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dossier Musées et société de consommation............... 5 Merchandising ............................................. 6 La gratuité dans les musées........................... 8 La valeur des oeuvres d'art............................ 9 Monnaies curieuses et autres devises bizarres.. 11 La confiscation des biens nationaux................. 12 La curieuse affaire de Benjamin Vautier............ 14 Histoire d'une monnaie................................... 15 Paroles d'anciens............................................ 16

rubriques L'art de Jean-Paul Marcheschi............................ 19 "Come-back" sur la Nuit Blanche........................ 20 Initiative étudiante : Covoiture-Art....................... 21 Musée insolite.................................................... 23 Richter/Polke, Polke/Richter................................. 24 Les super-séries injustement méconnues.............. 25 Le choix de la rédaction..................................... 26 Actualités du BDE............................................... 27 Jeux.................................................................. 29


Edito OCTOBRE 2014

Après le succès foudroyant du hors‐série de rentrée (tout s'est vendu en un instant, malgré la réimpression), la barre est haute pour l'équipe du Louvr'Boîte. Avec le thème de ce mois‐ci, art et argent, propice aux coups de gueule, nous relevons le défi avec passion. Les embruns de notre sainte colère éclaboussent le Grand Capital et ses suppôts, merchandising débridé et société de consommation, qui font mal aux culs serrés de nos beaux musées. Pour nous aider dans cette croisade, de nouvelles recrues pleines de talent sont venues nous rejoindre, apportant un vent de fraîcheur et de nouveauté dans la rédaction. Ne sachant pas très bien ce qui est impossible, nos petits nouveaux le font, avec ce dédain joyeux du fait établi qui caractérise aussi LB (oui, on s'envoie quelques fleurs de temps en temps). Ils font parler des pièces, jouent les reporters à la Nuit Blanche, ou règlent leur compte à ce pauvre Ben, et nous ajoutons avec bonheur ces nouveaux ingrédients à cette bonne soupe qu'est le numéro d'octobre du Louvr'Boîte. L'équipe du journal a de grands projets pour cette année : partenariats plus développés avec d'autres journaux étudiants, développement de contenus pour Internet, organisation d'événements... Avec, en tête, cette ambition insensée : rythmer la vie de l'Ecole du Louvre et créer des liens entre les élèves. Il n'est pas trop tard pour nous rejoindre : l'aventure LB ne fait que commencer.

Kim Harthoorn

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre. Septième année. numéro 23 octobre 2014. 0,5 €. École du Louvre, Bureau des Élèves, Porte Jaujard, Place du Carrousel, 75038 Paris cedex 01. Tél. : + 33 (0) 1 42 96 13. Courriel : journaledl@gmail.com. Facebook : fb.com/louvrboite. Twitter : @louvrboite. Tumblr : http://louvrboite.tumblr.com. Directrice de publication : Kimberley Harthoorn. Rédactrice en chef : Herminie Astay. Ont contribué à ce numéro, dans l'ordre alphabétique : Herminie Astay, Marine Botton, Margot Boutges, Gabriel Courgeon, Alexis Dussaix, Valentine Gay, Maximilien Grémaud, Anne-Elise Guilbert-Tétart, Justine Hamon, Kimberley Harthoorn, Sophie Leromain, Aurélien Locatelli, Cassandre Mbonyo-Kiefer, Vincent Paquot, Sébastien Passot, Sophie Paulet, Philippe-Alexandre Pierre, Elise Poirey, Alizée Sabouraud, Laure Saffroy-Lepesqueur, Anaïs Raynaud, Kitty Whittell. Dépôt légal : octobre 2012. Imprimé sur les presses de l'École du Louvre (France). Sauf mention contraire, © Louvr'Boîte et ses auteurs.


DOSSIER M M USÉES USÉES

ART ET ARGENT

ET ET SOCIÉTÉ SOCIÉTÉ DE DE CONSOMMATION CONSOMMATION

Texte : Aurélien Locatelli - Illustration : Marine Botton

L’institution-musée est une de celles que l’on pense éternelles : des milliers d’années y sont rassemblées par leurs témoignages artistiques, la préservation de ces artefacts rendant le lieu solennel, en dehors de tout temps, de toute influence extérieure. Cette sanctuarisation du patrimoine est réelle, mais une évidence essentielle ne doit pas être écartée : le musée est une institution qui contribue au développement de la société - dans son sens le plus large - tout en étant soumis aux fonctionnements de sa structure. Ainsi le droit protège-t-il en France les objets des collections publiques ; de nombreux pays appliquent un système équivalent en rendant chaque item inaliénable et imprescriptible. Sans valeur, l’objet est bel et bien retiré et protégé du circuit de la vente. L’institution s’écarte de cette société de consommation, mais peut-on réellement en parler dans le cadre de la vente d’objets d’art ? Les définitions sont complexes mais certains exemples parlent d’eux-mêmes : la ville de Detroit en faillite montre bien qu’outre-Atlantique l’institution est imprégnée du fonctionnement (s’il fallait le prouver) capitaliste de notre société. À l’intérieur de la gestion même du musée le visitorat est modifié en suivant les évolutions de la société : les lieux doivent répondre aux exigences et à l’arrivée de visiteurs du monde entier, où l’acte de visite est un mélange entre un acte culturel et un acte de consommation pur. Il suffit de remarquer les groupes et visiteurs qui rentabilisent au maximum le temps qui leur est accordé, et qui leur est finalement compté, pour s’imprégner des œuvres dans n’importe quel musée. La contradiction est ainsi énorme, le musée se trouve pris au piège de la rentabilité de la visite qui passe de chef-d’œuvre en chef-d’œuvre en laissant peut-être parfois tomber le principe simple de

la contemplation. Le fait même de prendre en photo les objets exposés, et ce parfois de manière frénétique pose les bases d’un questionnement sociologique, assimilant à la fois les œuvres à des objets « consommés  » et définissant de nouvelles façons de visiter. De manière similaire, la création d’expositions dites «  blockbusters  » est également révélatrice d’une volonté de brasser le plus de monde possible pour engranger un profit plus important, qu’il se chiffre en nombre d’entrées ou en volonté d’accessibilité et de démocratisation de l’art. Il est certain que les expositions du Grand Palais sont un moyen de nourrir les caisses de la RMN tout en proposant un regard nouveau sur les collections nationales. La place importante accordée au mécénat, et notamment de la part d’entreprises privées lors du montage de certaines expositions, d’aménagements ou de restaurations d’œuvres, démontre combien les marques qu’elles incarnent font partie d’un paysage de consommation dont le musée était écarté mais auquel il cherche à s’identifier. Il s’agit finalement d’un défi permanent à relever pour conjuguer le travail de conservation, de mise en avant des collections, tout en essayant d’engranger des fonds sans lesquels rien n’est possible. La société de consommation a modifié les pratiques de visite, de gestion du musée, forçant ainsi les conservateurs à adapter leur métier, conciliant préservation du patrimoine et gestion d’entreprise. R

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Merchandising Texte et illustration : Laure Saffroy-Lepesqueur

À l'heure du papier toilette 2.0, en ce temps béni où nos fesses accèdent enfin, après tant de souffrances, après la paille et les feuilles de noisetier, au luxe de la feuille blanche, lisse, couronnée d'un motif élu par notre époque regorgeant d'esthètes, il nous est désormais possible d'acquérir, pour la modique somme de 5 euros, un papier d'excellence proposant chatons rosis par la candeur et pièces de maître de la Renaissance. Bien qu'aux yeux des plus respectueux de toute nature vivante, ces deux entités se valent probablement et qu'à choisir lors d'un incendie, l'altruiste sauverait le chaton, et non la Joconde, à mon sens le chaton mignon n'a pas la même valeur que

quotidiennement. Ce mot n'est évidemment pas réservé au domaine de l'art, et il est justement d'autant plus étonnant appliqué à celui-ci : pour vulgariser sa définition, il s'agit bien de la vente de produits dérivés en tous genres. Mais comment peut-on dériver l'art afin de le vendre  ?... Chatons & Joconde même combat. Je me suis embarquée dans une affaire absolument excentrique en acceptant d'écrire sur le merchandising et je comprends seulement ce soir, assise devant mon ordinateur, ô combien il va être difficile de mener à bien cette intense réflexion  : sur mon mur, face à moi, une petite reproduction en bois d'une Madone de Lippi, des cartes postales achetées au

Mona Lisa. Seulement notre siècle a choisi de rendre ces deux objets de mon propos frères de sang, de les lier dans leur destinée, de les plonger dans un même drame, celui du merchandising. Mais que signifie donc ce mot barbare, que mon oreille semble comprendre inconsciemment, puisqu'au final, nous vivons entourés de lui,

Louvre ainsi qu'à Orsay, et une tentative de décoration de Noël à l'effigie de Botticelli. Et je pleure et pense que je suis autant victime de la prostitution de l'art que celui que je nommais crétinus quelques instants de cela. Alors puisque je ne vaux pas plus que crétinus anonimus, je ne peux plus hurler très fort, moi la capitaliste, moi l'esclave du système, moi, le faible esprit soumis à l'envie de posséder un peu, aussi, quelque part, un bout des œuvres d'art.

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Car c'est bien de cela qu'il s'agit, de la reproduction d'une œuvre, de son image, de réussir à vendre des choses utilitaires, pratiques ou parfois même sans intérêt grâce au pouvoir fascinant que cette dernière exerce sur nos esprits les plus simples. Oh, comme ce taille-crayon est joli avec la Vénus de Milo dessus, comme ces statuettes égyptiennes rendent formidable ce jeu de cartes, comme ce parapluie avait besoin d'un Van Gogh ! Certes, me direz-vous, vouloir exposer Schiele dans son salon, accrocher un petit portrait de Vierge au-dessus d'un canapé tend à rendre hommage à ces œuvres, alors qu'acheter une reproduction de la Joconde sur du papier toilette destiné à nettoyer votre derrière de ce que nous ne nommerons pas tend à injurier une œuvre. À vrai dire je n'ai toujours pas percé le mystère du contenu des pensées relatives à l'achat d'un tel produit et sans condescendance aucune j'ose espérer que mon amour pour l'Art m'empêchera à jamais de comprendre une telle logique, cependant tout cela m'amène fort tardivement à la question de la reproduction, de la vente par millions d'une œuvre sur des supports variés et divers. Il m'arrive parfois de me haïr et de vouloir, dans une crise de rage insensée, me déposséder de toutes ces babioles bariolées et fausses, ces minuscules veaux d'or trompeurs et moqueurs. Mais le lendemain même, je cède et oublie les promesses de la veille, me voilà de retour de Venise avec un sac en toile acheté à L'Accademia. Bing, paf, bravo clap clap chapeau mademoiselle critique le marché de l'art. Pour ma défense, j'aurais pu lister les objets les plus aliénants, inquiétants, absurdes et déprimants créés à partir de chefs-d'œuvre et vous les salir jusqu'à l'os en vous prouvant que mes achats n'ont rien d'obscène ni de condamnable quant à cette masse énorme, cette foule de produits dérivés exécutés dans le vice par le malin, mais je ne le ferai pas. Le problème n'est pas de m'autocrier dessus ou de mépriser les gugusses qui désirent ardemment être possesseurs d'objets rendant misérable une grande Beauté de l'Histoire de l'art, non... le problème est toujours le même, infiniment le même, et ça fout autant le vertige que le bourdon : le marché répond-il à la demande ou le peuple demande-t-il de telles absurdités  ? Car c'est tout bonnement absurde de vouloir se frotter les fesses avec des chatons, tout comme avec la Joconde, c'est un délire purement inhumain, c'est de l'hybris, de la folie débridée, c'est se prendre pour un dieu. Un économiste, ou juste quelqu'un de plus terrestre que moi pourra vraisemblablement me proposer un raisonnement répondant à cette question pourtant bien pertinente, mais aujourd'hui je fais le choix de m'adresser aux gens comme moi, aux paumés, aux faibles, aux envie-depleurer à cause de ce monstre dont nous sommes les seuls créateurs. L'homme se divise en deux grands tas, ceux qui, une fois au cours de leur vie, ont fait sortir de leur cerveau, de leur esprit et de leurs mains une Joconde  ; et puis ceux qui durant toute leur vie, commercialisent l'image de cette femme sur un bout de papier. Et puis, aussi, au milieu, il y a des gens qui peuvent choisir ou non de participer à la multiplication de l'œuvre qu'ils viennent de voir au musée. Personnellement, quitte à tuer un arbre, je préfère qu'il serve de cadre à la dite dame, qu'à essuyer les fesses de monsieur X. Et tant que je n'aurais pas vu une feuille de ce dit papier accroché dans un salon, je me réserverai le droit de

