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l’édito Louvr’boîte, Black and White

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ême si la première de couverture n’a rien laissé filtrer de cette information classée secret-défense, la réalité est là : Louvr’boîte a perdu ses couleurs… Mais attention, que les hérétiques ayant cru que le journal perdait tout son intérêt se détrompent sur l’instant, seules les illustrations perdront désormais leurs couleurs ; il n’est pas question de perte de valeur ! En effet, l’état du marché du retable XIVème, cumulé à l’essoufflement de la bourse sur les esquisses XIXème ajoutés à la désertification des Gudea dans les salles de Drouot, rendait impossible l’augmentation du nombre de pages en conservant une impression couleur pour la somme initialement prévue. Racine n’ayant pas voulu nous rejoindre, la rédaction a dû faire face seule à dilemme : l’augmentation du prix en couleur ou bien du noir et blanc à 50 centimes. Trois actes plus tard, la solution est là, devant vous, Louvr’boîte conserve

son prix, augmente son nombre de pages et embrasse la cause du Noir et Blanc (Buster Keaton et Chaplin n’ont qu’a bien se tenir !) Si le Louvr’boîte s’enrichit ainsi de plusieurs pages, c’est que, gonflée à bloc par le succès que vous lui avez octroyé, la Rédaction s’est emballée ! (passez-moi le mégaphone) L’élan, vous l’avez donné en répondant avec presque 300 exemplaires vendus ! En donnant au journal ces phrases mélioratives qui nous enchantent ! Et par dessus tout en réclamant le second numéro le premier à peine terminé ! Il n’en fallait pas davantage pour que les claviers se remettent à crépiter dans la salle de rédaction (bien sûr qu’elle existe, on vous l’avait cachée ? Fermez les yeux, un petit effort, voilà vous y êtes. N’ayez pas la goutte à l’imaginative !). Voici désormais chose faite, vous tenez dans vos mains le second numéro, celui qui dit que le journal a survécu à sa première publication et pour cela nous vous remercions et sommes heureux que notre petite entreprise vous aie séduite (séduction indépendante de tout rapport de force exercé par la rédaction). Ce nouveau numéro reprend les éléments canoniques de la recette Louvr’boîte comme l’actu du Louvre ou celle du BDE (et surtout les motscroisés de la fin, a priori possibles à finir cette fois-ci !). De plus et surtout, vous allez pouvoir découvrir

une nouvelle interview ; ce mois-ci Margot et Annabelle vous proposent un entretien avec Maximilien Durand dont la célébrité ne saurait être éclipsée - malgré le retour sur scène de Michael Jackson-. Quelques nouveautés sont également à découvrir parmi les pages que vous allez feuilleter sans tarder. Une actu des musées de province, le coup de cœur du mois… Utilisons cet édito pour noter la participation pour ce nouveau numéro de personnes ne figurant pas parmi l’équipe de rédaction au sens étroit du terme et ces initiatives sont à développer ! Pour ceux qui auraient eu la flemme de ne pas encore la noter revoici l’adresse du journal : journaledl@gmail.com . N’hésitez plus, que vos coups de gueules, coups de cœurs et autres remplissent cette boîte mail sur-le-champ, ne vous inquiétez pas il y pas mal de Mo de libre (précisions au cas ou…). J’espère que ce message est bien passé. Il ne reste plus maintenant qu’à vous souhaiter une bonne découverte de ce nouveau numéro, pour lequel nous attendons déjà avec impatience vos réactions !

Œdipe et le Sphinx en difficulté face aux mots croisés du premier numéro de Louvr’boîte

Corentin Dury


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comic-strip


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l’actu du BDE Allocution présidentielle

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a fin de l’année arrivant... nous sommes tous enclin à un petit bilan ! Certains d’entre vous s’interrogent peut-être encore sur l’utilité d’un BDE au sein de l’Ecole. En effet devant cette course à la place ultime, le BDE essaye de faire croire à une communauté d’élèves. Communauté qui se crée notamment autour d’activités non liées à l’école. Alors quid de cette année ? Tout d’abord la création d’un club jeux (suite à l’article de février qui a engendré une vague d’adhésion à ce club) un lieu dans l’école où vous n’avez pas l’impression d’être étrange ! Et quelle ambiance ! Ce club a donné des idées à Marcus prof de théâtre et maître de chorale qui ravit toutes ses ouailles trois fois par semaine. D’ailleurs remercions-le pour sa disponibilité, son travail d’écoute et ses efforts… notamment pour faire chanter les mâles de

l’Ecole (car il y en a !). Pour les envies de détente franche et de boisson plus ou moins alcoolisées notons le succès des deux soirées organisées durant l’année! Nous étions plus de 200 élèves en février, sans aucun meurtre à déplorer… un réel progrès dans la socialisation de l’école. Le BDE se préoccupe aussi de vos neurones : visites du chantier des collections du MUCEM, du musée de Montmartre, de la Galerie des galeries, conférences avec HEC... tout un programme ! Programme qui doit beaucoup à Eloïse, ma super secrétaire, la sage du BDE.

pondre à vos besoins ! Bref le BDE a vécu une année remplie de doutes, d’indécisions, de réussites, de moments de solidarité (le Sidaction, le semi-marathon) et bien plus encore. Le BDE a besoin de vous. Vous qui adhérez, qui proposez des idées plus ou moins farfelues, qui vous investissez en distribuant les préservatifs dans la cafét, c’est vous qui ferez le nouveau BDE. Et oui car après une année remplie, nous allons devoir penser à passer la main, à transmettre à notre tour ce petit bébé, ce jeune projet auquel il faut bien avouer on s’est un peu attaché ! Audrey Boulery

Mais le BDE c’est aussi plein de nouveaux projets pour la fin de l’année et l’année prochaine : un ciné-club, des cours de dessins sur modèle vivant, un projet top super secret avec une équipe top super occupée et motivée pour ré-

Deb'art, qu'est-ce que c'est ?

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eb », comme « débat ». « Art », comme... Et tout ceci dans un bar. Voilà tout ! Deb'art, c'est un tout jeune club affilié au BDE de l'Ecole du Louvre. Nous sommes quatre élèves à organiser pour vous des réunions autour d'un verre, où l'on discute de sujets sur l'art. Et pour enrichir le débat, un intervenant participe à ces soirées. A chaque fois différent, il est connaisseur, professionnel, artiste ou philosophe, et anime nos réunions bénévolement (et avec plaisir !). En janvier dernier, Michel Brière, prêtre et spécialiste de Fran Angelico, est venu nous aider à élucider la question que nous nous posions: « Que sont les indices du spirituel dans l'art ? » Une autre fois, Daniel Ramirez, philosophe, est venu réfléchir avec nous sur « Le cinéma a-t-il

une influence sur notre action ? » Nous vous proposons des rendez-vous réguliers, environ tous les mois, le mardi ou le mercredi soir à partir de 19h30. Et ceci au pub Le Galway, 13 quai des Grands Augustins, dans le 5è arrondissement (métro Saint-Michel). Nous avons un étage rien que pour nous ! Et bien sûr, tout le monde est invité. Pas d'inscrition, pas d'adhésion au BDE, simplement un accueil chaleureux et la promesse de débats animés et constructifs, sans prise de tête, avec votre participation active, vos idées, ou votre écoute attentive et passionnée...

Nous avions pour intervenante Marie Millet, une ancienne élève de l'Ecole du Louvre devenue archéologue. Le débat a duré 2h. Nous avons soulevé des questions très actuelles sur la place de l'archéologie dans la société, son utilité, sa médiation, son rôle politique et identitaire pour un pays, mais aussi sur la conservation et la restauration des objets archéologiques... Complexe et passionnant, tout ce qu'on aime ! Nous revenons l'année prochaine, avec toujours plus d'idées ! N'hésitez-pas à nous faire part de vos suggestions ! Nous sommes joignables par le biais du BDE, du forum, de Facebook, et de notre adresse mail: debart.edl@gmail.com

Pas de chance pour les retardataires, le dernier café-débat de l'année est pas- A bientôt ! sé ! Il portait sur Les enjeux de l'archéologie en France et à l'étranger ».

Claire Ballini

Des EDLiens au semi-marathon ! Félicitations à l’équipe de l’école qui a vaincu les 21 km samedi 7 mars. Rivalisez avec les Carrache ! Le BDE organise une classe libre de dessin sur modèle vivant les mercredi à 19h à la Maison des Initiatives Etudiantes (3e). 5 € la séance (7€ non-adhérents). Plus d’infos et inscriptions au BDE.


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La Junior-Entreprise de l’Ecole du Louvre

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DL Junior Études, la JuniorEntreprise de l’École du Louvre, est une association étudiante à vocation économique et à but non lucratif, elle agit comme un prestataire de service, ou un cabinet indépendant, auprès des entreprises, collectivités et institutions du monde de la Culture et du patrimoine. L’organisation, le fonctionnement et les obligations d’une Junior-Entreprise sont identiques à celles d’une véritable entreprise. Les étudiants sont rémunérés pour les études qu’ils réalisent et c’est pour eux l’occasion de comprendre le fonctionnement d’une entreprise à travers une expérience valorisante, ouverte sur le monde professionnel, et qui offre de nombreux contacts privilégiés avec des professionnels du monde de la Culture et du patrimoine. Chaque élève de l’École du Louvre, quel que soit son niveau d’études, peut participer à la Junior-Entreprise. En s’impliquant ainsi dans la vie de l’école, les membres d’EDL Junior Études peuvent travailler en équipe avec des étu-

diants de toutes les années.

d’élargir leurs domaines de compétences et d’acquérir une expérience proConcrètement, les domaines d’inter- fessionnelle valorisante en gestion, vention d’EDL Junior Études sont un management, comptabilité, communiécho aux enseignements de l’école et cation et relations publiques. sont par conséquent particulièrement vastes (études de public et de disposi- L’équipe de l’année prochaine est en tifs muséographiques, mise en place de train de se constituer : si vous êtes invisites, documentation, inventaire, mé- téressés, vous pouvez contacter la Jucénat, communication culturelle nior-Entreprise par mail: etc…). Actuellement ses clients sont : equipe@edljunioretudes.fr , ou l’Association de l’École du Louvre frapper à sa porte en face du BDE, suipour des recherches sur des lieux patri- vre son actualité et retrouver des informoniaux, le Fonds municipal d’art mations sur www.edljunioretudes.fr contemporain de la ville de Paris pour et edljunioretudes.blogspot.com . un inventaire de ses collections et la Grande Halle de la Villette pour une Etienne Gatti étude muséographique et de publics (La Junior-Entreprise recherche d’ailleurs des chargés d’étude). Plusieurs projets avec la Réunion des musées nationaux et le Musée national du Moyen Age sont à l’étude. Outre la réalisation d’études, le conseil d’administration d’EDL Junior Études offre l’opportunité aux étudiants d’assumer de multiples responsabilités,

Du cinéma à l’Ecole...

