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Maison Juive N° 12

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Maison Juive La

n°12

SOMMAIRE

5 Éditorial

7 La lettre du Rabbi

11 « Et la mort disparaîtra à jamais »

16 Quand le péché devient une qualité

22 Mrs Mozart, Viktor Frankl et le Rabbi

35 Elles racontent…

47 Le Rabbi et Elie Wiesel

50 Vie Quotidienne

58 Préparer vraiment un mariage

70 La lettre

ÉDUCATION

75 5 manières d’aider vos enfants à traverser les crises

90 Quelques instantanés. Le Rabbi et les enfants

La Maison Juive est une publication trimestrielle éditée par “La Régie Lamartine” : 102 Av. des Champs-Elysées - 75008 Paris

Directeur de la publication : Y. Benhamou

Graphisme : M. Touboul : contact@eyedesign.fr • Eligraph

Publicités - Yoram Benhamou : Tél. : 01 42 80 04 05 • Fax : 01 45 26 35 97 • Email : blgala@yahoo.fr

Impression : Imprimer futé

La Maison Juive est un supplément à la Sidra de la Semaine - ISSN 1762 - 5440

Tiré en 2500 exemplaires

© Tous droits réservés. Tous les articles et les photos présents dans ce magazine sont protégés par les lois en vigueur sur la propriété intellectuelle et ne peuvent être utilisés sous quelque forme que ce soit, sans autorisation écrite de La Maison Juive.

Articles et contenu réalisés par :

K. Coen, Ra’hel Gabay, Marta Uzan, ‘Hanna Zana, ‘Hanna Zelinwerger

Merci à toutes celles qui ont partagé leurs témoignages

BETH LOUBAVITCH

8 rue Lamartine - 75009 Paris

Tél. : 01 45 26 87 60 • Fax : 01 45 26 24 37

Serveur Vocal Le'haim : 01 76 34 77 77

Web : www.loubavitch.fr

Crédits : N'shei Chabad Newsletter

Pour tout contact - La Maison Juive : maisonjuive@gmail.com

Abonnements, envois groupés et dédicaces : mjabonnements@gmail.com

Couverture : Tashlich, Alex Levin - Ner Art gallery

EDITO RIAL

Son histoire pourrait ressembler à celle de bon nombre de gens de sa génération et de son origine.

Chuna est né en 1896 dans un tout petit village de Pologne. C’était un enfant doux et gentil.

Ses parents, appartenaient à une communauté ‘hassidique, étaient très pratiquants et très pauvres. Tellement pauvres que lorsque l’oncle H., vivant en Hongrie et possédant un commerce florissant, leur proposa de prendre Chuna chez lui, contre quelques « menus services », ils acceptèrent sans hésitation, soulagés. Chuna au moins mangerait tous les jours à sa faim et continuerait à vivre dans un environnement fidèle à la Torah.

Ils ignoraient ce que l’oncle entendait par « menus services ».

Et c’est ainsi que Chuna, juste après sa bar-mitsvah, devint le serviteur (« esclave » disait-il) de la maison de son oncle. Si celui-ci respectait rigoureusement tous les préceptes le concernant, il avait oublié l’amour et le respect du prochain, fut-il son propre neveu !

Chuna devait, entre autres tâches difficiles, veiller sur le bébé et les jeunes enfants, même la nuit, si bien que lorsqu’il pouvait espérer récupérer un petit peu, il devait se coucher sur les deux chaises dans le placard sous l’escalier, sa chambre. C’est l’un des sévices qu’il dut subir et dont il parlait encore, ce qui prouve à quel point il en fut marqué. Il ne trouva pas la force de résister aux épreuves qu’il avait déjà rencontrées.

Inutile de dire que dès que la guerre (1914-1918) éclata, Chuna eut vite fait de s’engager et c’est ainsi que commença son périple dans le monde et dans l’assimilation.

En 1922, il partit en explorateur en France, à Paris, et bientôt il y fit venir sa femme et ses deux enfants.

Pendant la deuxième guerre mondiale, ils vont échapper à la déportation en se cachant, à Nice d’abord, puis dans la Creuse où ils vont vivre de nombreux épisodes que Chuna qualifiait de « miracles ».

Un agent de police passe en sifflant: c’était pour signaler une rafle prévue le lendemain.

Chuna prend le train à Nice pour se rendre dans la Creuse, sans papiers. La Gestapo rentre dans le train… Une coupure d’électricité soudaine force les Nazis à sortir du train…

La mère de Chuna, Rivka, réfugiée à Limoges, observait toujours, elle, les préceptes de la Torah. Et quand elle meurt, en pleine guerre,

en 1941, malgré la proposition d’une gentille famille de prêter une place dans son caveau du cimetière chrétien, Chuna prend mille et un risques mais enterre sa mère dans le cimetière juif de Lyon.

La suite de la vie de Chuna est « banale » : commerce, vacances en famille dans les clubs à la mode, voyages dans une bonne partie du monde, etc.

Mais, B’H’, le Rabbi en avait décidé autrement.

Lorsque Chuna est âgé d’environ soixante-dix ans, il a le mérite de voir l’un de ses petits enfants devenir Loubavitch. Invité le Chabbat, c’est du plus profond de sa mémoire et de son âme que lui revient le kidouch, prononcé d’une voix tremblotante, avec l’accent polonais si marqué, mais n’omettant aucun mot. Et lorsque son nouveau petit-fils lui propose de mettre les tefilines, c’est avec une immense émotion qu’il le fait. Il en achètera une paire et ne manquera pas un seul jour pour les mettre, jusqu’à sa mort, à quatre-vingt-six ans.

Un jour qu’il passait en famille ses vacances au Club Méditerranée, en Crète, il fit une chute sévère et dut être transporté à l’hôpital.

« N’oublie pas mes tefilines ! » ordonna-t-il à son fils.

L’histoire de Chuna ressemble à beaucoup d’autres et montre l’impact formidable du Rabbi sur ces Juifs pour lesquels cette mitsvah était celle de leur vie.

Vous en retrouverez d’autres dans ce numéro de la Maison Juive, concernant parfois des Juifs célèbres, parfois des Juifs simples, comme Chuna, et tout à la fois bouleversants.

Mais pour le Rabbi, aucun Juif n’était « simple » ! Le Rabbi connaissait la mitsvah de chacun et, pour raviver son étincelle juive, agissait par le biais de ses émissaires et il continue à le faire.

Passez une année douce et joyeuse, remplie de mitsvot comme la grenade est remplie de grains !

Chanah Tovah !

K. Coën

LA LETTRE DU RABBI

Par la grâce de D.ieu 6 Chevat, 5731 Brooklyn, N.Y.

Je vous bénis et vous salue :

J’ai reçu votre lettre avec quelque retard. Vous y écrivez sur l’incertitude dans laquelle vous vous trouvez en ce qui concerne votre engagement dans la pratique juive, dans la mesure où vous pensez qu’une vie en accord avec la Torah et les Mitsvot est remplie de restrictions et de limites, pour l’individu, dans sa créativité personnelle, tout particulièrement dans les domaines de

la réflexion et du libre-arbitre, etc., de sorte qu’il est difficile de lier un tel engagement avec l’idée de la liberté individuelle.

Franchement, cette attitude est quelque peu surprenante, venant d’une personne qui réfléchit. Je suppose que la difficulté vient ici d’une compréhension superficielle de ce que signifie accepter le « joug de la Torah et des Mitsvot », parce que le mot « joug » suggère des contraintes.

Mais en réalité, il existe de nombreuses choses, dans la vie quotidienne, que l’on accepte et auxquelles l’on se soumet, sans

poser de questions, même si la personne est extrêmement douée intellectuellement et qu’elle possède un esprit inquisiteur. Puisque vous fréquentez l’université, et que, sans aucun doute, vous étudiez les sciences, etc., vous devez savoir qu’en science et en physique, l’on ne commence pas par tout connaître, depuis le commencement, en vérifiant chaque élément par une recherche et une expérimentation personnelles.

Par exemple, une personne prendra place à bord d’un avion sans pour autant avoir, au préalable, étudié l’aérodynamique, etc., pour vérifier si y voyager est sans risque et conduira à bon port, approximativement à l’heure prévue.

Ou bien, prenez un exemple dans le domaine de la santé physique. Il existe des choses bien établies que l’on sait être utiles ou dangereuses pour la santé. Une personne ne va pas aller vérifier le bienfait ou le danger d’un médicament en particulier, en pratiquant une expérience personnelle. Même si elle a un profond désir d’entreprendre des recherches et des expériences, elle choisira de préférence des domaines qui n’ont pas encore été explorés. Cette attitude, généralement acceptée, est assez compréhensible et logique. Car dans la mesure où des experts ont déjà largement balayé ces domaines et déterminé ce qui est néfaste pour la santé physique, ou ont établi des méthodes pour faire encore avancer les progrès technologiques, ce serait, au meilleur des cas, une perte de temps que de revenir sur ces expériences depuis leur genèse. Par ailleurs, rien n’as-

sure qu’on ne fera aucune erreur et qu’on ne parviendra pas à des conclusions erronées, avec des effets désastreux, comme l’expérience l’a prouvé dans certains cas.

Ce qui vient d’être dit à propos de la santé physique est également vrai en relation à la santé spirituelle et à la manière dont la Nechamah (l’âme) peut atteindre la perfection et son accomplissement. Et cela est d’autant plus vrai que la santé spirituelle est généralement liée à la santé physique, et tout particulièrement dans le cas du Juif.

Le Créateur de l’homme, Qui est également le Créateur et le Maître de tout le

le Créateur et le Maître de tout le monde a les meilleures qualifications que l’on peut attendre de n’importe quelle autorité, pour savoir ce qui est bon pour l’homme et pour le monde dans lequel il vit.

monde, a les meilleures qualifications que l’on peut attendre de n’importe quelle autorité, pour savoir ce qui est bon pour l’homme et pour le monde dans lequel il vit. Dans Sa bonté, D.ieu nous a personnellement dotés de résultats complets et aboutis, nous ayant notifié que si une personne conduit sa vie quotidienne, selon une certaine voie, elle bénéficiera d’une Nechamah saine dans un corps sain, et qu’elle en tirera les bienfaits, à la fois dans ce monde et dans le monde futur. Il a également désigné certains domaines où l’individu peut mener ses propres expériences, dans des sujets

qui n’interfèrent pas avec les lois qu’Il a édictées.

En d’autres termes, il est pratiquement certain que si l’être humain vivait suffisamment longtemps et avait les moyens nécessaires pour entreprendre toutes sortes d’expériences, sans être distrait ni gêné et sans se tromper, il ne fait aucun doute qu’il aboutirait aux mêmes conclusions que celles qu’il peut trouver dans la Torah que D.ieu a donnée. En termes clairs, il s’agit de la nécessité d’observer le Chabbat, de manger Cacher, etc.

Mais, comme cela a été mentionné, D.ieu dans Son infinie bonté, et c’est la nature de D.ieu de faire le bien, a souhaité nous épargner tous ces soucis ainsi que le risque d’erreurs, pour le bénéfice, à la fois de la personne qui a l’inclination et la capacité de faire des recherches et de ceux qui ne sont pas dans ce cas.

L’expression « joug » employée en relation avec l’acceptation de la Torah et des Mitsvot, dans la vie quotidienne, peut être comprise comme signifiant que la nature humaine rend nécessaire que l’on agisse selon des impératifs. Car la nature humaine et le yétser hara sont de telle nature que l’individu peut facilement succomber à la tentation. La tentation est douce au commencement mais amère à la fin. Mais la nature humaine est telle que l’individu peut ignorer les conséquences amères à cause de la gratification du départ. Nous voyons, par exemple, que les enfants, et très souvent aussi les adultes, peuvent être avertis du danger de l’excès de certains aliments qui pourraient les rendre malades par la suite, à tel point que, pendant un certain temps, ils risquent de ne plus pouvoir rien manger, et pourtant, ils rejettent toute retenue pour assouvir leur passion ou leur appétit immédiats. De la même manière, D.ieu nous a donné le « joug » de la Torah et des Mitsvot, nous affirmant, qu’on le comprenne ou non,

quand bien même nous soyons tentés, qu’il nous faut incontestablement accomplir les commandements de D.ieu.

Il faut ajouter un point supplémentaire et c’est l’aspect le plus essentiel du concept du joug de la Torah et des Mitsvot. Bien que, comme cela a été expliqué plus haut, la Torah et les Mitsvot aient été données pour le bienfait de l’homme, à la fois dans cette vie et dans la Vie Eternelle, il existe une qualité infiniment supérieure que D.ieu a investie dans la Torah et les Mitsvot, c’est à dire celle d’unir l’homme avec D.ieu, le créé avec le Créateur, qui n’auraient, sinon, rien en commun. Car, en donnant à l’homme

commandements du Saint Béni Soit-Il. C’est également pour cette raison que le texte de la bra’ha que fait un Juif, avant d’accomplir une mitsvah ne mentionne pas l’utilité de la mitsvah mais plutôt le fait que « Il nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné… »

Beaucoup de choses peuvent être dites en rapport avec un sujet si profond mais j’ai confiance que les lignes ci-dessus, bien que limitées en quantité, ont suffisamment de contenu pour apporter la lumière sur les véritables aspects du sujet. En outre, si vous souhaitez porter plus loin la discussion sur ces sujets, vous devez avoir des amis parmi Anash (les ‘hassidim ‘habad) qui seront heureux de vous éclairer.

...Par exemple, une personne prendra place à bord d’un avion sans pour autant avoir, au préalable, étudié l’aérodynamique, etc., pour vérifier si y voyager est sans risque...

une série de Mitsvot à accomplir dans sa vie quotidienne, D.ieu lui a permis de s’attacher à son Créateur et de transcender les limites d’un être limité, vivant dans un monde fini. La Torah et les Mitsvot constituent un pont qui enjambe l’abîme infini séparant le Créateur du créé et permettant à l’homme de s’élever et de s’attacher à la Divinité. Bien sûr, cette qualité ne peut être atteinte que si la personne observe la Torah et les Mitsvot et non pour la récompense pour le corps ou pour l’âme, ou pour les deux, mais simplement parce que ce sont des

Enfin, je voudrais dire que le fait que vous ayez certains doutes et incertitudes ne doit pas vous décourager du tout. En fait, la Torah désire qu’une personne utilise toutes ses aptitudes, y compris son esprit et son intelligence, dans le service de D.ieu, du moment que cette approche est correcte, c’est à dire qu’elle accepte au préalable la Torah et les Mitsvot. Il est tout à fait normal et même désirable que l’on comprenne tout ce qui est accessible à l’intellect humain. Dans votre cas, cela prend une signification supplémentaire puisque vous avez l’opportunité d’influencer et de faire bénéficier d’autres jeunes personnes qui ont la même tournure intellectuelle que vous…

Avec ma bénédiction

et la mort disparaîtra à jamais “ ”

En l’honneur du Yahrzeit (date anniversaire de la disparition) de la Rebbetsen ‘Hanna, la mère du Rabbi, le vav (6) Tichri

D’après un maamar du Rabbi, prononcé le 5 Mena’hem Av 5725

Le jour où il finit de réciter le Kadich pour sa mère, la Rabbanit ‘Hanna, le Rabbi récita un maamar (discours ‘hassidique) commençant par le verset : « la mort sera engloutie, détruite à jamais, et Dieu séchera les larmes de tous les visages » (verset d’Isaïe). Lors de l’Ere Messianique et de celle de la Résurrection, D.ieu mettra fin à la mort et au deuil sur terre. Ce maamar explore dans les détails les racines de la mort et comment elle disparaîtra très rapidement lors de la Rédemption.

Le Rabbi Maharach explique que cette prophétie s’exaucera lorsque le monde sera débarrassé de « l’esprit d’impureté » qui s’y trouve. La faute et la mort sont interconnectées. Lorsque le monde sera pur et libre de tout mal, la mort disparaîtra également.

A l’origine, Dieu créa un monde parfait, où la mort n’existait pas. Adam et ‘Hava étaient bénis d’une vie éternelle. Il leur fut interdit de manger du fruit de l’arbre de la connaissance afin qu’ils ne meurent pas : « car le jour où vous en mangerez vous mourrez assurément ». Une fois qu’Adam et ‘Hava firent entrer la faute dans le monde, ils devinrent mortels. Ils furent conduits en dehors du Gan Eden pour attester qu’ils ne vivraient plus de façon éternelle. : « De peur qu’il ne tende sa main et ne prenne aussi du fruit de l’arbre de la vie et n’en mange et ne vive à jamais ».

Mais quel changement s’était-il produit ? Pourquoi la faute du fruit de l’arbre de la connaissance entraîna-t-elle Adam vers la mort ?

L’Admour Hazaken explique qu’au moment où Adam pécha, le mal pénétra dans l’homme. En réalité, le mal existait au début de la création, il était alors complètement séparé du bien. Mais lorsqu’Adam et

‘Hava fautèrent, ils causèrent un enchevêtrement de bien et de mal dans le monde.

Depuis, le bien et le mal sont entremêlés. Il n’y a pas de mal sans un peu de bien, ni de bien sans un peu de mal. Si Adam avait vécu éternellement après la faute, le mal aurait également eu une existence éternelle. La mort vint au monde pour que le mal ne puisse persister. En d’autres termes, la faute de l’homme fut la cause de sa mort.

Adam et ‘Hava nous enseignent que la sainteté est la vie, et que le mal et l’impureté sont la mort. La faute d’Adam causa une mort spirituelle mais également une mort physique.

Dans le même esprit, lors de la Rédemption, lorsque mal et impureté disparaîtront, la mort physique sera elle-aussi bannie : «Et la mort disparaîtra à jamais ».

Comment la mort sera t-elle éradiquée au temps de Machia’h ? En réalité , elle sera détruite par une inondation de lumière, une révélation si grande et puissante que tous les obstacles fondront et disparaîtront. Nous avons déjà eu un avant-goût d’une telle révélation à l’époque du Beth Hamikdach, plus précisément à l’époque du Premier Temple, durant la vie du roi Chlomoh. Ces jours étaient glorieux pour le Peuple Juif. Il

y avait une révélation de lumière spirituelle qui provenait d’une source extrêmement élevée.

En vertu de cette révélation, toutes les nations du monde acceptèrent la souveraineté du roi Chlomoh. Il n’avait nul besoin de guerroyer pour dominer ses ennemis. Comme son nom en témoigne, à son époque, il y avait le Chalom, la paix. Néanmoins, même alors, le mal avait la possibilité d’exister.

La façon dont les nations étaient fascinées par le roi Chlomoh est relatée dans

le récit de la reine de Saba, venue visiter le roi. Alors qu’elle était dans son pays, elle entendit parler du roi Chlomoh, de son intelligence. Cela fit une grande impression sur elle et l’inspira à quitter sa propre terre pour voyager à sa rencontre. Devant sa présence, elle constata sa grande sagesse et se sentit totalement humble devant lui, au point que: « plus de souffle ne resta en elle ». Néanmoins, bien que submergée par la grandeur de Chlomoh Hamélè’h et les honneurs qu’il lui témoigna, la reine de Saba resta la reine de Saba.

Adam et ‘Hava nous enseignent que la sainteté est la vie, et que le mal et l’impureté sont la mort.
La faute d’Adam causa une mort spirituelle mais également une mort physique.

La différence entre les révélations du temps du roi Chlomoh et celles des temps messianiques peut être comprise en méditant sur les deux façons de servir D.ieu, comme elles sont décrites dans le Tanya. La première consiste à se détourner du mal ; la seconde, à l’abhorrer. Dans le premier cas, bien qu’une personne serve D.ieu en rejetant le mal, dans sa pensée, sa parole et ses actions, elle ne déteste pas encore l’essence veritable du mal. Bien qu’en pratique, elle s’éloigne et s’écarte de la faute, par tous les moyens, il se peut qu’une trace de mal existe encore en elle. Le Tanya appelle ce type de personne le «juste incomplet ». La seconde façon est le plus haut niveau de service de D.ieu, celui ou l’homme déteste

le mal de façon véritable. C’est le niveau du «juste parfait «. Sa haine profonde pour le mal l’éradique complètement.

L’on peut établir la même comparaison entre les temps du roi Chlomoh et ceux de l’Ere Messianique. Durant le règne de Chlomoh Hamélè’h, la révélation de la sainteté vainquit toutes les forces opposées. Néanmoins, il leur restait la possibilité d’exister. Lors de l’Ere Messianique, le mal aura complètement disparu et seuls le bien et la sainteté resteront. Il est à savoir que le rejet et la répulsion pour le mal sont en proportion directe avec l’amour que l’on ressent pour D.ieu. Le mal sera complètement anéanti, car la lumière de la Sainteté sera bien plus grande que ce qu’elle était

déjà au temps du roi Chlomoh et du Premier Temple.

Il est bien connu que toutes les révélations de l’Ere Messianique dépendront de nos actions et de notre service de D.ieu actuels. Lorsque le Peuple Juif fait sa part, en rejetant complètement le mal, D.ieu amènera la révélation qui le détruira à jamais.