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mépriser ses acheteurs, inventeurs, vendeurs. Ainsi soitil, je pardonne plus à ma naïveté d'enfant collectionneur et rassuré par la présence de belles images qu'à celle de croire qu'essuyer ses pieds sur un paillasson Jeune fille à la perle est un acte décent. Ces gens oublient la portée symbolique, bien que je n'ai rien contre nos pieds et nos fesses, de tout ce qui les essuie, et cela, tout compte fait, me semble être une absurdité dont nous n'avons simplement pas besoin. La question est décidément complexe, car elle ne concerne pas que l'art, mais bien la tendance actuelle à tout vouloir dupliquer, miniaturiser, rendre accessible, vulgariser, multiplier. Est-ce inquiétant, est-ce moi qui suis une vieille âme rabougrie et mécontente ? Tout ce que je sais, c'est que très arbitrairement et inconsciemment un choix clair et net peut se distinguer dans mon esprit, il y a un merchandising pardonnable, acceptable, presque attendrissant, et un autre exécrable, purement commercial. Voilà donc ce qu'il y a de très agaçant dans tout cela, c'est qu'une partie de ces objets méprise l'art, dans le sens où ils n'ont pas été créés pour lui rendre hommage, ils ne servent que le marché, qui grossit, qui grossit toujours plus, et il nous reste sur les bras l'amère sensation d'assister à la prostitution de l'art par les musées eux-mêmes, qui acceptent de vendre leurs belles courtisanes vénitiennes, et leurs lascives odalisques... Car si l'on compare parfois l'art à une religion, il s'agit bien de nouveaux marchands du Temple, vendant leurs produits à l'intérieur même de leur lieu de culte. Sauf qu'il n'y a pas de Jésus pour venir balancer ces étalages, ni même de Michel-Ange pour taper ferme du poing sur la table. Dès lors il est difficile de faire la différence, si ce n'est bien sûr pour cet exemple extrême du papier toilette, entre le grave et le moins grave. On emploie donc l'art pour vendre, on le tord dans tous les sens pour profiter de son pouvoir, mes mots vont sembler lourds, mais voilà encore une nouvelle forme d'esclavage, un travail d'hommes auquel on ne rend pas justice, à qui on porte préjudice et atteinte. Si j'avais trouvé dans cette même boutique où j'ai découvert l'objet de mon ressentiment un papier orné d'une photographie de l'urinoir de Duchamp, j'aurais pu trouver cela intelligent, et surtout cohérent, mais ce que ce papier m'a révélé, ô pauvre humanité, c'est justement l'absurdité, l'incohérence, le manque de respect de tout ce monde de l'argent vis-à-vis de l'art. Et devant mes petites cartes postales accrochées sur mon petit mur d'étudiante pleine de rêves esthétiques, mon âme chiale. La seule conclusion à ces larmes est qu'il va falloir, comme dans toutes affaires de goût, choisir son camp, trouver un juste milieu et lutter pour que jamais un produit dérivé ne puisse remplacer la valeur de l'œuvre elle-même, la faire oublier, gâcher son éclat. En cette déception, j'aurai au moins trouvé un sens à mes études et je suis bien contente de comprendre que nous sommes les garants de l'humanité qui réside dans l'art. R

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LAGRATUITÉDANS LESMUSÉES. Texte : Alizée Sabouraud

On ne va pas se mentir, c’est un sujet qui fait parler. La culture est depuis longtemps tiraillée entre les différents partis politiques, qui se réclament tous le droit à la « liberté culturelle  ». En 2009, le président de l’époque Nicolas Sarkozy instaura la gratuité des musées et monuments pour les moins de 25 ans. Le débat s’est-il arrêté là pour autant  ? Apparemment non. Récemment, Alain Juppé, maire de Bordeaux, a mis fin à une mesure en vigueur depuis 2005 qui permettait la gratuité dans les musées municipaux  : le droit d’entrée est dès le 1 er août de 4€. J’ai alors pu remarquer que chacun avait son avis sur la question. Pour ou contre, les Français se rangent dans une de ces catégories, quel que soit leur parti politique, leur catégorie sociale, leur sexe… La culture est donc un domaine qui transcende les différences et peut rassembler des personnes que tout oppose. Mais n’est-ce pas là un des arguments en faveur de la gratuité  ? Je vais essayer de faire abstraction de mon point de vue et tâcher de lister quelques POUR et quelques CONTRE, afin que ceux qui n’ont pas encore d’avis sur la question puissent s’en faire un de manière objective.

POUR : - La culture est un droit, toute personne doit pouvoir y accéder quelle que soit sa catégorie sociale. Pour reprendre les termes de l’ONU, «  tout être humain a droit à la culture  ». - L’obligation de payer une entrée entraînerait une baisse de fréquentation. Tous les cinq ans, le Louvre mène une enquête sur les impacts de la gratuité, et ces dernières sont révélatrices  : l’affluence augmente de 50% les premiers dimanches de chaque mois. - D’accord, nous vivons dans une société de consommation, mais tout doit-il forcément être payant ? Même la culture ? Les visiteurs s’offrent généralement un petit souvenir à la boutique, ou se payent une pâtisserie au prix exorbitant chez Paul (Je les comprends si bien…) Cela compense généralement le prix du billet d’entrée qu’ils n’ont pas payé. - Quel que soit l’âge, nous payons déjà l’entrée des musées privés, faut-il également supprimer la gratuité des musées et monuments nationaux aux moins de 26 ans  ? (Bon, nous ne sommes pas trop concernés avec la carte V.I.P. mais bon… un peu de compassion tout de même  !)

CONTRE : - Ce sont toujours les mêmes personnes qui viennent au musée, le prix ne changerait pas les habitudes. En 2013, 70% des visiteurs du Louvre étaient des étrangers. - Il faut bien compenser la baisse des subventions de l’Etat  : celles du Louvre diminuent de 2.5% chaque année  ! - Cet apport d’argent ne pourrait être que bénéfique au musée, et à une possibilité d’amélioration de ce dernier. Peut-être que les effectifs de surveillance du musée de l’Archéologie National de Saint-Germain-enLaye augmenteraient, et que nous ne serions plus obligés de prévenir à l’avance pour visiter certaines salles du musée… (qu’il est doux de pouvoir rêver…) - On ne respecte pas forcément ce qui est gratuit, ou alors on a tendance à le gaspiller. Ne s’attarde-t-on pas davantage dans un musée pour lequel on a payé l’entrée, plutôt que dans un autre où l’on est rentré sans avoir à ouvrir son portefeuille  ? Elle est contre : NATHALIE KOSCIUSKO‐MORIZET

« L’idée que la culture est gratuite tue la culture  ». Encore plus près de nous, le musée du Louvre a annoncé début 2014 que la gratuité des premiers Il était pour : AUGUSTE RODIN dimanches de chaque mois était annulée en haute saison, afin d’améliorer les ressources du musée mais «  Je crois que l’on doit se tenir à la création des aussi de réguler le flux des touristes (qui, on ne va pas Musées sous la révolution, qui a été gratuite pour se mentir, sont plutôt nombreux au Louvre…) Nous ne l’éducation de tous. Dans tous les temps, on a eu verrons donc plus jamais le slogan mis en place en besoin d’argent et l’on a maintenu le principe de la 1996, pour cette gratuité aujourd’hui supprimée  : «  Le gratuité, ce qui est meilleur, je crois.  » premier dimanche de chaque mois, au musée du Louvre, ce qui n’a pas de prix est gratuit  ». Ainsi, si la culture n’a pas de prix, elle a quand même un coût.

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La valeur des oeuvres d'art Texte : Kim Harthoorn - Illustrations : Laure Saffroy-Lepesqueur

Poser une question existentielle à Google est toujours un bon début lorsqu'on cherche à s'attaquer à un problème. Celui que nous, roi de France , auteur de cet article, nous proposons d'examiner ici, concerne la valeur d'une œuvre d'art. Après lecture de la dissert-type du site bacphilofacile.com, nous sommes toujours dans l'obscurité. Il ne sera pas question ici de l'intérêt artistique d'une œuvre, dont l'évaluation n'est accessible qu'aux initiés, mais plutôt de sa valeur monétaire, et des rapports qu'entretient la société avec cette dernière. pourquoi le riche bourgeois, paralysé par l'angoisse de la faute de goût, se réfugie dans des placements sûrs. L'artiste validé et mis en valeur par une galerie de renom, relayé par deux ou trois collectionneurs faiseurs de tendances, jouit très rapidement d'une cote élevée, c'est mathématique. Ce n'est donc pas le en lui-même qui défavorise nos pauvres artistes En effet, la question de la valeur de l'œuvre marché oubliés : n'oublions pas que le marché est fait par d'art nous intéresse des humains et dépend d'eux. C'est bien le dans la mesure où comportement pusillanime de l'acheteur qui est à une œuvre d'art, ça l'origine de ce gâchis. Autour de la figure de vaut du flouze. Que l'acheteur se constitue en effet tout un marché de signifie tout cet l'art qui s'organise en fonction de son argent pour la vraie comportement. C'est pourquoi l'on trouve des valeur de l'œuvre  ? catégories archaïques, des raccourcis à faire pâlir Est-ce à toi, divinité un universitaire et du baratin pseudo-intello à aveugle et cruelle tous les coins de galerie. qu'on appelle le marché, que revient le pouvoir de décider si tel tableau L'ŒUVRE RARE, est digne des cimaises et tel autre à peine bon pour servir de litière au chat  ? N'est-ce pas injuste que L'ŒUVRE CHÈRE d'ignares philistins insensibles décident de spéculer sur certains artistes, précipitant dans l'abîme de l'oubli des «  Ce qui est rare est cher. Une Ferrari pas chère, c'est légions de génies méconnus  ? Ne doit-on pas se dresser rare. Donc une Ferrari pas chère, c'est cher.  » contre l'influence de la finance, qui a perverti l'art contemporain (ah, comme c'était mieux avant)  ?!? L'incompréhension de beaucoup face à l'art des XXe et XXIe siècles se traduit souvent par cette Nous craignons que ce ne soit pas aussi simple, exclamation de dédain bien connue  : «  j'aurais pu le ami lecteur. Tout d'abord, le fonctionnement d'un faire moi-même  ». En effet, visiteur  : tu aurais pu poser marché tel que celui de l'art se base sur des critères de cet urinoir là. Tu ne vois donc pas en quoi l'objet en qualité non quantifiables, non objectifs. Comment question est exceptionnel, en quoi l'artiste est à juger de la qualité d'une œuvre  ? Il n'existe plus de admirer, bref  : pour toi, cet urinoir ne vaut rien. canon de beauté, d'exigence de qualité, ni même En effet, nous attachons un grand prix à la d'obligation de matérialité. Perdus dans cette rareté, à l'exceptionnel. La contemplation et nébuleuse, les pauvres acheteurs ne savent plus à quel l'admiration sont réservés à ce qui a demandé un grand saint se vouer. Et comment le leur reprocher  ! effort pour être produit, que ce soit par l'apport de Lorsqu'on n'a pas que ça à faire, on n'a pas le temps de matériaux rares, donc coûteux, ou par le nombre se forger un œil. Or, seuls les grands collectionneurs d'heures nécessaires pour réaliser l'objet. On reconnaît passionnés ont l'énergie et la ressource pour se former là l'importance de la valeur du travail, cruciale dans un goût personnel. notre société dont il a été démontré que les valeurs Le reste des acheteurs (CSP+ + , professions bourgeoises y triomphent. Charabia néo-marxistelibérales diverses, professions culturelles) acquiert léniniste  ? Que nenni  ! Rappelez-vous (ou attendez) les souvent par habitus d'élite. On voit alors bien

COMMENT LE MARCHÉ DÉTERMINE-T-IL LA VALEUR D'UNE ŒUVRE ?

