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Maison juive N° 14

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Maison Juive La

| Editorial 7 | La lettre du Rabbi 9 | Le 3 Tammouz 5779 12 | Lettre du Rabbi précédent 14 | Passer par le bureau du Rabbi 18 | Le mémoire de sociologie 24 | Travailler sur la joie 34 | Vie quotidienne 43 | Elles racontent 54 | Témoignage : Sacha 57 | Ruth 'HINOU'H

| Leçons de vie

| L’adolescence

| L’addiction au smartphone

La Maison Juive est une publication trimestrielle éditée par “La Régie Lamartine” : 102 Av. des Champs-Elysées - 75008 Paris

Directeur de la publication : Y. Benhamou

Graphisme : Mendy Touboul - contact@eyedesign.fr • Eligraph

Publicités - Yoram Benhamou : Tél. : 01 42 80 04 05 • Fax : 01 45 26 35 97 • Email : blgala@yahoo.fr

Impression : Imprimerfuté - 115, rue Manin - 75019 Paris

La Maison Juive est un supplément à la Sidra de la Semaine - ISSN 1762 - 5440 Tiré en 2500 exemplaires

© Tous droits réservés. Tous les articles et les photos présents dans ce magazine sont protégés par les lois en vigueur sur la propriété intellectuelle et ne peuvent être utilisés sous quelque forme que ce soit, sans autorisation écrite de La Maison Juive.

Articles et contenu réalisés par :

K. Coen, R. Gabay, H. Gershovitz

A. Marcovici, M. Uzan, ‘Hanna Zana ‘Hanna Zejlinwarger

Merci à toutes celles qui ont partagé leurs témoignages

BETH LOUBAVITCH

8 rue Lamartine - 75009 Paris

Tél. : 01 45 26 87 60 • Fax : 01 45 26 24 37

Serveur Vocal Le'haim : 01 76 34 77 77

Web : www.loubavitch.fr

Crédits : N'shei Chabad Newsletter

Pour tout contact - La Maison Juive : maisonjuive@gmail.com

Abonnements, envois groupés et dédicaces : mjabonnements@gmail.com

Couverture : Lyrical landscape - Yoram Raanan

EDITO RIAL

Je devais y aller, je voulais y aller…mais comment dire ?

Il tombait une neige serrée, le lendemain je partais en voyage à l’aube, j’étais « fatiguée » et mon yetser hara (penchant pas très positif) travaillait bien, invoquant toutes les bonnes raisons pour m’en empêcher. Mais c’était un jour important et je décidai de me rendre à la célébration du Yahrzeit de la Rebbetsen et de m’en aller immédiatement à la fin de la conférence. C’est ce que je fis et bien entendu, cette soirée me remplit d’inspiration et de forces.

A peine de retour à la maison, je reçus un appel téléphonique de la personne qui s’occupe du Goral (tirage au sort d’un voyage chez le Rabbi). Au son de sa voix, mon cœur se retourna : j’avais déjà fait l’expérience d’un tel appel qui annonçait qu’on avait l’immense chance d’être la gagnante.

Mais cette fois-ci, elle commença immédiatement :

- Tu n’as pas gagné le Goral... (mon cœur flancha) mais… le diamant !

En effet, ce soir-là, Judith Atlani Lellouche, dont le mari est diamantaire, avait décidé d’offrir, en l’honneur de la Rebbetsen, un diamant qui reviendrait à la gagnante d’un second Goral.

Et c’était moi…

Cette dame voulut immédiatement me parler. Je compris qu’elle était déçue de ne pas avoir pu me remettre elle-même le diamant, aussi me demanda-t-elle :

-Vous habitez loin de Beth ‘Haya Mouchka ?

Je lui répondis par la négative. Elle ajouta :

- Je tiens absolument à vous remettre ce diamant, ce soir ! Je veux bien venir chez vous mais votre rue est-elle en pente ? Parce qu’avec cette neige, j’ai peur de descendre des pentes et de patiner avec ma voiture.

Je la rassurai à ce sujet et elle m’appela dès qu’elle se fut garée.

Je m’emparai rapidement du dernier numéro de la Maison Juive pour le lui offrir, de deux verres remplis d’un tout petit peu de liqueur pour dire le’haïm et je descendis.

Je vous avouerai que j’étais encore sur ma déception de la très brève fausse joie qui m’avait fait croire, pendant quelques secondes, que c’était le voyage chez le Rabbi que j’avais gagné.

Je retrouvai cette élégante dame et entrai dans sa voiture pour bavarder un peu avec elle. Je ne pouvais tout de même pas prendre le diamant et partir derechef !

Nous échangeâmes quelques propos. Je lui dis que j’avais enseigné de longues années à Yavné et soudain, elle me posa une question apparemment « sortie de nulle part ».

- Connaissez-vous Dolly Nabet ?

Bien sûr que j’avais connu Dolly Nabet ! Nous étions dans la même classe, de la sixième à la troisième, et j’avais été bouleversée par son décès, alors qu’elle n’avait pas encore trente ans !

- Mais pourquoi me demandez-vous cela ? l’interrogeai-je assez étonnée.

- Parce que vous avez dit « Yavné ». Je vous ai vue et j’ai pensé que vous la connaissiez peut-être !

- Nous avons été camarades de classe pendant trois ans !

- Eh bien Dolly Nabet était... ma mère !!!

Ce diamant, venu grâce à la Rebbetsen, était offert par Judith à une amie de sa mère disparue depuis plus de quarante ans ! Et elle voulait absolument voir celle à qui il reviendrait parce qu’elle tenait à ce que ce soit une personne avec qui elle aurait une connexion !

J’ai retrouvé une photo de Dolly et moi en classe de cinquième. Elle en a été profondément émue, et moi aussi !

Ce numéro d’été de la Maison Juive a voulu résolument se tourner vers la démarche positive.

Le choix de notre couverture, aux couleurs riantes, peinte par Yoram Raanan, s’inscrit dans cet esprit. Les lettres du Rabbi et du Rabbi précédent, la grande majorité des articles soulignent également l’importance de toujours penser, parler et agir bien et pour le bien.

Puissions-nous désormais ne voir que le bien et le positif dévoilés ! K. Coën

LA LETTRE DU RABBI

Je vous salue et je vous bénis

…En réponse à votre lettre … dans laquelle vous écrivez à propos de l’état actuel de vos affaires et ajoutez : « toute

ma vie, aucune bonne chose ne m’est arrivée » et concluez par une demande de bénédiction pour vous ainsi que pour votre épouse et vos enfants, qu’ils vivent.

Il semble que vous n’êtes pas conscient de la contradiction dans votre lettre.

Pour un homme auquel le Créateur a donné son conjoint dans la vie et qu’Il a béni d’enfants, dire que : « toute ma vie, aucune bonne chose ne m’est arrivée » est (manifester) de l’ingratitude, de la manière la plus choquante (…)

Des centaines et des milliers de gens qui prient chaque jour pour être bénis d’enfants et donneraient tout ce qu’ils possèdent pour un seul fils ou une seule fille, doivent encore le mériter (que D.ieu les bénisse avec la réalisation rapide des désirs de leur cœur), alors que vous, qui avez reçu cette bénédiction (apparemment sans avoir excessivement prié pour qu’elle s’accomplisse), ne reconnaissez pas le trésor et la joie que cela représente, puisque vous écrivez ainsi dans votre lettre…

particulièrement quand ce manque de reconnaissance va si loin qu’il résulte en déclarations semblables à celles de votre lettre, y a-t-il matière à s’étonner que les bénédictions ne descendent pas dans les autres sujets ?

Mon espoir est que ces quelques lignes suffiront à ouvrir vos yeux pour que vous voyiez la situation dans sa véritable lumière. Et quand vous commencerez à servir D.ieu avec une joie vraie et intérieure, il est sûr que D.ieu vous enverra Ses bénédictions de manière accrue, y compris dans le domaine de la santé et de la subsistance…

...peut-être la raison de votre santé défaillante et de vos difficultés pour gagner votre vie est une défaillance absolue à apprécier vos bénédictions de D.ieu

Je ne veux pas dire que l’on est obligé de se battre pour sa subsistance ou pour jouir d’une santé parfaite. Mon point est que peut-être la raison de votre santé défaillante et de vos difficultés pour gagner votre vie est une défaillance absolue à apprécier vos bénédictions de D.ieu, dans un sujet plus évident qu’une santé parfaite et d’abondants revenus, la bénédiction d’avoir des fils et des filles qui suivent les voies de D.ieu. Quand l’on ne reconnaît pas le bien évident qui nous est attribué d’En Haut, et tout

J’ai confiance que vous avez établi des moments d’étude de la Torah, à la fois dans ses enseignements esotériques et dans les enseignements de la ‘Hassidout ; en tout état de cause, faites-le à partir de maintenant. Il serait également approprié d’examiner vos tefilines ainsi que les mezouzot de votre foyer et de réserver quelques pièces pour la tsedakah, chaque matin de la semaine, avant la prière…

Traduction libre Likouté Si’hot, vol. 19, page 523

LE TAMOUZ 3

‘Hanna Gershovitz

Vingt ans… vingt-cinq ans après le 3 Tamouz 1994 et le mouvement est en plein essor. Et des personnes du monde entier continuent d’affluer. Et nos jeunes, nos enfants, qui n’ont pas vu, prennent place dans la grande tente du Ohel et, en écrivant leur Pan, livrent leurs émotions sur le papier, avec toute l’intensité d’un lien digne de « vieux » ‘Hassidim.

Ils s’adressent à leur Rabbi. Ils exposent leurs questions, font part de leurs doutes, annoncent les bonnes décisions, demandent la bénédiction pour de bonnes nouvelles et ont un pincement au cœur en rendant compte des moins bonnes.

Comment est-ce possible ? Comment expliquer ce lien qui n’est non seulement pas altéré par le temps mais visiblement non soumis aux lois du temps et de l’espace ?

Le 10 chevat 5771, le Rabbi prenait la tête des ‘Hassidim, un an après le décès de son beau-père.

Le discours prononcé en ces moments allait insuffler l’esprit et l’énergie « de la septième génération à la septième génération » :

« La septième génération a pour mission et mérite d’achever le travail de la première. Tout comme Moché, septième génération à partir d’Abraham, fit aboutir le travail d’Abraham qui consistait à faire de ce monde le lieu de résidence idéal pour la présence divine, en révélant D.ieu dans ce monde, ainsi, notre génération a pour mission d’achever le travail entrepris en ce sens par l’Admour Hazakène » 1 .

1. Discours ‘hassidique intitulé « Bati Légani » 1951.

Dans un appel sans équivoque, le Rabbi engageait les ‘Hassidim à se donner avec une totale abnégation pour la diffusion des sources de la Torah, de sa dimension profonde, afin de révéler la profondeur de l’âme de tous les Juifs. Ainsi D.ieu pourrait pour toujours réintégrer Son « jardin », ce monde, à l’origine, résidence principale de Sa Ché’hina .

Nul n’imaginait alors l’incroyable tournure que prendrait le projet.

Le « jardin » a bien pris forme. Un monde nouveau est apparu sous nos yeux. Un monde capable d’accueillir la révélation divine, non sans que l’on ait à le soumettre, à le dompter ou l’impressionner par Sa sublime Majesté. Un monde auquel il suffisait de rappeler son essence première : la parole divine. Un monde si beau, si pur d’origine, si prompt à recevoir Sa révélation, le seul qui le puisse par ailleurs2. Une matérialité qui aspire à être ramenée à sa source première : D.ieu.

L’unité absolue émerge déjà du chaos. Un calme profond et harmonieux empreint le ‘Hassid qui agit dans ce monde : il n’y a plus de guerre, les temps messianiques claironnent déjà.

« Répandre les sources au plus loin », ne signifiait pas simplement diffuser ce message à travers le monde tout entier, même dans les coins les plus reculés, par la présence de plus de 4000 émissaires dispersés à travers le monde, mais démontrer que même ce qui peut sembler être « reculé », étranger au Divin est en fait une

Le Rabbi reprend le dernier discours ‘hassidique préparé par son beau-père, le précédent Rabbi de Loubavitch, avant son départ de ce monde. De toute évidence, « car tous les septièmes sont les plus précieux », il faisait allusion à la génération qui suivrait.

2 A ce sujet, consulter les discours ‘hassidiques relatifs à la notion de construction d’une « demeure pour D.ieu ici-bas ».

source de divinité ; car l’essence de chaque chose est la parole divine qui la fait exister.

Ainsi, le Rabbi insista pour que soient inclus dans ce projet TOUS les Juifs, car chacun est une source véritable. Chaque Juif est porteur de cette parcelle de divinité si puissante et profondément attachée à sa source : D.ieu. Aimer inconditionnellement, telle est la devise, car nous ne faisons qu’un.

Ce qui compte avant tout est de ré-unir. Et pour que ce lien devienne tangible, les enseignements de la Torah et la pratique des Mitsvot expriment la voix de l’âme du Juif.

Le Rabbi a donc œuvré pour que les idées contenues dans la Torah, laquelle nous guide dans cette belle mission individuelle et collective, soient tout à fait recevables par l’intellect humain et transmises en toutes les langues, par tous les moyens.

Alors l’étude devient le début d’un cheminement vers l’âme, vers le moi le plus profond, vers cette source intarissable que porte chacun et où D.ieu et lui ne font qu’un.

Le Rabbi a ainsi élevé une septième génération dont la vie ne peut qu’être joyeuse, harmonieuse, où le matériel doit remplir son rôle au service du spirituel car là est sa raison d’être ou disons plus simplement, sa source de vitalité. L’abondance, la pleine santé, doivent nous permettre de nous adonner à notre sainte mission sans être dérangés par des difficultés de la vie.

La septième génération est et continue d’être. Son âme est tout en éveil, attachée dans son essence à son Rabbi. Dignement elle termine de finir. Pour que très vite cette réunion de D.ieu et son monde, du Juif avec son essence profonde, du ‘Hassid avec son Rabbi, soit révélée dans ce monde par la venue du Machia’h.

LETTRE, DATÉE DE 1949, DE RABBI YOSSEF YITS’HAK, PRÉCÉDENT RABBI DE LOUBAVITCH ADRESSÉE À CELUI

QUE L’ON APPELAIT « REB HILLEL »

Le Rav ‘Haim Hillel Zyslin ben Tsvi Hirsh Azimov a été le directeur des Talmud Torah Loubavitch de Paris pendant 30 ans. Il a quitté ce monde le 29 Iyar 5741.

C’était le père du Rav Chmouel ה״ע Azimov, Chalia’h du Rabbi en Ile de France pendant 50 ans.

B’H Roch ‘Hodesh Nissan 5709-1949

Mon ami ancien et hassid, homme craignant D.ieu, notre maître Rav Haïm Hillel Azimov et tous ses amis, chefs de famille et étudiants des Yéchivoth Tom’hé Tmimim, qui prennent part aux cours donnés dans la maison de Bezons, que D.ieu leur prête vie.

Paix et bénédiction,

En réponse à son courrier du 22 Adar dernier, dans lequel il me fait part des cours publics qui ont été instaurés et qui, grâce à D.ieu, voient leur nombre de participants augmenter, à la fois dans les cours de Talmud et dans les cours de Hassidout, j’en ai eu beaucoup de satisfaction et (je vous adresse) un grand merci pour leur annonce qui a occasionné un profond plaisir à mon âme.

Il faut toutefois savoir que toute la finalité de l’étude est son application pratique, qui s’exprime non seulement par de bonnes qualités, mais aussi par des qualités agréables.

La demeure de chacun des étudiants et des chefs de famille doit être une maison d’étude éducative dans les voies du ‘hassidisme. Cela signifie que, lors des repas en général et, en particulier, lors des repas du Chabbath, ils doivent expliquer aux membres de la famille les chemins et les coutumes ‘hassidiques dans l’amour du prochain et dans une conduite hassidique.

