fortune française ! Il est à prévoir que la tour des ATP fasse pâle figure à côté de l'architecture imaginée par l'artiste américain... Mais ça, c'est une autre histoire ! Eloïse Galliard Illustration: Valentine Gay


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DOSSIER

Tour du monde de la représentation zoophile dans l’Art

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a sexualité de quelques êtres vivants, principalement l’être humain, le singe et le dauphin, voit le plaisir sexuel comme étant une fin en soi. Cela suppose que l’acte sexuel n’est pas destiné à la seule procréation. Dans le domaine de l’art, la représentation de la sexualité répond à deux termes, à savoir l’érotisme (« recherche variée de l’excitation sexuelle ») et la pornographie (« représentation complaisante de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre littéraire ou artistique »). Ce type de représentation ne peut s’analyser sans l’éclairage continu de la censure, celle-ci étant l’échine de l’histoire de l’érotisme et de la pornographie. Dans le domaine des arts donc, en plus des censures légales, morales et religieuses que l’on pourrait qualifier d’intellectuelles, s’ajoute la censure iconographique qui s’attache et s’attaque à la représentation même et non pas à la pure pensée érotique ou pornographique. La censure iconographique pèse relativement peu sur l’érotisme (le prouvent les nombreuses œuvres d’art usant de la mythologie pour donner à voir un corps féminin nu) alors qu’elle écrase la pornographie. Nous nous intéresserons alors dans ce dossier à survoler rapidement et fébrilement l’éventail, les évolutions et les iconographies des représentations zoophiles à travers le temps, l’espace et l’imaginaire de l’être humain en commençant déjà par définir ce qu’est la zoophilie, comment elle est perçue et comment il faudrait peut-être mieux la percevoir puis, ce qui nous intéresse, pourquoi et comment elle a été représentée à travers le temps et l’espace dans les arts. La zoophilie est, dans son sens étymologique issu du grec ancien, l’amour (dans le sens d’affection) des animaux. Ce sens premier a été utilisé jusqu’à la fin du XIXe siècle, avec par exemple le journal Le Zoophile animé par Victor Hugo. Le sens du mot « zoophile » ne prend sa définition extensive de l’amour des animaux qu’avec le XXe siècle. Auparavant, ce sens était supporté par le terme de bestialité. De nos jours, la zoophilie n’est plus seulement la simple attirance envers les animaux mais couvre également le passage à l’acte sexuel effectif, la bestialité ayant glissé vers les actes sexuels violents envers les animaux. En effet, alors que le zoophile d’aujourd’hui aime les animaux comme son prochain, la bestialité est à la zoophilie ce que le viol (en tant qu’acte sexuel non consenti et forcé) est à la relation sexuelle humaine. Ainsi, la zoophilie peut être extra-ordinairement (au sens premier du terme) un type d’orientation sexuelle rare mais existante, comme semble le prouver le témoignage d’un homme, 47 ans, docteur en médecine, cité dans un article de la revue Scientific American1 : « Je m’aperçus à l’adolescence que mon orientation sexuelle était différente

de ce qu’elle était censée être. Je regardais les chevaux de la même manière que les autres garçons regardaient les filles. Je matais les films de cowboys pour entrapercevoir les chevaux. Je regardais en douce les images de chevaux à la bibliothèque. [...] Pour moi, [les chevaux] dégageaient une puissante, incroyable et primaire attractivité sexuelle ». Maïa Mazaurette, dans un article² publié sur son site Sexactu, estime que la catégorisation homo/bi/hétéro ne permet pas d’appréhender l’intégralité du concept d’orientation sexuelle chez l’homme. En effet, celle-ci ne peut pas répondre au seul rythme ternaire. Il est absurde de prétendre que la nature humaine est à la fois incommensurable dans ses potentialités et limitée à trois choix cloisonnés dans le domaine de la sexualité. Il est donc plus éclairé de postuler que chaque pratique sexuelle est une catégorie primaire de sexualité pouvant être ensuite distribuée selon l’orientation sexuelle secondaire homo/bi/hétéro (par exemple humanophile homo/bi/hétéro ou zoophile homo/bi/hétéro). Nous définissons comme pratique sexuelle toute possibilité sexuée ou sexuelle, active ou passive, issue de l’imaginable (pratiques considérées comme normales, naturelles ou acceptables, fétichismes et paraphilies compris, nous sommes bien évidemment tous le fétichiste ou le pervers de notre prochain). Chaque époque s’est toujours orientée vers des préférences sexuelles et leurs représentations en fonction des idées comme des pratiques en vigueur. L’histoire de l’image sexuellement correcte imposée par la doxa religieuse ou sociopolitique s’est vue transgressée par des représentations sacrilèges, interdites, censurées, pourchassées. Cependant, les paraphilies et fétichismes restent culturels (comme par exemple la pilosité au Japon ou les pieds en Chine). L’iconographie que nous qualifions de nos jours comme érotique (sexuée ou sexuelle) apparaît avec l’homme moderne, celui-là même qui sculpte des Vénus ou dessine sur les parois des grottes. Toutefois, il s’agit d’une période qui tend à exclure toute idée de recherche érotique. Les œuvres d’art de ces époques ont une destination chamanique (culte de la fertilité pour les Vénus, communication avec la nature pour les dessins dans les grottes). D’époque néolithique, le site libyen de Tin Lalan3 possède, gravées dans la roche, des représentations de femmes copulant avec un homme-chacal ou un homme-chat. Le site préhistorique du Val Camonica sis en Italie du Nord contient parmi les gravures rupestres qui y furent découvertes une représentation, datée d’environ 8000 ans avant Jésus Christ, d’un homme sodomisant un animal indéterminé. L’interprétation de ces représenta-


13 tions comme faisant état d’un culte de la fertilité plus que d’une recherche consciemment érotique peut s’étendre tout autant au continent américain avant sa découverte par les Européens : nous pouvons ainsi citer la peinture pariétale de l’homme ithyphallique se tenant derrière un jaguar découverte sur le site d’Oxtotitlan, au sud du Mexique, et datée de l’époque formative (vers 900-800 avant Jésus Christ).

gréco-romaine, la zoophilie se trouve également dans la littérature de l’époque, dont l’exemple le plus intéressant est celui du conte de L’âne d’or d’Apulée (écrit au IIe siècle) qui contient une scène de copulation entre une femme et un âne. Une édition gravée en bois datée de 1538 selon le frontispice contient des vignettes en haut de chaque page permettant d’illustrer l’histoire au fur et à mesure de l’avancée de la lecture.

De la Grèce à l’Asie, la mythologie est le prétexte idéal d’un dévoilement charnel qui mettra près de dix siècles à se désacraliser. De nombreuses turpitudes sexuelles des dieux de l’Olympe jusqu’à la sexualité de groupe, la sodomie homo- ou hétérosexuelle, la pédophilie et la zoophilie se distinguent en effet sur les bas-reliefs, vases, coupes et amphores de l’époque. Pour notre sujet, la mythologique gréco-romaine s’illustre avec dans les rôles de l’être humain le dieu Zeus et la femme Pasiphaé, les deux sexes étant ainsi représentés. Le mythe concernant Zeus est celui de Léda et le cygne sous lequel Zeus lui-même se métamorphose en animal pour obtenir les faveurs de cette mortelle. Le thème iconographique de Léda et du cygne a permis la production d’une importante quantité d’œuvres d’art4, qui peuvent être partagées entre la séduction de Léda par le cygne et l’acte de copulation. Pour les représentations du coït de Léda et du cygne, nous pouvons citer entre autres Raphaël, MichelAnge, Véronèse, François Boucher ou Maximilian Pirner (ci-dessus). Mais dès l’Antiquité, des œuvres nous donnent à voir la relation charnelle entre Léda et le cygne, comme par exemple le sarcophage de Licinia Magna (seconde moitié du IIe siècle, conservé à Arles au musée de l’Arles et de la Provence Antiques). Quant à l’autre exemple de zoophilie dans la mythologie grecque, il concerne Pasiphaé, femme du roi Minos, rendue amoureuse par Poséidon d’un taureau blanc offert par le dieu et non sacrifié par Minos comme convenu. Le thème des amours de Pasiphaé et du taureau, donnant naissance au Minotaure, a été relativement peu représenté en comparaison à celui de Léda et le cygne. Un cycle de fresques illustrant le mythe complet a été retrouvé dans une maison de Pompéi. Plus proches de nous, Gustave Moreau, André Masson (ci-contre) et Jackson Pollock se sont également intéressés à donner une forme iconographique au coït de la reine et du taureau. Outre la mythologie

L’époque médiévale occidentale prend ses distances avec l’Antiquité, sa littérature et ses mythes. Elle puise alors principalement, si ce n’est essentiellement, son iconographie dans la Bible. L’Eglise chrétienne romaine joue donc le premier rôle pour valider ou censurer une iconographie, rôle que se confirmera à nouveau l’Eglise catholique lors du Concile de Trente (1545 - 1563) face à l’Eglise protestante. Ceci dit, la représentation pornographique est bien présente sur les murs des églises romanes (chapiteaux, bas-reliefs, tympans, gargouilles, etc.). Parmi de nombreux exemples de sculptures zoophiles, nous citerons pour l’architecture religieuse une clé de voûte de l’église Sainte-Margaret de Cley (Angleterre), datée du XIIe ou XIIIe siècle, montrant un homme coincé entre deux monstres simiesques et pour l’architecture civile un bas-relief du XIIe siècle faisant partie du décor du château de Kilkea situé en Irlande. Ces représentations pornographiques s'inscriraient dans une iconographie eschatologique (péchés), de propagande antiislamique (pour pousser les fidèles à la croisade) ou plus simplement de moquerie des artisans contre leurs commanditaires mauvais débiteurs5. Les autres civilisations et cultures de l’époque médiévale ne sont pas en reste. Qui ne se souvient pas lors de ses études à l’Ecole du Louvre des sculptures du temple de Khajurâho (Madhya Pradesh) ? Construit au XIe siècle par la dynastie Candela, le décor du mur sud présente quelques scènes érotiques passant en revue de nombreuses pratiques et posi-


14 tions sexuelles dont la zoophilie comme dans un relief donnant à voir une jument entre deux hommes. Dans la religion hindouiste, le fidèle communiant avec le dieu vit une extase de l’âme comparable à l’extase sexuelle qu’est l’orgasme. Ces représentations ne sont donc pas pornographiques au sens d’obscène mais seulement érotiques dans un sens métaphorique pour permettre la représentation d’une extase psychique produite par la foi d’un fidèle difficile à rendre par l’image sans un moyen contournant cette difficulté iconographique, ici la transposition de l’extase religieuse en extase physique. Contrairement à l’Inde qui possède des lieux de cultes décorés, l’Islam prescrit le décor figuratif dans ses lieux de culte. Les représentations érotiques se déplacent donc des arts majeurs (dont l’architecture) aux arts mineurs (dont l’enluminure). En effet, et parmi d’autres exemples possibles, les ouvrages des Mille et une nuits et du Bréviaire arabe de l’amour (ci-dessus), certes séparés de six cent ans, contiennent des scènes zoophiles qui ont reçu une mise en illustration lors de certaines éditions. Toujours dans le domaine de l’impression sur papier, mais cette fois-ci dans l’art de l’estampe, au Japon et quelques siècles plus tard, Hokusai, graveur en bois de l’époque d’Edo (1600 - 1868) et inventeur du manga (ou tout du moins du mot), grave vers 1820 la célèbre planche du Rêve de la femme du pécheur (ci-contre) qui donne à voir une femme dans les tentacules de deux pieuvres, l’une énorme lui prodiguant un cunnilingus et l’autre plus petite l’embrassant et lui pinçant un sein. Contrairement au reste du monde, la zoophilie japonaise préfère les animaux marins. Encore aujourd’hui, la société japonaise de film pornographique Genki Genki6 ne comprend dans son catalogue zoophile que des films réalisés avec des animaux provenant du monde aquatique (anguilles, sangsues, batraciens, concombres de mer, etc.). De nos jours, l’art contemporain s’intéresse toujours plus à la représentation de la sexualité, allant parfois jusqu’à utiliser l’iconographie des perversions et fétichismes pour produire de nouvelles œuvres d’art. Nous pouvons citer le photographe japonais Daikichi Amano7 qui puise toujours dans le répertoire iconographique du bestiaire aquatique pour réaliser des photographies érotiques zoophiles, s’inscrivant ainsi dans la tradition japonaise. Plus proche de nous dans l’espace, le photographe Oleg Kulik, artiste russe, a vu ses photographies jugées zoophiles décrochées lors de l’édi-

DOSSIER tion 2008 de la FIAC. Cette réaction des autorités, avant d’être une réaction du public, illustre la censure, morale plus que légale finalement, encore aujourd’hui en activité même si les artistes commencent à exploiter la zoophilie, ainsi que d’autres comportements sexuels tabous, afin de produire un art original, dérangeant et permettant non seulement de créer une politique du scandale autour de leur œuvre mais également de susciter des débats ou des critiques de la société actuelle. Parti du Croissant fertile préhistorique et cheminant à travers le temps le long des civilisations et cultures du globe pour revenir en Europe, cet article, bien loin d’être exhaustif et scientifique, s’attache néanmoins à donner une vision d’ensemble de l’art zoophile à travers le temps et l’espace en illustrant son propos dans des domaines artistiques différents, allant de l’architecture à l’enluminure, et dans des civilisations et cultures diverses et complexes. Notre civilisation occidentale, qui a su imposer ses valeurs et ses principes à travers le monde, s’est lancée dans la protection des animaux depuis plusieurs années. La zoophilie, comme définie en ce début d’article, est cependant très mal considérée. La société a tendance à humaniser l’animal dès qu’il s’agit de s’intéresser à son sort ou à ses relations avec l’homme, créant ainsi un faux débat sur la potentialité et la possibilité d’une conscience et d’un consentement chez l’animal.

