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l’édito Louvre-boîte, késako?

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ne bande de gentils rêveurs s’est dit qu’une feuille de chou dans cette école ne serait pas une mauvaise idée. Aussitôt dit et presque aussitôt fait, voilà le grand retour de la presse à l’EDL. Un journal, mais pourquoi faire ?

Contrairement à Lactel, un journal n’est pas essentiel. Mais comme internet, un roman de Stieg Larsson, du nutella ou une bonne série télé, la vie est plus sympa avec. Louvre-Boîte a pour but de parler de l’école, de ce qui s’y passe, de ceux qui y vivent et tout ce qui peut intéresser et fédérer les squatteurs de l’aile de Flore. On ne va pas vous le cacher, ce journal c’est quand même un peu le votre. Après la lecture de ce premier numéro, on vous encourage fermement à nous écrire ou à nous traquer dans les couloirs afin ne nous insulter, lapider mais pourquoi pas aussi nous soumettre des idées d’articles, des propositions de rubriques, vos témoignages et anecdotes, vos impressions et améliorations. On vous encourage même à participer ! Ne soyez pas timides et prenez la plume pour nous parler de ce que vous aimez, de ce qui vous est arrivé et de ce que vous aimeriez qu’il vous arrive. Louvre-Boîte est le journal des élèves, vous en êtes les auteurs. Pour tout ça plusieurs moyens : trouver un membre et le coincer dans un endroit sombre, passer au BDE ou nous envoyer un mail à journaledl@gmail.com . Ça ne coûte rien et comme ça on a l’impression d’avoir des amis. La deuxième question que tout le monde se pose c’est « pourquoi faire payer trois feuilles et deux agrafes ». La

réponse est simple. Parce que nous sommes foncièrement vénaux, que notre modèle dans la vie c’est Picsou et qu’on ne bosse pas pour rien. Plus sérieusement, parce qu’on ne sort pas le papier de notre choixpeau, qu’il y a tout de même quelque coût mais surtout parce qu’un journal gratuit même si l’idée nous plaît beaucoup, a beaucoup plus de chances de finir en serpillère ou en tapis de sol et l’on trouve ça un peu dommage. Bien sûr, nous avions tout d’abord prévu de financer nos vacances à Cancun mais le sens moral de certains membres de l’équipe (rassurez-vous pas tous) nous en a dissuadé. En achetant le journal, vous financez donc le bureau des élèves, ses projets et ses activités. Et oui Louvre-Boîte est un produit labellisé BDE ! C’est lui qui soutient le projet, le défend et le finance, c’est lui qui a eu la patience et le courage de croire en cette équipe. Acheter cette feuille de chou n’est donc pas seulement un acte de soutien à ses pauvres rédacteurs, c’est un geste de solidarité et d’amour et ça c’est beau. Pour un prix bien inférieur à celui d’un excellent sandwich au thon du distributeur, vous pouvez donc faire une bonne action et faire grandir votre karma, c’est rentable. N’oubliez pas de faire passer le mot, de contraindre vos amis s’il le faut, de taxer tata Josette pour qu’elle aussi ai son exemplaire. Un pour tous et tous pour Louvre-Boîte ! L’équipage et moi-même vous souhaitons une agréable lecture et espérons vous revoir bientôt sur notre ligne. L’équipe de Louvre-boîte

« Nous faisons le serment de vous informer et de vous divertir »


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l’actu du Louvre Petit avant-goût de la programmation de l’Auditorium du Louvre, histoire d’occuper vos journées d’entre-révisions….

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ous croyons, Ô grands Edliens, tout savoir à propos du Louvre. Ce n’est pas totalement faux, dans la mesure on nous passons des heures entières à écouter religieusement nos chargés de TDO. Mais le Louvre regorge d’endroits méconnus. Ma mission consiste, en une page (et oui, les rédac chefs sont de vrais rapiats..), de vous mettre l’eau à la bouche et de vous poussez à aller voir autre chose que les magnifiques chefsd'œuvre entourés de magnifiques touristes du musée. Pour cela, c’est bien simple, il suffit de se renseigner sur la programmation de l’auditorium du musée. Vu que je suis quelqu’un de super méga génial, je vais vous donner quelques infos super exclusives (d’accord là je m’emballe…). Le 13 Novembre a commencé l’expo sur un peintre et architecte danois de la fin du XVIIIe siècle : Nicolai Abraham Abildgaard. Trois conférences d’histoire de l’art seront donné par diverses intervenants internationaux autour de l’artiste et de son époque du 12 au 26 janvier, à 18h30.

(puis je suis un peu feignante aussi…)! Profitez de vos TDO pour faire un détour par l’auditorium et demander le programme complet ou allez voir sur le site du Louvre où tout est très bien expliqué. Et puis pour ceux qui ont poussé le vice jusqu'à s’abonner au journal du Louvre Grande Galerie (Louvre un jour, Louvre toujours…), tout est à la fin du dernier numéro. J’espère que je vous aurais convaincu de sortir un peu des salles du musée pour découvrir un Louvre un peu différent, plus éclectique et plus ouvert aussi. Bonnes soirées à venir et n’hésitez pas à nous faire parvenir vous coups de cœur (et vos déceptions aussi…) via l’adresse mail que vous trouverez dans l’édito ! Annabelle Pegeon

Pour les inconditionnels d’Ingres et de Delacroix, ils seront sûrement au courant qu’une exposition leur est consacrée au musée Eugène Delacroix depuis le 28 novembre. En lien avec celle-ci, le 24 janvier aura lieu une journéecolloque de 9H30 à 18h sur la découverte de la photographie par les artistes et les critiques de cette époque (programme spécial, pour les spé XIXe et photo…). Et parce que je suis ne suis pas sectaire, petit plus pour les spé contemporain : le vendredi 27 mars, à 20h, une rencontre est organisée avec l’artiste Yan Pei-Ming, peintre qui était promis à une carrière dans l’esthétique officielle du régime maoïste avant son exil en France et dont l’œuvre reste imprégnée des codes totalitaires tout en cherchant à s’en dérober. Mais l’auditorium organise aussi des récitals de grands classiques, gratuit pour les moins de 26 ans puisqu’organisés dans le cadre des nocturnes du vendredi. Cela vous permettra de vous détendre après une semaine bien chargée en révisions, recherches de clichés… puisque vous êtes des edliens modèles. Les quatre concerts de cette éditions sont entièrement consacrés au piano : Debussy, Chopin, Liszt/Verdi, Beethoven. Ces concerts ont lieu une fois par mois, le vendredi à 20h, à partir de janvier jusqu’en avril. D’autres concerts sont organisés le jeudi, le mercredi, mais en une page impossible de vous faire une liste détaillée

Ils ont dit : « Je ne reçois pas de royalties de la part de la marque de la pomme, mais vraiment, Apple c’est mieux. » Liliana Nicolajsen, fait bien son Jobs. « L'homme de Neandertal : Moins de pensée conceptuelle, mais très musclé. Rambo quoi. » Daniel Perrier (Antiquités nationales), haltérocinéphile. « Mais l'art grec, vous savez, c'est kitchissime » Violaine Jeammet (techniques de l'argile dans l'antiquité), finit par avouer.


