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MAISON JUIVE

La Maison juive | Kislev 5780 | Décembre 2019

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La Maison Juive est une publication trimestrielle éditée par “La Régie Lamartine” 102 Av. des Champs-Elysées 75008 Paris

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La Maison Juive est un supplément à la Sidra de la Semaine - ISSN 1762 - 5440 Tiré en 2500 exemplaires © Tous droits réservés. Tous les articles et les photos présents dans ce magazine sont protégés par les lois en vigueur sur la propriété intellectuelle et ne peuvent

utilisés sous quelque forme que ce soit, sans autorisation écrite de La Maison Juive.

Articles et contenu réalisés par :

O. Attuil, K. Coen, R. Gabay, H. Gershovitz, P. Shapira, H. Zana, H. Zelinjwarger

Merci à toutes celles qui ont partagé leurs témoignages

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Couverture : Peinture de Yoram Raanan Menorah Reflection (Le reflet de la Menorah) yoramraanan.com

EDITORIAL

Nous venions d’assister à la soirée de commémoration du jour où Bassie (Madame Azimov) nous a quittés et on y avait beaucoup parlé de sa volonté inébranlable d’accomplir la volonté du rabbi qui tenait tant à l’allumage des bougies de Chabbat (l’un des points centraux de la Parachah de cette semaine-là : ‘Hayé Sarah). Une dame avait même suggéré que durant cette période, nous fassions allumer les bougies à une jeune-fille ou à une femme qui le ne faisait pas encore.

Je dois reconnaître que j’avais essayé… (un peu) et pas réussi.

C’était jeudi et je sortais de l’école où j’enseignais, tirant un chariot (lourd) débordant des courses que je venais de faire. Je n’avais qu’une hâte : rentrer à la maison, me restaurer et me reposer.

Il me suffisait de traverser (dans les clous), tourner à droite et remonter la rue qui menait chez moi.

Ne me demandez pas pourquoi mais j’ai traversé directement (pas dans les clous donc) et suis passée devant l’onglerie que je longeais « bi quotidiennement » depuis six ans. Ne me demandez pas non plus pourquoi mais je me suis arrêtée devant la vitrine (pour me reposer, avec le chariot trop lourd ?) et j’ai regardé les prix des prestations. Ce magasin est différent des autres, dans un style « bo bo »,

à sa place dans cette rue, et plutôt original et élégant : boiseries apparentes, murs de briques de couleurs variées. Les prix me paraissaient cher (je l’avais déjà constaté auparavant) et j’ai donc repris mon chariot, quelques secondes plus tard, et poursuivi mon chemin. Au bout d’une dizaine de pas, ne me demandez toujours pas pourquoi… j’ai fait marche arrière, je suis revenue sur mes pas et j’ai grimpé difficilement (mon chariot, vous vous rappelez ?) les trois marches en pierre qui accédaient à la boutique.

Une jeune femme très jolie, métisse, n’était pas occupée et c’est donc à elle que je me suis adressée. J’ai confirmé les prix, l’hygiène des instruments, la durée de la manucure et quand elle m’a répondu : « une heure environ », je lui ai rétorqué : « bon, je ne le ferai pas maintenant, je vous appellerai. De toutes les façons, je travaille en face. »

- Vous travaillez en face ? Où ça ?

- A l’école.

- Vous travaillez à l’école ? Y a- t- il des cours de religion dans cette école ?

- Non, ai-je répondu, c’est une école, un collège, un lycée.

- Mais il n’y a pas des cours de religion ? a-t-elle insisté.

J’étais intriguée…

- Vous voulez apprendre la religion ?

- Oui ! Ça ne se voit pas mais je suis juive. Mon père est nigérien et ma mère est juive, achkenaze même !

J’étais abasourdie !!!

- Ah mais je vais m’occuper de vous, me suis-je écriée…

Elle était au travail, nous avons donc fixé un vague rendez-vous pour le mardi suivant et je suis rentrée chez moi.

Mais je ne voulais pas qu’elle s’imagine que je n’étais pas sérieuse dans mon désir de l’aider. Je l’ai donc appelée, j’ai pris un rendez-vous pour une manucure le lendemain, vendredi

(c’était cher, mais cela avait-il un prix ?).

