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50 cts — cinquante centimes — 0,5€ NUMÉRO TRENTE et UNIÈME

11.15

L o u v r ' B o î t e


édito ....................................................................3 Les mathématiques au quotidien .....................4 Les fractales .......................................................5 Les 15 chiffres qu'on aime (ou pas) à l'EDL.....6 Étude de cas.........................................................: -Ronan Opalka : l'artiste peignant le temps ....7 - À l'heure d'une vie ...........................................8 - Obsession, Religion et 3,14159 ........................:

Pi, de Darren Aronofsky ...................................10 Top 50 ................................................................12 La beauté 2 des équations ................................13 The Answer to the Ultimate Question of Life, the Universe and Everything ...........................15

dear data .................................18 Sexo : 15/30 .........................................16 Test : quelle année êtes-vous ? ..........17 Culture TV : Tutotals ..........................22 Super-Série :

Touch

............................23

Ciné : The Look of Silence ..................24 B.F.M. Food : le quatre quarts et demie 25 Perspective : La taxe tampon, parce que les règles c'est sale ................................26 Crobards d'humeur .................................28

31 SOMMAIRE

Courriers du palpitant ............................29 Le choix de la rédaction ..........................30 Jeux

:

Origami ......................................................31 Code à Craquer .........................................33 Chiffres croisés .......................................34


édito Ce journal est parfois fait de correspondances audacieuses : un an plus tôt, le numéro épais et sérieux « art et lettres  » était le premier né d’une nouvelle équipe de rédaction doublée (!) et rajeunie. Par une heureuse coïncidence, le n°31 suit cette ligne proportionnelle imaginaire en doublant une nouvelle fois l’équipe (!!) et en proposant un thème chiffré en contraste… complémentaire. Il s’agit d’autant d’éléments qui témoignent d’une bonne santé rédactionnelle, avec 31 battements de ventricule extrêmement prometteurs et réguliers. Mais place à l’abstraction : j’en appelle aux chiffres. Aurions-nous pu les inventer sans nos dix doigts ? (ce qui est sûr  : nous n’aurions pas pu vous écrire). Ce numéro aborde bien brièvement la numéro-tation (comme c’est facile !) mais aussi les différentes définitions du chiffre, qu’il soit physique ou mental, construction humaine ou régissant l’organisation du monde. Alors, le chiffre : inné ou acquis ?

Aurélien Locatelli

Louvr'Boîte

Le j o u rn al de s é lè ve s de l' É c o le du Lo u vre . S e p t i è me an n é e . n o ve mbre 2 01 5 . 0, 5 €.

École du Louvre, Bureau des Élèves, Porte Jaujard, Place du Carrousel, 75038 Paris cedex 01. Tél. : +33 (0) 1 42 96 13.

Courriel : journaledl@gmail.com. Facebook : fb.com/louvrboite. Twitter : @louvrboite. Tumblr : http://louvrboite.tumblr.com. Instagram : @louvrboite Directrice de publication : Sophie Leromain. Rédacteurs en chef : Herminie Astay & Aurélien Locatelli. Maquette : Aurélien Locatelli. 5 Relecture : Camille Giraud.

Ont contribué à ce numéro, dans l'ordre alphabétique :

Herminie Astay, Elsa Berges, Matthieu Burtin, Amélie Challier, Gabriel Courgeon, Solène Devaux-Poulain, Maximilien Fortier, Valérie Fortier, Lila Franitch, Lou Gellé, Camille Giraud, Maximilien Grémaud, David Ledrich, Sophie Leromain, Aurélien Locatelli, Angèle Meschin, Salomé Moulain, Lorenzo Oliva, Célien Palcy, Vincent Paquot, Orégane Plailly, Elise Poirey, Marie Rafin, Margaux Ruaud, Laure SaffroyLepesqueur. 1 e et 4e de couverture :

Yvine Briolay

ISSN 1969-9611. Dépôt légal : novembre 2015. Imprimé sur les presses de l'École du Louvre (France). Saufmention contraire, © Louvr'Boîte et ses auteurs.


Les mathématiques au quotidien

Texte : Amélie Challier « VADE RETRO SATANAS  !  »  : voici ce notation chiffrée bien sûr  : les lecteurs de Télérama assidus qu’évoquent les mathématiques. Il ne faut jamais ont tous en référence le bonhomme hyper méga content, généraliser mais il y a quand même une toute petite, lorsqu’il s’agit d’un chef-d’œuvre potentiel du cinéma et le riquiqui, minuscule part de vrai. bonhomme qui semble avoir passé la pire journée de sa vie, Où sont donc ces fameuses mathématiques, pour un navet ostensible. C’est une autre manière de noter assénées quotidiennement de « Les maths, ça sert à rien  »  ? après tout, sans le côté «  je donne une valeur donc c’est Sont-elles autant inutilisées que 90% des collégiens et vrai  », peut-être un peu caricatural. lycéens l’affirment  ? Certes, le théorème de Pythagore n’est pas un C’est donc bien joli tout ça mais voilà  : à l’heure élément capital au quotidien et lorsque, par hasard, nous actuelle, tous les thèmes sont sujets à notation,  qu’il s’agisse rencontrons sur notre chemin un triangle, nous ne d’art, de politique, de restauration, de transport, de songeons pas immédiatement à calculer la longueur de logement etc... Cette importance du classement au l’hypoténuse (le plus grand côté quoi). Néanmoins, il y a quotidien, reposant sur des critères mathématiques, ne fait toujours un peu de maths dans la vie, outre les calculs que croître. Il est maintenant possible de tout comparer, extrêmement complexes que nécessitent l’utilisation de la tout est «  mathématisé  ». Les pays sont classés en fonction machine à café ou l’achat d’une baguette. des statistiques sur leurs différentes bases de données  : on arrive même à établir qu’un Suédois mangeant du saumon Exemple : un jeune étudiant fort sympathique veut est plus heureux qu’un Espagnol se sustentant de tortilla, en aller au cinéma. Il calcule qu’en mangeant des pâtes toute la se basant sur des sondages. A part ça, les clichés, c’est mal. semaine, il réalisera une économie sur les courses de 8 euros, Les mathématiques ont certes une très grande utilité dans le soit les deux tiers de la place de cinéma  : il peut donc se domaine de la statistique mais cette mathématisation à permettre d’y aller. Sur ces entre-faits, notre étudiant veut outrance peut parfois toucher à l’absurde… choisir son film le plus objectivement possible, pour s’épargner de pleurer sur le classicisme du scénario et par la Peut-être que ce qui oriente le plus les opinions au suite, de se répandre en chants funestes, auprès de ses quotidien restent les sondages. Ah, les sondages  ! Ils proches, à propos de l’absence du jeu d’acteur. rythment tendrement nos JT, nos émissions de radio, Heureusement pour notre étudiant, il y a les sites tels scandent des chiffres auxquels la majorité des gens accorde qu’Allociné  : sur quoi va alors reposer son choix définitif  ? un sens primordial. Ils sont le sel de la vie politique. Untel a Sur la note accordée aux films. chuté dans les sondages  ? Sa carrière est finie. Untel a gagné Oui, la note dépend de critiques et de critères un point  ? Nous avons trouvé notre futur président et parfois totalement subjectifs, aussi variés que les paroles de hypothétiquement le futur king of the world. Calogéro. Non, mauvais exemple, inapte à la métaphore. Or, le sondage n’est pas d’une fiabilité sans faille. Les notes peuvent donc être aussi diversifiées qu’une garde- Les individus, ayant chacun des opinions personnelles robe de présentatrice météo de TF1. Toujours est-il qu’un différentes, ne suivent pas de lois mathématiques  ; ils ne film intellectuel tel que Les Tuches, ayant obtenu l’honorable sont pas répartis de façon homogène à travers un espace note de 2,3/5 par la presse, paraît moins attirant que Django donné et les chiffres varient en fonction des lieux où les Unchained, premier de la classe sur Allociné. sondages sont effectués, bien qu’il y ait des calculs de marge Les puristes assèneront alors qu’ils ne sont pas d’erreur. Cet élément est trop souvent oublié et les influencés par ces critères de notation, reposant sur une sondages, en s’appuyant sur la rigueur mathématique, approche parfois strictement personnelle et qu’il est exercent une influence psychologique sur l’individu et sur la important de se faire son propre avis. Exact. Il serait société. Leur utilité et leur fondement sont incontestables néanmoins douteux d’affirmer que les notes accordées par mais vouer une foi sans limite aux chiffres, exposés dans les les critiques ou les autres spectateurs ne nous atteignent en médias à tout bout de champ, pourrait altérer la qualité du aucune façon. jugement. Un peu comme croire tout ce que dit la pub, à En effet, l’idée que les mathématiques soient l’image de McDo qui chante les bienfaits de ses steaks synonymes d’exactitude prévaut dans l’inconscient  : hachés 100% français. La notion mathématique du l’emploi des chiffres, avec leur connotation scientifique, «  100%  » peut d’ailleurs être remise en cause, d’autant plus assurerait alors une certaine véracité. La note, par ce qu’elle chez McDo… Mais non, jamais McDo ne mentirait  : représente et par sa justification mathématique, va exercer «  production locale presque bio  ». une influence sur le jugement et les choix. Il est alors facile de se laisser berner par cet usage des chiffres pour un sujet Enfin bref  : je rends donc hommage à ces chiffres, aussi personnel que le cinéma, bien que ce système de ces mathématiques, discriminés mais qui gardent leur notation ait son utilité pour distinguer le très bon du très influence, étant intégrés au quotidien. mauvais. Sans doute a-t-il permis de dissuader quelques NON LES MATHÉMATIQUES NE SONT PAS âmes tentées par Lincoln, chasseur de vampires dans un INUTILES ET INUTILISÉES. Oui, nous ne nous servons moment d’égarement. Que ces âmes le remercient donc. jamais de Thalès, Pythagore et autres. MAIS TOUT DE Les critiques ne recourent pas toujours à la MÊME.