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l’actu du BDE Le Club jeux Un club de jeux à l’Ecole du Louvre? Pour ceux à qui l’information aurait échappé, le club est en activité depuis novembre. Un de nos auteurs est allé y faire une petite visite… Sans peur et presque pas sans reproches je me suis aventurée dans le monde secret et mystérieux du club jeux de l'EDL. Après avoir passé les formalités de présentation et les problèmes de choix du jeu, l’épreuve du feu commence. Pour moi elle s’appelle Créatures et Cultures et je sens que ça va être dur. On explique les règles, je commence à ne rien comprendre mais je vais faire comme mon voisin. Certains maîtrisent, les autres s’inquiètent, mon voisin galère. On doit gagner des points poulpiques mais après une journée à Rohan et à essuyer les parquets des musées, poulper devient difficile. Peut être trop pour mon intellect, on passe à autre chose C'est le tour du Burger Quiz, valeur sûre, ici pas de soucis, Ketchup/Mayo tout le monde connaît. Après avoir échoué à dessiner la plus belle armoire, notre équipe passe la main et attends sagement. Enfin aussi sages qu'on puisse l'être face à « Vaselina est le titre vénézuelien d'un film de John Travolta, lequel ? ». Sérieusement. Grâce à notre culture infinie et à notre sens logique notre équipe se retrouve en tête. La lutte est dure, féroce, impitoyable et sans merci mais notre équipe est au poil. Notre connaissance des boutons de sourcil, de Julien Courbet, des présidents US nous mène jusqu'au Burger de la mort, celui que tout le monde convoite. A ce stade ma mémoire de poisson rouge et moi même abandonnons la partie, laissons aux professionnels le vrai boulot. Pour ma part mission accomplie. L'ambiance est aussi fun que je le prévoyais, les étranges participants accueillant comme il faut et même en ne comprenant pas grand chose aux jeux on passe un bon moment. A vous d'essayer !

Interview express : Laurent, président du club Comment est né le club de jeux ? Sur le forum des étudiants de l'Ecole du Louvre j'ai rencontré des personnes passionnées par les jeux et on a lancé l'idée d'un club. On a monté le projet avec l'aide appréciable du BDE qui nous a soutenu devant l'administration, qui nous a donné les moyens de monter le club. Concrètement comment ça marche ? Il suffit de venir, on essaie de trouver un jeu qui plaise à tous, de découvrir, d'apprendre. L'idée c'est de donner envie de jouer même en dehors du club. On voudrait faire plusieurs tables avec des jeux découvertes, des classiques et des curiosités. Ensuite il suffit d'adhérer, selon diverses formules et de revenir. Pour le moment nous sommes une quinzaine de membres. Le club de jeux dans l'avenir ? Organiser des jeux grandeur nature, des parcours dans des musées, des courses d'orientation dans Paris, des rencontres avec d'autres écoles comme les écoles d'ingénieurs qui ont des clubs, organiser des soirées jeux ouvertes à tous afin d'ouvrir au plus grand nombre. Si certains sont intéressés, on voudrait aussi essayer de se présenter au Question pour un Champion Grandes Ecoles. Et bien sûr, augmenter le nombre de nos adhérents et faire découvrir le club à tous.

contact : clubjeux-edl@hotmail.fr

PRATIQUE Questions, remarques, suggestions, le BDE vous accueille du lundi au vendredi de 10h à 16h à son bureau dans l'aile de Flore (à côté de la salle Cécile Guettard). Toute notre actualité est à découvrir sur notre blog : bde-edl.blogspot.com . Vous pouvez aussi nous contacter par mail : bde-edl@hotmail.fr !

EN BREF - EN BREF - EN BREF - EN BREF Deb'art le café-philo Rejoignez-nous pour discuter et débattre d’art, de cinéma, de photo, des critiques, et des questions importantes de l'art d'hier et d'aujourd'hui. contact : debart.edl@gmail.com Soirées rock Fan d'Elvis, de Dick et de Didier l'Embrouille ? Venez enflammer la piste tous les mardis de 20h à 23h à Télécom Paris 23 rue Vergniaud dans le 13ème. 3 Euros par personne, 40 euros à l'année. Gratuit pour les filles avant 20h15 ! Théâtre / chorale Le club théâtre se réunit les lundi et jeudi soir à la maison des initiatives étudiantes rue des Tournelles et la chorale casse la baraque tous les jeudis à l'heure du déjeuner dans l'école. Venez donner de la voix (surtout si masculine !)


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le dossier « Petit historique de la critique à l’attention des critiques historiques » Etre à l'Ecole du Louvre, c'est bien beau. Mais qui sommes nous et que faisons nous exactement ? Quels points forts et quelles limites pour notre approche de l'art ? Rien de mieux pour nous situer que d'aller voir ce qui se fait ailleurs ou ce qui s'est fait à d'autres époques. Brève évocation de la critique d'art et de son histoire...

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Imbéciles, vous n’aimez que ce que vous avez déjà vu ou entendu » .Le mépris provocateur de Picabia écarte la possibilité d’un jugement strictement personnel sur l’art : l’approche d’une œuvre est nécessairement normalisée. Quelle(s) règle(s) commandent donc plus ou moins subrepticement au jugement esthétique ? Un tour d’horizon de la critique, entendue comme mécanisme de jugement devant les œuvres, s’impose. En effet de l’enthousiasme diderotesque à la suspicion freudienne, du dogmatisme versaillais à la férocité baudelairienne, la critique d’art s’affirme d’abord au pluriel. Si un jugement canonique ou subjectif sans scrupule a longtemps prévalu, les perspectives se multiplient aujourd’hui et s’interrogent sur leurs légitimités réciproques.

C’est au critère de ressemblance que se réfèrent la plupart des écrivains de l’Antiquité, pères de la critique d’art. L’œuvre figurée doit ressembler au modèle qui l’a inspirée, et le trompe l’œil est donné pour règle suprême. Platon qui condamne l’imitation scrupuleuse des apparences comme marque d’infériorité du peintre par rapport aux philosophes en quête de vérité, ne théorise pas moins cette ambition réaliste. Elle est ensuite valorisée au point de dire de l’Enfant aux raisins de Zeuxis que les oiseaux en faisaient la critique : attirés par des raisins très ressemblants, ils n’auraient cependant pas osé s’approcher si l’enfant l’eut été autant ! Ce courant réaliste et son appréciation traverse toutes les époques. La persistance d’une culture antique au sein du christianisme et la faveur rendue à un dieu fait homme sur un créateur céleste atténuent la rupture supposée du Moyen Age. Villani y encense encore Giotto pour la vie de ses personnages et Stefano pour son exactitude anatomique de sorte que la période s’achève sur une renaissance du naturalisme. Les progrès de la science et de la technique à l’âge classique servent mieux cet appétit de vérité et Leo Battista Alberti comme Boileau louent la nature car elle seule révèle les plus beaux modèles et les meilleures proportions. Enfin, le XIXème voit s’affirmer fermement le réalisme comme doctrine d’art exclusive que l’on veut sérieux, brutal, sincère. « Vous voulez que je peigne des anges ? », se ironisait Courbet, « montrez-moi z’en ! ». En conséquence, de Lucien à Théophile Gautier, la description des œuvres a été de rigueur dans tout essai critique et ce d’autant plus que les reproductions graphiques étaient rares jusqu’au siècle dernier. Ainsi Diderot décrit avec enthousiasme ou s’indigne au nom de la vérité. Il va jusqu’à se faire tendre et compatissant auprès de la Jeune fille qui pleure son oiseau