Mais avant tout, il me fallait éclaircir la situation…

Voilà ce que j’ai appris d’Eviano au cours de ces deux conversations :

Sa grand-mère maternelle (dont le nom est tout ce qu’il y a de plus juif) s’est convertie au christianisme, pendant la guerre, pour échapper aux nazis. C’était une toute jeune-fille. Toute sa famille a péri dans les camps de concentration. Après la guerre, elle ne s’est pas « re convertie » et a donc vécu sans religion. Elle a eu des enfants (je suis au courant de deux d’entre eux) : un fils qui est aujourd’hui prêtre (et fier d’être un prêtre juif !) et

une fille : Myriam (!), la mère d’Eviano. Cette dame s’est mariée avec un homme venant du Niger, donc le père d’Eviano.

- Mais quelle preuve avez-vous que vous êtes juive ? lui ai-je bien sûr demandé.

- La preuve, elle est là, au Père Lachaise.

- ???

- Sur la pierre tombale de ma grandmère sont inscrits tous les noms des membres de sa famille qui ont péri à Auschwitz !

- … Et vous n’avez pas autre chose ? D’où venait votre grand-mère ?

- Je ne sais pas… De Pologne…

Elle m’a promis de demander à sa mère et à son oncle s’ils possédaient des documents intéressants à ce sujet.

Elle a juste ajouté :

- Je ne me rappelle pas beaucoup de ma grand-mère qui est décédée quand j’étais très jeune mais juste ces mots qu’elle m’a dits : « ça va être dur d’être juive et noire… »

- Eviano, pourquoi voulez-vous apprendre la religion ?

- Mais je suis juive ! Mon fiancé est juif ! Mon amie L. A. m’a dit : « tu es juive toi ! ». Je voudrais connaître le Judaïsme ! D’ailleurs, chaque fois qu’on part en vacances, on se retrouve toujours à côté d’un Beth ‘Habad !

- Et bien pour le coup, c’est le Beth ‘Habad qui est venu à vous, lui ai-je dit. Je suis ‘Habad !

Et à ce moment, ses larmes se sont mises à couler sur ses joues, sans s’arrêter. Elle m’a embrassée :

- Oh ! Moi qui m’étais bien maquillée aujourd’hui ! Oh ! Je n’arrive plus à me concentrer et à bien vous faire les ongles !!!!

- Eviano ? Vous respectez le Chabbat ?

- Pas au travail. Mais le vendredi soir, nous allons dans la famille de mon fiancé et nous faisons Chabbat.

- Et vous allumez une bougie ?

- Non, je suis au travail !

- Mais vous pouvez allumer au travail !

- C’est vrai ? Je vais le faire dès aujourd’hui !

Nous allons nous voir mardi prochain. La route est encore plus longue et difficile que vous ne pouvez l’imaginer. Eviano a trois frères et sœurs mais elle est la seule à éprouver ce sentiment d’appartenance.

Eviano et les siens sont-ils réellement juifs ?

Nous ferons tout pour le savoir mais en tous les cas, n’ai-je pas étudié que lorsque le Machia’h viendra, il fera ce travail de découvrir les âmes de notre Peuple qui sont cachées.

L’avènement de cette Ère ne se rapproche-t-il pas ?

K. Coën

LA LETTRE DU RABBI

En Janvier 1962, une femme écrivit au Rabbi. Elle avait été élevée dans un foyer « non croyant ». Elle venait d’assister à deux conférences sur le véritable Judaïsme de la Torah et elle en avait été si profondément touchée qu’elle se trouvait désormais face à un dilemme. «En quoi dois-je croire, demandait-elle au Rabbi, dans la voie dans laquelle j’ai été éduquée et élevée pendant de si nombreuses années ou dans ce que j’ai entendu d’un étranger, au cours de deux soirées ? »

Ce qui suit est un extrait, en traduction libre, de la réponse du Rabbi (Igrot Kodèch, volume 22, pages 129-130).