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i vous aussi vous vous étouffez en entendant parler maines, des sorties ciné vous serons proposées, à des tarifs de « Vase Ming du douzième siècle » dans la der- préférentiels . Profitez-en ! nière bessonerie en date (dont nous tairons le nom, par respect pour les victimes), si vous regrettez amèrement Sophie Paulet, Valentine Gay, d'avoir assisté à ça et vous sentez coupable, en bref, si Philippe Bettinelli vous souhaitez vous racheter, parfaire votre culture cinéma en voyant des films, des bons, des vrais, c'est-à-dire avec James Stewart et sans yamakasi, alors il y a de fortes chances que vous soyez ravis d’apprendre qu’un ciné-club est en cours de création à l’Ecole, et devrait être opérationnel à la rentrée prochaine. Nous nous établirons dans l'amphithéâtre Dürer, un soir par mois. Les films, très divers, seront à chaque fois précédés d'une présentation effectuée par un membre de la spé ciné et par une personne d'une autre spécialité. Ils seront suivis d'un débat. Bien sûr, nous attendons dès maintenant vos avis et vos participations avec impatience, tant pour présenter un film que pour nous en soumettre un qui vous tient particulièrement à cœur. D'ailleurs, tant que nous y sommes, cineclubecoledulouvre@gmail.com. Voilà, le mail est lâché. Nous vous informons que nous travaillons mimines dans mimines avec le Forum des images. D’ici quelques se-


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l’actu du Louvre Bonjour à tous, et bienvenus dans cette page-marathon où nous allons parcourir les galeries du Louvre…

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remière étape, sous la pyramide nous apercevons l’entrée du hall Napoléon et les affiches Les portes du ciel. L’exposition phare du moment propose un circuit thématique, dont la richesse quantitative nécessitera plusieurs visites pour une compréhension totale. A noter un Hors-série de Beaux-Arts magazine bien documenté sur la question.

De là, partons en direction de la Samothrace, qui capte toujours autant les regards, et n’oublions pas de signaler au passage que la salle des sept cheminées devrait accueillir d’ici mi-avril des œuvres de la galerie préclassique, outils de travail intéressant, notamment pour les 1ères années.

Après la Samothrace, l’aile de la peinture (et ses fauteuils pour les plus essoufflés) et enfin le Salon Denon, où sont proposées 5 toiles de Yan Pei-Ming. Pour ceux que cette intervention contemporaine au Louvre intéresse, ou intrigue, l’auditorium propose le 27 mars à 20h une rencontre avec l’artiste ; moyen de découvrir ou redécouvrir cette Montons à l’assaut des escalators de l’aile Sully. Contrôle figure qui marque le milieu de l’art depuis les années 80. de la carte, petit aperçu du hall des « Portes du Ciel ». Nous poursuivons jusqu’à l’entrée du Louvre médiéval et un plus Un dernier effort au milieu du dédale de galeries nous emloin pénétrons dans l’univers de la BD. Le Louvre invite la mène au dernier espace d’exposition du musée, celui des Bande Dessinée répond au programme du musée qui finan- arts graphiques situé dans le pavillon Mollien. Imaginaire ce la réalisation d’une BD. Tous les ans, une BD avec pour de l’Arioste – L’Arioste imaginé s’ouvre alors à nos yeux seule contrainte d’avoir comme cadre le Louvre. Planches avec de nombreux dessins autour de cet auteur du début du originales, écrans montrant la réalisation d’une planche ; un XVIe siècle. Pour cette exposition, le musée propose plupetit aperçu de la BD avant l’album du libraire… sieurs activités parallèles allant de l’œuvre en scène à la lecture de textes, en passant par un spectacle de marionnetNous voilà repartis parmi les méandres du palais. Emprun- tes dont vous retrouverez les détails sur le site du Louvre. tons l’escalier pour atteindre le second étage. L’espace d’exposition temporaire des arts graphiques nous propose Ajoutons un événement de l’auditorium pour les plus coude découvrir Batailles des empereurs de Chine. Comman- rageux d’entre vous et rendez-vous au prochain numéro des du XVIIIe par l’empereur de Chine, ces gravures ont pour une nouvelle programmation : Journée débat organiconstitué un moyen de diffusion de la technique en Asie. sée de 10h à 18h le 8 avril avec pour thème architecture contemporaine et histoire des musées. Descendons cette fois-ci l’escalier Sully. Au 1er étage découvrons la salle de la Chapelle qui accueille l’exposiCorentin Dury tion Waldmüller, peintre du XIXème siècle.

Ils ont dit : « Qu’est ce qu’une coupe? C’est une tranche de jambon ! » TP Gaule « C’est une hérésie, c’est comme le Canada-dry et un alcool, faut pas confondre » M. Guillaumet, Archéologie de la Gaule « [Les barbares des grandes migrations] viennent manger les enfants et violer le bétail » M. Perrier, Archéologie nationale « Vous avez une chaise à la place du cœur » M. Bruna, Art du moyen-âge « Tous les Robocop sont bons » M. Païni, Histoire du cinéma « Toutes les femmes veulent un Big Man » M. Peltier, Arts de l’Océanie « Il est important de savoir que le musée du quai Branly a pris conscience de l’importance du canal de Suez » Mme Héran, Arts du XIXe siècle


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coup de pouce EXCLU : Les sujets des examens en avant-première !

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lus qu’un coup de pouce : Une délivrance pour les edliens névrosés que nous sommes à cette période de l’année. Nos agents infiltrés sont formels, cette année, on planchera (entre autres!) sur :

Première année « L’évolution iconographique des sandales dans les tombes privées de la première période intermédiaire. » Jean-Luc Bovot, archéologie égyptienne. « Objets iraniens de petite dimension (entre 2,7 et 9,9cm) » Agnès Benoit, archéologie orientale. Deuxième année « Moinillon sur la montagne , dragon dans la bouilloire » Danielle Elisseeff, arts de la Chine et du Japon, (à moins qu’elle ne vous demande de lui composer un haïku.) « L’art byzantin; des origines à nos jours, tout espace géographique et toutes techniques confondus » Maximilien Durand, art byzantin. Troisième année « De l’araire à la charrue: entre mysticisme et recherche esthétique» Colette Foissey, Art populaire français. « Abstraction figurative. » Camille Morando, Art du XXe siècle.

Stages, mode d’emploi

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près les examens de clichés, le stage est probablement l’obstacle le plus féroce à surmonter à l’école. Pour être engagé faut avoir de l’expérience, pour avoir de l’expérience faut être engagé. Entre le salaire dérisoire, quand il y en a un, le temps plein impossible à tenir avec les études, le stage au fond du 77 sans voiture et les fouilles dans le Cotentin sous une pluie battante au mois d’août, le chemin de l’expérience est semé d’embuches.

conseils votre CV reste aussi vide que ma tête devant un cliché d'Inde, voici de vraies pistes qui ont ou peuvent marcher.

que des offres liées à l'audiovisuel, à la presse et au monde du spectacle. En voici deux qui ont le mérite de la jouer la diversité en proposant aussi bien du public que du privé et dans tous les domaines, allant du conservateur au régisseur son : profilcutlture.com et talents.fr. Pour les fanas de mode, quelques grandes maisons recrutent en ligne et proposent de temps en temps des postes liés à leur patrimoine, des missions d'inventaire, du récolement au sein de leurs archives . . . Le meilleur site à ce niveau là est celui de l'empire LVMH qui centralise les offres de toutes ses maisons (Kenzo, Chloé, Fendi, Moët...) dans la partie LVMH et vous.

En passant à l'école, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil au grand panneaux du couloir entre la cafét et les toilettes ou dans les gros classeurs planqués dans le recoin à gauche de l’escalier descendant vers les salles de cours. Musées, galeries, maisons de luxe, petites structures culturelles, à Paris ou ailleurs, il y en a pour tous les goûts. C’est souvent du temps plein ou des gros temps partiel ce qui fait qu’on se réserve ça pour l’été. Stage chez Cartier, à la Tour Jean sans Peur, au Ministère des affaires étrangères, petit boulot à la FNAC, au FRAC du Pla- Pour les adeptes de la truelle, vous teau ou en agent d’accueil au Louvre... trouverez votre bonheur sur les sites de réseaux bénévoles de sauvegarde et de Pour les plus démunis et les boulimi- restauration du patrimoine et sur le site ques du stage, la solution reste encore d u m i n i s t è r e d e l a c u l t u r e internet. Mais où chercher au milieu de (culture.gouv.fr/culture/fouilles) qui foutoir cybernétique me direz-vous ? recensent chaque année les chantiers Si vous ne savez pas exactement ce en France et donne des pistes pour que vous cherchez, mieux vaut taper chercher à l'étranger.

Evidemment certains sont mieux lotis que d'autres. Quand papa a sa galerie d'art et que tata Sylvie bosse dans l'édition, enrichir son CV n'est plus une partie de plaisir mais un devoir familial. C'est injuste mais certains arrivent à concilier repas autour du gigot dominical et avancées professionnelles. La deuxième possibilité « je joue de mes contacts » consiste à lâchement abuser de la notoriété des profs de l'école en les harcelant pour qu'ils vous prennent dans leur musée ou qu'ils vous trouvent gentiment une petite place si possible payée quelque part. dans le généraliste. Les sites sont nomSi malgré ces deux incroyables breux mais beaucoup ne répertorient

Anaïs Raynaud


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actu musées De quelques musées et expositions de province Nombreux sont ceux d’entre nous qui viennent de province –ou de « région » selon les goûts-. Toutefois les musées hors de la capitale sont souvent mal connus et peuvent manquer de visibilité. C’était sans compter sur notre auteur qui après avoir parcouru les musées des grandes villes de France nous fait un petit compterendu de ce qui s’y passe !