Il semblerait que l’humanisation de l’animal s’arrête à l’obtention des droits et n’accède pas jusqu’à ce qui fait l’être humain, à savoir le plaisir sexuel comme un fin en soi. A moins que l’être humain n’ait pas le droit de bestialiser sa sexualité, même si celle-ci est bien la part la plus animale qui soit restée en nous. Quoiqu’il en soit, la représentation artistique de la zoophilie n’est en rien une nouveauté contemporaine, a toujours existé et ce sous des iconographies nombreuses dans tous les domaines artistiques. La zoophilie artistique a servi tant de support religieux pour expliquer le monde à travers la mythologie ou l’extase du fidèle communiant avec la divinité que de critique de la


15 société et des gouvernements. Mais la mythologie, l’illustration littéraire et la critique ont été des prétextes pour per-

mettre à la sexualité, toutes formes et pratiques confondues, d’être représentée. Philippe-Alexandre Pierre

1. Jesse Bering, « Animal Lovers: Zoophiles Make Scientists Rethink Human Sexuality », 24 mars 2010, in Scientific American @ http://www.scientificamerican.com/blog/post.cfm?id=animallovers-zoophiles-make-scient-2010-03-24 2. Maïa Mazaurette, « La zoophilie comme orientation sexuelle », 29 mars 2010, in Sexactu @ http://www.sexactu.com/2010/03/29/la-zoophilie-comme-simple-orientation-sexuelle/ 3. Libye, site de Ti-n-Lalan @ http://www.animalzoofrance.net/index.php/Ti-n-Lalan 4. Liste non exhaustive de nus de Léda, dernière mise à jour du 15 août 2010, in Echolalie.org @ http://www.echolalie.org/wiki/index.php?ListeDeNusDeLeda 5. Encyclopédie libre sur la zoophilie, « Sculpture médiévale et zoophile », dernière mise à jour du 18 août 2009 @http://www.animalzoofrance.net/index.php/Sculpture_médiévale_et_zoophilie 6. Genki Genki @ http://www.genki-genki.com/ 7. Daikichi Amano @ http://www.daikichiamano.com/

CINEMA

J’ai tourné dans un monument national

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a visite d’un monument historique est souvent propice au fantasme et aux rêveries qui sont autant de sources de frustration : qui n’a jamais rêvé de défendre les remparts de Carcassonne l’épée au poing, de taper la causette avec Napo et Jo lors d’un bal à Fontainebleau, de pourchasser à cheval le huguenot (ou le catholique selon) dans les fossés du Louvre, ou de s’empiffrer de brioches lors d’une partie endiablée de trictrac à Trianon ? Ce privilège rare est aujourd’hui réservé presqu’exclusivement aux petits chanceux qui participent à un tournage dans les fleurons de notre patrimoine, des monuments sollicités toute l’année par les plus grands réalisateurs qui ont choisi d’y installer pour quelques temps leurs caméras. Mais il arrive que le Centre des Monuments Nationaux permette aussi à quelques cinéastes amateurs (dont l’auteur de ces lignes) d’utiliser les sites du Poitou-Charentes pour façonner la Pologne imaginaire des songes de Calderón, preuve que dans le Cinéma tout est possible ! La passionnante exposition organisée actuellement à la Conciergerie (transformée pour l’occasion en plateau de tournage) met en lumière comment les monuments, tels de véritables acteurs, ont un rôle spécifique à jouer. Ils sont tantôt figurants à l’arrière-plan, acteurs de composition prenant la place de lieux disparus ou inaccessibles, sources d’inspiration pour décors féeriques et imaginaires et, beaucoup plus rarement, ils incarnent leur propre rôle, à la gloire de la grande Histoire ou de récits romanesques dont ils sont les héros. Tourner dans un monument historique est une expérience tout à fait particulière, comme j’ai eu la chance de le constater. D’un côté, on éprouve toujours du respect et de l’humilité face à un site marqué par son ancienneté et le poids des évènements historiques qui s’y sont déroulés. D’un autre côté on se sent un peu comme chez soi, on se réappro-

prie complètement le lieu tandis qu’il cesse d’être seulement un « monument historique » parmi d’autres et se métamorphose en un objet nouveau : un décor de cinéma. Des situations qui nous sembleraient habituellement invraisemblables s’accumulent au fil des jours et lieux occupés. C’est ainsi que sans aucune gêne ou arrière-pensée, je me suis retrouvé à réaménager les sous-sols voûtés d’une tour du XIIIe siècle, ancienne geôle, en salle du trésor éclairée de quelques torches (qui a dit que la fumée était nocive pour la conservation ? ) où un drame particulièrement sanglant allait se dérouler. Les échafaudages prévus pour la restauration de fragiles fresques de la Renaissance sont réutilisés sans scrupule pour y poser les projecteurs, pendant qu’on installe les loges dans un salon baroque doré à la feuille où les costumes s’empilent sur du mobilier vraisemblablement classé... Et l’on se retrouve bientôt à courir, hurler, pleurer, se battre en duel entre deux touristes apathiques, trucider son prochain dans ces lieux sacrés, où l’on oserait à peine élever la voix en temps normal ! Et que dire de l’exaltation que l’on peut ressentir lorsqu’on traverse la nef d’un impressionnante église romane, une lourde traîne sur les épaules, pour son propre couronnement ou que, dans une autre scène, on condamne une sorcière au bûcher dans la même salle ou Jeanne d’Arc fut jugée presque 600 ans plus tôt… Grâce au cinéma, nos vieux monuments reprennent vie : habités par les acteurs, magnifiés par le cadre et la lumière, sertis de milles atours, ils se transforment et se renouvellent sans cesse au service du 7e art, afin de perpétuer ainsi leur propre histoire. Sébastien Passot Illustration: Camille Boisaubert Informations pratiques : exposition : Monuments, stars du 7ème Art Conciergerie, 2 bd du Palais, Paris 1er 29 octobre 2010 – 13 février 2011


CINÉMA

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Brune/Blonde

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ous avez forcément déjà croisé, au détour d'une station de métro, la face mutine d'une Pénélope Cruz mi-brune mi-blonde, usant du charme artificiel de sa perruque marylinesque pour vendre une exposition dont elle illustre à merveille le titre : Brune/Blonde. Mais avez vous remarqué, plus que le lieu où elle se tient (la Cinémathèque Française), le sous-titre de cette intrigante proposition ? Une exposition « Art et Cinéma ». Au delà d'une discutable différenciation entre ces deux expressions, cette sentence a l'avantage d'annoncer clairement la couleur, de donner en seulement cinq mots le programme de ce qu'on peut considérer comme la réponse d'Alain Bergala (commissaire de l'exposition, mais aussi critique, essayiste, scénariste et réalisateur) à la question : comment exposer le cinéma ? Dans le numéro précédent de la séduisante feuille de chou que vous tenez amoureusement, nous évoquions déjà cette question très à la mode (je t'y renvoie, lecteur assidu). Le cinéma étant par définition un art de la temporalité, une œuvre immatérielle (un dvd n'est pas une œuvre, mais seulement un support) qui ne se définit que dans les limites chronologiques de sa projection, son exposition pose évidemment problème dans l'espace et le temps contraints de la visite d'un musée. Toutefois, maintenant que le cinéma est (depuis 1995) un art séculaire, il commence à chercher sa place au sein des institutions muséales ; en est témoin la multiplication des expositions temporaires autour de celuici, et au premier plan, les expositions de la Cinémathèque. Mais Brune/Blonde marque – à mon sens – un tournant important dans cette question de l'exposition du cinéma. En effet, auparavant, ce type d'installation passait toujours beaucoup par le support objet : costumes, photos de tournage, objets cultes, affiches (pour les intéressés, un tour dans les collections permanentes du musée de la Cinémathèque est recommandé pour découvrir les Sélénites de Méliès, la peau d'âne de Catherine Deneuve pour Jacques Demy, le robot de Métropolis et beaucoup d'autres trésors), etc. Cette fois-ci, Bergala prend un parti radicalement différent : pas de reliques de tournage mais des œuvres appartenant aux différents domaines artistiques (peinture, sculpture, photographie, collage...) questionnant par leur confrontation des extraits de films, mythiques ou plus confidentiels, autour du thème aussi obsédant qu'intemporel de la chevelure féminine. Organisée en 5 salles thématiques (le mythe ; histoire et

géographie de la chevelure ; les gestes de la chevelure ; les grands scénarios ; vers l'abstraction), l'exposition se veut vecteur de réflexion plus que d'affirmation. Un carton explicatif par salle, rarement plus, mais le dialogue des œuvres, des supports, se fait le véhicule d'une pensée plus large qui incite le visiteur/ spectateur à tirer ses propres conclusions. Regarder la Danaïde de Rodin tout en entendant Rita Hayworth/Gilda chanter son immortel Put the Blame on Mame est loin de dénaturer l'une ou l'autre des beautés intrinsèques des deux œuvres : cette contamination nous parle d'une façon inédite du mythe de la "femme fatale" qui trahit, qui séduit (et qui égorge son époux pendant la nuit de leurs noces sur ordre de son père, mais passons)…


CINEMA Rien n'est laissé au hasard et pourtant tout est ouvert dans cette muséographie intelligente alliant un aspect très ludique (trois petites enclaves reproduisant des salons de coiffure, un asiatique, un africain et un proche-oriental, où le miroir se fait écran de cinéma et où les murs se couvrent de photos, d'estampes, de collages ; une sculpture d'Alice Anderson, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du bâtiment qui se retrouve pour l'occasion coiffé d'une immense perruque de cheveux de poupée) à des œuvres très prestigieuses (la Lana Turner de Warhol, des photos de Man Ray, La Toilette de Pierre Puvis de Chavannes, la Danaïde de Rodin évoquée à l'instant ; mais aussi des films rares, tels que The Naked Kiss de Samuel Fuller, ou des réalisations de Chantal Akerman et Bertrand Bonello). La Cinémathèque a également passé commande, spécialement pour l'exposition, à six réalisateurs contemporains (Abbas Kiarostami, Isild le Besco, Nobuhiro Suwa, Pablo Trapero, Yousry Nasrallah et Abderrahmane Sissako) d'un court-métrage autour de la chevelure. Ce très beau programme, complètement inédit, tourne en boucle à la fin de la visite et permet une immersion dans la lecture contemporaine de ce thème intemporel qui a hanté quelques uns

17 des plus grands cinéastes de l'histoire du cinéma (Hitchcock, bien sûr, mais aussi Lynch, Buñuel, Bergman, Godard, Antonioni, ...). Enfin, pour alimenter l'inépuisable débat autour de cette inépuisable question de la chevelure dans l'art, un cycle de projections et de conférences accompagne l'exposition. Y sont projetés des films aussi différents que Susana la Perverse de Buñuel et la Revanche d'une Blonde de Robert Luketic ; nul doute que vous y trouverez un film à votre goût, pour prolonger vos réflexions, vous détendre, et clore en beauté cette immanquable excursion dans le temple de la cinéphilie de Paris. Thaïs Arias Illustration : Manon Paya Informations pratiques : exposition : Cinémathèque Française 51, rue de Bercy (M 6 et 14, station Bercy) Du 6 octobre au 16 janvier Visite guidée organisée par le BDE et le ciné-club le vendredi 3 décembre à 10h

Programmation

L

e grand événement audito de la période est l'invitation de Patrice Chéreau au Louvre. On peut déplorer la pauvreté de la programmation cinéma dans ce cadre. Il vaudra mieux aller faire un tour du côté du théâtre et des concerts, programmation qui, elle, est excellente. Soulignons le vendredi 3 décembre à 20h30 une projection et orchestration de l'Aurore de Friedrich Murnau, commande du Louvre. Pour les amateurs de sensations fortes, les samedis du 12 au 26 février verront la projection des Nuits Révolutionnaires de Charles Brabant, une « télésuite » de 7h. Au musée d’Orsay, un hommage à Jean-Louis Barrault, acteur et surtout ancien élève de l'Ecole du Louvre, sera rendu le 15 décembre à 20h par la projection du film Le Testament du docteur Cordelier de Jean Renoir. Pour les amateurs de péplum, une alléchante programmation est proposée à l'auditorium d'Orsay, en contrepoint à l'exposition Jean-Léon Gérome. On pourra voir le grand classique du cinéma de genre Jason et les Argonautes de Don Chaffey et Ray Harryhausen (30 décembre, 15h). C'est aussi l'occasion de découvrir l'un des premiers longs-métrages à gros budget de l'histoire du cinéma : Cabiria, film italien réalisé par Giovani Pastrone (9 janvier, 15h). Et entre les Ben Hur et Spartacus, vedettes bodybuildées incontestées du genre, Théodora impératrice de Byzance vous promet un voyage vers les terres sensuelles de l'Orient. (On se souviendra des

éclatantes révélations de Maximilien Durand à ce sujet.) C'est aussi l'un des rares films consacré à Byzance pour lequel il faut remercier Riccardo Freda (22 janvier, 16h). Le coup de cœur du mois va à Beaubourg, qui projettera le 8 décembre à 19h un film du réalisateur et plasticien Wang Bing, révélation chinoise de ces dernières années dans la vidéo L'Homme sans nom. Bonnes sorties ! Sophie Paulet

Kirk Douglas met le paquet dans Spartacus de Stanley Kubrick, 1960


PORTRAIT

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« Et Versailles fut sauvegardé... » Publié en 1960, « Et Versailles fut sauvegardé : Souvenirs d’un Conservateur : 1939-1941 » raconte une page de l’histoire du château de Versailles. Dans ce livre pratiquement inconnu du grand public, son auteur Pierre Ladoué nous ramène en 1940, au début de la seconde guerre mondiale. Il y raconte quel fut son rôle, alors qu’il était conservateur en chef du musée de Versailles, dans la sauvegarde de ce patrimoine qui était menacé d’être en partie détruit ou pillé par les Allemands.

Mais qui était cet homme qui déploya tant d’énergie pour sauvegarder Versailles? Pierre Ladoué est né à Bassou (89) d’une famille de vignerons, le 21 juillet 1881. C’est au petit séminaire de l’école Saint-Jacques à Joigny qu’il fait ses études. Il fréquente ensuite l’école Saint-Germain à Auxerre. Parti à Paris, il obtient à la Sorbonne sa licence d’Histoire en 1906. Homme de lettres, Pierre Ladoué touche à presque tous les registres littéraires : pièces de théâtre, romans, poésies, biographies. C’est au cours de ses études à la Faculté des Lettres, à l’Ecole des Beaux-arts et à l’Ecole du Louvre, qu’il commence à écrire. En janvier 1913, il soutient deux thèses à la Sorbonne, Millevoye précurseur du romantisme et Panégyristes de Louis XVI et Marie-Antoinette, devenant Docteur ès-lettres. Il commence alors une brillante carrière d’écrivain lorsque la guerre éclate. A la fin de 1914, il rapporte de sa campagne un roman, Ceux de là-haut, qui sera couronné par l’Académie française. Pierre Ladoué est également attiré par l’art et en particulier par la peinture. En 1927, il est trésorier de l’Exposition Internationale des Arts et Techniques de Paris. En 1930, il devient conservateur adjoint du musée de Luxembourg puis professeur à l’Ecole du Louvre. Pendant 10 ans, il est critique d’art et secrétaire général d’une grande revue d’art : L’art et les artistes. En 1938, Pierre Ladoué devient conservateur en chef des Musée de Versailles. Du 13 juin au 8 octobre 1940, il tient un journal dans lequel il consigne toutes ses actions menées pour sauvegarder Versailles de l’invasion allemande. Vingt ans plus tard, ce journal lui servira pour écrire son livre Et Versailles fut sauvegardé. Il quitte sa fonction en 1941. Jusqu’en 1944, il dirige le musée national d’art moderne et est chargé de l’inspection générale des Beaux-arts. Entre temps, en 1937, il est membre du jury de l’Exposition Universelle de Paris et en 1939 Président de l’Académie des Sciences Morales, des Lettres et des Arts de Versailles. Pierre Ladoué part en retraite à Bassou où il décède le 11 mai 1973.

Pierre Ladoué à Versailles : l’évacuation des œuvres d’art Le 30 janvier 1938, Pierre Ladoué devient Conservateur en chef des Musées de Versailles et des Trianons. Jusqu’en octobre 1939, quelques travaux sont entrepris, comme la

© Pauline Robat

remise en état des appartements de Mme de Maintenon qui semblaient parfaits pour des expositions. Le 5 mai, le Président Lebrun inaugure l’exposition sur le 150ème anniversaire de la Révolution Française, « A Versailles en 1789 ». Elle doit fermer ses portes le 1er septembre avec le début de la guerre. Entre l’automne 1939 et le printemps 1940, de nombreux « travaux de protections » ont lieu sur ordre du Service d’Architecture. On commence à enlever des boiseries et panneaux précieux ainsi que des lambris sculptés. Pierre Ladoué pense que ce n’est pas le meilleur moyen de sauvegarder le patrimoine de Versailles et qu’il est plus approprié de convaincre l’ennemi de ne pas endommager le site. Mais il n’est pas écouté et doit faire évacuer beaucoup d’œuvres d’art. La Galerie des Glaces est dépouillée de son décor de chapiteaux et de motifs de bronze, des murs de briques sont montés pour fermer les baies des salons de la Paix et de la Guerre. La toiture de la Galerie des Batailles est peinte en bleu, de peur que les nuits de pleine lune, des reflets ne désignent le château aux aviateurs ennemis. Pour


19 la même raison, les bassins sont vidés. Certaines statues du parc sont enterrées sur place. Puis en août 1939 commence l’évacuation vers d’autres châteaux de province des tableaux, sculptures, tapisseries, meubles et objets précieux sur ordre de la Direction des Musées nationaux, en prévision d’éventuels bombardements allemands. L'Orne et la Sarthe sont des terres d'accueil privilégiées. Ces départements sont éloignés de la frontière avec l'Allemagne et il y a abondance de châteaux. La Bataille d’Aboukir, la Bataille de Taillebourg y sont emmenés. Les deux rouleaux mesurent sept mètres cinquante de long sur un mètre de diamètre, rendant leur maniement très difficile. L’orangerie de Versailles héberge pour quelques temps des œuvres du Musée du Louvre en attendant leur départ pour d’autres châteaux, comme Les Noces de Cana de Véronèse ou Le Radeau de la Méduse de Géricault. En effet, la hauteur de ces tableaux les empêche de passer sous certains ponts et il faut leur trouver un itinéraire particulier.