[… ] ll ne fait aucun doute que vous avez entendu à plusieurs reprises l’expression « retour aux racines ». Je suis sûr que vous êtes également consciente du fait qu’une éducation n’intervient pas dans le vide, puisqu’en chaque individu il y a (des dynamiques spirituelles) enracinées dans l’âme, bien avant le début du processus éducatif, des éléments qui jaillissent des plus grandes profondeurs de l’âme. Plus encore, aucune éducation ni mise en condition ne peuvent les altérer ; elles ne peuvent que les occulter pour une plus ou moins longue période de temps. Cela a été démontré dans le domaine de l’éducation, tout comme en science médicale, en biologie et dans d’autres domaines.

C’est la raison pour laquelle nous observons souvent qu’une seule conférence ou une petite discussion, « une éducation » d’une durée extrêmement limitée, peuvent effectuer un change-

ment des plus fondamentaux dans une personne. La seule chose dont cette personne avait besoin était d’un catalyseur amorçant le retrait de tout ce qui couvrait ce qui existait déjà dans les profondeurs de son âme.

Ce qui précède est la réponse à votre question : « En quoi dois-je croire ? » Le fait même que vous ayez été si profondément touchée par ce que vous avez entendu au cours de deux soirées atteste de la vérité de ce que nos Sages nous ont dit, il y a des milliers d’années : «Tous les Juifs sont des croyants, enfants de croyants ». (Chabbat, 97a). Simplement, leur foi peut, parfois, être obscurcie par une strate d’éléments étrangers. [… ]

Mon espoir est que ces quelques lignes suffiront à apporter la lumière et que j’aurais le plaisir de recevoir de vos bonnes nouvelles à ce sujet.

LA SI'HA

Afin de pouvoir pleinement apprécier l’ampleur du miracle de ‘Hanoukah, il nous faut au préalable nous pencher sur la guerre qui l’a précédé.

Le texte de Al Hanissim que nous lisons durant les jours de ‘Hanoukah, pour louer et remercier D.ieu du miracle qu’Il a fait pour nous, fait mention de : « Ils ont tenté de leur faire oublier Ta Torah et de les détourner des décrets de Ta volonté ».

C’est en effet là que tout a commencé. Lors de sa conquête de la Judée, Alexandre le Grand de Macédoine renonce à utiliser les armes et soumet la Judée, dans un certain esprit de tolérance. Helléniste fervent, il est impressionné par la sagesse renfermée dans la Torah.

Mais les choses se dégradent lorsque les Grecs s’aperçoivent que ce n’est pas seulement pour sa dimension intellectuelle que les Juifs étudient la Torah mais aussi et surtout pour la connexion avec D.ieu qu’elle leur permet.

En effet, lorsqu’un Juif aborde son étude de la Torah, même d’un passage très court, ce n’est qu’après avoir récité la bénédiction : « Béni sois-Tu Éternel mon D.ieu Qui nous donne Sa Torah ».

Quelle différence peut-il bien avoir entre la Torah et Sa Torah ? Pourquoi cette précision ? Pourquoi devons-nous réciter cette bénédiction avant n’importe quelle étude1 ?

Le premier des Dix Commandements commence par : Ano’hi Hashem

1 Une fois par jour, pour toutes les études de la journée - Chlou’han Arouh, Ora’h ‘Haïm, chapitre 47

Elokei’ha, « Je suis Hachem ton Dieu ». « Je » en hébreu se dit : ani. Si D.ieu choisit le terme Ano’hi, mot égyptien, c’est qu’il forme l’acrostiche de la phrase : ana nafshi ktavit yéhavit, « Voici mon âme, Je l’ai écrite, je l’ai donnée ».

L’âme, l’essence divine, nous est donnée dans l’écriture-même de la Torah. Si bien que la simple lecture de cette Écriture suscite un attachement entre l’âme du Juif et l’Essence Divine. La compréhension du Texte est une seconde dimension de ce que l’on appelle l’étude de la Torah. Cette Torah permet donc avant tout au Juif de se lier profondément avec Dieu, au-delà même de la compréhension.

C’est donc en vue de cette puissante expérience d’attachement à D.ieu que nous prions avant d’étudier. Et c’est cet aspect de notre étude qui perturba profondément l’helléniste grec, qui vénérait la raison et l’esprit. Il ne put accepter une dimension supra-rationnelle associée à une expérience cognitive. Pour les Grecs, la raison, la compréhension, l’expérience intellectuelle pouvaient être cultivées par l’étude de la Torah. En revanche, « Sa Torah », la dimension divine qui l’accompagnait, devint peu à peu leur ennemie, dressant un mur entre le rationalisme grec et la sainteté de l’étude de la Torah des Juifs. Et ils se mirent à la combattre en interdisant cette étude ainsi que la pratique de certains commandements.