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ourquoi parler de la province ? Parce que depuis le Décret Chaptal de 1801, projetant la création d’un musée dans quinze ville de France, toutes les collections ne sont pas à Paris (je ne tomberai pas dans une digression d’histoire des musées au risque d’ennuyer troisièmes années et muséos qui connaissent ça sur le bout des doigts…) ; parce qu’il faut quitter la capitale pour se rendre compte que la province peutêtre dynamique ; parce qu’il faut faire l’expérience de l’institution culturelle territoriale pour nous, élèves de cette chère Ecole, qui ne pourrons (ou ne voudrons) pas tous faire notre carrière au Musée du Louvre. Comme les paysagistes dans la seconde moitié du XIXe siècle, c’est par un train de la gare Saint-Lazare que je quitte Paris. La première étape de ce « tour » dans lequel je vous emmène est Le Havre. C’est dans cette ville portuaire qu’a été inaugurée la première maison de la culture-musée par André Malraux en 1961, aujourd’hui musée des Beaux-arts possédant l’une des plus grandes collections de peinture impressionniste. Lié à la mer et au port par le contenu de ses collections, sa situation géographique face à l’élément marin que l’on ne quitte jamais des yeux au-delà des cimaises, le musée l’est aussi par le sujet de ses expositions temporaires. La dernière en date, qui est présentée actuellement au Musée des Beaux-arts de Bordeaux – autre ville portuaire – jusqu’au 14 juin 2009, est Sur les quais. Ports, docks et dockers. A travers le sujet choisi, la diversité technique et esthétique des œuvres présentées, les deux musées co-organisateurs de l’exposition font preuve d’originalité. Après la présentation de marines dans la tradition topographique de Vernet, sont exposées des peintures de Jongkind, Pis-

sarro et des estampes de Whistler, reflets d’une atmosphère paisible et d’une activité tranquille, alors que les transformations urbanistiques liées à l’essor économique sont évoqués par des travaux de photographes, des sculptures de Meunier ou de Bouchard. Chez Marquet, Dufy, Signac et Camoin, plutôt que la traduction de ces changements considérables, le port et son activité sont le support de recherches de couleurs et de compositions. Après Le Havre et Bordeaux, continuons avec un autre port, celui de Rouen. C’est parce que les quais où les bateaux accostent sont le lieu de contacts avec tous les exotismes que le Musée des Beaux-arts a choisi de présenter jusqu’au 29 juin 2009 une exposition intitulée Le Japon illustré. Celle-ci souhaite aller au-delà de la vision esthétisante de l’estampe qui est celle des amateurs du XIXe afin de montrer que, plus qu’une œuvre d’art, l’estampe est pour les Japonais une part intégrante de leur quotidien : elle orne l’intérieur de la maison comme elle conserve le portrait d’un acteur ou d’un artiste célèbre ; elle peut être encore le support visuel d’une pédagogie. Réalisée à partir de ses propres collections, cette exposition montre la richesse du fond d’estampes japonaises du musée. Riches le sont aussi les collections d’art occidental, faisant du Musée des Beaux-arts de Rouen, l’un des plus importants musée de province : Les œuvres de Pérugin, Gérard David, Clouet et Véronèse constituent les premiers jalons du parcours des collections permanentes, qui s’étend du XVe siècle au XXe siècle. La peinture française du XVIIe siècle est l’un des points forts de celui-ci avec des chefsd’œuvre de Rubens, Caravage, Vélasquez, Vouet, Poussin,…pour n’en

citer que quelques uns. Mais par la richesse des collections et l’ampleur des mouvements artistiques représentés, c’est un « temple » de la peinture du XIXe siècle : les toiles de Géricault y côtoient celles de Delacroix, les œuvres de Monet font face à celles de Sisley. Quittons la Normandie pluvieuse pour une brève étape ensoleillée à Aix-enProvence, au Musée Granet. Depuis sa réouverture en 2007, le musée présente, outre une galerie de sculpture et quelques belles œuvres de l’école italienne et flamande, une collection de peintures de l’école française du XVIIe au XIXe siècle de grande qualité. Pour le XVIIe siècle, les œuvres des frères Le Nain, de Parrocel ou encore de Lubin Baugin sont mises en regard de celles d’artistes provençaux tels que Mignard ou Puget. La magnificence du XVIIIe siècle est évoquée par la collection de portraits peints par Rigaud, Largillière ou le peintre aixois Claude Arnulphy. Quant au XIXe siècle, la collection est centrée sur l’Ecole provençale, avec notamment plusieurs œuvres l’un de ses principaux représentants, Emile Loubon. Une salle entière est consacrée à la période romaine du peintre aixois François-Marius Granet, autour de son portrait peint par Ingres, artiste dont le musée conserve l’un de ses chefs-d’œuvre, le Jupiter et Thétis. Enfin, une place particulière est réservée à Cézanne qui s’est en partie formé au contact des œuvres du musée Granet, avec neuf tableaux mis en dépôt par l’Etat. Réputé pour la qualité de sa collection, le musée l’est aussi pour ses expositions temporaires. Après la réussite scientifique et médiatique de l’exposition Cézanne en Provence qui a marqué la réouverture du musée, en 2009 la ville d’Aix-enProvence cède à la tentation « Picasso


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», telle une grande métropole, après Paris et avant Barcelone, Madrid, Abu Dhabi, Brisbane ou Tokyo, avec son maître à elle : Cézanne. L’exposition Picasso – Cézanne, présentée du 25 mai au 27 septembre 2009, tentera de répondre à la question de l’influence de Cézanne sur Picasso à travers peintures, sculptures, dessins et gravures et quatre thématiques : le regard, la collection, les thèmes et formes partagés et enfin le rapprochement. Pour faire « comme à Paris », les billets s’arrachent déjà…Espérons juste que cette exposition ne soit pas qu’un événement médiatique… L’exposition Simon Vouet, les années italiennes (1613-1627), présentée d’abord au Musée des Beaux-arts de Nantes puis au Musée des Beaux-arts de Besançon jusqu’au 29 juin 2009, est, elle, un événement en histoire de l’art. Rassemblant des œuvres dispersées dans les plus grands musées du monde ainsi que dans des collections

privées – dont celle de l’homme d’affaire italien Luigi Koelliker –, elle permet d’apporter des jalons essentiels à la connaissance de la période italienne mal connue de Simon Vouet. Rome, capitale incontestée des arts au XVIIe siècle, attire les artistes de toute l’Europe, venant admirer antiques et grands exemples de la Renaissance, tout en se formant aux styles de Carrache et du Caravage. Vouet est l’un d’entre eux. Il puise aux sources des plus grands maîtres italiens, se laisse tenter par le ténébrisme de Caravage avant d’évoluer vers un art plus clair annonçant les grandes commandes parisiennes de la suite de sa carrière. Premier peintre sous le pontificat d’Urbain VIII, élu prince de l’Académie de Saint-Luc en 1624, il reçoit de nombreuses commandes de portraits et de tableaux d’églises, dont celle prestigieuse de l’écrin de la Pietà de Michel-Ange à Saint-Pierre de Rome, décor détruit au XVIIIe siècle et reconstitué ici pour la première fois grâ-

ce à la réunion de fragments dispersés d’un grand modèle préparatoire. Le propos de cette exposition n’est pas clos : celle-ci a soulevé des questions quant à la datation des œuvres ou à l’attribution de certaines d’entre-elles à Vouet, qui n’ont pas toutes trouvé une réponse et qui ont suscité de vifs débats. Les commissaires n’ont pas cherché à masquer les difficultés et interrogations que posent encore cette période dans la carrière de Simon Vouet. Camille Lévêque-Claudet


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l’entretien Saint Maximilien prêche aux Edliens Trois années dans le même amphithéâtre obscur, à discerner vaguement des silhouettes professorales se découpant sur d’immenses clichés. A écouter des voix surtout, qui défilent et enrobent un discours plus ou moins palpitant. Il y en a que l’on attrape au vol et que l’on retient. Ce timbre velouté par exemple qui, de Baouit à Byzance, nous entraina à travers les méandres d’une légende chrétienne peuplés de vierges folles, de païens concupiscents, et de saints débonnaires. Derrière la voix, l’homme : Maximilien Durand. Plutôt jeune. Plutôt charmant aussi. Et doté d’un charisme et d’une éloquence naturelle qui nous font oublier sa pauvreté capillaire. Rencontre avec celui qui danse sur les ponts dans son bureau du musée des arts décoratifs. Un ange passe…

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ouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai fait l’Ecole du Louvre, juste après le bac, premier et deuxième cycle, en me spécialisant en archéo chrétienne, en iconographie et en épigraphie copte. En même temps j’ai fait une fac de lettres classiques à la Sorbonne. Ensuite j’ai fait un DEA à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. J’ai travaillé au Louvre pendant la muséo. J’avais été engagé au département égyptien à la section copte pour traduire des manuscrits, dans la perspective de faire un catalogage exhaustif du fond de manuscrits, donc identification des textes, traduction, reconnaissance des manuscrits d’origine et des autres fragments dispersés dans les autres collections. Cela a duré pendant presque quatre ans. Après, pendant un an, j’ai été commissaire d’une exposition, l’Egypte, la trame de l’histoire, qui a eu lieu à Rouen d’abord, puis à Roanne et enfin à l’Institut du Monde Arabe à Paris. Elle présentait des textiles pharaoniques, coptes et islamiques. Ensuite, j’ai travaillé quatre ans à l’Institut National du Patrimoine au département des restaurateurs. J’étais chargé de l’accompagnement pédagogique des étudiants de dernière année pendant leur mémoire, de suivre notamment tout le travail d’élaboration depuis la mise en place du plan jusqu’au suivi bibliographique, relecture… J’étais chargé aussi de tout ce qui était production écrite des étudiants, donc tout les rapports de restauration qu’ils réalisaient au cours de leur scolarité. Ensuite, j’ai travaillé deux ans comme directeur scientifique de Patrimoine Sans Frontière, qui est une ONG qui intervient dans les pays en sortie de crise, pour la restauration du patrimoine. On considère que le patrimoine est un lien pour les nations qui ont subi des régimes politiques très douloureux, des catastrophes naturelles ou des guerres et on les aide à se reconstruire. Quand on a tout perdu, il reste le patrimoine, l’identité culturelle et si on laisse ça se perdre, les nations se retrouvent vraiment anéanties. Donc on intervient dans des régions comme l’Albanie, La Biélorussie, Madagascar, le Liban, le Cameroun… Et depuis le mois de juin, je suis responsable de tout ce qui est conservation préventive et restauration pour les quatre musées des Arts Décoratifs : le musée des Arts Déco, le musée de la Mode et du Textile, musée de la Pub et le musée Nissim de Camondo qui est le seul à ne pas être à Rivoli mais vers le Parc Monceau et qui est un hôtel particulier du début du XXe avec une énorme collection du XVIIIe. Sinon, j’enseigne à l’Ecole depuis que j’ai 19 ans où j’ai commencé comme chargé de TD d’archéologie chrétienne…