Nous pouvons nous demander comment atteindre un tel niveau. Après tout, le total rejet du mal est un travail digne du juste parfait, le Tsaddik. Il est écrit « Di.eu vit que les justes sont peu nombreux, Il les implanta donc dans chaque génération ». Même le niveau du Beïnoni (le niveau intermédiaire) est difficile à atteindre. Cependant, les temps de Machia’h et de la Résurrection ne sont pas exclusivement réservés aux Tsaddikim mais à l’ensemble du Peuple Juif.

Nous devons donc en conclure que les Beïnonim, mais également ceux d’un niveau inférieur, peuvent pratiquer un service de D.ieu identique à celui du juste parfait, du Tsaddik.

Chaque juif, peut, à des moments particuliers, atteindre ce niveau. Il y a les moments de prière, d’etude de la Torah, les moments où l’on pratique une mitsva avec une attention spéciale, car c’est la mitsva pour laquelle nous avons été créés, notre but dans la vie. Il y a les moments où nous sommes engagés dans les affaires mondaines du quotidien, mais nous les faisons pour D.ieu lechem Chamayim, pour l’amour de D.ieu. Cela manifeste bien plus encore lorsque l’on se dévoue pour D.ieu dans tout ce que l’on fait, en vivant avec le précepte « dans toutes tes voies connaisLe ». Dans ces moments, lorsqu’un juif se

donne complètement à D.ieu (er git zi’h iber in gantzen), il « rejette les vêtements souillés » du monde matériel et ressemble au Tsaddik parfait. Puisque ces moments d’union et d’unité avec D.ieu sont éternels, ils font descendre une lumière si grande qu’elle ne laisse pas de place aux choses opposées à la sainteté. La mort est alors détruite à jamais.

Voila ce que signifie l’éradication de la mort dans le monde. Tant que le bien et le mal sont entremêlés, la mort est nécessaire pour empêcher le mal de continuer à exister.

Il est cité, dans la Guemara, que juste avant la Résurrection des morts, même le Tsaddik, dont le corps saint serait resté intact durant des centaines et des milliers d’années, devra, pendant un court instant, retourner à la poussière. Les Justes n’ont pourtant pas de fautes, mais puisque le péché d’Adam causa un entremêlement du mal dans le monde, même les corps des Tsaddikim nécessiteront une purification. Cependant, lors de l’ère qui suivra la Résurrection, lorsque l’esprit d’impureté disparaîtra, la mort sera inutile et le corps vivra éternellement.

Le corps lui-même sera élevé et soutenu par des forces spirituelles, tout comme l’âme. Il atteindra même un niveau plus haut que l’âme. Il n’y aura pas de place pour le mal mais seulement pour la sainteté. Le mal sera complètement éradiqué, la mort sera détruite à jamais. Et tout cela produira ici, dans le monde le plus matériel, révélé dans la Rédemption Ultime, par notre juste Machia’h très rapidement, Bekarov Mamach !!!

Rav Manis Friedman

Roch Hachanah arrive. C’est le commencement de l’année. Nous allons tous prendre de bonnes résolutions, regretter le passé et nous engager pour l’avenir.

Mais quel est le véritable sens de Roch Hachanah ? En quoi ces jours diffèrent-ils de Yom Kippour ? Et pourquoi célébrons-nous Sim’hat Torah comme nous le faisons ?

Roch Hachanah est le moment de l’année où nous convions D.ieu à être notre Roi. Ce n’est pas le moment où nous Lui demandons d‘effacer notre ardoise ou de pardonner à nos péchés. C’est l’occasion qui nous est donnée de Le couronner comme notre Roi, pour une nouvelle année.

Nous soufflons dans le Choffar, nous passons des heures à la synagogue en ce jour solennel parce que nous voulons qu’Il devienne notre Roi, au sens véritable du terme : celui qui règne complètement et qui est maître de tout. Car s’Il n’a que 99% du contrôle et non 100%, Il n’est alors pas roi du tout.

Le Talmud relate une célèbre histoire qui illustre ce fait.

Cela se passait à l’époque de la destruction du Saint Temple. La ville de Jérusalem était cernée et assiégée. Personne ne pouvait entrer dans la ville ou en sortir. Et pourtant, le dirigeant des Juifs d’alors, Rabbi Yo’hanan ben Zakaï, trouva le moyen de se faufiler à l’extérieur dans une tentative désespérée pour sauver son peuple.

Il demanda à ses fidèles disciples de le mettre dans un cercueil et il fut sorti de la ville comme un corps. Une fois sauf, à l’extérieur des murs de Jérusalem, on le conduisit secrètement pour rencontrer le général romain Vespasien, l’officier du plus haut rang, celui-là même qui avait donné l’ordre d’assiéger la ville.

Quand le péché

devient une qualité

Quand le rabbin juif se tint devant le général, il s’inclina devant lui, comme s’il était l’empereur romain. Ce à quoi, le général s’écria :

« Tu mérites la peine de mort pour deux raisons. La première est que je ne suis pas le roi et tu me traites comme si je l’étais. La seconde est que si je suis le roi, pourquoi m’as-tu fait attendre jusqu’à maintenant ? »

Pendant qu’ils parlaient, un messager arriva de Rome avec la nouvelle que l’empereur romain était mort et que le général était devenu le nouveau roi.

Une question urgente s’impose à nous. Si le général était si puissant qu’il ait pu ordonner que toute la ville de Jérusalem soit assiégée, pourquoi n’aurait-il pas voulu recevoir un traitement comparable à celui d’un roi ? Et en quoi l’offense du rabbin étaitelle si grande qu’elle méritât la mort ?

La réponse est simple. Il est vrai que la puissance du général était immense mais le manteau de l’autorité absolue n’appartenait qu’au seul roi, car la royauté exige le contrôle absolu.

A Roch Hachana, nous déclarons : « Nous n’avons pas d’autre roi en dehors de Toi ». Mais le pensonsnous vraiment ? Notre foi, notre confiance, notre dévotion dans la prière, nos élans spirituels sont les Siens. Nous pensons en nous-mêmes : « D.ieu veut que nous soyons des individus moraux. Bien, nous serons moraux. Il veut que nous croyions en Lui. Bien.

Mais qu’en est-il des autres aspects de notre vie, des détails, de ce que nous pensons n’appartenir qu’à nous seuls ?

Il y a des gens qui, durant toute l’année, observent les commandements. Ils font les mistvot que D.ieu leur demande d’accomplir et ils ne font rien de ce qu’ils n’ont pas le droit de faire. Qu’essaient-ils donc de corriger par leurs prières à Roch Hachanah ? Ils passent de nombreuses heures profondément plongées dans leurs pensées, fouillant leur

cœur et leur esprit pour voir s’ils n’ont rien caché à D.ieu.

A Roch Hachanah, ce que nous sommes censés réévaluer est : qu’est-ce qui est réellement à moi ?

Et bien par exemple, mon argent. Il est à moi. J’ai travaillé pour l’obtenir. Mais qu’en est-il de celui qui dit : « oh ! j’obéis à tous les commandements mais je me réserve le droit d’avoir mes doutes ! »

Attention ! Dans un royaume, rien n’est à vous.

Nous passons les 25 heures de Yom Kippour à la synagogue, réfléchissant à quoi ? A nos péchés ? Bien sûr que non. Ce ne serait pas le moyen de passer le jour le plus saint de l’année et cela ne nous rendrait pas non plus meilleurs.

Cela ressemble à l’histoire de ce pauvre paysan russe. Il était interrogé par le parti communiste pour tester sa loyauté. S’il possédait 100 chevaux et qu’ils en avaient besoin pour le parti, que ferait-il ?

« Bien sûr, je les donnerai au parti ! » s’exclama-t-il. Questionné encore et encore, dans le même ordre d’idées, le pauvre homme répondait correctement à chaque question. Il renoncerait à 500 vaches, 12 moutons, pour le parti.

Finalement la séance douloureuse touche à sa fin et l’on demande au paysan s’il renoncerait à 6 poulets. Il admet timidement :

- Six poulets… je ne suis pas prêt à y renoncer !

Et pourquoi pas ? Parce que les 6 poulets, il les possède réellement !

Il n’est pas difficile de constater que notre vie physique et notre santé ne nous appartiennent pas. Nous savons qu’il ne suffit pas de le vouloir pour être en bonne santé. Mais en ce qui concerne les détails de notre vie, ces millions de décisions qu’il nous faut prendre chaque jour, il est compliqué de croire que cela aussi appartient à D.ieu.

Prenons des exemples : ce que nous disons : « eh bien, je ne fais que dire mes mots ! ». Ou ce que nous pensons : « mes pensées ne m’appartiennent –elles pas ? ». Mes actes : « est-ce que le fait de porter une clé le Chabbat a-t-il vraiment de l’importance ? ».

La réponse à toutes ces questions est la même. Nos paroles, nos pensées, nos actions, « les habits de notre âme » doivent réellement être en accord avec les commandements de D.ieu.

Des insultes ou des paroles vulgaires ne sont pas admissibles. Certaines pensées ne sont pas innocentes, elles ne sont pas « cacher ». Et il en va de même avec nos actes. Chaque action est importante.

Une fois que nous avons réfléchi au message de Roch Hachanah, rétabli notre relation très spéciale avec D.ieu et compris que tout Lui appartient, nous sommes enfin prêts pour Yom Kippour. Maintenant que nous savons qu’Il est notre Roi, comment allons-nous Le servir ? Maintenant que nous réalisons combien Il fait pour nous, à quel

point sommes-nous à l’aise avec la manière dont nous L’avons traité cette année ?

Plus nous pensons au rôle de D.ieu dans notre vie et dans notre monde, en tant que notre Créateur, notre Père et notre Roi, plus nous prenons conscience que nous ne L’avons pas bien traité.

Et tel est le but de faire techouvah à Yom Kippour. Techouvah ou le retour à D.ieu ne signifie pas simplement regretter le passé. Cela exige que nous améliorions notre relation avec D.ieu.

Nous passons les 25 heures de Yom Kippour à la synagogue, réfléchissant à quoi ? A nos péchés ? Bien sûr que non. Ce ne serait pas le moyen de passer le jour le plus saint de l’année et cela ne nous rendrait pas non plus meilleurs.

Nous passons le jour le plus saint du calendrier Juif à penser combien D.ieu a été bon avec nous durant toute l’année, à quel point il représente la Vérité et la Justice.

Et nous voulons nous améliorer selon Ses normes parce que nous ne nous sentons pas qu’il est juste de répondre à Sa bonté par un péché.

Il en va de même dans toutes les relations. Un mari décide un jour qu’il n’a pas été un bon époux, il a honte de lui-même et il va prendre un nouveau virage. Il commence alors à faire la liste de dix résolutions qui feront de lui un époux exemplaire. Mais il se trouve que sa femme n’a que faire de ces dix résolutions ! Pas même d’une seule ! Mais le mari déclare quand même : « maintenant je suis parfait ! ». S’il ne lui importe guère qu’elle soit ou non heureuse, il ne peut être un bon mari.

Il en va de même pour nous à Yom Kippour.

Nous affirmons que nous voulons faire techouvah mais nous voulons progresser selon nos standards ! Ce n’est pas la manière de restaurer une relation. Nous ne pouvons le faire qu’en nous reconnectant.

Le Maguid de Dubna rapporte une histoire à propos de la gratitude. Il y avait un homme qui était extrêmement laid mais aussi sourd. Sa femme était très méchante mais également aveugle. Les deux s’entendaient donc parfaitement. Il ne pouvait entendre un seul mot de ce qu’elle disait et elle ne pouvait voir sa laideur.

Nous passons le jour le plus saint du calendrier Juif à penser combien D.ieu a été bon avec nous durant toute l’année, à quel point il représente la Vérité et la Justice.

Jusqu’au jour où ils entendirent parler d’un médecin qui pouvait les guérir. Ils se précipitèrent donc chez lui pour savoir s’il pouvait les aider. Et il le pouvait. Mais leur vie commune devint affreuse. Ils souffraient chacun de l’autre jusqu’au point où ils ne purent plus se supporter. Ils retournèrent alors chez le médecin.

« Vous avez gâché notre vie. Vous ne nous avez pas rendu service. Vous avez rendu les choses pires. Et bien maintenant, nous n’allons pas vous payer ! déclara le mari en colère.

- Et bien dans ce cas, répondit le médecin, je peux faire l’opération qu’il vous faut. Je peux vous rendre à nouveau sourd et votre femme aveugle. Et je le ferai même gratuitement !

- Non ! Nous ne voulons pas rétorqua le couple.

- Dans ce cas, si vous ne voulez pas renoncer à votre vue et vous à votre ouïe, je vous ai rendu service, après tout ! Vous allez donc me payer ! »

La morale de l’histoire est claire. Il existe des personnes qui admettent que D.ieu leur a donné une bonne santé, mais elles disent : « Oui, mais regardez le mal que j’ai dans mes études… »

Il y en d’autres qui disent : « Il est sûr que j’ai un esprit aiguisé. Mais regardez mon corps. Je suis malade ! »

Et pourtant, s’il leur avait été donné le choix de « refaire l’opération », leur réponse aurait été semblable à celle du couple ingrat de l’histoire.

Et si la vie est si précieuse, avez-vous remercié dernièrement ? Votre dévotion pour D.ieu est-elle proportionnelle à Sa dévotion pour vous ?

Montrer notre gratitude et resserrer notre relation ne doit pas être si difficile, après tout ! Parce que, lorsqu’un Juif accepte D.ieu comme son Roi, il ne désigne pas un étranger. Il ne se lance pas dans un nouveau projet. Il ne fait que renouveler une ancienne relation. Et ce qui va encore plus loin, c’est que non seulement il accomplit une mitsvah mais il effectue également une réparation pour lui-même.

Pourquoi ? Parce que lorsque nous couronnons D.ieu comme notre Roi, sur

nous et sur le monde, nous devenons meilleurs, plus sains et en meilleure santé. Tout simplement parce que notre relation avec D.ieu est plus saine.

La Torah dit que grâce à la techouvah, nos péchés deviennent des mérites réels. Non seulement l’erreur a été effacée mais elle a permet même à notre connexion d’être plus solide. Nous sommes plus sains qu’avant. Parce que le péché nous incite à mieux agir dans le futur. Si nous avons été négligents, la mitsvah que nous allons désormais pratiquer s’imprègne d’ne qualité qui forge un lien plus profond et plus solide avec D.ieu. La mémoire de nos méfaits suscite une double motivation.

Quelles sont ces deux motivations ?

L’une consiste en ce que la mitsvah elle-même (garder le Chabbat, etc.) est la bonne chose à faire. Et c’est pourquoi, tout le monde la respecte. Mais la seconde raison en est que l’erreur passée renforce la relation. Il ne s’agit pas seulement du fait que le péché a été neutralisé. Avec la techouvah, il ne s’agit pas de pardonner et d’oublier. La Techouvah signifie pardonner et grandir.

LA TECHOUVAH EST L’OBJECTIF DE YOM KIPPOUR

Une fois ce but atteint, les fêtes de Souccot et de Sim’hat Torah suivent immédiatement. Nous avons tant approfondi et amélioré notre engagement à Yom Kippour que nous ressentons naturellement un sentiment de joie. Et tel est le thème de Sim’hat Torah.

Nous dansons avec la Torah. Nous ne la lisons pas. En fait, nous n’ouvrons même

pas son enveloppe. Nous la prenons dans nos bras et nous dansons.

Ne voulons-nous pas être inspirés par sa sagesse ? Ne sommes-nous pas intéressés par ce qu’elle a à nous ensiegner ?

Le point central de Sim’hat Torah n’est pas de prouver que nous sommes de meilleurs étudiants. Tout ce qui compte maintenant est notre relation avec D.ieu, plus proche, meilleure et plus saine. Et cela en soi donne envie de danser.

Quand un père et son fils se rencontrent soudain, après avoir été séparés pendant de longues années, ils se serrent dans les bras, sautent et se mettent à pleurer.

Dans une véritable relation de proximité, vous êtes tout simplement heureux que l’être aimé soit là, qu’il soit. Et c’est cela la joie que nous ressentons à Sim’hat Torah.

Nul n’est besoin d’ouvrir la Torah pour se sentir inspirés. Pas même de la saisir. Le fait même de savoir que la Torah est là rend heureux.

A Sim’hat Torah, le Juif tourne ses pensées exclusivement vers la Torah. Il oublie de penser à lui-même. Tout comme dans une véritable relation, l’on s’oublie et l’on ne pense qu’à l’autre, le juif s’oublie et ne pense qu’à la Torah.

L’étude de la ‘hassidout nous enseigne que quand nous mettons l’accent sur la

relation plutôt que sur l’accomplissement, alors, naturellement nous nous oublions. Et nous ne pouvons parvenir à cet état que par l’intermédiaire des Jours Solennels, en couronnant D.ieu comme notre Roi, à Roch Hachanah et en revenant à Lui à Yom Kippour par la techouvah. Nous atteignons alors le point le plus élevé de notre relation avec D.ieu et sa Torah, la nuit de Sim ‘hat Torah.

Mrs Mozart, Viktor Frankl et le Rabbi de Loubavitch

Rabbin Y. Y. Jacobson

TROIS VIES

Voici l’histoire de trois vies remarquables qui ont convergé, dans les circonstances les plus invraisemblables, avec des conséquences extraordinaires. C’est l’histoire d’une jeunefille juive qui devint une chanteuse d’opéra, s’étant produite devant Hitler, d’un Maître spirituel et d’un psychiatre mondialement célèbre.

C’était un phénomène étrange. Le célèbre professeur viennois, Viktor Frankl (19051997), auteur du best seller Découvrir un sens à sa vie et fondateur de la logothérapie, envoyait une donation, chaque année avant les Fêtes, au Beth ‘Habad de Vienne (Autriche). Cela avait commencé en 1981 quand Rav Yaakov et Edla Biderman étaient arrivés à Vienne, comme Chlou’him en Autriche, et avaient commencé à contacter les Juifs locaux, en leur envoyant un calendrier juif, à l’approche des Fêtes de Tichri.

Personne dans le Beth ‘Habad ou dans la communauté juive en général ne comprenait pourquoi. Il ne venait jamais à la synagogue, pas même lors de Yom Kippour. Il était marié à une pieuse catholique. Et pourtant, il ne manquait jamais d’envoyer sa contribution annuelle, avant Yom Kippour.

La chose resta énigmatique jusqu’en 1995, deux ans avant la mort du Docteur Frankl, à l’âge de quatre-vingt-douze ans.

JE SUIS LE PREMIER ÉMISSAIRE

Marguerite Kozenn-Chajes (1909-2000) pénétra dans le bureau de Rav Yaakov Biderman, l’ambassadeur ‘habad d’Autriche, qui depuis a construit le magnifique « Lauder Campus » à Vienne, infusant l’esprit juif dans la ville qui a donné naissance à Hitler.

Marguerite, une dame de quatre-vingtcinq ans, était élégamment vêtue et paraissait déborder de jeunesse et d’énergie. Elle s’adressa à Rav Biderman : « Je sais bien que vous pensez être le premier chalia’h du Rabbi de Loubavitch, à Vienne. Mais ce n’est pas le cas ! J’ai servi comme premier ambassadeur du Rabbi dans cette ville, bien des années avant vous. »

DES ‘HASSIDIM À L’OPÉRA

Marguerite commença à raconter son histoire.

Le nom de jeune-fille de sa mère était Hager. Les Hager n’étaient pas une famille juive ordinaire mais les descendants du Rabbi de la célèbre dynastie ‘hassidique de Vishnitz. Marguerite était née à Chernowitz où elle avait fait des études pour devenir chanteuse d’opéra. Puis elle s’était installée à Vienne où elle avait fait une grande carrière. Elle se maria avec un jeune-homme juif dont le nom de famille était Chajes. Ils eurent une fille.

Marguerite donna des représentations dans les années 30, au Salzburg Festpiele, le célèbre festival de musique et d’opéra, qui se tient chaque année dans la ville autrichienne de Salzburg, là où naquit Wolfgang Amadeus Mozart.

Le 12 Mars 1938, les troupes allemandes envahirent Salzburg. L’Anschluss, c’est à dire l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, était désormais achevé et l’idéologie nazie commença immédiatement à affecter le festival de Salzburg. Tous les artistes juifs furent bannis. Les chefs d’orchestre, les compositeurs juifs furent évincés. Et pourtant, Marguerite Chajes continuait à se produire.

Marguerite Kozenn-Chajes

A l’occasion du Festspiele d’Août 1939, Hitler en personne fit une apparition à deux opéras de Mozart. Il ignorait que l’une des jeunes femmes qui chantaient avec tant de virtuosité était une jeune juive, un scion d’une célèbre famille ‘hassidique… Marguerite Chajes.