Versailles envahi par les Allemands Au printemps de 1940, la ville de Versailles se vide peu à peu de ses habitants. Pierre Ladoué demande l’autorisation de rester, qui lui est accordée. Avec lui, huit gardiens restent au château. Le vendredi 14 juin 1940, les Allemands occupent le château de Versailles. Le lendemain, dès les premiers vols et dégradations, Pierre Ladoué se rend à la Mairie, où est installée la Kommandantur, pour faire part de son inquiétude. Dès lors, de longues discussions ont lieu entre les officiers allemands et le Conservateur du musée de Versailles. A plusieurs reprises, les Allemands lui affectent quelques soldats pour surveiller les salles. Malgré cela, les dégradations se poursuivent : toiles déchirées, serrures démontées, portes forcées. Pierre Ladoué va donc agir de son côté. Il établit dans le château un circuit fléché que devront emprunter les Allemands. Seuls les Grands Appartements et la Galerie des Glaces seront accessibles par ce trajet. Il fait faire des affiches demandant aux soldats le respect des lieux occupés. Mais l’occupation du château de Versailles s’intensifie. Des compagnies entières arrivent. Versailles devient « ville de garnison ». De nouveaux dégâts sont encore signalés. Un robinet en cas d’incendie est ouvert et les appartements de Mme de Maintenon sont inondés ainsi que l’escalier de marbre. Pierre Ladoué réitère ses protestations et demande que d’autres portes du château soient fermées. Les officiers lui font encore des promesses. Le conservateur décide alors de protéger Versailles en agissant une fois de plus par lui même : il fait barricader, clouer, verrouiller des portes et des fenêtres. D’autres salles du château sont interdites d’accès. Il refuse fermement la demande du chef de la Kommandantur d’installer des bureaux à Versailles. Pierre Ladoué s’inquiète aussi du sort des œuvres appartenant au musée et qui avaient été prêtées à la ville

avant la guerre. Il faut les récupérer et les ramener au château. Les plus petites toiles sont vite de retour. Mais les grandes toiles sont à la caserne des Grandes Ecuries où l’état major s’est installé. Le Commandant d’armes accepte que les œuvres soient ramenées à Versailles. Parmi elles : le portrait du Maréchal de Lesdiguières de Robert-Fleury ou Le buste en marbre de Fragonard de G. Deloye. Pierre Ladoué récupère également quelques toiles et gravures mises en dépôt à l’Ecole de Cavalerie, à l’Ecole du Génie, et à l’ Ecole des Chars. Les châteaux de Serrant et de Brissac étant occupés par l’armée allemande, Pierre Ladoué demande le rapatriement des œuvres du château de Versailles qui avaient été entreposées là-bas. Il obtiendra satisfaction. Il faut en même temps poursuivre la protection de Versailles. Les parquets du Salon de L’Abondance et de Mercure sont très abimés à cause des bottes ferrées de l’occupant et auraient besoin d’être réparés. Il faut remplacer de nombreuses vitres brisées. D’autres déprédations sont encore commises. De leur côté, les Allemands se trouvent bien à Versailles : ils demandent notamment un réaménagement de la Galerie des Glaces telle qu’elle était avant la guerre. Une commission, nommée par le Directeur des Beaux-arts, vient à Versailles pour étudier les conditions de ces réaménagements. Le plafond de la galerie des Batailles, qui avait été peint en bleu, est nettoyé. Des plantations sont faites dans les jardins. A Paris, en septembre 1940, quelques salles du musée du Louvre sont rouvertes en présence de nombreux officiers allemands. Quelques jours plus tard, le 4 octobre 1940, le Directeur des Musées convoque Pierre Ladoué à Paris. A sa grande surprise, on lui propose de prendre la direction du Musée d’art moderne et de quitter Versailles. Après beaucoup d’hésitations -étant très attaché à Versailles-, il accepte ce poste pensant être utile aux artistes, peintres et sculpteurs dont la vie est si dure en ces temps de crise. Beaucoup de ses collaborateurs seront attristés de ce départ. Il reçoit de nombreuses lettres de sympathie. Cet épisode peu connu de l’histoire de Versailles montre que, même pendant les périodes difficiles de la guerre, des hommes ont œuvré avec ferveur pour défendre le patrimoine français. Pierre Ladoué fut l’un de ces hommes. Très attaché à Versailles, il a grandement contribué à la sauvegarde du château et de son musée. Aujourd’hui encore, ce grand lieu d’histoire qui a retrouvé toute sa splendeur, est l’un des plus beaux fleurons du patrimoine français. La nuit, lorsque le château de Versailles s’endort, la Galerie des Glaces résonne encore des pas de Pierre Ladoué… Pauline Robat


INTERVIEW

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Didier Rykner monte à la tribune On le considère un peu comme un justicier même s’il récuse cette appellation. Rédacteur en chef de La Tribune de l’art (www.latribunedelart.com) depuis 2003, il pointe sans langue de bois les dérives du monde patrimonial et muséal. Son champ d’action : L’actualité de l’histoire de l’art occidental du Moyen-âge aux années 30. Quel est votre parcours ?

Il est un peu atypique. J'ai fait l'Ecole du Louvre et Sciences-Po après des études d’ingénieur agronome. Après avoir obtenu le bac, je ne savais pas très bien quoi faire… Je ne m'intéressais pas encore à l'histoire de l'art. J'ai fait une prépa maths sup bio – maths spé bio, c'est-à-dire que je préparais l'agro parce que je m’intéressais à la biologie et qu'il fallait bien faire quelque chose. J'ai découvert l’histoire de l'art à cette période, mais quand on fait une prépa grandes écoles, on bosse comme un fou et on n’a pas le temps de penser à autre chose. Ce n’est qu’une fois le diplôme d’ingénieur en poche que je me suis intéressé à l'histoire de l'art de manière très sérieuse. J'ai pensé un moment m'orienter vers le concours de conservateur. Mais à l'époque – c’était avant 1990 - c'était extrêmement mal payé. Ça a été revalorisé depuis. Donc je n'ai pas passé le concours, je ne l'ai jamais passé et ce n’est pas un regret. Vous voyez, comme j'aime bien parler et que je râle facilement, si je devais dire tout ce que je pense dans un musée, ce serait impossible. J’ai fait Sciences Po en même temps que l’Ecole du Louvre car c’était plus facile à « vendre » à mes parents. Ce qui m'intéressait, c'était l'École du Louvre. J’aurais pu aller en muséologie. Je ne sais pas si c'est toujours pareil, il fallait avoir 14 en HGA et 14 en spé (ndlr : aujourd’hui, il faut avoir 10 en HGA et 14 en spé pour briguer le deuxième cycle). J'ai eu 15 et 15 mais je devais commencer à travailler : je suis devenu consultant en recrutement puis consultant en organisation, un métier sans aucun rapport avec l’histoire de l’art, tout en continuant à en faire pendant mon temps libre, et à en fréquenter le milieu. Parallèlement, je me suis mis à collectionner l’art religieux du XIXème... Ensuite je suis passé à 80% de temps de travail, ce qui me libérait un jour par semaine pour faire encore plus d'histoire de l'art. En 1997, j’ai quitté ma société de conseil en organisation pour rentrer à la Poste, comme consultant interne, ce qui a un intérêt très relatif. Grâce aux RTT et à mes 80%, je ne travaillais pas le vendredi ni le jeudi une fois sur deux. J'ai ainsi commencé, vers 1999 ou 2000 à publier dans le Bulletin de la Société d'histoire de l'art français et j'ai rédigé des articles pendant deux ans pour un site qui s'appelait Oraos.com, mis en place par des historiens de l'art à l'ère des start-ups. A l’époque, des financiers investissaient beaucoup d'argent dans des sites Internet. Ils ont dû dilapider un million de francs ou d'euros, je ne sais plus, pour faire un journal sur internet. Le problème c'est qu'ils

dépensaient trop, payaient très bien leurs collaborateurs, avaient pris un siège très luxueux sur les Champs-Elysées mais sans modèle économique. Le site a fait faillite en 2001. Il faut dire qu’Internet débutait… Je me disais alors qu’il n'y avait pas dans la presse française, du point de vue de l'histoire de l'art, ce qui me convenait. Je pense qu'on ne peut pas faire de l'histoire de l'art sans s'intéresser aux objets qu'on étudie, sans essayer de les protéger. Donc, en avril 2003, j'ai créé La Tribune de l'Art. Dès le départ, elle a été conçue comme une revue, structurée comme telle, mais sur Internet. Pas comme un blog, c'est très important : les textes ne sont pas seulement de moi. J'écris environ 60% des articles mais 40% sont dus à d'autres historiens de l’art, à des conservateurs... Et, comme je continuais à travailler, je faisais ça le soir, le weekend. Maintenant, je le fais à plein temps. J'ai commencé en avril 2003 et depuis janvier 2007, j’en vis, je ne fais plus que ça. Il y a deux ans j'ai pu prendre des locaux. Ils ne sont pas très grands mais ils sont très bien placés. J'ai pu engager une collaboratrice qui s'occupe de tout le back-office » : comptabilité, courrier, mise en ligne, mise à jour des calendriers, des colloques et des expositions, etc. Le site marche de mieux en mieux. Pour l’instant, les revenus sont assurés essentiellement par la publicité. Permettez nous de revenir en arrière pour nous intéresser à une donnée de votre parcours : vos études à l’école du Louvre.

Un très bon souvenir ! Ça me passionnait. Ce qui me plait dans ces études, c’est le contact direct avec les collections. Au niveau relationnel, il n'y avait pas les forums qu'il y a maintenant et surtout, il n'y avait pas beaucoup d'heures de cours. Moi j'arrivais, je repartais. Il y avait des gens sympas d'ailleurs, que j'aimerais bien revoir. Mais je n'ai pas gardé de contacts. Je connais énormément d'historiens de l'art, il y en a plein qui sont passés par l'École du Louvre, mais des gens avec qui j'étais, non, ou en tout cas je ne m’en rappelle pas. Il faut dire qu’on était très nombreux. Ceci est un appel : si certains veulent me recontacter... Bref, j'ai eu mon diplôme de premier cycle. J’avais plutôt de bonnes notes sauf une, que je n’ai toujours pas comprise. J'étais en spécialité peinture française XVIIe, c'est une chose que je connaissais déjà bien. A l'époque je ne faisais que ça. Et en juin, sur ce sujet, à l'écrit de spécialité, j'ai eu 2. (Rires de la rédaction). Oui vous avez raison de rigoler. Je ne comprends pas, je ne sais pas ce qui s'est passé. S'ils conservent les copies, j'aimerais bien la voir. Mais maintenant il y a prescription…


21 Si c'est une copie de spécialité, elle doit être à la jouissance des professeurs de votre cours organique. organique

C'était Hervé Oursel, qui était, je crois, à l’époque, conservateur à Ecouen, puis qui est parti diriger le Palais des beaux-arts de Lille, je ne sais pas ce qu'il est devenu. Il arrive que des gens aient des soucis, qu’on leur ait enlevé le 1. Ils ont eu 18 et ils se sont retrouvés avec 8. Si ça se trouve vous avez eu 12 ou 22.

22 peut être ! Ça m'a un peu J'étais vexé et surtout je ne compas. Si encore je m’étais dit que je l’avais raté où si j’avais fait l’impasse... Mais ce n’était pas le cas, j’étais content en sortant. 2, c'est nul ! En deuxième année, j'ai appris le matin de l'examen toute la céramique chinoise (ndlr : une méthode utilisée par de nombreuses étudiants). Je n’y connaissais rien, mais j'ai lu tous les cours le matin et l'après midi, c’était le sujet qui tombait. J'ai eu une très bonne note. Mais la peinture française du XVIIe, ce n'est pas pareil. A l'époque – et toujours maintenant c’est quelque chose que je connaissais vraiment bien !

énervé mais bon. prenais

Vous avez déjà parlé de la naissance de La Tribune de l'art, l'art , de votre envie de combler un manque dans le paysage journalistique artistique. Est ce que vous pourriez parler un peu plus du dessein originel du projet ?

Vous trouverez le « dessein » dans « Qu’est ce que la Tribune de l’Art » dans un onglet en bas de la page d’accueil du site. C’était en avril 2003. Tout était déjà là. C'est très prétentieux, mais bon, j’ai l’impression que je m’y suis tenu. Vous concluez cette présentation par : « Si le site est ouvert à tous, il s’adresse en particulier à ceux, historiens ou simples amateurs, qui se font une idée un peu élevée de l’art. On parlera sans doute d’élitisme. Nous acceptons le mot s’il est pris dans le sens d’exigence. »

L'élitisme ne me gêne pas. Et cela ne veut rien dire. Simplement, je crois vraiment que si on essaye de faire de la qualité, les gens viennent forcément. Je ne dis pas que ce que je fais est de qualité mais qu’il faut toujours tendre vers l’exigence. Si on fait une exposition, autant faire une exposition avec un vrai catalogue, avec des vraies œuvres, avec un vrai discours. Et les gens viendront et il en restera quelque chose. Si c’est mauvais, les gens viendront peut être mais quel intérêt ? Picasso et les maîtres, par exemple, c'était extrêmement mauvais. Il faut quand même savoir qu'il y avait des œuvres que Picasso n'avait jamais vues parce qu'elles n’ont été découvertes qu’après sa mort. Les gens sont venus mais qu'est ce qu'il en reste ? A mon avis, rien. Des projets pour La Tribune de l’Art ?

Je peux vous donner deux ou trois pistes. Nous allons mettre en ligne des bases de données qui ne seront accessibles que pour les souscripteurs. Nous avons en effet des souscripteurs qui payent chaque année volontairement, pour quelque chose qui est gratuit, parce qu'ils veulent soutenir La Tribune de l'art. C'est bien, mais à un moment donné il faut quand même leur donner quelque chose en plus ! La première base que je vais mettre en ligne sera une base des œuvres dans les églises et les bâtiments publics français, que je réalise depuis des années en dépouillant les livres et en notant les œuvres et l’endroit où elles sont conservées. Quand un tableau est dans une église, en général personne ou presque ne le sait. Dans les guides, il n'y a rien, parce que les guides sont en France très mauvais. Il n’y a pas l’équivalent des guides du Touring Club Italien. Il y aura aussi une base de données des acquisitions. J’espère qu’en offrant quelque chose de plus, nous aurons davantage de souscripteurs. Autre projet : embaucher. En ce moment, il y a des contributeurs, dont quatre ou cinq sont réguliers. Je dis contributeurs car ils écrivent des articles mais je ne les


INTERVIEW

22 paye pas. Ce sont des historiens de l'art confirmés, qui ont en général un poste ailleurs, et qui ont la gentillesse de proposer des articles parce qu'ils aiment bien La Tribune de l'art et qu'ils peuvent écrire sur ce qu'ils veulent de manière très libre. J'aimerais bien recruter également un ou deux historiens de l'art qui voudraient faire du journalisme pour travailler avec moi mais je ne peux pas payer à la pige. Les piges, ce n’est souvent pas suffisant pour vivre pour un journaliste car il n’en a pas assez. Mais c’est très cher, il me semble, pour un journal qui publie beaucoup d’articles comme je le fais. Dès que je le pourrai, je souhaite donc recruter en CDI un, voire deux collaborateurs historiens de l’art qui veulent faire du journalisme, sans renoncer bien sûr à la publication d’articles provenant d’autres historiens de l’art. Quelles sont vos relations avec les professionnels du patrimoine ?

Elles sont à 80% très bonnes. Mais il peut arriver que j’aie de mauvaises relations avec des conservateurs. Si vous parlez de moi à celui du musée Granet d'Aix-en-Provence, il est probable qu’il me déteste et ce sera normal vu ce que j’ai écrit sur sa politique. Il est en train de tuer son musée. Il met ses collections permanentes en réserve pour organiser des expositions temporaires. Il suffit de lire mes articles, il est évident qu'il y a beaucoup de gens qui ne m'aiment pas et j’en suis ravi parce que ce sont des gens nuisibles qui détruisent le patrimoine. Je suis effectivement très dur envers certaines personnes parce que leur politique est scandaleuse ou me paraît scandaleuse. J'essaye de m'attaquer à ces gens là. Et c'est vrai que j'ai de vrais ennemis mais je ne cherche pas à les éviter. Il y a aussi ceux qui ne m'aiment pas simplement parce que j'ai émis des réserves sur leur exposition et ça, ça m'ennuie plus. Car si je suis critique sur les expositions, je ne le suis pas sur eux. J'essaye de faire du journalisme d'opinion. Lisez une grande partie de la presse artistique, à la voir, on croirait que tout est formidable, que tout va bien, qu’il n’y a aucun problème. Que pensezpensez-vous justement du reste de la presse artistique ?