C’était une rumeur qui circulait, vous la confirmez ! Chargé de TD à 19 ans c’est possible ? En tout cas, c’était possible à l’époque ! J’ai fais des TD pendant quelques années, j’ai fais aussi des TP pour le cour d’iconographie pendant deux ou trois ans et l’HGA depuis 8 ans. Vous étiez donc en muséo à 19 ans… Oui mais c’est logique, j’ai passé mon bac à 17 ans, je suis donc entré en première année à 17 ans, en deuxième année à 18 ans et en troisième année à 19 ans ! Et je n’avais pas encore 20 ans en entrant en quatrième année… Logique peut-être mais précoce quand même ! (NdlR qui sont toujours en premier cycle à 20 ans passés.) Quel edlien étiez-vous ? Je n’ai pas été le même edlien pendant les différentes années de ma scolarité. En première année j’étais un edlien un peu largué, très content d’être au Louvre, émerveillé par tout ce qu’on voyait, content d’aller dans les musées ; un peu intrigué par les collections d’antiquités nationales, un peu effrayé par l’archéologie orientale, passionné par les antiques… Je me suis réveillé en fin d’année en me disant que c’était bien beau de profiter de toutes ces belles choses mais qu’il fallait peut-être aussi les assimiler. Et à partir du moment où j’ai compris qu’il fallait quand même bosser, je me suis mis à travailler beaucoup, ce qui était un réel plaisir parce que ça me passionnait. Après, en deuxième année, j’étais très investi mais pas forcément physiquement car je commençais un double cursus à la fac. J’essayais donc de jongler entre les deux, un peu rassuré par les résultats de première année qui n’avaient, finalement, pas trop mal marché. Puis en troisième année, j’étais plus du côté de la fac et donc moins physiquement à l’Ecole. Et en quatrième année, en muséo, j’étais très content de découvrir les questions sur la conservation et la restauration que je trouvais finalement plus pertinentes que les questions de style…Et ça m’ouvrait des portes insoupçonnées. Portes que je commençais à découvrir aussi au Louvre puisque c’est à ce moment là que j’ai commencé à travailler dans les réserves, avec les restauratrices, textiles notamment. Comme elles parlaient beaucoup en travaillant,


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je les faisais parler de leur travail. J’étais assez fasciné par tout ça. Je pense que c’est de là qu’est venue ma passion pour la restauration. Pendant ce deuxième cycle, quel fut votre sujet de mémoire ? J’ai choisi un sujet de mémoire qui essayait d’allier plusieurs de mes obsessions. J’étais inscrit en conservation préventive, restauration. Je voulais travailler sur de l’orfèvrerie, que ce soit religieux et si possible, qu’il y ait des reliques impliquées dans l’affaire. J’avais déjà une petite idée en tête, puisque j’avais très envie d’aller à la cathédrale de Troyes où j’étais sûr qu’il serait possible de retrouver un textile byzantin dont on parlait dans les textes et qui enveloppait les reliques de sainte Hélène d’Athyra rapportées de la IVe croisade. Un fragment avait échappé à la Révolution mais personne ne l’avait vu depuis. J’ai donc choisi un sujet qui était : « La conservation de l’orfèvrerie dans les trésors d’églises, les exemples des reliquaires en argent dans les cathédrale de Troyes et de Sens ». Cela m’a donc permis de faire ce que je voulais et d’obtenir l’autorisation d’ouvrir le reliquaire dans lequel était censé être ce tissu et effectivement j’y ai trouvé un fragment de tissus de quelques centimètres avec un décor en fils d’or très exceptionnel d’époque Comnène. Mais mon sujet traitait plus de la conservation préventive de l’argent et le problème que ça pose pour des objets qui sont à la fois des objets d’usage et des objets d’art puisque les reliquaires, notamment quand ils contiennent des reliques, sont toujours vénérés, donc ils doivent être présentés non seulement au public mais aussi au fidèle qui le souhaiterait. Toute la problématique des trésors d’églises et leur mise en exposition m’a beaucoup intéressé, et celle du métal qui, par nature, se dégrade surtout dans une atmosphère changeante, peu contrôlée comme c’est le cas dans les trésors églises qui sont généralement des espaces qui ont de grandes variations climatiques, d’hydrométrie… Comment êtes vous devenu prof ? L’enseignement m’intéressait et il se trouve que l’on m’a proposé d’enseigner à l’Ecole, d’abord en tant que chargé de TD. J’ai pensé que c’était une grande chance d’autant que j’étais très jeune, donc je n’en menais pas très large au début ! D’ailleurs le premier groupe d’élève que j’ai eu en TD ne m’a pas identifié comme étant le prof quand je suis arrivé, j’ai dû leur montrer mon badge. J’étais très stressé ! Et à la fin quelqu’un est venu me voir en me disant que ce n’était pas la peine de stresser comme ça et que c’était très bien. Je leur ai dit que c’était mon premier TD et ils m’ont répondu « oui, on avait bien vu ! ». En tout cas, je trouvais qu’enseigner à l’Ecole du Louvre,

malgré des contraintes très grandes, c'est-à-dire étudier des périodes importantes sur des heures de cours restreintes, était un challenge très intéressant. Par ailleurs essayer d’intéresser un amphi entier à une matière qui n’est pas forcément très connue est assez rock’n’roll au départ ! Mais j’aime bien les challenges en général ! Trouvez-vous que l’enseignement à l’Ecole a évolué entre le moment où vous étiez élève et aujourd’hui ? L’enseignement, je ne sais pas. En tout cas, l’Ecole a beaucoup évolué, et en bien je trouve. Je suis représentant des profs au Conseil des Etudes et de la Recherche et je répète à chaque fois à vos collègues délégués de vous dire que vous avez beaucoup de chance aujourd’hui ! Je trouve que l’Ecole a vraiment bien évolué, vous recevez un enseignement qui est peut-être plus complet que celui que nous recevions. D’abord des cours ont été créés, et là je prêche un peu pour ma paroisse mais le cours d’iconographie n’existait pas par exemple, ni les cours de techniques ou d’histoire des collections. Le fond a donc été très fortement remanié. Des enseignements se sont développés. Je prêche encore une fois pour ma paroisse, mais ma matière, quand j’étais étudiant, consistait en trois séances en première année pour traiter de tout l’art paléochrétien et tout l’art byzantin. Les liens avec l’étranger se sont aussi vraiment développés. Les publications de l’Ecole s’ouvrent aussi de plus en plus aux étudiants, le travail des élèves est beaucoup plus valorisé. Je crois que ce qui n’a pas changé c’est l’implication des profs. Quand on enseigne à l’Ecole, c’est qu’on aime la maison et qu’on travaille dans l’intérêt des élèves puisqu’on voit toujours des élèves motivés même si c’est une voie difficile avec peu de débouchés… Merci de nous le rappeler… Non mais je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas de débouchés, mais « peu » … Mais ça s’arrangera dans les années qui viennent ! Il faut espérer ! Il y a des profs que vous avez eu élève qui enseignent toujours à l’Ecole ? Agnès Benoit, Danielle Elisseeff, Jean-Luc Bovot et j’en oublie probablement… Comment votre regard sur eux a-t-il évolué en passant d’élève à prof ? Il a forcément évolué puisqu’ils sont devenus des collègues. Par exemple aux Arts Déco, l’une des conservatrices qui a un bureau juste a côté de moi est Anne ForrayCarlier qui donnait les cours de XVIIIe quand j’étais élève. Evidemment je n’ai pas du tout les mêmes rapports avec elle aujourd’hui que quand j’étais étudiant. J’appréciais beaucoup ses cours et je l’apprécie beaucoup en tant que collègue. C’est la même chose pour Agnès Benoit, dont je


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reconnaissais la méthode et la rigueur en tant que prof. En tant que collègue elle est pareille, c’est quelqu’un avec qui il est agréable de travailler. C’est le regard que l’on porte sur soi qui évolue plutôt que le regard qu’on porte sur l’autre. L’idée qu’on a de son prof, même si elle est très lointaine et très fantasmée, est une idée qui va devenir plus objective avec le temps, mais qui reste la même dans les grandes lignes. C’est l’image qu’on a de soi au fur et à mesure qu’on se professionnalise qui évolue. Justement en parlant d’image, comment pensez-vous que les élèves vous perçoivent en cours ? Je n’en sais rien du tout ! C’est plutôt à vous de me répondre ! Vous avez bien une petite idée ? Non je ne sais pas… En fait je remarque une ou deux choses : il n’y a pas trop de chahut dans l’amphi, ce qui est plutôt bon signe. Après je ne fais que des apparitions éclair à l’Ecole et puis, à vrai dire, ce n’est pas tout à fait la question qui me préoccupe. Ce qui m’intéresse, c’est de faire un cours que j’imagine être utile et pédagogique, dire l’essentiel dans le moins de temps possible, et essayer d’ouvrir des perspectives. Pour le cours d’icono, c’est d’essayer de montrer qu’une œuvre d’art se regarde de plusieurs façons différentes. Après, ce qui m’intéresse est de savoir si ce discours à une portée. Cela, je le mesure avec les copies, et j’ai l’impression que les élèves jouent le jeu. Alors, ceux qui ne jouent pas le jeu, tant pis, c’est leur choix. Mais ceux qui jouent le jeu, le jouent vraiment, donc il y a vraiment un échange. Après vous dire comment ils me perçoivent, je n’en sais rien… Ce qui est sûr, c’est quand je croise des anciens élèves, je ne me fais pas cracher dessus ! Mais j’entends quand même des choses, je sais que j’ai la réputation d’être sévère, je l’entends souvent. Sévère mais juste… j’espère ! Et votre point de vue là-dessus ? Vous pensez que vous êtes vraiment sévère ? Non, je pense que je suis exigeant, ça c’est sûr ! Mais je me rends compte en jury qu’on est trois profs à avoir des notations qui sont toujours à peu près calées, on a quasiment toujours les mêmes avis sur les étudiants, sauf cas exceptionnel. Et effectivement, c’est une question d’exigence. Après, je pense que je pourrais être beaucoup plus laxiste, d’abord ça me prendrait moins de temps pour corriger les copies et j’en ai un certain nombre, puisque j’ai trois amphis entiers à corriger à chaque session. Ce n’est pas ce qui m’intéresse. J’envisage l’enseignement comme un échange, même s’il est bref. C’est donnant-donnant, j’essaye de faire un cours qui se tient, dans lequel il n’y pas trop d’erreur, qui donne une ligne et une structure. J’attends en face que les étudiants ne viennent pas les mains dans les poches, en imaginant qu’ils vont me le faire en racontant n’importe quoi. Moi aussi je peux faire ça, ne pas préparer mes cours, arriver et essayer de vous bluffer mais vous ne seriez pas contents. C’est la même chose de