Peu de temps après, les organisateurs firent une annonce surprise : le Festival s’achèverait le 31 Août, une semaine plus tôt que le jour prévu pour sa clôture : le 8 Septembre. La raison en était, officiellement, le fait qu’on avait demandé à l’orchestre philarmonique de Vienne de jouer à la Convention du parti (nazi) à Nuremberg. Mais les Allemands brillaient dans l’art de la supercherie. La véritable raison apparut le 1 Septembre, quand l’armée allemande envahit la Pologne et lança la seconde guerre mondiale qui allait exterminer un tiers du Peuple Juif, incluant toute la famille de Marguerite.

La nuit-même de sa représentation au Festspiele de Salzburg, des amis proches la firent sortir clandestinement d’Autriche, avec son mari et sa fille et les conduisirent en Italie. De là, ils purent embarquer dans le dernier bateau en direction des USA, juste

quelques jours avant que n’éclate la guerre. Marguerite et sa famille s’installèrent à Detroit. Elle y fonda et présida la ProMozart Society of Greater Detroit, société pour la promotion de l’œuvre de Mozart. D’ailleurs, dans son cercle on l’appelait : Mrs Mozart.

Quand on lui demande, dans une interview, pourquoi une ancienne soprano travaillait tant à promouvoir la réputation de Mozart, elle répondit : « Parce que l’idée d’humanité n’est exprimée nulle part avant autant de conviction que dans l’œuvre de Mozart ! »

Les années passèrent, la fille de Marguerite grandit et épousa un médecin qui fut, en 1959, l’invité d’honneur d’un dîner de gala d’une institution ‘habad.

A cette occasion, Marguerite fut reçue par le Rabbi, en audience privée.

- Je suis entrée dans le bureau du Rabbi, relata Marguerite au Rav Biderman, et je ne peux expliquer pourquoi, mais soudain, pour la première fois depuis la Shoah, j’ai senti que je pouvais pleurer. Moi, comme tant de survivants qui ont perdu des familles entières, je n’avais jamais pleuré avant. Nous savions que si nous nous mettions à

Mrs Mozart, Viktor Frankl et le Rabbi de Loubavitch

pleurer, nous ne pourrions jamais plus nous arrêter, ou bien, que pour survivre, nous ne pouvions exprimer nos émotions. Mais à ce moment-là, c’était comme si le barrage qui retenait mes cascades de larmes avait été enlevé. Je me suis mise à pleurer comme un bébé. J’ai partagé avec le Rabbi toute mon histoire : mon enfance innocente, l’apothéose artistique à Vienne, la représentation devant Hitler, la fuite aux USA, la nouvelle de la disparition de ma proche famille.

Le Rabbi écoutait. Mais il n’écoutait pas seulement avec ses oreilles. Il écoutait avec ses yeux, avec son cœur, avec son âme, et il intégrait tout. J’ai partagé toutes mes expériences et il a tout absorbé. Cette nuit-là j’ai eu le sentiment qu’on m’avait donné un second père. J’ai senti que le Rabbi m’avait adoptée comme sa fille.

DEUX REQUÊTES

A la fin de ma rencontre avec le Rabbi, j’ai exprimé mon profond désir de retourner voir Vienne. Après tout, j’étais comme un « agent de communication » pour l’Autriche et sa musique et j’aspirais à revoir la ville de ma jeunesse.

Le Rabbi me demanda qu’avant d’entreprendre mon voyage pour Vienne, je lui rende à nouveau visite.

Peu de temps après, en route pour Vienne, je me rendis chez le Rabbi. Il me demanda une faveur : rendre visite à deux personnes, pendant mon séjour dans la ville. La première était le Grand Rabbin Akiva Eisenberg à qui je devais transmettre les salutations du Rabbi (le Rabbi me dit que son secrétariat me donnerait l’adresse du Rabbin Eisenberg et de la littérature pour lui). En ce qui concernait la seconde personne qu’il voulait que j’aille voir, il faudrait que je recherche moi-même son adresse. Le Rabbi m’indiqua qu’il dirigeait la Polyclinique Viennoise de Neurologie. Son nom était Docteur Viktor Frankl.

VOUS L’EMPORTEREZ

« Envoyez mes salutations au Docteur Frankl, me dit le Rabbi, et dites-lui, en mon nom, qu’il ne doit pas renoncer. Il doit être fort et continuer son travail, avec une résolution absolue. Quoiqu’il arrive, il ne doit pas renoncer. S’il reste fort et impliqué, il est sûr qu’il l’emportera »

Le Rabbi parla longtemps à Marguerite des messages qu’il voulait envoyer au Docteur Frankl. Presque quarante plus tard, elle ne se souvenait pas de tous les détails mais le point central était que Frankl ne devrait jamais renoncer et qu’il devrait continuer à travailler pour atteindre ses objectifs, avec un courage et une détermination inébranlables.

- Je ne comprenais pas de quoi parlait le Rabbi ! Qui était le Docteur Frankl ? Pourquoi le Rabbi lui envoyait-il ce message ? Pourquoi par mon intermédiaire ? Je n’avais aucune réponse à toutes ces questions mais j’obéis.

Marguerite se rendit à Vienne. Sa visite au Rabbin Eisenberg s’avéra une tâche simple. Par contre, rencontrer Victor Frankl fut beaucoup plus difficile. Quand elle arriva à la clinique, elle fut informée que le professeur n’avait fait aucune apparition depuis deux semaines si bien qu’il n’y avait aucun moyen pour qu’elle pût le rencontrer. Après quelques vaines tentatives pour le voir à la clinique, elle décida d’outrepasser l’étiquette autrichienne et de chercher l’adresse personnelle du professeur. Elle s’y rendit et frappa à la porte.

Une femme ouvrit.

« Puis-je voir Herr Frankl, je vous prie ?

-Oui. Attendez.

La première chose qui frappa son regard, dans la maison, fut une croix, accrochée ostensiblement sur le mur. (En 1947 Frankl avait épousé sa seconde femme, Eleonore Katharina Schwindt, pieuse catholique. Ils avaient une fille Gabriella.)

- Il est évident que c’était une maison chrétienne, pensai-je en moi-même. Cela

doit être une erreur. Cela ne peut être la personne que le Rabbi veut que j’encourage.

Viktor Frankl fit son apparition, quelques instants plus tard, et après l’avoir entendu confirmer qu’il était bien le professeur, elle lui dit qu’elle avait des salutations à lui transmettre.

Il était impatient et, franchement, il n’avait pas du tout l’air intéressé. Je me sentais tout drôle.

- J’ai des salutations à vous transmettre de la part du Rabbi Schneerson, à Brooklyn, New York. Rabbi Schneerson m’a chargé de vous dire en son nom que vous ne devez pas renoncer. Vous devez rester fort. Continuez votre travail avec un courage et une détermination inébranlables et vous l’emporterez.

Ne tombez pas dans le désespoir. Avancez avec confiance, a dit Rabbi Schneerson, et vous obtiendrez un grand succès.

Mrs Mozart, Viktor Frankl et le Rabbi de Loubavitch

Soudain, raconta Marguerite, le professeur apathique s’effondra. Il se mit à pleurer sans pouvoir se calmer. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait.

- Le Rabbi de Brooklyn savait exactemen quand vous envoyer ici, lui dit Docteur Frankl.

Il ne pouvait cesser de la remercier pour sa visite.

- Alors, voyez-vous Rav Biderman, conclut Marguerite, j’ai été un émissaire du Rabbi de Loubavitch, à Vienne, de nombreuses années avant que vous n’arriviez par ici

ETERNELLEMENT

RECONNAISSANT

Le Rav Biderman était intrigué. Viktor Frankl avait maintenant quatre-vingt-dix ans et c’était une célébrité internationale. Il avait écrit 32 livres, traduits en 30 langues. Son ouvrage, Découvrir un sens à sa vie, avait été désigné par la bibliothèque

du Congrès comme l’un des dix livres qui avaient influencé le XXème siècle. Que se cachait-il derrière le message du Rabbi à Viktor Frankl ?

Je l’ai appelé quelques jours plus tard, se rappelle Biderman, et je lui ai demandé un rendez-vous. Mais il lui était difficile de le rencontrer en personne. Nous avons donc parlé au téléphone. Au début, il semblait impatient et d’une certaine froideur.

-Vous rappelez-vous de salutations que vous transmit Marguerite Chajes de la part du Rabbi Schneerson de Brooklyn ? lui demanda Rav Biderman.

Soudain, avec un changement sensible dans sa voix, Docteur Frankl s’adoucit :

-Bien sûr que je me rappelle ! Je ne l’oublierai jamais. Ma gratitude à l’égard de Rabbi Schneerson est éternelle !

Et Victor Frankl confirma l’histoire qu’avait racontée Marguerite Chajes et qui capture

Biderman

l’un des plus grands débats du siècle précédent, en matière de psychologie.

DANS LES CAMPS

Le Docteur Frankl naquit en 1905, trois ans après le Rabbi, à Vienne. Le jeune Frankl étudia la neurologie et la psychiatrie et en 1923, il devint membre du cercle intime de l’un des plus célèbres Juifs de son temps, le Docteur Sigmund Freud, qui vivait et pratiquait à Vienne.

La « solution finale » n’épargna pas la famille Frankl. Le Docteur Frankl relate dans ses mémoires des années de guerre, qu’avant guerre, il avait eu l’opportunité de se rendre aux Etats Unis, pour écrire ses livres et se construire une réputation. Mais il était troublé. Devait-il poursuivre sa carrière et abandonner ses parents ou devait-il rester avec eux ? Il rentra chez lui, venant du Consulat Alméricain, visa en main, pour trouver un grand bloc de pierre posé sur la table. Ce bloc avait été sauvé par son père dans les ruines d’une synagogue que les nazis venaient de raser. C’était, se rappelait Frankl, un morceau des Tables de La Loi sur lequel était inscrites les premières lettres du commandement :

« Tu honoreras ton père et ta mère ».

Il laissa son visa périmer et resta.

Le père et la mère de Victor Furent assassinés à Auschwitz. Sa première femme, enceinte, fut assassinée à Bergen-Belsen. Tous ses frères et sœurs, toute sa famille furent exterminés. Le professeur Frankl était le seul rescapé d’Auschwitz, parmi les siens (il avait une sœur qui avait émigré en Australie, avant la guerre). Après la guerre, il retourna à Vienne où il enseigna la neurologie et la psychiatrie.

LE GRAND DÉBAT

Déjà avant guerre, et encore plus pendant les trois années qu’il passa dans les camps de la mort nazis, Viktor Frankl développa des idées radicalement différentes de celles de Freud. Mais la faculté de son département ainsi que l’élite académique dans la Vienne d’après-guerre étaient d’ardents défenseurs de Freud. Ils qualifiaient les idées de Frankl comme de la « pseudoscience » !

Freud mettait l’accent sur l’idée que tout se résume à la physiologie. L’esprit humain et le cœur peuvent être mieux compris comme un effet secondaire des

Rav Yaakov

mécanismes du cerveau. Les êtres humains sont comme des machines qui répondent aux stimulations venant de l’intérieur d’euxmêmes ou de l’extérieur. L’homme est un être exclusivement physique, prévisible, un moteur sans D.ieu, toutefois, une machine très compliquée.

Victor Franck était en désaccord. Il sentait que Freud et ses collègues réduisaient l’être humain à une créature mécanique, et la privaient de sa véritable essence.

« Si Freud avait été dans les camps de concentration, écrit Frankl, il aurait changé d’avis. En dehors des tendances et des instincts naturels des hommes, il aurait rencontré la capacité humaine à se dépasser. L’homme est cet être qui a inventé les chambres à gaz à Auschwitz. Mais c’est aussi cet être qui est entré dans ces chambres à gaz en se tenant debout, avec Chema Israël sur ses lèvres.

Nous qui avons vécu dans les camps de concentration pouvons nous rappeler ces hommes qui traversaient les baraques pour apporter du réconfort aux autres, qui offraient leur dernier morceau de pain.

Peut-être étaient-ils peu nombreux mais ils apportent la preuve suffisante que tout peut être enlevé à l’homme sauf une chose : la dernière des libertés humaines, celle de choisir son attitude dans n’importe quelle circonstance, choisir sa propre voie. »

Il conclut en affirmant que même dans les souffrances les plus extrêmes, l’être humain peut trouver du sens et de l’espoir. « Ceux qui ont un « pourquoi » pour vivre peuvent supporter à peu près n’importe quel « comment ». L’homme n’est pas le fils de son passé mais il est le père de son futur.

Après la guerre, Frankl retourna à Vienne où il développa et expliqua dans des confé-

rences sa propre approche pour la cure psychologique. Il affirmait que les gens sont essentiellement conduits par « un élan pour trouver du sens à leur propre vie » et que c’est le sentiment qu’il y a une signification qui leur permet de surmonter les épreuves douloureuses. Dans la seconde partie de son livre, Frankl souligne que la forme de psychothérapie, qu’il a développée, appelée logothérapie, est basée sur ces croyances: il s’agit du traitement de la douleur émotionnelle, en aidant les gens à trouver du sens à leur vie et tout particulièrement par l’intermédiaire des valeurs spirituelles.

Mais dans la Vienne académique des années 40 et 50, on définissait les idées de Frankl comme une religion fanatique qui faisait ressurgir les vieilles idées démodées et non scientifiques de la conscience, de la religion et de la culpabilité. Ses cours n’étaient pas populaires et bientôt on fuit ses conférences.

-Ma situation était extrêmement difficile, confia Frankl au Rav Biderman.

Cher Rav Biderman ! J’ai pu survivre aux camps de la mort allemands mais je ne pouvais survivre à la moquerie de mes collègues qui n’arrêtaient pas de me tourner en dérision et de me discréditer.

Les pressions contre le docteur Frankl étaient si intenses qu’il décida d’abandonner. C’était simplement trop lourd à supporter ! Il regardait l’œuvre de sa vie sombrer. Jusqu’à ce que finalement, un jour, alors qu’il était assis chez lui à sa table, il commença à rédiger sa lettre de démission. Il avait décidé de déménager en Australie où résidait sa sœur. Dans la bataille entre Freud et Frankl, Freud sortirait triomphant.

Etre sans âme s’avérait plus puissant qu’avoir une âme.

L‘ESPOIR ET LA RÉSOLUTION

Et puis soudain, alors qu’il était assis chez lui, effondré, une dame entra dans sa maison. Elle lui envoyait les salutations d’un Maître ‘hassidique, Rabbi Schneerson de Brooklyn, New York. Son message ? « N’envisagez même pas de renoncer ! Ne désespérez pas. Si vous continuez votre travail, avec une détermination absolue, vous l’emporterez ! »

Frankl était stupéfait. Quelqu’un, de Brooklyn, pas moins qu’un Rabbi ‘hassidique, connaissait son malheur ? Et plus encore, il avait envoyé quelqu’un pour le localiser à Vienne et l’inonder d’encouragement et d’inspiration ?

Frankl se mit à pleurer. Il était profondément ému et se sentit un homme nouveau. C’était exactement ce qu’il avait besoin d’entendre. Quelqu’un croyait en lui, en son travail, en ses contributions, en ses idées sur l‘infinie transcendance et le potentiel de l’être humain.

- A ce moment précis, j’ai su que je ne capitulerai pas. J’ai déchiré mes papiers de démission. Un nouvel élan de vitalité soufflait en moi. Je suis redevenu confiant et motivé.

LE COURAGE D’« UN PROFESSEUR »

Le Rabbi, nous le savons de sources variées, était très versé dans l’important débat qui portait en lui les différentes ramifications de la future psychanalyse et thérapie. Dans une lettre du 31 Mai 1962 (27 Yiar 5722), le Rabbi se désole sur le fait que certains psychiatres et psychologues

ressentent le besoin de commencer « le traitement de leurs patients en parlant contre D.ieu, contre le respect pour une réalité Suprême, contre le respect du père et de la mère, etc. Il nous faut rechercher et explorer pour savoir quels sont les bénéfices si grands de ce type de traitement. Et même si c’est important, cette approche ne s’avère-t-elle pas contreproductive au fil du temps ?

Il est évident, poursuit le Rabbi dans sa lettre, que certains médecins ont aidé leurs patients d’une manière adéquate, et tout particulièrement depuis qu’un professeur a trouvé le courage, dans son âme, de déclarer et de proclamer que contrairement à l’opinion du célèbre fondateur de la psychanalyse, la foi en D.ieu et une tendance religieuse en général, qui donne un sens à la vie, constituent les moyens les plus efficaces pour soigner, etc.

Néanmoins, suite à plusieurs raisons, cette philosophie n’a pas pénétré l’opinion générale de ces médecins… »

Il est clair que le Rabbi se réfère ici au courage que manifesta « un professeur », Viktor Frankl, pour s’élever contre l’école freudienne et déclarer que découvrir le sens de la vie est la cause première du bien-être et de la santé émotionnelle. Comme nous l’avons vu, une partie de ce courage fut insufflée par le Rabbi lui-même.

LE CONFLIT ENTRE LA RELIGION ET LA THÉRAPIE

Pourquoi la communauté académique renvoya-t-elle le docteur Frankl ?

Dans une lettre datée du 19 Juin 1969 (3 Tammouz 5729) adressée à une psychiatre israélienne, le docteur Stern-Mirz à ’Haïfa,

Mrs Mozart, Viktor Frankl et le Rabbi de Loubavitch

à propos de l’un de ses patients, le Rabbi propose une raison possible.

« Je voudrais saisir cette occasion pour ajouter un point supplémentaire, bien que dans son cas précis, la condition médicale de… prouve (si tant est qu’une preuve soit nécessaire dans ce domaine) la grande force de la foi, et tout particulièrement dans l’action pratique, le travail communautaire, l’observance des mitsvot, etc., pour fortifier la tranquillité émotionnelle, pour diminuer et parfois même éliminer les conflits intérieurs, tout comme les « plaintes » que l’on peut exprimer vis à vis de son environnement, etc.

Cela se produit, en dépit de la philosophie qui stipule que la foi et la religion demandent de la personne « l’acceptation du joug » pour se restreindre et supprimer les instincts et les élans naturels, et est donc indésirable pour toute personne, particulièrement dans le cas d’une personne qui requiert un traitement pour de l’anxiété émotionnelle.

J’ai particulièrement porté mon attention sur les écrits du docteur Frankl (de Vienne) à ce propos. Cependant, à ma surprise, son approche n’est apparemment pas suffisamment répandue et appréciée. Bien que l’on puisse trouver de nombreuses raisons pour justifier que ses idées ne sont pas très acceptées, y compris le fait qu’un tel traitement est liée à la vie personnelle dont le médecin traitant donne l’exemple, néanmoins la question (quant à savoir pourquoi elles ne sont pas acceptées) demeure toujours. »

Une anecdote pour illustrer ces faits :

Un psychiatre juif religieux, Jacob Greenwald (aujourd’hui à Jérusalem) a raconté qu’un jour il fur invité à rencontrer le Rabbi. Le Rabbi voulait savoir s’il était familier avec les écrits de Viktor Frankl et s’il pouvait les intégrer dans une perspective de la thérapie toranique. Greenwald fut surpris de constater à quel point le Rabbi était familier avec l’œuvre de Frankl, « tout particulièrement compte tenu du fait que

d’après ce que je sais, à cette époque, ses écrits n’étaient disponibles qu’en allemand et en portugais. »

UTILISEZ-MOI COMME RÉFÉRENT

L’étroite relation entre le Rabbi et Frankl se révèle également dans l’épisode suivant.

Au début des années 70 (vers 19731974), Clive Cohen, étudiant la psychologie à l’université de Leeds, se rendit chez le Rabbi. Clive, qui commençait à explorer les enseignements du judaïsme à la yechivah ‘habad de Morristown NJ, demanda au Rabbi comment envisager les différents conflits entre l’étude de la psychologie et les modèles du Judaïsme.

Le Rabbi suggéra qu’il corresponde avec Viktor Frankl sur le sujet. « Si vous le voulez, ajouta le Rabbi, vous pouvez utiliser mon nom comme référence. »

UNE INFLUENCE INTERNATIONALE

Revenons à la conversation téléphonique entre le chalia’h ‘habad de Vienne et le docteur Frankl.

- Et c’est vrai, confirma le docteur, que les paroles du Rabbi Schneerson se matérialisèrent. Mon travail commença à rencontrer du succès.

Très vite, l’œuvre maitresse de Frankl, Découvrir un sens à sa vie fut traduite en Anglais (d’abord sous un autre titre). Elle est devenue, jusqu’à aujourd’hui, un bestseller, considéré comme l’un des livres les plus influents du XXème siècle. La carrière du professeur commença à s’épanouir. Celui dont on s’était autrefois moqué devint l’un des psychiatres les plus célèbres de sa génération. Découvrir un sens à sa vie a été traduit en une trentaine de langues et vendu à plus de dix millions de livres, durant

sa vie. Frankl est devenu un conférencier d’honneur dans deux cent neuf universités, dans cinq continents. Il détenait vingt-neuf doctorats honoraires d’universités de par le monde et reçut dix-neuf récompenses et médailles internationales, pour son œuvre dans le domaine de la psychothérapie.