mort : « est ce bien la mort de cet oiseau qui vous retire si fortement et si tristement en vous-même ?... Vous baissez les yeux ; vous ne me répondez pas. Vos pleurs sont prêts à couler. Je ne suis pas père, je ne suis ni indiscret ni sévère… Eh bien, je le conçois, il vous aimait… » Cette critique descriptive prend fin avec la révolution à l’origine de l’art contemporain ruine l’esthétique réaliste et met fin à sept cents ans de fictions vraisemblables. Elle a surtout été le fait d’écrivains, de philosophes, c'est-à-dire d’amateurs et non d’artistes. En tant que créateurs, ceux-ci cherchent à définir eux-mêmes les règles de l’art et à les ériger en canons. L’unité, l’ordre, la perception sont de mise dans l’Antiquité. Que la beauté ait un caractère mathématique est un lieu commun d’atelier : depuis le milieu du Vème siècle, le Doryphore de Polyclète avait été élevé en modèle dont on considérait les proportions comme parfaites. Elle est aussi le fruit d’une idéalisation : Zeuxis peint son Hélène au bain en s’inspirant des beautés diverses des plus jolies Crotoniates. Cette esthétique hellénistique de vraisemblance et de beauté est reprise par les académies qui se développent à partir du XVème siècle en Italie puis en France. Les dogmes classiques sont rigoureusement formulés dont le principal, impérieusement affirmé par Le Doryphore de Polyclète, copie ro- Le Brun, est la primauté du dessin sur la maine d’un original couleur, pour une meilleure appréhension des proportions. La critique ne peut grec. Naples être de fait que scolaire : on discute des mérites et des défauts des œuvres lors des conférences mensuelles à l’Académie, les jugements sont enregistrés sur ordre de Colbert afin de devenir des préceptes positifs à l’usage des artistes, de même qu’il y a des règlements à l’usage des drapiers. Cependant, l’ambition universaliste de cette critique canonique est déçue dès le XVIIIème siècle. De Piles qui prétend décider d’après son sentiment personnel, ouvre le règne de l’amateur basé sur la relativité du goût. Kant fait du beau l’objet d’un jugement absolu dont tout homme est capable, et rend inutile tout dogmatisme stylistique. L’esprit critique évolue : la production littéraire et artistiques sont désormais vues comme l’expression d’une civilisation.


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le dossier Bien qu’opposées, les critiques descriptives et canoniques jugent en fonction de ce que devrait être l’art en lui -même, en vertu de règles esthétiques supérieures, qu’il s’agisse de la ressemblance ou de la beauté idéalisée. Au contraire, la critique idéologique et subjective jugent en fonction d’un enjeu ou d’un goût extérieurs à l’œuvre. On ne cherche plus à faire coïncider l’art avec un modèle suprême mais à ce qu’il serve un intérêt donné ou s’accorde à des attentes personnelles. Dans l’art « engagé », au service du dogme, de la morale ou d’une doctrine politico sociale, les œuvres sont des moyens d’actions jugées à l’aune de leur puissance de persuasion sur le spectateur. Presque toutes les religions ont ainsi une figuration au service de leur mythologie. Le christianisme, dont les ouvrages sont les plus nombreux, développe très tôt une iconographie qui nécessite la mise en place de répertoires. Le célèbre Speculus Majus – grand miroir – rédigé au XIIIème siècle par Vincent de Beauvais, moine à l’Abbaye de Royaumont, explique l’iconographie médiévale comme miroir de la nature, de la science, de la morale et de l’histoire. Rendant compte du sens littéral des œuvres, cette somme ne dit en revanche rien de leur valeur, alors qu’un même thème peut donner lieu à des œuvres inégales. L’autonomie acquise par l’art aujourd’hui limite également cette approche. Elle nous fait apparaître rétrospectivement cette confiance en son rôle didactique comme une erreur : un appel du divin, s’il en est, se recherche désormais dans l’imagination créatrice de l’artiste.

XVème siècle un culte du Prince dont le mécénat est la contrepartie. Les artistes de cour créent autour du prince des décors prestigieux tels que palais et jardins et fixent ses traits pour la postérité. En France, en face d’un art officiel qui se développe de François Ier à la Révolution, apparaît au XIXème siècle un art d’opposition où comptent la gravure, facile d’exécution et de diffusion, et le réalisme. Tourner en ridicule les politiciens comme le fait Daumier dans ses caricatures, ou montrer les plaies sociales pour œuvrer au perfectionnement de la société, comme l’exige Proudhon en sont ainsi deux aspects. Quoique concevable, une sélection partisane des œuvres en fonction de leur accent social ou de leur puissance révolutionnaire ne préjuge pas de leur valeur. Les casseurs de pierre de Courbet, expression du travail, peuvent appartenir au « genre le seul élevé aujourd’hui et le seul admissible », leur rayonnement reste lié à une valeur esthétique qui exige la prise en compte d’autres critères. La critique subjective qui peut désigner les écrits d’artistes sur leur art et les impressions d’amateurs lettrés procède d’un critère personnel. Diverse par définition, elle trouve une unité dans la sincérité et l’assurance des points de vues. Les auteurs grecs, depuis Homère décrivant le bouclier d’Achille aux Epigrammes de l’Anthologie, restent attachés à la vérité réaliste des œuvres. Les critères sont plus variés chez des artistes de transition comme Léonard de Vinci à la Renaissance. Par le goût de l’observation et du détail, il est héritier du XV ème siècle. Par la beauté des visages et des attitudes, l’accord harmonieux de tous les éléments et le sacrifice de la couleur aux subtilités du modelé et de la peinture, il est classique. Par son attention à la grâce, il prépare le maniérisme, par son goût du mouvement, il est déjà baroque.

L’âge d’or de la critique moralisante ne dure ellemême qu’un siècle et demi. Elle appartient moins au seul Platon et aux chrétiens, qu’au XVIIIème. Quand il affirme dans une préface « Rendre la vertu aimable, le vice odieux, le ridicule saillant ; voilà le projet de tout honnête Cette diversité de sensibilités n’est cependant justihomme qui prend la plume, le pinceau ou le ciseau », Diderot suit la mode de son siècle où la critique d’art, unie fiée et revendiquée qu’à partir du XVIIIème siècle, avec la aux considérations morales et aux narrations, incite plus naissance de la critique polémique. Le coeur juge les oeud’un peintre à penser ses œuvres en littévres par un sentiment immédiat et décisif, la rateurs et en moraliste. Du Mauvais Fils raison et le consentement qui justifient après Puni il écrit : « Il a fait la campagne. Il coup son jugement, ne sauraient le précéder. revient, et dans quel moment ? Au moChacun a donc droit de faire connaître ses ment où le père vient d’expirer […] C’est réflexions. Saint Yenne, à l’origine de cette sa mère qui le reçoit. Elle se tait, mais ses critique qui permet de blâmer les défauts, bras tendus vers le cadavre lui disent assimile les tableaux à une pièce de théâtre « Tiens, voilà, regarde ; voilà l’état où tu « chacun a le droit de porter son jugement » l’as mis ! » Le fils ingrat paraît consteret les artistes tireront profit de « la critique né ; la tête lui tombe en devant, et il se d’un spectateur désintéressé et éclairé qui… frappe le front avec le poing. Quelle leçon juge par un goût naturel et sans une attenpour les mères et les enfants. Cela est tion servile aux règles ». Il se permet des beau, très beau, sublime. » tandis que réserves sur Boucher, critique les sujets de Baudelaire n’aura ensuite de cesse de fusChardin et la touche de De La Tour. Mais tiger de tels « singes du sentiments » en tout en préférant les grands sujets, il juge de mauvais artistes. Portrait de Baudelaire par Carjat tout selon « le naturel », c’est pourquoi il vante Parrocel et Vernet. Dans cette veine, DelaEnfin, des pharaons aux dynasties hellénistiques, les croix va constituer un cas à part : il accepte dogme perfecpouvoirs politiques ont largement utilisé l’art comme tion grecque mais affirme que beau n’est pas circonscrit moyen de prestige. En occident, l’Italie commence au dans une école. Il aime la violence et le pittoresque du