mon côté. Et je pense que l’exigence est nécessaire surtout à un moment où, effectivement, les places sont un peu chères à l’issue. L’Ecole prépare à différents cursus, mais quel que soit le métier qu’on choisit à l’issue de l’Ecole, c’est un métier où l’exigence va exister. Je pense que si on n’a pas envie de travailler, ce n’est pas la peine de persister, et autant le savoir dès la première année. Je suis donc généralement un peu plus sévère en première qu’en deuxième année. Puis parfois c’est simplement un coup de fouet. Avoir une très mauvaise note en mai permet parfois de se réveiller en septembre et de repartir sur de bons rails. Par ailleurs j’essaye d’utiliser toute la gamme des notations, c'est-à-dire que, certes, je mets des 0,25 mais je mets aussi des 19,75 et je crois être un des seuls profs à le faire. En jury en tout cas, c’est toujours moi qui mets les notes les plus hautes. Quand je suis content, je vais au maximum de la notation possible, et quand je ne suis pas satisfait je vais au minimum… Je me fiche que vous reteniez une chronologie, sauf dans les grandes lignes. Si vous faires des petites erreurs, ce n’est pas grave. Ce qui me déplaît fortement c’est de sentir qu’il n’y a pas de travail, qu’il n’y a pas eu l’effort de compréhension de la période. Je n’aime pas non plus le laxisme, quand l’expression française et l’orthographe sont vacillantes. Je ne parle pas des mots spécifiques où là je suis plus indulgent. Mais quand on confond des termes qui, pour moi, sont des termes non pas propres à la discipline mais du vocabulaire courant, ça m’énerve. Je pense qu’il y a des bases à acquérir quand on veut faire de l’histoire de l’art, il faut savoir s’exprimer, avoir des bases de mythologie grecque et romaine, de culture religieuse… Quand on me dit que la Vierge est la femme du Christ, oui ça m’énerve ! Pas parce que c’est ma matière, mais parce que, dans l’absolu, c’est quelque chose que l’on devrait savoir. Vous étiez encore élève il n’y a pas si longtemps. Pensezvous que le niveau s’est dégradé ou rehaussé ? Je pense que les attentes sont différentes. Je ne dirais pas que le niveau s’est dégradé. Au contraire, je dirais qu’il y a une évolution vers le mieux en ce qui concerne l’expression et l’orthographe. En tout cas les dernières promos l’ont bien montrée. Je pense aussi que la manière de travailler est différente, il y a peut-être une recherche d’immédiateté plus grande aujourd’hui. Il y a moins d’analyse en profondeur, un peu plus de surface mais ça ne veut rien dire sur le plus ou moins bien de la démarche, simplement c’est une manière de travailler différente. Un certain nombre de facteurs sont en cause : à mon époque, on n’avait pas internet, on travaillait dans les livres… Donc forcément les choses changent et on le sent. Mais je ne dirais pas que ça se dégrade, loin de là ! Quelques anecdotes maintenant : tout le monde (ou presque) connaît la vertu de Théodora, d’autres histoires croustillantes sur ces personnages ? Il y en a beaucoup ! Les saints notamment sont des personnages assez drôles en général. C’est ce qui me plaît dans cette littérature là. C’est une littérature qui est généralement assez amusante, j’essaye d’en donner quelques


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exemples. Il y avait un saint qui avait beaucoup d’humour : saint Philippe Neri, qui vivait au XVIe siècle au moment de la Contre-réforme. Il est l’un des fondateurs de l’Oratoire qui est une forme de vie consacrée très différente de celle qu’on connaissait avant. Il vivait à Rome et assez vite sa réputation de sainteté est venue lui causer des soucis, puisqu’il était très humble bien sûr. Il ne voulait pas qu’on dise de lui qu’il était un saint, qu’on dise « voilà le saint, voilà le saint » quand il passait dans la rue, que les gens viennent le toucher. Cela le gênait beaucoup. Il a donc décidé de mettre un terme à cette réputation. Il a pris une amphore de vin il est allé se saouler sur la place du Panthéon, en public. Il est rentré chez lui à quatre pattes, ivre mort en chantant des chansons paillardes. Tout Rome l’a vu évidemment et pendant quelques semaines, on a arrêté de penser que c’était un saint donc il a été tranquille. Mais c’est par humilité, bien sûr, qu’il s’est saoulé… Vous avez écrit un livre : Parfum de Sainteté (édition les Allusifs) dédiant votre livre : « A Dieu plutôt qu’a ses saints ». Quel genre de rapport entretenez-vous avec Dieu et avec la religion en général ? Avec Dieu, j’ai la relation que doivent avoir les couples divorcés. On a du mal à vivre l’un avec l’autre mais l’un sans l’autre c’est difficile aussi. C’est à peu près comme ça que je résumerais ma relation à Dieu. En ce qui concerne la religion, je dirais que je trouve le phénomène religieux intéressant quel qu’il soit. Je trouve admirable que l’homme ait imaginé une transcendance. Voir quelles formes elle prend m’intéresse beaucoup. Mes recherches me poussent plus vers le phénomène chrétien car je trouve son système philosophique très bien conçu et intellectuellement très satisfaisant. Je trouve que c’est l’un des systèmes qui permet une illustration qui a vraiment du sens. L’image chrétienne n’est jamais anodine et c’est ce qui m’intéresse, de voir ce que révèle l’image. L’idée que l’image est un autre langage me plaît beaucoup. C’est un langage qui est d’autant plus codifié qu’on est dans un domaine qui n’est pas anodin, celui de la religion. Voilà ce qui explique que je me sois plus particulièrement intéressé à ça. Par ailleurs, l’image chrétienne est très variée car que les saints sont très nombreux. Les scènes représentées le sont aussi donc il y a beaucoup de domaine de recherche. Je trouve également que les saints sont des personnages assez fascinants parce qu’on les présente, généralement, de ma-

nière lénifiante, un peu comme la statue de plâtre de sainte Thérèse avec des roses dans les bras et les yeux tournés vers le ciel alors qu’en réalité, ce sont des gens souvent assez durs et volontaires. Ce sont souvent des héros et ce côté héroïque me plaît assez. Ils font le choix d’avoir une vie hors du commun, parce qu’ils s’en sentent la force. C’est un orgueil démesuré, mais un orgueil qui est, finalement, contrôlé et qui se transforme en véritable humilité. Je trouve que c’est un parcours intéressant. Du coup ce sont des gens qui ont un regard sur le monde assez drôle et beaucoup d’humour….Vous savez pourquoi sainte Rita est la patronne des causes désespérées ? Euh…. Non. Elle s’est mariée, a eu des enfants. Une fois veuve avec ses enfants élevés, elle a voulu entrer au couvent. Mais le couvent de sa ville natale n’acceptait que des vierges. Elle a donc été refusée. Quelques temps plus tard, dans le même couvent, elle a refait sa demande, on l’a refusée de nouveau, mais elle a dit être redevenue vierge. On lui a fait un examen et effectivement, elle était redevenue vierge. Voilà pourquoi elle est la patronne des causes désespérées… L’Eglise a de l’humour en général Il paraitrait que vous êtes en train d’écrire un autre livre ? Oui, il parait… Qu’en est-il ? Quelques exclusivités pour les élèves de l’Ecole ? Il faut avoir le temps de s’asseoir pour écrire, malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Les idées ne sont pas très difficiles à avoir mais il faut du temps… Je suis en train de réfléchir à une histoire qui serait peut-être le mythe de Pygmalion et Galatée revisité. J’aime bien les détournements en général. Vous parliez des saints capables de choisir d’avoir une vie hors du commun. Auriez-vous été capable de mener ce genre d’existence ? De vivre en ermite par exemple ? L’érémitisme peut être pas, mais le martyre probablement puisque j’enseigne à l’Ecole du Louvre donc je suis livré aux fauves très régulièrement ! Je ne me sens pas appelé à la sainteté, c’est une vocation, et je ne l’ai pas. Il y a bien trop de choses dans le monde qui nous en détournent ! Mais ça reste un phénomène intéressant.