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Les fractales Texte : Matthieu Burtin - Illustration : Elsa Berges

Quel est le seul objet au monde capable de paralyser les capacités cognitives d'un fumeur de weed, et pourquoi ? C'est une boîte de Vache Qui Rit, qui combat la fringale inhérente à la consommation de ladite substance tout en fascinant notre junkie grâce à l'imbrication sans fin de ses boucles d'oreilles. Bon, figurez-vous que cette imbrication a un nom : fractale. Ici c'est la manifestation esthétique du concept mathématique qui se décrit soit avec des équations incompréhensibles pour quiconque n'ayant pas fait math sup, soit grossièrement de la manière suivante : si on zoome sur une partie, on retrouve le dessin de base, et ce à l'infini. On remarquera que lorsque ces fractales sont utilisées en art ou en design, c'est quand même un bon truc de camés. Vous avez vu le clip No Brain d'Etienne de Crécy ? Il a dû envoyer plus d'êtres humains aux urgences que Buffalo Grill pendant la crise de la vache folle. Toujours est-il que ces figures provoquent ébahissement et stupéfaction même chez les sujets sobres, et que par conséquent, certains esprits se sont emparés de cette véritable herbe à chat pour cortex visuel pour en pondre des sculptures et des tableaux. Le résultat claque sa race (pour rester poli), mais, franchement, quand on justifie ses études par le grand mystère de l'art propre à l'Homme et à son génie créateur source de beauté, ça t'en fait pousser une drôle de paire sous le menton que le premier type venu largue un truc joli simplement parce qu'il a résolu une équation. On met là le doigt sur ce qui rend les fractales si fascinantes : avec elles, on se rapproche de ce qu'il y a de plus excitant et terrifiant en art : la beauté absolue. Ce qui sous-entend qu'il pourrait exister une recette d’œuvre qui «  marcherait  » quelque soit le référentiel culturel de son public, ce qui lui conférerait à la fois une puissance phénoménale et une tristesse considérable. De manière générale, les sciences mathématiques ont toujours été des outils incroyablement puissants pour la création artistique, mais toutes ces œuvres peaufinées au micron près (soit l'épaisseur d'un poil de cul) ont en commun, outre le fait d'être certainement le fruit d'un(e) inadapté(e) social(e) infoutu(e) de faire ses lacets seul(e), une certaine froideur lorsqu'on les place à côté d’œuvres, certes plus moches, mais nettement plus enthousiasmantes. Bref, victoire de mauvaise foi pour les giclettes de Jackson Pollock contre les équations. Parce que seul le Lawrence Institute of Technology arrive à reconnaître les vrais Pollock des faux, et ce avec une technologie... fractale.

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Les 15 chiffres que l'on aime (ou pas...) à l'EDL Texte : Lila Franitch & Célien Palcy - Illustration : Lila Franitch

1 0.

Les 10 ongles que tu as rongés d'un coup en apprenant le taux d'élèves aux rattrapages chaque année.

8 et 30.

Oui… tu sais ? Le «  8h30  » qui te fait souvent te lever trop tôt pour aller en HGA…

11 .

Le nombre de m² dans lesquels tu crèches à la manière d'un pharaon dans son sarcophage.

9 300 000.

Le nombre de visiteurs annuels au Louvre…. le nombre de prolétaires que tu pourras délicieusement snober grâce à ta sacro-sainte carte coupe-queue de l'EDL.

65.

Le nombre de conservateurs au Louvre. Le nombre de dieux vivants qui te feront rêver… avec une petite pointe de jalousie.

1 0 000.

50.

1.

17.

Le nombre de clichés qu'il te semble falloir apprendre avant la fin de l'année. La seule fois où tu t'es perdu(e) dans le Louvre (ahem…).

1 x1 0.

Le nombre de fois où tu as envie de tuer un(e) visiteur(euse) qui touche une œuvre dans un musée.

360 000.

C'est le nombre de mètres carrés de plancher au Louvre. A la fin de l'année tu auras les jambes de Beyoncé à force de les arpenter.

20.

Les 20 fois où tu as demandé d'un ton affamé détaché si tel mec était hétéro avant de verser une larme.

Ah…. Ces 50 centimes, clé sacrée d'un moment caféiné, intense et revigorant… What else ? Le nombre de cours de spés que tu veux essayer dans la même semaine sans t'emmêler dans les horaires… Petit(e) 1A inconscient(e) que tu es…

30.

La somme d'argent qu'il te reste pour finir le mois, alors qu'on est le 15, alors qu'il te reste encore tellement de bières livres à payer.

27.

Le nombre de secondes qu'il te reste avant que ton TDO ne commence, tandis que ce groupe de japonais bouche l'entrée du Carrousel, qu'il te faut ouvrir ton sac plein à craquer de livres pour le vigile en gilet rouge ou qu'il y a encore un demi-kilomètre boueux à parcourir avant la porte Jaujard.

-2.

Le nombre (négatif) d'endroits où l'on peut manger bon et pas cher à moins d'un kilomètre de l’École.

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étude de cas

Roman Opalka :

l'artiste peignant le Temps Texte & Illustration : Pabu

Je vais raconter l’histoire d’un artiste pas du tout banal qui décida, comme ça, sur une idée, de capturer plastiquement le Temps, en attendant sa femme en retard dans un café à Varsovie en 1965. Cet artiste est francopolonais, né le 27 Août 1931, et son nom est Roman Opalka.

devant son œuvre finie avec toujours la même chemise et la même position-expression. Ensuite il s’enregistrait en train de lire les nombres qu’il avait inscrits sur sa toile. Il capture ainsi le Temps qui passe inexorablement via trois supports différents : la peinture, la photographie et la bande son.

C’est en effet en regardant sa montre afin de mesurer le retard de son épouse, qu’il eut l’idée qui allait changer sa vie. Opalka avait déjà essayé de peindre le Temps avec ses tableaux nommés Chronomes, mais ces derniers pouvaient être regardés de façon isolée. En rentrant à son atelier, Roman prit ses pinceaux et peignit sa toile de peinture noire, puis il commença à peindre des chiffres en blanc. Ainsi se créa l’œuvre de toute une vie : Détails 1- ∞.

Il est important de noter que ces trois médiums utilisés sont une seule et unique œuvre. Ainsi lors d’une exposition au CIAM La Fabrique à Toulouse, un an après la mort de Roman Opalka, le spectateur pouvait voir ces nombres défiler un peu à la Matrix accompagné des photos de l’artiste vieillissant et de sa voix comptant en fond sonore. Roman Opalka a ainsi réussi à inscrire le temps de sa vie dans son œuvre qui fut renommée : «  le fini défini par le non fini  ».

Opalka peignait des chiffres de 1 jusqu’à l’infini, enfin surtout jusqu’à sa mort le 6 Août 2011. À partir de 1967, il choisit de mettre 1% de blanc en plus dans le fond de ses toiles jusqu’à ce qu’il puisse écrire blanc sur blanc. à la fin de chaque toile, l’artiste polonais se prenait en photo

Pour plus d’information, allez sur le site de Roman Opalka : http://www.opalka1965.com/fr/index_fr.php

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étude de cas

à l'heure d'une vie Texte : Valérie Fortier - Illustration : Laure Saffroy-Lepesqueur

Un petit tour. 12, 3, 6, 9, 12, et encore un tour, 3, 6, 9, 12, encore un tour, 3, 6, 9, 12 et ainsi de suite... On la connaît la chanson ! Tic, tac, tic, tac  ; de minuit à midi, de midi à minuit. L’invariable ronde se laisse compter, décompter. Les chiffres à la file indienne clament le passage des heures, quand tout à coup le disque s’enraye, et la musique change. 7.... 14.... 21.... 28... 35... 42.. 49.. 56.. 63, 70, 77, 0. Entendez-vous  ? Une vie s’éteint.

Life Clock est une œuvre, double, de Bertrand Planes, réalisée en 2004 pour Life Clock 2, et 2008 pour Life Clock 3 (l’œuvre se décline en deux versions). C’est un rond, ponctué, à sa lisière, de nombres disposés à intervalles réguliers ( Life Clock 2) ou décroissants ( Life Clock 3), un rond transpercé d’aiguilles, un rond sabré par la course lente de fers doubles. Life Clock est une horloge, de 51cm de diamètre, une horloge qui compte le temps, certes, mais une horloge qui, non contente de ressembler à ses comparses, auteures des heures, amantes du jour coulant et de la nuit fuyante, saute d’années en années. Elle achève son tour à la fin d’une vie, normalisée (espérance de vie d’une femme, en 2013), de 84 ans, grâce à un mécanisme ralenti 61 320 fois. Non-conventionnelle, Life Clock n’en reste pas moins une horloge, instrument de mesure : du temps. Dans l’image de l’objet-temps, numéral, se glisse la transcription humaine dudit temps. Ce n’est pas un portrait. L’aiguille, pointe de graphite, incapable de dessiner, marque, note, se souvient de la disparition des ans. Elle consigne les laps. Par la découpe minutieuse, la charcuterie proprette du temps, l’homme s’en croit faire le maître et possesseur. « Comptez, comptez-moi donc, risibles mortels ». L’homme chiffre le temps pour le mettre à sa mesure, l’oblitérer, dessinant avec naïveté l’illusion de la domination. L’aiguille pourtant tranche, morcelle, fractionne le cercle, cette vie. Chirurgicale, la froideur mime le spectacle de cruauté  loi implacable  de l’écoulement irréversible des heures. En dépit de l’apparence épurée, de la composition même lapidaire de l’œuvre, j’aimerais prendre –  quoi donc  ?  – le temps, oui, de l’observer plus attentivement encore, deviner les ondes fluctuantes dans le vide, discerner les remous de la platitude. Que faudrait-il voir enfin  ? Rien qu’un rond, des petits traits, quelques chiffres, et du blanc, partout, dans les interstices, en plein milieu, du blanc  ; du blanc comme du gaz, comme la mer, qui englobe, et qui gobe. Que voir donc  ? Une choucroute, chers terriens. Et Mamie Joëlle de répliquer  : quel rapport avec la choucroute  ? Mamie Joëlle tôt comprendra  : Life Clock n’aligne pas des petits traits, aléatoirement, pour le bon plaisir de construire

un chemin de fer circulaire, tchoutchou insensé, rituel ferroviaire qu’enfume l’absurde. La disposition rigoureusement calculée des marqueurs temporels saccade un écoulement mathématique de ce standard de vie. L’efficacité de l’outil, immergée dans sa blancheur neutre aveuglante, oublie les couleurs de la mémoire. La machine de précision, dont la mécanique, jamais par les larmes, les cris de rage, les voix de rire, les voies d’ennui ne sera enrayée, trouve pourtant une pensée humaine, incrustée dans ses engrenages : la perception du temps. Life Clock 3. Confrontation, enfin  ! L’objet rencontre le sujet. Faut-il reprendre  ? 7.... 14.... 21.... 28... 35... 42.. 49.. 56.. 63, 70, 77, 0. À mesure que les années passent, leur fuite semble s’accélérer. De 7 en 7 toujours, mais l’aiguille n’estelle pas venue de 42 à 49 trop rapidement, tandis que de 7 à 14, elle s’attardait chaque jour  ? Que la choucroute nous éclaire. Au commencement, la fourchette, leste, apporte généreusement la nourriture à la bouche. Beaucoup. Et la bouche d’enfourner beaucoup avec une promptitude héroïque. L’estomac se remplit, sensation satiété. Il en reste, de la choucroute  ! On continue, on achève, la fourchette, fatiguée, apporte machinalement la nourriture à la bouche. Peu. Et la bouche d’enfourner peu en d’interminables minutes. Le trajet qu’effectue la fourchette, de l’assiette à la bouche, du début à la fin du repas, reste le même, la distance n’évolue d’aucune façon. La fourchette est pareille à la pendule de Mamie Joëlle  : monotone va-et-vient, secondes identiques  ; temps réel. La quantité de choucroute avalée varie néanmoins ainsi que l’impression qu’elle laisse. Les grosses bouchées initiales sont à l’image de ce temps qui paraît si grand, petit, et les petites fourchetées finales ressemblent à ce temps passé si vite, grand. Choucroute équivaut au temps perçu, distance assiette-bouche équivaut au temps réel. L’assiette se vide, la transformation s’opère  : la choucroute de l’assiette et la choucroute de l’estomac ne se reconnaissent pas –  heureusement, ceci dit. Le temps à venir et le souvenir  se frôlent, mais demeurent séparés toujours par l’aiguille –  présent. Et qu’importe l’heure exacte, celle du présent que personne ne fige, l’heure fugace, l’heure fantôme, l’heure futile. L’heure habille le mort  ; leurre habile mord. Chers terriens, nous finirons tous dans la même poussière  ; mécano à string, caissière à casquette, prof EDLien à tifs festifs, punk à chien, chien à punk, Joëlle édentée, tous. Destination destruction.