Son mode de thérapie a inspiré des milliers d’autres ouvrages, des séminaires, des ateliers de travail, tous basés sur les idées de Frankl selon lesquelles l’homme possède la force unique de choisir sa voie et de découvrir du sens dans chaque expérience qu’il traverse.

Viktor Frankl conclut son histoire par ces mots :

Ey’h vel eym elbek dankbar zeïn : « je lui serai éternellement reconnaissant, à lui le Rabbi de Loubavitch ! »

‘HABAD EST UNE BONNE CAUSE

Ne sachant pas à qui il avait raconté son histoire, Viktor Frankl ajouta :

- Il y a un certain nombre d’années, ‘Habad s’est établi à Vienne. Je suis devenu un supporter. Vous devriez aussi les soutenir. Ils sont les meilleurs…

Rav Biderman comprenait enfin pourquoi ‘Habad recevait chaque année un chèque par courrier.

En fait, dans une conversation avec Rav Biderman, le gendre non-juif de Frankl, le professeur David Vesely, raconta que sa belle-mère, Eleonore Frankl, lui avait confié que son mari parlait du Rabbi avec beaucoup de respect.

Marguerite, qui passa les dernières années de sa vie à Vienne, devint une amie fidèle de ‘Habad en Autriche. « Elle redécouvrit ses racines, raconte Rav Bider-

Mrs Mozart, Viktor Frankl et le Rabbi de Loubavitch

man. Elle mourut en Mars 2000 et elle est enterrée dans le cimetière juif de sa Vienne bien-aimée. »

PRIÈRES QUOTIDIENNES

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Quand on interrogeait le docteur Frankl sur sa foi, il donnait toujours une réponse ambiguë. Il ne témoigna jamais, tout au long de sa vie, d’un lien quelconque avec la foi ou la pratiques juives.

Et pourtant, en 2003, le docteur Shimon Cohen, un expert autrichien sur Frankl, rendit visite, à Vienne, à son épouse Eleonore. Elle sortit une paire de tefilines et les lui montra.

-Feu mon mari les mettait chaque jour, lui dit-elle.

Puis elle prit une paire de tsitsit qu’il s’était fabriqués» pour les porter.

- La nuit, au lit, poursuivit-elle, Viktor récitait le livre des Psaumes.

En fait, Haddon Kinberg, auteur de l’ouvrage Quand la vie nous appelle : l’amour et l’œuvre de Viktor et Elly Frankl, seule biographie autorisée de Viktor et Eleonore (« Elly ») écrit :

« Après sa mort, j’ai demandé à Elly s’il faisait réellement ses prières chaque jour. Absolument ! Il n’a jamais manqué un seul jour. Chaque matin, pendant plus de cinquante ans. Mais personne ne le savait. Quand nous voyagions, à travers le globe, Viktor prenait ses phylactères avec lui, et

partout, chaque matin, il priait. Il murmurait les mots qu’il avait retenus des prières juives et des Psaumes.

Après la mort de Viktor, j’ai vu ses phylactères pour la première fois. »

Elly les avait rangés dans le petit coffre qui contenait ses possessions les plus simples…

Le gendre de Frankl le confirma également à Rav Biderman :

« Mon beau-père s’enfermait chaque jour dans une chambre, pendant un moment. Un jour, j’ai ouvert la porte et je l’ai vu portant des boites noires sur la tête et sur la main. Mon irruption dans son intimité l’ennuya. Toutefois, quand il fut conduit à l’hôpital, sa pratique de mettre les tefilines devint publique. »

(Le petit-fils de Frankl confirma également que son grand-père mettait les tefilines chaque jour. Même lorsqu’il fut hospitalisé, il les prit avec lui. « Quand on l’emmena pour la dernière fois à l’hôpital, où il mourut, il me dit qu’il n’en avait pas besoin. J’étais étonné. Apparemment il sentait que c’était la fin. »)

Il semble que le Rabbi ait été déterminé à aider le docteur Frankl à publier ce message au monde : nous avons réellement une âme ; l’âme est la partie la plus profonde, la plus réelle de notre être ; et nous ne serons jamais entièrement en vie, tant que nous n’aurons pas accès à notre âme.

Cet article a été utilisé et traduit avec la permission de www.TheYeshiva.net. L’auteur de cet article est l’un des conférenciers les plus recherchés dans le monde juif d’aujourd’hui. Pour s’inscrire aux essais hebdomadaires de Rav YY Jacobson ou pour assister à ses cours, rendezvous sur le site www.TheYeshiva.net.

Elles racontent…

Cette rubrique se propose de rapporter des rencontres avec des femmes spéciales.

Leurs témoignages sont simples ou plus originaux mais ils sont tous exceptionnels !

Lynda

Bensoussan

ou

l’enthousiasme

Parle-moi des débuts:

Tout a commencé par le Talmud Torah à Roissy en Brie, en 1976.

Mon mari (Messod Bensoussan, ah) a commencé ce Talmud Torah et directement, sans la moindre hésitation, il a enseigné aux enfants les notions essentielles et souvent inconnues de la pratique juive. Je peux citer par exemple l’importance de faire le néguel wasser (se laver les mains, dès le réveil, au pied du lit, sans avoir fait trois pas).

Même s’ils ignoraient tout du Judaïsme élémentaire, il a immédiatement familiarisé les enfants avec ces actes simples mais tellement importants.

Il joignait l’exemple pratique à la théorie et leur montrait comment procéder avec une bassine et un kéli (récipient pour verser l’eau).

Je me rappelle de mamans affolées par la possibilité d’un court-circuit, avec l’eau qui coulait par terre ! Mais il avait tôt fait de les rassurer.

An fur et à mesure des cours du Talmud Torah, les mamans commencèrent à réclamer pour elles- aussi des cours. Mon mari s’est alors adressé au Beth Loubavitch et Bassie (Madame Azimov, ah) s’est alors écriée : « Mais votre femme, bien sûr ! »

Et c’est comme cela qu’a débuté le cours des femmes.

On voit comment se développait la révolution du Rabbi et l’accomplissement du célèbre verset : « et les enfants ramèneront le cœur des parents » !

Quand j’ai su que c’était moi qui devrais donner ce cours, j’étais terrorisée, j’étais en pleurs ! Je n’avais jamais parlé en public, je ne savais pas comment faire, mais j’ai fait.

Qui assistait à ce cours ?

Dès les débuts, il y avait environ une vingtaine de femmes.

Ont-elle accepté facilement de venir ?

Il faut comprendre. Ces familles avaient décidé de « s’expatrier », même loin, pour vivre dans le confort d’une belle, grande et confortable maison. Mais elles se sentaient seules dans leur grande maison. Et ce cours fut pour elles l’occasion de se retrouver et de tisser des liens étroits. C’était « une vraie famille ».

Je peux te dire qu’aujourd’hui encore, leurs liens sont restés très serrés. Même si certaines ont fait leur aliyah, elles continuent toujours à communiquer entre elles.

Elles sont toujours présentes dans les occasions importantes de ma vie.

M. et Mme Bensoussan distribuant des cadeaux aux enfants de l’école

Qu’est-ce qui les intéressait ?

Dans les années 70-80, la situation des Juifs n’était pas facile, non plus. Il y avait les guerres d’Israël, l’attentat de la rue Copernic, etc.

Et chaque fois que j’arrivais, la première question qu’elles me posaient était : « Et que dit le Rabbi par rapport aux événements ? »

Elles venaient chercher le réconfort qu’immanquablement le Rabbi apportait.

Comment réagissaient-elles ?

Je peux donner quelques exemples.

Je leur avais rapporté que le Rabbi disait que chaque bougie de Chabbat allumée sauve un soldat. Non seulement, elles allumaient les bougies mais elles faisaient allumer les femmes de leur famille.

Elles sont devenues de véritables « phares », qui guident les bateaux dans l’océan obscur.

Roissy en Brie, c’est loin ! N’était-ce pas difficile pour toi de t’y rendre chaque semaine?

Je leur disais toujours que pour moi, aller loin, c’était « mon soleil de nuit » !

Car moi aussi, je tirais beaucoup de plaisir à y aller. Et aussi du concret !

Un jour, je leur ai apporté un poulet pour leur montrer comment procéder à la cachérisation. A cette époque, la viande et la volaille que l’on achetait n’étaient pas cachérisées.

Elles ont donc appris mais à la fin de la « leçon », elles ont utilisé le poulet et à leur tour m’ont enseigné…comment faire un poulet farci.

Progressaient-elles ?

C’est incroyable ! A chaque cours, chacune racontait ce qu’elle avait fait et c’était comme une chaîne.

L’une d’entre elles a très vite cachérisé toute sa cuisine.

Il faut comprendre qu’à l’époque, c’était dur, très dur. Peut-être qu’aujourd’hui on a plus l’habitude…

Mais voir « débarquer » une équipe qui disait qu’il fallait se débarrasser d’au moins la moitié de sa vaisselle (impossible à cachériser), brandir un chalumeau… tout cela était très difficile !

Alors quand cette dame a tout cachérisé très rapidement, les autres furent très étonnées.

Au Gan de Choisy le Roi, avec la Mora

Elle a alors raconté que quelques années plus tôt, sa très jeune fille avait du subir une opération très bénigne. Mais au milieu de l’opération, le chirurgien lui avait fait savoir que les choses étaient devenues très graves, très sérieuses.

Elle s’était donc adressée à D.ieu et avait promis : « D.ieu ! Si Tu la guéris, je respecterai la Cacherout ! »

Et voilà qu’elle en avait l’occasion ! Elle n’a pas hésité. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’elle a donné envie aux autres de le faire ! Et je peux te dire que chaque semaine, une nouvelle cachérisation était planifiée !

Mme Léa Nicole Perez ה״ע (de Strasbourg)

D’autres exemples ?

L’une des dames a perdu son père. Or, il aimait beaucoup le Chabbat. Elle a donc décidé qu’elle allait respecter le Chabbat. Comme la famille habitait très loin, ils ont même déménagé pour se rapprocher de la Choule.

Par la suite, c’est son mari, qui est entrepreneur, qui a reconstruit toute la Choule.

Il faut comprendre que les dames parlaient entre elles dans une atmosphère très ouverte et très détendue. Elles ignoraient encore l’importance de la discrétion dans les lois de la vie familiale. C’est ainsi que lorsque l’une d’elles devait aller au Mikvé, elles en parlaient et en profitait pour en faire une sortie où elles l’accompagnaient…

Peux-tu raconter l’épisode qui t’a le plus touchée ?

Voilà un épisode qui m’a beaucoup émue.

L’une des femmes était vraiment extrêmement éloignée.

Elle disait : « Chabbat, je ne peux pas le respecter. Il m’est impossible de ne pas allumer l’électricité !

La Cacherout ? C’est impossible ! Cela m’obligerait à couper tous les liens familiaux. Cela c’est exclus !

Que me reste-t-il ? Je crois que pour moi, se couvrir la tête est ce qu’il y a de plus facile ! Cela n’engage que moi. »

Et elle s’est acheté une perruque en tous points semblable à ses propres cheveux !

Et presque toutes l’ont imitée !!!

L’esprit qui régnait là-bas, c’était, comme je l’ai dit, un esprit de famille. On faisait tout ensemble !

Je dois préciser qu’aujourd’hui les petits-enfants de cette dame sont tous au ‘hédèr et à la yechivah !

Le Rabbi a su tirer de chacune exactement ce qu’elle pouvait faire, au moment où elle pouvait le faire.

Et l’école juive ?

Quand le Rabbi demandait quelque chose, nous transmettions.

Les enfants devaient aller dans une école juive.

A ce moment-là, Otzar Hatorah n’existait pas. Seuls quelques enfants étudiaient dans une petite cuisine.

Deux membres de ce qui deviendrait la direction essayaient de faire du recrutement dans la région.

Mon mari leur demanda de s’intéresser aux enfants de Roissy en Brie, en leur affirmant que les parents seraient intéressés et qu’il y avait du monde.

Ils se sont dit : « Voilà un petit couple bien rêveur !!!! »

C’est un car entier d’enfants que mon mari a rempli !

Le Rabbi est auprès de nous à chacun de nos pas et répond à nos prières, avant même qu’elles n’aient été formulées !

Quel message voudrais-tu adresser aux jeunes femmes qui s’engagent dans la voie de la chli’hout ?

Je ne me suis jamais senti posséder un « diplôme » de chlou’ha.

Etre chlou’ha, cela ne veut dire : transmettre. L’on transmet, l’on est une chlou’ha.

Comme on peut le lire dans la Hayom Yom du 8 Tamouz :

Nous constatons que D.ieu chérissait Avraham surtout parce que : « il ordonna à ses enfants et à sa maisonnée ».Or le mot ici traduit par : « ordonna » (yetsavéh) peut aussi signifier « lier ».Cela implique que tous les extraordinaires accomplissements d’Avraham, en dépit de ses épreuves, étaient pâles par rapport à ses injonctions et son lien avec les autres, par rapport au fait qu’il leur permettait à eux-aussi d’être méritants.

Reb Messod Bensoussan ה״ע avec le Rabbi

Shterna

Lubecki ou

l’organisation

Comment êtes-vous devenus chlou’him à Rouen ?

Cela représentait un challenge. Depuis Guimel Tamouz, aucun chalia’h n’avait été nommé officiellement en province.

Après mûre réflexion, la décision a été prise de nous envoyer en province et quelques instants plus tard, mon mari, Chmouel gagnait le Goral de ‘Haf Av.

Il avait sa réponse! Et il est parti annoncer au Rabbi qu’il était devenu chalia’h.

Pourquoi Rouen ?

Le choix entre plusieurs villes de province nous a été proposé. Certaines étaient déjà bien organisées.

A Rouen, il y avait une choule mais ni magasin cacher, ni école, ni mikvé.

Mais c’était près de Paris.

A l’époque, il fallait une heure pour s’y rendre. Bizarrement aujourd’hui, il faut plus longtemps !

A Pessa’h, nous avons passé les fêtes chez nos parents, à Paris (nous étions encore à Detroit, USA), et nous avons décidé d’aller voir sur place si l’endroit nous plaisait. C’était ‘Hol Hamoèd Pessa’h

En sortant de la gare, nous avons emprunté la fameuse rue Jeanne d’Arc et tout à coup, nous avons croisé la rue Morand !!! La rue Morand est la rue où habitent mes parents à Paris et où j’ai passé toute ma jeunesse ! Un signe ?

Nous avons continué notre chemin et nous sommes tombés sur l’Hôtel des Flandres. Les parents de Chmouël habitent depuis toujours le quartier de Flandres ! Un autre signe ?

Nous étions presque arrivés à notre destination, la Choule et un couple nous a arrêtés. C’était des gens pratiquants :

- Vous vous installez ici ? C’est formidable !

Eux s’en allaient justement car leurs enfants ayant grandi, ils rejoignaient Paris pour les écoles, etc.

Ils étaient tout contents que quelqu’un prenne le relai.

Nous n’étions pas encore décidés, mais vraiment l’impression de départ était favorable.

Le 1er Septembre nous aménagions dans un bel appartement, spacieux, puis nous irions habiter rue des Bons Enfants, à Rouen !!!

Il faut savoir qu’ici à Rouen, vivaient autrefois beaucoup de Juifs.

Il y a même la Yechivah de Rachbam, le petit-fils de Rachi. C’est « la maison sublime », qui se trouve sous le Palais de Justice et que l’on peut visiter. Elle est située Rue aux Juifs !

Vos débuts ?

Nous avons reçu un très gentil accueil. Peu de temps après notre arrivée, j’ai du être hospitalisée. Personne ne me connaissait mais les gens se sont tous manifestés très gentiment auprès de mon mari.

Les débuts, comme pour tous les jeunes couples, n’étaient pas évidents. Par exemple, je faisais mes ‘hallot et ma pâtisserie dans un petit four que j’avais payé 30 euros. Un jour, une dame m’a complimentée pour les bons gâteaux que je faisais.

- Mais c’est dans un four minuscule et de très mauvaise qualité ! lui ai-je répondu

- Et bien moi aussi, je vais acheter un four à 30 euros ! a décidé la dame.

Il faut comprendre qui sont les gens que nous rencontrons.

Rouen est une ville universitaire, proche de Paris. Aussi y a-t-il de nombreux étudiants de passage, des internes qui passent ici cinq, six ans ou plus, qui partent, reviennent…

Et puis Rouen est une ville normande très touristique. Nous recevons donc des voyageurs également de passage. On m’a même demandé plusieurs fois de faire des repas cacher pour des vacanciers en croisière et dont le bateau passait par ici !

Donc, dès le début, chaque Chabbat, nous recevions dix à quinze étudiants.

Avez-vous tout de suite envisagé de construire un Beth ‘Habad ? Non. Nous avons d’abord travaillé de concert avec la synagogue. C’est d’ailleurs toujours l’endroit où nous prions, notre synagogue.

Depuis 2012, à la demande de la synagogue, grâce à elle, nous avons pu ouvrir un Beth ‘Habad où nous nous y organisons les activités annexes : le Talmud Torah, le Gan Israël, des repas de Pourim, de Soukoth, etc.

Et pour l’école ?

Comment et où as-tu scolarisé tes enfants ?

Au début, je ne pensais pas aux « difficultés » futures. Et puis en 2008, j’ai commencé un gan, à la synagogue pour trois enfants, dont deux à moi ! J’ai trouvé une ganéneth qui avait accepté de faire tous les jours l’aller-retour Paris-Rouen.

La deuxième année, je me suis personnellement occupée du gan.

En 2009, deux jeunes-filles sont venues de Paris et sont restées sur place. On leur a loué un appartement. Et elles nous aidaient dans la chli’hout. Cela a duré trois ou quatre ans.

Mais les enfants ont grandi et il leur fallait une école adéquate.

Nous nous sommes donc organisés différemment. Nos enfants vont à l’école à Paris. La présence des parents auprès d’eux est indispensable mais une présence à Rouen l’est aussi. Nous assurons donc un relai. Le lundi mes enfants partent à Paris. Je les rejoins dans l’après-midi et je reste avec eux jusqu’à mercredi. Pendant ce temps, Chmouël est à Rouen. Il vient à Paris le mercredi et revient avec eux le jeudi soir.

De cette façon, il y a toujours au moins l’un de nous avec les enfants et l’un de nous à Rouen.

L’École rabbinique, le plus vieux monument juif de France, découvert sous le Palais de Justice en 1976

Je sais que cela peut paraître difficile mais au Kinous Hachlou’hot, certaines femmes que j’en rencontrées font bien plus d’efforts que moi. Certaines envoient leurs enfants dès six ans vivre chez les grands-parents, par exemple.

A quelles autres difficultés êtes-vous confrontés dans votre chli’hout ?

J’ai parlé de l’école, je vais parler du mikvé. Pour s’y rendre, en été par exemple et après Chabbat ou les fêtes, il faut parfois prendre un taxi et payer environ 300 euros pour aller à Deauville ou à Paris et rentrer vers trois ou quatre heures du matin !

Un jour que je me trouvais au mikvé dans le XVIème arrondissement, j’entamai une discussion avec une dame.

- Et vous d’où venez-vous ? me demanda-t-elle.

Quand elle entendit que je venais de Rouen, elle s’exclama :

- Et moi qui habite à deux pas et qui ai la « flemme » de venir !!! Alors là vous me donnez de la force !

Vous voyez, c’est dans les difficultés qu’on rencontre le succès.

Je dois quand même ajouter que B’H’, il y a deux mois, nous avons enfin pu faire l’acquisition d’un terrain pour y construire un mikvé,

sous la responsabilité de Monsieur Cohen, président de l’« Association Rodomikvé » !

Bien sûr les fonds manquent encore mais une chose est sûre, chaque fois qu’on rencontre des difficultés financières, un miracle se produit. On trouve dans la boite aux lettres un chèque d’un étudiant reconnaissant et qui l’exprime plusieurs années après, etc.

Une autre difficulté à Rouen concerne les mariages mixtes.

Ici, le plus curieux est que souvent les enfants nés de père juif et de mère non-juive sont plus impliqués que les enfants nés d’une mère juive mais complètement et totalement assimilée.

Ce qui est magnifique, c’est que pour contrebalancer cette difficile réalité, chez nous se sont formés plusieurs couples et nous avons pu assister à leur mariage. Chmouël s’est même rendu récemment en Israël au mariage de l’un de ces couples !

As-tu des anecdotes à raconter ?

Justement à propos de ce que je viens de dire :

Il y a deux semaines, une dame m’a abordée pendant que je faisais mes courses.

- Vous habitez rue des Bons Enfants ?

Quand j’ai répondu par l’affirmative, elle m’a dit :

- Je vois souvent votre mari. Ecoutez, je voudrais qu’il aille voir mon père à l’hôpital. Il est en train de vivre ses derniers moments. Ma mère n’était pas juive, je ne suis pas juive mais lui, si. Et je suis sûre que ça lui fera du bien.

Chmouël est allé voir ce monsieur, durant ces deux dernières semaines. Il a parlé yiddish avec ce survivant d’Auschwitz. Il lui a mis les tefilines pour la première fois de sa vie. Le monsieur a quitté ce monde Chabbat dernier. Demain c’est son enterrement et il aura mérité d’être enterré comme un bon Juif !