Ce qui me gêne, en général, c’est le manque de pugnacité de la presse artistique. Pourtant, il y a plein d’excellents journalistes, dont beaucoup sont des amis. Je respecte beaucoup Le Journal des Arts et ses journalistes, car ils n’hésitent pas à prendre position. Mais dans l’ensemble, la presse est bien moins critique dans l’art que dans les autres domaines… Et la presse internet ?

Il existe beaucoup de sites internet sur l’art mais ce sont des robinets à communiqués de presse. Artdaily.com par exemple. Dans ces cas là, je vais voir directement le communiqué de presse d'origine. Ce n'est pas du rédactionnel. La presse artistique, je ne la vois pas beaucoup sur Internet, ça me

laisse le champ libre ! Ah, et voilà une chose que vous pouvez écrire : Le Figaro… Presse artistique, artistique, le Figaro ?

Ils ont une page artistique quotidienne. Quelqu'un travaillant au Figaro m'a dit un jour « vous devriez parler de cette exposition, parce qu'elle est vraiment nulle ». Cette personne parlait de l'exposition sur les Médicis du musée Maillol, qui en effet, n'est pas terrible. Je lui ai dit « mais vous pouvez l'écrire vous même », et elle m’a répondu : « non, je ne peux pas, parce qu'on a un partenariat avec eux ». Une partie de la presse fonctionne comme ça. Personnellement, il m'est arrivé d’écrire des articles négatifs sur des gens qui passent de la publicité chez moi. Au musée Cantini de Marseille, l'exposition De la scène au tableau était remarquable, mais le catalogue était vraiment un des pires que j'ai vu. Je l'ai écrit alors que j'avais une publicité juste avant ou juste après. Christie's passait aussi des annonces sur La Tribune de l’Art et quand ils ont vendu des tableaux d’Henri Martin appartenant à la Chambre de Commerce de Béziers, je l'ai dénoncé. Aujourd’hui, je n'ai plus la publicité de Christie's même si je ne suis pas certain que ce soit à cause de ça. En tout cas, je préfère perdre un annonceur que perdre des lecteurs. Sinon je ne suis plus crédible. Malheureusement, tout le monde ne fait pas ça. Certains de mes confrères me disent « ah cette exposition est nulle », et je lis ensuite dans leur journal que c'était formidable... Il y aussi un autre problème : une partie de la presse artistique est mensuelle et fait son bouclage deux mois à l'avance. On ne peut pas le leur reprocher, mais ils n'ont pas vu les expositions dont ils parlent. Ils font leurs articles à partir du dossier de presse, dans le meilleur des cas sur la maquette du catalogue. Ce n'est pas de la critique, c'est juste de l'information. Je voulais faire de vraies critiques. Mais j'essaie de ne pas faire de critiques comme celles que l’on peut lire dans Les Inrockuptibles qui se contentent de se moquer des films qu’ils n’ont pas aimés. La critique, ça doit être argumenté. Et quand je suis critique, j’essaie de ne pas être assassin, sauf lorsque c’est manifestement lamentable, comme Picasso et les maitres, (haussant la voix dans le dictaphone). Qui en était le commissaire ?

C'était Anne Baldassari (idem), ce qui explique tout ! (ndlr : la directrice du musée Picasso). Il y a des gens qui sont pour moi nuisibles à l'histoire de l'art et au patrimoine, et là je peux être effectivement très dur. J'ai des ennemis mais j'ai aussi beaucoup d'amis. Enfin j'ai l'impression. 80% des gens dans les musées sont amicaux avec moi. Dans les monuments historiques, c'est peut être un peu moins vrai parce qu'il y a pas mal d'architectes en chef des monuments historiques qui ne sont pas d'accord avec ce que je préconise. Mais il y a de très bons architectes en chef des monuments historiques, il faut le dire. Il y a même des énarques


23 très bien : des gens qui peuvent être à la tête de musées, dont ce n'est pas le boulot et qui le font très bien. Il y a beaucoup d’individualités. Mes relations avec le monde artistique sont bonnes, enfin j'ai l'impression.

les a été lue par Valérie Pécresse qui le cite dans un courrier envoyé à une association. Je n'ai pas de relations avec les politiques. Peut être que certains me connaissent parce que je les attaque. La classe politique en France n'est malheureusement en général pas du tout sensible au patrimoine et Vous avez l'impression d'être craint ? à l'art. Il y a forcément des exceptions, et cela transcende « Craint », c'est peut être trop fort. Mais je me suis aperçu d’ailleurs les courants politiques. Des gens incultes, il y en a que la presse avait un vrai pouvoir, c'est évident. Par exem- à gauche et à droite, et des gens qui s'intéressent à ça, il y en ple, je sais que je suis très lu au Ministère de la Culture et aussi partout, même s’il y a que quand je sors des choses… plus de politiques qui ne s'intéressent pas au patrimoine et Comme cette photo des Archives natioaux musées que l'inverse. Il y a nales que vous avez prise et que le Mides gens très bien, mais il faut nistère a utilisée ? les pousser et ça ne me gêne Ah oui c'était amusant. Qu'il l’utilipas de les attaquer quand il se ne me pose aucun problème. Je faut les attaquer. Par exemple suis pour la libre-circulation des en ce moment, Bertrand Delaphotos. Celles qui coûtent un prix noë. C’est une catastrophe. exorbitant, c’est un vrai problème ! On ne compte pas les projets Je laisse libre l'utilisation de mes dangereux pour Paris, de l’insphotos sans hésitation à condition tallation de Roland-Garros sur qu’on en cite la provenance. La les serres d'Auteuil, du projet seule chose que je refuserais, c'est si touchant la Samaritaine, la un site d'extrême-droite voulait les Les bâtiments techniques des serres d’Auteuil, utiliser. Il faut se méfier, il y a en promis à la destruction ? © Didier Rykner destruction des tribunes Art Déco du stade Jean Bouin et qui reprennent des articles comme si on écrivait pour eux. Pour cette histoire de ministère, ça les conflits d’intérêt qui vont avec cette opération, la desm’avait fait rire à cause d’Hadopi et de leur rengaine sur les truction planifiée de la piscine Molitor… Je pense qu'il y a droits de propriété. J'en ai profité pour faire un article. J’ai un vrai problème avec ce maire de Paris présumé de gauche informé tous les sites du genre de Numerama, tous les gens qui est en train de faire n’importe quoi. L'état des églises de qui travaillent sur internet pour créer le buzz. C'est le jeu. Paris est déplorable, et pendant ce temps là, on va dépenser J'ai eu pas mal de problèmes avec le Ministère de la Culture des dizaines de millions d'euros pour le Stade Français. Il et avec le Louvre mais c'est plutôt fini. Il y a un moment où faut savoir que le président du Stade Français, pour qui la mairie va construire un équipement sportif professionnel j'ai été vraiment boycotté par le Louvre. sur le stade Jean Bouin, pour un coût très élevé au frais des A cause d'Abu Dhabi ? contribuables, est un ami très proche de Bertrand Delanoë. A cause d'Abu Dhabi, du prêt d’œuvres de longue durée à Ce n'est plus possible, ça ! Et je dirais la même chose de Atlanta, etc... Maintenant c'est beaucoup plus détendu, ils Nicolas Sarkozy qui, à mon avis, est une catastrophe pour ont commencé à comprendre qu'il y a une presse libre en le patrimoine français. Et l'Assistance Publique qui ferme France et que j’ai le droit de dire ça. Mais je parle aussi son musée, qui est responsable ? C'est Madame Bachelot, beaucoup d'eux en bien, je ne suis pas que critique vis-à-vis qui était hier encore ministre de la santé ! Tous ces gens-là, du Louvre, loin de là ! vraiment, je n'ai pas beaucoup d'estime pour eux. Je ne Le directeur du Louvre Henri Loyrette avait dit qu’il ne partici- peux pas dire qu'ils ne m'aiment pas, ce serait vraiment prétentieux. Je pense qu'ils ne me connaissent pas ou qu’ils perait pas à une émission sur Abu Dhabi si vous en étiez ? Oui tout à fait. Ca a été publié dans le Canard Enchaîné et s’en moquent. Mais je sais que mes articles agacent les poliArte l’a confirmé au site Arrêt sur Images. Mais maintenant tiques. L'adjointe au maire de Paris chargé du patrimoine, ça se passe mieux, je suis invité au Louvre, je n'ai pas à me je sens qu'elle ne m'aime pas beaucoup, je ne sais pas pourquoi (sourire)… plaindre ! PouvezPouvez-vous nous en dire plus sur vos relations avec les politiques ?

Je n’en ai pas beaucoup. Mais je découvre des choses par hasard. Par exemple, mon interview d’Aillagon sur Versail-

Que pensezpensez-vous du ministre de la Culture ? AccepteraAcceptera-t-il enfin de donner une interview à La Tribune de l'art ?

Non je n’aurai pas d'interview, ça c'est clair. Je pense qu'il n'a pas le courage de s'opposer à Nicolas Sarkozy. Je pense que c'est quelqu'un de cultivé, qui aime vraiment les mu-


INTERVIEW

24 sées et le patrimoine. J'en suis à peu près certain parce que j’en ai des échos indirects. Mais il ne fait pas grand-chose malheureusement, même si c’est mieux que les précédents. Christine Albanel était simplement mauvaise, et Renaud Donnedieu de Vabres était un affairiste, ce qui est le terme le plus gentil que je peux trouver. Nous sommes d'accord sur le fait qu'on ne peut pas tout conserver. Quelle est pour vous la limite à la sauvegarde du patrimoine et à votre action de justicier ?

Je ne suis pas un justicier ! Je fais du journalisme d’investigation et d'opinion donc je donne mon opinion. Avant je râlais dans mon coin, maintenant je peux râler et être lu. J'essaye de ne parler que d'œuvres qui me paraissent entrer dans le cadre de l'histoire de l'art. Un vieux lavoir, ça va me choquer qu'on veuille le détruire mais je ne vais pas nécessairement en parler. Je parlerais de tout sinon ! Je pense qu'on doit essayer de conserver un maximum de choses même si, bien sûr, on ne peut pas tout conserver. Le risque, ce n'est pas de trop sauvegarder, c'est de ne pas assez le faire et c’est ce qui se passe. Je pense qu'en France, les classements et les protections des monuments historiques sont très insuffisants. Il y a plein d’œuvres qui devraient être conservées et qui ne le sont pas. On peut ne pas être d'accord avec tout, et il y a des choses à la marge, mais je ne pense pas que ce soit le cas de la majorité. Vous reprochereproche-t-on d’être trop vindicatif ?

ci n'était pas répertoriée dans la base d'Interpol, ce qui démontre qu'il y a encore un travail important de signalement à faire auprès de cet organisme ». C'est beaucoup plus modéré. Ce n'est pas tous les jours facile pour les gens qui s'occupent des collections, et ils font aussi des choses très bien. Je devrais réserver ce type de phrase à des gens qui le méritent vraiment. Comme Delanoë, avec qui je ne prendrai pas de gants. En fait, par vindicatif nous entendons également ce côté conservation coûte que coûte qui se dirige parfois vers l'édification d'une villeville-musée.

Ah ça, je le réfute ! Je ne crois pas que j'essaye de défendre des choses qui ne se valent pas. Une ville-musée, ça veut dire quoi ? On doit construire de nouvelles choses mais simplement il faut du bon sens ! Est ce que vous croyez que c'est normal que l'hôpital Laennec fasse une opération immobilière sur cet emplacement ? De faire une sorte de bunker pour personnes qui peuvent se payer un logement à 20 000 euros le mètre carré ? De privatiser une chapelle qui a été créée en 1630 et qui abrite les sépultures des Turgot et de la Rochefoucauld ? Tout ça c'est invraisemblable ! Je veux bien discuter de quelques exemples, mais je ne pense pas que la majorité des cas que j'aborde soient si discutables. Peut être que, des fois, je parle de sujets moins importants, à propos de bâtiments dont la conservation n’est peut-être pas vraiment une obligation, mais je crois que c’est l’exception. Et je sélectionne toujours entre tous les articles que je pourrai écrire – car Buste de Turgot devant la chapelle hélas il y a de la matière… - ce qui de l’hôpital Laënnec © Didier Rykner me semble le plus important.

Vindicatif ? C’est sûr, j'en fait parfois un peu trop, c'est mon tempérament. On ne se refait pas. Peut être que des fois je devrais changer un peu les termes. Quand on lit quelque chose, c'est plus agressif que quand on le dit. Peut être faut-il que je fasse attention à ça. J’essaye. J'ai d’ailleurs changé quelque chose dans un article récent : « Un tableau de Degas volé dans un musée français et retrouvé dans une vente Sotheby's de New York ». Il y a une chose qui m'a choqué, c'est que le tableau n'était pas dans la base Interpol. Il a été volé il y a 30 ans, à l'époque où Interpol n'existait pas. La moindre des choses, c'est que tout de suite, dès maintenant, on y répertorie tous les tableaux volés dans les collections publiques françaises. J'avais été un peu sévère avec les musées français dans la première version de l’article. J'avais dit qu'ils n'avaient pas fait leur travail. Mais ce n'est pas toujours évident pour eux, et puis c'est idiot, c'est agressif inutilement. L'important est qu'ils le fassent maintenant donc j'ai été beaucoup plus modéré et j'ai dit « celle-

AvezAvez-vous l’impression que votre site fait avancer les choses ?

J'ai la chance de pouvoir faire avancer quelques dossiers grâce à mes articles. Par exemple, j’ai révélé le projet d’exposition du Louvre à Vérone en 2008, qui était un pur scandale, et cela n’est sûrement pas étranger à son annulation. Je sais que Pierre Rosenberg (ndlr : l’ancien président du Louvre) est aussi intervenu pour contester ce projet parce qu'il l’avait choqué. Récemment, je suis allé à Ferrare pour l'exposition Chardin, le peintre du silence, et j'ai discuté avec la directrice des musées de Vérone. Je lui ai dit que j'étais l'auteur des articles. Du coup, elle m'a fait la bise. Elle était heureuse que cette exposition n'ait pas eu lieu et elle m’a dit que c'était en partie grâce à moi. C'est un peu prétentieux mais c'est la vérité, et vous me demandez de parler de moi (rires). Mais ça a marché, ça a donné des résultats et fran-


25 chement, c'est une vraie récompense !

lit pas suffisamment La Tribune de l'art. (rires).

Quel est, selon vous, le bilan de santé du patrimoine en France en 2010 ?

Quel est votre cheval de bataille du moment ?