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La complétude de l’œuvre trahit une mort calibrée. Sept coups, douze fois. Des sept jours de la semaine – création divine et célébration – aux sept trompettes de l’Apocalypse, chez les judéochrétiens, jusqu’au sept, union des principes féminin et masculin chez les Bambaras, les Dogons encore, en rejoignant les douze signes du Zodiaque, céleste cartographie, les douze mois de l’année, cycle perpétuel, ces nombres nous mènent vers un état d’accomplissement, de perfection, par la transformation dynamique qu’ils insufflent, vers une finitude. Est-ce une horloge meurtrière ? À qui profite le crime  ? Personne. Terminus, tout le monde descend, voilà tout. Entre deux traits, le long de l’aiguille, un instant se fixe et l’image de l’homme s’efface dans l’éternité  : l’homme fait un tour, l’horloge ne cesse jamais de tourner. On tourne en rond. Tant pis. La vie d’heurts en lavis d’heures.

Œuvre présentée dans l’exposition LAPS , (Coup de cœur !) à l’espace d’arts visuels Le Carreau de la ville de Cergy, 3-4 rue aux Herbes (RER A  : Cergy Préfecture) du 03 octobre au 29 novembre 2015 .

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étude de cas

Obsession, Religion et 3,14159

Pi, de Darren Aronofsky

Texte : Vincent Paquot - Illustrations : Herminie Astay & Lorenzo Oliva

« 12h45, je reformule ma théorie : 1 - Le langage de la nature est mathématique. 2 - Tout ce qui nous entoure peut être mis en équation. 3 - Toute représentation graphique d'une équation met en évidence une séquence. Donc la nature est faite de séquences. Preuves : le cycle des maladies épidémiques, les fluctuations de la population animale, la récurrence des taches solaires, la crue et la décrue du Nil. Et que dire de la Bourse ? Un univers de chiffres, qui régit l'économie mondiale, des millions de mains à l'œuvre, des milliards de cerveaux, un immense réseau grouillant de vie, un organisme, un organisme naturel. Mon postulat : les variations boursières dépendent aussi d'une séquence. Elle est devant moi, cachée derrière les chiffres. Elle a toujours été là. » C'est par ces mots que s'ouvre en partie le premier film réalisé par Darren Aronofsky, énoncés par une voix off qui s'avère être celle du narrateur, Max Cohen. Max est mathématicien, chercheur et ce qu'il cherche, c'est par quelle séquence la Bourse fluctue. En effet, rien ne parait plus imprévisible et chaotique que la Bourse. Et pourtant, Max pense que tout est mathématique et surtout, composé de séquences. Donc tout serait prévisible. Pourtant il peine à trouver, car un autre élément le bloque : le nombre pi et ses décimales ne suivant aucune séquence. Beaucoup de gens semblent s'intéresser aux travaux de Max qui, tout inadapté social qu'il est, ne voit pas cette agitation autour de lui d'un très bon œil. Que ce soit un cabinet de trading ou des juifs pratiquants, beaucoup semblent avoir à gagner à ce que ses travaux aboutissent. Car que signifie trouver cette séquence ? Si on y réfléchit bien, son pouvoir en serait terrifiant : trouver la

séquence d’un quelconque événement permet de le prédire précisément, d'acquérir un pouvoir proche de l'omniscience, de devenir Dieu. Appât financier pour les uns, dévotion religieuse pour les autres, on parle ici d'un acte qui se veut de foi, mais aux intentions profondément égoïstes. Et c'est là que dès son premier film, Darren Aronofsky met en avant son leitmotiv, l'élément dont il traite à chacun de ses films :  l'obsession. Outre celle des deux groupes tournant autour de Max, il y a celle évidemment de Max : l'obsession des nombres, ou plutôt du nombre pi qui, comme la Bourse, lui résiste. Il en devient malade, au point de faire des migraines terribles, traduites par un bruit aigu et strident, insupportable pour le spectateur. Et que dire de ce qu'elles précèdent : des hallucinations renforcées par le contraste incroyablement fort à ces moments. De plus, le film est entièrement tourné en noir et blanc, ce qui, en plus d'accentuer ces visions cauchemardesques, nous donne l'impression d'être constamment perdu dans cet environnement urbain, effet que le tournage caméra à l'épaule renforce. Pour rester dans l'aspect visuel, il est assez intéressant de voir que ce film annonce très fortement Requiem for a Dream, le film le plus connu à ce jour du réalisateur, avec des plans très serrés à ces moments où le personnage principal perd le contrôle de lui-même, sombre dans la démence. Que ce soit les traders ou les religieux, il est amusant de les voir traités de la même manière par le réalisateur : au départ accueillants, sympathiques et sociables, ils deviennent agressifs et violents quand ils se rendent compte que Max possède la formule, ce nombre à 216 chiffres qu'ils convoitent tant. Les traders veulent dominer le marché, les juifs eux, veulent ainsi obtenir le véritable nom de Dieu, pour s'élever et retourner auprès de lui. Comme dit précédemment, les traders et les religieux ne

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cherchent finalement qu'à s'élever et dominer, leurs intentions sont purement égoïstes. Que ce soit la foi ou l'appât du gain, les deux sont considérés de la même manière, comme une obsession malsaine. Et que dire du personnage principal ? L'obsession de Max est encore plus forte et marquée que celle des autres protagonistes, à la différence de ses motivations, bien plus multiples et complexes. Une foule de volontés anime cet être, entrant en résonance et faisant de sa vie un enfer. Max est un chercheur en premier lieu, mais un chercheur qui reprend les travaux de son professeur d'université, qu'il revoit régulièrement pour jouer au Go avec lui. Professeur qui n'a jamais pu aller au bout de ses recherches, il y a là l'idée de dépasser le maître. Il y a aussi l'attirance, forte et frustrante, qu'il ressent pour sa voisine, qui lors de ses crises de démence, se fond en son supercalculateur qui se met à pousser des gémissements de plaisir et de désir. Enfin, et c'est la plus forte, la motivation qui fait que les deux autres se confondent en une seule obsession : la recherche de la vérité. Max est persuadé de pouvoir tout expliquer à l'aide des mathématiques, il ne recherche pas une mais LA vérité, celle suprême, au-delà de Dieu, c'est le concept même de Dieu qu'il cherche à approcher. Max cherche à comprendre son monde, au travers de la logique des mathématiques. En fin de compte, tout le film parle de l'obsession de la vérité, de celle qui pousse les Hommes à trouver Dieu. Et d'où vient alors celle de Max ? Nul ne le sait vraiment, mais dans son monologue au début du film, Max nous donne une piste : « 9h13 : Commentaire : Quand j'étais gamin, ma mère me disait de ne pas fixer le soleil. Alors quand j'avais 6 ans, je l'ai fait. Les médecins ne savaient pas si je retrouverai la vue. J'étais terrorisé, seul dans ces ténèbres. Petit à petit, la lumière commença à filtrer à travers les bandages, et je pus voir à nouveau. Mais quelque chose en moi avait changé. C'est là que j'ai eu ma première migraine.  » Max a vu le soleil, Max a vu la vérité, Max a vu Dieu et depuis, il vit avec cette connaissance qu'il supporte mal, qui l'obsède.

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Top 50 Texte : Jules de Chamont Imaginez plutôt : vous êtes tranquillement installés dans la cafétéria du Louvre en train de siroter votre café noisette lorsque soudainement, un homme à la blouse blanche et aux cheveux en bataille s'approche de vous, et, à grands coups de « Nom de Zeus  !  » vous ordonne de retourner dans les années 80, à l'aide d'une voiture à remonter le temps. Intimidé, vous vous exécutez, et arrivez en plein 1984. Douce époque en effet que les eighties, où les caissiers de supermarché se déplaçaient encore en patins à roulettes, où les enfants jouaient au Rubik's Cube plutôt qu'à Candy Crush et où Magnum possédait encore sa moustache ainsi qu'un swag inégalé. Mais vous n'entendez qu'un seul nom, qu'un seul sigle dans toutes les bouches : Canal +. La première chaîne payante de France marque un grand coup dans l'histoire télévisuelle en n'étant financée ni par le contribuable, ni par l’État, mais bien par ses téléspectateurs. Et c'est une émission qui va contribuer à faire connaître la toute jeune chaîne, en s'imposant comme une référence dans le milieu musical  : le Top 50. Une émission qui garde tout son délicieux ringardisme teinté d'une pointe de nostalgie. Vous allumez votre télévision Technicolor, et c'est la célèbre réplique de Marc Toesca «  Salut les pt'its clous  !  » qui vous ouvre les portes d'un monde peuplé de synthétiseurs grésillants et de coupes de cheveux improbables. Le Top 50 était d'abord une émission d'information  : chaque semaine étaient présentées les 50 plus grosses ventes de vinyles 45 tours de France. Mais au fil du temps, il devient un véritable rendez-vous du soir  : on pousse les meubles, on s'arme de son verre de vin (ou de sa bouteille de Ricard pour les plus beaufs) et l'on ondule son booty sur les mélopées de Voyage Voyage de Desireless ou de Toute première fois de Jeanne Mass. En l’occurrence, c'est Peter et Sloane qui inaugurent l'émission, avec Besoin de rien envie de toi qui restera 7 semaines en première place. Chaque soir est donc présenté le Top 20 et le samedi le Top 50, actualisant ainsi chaque semaine le classement. Le Top 50 devient donc un instrument de publicité formidable pour les artistes qui ont la chance d'y paraître, et surtout un moteur pour l'économie du disque. Diffusée simultanément sur Canal + et Europe 1, l'émission marque un tournant dans l'histoire de la musique  : va se créer le concept de musique commerciale et de «  charts », littéralement : les graphiques montrant la courbe des ventes de la semaine. On va ainsi reprocher (à juste titre) un abaissement de la qualité musicale dans l'ensemble des productions, se réduisant à des rythmes trop stéréotypés et des accords simplistes. Et si maintenant le Top 50 est l'apanage des boites de nuits cheap et autres DJ Kevin, il n'a conservé qu'un souvenir médiocre dans le cœur des français, comme le lendemain d'une trop longue cuite où l'on regrette ce que l'on a fait la veille.