Ils éveilleront leurs cœurs par des récits sur nos saints maîtres hassidiques, de mémoire bénie, et sur les éminents ‘hassidim, qu’ils reposent en paix, car ces saintes évocations sont les conduits qui prodiguent en abondance une sainteté spirituelle et matérielle.

Que le Saint, béni soit-Il, vous prodigue en abondance la bénédiction et la réussite dans tous vos domaines, chacun selon ses besoins et ceux de sa famille, matériellement et spirituellement.

Celui qui les bénit [passage manuscrit] matériellement et spirituellement

La signature du Rabbi

PASSER PAR LE BUREAU DU RABBI

Rav L. Bucket, Chicago, Il.

Un matin à sept heures, je pénétrai dans la synagogue B’nei Ruven, à Chicago, pour cha’harit , et pris place à l’une des tables.

Un peu plus tard, un vieux monsieur, distingué, accompagné d’un jeune homme, portant des lunettes noires, s’installèrent à la table devant la mienne.

Le monsieur s’enveloppa dans un talith puis se tourna vers moi et me dit, dans un anglais parfait mais chargé d’un profond accent israélien, que c’était le yahrzeit de sa mère. Il me demanda poliment si je pouvais lui indiquer la page du kaddich des orphelins et lui dire quand il devrait le réciter.

Je lui montrai la page dans le Siddour et lui demandai s’il avait une paire de tefilines. Il me répondit par la négative aussi lui proposai-je une paire et lui suggérai de les mettre. Béta’h, « bien sûr ! », rétorqua-t-il aussitôt. Je posai la même question au jeune homme, j’apprendrais plus tard qu’il était son garde du corps, mais lui refusa catégoriquement.

Le vieux monsieur récita chaque kaddich, jusqu’au tout dernier, après les michnayot. A la fin de l’office, tout en déroulant les lanières des tefilines , il se tourna vers moi et me dit :

« Vous me semblez être un homme très gentil et je voudrais vous remercier pour votre aide.

Je vais partager avec vous une histoire à propos du Rabbi. Mais je préfèrerais ne pas le faire ici, en public, mais plutôt dans un lieu privé. »

Nous sommes donc entrés dans une salle de classe.

Il ne voulait pas me dire son nom mais il me raconta l’histoire suivante :

« J’ai servi comme général dans les forces de défense de l’armée israélienne, au cours de la guerre de Kippour, en 1973. Aujourd’hui j’ai plus de quatre-vingts ans mais à l’époque, j’étais dans la quarantaine. Je dirigeais un bataillon de plus de cent cinquante hommes. »

Il me relata qu’un jour, au cours de la guerre, ils furent pris dans une embuscade et, immédiatement, trente-deux hommes de son bataillon trouvèrent la mort. Beaucoup d’autres soldats furent blessés. Cette embuscade et cette catastrophe furent l’une des plus terribles dévastations de la guerre de Kippour.

« En tant que général, j’étais responsable des morts et des blessés ainsi que de leurs épouses, de leurs enfants, de leurs parents et de leurs frères et sœurs. Je n’ai cessé de travailler avec les familles et leurs êtres chers pour apaiser leur douleur. La souffrance de ces familles m’affecta personnellement de façon très intense. Je tombai dans une profonde dépression et fis même une tentative de suicide.

Quelques mois après la guerre, le gouvernement américain convoqua un meeting à Washington, requérant la présence de membres de haut-rang de la Knesset et quelques généraux choisis. C’était là un meeting très important, classé « top secret ». Puisque j’étais un général qui avait assisté de très près à l’une des plus horribles tragédies de la guerre, l’on me demanda également de me joindre à ce groupe.

Quelques jours avant de partir d’Israël pour les États-Unis, je reçus une visite surprise de mon bon ami, un ‘habad, Rav Chlomo Maidanchick, de mémoire bénie.

Il me dit :

- J’ai entendu que tu vas être en Amérique, dans les jours prochains. Washington n’est pas loin de New York. Pourquoi n’irais-tu pas rendre visite au Rabbi et discuter avec lui de ta dépression et de tes problèmes personnels ?

Comment mon bon ami était-il au courant de ce meeting classé « top secret » ? Je l’ignore ? Mais j’étais prêt à accepter de rencontrer le Rabbi à Brooklyn quand j’aurai fini ce que j’avais à faire à Washington.

Reb Chlomo fit tout le nécessaire auprès du secrétariat du Rabbi et un soir, je fus invité à me rendre auprès du Rabbi. L’entretien dura plus d’une heure et demie.

A la fin de la conversation, je m’adressai de façon très intime au Rabbi. Je parlai des problèmes personnels qui me tourmentaient. Bien sûr, je mentionnai le fait que de mon bataillon de cent cinquante soldats, j’avais perdu trente-deux d’entre eux dans une embûche soudaine de l’ennemi, et qu’il y avait eu beaucoup de blessés qui récupéraient encore à l’hôpital.

- C’est pourquoi, dis-je, avec tout le respect que je dois au Rabbi, il ne s’agit pas de trente-quatre mais de trente-deux soldats disparus.

Le Rabbi ne céda pas et, avec des mots empreints de grand chagrin et de compassion, répéta qu’avec tout le respect dû, il n’était pas d’accord et que, malheureusement, il ne s’agissait pas de trente-deux mais de trente-quatre hommes.

Le Rabbi et moi pleurions tout au long de l’entrevue, le Rabbi se référant sans cesse aux soldats disparus comme aux kedoché élyone, « les saints exaltés ».

Le Rabbi m’interrompit et me dit :

-Je ne veux pas intensifier encore votre douleur et vos souffrances mais en réalité, ce ne sont pas trente-deux de vos hommes qui ont péri mais trente-quatre.

Je répondis au Rabbi que je savais mieux puisque j’avais des relations avec les familles, chaque jour et chaque heure.

Le Rabbi et moi pleurions tout au long de l’entrevue, le Rabbi se référant sans cesse aux soldats disparus comme aux kedoché élyone , « les saints exaltés ».

Cette rencontre me soulagea beaucoup de ma souffrance et de ma douleur. Mais, pour être honnête, j’étais étonné devant le fait que le Rabbi maintienne avec tant d’assurance le nombre de soldats morts, quelque chose dont moi, un général vivant en Israël, j’étais mieux conscient.

A mon retour en Israël, je fus accueilli par la triste nouvelle que les deux soldats, qui luttaient à l’hôpital pour leur survie, venaient de succomber à leurs blessures.

Le Rabbi avait vraiment raison et le chiffre total était bien de trente-quatre et non de trente-deux.

Quelques mois plus tard, le même groupe d’officiers de haut-rang se rendit à nouveau à Washington pour la suite de la réunion précédente. Cette fois-ci, je n’attendis pas que Reb Chlomo m’appelle mais c’est moi qui le fis, en lui demandant qu’il m’organise une nouvelle rencontre avec le Rabbi.

Cette fois-ci, j’étais très impatient.

Une fois encore, après notre meeting de Washington, je me rendis à New York pour la ye’hidout prévue avec le Rabbi.

Ce tête-à-tête fut pratiquement la réplique du précédent, outre les mises à jour concernant les affaires intérieures de l’armée israélienne.

A nouveau le Rabbi pleura avec moi et me témoigna son grand amour et sa compas-

sion, montrant un véritable souci pour mon cœur rempli de douleur. Le Rabbi déversa sur moi ses prières et ses bénédictions pour une longue vie en bonne santé.

A la fin de la ye’hidout, je me tournai vers le Rabbi et dis :

- Rabbi, je dois vous demander des excuses pour avoir été en désaccord avec vous sur le nombre des soldats disparus. En fait, vous aviez raison, ce n’était pas trente-deux mais trente-quatre. Mais Rabbi, comment le saviez-vous ? C’est quelque chose que j’ignorais moi-même alors que je vis en Israël et que je vois régulièrement les familles ?

Le Rabbi commença à taper sur le bureau avec son index, tout en disant : « Chaque nechamah qui entre dans le monde et chaque nechamah qui part de ce monde passe par cette pièce. C’est comme cela que je savais ».

Le Rabbi avec les Metzouyané Tsahal« l'élite de Tsahal », comme il les appelle

LE MÉMOIRE DE SOCIOLOGIE

Cet article paru en 1995, dans le N’shei Chabad Newsletter, garde toute son actualité et nous donne un aperçu de la vision du Rabbi sur l’importance du mot juste.

Devant la multitude de livres et d’articles publiés sur le Rabbi, nous nous demandons souvent qu’aurait été sa réaction personnelle. Malheureusement, nous n’avons pas de réponse mais peut-être qu’une observation des nombreuses corrections de mon mémoire peut nous donner un petit aperçu de la perspective du Rabbi.

Il y a plus de vingt ans, au début des années 70, j’ai écrit un mémoire pour un cours supérieur de sociologie urbaine. Pour mon sujet, j’ai choisi comme titre : Une minorité dans une minorité. Je pensais aux Juifs comme groupe minoritaire, aux Juifs orthodoxes comme encore une minorité à l’intérieur de ce groupe et aux ‘ hassidim de Loubavitch, comme à une minorité à l’intérieur de cette dernière minorité. Mon sujet se voulait illustrer comment un groupe minoritaire peut mener une vie pleine d’accomplissements à l’intérieur d’un grand centre urbain, tout en conservant sa propre culture et ses traditions.

A cette époque, il y avait une carence de ressources en anglais à propos de la ‘hassidout Loubavitch et du ‘hassidisme. En fait, il me fut extrêmement difficile de trouver des références en anglais. Après y avoir passé beaucoup de temps et investi beaucoup d’efforts, j’obtins une note excellente, accompagnée du commentaire suivant :

« Un rapport intéressant ; j’aurais attendu que vous choisissiez de traiter un sujet qui vous concerne moins personnellement. »

Au début de l’été, je fus reçue en ye’hidout (entretien privé) par le Rabbi, tout juste après le retour de ma copie. Je montrai le projet au Rabbi. Son premier commentaire

fut de me demander avec étonnement où se trouvaient les notes. Les notes figurent normalement en bas de page. Mais j’avais choisi une autre alternative en les plaçant toutes sur une page, à la fin de mon mémoire.

Puis, le Rabbi commençant à tourner attentivement les pages, je fus prise d’agitation. En réponse à une histoire que j’avais citée, le professeur avait noté une anecdote le concernant, dans des termes très crus. J’étais mal à l’aise, embarrassée et très préoccupée de la réaction du Rabbi. Sa réponse fut tout simplement parfaite. Il minimisa l’importance de l’annotation, ou plutôt la rejeta complètement, en déclarant que ce professeur devait être athée. Et tel était le cas. Cela ne méritait pas que l’on s’y attarde plus et ce commentaire devint totalement insignifiant.

Quelle leçon extraordinaire peut-on tirer de cette réponse face à une situation potentiellement négative et désagréable !

Quand le Rabbi conserva ce mémoire et me le restitua par la suite, avec de nombreuses corrections, je me sentis euphorique. Ses remarques et ses perspectives ajoutaient un intérêt redoublé à la relecture de ce mémoire. Il devint quelque chose que je chérirais toujours.

Il me fit prendre conscience de l’importance fondamentale du choix des mots. Les mots qui sont liés et ont le même sens peuvent susciter des réactions différentes (selon leur choix) chez le lecteur ou l’auditeur. C’est la raison pour laquelle on doit y être très attentif. Dans un discours, cela requiert de la réflexion et de la pratique.

Dans l’écriture, lorsque l’on contrôle totalement la manière dont on exprime nos pensées, c’est moins compliqué.

En décrivant la musique ‘habad, j’avais écrit : « Beaucoup d’importance est donnée au chant en tant que partie du service et du mode de vie. » Le Rabbi avait noté un « X » devant le mot « beaucoup ».

Puis j’avais ajouté :

« L’on ressent que le chant peut élever l’âme, nous aider à surmonter les ennuis et apporte du réconfort. Les sentiments qui ne peuvent s’exprimer par des mots peuvent souvent s’exprimer par les chants. Il est intéressant de souligner que de nombreux chants ‘hassidiques ne consistent qu’en des mélodies, car les mots sont d’une importance moindre pour nourrir notre état d’âme. Il y a un courant de tristesse dans la musique qui rappelle la vie difficile d’un ‘hassid. »

Le Rabbi avait entouré les mots : « vie difficile d’un ‘hassid » et dans les deux pages de ses instructions manuscrites avait expliqué qu’ils devraient être changés en difficultés de la vie . Tant de choses sont impliquées dans le changement d’un ou de deux mots par le Rabbi !

La ‘ hassidout , dans le Tanya, parle du mot comme d’une pensée à laquelle a été donnée une force matérielle. Cela nous montre à quel point nous devons être attentifs à l’usage que nous faisons des mots, dans leur utilisation quotidienne comme lors d’occasions particulières.

J’avais écrit : « ses disciples pensent que le Rabbi possède une pénétration spéciale qui va au-delà de la compréhension des gens ordinaires. Par sa sainteté, son observance absolue des commandements de D.ieu et

une vie pure qui a sanctifié chaque membre de son corps, il a été doté d’une puissance de prophétie. »

Les mots « puissance de prophétie » étaient entourés et y avaient été substitués « forces particulières ».

En évoquant les histoires du Rabbi, j’avais utilisé les mots « légendes et folklore ». Ces mots me semblaient plus appropriés, dans une étude sociologique.

Dans les deux occurrences, le Rabbi les avait changés pour « histoire ». Il se peut que « légendes et folklore » soient synonymes d’« histoires » mais il existe une légère différence qui risque de laisser le lecteur penser que c’est en partie imaginé.

Le Rabbi statue clairement ses perspectives sur l’université dans ses corrections sur le sujet.

J’avais écrit :

« Il considère que trop de permissivité à la maison et un sens de valeurs erroné, l’importance donnée à la matérialité plutôt qu’à la spiritualité ont créé, au sein de la jeunesse, un déclin de la morale et un manque de contrôle de soi. L’université implique le contact avec certains cercles et certaines activités qui entrent en conflit avec la foi et les valeurs. Il estime donc que l’éducation universitaire devrait être repoussée jusqu’à ce que le caractère de la personne se forge et qu’elle puisse résister aux forces étrangères. L’importance dans l’éducation est donc axée sur les études religieuses plutôt que séculaires. »

Le Rabbi changea le mot « université » en « université d’aujourd’hui », impliquant que l’université d'autrefois était bien différente de celle d’aujourd’hui.

Le Rabbi avait entouré les mots :
« vie difficile d’un ‘hassid » et dans les deux pages de ses instructions manuscrites avait expliqué qu’ils devraient être changés en « difficultés » de la vie.

Il entoura les mots « devrait être repoussée » et indiqua à la place « ne devrait pas être envisagée ».

Quelle est la différence ici soulignée ? Quand quelque chose est repoussé, on le garde à l’esprit, on le conserve pour des projets futurs. C’est mis temporairement en attente mais cela reste planifié. « Ne devrait pas être envisagée » signifie, par contre, qu’on n’y pense plus du tout. Ainsi peut-on librement, sans interférences, se concentrer à la construction et au renforcement du caractère par les études juives.

La profonde sensibilité du Rabbi apparaît dans ce qui suit. En discutant des instructions à suivre pour occuper les moments de congés, j’avais écrit qu’ils étaient « organisés par des volontaires Loubavitch à New York, Boston et dans de nombreuses autres villes. »

Le Rabbi changea cette phrase en « dans beaucoup de villes ».

La mention spécifique de certains endroits risquait de froisser ou de laisser pour compte certains des participants à ces activités. Plutôt que de porter atteinte à la sensibilité de quelqu’un, par omission, il est

préférable de ne mentionner expressément personne et d’attribuer ainsi les mêmes honneurs à tout le monde.