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DOSSIER cours d'arts et traditions populaires de M. de Laubrie,

en troisième année. Avec l'avènement de la culture de masse, les valeurs bourgeoises s'imposent comme idéal à la nouvelle classe sociale urbanisée mais pauvre qui émerge après l'exode rural et l'industrialisation, au premier rang desquelles le sacro-saint travail, et bien sûr, l'argent.

Mais l'admiration pour ce qui a coûté cher n'est pas née avec la bourgeoisie. Selon nous, elle tire très certainement son origine dans la plus haute Antiquité, et a à voir avec la magie (pause oratoire, le temps de laisser passer le frisson qu'éprouve tout être sensible à l'idée de ses ancêtres plongés dans la nuit antique, opérant des rites étranges devant un ciel aveugle). En effet, bien souvent, l'oeuvre a une efficacité magique, avouée ou implicite. Pensons par exemple à la statuaire égyptienne : nullement destinées à être vues, encore moins exposées, les effigies de pierre des défunts servent de réceptacle au ka afin que le recently departed puisse encore se nourrir. Dans les opérations magiques où sont employées les œuvres, la question de la valeur a une grande importance, notamment si l'on pense ces opérations en termes de sacrifices. Après tout, qu'est-ce qu'un sacrifice, sinon un échange de biens de valeur égale  ? On l'a appris, non pas en lisant Paracelse mais Fullmetal Alchemist, la magie repose sur l'échange équivalent. Pour obtenir des faveurs divines, il faut donc y mettre le prix. Par extension, on peut raisonnablement penser que l'efficacité d'un objet magique est renforcée si le matériau qui le constitue est précieux. Cette notion païenne et magique semble flotter au-dessus de la production artistique occidentale. A ce titre, l'exemple du Couronnement de la Vierge de Fra Angelico, toile conservée au Louvre, est intéressant. Le pigment bleu a été obtenu en broyant du lapis-lazuli (inutile de rappeler à quel point il est difficile de se procurer cette pierre à l'époque), et s'étale en quantités sidérantes sur un fond d'or, lui aussi pharaoniquement coûteux. On ne peut pas seulement voir dans cette débauche dépensière une volonté de la part du commanditaire de frimer. Il s'agit tout de même d'un objet religieux, donné à une église. Ce don, cet ex-voto a-t-il été renforcé par le pouvoir de l'or  ? Cette croyance, antérieure au christianisme, semble une permanence de cette vérité, que l'on serait tenté de considérer comme universelle si l'interdit de l'universalisation n'avait pas frappé les sciences humaines  : le matériau rare a une puissance magique. Le coût de l'œuvre sacralise celle-ci, et lui permet de jouer un rôle dans le commerce des hommes avec les puissances divines. Il paraît amusant d'imaginer des pauvres mortels en train de marchander leur survie dans l'au-delà avec Osiris, et pourtant, c'est comme ça que ça marche.

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Il n'est donc pas surprenant que certains soient plongés dans la perplexité lorsque des artistes remettent en question cette notion de valeur et posent comme œuvres d'art sacrées des déchets ou de la merde. Rappelez-vous les boîtes de merde d'artiste de Piero Manzoni, vendues au prix fixé par le cours de l'or... À ces profanes en attente d'éclaircissements, je rappellerai cette parole de Jésus, complètement horscontexte : «  Insensés et aveugles  ! Lequel est le plus grand, l'or, ou le temple qui sanctifie l'or  ?  » (Matthieu 23:17).

L'ŒUVRE INESTIMABLE

On ne peut pas résumer l'œuvre à sa seule valeur monétaire. Comme le résumait Alois Riegl dans le fameux ouvrage-blockbuster de M1 Le culte moderne des monuments, elle possède un certain nombre de valeurs nous confrontant avec le passé. Son ancienneté, sa force de témoignage et son statut de legs reçu de nos ancêtres lui confèrent une valeur patrimoniale. Le droit français situe la valeur patrimoniale de l'œuvre bien au-dessus de sa valeur monétaire. En effet, le témoignage du passé est unique et irremplaçable. Sa perte serait irrémédiable. En conséquence, elle est « inestimable  », on ne saurait lui donner un prix. En d'autres termes, valeur patrimoniale = infini de valeur monétaire. L'État français, malgré la pression qui s'exerce sur ses modes de gestion et sur son système de valeurs, tient à l'inaliénabilité des collections et lutte en permanence pour la sauvegarde du patrimoine, au détriment parfois de valeurs aussi fondamentales que la propriété privée, droit ô combien sacré dans ce monde ultralibéral et individualiste qui est le nôtre. En cas de trouvaille archéologique, par exemple, l'État peut préempter des objets, ce qui revient grosso modo à les saisir (pardon, lecteurs juristes, pour ces vils raccourcis!). Il ne fait pour autant pas toujours usage de ce droit, afin de maintenir le marché dans un sentiment de sécurité relative, mais il peut décider de classer un objet au titre des monuments historiques, ce qui entraînera un sacré paquet d'emmerdes à son malheureux propriétaire. Dans les pays anglo-saxons, ce scrupule patrimonial tend à s'effacer. Les élus commencent à considérer les collections publiques comme un patrimoine au sens juridique du terme, c'est-à-dire estimable et dont la vente pourrait rapporter gros. C'est ainsi que les œuvres du musée de Detroit ont été vendues pour renflouer les caisses. La France serait donc assise sur un tas d'or  : son patrimoine. Réjouissons-nous que, dans notre époque froide et calculatrice, il y ait encore des principes tels que l'inestimable valeur patrimoniale de nos œuvres. Fragments servant à la représentation d'un état culturel, historique et mental à un moment donné, les objets patrimoniaux se situent hors d'atteinte des griffes de ceux qui voudraient les rentabiliser encore plus (on se souvient avec émotion de la suggestion du président précédent de permettre le deaccessionning, ou déclassement du statut de bien public de l'œuvre). Enfin, pour l'instant. R

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Texte : Gabreil Courgeon - Illustration : Herminie Astay Je sens, chers lecteurs, que vous trépignez d’impatience à l’idée de lire un article sur la numismatique. Pas la peine de mentir, je sais que ce sujet vous fait rêver. Eh bien vous êtes en veine, car nous allons pénétrer dans le monde merveilleux des monnaies. Mais pas n’importe lesquelles. Oublions pour l’instant les francs, euros et autres Louis d’or poussiéreux. Je veux vous parler d’exotisme, de curiosité et de bizarreries en tout genre qui feraient saliver le plus exhaustif des collectionneurs du XVIIIe siècle (bon j’y suis allé peut-être un peu fort). Venons-en au fait et commençons cette présentation à travers le monde et l’histoire de quelques monnaies étranges, pour ne pas dire what the fuckesques. Tout d’abord parlons de l’Europe (ethnocentrisme oblige), où les monnaies sont d’un ennui mortel. On pourrait néanmoins trouver à rire dans les noms de certaines monnaies médiévales, évoquant plus la maladie nosocomiale qu’un support de richesse (Hyperpère, Rixdale, Bractéate, etc.). En fait, pour trouver des monnaies étranges, il faut se tourner vers les moments critiques de notre histoire, en particulier les guerres. Quand l’argent « officiel  » venait à manquer, des institutions locales mettaient en place des monnaies de secours. C’est ce qu’on appelle les monnaies de nécessité («  emergency money  » en anglais, «  notgeld  » en allemand). Ce fut le cas pour nos voisins germaniques après la Première Guerre Mondiale où l’on imprimait de l’argent sur tout et n’importe quoi (bois, cartes à jouer, etc.).

Mobutu en 1997, pour ne pas gaspiller les billets, on a juste découpé la figure de l’ancien dirigeant qu’il y avait dessus. C’est ce qu’on pourrait appeler une solution à la « MacGyver  ». Tout ça c’est bien joli, mais ça reste des formes de monnaie standard (billets, pièces, etc.). Pour trouver des systèmes monétaires plus éloignés des nôtres, nous devons nous éloigner géographiquement (coïncidence ? Je ne crois pas). Partons pour l’Océanie, qui a été (et est) particulièrement riche en monnaies qui paraissent étranges et exotiques pour nous, petits Occidentaux imbibés de société de consommation. Sur l’île de Yap, dans l’archipel des Carolines, on trouve d’énormes pierres circulaires percées en leur milieu appelées Rai. Ces pierres étaient et sont encore des monnaies d’échange dans un système monétaire complexe qui a changé au fil de l’histoire et des rencontres entre les autochtones et les voyageurs. Elles servaient de paiement et on les déplaçait chez leurs nouveaux propriétaires. Si les pierres étaient trop grosses, la propriété changeait mais on les laissait à leur emplacement. On trouve une grande diversité de monnaies en Océanie, allant des rubans de monnaies en dents de chauves-souris de Papouasie-Nouvelle Guinée jusqu’aux dents de cochon au Vanuatu. On peut dire qu’elle gagne la palme des monnaies bizarroïdes, palme inventée par le Louvr’boîte qui remettra ce prix avec plaisir aux autorités compétentes (l’empereur de l’Océanie ou équivalent).

Je vous laisse, j’ai des billets de Monopoly à Il est vrai que les monnaies bizarres s’épanouissent en période de crise pour notre plus mettre au coffre. R grand bonheur de curieux. C’est ainsi qu’au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo, dont la monnaie s’appelait également zaïre) après la chute du dictateur Joseph

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La conf i scati on de s bi e ns nati onau x Texte : Cassandre Mbonyo-Kiefer - Illustration : Alexis Dusaix