Mais avançons dans le temps : ce sont en effet les années 90 qui vont marquer les plus grosses hontes jamais portées par la France, après Nadine Morano et l'invention du string-coquille. Si l'on avait déjà eu un avertissement avec Nuit de Folie en 1989, c'est l'âge de la boîte à son mal calibrée et des structures musicales basiques. Dur, dur d'être un artiste en ces temps là, et ce n'est pas Jordy, Mylène Farmer ou Larousso (si vous vous souvenez de cette dernière, posezvous des questions sur votre santé mentale) qui diront le contraire. L'émission est quand à elle marquée par le départ du mythique Marc Toesca et son remplacement par Yvan Le Bolloc'h et Bruno Solo, transformant ce qui était alors une pastille musicale à peu près sérieuse en succession de sketchs pas toujours à propos, et bien souvent gênants. Ce qui poussa Canal + à abandonner l'émission au profit d'Antenne 2. Là aussi, un flop total. La version télévisé du Top 50 s'arrête en 1995. Mais le Top 50 continue d'avoir ses aficionados. Connaissant depuis 2011 un renouveau sur W9 avec Génération Top 50 présenté par Jérôme Antony (le mec gênant de Un Trésor dans votre maison sur M6), il est le marqueur temporel d'une époque révolue où l'audiovisuel marquait le quotidien. Une institution qui a su frapper de son empreinte toute l'industrie musicale, puisque le Top 50 est encore aujourd'hui un marqueur des ventes de disques dans tous les pays du globe. Et optionnellement un bon vivier de musique pour les fins de soirées un peu trop alcoolisées. Quelques remarques avant de se quitter : si l'on a depuis 1984 pris l'habitude de classer les artistes selon leur présence au Top 50, et que ce dernier est à jamais associé à l'âge d'or des années 80, les années 2000 et 2010 marquent presque entièrement le palmarès global, cela dû au développement des nouveaux supports, disques comme numériques. Ainsi, le single s'étant tenu le plus longtemps en pôle position du Top 50 fut Happy de Pharell Williams. C'est à notre Mylène Farmer nationale que l'on doit le record de l'artiste la plus entrée dans le classement, et au collectifde la Star Académy I l'unique cas d'un artiste s'auto-détrônant de la première place. Enfin, mon personal favourite, un micro-classement des plus belles chansons classées premières au moins une semaine au Top 50 depuis 1954, juste pour que vous les ayez dans la tête : Wannabe des Spice Girls, Pour que tu m'aimes encore (la plus écoutée des chansons francophones dans le monde) de Céline Dion, Dragostea din tei (maya hi) de OZONE et surtout T'es si mignon de René la Taupe. Ne me remerciez surtout pas pour toutes ces belles mélodies. TOP 50 NEVER FORGET

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2 La beauté des

équations

Texte : Lou Gellé - Illustration : Camille Giraud

ou « Commentaimer les maths lorsque l'on déteste les maths  » Mes amis, ressortons les clichés (non notés, vous pouvez effacer ces regards terrorisés)  : nous, littéraires, historiens de l’art, nous n’aimons pas les mathématiques. Ni les sciences, ni les scientifiques d’ailleurs, ils nous ont trop méprisés lorsque nous étions encore obligés de les fréquenter. Mais laissons notre bon cœur et notre indulgence de littéraires s’exprimer, et tentons de mettre un terme à cette éternelle querelle en tant qu’adultes responsables (même si ce sont eux qui ont commencé, d’abord  !). C’est ainsi que cet article, à l’objectif dès lors clairement pacifiste, aborde un thème que nous savons horrifiant pour beaucoup de nos lecteurs  : les mathématiques. Non, ne changez pas de page, restez  ! Ne soyez pas rebutés par cette matière qui vous a tant fait souffrir par le passé, car aujourd’hui nous vous prouvons que libérés de ses griffes scolaires, vous pouvez l’apprécier sous un autre angle. Prenons donc le temps de passer de.......à......., et considérons l’esthétique presque artistique des écrits mathématiques. Cette beauté peut se trouver dans moult domaines scientifiques  : nous pouvons nous pâmer devant les diverses figures géométriques en perspective cavalière, le redouté nœud papillon du théorème de Thalès, la douce courbe de la fonction logarithme népérien, la droite (d') dont le nom allait si bien avec l'état de votre moral devant les longues branches des arbres de probabilité et tant d’autres. Mais notre propos ici porte sur un domaine bien précis : les équations. Dépassons notre peur de la résolution mathématique, exerçons notre sensibilité à la beauté des équations qui nous décrivent courbes et idées abstraites  : derrière elles, se cache tout un monde, réel et imaginaire, où une lettre peut représenter aussi bien un infini qu’un point inexistant. «  Nous ne comprenons rien à ce charabia, chez nous les chiffres ne servent qu’à dater des pots fragmentaires au millénaire près ! » me direz-vous, et il est vrai que nous sommes ainsi assez indifférents à cette première beauté des équations, la beauté d’une équation résolue. Si si, souvenezvous de ce temps où, comme par miracle, devenait

en bas de votre copie. Ne trouviez-vous pas cela magnifique ? En votre for intérieur sans nul doute, nous en sommes convaincus. Mais revenons donc à notre approche artistique des équations et en tant qu’historiens de l’art, observons-les comme les objets d’une étude épigraphique. Car après tout, quelle différence fondamentale  ? Des écrits indéchiffrables, signes inconnus s’enchaînant que seuls certains initiés parviennent à lire et comprendre, telles la partition en clé d’ut ou plaquette de fondation akkadienne. Il s’agit là d’un véritable langage qui, à défaut d’être compris, peut être apprécié pour le charme de ses signes et l’harmonie dans laquelle s’assemblent toutes ces petites lettres grecques (enfin quelque chose qui nous parle) et ces jolis caractères que l’on n’utilise nulle part ailleurs. Tenez, prenez par exemple les sommes et les produits  : et (à lire «  somme des ‘k’ fois ‘k’ factoriel pour tous les ‘k’ allant de un à n  », mais ça vous le saviez déjà). Ceux-ci ont su bien s’entourer et leurs domaines d’application leur tiennent chaud en toutes circonstances. N’oublions pas de mentionner la catégorie portant le nom enchanteur de «  somme télescopique  ». Et c’est enfin l’occasion d’utiliser les gracieuses accolades, aimables demoiselles qui réunissent les formules célibataires. Ne laissons pas de côté leurs cousines, les intégrales, qui partagent avec elles leur ravissant cambré mais font preuve de plus de coquetterie, parées de leur petites perles chiffrées. Associées, comme ici :

Il est impossible de ne pas remarquer la douceur de leurs courbes. Un petit conseil : ne jamais sous-estimer la sensualité des équations. Remarquez également l’élégance toute en courbes du signe ∞ qui, bien que trop utilisé pour tatouages et bijoux Claire’s, reste intéressant puisqu’avec lui, l’infini tient dans un rapide coup de crayon. Bien que manquant cruellement de toute courbe, les Normes 1, appelées normes, ne nous laissent pas de marbre, pouvant même nous rappeler les hampes bouclées à banderole de chaque côté du temple d’Inanna pour les plus adeptes.

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D’autres signes nous sont bien plus familiers, mais n’en perdent pas pour autant leur esthétique. Citons les divisions, fameuses parts de gâteau (ou pizza selon les goûts du professeur), les nombres à virgule dont le nom charme autant que leur étendue, les fonctions qui semblaient être de plus en plus inutiles alors qu’elles devenaient de moins en moins compréhensibles, ou encore la racine carrée, qui sous ses airs de mère bienveillante prenant les égarés sous son aile, cachait bien son jeu, les laissant ensuite tout amoindris. Ah, et le mignon " ~", cousin de " ~" l’équivalent, qui par sa vaguelette mignonnette nous indique jovialement qu’il n’est sûr de rien... N’oublions pas notre cher signe .., l’emblème même de l’équation avec son ami le "=". N’est-ce pas là un signe fascinant, qui semble nous indiquer une définition suprême, exhaustive, qu’on ne connaît pas ici en histoire de l’art ? Qui peut se vanter d’avoir tout dit sur un tableau comme on peut affirmer que .. = 3 ? Après ce bref passage dans le musée des signes mathématiques, laissez-moi vous présenter pour finir ces deux trouvailles qui semblent se disputer le titre d’  «  équation la plus jolie  » chaque année. La première  :

Dite "formule Stirling", elle regroupe plusieurs des aspects évoqués plus haut avec cet équivalent qui nous guide vers la trompeuse racine carrée. La seconde, ein + 1 = 0 , « identité d’Euler » pour les intimes, décore le plafond de la salle mathématique du Palais de la découverte. Comment mieux finir cet article qu’avec les mots de Cédric Villani, qui vous expliquera sans doute mieux que moi l’origine de son charme : «  C’est la combinaison improbable de ces cinq constantes qui rend belle cette équation.  » dit-il. Ce qui, je vous l’accorde, ne nous avance pas beaucoup. Mais dès à présent vous pouvez l’admirer, elle et ses compagnes, sans plus avoir à les résoudre ou les comprendre. Oubliez tout ce que vous avez un jour su à leur propos, et contemplez les équations pour leur élégance que vous savez dès lors enchanteresse. Vous qui avez haï les mathématiques, aimez-les sous ce nouvel angle .An.

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The Answer to the Ultimate Question of Life, the Universe, and Everything Texte : Gabriel Courgeon - Illustration : Pabu Quel est le sens de la vie ? Quelle est la réponse à l’univers  ? Pourquoi sommes-nous là  ? Quand est-ce qu’on mange  ? Nous autres humains, pauvres animaux conscients coincés dans une prison de chair, en plus de devoir faire face à notre propre mortalité, il nous faut nous tarter une myriade de questionnements plus ou moins existentiels restés sans réponse. Sans réponse jusqu’à l’année 1978.