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le dossier Moyen Age mais non son art, qu’il juge mesquin et puéril. En revanche, il rend hommage à facilité de Raphaël, à Michel ange créateur de nus tourmentés, à Véronèse magicien de la couleur. Il est sensible à la grandeur sobre de Poussin mais aussi à la prodigieuse vie des créations de Rubens. Epris du « grand et du terrible », il condamne Ingres, affecté, rétrograde par son dessin figé et surtout Courbet. L’oeuvre doit être méditée, affirmer un contraste essentiel. Elle nécessite des études partielles, mais dans l’exécution, il faut se garder du modèle qui « déroute l’esprit » par des détails inutiles. Au contour ingresque, Delacroix oppose le trait, qui exprime émotion personnelle, même au prix d’une déformation. Si le graphisme oppose, la couleur unit. « que tous les tons en général soient outrés ». Depuis le milieu du XIXème jusqu’au milieu du XX tous les grands mouvements artistiques ont eu leur expression littéraire. Manet trouve son défenseur en Zola pour qui une œuvre d’art est une « personnalité ». En art moderne Gauguin qui se méfiait des littérateurs a commenté son œuvre, dans ses lettres ; les principaux textes sur le cubisme émanent d’artistes comme Picasso ou Braque ; l’art abstrait a ses théoriciens avec Kandinsky, Mondrian et Paul Klee. ème

L’histoire de l’art est un produit tardif. Elle suppose qu’une évolution déjà longue présente à la réflexion une succession de styles, créations d’artistes diversement inspirés. Aussi commence t elle par la biographie. Si elle relève dans l’antiquité de l’historiette pittoresque, les Vies des plus excellents architectes, peintres et sculpteurs, de Cimabue à nos jours publiées en 1550 par Vasari est une oeuvre qui s’impose par son ampleur, sa documentation et son agrément. Elle rend hommage aux peintres florentins et aux peintres de l’Italie du Nord, mais reste orientée vers la grâce et la virtuosité, idéal maniériste. Cette position esthétique est inhérente à toute critique car le critique doit se placer au point de vue l’artiste, souligner l’originalité de l’œuvre, la juger, avant de la situer dans l’histoire et se confondre avec l’histoire de l’art. De la biographie qui cherche à éclairer l’œuvre d’un artiste, en expliquer expression plastique par sens ou sentiments profonds, à Page de titre de l’ouvrage de Wincl’étude du milieu culturel kelmann et social, il n’y a qu’un pas.

L’histoire de l’art, définie par le rapport entre l’art et les sociétés est une discipline relativement récente. Son premier but a été de retracer les progrès d’une technique, elle va au-delà du style et de l’individu. Winckelmann (1717-176 ), érudit passionné considéré comme son fondateur, la pense en cycles. Dans son Histoire de l’art chez les Anciens, il distingue quatre période de l’art grec : la préparation avant Phidias, l’apogée classique avec Phidias ( art sublime ), la grâce ( le beau ) au IVème siècle, l’imitation qui stérilise l’art à l’époque hellénistique. Il saisit également évolution similaire de la peinture moderne : préclassicisme, classicisme, art de la grâce, académisme éclectique. Après lui, tous les historiens se sont appliqués à distinguer les grandes phases de l’art d’après les styles représentatifs. Cette évolution des formes est théorisée : l’âge archaïque est expérimental, l’âge classique est celui de l’harmonie, de la réussite exceptionnelle que l’on ne peut prolonger, l’âge académique en est le « reflet sans vie » où l’imitation se substitue à la création vivante, et l’âge baroque est celui de la libération des formes qui prolifèrent. Il faut attendre Hegel pour penser l’art, non plus en auxiliaire de la religion ou en simple élément décoratif, mais comme expression originelle de la pensée. L’œuvre est un signe de l’homme, l’histoire de l’art une histoire de l’esprit passant par un stade symbolique, classique et romantique. De fait, le concept classique de beauté est récusé avec l’idée de styles canoniques et de styles réprouvés et la possibilité d’un jugement de valeur écartée. Parallèlement à cet enseignement, la réhabilitation du Moyen Age, puis celle du baroque et enfin des arts barbares et primitifs contribuent à définir le style comme un parti pris esthétique. Il ne résulte ni d’une matière, ni d’une technique, mais d’une inspiration plus profonde qui tient à la mentalité d’un peuple. Dès lors, l’histoire de l’art a pour principal dessein de caractériser des styles, elle prend conscience plus qu’elle n’explique. Ses difficultés sont doubles. Elles résident d’une part dans l’évolution interne de l’art : un style suscite par opposition un style différent qui le contredit mais il est des cas où un style se prolonge en partie dans le style qui lui succède. D’autre part, définir la création comme matérialisation d’une vision du monde conduit à isoler la perception de l’habitude et l’artiste de son milieu. En réponse s’est développée une tendance qui rapproche l’histoire de l’art des autres faits civilisation comme la littérature, les croyances, les structures politiques et sociales. Pour Taine, la société détermine un sentiment majeur dont l’art est l’expression : ainsi la cité grecque, toujours menacée, a pour idéal le soldat athlétique, thème principal de la statuaire, même s’il s’agit de figurer des dieux. En réaction contre la critique historique, des critiques cherchent à atteindre la réalité formelle de l’œuvre. Née en pays de langue allemande, le formalisme qui est l’étude de la forme sans y mêler le sentiment, a connu un


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le dossier grand succès pendant la première moitié du siècle. Zimmermann élabore la notion de spécificité des arts en différenciant les arts tactiles ( sculptures ), des arts visuels ( peinture ) et de la pensée ( poésie ), et le concept de Einfühlung qui est l’ affinité entre les formes et les sentiments, l’œuvre et le moi. L’étude des formes révèle personnalité de l’artiste. Worringer justifie ainsi l’art abstrait : l’homme classique qui a confiance en soi et maîtrise nature exprime par un idéal de beauté une divinité qui ne lui inspire plus de terreur. Mais le primitif, terrorisé par les manifestations d’une divinité incompréhensible, a peur de la vie : « la ligne le tranquillise et le satisfait », c'est-à-dire qu’il tente de fixer les formes. Notre mentalité s’éloigne du sentiment classique d’affinités avec l’univers : « la poussée vers l’abstraction est la conséquence d’une grande inquiétude intérieure chez l’homme ». Conséquence du formalisme : toute forme d’art se justifie quand elle est nécessaire pour représenter quelque chose qui n’est pas représentable autrement. Il n’y a pas de progrès de l’art ou d’histoire de l’art possible, tout au plus une histoire des artistes. C’est pourquoi dans son Musée Imaginaire qui rassemble les œuvres en fonction de leur aptitude à exprimer l’éternel, Malraux retient peu de classiques, au profit de créations africaines, précolombiennes et océaniennes.