Encore ?

Nos parents ont fait un bon travail et nous en récoltons les fruits !

Très souvent, mes parents nous emmenaient en vacances au VVF de Forges-les Eaux.

Un jour, dans un supermarché, ils ont fait connaissance d’une dame qui habitait cette petite ville : Madame Drai. Je me rappelle de cette dame parce qu’elle avait une coiffure distinguée : un chignon à la Simone Veil !

J’étais très jeune mais je me rappelle qu’on allait jouer dans son jardin et qu’elle enfermait son chien !

Chaque fois qu’on allait à Forges-les-Eaux, mes parents lui rendaient visite. Elle leur confiait ses graves soucis, à propos de ses enfants.

Quand je suis arrivée ici, à Rouen, j’ai eu besoin de me rendre chez une kinésithérapeute. Elle m’a dit qu’elle travaillait trois jours à Rouen et trois jours à Forges-les-Eaux. Ce mot : « Forges-les-Eaux » me rappela des souvenirs. J’appelai ma mère et elle me dit que cette dame, Madame Drai, avait très certainement fait son aliyah, elle en parlait déjà beaucoup, à l’époque.

Mon mari doit hélas souvent s’occuper d’enterrements. Après l’une de ces occasions, il rentre à la maison et me dit qu’il a fait connaissance, à Forges-les-Eaux, d’une dame très sympathique…une certaine Madame Drai !!!

Depuis, c’est mon bras droit ! Elle est toujours présente, avec son énergie et son enthousiasme (elle a, B’H’, soixante-quinze ans), pour m’aider à organiser les fêtes et les festivités !

La boucle est bouclée !

Une autre histoire ?

Une interne en médecine qui nous fréquentait s’était mariée et était dans l’impossibilité mener ses grossesses à terme. Son mari a décidé de partir avec mon mari, sur le Ohel, à l’occasion de Guimel Tamouz. Quelques jours plus tard, elle lui annonçait une bonne nouvelle et c’est ainsi que le petit Yossef Mendel a pu voir le jour !

Encore !

Cette histoire est personnelle.

Ma fille Moussia, à un an et demi, s’est très grièvement brûlée, un mardi, trois jours avant Pourim.

Mon mari l’a immédiatement conduite à l’hôpital et je peux dire que ce fut le début d’un cauchemar. A Paris, on donne des soins particuliers, dans cette situation, mais à Rouen, ils ont fait des pansements qu’on devait changer tous les deux jours.

Le jeudi, elle a développé une très forte fièvre et les médecins ont décidé de la garder à l’hôpital pour des examens. C’était le jeune d’Esther. Le soir, on lisait la meguilah.

Mes sœurs sont immédiatement venues pour nous épauler. Mais nous ne savions pas quoi faire. D’un côté, nous avions prévu un repas de Pourim, le vendredi soir, pour une vingtaine d’étudiants. Mais le vendredi, l’hôpital nous fit savoir qu’ils gardaient encore Moussia, sa situation ne s’améliorant pas.

Nous nous relayions sans cesse à l’hôpital, mon mari, mes sœurs et moi. Nous ne savions pas quoi faire mais finalement avons décidé de ne pas annuler la seoudat Pourim. Mes sœurs resteraient à l’hôpital avec la petite et après le repas, mon mari et moi les remplacerions.

Mais au moment de partir, nous trouvons mes sœurs devant la porte: Moussia venait d’être admise en réanimation et seuls les parents pouvaient être présents.

Inutile de vous décrire les détails du cauchemar mais il finit bien B’H’. Ce repas de Pourim l’a sauvée !!!

Quand on est en chli’hout, chaque fois que l’on rencontre des difficultés, on peut les surmonter par les bra’hot du Rabbi qui ne cessent jamais.

Oui, on rencontre des défis qui paraissent insurmontables !

Oui cela demande du messirout néfèch !

Mais c’est tellement gratifiant. On a la force, la joie et l’envie de le faire.

Finalement tous les gens de la communauté deviennent notre famille

Quand on est en chli’hout, on est là pour une mission : on fait ce que le Rabbi nous demande de faire parce que même un seul Juif ne peut pas rester en arrière, et l’on est sûr que quand Machia’h viendra, on verra tous ces gens, qui ont pu avoir un contact avec le Rabbi, en première ligne pour l’accueillir.

Le Rabbi & Elie Wiesel

Intervention d’Elie Wiesel, en 1992, à Washington lors d’un dîner du Congrès américain (extrait)

J’espère que je me souviendrai toujours de ce que j’ai ressenti quand j’ai été introduit, pour la première fois, dans son bureau, il y a environ trente ans, et ce que nous nous sommes dit.

Le temps, en sa présence, courait à un rythme différent. Vous vous sentiez inspirés, vous vous sentiez scrutés, vous étiez amenés à vous interroger sur la quête de sens qui devrait être la vôtre.

En sa présence, rien n’est superficiel ni artificiel.

En sa présence, vous vous rapprochez de plus en plus de votre centre de gravité intérieur.

Mais ce qui est extraordinaire, en ce qui concerne le Rabbi, est que sont affectés non seulement ceux qui l’ont rencontré mais même ceux qui ne l’ont jamais rencontré. En quelque sorte, la présence d’un homme parmi nous envoie une émanation d’une qualité mystique qui touche des gens qui n’ont jamais entendu parler de lui, et cela, probablement plus que tout le reste, est ce qui rend le Rabbi si unique.

C’est grâce à son influence, à sa présence, que la conscience juive et l’éducation juive ont atteint des sommets sans précédent dans pratiquement chaque continent. Y a-t-il un endroit sous le soleil où ses émissaires n’ont pas apporté sa parole de tolérance, ancrée dans Ahavat Israël, dans l’amour d’Israël, qui en réalité, par extension, signifie l’amour de l’humanité ? Où que résident et travaillent des Juifs, ils deviennent en quelque sorte exposés au Rabbi.

Grâce à lui, un Juif, n’importe où et partout, ne peut que ressentir qu’il ou elle appartient à un peuple ancien dont la tradition met l’accent sur l’importance de sa tâche plutôt que sur les prérogatives de sa condition.

Grâce au Rabbi, un Juif devient un meilleur Juif donc un meilleur être humain, qui fait de ses frères humains des êtres plus humains, plus hospitaliers, ouverts à un plus grand sens de la générosité. Voilà où réside aussi la grandeur du Rabbi.

Certes, certains d’entre nous avons-nous eu la chance d’entendre ses leçons ; nous nous sommes joints à lui dans l’étude, dans le chant. Nous l’avons vu avec ses disciples. Nous avons été les témoins de ses accomplissements. C’est pourquoi je ressens, avec un profond sentiment de dévotion, d’affection et d’admiration que nous devrions lever nos verres et dire le’haïm à l’Admour de cette génération, au Seigneur, Maître et Rabbi dont la vie et le travail ont été une bénédiction pour bon nombre d’entre nous, en fait pour tout Israël et pour le monde entier.

Ainsi, au Rabbi, que pourrions-nous dire, en dehors du fait que nous sommes vos disciples, vos adeptes, parce que, comme vous et avec vous, nous croyons en l’étude, nous croyons en la prière. Nous croyons en la prière comme un lien entre un être humain et l’autre. Nous croyons en l’étude comme un lien entre une génération et l’autre. Et nous croyons en une mesure supplémentaire de solidarité qui doit être toujours présente, quoique nous fassions, pour notre peuple et pour chacun… »

Vie

Quotidienne

Une année douce et sucrée…

BEIGNETS D’ÉPINARDS

INGRÉDIENTS

▸ Feuilles d’épinards de taille moyenne

▸ Farine, sel, œufs, huile

PRÉPARATION

1 Couper les queues des épinards, les laver et bien les sécher. Chauffer l’huile à température moyenne.

2 Après avoir soigneusement vérifié les feuilles d’épinards, les tremper dans la farine puis dans les œufs battus et salés.

3 Les mettre à frire rapidement des deux côtés puis les égoutter sur du papier absorbant.

4 Tremper dans un miel liquide et saupoudrer de sésame.

BEIGNETS DE COURGE

INGRÉDIENTS

▸ 300 grammes de courge

▸ Farine, sel, œufs, huile

PRÉPARATION

1 Éplucher et couper la courge en fines lamelles.

2 Chauffer l’huile à température moyenne.

3 Les tremper dans la farine puis dans les œufs battus et salés.

4 Les mettre à frire pendant quelques minutes des deux côtés puis les égoutter sur du papier absorbant.

5 Tremper dans un miel liquide et saupoudrer de sésame.

INGRÉDIENTS

▸ Une barre de Guefilte Fish congelé.

▸ De la chapelure aromatisée à l’ail

▸ Huile

PRÉPARATION

1 Laisser décongeler la barre de Guefilte Fish.

2 Chauffer l’huile à température moyenne.

3 A l’aide d’une petite cuillère, former des petites boules que l’on déposera sur une assiette.

4 Paner les boulettes dans la chapelure et les faire frire pendant quelques minutes des deux côtés puis les égoutter sur du papier absorbant.

INGRÉDIENTS

▸ Une barre de Guefilte Fish congelé.

▸ Miel

PRÉPARATION

1 Placer la barre de Guefilte Fish dans un moule à cake.

2 Badigeonner le dessus avec un pinceau trempé généreusement dans le miel.

3 Enfourner à 170° pendant 25 minutes.

4 Retourner la barre et recommencer l’opération de l’autre côté.

POULET AUX AMANDES ET PRUNEAUX

INGRÉDIENTS

▸ 6 morceaux de poulet découpé

▸ 150 g de pruneaux séchés et dénoyautés et vérifiés.

▸ 150 g d’amandes entières.

▸ 4 gros oignons découpés en lamelles.

▸ 4 cuillères à soupe de miel

▸ 1 pincée de curcuma.

▸ 1 pincée de cannelle en poudre.

▸ 1 pincée de gingembre en poudre.

▸ 1 pincée de cumin.

PRÉPARATION

1 Faire revenir les morceaux de poulet dans une sauteuse jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés.

2 Les retirer et remplacer par les oignons en baissant le feu.

3 Une fois les oignons blondis, remettre le poulet sur les oignons et ajouter le curcuma, la cannelle, le gingembre et le cumin, le sel et le poivre. Arroser d’eau jusqu’à hauteur du poulet et rajouter le miel. Laissez cuire 30 minutes à feu doux.

4 Faire griller légèrement les amandes dans une poêle chaude sans matière grasse puis ajouter les amandes et les pruneaux au poulet. Remettre à mijoter 10 minutes.

5 Servir avec du riz basmati.

KNEIDLE’H

INGRÉDIENTS

▸ Environ 250g de farine de matsah.

▸ 4 gros œufs

▸ sel

▸ 1/3 de verre d’huile

PRÉPARATION

1 Bien battre les œufs.

2 Ajouter peu à peu la farine de matsah en continuant à battre les œufs. Faire attention à ne pas trop verser de farine de matsah car la préparation doit rester molle.

3 Incorporer l’huile et le sel.

4 Laisser reposer la pâte pendant 15 minutes au réfrigérateur, ou mieux au congélateur, la préparation va s’épaissir.

5 Mettre une casserole d’eau salée à bouillir et y verser 2 cuillères à soupe d’huile.

6 Former des petites boulettes de pâte et les placer dans l’eau bouillante.

7 Laisser cuire 10 minutes à feu doux.

8 Égoutter les kneidle’h et les servir dans un bouillon de poulet.

KRÉPLE’H

INGRÉDIENTS

POUR LA PÂTE

▸ 250g de farine

▸ 1 œuf

▸ Sel

▸ ½ verre d’eau

INGRÉDIENTS

POUR LA FARCE

▸ 250 grammes de poulet bouilli

▸ 1 gros oignon

▸ Huile

▸ Sel

▸ Poivre

PRÉPARATION

LA PÂTE

1 Dans un saladier, mélanger la farine, l’œuf, l’eau et le sel. Travailler la pâte qui doit être souple. Laisser reposer.

LA FARCE

1 Faire revenir dans l’huile l’oignon coupé en fines lamelles.

2 Hacher le poulet et les oignons ensemble en vérifiant l’assaisonnement.

3 Étaler finement la pâte au rouleau sur un plan de travail fariné.

4 Mettre une casserole d’eau salée à bouillir et y verser 2 cuillères à soupe d’huile.

5 Couper des carrés de pâte de 5 cm et y placer au centre une petite boulette de farce.

6 Replier en triangle en fermant bien les bords.

7 Plonger les kréple’h dans l’eau bouillante pendant 10 minutes à feu moyen.

8 Égoutter les kréple’h et les servir dans un bouillon de poulet.

FOIE HACHÉ

INGRÉDIENTS

▸ Une barquette de foie haché cachérisé.

▸ 2 gros oignons

PRÉPARATION

1 Faire durcir les œufs.

▸ 3 ou 4 œufs

▸ Sel, poivre

▸ 1 cuillère à soupe d’huile

2 Faire caraméliser les oignons et réserver.

3 Hacher longuement le foie, les œufs et les oignons en rajoutant l’huile, le sel et le poivre jusqu’à obtenir une pâte compacte. On ne doit plus distinguer les ingrédients.

4 Mettre très rapidement au frais et consommer dans les 48 heures, en tartines.

Preparez vraiment un mariage

Pour les parents, aucune joie n’est comparable à celle de marier leur enfant. Ils investissent du temps, des efforts et de l’argent dans les préparatifs de ce grand jour qui reste le point d’orgue de longues années de labeur, consacrées à éduquer leurs enfants.

Mais compte tenu du monde trompeur dans lequel nous vivons, où la matérialité est ce qu’il y a de plus important, il arrive parfois que l’extraordinaire puissance spirituelle de ce jour soit quelque peu « négligée ». Si nous voulons canaliser l’énergie spirituelle du jour du mariage afin d’engager le jeune couple dans le bon chemin, pour toute leur vie, cela exige un minimum de préparation. Cela ne va pas se faire tout seul.

Quand j’étais une jeune kalah, je vivais dans un monde différent, dans un monde où, avec un peu de chance le ‘hatan et la kalah pouvaient se rendre immédiatement après la ‘houpah, auprès du Rabbi pour y recevoir un dollar.

La Kedouchah (sainteté) était palpable et tout le reste secondaire.

Aujourd’hui, il nous faut prodiguer beaucoup plus d’efforts pour révéler l’immense Kedouchah du jour du mariage.

Les préparatifs ressemblent à ceux du Chabbat. La beauté spirituelle du Chabbat se reflète dans le matériel : la façon dont on prépare la maison, la nourriture et les habits.

Il arrive que l’on s’asseye autour d’une magnifique table dressée pour Chabbat mais que la conversation que l’on mène autour de cette table ne reflète pas la sainteté du Chabbat. Le matériel l’emporte !

La même chose est vraie du jour du mariage.

S’il est vrai que l’on souhaite que chaque détail matériel soit parfait, l’on doit également s’assurer que cela ne ternira pas l’essentiel : l’installation du jeune couple fondée sur la sainteté et la pureté.

POURQUOI UNE SIM’HA PUBLIQUE ?

Lorsqu’un ‘hatan et une kalah se marient, la fête n’est pas seulement réservée à leur cercle privé mais elle est partagée par toute la communauté et tout le klal Israël. La preuve en est, par exemple, que pendant la semaine des chéva bra’hot, on ne dit pas ta’hanoun dans la choule où le ‘hatan est présent.

Et c’est une mitsvah de participer à un mariage, et de danser et réjouir le ‘hatan et la kalah.

Pourquoi ? Pourquoi ne pourraient-ils pas célébrer cet événement en privé ? Pourquoi une telle exposition ?

Dans un maamar, le Mittele Rebbe, Rabbi Dov Ber, explique que la grande joie du mariage provient de l’union de deux moitiés d’une même nechamah (âme). On compare cela à deux bons amis, séparés pendant une longue période et qui sont à présent réunis. Le Mittele Rebbe explique que la joie de la réunion dépend de la proximité qu’ils avaient, de la longueur de leur séparation et de sa raison. Si l’un d’entre eux était en grand danger, en captivité, par exemple, ou gravement malade, la célébration de leurs retrouvailles sera naturellement plus grande.

Le ‘Hatan et la Kalah ne sont pas des amis très proches. Ils ont une nechamah unique qui vient au monde dans deux corps différents. Ils sont séparés pendant longtemps, en moyenne les vingt premières années de leur vie. De plus, ils sont envoyés dans un milieu rempli de dangers et il y a un risque évident qu’ils ne puissent être réunis dans la pureté.

C’est pour toutes ces raisons que la joie d’un mariage juif prend une dimension particulière. Et puisque toutes les nechamot du Peuple Juif ne forment qu’un, comme cela est expliqué dans le chapitre 32 du Tanya, la joie d’une nechamah (celle des mariés) est partagée par toutes.

Quand les deux moitiés de cette nechamah sont rassemblées, elles deviennent différentes. Le ‘Hatan et la Kalah créent ensemble quelque chose de nouveau. Ensemble, ils construisent une nouvelle maison juive. Nous avons tous fait cette expérience chimique : quand deux substances sont mélangées, elles deviennent un nouveau produit qui dégage son énergie particulière.

Lors d’un mariage, l’union des deux moitiés de cette nechamah dégage un ohr makif, une « une lumière qui dépasse les mondes », qui affecte tout le sédèr hahichtalchout, « l’enchaînement des mondes spirituels ».

Chaque détail du mariage juif reflète cette énergie nouvelle qui se libère.

SOUS LA ‘HOUPA

Quel sens y a –t-il à se tenir sous la ‘houpa ?

Rabbi Dov Ber explique que la ‘houpa représente une telle sainteté, au-delà du monde, que rien d’autre ne peut l’attirer ici bas.

Au moment du mariage, se déverse sur le couple cette énergie divine inégalée qui va les aider à construire leur vie ensemble. Au moment où ils se trouvent sous la ‘houpah, ils doivent communier avec D.ieu et attirer ainsi la révélation de cet extraordinaire potentiel.

Ils ressentent alors un sentiment de soumission, le désir et le messirout néfèch (abnégation) qui leur permettront d’accomplir la volonté de D.ieu.

Mais cette sensibilité nécessite une préparation et c’est tout simplement par l’étude qu’ils y accèdent.

LA PRÉPARATION

Nous désirons tous que nos enfants ressentent la sainteté de leur mariage. Pourtant, le jour du mariage se déroule souvent dans une sorte de flou. Pour la fiancée, il s’agit de la coiffeuse, de la maquilleuse, des photos, des photos et des photos.

Quand va-t-elle trouver un moment dans sa journée pour se concentrer sur l’essentiel, sur ce qui compte vraiment ?

Lorsque nos enfants, élevés selon le ‘hinou’h classique, se marient, ils souhaitent sincèrement que les choses se passent correctement. Il revient donc aux parents de faire en sorte que les sujets spirituels gardent la priorité. Pendant la période des fiançailles, la débordée. Shopping sur tous les fronts souvent trouver un appartement, le meubler.

Fréquemment elle travaille, prend des cours de préparation au mariage. Sa tête est quelque peu (pré)occupée par son avenir.

C’est pourquoi la préparation spirituelle au mariage devrait commencer dès que les jeunesgens sont en âge de se marier. De nombreux ouvrages ont été écrits sur le sujet.

LES COUTUMES DU JOUR DU MARIAGE

Elles sont nombreuses. Le Rabbi insiste sur le fait de donner de la tsedakah tout au long de la journée.

Lorsque je me suis mariée, le Rabbi avait souligné l’importance de mettre une boite de tsedakah sur les tables d’honneur. La famille et les amis seront encouragés à donner quelques pièces pour le mérite des mariés. A l’époque, chacun posait une boite de tsedakah, entourées de piécettes, en guise de centre de table, puisque souvent les invités ne disposent pas de monnaie. Qui s’en souvient ?

Le Rabbi a institué ce minhag. Rendons-lui honneur !

Et cela n’est qu’un exemple !

QUATRE THÈMES LIÉS AU JOUR DU MARIAGE

Roch Hachanah

Le jour du mariage représente un Roch Hachanah personnel ‘hatan et la . De la même façon que Roch Hachanah attire la vitalité pour toute l’année, le ‘Hatan et la Kalah attirent des bra’hot pour toute leur vie.

La façon dont se déroule le jour de Roch Hachanah affecte toute l’année. Il en va de même, si ce n’est plus, pour le jour de leur mariage qui a un effet sur toute la vie du couple.

Par ailleurs, Roch Hachanah fut aussi le jour du premier mariage de l’histoire, celui d’Adam et de ‘Hava. De nombreux détails du jour du mariage y trouvent là leur origine. On peut citer par exemple, l’orchestre qui joue de la musique. En effet, D.ieu avait prévu de la musique pour le mariage d’Adam et de ‘Hava.