Flashback : 1978, c’est l’arrivée de Jean-Paul II au Vatican et la naissance du chanteur Faudel (deux événements qu’on nous assure comme étant indépendants l'un de l'autre, mais personne n’est dupe). Mais 1978 c’est aussi l’année où tombe la réponse à la Grande Question de la Vie, l’Univers, et le Reste. Dans la pluvieuse Angleterre, un programme radiophonique pointe le bout de ses ondes  : The Hitchhicker’s guide to the Galaxy (H2G2, le Guide du Voyageur Intergalactique dans la langue de Molière). Bientôt adapté en livre, en série et plus tard en film, cette comédie spatiale raconte comment Arthur, un humain, échappe de peu à la destruction de la Terre grâce à son meilleur ami, l’extraterrestre Ford. Ensemble, ils partent faire du stop, combattent des aliens avec des serviettes et embarquent à bord du vaisseau du président de l’Univers qui vient de s’auto-kidnapper. Ce dernier est à la recherche d’une arme surpuissante que seul un super ordinateur peut localiser. Hors, ce super ordinateur a été programmé par une civilisation disparue pour donner la réponse ultime à l’univers  : «  42  ». Nos interrogations profondes, nos doutes, nos points d’interrogations, tous ont pour réponse le chiffre 42. Pourquoi 42  ? La vraie question à se poser est «  pourquoi pas  ?  » Douglas Adams, auteur de cette réponse abracadabrantesque est très clair  : le choix du 42 est purement lié au hasard, pas la peine de chercher midi à quatorze heures. C’était mal connaître les fans hardcore et autres geeks extrémistes qui se font un point d’honneur de trouver coûte que coûte un sens derrière 42, répertorier tous les 42 de l’Histoire et ainsi découvrir le secret de l’Univers. C’est ainsi qu’ils ont «  découvert  » que le premier livre imprimé par Gutenberg avait 42 lignes par page, qu’un Big Mac contient 42% de l’apport journalier en sel, que c’est à la page 42 du premier tome qu’Harry Potter découvre qu’il est un sorcier, que le Titanic naviguait à une vitesse de 42 km/h quand il a heurté l’iceberg, ou encore qu’Elvis Presley est mort à l’âge

de 42 ans. Si cet agglutinement de faits sans aucun rapport les uns avec les autres ne répond pas à vos angoisses profondes sur l’existence, je ne sais plus quoi vous dire. Aujourd’hui 42 est l’un des chiffres les plus connus de la Pop-Culture, allant jusqu’à être une des répliques de Siri quand on lui demande la réponse à l’univers (seule utilité qu’a pour le moment ce futur Hal 9000 en puissance). Mais derrière la cascade de merchandising et de références geeks, il est intéressant de noter le rapprochement entre des questions hautement philosophiques et le monde des chiffres. Les mathématiques comme on nous les enseigne n’insistent pas sur le côté très abstrait des chiffres. Les mathématiques ne sont-elles pas aussi abstraites que la philosophie ? Pourraient-elles être aussi abstraites que la Métaphysique,  et à ce moment là, est-ce que celle-ci pourrait se résumer par une équation  ? Des questionnements qui passent bien au-dessus de la tête d’un simple étudiant en muséologie qui rigolait quand le prof disait qu’avec «  l’exercice 69, ily a un problème de géométrie dans l’espace  ».

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sexo

15 / 30 Texte : Vicious Eva

En novembre, G-inger Point a eu d’autres hommes chats à fouetter et n’a pu produire une rubrique sexo digne de ce nom (mais a quand même eu le temps, entre deux coups de rush, de répondre au Courrier du Palpitant !). Exceptionnellement, elle laisse sa place à une nouvelle recrue, pas si novice que ça : Vicious Eva.

Pour les matheux, les bosseurs persévérants et autres asociaux, voici les RÉSULTATS :

- Tu as obtenu plus de 30 :

Mazel Tov, c'est un garçon. Prière de faire parvenir une photo de la bête ainsi que tes coordonnées à la rédaction qui me les transmettra.

Bonjour, entrez je vous en prie, asseyez-vous, n'ayez pas peur, dites moi tout : âge, taille, mensurations, date du premier rapport, durée moyenne d'un rapport, nombre moyen de rapports par semaine, nombre total de partenaires,...

- Tu as obtenu entre 15 et30 :

Félicitations, tu es dans la moyenne nationale. Tu fais partie de la moyenne et tu t'en réjouis, tu t’enorgueillis d'être platement banal, tu mènes ton petit train-train quotidien et tu aimes ça. Je suis sûre que tu votes et que tu roules en Renault Clio. Voyons mon grand, cesse de te reposer sur tes lauriers, oublie l'amour à la papa ! Passe à la rédaction, je t'apprendrai la brouette moldave et la toupie pékinoise.

Du triolisme au 69, le sexe regorge de chiffres, mais il y en a un en particulier, que l'on prétend significatif, que vous redoutez, et qui pend telle une épée de Damoclès poilue au-dessus de vos têtes craintives, Messieurs... Vous me sentez venir. Aujourd'hui je vous propose de mesurer l'étendue de votre virilité (ou de celle de votre partenaire, ou du premier mec venu si vous ne disposez pas de l'équipement nécessaire et que vous avez l'esprit scientifique). Prends ton outil à deux mains mon cousin ! Munis toi également d'un double décimètre (au moins), d'un rapporteur, et d'une balance de cuisine que tu n'oublieras pas de rendre à ta maman après. Sache qu'en matière de sexe une seule chose compte… non, ce n'est pas d'aimer son partenaire, quelle naïveté ! Ce qui compte c'est  : la longueur multipliée par le diamètre plus le poids en grammes divisé par la circonférence le tout divisé par l'angle en radian de l'inclinaison au carré.

- Tu as obtenu moins de 15 :

Chut, là, là, ce n'est rien, viens dans mes bras. C'est ta trousse à crayons que je sens contre ma cuisse ? Oui  ? Désolée. Ne te mine pas, comme on l'a démontré brillamment dans ce numéro, les chiffres ne comptent pas. En revanche, en ce qui te concerne, puisque ces derniers ne jouent pas en ta faveur, il va falloir miser sur le reste. Je ne peux que te recommander d'opter pour la spécialité art grec, tu ne seras pas dépaysé parmi les œuvres du bon vieux Praxitèle. N.B  : Ces calculs hautement scientifiques étant issus de l'épisode 4 saison 15 intitulé «  T.M.I  » de la série South Park (que je vous recommande chaudement), il va sans dire qu'il convient de ne pas les prendre au sérieux (je ne tiens pas à avoir des suicides sur la conscience). Si cette question vous angoisse véritablement sachez pour votre gouverne qu'une étude a révélé que la taille moyenne du paf chez les français serait de 17cm, ce qui nous amène à la conclusion que les français sont toujours de gros mythos vaniteux puisque le BJU international place la moyenne mondiale à 13,12cm. Quoiqu'il en soit ne négligez pas vos cours de langue, vous savez comme moi qu'ils comptent dans les résultats finaux. À bon entendeur, salut.

Voilà, démerde toi. Je sais que certains d'entre vous, ont fait des études de Lettres et qu'il va être compliqué de vous en sortir avec ça. Mais grâce à l'École du Louvre, l'art de la perspective n'a plus aucun secret pour vous, et si vous ne vous en sortez pas dans vos calculs vous pourrez toujours vous dire que la perspective est trompeuse et que vos atouts sont en réalité bien plus impressionnants en vrai que tels que vous les voyez du dessus ( true fact).

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test

test :

Quelle année êtes-vous ?

Texte : Elise Poirey - Illustration : Gaumar

q ③ ⑤ ⑦

Car dans le temps il y a le passé, le présent, le futur, il y a aussi votre année. Celle dans laquelle vous auriez dû naître, vivre et mourir. — Quel siècle préférez-vous ? XVIe siècle XXe siècle IIIe siècle av. J.-C. XVIIIe siècle Aucun — Lorsque vous entrez dans une salle d’examen, vous : Vous armez de votre plus belle plume, votre but est de négocier avec le correcteur Avez envie de disparaître Partez en vainqueur, votre but est que les autres ne reviennent jamais Êtes prêt à tout défoncer, au sens propre Vous préparez à suer, un examen c’est un peu comme courir un 42km — Quand vous êtes en soirée, vous préférez danser : Le limbo Le sirtaki The Regency Dance La carioca Le menuet

② ④ ⑥

— Vous avez plutôt un côté : Inexistant Monarchique Rebelle Sportif Politique — Votre bestseller personnel restera toujours : Les Vies Parallèles, Plutarque

Le Livre des Secrets des Présidents Américains La Bible Codex Atlanticus, Leonardo Da Vinci Le Petit Livre Rouge, Mao

— Lorsque vous sortez de chez vous, vous n’oubliez jamais : Votre houppelande Votre pantalon pattes d’eph’ Votre péplos Votre robe-chemise De sortir nu(e)

— Votre technique ultime de drague c’est : En vérité je vous le dis : yo la gow, tu veux du poisson ? Les billets doux glissés dans le décolleté de votre mie au détour d’un couloir Un cocktail offert à la fille ayant le leggings le plus fluo de la boîte La pédérastie D’enfiler un masque pour se rendre à un bal de libertins Après avoir répondu aux questions, reportez vos résultats dans le tableau page 20 pour découvrir votre année du zodiaque… 19


dear data

une semaine de Louvr'Boîte : une synthèse

par Herminie Astay Comment rendre l’essence de la vie par un dessin ? Telle est la question que se sont posé beaucoup d’artistes, attaquant la réalité à coup de crayon sans jamais réussir à être satisfaits et recommençant sempiternellement le combat. Giorgia Lupi et Stefanie Posavec ont trouvé une solution bien à elles à ce problème. Les deux artistes ont chacune collecté des données sur leurs habitudes quotidiennes, leurs sentiments, en un mot, leurs vies et les ont mises sous forme de diagrammes colorés qu’elles s’échangent par courrier chaque semaine. Les cartes postales envoyées sont postées sur un site qui les met en regard, suivies d’un texte et de photographies documentant la recherche et les étapes de réalisation de ces dernières. Cette correspondance se place en contre-pied des  big data régnant sur l’internet. Ici les données ne sont pas grandes, elles sont même plutôt anodines, relevant du quotidien. Ainsi les thèmes traités vont des nouvelles rencontres (semaine 40) à leurs habitudes vestimentaires (semaine 35)  ; de leur addiction au téléphone mobile (semaine 8) jusqu’à la musique qu’elles écoutent au quotidien. Ces mêmes types de données donnent un résultat très différent selon leur auteur montrant par là qu’un contenu identique traité par deux esprits différents peut être mis sous des formes très variées l’une de l’autre. On est frappé par l’ingéniosité dont Lupi et Posavec font preuve en matière d’esthétique de la statistique. Les cartes sont colorées, les traits ne sont pas tracés à la règle, donnant à l’ensemble une esthétique Do It Yourself aux antipodes des diagrammes statistiques réalisés informatiquement à l’usage des entreprises. Inspiré par cette mise en forme esthétique des chiffres, Louvr’Boîte a décidé de suivre l’exemple de Giorgia Lupi et de Stefanie Posavec et vous offre en double page centrale un petit échantillon de ce qu’est une semaine pour un rédacteur du journal, avec en bonus les résultats du sondage «  cuillère vs. couteau pour déguster la pâte à tartiner  » chez nos abonnés.