Vous êtes-vous déjà demandé, alors que vous fixiez des yeux une crosse abbatiale en ivoire finement ciselée au Musée de Cluny, « Combien ça coûte ? ». Non. Vous auriez l'impression de blasphémer, et vous auriez raison. Pour nous qui l'étudions religieusement, l'art a une valeur, certes, mais il nous semblerait bien mesquin de la chiffrer, et pourtant... «  La fin justifie les moyens  », comme disait grand-mère, qui vous embrasse. Et c'est cette idée qui présida aux débats du 2 Novembre 1789, qui devaient aboutir sur la mise à la disposition de la nation des biens du clergé de l'Eglise catholique. Comment ? Quoi ? Qu'est-ce ? Pourquoi  ? C'est très simple. C'est un peu comme quand vous venez d'abandonner vos derniers centimes du mois dans le paiement de votre loyer et que vous commencez à regarder différemment votre manuel d'art chinois en vous demandant combien le gentil monsieur de Gibert Joseph pourrait vous en donner, avant de vous rappeler in extremis que vendre son livre, c'est comme vendre son âme, pas cool. Et au mois de Novembre 1789, la nation française commençait elle aussi à s'inquiéter pour ses fins de mois. Le texte, proposé par Talleyrand et voté par l'Assemblée Constituante, dit ceci  : «  L'Assemblée nationale décrète : 1° Que tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la nation, à la charge de pourvoir, d'une manière convenable, aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres, et au soulagement des pauvres, sous la surveillance et d'après les instructions des provinces. 2° Que dans les dispositions à faire pour subvenir à l'entretien des ministres de la religion, il ne pourra être assuré à la dotation d'aucune cure moins de 1 200 livres par an, non compris le logement et les jardins en dépendant.  » Il s'agit, d'un point de vue purement pragmatique, de renflouer les caisses de l’Etat, qui a contracté d'importantes dettes depuis l'Ancien Régime, mais aussi de permettre à la République

d'avoir les moyens de ses ambitions, qui s’avéreront bientôt impérialistes. En cela, on s'éloigne nettement du texte qui mentionnait la volonté de « soulager les pauvres » (mais alors nettement). Pourquoi choisir les biens du clergé ? Plusieurs raisons à cela, la plus évidente étant qu'ils représentent une valeur pécuniaire remarquable. Depuis quee la royauté s'est associée à l'Eglise catholique, au VI siècle, le pouvoir n'a cessé d'être un mécène de la création artistique au sein des abbayes, des monastères, des cathédrales, etc. Les représentants du clergé eux-même ont tôt fait de constituer des trésors au sein de leurs diocèses en stimulant la production des ateliers voisins, attirant ainsi la renommée sur leurs églises. Nous prendrons ici l'exemple célèbre de Suger (1081-1151), l'abbé charismatique de Saint-Denis qui y constitua une exceptionnelle collection composée entre autres de remplois antiques embellis par des orfèvres locaux, accompagnée de traités théoriques comme le De Administratione, qui témoignent d'une accumulation, pensée et dictée par certains préceptes philosophiques, des œuvres d'art. Mais confisquer les biens de l'Eglise est aussi un moyen de l'affaiblir. Cette dernière va en effet être privée, outre de chef-d’oeuvre, des biens fonciers qui constituaient sa puissance, à l'image de l’Abbaye de Cluny en Bourgogne, vendue comme le reste. Plusieurs abbayes de l'ordre cistercien vont par exemple être transformées en usines de coton, en vue de lancer l'industrie textile française. C'est le cas du couvent des Clarisses, en Haute-Savoie, qui devient la Manufacture de coton d'Annecy. Le 14 Mai 1790 est signé le décret fixant les modalités de vente des biens nationaux : ces derniers seront vendus lors de ventes aux enchères. Les acheteurs sont pour la plupart issus de la classe bourgeoise, et cela influe sur l'explosion des anciennes classes de l'Ancien Régime, favorisant l'essor de la bourgeoisie, et le transfert des biens des nobles vers les bourgeois. La vente des biens nationaux, bientôt associée à la vente des biens de ceux que l'on nomme les « déserteurs », des aristocrates ayant fui la

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ART ET ARGENT les contrées plus vertes et plus Bonaparte refusa la restitution des biens à l'Eglise respectueuses des têtes royales qu'étaient nos voisins catholique, ce qui était devenu matériellement européens, est donc un outil à la fois politique et impossible. économique. Une sorte de tournevis multifonction, C'est ainsi que s'achève l'histoire anti-crise et pro-révolutionnaire (mais qui ne permet exceptionnelle de la vente de patrimoine foncier et pas de monter une commode). d'objets d'arts par l’Etat à des particuliers pour Les bijoux de famille ainsi mis à contribution, remettre des sous dans la machine à exister. Pas si ils furent en partie dispersés. Certains ont depuis exceptionnelle, quand on pense aux 85 toiles de Miró rejoint les collections publiques des musées français que le Portugal voulait vendre cette année pour quand d'autres sont restés entre les mains des renflouer ses caisses. Mais ça, c'est une autre histoire. R particuliers. Lors du Concordat de 1801, Napoléon

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La curieuse affaire de Benjamin Vautier Texte : Vincent Paquot - Illustration : Herminie Astay

Aujourd'hui cher lecteur, il va y avoir de l'accusation, du coup de gueule, de la violence et du sang ! Aujourd'hui en effet, je vais m'attarder sur le cas d'un artiste pour le moins singulier : Ben. Présentons déjà le bougre. Né en 1935 à Naples, cet artiste français s'est inscrit dans le mouvement des Nouveaux Réalistes et côtoya notamment Arman, César ou encore Yves Klein. Il est essentiellement connu pour ses œuvres calligraphiques, à l'écriture ronde, presque enfantine. Mais si, vous voyez ces phrases pseudo-philosophiques inscrites sur les trousses et agendas des gamines prépubères à l'intelligence aussi développée que celle d'un participant de télé-réalité lobotomisé ! Il y en a même parmi vous qui ont eu de tels objets, mais nous ne vous blâmerons pas : ce qui s'est passé au collège reste au collège. Quoi qu'il en soit, cette écriture est devenue le principal outil de création de notre bonhomme. Que ce soit en signant tout ce qui bouge (ou ne bouge plus d'ailleurs) pour signifier que tout est art, dans ses installations, sur ses affiches, dans sa maison, elle est partout. Si son œuvre reste au demeurant intéressante dans les messages qu'elle cherche à transmettre, elle se caractérise aussi par ce merchandising à outrance  : stylos, agendas, t-shirts, cartables, cahiers, toutes les affaires scolaires y sont passées, allant de la règle qui finira explosée au fond de votre sac au stylo à plume qui bave et rend vos copies dégueulasses. Beaucoup critiqué sur ce point, nous n'allons pas tomber dans un jugement si simple (faut pas déconner non plus, on réfléchit, au journal (genre avec notre tête en plus)). En effet, en quoi un artiste n'aurait pas le droit de se servir de son art comme produit dérivé pour pouvoir en vivre d'autant plus confortablement  ? Après tout, si ça marche, c'est parce qu'il y a des gens qui achètent, donc autant blâmer le consommateur dans ce cas. Non, de base, cet argument ne tient pas la route... Sauf quand l'artiste en question se permet un discours visant à dénoncer la société de consommation ! On peut citer son installation Bizart Baz'art par exemple, sorte de magasin fictif où l'invendable s'y retrouve vendu. On y note des phrases choc (vas-y que ça balance, à mort le capitalisme !) comme «  Tout est marchandise, la mort est à vendre » ou bien «  Il va falloir trouver autre chose » (sousentendu : trouver toujours plus à vendre). Je veux bien qu'on transforme son art en babioles désuètes, mais quand on se met à critiquer ladite société de

consommation qui permet la vente de tels objets, il y a comme un léger paradoxe ! Même sur ces produits dérivés il se permet des inscriptions comme « À bas la société de consommation »  ! Oh, j'entends bien certains qui me diront que tout cela est ironique, et que je n'ai pas compris le sens profond caché de ses œuvres, etc. Je leur rétorquerai simplement qu'il s'agit de différencier ironie et foutage de gueule, là. D'autant plus que ses créations portent en elles-même des messages intéressants, sur la nature même de l'art, sur son appropriation, sur le doute et le questionnement comme mouvement créateur, bref, qu'elles s’inscrivent derrière une réflexion profonde de l'artiste. Ces textes n'en restaient pas moins faibles, voire carrément minables, mais c'était leur mise en contexte qui les rendaient intéressants, le travail sur l'espace et la couleur (car oui, la plupart de ses créations sont colorées, contrairement au noir et blanc des cahiers et autres trousses) qui faisaient sens. Sans ce contexte, il ne reste que des phrases que n'importe quelle pisseuse de 12 ans et demi aurait pu sortir entre deux statuts facebook émogothiques allant à coup sûr finir sur zéros sociaux ! Certaines sont criantes du fait que notre homme a sûrement été bercé trop près du mur durant son enfance  : « on est tous coupables » (surtout d'avoir acheté un truc pareil (genre un agenda hein, pas le journal que vous êtes en train de lire, Louvr'Boite c'est le bien  !)), «  aller au bout du ''bout à bout'' » (sérieusement ?), « et surtout n'oubliez pas de tomber amoureux  » (c'est bon j'en ai marre je me casse). Pour conclure, que reste-t-il de Ben, et de cette critique ayant plus pris des apparences de lapidation en place publique totalement gratuite, tout en regardant tout espoir d'objectivité de ma part se faire violer dans les recoins d'une ruelle sombre  ? Et bien un artiste qui a malheureusement perverti le message premier de son œuvre par un merchandising abusif et de faible qualité. C'est finalement plus regrettable que condamnable à vrai dire, tant la place de Ben s'avère importante dans le courant des Nouveaux Réalistes, ainsi que dans son activité toujours aussi prolifique encore de nos jours. Maintenant à vous de juger par vous-même, et de ne pas prendre pour unique vérité l'article d'un jeune homme un peu trop véhément ! R

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Hi s I STOIRE D UNE MONNAIEe Texte : Anne-Élise Guilbert-Tétart - Illustration : Herminie Astay

« - Penses-tu que tout ira bien après ?! - Je ne le pense pas, je le crois. » Elle se tourna vers sa compère. Celle-ci lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, seules quelques pointes mal coupées et la peur sur sa face les différenciaient. « - Umayyad a vaincu, continua-t-elle, et il nous a choisies pour présenter au monde la nouvelle voie du Coran. Nous sommes les premières de ce genre. » Elle regarda alors ses nouvelles traces sur son corps qui avant était si lisse, comme pour se rassurer de ses paroles qui se voulaient pourtant très convaincantes. « Dieu est unique, Dieu est grand » était-il désormais écrit sur elle. Ce tatouage a été des plus douloureux, le contact du verre sur son corps brûlant l’avait fait crier comme jamais ; mais l’artisan ne l’avait pas entendue et n’essaya pas de changer ses gestes pour les rendre plus doux. Heureusement, cette partie de vie était révolue. Elle allait enfin pouvoir servir au monde, connaître de nouvelles personnes, faire briller l’envie dans leurs yeux. Certes, elle serait seule et les passages de main en main nombreux, mais elle était prête, c’était son destin. La première fois qu’elle fut utilisée, elle vit ce qu’elle avait toujours voulu voir dans les yeux de son nouveau possesseur : de l’admiration pour la finesse de cette richesse qu’elle était et la compréhension de cette nouvelle profession de foi qui l’habillait. Dans ses rêves, elle s’imaginait plaire au feu Calife Abd Al-Malik mais, dans la réalité, elle n’aurait été que simple pour ses yeux, ressemblant aux milliers d’entre elles, si ce n’est plus, qui peuplaient le royaume. Au fond, elle n’était qu’un joyau du pauvre, seul l’or l’habitait, trop petite pour autre chose. « Au moins je ne suis pas un dirham d’argent » se rassurait-elle dans les moments sombres. Mais ils étaient rares car elle n’était jamais pessimiste et voyait les jours heureux, trop heureux même.

En l’an 750, le Califat n’est plus et laisse place aux Abbassides. À cette époque elle n’était pas encore prête à accepter ce genre de changement et continua à voir les beaux jours dans ses rêves, idylle perdue. Puis après différentes actions qu’elle ne put comprendre, elle cessa de plaire au commerce et eut alors pour vision le noir et la terre ; l’attente fut longue. Des siècles à rêver de ses journées passées près de ceux qu’elle émerveillait, de ceux qui croyaient en elle mais qui croyaient aussi aux paroles qu’elle transportait sur son dos. Après une longue attente, elle fut réveillée. Aujourd’hui, après avoir suscité un certain intérêt auprès du collectionneur et conservateur Jean David-Weill, elle se vit suspendue derrière une vitre et voit ainsi passer une multitude de personnes, qui en plus d’être étranges par le physique, ne lui prêtent guère attention. Cependant, il y a parfois ces jeunes gens qui l’observent attentivement, elle et ses deux amies d’or, comprenant peutêtre leurs messages écrits de droite à gauche qui les composent et donnent leur raison d’être. Ce sont ces moments-là qui la font revivre. Dans la clarté du jour, elle oublie son mal du pays, les estampilles qui lui avaient fait tant de mal à sa naissance - mais qui vivent désormais en paix en dessous d’elle, ces vitres omniprésentes, cette architecture futuriste, ses divers malheurs... Elle se sent revivre, retrouvant cette jeunesse perdue et brillant de ce même or du beau et si lointain ProcheOrient de 720. N’hésitez pas à aller la voir au Musée du Louvre, département des arts de L’Islam. R

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Paroles d'anciens r

Fondateurs et animateurs des premières numéros de Louvr'Boîte, nous avons quitté l'Ecole du Louvre et dit adieu aux privilèges conférés par sa carte d'élève il y a quelques années. Terminées les expos à volonté. Quant à l'accès libre aux collections permanentes des musées nationaux, il nous a été coupé lorsque nous avons soufflé nos 26 bougies. Aujourd'hui, certains d'entre nous sont dotés d'adorables cartes professionnelles prolongeant les douceurs de la gratuité. Mais d'autres doivent allonger la monnaie pour revoir le code d'Hammurabi ou Le déjeuner sur l'herbe. Dans tous les cas, notre rapport à la visite de musée a changé depuis la fin de nos études...