rétrospective de l’historien d’art et le jugement immédiat du critique d’art. L’historien doit rendre compte des éclairages différents qui ont permis l’approche de l’œuvre : le climat de création et les appréciations postérieures. Et si l’historien le plus impartial ne cesse de choisir, ne serait ce que par le choix des œuvres et l’importance des développements, à plus forte raison est ce le cas du critique d’art, dont les amateurs et le public attendent un verdict net et rapide. La fonction du critique est de critiquer, c'est-à-dire de s’engager pour ou contre et de se situer en situant. La diversité des jugements est le fait d’une société divisée, où, suivant le groupe, les critères sont différents. Cette diversité éveille un doute sur le bien fondé des valeurs en cause et sur leur avenir. Pour André Malraux l’art de notre temps « devient une interrogation du monde ». Au lieu d’affirmer, il « suggère de plus en plus la mise en question d’un monde qui n’est pas le sien », d’un monde de plus en plus inhumain. Mais peut il exister une culture limitée à l’interrogation ? Phirum Gaillard

Le développement de recherches nouvelles telles que la psychanalyse, les enquêtes marxistes, le structuralisme a incité quelques critiques et historiens de l’art à tenter d’ouvrir de nouveaux accès vers les œuvres. Ainsi, pour Freud, l’art est remède à une névrose, il faut élucider les fantasmes de l’artiste par les états affectifs situés dans son enfance. Cette approche marche cependant à titre de présomption et suppose la connaissance non seulement des œuvres, mais aussi des documents directs concernant l’auteur. La psychanalyse peut aussi permettre une lecture d’ensemble de l’œuvre. Dominique Fernandez explique le regard « fixe, vide et absent » des madones de Michel Ange et le manque de tendresse de sa Sainte Famille par la mort prématurée de la mère de l’artiste. Il ne s’agit dans l’ensemble que de tentatives, poursuivies avec des résultats inégaux. Au jugement canonique ou subjectif sans scrupule qui a longtemps prévalu s’opposent donc les interrogations de la critique contemporaine. Les historiens de l’art éprouvent la nécessité d’avouer leurs intentions, de préciser nature et valeur de leurs critères. « Une critique de la critique, voilà précisément de quoi on aurait besoin ». On ne tente plus de dissimuler dans les « sciences humaines » le rôle prépondérant de l’observateur. La difficulté est qu’il n’y a pas qu’une seule mentalité d’époque : chacun des groupes sociaux ou mentaux a la sienne. On ne peut donc plus présenter un verdict sans justifier la méthode ou le système dont on se réclame. Ici apparaît la différence profonde entre la critique

Ils ont dit : « Kikoo, Augustounet, c Mars. OK pr 2main. Kiss. Lol. » Liliana Nicolajsen (Archéologie romaine), mdr. « Bien sûr que l’homme préhistorique avait des vêtements. Essayez un peu de courir tout nu dans la toundra glacière. Ou plutôt, non, n’essayez pas. » Daniel Perrier (Antiquités nationales), chauffeur de salle. « De mon vivant (…) Oh ! Mais que dis-je ? Je ne suis pas encore mort ! » Michel Laclotte (peinture étrangère), rappelé à la vie.


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l’interview Agnès tombe le kaunakès ! Louvre-boîte est allé poser quelques questions à Agnès Benoit, conservatrice en chef au département des antiquités orientales du musée du Louvre mais surtout enseignante emblématique de première année avec son cours d’archéologie orientale.

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omment êtes-vous devenue conservateur ? J’ai fait des études de philosophie et de lettres. J’ai commencé à travailler dès l’âge de 21 ans dans la formation permanente, avec tous les corps de métier. Je faisais de la formation écrite et orale avec des gens à la limite de l’analphabétisme mais aussi des cadres. Cela m’a fait côtoyer la société française dans tous ses aspects hiérarchiques. J’ai commencé à emmener des cadres dans des musées et à leur faire des commentaires d’œuvres sans avoir de formation particulière. Peu à peu a germé dans mon esprit l’idée de travailler dans un musée. Je me suis jetée dans le concours en ayant cette activité professionnelle en parallèle. J’ai choisi l’archéologie parce qu’elle était proche de mes intérêts pour la philosophie. J’ai préparé le concours en antiquités nationales. Je suis allée dans les 40 villes de province où il y a des grands musées, j'ai tout dessiné et j'ai fait une fiche quasiment pour chaque objet important. La première année j’ai été admissible. La 2eme année j’avais fait l’impasse sur une question qui est tombée : « La politique culturelle sous la Révolution Française ». Je me suis présentée une 3ème fois et j’ai été reçue. […] [NdlR Etant donné qu’il n’y avait plus de poste en AN, A.B. a choisi l’Orient pour la proximité avec les AN, au moins au Néolithique.] J'ai énormément travaillé, pendant 10 ans ; je me suis en partie auto formée. Mais j'ai eu la chance d’avoir pour « maître » Pierre Amiet, mon premier patron, que je vois toujours. Je conserve pour cette personne de l’admiration, beaucoup d’estime et une grande affection. En quoi consiste votre travail de conservateur ? Pour moi le métier de conservateur dans sa version française est très riche. Nous sommes responsables des collections à trois niveaux : intellectuel, culturel et matériel. Notre avantage c'est que nous travaillons directement avec les objets. Être responsable des collections fait que l’on peut avoir cette approche iconographique, cette sensibilité matérielle et s'occuper aussi des campagnes de restauration. Tout pour moi est toujours en interconnexion. Le fait de donner le cours sur les débuts de la métallurgie a suscité en moi un vif intérêt pour le domaine et m’a amenée à faire partie d’un groupe de travail international sur la naissance de la métallurgie. Sans arrêt, un secteur réagit sur l'autre. Monter une exposition apporte des pistes pour de nouvelles recherches, les cours donnent envie de préciser

des connaissances, etc. L’approche est dans une dynamique permanente. Enfin, je gère également les prêts pour les expositions temporaires du département. A quoi ressemble la journée type d'Agnès Benoit ? La journée type . . . elle n’existe pas. Je me fais une liste différente tous les jours. Aujourd’hui, il faut que j'écluse un peu tout ça… [référence au bureau, NdlR]. Par contre, quand j'écris, il faut que j'ai 3 ou 4 jours d'affilés, tranquille, où je ne suis pas du tout dérangée, pour pouvoir mener une réflexion continue. Sinon rien ne sort. Actuellement, j’ai beaucoup de projets d'écriture. Je veux faire un album sur les princesses de Bactriane et le catalogue des antiquités trans-élamites. J'ai un article pour la revue du Louvre et je dois faire un hommage à Sarianidi, le découvreur de la civilisation de l'Oxus. Voilà pour l’immédiat. Concernant l’enseignement à l’EdL ? [NdlR enseignante HGA et cours des auditeurs depuis 14 ans. CO depuis moins longtemps.] Je voulais faire de l’enseignement car je pense que c’est une partie intégrante de mon métier. Dans mon enseignement actuel, il n’y a pas un cours que je n’ai pas revu en reprenant toutes mes notes avant de rentrer dans l’amphi. Il faut bien avoir à l’esprit les mots et la logique de ce que l’on va dire. L'HGA vous oblige à être très structuré et à avoir une vision de plus en plus synthétique et épurée. J’aime comparer cette vision de l’enseignement au travail de Matisse à la fin de sa vie. Ses derniers dessins sont composés d’une ligne pure, parfaite : il a mis toute une vie à l’atteindre. L'approche est, ici encore, sans arrêt dynamique. C'est pour cela que souvent je fais des rapprochements d’une œuvre à une autre. Je vous dis « rappelez vous je vous ai dit ça, je vous ai montré un objet semblable... » .