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Cela serait dans les grands chefs-d’œuvre j’imagine. Je vous ferais une réponse un peu idiote en vous disant que ça serait peut-être la galerie des Rubens parce que c’est une œuvre en plusieurs, donc ça permettrait d’en sauver plus d’un coup… Mais ça c’est pour la blague. S’il y en avait vraiment une à sauver au Louvre, je dirais sûrement La Mort de la Vierge du Caravage parce que c’est une œuvre polémique et qu’elle n’a pas fini de faire couler de l’encre.

que l’on cherche à vous piéger, ni moi, ni mes collègues n’avons cette idée en tête. Dites-vous bien que c’est beaucoup plus agréable pour nous de lire une copie satisfaisante que l’inverse. On vous pose généralement des questions qui sont assez faciles à anticiper si on est attentif au cours. J’annonce généralement les sujets d’examens pendant le cours. Quand je dis « si cette œuvre tombait en cliché, voilà ce qu’il conviendrait de dire… », en général c’est cette œuvre qui va tomber en cliché. Par ailleurs, j’ai quelques automatismes dans les sujets d’examens qui sont assez faciles à repérer en regardant les annales. Je ne prends vraiment pas les gens au piège, et mes collègues font pareil. Soyez donc concentrés sur le discours que vous avez entendu en cours. Essayez aussi de l’étoffer un peu avec des lectures, histoire de vous forger une opinion. Allez à l’essentiel, on ne vous demandera jamais de retenir des dimensions, ce qu’on vous demande surtout c’est de ne pas dire d’aberrations. Quand vous ne savez pas, ne dites pas, parce que c’est l’horreur et on le repère assez vite. Enfin le plus important est de fréquenter les œuvres. Profitez de votre scolarité parce que vous avez beaucoup de chance d’être dans un lieu aussi merveilleux et dans une école pareille. Profitez de la gratuité dans les musées et faites vous plaisir ! Puis, si les révisions sont un véritable calvaire, demandez-vous si c’est vraiment votre voie… Je n’ai pas dit, si les révisions sont un effort, il y a toujours un effort même dans les choses qui font plaisir mais si c’est un vrai calvaire, alors ce n’est peut-être pas la bonne voie. En tout cas, ça ne doit pas être vécu comme tel, ce serait dommage. Pour la vie professionnelle, ne vous laissez pas déprimer par les sirènes qui vous disent que vous n’y arriverez pas, qu’il n’y pas de place, pas de métiers, que c’est la crise, que c’est l’horreur… Ce n’est pas tout à fait vrai, il y a de la place pour ceux qui sont malins et qui en veulent. A partir du moment où vous savez où vous allez, tout est possible ! Ayez du courage, car ce sont des métiers passionnants mais qui ont aussi leurs revers. On parlait de vocation tout à l’heure, je pense que c’en est une de devenir historien de l’art, sous quelque forme que ce soit.

Sur les Ponts, On y danse, l’aventure continue ?

Une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?

En fait, l’aventure n’est plus entre mes mains. Le but n’était pas de faire ça pendant des années. Au départ, ce n’était pas du tout réfléchi, ça l’est devenu un peu plus tard et le cycle a abouti avec Thriller qui était un peu à part puisque il y a vraiment du montage… Donc ce n’est plus le principe de base où c’était un one-shot avec un appareil photo numérique. Mon idée est allée jusqu’au bout, ma volonté maintenant c’est que ça continue mais sans moi. Le mouvement a commencé, on eu des ponts du Vietnam, de Londres, d’Australie qui ont été postés sur le groupe. C’est bien, ce qu’on voulait c’est faire danser du monde donc si ça continue c’est bien !

« Votre pauvreté capillaire, choix ascétique ou contrainte naturelle ? ». Ce à quoi j’aurais pu vous répondre, c’est un choix bien sûr pour que l’auréole s’y pose plus facilement.

Un lieu de retraite pour un anachorète ? La plateforme de l’Empire State Building. Il y a un côté sauvage, King Kong, tout ça… Et puis on voit le monde et la Liberté n’est pas loin ! S’il n’y avait qu’une œuvre d’art à sauver, laquelle choisiriez vous ? C’est une question terrible ! Les œuvres d’art sont intéressantes pour pleins d’aspect différents. Il y a des œuvres qui nous plaisent par goût, et je pense que ma sensibilité ne me conduirait pas vers l’art des catacombes ou vers l’art byzantin ; il y a les œuvres qui nous plaisent parce que le contexte est passionnant, et c’est plus dans ce cadre là que je m’inscris pour l’art paléochrétien et l’art byzantin ; il y a les œuvres dont les matériaux nous plaisent, là c’est la cas de l’orfèvrerie byzantine, je vois mal comment on peut rester insensible à cela ; il y a les œuvres qui nous intéressent pour leur iconographie et là je pourrais vous en citer des milliards ; celles qui nous intéressent parce qu’on a un rapport intime avec elle parce que c’est celles qui nous ont conduit vers l’histoire de l’art ou qui nous ont forcé à nous poser des questions. Donc s’il fallait n’en garder qu’une ça serait une catastrophe ! Et jeter toutes les autres ce serait horrible ! Je ne peux pas répondre à ça ! Vous sauveriez bien une œuvre si le Louvre était en feu… Et ne répondez pas la plus proche de la sortie !

Merci à Maximilien Durand pour avoir pris le temps de répondre à nos questions. Propos recueillis par Margot Boutges et Annabelle Pegeon. Emplacement pour une éventuelle dédicace :

Pour terminer, un conseil que vous pourriez donner aux élèves pour les examens et pour leur vie professionnelle à venir ? Ne vous dispersez pas. Pour les examens, n’imaginez pas

(la direction décline toute responsabilité)


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le cliché que vous n’écrirez jamais...

L

’historien d’art, avachi avec suffisance sur les lauriers de ses balbutiements faussement savants sur le grand art, se plait trop souvent à regarder la culture et les traditions populaires comme les manifestations pataudes et insignifiantes d’une plèbe grotesque et crasseuse qui tente, tant bien que mal, de créer ses propres objets, ses propres mythes et ses propres héros. On ne peut que déplorer ce constat, qui n’est pas seulement scandaleux par la pédanterie d’une pseudo élite artistique qu’il illustre, mais aussi et surtout par le caractère purement et simplement faux d’une telle opinion. Il suffit, pour se rendre compte de l’absurdité de cette distinction entre art noble et art du peuple, de se référer aux grands maîtres de la peinture occidentale : Prenons Le Brun, la contemplation attentive de ses cartons de tapisserie pour la tenture d’Alexandre en dit long sur l’influence du comic book américain (stigmatisé par le pop art comme la plus belle expression de la culture populaire) sur la grande peinture d’Histoire. Outre l’agitation violente de ces batailles directement tirée d’un opus des 4fantastiques, les sbires d’Alexandre affublés de juste-au-corps en lycra imprimés de motifs « cote de maille », semblent tout droit sortis d’un volume des X-Men. Les spécialistes s’entredéchirent encore par publications interposées pour savoir qui de Iron Man ou de Wolverine a le plus influencé cette grande figure de l’aca-

démie. Les fouilles archéologiques récemment effectuées laissent en suspens l’hypothèse selon laquelle Le Brun aurait vu l’affiche des Watchmen dans le métro en se rendant à son atelier du Louvre. Pour prouver toujours de manière incontestable cette influence « pop » du comic book sur le grand art, n’oublions pas de mentionner le cas du tableau Léonidas aux thermopyles de David, dont les descendants ont été à juste titre, attaqués en justice pour plagiat par Frank Miller qui réclame les copyrights pour sa bande dessinée 300.

Séparer ainsi avec déterminisme grand art et folklore plébéien, se révèle donc être une impasse. Cette grave erreur, hélas largement répandue dans les hautes sphères de la réflexion artistique, ne pourra être corrigée tant que les spéculations hasardeuses de quelques illuminés ne laisserons pas la place, à l’emploi d’une démarche rigoureusement logique chronologique et scientifique que nous prônons avec opiniâtreté. Jicé Pepito Hameau

quelques perles (spécial Rome) ◊ "A Rome, dès qu'on plante un pétunia on tombe sur une ruine." ◊ "Le Classicisme, c'est un truc qui n'a pas de gras!" ◊ "Le Censeur, c'est celui qui fait le recensement, pas celui qui coupe la pellicule au cinéma parce que ça fait un baiser trop long." ◊ "Du cirque et du pain pour fermer sa gueule." ◊ "J'ai toujours du mal avec les PC de l'école, le temps que je réapprenne comment ça marche les cours sont déjà terminés. Oui parce que chez moi j'ai une pomme." (NDLR : un ordinateur Apple !) Liliana Nicolajsen, professeur d’archéologie étrusque et romaine


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dossier Le conseil de la création artistique

«J

e crois fondamentalement à la capacité de l’Etat à impulser un changement de culture pour apprendre à mieux soutenir le processus de création. Il y a des décennies de mauvaises habitudes. Moi je peux le dire, parce que je ne m’inscris pas dans les guichets. Ma parole est plus libre que celui qui produit et qui doit faire attention a ce qu’il dit parce qu’il se retrouvera au coin du chemin de la création, celui dont il a pu critiquer l’institution ou la politique. C’est donc à moi de donner un coup de pied dans la fourmilière. C’est à moi de bousculer les choses. » Dans un style qu’on lui connaît maintenant assez bien, le Président de la République Nicolas Sarkozy a justifié la création et l’installation immédiate du Conseil de la Création artistique lors d’un discours prononcé le 2 Février dernier au Palais de l’Elysée. Dirigé par Marin Karmitz, fondateur de MK2 et nouvelle prise de « l’ouverture », secondé par la ministre de la Culture, Christine Albanel, cette nouvelle instance a pour mission « d’éclairer les choix des pouvoirs publics en vue d’assurer le développement et l’excellence de la création artistique française, de promouvoir sa diffusion la plus large, et d’arrêter les orientations de nature à permettre leur mise en œuvre ». L’avenir le dira, mais d’ores et déjà, dans la lignée de son « omniprésidence », le discours de notre Président inquiète le monde de l’art. Les mauvaises langues s’affolent de ce projet qui entre parfaitement dans la volonté affichée du Président de contourner le mastodonte « Ministère de la Culture », cousin pachydermique de l’Education Nationale. En effet, alors que le cinquantenaire de notre ministère est en passe d’être célébré, de réelles inquiétudes apparaissent au sein de l’administration culturelle quant au projet présidentiel qui se met en place. Lancée depuis quelques mois, en parallèle à la réforme de la Fonction Publique, la remise à plat des grandes institutions culturelles s’accélère donc, avec la création d’un énième conseil, qui fait suite aux commissions rogatoires, aux conseils interministériels, aux groupes de travail, et autres efficacités administratives. Instance purement consultative, son rôle sera de conduire des travaux de prospective, afin d’identifier les bonnes pratiques culturelles et favoriser leur diffusion. Ce Conseil se compose de douze membres, choisis dans les diverses branches de la création artistique : Dominique Hervieu (directrice du Théâtre national de Chaillot), Jacques Blanc (directeur du Quartz, Scène nationale de Brest), Laurent Bayle (directeur général de la Cité de la Musique), Vincent Frerebeau (fondateur du label indépendant "Tôt ou tard"), Emmanuel Hoog (PDG de l'Institut national de l'audiovisuel), Laurent Le Bon (directeur du projet Centre Pompidou-Metz) notamment. La encore, point de cette diversité chère à notre président, point d’équité homme/femme, ce qui fait sérieusement grincer les dents de certains détracteurs du projet.