Je suis entré à l’Ecole il y a un plus de dix ans et j’en suis sorti diplômé de M2 en 2008, avec un précieux passeport en poche, la carte de conférencier national. Objectif semi-avoué en passant l’examen : prolonger le privilège de la gratuité des musées expérimenté pendant ma scolarité. À VIE. C’était la dernière année que le titre fut donné, et depuis la réforme a remis les choses à plats pour tous les guides du territoire (avec moult grincements de dents, fort compréhensibles, de la part de certains professionnels) avec la seule et unique carte professionnelle de «  guideconférencier », portant toujours l’indispensable mention «  le titulaire de la présente carte est exonéré de droit d’entrée pour les visites des musées  ». VALIDITÉ PERMANENTE. Le rêve… Surtout que je n’ai pas choisi de rester conférencier. Non, je suis costumier de spectacle et formateur en histoire du costume, spécialisé dans la mode avant le XXe siècle. Autant dire que ma formation à l’école me sert tous les jours (et il n’y avait pas, hélas, de spé mode à mon époque  !) et je profite autant que possible des bénéfices de cette fameuse carte, tant pour des besoins professionnels (beaucoup…) que par plaisir personnel (quand j’ai le temps  !). A vue de nez, depuis début 2013, rien qu’en France et en ne comptant que les accès normalement payants  : une vingtaine d’expos temporaires, une douzaine de musées (dont certains plusieurs fois par an comme le Louvre, Cluny ou le musée de l’Armée), une dizaine de monuments historiques soit, à la louche, environ 400-450 euros d’économies depuis 18 mois. Pas trop mal surtout quand on gagne en moyenne un peu plus que le SMIC (le métier de saltimbanque, que voulez-vous…). Certes, pour la plupart, j’aurais aussi pu agiter mon attestation de demandeur d’emploi, mais avouez que brandir sa carte estampillée «  République française  » façon agent du FBI, c’est tout de même plus classe…

Etudier cinq années à l'Ecole du Louvre donne un goût pour la gratuité muséale dont il est difficile de se débarrasser par la suite. Mine de rien, s'enfiler une bonne centaine de travaux dirigés devant les œuvres confère l'illusion que les portes du musée seront toujours ouvertes à ceux qui les ont passé si souvent. Ma carte d'élève a expiré en janvier 2012 et bien que précaire, je suis restée privilégiée. Journaliste depuis quelques années - principalement dans la presse artistique - je me suis rendue au musée au rythme de mes impératifs professionnels, souvent dans le cadre de déplacements tous frais payés. Côté loisirs, j'ai continué à m'enfiler le weekend quelques musées nationaux eu égard à mes 25 printemps non révolus. J'ai même un peu fraudé, agitant une carte périmée de l'EDL d'un mouvement de poignet flegmatique pour entrer dans une exposition temporaire fort onéreuse. Dotée d'une certaine phobie administrative (qui me fait perdre plus d'argent qu'elle ne m'en fait en gagner) j'ai un peu tardé à demander ma première carte de presse. J'ai fêté l'obtention de ce sésame - qui permet un an durant l'accès coupe file à une immense majorité d'institutions patrimoniales - en allant au Louvre, malade comme un chien mais ronronnante de bonheur. J'avais désormais 26 ans et les portes du plus honorable et familier des musées restaient béantes. Margot Boutges, ex-rédac' chef de Louvr'Boîte

Sébastien Passot, ex-maquettiste, truqueur de photos et homme à tout faire de Louvr'Boîte

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DOSSIER J'ai 25 ans trois quart. J'ai donc encore droit à la réduction-couperet, celle des 26 ans mais adios celle pour les étudiants. Depuis deux-trois ans, je glisse donc lancement vers le tout-payant. Du coup, je suis devenue plus regardante, écartant des lieux et des expositions que j'aurais visité avant "pour voir", "histoire de" ou plus prosaïquement parce que j'avais deux heures à perdre avant un cours. Je me suis mise à planifier, ce que j'envisageais d'aller voir, j'ai commencé à sélectionner. Comme quelqu'un privé d'abonnement UGC, je me posais désormais la question "Est-ce que j'ai réellement envie d'y aller ?". Combiné au fait que j'entrais dans la vie professionnelle (je travaille dans un musée depuis 2012) et que j'avais de moins en moins de temps à consacrer aux sorties culturelles, mon horizon de curiosité s'est mis à rétrécir. Pour les expositions, je n'allais plus voir que celles qui évoquent des sujets qui me sont familiers, qui me parlent ou m'enthousiasment. Le classement des musées était encore plus brutal quand je voyageais : les incontournables que je visiterai qu'ils soient gratuits, bons marchés ou exorbitants ; les gratuits trop cool ; les gratuits que je visiterai si j'ai du temps ou s'il pleut et les payants sur lesquels je fais l'impasse parce que non, définitivement, je n'aime pas payer pour rentrer dans un musée que j'ai moyennement envie de voir. J'ai fini par trouvé ça déprimant, ce manque de liberté et de spontanéité, cette limite financière que je sentais s'imposer sur mes pratiques muséales. Du coup, j'ai pris une carte de l'ICOM (International Council of Museums), une organisation qui fédère et regroupe les personnels de musée et dont la carte de membre (une fois la cotisation payée, rien n'est gratuit en ce bas monde) donne accès à la quasi-totalité des musées, publics comme privés. Comme avec mon Navigo et mon mon abonnement UGC, je peux à nouveau consommer les musées en illimité. Anais Raynaud, ex-directrice de publication de Louvr'Boîte

« Miss bons plans  », c’est ainsi que certaines amies edliennes me surnommaient. Bourses d’obscures associations, subventions exceptionnelles, aides municipales, défraiements, dégrèvements, échanges de bons procédés… la situation financière familiale m’a forcée à développer un instinct de survie et à multiplier, durant mes études, les astuces permettant de minimiser mes dépenses. Les musées n'ont pas échappé à ce qui est devenu une inclinaison naturelle pour l’économie à tout prix. La carte d’élève de l’École a évidemment été un sésame particulièrement précieux pour rentrer dans les musées comme dans sa propre maison. J’ai accumulé au fil des années les différentes cartes afin de survivre à la difficile et inévitable transition entre les «  années École du Louvre  » et la suite… Il m'est arrivé un jour de présenter simultanément à l’entrée d’un musée  : ma carte d’identité (j’avais alors moins de 26 ans), une carte d’étudiant à la validité douteuse, une carte du ministère de la Culture, une carte de guideconférencier et une carte de chômeur… sans succès. La

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gratuité me fut refusée. Ce fut un choc, mais qui fut bénéfique car j’avais pris conscience du ridicule de la situation. Aujourd’hui j’ai plus de 26 ans et je suis médiatrice culturelle dans un musée d’Île-de-France. Les visites de musées que j'effectue à présent ont souvent lieu dans le cadre de mon travail où je suis reçue par des confrères. Parfois, je vais voir une exposition montée par un vieil ami edlien et plus rarement je me retrouve seule face à l’institution muséale, tel un visiteur lambda. Face à cette situation j’ai la possibilité de présenter mes deux passeports préférés. Dans un premier temps j’utilise la carte de guide-conférencier (j'ai passé l'examen de guide-conf des villes et Pays d'Art et d'Histoire, région Alsace, en 2010) qui permet de débloquer la plupart des portes des musées et monuments historiques de France et qui, sur un malentendu, peut fonctionner à l’étranger. Dans un deuxième temps, je peux utiliser le multipass ultime : la carte de l’ICOM. Payante, cette carte peut être nominative mais aussi être estampillée au nom de l'instituion muséale pour laquelle vous travaillez. Il faudra dans ce dernier cas vous arranger avec vos collègues pour savoir qui squattera la carte pendant trois semaines au mois d’août… Valentine Gay, ex-illustratrice de Louvr'Boîte

A Laval, petite ville d’où je viens, je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de fréquenter le monde des musées. Une fois qu’on a visité le musée d’art naïf (et il faut beaucoup de cran pour supporter l’art naïf), il ne reste plus qu’à aller au cinéma. Mais quand je suis arrivée à Paris et à l’Ecole du Louvre, les musées sont devenus ma deuxième maison. J’y allais tout le temps pour tout voir, le plus souvent avec mes amis, et j’y ai pas mal de souvenirs : moments de déambulation sans rien regarder, révisions de TDO, moquerie de guides qui disent des conneries, engueulades, fous rire… J’y ai même des souvenirs de rupture amoureuse. Quand j’ai quitté l’Ecole du Louvre en 2011, il y a eu le premier éloignement, sans que je m’en rende vraiment compte. Bien sûr, je n’allais plus du tout aux expos du Grand Palais  : trop cher et trop de monde le soir et le weekend. Mais visiter un musée était toujours une fête  : je renouais avec mes premiers émois d’étudiante et le temps perdu de l’oisiveté productive. J’y retrouvais mes copines de cœur que je voyais moins. Et puis le temps a encore passé et je suis arrivée à la veille de mes 26 ans. Deux semaines avant mon anniversaire, je me suis frottée à un constat déprimant. Je n’allais plus que très rarement au musée et maintenant que j’allais perdre toute gratuité,  je n’irais très certainement plus jamais au Louvre. Je ne travaille plus dans la culture, je finis tard le soir et le weekend je n’ai pas le courage de payer pour affronter la foule. Et puis la perspective de visiter les musées sans ma bande, mes amis les plus importants rencontrés à l'EDL, ne me ferait que prendre conscience que les gens vieillissent et s’éloignent parce qu’il faut bien vivre sa vie. Une fois ce constat établi, j’ai décidé d’organiser une sorte d’enterrement. J’ai réuni mes amis avec qui j'ai mes meilleurs souvenirs de musée et un dimanche nous avons fait un petit périple pour voir les musées

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DOSSIER nationaux parisiens que je ne connaissais pas : le musée Delacroix, Rodin, les Invalides. Cette journée fut inoubliable. On a eu l’impression de faire une excursion à l’étranger, d’être ailleurs, pas à Paris, pas dans nos vies, mais loin et ensemble. Belle manière de faire le deuil de sa vie étudiante. Aujourd’hui j’ai 26 ans, je travaille dans une Start-Up spécialisée dans la VoD, je suis mal payée et je n’ai pas le temps,  mais il me reste les musées de la ville de Paris - dont les collections permanentes sont gratuites pour tous - et les journées du patrimoine. Sophie Paulet, ex-rédactrice ciné de Louvr’Boîte