Il n'est pas bon. Le problème, c'est qu'il y a des attaques perpétuelles contre la législation des monuments historiques, la première et la plus importante étant celle contre les Zones de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (ZPPAUP) qu'on a transformées en Aires de mise en Valeur de l'Architecture et du Patrimoine (AVAP), désignation qui ne comporte donc plus la mention de « protection » et dont les règles sont bien moins contraignantes. Il y a aussi le problème de l'État qui se débarrasse de son patrimoine immobilier. Je ne pense pas qu’il doive forcément conserver tous les bâtiments dans son giron. Mais certains sont des bâtiments régaliens qu'il doit garder et qu'il se doit d'entretenir. La vente des monuments historiques est un vrai problème. Comme la baisse des crédits dans les musées. On nous parle partout de l'augmentation des crédits mais les crédits d'acquisition ont baissé par rapport à l'année dernière. J'ai écrit un article à ce sujet. L'indifférence des politiques, les expositions-spectacles, c’est un vrai problème. Il y a beaucoup de bonnes expositions mais il y a de plus en plus d'expositions-spectacles au détriment des autres manifestations. J'ai plein d'exemples d'œuvres qui devaient être prêtées pour de vraies expositions et qui en fait sont louées et envoyées ailleurs. En même temps, il y a de bonnes choses qui se passent aussi. Le patrimoine a retrouvé il y a deux ans une partie du budget qui avait été supprimée sous le ministère de Jean-Jacques Aillagon. Il y a un peu plus d'argent pour le patrimoine mais grosso modo on sait qu'il y a moins d'argent pour tout. Mon sentiment général est qu'on est en plein régression. Pour les musées, et même pour le patrimoine, il y a eu une période relativement faste, du début des années 80 jusqu'à 2000. Et depuis une dizaine d’années, il y a de moins en moins d'argent, moins d'intérêt, de plus en plus de marchandisation.. A Paris, on s’apprête à voir des destructions d’immeubles anciens, des projets pharaoniques ne respectant pas le tissu urbain, des projets de tours qu’on croyait disparu avec les années 70. On revient aux années Pompidou qui ont été catastrophiques pour la capitale. Vous ne les avez pas connues. On dit du bien de Pompidou mais c’est quand même quelqu’un qui a failli détruire une partie du centre de Paris ! Il y a quand même une certaine schizophrénie avec, d'un côté, une hausse du tourisme et des taux de fréquentation des grands établissements, et de l'autre côté, un désintérêt pour sa conservation…

Mais les gens s'imaginent que le patrimoine est conservé ! Le gouvernement dit que le patrimoine n'est pas menacé et le grand public ne se rend pas compte ! C’est parce qu'il ne

Les destructions d'églises. Parmi les problèmes actuels, c’est un des plus graves. Des mairies vont détruire des églises, ce qui n'était jamais arrivé jusque-là depuis le XIXe siècle. Raison invoquée ? Pas d’argent pour les sauver. Certaines ne sont pas protégées comme monuments historiques. Les églises du XIXe siècle méritent d'être sauvées ! Un très bon élève à féliciter ?

Je n’aime pas la formulation de la question, car je ne suis pas un professeur qui donne les bons ou les mauvais points. Mais je voudrais donner un coup de chapeau à Michel Hilaire, le directeur du musée Fabre à Montpellier. Et je peux d’autant moins le féliciter comme élève que c’est moi qui était le sien à l’Ecole du Louvre, en cours organique ! Un bon cancre à dénoncer ?

Là, le terme est juste. Bruno Ely, le conservateur du musée Granet d'Aix-en-Provence. La meilleure exposition du moment ?

Je vous en citerais trois. Je trouve que France 1500 est une exposition superbe. Et la même thématique, que je viens de voir, au Musée du Moyen Age à Cluny (ndlr : D'or et de feu : l'art en Slovaquie à la fin du Moyen Age) était aussi réussie. L'exposition de la galerie des Gobelins est absolument splendide. Elle est consacrée aux bronzes et je vous assure que, même si on n’aime pas les bronzes, il faut y aller ! La pire exposition du moment ?

Je dirais celle du musée Maillol, Trésor des Médicis. La scénographie est effroyable, il y a de très beaux objets mais il n'y a pas de propos. C'est une exposition où l'on fait juste venir des objets : un chef-d'œuvre, une œuvre moche, un chef-d’œuvre… et on les met les uns à côté des autres. Une œuvre fétiche ?

J'en ai deux : La Comtesse D'Haussonville d'Ingres à la Frick Collection (ndlr : Mouais…) et L'Arrestation du Christ de Caravage à Dublin dont je ne me lasserai jamais. J'ai failli pleurer devant, c'est vous dire ! Un conseil à donner aux futurs professionnels du patrimoine qui liront ces lignes ?

S'ils s'ennuient, qu'ils fassent autre chose. Il faut aimer ce qu'on fait. Et se battre parce que ce n'est pas facile. J'ai mis du temps à vivre de ça et j'aurais très bien pu ne pas y arriver. Avec le nombre de postes qu'il y a, ce n’est pas facile et c'est même assez effrayant. Mais il faut y croire ! Merci à Didier Rykner d’avoir répondu à nos questions ! Propos recueillis par Margot Boutges et Anaïs Raynaud Illustration : Silvère Tricaud


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POLITIQUE CULTURELLE

La Maison de l’histoire de France ou le naufrage de l’Histoire

I

l n’est – hormis Charles de Gaulle – de président de la Vème République qui n’apposa son nom au fronton de quelque institution culturelle : Georges Pompidou eut son Centre, Valérie Giscard d’Estaing le musée d’Orsay, François Mitterrand le Grand Louvre et la Bibliothèque nationale de France, Jacques Chirac le musée du Quai Branly...

toire est en effet fondamentalement idéologique. Dans la mesure où, comme le souligne Pierre Assouline, le chef d’Etat a lui-même déclaré avoir lancé ce projet pour « donner du sens, des valeurs, des repères à l’identité française en consolidant sa mémoire chahutée et atomisée autour d’un roman national unique » (sic), la Maison de l’histoire de France est ainsi appelée à « produire du récit historique », à être le Nicolas Sarkozy n’a pas dérogé réceptacle d’une histoire donc, à la règle en annonçant le 13 dont les contours risqueraient janvier 2009, à Nîmes, sa vofort d’épouser la doxa présidenlonté de créer un grand musée tielle en la matière. Ne faut-il d'histoire de France. Si cette pas s’inquiéter d’une telle proproposition fit immédiatement fession de foi, visant surtout à réagir la communauté histoexalter, remarquent Daniel rienne, elle ne suscita guère de Roche et Christophe Charle « remous au sein d’une opinion notre identité en ce moment publique passablement apathioù notre nation serait menacée que, alors plus préoccupée, de l'intérieur par tous les comLes Archives Nationales: l’Hôtel de Soubise © Didier Rykner sans doute, des conséquences munautarismes, à l'extérieur de la crise financière mondiale que des ambitions muséales par le syndrome du déclin ou les craintes nées d'une monélyséennes. L’affaire rebondit mi-septembre 2010, suite à la dialisation incontrôlable » (Le Monde, 8-9 février 2009) ? confirmation par la Présidence de la République de l’instal- Reste que ces enjeux en question, ardemment défendus par lation prochaine d’une « Maison de l’histoire de France » le président, mais qui, aux yeux des historiens, relèvent exsur le quadrilatère parisien des Archives nationales. S’il n’est clusivement du sabir politique – retrouver « l’âme de la de projet d’envergure sans enjeu(x), les problématiques sou- France », exprimer la « continuité » de l’Etat-Nation –, ne levées dans le cas présent se sont révélées être suffisamment peuvent raisonnablement fonder une institution qui serait à profondes et graves pour mobiliser ensemble politiques et ce point marquée dans sa genèse intellectuelle par le politiintellectuels. Nonobstant l’intérêt du débat autour du choix que. Un musée doit-il ainsi être le médium par lequel est des Archives nationales comme lieu d’implantation de la appelée à s’opérer la catharsis de la névrose intellectuelle du Maison de l’histoire de France, nous souhaiterions mettre sarkozysme ? l’accent sur une seconde pierre d’achoppement, à savoir la signification intrinsèque d’un tel projet – « Un musée, pour Bien entendu, dénoncer les bases théoriques de cette entrequoi faire ? », résume ainsi laconiquement le journaliste prise muséale n’est pas préjuger pour autant de la capacité Daniel Bermond. Certes, les Français sont désormais rom- des futurs conservateurs à se dégager de la tutelle politique, pus aux déclarations d’intentions fracassantes d’un prési- de leur hypothétique inféodation au pouvoir – d’ailleurs si dent volontiers hâbleur qui, prenant les devants ce 13 jan- changeant. Toutefois, à l’heure où le projet se concrétise, vier 2009, souhaita « que cela polémique un peu, que cha- n’est-il pas utile de s’interroger sur la validité d’une telle cun fasse valoir ses arguments ». Une partie de l’intelligent- entreprise et ses implications profondes, au-delà surtout des sia française polémiqua donc, et monte aujourd’hui au murs d’un musée, dans notre société, déjà si clivée ? front d’une guerre intellectuelle et morale livrée au nom de Vaisseau amiral d’une histoire revigorée au prisme du disl’Histoire et de la Mémoire. cours politique, l’improbable « Maison de l’histoire de France » risque d’être, en l’état actuel du projet, un frêle esquif vite battu par la tempête des critiques, destiné à « Que cela polémique un peu ». Nicolas Sarkozy sait, au moins, manier l’euphémisme – ou prendre l’eau avant même sa sortie du port et à s’abîmer, la provocation, au choix –, lui qui savait alors pertinem- avec fracas, dans un océan de désillusions historiennes. ment que son projet d’un musée de l’histoire de France Thibault Boulvain était tout sauf irénique. La conception sarkozyenne de l’his-


SPECIALITES

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Une spé… une chanson Comment comprendre l’atmosphère d’une spécialité et en apprécier l’ambiance si on ne connaît pas les principaux tubes et hit musicaux qui lui donnent tout son caractère ? Cet article vous permettra de mieux en déguster son essence, afin de, pourquoi pas, en siffloter les refrains dans les couloirs et les amphithéâtres pour vous mettre de bonne humeur. Je vous engage à les écouter sur les plates-formes internet légales d’écoute ! Archéologique de l’Europe préhistorique : Allumez le feu, Johnny Hallyday

Histoire de l’art du XIXe et au début du XXe siècle : Pablo Picasso, The Modern Lovers

Archéologie de la Gaule : Astérix est là, Plastic Bertrand

Art du XXe siècle : Bohemian like you, The Dandy Warhols

Archéologie égyptienne : Walk Like an Egyptian, The Bangles ou Louxor j’adore, Philippe Katerine

Art contemporain : J’aime pas l’Art, DatA

Archéologie orientale : Babylone, Boney M

Histoire du cinéma : La dernière séance, Eddie Michell

Histoire de l’art et archéologie du monde grec : Ulysses, Franz Ferdinand

Histoire de la photographie : Click Flash, Ciara

Histoire de l’art et archéologie du monde étrusque et italique : Capri, c’est fini, Hervé Vilard Histoire de l’art et archéologie du monde romain : Rome, Phoenix ou Week-end à Rome, Etienne Daho Archéologie chrétienne : Personal Jesus, Depeche Mode Patrimoine et archéologie militaires : Napoleon says, Phoenix Histoire des arts de l’Extrême Orient : Hong Kong Garden, Siouxsie & The Banshees Art et archéologie de l’Inde et des pays indianisés de l’Asie : La Javanaise, Serge Gainsbourg Histoire des arts de l’Islam : Les neiges du Sahara, Angün Histoire des arts de l’Afrique : Dimanche à Bamako, Amadou et Mariam Histoire des arts de l’Océanie : Big day, Tahiti 80 Arts des Amériques : Si tu vas à Rio, Dario Moreno Histoire de l’architecture occidentale : Le temps des cathédrales, Notre Dame de Paris Histoire de la sculpture : I Made A Sculpture And I Dance With It, King Str Architecture, décor et ameublement des grandes demeures : L’hôtel particulier, Serge Gainsbourg Arts décoratifs : J’aime trop ton Boulle, Fatale Bazooka Histoire de la mode et du costume : Vogue, Madonna ou Glamorous, Fergie Peintures françaises : Je fais de la peinture, Gilles Diss Peintures étrangères : Paint It Black, The Rolling Stone Histoire du dessin : Scrawl, Ned’s Atomic Dustbin Histoire de l’estampe : Olympians, Fuck Buttons

Anthropologie : Boys and Girls (feat. Dragonette), Martin Solveig Patrimoine industriel : Ma petite entreprise, Alain Bashung Iconographie : Hero takes a fall, The Bangles Jean-Baptiste Corne & Philippe-Alexandre Pierre (Sur une idée originale de Jean-Baptiste Corne) Illustration: Aurélie Deladeuille Il tape sur des cailloux Et c’est magdalénien… Dans sa grotte on est fou On peint avec ses mains...


FAIT-DIVERS

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Massacre à la Comédie Française

V

ous pensiez que seuls nos auditeurs libres étaient capables de se battre (à coup de déambulateur) pour obtenir une place en amphi ? Non loin de notre beau palais du Louvre, à une rue seulement, dans l’ancienne demeure de Monsieur, se joue presque chaque soir un drame. Les amateurs des arts de la scène vont tout de suite penser que j’évoque les prouesses des sociétaires de la Comédie-Française. Certes, les intrigues qui se déroulent dans le théâtre à proprement parler sont d’une violence rare, mais il ne s’agit que de littérature. Le drame auquel j’ai assisté est autrement plus violent, parce que réel. Devant le bâtiment -sous sa colonnade pour être très précis, mais cela peut aussi arriver à l’intérieur- quelques instants avant le lever du rideau, alors que toutes les places ont été vendues à la régulière, d’étranges femmes parcourent les files d‘attente. Elles savent que beaucoup de monde se retrouve sans le précieux ticket qui permet d’assister au spectacle. Combien de gens tentent en effet d’attraper les si rares places à 5€ vendues une heure avant la représentation ? Il y a énormément d’attente pour peu d’élus. Voilà donc nos bonnes femmes qui interrogent tous les déçus. « Voulez-vous une place ? » Au début, on est timide, on ne dit rien. On bave devant le sésame, on en rêve comme du fruit défendu. Les offres sont de plus en plus racoleuses, le silence plus tendu. La question qui gêne tout le monde est celle du prix. « Vous donneriez combien ? » . On n’ose répondre et se lancer dans le marchandage… Après quelques instants une mère de famille craque pourtant et rompt soudain le silence: « 20 EUROS ! » Un gros homme que personne n’avait remarqué, avachi sur un banc, surenchéri aussitôt à 30 et très vite, suivant les principes d’une vente aux enchères qui ferait pâlir les futurs commissaires-priseurs de notre Ecole, le prix des places s’envole. Finalement c’est un professeur espagnol, qui avait amené toute sa classe en voyage, qui finit par obtenir le ticket. Pedro pourra s’asseoir ! Le calme revient, certains commencent à chercher dans leur Pariscope un plan B pour la soirée. D’autres « trafiquants » débarquent alors. Ils nous promettent monts et merveilles. « Des places dans la corbeille, juste en face des comédiens, les yeux dans les yeux » pour voir le spectacle comme personne, comme un roi. Les billets

sont rares et très vite, de plus en plus vite, ils disparaissent, achetés au prix du caviar. Même le ticket d’or de Charlie, le passe qui lui a ouvert les portes de la chocolaterie de Willy Wonka, ne fut pas l’objet d’une telle convoitise. Le commerce va bon train. Très vite cependant, tout dégénère. Alors qu’au début on osait à peine regarder en face ces vendeurs au noir, on se met maintenant à les traquer, on devient agressif. Ils décident de se retirer dans le hall du théâtre. Les files se rompent brusquement. Comme une mer en furie, des bandes de personnes âgées déferlent vers la porte. Les enfants ont réussi à esquiver la rafale et tentent de se faufiler entre les jambes des plus vieux, peut-être qu’ils n’auront pas besoin de ticket, eux… Ballotté sur son banc, notre monsieur de tout à l’heure s’accroche terrifié à un poteau. Il y a des cris, des pleurs. Comme un assoiffé qui cherche sa source, on cherche sa place. Un homme seul tourne en rond en questionnant ses voisins, les groupes se séparent en plus petit groupes pour couvrir un maximum de surface stratégique ; des scènes de ménage éclatent de toute part « Quoi ! tu as oublié la place de ma mère ? ». Le présentoir de l’entrée tombe et fait barricade sur la baie vitrée. Un ouvreur, tel Gavroche, bondit dans la foule. La bataille attire les touristes qui viennent se mêler au chaos en attaquant les flancs. Bientôt, on ne sait même plus quel spectacle valait la peine d’un tel combat. Dans l’arène, on cherche à présent une issue, pour échapper à la pression de la foule. Finalement, la sonnerie du lever de rideau retentit. L’ouvreur-gavroche redresse le présentoir. Sur son monticule de journaux froissés, il a un bel air conquérant. Le spectacle commence. Il est temps de rendre les armes. Vae victis. Il ne me reste plus qu’à aller au cinéma. La foule s’apaise aussi soudainement qu’elle s’était déchirée. Molière et Racine redeviennent maîtres de leur temple. Le matin, en passant devant ce si beau palais royal, ayez une pensée pour les victimes des luttes qui ensanglantent chaque soir la salle Richelieu. Matthieu Fantoni


TENDANCES

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Théâtre Quand la Comédie Française nous prend pour des pigeons…

Q

ue feriez-vous si vous aviez des ailes ? Vous vous envoleriez sans doute admirer l’Ecole du Louvre en haut d’un petit nuage, ou bien vous iriez rejoindre votre famille et vos amis loin du tourbillon parisien… Mais moi, au lieu de courir à droite ou à gauche, j’irais à tire d’ailes à la Comédie Française m’installer au « poulailler du paradis ». Le paradis est accessible à tous ou presque : 5 euros la place. Qu’en dites-vous ? Néanmoins, tentez une fois arrivé, de redescendre sur terre, afin de ne pas être pris de vertiges ou de torticolis pour voir les comédiens. Mais gare à vous si vous croisez un des ouvreurs qui vous plumera si vous vous éloignez de votre poulailler ! Trèves de bavardages et de caquètements à présent, parlons plutôt des Oiseaux, texte d’Aristophane, adapté et mis en scène par Alfredo Arias. C’est l’histoire de deux femmes, Camarade Constance et Belle Espérance, qui décident de quitter le monde humain pour aller trouver La Huppe dans le monde des oiseaux. Leur objectif est de construire une cité idéale nommée Coucou-sur-Seine, située place Colette, face à la Comédie Française. Les oiseaux deviennent des intermédiaires entre les hommes et les dieux. Les « XXL des stratosphères » autrement dit les puissants sont leurs esclaves car les oiseaux les privent de viande hachée importée. La guerre est alors déclarée.