Marin Karmitz, fondateur du label MK2, et secrétaire général du Conseil de la Création Artistique, focalise sur lui les attentions et les critiques, a tort ou a raison. Tête d’affiche de cette instance, énième figure de « l’ouverture », cet homme discret a attiré sur lui les projecteurs médiatiques en un rien de temps, et ce malgré une relative discrétion. Homme influent du cinéma français, il fonde sa société de production MK2 à la fin des années soixante, après Mai 68, et revendique toujours aujourd’hui cet héritage, expliquant qu’il a créé cette société dans un « esprit militant », qu’il a toujours veillé a conserver. Ex maoïste, proche du Parti Communiste, puis du Parti Socialiste, il s’éloigne de la gauche au milieu des années 80 lorsque le poste de ministre de la culture lui est implicitement refusé. Son désamour avec le mitterrandisme sera encore accentué avec la « cession » d’Arte par le Président à Berlusconi. Il n’en était pas moins resté un homme de « gauche », comme il se plait à la répéter, mettant en action ses convictions au sein de Marin Karmitz en 2007 au son entreprise et de ses sor- meeting de François Bayrou ties publiques. Lors de la toute récente réforme de l’audiovisuel public, et notamment les questions entourant la suppression de la publicité, Marin Karmitz s’était illustré en cosignant une tribune incendiaire dans le quotidien « Le Monde ». Publiée le 25 novembre 2008, elle faisait état d’un « sentiment de trahison » éprouvé par les signataires vis-à-vis des conclusions du rapport présenté par Jean François Copé. Selon Karmitz, les « les hommes politiques de la majorité » ont procédé à un « détricotage » en règle des propositions de la Commission, dont il faisait partie. Le 9 Décembre, dans un entretien au Monde, il affirme que le Président de la République, au cours de cette réforme, a «peut être sauvé France Télévisions ». Inutile de préciser que cette sortie à fait l’effet d’une bombe, au vu de ses déclarations quelques jours plus tôt. Opportunisme ? Dans tous les cas, d’aucuns s’accordent à dire qu’il s’agit d’une belle prise pour le président. Il semblerait, selon, certaines oreilles et langues indiscrètes, que le désormais célèbre Alain Minc ait convaincu le Président de la République d’entrer en contact avec Marin Karmitz et de tenter de s’attacher ses services. Le lendemain, une entrevue a lieu entre les deux hommes. En plus des questions liées à la réforme de l’audiovisuel public, celle de la culture et de la création artistique est abordée. Karmitz explique au Président que tout mandat présidentiel doit se doter d’une politique culturelle forte. Il


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fait la différence entre une politique culturelle « qui se réfléchit » et une politique « qui s’applique ». Manière implicite et habile de se placer comme l’homme de la situation pour redresser un pan de la politique présidentielle quelque peu défaillant. Fort de son expérience passée, il se pose en figure de proue d’un mouvement de renouveau de la création artistique, en « rupture » avec les pratiques précédentes, dans un exercice rhétorique qui n’a pas manqué de séduire notre Président briseur de préjugés et de règles établies. Karmitz déclarera par la suite : « je l’ai trouvé incroyablement à l’écoute, ouvert et avec l’envie de découvrir un monde qu’il ne connait pas bien ». Le 13 janvier, avant les vœux du Président au monde culturel, le tour est joué. Nicolas Sarkozy appelle Karmitz, lui propose ce ministère de la culture bis que l’intéressé s’empresse d’accepter. Voila un nouvel épisode de la saga « Ouverture » entamée en Mai 2007 et qui n’a pas manqué de passionner les citoyens au vu des nombreux soubresauts de son scénario, des caprices des acteurs et des aléas du tournage. Il aura tout le loisir d’annoncer la création de cet organisme lors de ses vœux au monde de la culture le 14 Janvier dernier. La création officielle et l’installation du Conseil a lieu le 2 Février 2009, en présence de Christine Albanel. Celle-ci se voit tout de même confier une responsabilité « fantoche » dans cette institution, ce qui n’empêche pas de gloser sur la taille des couleuvres qu’elle a dû avaler au cours du mois de janvier dernier. L’habitude qu’ont les hommes politiques de s’occuper de la politique culturelle n’est pas nouvelle, comme en témoignent les nombreux exemples au cours du XXe siècle. D’aucuns la qualifient de choquante, mais il convient de rendre a César ce qui lui appartient, en saluant notamment les actions qu’a pu mener François Mitterrand, à qui l’on doit le Grand Louvre ou la BNF Mitterrand par exemple. Non, ici ce qui choque les esprits, c’est tout simplement la manière, les mots employés, qui dénotent de cette insolence et de cette assurance caractéristique de la rhétorique sarkozyste. Il est alors question de « donner un coup de pied dans la fourmilière », de « changer les manières après des décennies de mauvaises habitudes », etc... La question, qui reste encore sans réponse, se pose alors de savoir quelles sont les bonnes pratiques culturelles ?

Dans un domaine qui justement trouve son essence et son originalité dans l’imagination et la créativité, n’est on pas en droit de s’inquiéter d’une normalisation future de la création artistique ? Il ne s’agit bien évidemment pas de diaboliser bêtement et systématiquement l’action du Président de la République ou de son gouvernement, mais plutôt de prévenir à une certaine forme de dérive, qui pourrait voir des enjeux strictement financiers et économiques prendre le pas sur les aspects essentiels de l’art. De plus, la perspective de voir un groupe de personnes fortement réduit, « présider » aux destinées de la création contemporaine peut, sur le papier, faire froid dans le dos. Sous couvert de grands arguments, d’une rhétorique implacable, ainsi que d’une légitimation par l’Histoire (François Ier et Charles V n’ont ils pas fait la même chose, en d’autres temps et d’autres contextes ?), Nicolas Sarkozy se pose en grand défenseur de la libre création artistique, arguant de sa liberté de parole, dont plus personne ne doute aujourd’hui effectivement, pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière artistique. Coup médiatique ou problème de fond ? L’instrumentalisation de la culture et de la politique culturelle pour en faire un vecteur de cohésion politique et sociale autour d’une idéologie nous mènerait sur une pente glissante et dangereuse. Remise dans le contexte du Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, cette orientation nouvelle a de quoi inquiéter. La création d’un musée de l’Histoire de France, annoncée prochainement, se situe dans ce climat général. De nombreuses questions se posent alors, concernant les rapports qu’entretiennent Histoire et Politique. Est ce le rôle des hommes politiques d’écrire l’Histoire, de présider aux destinées artistiques d’un pays ? Peut on réellement laisser à un pouvoir oligarchique la liberté de déterminer une histoire, une identité et une culture artistique à une nation, et en faire un outil politique avéré et surtout au service d’une idéologie affichée. Bien entendu, loin de tout esprit de diabolisation intempestive, ne voyez dans cet article, qu’une maigre tentative de questionnement, une perche tendue à notre milieu si prompt à la polémique et aux interminables débats. Espérant, en toute modestie, que cela contribuera quelque peu à alimenter notre vigilance et notre esprit critique. Jean Michel Bazincourtiaux


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coup de coeur Trois années (ou plus) sur les bancs de l’école du Louvre, c’est trois années (ou plus) à brasser des images, d’une manière en somme très pragmatique. Quand la nausée nous guette, il est temps de ressortir les vieux albums, les vieilles bobines pour un retour aux sources artistiques ! Retrouvons ces images qui nous ont marqué enfants et qui, encore aujourd’hui, nous détournent et nous protègent d’un regard trop objectif sur la matière étudiée. Pour l’un, c’est L’angélus de Millet qui garnissait la boite à gâteaux de Grand mère. Pour l’autre, ce sont les jeunes filles au piano de Renoir qui pendaient au dessus du canapé de papamaman (aucun jugement).

Les Dix Commandements

, film découvert à huit ans Pour l’auteur de ces lignes, ce sont sans hésitation et qui lui donna furieusement envie de se lancer dans l’égyptologie. (Dieu soit loué, ça lui est passé.) Ce très vieux coup de cœur, elle veut aujourd’hui le partager avec vous, lecteurs de Louvr’boite. Mais comme vous vous fichez bien des souvenirs éventés (et vous avez raison), elle va simplement tenter d’en dresser une critique élogieuse (mais cependant objective), d’en explorer le mythe et les ficelles afin de vous attirer jusqu’à la cinémathèque où vous pourrez prochainement le découvrir.

L

e Louvre nous propose actuellement d’ouvrir les Portes du ciel… La tentation est grande de ne pas les refermer tout de suite et de respirer encore un peu les effluves magiques embaumant l’air… Pour prolonger l’illumination, laissons-nous emporter à nouveau par cette Egypte de technicolor que Cecil B. DeMille offrit au monde en 1956. Une Egypte flamboyante où le mont Sinaï et le mont Paramount s’enlacent étroitement pour la jubilation du spectateur venu renouer là avec un certain idéal et ressusciter l’étonnement enfantin. Descendons jusqu’aux eaux boueuses du Nil, en compagnie de jeunes femmes peu drapées mais somptueusement parées. Ces belles alanguies pataugent, échangeant des frivolités sans se douter qu’à deux pas de là, le souffle vétérotestamentaire s’infiltre tel un moustique parmi les lotus. Car un panier en osier dérive jusqu’à nous… C’est dans le grand fleuve que la grande Histoire trouve ses racines. (Attention, dans les lignes qui vont suivre, je risque fort de spoiler la Bible. Il est encore temps de détourner les yeux.) Bithiah, princesse de la maison de Pharaon, lève vers le ciel l’enfant dépouillé de l’étoffe grossière des lévites. « Parce que je t’ai sauvé des eaux, je t’appellerai Moïse. » déclare-t-elle, faisant d’un esclave hébreu son fils. « Moïse » « Moïse » répète-elle tendrement, comme une berceuse. Et la foule lui fera écho. « Moïse !» Moïse !» d’une bouche à l’autre, rappelant sans cesse à la vie celui qui fut effacé des stèles par l’Egypte aveuglée. « Moïse… » « Moïse… » jus-

qu’aux derniers murmures du grand Sethi, père de cœur trahi, qui sur son lit de mort transgresse son propre interdit en prononçant le nom du fils chéri et à jamais perdu.