Mes fonctions d’EdLien ont pris fin en 2012. J’ai enchaîné l’année suivante avec un master 2 de droit public de Droit et Administration des Entreprises Culturelles à l’Université Reims Champagne-Ardenne (qui se révèle d’ailleurs être un parfait complément pratique et professionnalisant aux enseignements théoriques de l’EdL). J’en ai également profité pour changer d’âge et franchir la barre fatidique des 26 ans, l’âge où les rides et les cernes deviennent définitives. Je poursuis mes études en doctorat, au Centre d’Études International de la Propriété Intellectuelle (CEIPI) de l’Université de Strasbourg, avec pour sujet les relations entre le droit et l’art contemporain. L’Unistra, pour les intimes, met à disposition une carte culture (offerte lors de la première année, 7€ les années suivantes) qui permet d’entrer gratuitement ou de profiter de tarifs réduits dans 80 musées, cinémas et salles de spectacle

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de l’Alsace. Je dois bien avouer que je ne suis allé jamais la demander (par oubli quand j’en ai le temps ou manque de temps quand je n’ai pas le temps justement). Pourtant, les musées c’est comme le sexe. Une fois qu’on y a goûté, on en devient dépendant et on se lance dans une quête continuelle de nouvelles expériences (le numérique au musée/le plan à trois) et de plus vastes connaissances (les artistes de demain/les nouveaux fétichismes). Je n’ai jamais été mécontent de payer pour faire un musée : la culture doit être accessible au plus grand nombre, mais jamais au détriment des budgets qui y contribuent. Certes, le « jeune con  » qui profite mal de la gratuité est passé au «  vieux con  » qui se plaint parfois que 13€ c’est quand même exagéré pour faire une exposition temporaire qui se révèle être complètement nulle (poke Masculin/Masculin). Mais, payer ce prix-là pour faire la rétrospective Pierre Huyghe ou le nouvel accrochage du quatrième étage du Mnam (Musée national d’art moderne) valent vraiment l’investissement, C'est d’ailleurs pourquoi je m’offre tous les ans une carte d’adhérent au Centre Pompidou (une carte duo, pour pouvoir inviter et faire partager ma passion, mon plaisir et la culture et accessoirement contrebalancer mon micropénis). Ainsi, la fin de l’Ecole du Louvre et mon âge avancé n’ont pas eu d’impact sur mes rapports muséaux : j’en fais toujours autant quitte à en payer le prix (celui du billet et celui du plaisir ou de la déception) et je les visite toujours mieux et plus intensément à chaque fois. Philippe-Alexandre Pierre, ex-maquettiste et rédacteur sexo de Louvr'Boîte

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ACTUALITÉS

E XPOSITION

L'art de Jean-Paul Marcheschi, et le pinceau de feu ...

Texte : Justine Hamon - Illustration : Herminie Astay

l'Histoire et l'origine de l'Homme rattrapent le présent, questionnent notre Q uand passé, des œuvres ancrées dans notre propre

évolution ressurgissent des mains d'un artiste particulier, Jean-Paul Marcheschi. Né en 1951, il vit et travaille à Paris, où se tient actuellement du 18 septembre au 22 novembre 2014, une exposition intitulée « La Constellation du serpent  » à la galerie Univer/Colette Colla, èmesituée au 6, Cité de l’ameublement, dans le 11 . «  La constellation du serpent », cire, feu , fusain sur papier

À la lumière de son « pinceau de feu  », il donne naissance à des œuvres stellaires, où le ciel se mêle à l'univers d'une intense et profonde obscurité. Un déchirement solaire surgit du noir, à l'aide de suie, fumée ou encore cire de bougie. Jouant sur la matière, les contrastes de lumière, son œuvre s'envole à travers le temps et l'espace. Son art s'extrait des éléments, notamment le feu, maîtrisé à la préhistoire, indispensable à la vie, il coule, s'enfume, craquelle, sur ses peintures. Et dans un grondement lointain l’homme maîtrise le feu, l’homme donne naissance à la peinture. L’artiste a d’ailleurs exposé au Musée départemental de la Préhistoire de Solutré, "L'Homme de Solutré" en 2009. L’artiste au travail dans son atelier, 41, rue Berger, 75001, en 2004. Les corps représentés se noient dans leur propre composition, mêlant décharnement osseux, et

transparence déposée sur verre. Ses portraits nous renvoient aux confins de notre propre âme, et de sa noirceur, comme Dorian Gray (Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde) le constate à travers sa toile démoniaque. Troués, composés, recomposés, ils ne font pas preuve de vie mais d’une quête de sens et d’âme. Ils s’effacent, rongés par la noirceur du monde, alliant, aliénant l’écriture au dessin, comme le monde des morts égyptien mêle formules hiéroglyphiques incantatoires aux icônes. Ainsi l’univers est lié au monde, pour l’artiste il est lié au cheminement de son être, le cœur de son art.... Jean-Paul Marcheschi vous propose d'effectuer votre portrait dans le cadre de son oeuvre « Onze mille visages de l'humanité  », le dossier est téléchargeable sur le site officiel de l’artiste. Vous pourrez par la suite retrouver l’artiste en décembre 2014 au Musée d’Art et d’Histoire de Cholet. R

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ACTUALITÉS «

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COME

BACK » SUR LA NUIT BLA

NCHE

Texte et photographie : Justine Hamon

Petit retour sur la « Nuit Blanche  » qui s'est déroulée dans la soirée du samedi 4 octobre de 19h à 7h le lendemain. Petits et grands, amateurs ou spécialistes étaient invités à parcourir «  l'itinéraire de Grande randonnée artistique  » guidant les spectateurs grâce à une ligne bleue sur le sol, jusqu'aux six «  Points de vue  » thématiques et projets «  off  » jalonnant les ème sentiers. Des 4ème, 5 ème, 7ème arrondissements aux 13 , 14ème, 15 ème, installations, performances des artistes et médiateurs ont offert une soirée digne des «  soirées parisiennes  ». Dans une ambiance pédestre et labyrinthique, les foules se pressaient à l'entrée des musées, des mairies, églises et bibliothèques investis par les œuvres. Tandis que d'autres, suivaient vaillamment la ligne miraculeuse, bravant la grisaille et la pluie, quêtant les projets artistiques. Mini Burble, Umbellium, proposé par Samsung

Parmi les installations monumentales citons « Mini Burble, Umbellium  », qui sur le parvis de l'Hôtel de ville, ouvrait le bal à travers un ensemble gigantesque de ballons multicolores liés entre eux à un filet, battant comme un cœur au rythme de la nuit, prêts à s'envoler vers l'infini et l'au-delà. Il ne manquait plus qu'une petite maison pour se croire à l'entrée des studios Pixar... À l'intérieur de l'Hôtel de ville, le célèbre Yamamoto nous incitait à une contemplation méditative face à une mer de sel formant un labyrinthe ; expérience esthétique riche et sensible. Tout le parcours possédait de riches installations, performances éblouissantes et œuvres intrigantes, vivement la Nuit Blanche 2015 ! Un «  after  » Nuit Blanche...

Certaines œuvres pour notre plus grand plaisir resteront visibles jusqu'à la FIAC (23 au 26 octobre), et d'autres, semblant s'inscrire dans le paysage urbain, s'y fondront à jamais. Notamment la Grande Arche de bois de l'artiste Sambre, visible aux Docks-Cité de la Mode et du Design ; « un mur ouvert  », une construction monumentale de bois, autour d'un

escalier qui brise les cloisons humaines, introduisant le spectateur à l'intérieur de l'espace sous son porche naturel qui rompt avec le décor de la cité des Docks imposant de modernisme. Si l'on suit les quais du Port d'Austerlitz le Street Art nous guide à travers les rues du quartier. Partez en quête des « Two loves Installations  », trompe-l’oeil saisissant d'Imran Qureshi, où violence sanglante et délicatesse florale se mêlent sur deux lignes de sol, faisant honneur à l'art islamique et explorant l'abstraction. Suivez ensuite la rue du Chevaleret près du métro Bibliothèque François Mitterand, pour croiser les silhouettes humaines de Borondo, les volutes floraux d'YZ «  Lost in the cityornementation 2014  ». Le clou du parcours, allez contempler la halle Freyssinet où «  carte blanche  » a été donnée à Jef Aérosol et 10 artistes pour repeindre 10 alcôves rayonnantes de couleurs. Certaines sensibilisent le spectateur à l'écologisme, d'autres plus légères se réfèrent au passé, aux fantômes, et aux papillons faits d'origamis voltigeants, rendant à cet endroit un brin de vie et festivité artistique. Les fans du Street Art s'y régaleront... Terminons sur une note interrogative, où le moderne côtoie les origines du monde, où science s'allie avec le monde de l'art. Sur le quai du Port d'Austerlitz toujours, au bas de la cité des Docks, se trouve une «  Arche  », installation fascinante d'Hichan Berrada. Un aquarium géant qui réunit toutes les conditions nécessaires à l'apparition de la vie. Attendant quelques millions d'années la gestation d'une cellule, l'artiste ajoute sa touche personnelle à la docteur Frankenstein  : un matériau moderne et utilitaire, que nous connaissons bien. Donnant un ballet plastique (c'est le cas de le dire) harmonieux, des formes dansent au fil de l'eau dans cette étrange citerne. Avis aux curieux, l’œuvre ravira l'imagination et le sens esthétique de tous... R

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RUBRIQUES

INITIATIVE ÉTUDIANTE

Interview d’Adalaïs Choy Co­fondatrice et co­gérante de Covoiture­Art Propos recueillis par Elise Poirey

Etudiante en 1 ère année, Adalaïs a fondé il y a moins d’un an sa propre société, Covoiture-Art. Aujourd’hui, elle nous présente le concept unique de son entreprise.

Louvre’Boîte : Salut, déjà, est‐ce que tu pourrais te présenter à nos lecteurs, ainsi que nous parler de ton associé ?

Adalaïs : Je m'appelle Adalaïs, et je suis la Cofondatrice de la société Covoiture-Art.com, que j'ai créé avec mon associé Thibaut Denis du Péage. Après deux ans de classes préparatoires (hypokhâgne et khâgne) en spécialité histoire de l'art, j'ai effectué une licence de commerce de l'art et médiation cultuelle avant d'intégrer l'Ecole du Louvre. Thibault, après Sciences Po Lille, a quant à lui suivi une formation de juriste. Nous sommes tous deux amoureux de l'art, du patrimoine, de la culture, et de la découverte !

visiter, vous n'êtes pas tenus de respecter des horaires stricts de train etc... Vous avez le temps de profiter en faisant des rencontres enrichissantes, puis vous rentrez à votre point de départ ! Louvre’Boîte : En quoi penses‐tu que Covoiture‐Art s'adresse tout particulièrement aux lecteurs de Louvr'Boîte ?

Adalaïs : Tout simplement parce qu'ils sont les plus à même d'apprécier Covoiture-Art et de l'utiliser ! Pour des étudiants en histoire de l'art, Covoiture-Art est donc la solution pour partager un trajet avec des personnes ayant les mêmes affinités culturelles, tout en faisant des économies !

Louvre’Boîte : Comment est née cette société, et quel en est le concept ? Louvre’Boîte : Le thème du mois étant art et argent, comment Covoiture‐Art allie‐t‐il les deux ?

Adalaïs : Covoiture-Art est née de l'imagination de Thibault, mais a réellement vu le jour lors de ma rencontre avec lui qui a eu lieu lors d'un...covoiturage ! En effet, pendant un trajet Paris-Lille - nous sommes nordistes tous les deux - Thibault m'a expliqué son projet et sa nécessité de travailler avec quelqu'un évoluant dans le milieu de l'art et de la culture : le hasard fait bien les choses ! Nous avons ensuite fait mûrir le projet pendant près d'un an, avant de créer officiellement la société en janvier 2014, puis nous avons lancé notre site internet au mois de juillet. Notre concept est le suivant : utiliser le covoiturage pour rejoindre des lieux culturels, actuellement, nous avons plus de 1000 destinations référencées sur notre site. En effet, beaucoup de sites d'art et de culture sont assez excentrés des axes principaux ou éloignés des gares, et s'ils sont parfois bien desservis, la voiture, ça coûte cher ! L'idée est donc de partager son véhicule avec des personnes qui ont les mêmes affinités culturelles tout en faisant des économies, et en pensant au devenir de notre petite planète ! Vous arrivez à l'endroit exact que vous souhaitez

Adalaïs : Je pense que Covoiture-Art rime avec gain d'argent ! En effet, il est beaucoup moins onéreux de voyager vers une destination en covoiturage, plutôt qu'en train ou en utilisant seul sa propre voiture. En plus, nous établissons des partenariats qui permettent d'économiser sur le prix du billet d'entrée ! Louvre’Boîte : Et toi, quelle est ta vision du thème ?