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test

Vous avez un maximum de Vous êtes l'année 1515 , la Bataille de Marignan. Vous êtes l’année par excellence, tout le monde vous connait, de l’élève de CM1 au vieillard de 86 ans. Votre nom résonne comme une victoire dans les jeunes têtes blondes de nos collégiens, même si personne ne sait où vous vous situez réellement (le Nord de l’Italie dirons-nous pour être large). Fièrement menée par François Ier face aux Suisses, vous êtes à l’origine de leur neutralité, et sans doute de leur secret bancaire.

ne connaissent pas, la plupart du temps tout au moins, votre véritable histoire. Mais ne perdez pas espoir, toute course a une fin, bien que la votre reste tragique. Autres choses qui se sont produites cette année-là d’après Wikipédia, l’encyclopédie en ligne : Darius Ier médite probablement une nouvelle offensive quand éclate une révolte en Égypte qui le force à différer ses projets contre la Grèce ; Phidias voit le jour.

Autres choses qui se sont produites cette année-là d’après Wikipédia, l’encyclopédie en ligne : le 20 mai un rhinocéros est envoyé au roi Manuel Ier du Portugal ; le 23 décembre Thomas Wolsey, cardinal depuis le 7 septembre, devient lord Chancelier d'Angleterre.

Vous avez un maximum de Vous êtes l’année 1787, la création de la Constitution Américaine. Si d’après vos compatriotes vous restez un texte sacré, immuable, la « loi suprême du pays  », permettez-moi d’émettre quelques objections : le texte final étant écrit sur des feuilles de chanvre, pour un pays qui n’a pas entièrement légalisé la marijuana, vous êtes le paradoxe même. Vous avez inspiré vos homologues français, et l’importation des McDo en France n’y est sûrement pas étranger.

Vous avez un maximum de Vous êtes l'année 1989, la chute du Mur de Berlin. Vous n’êtes pas du genre à casser des briques, pourtant vous êtes à l’origine d’un nouveau monde, un monde nouveau et libéré/al. Vous marquez la fin d’une époque, la fin d’un rêve, celui de Vladou Ier (Lénine), qui ouvre sur celui de Vladou IInd (Poutine). Ce n’est pas seulement un mur, une frontière, qui tombe en 1989 c’est aussi toute une nation, l’URSS. Voyez le bon côté des choses, grâce à vous de nouveaux pays sont nés, nous citerons notamment le Kirghizistan et l’Azerbaïdjan. Nous ne pouvons que nous incliner devant votre imagination sans limite pour les appellations territoriales.

Autres choses qui se sont produites cette année-là d’après Wikipédia, l’encyclopédie en ligne : les 2 et 3 décembre l’Autriche échoue dans sa tentative de s'emparer de Belgrade par surprise ; le 20 mai est fondé Iekaterinoslav, sur le Dniepr. Vous avez un maximum de Vous êtes l’ an 0, le néant. Vous êtes comme l’an 0, vous n’existez pas. Vous êtes hors du temps, l’alpha et l’oméga, le début et la fin. ( Musique de suspense). Vous vous suffisez à vous-même, pourtant vous ne pourriez pas exister sans tout le reste. Mais qui êtesvous réellement ? Cela reste un mystère.

Autres choses qui se sont produites cette année-là d’après Wikipédia, l’encyclopédie en ligne : le 9 janvier démarre une grève étudiante au Bénin ; le 1er avril est inaugurée la pyramide du Louvre Vous avez un maximum de Vous êtes l'année 490 avant J.-C ., la Bataille de Marathon. Vous êtes un battant, un gagnant, un coureur. C’est grâce à vous que la victoire d’Athènes contre les Perses a pu être annoncée, on peut aussi vous dire merci pour les vieilles qui courent à NYC aujourd’hui. Vous restez la plus grande inspiration des sportifs du dimanche, qui malheureusement

Autres choses qui se sont produites cette année-là d’après Wikipédia, l’encyclopédie en ligne : à Pâques, Jésus a ressuscité. 22


test

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culture TV

TUTOTALS Texte : Sophie Leromain - Illustration : Herminie Astay

« Coucou les loulous, bienvenue dans Tutotal, le rendezvous septième art où l’on se demande si oui ou non on va voir un film d’après sa bande-annonce  ». Après un générique très do it yourself, voilà comment débute chaque Tutotal. Cette «  web-série  » (si l’on peut l’appeler comme ça), est une création de l’équipe de Personne ne bouge (ou PNB pour les aficionados) a.k.a. «  la revue culturelle et décalée de Philippe Collin, Xavier Mauduit et Frédéric Bonnaud  » qui est diffusée chaque dimanche sur Arte.

Alors, c’est l’histoire de Géraldine de Margerie et Maxime Donzel qui détournent des tutoriels vidéos trouvés sur internet afin de noter une bande-annonce et vous conseiller (ou non) un film. Une dose de tuto, quelques points qui forment un total et le tour est joué : voilà les tutotals (NDLR : oui oui, des tutotals et non des tutotaux comme le voudrait le bon sens grammatical).

+ 3 pour les petites références bien trouvées (cf.: l’accident de raclette d’Avengers).

Bon, alors, les points :

+ 2 pour l’humour toujours décalé.

+ 10 pour le générateur de punchlines que seuls les vrais comprennent.

+ 1 pour la panoplie d’accents des doubleurs. + 3 pour trouver des tutoriels aussi chelous (qui sont, by the way, très difficiles à retrouver).

- 5 pour avoir mis - 8 à de Christophe Honoré.

- 4 pour l’écran de transition des points un peu trop violents qu’il n’y avait pas dans les saisons précédentes.

Donc, euh, ça nous fait un total de + 10 donc, euh, vous irez carrément voir Tutotal de PNB, sur youtube, dailymotion ou même sur notre Tumblr ! On se retrouve le mois prochain, avec un nouveau Culture Télé ! Ciao, bande de bobos !

Points bonus : Voici la sélection de mes trois tutotals préférés : - Lucy : tuto transformisme. - Métamorphoses : auto camping. - Respire : tuto Running // ex-aequo avec Fast & Fuirons 7 : tuto voiture (ce sont les mêmes youtubeuses)

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Métamorphoses


super série

Touch

ou l'universalité des nombres Texte : Salomé Moulain

Découvrez une série où on peut enfin s'exclamer « Tout est lié ! » à la fin de chaque épisode. Une série où l'on se sent plus petit et en même temps soudain plus serrés sur cette petite planète. Découvrez Touch. On y rencontre Jake, un enfant autiste de 11 ans (David Mazouz, le jeune Batman pour les amateurs de Gotham), communiquant uniquement par la voix des nombres et son père, Martin Bohm (Kiefer Sutherland bien loin du badass de 24h) à l'affront du monde afin de réparer les erreurs de l'univers. Le père cherche désespérément à entrer en contact avec son fils qui ne parle pas et ne supporte pas le contact physique. Il en trouve un à travers les nombres que Jake étale sans fin sur son cahier, numéro de téléphone, de loterie, adresse, suite de Fibonacci (oui, la même que dans le Da Vinci Code), etc. Le rôle de cet enfant, étrange être silencieux et pourtant perturbant, est de veiller à ce que les fils qui relient les êtres humains entre eux, se tirent, s'étendent, se détendent, s'emmêlent mais jamais ne se cassent, que les connexions contribuent à l'ordre secret des choses pour le mieux. Ou comme il se définit lui même, « de faire les connexions entre ceux qui ont besoin de se retrouver, ceux dont les vies doivent se rencontrer  » (« the ones whose lives need to touch »). On devient alors spectateur de l'évolution de l'univers, comment les fils de cette immense toile d'araignée sont mis à l'épreuve afin d'apaiser les douleurs du monde. C'est à travers des personnages du monde entier qu'on parvient à recouper toutes les intrigues et à revenir à la première, comme une boucle. Celle d'une relation entre un père et son fils, un peu larmoyante par certains moments, on l'admet. C'est de là que le titre tire son sens, au premier abord énigmatique, mais qui annonce la tournure poétique que prend parfois la série ainsi qu'un certain penchant pour le surnaturel. L'intrigue s'intensifie au fur et à mesure de l'avancée dans la saison pour faire apparaître un fond de complot et un questionnement plus approfondi sur la place des nombres dans notre société, l'importance qu'ils prennent dans notre existence. En premier lieu, en tant que langage, ici, les nombres remplacent les lettres. Lorsque Martin Bohm réalise que les nombres que son fils écrit sans cesse ont une signification, une nouvelle porte s'ouvre à lui, amenant la possibilité d'un langage, d'un dialogue avec son fils jusqu'alors impossible, et accessoirement de rendre le monde meilleur (nous sommes dans une série américaine ne l'oublions pas !). On peut donc résumer la série comme elle-même se définit, un «  chevalier invisible au service du roi silencieux », un père qui suit aveuglément les indications de son fils. Malgré quelques redondances dans le scénario et le nombre (irritant) de fois où Martin Bohm interpelle son fils (vous

n'oublierez pas son nom, pour sûr) qui ne peut lui répondre, on passe une bonne soirée. C'est le concept en lui-même de la série qui attire, la question de la connectivité entre individus. Question d'ailleurs déjà abordée dans la série du même créateur Heroes, qui adopte également le principe de village global, c'est à dire que l'intrigue n'est pas centrée uniquement sur les États Unis, mais aborde également des personnages du reste du monde. Son générique participe notamment à cette globalité, envoûtant, il donne à voir le monde par sa merveille, il nous montre les ressemblances là où l'on ne les voyait pas auparavant. Touch est une série à voir et à ressentir, laissez vous porter par sa légèreté et vous ferez un voyage bien étonnant. Il s'agit d'une série qui commence un peu à dater (terminée en 2013), mais on peut la rapprocher d'une série beaucoup plus récente et tout autant envoûtante : Sense8, sortie en mai 2015, aborde également les thèmes de connexions secrètes entre individus et de la sensibilité humaine avec merveille. Un autre des petits bijoux de la télé qui donne envie d'embrasser le monde. Et vous, «  si vous étiez le seul qui savait ce qui doit être fait mais que vous n'aviez pas les mots, comment le feriez-vous comprendre par les autres  ? Comment appelleriez-vous à l'aide ? »