11 Vous étiez déjà à l’EdL lorsque l’on vous a proposé d’écrire le manuel ? Le manuel a été commandé avant même que j'ai la chaire d'HGA. Je ne savais pas que j'en prenais pour 6 ans. Avec la rédaction du manuel j’ai mis en application mon goût pour les images. Aussi, en faisant les salles, je me suis sentie attirée par un monde sur lequel M. Amiet a beaucoup écrit, qui était l'âge des échanges inter-iraniens, c'est à dire ce monde qui est un peu en dehors de l'Histoire. [NdlR A.B. a réalisé les salles 7, 8, 9 et 11 du département des antiquités iraniennes et a repris la salle 10 du même département.] Avez vous l'impression d'être un professeur emblématique de l'école ? Je ne suis pas préoccupée par l’image que je véhicule, ni par l’effet que je peux produire. J’ai surtout une idée de l’objectif à atteindre. Je respecte les élèves et viens pour leur apporter des connaissances. Cependant, il m'est arrivé des choses assez amusantes. Un jour, j’ai vu quelqu’un qui, après m’avoir regardé, a traversé la rue pour me dire : « c'est vous Agnès Benoit ! Vous avez été mon professeur. Vos cours étaient originaux et passionnants !» A l’opposé, une auditrice est venue me voir dans un café pour me dire que j’étais confuse et compliquée. J’ai été très vexée. C'était le IIème millénaire, c'est le cours que j’ai le plus de mal à retranscrire aux élèves. Je me suis dit qu’il y avait peut-être un problème de structuration. Du coup j’ai terminé mon café et ai repris le plan du cours. S'il y avait une oeuvre du département à sauver, que choisiriez vous ? Non je ne peux pas répondre à ça ! L'idée qu'un objet puisse être abîmé me rend malade. Un objet que vous emporteriez sur une île déserte alors? Un objet . . . Dans ce cas ce serait un de ces vases en chlorite de la 2ème moitié du IIIème millénaire et début du IIème d’Iran du Sud-Est. Il y a une iconographie très riche, même la moindre image vous pose problème et j'aime les objets qui permettent une réflexion sur l’image. Avez vous un dieu tutélaire favori ? Je suis athée, mais forcément, étant liée au monde de l'Iran, j'aime beaucoup le dieu aux serpents et aux eaux jaillissantes. C'est vraiment un dieu lié au renouvellement du monde, à la végétation. C'est un dieu lié à la vie. Quels sont les bons souvenirs de votre carrière? Le métier de conservateur est en lui seul un plaisir et un privilège. J’espère que ce métier gardera sa forme actuelle le plus longtemps possible. Mais il y a tout de même des événements qui font signe au milieu de ma vie de conservateur. Mes grandes satisfactions, c'est quand j'ai fait les salles. J'ai eu le sentiment de faire un travail de création, non seu-

lement de mise en place intellectuelle, mais de recherche visuelle de symétrie. Pour la vitrine du Luristan de la salle 11, j’ai mis en place tous les objets sur du polyéthylène à même le sol avant de les faire accrocher au mur. Les rapports entre les objets étaient tous calculés. J’espère que cette organisation implicite se ressent dans leur perception. [NdlR : Ajoutons à ces bons souvenirs le clin d’œil du 17/11/08 en HGA 1ère année. Il semblerait que le tombeau de Cyrus soit aussi un élément qui touche A.B.] Un petit conseil exclusif pour les élèves ? Quand vous lisez un cours, il faut forcément avoir une carte et peut être faire un petit tableau chronologique par millénaire et par région. Ensuite, à côté de cette structure, il faut travailler sur les objets phares. Pour les sujets d'examen, je n'ai jamais donné en clichés, un objet inconnu. Il faut que vous ayez, en tant qu’élèves, à la fois une connaissance précise de l’œuvre et en même temps que vous sachiez la situer dans son environnement. Toute l’équipe du journal remercie chaleureusement Agnès Benoit pour le temps qu’elle a consacré au « Louvre Boîte ». Propos recueillis par


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tout ce que vous n’écrirez jamais en commentaire de cliché... Cela est sans doute arrivé a tout élève, sérieux ou non : lors des examens, lors d’un cliché, peu de choses voire rien à dire… et pendant quelques secondes l’envie de dire bien des choses, plus rieuses que sérieuses. Mais l’on ose pas. Mais on peut le faire ici !

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l est difficile de se figurer qu’on est ici face à la représentation d’un homme de pouvoir, ou du moins d’un potentat civil ou religieux haut placé dans la hiérarchie mésopotamienne des dynasties archaïques. En effet, alors que l’on s’attendrait à une mise en valeur imposante, sinon terrifiante de la puissance, comme ont su si bien le faire les artistes babyloniens ou assyriens, cette figure de chef stupéfie par l’impression de bonhomie et de sympathie presque naïve qui s’en dégage. La question est donc la suivante : à quoi exactement doit-on cette impression bizarre d’avoir plus affaire à l’idiot du village, suffisamment épanoui pour trier les haricots ou mettre son kaunakès à l’endroit, qu’à un chef de cité ou à un prêtre d’Isthar ? Est-ce à cause de ce sourire de benêt extatique esquissé par cette bouche d’où l’on croirait presque voir couler la bave de la bêtise heureuse et contemplative, ou bien à cause de ces yeux maquillés et exorbités prouvant incontestablement l’existence d’une consommation primitive de substanc e s h a l l u c i n o g è n e s

(vraisemblablement une poudre de bitume absorbée au moyen de perles oblongues en cornaline du pays de Melluha). Toujours est-il que l’apparence globale de ce hobbit trapu et velu dont on ne sait pas très bien s’il rend un jugement sur son trône, s’il prie Inana, ou s’il attend juste le bus assis sur une poubelle, le prive de toute forme de crédibilité aux yeux du vilain visiteur borné qui espérait voir un guerrier tout d’or et d’armes paré…Mais à y réfléchir, n’est-ce pas justement de cette capacité à nous surprendre et à nous étonner par des attitudes outrées, parfois grotesques, que l’art de l’Orient ancien tire toute sa richesse et son intérêt ? Il convient donc de ne pas se méprendre sur un style original et plaisant qui, outre son caractère parfois déroutant pour l’esthète occidental lambda, est bel et bien le reflet brillant d’une glorieuse civilisation… Jicé Hameau EbihEbih-Il, l'intendant Epoque des dynasties archaïques, vers 2400 avant J.-C. Mari, temple d'Ishtar. Musée du Louvre

Agnès Benoit riposte : La statue de l’intendant Ebih-il appartient indiscutablement à la catégorie des chefs d’œuvre. Qu’est-ce qui peut valoir à certaines œuvres une appréciation aussi élogieuse ? Le sentiment qu’on atteint par elles un équilibre de proportions et une justesse d’approche proches de la perfection ou qu’on est touché par la grâce en les contemplant ? Certes, la statue d’Ebih-il obéit avec fidélité aux conventions de la statuaire d’orant en vigueur à Mari vers 2400 avant J.-C., avec la barbe travaillée au trépan, le demi-sourire, les sourcils creusés en continu. Pourtant, Ebih-il n’est pas un orant sumérien ordinaire : perdu dans sa contemplation extatique, il sourit avec sérénité. Dans le recueillement qui lui fait serrer les mains avec ferveur, il irradie. L’albâtre translucide dont il est fait contribue à lui donner une sensualité charnelle, intensifiée par un sens anatomique naissant qui confère de la rondeur aux épaules et aux bras. Il est empreint de réalisme, avec les mèches de son kaunakès soigneusement peignées et ordonnées, le tressage de son siège cylindrique, une pleine occupation d’un espace à trois dimensions. Mais par la ferveur qui l’anime tout entier et le tire hors du réel, il nous transporte vers une forme de transcendance.