En expliquant la philosophie de ‘Habad, j’avais écrit que « le mouvement fut inauguré par le Baal Chem Tov, connu aussi par l’acronyme Becht. C’était une vie mystique, réagissant contre les circonstances qui écrasaient physiquement les Juifs et remplissaient leur âme d’un sombre désespoir. Ses enseignements soulignent que la joie et le bien sont au cœur de l’univers, que D.ieu réside dans tous les hommes, que D.ieu existe dans toute chose. Il affirme l’unité de la Divinité. Le mal n’a pas d’existence réelle mais doit sembler être présent pour permettre le libre-arbitre. Selon le leader du mouvement, aujourd’hui, tout peut ultimement être justifié. Couper avec un couteau, par exemple, est destructeur dans le cas d’un meurtre mais sauve la vie quand il s’agit d’une opération chirurgicale. »

Le Rabbi changea le texte ici pour indiquer que tous les moyens peuvent être utilisés pour toutes les actions, dans un but bénéfique (comme la pénicilline faite de moisissure bactérienne qui, en soi, est

quelque chose de néfaste mais peut être utilisée à des fins curatives).

Une page entière de ce projet était consacrée à la description de la communauté de Crown Heights, avec une analyse de la structure sociale, du mélange de populations dans ce voisinage. Un paragraphe entier traitait de l’établissement du groupe de « Vigilance Maccabbé », la « Chmirah » (gardes policiers locaux) d’aujourd’hui. Je relevais que cela avait été établi après un meurtre très politisé et des incidents de révolte et de pillages. J’avais cité les noms des rues qui quadrillaient ce quartier ainsi qu’une description détaillée de Kingston Avenue, des différents magasins et des maisons.

Le Rabbi indiqua que cela devait être effacé. Il barra d’un trait la page entière et dans ses notes, il indiqua une nouvelle fois le début et la fin du passage à supprimer.

L’on peut ici comprendre plusieurs points.

Les préoccupations alarmantes du quartier, comme le crime, ne doivent pas être soulignées.

La description des différents groupes culturels risque d’accroître la division et conduire à des problèmes politiques.

Mettre des frontières, en citant les noms des rues, peut enfermer et limiter.

Les faits sont vrais et nul n’est besoin d’altérer la vérité. Toutefois, il n’est pas nécessaire de tout dire.

Dans mon rapport, j’établissais que le Rabbi avait, dans sa jeunesse, étudié l’ingénierie électrique, à la Sorbonne, en France pendant que son épouse étudiait l’architecture. Tout cela était entouré par le Rabbi qui demandait que cela soit omis.

Sa profonde humilité apparaît dans ce qui suit :

« Rabbi Mena’hem Schneerson, le Rabbi de Loubavitch, a joué un rôle important dans l’établissement de groupes de femmes actifs et bien organisés… »

Le Rabbi changea la formulation en : « il a établi un réseau. » Il ne voulait pas se mettre sur le devant, par l’affirmation le concernant qu’il avait joué un rôle important.

Et ce qui suit, et tout particulièrement aujourd’hui, n’a pas besoin d’être commenté. Cela nous donne une puissante perspective, pleine de sens.

J’avais écrit que « le Rabbi de Loubavitch se considère comme le Berger Spirituel de tout Israël, dans sa génération. Il se sent responsable du bien-être spirituel et matériel de tous les Juifs, quels que soient le lieu où ils vivent et leurs croyances religieuses. »

En relisant ces mots, aujourd’hui, je comprends qu’il était présomptueux de ma part d’affirmer comment le Rabbi se considérait lui-même. Il aurait été plus approprié de déclarer que ses disciples, les ‘hassidim, le considèrent comme le Berger Spirituel de tout Israël, etc.

Le Rabbi transforma complètement ces mots en y substituant :

« les intérêts du Rabbi et ses activités englobent… »

Le Rabbi demanda que j’inclue les activités de Tzirei Agudat Chabad (la jeunesse ‘Habad), indiquant que ce mémoire devrait être réécrit en y incorporant toutes ses corrections et ses suggestions. Il impliquait ainsi que lorsque l’on écrit sur l’histoire et la signification du mouvement ‘Habad, il ne

faut pas seulement se concentrer sur le Rabbi mais y incorporer également les activités et les projets de ‘Habad.

Une autre requête intéressante indiquait que je me réfère et ne joigne que des références Cacher dans mes notes et la bibliographie. En fait, le Rabbi demandait que tout ce qui, dans mon mémoire, était constitué de références spécifiques à d’autres sources, soit enlevé. Une fois de plus, aucune explication n’est ici nécessaire.

Aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, je suis toujours bouleversée par le grand privilège qui m’est revenu de voir le Rabbi manifester de l’intérêt pour mon travail. J’étais, et je le suis toujours, étonnée de son analyse attentive de mon travail et de sa vision profonde. Il avait lu chacun des mots, sur chaque page et avait apporté ses commentaires sur les treize pages de ce rapport. Outre sa propre écriture manuscrite, en hébreu et en anglais, il y avait deux pages entières de commentaires et de corrections, avec les références exactes aux lignes, aux pages et aux mots. Malgré son emploi du temps si chargé, et d’une importance monumentale, il avait consacré du temps à la correction de ce mémoire.

Vingt ans après ( ndt : et pour nous, plus de quarante ans ), tout est encore d’actualité. Aujourd’hui, alors que nous est demandé d’utiliser notre compréhension, l’on peut retirer de nombreuses leçons des corrections et des recommandations.

C’est peut-être la raison pour laquelle le Rabbi insinuait, dans ses corrections, une future réimpression.

Écrivains et lecteurs, conférenciers et auditeurs, ces commentaires devraient nous éclairer et enrichir notre vie, sur une base quotidienne, jusqu’à la Rédemption ultime !

Deux douzaines de femmes me regardaient dans l’attente de ce qui allait se passer.

Je dirigeais un atelier intitulé : « Travailler sur la joie », pour la Convention annuelle des Neché ‘Habad, en Australie.

« A combien de verbes hébreux et anglais pouvez-vous penser, relatifs au sujet de la sim’ha (la joie) ? » demandai-je à mon auditoire.

- « Bonheur » ?

- Non ! C’est un nom !

- Et « être heureux » ?

- Le verbe, c’est « être » ou « heureux » ?

- « Heureux » est un adjectif, je crois.

- Ça y’est ! j’en ai un : « se réjouir » !

- J’ai un dictionnaire et un thésaurus sur mon téléphone. Il indique : « se réjouir, se délecter, exulter, révéler et célébrer ».

Très bien ! C’était exactement ce que je voulais qu’on dise.

- Alors, quand avez-vous entendu, pour la dernière fois, quelqu’un utiliser ces mots ?

La plupart des femmes semblaient être d’accord sur le fait que ces mots n’étaient pas souvent utilisés. Mais l’une d’entre elle n’était pas d’accord.

- Je les utilise tout le temps !

Tout le monde la regarda avec surprise jusqu’à ce qu’elle ajoute :

- J’enseigne le Tana’h (la Bible) au lycée et dans les traductions, on rencontre tout le temps ces mots !

- C’est exactement le sujet ! Dans la Torah, de nombreux verbes sont liés à la joie. On trouve même des noms, des adjectifs et des adverbes qui ont les mêmes racines que ces verbes.

- Ça devient trop compliqué pour moi ! Je n’ai jamais été bonne en grammaire, murmura une femme qui tenait dans la main un sac en crocodile de la même couleur que sa perruque.

- Ne vous inquiétez pas, nous essayons seulement de souligner la différence entre l’expression couramment employée : « être heureux », qui est passive et l’équivalent en hébreu : lismoa’h , qui lui est à la forme active. Bien, mesdames, quelle est la différence entre un verbe actif et un verbe passif, pour dénoter la joie ?

Quelques mains hésitantes se levèrent. J’interpellai une dame assise devant.

- Je suppose que si c’est un verbe passif, vous n’avez rien besoin de faire, la joie vient simplement à vous…

Sac en crocodile s’écria, avec un rire sec :

- C’est comme mes adolescents. Ils passent leurs vacances à tourner en rond, dans l’attente de quelqu’un ou de quelque chose qui les rende heureux !

touchez du doigt le sujet ! Maintenant, observez ces citations de la Torah : « servez D.ieu dans la joie », « et vous vous réjouirez dans vos fêtes », « parce que vous ne L’avez pas servi avec joie et bonheur dans le cœur ».

- Attendez une minute ! Ce verset ne veut-il pas dire qu’ils n’ont pas servi D.ieu convenablement alors que leur vie était bonne ?

- C’est l’explication initiale. Mais il existe une autre interprétation, basée sur le Zohar, qui indique que ce verset parle de l’importance de servir D.ieu avec joie et enthousiasme.

Je tournais mon attention vers le groupe tout entier.

- Ces citations impliquent-elles une approche passive à la joie ou une approche active ?

- Active ! s’écrièrent plusieurs voix tandis que les autres approuvaient en silence.

de D.ieu est une tâche très difficile. Attendez-vous à travailler dur pour y parvenir !

- Je pensais qu’on allait nous donner la formule magique du bonheur !

- Ne vous inquiétez pas. Nous y viendrons. Le premier pas consiste à reconnaître que la joie ne dépend pas de quelque chose ou de quelqu’un qui se trouvent en dehors de vous. Vous êtes responsables de votre propre bonheur. Ni vous, ni moi, ne pouvons contrôler les circonstances extérieures. Le Bon D.ieu crée les situations dans lesquelles nous nous trouvons. Cependant, ce dont nous sommes responsables est la manière dont nous répondons à ces circonstances. Apprécions-nous les bénédictions qui nous ont été envoyées ? Faisons-nous réellement de notre mieux pour affronter les difficultés d’une manière positive ?

Cela me conduit à un second pas qui est d’accepter l’idée que pour parvenir au bonheur véritable, il faut déployer des efforts.

Il est plus facile de se laisser sombrer dans des émotions négatives que de se maintenir à flots avec le positif. Il faut faire des efforts pour surnager mais cela en vaut certainement la peine. Nous devons utiliser notre pensée, nos paroles et nos actions pour transformer nos ressentis négatifs en sentiments positifs et heureux.

Je m’interrompis et observai l’audience pour voir si elles suivaient toujours.

- Mais avant de vous y atteler, il est impératif de reconnaître et de comprendre ce que sont ces sentiments négatifs et ce qui les a suscités. Ce n’est qu’après que l’on peut être capables de s’en débarrasser et de trouver le bonheur.

Le professeur de Tan’ah m’interrompit :

- Il est utile de se rappeler que ce que nous percevons comme étant du mal est en réalité du bien ! Puis-je raconter une histoire vraie ?

- Allez-y !

- Nous avons reçu, un Yom Tov, un invité qui s’appelait Zev. Il nous a raconté qu’un jour, son frère Danny a fait un voyage d’affaire en Tanzanie, à une heure de vol de Melbourne. Il a appelé Zev, le lendemain de son arrivée, dans un état de frustration et de chagrin incroyables.

- Zev ! je n’ai vraiment pas de mazal (« chance ») !

- Que s’est-il passé Danny ?

- On m’a volé ma nouvelle veste !

- C’est regrettable, mais pas terrible. Tu en achèteras une autre !

- Mais mon portefeuille était à l’intérieur !

- Oh non ! Tu as intérêt à faire opposition à tes cartes de crédit ! Où a-t-il été volé ?

- Ici, à l’hôtel, pendant que je dormais. Mais l’hôtel ne veut prendre aucune responsabilité. Je viens de passer une matinée affreuse. Je suis allé au commissariat mais ils ne m’ont apporté aucune aide. J’ai passé des heures au téléphone avec la banque. J’ai même dû annuler le rendez-vous

Huvy (Ahuva) Elisha - Dancing Chassidim in Blue

d’affaire pour lequel je suis venu ici. On devait se retrouver au site touristique de l’aéroport Arthur, à onze heures. J’ai dit à mon partenaire que je ne pourrais m’y rendre !

Quelques heures plus tard, Danny rappela Zev.

- Zev ! Tu sais quelle chance j’ai ?!! D.ieu a été incroyablement bon avec moi !

- Tu as retrouvé ta veste et ton portefeuille intact ?

- Non ! Le voleur les a gardés et il m’a sauvé la vie !

- De quoi parles-tu Danny ?

- N’as-tu pas entendu ce qui se passe ici en Tasmanie ? Tôt dans l’après-midi, exactement à l’heure où je me serais trouvé sur les lieux, si je n’avais pas annulé mon rendez-vous, un tueur fou s’est déchaîné et a tué à la carabine des touristes innocents qui visitaient Port Arthur ! Tu m’entends ? Zev ! J’aurais été là-bas !

Il nous fallut quelques minutes pour digérer cette histoire et que je puisse continuer.

- Merci d’avoir partagé cette histoire. Quel rappel extraordinaire que tout ce que fait Hachem est certainement pour le bien !

Nous avons un peu discuté de cette idée puis nous nous sommes divisées en plusieurs petits groupes.

Chaque groupe devait travailler sur un scenario.

Scenario 1

Toute la famille passe la journée à faire le nettoyage de Pessa’h. Chacun est grincheux et plein de ressentiments. Votre fils dit : « Je devrais être au parc avec mes amis. Personne ne fait travailler ses enfants ! »

Votre fille se joint à lui : « Oui ! Pourquoi doit-on faire ça ? Je HAIS cette période de l’année … »

Comment vous sentez-vous et pourquoi ? Comment pouvez-vous utiliser votre pensée, vos paroles et vos actions pour générer de la joie ?

Scenario 2

Vous raccrochez le téléphone et vous êtes envahie d’un sentiment d’horreur. Vous savez que cette fois, vous avez vraiment fait une bêtise. Les mots que vous avez prononcés, sans vraiment y penser, ont fait beaucoup de mal à une autre personne. Vous voudriez retourner la situation mais vous ne le pouvez pas.

Comment vous sentez-vous et pourquoi ? Comment pouvez-vous utiliser votre pensée, vos paroles et vos actions pour générer de la joie ?

Scenario 3

Vous avez investi de l’argent dans ce que vous pensiez être l’affaire du siècle et vous réalisez que c’était une mauvaise décision professionnelle. Vous n’en dormez pas la nuit. Vous priez, donnez de la tsedakah et récitez beaucoup de Tehilim . Votre mari a le bitahone (confiance en D.ieu) que cela va marcher. Mais cela ne marche pas.

Comment vous sentez-vous et pourquoi ? Comment pouvez-vous utiliser votre pensée, vos paroles et vos actions pour générer de la joie ?

Scenario 4

C’est votre anniversaire. Vous ajoutez de la tsedakah et ouvrez votre siddour pour prier. Vous pensez à tous les espoirs et les rêves que vous aviez quand vous étiez plus jeune, aux bonnes résolutions et aux promesses des anni-

versaires passés. Vous vous demandez où ont disparu votre enthousiasme, votre optimisme et votre bonne humeur. Vous vous sentez complètement vide. Vous envisagez de fermer votre siddour parce que vos prières ne semblent pas faire la différence.

Comment vous sentez-vous et pourquoi ? Comment pouvez-vous utiliser votre pensée, vos paroles et vos actions pour générer de la joie ?

A la fin du temps imparti, les équipes se regroupèrent et rapportèrent comment elles avaient traité leurs scenarios. Le groupe de Pessa’h fit la première présentation et donna de nombreuses idées créatives.

Les sentiments négatifs

Frustration : j’essaie de faire ce qui est bien, pourquoi est-ce si difficile ?

Envahissement : je ne peux résoudre cette situation !

Colère : pourquoi n’aideraient-ils pas ?

Inquiétude : mes enfants vont-ils développer des sentiments négatifs envers les mitsvot ?

Pensées utiles

Chercher des solutions.

Éviter les désordres émotionnels.

Plus on travaille sur quelque chose, plus cela prend du sens pour eux.

Mes enfants ne sont pas rebelles, juste humains.

Diminuer les attentes.

Paroles utiles

« J’apprécie beaucoup ton aide ».

« Si tout le monde aide, nous irons plus vite et nous pourrons tous aller manger une pizza ».

Chanter ou mettre de la musique.

Utiliser de l’humour pour alléger l’ambiance.

Être généreux avec des compliments sincères pour le travail accompli.