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ciné

The Look ofSilence Texte : Angèle Meschin

Puisqu’on parle de chiffres, tout le monde s’accorde à dire qu’un million, c’est beaucoup. Surtout quand c’est un million d’hommes. Et que ces hommes sont assassinés. Et encore plus quand ce crime de masse est reconnu et accepté par tous, non comme un drame mais comme un acte héroïque : l’horreur est glorifiée et la tragédie niée. Voilà à peu près le degré de stupéfaction que l’on ressent en voyant les premières scènes du magnifique documentaire de Joshua Oppenheimer, The Look of Silence. Pour qui n’a pas vu le premier opus qui complète celui-ci ( The Act of Killing), où les meurtriers, toujours au pouvoir en Indonésie, rejouaient avec un plaisir malsain leur propre rôle dans les scènes de torture et d’assassinat, tout cela surprend. On ne comprend pas comment ces politiciens (souvent retraités) peuvent se vanter des atrocités qu’ils ont commises, n’éprouver aucun remord, d’autant plus qu’ils côtoient tous les jours les familles de leurs victimes, silencieuses. Oui, tout cela a bien un air d’absurdité. Pour être plus claire, voici les événements dont il est question (ou plutôt de leur répercussions sur cette micro-société)  : en Indonésie en 1965, après un coup d’État, des milliers d’hommes se révoltent et sont assassinés en masse par l’armée qui soutient les putschistes. Ces derniers disent traquer les «  communistes  », même s’ils savent qu’une grande partie des opposants n’appartient pas au parti ennemi, «  que les Américains nous ont appris à haïr  » dira un des bourreaux pour se justifier  ; mais souhaite seulement la démocratie. Ainsi, The Look of Silence ne traite pas du massacre en lui-même, et nous surprend par son originalité, qui renouvelle le genre du documentaire en gardant son efficacité (l’information) et en s’épanouissant du côté artistique. Le film se trouve habilement mis en abîme  : l’enquête documentaire se fait par l’intermédiaire d’Adi, le frère d’une victime tuée lors du génocide, avant sa naissance. Adi, opticien, se rend chez les bourreaux, les villageois et les questionne sur ces massacres au détour d’essayages de verres corrigés. Ce double du réalisateur est la grande force du film, car Adi n’est pas le jeune rancunier et vengeur qu’on attendrait, mais un homme très courageux, qui sait soutenir la cruauté pour poser des questions, inlassablement. Il est temps pour moi de vous aiguiller (ou aiguillonner je sais jamais) sur la métaphore de l’aveuglement et de la vérité filée dans tout le film. C’est une trouvaille merveilleuse, qui a toute sa place dans l’œuvre, et lui donne une dimension particulière. On voit en effet Adi faire essayer aux villageois, sur la même branche de lunettes avec des loupes rouges qui attirent l’œil (les mêmes qui figurent sur l’affiche du film et qui… surprennent), des verres différents, en leur demandant si la netteté de leur

vision change à chaque nouveau verre. Ils répondent sans exception « non, je ne vois toujours pas très bien  », «  tout reste flou  » et quand Adi les questionne sur leur vue, ils répondent «  non, je n’ai pas vraiment envie d’y voir mieux, cela ne me dérange pas  ». Le spectateur sourit devant ce déni qu’ils s’imposent, confortable déni dans lequel ils baignent depuis 50 ans et dont peu sont prêts à émerger. La vision est très importante dans le film où les choses, les émotions sont peu dites mais lues sur les visages, le plus bouleversant étant celui d’Adi qui observe les bourreaux, les émotions qu’il tente de dominer ou qui le submergent, son calme. De la même manière qu’il tente de guérir son pays et ses parents en cherchant à faire émerger des remords et donc un possible pardon, il tente de corriger, médicalement, la vue de ces gens. Envie d’être chamboulé  ? Maintenant vous savez quoi faire.

The Look of Silence, 2014, sorti en salles le 30 septembre dernier (il doit encore passer en novembre dans un ou deux cinémas, hurry up !). Si l’histoire de ces deux documentaires, les conditions du tournage vous intéressent, vous pouvez lire un entretien de Joshua Oppenheimer avec des images du film dans le numéro de septembre de la revue de cinéma Positif que vous trouverez à la bibliothèque de l’école.

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Le quatre quarts et demie Recette & illustration : Gaumar Ingrédients :

Pour 6 personnes

- trois œufs à peser. Il s’agit de l’unité de mesure de votre gâteau, alors la précision est importante - le même poids en farine - le même poids en sucre - le même poids en beurre mou - un sachet de sucre vanillé - 40g de chocolat noir - des pépites de chocolat à convenance - deux c.à.s de lait - pour le rugby : des cuisses et un peu de volonté Indice caloriq ue :

On a dit un quatre quart APRÈS le rugby ! Niveau de difficulté :

Ça se corse. Enfin ça se Bretagne. - au rugby : du débutant au top 14, on prend tout le monde Matériel :

- une balance, un four, plusieurs récipients, un fouet + un batteur électrique (saufsi vous avez de la force), un moule à gâteau rectangulaire - pour le rugby : un protège-dents et des vêtements qui ne craignent pas Temps de préparation :

20 minutes de préparation 35 minutes de cuisson

Bon. Froid. Maison. food

Coucou les coquinous ! Pour ce mois consacré aux chiffres, j’ai ressorti le blason de vos goûters de CM1  : le quatrequarts. Cette recette pourrait être absolument inutile, considérant que ces grosses barres bien grasses se retrouvent dans les rayons de TOUS vos commerces de proximité. Donc, une fois n’est pas coutume, ce terroir breton passe par la case PIMP. Breizh. Comble du bonheur, cette recette est à partager  ! Vous n’avez pas assez de copains pour terminer ce gâteau  ? Pas d’inquiétude, on vous accueille à bras ouverts le vendredi pour la séance rugby de l’EDL. Rien de mieux qu’un quatre-quart quand on est couvert de boue  ! Enfin si, une douche. Processus créatif  :

Préchauffer le four à 180°. Séparer le blanc des jaunes. Ajouter progressivement le sucre aux jaunes, tout en battant jusqu’à blanchissement. (J’avais prévenu que ça se bretonnait). Incorporer le beurre mou, battre jusqu’à obtenir une pâte homogène et la séparer en deux. Faire fondre le cocholat avec du lait, l’incorporer au premier saladier, avec les pépites de cocholat. Mettre le sucre vanillé dans le deuxième saladier. Diviser la farine entre les deux saladiers et mélanger. Battre les blancs en neige, puis diviser (oui une fois de plus) entre les deux saladiers. Dans le plat préalablement beurré, déposer par couches successives les deux mixtures, en n’hésitant pas à « tambouiller  » pour la dernière couche, ça fera des motifs. A noter qu’il est préférable de commencer par la couche de chocolat, qui se tiendra mieux au fond du moule. Mettre au four, attendre, manger. - pour le rugby  : vous venez, on joue, on se marre. Les plus de l’artiste :

Avec un verre de lait ça passe comme papi dans mamie. Le moins de l’artiste :

Cette recette nécessite un four, petit engin électroménager souvent absent des cuisines étudiantes. Une version mugcake micro-onde pourrait peut-être s’envisager. Entre nous :

Franchement, ça n’a plus grand-chose à voir avec un quatre quarts. Mais c’est tellement bon. - pour le rugby : être une fille est loin d’être un problème. Ça vous avantage même, les grands dadets s’excusent à chaque fois qu’il vous effleurent, alors de là à vous plaquer…

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perspective

La Taxe Tampon,

p arc e qu e le s rè g le s

c ’ e s t

s a l e

Texte : Elise Poirey

Cher Chrichri (Eckert),

pour les hommes coûtait 2,39€, alors que celle pour les femmes, dont le format est exactement le même (évidemment l’emballage est rose) coutait 3,08€, ce qui donne une différence de 69centimes, ce qui peut être interprété de plusieurs manières. Ce que je trouve amusant sachant que dans notre société les femmes se rasent beaucoup plus que les hommes, les dictats de la beauté et tout ça. Lorsque tu compares ces deux produits d’hygiène, les mettant sur un pied d’égalité, tu as sûrement voulu nous faire comprendre que nous traversions les mêmes problèmes. Et bien non. J’ai beau être pour l’égalité des hommes et des femmes, nous ne serons jamais pareils et c’est un fait. Nous avons nos règles tout les mois, vous vous rasez quand vous voulez. Les hipsters considèrent-il la mousse à raser comme un produit de première nécessité ? Non, évidemment que non. Alors que nous, avons-nous réellement le choix entre mettre un tampon et inonder notre jean de sang chaque mois ?

Oui, j’espère que tu permets cette soudaine familiarité, après tout tu t’es bien permis de décider pour nous, toutes les femmes de France, lorsque que tu as soutenu l’Assemblée Nationale dans la nuit du mercredi 14 au jeudi 15 octobre. Cette nuit-là au Palais Bourbon, tous les députés n’étaient pas présents, il est vrai que ce n’était pas un sujet de « première nécessité  ». De toutes façons je me demande réellement si cela aurait changé grand chose, sachant que sur 577 députés, 155 sont des femmes ; les 422 gentilshommes n’auraient peut-être pas pu comprendre... Alors tu dois sûrement te demander mon petit Chrichri pourquoi ce n’est pas à eux que je m’adresse, pourquoi est-ce sur toi que les médias s’acharnent depuis cette fameuse nuit. Tout simplement parce que, bien que tu aies soutenu cette décision, tu nous «  comprends  », et oui, tu l’as dis toi-même : « J'ai une femme et trois filles, donc un

environnement qui connaît le sujet. J’aime bien faire les courses le samedi, je connais la taille, la typologie et la couleur pour chacune d'entre elles. Je sais que pour l'une, c'est avec applicateur, pour l'autre XXL etc. Je suis vraiment le dernier à pouvoir être taxé de propos ignorants sur le sujet ! Ce n'est pas très juste ». Tu es un

Mais si tu nous comprend si bien, pourquoi avoir comparé nos règles à de la barbe ? Car, comme tu l’as si bien dit, « il y a beaucoup de produits d’hygiène qui concernent plutôt les

s ac h an t qu e s u r 5 77 dé p u t é s , 1 5 5 s o n t de s fe mme s ; le s 4 2 2 g e n t i ls h o mme s n ’ au rai e n t p e u t ê t re p as p u c o mp re n dre . . .