Mais l’Egypte est coupable ! A elle pour une fois d’endosser le mauvais rôle. Face aux cris de douleur des esclaves et malgré les injonctions du libérateur, elle est l’opposante païenne et tyrannique, l’ennemie clinquante et présomptueuse. Incarnée toute entière par le couple de souverains bling-bling des roches nubiennes, elle s’obstine et réprimande, empêtrée dans ses délires mégalomanes. Son orgueil la perdra, et elle paiera cher d’avoir voulu jouer au plus fin avec Dieu, de n’avoir pas su à temps reconnaître sa puissance et d’avoir osé se mesurer à lui, en brandissant des fouets et des glaives de pacotille. Ramsès (Yul Brynner, superbe de vanité de grandeur et de chauvisme) assiste à l’anéantissement qu’il a précipité : les eaux de son royaume se changent en sang, une grêle enflammée s’abat sur les cultures, la vie de son fils unique est ravie par une nuée

verdâtre et les murs d’eaux de la Mer Rouge viennent engloutir ses mercenaires. « Son dieu est Dieu. » annoncera-t-il à sa belle et belliqueuse épouse dans un tragique intermède, avant que leur image vaincue ne s’efface à jamais devant l’image triomphante du Sinaï enflammé… Moïse le patriarche, c’est Charlton Heston arrivé au sommet de sa carrière (et qui n’en descendra plus jusqu’à ce que la sénilité ne s’en mêle et ne lui offre ses plus mauvais rôles de justiciers. Paix à son âme cela dit.). Il interprète ici un personnage d’envergure à plusieurs visages. D’abord prince éclairé devenu héros célébré, il incarne un homme épris de justice et tiraillé entre deux mondes qui va abandonner le trône et les fastes de la cour pour se jeter dans la boue et l’asservissement de ses frères afin de comprendre « pourquoi un hébreu ou tout autre homme peut naitre esclave ». Cette première étape dans la quête de soi est un hymne vivant et vibrant à l’humanité et à la liberté universelle. On bascule avec le Moïse numéro deux vers « l’ailleurs » biblique. Dieu s’est révélé à lui sur les pentes du Sinaï, faisant entendre ses exhortations devant les crépitations mollassonnes du buisson ardent. (Mais la voix de Dieu rachète la performance de ce piètre arbrisseau, car elle est puissante et inspirée, comme tombée directement de l’au-delà dans les micros du studio d’enregistrement.) Sitôt la vision opérée, Moïse tombe le look de jeune premier. Une Barbe et des cheveux blanchissants viennent parer son inexpressive extase… Et il se dresse, monolithique devant l’éternel. Et l’é-


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John Martin et de Waterhouse. Assailli par toutes sortes d’émotions picturales, le spectateur se délecte. Car un grand artiste a déployé devant lui un immense tableau mouvant. Et les attitudes outrées des personnages, naviguant entre romantisme et expressionnisme, viennent enrichir ces panoramas.

ternel lui répond, tout comme les éléments qu’il déchaine d’un seul geste du bras. Moins humain que prophète, il est l’image même de la transcendance, délaissant ses amours terrestres pour assumer pleinement son rôle d’intercesseur. «Il nous a oubliées. Vous, le jour où il est allé chercher son Dieu. Moi, le jour où il a trouvé son Dieu.» déclare Séphora épouse délaissée mais résolue à Néfertari, maitresse d’un autre temps. A l’aube de sa mort, la métamorphose est accomplie : il est le Moïse de Michel Ange à San-Pietro in Vincoli, puissant monobloc inspiré. Un budget maquillage conséquent pour un effet visuel garanti. Le miracle opère… Pour en explorer les ficelles, comment ne pas évoquer les effets spéciaux, ingrédients obligatoires dans la grande cuisine cinématographique et cosmologique ? C’est dans les effets spéciaux qu’une puissance impalpable (quelle soit divine ou autre) trouve son visage mouvant et déchaîné. Jugés vieillissants par certains, kitchs par d’autres, ceux du vieux DeMille ne font pas l’unanimité. Et pourtant… On en prend plein les mirettes, nos tripes se retournent et l’émotion, que l’on espère dépourvue de tout sentiment religieux, est à son comble. Tant de puissance visuelle nous démontre bien que certains grands réalisateurs n’ont pas eu à attendre qu’on leur livre les clefs de la high-tech pour ouvrir en grand le royaume divin. (royaume encore bien souvent inatteignable pour de nombreux successeurs moins inspirés.) Ajoutons à cela l’apport esthétique indiscutable de la peinture dans laquelle DeMille puise allégrement afin de donner à ses ciels toute leurs matières. Dans les nuées envahissantes se profilent les ombres de Turner, de

DeMille reste le grand maitre des grandes scènes de foule. Prenons une scène célèbre entre toutes, souvent plagiée (notamment par un dessin animé sauce biblique de la fin des années 90) mais jamais égalée : la sortie des hébreux d’Egypte. On reste ébahi devant le nombre de figurants qu’il a rassemblé devant ses caméras : un peuple incroyable, un chaos assourdissant, des familles en cohortes, des bêtes de somme qui disparaissent sous les chargements, des bestioles à poils et à plumes qui s’échappent dans tous les sens… Un brouhaha incessant associé à un sens du détail hallucinant. Car DeMille individualise sa foule au maximum en défroquant, colorant et salissant tous ceux qui la composent. Pas un figurant n’est semblable à son voisin dans ces gigantesques compositions. De plus et surtout, il ne se contente pas de suggérer la foule en la balayant de plusieurs mouvements de caméras impatientes de passer à la suite, il plonge bel et bien en son cœur névralgique pour explorer toutes les possibilités que la masse humaine peut générer. Zoom par ci, zoom par là sur des enfants menant des oies à la baguette, sur une gamine à la poupée, sur un vieillard en fin de course et sur les premiers cris d’un nouveau-né. DeMille n’en finit pas de tendre des miroirs dans lesquels le spectateur aime à se reconnaitre. A aucun moment, il ne joue à l’illusionniste flambeur, qui utilise la surpopulation ambiante pour bêtement impressionner, ni ne cède à la tentation d’oublier l’homme pour ne s’intéresser qu’au mouvement de groupe. Ses figurants ne prolongent pas le décor, ils l’habitent bel et bien. En démiurge perfectionniste (et humaniste), DeMille aimait à souligner l’importance de chaque rôle, quel qu’il soit. Tu as un personnage à interpréter et ce personnage est important. répétait-il à tout un chacun. On est ici bien loin des Blockbusters dé-

sincarnés, qui alignent jusqu’à l’écœurement les même guerriers en jupettes revêtus des mêmes cuirasses luisantes devant l’œil blasé du spectateur. De l’âme. On y revient toujours, à cette vision pénétrée, à cet idéal que le cinéma convoite. Aucune trace d’anachronisme dans ces dix commandements car rien ne saurait détourner le réalisateur de sa source brute : la Bible. En résulte une narration puissante et évocatrice, à mille lieues du jargon de Bronx que l’on retrouve dans la bouche d’un Colin Farrell (Alexandre) ou d’un Brad Pitt (Troie). « Si ce libérateur est un mythe, rapporte-le moi dans une bouteille, si c’est un homme, ramène-le moi enchaîné. » ordonne Sethi au prince Moïse. Ce que DeMille nous offre en guise de testament, (il mourra peu après la sortie du film), c’est une myriade de phrases cultes que l’on aime à se répéter avec l’emphase et le dramatisme appropriés, ce sont quatre heures de grand spectacle qui n’ont rien à envier à Ben Hur ou à Autant en emporte le vent. Quelle fut cependant ma surprise en découvrant que ce classique de l’enfance n’est finalement pas si connu que ça de mes congénères ! Qu’à cela ne tienne ! Tous à la cinémathèque ! Margot Boutges Les Dix Commandements, film de 1956 réalisé par Cecil B.DeMille, avec Charlton Heston, Yul Brynner, Anne Baxter… En vente un peu partout. Visible le samedi 25 avril à 14h30 et le dimanche 17 mai à 19h à la cinémathèque française, salle Henri Langlois.


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Mots croisés

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pause-café

T’en fais pas on va les finir cette fois-ci !

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Définitions 1.Indice boursier / Cité 2.Souverain ayyoubide / Pronom 3.Dieu grec / Roi légendaire 4.Paix latine / Note 5.Flagrants 6.Coupera 7.Nids d’abeilles 8.Personnes / Auteur de l’Iconologie 9.Risques / Adresse web 10.Conjonction / Moustache espagnole 11.Rayon nocif / Beauté antique 12.Venues au monde / transpirées A.Détruire / Jeu chinois B.Au clair-obscur affirmé C.Empereur byzantin / Nouvelle D.Affaire / Coatlicue ou Ishtar E.Département F.Boisson / Dynastie de Grenade G.Homme du Nord / Possède / Métal H.Enoncée I. Attachas / De la mer J. Article espagnol / Ré, Maurice et les autres / existes

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L’ours de Pompon, veillant sur l’ours de la rédaction...

Louvr’Boîte numéro 2 Numéro ISSN : 1969-9611 Directrice de publication : Anaïs Raynaud A la rédaction : Margot Boutges, Corentin Dury, Jicé Hameau, Sophie Paulet, Annabelle Pegeon Avec leur participation : Claire Ballini, Audrey Boulery Jean Michel Bazincourtiaux, Etienne Gatti, Camille Lévêque-Claudet A l’illustration : Aurélie Deladeuille, Valentine Gay Razzia de Napoléon: Philippe Bettinelli, Jicé Hameau, Alex Michaan Mots croisés maison : Anaïs Raynaud Duo Maximilien Durand passion : Margot Boutges, Annabelle Pegeon Comité d’inaction : Julien Mazars

Louvr'Boîte 2, printemps 2009  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), le numéro printannier 2009.