Parler aux autres, de façon à être entendue, de la manière dont vous comptez sur les enfants et dites combien vous appréciez leur aide.

Actions utiles

Prendre le temps de distribuer de petites récompenses.

Donner aux enfants des pauses.

Acheter quelque chose de spécial ou faire quelque chose de spécial pour manifester votre reconnaissance.

Faire tous ensemble une liste de tâches à accomplir.

Demander à chacun ce qu’il a préféré faire.

Nous avons toutes applaudi le premier groupe.

- Ce sont des idées très riches et je suis sûre que si vous continuez à y penser, vous allez encore en trouver d’autres.

Les autres groupes furent tout aussi créatifs et suggérèrent des idées novatrices.

En y portant un regard rétrospectif, j’ai pensé que cet atelier avait bien fonctionné mais je me suis demandé si cet exercice ne resterait pas théorique. Il est facile de discuter de ce que l’on devrait faire, mais tellement difficile de le traduire dans la réalité.

Et puis j’ai rencontré mon amie Sheva qui avait participé à la session.

Sheva m’a raconté son cinquantième anniversaire.

- J’avais toutes ces belles idées sur la manière dont mon mari et moi allions passer la soirée !

C’est un second mariage pour tous les deux et ils prennent très au sérieux leurs responsabilités par rapport à leurs enfants, que ce soient ceux qu’ils ont eu auparavant ou ceux dont ils sont tous les deux les parents. Ils n’ont pas beaucoup de temps pour eux-mêmes.

J’ai pensé que nous pourrions prendre une baby-sitter et nous irions tous les deux dans ce nouveau restaurant qui vient d’ouvrir. Ensuite, nous pourrions nous promener autour du lac.

- As-tu réalisé ton plan ?

- Non ! Nous sommes restés à la maison.

- Que s’est-il passé ?

- Ma fille de six ans se grattait la tête…

- Oh non ! Ne me dis pas qu’elle avait…

- Si ! Elle avait des poux et j’ai passé la soirée à lui nettoyer la tête.

- Oh ! Mais tu as dû être très contrariée, frustrée, en colère !

Sheva parut pensive.

- En fait, non !

- Vraiment ?

- Et bien, mon mari et moi avons bavardé au-dessus de la tête de la petite, en la vérifiant à tour de rôle, et j’ai soudain réalisé qu’on était en train de passer une soirée agréable, tranquille, en train de faire quelque chose en couple. Et c’est exactement ce que j’avais envie de faire !

Wow ! Ai-je pensé. Voilà quelqu’un qui a tellement travaillé sur la joie que la joie est venue travailler pour elle !

Quelques années plus tard, j’ai à nouveau présenté cet atelier. J’ai ajouté quelques histoires à mon répertoire, y compris celle qui suit, à propos du grand-père de mon mari :

Alors que la plus grande partie de l’Europe s’embrasait dans la première guerre mondiale, les masses de la Russie oppressée se levèrent, répandant la Révolution Russe. Bien sûr, les Juifs étaient persécutés par les deux côtés. L’un des plus grands dangers était la tendance des deux partis à s’emparer

des jeunes gens et à les obliger à servir comme soldats.

Le grand-père de mon mari, Rabbi Yo’hanan Gordon était marié à Zisha, qui attendait maintenant leur premier enfant. Reb Yo’hanan se rendit à la ville voisine, pour essayer de trouver du travail, dans ces temps turbulents. A son grand désarroi, il fut attrapé par des « recruteurs » qui cherchaient de potentiels soldats. Ils lui donnèrent gentiment un court moment pour se préparer, avec l’avertissement de ne pas rêver un seul instant de ne pas se présenter, au moment dû, au camp dont ils lui indiquèrent l’emplacement.

Une matriarche ‘hassidique qui vivait dans cette ville, Ra’hel Léah Shagalovitch, connue sous le nom de di vinerkéh (la vendeuse de vin) l’aperçut et lui demanda pourquoi il avait l’air soucieux.

Étant donné que Ra’hel Léah était connue pour être une femme sage et pieuse, Yo’hanan lui raconta ce qui s’était passé.

- Que dois-je faire ? gémit-il. Que va-t-il advenir si je dois aller dans cette armée ? Et ma jeune épouse ? dois-je lui envoyer un message pour lui dire que je suis retardé ? Dans sa condition délicate, qui sait quelles réactions cette nouvelle peut provoquer ?

Ra’hel Léah répondit :

- Calme-toi, ne t’affole pas. David Hamélè’h ne dit-il pas dans les Tehilim « ‘hessed ou michpat achirah », qu’Hachem me montre de la bonté ou de la

rigueur, je chanterai pour Lui ? Celui Qui est En haut t’a témoigné une grande bonté et tu es contrarié pour un peu de rigueur ?

Et quant à ta femme, bien sûr que tu dois lui envoyer un message. Zi hot éy’hèt ha G.ot, zol zi oy'h betten, elle aussi a un D.ieu, qu’elle aussi prie pour toi !

Si tu as du bita’hon et que tu chantes, lorsque tu perçois de la bonté ou de la rigueur, alors le Tout Puissant te donnera des raisons de chanter !

C’est un Yo’hanan beaucoup plus calme qui se dirigea vers le camp de l’armée. Ils testèrent son aptitude à tirer mais il était très myope et n’atteignait jamais la cible. Alors ils l’envoyèrent aux cuisines pour aider le cuisinier. Après tout, l’on sait bien qu’une armée marche sur son estomac ! Après qu’il eut épluché une montagne de pommes de terre, le cuisinier vint inspecter son travail.

Il regarda la pile de pommes de terre puis les épluchures. Il fut furieux quand il vit l’épaisseur des épluchures. Tant de gâchis ! L’officier en charge décida que ce jeune Juif aux lunettes épaisses n’avait rien à offrir à l’armée. Il l’arrosa de quelques malédictions et le renvoya chez lui.

Je peux imaginer qu’en chemin, Reb Yo’hanan chantait à Hachem, à la fois pour Sa bonté et pour Sa rigueur !

Crédits : N’shei Chabad Newsletter, Nissan 5779, Avril 2019

Vie uotidienne Q

‘Hanna Zejlinwarger

BROCHETTES DE POISSON CARAMÉLISÉES AU FOUR

INGRÉDIENTS

▸ 500g de pavés de saumon de 2,5 cm d’épaisseur

▸ 4 c. à soupe de miel

▸ 2 c. à soupe de moutarde de Dijon

▸ 3 c. à soupe d’aneth haché

▸ 3 c. à soupe d’huile d’olive

▸ 2 c. à café d’ail haché

▸ sel et poivre selon le goût

PRÉPARATION

1

2

Tailler les pavés de saumon en cubes réguliers.

Dans un bol, mélanger tous les autres ingrédients pour la sauce au miel. Ajouter le saumon et remuer pour bien l’enrober de sauce.

3 Préchauffer le four à la position « grill ».

4 Piquer les cubes de saumon sur les brochettes.

5 Tapisser une plaque de cuisson d’une feuille de papier sulfurisé et huiler légèrement. Chauffer la plaque 2 minutes au four.

6 Déposer les brochettes sur la plaque et la remettre au four. Cuire 4 minutes en retournant les brochettes à mi-cuisson. Optimiser la recette en servant avec du riz basmati.

COUSCOUS POISSON

INGRÉDIENTS

▸ 500g de semoule de couscous fin

▸ 1 poireau

▸ 4 ou 5 carottes

▸ 1 courgette

▸ 1 c. à café de Coriandre

▸ 1 c. à café de Curcuma

▸ 1/2 c. à café de Paprika

▸ 1 c. à soupe de concentré de tomate

▸ 3 c. à soupe de sauce au soja

▸ 3 darnes de mérou

▸ 3 dos de cabillaud

▸ 3 filets de lieu

PRÉPARATION DE LA SEMOULE

1 Faire bouillir 1 litre d’eau.

2 Verser 2 verres de semoule dans un saladier. Rajouter 3 cuillères à soupe d’huile et 1 cuillère à café de sel. Bien mélanger.

3 Verser 2 verres d’eau bouillante sur la semoule en s’assurant que l’eau recouvre bien toute la semoule. Laisser reposer 15 minutes.

4 À l’aide d’une fourchette, égrainer la semoule parfaitement.

PRÉPARATION DU BOUILLON

1 Faire revenir les carottes coupées en rondelles dans de l’huile chaude pendant 5 minutes en remuant sans arrêt. Ajouter le poireau et la courgette coupés en rondelles. Saler et ajouter les épices en remuant sans arrêt pendant 5 minutes.

2 Réduire le feu et verser la sauce au soja puis placer sur les légumes, les darnes de mérou, puis au-dessus, les dos de cabillaud et enfin sur le haut de la casserole, les filets de lieu.

3 Verser 1.5 litre d’eau dans lequel on aura dilué le concentré de tomate.

4 Goûter et rajouter éventuellement du sel.

5 Après ébullition, baisser le feu de moitié, couvrir et laisser mijoter 25 minutes.

6 Écumer si besoin.

7 Servir le bouillon et les légumes dans une soupière, le poisson sur un plateau à part et le couscous dans un plat à service.

8 Le bouillon pourra être réchauffé lors d’un autre repas.

RIZ TARTARE

INGRÉDIENTS

▸ 400g de riz japonais

▸ 2 boites de 160 gr de thon au naturel

▸ 400ml d’eau

▸ 4 c. à soupe de mayonnaise

▸ 8 c à soupe de vinaigre de riz

▸ 2 avocats

▸ 4 c à soupe de sucre

▸ sésame grillé

▸ 1/2 c à café de sel

PRÉPARATION

1

Bien laver le riz (3 ou 4 fois) jusqu'à ce que l'eau devienne claire puis laisser reposer 30 minutes.

2 Mettre dans la marmite le riz avec de l'eau froide.

3 Commencer la cuisson sur un feu fort pendant 5 minutes jusqu’à ébullition en couvrant la casserole, puis réduire à feu faible jusqu’à l’absorption totale du liquide par le riz (environ 10 minutes). Remuer sans cesse. Puis laisser refroidir la préparation.

4 Faire chauffer le vinaigre de riz, le sucre et le sel sans faire bouillir.

5 Puis verser le vinaigre refroidi sur le riz. Mélanger délicatement le riz jusqu’à obtenir un riz collant. Laisser refroidir.

6 Mélanger le thon égoutté avec la mayonnaise dans un bol.

7 Étaler une épaisse couche de riz sur un plat. Superposer le thon/ mayonnaise. Couper l’avocat en cubes réguliers et le placer au-dessus. Saupoudrer de grains de sésame.

GRATIN DE CHOUX FLEUR

INGRÉDIENTS

▸ 1 chou-fleur,

▸ 60 g de beurre,

▸ 60 g de farine

▸ 60 cl de lait,

▸ 130 g de gruyère râpé

▸ sel

▸ poivre

▸ muscade

PRÉPARATION

1 Couper le chou-fleur en petits bouquets, et faire tremper 30 minutes dans de l’eau vinaigrée. Rincer abondamment à l'eau froide et vérifier les fleurettes. Les cuire 5 minutes dans une casserole d'eau bouillante salée.

2 Égoutter le chou-fleur et le déposer dans un plat à gratin.

3 Préparer la sauce béchamel en faisant fondre dans une casserole le beurre. Verser ensuite la farine et mélanger au fouet.

4 Ajouter petit à petit le lait sans cesser de mélanger pour éviter les grumeaux.

5 Ajouter la moitié du fromage râpé ainsi qu'une pincée de muscade, de sel et de poivre. Mélanger le tout.

6 Napper les bouquets de chou-fleur de sauce béchamel.

7 Parsemer du reste de gruyère râpé et enfournez 30 minutes, th. 6 (180°).

PIZZA 4 FROMAGES (MOTSI)

LA PÂTE À PIZZA (MOTSI)

▸ 450gr de farine

▸ 10g de levure fraîche ou 2 cc rases de levure sèche

▸ 280gr d'eau tiède

▸ 20g d'huile d'olive

▸ 6g de sel

▸ 1/2 c à café de sel

LA GARNITURE

▸ Zaatar

▸ 200g de crème fraîche liquide

▸ 200g de mozzarella râpée

▸ 200g de gruyère râpé

▸ 150g de tranches de fromage de chèvre

▸ 100gr de parmesan râpé

PRÉPARATION

1 Diluer la levure dans de l’eau tiède. Ajouter la farine, le sel et l’huile. Pétrir la pâte jusqu’à obtention d’une préparation bien lisse. Recouvrir d’un linge et laisser reposer 1h30. Abaisser la pâte et la diviser en 6 parts.

2 Préchauffer le four à 190°

3 Étaler la pâte le plus finement possible (on doit presque voir au travers) et la saupoudrer de zaatar.

4 Verser la crème sur la pâte.

5 Ajouter les fromages en finissant par les tranches de fromage de chèvre.

6 Enfourner et surveiller constamment. La cuisson ne devrait pas excéder 10 / 12 minutes.

ELLES RACONTENT...

Devant l’abondance des témoignages que nous avons reçus, pour honorer la mémoire de nos deux chères amies, nous nous sommes trouvées dans l’impossibilité de tous les publier et avons dû n’en sélectionner que quelques uns.

Nous remercions toutes celles qui ont tenu à collaborer à cet hommage et nous savons que vous comprendrez nos impératifs.

L’équipe de la rédaction

Mme Esther SOJCHER ה״ע

Ma chère belle-mère.

J’aurais tant voulu vous dire tout cela de vive voix…

Je me souviens du jour où je suis arrivée chez vous la première fois, pétrie d’angoisse et de stress. Vous m’avez accueillie à bras ouverts et tout de suite avez su me mettre à l’aise.

Vous avez été une belle-mère si dévouée, si aimante et si encourageante. Un livre entier ne suffirait pas à décrire vos qualités. Discrète et efficace, peu d’entre nous savent la grandeur de la maman, de la mamie, de la chlou’ha qui nous a quittés…

Tout d’abord, vous avez été pour moi un modèle de chlou’ha. Vous ne reculiez jamais devant la difficulté. Malgré un travail prenant, malgré des horaires difficiles, votre porte était ouverte. A tous. Tout le temps.

Vous répondiez présente aux différentes sollicitations de la communauté sans jamais rechigner. Rien ne vous arrêtait. Pas même les sorties à des heures tardives ou dans le froid glacial pour accompagner des dames dans la belle mitsva de Taharat Hamishpacha (Mikvé). Pas même les minyanim chez vous tous les vendredis soir, lors de votre installation à Boulogne.

Vous n’hésitiez pas, après vos longues journées de dentiste et de maman, à raccompagner Mme Azimov chez elle, tous les lundis soir, après son cours hebdomadaire aux femmes de la communauté. Cours que vous avez créés, le premier moment de Torah dédié spécialement aux femmes de Boulogne.

Après avoir pris votre retraite, vous n’avez pas choisi de vous reposer et vous vous êtes investie pleinement pour aider les jeunes de notre communauté à fonder un foyer juif. Combien d’heures y avez-vous consacrées ? Des coups de fils au soutien moral et affectif, vous ne faisiez jamais les choses à moitié.

Mais tout cela, vous le faisiez surtout et avant tout, dans la plus grande discrétion.

Vous n’aimiez pas les manières et les faux-semblants. Pas d’imposture ni de chichis.

Parmi vos grandes qualités, celle qui primait : le Emet, la vérité.

C’est cela qui comptait pour vous. Aller à l’essentiel sans vous encombrer du superflu.

Et si nos 19 années de chli’hout commune à Boulogne ont si bien fonctionné, c’est bien grâce à vous et à votre caractère exceptionnel.

J’aurais tant voulu vous dire cela, de vive voix…

J’aimerais également vous dire combien vous avez été une belle-mère aimante pour moi et une grand-mère extraordinaire pour nos enfants.