Le décor reproduit la façade de la Comédie Française avec de très beaux jeux de lumière sur ce qui est du carton pâte. Pour la musique, nous avons eu droit à « Moi j’aime le music hall » de Charles Trenet qui, comme vous pouvez l’imaginer, est très approprié pour une pièce antique. En plus, des chansons « Black Bird » et « Quelle étrange nature » d’Emily Loizeau. Nous pouvons dire que ce spectacle tente à tout prix de réveiller les souvenirs du public par le biais de la musique. Ne parlons pas de la caricature superbe d’un Karl Lagerfeld interprété par Hervé Pierre. Tous ces artifices empêchent le spectateur de réfléchir sur le sens réel de la pièce. Il y a une volonté d’éblouir, d’en mettre plein la vue au public. La mise en scène est trop organisée, trop segmentée ; il n’y a pas de place pour l’imprévu, à une certaine liberté d’expression théâtrale. Tout se règle comme du papier à musique. On essaie à tout prix de vulgariser le théâtre en y mettant des effets spéciaux, des éléments d’ordre sensible et non intelligible. Il en faut mais point trop. Effet notoire, les comédiens portent des micros comme dans une comédie musicale. De manière générale, la mise en scène manque de finesse ; elle est grossière, vulgaire, bonne à mettre aux oubliettes. Pour conclure, la Comédie Française fait un effort en introduisant dans son répertoire des pièces du théâtre antique, mais c’est un véritable gâchis que de les réinterpréter de cette façon-là.

La mise en scène de cette pièce est riche mais artificielle par les costumes, les décors et la musique. Les couleurs et les motifs des costumes sont très recherchés et nous font rêver comme des enfants devant les vitrines des grands magasins à Noël. La scène du théâtre se couvre d’un tourbillon de plumes de toutes les couleurs dans un mouvement dynamique et joyeux.

Diane Alliaume Informations Pratiques: Les Oiseaux d’Aristophane Du 20 septembre 2010 au 15 décembre 2010 Durée du spectacle : 1h35 sans entracte. En matinée à 14h et en soirée à 20h30 Comédie Française. Salle Richelieu. Place Colette, Paris 1er

Perles de profs! Thierry Zéphir, très en forme pour la rentrée: « Sur cette infâme photographie, un grand chef-d'œuvre » « Internet est réservé à une élite dont vous ne faites pas partie » « A Nagarjunakonda, on a fait des reconstitutions à la Disneyland... » François Nemer, facétieux: « Godard surfe sur la nouvelle vague... »


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TENDANCES

Littérature Claudie Gallay, Seule Venise, éd. Babel 2006

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a douleur trop forte, la chute trop longue et puis le néant. Ce douloureux vide qui s'installe dans la convalescence post-rupture. Se faire plaquer, tout le monde connaît : ce mal physique qui vient accompagner le mal psychologique. C'est la guérison, lente et fastidieuse qui intéresse, car elle est différente à chaque fois. Claudie Gallay a écrit Seule Venise à la première personne. Mais derrière ce « je », il y a nous. La narratrice décide de tout laisser tomber, vide ses comptes et réserve une chambre dans une auberge vénitienne, dans le quartier du Castello. Venise... Le cliché n’est jamais très loin quand on y raconte une histoire d’amour, même si elle se finit mal. Sauf que l’on est en plein hiver, qu’il fait humide, froid et que c’est la période de l’acqua alta... Les gondoles dans le ciel gris, c’est déjà moins romantique. A l’auberge, elle côtoie un vieux prince russe qui a pour seul apparat un fauteuil roulant, une danseuse et son amant, et enfin Luigi, le maître des lieux. Voilà une partie du nous. Peu à peu ces étrangers vont s’intégrer dans son univers en reconstruction. Chacun va lâcher un bout de son histoire, de ses blessures et de ses aspirations. Enfin, l’autre partie du nous, c’est le libraire. C’est à lui qu’elle raconte l’histoire de leur propre rencontre. Ce livre

est une lettre ou une confession dans laquelle elle raconte ce qu’ont représenté les moments passés ensemble : fugaces, silencieux et attirants. Des mots pour soigner les maux, pourquoi pas. Il la fait réfléchir à sa propre approche du sentiment amoureux, involontairement le plus souvent. L’histoire est magistralement menée par Claudie Gallay qui n’avait pas encore écrit Les Déferlantes. Il lui aurait été tellement facile de tomber dans le cliché et pourtant, le récit n’est jamais surfait. Le style abrupt et sobre, évoque cette convalescence. Il est véritablement ajusté à la détresse du personnage, à ses émotions. On n’est pas dans une histoire d’amour puérile et larmoyante. On peut même se demander s’il s’agit vraiment d’une histoire d’amour et pas d’une méditation sur le sentiment amoureux et sur l’image que l’on en a. Ce qui sont deux choses différentes. Claudie Gallay ne nous impose pas une vision de l’Amour avec un grand A - mais celle d’une histoire amoureuse parmi d’autres, somme toute assez banale au final mais qui remet les histoires d’amour à leur place : entre d’autres morceaux de vie. Annabelle Pegeon

Musique La revanche des filles

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oici près de cinq ans que le girl power fait un grand retour dans la musique pop rock, électro et new wave. Elles sont jeunes, ne chantent pas forcément juste tout le temps, n’ont pas un physique de bimbos latines, mais elles ont un style particulier et une présence sur scène qui leur confèrent une aura incroyable et un talent indéniable. Elles s’appellent La Roux, Robyn, Beth Ditto, ou font partie du groupe des Dragonette, de The Kills, CSS ou encore de New Young Pony Club, et elles incarnent le renouveau du Girls Band venant à la fois de Grande-Bretagne, de France, de Suède, des Etats-Unis ou du Brésil. Provocantes en lycra moulant et cônes en plastique signés Jean-Paul Gaultier pour Beth Ditto, déroutantes avec du mascara noir et les cheveux en bataille pour Alison Mosshart de The Kills, banane décoiffante pour La Roux ou Martina Sorbara des Dragonette, collants de couleur criarde et t-shirt déchiré pour Jehn, elles sont cette nouvelle génération de filles sans complexe, se déchaînant sur scène avec des mélodies envoutantes, psychédéliques et attirantes comme le chant des sirènes pour Ulysse. Albums à écouter d’urgence : - The Kills (Royaume-Uni) : Midnight Boom - Dragonette (Canada) : Galore - La Roux (Royaume-Uni) : La Roux - New Young Pony Club (Royaume-Uni): The Optimist - Robyn (Suède) : Robyn et Body Talk Pt. 1 - The Gossip (Etats-Unis) : Standing in the way of control et Music for men - CSS (Brésil) : Cansei de Ser Sexy et Donkey - John and Jehn (France) : Time for the Devil Jean-Baptiste Corne


TEMOIGNAGE

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Premières impressions 8h15 : arrivée devant les portes extérieures du Carrousel du Louvre, les sens opprimés par un Paris qui s’éveille : klaxons assourdissants des voitures dans la rue de Rivoli, odeur artificielle de viennoiseries s’échappant des « sandwicheries » qui ouvrent et monumentalité du palais du Louvre dont les lignes architecturales rationnelles étourdissent l’œil à la sortie du métro. Sitôt les battants des portes refermés sur cet extérieur agressif, me voilà plongée dans un univers silencieux, ou presque, puisque interrompu de temps en temps par le couinement de la raclette de l’homme de ménage sur la paroi vitrée des escalators. Une descente chtonienne s’ensuit, en direction de l’antre Rohan à l’entrée duquel nous sommes soumis à un rapide contrôle d’identité, rappelant l’intimité de l’endroit. Les bruits de pas s’étouffent peu à peu dans la moquette. Nous voilà avalés, les uns après les autres, et dorénavant mêlés à l’intrigue qui va se dérouler dans ce huis-clos durant un peu moins de 2 heures. 8h30 : la lumière de l’amphithéâtre s’éteint, imposant instinctivement un silence quasireligieux. Les esprits égayés deviennent tout à coup attentifs, et les plumes se dressent, prêtes à recueillir les secrets préhistoriques qui vont nous être révélés ce matin. Première image projetée sur l’écran, premier désarroi : le Mot, qui n’a cessé d’être flatté tout au long de mes études, se fait tout à coup timide et fuyant, face à cette image-niké qui s’exhibe dans toute sa splendeur. Car celle-ci expose à cet instant précis ce quelque chose que le mot n’a jamais pu saisir. Une chose innommable, indéfinissable, qui provoque une émotion nouvelle, propre à l’Image. Et cela crée un embarras en moi, dès lors que je souhaite avoir une trace de cette image sur mon cahier : la dessiner, ou la décrire ? Je choisis mécaniquement cette dernière option, ne maîtrisant pas les techniques du dessin… au risque de perdre la quintessence même de l’image en utilisant le mot. Image après image, le monde préhistorique se construit, ou plus exactement se re-construit, juste sous nos yeux. Et

nous pénétrons sans retenue les endroits les plus intimes et privés de cet univers : les tombes, qui regorgent d’outils, de parures et de statuettes aux formes féminines, et les habitats -grottes, à l’intérieur desquels nous avançons toujours un peu plus en profondeur pour découvrir ces diverses représentations ocreuses d’animaux, plus rarement humaines, à même la paroi, et qui trahissent un désir d’expression. Et puis, les lumières se rallument : les paupières clignent comme au moment du réveil, les corps qui s’étaient avachis se redressent, s’étirent, et les langues se délient. Petit à petit, l’amphithéâtre se vide et nous refaisons surface vers le monde extérieur, aussi tonitruant qu’un peu plus tôt ce matin. Et si, contrairement à ce qu’on avait appris, la Vérité se trouvait bel et bien au fond de la caverne, à l’abri de tout ce qui peut la dégrader ? Voici les avis condensés d’une poignée d’étudiants en première année, concernant leurs nouvelles études : Pour les bacheliers, le changement lycée/ Ecole semble s’être fait sans grande surprise : évidemment, il faut s’adapter au nouveau rythme des cours « moins nombreux, mais plus consistants », et également à l’impression d’anonymat post-bac si caractéristique: « on sort d’une classe de 35-40 élèves, où tout le monde connaît tout le monde, et on se retrouve seul dans un amphi de 400-500 élèves… ». Mais, pour ceux qui connaissent l’université, « on n’est pas perdu comme à la fac : ici, il y a une certaine communauté. ». On y reconnaît une organisation beaucoup plus stricte, et un amphi plus accueillant et soigné (c’est sûr qu’en 1h30 de cours d’archéo égyptienne, on n’a pas forcément le temps de tatouer la table d’un «si comme moi tu t’emmerdes pendant ce cours, dessine un wagon à la suite de la locomotive… »). Le mot « autonomie » est sorti de la bouche des élèves bien souvent, de manière positive : « le premier cours m’a semblé être une « libération » par rapport aux cours du lycée, plus limités dans leur structure et leur contenu », mais aussi


32 de manière négative : « au lycée, on a les bouées, ici, on ne les a pas ». Cependant, le sentiment d’encadrement est encore présent, grâce au contrôle continu des TDO, TP et cours de langue. Quelques nuances également pour certains élèves sortant de prépa : « la masse de travail est comparable, mais la manière de travailler est différente, parce qu’elle est plus personnelle et le travail n’est pas contrôlé comme en prépa où il faut rendre des devoirs chaque semaine », et au contraire pour d’autres « ce n’est absolument pas comparable : ici, il y a moins de travail et pas de pression comme en prépa ». Mais de tous ces propos divers et variés se détache un sen-

TEMOIGNAGE timent de satisfaction (qui a, je le promets, été avoué sans usage de torture) rehaussé pour quelques uns d’une pointe « d’émerveillement » suscitée par « l’environnement privilégié » dans lequel nous étudions : le palais du Louvre. Sur ce, je vous souhaite une excellente première année ! P.S. : ce résumé n’est pas représentatif de l’avis général des élèves de première année, puisque seule une petite partie des étudiants a été interrogée et ne concentre pas tous les horizons de provenance en première année. Laure-Amélie Le Stang Illustration : Valentine Gay

VUE DE COURS

« L’éléphant, c’est un peu le panzer de l’Antiquité… » Thierry Zéphir

I

l y a certaines phrases entendues en cours qu’il est nécessaire d’approfondir quand on est élève à l’Ecole du Louvre. Celle-ci par exemple pose une question essentielle qu’il me faut développer pour vous. En temps de guerre, vaut-il mieux avoir sur soi un éléphant ou un Panzer ? Mais d’abord, qu’est ce qu’un éléphant ? Et qu’est ce qu’un panzer ? Le cartel de l’éléphant éléphant d’Asie est le suivant : entre 2 et 3,5 mètres au garrot, pesant jusqu’à 6 tonnes, vivant jusqu’à 80 ans en captivité, de régime végétarien. Il a pour particularités d’avoir de petites oreilles, d’être facile à dresser et d’être une importante source d’ivoire. L’éléphant d’Asie a été domestiqué vers 4500 avant J.C. dans la vallée de l’Indus. Sa première utilité est celle d’auxiliaire militaire. En effet, sa taille impressionne les ennemis et leurs montures. En outre, il peut porter l’armement et tirer les engins de sièges. Cependant, sa taille et son poids peuvent devenir un handicap pour son propre camp si la bête panique. Sa popularité est telle qu’Alexandre le Grand et Hannibal l’ont bien souvent utilisé. Séleucos, lui, en a obtenu 500 en tribut en cédant du territoire à Chandragupta de la dynastie Maurya. C’est dire le prix d’un éléphant, vendu en option avec son cornac. De nos jours, l’éléphant en tant qu’arme de guerre est tombé en désuétude. En revanche, l’éléphant indien d’aujourd’hui est basketteur, footballeur, masseur, boxeur, musicien, peintre, philosophe, prof, astronaute… L’éléphant n’est plus guère utilisé comme moyen de transport. La voiture irait, dit-on, plus vite.