Yom Kippour

Le mariage est également un Yom Kippour personnel pour les mariés. C’est la raison pour laquelle ils jeûnent sous la ‘houpah et pour laquelle le ‘hatan porte un kittel. Toutes leurs fautes sont pardonnées. En effet, Yom Kippour a la caractéristique de déverser une lumière divine qui nous « enveloppe ». Cette lumière se retrouve, représentée par la ‘houpah (qui enveloppe) le couple et la famille proche quand ils tournent sous la ‘houpah. Il faut donc faire techouvah. C’est pourquoi tous deux, lorsqu’ils font la prière de min’ha, récitent le vidouï, en se concentrant sur le sens des mots qu’ils prononcent.

Matane Torah

Le Don de la Torah représente le mariage entre D.ieu et le Peuple Juif. Se tenir sous la ‘houpah, c’est recréer et revivre le Don de la Torah.

L’époque du Machia’h

Le mariage entre D.ieu et le Peuple Juif ne fut pas finalisé au Mattan Torah puisque nous sommes encore en exil. Il le sera dans le futur, quand Machia’h viendra. Hachem dansera alors en cercle, avec les Tzaddikim. C’est l’une des raisons pour laquelle on danse en cercle, lors d’un mariage.

Chacune des sept bra’hot récitées sous la ‘houpah a une signification particulière qui influence la vie du couple.

Lorsqu’on est conscient de tous ces détails et qu’on les étudie à l’avance, cela donne du sens à ce que nous faisons. Il ne faut pas attendre la dernière minute.

S’ils n’ont le loisir de le faire plus tôt, les fiancés doivent s’y consacrer pendant la période des fiançailles, s’en imprégner et s’en inspirer.

Le 14 Kislev 5714, date anniversaire de son mariage, le Rabbi a parlé de l’importance des minhaguim. Il semble qu’aujourd’hui, il y en ait beaucoup plus que lorsque j’étais jeune. Cela tient au fait que beaucoup d’entre eux n’ont été connus que plus tard. Dans certaines lettres, Rabbi Levi Yits’hak donne à son fils des instructions sur la conduite à adopter le jour du mariage. Par exemple, il s’agit d’étudier le chapitre 25 du Tanya, ce jour-là. On peut au moins espérer que chaque ‘hatan s’y adonne à l’avance.

Ce passage parle de la techouvah, du son de soi, autant de fondements de l’existence.

Le Rabbi parle également du texte de l’invitation. Cela pourrait paraître constituer un détail mineur. D’ailleurs, souvent aujourd’hui, on n’envoie plus d’invitations. L’on se contente d’un mail.

Mais nous utilisons le même texte que celui qu’utilisa Rabbi Yossef Yits’hak pour le mariage du Rabbi et de la Rebbetsen.

Comme on le sait, le texte comporte quatre paragraphes et les premières lettres de chaque paragraphe forment le mot AHAVA, « amour ». Cependant, le Rabbi souligne que son beau-père ne souhaitait pas trop insister là-dessus. Il ne s’agira

donc de ne pas écrire les lettres en grand ou en gras.

C’est un exemple de coutume qui semble anodin. Pourtant, il exerce une grande influence spirituelle.

A propos de coutumes, le Rabbi cite : « Ouvre pour moi le chas d’une aiguille et Je t’ouvrirai les portes d’un palais ». Nous donnons à D.ieu une petite chose et Il nous rend beaucoup. Observer les coutumes du mariage, dans tous leurs détails, nous ouvre d’immenses perspectives durant toute la vie du couple.

LES TEHILIM, LE JOUR DU MARIAGE

Faire la lecture de tout le livre des Tehilim est une coutume pour la kalah le jour de son mariage. On sait que le Rabbi Yossef

Yits’hak avait mentionné certains chapitres à lire, à sa fille, Rebbetsen ‘Haya Mouchka. Comme on ignore lesquels, la kalah lit le livre entier.

Il est vrai que cela peut prendre plusieurs heures. Est-ce possible ? La réponse est positive si cela représente une priorité.

Dans bon nombre de maisonnées, cette journée est trépidante. Souvent, la maison est envahie par des enfants, des petits-enfants venus de l’étranger.

Il est vrai que la kalah va avoir du mal à s’isoler et se concentrer sur ses préparatifs « spirituels ».

C’est peut-être une bonne idée de conduire la kalah dans un endroit calme où elle pourra lire les Tehilim.

Si malgré cela, elle n’y parvient pas, certains les divisent entre les amies et les membres de la famille, pour en achever la lecture avant la ‘houpa.

VISITE AU OHEL

Le fait de se rendre sur la tombe des Tsadikim n’est pas une coutume ‘habad mais un minhag Israël.

S’ils ont la chance de pouvoir s’y rendre, le ‘hatan et la kalah prennent le temps de réfléchir à ce qu’ils veulent écrire dans leur pan et le faire calmement, en se concentrant.

L’on raconte qu’une kalah de Crown Heights décida, le jour de son mariage, de rendre visite à des enfants hospitalisés afin de les bénir. Puis, elle

s’est rendue dans une école où étudiaient de nombreuses jeunes-filles encore célibataires. Elle leur a souhaité un bon mazal. Elle a pu réussir cette prouesse car, comme elle l’a dit : « je ne voulais pas perdre une seule minute de ce jour spécial ».

GARDER LA MAÎTRISE SUR LES

PHOTOS DU MARIAGE

L’une de mes connaissances fut reçue par le Rabbi, en audience privée. Elle demanda comment faire des économies sur les dépenses du mariage. Le Rabbi lui répondit : « on peut se passer de photographe ».

Je ne dis pas qu’il faille en arriver là mais les photos offrent l’exemple-type du fait de mettre l’accessoire avant l’essentiel.

On veut tellement de bonnes photos de l’événement qu’on en oublie l’événement lui-même.

Or, le photographe n’est pas le maître de cérémonie. Vous en restez le patron. C’est vous qui le payez, il doit donc se soumettre à vos désirs. C’est un travail et son rôle consiste à satisfaire le client.

L’attitude du photographe consiste à prendre des milliers de clichés pour en choisir les meilleurs.

A-t-on besoin de cela ? Réfléchissez à ce que vous souhaitez pour ce mariage. Fixez à l’avance avec le photographe quelle est sa place. Vous n’êtes pas obligés de le suivre. C’est lui qui travaille pour vous.

L’une de mes amies, qui a déjà marié beaucoup d’enfants, dit toujours au photographe : « Je ne vous en voudrai jamais d’avoir raté une scène ou un cliché. Par contre, je serai très fâchée si vous vous trouvez sur le chemin ou donnez des ordres aux membres de la famille ou aux invités. Prenez les clichés que vous pouvez et ce n’est pas grave s’il manque quelque chose ».

J’ai entendu des photographes réclamer un minimum de deux à trois heures pour prendre les photos de la kalah

Pourquoi ? Pour qui ? En ce jour où la kalah est censée lire les Tehilim et se préparer au moment le plus important de sa vie, elle pose pour des centaines de photos pour que par la suite, elle puisse choisir le profil qui lui est le plus favorable !

Est-ce vraiment l’essentiel ? Si c’est bien fait, vingt minutes suffisent pour ces prises de vue.

Limitez, avant la ‘houpa comme après, le temps et le nombre de ces photos.

Quand le ‘hatan et la kalah se tiennent sous la ‘houpa, trois générations les accompagnent. Parfois elles sont bel et bien présentes : les arrière grands-parents, les grands –parents et les parents se tiennent sous la ‘houpa. Mais attention ! Le photographe doit disposer son matériel. Et il pousse le grand-père !

Non ! Traitons nos anciens avec respect, quitte à installer le photographe plus loin ou à prévoir une grande ‘houpa !

POSER AVEC FINESSE

Selon la Torah, les époux ne montrent pas en public de signes d’affection mutuelle. Le choul’han arou’h, pour illustrer cette idée indique qu’« une femme ne cherche pas les poux de son mari en public ». Et cela s’applique à n’importe quel contact intime, comme se pencher sur lui ou mettre un bras sur son épaule.

Certaines kalot demandent « où est le problème si ces photos sont destinées au couple seul et ne seront montrées à personne d’autre ? »

D’abord, il est difficile de garantir que personne ne les verra. Le photographe revendique la propriété des photos et demande un supplément pour ne pas s’en servir pour sa publicité !

On sait qu’un couple ne se touche pas avant le mariage. Que ressentira-t-il si la première fois que cela se produit, c’est en public ? Juste après la ‘houpa ? Et pour des photos ?

J’ai entendu cette petite histoire : l’installation d’air conditionné est tombée en panne, dans la maison du Rabbi. Un technicien d’une autre communauté est venu la réparer.

« Etes-vous Loubavitch ? demanda-t-il à la Rebbetsen.

-Oui.

-Alors, où est la photo du Rabbi ? C’est la première fois que je n’en vois pas dans une maison Loubavitch !

-J’ai l’original ! », répondit la Rebbetsen.

Quand on se marie, on a l’original. Un lien puissant unit les époux. Ils ont la vie devant eux pour renforcer et faire grandir ce lien. Quel est le besoin de ces photos qui ne reflètent même pas le sens ni la profondeur de leur relation !

Lorsqu’ils sortent de la chambre du yi’houd, ils sont unis au plus haut niveau de leur nechamah. Quelle photo est-elle capable de saisir cela ? Pourquoi rabaisser la sainteté de ce moment avec une photo dénuée de raffinement ?

Il ne s’agit pas de dire que l’unité entre le ‘hatan et la kalah doit inspirer la gène. Bien au contraire. Elle est si sacrée et sainte qu’on prend soin de la préserver et de ne pas l’afficher ne public.

Les chérubins placés sur le Aron Hakodech étaient une fille et un garçon. Ils s’enlaçaient. Mais ils étaient gardés dans le Saint des Saints.

Plus une chose est sacrée, plus on la protège et on en préserve l’intimité.

Tout comme on paie plus cher la nourriture cacher, les vêtements tsniout et un ‘hinou’h correct pour nos enfants, devons-

nous investir dans le bon photographe : celui qui est prêt à respecter nos priorités et à prendre des clichés corrects.

LES DANSES DU MARIAGE

Danser à un mariage n’est pas simplement une façon gaie d’exprimer notre joie pour le nouveau couple. C’est une mitsvah qui renferme un sens très profond. On se souvient que le mariage est l’union de deux moitiés d’une nechamah. L’élévation de la nechamah est si grande qu’elle soulève le corps au-dessus du sol. Lorsque l’on ressent la Kedouchah du moment, on danse alors différemment !

Selon la Kabalah, le ‘hatan et la kalah symbolisent deux forces opposées. Le ‘hatan est le machpiah (il donne) et la kalah est le mekabel (elle reçoit). Le ‘hatan représente l’eau qui coule vers le bas et la kalah représente le feu qui monte vers le haut.

Comment ces deux forces opposées s’unissent-elles ?

D.ieu fait la paix dans le ciel. Toutes les forces du monde font la paix lorsqu’elles sont soumises à D.ieu. Lorsque l’on soulève le ‘hatan et la kalah, pendant les danses, cela représente leur ascension pour accéder au plus haut niveau d’énergie qui leur permet de devenir UN.

La Kedouchah des danses du mariage si est grande qu’il nous faut rester vigilants pour la protéger. Discutez avec l’orchestre et fixez exactement quel type de musique vous souhaitez qu’il joue, afin de vous assurer que votre sim’ha reflètera l’esprit de l’événement.

Tout comme le photographe, l’orchestre n’est pas votre patron ! C’est vous qui le payez et c’est votre droit de décider. Trouvez quelqu’un qui travaillera avec vous

pour créer une magnifique atmosphère ‘hassidique.

Maintenant, la question se pose de savoir si les membres de la famille peuvent danser ensemble au mariage.

Avant les mivtsaïm, le Rabbi a mené deux combats : le premier pour que les femmes portent une perruques et le second pour qu’il y ait une me’hitsa cacher dans les synagogues et lors des mariages.

Il fut un temps, en Amérique, où les tables étaient mixtes et cela constituait la norme. Quant aux danses, même si les hommes et les femmes formaient des cercles différents, ils se voyaient danser.

D’après la hala’ha, il est interdit pour une femme de danser devant des hommes.

Le Rabbi a combattu pour que la me’hitsa cacher soit la norme lors des mariages.

Il y a des exceptions à ces lois : une femme peut danser avec son père et son grand-père. En ce qui concerne les frères et les sœurs, ce n’est pas si simple.

Dans certaines communautés existe la coutume de mitsvah tants. La kalah va du côté des hommes. Elle tient un côté d’un gartel et son père et d’autres membres de la famille en prennent l’autre côté et dansent.

Parfois elle porte un voile. Pas toujours. Elle peut également danser avec son ‘hatan.

Un Rav a, un jour, interrogé le Rabbi à ce propos.

« Les mitsvah tants ne sont pas un minhag ‘habad ! ».

La Rebbetsen ‘Hanna a écrit dans son journal que lorsque son fils s’est marié à Varsovie, elle et son mari n’ont pu assister à la cérémonie. Ils ont donc organisé une fête

à la maison, à Yekaterinoslav. Ce jour-là, elle a dansé avec son père, Rav Meir Chlomo Yanovsky. Si c’est bon pour la Rebbetsen ‘Hanna, pourquoi ne le serait-ce pour nous ?

La réponse du Rabbi tient en quatre points :

-On peut comprendre qu’il y ait des exceptions ce qui ne change pas le fait que ce n’est pas notre minhag.

-En regardant autour de nous, force nous est de constater que le concept de mitsvah tants a évolué dans beaucoup de mariages et s’est transformé en quelque chose de complètement inapproprié. Quiconque l’a constaté comprend très bien pourquoi on l’évite.

- Au temps des Avot, ils avaient l’habitude de construire de petits autels privés pour y offrir des korbanot et c’était parfaitement acceptable. Après la construction du Michkan, il est devenu tout à fait interdit de le faire.

Il y a des choses qui conviennent à une génération et sont inappropriées dans une génération différente.

Interrogez le Rav de votre communauté.

Un chef de famille a offert à un chalia’h de lui payer la moitié des frais du mariage de son enfant, à la condition qu’il y ait des mitsvah tants. Le Rabbi ne l’a pas permis.

La hala’ha est telle que si des hommes voient des femmes danser à un mariage ou si les danses ne sont pas correctes, on ne peut pas réciter le zimoun aux chiva bra’hot.

Le Rabbi explique que s’il existe une me’hitsah cacher, le nom de D.ieu est mentionné et Il fait descendre la sim’ha sur le monde en général et en priorité sur le

‘hatan et la kalah. Et c’est ainsi qu’ils seront heureux dans leur vie.

LES PETITES « FOLIES »

Avant le mariage, la kalah doit parler à ses amies et s’assurer que les divertissements qu’elles vont préparer seront de bon goût et appropriés. Elles sont là pour ajouter de la sim’ha et non pour transformer le mariage en carnaval de Pourim. J’ai assisté à un mariage où on dansait avec des masques de tous les présidents des Etats-Unis. Les filles entouraient également leur taille de mille et un accessoires. Le résultat n’était pas très élégant. Les danses servent-elles l’âme ou les corps ?

Cela demande à être discuté avant le mariage.

LA DANSE MEZINKE

Quand le dernier enfant de la famille se marie, il y a une tradition appelée mezinke

tants . Tous les frères et les sœurs dansent autour de leurs parents. C’est devenu tellement établi que l’on s’imagine que derrière tout cela, il y a une tradition ancestrale. Loin de là ! Ce n’est pas un minhag ‘habad. Pas même un minhag Israël.

Cela fait partie du folklore juif avec un peu de mythologie grecque. Cela nous est parvenu d’Ukraine.

Marier le petit dernier est en effet un événement qui métrite qu’on remercie D.ieu pour nous y avoir conduits.

Mais là encore, cela exige de la finesse : pas de frères et sœurs qui dansent ensemble.

Manifestez votre gratitude à D.ieu par des danses appropriées !

Puissions danser au grand Mariage entre D.ieu et la knesset Israël, avec la venue de Machia’h !

La lettre

La jeune femme sur l’estrade parlait avec beaucoup de sérieux et de sincérité des problèmes qu’elle avait rencontrés en cachérisant sa maison. Elle avait eu de nombreuses discussions avec son mari et de longs débats avec ses amis et proches qui avaient souvent abouti à des nuits sans sommeil. Elle en était venue progressivement à la conclusion que cachériser sa maison signifiait bien plus que séparer le lait et la viande. Cela impliquait aussi une cassure sur le plan social et relationnel. Elle avait observé avec anxiété et intérêt les expressions médusées chez ses amis de longue date ou chez les membres de sa chère famille lorsqu’elle avait fait part de ses projets : certains s’étaient montrés hostiles, d’autres plutôt agacés.

Cachériser sa maison s’avérait bien plus compliqué qu’un simple acte matériel : cela signifiait un changement dans son style de vie, une nouvelle approche du monde. Elle ne pourrait plus manger chez ses amis ou connaissances ; les restaurants devraient être soigneusement sélectionnés... Elle commençait à réaliser tristement qu’elle devrait « couper les ponts » avec un certain nombre de personnes. Cependant, après plusieurs mois de réflexion et d’hésitation, elle avait pris sa décision et appela le Comité pour la Cacherout.

Elle décrivit au public médusé l’impression affreuse d’envahissement qu’elle éprouva lorsque des jeunes gens barbus sont entrés chez elle et ont pris d’assaut son domaine : sa cuisine ! Elle s’est soudain sentie comme en « terre étrangère ». En fait, c’était sa première rencontre avec des ‘hassidim qui ressemblaient, à ses yeux, à de vieilles reliques arrivées des shtetls d’Europe centrale ! D’innombrables récipients d’eau bouillie furent versés sur

les tables et plans de travail, la flamme effrayante du chalumeau jaillit à plusieurs reprises... Elle a ressenti aussi beaucoup de peine lorsque ses chers ustensiles de cuisine furent examinés à la loupe et divisés en deux piles : l’une pour les objets cachérisables et l’autre pour ceux qui devaient être mis au rebut. C’est avec tristesse et regret qu’elle a regardé cette deuxième pile : de formidables gadgets et appareils achetés avec soin et parfois même très couteux, désormais inaptes à un usage « cacher ».

Je trouvais cette femme attachante, mais je n’arrivais pas à m’identifier à cette situation tant nos milieux étaient différents. J’avais été émue par la sincérité de son discours et je compatissais à son problème mais ne parvenais pas à me sentir concernée. Cette femme m’était totalement étrangère, ses expé riences si différentes des miennes, et pourtant, comme sortant de nulle part, ce qu’elle disait me paraissait familier, comme une vieille mélodie qui revenait dans ma mémoire. Ces paroles résonnaient dans mon esprit et je luttais pour trouver le lien... quand soudain il apparût ! Devant mes yeux, simple et clair, en lettres majuscules : LA LETTRE !

presque minuit, par une nuit d’hiver sombre et glaciale, lorsque j’empruntais Brooklyn Avenue pour me rendre chez moi sur Montgomery Street. Mais je ne remarquai ni le froid ni l’obscurité ; mon esprit avait remonté le temps et je me retrouvais par une belle journée de septembre, il y a très très longtemps.

J’entrai doucement dans notre chambre pour ne pas réveiller mon mari et tâtonnai furtivement dans le placard à la recherche de la boîte en métal noir. Je me dirigeai lentement vers le salon, ouvris mon « coffre en sortis la lettre en question. Mes mains tremblaient légèrement et je revécus une fois encore la même excitation que j’avais ressentie lorsque je l’avais lue pour la première fois.

Je ne souviens plus trop du reste de la soirée car j’avais hâte de rentrer. Il était

Nous venions de célébrer notre premier anniversaire de mariage, le Roch ‘Hodech Elloul, et le mois de Tichri approchait donc à grands pas. Nous habitions alors dans un charmant deux pièces sur President Street.

C’était un bel après- midi de septembre et je revenais de l’école Beth Yaakov où j’enseignais. Je pénétrai dans le hall mal éclairé de notre immeuble et pris le courrier du jour. Je jetai brièvement un coup d’œil sur les enveloppes quand tout à coup, je m’arrêtai. Etrange. Inhabituel. Totalement inattendu et très étonnant.

Il y avait une longue enveloppe fine avec l’adresse de l’expéditeur sur le coin gauche, écrite en noir : Rabbi Menachem Mendel Schneerson, Lubavitch. 770 Eastern Parkway Brooklyn 13, N.Y. Recevoir une lettre du Rabbi était toujours palpitant, mais là, c’était particulièrement inhabituel. Toutes les lettres qu’on avait reçues jusqu’alors étaient adressées à mon mari mais celle-ci, c’était différent ! Elle m’était adressée, à moi ! Personnellement ! Alors que je montais les escaliers en courant, je repensais aux événements des semaines passées mais je ne trouvai aucune question ou situation qui attendait une réponse précise. Nous avions reçu récemment les vœux du Rabbi pour la nouvelle année, comme toutes les autres familles ‘Habad . Nous avions annoncé au Rabbi la naissance prochaine de notre premier enfant et avions reçu une merveilleuse bra’ha. Sinon, rien de particulier, et je n’avais aucune idée du contenu de cette mystérieuse lettre. Etaitce juste une lettre de formalité envoyée à toutes les femmes ‘Habad du quartier ?