Les heures que vous avez passées à bercer mes bébés pendant que je préparais mes examens, le nombre incalculable de fois où vous avez sorti les enfants pour me laisser du temps libre, la patience dont vous avez fait preuve pour nous recevoir tous les Chabat « en mode camping », avant notre installation effective à Boulogne, tout cela je ne l’oublierai jamais.

La Guémara dit (Yevamot 117), que, par nature, la relation entre une belle-mère et sa belle-fille est forcément conflictuelle.

Et bien je peux témoigner aujourd’hui qu’il y a des exceptions.

Vous avez toujours su être à l’écoute, vous m’avez accueillie, aimée, choyée, gâtée, valorisée, bien au-delà de ce qui vous incombait. Vous m’avez aidée, soutenue et encouragée dans mes premiers pas.

Vous m’avez accordé tant de confiance, que cela m’a permis d’aller parfois au-delà de mes limites.

Et surtout, vous avez su être dans la bonne mesure. Présente mais discrète. À mes côtés, mais sans vous immiscer.

Nous avons partagé tant de choses.

De nos escapades au soleil à nos séjours à la neige avec l’école, en passant par nos fous rires des Chabbat après-midis, je n’oublierai jamais ces moments de partage.

J’aurais tant voulu vous dire cela de vive voix…

La vie ne vous a pas épargnée et vous avez connu de grosses épreuves. Même dans l’adversité, vous étiez un exemple de courage et de dignité.

Quelques jours à peine avant votre départ, pendant la soirée de bar-mitsva de mon fils, vous êtes venue, à plusieurs reprises, me glisser à l’oreille :

« Merci Debo, merci ma Debo ».

« Mais pourquoi donc ? » vous ai-je demandé ?

« Pour tout, tout ce que tu fais et tout ce que tu es », telle a été votre réponse.

Voilà quelle belle mère vous étiez !

Toujours dans l’encouragement et toujours des mots gentils à mon égard.

Une très belle personne, d’une générosité de cœur, au-delà du commun.

Vous me manquez déjà et allez tant me manquer !

Mais, malgré ma profonde tristesse, je remercie Hachem de vous avoir déjà dit tout cela, de vive voix….

Avoir une amie est une chose primordiale. Il faut savoir apprécier ce don à sa juste valeur. Quand on est avec une amie, on parle librement, on se confie, on rit, on pleure, on fait des projets…on refait le monde…et surtout, on se sent bien, on se sent plus forte.

J’avais une merveilleuse amie et je ressens un grand vide et l’incapacité d’avoir assez profité de sa présence. Je remarque souvent que nous ne prenons pas assez conscience des trésors que D.ieu nous prodigue, que ce soit dans la santé, le bonheur, les enfants, la famille, un mari… Mais quand il y a un manque, nous réalisons seulement alors combien nous étions gâtés et nous le regrettons et nous souffrons.

Esther était mon amie chère. Nous nous sommes rencontrées au séminaire, à la montagne. C’est elle qui s’est présentée comme étant la maman de Mickhael et de Daniel, qui étaient dans les mêmes classes que mes enfants, et de ‘Haya. Nos fils ont fait ensuite la Yechivah ensemble.

Les enfants d’Esther étaient, et sont toujours, formidables. Elle peut être fière de l’éducation qu’elle leur a donnée.

Nous nous sommes tout de suite, très vite, entendues et liées d’amitié. Celle que j’ai connue à cet instant est restée la même : avenante, touchante, sensible, émotive, volontaire, attentionnée ; c’est-à-dire ce mélange explosif qu’on ne peut qu’aimer et apprécier…

C’était l’époque des premières chli’hout de banlieue…

Elle se dévouait et voulait tellement apporter à sa communauté !!!!

Elle donnait des cours et faisait parfois venir d’autres femmes pour les donner. Nous n’étions pas préparées à la chli’hout mais nous étions envoyées par le Rabbi et nous nous sentions faites pour donner et transmettre le peu que nous connaissions alors. On avait déjà inventé la « co-chli’hout » en s’aidant mutuellement car nous partagions beaucoup de problèmes communs.

Elle se confiait facilement car, d’une grande humilité, elle savait prendre conseil. Nous avons passé des Chabbat

ensemble pour nous ressourcer et c’est souvent à Chavouoth qu’elle aimait venir à Bonneuil avec sa famille : c’était de bonnes expériences à partager, des fous rires, de la détente qu’elle savourait…

Elle voulait emmener des femmes de sa communauté à New York et se démenait pour se joindre à nos voyages en groupe. Elle l’a fait plusieurs fois, avec un grand messirout néfèch (don de soi). Nous sommes également retournées plusieurs fois à la montagne, au séminaire. Elle aimait beaucoup marcher et montrait une grande volonté. Elle m’entraînait dans des ballades épuisantes, même si ça lui coûtait beaucoup d’efforts. Mais c’était ça, Esther : toujours aller de l’avant, ne pas reculer devant les difficultés !

Cette marche, nous avons pris l’habitude de la continuer, en faisant chaque dimanche le tour du lac pendant des années. Quelle énergie elle avait ! Tout en marchant, elle aimait partager ses sentiments, ses pensées, ses projets, ses expériences car elle était si naturelle et si sincère ! Elle montrait également avec beaucoup de patience, une force d’écoute peu commune.

Parfois, nous aimions « faire les magasins » ensemble. Elle faisait toujours preuve d’élégance et de bon goût dans ses achats car elle s’habillait très « chic ».

Esther était une amie chaleureuse, discrète, joyeuse. Esther me manque. Je me demande si je lui ai apporté autant qu’elle ne l’a fait pour moi.

Après son départ brutal et prématuré, je me dis que cette valeur sûre qu’est une amie doit être entretenue. Il faut appeler nos amies, prendre de leurs nouvelles, se voir régulièrement. Le temps passe affreusement vite. Nous sommes toujours débordées et ne prenons peut-être pas suffisamment la décision de maîtriser ces journées qui défilent, en gardant un contact régulier avec les gens aimés.

Esther, avec tous tes mérites, j’espère que tu pries pour nous toutes afin que nous augmentions dans Torah et Mitsvot et aidions notre entourage par nos actions et cela, afin que le Rabbi soit fier de nous et que Machia’h vienne rapidement !

Quand je pense à Esther Sojcher, je vois un petit bout de femme avec toujours un grand sourire aux lèvres, qui me dit :

« Quand vous venez manger à la maison ? »

Et voilà…nous ne sommes jamais allés manger chez elle, croyant que nous aurions toute la vie pour le faire…

Parce qu’Esther fait partie de ces personnes discrètes, aimantes, attentionnées, étant à l’affût de toute aide qu’elle pourrait prodiguer et qu’ on ne peut imaginer partir…

Parce qu’Esther, c’est aussi sa famille : un mari attentionné, à la recherche de projets et d’actions pour sa communauté ; des enfants doués pour le ahavat Israël, les bons conseils, les activités communautaires et la générosité de leurs soirées au Beth ‘Habad.

Parce qu’Esther, c’est aussi ce sourire permanent, cette bienveillance envers chacun ; cette façon de prendre des nouvelles de chacun des membres de toutes les familles.

Parce qu’Esther, c’est aussi cette joie de vivre et d’être de toutes les fêtes… D’ailleurs, la première fois que je l’ai vue, c’était à mon mariage : c’est la cousine de mon mari.

Je remarque que je parle d’Esther au présent…

Parce que pour moi, elle sera toujours présente dans mon cœur et dans ma tête.

Parce que pour moi, elle sera toujours cette femme que l’on aime comme une maman, une tante chez qui on vient se réfugier, demander un conseil, ou juste voir son sourire et entendre un petit mot gentil pour nous faire passer une bonne journée.

UNE CHLOU’HA DU RABBI DANS TOUTE SA SPLENDEUR

Muriel DHERY
Mme Atarah GUEZ ה״ע

Ce qui caractérisait ma Maman, parmi ses innombrables qualités était le don de soi, sans rien attendre en retour. Elle donnait tout son cœur, tout son amour, toute son âme, toute sa propre personne, sacrifiant sa propre vie, pour accomplir la volonté d’Hakadoch Barou’h Hou, ce qui était son but ultime ! Qu’importent les situations, qu’importent les obstacles, qu’importent les épreuves qui la touchaient physiquement et mentalement, qu’importe leur intention, elle ne laissait rien de côté ! La volonté d’Hachem et la sienne ne faisaient qu’une.

Le’hat’hila ariber ! disait-elle. Tu peux le faire et tu vas le faire !...

...Depuis bébé, j’ai été bercée dans la Chli’hout de mes parents... En effet, il n’y avait quasiment aucune famille juive connue dans la ville de Romainville mais cela ne l’a pas empêchée de frapper aux portes de chaque maison pour savoir si les occupants étaient juifs, d’appeler ses connaissances pour faire acheter des terrains ou des maisons à Romainville, afin que la communauté s’agrandisse, de chercher les enfants dans les écoles laïques pour leur donner une éducation juive, d’ouvrir un Talmud Torah et de créer ses propres cours interactifs et éducatifs…

Ses actions étaient innombrables...

Avec sa joie de vivre, elle ravivait les maisons tristes, elle apportait la lumière dans le cœur de chacun et chacune !...

...Que tous ses enfants matériels et spirituels et la nouvelle génération prennent sa vie pour enseignement, fassent vivre son souvenir, son exemple et continuent d’éclairer avec la même détermination !

Qu’elle continue à œuvrer Là-Haut pour faire venir le Machia’h. Amen

Gracieuse B.

Ma jeune sœur Atarah, de memoire benie, a toujours ete d’un temperament entier. Tout ce qu’elle entreprenait etait empreint de passion authentique. Lorsqu’elle a termine ses etudes de psychologie, je me souviens l’avoir emmenee avec moi, a la fin de mes etudes, pour un sejour en Israel (…).

Il va sans dire que la visite du Mur Occidental, etait un passage oblige mais la elle a rencontré pas... un Tzadik... mais deux Tzadikim !

Et les deux dans les memes conditions.

En effet elle fut invitee chez l’un et l’autre, par l’intermediaire de leur assistant, a partager la table du Chabbat. Il s’agissait de Baba Sale… et du Rav Shaarabi.

Plus tard, ce fut le tour de Rav Aharon Koening, de la communaute Braslav de Safed qui passa une semaine chez mes parents, et qu’elle aida à collecter de l’argent, avec mes freres Jackie et David.

(...) Pour une raison dont je ne me souviens pas, elle ne put le suivre a Londres, derniere etape de son premier voyage en Europe, avant son retour a Safed C’est la malheureusement qu’il fut rappele a D.

Atarah a bien entendu accompagne le Rav, qui avait note dans ses carnets, la veille :

« Je souhaite que notre precieuse Margareth, se nomme dorenavant Atarah ». Anonyme

Chère Madame Guez,

Dans ce monde égoïste ou personne n’a de temps pour personne... vous Madame Guez, vous ne comptez ni votre temps, ni votre énergie, pour les autres.... Vous prenez le temps pour chacun et chacune, comme vous l’avez fait avec moi. Vous cherchez à nous rendre heureux, tout simplement et pour cela un grand merci...

A ma très chère amie Atarah, Je suis arrivée à Romainville il y a 18 ans et dès mon mariage, j’ai passé mon premier Chabbat ici à Romainville. J’ai été agréablement surprise que la Shoul était dans la maison de Atarah. Elle m’a tout de suite accueillie avec beaucoup de gentillesse et m’a même préparé nos Shéva Bra’hot de ce Chabbat. J’ai tout de suite ressenti de la sympathie à son égard et j’étais en profonde admiration devant son énorme Ahavat Israël. Elle nous recevait tous les jours, chaque Chabbat et jours de fête pour les Tefilot. Qui aurait fait autant qu’elle ? Personne ! Voilà ce que Atarah était : une femme si généreuse et discrète cherchant toujours à faire du bien autour d’elle sans attendre en retour. Elle m’a toujours aidée chaque fois que j’en ai eu besoin soit pour des conseils sur la vie de couple ou pour mes enfants. Bref, nous étions de vraies amies ! (…)

Repose en paix maintenant, tu as bien mérité́ d’être dans le Royaume Céleste parmi les plus grandes Tsadéket ! Je suis sû re que de là où tu es tu veilleras sur tes chers enfants et tu leur donneras beaucoup de force pour avancer dans leur vie … J’ai connu Atarah en 2009. Ma rencontre avec elle a changé ma vie...

Nathalie Malka

Aujourd’hui, on me donne l’opportunité de témoigner des mérites de cette grande dame. Si je devais énumérer toutes ses qualités, il me faudrait bien plus qu’un livre... J’ai conscience de la chance incroyable qui m’a été donnée de côtoyer et fréquenter durant de très longues années cette Chlou’ha, amie, sœur et confidente. Elle a été combative et présente, sur tous les fronts, pour tous ceux qui croisaient son chemin, avec une discrétion incroyable. Elle se sacrifiait sans compter pour faire vivre la Kehila de Romainville. Elle n’a pas seulement construit pierre par pierre une communauté, elle a également éveillé et guidé tellement de nechamot juives égarées, des nechamot qui ne connaissaient parfois même pas le alef beth.

Mais son œuvre ne s’arrêtait pas là ! En effet, Elle travaillait nuits et jours pour les chiddou’him, la ha’hnassat kala...

Je prie tous les jours pour qu’Hachem nous envoie Machia’h rapidement, afin que je puisse te resserrer dans mes bras.

ETÉMOIGNAGE SACHA

RAPPORTÉ PAR M. UZAN

n 2007, Sara, mariée depuis quelques mois, attend son premier enfant. Au troisième mois, lors d’une échographie de routine, on lui annonce que son bébé est atteint d’une malformation. Sara entreprend des contrôles à l’Institut de Puériculture du Boulevard Brune, à Paris. Après des examens approfondis, on lui confirme le diagnostic : anomalie au niveau du cœur, une valve ouverte. Ce cas est très rare mais on peut vivre avec. Une opération sera nécessaire. C’est aux parents de décider s’ils souhaitent poursuivre la grossesse.

Confiants, Sara et son mari décident de garder leur enfant. Au huitième mois, une détérioration inattendue et rapide de l’état du bébé entraîne un accouchement prématuré. Mais la petite fille, née à trente-deux semaines, ne vit pas. C’était leur premier bébé.

Ainsi, Sara et son mari passent-ils des tests génétiques, sur les conseils

des médecins qui craignent des incompatibilités. Mais D.ieu merci, tout est normal. Et six mois et demi plus tard, Sara est de nouveau enceinte, avec l’espoir que cette fois-ci tout ira bien. Bien sûr, la grossesse est médicalement très surveillée. Et en effet, tout va bien.

Mais à quatre mois et demi, l’échographie révèle la même anomalie que lors de la grossesse précédente. Une valve ne se ferme pas et le ventricule gauche est plus gros que le droit. C’est la catastrophe ! Deux fois ! Un cas rarissime !

Suivie à Brune, par le professeur Ledudois, Sara commence à paniquer et le professeur ne la ménage pas. -Pourquoi ? Pourquoi deux fois ? Pourquoi moi ?

Elle déclare au professeur :

- Je ne veux plus vous voir !

Il l’oriente vers un confrère de l’Institut : le professeur Fermont.

Le lundi soir, le nouveau médecin, le professeur Fermont, confirme à Sara le diagnostic du professeur Ledudois.

Rentrée chez, elle appelle en larmes le Beth Loubavitch, rue Lamartine : - Venez tout de suite décrocher mes mezouzot !

Envoyez quelqu’un immédiatement !

On lui communique le numéro du Rav Azoulay de Levallois. Il lui promet de passer après ses cours.

A vingt-deux heures trente, il arrive, décroche toutes les mezouzot sauf une. Et il lui suggère d’écrire au Rabbi pour demander une bénédiction.

Le dimanche suivant, le Rav Azoulay raccroche les mezouzot chez Sara.

- La mezouza de votre chambre avait un mot effacé : LEV, « le cœur », équivalent au chiffre 32.

C’est ainsi que dimanche soir, Sara s’endort dans une maison aux mezouzot cachères.