Dans l’iconographie indienne, un dieu possède une tête d’éléphant : il s’agit de Ganesha. Il est placé à la tête des armées divines de Shiva à qui il doit d’ailleurs sa tête d’éléphant. En effet, Ganesha avait voulu protéger sa môman de son ardent prétendant (et accessoirement papa). C’était sans savoir qu’en Inde, on ne contrarie pas son géniteur sans qu’il y ait punition. Shiva lui coupa donc la tête, mais regrettant son geste, il la remplaça par celle du premier animal qui passait par là. Heureusement qu’il ne s’agissait pas d’une mouche, la mythologie en aurait été changée ! Ganesha est aussi le dieu de la gourmandise et de l’intelligence. Il est à noter que le chocolat et les sucreries développent les choses de l’esprit, au moins en ce qui concerne vos cours d’Histoire générale de l’Art indien, argument fourni sans garantie de fonctionnement sur les autres matières. Dans la religion védique, l’éléphant vint juste après le soleil (qui a été tiré d’un œuf dont on ne sait qui est la poule) dans l’ordre de la création. Les éléphants sont les montures des dieux Agni et Indra. L’éléphant est aussi représenté dans certaines jataka et dans la vie du Buddha historique. Il est considéré comme un animal aquatique pour les indiens et a d’ailleurs été nommé l’an dernier animal aquatique national en Inde. Il possède donc une symbolique diverse dans toute les religions de l’Inde, à toutes les époques, et il n’est pas étonnant de le rencontrer sur les divers reliefs qui parcourent nos cours. Encore vous faudra-t-il savoir à quelle religion et quels évènements les associer... L’éléphant est donc un élément militaire, mais pas seule-


33 ment ! Il est extrêmement polyvalent. C’est un animal à tout faire, très intelligent et aussi en voie de disparition. Il est donc pourvu de grandes qualités qui font de lui le compagnon indispensable dans une armée, surtout pour ses talents de compositeur interprète. Le Panzer d’Europe, de son petit nom Panzerkampfwagen, existe en huit modèles différents, plus performants les uns que les autres. Utilisé par les Allemands, cette arme motorisée a marqué les esprits par sa puissance et sa capacité de destruction, semant la panique parmi les ennemis, sans se retourner contre ses maîtres. Son cartel regroupe les informations suivantes : de 75 à 250 cm (le canon, le reste on s’en fout), de 22 à 188 tonnes. Il est indestructible (jusqu'à ce qu’il se prenne une mine, un missile ou ne vienne à rouiller.) Sa particularité est d’être doté d’un aspect extérieur carré et d’une seyante tenue de camouflage (ce qui le rend très facile à perdre, donc). Le Panzer a été inventé en 1941 en Allemagne. Sa première et seule utilité est de faire la guerre. Il devient très populaire après 1941 : tout le monde en veut, mais comme c’est l’homme et non la nature qui l’a créé, on ne le négocie pas, on copie son voisin pour tenter d’en faire un meilleur. Mais il faut avouer que le Panzer fut le meilleur de son époque, les Ardennes s’en souviennent encore ! Dans l’iconographie occidentale, le Panzer est une figure majeure des jeux vidéo de guerre. Il y tient parfois même le premier rôle, en témoignent Panzer Tactics sur Nintendo DS et Panzer Elite Action sur Xbox 360. On le remarque parfois sous des filles en maillots de bain, ce qui n’a jamais

été expliqué de manière claire et logique si ce n’est que le Panzer représenterait pour ces dames un principe fort et masculin, une sorte de linga mais en acier et peinture de camouflage. Vous l’aurez compris : le fort et beau Panzer est un héros de livres, de films, de jeux vidéo, de jeux de société, des bacs à sable. Brad Pitt et Georges Clooney auraient récemment déclaré n’avoir rien à envier au Panzer, surtout pas la taille de son canon (les petits vantards !) La capacité destructrice du Panzer sous toutes ses formes n’est plus à démontrer, les villes françaises et les poupées Barbie peuvent en témoigner. Alors si jamais vous tombez au beau milieu d’une bataille dans le futur, et qu’on vous propose de faire un choix entre les armes suivantes : éléphant ou panzer. Vous pourrez déjà vous référer à votre cours d’Histoire générale de l’Art indien et aux éclaircissements de cet article pour vous aider dans votre dilemme cornélien. Avec les armes du futur, vous pourrez peut-être tenir quelques secondes mais l’éléphant paniqué peut avoir une rapidité et une capacité de d e s - truction d’obstacle supérieure au Panzer. Mais, au final, je ne saurais trop vous suggérer de préférer l’éculée phrase « faites l’amour, pas la guerre ». On ne vous le répétera jamais assez ! (Et c’est plus pratique pour des questions de perpétuation de la race humaine dominatrice du monde !) Alexandra Rio Illustration : Valentine Gay

Perles de profs! Echange insolite entre le prof d’art celte, spécialiste ès serpents et celui d’art gallo-romain, visiblement inquiet du sort des hérissons… - Les serpents ne peuvent pas boire de lait, c'est une idée reçue, je me suis renseigné auprès de spécialistes ! les hérissons non plus d'ailleurs car le lait de vache les empoisonne ! - Et du lait de chèvre ? - Non, les serpents ne peuvent pas boire de lait ! - Okay pour les serpents mais les hérisson? le lait de chèvre ca irait ?


WISHLIST

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Cher papa Noël... Le Carrousel a revêtu son habit de lumière, le Forum des Halles est plus chamarré que jamais... Pas de doute, les fêtes approchent ! Les membres de la rédaction en profitent pour vous faire partager un extrait de leur liste au père Noël ! En attendant de découvrir avec vous si LA rumeur de fin d’année est avérée… Laurence Tardy tricotera-t-elle un bonnet pour chaque élève de l’école du Louvre ? Affaire à suivre…

A

ctuellement, j’ai furieusement envie de recevoir un calendrier de l'Avent, comme j'avais étant petite (à l'époque où je n'avais pas à me soucier de mes bourses pour pouvoir manger du chocolat). Je scrute les étiquettes des boîtes en carton multicolores garnies de trésors qui s'étalent sur les présentoirs de toutes les épiceries où je passe, mais rien n'y fait, le prix que j'y vois me déchire toujours le cœur : passé le prix de 10 cafés, ça me fait mal. Alors je craque pour une tablette de chocolat au riz bas de gamme, mais le cœur n'y est pas (et elle ne tient pas la soirée, tristesse oblige). Donc, voilà, pour Noël cette année, je voudrais bien que le Père Noël me ramène un petit bout d'enfance (qui fond dans la bouche, pas dans la main) : je voudrais un calendrier de l'Avent. Et comme ça, j'ouvrirai tous les petits volets le 25 décembre. Un rêve de gosse, je vous dis. Thaïs Arias

N

oël est un moment charnière dans l’année de l’étudiant surbooké. Celui qui doit rendre un mémoire en mai commence à se dire qu’il faudrait peut être songer à lancer la machine. Car avec un pied engagé dans le monde du travail et un qui s’égare encore dans les études, il sait que l’année va être courte pour mener à bien toutes ses obligations ! Sa priorité : élaborer un plan d’attaque, qu’il mettra un point d’honneur à ne pas respecter. La clef du succès : compenser ses maigres heures de travail par un équipement imbattable. Et c’est là où ta hotte intervient, père Noël ! Mon mémoire d’anthropologie va m’amener à

tâter des joies de l’enquête de terrain et à mener des entretiens auprès d’une minorité. Tu l’as donc compris, je vais avoir besoin d’un dictaphone personnel (pas celui de la rédaction de Louvr’boite). Et ce dont je rêve sous le sapin, c’est d’un modèle de compétition, paré de toutes les options. Celui qui me livrerait directement en version tapée le contenu d’une interview, sans m’obliger à passer par une retranscription laborieuse défiant les limites de la phonétique. Celui qui aurait l’intelligence de décoder ce qui se cache derrière les interjections blasées de mon sujet d’étude tentant de répondre à une question stupide (le dictaphone aurait d’ailleurs l’idée de bipper pendant l’interview au moment des questions stupides) et de les traduire en concepts, voir en graphiques. Celui qui saurait couper au montage mes gloussements intempestifs et systématiques. Celui qui comprendrait un « petit Robert du tamoul » afin de m’aider à saisir toutes les subtilités idiomatiques de mes sujets d’étude. Celui, enfin, qui cuisinerait des frites délicieuses les jours de grand froid et qui préparerait des sorbets les jours de grand chaud. Le bel objet, quoi. Margot Boutges

P

apa, maman, Noël approche. Ce Père Noël ridicule qui a volé la vedette à notre saint Nicolas va bientôt passer dans les chaumières, et j’ai quelque chose à lui demander. Pourriez-vous, Santa Claus, pour l’anniversaire des 2010 ans de Jésus (on voit vraiment pas le temps passer), m’offrir une tasse de thé en compagnie de Kim Timby ? (ndlr : prof de synthèse en histoire de la photographie)


35 Qu’elle me montre un album photo de sa famille, que l’on bavarde autour d’une madeleine de ma région trempée dans son breuvage national (si elle est Américaine, ne me le dites pas, je préfère fantasmer et croire en son accent British), et je serai le plus heureux des garçons. J’aimerais que cela se passe dans sa retraite en Touraine (laissez moi fantasmer je vous dis), au coin de sa cheminée, son labrador allongé sur mes pieds. Et si vous pouviez la rajeunir de quelques années, je vous jure de me convertir au christianisme et d’acheter toutes les bouteilles de Coca-Cola et tous les Mon Chéri du Franprix au coin de ma rue. Vincent Didellot

A

près avoir constaté que l'étagère était pleine, une décision s'est imposée d'elle-même : stop aux cadeaux culturels. Ma table de cuisine s'étant transformée en annexe de rangement, il fallait bien mettre le holà. Cette année, cadeau utile. Je penche pour une robe élégante, que je pourrais arborer lors de mon prochain stage pour faire montre de classitude et de professionnalisme. Mais voilà qu'en me promenant dans le chantre du produit culturel (chacun s'occupe comme il peut), j'ai découvert le livre le plus sexy de la terre : La légende dorée de Jacques de Voragine, illustrée par les peintres de la Renaissance italienne. Deux magnifiques volumes remplis de saints en veux-tu en voilà, leurs aventures rocambolesques et leurs martyres, avec des illustrateurs qui ont fait un effort (merci Raphaël pour cette belle édition). Deux tomes d'amour, de haine et de spiritualité, à en faire pâlir les créateurs des Feux de l'amour. Voilà, j'ai trouvé mon cadeau. Et zut. Où est-ce que je vais le mettre ? Sophie Paulet

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n cherche toujours des cadeaux originaux pour Noël, et au final on se retrouve à demander la même chose que les années précédentes : une encyclopédie en dix tomes, le manuel d’Agnès Benoît, j’en passe et des meilleures… Cher Père Noël, cette année, je veux une chose très simple et très pratique : une nouvelle couette ! Je sais, c’est le genre de cadeau plutôt incongru mais j’ai de très bonnes raisons. L’une d’elles est plutôt triviale : mon chat a déjà confondu ma vieille couette avec sa litière quatre fois et la laverie ne fait pas vraiment partie de mes plans de sorties du vendredi soir... Mais pour ceux qui penseraient que les chats ne sont pas propres, détrompez-vous mécréants ! Je prends cela pour un signe qu’il est plus que temps d’investir dans une vraie couette digne de ce nom.

Plumes, chaleur et confort, voilà mes maîtres mots pour cet hiver. De plus, le chat l’a très bien compris je pense, je suis plutôt du genre feignante qui travaille ses TDO et ses cours dans son lit, bien au chaud. Pour avoir un bon sommeil réparateur et être au sommet de sa forme aux examens, rien ne vaut un bon duvet d’oie ! Annabelle Pegeon

A

près la sortie cet été de l'épisode final de la série, Toy Story s'invite au pied de mon sapin... Mon cœur ne pouvant se résoudre à choisir parmi mes héros de plastique, voici les petits monstres que j'aimerais trouver entre deux marrons glacés et trois chocolats... Les soldats Toy Story dans leur seau US Army (12,93€ sur Amazon), tout comme dans le film. Y a même les parachutistes ! Le Rex grandeur nature (17,99€ chze Toys R'Us). Parce que ce dino a une tête extra, une voix qui déchire et un regard niais à tomber et que c'est mon jouet préféré de la franchise. Et parce qu'il y a aussi des méchants dans Toy Story et que le dernier est vraiment vilain, je veux aussi mon Lotso (22,90€ sur Amazon) pour Noël. Tout rose, tout adorable et désirable avec son parfum de fraise, il sera le jouet pervers de mon réveillon. Anaïs Raynaud

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aire une liste de cadeaux de Noël suppose déjà que l’on en veuille plusieurs ! Mais il s’agit surtout de satisfaire la question rituelle de toute la famille : « alors tu demandes quoi au papa Noël cette année ? » J’ai pensé à une représentation de l’ensemble de notre professorat dénudé, réalisé par un collège de dessinateur compétents. Sitôt inscrit sur la liste, les mots furent remplacés par cette sentence : « les lutins dessinateurs sont trop demandés cette année, merci de formuler autre chose ». J’ai décidé alors de me rabattre sagement sur le livre d’archéologie égyptienne de la collection de l’Ecole du Louvre, mais les mots ont disparu à nouveau pour laisser place à « Je suis le Père Noël, pas Merlin l’enchanteur ». Très bien dans ce cas je veux la collection des petits Gallimard sur la Gaule, le Haut Moyen Age et la Préhistoire (on les trouve au MAN) ! Requête acceptée, ce qui est mieux que rien... Pour le fameux nu, je ferais ma liste très en avance l’année prochaine… Alexandra Rio

Illustrations : Aurélie Deladeuille & Valentine Gay


ILS VIENNENT AUSSI DE LA

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Escapade sur l’Ile de Beauté

N

on, je ne voue pas un culte à Napoléon, ni aux sangliers. Je reste, néanmoins, une Corse pure souche, qui désespère à Paris, loin du soleil de son île, celui qui chauffe et empêche les cheveux de brunir. Mais, par dessus tout, je suis déçue de constater que les vacances sur l’Ile de Beauté ne se résument trop souvent qu’aux plages ou au GR20, et que l’Ecole du Louvre ne la mentionne qu’en de rares occasions, en cours d’ATP. Notre patrimoine culturel semble certes petit, mais il est très varié et mérite le détour. C’est pourquoi, je vous invite à le découvrir : laissez -vous guider dans une traversée de l’Histoire à notre petite échelle, en suivant les différents musées et monuments de l’île.

Site de Filitosa

© Sébastien Passot

Commençons évidemment par la Préhistoire, et pour cela, partons du sud. Je vous invite dans le musée de Levie, au cœur des montagnes de l’Alta Rocca, pour y voir la Dame de Bonifacio, venant de la plus ancienne sépulture corse (vers 6570 avant J.C.). Puis, rendons-nous sur le site de Filitosa pour une promenade entre les statues-menhirs néolithiques et les monuments torréens de l’âge du Bronze, rappelant les nurraghe de nos voisins sardes. Nous remontons ensuite vers le nord, sur la côté orientale, pour nous arrêter à Aléria, fondée vers -565 par les Phocéens. Parcourez alors les fouilles de la ville et des nécropoles où se superposent les témoignages des différentes occupations carthaginoises, syracusaines et romaines. Dans le musée, ne manquez surtout pas, entre différents objets de toute l’Antiquité méditerranéenne trouvés sur place, les deux magnifiques rhytons (sans être chauvine, les plus beaux du monde !) : un à tête de mulet et l´autre à tête de chien. C’est attirés par le miel et les richesses naturelles de l’île que les Romains sont arrivés sur les côtes (sans trop rentrer dans les terres, par peur d’Ocatarinettabellatchitchix, le personnage principal d’Astérix en Corse) et ont créé Mariana. Cette ville antique située près de Bastia nous permet également

d’avancer un peu dans le temps, grâce aux vestiges d’un ensemble basilical paléochrétien du e IV siècle. Finie l’archéologie, voici le Moyen Age qui, en Corse, rime avec invasions : en effet, la position stratégique de l’île en Méditerranée a attiré successivement Vandales, Ostrogoths, Byzantins, Lombards, puis le Saint-Siège et les Sarrazins (grâce à qui naît le symbole de la « tête de Maure »). Tout se stabilise enfin en 1077, quand l’île est cédée à Pise. Enfonçons-nous dans les terres, à la découverte des traces de l'architecture pisane. Pour cela, je vous recommande l’église San Michele de Murato, datant du XIIe siècle, à la belle bichromie noire et blanche. D’autres conquérants issus de la botte ont suivi : la République de Gênes, qui fortifie l’île en bâtissant des citadelles à Bastia, Calvi (où, d’après une légende très ancrée dans l’esprit des Calvais, Christophe Colomb serait né) ou Bonifacio, et en ceinturant les côtes de tours de guets. Celles-ci sont encore visibles, en plus ou moins bon état, si l’on parcourt les différents chemins de bord de mer du Cap Corse.