Adalaïs : L'art et l'argent ont toujours été intrinsèquement liés, mais ce lien prend aujourd'hui des proportions délirantes avec l'explosion du marché de l'art ou l'œuvre devient parfois un réel moyen d'investir... Ce qui, parfois, décourage les jeunes collectionneurs, à tort ! On peut toujours trouver de jolies pépites en salle de vente ! D'un autre côté, on croit souvent que l'art, donc dans un sens la culture, est réservé à une élite possédant beaucoup d'argent, mais c'est faux ! C'est aussi en ce sens que Covoiture-Art veut démontrer que la culture est et doit être accessible à tous !

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RUBRIQUES

INITIATIVE ÉTUDIANTE Louvre’Boîte : Quels sont tes projets et envies pour (re)découverte de pépites culturelles, et il y en a pour tous les goûts ! Il serait donc très difficile de dire lequel ton entreprise ? je préfère, mais si je devais faire un choix, étant à Paris, Adalaïs  : Beaucoup de projets sont en cours : le je privilégierai le domaine de Vaux-le-Vicomte, qui est développement de nos destinations, qui sont un endroit absolument merveilleux, et qui mérite aujourd'hui essentiellement les musées de France. vraiment le détour ! Nous travaillons à l'intégration de nouveaux sites : châteaux, domaines privés, festivals de musique et de danse, théâtre etc... Des envies, j'en ai plein ! Mais la plus belle serait que Covoiture-Art devienne un moyen reconnu pour aller visiter la diversité qu'offre le patrimoine français ! Louvre’Boîte  : Covoiture‐Art propose des partenariats avec des sites culturels, parmi eux, lesquels préfères‐tu ?

Adalaïs : Nos partenariats permettent entre autre de bénéficier d'un tarif réduit sur le billet d'entrée pour nos utilisateurs. Notre but est donc de permettre la

LIENS UTILES :

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Le site : http://www.covoiture‐art.com/

La page facebook, covoiture‐art.com, où sont régulièrement postés des évènements, et des actualités culturelles.

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RUBRIQUES

MUSÉE INSOLITE

Couvrez ce chef que je ne saurais voir ! L'atelier-musée du chapeau de Chazelle-sur-Lyon

Texte et photographies : Herminie Astay

Si vous êtes un amateur d'observation de la foule urbaine, vous aurez certainement remarqué un grand absent : le chapeau. L'accessoire est tombé en désuétude depuis les années 1950 et avec lui une importante industrie, alors même qu'il était inconcevable pour qui que ce soit de sortir nu-tête auparavant. À Chazelle, le chapeau de feutre était roi, aujourd'hui le souvenir de l'industrie chapelière est maintenu par l'atelier-musée, localisé dans les bâtiments d'une ancienne usine. La visite du musée tout neuf (entièrement réaménagé et rouvert en 2013) commence par une étrange et effrayante machine  : elle transforme les lapins vivants directement en chapeaux de feutre. Heureusement, cet amas de rouages en fer est une fantaisie créée par l'association Les Machines de l’île à Nantes d'après une réclame du XIXe siècle. Là, les choses sérieuses commencent  : après un court film sur la fabrication de la cloche de feutre, élément constitutif de toute forme de chapeau, la visite se poursuit par un passage devant les machines qui sont mises en marche par la guide. Un régal pour les amateurs de patrimoine industriel. Par la suite, la guide met en forme un chapeau sous les yeux ébahis des visiteurs ne soupçonnant pas que l'exercice puisse être aussi rapide. Le reste de la visite est libre, s'enchaîne un espace montrant les métiers satellites de l'industrie  : sculpteur de forme, modiste... et la reconstitution d'une boutique où l'on peut essayer les chapeaux. À noter : le jukebox avec des chansons des années 19401960 sur le thème des couvre-chefs. La visite se terminee par un parcours historique, du Moyen Âge au XX siècle et quelques chapeaux de personnalités. À partir de son objet, il déroule tout un pan de l'Histoire industrielle et montre comment cette industrie affecte la vie sociale locale. D'ailleurs, il est intéressant de noter que l'industrie chapelière ayant disparu, son souvenir mis en musée permet de perpétuer une activité économique touristique dans la région. L'atelier-musée du chapeau est un de ces musées qui ne paient pas de mine aux premiers abords, mais qui valent le détour. R

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PARTENARIAT

Richter / Polke, Polke / / R ichter Texte : Kitty Whittell Pour la deuxième fois, et, à compter de ce numéro, de façon régulière, nous avons procédé à un échange de feuilles avec la revue des étudiants en histoire de l'art de l'University College de Londres, Hart. Nous vous proposons donc l'article que nous avons reçu de nos confrères grands-bretons, paru dans le numéro de septembre de Hart. Les collaborations artistiques ont pu être considérées comme relevant du passé, apparues occasionnellement sous la forme de Gilbert et George. Aujourd’hui, la scène artistique est encline à tourner autour des forces destructrices de l’art contemporain. Damien Hirst, Tracey Emin, Jeff Koons font les titres chaque semaine, et leurs perpétuels succès en salle de ventes leur ont permis de dominer les trois dernières décennies. En comparaison, peut-être est-ce là l’intérêt de la dernière exposition chez Christie’s. Elle prend en considération le duo postmoderne, Sigmund Polke et Gerhard Richter, et d’une certaine façon s’épanouit dans l’acte artistique double. Se débattant avec l’atmosphère d’après-guerre en Allemagne, Polke et Richter représentent une génération anticonformiste. Le désir de leurs parents était de prétendre que les évènements de la dernière décennie n’avaient pas eu lieu, pour s’affranchir du traumatisme national et embrasser un futur entièrement séparé des crimes du Troisième Reich. L’art qui fut produit reflétait cet état général de refoulement au travers de beaucoup d’artistes insistant sur le fait que la peinture était morte et choisissant d’imiter la tendance américaine du minimalisme et du conceptualisme. Cependant, Richter et Polke choisirent, au contraire, de s’engager entièrement dans ce désir malsain d’oublier, en reprenant l’humour moqueur du mouvement Dada allemand, tout en le transposant dans leur propre style contemporain. Ils utilisaient l’imagerie et les techniques commerciales des médias populaires pour créer des peintures satiriques sur l’atmosphère de dénégation des années 50. Ils exprimaient leurs frustrations vis-à-vis du capitalisme américain s’infiltrant en Europe et du mercantilisme

qui fut célébré par le Pop Art. Le duo était critique par rapport aux prétentions d’art conceptuel et minimal, et chercha à saper le sens existentiel et abstrait recherché dans le travail d’artistes comme Morris et André. Tous deux, Richter et Polke utilisaient cet anticonformisme et ce refoulement pour nourrir leurs travaux, comme ceux présentés à l’exposition de la Galerie H en 1966. À mesure que leurs carrières d’artiste progressèrent, leurs techniques se muèrent notamment dans des directions différentes. Richter décrit cette transition au sein du duo :  «  Polke dériva vers le psychédélique et moi vers le classique.  » Peut-être Richter fait-il référence aux incidents notables impliquant des crapauds hallucinogènes  ? Assurément, Polke choisit de repousser les frontières matérielles de la peinture, au point de recevoir, après avoir expérimenté les propriétés esthétiques du plutonium, des plaintes sur les hauts niveaux de radioactivité relevés dans plusieurs commandes. À l’autre extrémité du spectre, Richter s’engageait dans une gamme de techniques prolifiques, progressant du photoréalisme à la pure abstraction, culminant dans les peintures à la raclette exposées lors de la rétrospective qui lui fut dédiée en 2011 à la Tate. Il est considéré aujourd’hui comme le touche-à-tout de la peinture d’après-guerre, projetant lee médium de la peinture à l’huile en plein dans le XXI siècle. Ce dynamique duo rejeta la mort de la peinture et fit entrer cet art dans un âge nouveau. Leur style progressif et leurs techniques expérimentales se sont érigés en références pour les artistes contemporains et nous fournissent, aujourd’hui, une source inépuisable de discussion. R

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RUBRIQUES

TÉLÉVISION

Les super- séries injustement méconnues

The Knick Texte : Sophie Leromain - Illustration : Herminie Astay

New-York, 1900, hôpital Knickerbocker. Voilà le contexte de cette nouvelle série, The Knick, créée par Jack Amiel et Michael Begler (deux illustres inconnus pour ma part) mais surtout réalisée et produite par le grand Steven Soderbergh. Malgré ses allures de série blockbuster bien médiatisée, elle n’est pas si connue que ça en France. Diffusée Outre-Atlantique sur Cinemax depuis début août, The Knick est retransmise chez nous en US+ 24 sur la chaîne OCS City, faisant partie d’un bouquet payant. Par conséquent, elle est méconnue, car peu accessible, et elle est vraiment super : elle a donc sa place dans cette rubrique des super-séries (injustement) méconnues  ! Le premier épisode annonce bien la couleur  : du gore chirurgical, une bonne touche lugubre, des tensions et conflits d’intérêt, le tout sur fond de cocaïnomanie et de froideur d’hosto. Couleur bien résumée dans le titre de ce pilot  : Method and madness. Le personnage principal, le Dr John Thackery Thack pour les intimes - , que décrivent aussi bien la méthode scientifique que la folie, est autant glacial qu’attachant. Son caractère autoritaire et sa rigidité se retrouvent sur son visage, très impassible, durci par une grosse moustache et un regard perçant. Clive Owen réalise, selon moi, une très belle performance, donnant une réelle profondeur à son personnage, plutôt torturé. Ainsi, au fil des épisodes, découvre-t-on les différentes facettes de ce chirurgien new-yorkais de renom et ses débuts aux côtés du Dr Jules M. Christiansen grâce à des flash-back subtilement incorporés dans la narration. D’ailleurs, les différents personnages - plutôt nombreux - sont bien présentés dès le début de la série, sans pour autant tout dévoiler de leur rôle, plus ou moins important, dans l’intrigue. On se retrouve très vite pris par l’univers du «  Knick  », l’hôpital, et certains protagonistes, malgré leur apparence assez fruste, arrivent à nous conquérir (oui, même l’odieux ambulancier Cleary  !) De plus, depuis quelques années, de nombreuses séries font concurrence au Septième Art, et il me semble juste de compter The Knick comme l’une d’elles. À l’instar de True Detective ou Game of Thrones, une attention particulière est portée sur l’esthétique des épisodes. Le travail de la photographie est impressionnant, et participe de manière effective de l’ambiance générale de la série  : sans ces gros plans sur

les interventions chirurgicales ou la composition toujours très réfléchie des images, on serait sûrement moins réceptifs et pris par l’histoire. Certains plans peuvent parfois s’apparenter à des tableaux vivants, dignes de La leçon d’anatomie du Dr Tulp. Après avoir visionné sept épisodes sur dix, je peux affirmer ne jamais avoir été déçue par le travail esthétique de la série (photographie, cadrage, lumières…) Question scénario, les épisodes, d’un format assez long (cinquante à soixante minutes), sont relativement bien menés. Une intrigue principale est sous-jacente bien que chaque épisode ait une histoire secondaire. Cependant, contrairement à certaines séries « médicales  », un épisode n’est pas synonyme d’un cas particulier, un patient à traiter  ; ce n’est pas aussi hermétique  : une intrigue développée à un moment peut être résolue plusieurs épisodes plus tard. S’il fallait trouver un bémol à The Knick, ce serait peut-être dans les sujets subsidiaires abordés. Les scénaristes ont fait le choix de traiter de nombreuses questions  : racisme, avortement… qui peuvent parfois apparaître comme des clichés. L’arrivée du docteur Algernon Edwards, Afro-Américain, pose problème au sein de l’équipe médicale mais tout semble se résoudre quand Thack se rend compte que, bon, oui, finalement, il est plutôt doué lui aussi… Toutefois, il ne faut pas oublier que cela se passe au début du XXe siècle et que les mentalités face à des questions sociales telles que celleci n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui (quoique…) Du reste, la réalité historique que nous montre la série est assez intéressante, ne serait-ce que dans le domaine médical. Le personnage de Thackery est inspiré d’un réel docteur, William Stewart Hallsted, qui est considéré comme l’un des pionniers de la modernisation de la médecine. Il est intéressant de se rendre compte à quel point les pratiques ont évolué depuis un siècle, et surtout à quelle vitesse le progrès technique s’est imposé dans tous les domaines, notamment en chirurgie. Que de bonnes raisons de regarder The Knick, d’autant plus que, pour penser à autre chose que les cours, c’est parfait, vu qu’il n’y a aucun - mais alors aucun - lien avec l’Histoire de l’Art  ! .