Lundi soir, à vingt heures, le professeur Fermont appelle en personne.

- Madame, je sors d’une réunion avec quatorze médecins. Sur toutes les vidéos de votre bébé, il n’y a plus aucune trace d’anomalie ! On la retrouve seulement sur les clichés imprimés.

Venez demain matin à huit heures !

Remplie d’angoisse, Sara se retrouve à l’heure dite, au boulevard Brune, sans bien savoir ce qui l’attend. Le professeur lui refait passer tous les examens. Et là…plus rien ! Plus d’anomalie, juste un petit trou dans la valve.

- Qu’avez-vous fait ? questionne le professeur devant toute son équipe.

- J’ai changé mes mezouzot…nous sommes juifs et…

- Pourquoi ne pas me l’avoir dit avant ? Il n’y a plus rien, c’est un miracle ! (Le professeur Fermont est juif !)

Par précaution, Sara doit passer, tous les quinze jours, une échographie de contrôle, et ce jusqu’à la naissance. Elle est prévue à l’hôpital Necker, assistée par une équipe de médecins spécialisés (cardiologue et bien sûr, le professeur Fermont).

Le petit Sacha Fradji ‘Hay est né le 3 Iyar, il y a onze ans. Il a subi toute une série d’examens de contrôle. Juste un petit trou dans la valve reste à surveiller.

La Brith Milah est un tout petit peu retardée. Et puis, pas de plongée sous-marine, mais c’est tout !

Jusqu’à l’âge de huit ans, le professeur Fermont assure le suivi de l’enfant.

Quand Sacha atteint dix ans et que Sara appelle pour prendre rendez-vous, on lui annonce :

- Le professeur Fermont a pris sa retraite mais vous pouvez voir le professeur Ledudois.

Pourquoi pas ?

Sara se crispe. Pendant le doppler, elle tremble.

Le professeur entreprend l’examen en profondeur. Puis s’adressant à Sacha, force lui est de reconnaître :

- Ta maman avait raison. Il n’y a plus rien. Et même le trou s’est rebouché ! Prochain contrôle : à soixante ans !

- Et vous, vous ne serez plus là ! lance

Sara, soulagée.

TA MAMAN AVAIT RAISON.

IL N’Y A PLUS

RIEN...

PROCHAIN

CONTRÔLE : À 60 ANS !

Sara se rend avec Sacha et sa maman au rendez-vous.

- Alors ? Où en est-on de l’anomalie d’Epstein ?

- C’est fini ! Il n’y a plus rien.

- Et bien moi, je suis persuadé du contraire ! affirme le médecin.

Ces événements ont rapproché la famille de ‘Habad. Sa tante et plusieurs membres de la famille sont devenus ‘Habad. En mars 2018, Sara et sa famille (entre temps elle a eu une petite fille) se rendent au Ohel du Rabbi. Elles interrogent ses enfants sur ce qu’ils veulent demander au Rabbi.

- Nous voulons entrer dans une école juive !

Et de fait, Sacha et sa sœur fréquentent une école juive depuis septembre.

Comme l’exprime Sara, avec une sincérité touchante :

- Je progresse doucement. Bientôt sa Bar Mitsvah, si D.ieu veut. Je voudrais me couvrir la tête Chabbat.

Voilà ! La mitsvah de la mezouzah continue d’écrire de bien belles histoires !

TÉMOIGNAGE RUTH

J’aimerais partager avec vous l’expérience qui m’a amenée à accompagner une femme au Mikvé pour une unique fois.

Nous l’appellerons Ruth.

Lorsque nous nous sommes rencontrées, Ruth venait de décider d’observer les mitsvot de la Cacherout et du Chabbat. Sa bonne volonté pour aller au Mikvé était constamment mise à l’épreuve par différents empêchements qui survenaient les uns après les autres. Son dernier challenge consistait en une pneumonie.

Lorsque la situation sembla s’améliorer, je m’aperçus que nous n’avions jamais parlé des cinq jours de séparation. Ruth avait appris ces hala’hot (lois) avant notre première rencontre mais nous n’en avions jamais discuté. J’hésitais donc à lui demander si elle avait pu les appliquer. J’essayais de me convaincre en me disant que, dans sa situation, cela ne s’appliquait sûrement pas.

Alors que mon Yetser Harah (mauvais penchant) faisait son travail, le téléphone

sonna : c’était une amie Balanit (dame chargée du Mikvé) qui habitait en dehors de la ville.

Je lui confiai mon dilemme ce à quoi elle me répondît :

« Cette femme est probablement liée à la mitsva si spéciale du Mikvé, pourquoi ne pas l’inciter à mieux la mettre en pratique ? »

Alors, je pris mon courage à deux mains et appelai Ruth. Sa réponse fut la suivante :

« Oui, nous avons respecté les cinq jours, je me demandais justement pourquoi tu ne m’en avais pas parlé ! »

À la fois soulagée mais un peu gênée, je pus confirmer sa date de Hefsek Tahara et fixer avec elle une date d’immersion.

Nous nous sommes organisées pour visiter le Mikvé à l’avance. Ruth en fut impressionnée et se sentit bel et bien prête.

La date de Mikvé que nous avions programmée approchait mais un nouveau problème surgit. Il s’agissait d’une opération

des gencives qui nécessitait des points de suture. Puis à nouveau, Ruth souffrit d’une pneumonie. Tout cela causa plus de retard encore. Nous avions largement dépassé la date et je commençais à perdre espoir.

Je repris courage en écoutant une cassette du Kinous Hashlou’hot , (Congrès International des Femmes Émissaires du Rabbi) concernant l’importance d’aller au Mikvé pour les femmes déjà ménopausées, ne s’y étant jamais rendues auparavant.

Une seule Mitsva peut faire pencher la balance !

J’appelai ma nouvelle amie et après avoir confirmé que tous ses points de suture étaient retirés, j’insistai pour que nous y allions immédiatement.

« Qu’en est-il de la pneumonie ? » me demanda-t-elle.

Je pris mon courage à deux mains et je lui répondis que cette mitsva ne ferait qu’améliorer son état et sa réponse positive jaillit sur le champ.

Juste avant qu’elle ne rentre se préparer, je dis au revoir à Ruth. Une fois sortie du Mikvé , elle serait une femme nouvelle.

Ce fut un moment rempli d’émotion pour nous deux.

Alors que je patientais dans la salle d’attente, je lus des articles relatant l’impor-

tance du Mikvé. J’étais encore plus inspirée par la continuité de cette belle mitsva qui nous a été transmise de génération en génération, jusqu’à aujourd’hui.

Je pouvais ressentir physiquement des forces particulières.

En ce qui concerne Ruth, je ne m’attendais pas à ce qu’elle me fasse un compte-rendu enchanté. L’eau l’effrayait, prendre une douche était un exploit pour elle.

Je me souvins des mots de la Chlou’ha dans cette cassette, où elle déconseillait d’enseigner aux femmes que le Mikvé serait une merveilleuse expérience pour elle, peut être que non....

À vrai dire, cela ne le fut pas pour Ruth.

Mais elle avait simplement fait ce qu’elle devait faire, elle était une femme juive qui avait accompli la mitsva du Mikvé .

Pour moi, cette expérience fut magnifique.

Par le mérite des femmes justes ainsi que le travail des émissaires du Rabbi, puissions-nous mériter la Rédemption maintenant NOW !

Si j’ai pris l’initiative d’écrire cet article, c’est pour encourager chacune à motiver une autre femme à aller au Mikvé, surtout quand en une seule fois, elle peut s’en acquitter pour toute la vie, vu son effet rétroactif !

Une femme juive

‘HI NOU ’H

> Leçons de vie

> L’adolescence

> L’addiction au smartphone

Leçons de vie

Dina Gorkin

Il est parfois intéressant de rappeler des conseils simples, évidents et remplis de bon sens comme ceux de Rav A. E. Greene transmis à et par sa fille.

SUR LA SANTÉ

Lavez-vous toujours les mains avec du savon quand vous arrivez chez vous et surtout avant de prendre dans les bras un petit bébé ou avant de préparer de la nourriture pour votre famille. C’est tellement et dangereusement facile d’attraper des bactéries et de transmettre une maladie à votre famille.

Se laver les mains avec du savon est un acte simple et indolore qui peut préserver de bien des maux à la maison.

Mon père était tellement attentif à cela que quand il rendait visite à ses enfants et qu’il constatait que le niveau du flacon de savon était trop bas, il se précipitait au magasin et revenait avec un flacon tout neuf !

SUR LES TÂCHES DE LA MAISON

Faites toujours votre lit le matin. Des habits peuvent être éparpillés partout dans une chambre à coucher mais si les lits sont faits, la chambre paraîtra mieux rangée et cela vous donnera un élan pour la ranger complètement.

Demandez-vous combien de temps cela vous demande.

Quand vous devez affronter une tâche apparemment difficile comme débarrasser la table après un grand repas, comptez combien de temps cela vous demande. Vous allez probablement être surprise par la brièveté du travail. Et la prochaine fois, ce même travail vous paraîtra bien moins difficile parce que vous savez que cela ne vous prend que quelques minutes !

SUR LA CONFRONTATION

« Que cela glisse sur toi » est une expression que j’ai beaucoup entendue dans ma jeunesse. Si l’un de mes frères et sœurs faisait quelque chose pour m’agacer ou si une camarade de classe n’était pas très gentille, la tactique de mon père m’aidait beaucoup. Tout en reconnaissant que quelque chose pût être difficile à tolérer, il adhérait à la théorie que l’on peut toujours s’élever au-dessus des petits ennuis de la vie. « Laisse ces problèmes glisser sur toi, disait-il. Rends-toi imperméable ! »

C’est une stratégie indémodable !

SUR L’IMPORTANCE DE SE RAPPELER

Écrivez. On voyait rarement mon père sans son petit carnet et un stylo. Cela tenait au fait qu’il n’avait pas une bonne mémoire pour les détails et avait peur d’oublier quelque chose d’important, au cours de sa journée chargée.

Quand je suis devenue parent, j’ai découvert que j’avais le même problème. Mon père m’a conseillé : « Achète-toi un carnet et note ! »

Il avait une partie : « à faire », une partie pour les informations qu’il voulait conserver, une partie pour ses responsabilités professionnelles et une partie pour ses responsabilités domestiques. Chaque fois qu’il pensait à quelque chose à faire, il ouvrait son carnet et l’écrivait dans la partie appropriée. Depuis que j’ai commencé à faire la même chose, mes enfants ont leurs affaires scolaires plus rapidement, les vêtements sont récupérés chez le teinturier avant Chabbat et les membres de la famille reçoivent mes vœux de « bon anniversaire » à temps.

Ayez à la maison un endroit réservé pour les choses à emporter. Avec le chaos du matin ou la précipitation lors des sorties familiales, il est inévitable d’oublier quelque chose. Cela sert d’avoir ce petit coin où vous mettez les affaires dont vous aurez besoin, au moment où vous vous en rappelez. Au moment de la sortie, si ce coin est proche de la porte, vous butterez dans ce « tas » et vous serez obligée de ne pas oublier de prendre le nécessaire.

SUR LA NOURRITURE

Habituez vos enfants à manger des aliments qui stimulent l’appétit. Mon père aidait les « mauvais mangeurs » de la famille à augmenter leur ration en leur offrant des petits extras qui rendaient le repas plus appétissant. Il donnait des olives, des cornichons et d’autres condiments qui rendaient plus attrayant un triste plat de pâtes au fromage. Il ne forçait personne à manger. Ça, c’était le travail de ma grand-mère !

Donnez de très petites portions. Le dimanche matin, on prenait toujours un grand petit-déjeuner. Mon père coupait nos toasts en tout petits triangles et nous mangions probablement l’équivalent de trois tartines chacun. Si les tranches avaient été entières, il est fort probable que nous en aurions difficilement terminé une seule. Il est important de se rappeler de donner aux enfants leur nourriture, et tout le reste, dans des portions qu’ils peuvent prendre dans la main. De cette façon, il est sûr qu’ils mangeront et digèreront de plus grandes quantités d’aliments.

SUR LA CONSIDÉRATION

Ne faites pas durer une plaisanterie plus de trente secondes. Mon père appréciait toujours une bonne blague et il riait certainement plus fort et plus longtemps que tout le monde, tant que cela ne se faisait pas à l’encontre des sentiments de quelqu’un.

Si vous voyez un obstacle, enlevez-le. Mon père prenait très au sérieux la mitsvah de lifné iver, « devant un aveugle ». Très souvent, alors que nous nous promenions, il s’arrêtait pour ramasser sur le trottoir une bouteille cassée ou une branche d’arbre. « Quelqu’un peut se faire mal si on ne l’enlève pas ! », disait-il, en veillant à ce que nous soyons conscients de l’exemple qu’il donnait.

Avertissez votre enfant quand vous allez lui retirer quelque chose des mains. Mon père n’était pas un psychologue pour enfants mais il comprenait que cela fait partie de la nature humaine d’être déçu lorsque l’on doit abandonner quelque chose auquel on tient. Il nous avertissait : « encore cinq minutes de jeu », « tu lèches ta glace encore trois fois et nous partons… », « tu descends encore une fois sur le toboggan et nous rentrons à la maison ». Il sentait que la déception de l’enfant devant abandonner quelque chose d’agréable est allégée quand cela ne survient pas brutalement. Cela donne aussi à l’enfant un plus grand sens de contrôle sur soi quand il sait à quel moment son activité va cesser et cela lui permet de savourer les derniers moments de son jeu, de sa friandise.

SUR LA SÉCURITÉ

Ne jamais, jamais laisser un enfant sans surveillance dans une voiture ou ailleurs quand vous entrez dans un magasin.

Surveillez que les doigts ne soient pas dans les portes et les fenêtres.

J’ai le souvenir vivace de mon père saisissant quatre ou cinq crayons et refermant sur eux la porte pour nous montrer ce qui arrive quand quelque chose s’y glisse !

Quand vous traversez la rue avec les enfants, faites-le toujours quand le passage est au vert pour les passants (même s’il n’y a pas de voitures) pour leur enseigner les règles de la sécurité routière. S’il l’avait pu, mon père aurait probablement passé plusieurs heures par jour, au coin des rues, pour apprendre aux enfants à traverser correctement ! Il était terriblement frustré lorsqu’il voyait quelqu’un se mettre en danger physique en traversant sans faire attention.

Faites attention devant les escaliers.

Tenez-vous éloignés de scènes d’incendie ou d’accident.

Regardez le conducteur dans les yeux quand vous traversez devant une voiture.

Ne buvez rien de chaud quand vous avez un enfant sur les genoux.

Et écoutez toujours vos parents : ils sont plus âgés et plus sages. Ils savent ce qui est le mieux pour vous !

MAIS OÙESTPASSÉ MON ENFANT ?

Reb.RuthShaingarten

Quand avez-vous eu, pour la dernière fois, un adolescent ou une adolescente à la maison ?

Vous souvenez-vous de cette nouvelle robe qu’elle devait avoir ? Et le lendemain, vous avez retrouvé cette robe, roulée en boule, sous le lit ! « Quel est le problème ? » vous êtes-vous demandé. Et quand vous l’avez interrogée à ce sujet, soit elle a éclaté en sanglots, soit elle vous a jeté un regard noir et est sortie de la pièce en courant !

Vous souvenez-vous de ce nouveau séfèr (livre) qu’il devait avoir ? Une semaine plus tard, il avait disparu et personne ne pouvait mettre la main dessus. « Quel est le problème ? » vous êtes-vous demandé.

Et quand vous l’avez interrogé à ce sujet, il vous a fait savoir que vous étiez surprotectrice et que vous n’aviez pas confiance en lui pour prendre soin de ses propres affaires.

Que s’est-il passé avec vos gentils et obéissants enfants, toujours ouverts et prêts à partager avec vous tous leurs soucis et toutes leurs joies ?

Où sont-ils partis ? Et qui sont ces étrangers qui habitent à présent chez vous et les remplacent ?