Mais alors, pourquoi l’adresse du Rabbi y figurait-elle ?

moi. Mes mains tremblaient, ma gorge était sèche et mon cœur battait à tout rompre. Par chance, je maîtrisais parfaitement le yiddich. C’est la langue que l’on parlait à la maison lorsque j’étais enfant, ma première langue donc. Et après mon mariage, j’en avais perfectionné la lecture et l’écriture, ce qui me facilita la compréhension de cette lettre du Rabbi.

Le premier paragraphe parlait des Dix jours de Repentir entre Roch Hachana et Yom Kippour, une période de profondes méditations. L’accent était mis ensuite sur l’importance de porter une perruque pour que cela devienne une priorité pour toutes les femmes ‘Habad. Et, poursuivait le Rabbi, afin que ce projet soit couronné de succès, la participation de toutes était indispensable. Et c’est ainsi qu’il me demandait d’y collaborer.

La dernière partie, la plus longue, faisait référence à une Yé’hidout que m’avait accordée le Rabbi avant mon mariage. Nous avions discuté de plusieurs sujets personnels, tels que mes études, mon installation à N.Y., notre nouvel appartement.....puis de façon tout à fait inattendue, le Rabbi m’avait demandé si j’avais l’intention de porter une perruque. D’après la formulation de la question, je savais qu’il attendait une réponse positive, mais moi, j’avais déjà pris ma décision à ce sujet et ma réponse fut « non ». Puis le Rabbi me demanda si j’avais l’intention de me couvrir les cheveux et j’ai immédiatement répondu par l’affirmative, ce qui fit sourire le Rabbi. Il poursuivit ensuite en me questionnant sur mes sentiments négatifs à ce sujet. Il faut savoir qu’à cette époque, aux Etats-Unis, très peu de femmes portaient la perruque. Et encore moins les jeunes femmes. Cette idée me mit : que penseraient mes amies ?

Comment réagiraient-elles ? Et c’est ce que j’avais expliqué au Rabbi lors de cette yé’hidout.

Le Rabbi se rappelait clairement ma réponse, et c’est de cela qu’il me parlait, un an plus tard, dans cette lettre. Pendant cette année-là, le Rabbi avait dû recevoir des milliers de lettres, et entendu des centaines voire des milliers de problèmes pendant les yé’hidout, et pourtant, il se souvenait parfaitement de ce qui avait été dit lors de mon entretien personnel.

inquiétude était d’ordre social : quelle serait la réaction de mes proches, comment mes amis et voisins allaient-ils prendre la chose ?

Et maintenant, plusieurs dizaines d’années plus tard, la dame sur l’estrade avait exprimé exactement les mêmes sentiments. Sa plus grande difficulté à cachériser sa cuisine n’était pas d’ordre matériel ni économique, mais bien la gêne vis-à-vis des réactions négatives des autres. C’était clairement le plus gros obstacle à surmonter.

La mode change, le monde se remplit de nouvelles technologies mais la nature humaine reste la même. Il est difficile d’être différent, de se démarquer de la foule. C’était difficile alors et ça l’est aujourd’hui.

Pourquoi ai-je eu ce sentiment de « déjà vu » lorsque cette femme a raconté son expérience ? Pourquoi ai-je ressenti quelque part que j’avais emprunté le même chemin ?

Car dans les deux cas, au moment de prendre la décision finale, la plus grande

Cela nous fait prendre conscience de l’importance, non seulement de la maison et des écoles, mais aussi de la communauté et des collègues, des amis et des voisins, dans notre façon de nous comporter dans la vie et d’affirmer nos valeurs.

Et quelle était la réponse du Rabbi à cette interrogation ? La lettre remit clairement l’accent sur ce qui avait été débattu l’année précédente en yé’hidout. Il statua qu’à partir de ce jour, toutes les femmes sans exception («sans exception » était souligné), devaient s’unir dans la mitsva de porter une perruque et de fonder un foyer ‘hassidique dans tous les domaines. Il continuait en disant qu’il espérait que je comprendrais que ce n’était pas quelque chose de difficile ni d’embarrassant pour moi. Au contraire, je devais être fière de prendre cet engagement, sans me sentir gênée de marcher dans la rue, afin de prouver à mes amis et voisins que je suis une femme sûre de ses convictions,

qui n’essaie aucunement de se cacher. Le Rabbi ajoutait que je devais considérer la perruque comme une preuve tangible de mon caractère unique et de mon bonheur d’être une femme juive.

Cette lettre arriva à un moment vraiment opportun. A l’approche de la future naissance, je commençais à voir la vie avec plus de maturité. Ayant vécu à Crown Heights pendant un an, j’avais modifié mon point de vue concernant la perruque. Par conséquent, peu de temps après, j’informai le Rabbi de ma décision.

A peine quelques jours après avoir donné ma réponse positive au Rabbi, nous avons reçu un appel de Rav Krinsky disant que quelque chose d’important nous attendait au bureau du Rabbi. Bien sûr mon mari se rendit immédiatement au 770 et j’attendis son retour avec impatience. « C‘est pour toi » me dit mon mari avec un grand sourire, en me tendant une fine enveloppe blanche. A l’intérieur se trouvait un chèque personnel du Rabbi, auquel était joint un message spécial stipulant que je devais acheter la plus belle perruque que je trouverais et la porter dans le bonheur et la joie.

Cette chère vieille perruque, ma toute première, se trouve maintenant dans mon placard, sur l’étagère du haut, dans une grande boîte fleurie. Elle a été fabriquée par un célèbre fabriquant de perruques de Williamsburg, et c’était vraiment un chef-d’œuvre. Je l’ai portée, portée, et encore portée jusqu’à ce que le bonnet intérieur se déchire. Puis je l’ai réparée plusieurs fois, avec soin et patience. Je me sentais toujours très spéciale quand je la portais. Et peu importe combien d’autres perruques j’ai eues depuis, aucune n’était aussi exceptionnelle que celle- là. Je l’ai toujours portée avec un grand bonheur et une immense fierté. Et chaque fois que quelqu’un me faisait une remarque sur mes beaux cheveux ou ma belle coiffure, je souriais et répondais avec assurance que je portais une perruque parce que j’étais une femme juive orthodoxe. Et exactement comme le Rabbi l’avait affirmé dans cette lettre à l’époque, je me sentais pleine de force et de courage et tellement fière d’être !

RAV ZALMEN LEIB MARKOWITZ MONSEY, NEW YORK

Il y a exactement trente ans, lors du Chabbat Mevare’him Chekalim, au cours des chiva (sept jours de deuil) de la Rebbetsen ‘Haya Mouchka, le Rabbi parla de la perspective de la ‘hassidout sur le ma’hatsit hachékèl (demi-cycle que l’on offrait notamment comme contribution au Tabernacle).

Le Rabbi expliqua que les deux moitiés du chékèl représentent respectivement la néfèch haélokit (l’âme divine) et la néfèch habahamit (l’âme animale). Le mot chékel est similaire au mot michkal, une balance. Une balance a deux côtés. Quand l’un descend, l’autre monte. De la même façon, dit le Rabbi, la néfèch hahélokit descend dans la néfèch habahamit, et par cela, elle a la force d’« élever » la néfèch habahamit. Bien que cela semble une descente pour la néfèch haélokit, ce n’est que par l’intermédiaire de cette descente qu’elle a la force d’élever la néfèch habahamit. Cette idée peut s’appliquer également à l’éducation des enfants. Quand les parents font un effort pour communiquer avec l’enfant, en s’abaissant à son niveau, ils ont la possibilité d’élever l’enfant et lui permettre d’atteindre des sommets très élevés.

Le thème de cet article est : « Explorons la manière la plus efficace d’aider nos enfants. Quels sont les premiers signes de trouble ? » En réalité, il est difficile de parler de ces signes avant-coureurs quand on s’adresse à un groupe de parents d’enfants dont l’âge varie entre la toute première enfance et l’âge adulte. A chaque âge, les signes de trouble se présentent de façon différente. Bien plus, ces signaux précoces apparaissent différemment chez chaque enfant. Pour celui qui a toujours bien travaillé à l’école, le fait de rapporter soudain de mauvais résultats peut être alarmant. Pour un autre, cela peut être le refus d’aller à l’école. Cela peut aussi être un signe précoce, mais un signe malgré tout, de quelque chose de beaucoup profond et sérieux.

Cependant, ce que nous pouvons faire, c’est explorer la manière la plus appropriée d’aider au mieux nos enfants en cinq points qui s’appliquent aux enfants de tous âges et de tous niveaux. Ces idées concernent tout autant les enfants qui réussissent bien et se trouvent face à des conflits mineurs que ceux qui vivent de véritables épreuves. Elles s’appliquent à tous les enfants quels que soient leur âge ou leur situation particulière.

1 SOYEZ AVEC EUX PENDANT TOUT LEUR VOYAGE

Dans la ville où j’habite, existe une organisation appelée « Bikour ‘Holim de Rockland County ». Son logo montre deux mains tenant entre elles l’image d’une personne. Les mains entourent complètement la personne. En–dessous sont imprimés les mots : It’ha leorè’h kol hadérè’h, ce qui signifie : « nous sommes avec toi tout au long du chemin ». En d’autres termes, nous te soutenons pendant tout le voyage.

Il est très important que les parents transmettent ce message à leurs enfants : « nous sommes toujours avec toi, tout au long de ton voyage ». Même quand les enfants font quelque chose qui nous dérangent, nous devons continuer à les aider au cours de leur périple.

Quand un enfant est gravement malade, bien sûr que ses parents sont inquiets voire angoissés. Et pourtant, ils offrent à leur enfant du support et de la compassion. De la même façon, un enfant qui lutte dans le domaine spirituel doit toujours sentir que ses parents sont là pour lui. Ils restent la zone de sécurité, quelle que soit l’épreuve qu’il affronte. Où qu’il en soit dans sa yiddichkeit (le vécu de son Judaïsme) ou dans son état physique ou émotionnel, il doit toujours ressentir : « je suis en sécurité avec ma famille ».

Il est caractéristique que lorsqu’un enfant est physiquement malade, il est facile pour ses parents d’être en empathie avec sa douleur. Par contre, quand un enfant souffre d’un mal spirituel, il est très difficile pour ses parents de témoigner le même support parce qu’ils perçoivent ses actions comme un affront personnel. En réalité, cependant, les maux spirituels peuvent aussi douloureux, sinon plus, que les douleurs physiques.

Cela déchire le cœur des parents de voir leur enfant prendre de mauvaises décisions et de dénigrer nos valeurs les plus chères. Cet enfant cause un réel chagrin à ses parents. Et pourtant, aussi difficile que cela soit de gérer cette peine, nous devons aussi reconnaître que l’enfant ne se contrôle pas pleinement. Il subit des douleurs spirituelles, vit des

luttes difficiles et a désespérément besoin de l’amour et de l’aide de ses parents !

Quand une mère conduit son enfant chez le médecin pour qu’il lui administre une piqûre, il lui faut parfois tenir l’enfant avec force pour que le médecin puisse agir. Et quand alors l’enfant se débat contre elle et hurle de mal, la mère lui dit doucement : » Mon chéri, je t’aime. Encore une minute et ce sera terminé. Je t’aime mon chéri… »

Il en va de même dans le domaine spirituel. Quand nous pouvons exprimer à notre enfant notre profond amour pour lui, il deviendra alors un réceptacle et pourra être réceptif quand nous devons lui administrer « une piqûre », le tenant fermement pour renforcer les limites ou dire quelque chose qu’il ne veut pas entendre. Ce n’est que lorsqu’il sent l’amour et l’aide de ses parents que l’enfant peut accepter leur fermeté et le fait qu’ils lui disent parfois quelque chose qu’il n’a pas envie d’entendre.

Où qu’il en soit dans sa yiddichkeit ... il doit toujours ressentir : « je suis en sécurité avec

ma famille ».

Bien sûr, donner à l’enfant le sentiment qu’on le tient pendant son voyage ne signifie pas pour autant que nous sommes d’accord ou acceptons ses actions. Tenir sa main et comprendre qu’il souffre ne signifie pas justifier et accepter, approuver ou permettre certains comportements. Cependant, quand l’enfant ressent que, malgré ses mauvaises actions, nous sommes toujours remplis d’amour et de compassion alors qu’il navigue dans ce voyage difficile, il acceptera que parfois nous devions le « serrer en le retenant » et il sera apte à recevoir nos remontrances.

Malheureusement, bien souvent, ce n’est pas ce qui se produit. En fait, c’est tout le contraire qui bien souvent réel. De nombreux enfants qui sont en souffrance de réels maux spirituels et émotionnels sentent que leurs parents, les personnes dont ils ont le plus besoin, ne sont pas là pour eux pendant ces périodes de turbulence. En tant que parents, nous devons nous assurer que notre enfant ressente que sa maison est sa zone de sécurité, que nous serons toujours là pour l’aider, quel que soit l’endroit où le conduira son voyage.

DÉCOUVREZ LA JOIE D’ÊTRE PARENTS

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Je dis souvent aux parents : « N’appelez pas pour me demander comment vous pouvez « gérer » votre enfant mais « comment puis-je l’apprécier ? ».

Dans notre monde fou, il est vrai que cela peut être difficile d’éprouver du plaisir à éduquer les enfants. Dans une maison « normale », le père s’en va tôt le matin et doit faire face à beaucoup de stress et de difficultés dans sa journée de travail. La mère soit subit également les mêmes problèmes et difficultés dans son lieu professionnel, soit elle est occupée à la maison, confrontée à tous les soucis domestiques et les soins du bébé. Vers le milieu de l’après-midi, l’enfant qui est en maternelle rentre à la maison et pleure parce qu’il s’est fait mal au doigt au Gan. Dans l’heure qui suit, ce sont ceux qui sont au primaire qui rentrent, chacun réclamant l’attention pour lui et tous se plaignant, par exemple, de camarades avec lesquels ils se sont bagarrés pendant la récréation. Finalement c’est le garçon pré ado qui arrive vers cinq heures et se plaint de s’être fait grondé par le Moréh. Quand le père rentrera, la mère sera épuisée et frustrée. Quant à lui, le père est éreinté de sa longue journée et ne peut assumer la tension. La seule chose qu’il désire est un repas correct et un peu de temps pour se détendre tout seul dans sa chambre. La mère qui espérait que son mari l’aide à prendre en charge les devoirs et le coucher se sent abandonnée et découragée.

Ce n’est pas un scenario original mais il représente la réalité quotidienne de nombreux foyers. Il y a de nombreuses années, alors que j’élevais ma propre famille, Barou’h Hachem, j’ai décidé de travailler pour prendre la ferme résolution que, pour me relaxer après une longue journée où j’avais occupé mes fonctions de Rav et de directeur, je prendrai le bébé, ma plus jeune fille, et la tiendrai serrée contre mon cœur. Je me dis que je ne le faisais pas pour la calmer mais pour me calmer moi-même. Bien sûr, elle aussi se détendit parce que quelqu’un la tenait dans ses bras. J’avais réussi à inverser ma manière de penser, percevant cette action non comme une autre tâche désagréable ou une obligation mais plutôt comme quelque chose

qui allait me faire du bien. Et puis, quand celui qui est au Gan arriva, il rejoignit le bébé sur mes genoux et un autre enfant vint me raconter les détails de sa journée. Je me dis en moi-même qu’interagir avec eux était l’activité la plus agréable et la meilleure antidote pour mon harassante journée de travail. Cela eut un impact incroyable sur l’ambiance de la maison, dissipa la tension et changea drastiquement nos soirées.

Les parents subissent beaucoup de pression. Quand s’occuper d’un enfant est perçu comme encore une autre tâche difficile, le résultat en est une maison remplie de tension et d’ondes négatives. Les parents doivent se mettre dans une perspective où ils ne considèrent pas leurs enfants comme une charge mais comme un exutoire. Passer du temps avec leurs enfants n’est pas simplement quelque chose d’autre que l’on doit faire, un autre travail difficile comme celui de subvenir aux besoins de la famille ou de la maison, mais c’est quelque chose qui leur rapporte de la joie et du na’hat. Quand les parents sont capables d’adopter une telle attitude, qu’ils apprennent à trouver du plaisir dans leurs enfants qu’ils élèvent, l’atmosphère de la maison en est plus agréable et positive.

Bien sûr parvenir à cet état d’esprit n’est pas facile. Nous devons sans cesse nous répéter que nous trouvons du plaisir dans nos enfants et chérir le trésor que D.ieu nous a donné en nous permettant de passer du temps avec eux. Les conduire chez un ami ou aller les y chercher ne doit pas être considéré comme encore une charge supplémentaire mais comme un moment précieux à partager avec notre enfant. Les enfants ressentent qu’ils sont des poids pour leurs parents. Quand nous changeons de perception mentale, ils ressentent notre nouvelle attitude et les résultats peuvent être absolument remarquables.

Il y a des années, nos voisins envoyèrent leur fils aîné d’une famille nombreuse (B’H’) étudier en Israël pendant un an. Très peu de temps après son arrivée en Israël, les parents reçurent soudain un appel de ZAKA. Le père fut informé que leur fils avait été renversé par un autobus. « Prenez votre passeport et quelques effets personnels, lui dit-on, nous

nous organisons pour qu’une escorte policière vienne vous accueillir à l’aéroport. Un avion EL Al part dans peu de temps. Nous vous attendons. »

Le père, dans un état de choc absolu, fit ce qu’on lui avait recommandé. Comme promis, l’avion l’attendait. Assis dans l’avion, il commença à réaliser qu’il était en vol pour Israël pour assister à la levaya de son fils aîné, (RL).

Durant le vol, le pilote lui-même s’approcha du père. « Nous avons reçu un message pour vous, dit-il. De façon inimaginable, le pouls de votre fils s’est remis à battre. Il est vivant et les médecins s’occupent de lui. »

Quand il arriva finalement à l’hôpital, l’homme apprit que son fils avait miraculeusement survécu. Bien qu’il souffrît de fractures multiples, il était vivant et son état stable. Dans les mois qui suivirent, le mari et son épouse se relayèrent au chevet de leur fils, lui apportant leur aide tout au long de la guérison et de la rééducation. Bien que ce fût très compliqué pour eux, la famille se trouvant à l’autre bout du monde, séparée d’eux pendant de longues périodes, ils ne considéraient pas le temps passé en dehors de la maison comme quelque chose de difficile mais ils étaient débordant de joie du fait que leur fils fût en vie et qu’ils puissent passer du temps avec lui.

Parfois, et c’est bien triste, ce sont des traumatismes qui nous réveillent et nous permettent de réaliser à quel point nos enfants nous sont précieux et bien aimés. Il faut que nous nous battions pour changer notre attitude de sorte qu’en temps normal, quand nous sommes confrontés au stress courant, quotidien, nous ressentions également du plaisir à passer du temps avec nos enfants.

Dans la première partie, nous avons évoqué le fait que les enfants doivent ressentir que leurs parents représentent la sécurité et qu’ils peuvent toujours trouver un havre de paix dans leur coeur. Maintenant, je suggère que les parents doivent considérer les enfants comme leur refuge, leur exutoire, la source de leur menou’hat hanéfèch, la paix de l’âme, ceux qui les aident à gérer le stress de la vie.

DÉBARRASSEZ-VOUS DE TOUT PARTI-PRIS PERSONNEL

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Quand nous nous occupons de nos enfants, nous devons nous assurer que nous n’avons aucune arrière-pensée personnelle. Nous ne pouvons élever nos enfants correctement que si nous nous concentrons sur ce qui est bon pour eux et pas pour nous, leurs parents.

Ce sujet n’est pas évident et surgit souvent au moment où nous cherchons des chidou’him pour nos enfants. Il se peut que les parents cherchent un gendre ou une bellefille qui correspondent à une image qu’ils veulent donner. Ou bien ils peuvent désirer une famille qui vient d’une grande lignée, d’un statut communautaire important et dans certains cas, qui est bien nantie. Il est très facile de se convaincre soi-même qu’un chidou’h qui nous plaît conviendra à notre enfant, que nous ne recherchons que son bien. Mais en réalité, on a d’autres idées en tête.

Il nous faut sans cesse veiller à ne pas utiliser notre « privilège de l’exécutif », en tant que parents, d’une manière qui nous sert, nous-mêmes. Ceci est aussi vrai dans les sujets de la yiddichkeit. Nous devons être sûrs que nous faisons ce qui est bien pour l’enfant. Souvent nos priorités personnelles et nos préférences prennent le pas, ou bien alors notre ego se met en travers du chemin. En fait, quand il s’agit de la Avodat Hachem (le service de D.ieu), ce problème peut se poser de manière encore plus aigüe parce que nous nous convainquons nousmêmes que nos actions sont menées lechem Chamayim (pour D.ieu).