Rhyton à tête de chien, Aléria

© Cléo20

Peu à peu, en descendant la côte ouest, nous arrivons à Ajaccio. Amateurs de peintures de la Renaissance italienne, bienvenue au musée Fesch. Votre cœur penche pour Cosmè Tura, Botticelli, le Pérugin ou Titien ? Alors découvrez la deuxième plus grande collection de peintures italiennes


37 en France (après celle du Louvre, bien sûr !). Et si vous préférez Guido Reni, Le Bernin ou Baciccio, vous serez également servis. Mais, n’oubliez tout de même pas les salles de peinture française, des écoles du Nord, ou des XIXe et XXe siècles corses, ainsi que les expositions temporaires toujours très riches.

cieux amaretti (gâteaux aux amandes, spécialité cortenaise), je vous conseille de visiter le musée d’Anthropologie de la Corse. Vous y percevrez, à travers de nombreux objets, la vie et les coutumes de la Corse rurale et pastorale du XVIIIe au XXe siècle. Allez aussi à la phonothèque découvrir, si vous n’avez pas eu la chance d’en entendre au comptoir d’un quelconque bar, les paghjelle, polyphonies corses inscrites à l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel depuis octobre 2009. Nous retournons pour finir à Ajaccio, rencontrer celui que vous attendez tous : M. Bonaparte, Napoléon Ier pour les intimes. Il nous fait l’honneur de nous inviter dans sa maison natale où des œuvres de Canova, Gros ou Girodet retracent les faits militaires du cadet des Bonaparte et son ascension spectaculaire ainsi que celle de toute sa famille, jusqu’au Second Empire. Si vous n’aimez pas Napoléon, vous pouvez vous rendre chez ses rivaux, les Pozzo di Borgo. C’est à Alata, au dessus d’Ajaccio, qu’ils ont construit le château de la Punta dès 1882, avec des pierres provenant du Palais des Tuileries détruit l’année précédente. Et, avant de reprendre le bateau ou l’avion, pensez à piquer une petite tête dans les eaux transparentes du golfe d’Ajaccio, à siroter de l’eau Saint-Georges en admirant le design de sa bouteille signé Philippe Starck ou à vous laisser subjuguer par un beau coucher de soleil sur les îles Sanguinaires !

Eglise SainteSainte-Croix, Bastia

© Lena-Maria Perfettini

Lena-Maria Perfettini

Si notre chemin suivait bien la chronologie sur les contours de l’île, le parcours s’avère maintenant plus difficile. Prenez donc la petite et lente micheline qui traverse l’île sur un axe sud-ouest nord-est. Elle vous fera découvrir les beaux paysages montagneux et forestiers, et vous ramènera à Bastia. Cette fois-ci, admirez l’architecture baroque des églises. Entrez dans l’église Saint-Jean-Baptiste, la plus grande de Corse, et vous aurez sous les yeux toutes les caractéristiques de ce mouvement artistique. Mais je vous conseille surtout de vous rendre à Sainte-Croix, dans la citadelle, une merveille avec sa surcharge de décors peints, sculptés et stuqués, et à l’Immaculée-Conception, rue Napoléon, toute tendue de rouge. Revenons vers le cœur de l’île en faisant une halte dans le petit village de Morosaglia, où est né le "Père de la patrie" corse, Pasquale Paoli. Dans sa maison natale, vous pourrez voir des œuvres et des documents rappelant le court moment d’indépendance de notre île. Y figure également la Constitution de 1755, qui, pour la première fois au monde, énonce « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et inspirera la Constitution des Etats-Unis. Puis, poussez jusqu’à Corte. Là, après avoir dégusté les déli-

Eglise SainteSainte-MarieMarie-Majeure, Bonifacio © M. Lacote


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Quel(le) historien(ne) de l’art / edlien(ne) êtes-vous ? Attention, n’hésitez pas à vous tourner en autodérision dans vos réponses, car ce sont bien de (belles) caricatures que je vous propose !

LES QUESTIONS

5. Quel est votre domaine de prédilection ?

1. Le choc artistique de votre enfance ?

 l’héraldique.  les bijoux.  les installations.  les terres-cuites du XVIIIe s.  les séries télévisées.

 la tombe de Toutankhamon.  Les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin.  le portrait de votre ancêtre peint par un artiste en vogue à la fin du XIXe s.  les Marilyn d’Andy Warhol.  La Réincarnation de sainte Orlan d’Orlan. 2. Pourquoi êtesêtes-vous entré à l’Ecole du Louvre ?

 tous les grands artistes ont fait leurs gammes au musée du Louvre… pourquoi pas moi ?  il n’y a que 16 heures de cours, dont la moitié inutile dans les musées.  une année entière consacrée à l’archéologie, quelle aubaine !  difficile de trouver une faculté avec de si beaux locaux.  son enseignement de qualité et la certitude de sortir avec un diplôme reconnu. 3. Un cours d’archéologie orientale à 8h30 le lundi matin, pour vous, ça signifie :

 la première sortie depuis le vendredi 18h30.  un réveil difficile… ou le plus souvent pas de réveil du tout !  une séance de griffonnages parfaite pour m’échauffer avant mon cours de croquis sur modèle vivant de l’aprèsmidi.  la première occasion de comparer les nouvelles tenues acquises pendant le week-end par la haute société edlienne.  le meilleur moyen de montrer subtilement à mes camarades de rangée que je les ai devancés en lisant le dernier article paru sur les princesses de Bactriane. 4. En temps de révisions, quelle utilisation de l’ordinateur faitesfaites-vous ?

 une heure de Wikipédia, deux heures de Facebook, le tout entrecoupé par de fréquentes incursions sur YouTube.  je retouche mes clichés XVIIe s à la manière de Marcel Raysse, c’est tout de même moins austère que les clairsobscurs issus de la Contre-réforme.  je profite du nouveau logiciel de gestion de base de données de clichés que mon père m’a offert.  de huit à vingt heure sans interruption : je me repasse mes 1500 clichés soigneusement classés et mes fichessynthèses mises à jour.  je n’y touche pas, je me contente des Mazenod.

6. A quelle époque auriezauriez -vous aimé vivre ?

 à Ugarit au IIe millénaire avant notre ère, pour assister à la naissance de l’alphabet consonantique.  à la Renaissance, période fondatrice où l’homme s’affranchit de la tutelle divine.  au XVIIIe s, pour pouvoir infiltrer un salons tenu par une grande femme des Lumières.  dans le Paris du début du XXe s, centre de la vie artistique et bohème.  aujourd’hui car vous ne pourriez pas vous passer de la technologie contemporaine. 7. Quel artiste auriezauriez -vous aimé rencontrer ?

 un scribe égyptien pour découvrir tous les secrets des hiéroglyphes.  Léonard de Vinci : un génie universel inégalé dans tous les domaines.  Elisabeth Vigée-Lebrun : la justesse de ses portraits royaux est époustouflante.  Vincent Van Gogh : un artiste mort dans l’indifférence générale, mais dont les œuvres s’arrachent aujourd’hui à des millions d’euros.  Piet Mondrian : un minimum de moyens pour un maximum d’effet. 8. Quel homme de culture aimeriezaimeriez -vous être ?

 Giorgio Vasari, le père de l’histoire des arts.  Charles Baudelaire, qui allie critiques pertinentes et emphase littéraire.  Aby Warburg qui a conçu un classement très original pour sa bibliothèque.  Pierre Bourdieu, qui établit le pouvoir de domination de l’art d’élite.  Christian Jacq, pour gagner beaucoup d’argent en faisant toujours la même chose ! 9. Dans quel musée pourriezpourriez -vous passer des heures à déambuler ?

 le château de Schönbrunn, pour y rêver des splendeurs de Cour des Habsbourg.  le musée du Papier Peint de Rixheim : on néglige trop


39 souvent les petits musées provinciaux qui recèlent de véritables bijoux d’histoire de l’art.  le Palais de Tokyo : on est certain d’y être surpris !  le Trinity College de Dublin : des manuscrits, des manuscrits et encore des manuscrits.  le Natural History Museum de Londres : un musée ludique où l’on apprend tout en s’amusant. 10. Quel serait le titre de la première exposition dont vous seriez commissaire ?

 « Catalogues et cotes des bibliothèques parisiennes, un art de la méthodologie. »  « Esthétique transcendantale dans le Colorfield Painting entre 1960 et 1962. »  « Fastes de cour et Etiquette à la mort de Louis XIV. »  « La tache à travers les arts, hasard ou annonciation d’une abstraction ? »  « Le topos de l’oisiveté du XVIIe au XXIe s, une résurgence de l’âge d’or ? » 11. Lequel de ces films préférezpréférez -vous ?

 Le nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud : j’ai toujours rêvé de me perdre dans un scriptorium.  Passion de Jean-Luc Godard : composition rigoureuse des plans et subtilité des voix-off, rien de tel pour m’éloigner des bassesses de la vie matérielle.  La Règle du Jeu de Jean Renoir : beau pédigrée, il a pris de la graine de son paternel.  Indiana Jones de Steven Spielberg : dès que je l’ai vu à sept ans avec sa chemise ouverte et son chapeau, j’ai su que je voulais devenir archéologue.  La Nuit au musée avec Ben Stiller, qui me permet de réviser tous mes TDO en une heure et demie et dans la bonne humeur. 12. Laquelle de ces couleurs préférezpréférez -vous ?

 bleu.  brun.  doré.  rouge.  vert.

LES PROFILS  fainéant astucieux votre profil Cheveux longs, tenue décontractée, démarche dégagée… vous n’arrivez pas à quitter votre look du lycée dont vous restez un brin nostalgique. votre caractère Moins vous en faites, mieux vous vous portez… alors quoi de mieux que des études d’histoire des arts à l’Ecole du Louvre : excellente carte de visite tout en se la coulant douce… c’est

bien connu, ces littéraires n’en foutent définitivement pas une rame ! Vous flânez entre la cafét’ (pause café), les escaliers devant l’école (pause clope) et le bureau du BDE (pause Facebook)… en vous approchant le moins possible de la bibliothèque et de l’amphi Rohan (atmosphères étouffantes ! ). vos ambitions Trouver un petit poste qui paie bien tout en ne comportant pas trop de responsabilités…. côté cœur Vous profitez des longues heures de cours pour mater tranquillement autour de vous (dommage que l’amphi soit si sombre ! ), ou pour lancer quelques blagues destinées à faire pouffer toute votre rangée… Restez comme vous êtes, vous laissez la place à ceux qui veulent travailler et réussir !  artiste frustré votre profil Pantalon large à l’entrejambe basse, haut déchiré, fleurs dans les cheveux, bijoux extravagants et tintinnabulants, cheveux colorés et hérissé… vous cultivez un look hippie décalé et déambulez dans les allées du Louvre une pochette à dessins sous le bras. votre caractère Après plusieurs tentatives du concours des Beaux-arts passées sans succès (le Prix de Rome et la villa Médicis, vous en aviez tellement rêvé !), vous étudiez tous les chefs-d’œuvre que vous ne ferez jamais. vos ambitions Vous continuez à gribouiller pendant les heures interminables de cours. Vous vous rassurez en vous disant que tous les grands artistes ont été incompris à leur époque ! côté cœur Toujours à la recherche du modèle parfait, vous en testez plusieurs pour pouvoir trouver celui qui vous convient le mieux.  bourgeois en quête d’un bon parti votre profil Cheveux gominés assortis au costume tout juste sorti du pressing, démarche altière avec port de tête haut et fier et talons claquant au vent… vous êtes un winner et vous le savez ! votre caractère Souriant et mielleux à l’égard de vos égaux, vous ne prenez même pas la peine de tourner la tête pour tous les autres. vos ambitions Le plus haut où papa pourra vous placer.


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40 côté cœur Si vous êtes un des rares représentants du sexe masculin, quoi de mieux que l’Ecole du Louvre pour trouver une brochette de filles bonnes à marier ?  intello passionné votre profil Vous êtes vêtu d’un ensemble élégant (noir de préférence, ça allonge la silhouette) rehaussé d’un petit accessoire fantaisie un tantinet excentrique (être « in » malgré tout…) et de lunettes indispensables. Vous portez une sacoche distordue par un lourd dossier en cours de rédaction, un livre critique que vous venez tout juste de commencer, le dernier numéro du Monde Diplomatique (rester au contact de la réalité est essentiel) et le dernier tome des Rougon-Macquart (pour le plaisir, il s’agit de savoir se détendre de temps en temps tout de même ! ) votre caractère Vous êtes incollable sur l’évolution stylistique de l’entretoise du mobilier Louis XIV et vous vous faites un plaisir à partager cette passion à quiconque a la (mal)chance d’y prêter une demi-oreille attentive. Vous arrivez à glisser avec tact et élégance dans vos conversations quotidiennes des mots aussi divers que hiératisme, apotropaïque, anacréontique, stéréotomie, picturalité ou thaumaturge… et trouvez des références à l’art du raku japonais, aux drapés en plis à becs du style Saint-Louis, aux théories du sublime romantique ou encore au collage dada dans les affiches publicitaires, les unes de Têtu (bien que les drapés y soient, j’en conviens, plutôt inexistants), les bibelot I love Paris et même le vieux service à thé de votre grand-mère. vos ambitions Devenir conservateur d’un département aux Arts Décoratifs, tenir une chaire à Paris I, donner des conférences à l’auditorium du musée du Louvre.

côté cœur Vous cherchez la personne susceptible de partager vos théories… tenez bon, vous trouverez peut-être un jour !  ratrat -dede-bibliothèque votre profil Vos lunettes à double foyer (déchiffrer de vieux papyrus empoussiérés abîme les yeux !) découvrent une calvitie précoce (une touffe de cheveux mécaniquement arrachée à chaque hésitation de transcription néo-sumérien -> haut sanskrit) et mettent en valeur le gros pull à col roulé porté hiver comme été (dans les bibliothèques, les courants d’air sont fréquents !). votre caractère Casanier, vous préférez arriver devant la bibliothèque avant l’ouverture pour être sûr de pouvoir vous placer à votre table habituelle. Vous sortez le moins souvent possible votre nez de derrière la pile de dictionnaires et d’encyclopédies… quitte à prévoir barres de céréales et eau sucrée pour éviter les crises d’hypoglycémie et grognements intempestifs de ventre à la mi-journée ! vos ambitions Vous n’en avez aucune : vous espérez juste ne jamais devoir affronter le monde extérieur, avec sa foule hurlante, ses machines électroniques et sa lumière éblouissante. côté cœur Vous brûlez d’une passion secrète pour votre collègue qui va et vient entre les rayons de la bibliothèque, en parlant amoureusement à ses livres… Un conseil : n’hésitez pas, c’est la perle rare ! Perrine Fuchs (avec l’aide de Valentine Gay pour les questions décapantes !) Illustrations: Camille Boisaubert

Louvr’boîte n°8 Décembre 2010 Directrice de publication : Margot Boutges Rédactrice en chef : Perrine Fuchs Rédacteurs : Diane Alliaume, Thaïs Arias, Thibaud Boulvain, Margot Boutges, Jean-Baptiste Corne, Vincent Didellot, Matthieu Fantoni, Perrine Fuchs, Eloïse Galliard, Tim Le Berre, Laure-Amélie Le Stang, Sébastien Passot, Sophie Paulet, Lena-Maria Perfettini Annabelle Pegeon, PhilippeAlexandre Pierre, Polychrome, Anaïs Raynaud, Alexandra Rio, Pauline Robat Illustrateurs : Thaïs Arias, Camille Boisaubert, Aurélie Deladeuille, Matthieu Fantoni, Valentine Gay, Manon Paya, Silvère Tricaud Maquettiste : Sébastien Passot Edition: BDE de l’école du Louvre— Porte Jau jard, Place du Carrousel. 75038 Paris cedex 01 Impression: Reprographie de l’Ecole du Louvre Dépôt Légal 01/2009— ISSN 1969-9611— 50 cts

Louvr'Boîte 8, décembre 2010  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro huitième daté de décembre 2010.