Tout à coup, vous remarquez un comportement bizarre et impulsif chez votre enfant et vous vous demandez quelle en est la cause. Vous êtes stupéfaite et décontenancée. Vous aimeriez bien résoudre la charade mais votre enfant est sur la défensive quand vous

le questionnez ou bien il est excessivement sensible et il coupe court à toute communication.

Comment vous aider et aider votre enfant ?

Tout d’abord, il nous faut comprendre ce qui se passe. Notre enfant, si empressé à faire plaisir à ses parents et à ses professeurs, a maintenant changé de cible, pour ainsi dire. C’est le groupe de ses pairs, les amis de son âge, qui sont les plus importants. Il n’est plus un enfant (malgré le fait qu’il demande à être « servi sur un plateau d’argent »), il n’est pas encore un adulte (bien qu’il en réclame tous les droits et les privilèges). Il est dans un « no-man’s land ». Il a besoin de se « trouver lui-même », de savoir où le conduit son cheminement dans la vie. Il découvre toutes ses forces et toutes ses faiblesses.

A la fin de ce processus, il va finalement émerger en une personne, remplie de qualités uniques. Mais voilà que le chemin qu’il s’est assigné pour lui-même ne semble pas être accepté par ses amis et/ou par les adultes qui l’entourent. Il lui semble que ce monde qu’il s’est construit si laborieusement s’écroule comme un château de cartes.

Si nous arrivons à comprendre le tumulte qui gronde dans nos jeunes, nous serons dans une position où nous pourrons les aider à passer à l’âge adulte, plus en douceur et avec moins de heurts. Nous saisirons pourquoi la robe si désirée est froissée : elle n’a pas suscité la reconnaissance tant espérée

auprès des amies. Peut-être qu’une fille de la classe a déclaré que les couleurs n’étaient pas assorties ou a fait une autre remarque du même type (ce qui est typique chez les adolescentes) et notre enfant en est très affectée. Elle prend cette remarque pour un rejet total de sa personnalité. Son monde s’écroule. La robe froissée est le symbole de ce qu’elle voudrait se faire à elle-même et montre à quel point elle se sent brisée.

Pourquoi ne peut-elle pas partager tout cela avec sa mère qui la réconforterait ? Parce qu’elle ne pense pas que sa mère comprendrait pourquoi elle se sent si abattue. Maman dirait probablement : « Et alors ? ». Elle ne comprendrait pas pourquoi le fait d’être inconditionnellement acceptée des autres, et tout particulièrement de ses amies, est si nécessaire dans l’acceptation de soi de l’adolescent.

La mère a-t-elle oublié comment elle se sentait elle-même quand elle avait l’âge de sa fille ou bien certains adolescents ont-ils un passage plus facile à l’âge adulte ?

Mais c’est précisément au moment où notre enfant est si sensible et où son humeur peut être si facilement affectée que sa vie le met face à des amis (à l’école, à la synagogue…), qui eux-mêmes ne savent pas encore comment tenir compte de ce que les autres peuvent ressentir.

Cela peut être extrêmement difficile !

Comment les aider ? En prenant conscience que le tumulte extérieur, visible, reflète une insécurité intérieure qui, espérons-le, ne va pas durer. En faisant savoir à notre enfant que nous comprenons ce qu’il ressent.

Cela ne signifie pas pour autant que nous devons tolérer tout ce qu’il fait. Bien au contraire : tous les enfants sont sécurisés par de fermes limites, à plus forte raison les adolescents. A un moment où il lui est difficile de se contrôler, nous devons l’y aider en établissant les lignes directrices, très clairement définies et très fermes, de ce que nous considérons comme un comportement acceptable. Cela, associé à la prise de conscience que notre enfant traverse un passage transitoire, nous donne la force de ne pas nous effondrer avec lui.

Un dicton dit : « tout comprendre ne signifie pas tout approuver ». Il est bon de se laisser guider par ce principe. Nous devons comprendre pourquoi notre enfant adopte une telle attitude mais cela ne veut pas dire que nous devons le laisser faire.

Comment transmettre ce message à notre adolescent ?

La première étape consiste à rester calme, détendue et à garder son contrôle. Si notre humeur, notre colère ou notre désespoir nous dominent, nous allons dire ou faire ce qui ne convient pas. Si nous pouvons reculer d’un pas et prendre une distance émotionnelle par rapport au problème, nous serons

mieux à même de réfléchir plus raisonnablement et de parvenir aux bonnes réponses.

S’en vouloir, se blâmer, avoir des attentes irréalistes ne fera que susciter la colère, des sentiments de culpabilité, d’autojustification et de déception.

Demandons-nous comment nous agirions si c’était l’enfant de notre voisine qui se comportait ainsi. Il est sûr que nous garderions bien plus notre calme, que nous serions raisonnablement détachées. Nous aurions de la compassion et serions capables de donner de bons conseils, de façon amicale. Nous pourrions dire à l’enfant de notre voisine jusqu’où il peut aller et ce qu’il peut faire, et ne pas faire, dans notre maison. Nous pourrions lui fixer des limites, sans le faire de façon brutale ou autoritaire.

Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’avoir une telle attitude avec nos propres enfants ?

Parce que, bien souvent, nous sommes trop anxieuses et démesurément préoccupées, parce que

nous

présageons le pire pour son avenir. Au lieu de voir un passage transitoire, nous entrevoyons un futur terrible pour un enfant terrible. L’enfant le ressent et inconsciemment fait tout ce qu’il peut pour réaliser cette prophétie. Il ressent qu’on voit en lui « l’ennemi », l’échec, la déception. Et donc, à son tour, il nous perçoit comme « l’ennemi » auquel on ne peut pas faire confiance.

Ce dont il a réellement besoin, c’est de voir en nous « l’ami » qui veut et est prêt à combattre à ses côtés cet « ennemi » intérieur et ce tumulte qui le ronge.

L’addiction au Smartphone faire face au défi

D’après une conférence à Oholei Torah, 21 Octobre 2018, avec la permission de l’auteur.

Il y parle beaucoup des ba’hourim (jeunes étudiants des écoles et yechivot) mais ses propos concernent tout un chacun.

Je suis ici pour vous parler d’un défi auquel notre jeunesse doit faire face. C’est un défi contre lequel les ba’hourim se démènent. C’est un défi contre lequel les ba’hourim se battent et BH, les ba’hourim l’emportent.

Mais c’est également un défi qui nous concerne tous et j’espère que nous acquerrons les outils pour savoir comment s’y prendre.

DISSIPER LES MYTHES

Tout d’abord, je voudrais dissiper certains mythes sur les dangers du smartphone. Le premier affirme que c’est un problème d’adolescents. Mais cela ne concerne pas seulement les adolescents. Nous nous battons tous contre une utilisation inappropriée des smartphones et des réseaux sociaux. En tant que parents, nous avons un certain contrôle sur l’utilisation qu’en font nos enfants, si bien que ces propos porteront sur la manière d’exercer au mieux cette responsabilité qui est la nôtre à leur égard mais je pense que si nous pensons que ce n’est un problème que pour nos enfants, nos efforts n’aboutiront pas. Il nous faut reconnaître que c’est un problème pour nous tous. Nous sommes tous susceptibles d’être sous l’emprise des smartphones, d’internet et des réseaux sociaux.

Je suis thérapeute et je travaille avec les ba’hourim Loubavitch et avec les couples, à la fois chlou’him (émissaires du Rabbi) et non chlou’him. Malheureu-

sement le taux de divorces dans notre communauté est passé d’environ 1 à 2% à 15% ou plus. Hélas, un problème récurrent qui conduit au divorce est l’infidélité… avec le téléphone. Les gens ont développé une dépendance à leur portable et en deviennent déloyaux. J’ai travaillé avec de nombreux couples et j’ai très souvent rencontré ce problème.

Un autre mythe veut que ce soit un problème ‘ habad ou un problème juif.

Je travaille également comme thérapeute dans d’autres communautés et c’est un problème que je rencontre où que j’aille. J’ai des patients qui sont ministres du culte et d’autres qui n’ont aucune affiliation religieuse. Nous nous battons tous avec cette dépendance.

Bien sûr que lorsque nous concentrons notre éducation al taharat hakodèch (sur des valeurs saintes), le problème que cela suscite s’en trouve exacerbé.

UN PROBLÈME RELATIONNEL

Commençons par le commencement. A sa racine, la dépendance au smartphone est un problème relationnel. John Bowlby est un psychanalyste célèbre pour sa « théorie de l’attachement ». Il a découvert que toutes les créatures vivantes ont un besoin biologique fondamental de relation. C’est un outil de survie pas moins important que boire ou manger. Les enfants élevés dans des orphelinats, où l’on subvient à leurs besoins physiques mais où l’on ne montre ni chaleur ni affection, ne

grandissent ni ne se portent pas aussi bien que les autres enfants.

Les animaux eux-mêmes manifestent un besoin de s’attacher et d’établir des relations.

Chaque enfant ressent un besoin essentiel d’être aimé par ses parents. En grandissant, nous désirons être aimés et acceptés par nos pairs. Quand un ba’hour mûrit, il apprend à établir une relation avec Hachem et, plus tard, avec son épouse, ses enfants, ses petits-enfants, ses élèves, etc. Mais la base de ces relations futures réside dans l’attachement que nous avons, jeunes enfants, avec nos parents.

C’est le désir d’établir une relation qui attire les enfants vers le smartphone. Malheureusement, trop d’enfants luttent

contre la solitude. Nous n’en prenons pas toujours conscience parce que, en général, nos enfants grandissent dans des familles nombreuses et nous en déduisons qu’ils sont en bonne compagnie. Il se peut également qu’eux-mêmes ne soient pas capables de formuler le fait qu’ils se sentent seuls.

J’ai quitté le foyer familial à l’âge de treize ans, pour aller à la yechivah et depuis lors, je n’ai pas eu de relation étroite avec mes parents. A l’époque, je ne réalisais pas que je manquais de quelque chose. Nombre de mes camarades suivaient le même parcours. Les enfants en chli’hout quittent souvent la maison très jeunes, pour les besoins de l’éducation. Ceux qui ressentent ce manque de communication peuvent se tourner vers leur smartphone, pour

combler ce manque. Le portable devient alors leur meilleur ami.

Un portable est un meilleur ami que quiconque. Il est toujours là et vous donne toujours ce que vous lui demandez. C’est distrayant, amusant et instantané. Il n’a aucune attente de votre part et ne réagit jamais violemment. Quand vous passez beaucoup de temps avec lui, vous n’avez pas besoin de travailler très dur pour entretenir une relation. Il n’a aucune attente, aucune rancœur si vous vous comportez mal. Et même lorsque vous interagissez sur les réseaux sociaux, vous pouvez choisir, filtrer ou modifier les photos de vous, afin de n’offrir que l’image la plus positive. Vous contrôlez totalement ce que vous montrez à l’extérieur et c’est un sentiment de puissance extrêmement addictif.

Quand les enfants commencent très jeunes à circuler dans les réseaux sociaux, ces modes de relation s’installent avant même qu’ils n’aient pu comprendre ce qui leur arrive. Bien souvent quand arrive l’âge du mariage, ils ne savent pas vraiment comment construire une véritable relation. Ils ont toujours à leur portée leur portable qu’ils trouvent plus amusant et attirant. Combien de jeunes gens et de jeunes filles s’excusent-ils, au milieu d’une rencontre, pour aller vérifier leurs messages dans un lieu discret ?

Le portable ne laisse de place pour rien d’autre.

Je sais que je suis bien plus dépendant de mon téléphone que je ne voudrais l’être. A la fin de la journée, quand j’enlève mes oreillettes, c’est comme si je libérais un chien de sa laisse ! Il contrôle ma journée et il me contrôlait moi-même beaucoup plus avant que je ne décide d’opérer des changements. Et je peux honnêtement avouer qu’il m’est arrivé d’utiliser mon portable de façon inappropriée. Je ne suis pas gêné de le reconnaître en public parce que j’ai pris ma leçon de l’expérience et maintenant, j’utilise des filtres. Si telle est notre

combat, il ne fait aucun doute que c’est aussi celui de nos enfants.

PAS POUR LEURS YEUX

Ajouter un autre élément au problème.

L’utilisation du portable est un moyen pour les enfants de se connecter les uns avec les autres. Pour les filles, il se peut que ce ne soit qu’une connexion sociale. Mais pour les garçons, cela peut réveiller des attirances qu’ils ne comprennent pas et dont ils ne savent que faire. Ils

risquent de perdre l’aptitude à faire les bons choix. Il est inévitable que viendra un moment où ils seront exposés à quelque chose d’inconvenant. Et une fois que c’est fait, cela ne peut être défait !

Je veux insister sur le fait que le problème avec le smartphone ne se pose pas uniquement par rapport aux contenus inappropriés. Il est toujours addictif. Mais aussi particulièrement dangereux.

Quand un enfant est exposé pour la première fois à des contenus inappropriés, c’est une expérience traumatisante. C’est quelque chose que son mental est incapable de gérer. Cela affectera sa vision des relations pour la vie entière. J’ai vu de nombreux jeunes gens et jeunes filles qui ont interrompu leur dépendance à internet et au smartphone mais qui sont encore troublés, même mariés, à cause du contenu auquel ils ont été exposés.

Il suffit d’une fois pour qu’un enfant fasse une erreur et soit confronté à un contenu impropre. Le cas échéant, il est fort peu probable qu’il aille en parler à ses parents. Une fille ne va pas avouer qu’elle discute avec un garçon.

La gêne et la honte vont les bloquer et vont produire de l’anxiété. Ces enfants vont alors chercher à se soulager de ces sentiments et cela les renverra à leur téléphone. C’est un cercle vicieux où l’utilisation du portable crée une tension qui ne peut être soulagée que par… le portable !

UNE RELATION

AVEC VOTRE TÉLÉPHONE

J’ai mentionné plus tôt qu’être dépendant de son portable, c’est comme être marié à son portable. Il y a une base biologique à tout cela. Il existe une hormone : l’ocytocine qui est libérée lorsque l’on ressent une forte émotion. Quand une maman allaite son bébé, elle libère de l’ocytocine. Une bulle invisible les entoure tous les deux. Toutes les situations émotionnelles ont cet effet.

Et la recherche a découvert que les personnes profondément attachées à leur smartphone libèrent cette hormone.

Quels sont ses effets ? Elle crée un lien entre deux personnes. Quand une maman libère de l’ocytocine durant l’allaitement, cela renforce son lien avec son bébé et la rend protectrice à son égard : elle le défendra toute la vie. L’ocytocine reste longtemps dans le sang et son impact perdure même après qu’elle est partie.

Nos enfants libérant de l’ocytocine créent un lien avec leur téléphone. Une fois ce lien établi, le rompre, c’est comme divorcer.

Les scientifiques ont mené une expérience avec des souris pour montrer la puissance de l’ocytocine. On a mis deux souris dans une cage et on leur a donné de l’ocytocine. Quand le chercheur mettait sa main dans la cage, elles la griffaient et la mordaient, parce qu’elles

ne voulaient pas qu’un intrus viennent interférer dans leur relation. Une fois l’ocytocine évacuée, le chercheur pouvait tranquillement mettre sa main dans la cage sans être touché.

Vous avez peut-être observé que, quand vous essayez d’enlever le portable à votre enfant, il a une réaction extrême, il crie et se déchaîne comme si on lui arrachait son enfant. Et c’est effectivement comme cela qu’il le vit dans son cerveau. C’est une réponse physiologique contre laquelle il ne peut rien. Il est lié à son téléphone à un âge où il ne comprend strictement rien à sa puissance. Quand nous utilisons notre portable, nous provoquons immédiatement une réaction chimique . Cela suscite une impulsion dans notre circulation sanguine. Cela ne se produit pas lorsque nous étudions !