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fiction La nuit leur appartient

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e rideau de la nuit tombe sur la Seine, les cours, les jardins et la grande galerie du bord de l’eau. Les visiteurs sont enjoints de quitter les salles. Il est temps de border les peintures… Entre les murs pailletés d’œuvres et le sol tacheté de badauds, se tient l’étudiant en histoire de l’Art. D’une démarche assurée trahissant ses ambitions de devenir un jour régent des lieux, il enjambe les obstacles et se fraye un passage entre les corps suants et incultes de la plèbe. Tel Charon, vaillant pagayeur, il sillonne l’endroit, sentant parfois une vague masse d’humanoïdes s’accrocher désespérément à ses pieds pour ne pas périr noyé dans les flots tourmentés du maniérisme. Ils peuvent tirer, les rustres, il ne chancellera pas. Son œil exercé s’arrête distraitement sur une toile. Très vite, trop vite, il dérive vers le cartel qui l’accompagne. Ah le cartel… Toute la sagesse de wikipedia, saint évangile du savoir, condensée en un gracieux haïku… Une bonne attribution l’enchante. « Je le savais » se dit-il avant de s’attribuer solennellement et silencieusement les congratulations de rigueur. La petite bulle qu’il s’est créée, il n’apprécie guère que l’on vienne la tourmenter. De temps en temps, l’étudiant se révolte. Mollement. Egoïstement. Contre l’administration, contre ses camarades de fortune, contre les auditeurs libres et leurs sonotones qui envahissent son amphithéâtre, contre le Cerbère grisonnant et aquaphobe qui garde la bibliothèque, contre le grand palais qui le défait de ses privilèges, contre les œuvres d’Art que l’on contraint au nomadisme, contre le Louvre, son Louvre que l’on déracine… Souvent, l’étudiant s’inquiète. Que va-t-il bien pouvoir faire de sa vie ? Que deviendra-t-il lorsque prendront fin les quelques années de sursis délicieux qui le séparent encore de son grand plongeon dans la vie professionnelle ? Parfois, l’étudiant fantasme. Il se laisse aller à la rêverie et c’est avec délice et vice qu’il élabore quelques synopsis apocalyptiques : des torches articulées et nippones qui se débattent, des tableaux qui flambent, se tordent et se désagrègent dans l’agitation d’un Louvre en flammes, la Seine en crue, providentielle, qui vient étouffer l’incendie et emporter les derniers décombres du palais des rois dans un flot vaseux gorgé de pigments huileux… Quelle œuvre sauverait-il ? S’il ne pouvait y en avoir

qu’une ? Il réfléchit intensément mais se résigne vite : la plus proche de la sortie sans nul doute, l’étudiant n’étant plus capable de courir quelques mètres sans recracher aussitôt sa cage thoracique. Affolés, ses yeux s’animent soudain et parcourent les toiles désespérément, s’accrochant à chaque coup de pinceau, afin d’en imprimer les méandres et les subtilités avant qu’une inéluctable catastrophe ne vienne tout balayer. L’étudiant en serait naturellement arrivé à déplorer la vacuité et la fugacité de son existence face à l’Art éternel si un gardien ne l’avait pas brusquement rappelé à l’ordre, stoppant net ses contemplations. L’heure, c’est l’heure. L’étudiant se lève. Les sofas kouglofs éparpillés dans la galerie le ramènent à la faim qui le tenaille. Il quitte la pièce, happé par l’appel du repas du soir, laissant les spectres de la civilisation occidentale livrés à eux-mêmes… Les néons s’éteignent les uns après les autres, plongeant la galerie dans l’obscurité. A l’abri des regards étrangers, les êtres qui tapissent les toiles s’extirpent de leur fausse torpeur et du cadre qui les étouffe. Les mystiques d’abord, galvanisés par cette flamme indicible de la chrétienté : Une vierge doucereuse berçant un illustre marmot, des martyrs de la foi à la douleur maniérée, des gus affligés s’entassant cérémonieusement autour d’un cadavre musculeux et olivâtre… Les antiques ensuite, s’ébattant librement et impudiquement entre les austères partisans du Christ, étalant leurs amours et leurs chairs alanguies aux yeux des putti gouailleurs. Saint Etienne, ardent prédicateur, peut enfin abaisser son bras endolori. Ses comparses enturbannés, lassés par ses inlassables exhortations se dispersent et s’en vont vaquer à leurs occupations nocturnes au cœur d’une Jérusalem de carton pâte. A quelques encablures de là, le colossal Hercule envoie valdinguer sa massue. Exténué par ses pétrifications acrobatiques, il s’installe sur les rochers et reçoit les léchouilles affectueuses de l’odieuse créature qu’il a combattue tout le jour. L’hydre de Lerne est fine actrice : derrière des rictus agressifs, elle cache l’âme d’un toutou tendre et fidèle. Dans la petite salle des sept-mètres, le Bienheureux Ranieri s’agite en premier. Voilà presque six siècles qu’il délivre infatigablement les gueux d’une prison florentine. Six siècles qu’il supporte le voisinage de


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fiction ces rustauds sans se défaire de son masque de bienveillance. Six siècles qu’il endure les moqueries des badauds et essuie les quolibets les plus divers. Sans cesse, il maudit son facétieux créateur, qui, un jour de forte alcoolémie, fut pris par la fantaisie de lui gribouiller une nuée blanche à la place des gambettes. Le peintre est mort depuis longtemps déjà mais la nuée elle, lui a survécu. Le moine-fusée aurait cependant tort de cracher dans la palette car cette distorsion physique lui permet de sillonner les allées avec aisance et vélocité. Ah, qu’il est bon de patrouiller dans l‘espace muséal, de traquer la débauche et les impairs de ses turbulents condisciples ! A la moindre incartade, il va aussitôt en référer à l’autorité suprême et compétente : L’immense madone monolithique, doyenne de la grande galerie. C’est elle qui tire toutes les ficelles en ces lieux et sanctionne les éléments perturbateurs et autres têtes brûlées, assistée par son fils difforme et six anges tyranniques au regard implacable. Le bienheureux s’approche et se répand en flatteries et en révérences. Ranieri : Mes hommages ô puissante maitresse, toi qui étend ton règne à tous les départements de peintures. Vie, santé, force. Madone : Repos, Ranieri. Et abandonne une fois pour toutes ces formules grandiloquentes. Garde-les pour cette poseuse d’Hatchepsout. N’oublie pas que tu dois t’introduire la nuit prochaine au département égyptien. Sous couvert de mission diplomatique, tu tâcheras de convertir tous ces païens en pagnes. Ranieri : Vos désirs sont des ordres, noble dame. Pour asseoir votre doctrine fleurie, j’irai jusqu’à tatouer moimême un Christ en croix sur les fesses de la Venus de Milo, vous le savez… Madone : Ce ne sera pas nécessaire. Dis moi Ranieri, quelles nouvelles de la galerie ? (elle a le regard sévère mais attentif.) Ranieri : Tout le monde ne parle que du retour de Baldassare. Il vient juste de réintégrer nos salles après un an d’absence. Ses voisins ont tenté d’improviser une petite sauterie pour fêter l’événement mais, vous me connaissez, au premier crin-crin de cithare, je les ai tous renvoyés dans leurs cadres. Je ne veux pas que les romains d’en-dessous reviennent se plaindre du boucan. (Levant les yeux au ciel) je suppose que ça pourrait troubler leurs orgies… Hadrien est allé jusqu’à m’accuser de ne pas savoir tenir mes trou-