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RUBRIQUES En cas de deaccessioning, que devrions-nous vendre en premier dans les collections publiques françaises ?

C HOIX DE LA RÉDACTION

le choix de la rédaction Sophie Mathilde

Gabriel

C’est simple… La Joconde ! Quel meilleur moyen pour gagner un gros paquet de thunes d’un seul coup ? Sinon j’avais pensé à vendre Michel Drucker au Qatar (on peut en effet considérer qu’il fait partie des collections publiques françaises).

Solène

Pour moi, il s’agit d’Achille pleurant la mort de Patrocle de Cy Twombly. Car faut l’avouer, deux gribouillis de pastel gras rouge tout le monde peut le faire ! J’ai hésité avec La Naissance de Vénus de Cabanel en hommage à son prestigieux critique M. Zola.

Elise La Fontaine de Duchamp, déjà parce que l’art contemporain se vend bien, et ensuite parce que je pense que ses acheteurs peuvent lui trouver une réelle utilité, comme s’en servir en tant que toilette.

L'espèce d'immondice en matériau pseudo-vitrail qui se trouve au pied de l'escalier d'honneur du château de La Roche-Guyon. Je n'ai pas eu la force de retenir l'artiste et le nom de cette oeuvre contemporaine, nonchalamment posée là, mais quand je l'ai vue, j'ai pleuré ... Retirez-moi cette chose que je ne saurais voir !

Marine

La Tour Eiffel, aussi facilement démontable qu'un meuble IKEA® et déjà hasbeen du point de vue technique lors de son inauguration, n'en déplaise à M. Leniaud.

Herminie

Je vends TOUS les François Boucher, jusqu'au plus petit dessin. Mais uniquement pour des raisons sanitaires; le remboursement des frais de dentistes des visiteurs ayant eu des caries, dues au sucre dégagé par les tableaux, après unee visite dans les salles XVIII creuse le trou de la Sécu. C'est prouvé.

Alexis La moitié du Centre Pompidou, ça se vend bien avec l’art contemporain ^^

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Les Noces de Cana, car peut-être que, dans sa nouvelle demeure, il aura toute l'attention qu'il mérite, contrairement à aujourd'hui où personne ne lui accorde un regard, hypnotisé par le sourire de Mona.

Anne-Elise La moitié du musée des Arts Déco, la vaisselle servira enfin à quelque chose ! (De plus cela peut plaire aux chineurs des brocantes…)

Cassandre

Je n'ai jamais dissimulé le peu d'affection que je portais aux immondices que Bernard Palissy a laissé à l'humanité. Cependant je doute qu'un acheteur normalement constitué ait réellement envie de faire l'acquisition d'un plat grouillant de lézards consanguins et de grenouilles bleues-violines, à moins qu'il ne désire effrayer des enfants avec.

Vincent

Je vendrais bien les doublons, comme L'Enlèvement des Sabines de Poussin et garderais celui de David (qui présente l'énorme avantage d'avoir déshabillé ses combattants). Dans la même veine on a le Martyre de Saint Sébastien, ou le thème biblique beaucoup trop repris dans le domaine artistique (peut-être la première chose mainstream de toute l'histoire).


ACTUALITÉS

BDE

Spectaculaire ! Oyez, oyez edliens et edliennes ! … C’est l’Automne. Oui mais  ! Loin de vous laisser impunément vous refroidir, le BDE vous propose une sélection de spectacles tout au long de l’année à des prix réduits. Théâtre, danse, comédie musicale, contemporain ou classique, il y en a pour tous les goûts  ! De quoi égayer vos soirées, sans pour autant faire d’infidélités à Gudéa bien sûr. Alors n’hésitez pas  ! Dyonisiaquement vôtre, Le BDE   Petit coup d’œil jusqu’à Décembre  :

Vendredi 7/11

Comment vous racontez la partie, théâtre de Yasmina Reza

                                                            Théâtre du Rond-Point – 9,5€ Mercredi 26/11  

En quoi faisons-nous compagnie avec le Menhir dans les landes ?,

Théâtre de Marielle Pinsard

                                                            Le Tarmac – 6€ Jeudi 4/1 2 

An American in Paris, comédie musicale

                                                        Théâtre du Châtelet – 25€

Renseignements et réservations au local du BDE, Aile de Flore. Dans la limite des places disponibles.

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ACTUALITÉS

BDE

Archéoclub L'Archéoclub reprend ses activités en ce début d'année. Pour la première conférence, nous invitons M. Ramzy Barrois, archéologue et épigraphiste spécialiste de la culture Maya, qui viendra présenter ses recherches et partager son expérience (Jeudi 23 octobre / 18h30 / Amphi. Michel-Ange / entrée gratuite, évidemment). L'Archéoclub partira ensuite à Arles le temps d'un Week-End pour visiter cette ville, ses monuments antiques et son musée archéologique. (départ vendredi 31 octobre au soir, retour dimanche 2 novembre au soir / 135€) Le 19 novembre, nous organisons une nouvelle conférence : M. Lionel Marti du Collège de France, qui mène le projet de Bash Tapa, au Kurdistan irakien, présentera ce site en prise avec l'actualité (Mercredi 19 novembre / 18h30 / Amphi. Cézanne). Pour plus d'informations, contactez-nous par mail (archeoclub@bde-edl.com), et n'hésitez pas à soutenir nos activités en adhérant pour la modique somme de 2€ !

p Ciné-Club Cette année, le Ciné-club ouvre ses perspectives cinématographiques en matière de genre puisque pour la première fois, sera projeté pour vous : un WESTERN !! Eh oui, à l'occasion du cycle "Quatre chefs-d'oeuvre du cinéma pour briller en société" et après la première séance consacrée à La Grande Illusion de Jean Renoir, nous vous invitons à venir (re)découvrir Le train sifflera trois fois de Fred Zinneman avec Gary Cooper et Grace Kelly (rien que ça). Ce film, considéré comme l'un des plus grands westerns, sera l'occasion pour nous de vous faire découvrir un genre finalement peu connu du grand public, avec ses codes et sa rythmique propre, fondé notamment sur la mise en scène de l'action et l'importance de la musique. Laissez-vous emporter par cette histoire de vengeance et de suspense avec l'un des plus mémorables règlements de comptes de l’Histoire du cinéma. En bonus, des jeux pour se détendre et révéler le cow-boy qui sommeille en vous ! Rendez-vous le mercredi 22 octobre à 18h, Amphi Dürer, 2€ (Auditeurs et extérieurs, vous êtes aussi les bienvenus, réservez votre place via cineclubecoledulouvre@gmail.com).

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ACTUALITÉS

BDE

Polychrome Intempestif, fenêtre sur corps, table de dissection des stéréotypes, palette de contre-cultures, Polychrome propose des événements autour de la représentation du corps, du désir et du genre. N'ayez crainte, la flânerie, même sans garde-fou, ne mène finalement... qu'ailleurs. Entrez dans l'aventure Polychrome sans frayeur. Débarrassez-vous des idées reçues et venez explorer de nouvelles thématiques, hors des sentiers battus. Créée en 2010, Polychrome propose des visites guidées d'expositions, des conférences à l'Ecole et des projections autour du corps, du désir et du genre, mais aussi des partenariats avec des festivals et le spectacle vivant (performances et théâtre). Parmi les intervenants passés, et sans doute à venir se cachent des professeurs de l'Ecole du Louvre, dont Denis Bruna (conférence sur le piercing au Moyen Age) Maximilien Durand (Sainteté et homosexualité), Laurence Tardy (Louvre et Orsay érotique) que les anciens connaissent tous et bien d'autres !

Polychrome est, depuis ses débuts, engagée dans la lutte contre le sida. L'association se mobilise lors du Sidaction début décembre notamment autour d'un buffet caritatif à la cafétéria, ne le manquez pas, nous avons besoin de vous ! Pour connaître les événements à venir (Paris Burlesque Festival, expos Bowie, Niki de Saint Phalle, Alice Springs, apéros...), ou rejoindre l'association, écrivez-nous à polychrome.edl@gmail.com pour recevoir la newsletter. À très vite !

ZY

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JEUX

MOTS CROISÉS

MOTS - C ROISÉS

par Sophie Leromain

HORIZONTALEMENT:

VERTICALEMENT:

2. Devise la plus courante dans le marché de l'art. 3. Version française du "merchandising", à savoir, faire de l'art un produit de consommation à part entière. 6. Hôtel du IXe arrondissement organisant des ventes aux enchères réputées. 7. Connu pour son oeuvre, For the Love of God (Skull Star Diamond), composée de 8601 diamants, pour une valeur totale de 74 millions d'euros. 10. D'exposition ou priseur. 13. Roi, premier du nom, qui a beaucoup aidé les artistes de la Renaissance.

1. Dans la salle de vente, on en signale une nouvelle en levant la main. 2. Vendre les collections publiques pour renflouer les caisses de l'État. 4. Site internet de vente aux enchères. 5. Personnes qui collectionnent ces petits objets qu'on utilise tous les jours, tout en se plaignant d'en manquer constamment. 8. Grande famille d'origine allemande, mécène et amoureuse des arts, dont la fortune serait la deuxième plus importante de tous les temps. 9. Catherine, Laurent et leur villa italienne. 11. Artiste vivant le plus cher au monde. 12. On aimerait que le Louvre le reste tous les premiers dimanches du mois.

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Solution des mots croisés du hors-série :

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Horizontal : 2. Bagdad - 3. Londres - 5. Rome - 6. Athènes - 7. Aix(-en-Provence) - 11. Jérusalem - 13. Guadalajara - 15. Prague - 16. Kyoto - 17. Ornans Vertical : 1. Haarlem - 4. Léningrad - 6. Assouan - 8. Figueras - 9. Tombouctou - 10. Xianyang - 11. Jaipur - 12. Wellington 14. Cuzco

Bravo ! Tu as trouvé ! Il s’agit de Sans Titre de Pierre Soulages. 1° 2° 3° 4° 5° 6° 7° 8° 9° -

Noir d’ivoire Noir de mars Noir de vigne Noir de charbon Noir de campêche Noir de fumée Noir de bitume Gris de Payne très foncé Noir de bougie Colorie bien chaque surface selon son numéro pour découvrir quel tableau se cache ici. par Maximilien Grémaud

Coloriage JEUX

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LB n°23 : L'art et l'argent  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro 23 daté d'octobre 2014.