Je travaille dans une clinique à Chicago avec des patients non-Juifs. Ils m’ont raconté qu’un des lycées de Chicago a récemment reconnu que le problème des portables était aussi sérieux que celui de l’alcool et des cigarettes. Ils ont banni les smartphones de l’établissement. Ils ont installé des détecteurs de métaux et les élèves doivent déposer leur téléphone avant de rentrer sur le campus. C’est donc bien un problème pour tout le monde.

L’un des ingénieurs de Facebook, Justin Rosenstein, est celui qui a développé le bouton « Like ». Il a récemment annoncé qu’il avait supprimé Facebook de son téléphone personnel à cause des soucis

de dépendance. Il a déclaré : « Il est très courant que les êtres humains développent des projets avec les meilleures intentions du monde et que surviennent des conséquences déplorables et inattendues ». De nombreux membres de l’exécutif à Apple, Google, Facebook, et d’autres compagnies de High Tech ont avoué qu’ils ne permettaient pas à leurs enfants d’avoir des smartphones ou d’utiliser les outils technologiques qu’ils avaient eux-mêmes inventés. Ils en ont reconnu les dangers. Ces ingénieurs ont payé beaucoup d’argent pour développer des applications addictives, dont nous avons du mal à détourner notre attention. Penser que nos enfants peuvent leur résister est une attitude naïve. Nous ne pouvons y résister et eux non plus, et tout particulièrement tard le soir, quand nous sommes fatigués et relâchons notre autocontrôle.

MON ENFANT COURE-T-IL DES RISQUES ?

Avant de m’adresser aux parents, ce soir, j’ai parlé de ce sujet aux jeunes gens. Après mon discours, un gentil garçon de seize ans s’est approché et m’a dit : « Je ne comprends pas pourquoi vous dites que le smartphone est tellement addictif. A la maison, nous avons des smartphones et un ordinateur. Je vais online et je me sers de Otza Hasefarim, (une base de livres de Torah), et j’éteins l’ordinateur. Je ne suis pas du tout dépendant. »

Mon cœur s’est épanché pour ce jeune homme. Il disait la vérité ! Il ne se considérait pas du tout dans une situation à risque.

« Y a-t-il un filtre sur l’ordinateur de tes parents ? » lui ai-je demandé.

« A la maison, il y a une tablette sans filtre mais je ne l’utilise jamais. »

Ce jeune homme est tamim , pur, gentil, sincère. Tout ce que doit être un ba’hour. Mais j’entends la même histoire chez tous les jeunes gens et jeunes filles avec qui je m’entretiens. Ils commencent tous aussi doux et innocents que lui. Mais ils ne réalisent pas tout ce qui se cache là-bas. Un adolescent ou un adulte peut se servir de l’ordinateur avec la meilleure des intentions mais un jour, ils rencontrent ce qu’ils n’auraient pas dû rencontrer et les voilà engagés sur un chemin dangereux.

Je ne peux vous dire le nombre de personnes m’ayant déclaré :

« Je suis dépendant de mon téléphone. Je ne peux m’en séparer. Et je finis par me connecter à des sites que je n’aurais jamais voulu connaître ! »

Cela commence avec une base de sefarim mais cela ne s’arrête pas là-bas. Les gens pensent utiliser leur portable pour étudier ‘ Hitat . Mais ce n’est pas ce qu’ils font. Utiliser son téléphone procure du plaisir. Ils ont une envie inconsciente de ressentir ce plaisir et de s’y attacher. Et ils ne peuvent plus s’arrêter et ne peuvent le reconnaître.

De nombreux

membres de l’exécutif à Apple, Google, Facebook, et d’autres compagnies de High

Tech ont avoué qu’ils ne permettaient pas à leurs enfants d’avoir des smartphones

Nous vivons dans un monde où tout le monde possède un portable. C’est un fait. Et ils ne vont pas s’en aller pas plus que les ordinateurs. Nous sommes devenus dépendants de cette technologie pour payer nos factures, faire nos courses et pour bien d’autres utilisations. Et l’on ne peut entièrement se passer de la technologie.

Nos enfants sont plus au courant et plus connectés que nous. Ils peuvent nous en apprendre beaucoup. Mais nous devons être extrêmement prévoyants et exercer notre contrôle pour les empêcher d’avoir accès à ce qu’ils ne

devraient pas voir. Nous ne pourrons pas toujours les contrôler et viendra un jour où ils accèderont à ce qu’ils veulent mais nous pouvons au moins les protéger le plus longtemps possible !

Il n’y a aucune raison qui justifie qu’un enfant ait son portable personnel ou dans sa poche tout le temps. Je suis d’accord avec la politique de Oholei Torah qui interdit tous les smartphones aux ba’hourim .

Si vous permettez à votre enfant d’utiliser un portable pendant un temps limité, il faut qu’il y ait un contrôle parental

ainsi que sur les ordinateurs et tous les appareils connectés de la maison. Ce type de filtre existe.

S’IL-TE-PLAÎT ! METS UN FILTRE À MON TÉLÉPHONE !

Un jeune homme de vingt ans, fils d’un chalia’h célèbre, est venu dans mon bureau pour me demander de l’aider à briser son addiction au téléphone.

Cependant, il n’était pas prêt à y renoncer entièrement. Avec le temps, après que je lui en ai expliqué les dangers,

il s’est arrêté. Mais il continuait à se servir de l’ordinateur de la maison. Il m’a rappelé pour me supplier de demander à ses parents de mettre un filtre à l’ordinateur. J’ai parlé à son père qui m’a répondu qu’il le ferait, de ne pas m’inquiéter. Quelques semaines plus tard, le jeune homme m’a appelé à nouveau. Le filtre n’était pas en place et il recommençait à lutter contre cette addiction.

Un machpiah m’a confié que les garçons luttent désespérément si on essaie de bloquer leur accès. Mais une fois que l’on installe un filtre, il suffit de quelques semaines pour qu’ils viennent vous remercier. Ils veulent contrôler leur dépendance mais ils ne peuvent le faire d’eux-mêmes.

Votre enfant est-il dépendant ? Observez-le. Est-il irritable et n’a-t-il aucune patience quand il vous parle ? Est-il souvent fatigué ? Apathique ? Commence-t-il à dire : «je m’en fiche » à propos de beaucoup de choses ?

Dans son apparence extérieure, il peut paraître un enfant correct sous tous les aspects. Mais il a perdu son ‘ héchèk , toute son énergie étant aspirée par son portable. Être pendu toute la journée au téléphone ne lui laisse plus aucune vitalité, aucun intérêt pour quoi que ce soit, et assurément, pas de créativité et certainement pas plus de spiritualité. Même si, visiblement, il ne se révolte pas, à l’intérieur il n’est qu’une écorce vide. Les parents ne le savent pas car je suis tenu au secret professionnel et je

ne peux leur révéler ce que me confient les adolescents, lors des sessions où je les rencontre. Mais quand ils m’envoient leurs enfants, je fais de mon mieux pour les aider à parler à leurs parents et à leur décrire ce par quoi ils passent.

Je travaille avec des couples qui me disent qu’il n’existe plus aucune relation entre eux. L’un comme l’autre sont tellement absorbés par leur portable qu’ils ne prennent plus le temps de se parler voire de se saluer. Je le vois quotidiennement.

LES HABITUDES DE LA JEUNESSE

A la fin de la parachah Beréchit , le verset dit qu’Hachem regretta d’avoir créé l’homme : ki yétser haadam ra minéourav : « les inclinations d’une personne sont mauvaises depuis sa jeunesse ». Le Ohr Ha’hayim le commente en disant que les inclinations sont mauvaises minéourav, « depuis sa jeunesse », à cause d’habitudes formées quand il était jeune.

En quoi est-il responsable ?

Quand un ba’hour est plus âgé, il peut décider s’il veut ou s’il a besoin d’un téléphone. Mais il est impératif que nous protégions nos enfants. Certains appareils disposent d’un compteur qui permet aux parents de savoir combien de temps les enfants passent au téléphone, quels numéros ont été composés.

Ce type de téléphone a été développé dans le monde laïque après la prise de conscience des dangers de ces objets. Ils empruntent exactement le même chemin vers le cerveau que les cigarettes ou la cocaïne et sont autant addictifs.

Il nous faut donc agir quand nos enfants sont encore jeunes.

(…)

C’est une conversation que nous devons avoir avec nos enfants et non des paroles adressées à nos enfants. Ce n’est pas un sujet honteux. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas dignes de confiance. Personne n’est digne de confiance quand on en vient aux dangers de l’internet et des smartphones. Soyez honnêtes avec vos enfants et faites-leur savoir que c’est un combat que nous menons tous.

Montrez-leur que vous avez mis des limites à votre propre utilisation du téléphone. S’ils nous entendent parler de ses dangers et qu’ils nous voient le manipuler à chaque instant, ils en tirent la leçon que lorsqu’on est un adulte, on peut faire ce que l’on veut.

C’est un message erroné et dangereux que nous leur envoyons.

LIMITER LA CONSOMMATION

Il y a quelques années, un conseiller pédagogique m’adressa une patiente : une jeune fille adolescente, non juive. Quand je vins la chercher dans la salle

Donnez des limites à ne pas dépasser.

Limitez le temps d’utilisation

d’attente, je vis un père et sa fille, assis aux côtés opposés de la pièce, ne se regardant pas, ne communiquant pas. Ils étaient tous eux à leur téléphone. Je demandai : « Bonjour ! Lequel de vous est le patient ? » Le père leva les yeux une seconde, quand il eut fini d’écrire sur son portable, et dit : « Bonjour Docteur Shagalow, enchanté. C’est ma fille. » Pendant ce temps, la jeune fille continuait à texter, complètement indifférente à tout ce qui se passait autour d’elle. J’essayai d’entamer une conversation, mais il ne me fallut pas beaucoup de temps pour comprendre la nature du problème. Elle n’entretenait aucune relation avec ses parents. Je lui demandai : « Vous vous entendez bien

avec votre père ? » Elle répondit : « Oh oui ! Je m’entends très bien avec mes parents. » Je l’interrogeai sur ce qu’elle voulait dire par là. « Ils me laissent tranquille » fut sa réponse. Elle ne savait pas ce que signifiait avoir une relation. Elle n’avait aucune idée de ce qui lui manquait.

Je parlai avec elle, parlai à son père.

Dans cette famille, il n’y avait aucune communication. Chacun était occupé par et sur son téléphone. Aucun dialogue entre eux.

Voilà pourquoi nos enfants sont si attirés par leur portable. Il est vrai que les filtres peuvent empêcher l’accès à

des contenus inappropriés mais ils ne résoudront pas le problème.

Si nous voulons évoquer les dangers de l’utilisation des smartphones, il faut parler de la vie en général. Si nous ne parlons pas à nos enfants, si nous n’avons pas de conversations avec eux, ils vont rechercher une relation ailleurs. Commencez par aborder des sujets banals : « Comment s’est passée ta journée ? », « qu’est-ce que tu as envie de faire ? », etc.

Nous savons qu'ils sont assoiffés de communication, de moments de face à face. Il ne s’agit pas tant de la durée du temps que nous passons avec eux mais de la qualité de ce temps. Sortez-les, faites des activités avec eux et concentrez votre attention sur eux. Bavardez, posez-leur des questions, étudiez avec eux, jouez avec eux. Le temps et l’énergie que vous investissez pour eux représentent à leurs yeux tout l’or du monde. Ne laissez pas le téléphone remplacer une relation vraie. Il nous faut briser l’habitude et nous le pouvons.

Il se peut que nous soyons occupés du matin au soir à gagner notre vie pour garder un toit sur leur tête et des aliments dans leur estomac. Mais en dépit de toutes ces heures consacrées à leur bien-être, les enfants ne sont pas conscients de ce que nous faisons pour eux. Tout ce qu’ils savent est qu’ils ont besoin d’une relation avec quelqu’un et c’est ce qu’ils recherchent dans leur smartphone.

DES FRONTIÈRES SAINES

Donnez des limites à ne pas dépasser. Limitez le temps d’utilisation de l’ordinateur. Adressez-vous à des machpiim ou à des professionnels pour avoir une idée claire des limites à imposer. Si vous montrez aux enfants que tout le monde dans la famille fait des efforts pour améliorer la communication, ils ne le ressentiront pas comme des restrictions.

Il ne suffit que de quelques secondes pour entrer dans ce cycle infernal. Un ba’hour de dix-sept ans m’a raconté qu’il ignorait tout des smartphones. Il s’est rendu à un farbrenguen où le machpia a parlé du danger terrible que représentait leur accès illimité. Il est rentré chez lui et s’est assis devant l’ordinateur pour voir ce qu’il y avait de si dangereux. Il a très vite trouvé et c’est comme cela qu’il en est devenu dépendant. Certains enfants sont exposés au danger par un seul clic erroné qui les conduit sur le mauvais site.

BH, ce problème peut être traité. Commencez par les limitations. Ne ressentez pas que vous devez donner un téléphone à votre enfant parce que tout le monde en a un. Ici, dans le Minnesota, il est courant que les parents emmènent leurs enfants à la chasse. Mais aucun parent ne permettrait à son enfant de manipuler un fusil sans entraînement et surveillance constante. Même s’il y a un risque sur mille que quelque chose arrive, les parents ne prendraient jamais un tel risque.

Je n’ai que trop vu, depuis 1996 où j’ai commencé à exercer ma pratique, les dommages subis. J’ai vu des batailles, j’ai vu des mariages détruits.

Ne laissez pas vos enfants prendre des risques inutiles.

Quand ils partent de la maison, vous avez moins de contrôle sur ce qu’ils font mais tant qu’ils sont encore sous votre toit, vous devez prendre les mesures adéquates pour les protéger. Commencez dès maintenant.

Si votre enfant possède déjà un portable, vous devez entrer en scène et en prendre le contrôle et c’est très difficile.

Le premier pas consiste à vous assurer que votre enfant comprend pourquoi vous devez agir ainsi. La nature de ces objets est telle qu’ils repoussent tout le reste. Rien d’autre n’est intéressant, excitant pour eux. Il nous faut donc remplacer ces plaisirs par autre chose, par exemple une récompense substantielle s’ils y renoncent. Je connais un Roch Yechivah qui paye la véritable valeur du portable, 700 dollars, à ceux de ses étudiants qui y renoncent.

Si l’enfant a des difficultés d’apprentissage, si pour lui étudier est frustrant et difficile, il se tournera vers son téléphone parce que c’est plus facile et plus gratifiant. Trouvez alors les moyens de l’aider à surmonter ses difficultés (cours particuliers, aide à s’organiser, etc.) Il a besoin de ressentir qu’il réussit. Si vous

enlevez quelque chose, il faut remplir le vide par autre chose, quelque chose dans lequel il va trouver du sens et de la valeur.

Je voudrais conclure par quelques mots provenant d’un maamar du Admour Hazaken, Rabbi Chnéor Zalman dans Torah Ohr .

Il existe deux sortes d’épreuves : les mitsvot asséh (positives) et les mitsvot lo taasséh (négatives). Nous devons surmonter des défis en accomplissant les unes et les autres. L’épreuve des commandements positifs consiste dans le fait que tout le monde n’accepte pas de les accomplir. Tous ne sont pas intéressés par la prière ou par la mise des tefilines, par l’allumage des bougies de Chabbat à l’heure. BH, ces épreuves sont plus faciles à surmonter aujourd’hui. De nombreuses personnes ressentent plus intensément leur Judaïsme et sont désireuses de les observer. Rabbi Chnéor Zalman dit que le but des mitsvot asséh est de révéler l’Elokout, la Divinité, dans le monde et dans ce domaine, nous réussissons.

Mais l’épreuve des mitsvot lo taasséh n’est pas de révéler la Divinité mais de montrer que le monde n’a pas de metsiout (réalité avérée). Et celles-là sont plus difficiles à accomplir. Quand nous renonçons à quelque chose que nous désirons pour D.ieu, nous démontrons que cela n’a plus aucun pouvoir sur nous. Et c’est cette bataille que nous devons mener tous les jours.

Neché Oubnot ‘Habad

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