pes ! De la part d’une radasse en cuirasse qui fricote avec ses subordonnés, j’ai trouvé ça un peu fort ! Madone : Mesure tes propos Ranieri. Nos rapports avec les statues sont déjà plus que tendus. Ranieri : Vous avez raison, maitresse. Mais vous savez combien ces manifestations de débauche me révoltent ! Pour en revenir à nos pensionnaires (tendant une cannette rouge à la marque aisément reconnaissable) j’ai confisqué cette boisson diabolique qui circulait parmi les œuvres. C’est Baldassare qui l’a rapportée d’Atlanta Il parait que ça a complètement remplacé le vin de l’autre côté de l’océan. Je goutterais bien, mais comme vous le savez, je ne bois jamais pendant le service. Madone : Je suis peinée d’apprendre que Baldassare a pris d’aussi mauvaises habitudes. Lui qui a toujours été un monument d’imperturbabilité… Ranieri : Ce n’est rien à côté de Charity pour qui la déchéance est des plus totales. Figurez-vous qu’elle a de nouveau tenté d’abandonner ses enfants dans le musée. Et au milieu des objets d’art cette fois-ci, la vicieuse ! Compte-tenu du peu d’activité ambiante, de la mollesse des tapisseries et de la surdité des pots, elle pensait que personne ne réagirait. Remarquez, elle n’avait pas tout à fait tort puisqu’il a fallu deux aiguières brisées (les chers petits s’en servaient comme hochets) pour qu’un bronze se décide enfin à donner l’alerte. Le piaf de Suger, pigeon habituel, vient de les ramener. Il était furieux d’avoir été réveillé et a menacé de crever quelques yeux. Madone : Et la mère ? Ranieri : Elle pleurait comme à son habitude, ruinant un vernis et un coloris déjà bien altérés par une douloureuse transposition sur toile… Elle geint, se plaint, répétant à qui veut l’entendre que cela fait des siècles que ces marmots braillards la vident de son lait et de son énergie et qu’elle veut en être délestée pour de bon. Elle réclame votre compassion, ô maitresse car, selon ses dires, « vous savez ce qu’elle endure. » Madone : Certes, j’endure. Mais avec autrement plus de poigne ! (désignant ses propres enfants) Pour ceux-là, j’ai mes petites astuces. Lorsqu’ils s’agitent un peu trop, je leur promets la visite du restaurateur. Ça les maintient dans un climat d’angoisse. C’est très efficace… Ranieri : Vous êtes délicieusement fourbe ! Pour ce qui est de Charity, dois-je prendre des mesures répressives ? Madone : J’ai bien peur que les intimidations ou l’écartèlement ne fassent guère évoluer la situation. De plus, je ne voudrais pas endommager une peinture déjà bien affaiblie.


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fiction La solution la plus simple est de trouver une mère de substitution pour ces bambins. Ranieri : Super Nani s’en chargera. Mona Lisa s’est également proposée, assurant qu’elle a la fibre maternelle. J’ai dû lui expliquer que les visiteurs seraient déconcertés de voir trois gnomes accrochés à la Joconde. Elle s’est mise à bramer. Elle supporte de moins en moins cette célébrité qui la marginalise. Madone : Ses rapports avec les autres pensionnaires se sont-ils améliorés ? Ranieri : C’est la guerre ouverte. Les convives des noces de Cana, toujours jaloux de l’attention qu’elle suscite, ont encore passé la nuit à la lapider. Tout ce qui garnit leur table y est passé : nourriture, fourchettes, chaises, chiens... Dix points à qui lui démolirait le nez… Jésus à gagné, il me semble. De son côté, le groupe des femmes refuse toujours de l’accueillir à ses réunions Tupperware. Ce bizutage incessant commence à devenir problématique… Madone : Elle doit être bien déprimée… Ranieri : Et comment ! Comme si les postillons des touristes ne suffisaient pas… Sans oublier les injections de collagène qui empêchent son sourire de s’effondrer… Elle est au bout du rouleau. Elle ne va pas tarder à craquer…

Que pouvons-nous faire, maitresse ? Madone : Nous allons commencer par organiser un casting afin de lui trouver un garde du corps pour contenir ses assaillants. Vois si Hercule est disponible. Ranieri : Je m’en occupe maitresse. Je reviendrai pour vous faire part de mon prochain rapport. Madone : Fais vite, le soleil va bientôt se lever… Le bienheureux Ranieri s’éloigne dans une nuée flamboyante, laissant la grande Madone à ses méditations. Il n’est pas facile d’être responsable de tant d’individualités, de maintenir une atmosphère positive des siècles durant… Parfois, la madone fantasme. Elle rêve d’une lointaine et autarcique existence, loin des hommes. Mais bien vite, elle se résigne. Créée par eux, condamnée à vivre à leurs côtés, elle leur survivra, les divertira, les exaltera… à l’abri des intempéries et des attaques extérieures. En attendant qu’un jour, lassés par l’Art, ils l’exterminent. Margot Boutges


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pause-café Mots croisés A

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J

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Définitions 1.Compositeur 2.Ancien Iran / peut être funéraire 3.La dame à la licorne 4.Apotropaïques 5.Saint breton / fait le cerf 6.Gamines 7.À la joie / Kung 8.Sud-est / expressions 9.Est anglais / rivière germanique 10.Toucher avec douceur 11.Abîmée / courrier 12.Invictus / crochet

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A.Marque de vêtements / dieu découpé B.Primitives du nord C.Auteur antique / sous le dos D.Athlète grec / tas E.Réfléchi / étonnée F.Érigées en statues (œuvre) G.Qui ne dit mot / Normale sup H.Marchèrent au hasard / 31 à l’école I. Au goût du pastis / article ibère J. Peut être saint

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Louvre-Boîte n°1 Le petit journal du BDE de l’Ecole du Louvre

Nous remercions chaleureusement tous nos lecteurs, espérant que ce premier numéro vous a plu, nous préparons le second ! Rédacteurs : Margot Boutges, Phirum Gaillard, Jicé Hameau, Annabelle Pegeon, Anaïs Raynaud Illustrateurs : Aurélie Deladeuille, Valentine Gay Chargé des relations diplomatiques avec Agnès B. à toute heure : Corentin Dury (respectueux des attentes de cette dernière en matière de déterminants) Glandeur superviseur : Julien Mazars

Louvr'Boîte 1, février 2009  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro premier en date de février 2009.