Il y a longtemps, une yechivah était dirigée par un célèbre ‘hassid. Il était totalement détaché de ce monde et passait la plupart de son temps immergé dans la prière. En conséquence, il était très exigeant avec les ba’hourim de la yechivah et certains souffraient de ses attentes bien intentionnées mais irréalistes. En termes simples, il ne pouvait supporter l’idée qu’on puisse désirer des taavot (plaisirs) de quelque ordre que ce soit. Par exemple, il refusait qu’on donne du beurre aux ba’hourim. Le Rabbi dut intervenir et demander personnellement que l’on donne du beurre aux élèves.

Quand il accepta, il demanda néanmoins que le beurre et le pain ne soient pas consommés ensemble. Etaler du

beurre sur du pain lui paraissait trop laxiste pour un élève de la yechivah. A nouveau, le Rabbi dut s’interposer pour que l’on pourvoie aux besoins des élèves.

Il est évident que ce Rav avait de pures intentions et que ses actions n’étaient dirigées que lechem Chamayim. Il envisageait donc les choses selon sa propre perspective. Simplement, les ba’hourim, dans leur situation présente, étaient incapables de combler ses attentes et avaient besoin qu’on se mette à leur niveau.

Il nous faut donc veiller à combler les besoins de nos enfants et à leur intérêt en faisant en sorte de faire taire nos raisons personnelles si elles les entravent.

En fait, il y a de nombreuses manières dont nos raisons personnelles peuvent diriger nos décisions parentales, souvent de manière si subtile que nous ne nous en rendons même pas compte. Par exemple, nous sommes mécontents des actions de notre enfant ou de son choix vestimentaire. Mais notre colère ou notre déception ne peuvent être occasionnées que par nos propres sentiments d’insécurité ou notre préoccupation quant aux répercussions de ces comportements sur notre propre personne.

Il s’agit d’avoir une conscience bien acérée pour garantir que nos actions sont menées par les intentions justes et que nous n’avons en tête que le bien de notre enfant.

Car alors, quand l’enfant ressentira profondément que tout ce que nous faisons est seulement dans son intérêt, il pourra accepter ce que nous disons ou faisons, même si ça lui est difficile.

OCCUPEZ-VOUS DES BLESSURES SUPERFICIELLES

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Quand une personne souffre d’une blessure superficielle, comme une coupure ou un bleu, normalement, si la blessure est traitée, il n’y aura pas de conséquences graves. Mais si la blessure est négligée, la situation peut se détériorer. La plaie peut s’infecter. Et sans traitement adéquat, l’infection peut se transformer en une situation bien plus sérieuse.

De la même façon, nos enfants souffrent souvent de « blessures émotionnelles superficielles ». Ils ont eu un jour difficile à l’école. Peut-être qu’un camarade les a insultés, le professeur a été mécontent ou n’ont-ils pas réussi un contrôle. Quand nous nous occupons de ces petits maux adéquatement, nous empêchons qu’ils se transforment en préoccupations plus graves. Sinon, à la prochaine occasion, le mal s’ajoutera au mal, jusqu’à ce qu’une accumulation de petites blessures résulte en une crise majeure.

Si nous ne reconnaissons pas ces blessures mineures au plus tôt, l’enfant risque de vivre dans un état de douleur constant. C’est une telle accumulation de petits maux, causés par différents facteurs, par des incidents sans gravité, qui peut parfois être à l’origine de dérapages. Très vite, l’école va être insatisfaite du comportement de l’enfant, les parents le seront également et les bagarres et les discussions vont commencer. Non seulement n’auront-ils alors pas aidé l’enfant dans ses blessures mineures mais désormais, vont-ils encore augmenter sa douleur.

Il y a quelques années, j’ai été sollicité pour parler à un enfant qui causait des problèmes à l’école. Le garçon, alors âgé de treize, quatorze ans, avait établi un contact avec une fille , et, au grand dam de l’école et de ses parents, il s’en vantait auprès des autres garçons.

Cet enfant avait été harcelé pendant longtemps par ses camarades qui l’avaient mis à l’écart et s’étaient souvent moqués de lui. En conséquence, il avait été incapable e se concentrer sur ses études et d’y réussir. Il ne passa pas beaucoup de temps avant que ses professeurs soient agacés par lui et sévissent. Bien

évidemment, les parents furent en colère pour ses résultats insuffisants et lui exprimèrent leur déception.

Ce garçon était incapable de s’exprimer et disait : « je me sens tellement brisé et tellement seul ! ». Alors, pour compenser, il s’intéressa à une fille. C’était la seule personne au monde qui l’écoutait, se souciait de lui et lui donnait de la valeur. Parce qu’il voulait remonter dans l’estime de ses camarades, il commença à se vanter mais eux utilisèrent cette situation pour le harceler encore plus.

Quand j’ai fait connaissance de ce garçon, j’ai commencé à lui parler avec amour et gentillesse. Je lui ai fait savoir que j’étais là pour l’aider : « Rav, m’a-t-il dit, je vois que vous êtes une bonne personne et que vous vous souciez de moi. Mais vous ne pouvez pas m’aider ». Il supposait que je voulais le convaincre d’interrompre sa relation avec la jeune-fille et à ce moment-là, ce n’était pas une option pour lui.

« Tsaddik, lui ai-je dit, tu as beaucoup de relations dans ta vie. Tu as une relation avec Hachem, avec tes parents, avec tes camarades, avec

tes professeurs, tes études et oui, aussi avec cette fille. Je ne suis pas là pour t’éloigner de cette fille. Je veux t’aider à régler toutes les autres relations que tu as dans ta vie ».

Cela attira immédiatement son attention. Inutile d’ajouter qu’après avoir travaillé avec lui pendant un certain temps, Barou’h Hachem, les choses changèrent radicalement.

Dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, personne n’avait remarqué les multiples blessures qui avaient amorcé cette spirale vers le bas. Ce garçon voulait des amis, il voulait être accepté dans la société, il voulait la réussite scolaire. Mais au lieu de cela, il était harcelé par tout le monde, les professeurs tout comme les élèves.

Ce n’est qu’en restant attentifs aux petites blessures que nous pouvons prévenir les grands maux.

Dans ce public, il y a de nombreuses chlou’hot investies, qui, avec leur famille, consacrent leur vie à répandre la lumière de la Torah et de la yiddichkeit dans des lieux lointains. En tant que telles, de nombreuses parmi elles ont envoyé leurs enfants au loin, à un âge relativement jeune, pour qu’ils bénéficient d’un ‘hinou’h convenable. Dans de telles situations, il est encore plus difficile de les détecter et de rester vigilants devant les blessures superficielles. C’est pourquoi, quand ils parlent à leurs enfants qui sont éloignés, il est important que les parents se renseignent sur leur bien-être physique et émotionnel.

Ne leur demandez pas s’ils travaillent bien à l’école ou s’ils se comportent bien. Il ont des professeurs et des directeurs dont c’est la fonction d’observer et de constater que cela se passe bien quotidiennement. Mais quand une maman téléphone à son enfant, elle doit utiliser cette occasion pour lui demander s’il a pris un bon petit déjeuner, s’il dort bien, s’il a des amis et s’il est heureux. De telles conversations peuvent aider les mamans à percevoir les moindres blessures, au plus vite.

Mais ce qui est encore plus important est qu’elles leur disent que, quand bien même ils sont loin, elles se soucient de leur bien-être et qu’elles les aiment très fort.

Je recommande également d’être en relation avec une jeune-fille ou un jeune-homme plus âgés, en dehors de l’équipe pédagogique, qui peut se lier avec l’enfant et garder un œil sur lui pour s’assurer que tout va bien. Cette personne peut être en contact avec les parents et leur faire savoir comment va l’enfant. Non seulement cet intermédiaire offre un retour appréciable sur des choses que les parents ne peuvent voir parce qu’ils ne sont pas physiquement présents, mais ils peuvent également être un support pour l’enfant, au cas où le besoin s’en ferait sentir.

IDENTIFIEZ-VOUS AVEC LES ÉPREUVES D’UN ENFANT ET SOYEZ EN EMPATHIE AVEC LUI

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Beaucoup d’enfants luttent pour réussir à l’école. Il est crucial de rechercher la cause du problème puisque la situation peut avoir différentes origines. Il se peut que l’enfant n’ait pas la capacité de faire ce que l’on attend de lui. Il est possible, par exemple, qu’il ait des difficultés en lecture et ne puisse donc pas se concentrer, ou s’asseoir devant une guemara du matin au soir. Quelle que soit la raison, il ne peut tout simplement pas répondre aux attentes qu’on a de lui.

Une autre cause de problèmes peut venir du fait que l’enfant s’occupe de quelque chose qui le distrait. Peutêtre regarde –t-il des films ou fait-il quelque chose auquel il ne peut pas résister. Cet enfant a le potentiel pour réussir mais il est attiré par des tentations qui l’en éloignent. Il n’arrive pas à les surmonter malgré son désir de réussite.

Une troisième raison peut être que l’enfant se sent découragé et manque de vitalité, ce qui est souvent du à un échec dans ses contacts sociaux. Il a les capacités pour réussir, il n’est pas distrait par des tentations extérieures mais il est intérieurement brisé par ses luttes personnelles.

Le premier pas à faire par rapport à ce comportement problématique est d’en rechercher la cause réelle. Il est évident que pour résoudre un problème, il faut d’abord en connaître la source. Une fois que l’on a compris où se situe le problème, il nous faut nous mettre à la place de l’enfant et ressentir réellement sa douleur, s’identifier avec sa souffrance. Il est douloureux de rester assis toute la journée à l’école quand vous n’êtes pas capable d’apprendre ou que vous vous battez contre des épreuves douloureuses qui vous retirent votre concentration ou vous font ressentir que vous ne valez rien, socialement.

Une fois que nous savons d’où vient le problème et que nous ressentons pleinement la douleur de l’enfant, il est important de lui transmettre notre empathie. Il doit sentir que ses parents le comprennent parfaitement. En fait, une grande partie de sa souffrance peut être éliminée quand l’enfant sent que ses parents ressentent réellement sa douleur. Quand il croit fermement que ses parents comprennent ce par quoi il est en train de passer, il devient réceptif à leur aide ou à leurs conseils. Ce n’est qu’alors

que les parents et l’enfant peuvent travailler ensemble pour trouver une solution.

Un jour, une maman m’a appelé me disant qu’elle ne savait pas ce qui se passait avec sa fille. « Elle a toujours été une fille tellement obéissante mais maintenant, depuis qu’elle est entrée au collège, elle commence à négliger la tsniout. Quand j’ai essayé de lui parler de son apparence, j’ai été choquée de l’entendre me répondre d’une manière qu’elle n’a jamais utilisée auparavant. Cette enfant était toujours tellement respectueuse et coopérative. Elle n’a jamais parlé, elle ne s’est jamais comportée de cette manière, dans le passé ! Que puis-je faire pour résoudre ce problème de tsniout et de ‘houtspa ? »

Bien que la mère ne pût que se focaliser sur la manière dont je pouvais l’aider à arranger la tsniout et le manque de dérè’h érets (comportement correct) de sa fille, elle mentionna, après avoir réfléchi, que sa fille se battait pour s’insérer socialement. Elle avait du mal à trouver sa place dans son nouvel environnement et pensait qu’en changeant son apparence, elle gagnerait des amies.

Je comprends combien il est difficile de se battre avec le comportement d’un enfant tout en restant gentil et encourageant, chaque fois que je parle à des parents qui cherchent de l’aide. Mais dans ce cas, d’emblée, je fus très dur avec la mère :

« Pour une élève de sixième qui vient de rentrer dans un nouvel établissement, il n’existe pour elle rien de plus important au monde que de s’insérer socialement ! Comme le dit la guemara, o ‘havrouta o mitouta : « la mort paraît préférable au manque de vrais amis !

Le fait que votre gentille fille, bien élevée, se batte pour s’insérer dans son école ne vous a-t-il jamais empêché de dormir la nuit ? ai-je demandé à la mère. Et si c’est le cas, le lui avez-vous dit ? Lui avez-vous confié quel chagrin vous donnent ses luttes ? Ou plutôt que de l’encourager, ne l’avezvous pas simplement accusée de ne pas se soucier de la yiddichkeit, dès que vous l’avez vu s’éloigner ? C’est une bonne enfant qui ne cherche pas à s’habiller de façon inappropriée ou à manquer de respect. C’est plutôt une enfant qui pense que c’est là la seule manière de s’insérer socialement. »

Je dois dire, au crédit de cette mère, qu’elle a immédiatement accepté mes reproches et a même exprimé sa gratitude pour lui avoir ouvert les yeux et lui permettre de voir la situation sous un angle différent. Une fois, qu’elle a arrêté de se concentrer sur le problème et qu’elle s’est intéressée à la cause, elle a été capable de s’identifier avec les problèmes de sa fille et de lui apporter sa sympathie. Inutile de dire que très vite, cela a mené à des solutions concrètes pour lesquelles toutes eux ont pu travailler de concert.

Cette histoire, comme beaucoup d’autres, illustre clairement combien le fait de comprendre et de s’identifier avec la douleur de l’enfant peut être une question de pikou’ah néfèch (survie). Quand un enfant se bat, c’est souvent de nous que dépend le choix entre aller vers l’enfant et le sauver ou le repousser encore plus loin, vers un endroit où lui-même ne voudrait pas aller.

Quand les parents utilisent l’approche adéquate, ils évitent d’aggraver la situation et peuvent au contraire l’affronter efficacement.

POUR CONCLURE

Je veux conclure en mettant l’accent sur le rôle crucial que joue la mère dans l’éducation de ses enfants. Se conformer à tout ce que nous avons dit peut paraître un défi très difficile à relever mais s’y atteler peut changer le cours de la vie de vos enfants.

Je supplie les parents, et tout particulièrement les mères, de prendre le temps et de faire les efforts nécessaires pour investir dans leurs enfants. Aucun thérapeute du monde ne peut faire plus pour un enfant que sa mère. Aucun thérapeute ne peut compenser ou remplacer ce qu’une mère peut donner à son enfant. En fait, quand les difficultés se soulèvent, il est souvent plus utile que ce soit la mère elle-même qui consulte un thérapeute, parce qu’une mère, en bonne santé émotionnelle et qui fait du bien-être de ses enfants sa priorité dans la vie, peut accomplir plus que quiconque. L’amour et la sécurité qu’elle apporte empêchera l’apparition de nombreux problèmes, aidera à en résoudre d’autres et à trouver des solutions. Ne sous-estimez jamais votre pouvoir incroyable comme mère de vos enfants et le rôle crucial que vous jouez dans leur vie.

Qu’Hachem nous aide à n’avoir que na’hat de nos enfants et de mériter d’accomplir ce que le Rabbi appelle « notre chli’hout la plus importante », celle d’éduquer nos précieux enfants.

Et que nous accueillons Machia’h Tsidkénou avec une gueoulah chelémah, rapidement de nos jours.

Article publié dans le Compass Magazine, édité par Merkos L’Inyonei Chinuch, suite 202. Il a été traduit et réimprimé avec sa permission (editor@compassmagazine.org)

Une approche pleine de sensibilité

C’était un Chabbat après-midi et deux petites filles jouaient dans la cour du 770.

Juste à ce moment, le Rabbi devait passer par là pour se rendre à la bibliothèque où le Rabbi et la Rebbetsen passeraient le Chabbat. Mais le Rabbi ne pouvait pas marcher

entre les deux filles, comme le prescrit la hala’ha.

Le Rabbi appela l’une des deux filles et lui demanda : « S’il te plaît, approche-toi de ton amie et souhaite-lui gut Shabbes ». La petite-fille fut heureuse de se conformer à la volonté du Rabbi, elles ne furent pas blessées et le Rabbi put passer.

LE RABBI ET LES ENFANTS QUELQUES INSTANTANÉS

Se soucier d’un enfant

Reb Dovber Levitin d’Erets Israël raconte :

« Je suis venu au 770, alors que j’étais enfant, en Tichri 5739 (1978). Chaque lundi et chaque jeudi, lorsque le Rabbi entrait pour la Kriat haTorah, j’allais recevoir un nickel ou un dime pour la tsedaka.

Un jour, j’étais en retard. J’étais en train de courir en direction du 770 et j’ai

remarqué la voiture du Rabbi qui roulait à côté de moi. La voiture roulait à une lenteur inhabituelle, alors j’ai continué à courir à la même vitesse qu’elle et j’ai fini par arriver juste à temps au 770.

Le secrétaire, Rav Binyamin Klein me dit plus tard : « J’étais en train de conduire quand le Rabbi t’a aperçu et m’a dit que ce devait être un enfant d’Erets Israël qui ne

voulait pas rater la tsedaka et que donc je devais ralentir. Et pendant que je conduisais, le Rabbi te regardait courir avec un grand sourire. »

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De grandes attentes

Le Rabbi voyait du potentiel chez les enfants, là où les autres ne voyaient rien. Le moment de la jeunesse est particulièrement propice et à certaines occasions, le Rabbi exprimait des souhaits profonds pour qu’il soit utilisé à l ‘école, après l’école et durant les vacances de Yom Tov.

rim du Mitteler Rebbe et toi tu perds ton temps en t’amusant avec ces jouets ?! »

Comme un père motivant son enfant, le Rabbi le regarda droit dans les yeux et dit :

« Commence à étudier les maamarim du Mitteler Rebbe ! »

Quand un enfant demande

Chaque année, à Hochana Raba, le Rabbi se tenait à la porte de sa soukah et distribuait avec amour du léka’h (gâteau au miel)

...la jovialité, la simplicité et l’innocence d’un enfant sont incommensurables.
Si seulement les adultes possédaient quelque chose de ces qualités !

Rav Yossef Yits’hak Katz raconte :

Alors que la queue du koss chel bra’ha avançait, le photographe Reb Itche Freidkin se tenait au loin, à droite et prenait des photos. Un garçon de douze ans, l’un de mes amis, se tenait à côté de Mr. Freidkin et s’occupait de changer les pellicules des appareils photos. Soudain, le Rabbi se pencha et regarda le garçon. Son verre toujours à la main, le Rabbi lui dit : « Ton grand-père se plongeait dans les maama-

à une queue infinie d’hommes, de femmes et d’enfants.

Une année, relate le Rav Osher Lemel Cohen, de Bétar, mon épouse s’y rendit avec notre fille (Mme Yo’hévd Butman). Elle avait alors dix ans et quand elle ne fut pas loin du Rabbi, elle tendit la main.

Bien qu’il y eût d’autres personnes avant elle dans la queue, le Rabbi tendit le bras, par-dessus les gens, pour donner le léka’h à mon impatiente fille.

Quand vint le tour de ma femme, le Rabbi lui donna un morceau de gâteau et ma fille tendit à nouveau la main. Le Rabbi lui en donna encore un morceau.

L’un des secrétaires commenta sur le champ qu’elle en avait déjà reçu. Mais le Rabbi, en dépit d’un programme absolument trépidant, se retourna patiemment et dit : « Quand un enfant demande plus, il faut donner… »

(Par achiot Im Harebi, Bérèchit, page 223)

Une

attention paternelle

Rav Shabtaï Slavatitzki raconte l’anecdote qui suit :

A une occasion où le Rabbi distribuait des nickels aux enfants, pour la tsedaka, nous étions présents, ma famille et moi-même. Notre petite fille reçut une pièce. Dans la bousculade, nous avions été éloignés d’elle.

Le Rabbi remarqua qu’elle était seule et lui-même se pencha et la porta dans ses bras. Dans les bras du Rabbi, elle réussit à atteindre la boite de tsedaka et y glissa sa petite pièce.

Immédiatement après, le Rabbi continua à se diriger vers le Beth-Hamidrach pour la prière. Notre fille se retrouva noyée dans la mer des ba’hourim qui se ruaient pour suivre le Rabbi. Personne ne l’avait remarquée et elle se trouvait dans une situation bien délicate. Soudain, le Rabbi se retourna et pointa son doigt sur notre fille. Presque instantanément, un chemin se forma pour

lui permettre de rejoindre le reste de la famille.

Nous avons gardé jusqu’à aujourd’hui, en souvenir de ce moment spécial, le petit manteau par lequel le Rabbi attrapa notre fille.

La jovialité, la simplicité et l’innocence

Le soleil brillait de tous ses éclats au moment où le Rabbi dirigeait ses pas vers la bibliothèque, en ce Chavouoth 5738 (1978). Un petit enfant, pensant que c’était son père, se précipita vers le Rabbi. Il s’accrocha à sa main et essuya la sueur qui coulait de son front sur le sirtouk du Rabbi.

Des passants horrifiés réprimandèrent la mère de l’enfant pour avoir permis que cela se passe. Remplie de remords, elle écrivit, après Yom Tov, une lettre d’excuse qu’elle remit au Rabbi.

A Motsaé Chabbat Parachat Pin’has, la mère reçut une réponse. Le Rabbi commençait par noter, sur sa lettre d’excuse, un point d’interrogation et un point d’exclamation.

Puis le Rabbi écrivait : C’est tout le contraire, cela m’a donné beaucoup de plaisir : la jovialité, la simplicité et l’innocence d’un enfant sont incommensurables. Si seulement les adultes possédaient quelque chose de ces qualités !

Neché Oubnot ‘Habad

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