Christophe, pourquoi ramener un sujet tel que la taxe tampon aux produits masculins qui, comme nous le savons, sont en général beaucoup plus élevés que les produits féminins ? Si si, je te jure, après une enquête très poussée j’ai pu constater que la mousse à raser de marque Monoprix

Surtout ne te méprends pas, je suis énervée contre les autres. Je suis énervée contre les députées qui ont voté contre cette la baisse de cette taxe pour des raisons

homme politique tellement proche du peuple, c’est touchant. Je me complais à t’imaginer le samedi faire tes courses et errer au rayon des tampons, hésitant entre les parfumées et les classiques, les applicateurs en cartons ou ceux en plastique, te demandant si tu achètes ceux avec la petite boîte en métal qui permet de les « glisser discrètement dans son sac  » parce que tout de même, il ne faut pas montrer ces choses là. J’en ai presque les larmes aux yeux. J’imagine que tu comprends donc aussi la douleur des règles chaque mois. Et puis le regard réprobateur qu’on nous lance lorsqu’on a le malheur d’en parler, accompagné d’un «  meuf, sérieux, on a pas envie de savoir…  », tu le connais, lui ? Tu comprends aussi à quel point tout cela nous paraît injuste que des hommes aient, comme toujours, décidé pour nous ?

hommes dont le taux de TVA est à 20% : les mousses à raser spéciales hommes sont à des taux de TVA à 20% ». Mais

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économiques. C’est vrai après tout, 60centimes de baisse en moyenne, sur une boîte de tampon ce n’est pas beaucoup lorsqu’on touche un salaire de député. Par contre c’est tout de suite plus significatiflorsqu’on est dans le besoin. Je suis énervée contre ce policier qui a répondu « oui c’est dégueulasse  » sans cacher son dégoût aux collectifs des Garçes (collectifféministe de Science Po Paris), qui a collé tampons et serviettes tachés de ketchup sur les murs de l’Assemblée pour protester. Je suis énervée contre les marques de tampons, serviettes etc., qui mentent en permanence avec leurs pubs. Depuis quand le sang est bleu ? A part les licornes dans Harry Potter, est-ce que tu peux seulement me citer une personne au monde ayant un sang de cette couleur ? Cette société qui cache les règles, un «  syndrome  » mensuel contre lequel nous ne pouvons rien faire, me dégoûte autant que nos règles dégoûtent les hommes, sans lesquelles ils ne seraient pourtant pas là. Je ne vais pas paraphraser sur le fait que de laisser les sodas à une TVA de 5,5% en les considérant comme des produits de première nécessité, dans un pays où l’obésité avance un peu plus chaque année. Parce que je ne suis pas experte en économie, mais sachant que la consommation de produits hygiénique ne touche que les femmes et les sodas les deux sexes, il me semblerait plus judicieux d’inverser les deux, conseil amical. Non, ce point de cette histoire m’énerve un peu trop, je me contenterais de te demander, toi qui nous comprend si bien, de demander à tes trois filles et à ta femme d’utiliser une cannette de Coca la prochaine fois à la place de leur tampon.

Tendrement, Une personne qui a besoin de s’acheter des tampons chaque mois, et non du Coca. PS : Il y a tout de même un point sur lequel je voulais te féliciter. Je suis peut-être allée un peu vite en besogne en me moquant gentiment de toi, en te disant que non, tu ne connaissais pas notre corps, que tu ne nous comprenais pas. Tu as en effet eu raison de dénoncer « tous ces débats que l’on

a à chaque loi sur la finance : les parcs d’attraction, l’entrée des grottes... ». J’ai beaucoup apprécié la métaphore, car il est vrai qu’après tout, mon vagin n’est pas souvent éclairé, mais pourtant je m’y amuse comme une folle.

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crobards d'humeur

par David Ledrich

MONSIEUR D IDOU de l'EdL

@

Grand voyant medium, expert des chiffres magiques. Vous propose ses services à vos risques et périls. Retour (ou départ) de la personne aimée (ou pas). Résout tous problèmes de partiels, d'amphis bondés ou de cours perdus. Grand désenvouteur de Wifi. Protection contre les mauvais sujets d'examen. Réchauffe votre repas à distance par micro-ondes spirituelles. Résultat efficace (mais pas garanti). Déplacement possible (à vos frais, faut pas exagérer, non!) Reçoit aussi pendant ses cours. Œuvre désintéressée - dons acceptés (CB, chèque, numéraire, ticket restaurant, chameaux, tapis, orfèvrerie)

N° de téléphone disponible sur simple demande auprès de la rédaction 30


courriers en Le co urrier du palp itant Edli ères Ré po ns es sinc ères à no s co ngén La Rédaction Salut le LB, Mon mec est une plaie au lit, que faire ?

Plaque-le et prend un lapin, Tendrement, la Rédaction .

Gaumar et Ginger, Je fais appel à vous, quel aliment utiliser pour pimenter ma vie sexuelle ?

Nous te renvoyons à un ouvrage de référence en la matière, Oui-oui trouve une queue. Suis les conseils de Oui-Oui pour retrouver le frétillement de la queue de son chien (véridique !) et porte toi vers le gingembre et la crème glacée. En ce qui concerne le chocolat, opte plutôt pour du chocolat au piment d’espelette, notre péché-mignon. Suavement tiennes, Gaumar et G-inger. Cher courriers du cul, heu pardon du coeur. Je pense avoir trouvé le seul mec vraiment beau, célibataire et hétérosexuel de l'EDL, et ai réussi à l'amener dans mon lit. Mais voilà, depuis trois semaines, il décline toutes mes propositions (type coloc absent), avec de très bonnes raisons (type j'ai TDO à 9h à StGé en Laye demain). J'ai l'impression qu'il ne veut plus me voir, mais ça ne me pose pas de problème vu que nous ne nous sommes pas engagés dans une relation sérieuse (type pqr). Comment lui faire comprendre qu'il peut tout simplement l'expliciter de façon verbale plutôt que de m'éconduire indéfiniment ? Amicalement vôtre, Lectrice fidèle.

Ginger Point, Ta rubrique me fait fantasmer, révèle-moi ta véritable identité…

Fidèle, c’est une situation très coton dans laquelle tu te trouves là mais très banale (merci les garçons paumés de notre génération). Tu ne sais pas si c’est du lard ou du cochon, mais dans le fond il te connaît bien, il saura qu’il doit réagir. Mais, puisqu’il est venu, il a vu, il a vaincu, ne t’en attends pas trop non plus. Tendrement, la Rédaction.

Je suis celle qui te fait rêver, mais il faut être patient. Je ne peux directement me révéler, laisse-moi encore un peu de temps. Cher journal, Le mec à côté de moi en amphi agite mes shakra, que faire ?

Yo les gows, Ma copine appelle mon engin Princesse Sofia, comment lui dire d’arrêter ?

Comme le dit l’adage : une main au panier et c’est réglé. Tendrement, la Rédaction.

Est-ce que tu crois que Shiva appelait son linga de feu « engin  » ? Bon.. Tendrement, la Rédaction .

Cucu, J’ai spotté un BG à la soirée d’inté, j’aimerais bien le retrouver…

Cher LB, Ma pote a shotguné le même mec que moi, des idées ?

Un accident est si vite arrivé… Tendrement, la Rédaction.

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Nous ne sommes pas un spot, mais nous pouvons nous feindre d’un effort en échange d’une compensation financière. Tendrement, la Rédaction.


le choix de la rédac

Quel est votre tic numéraire ? E li s e :

Faire en sorte que tous les chiffres de ma vie se terminent par un 0 ou un 5 (volume de la télé, réveil le matin, etc.)

H e rmi n i e :

Il faut qu’il y ait exactement le même nombre d’objets dans chacune de mes poches.

Sophi e :

Compter pour m’endormir.

Maxi mi li e n F. :

Je compte les escaliers : c’est horrible.

Au ré li e n :

Je comptais les secondes lorsque je remplissais ma bouteille à la fontaine à eau (ça va mieux !)

G au mar :

Quand quelqu’un a un tic de langage je compte le nombre de fois où il l’utilise en 5min.

Lo u :

Je comptais les marches d'escaliers et les divisais pour alterner une, deux ou trois marches en algorithmes. Le métro m'a ramenée à la raison.

C ami lle :

Lorsque le métro affiche 1min d’attente, j’ai tendance à compter les secondes jusqu’à son arrivée pour vérifier. On s’occupe comme on peut.

Vi n c e n t :

Je compte les puissances de deux en urinant, une sorte de 2048 en plus odorant. 32


jeux

à _ e d o c r e u q a cr par Marie Rafin Les chiffres, autant dire les maths, ça sonne mal. Surtout pour nous, EDLiens. N’avons-nous pas combattu ardemment durant toute notre scolarité pour fuir cette matière honnie ?! Et pourtant vous avez vaillamment supporté la lecture de tant de démultiplications numéraires, et essoufflés, vous parvenez enfin à la page jeux. Vous sentez soudain monter en vous l’horreur de ce qui va suivre… chiffre égal additions. Abrégeons les souffrances ici, parce qu’on parie que si vous ne l’êtes pas déjà, vous allez bientôt être réconciliés avec le chiffre. Quand il le désire, celui-ci se pare de mystères, s’entoure d’énigmes et de complots. Sceptiques  ? Et si on vous disait qu’en cryptologie, un chiffre est le terme désignant un message codé par une série de symboles décidés au préalable par une convention  ? Alors, toujours rebutés par le Chiffre  ? Des Chiffres, il y en a eu beaucoup. Des déchiffrés, d’autres non. Les cryptologues de Louis XIV, appelés «  les Rossignols  » en avaient même inventé un pour le Roi, qui fut

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décrypté des années après leur mort. Or, dans quelques fragments de lettres, il semblerait qu’on fasse allusion à un certain «  Masque de fer  »… Les templiers aussi possédaient le leur, basé sur la croix de l’Ordre, la croix de Malte. Bon OK, les gros ordinateurs de la NASA l’ont décrypté mais on peut toujours rêver d’une lettre égarée... Non ? D’autant qu’il parait que le trésor à la clé est conséquent. (Vous imaginez la cafétéria que l’on pourrait s’offrir  ?!). Parce que Louvr’Boîte a quand même la classe et qu’il ne recule devant rien, il vous propose un petit défi. Saurez-vous déchiffrer ses plus sombres desseins  ? *attention spoilers* Parlons peu, parlons bien  : place à la convention. Dans l’alphabet, 26 lettres, 26 étant donc le plus grand des nombres possibles du Chiffre. Si Z devient un 14, N est le plus grand, M le plus petit et A est réduit au nombre 13. Alors chanceux est celui qui décrypte ces quelques phrases…


jeux

s e r f chif sÉs croi par Sophie Leromain

1

2

3

4

5

A B C D E HORIZONTAL

VERTICAL

1. Bastille A. Marignan 2. Top .. • Âge que l’on est censé avoir en B. Vol pour Sydney - 13 • Hein ? rentrant en licence C. Retournez ce chiffre et vous obtenez l’infini • le 1 3. L’invasion des 1 horizontal - 1600 4. Fünf• Un an après l’âge de raison • Le chiffre D. « Call the Police !  » • (2015 - 15) / 500 du diable, sans ses triplés E. ((35,5 x 4+ 0,5) x 2 + 85) / 46,25 • Mai .. 5. Année de rédaction du roman 1984 VERTICAL : 1. Routard - 2. Birkenstock - 3. Destination - 4. Camping - 5. Cartes - 7. Desireless - 9. Autoroute - 10. Hermione 11. Crustacés HORIZONTAL : 6. (Amelia) Earhart - 8. Marseillais - 12. Montgolfière - 13. Timbre - 14. Thaïlande - 15. Sextant - 16. Tourista Réponses aux mots-croisés / les objets du voyage

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G /louvrboite U @louvrboite A louvrboite troisième de couverture :

AvivaMasson

http://m-aviva.jimdo.com/


LB n°31  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro 31 daté de novembre 2015.

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