Parmi les Mitsvot, les décrets d’interdiction des Grecs visaient les ‘houkim, cette catégorie de Lois dont l’explication échappe à l’entendement humain. Là encore l’analyse helléniste fut précise : « les décrets de Ta volonté ».

Les grecs auraient admis que les Juifs observent les ‘houkim au nom d’une raison quelconque, cachée aux hommes, dont l’intellect est limité, mais connue par D.ieu, la Sagesse par excellence.

Mais ils se rendirent vite compte que l’observance des Juifs des lois irrationnelles ne s’appuie sur aucune raison quelle qu’elle soit. Mais c’est simplement parce qu’elle est « Ta volonté », la volonté de D.ieu, et le Juif soumet sa raison et sa compréhension, tout comme ses volontés personnelles, à celles de Son D.ieu !

C’en était bien de trop pour les adulateurs du savoir humain ! Non, les Grecs n’allaient pas permettre que l’on circoncise nos bébés de huit jours afin

de graver dans leur chair une alliance au-delà de toute compréhension2. Ils n’allaient pas plus supporter toutes ces lois relatives à la pureté et à l’impureté, qui ne suivent aucune logique et expriment si fortement « Sa volonté ».

Observez qu’en entrant dans le Temple, enragés comme ils sont, les Grecs se ruent vers les fioles d’huile pour les rendre impures : ce n’est pas la destruction physique qui les intéresse, mais la destruction spirituelle, celle que contient « l’huile pure3 » du Juif, dans son

2 A huit jours le bébé ne comprend pas et ne peut émettre ou ressentir d’avis quelconque sur ce lien qu’établira la circoncision entre D.ieu et lui.

3 Dans les Textes, l’huile est mise en rapport avec la ‘Hohmah -sagesse (« Icha Tékouit » Samuel 2, 14 ;2

lien irrationnel et donc inaliénable avec D.ieu.

Cette guerre idéologique et spirituelle dégénéra en une guerre physique car on ne peut séparer un Juif de son attachement avec D.ieu. En d’autres termes, le Juif est avant tout cette parcelle divine placée dans un corps se nourrissant de

Rachi) cette première force de l’âme. ‘Ho’hmah en hébreu peut aussi se lire Koa’h ma : la force du questionnement : celle de l’humilité. C’est ainsi que la sagesse est définie : elle commence par la reconnaissance du fait que l’on ne sait pas tout et que l’on s’ouvre pour recevoir. Cette ouverture à l’au-delà nourrit la Emounah, la foi, en un D.ieu Supérieur.

son lien avec D.ieu. Y porter atteinte, c’est déclarer la guerre dans toutes ses dimensions.

Le miracle de ‘Hanoukah, celui de la victoire physique couronné par celui de l’allumage de la Ménorah à l’huile pure, insiste sur le caractère profond de cette victoire et sur la grandeur de cette fête.

LA VÉRITABLE MENORAH

Rav Alter Ben Zion Metzger

La Menorah en or qui se tenait dans le Saint Temple de Jérusalem représente l'un des objets les plus inspirants dans le service du Peuple Juif. Elle est le symbole d'une relation unique entre D.ieu et Israël. La Torah décrit en détails, la façon dont chaque partie de la Menorah devait être taillée et façonnée.

L'un d’eux consistait à ce qu'il y ait, sur chacune des sept branches, des gueviyim (« godets »). Nos Sages expliquent dans le Talmud que ces godets étaient similaires à ceux d'Alexandre qu’on appelait autrefois, "les coupes d'Alexandre".

Le Rambam (Maïmonide) explique dans la Michna que la base de ces godets était étroite et, dans son œuvre hala'hique (législative), le Yad Ha'hazaka, il déclare : "les godets ressemblaient aux coupes d'Alexandre, par une large ouverture en haut, se réduisant vers le bas par une base étroite.”

Il est étonnant de voir que dans le schéma dessiné par le Rambam (voir le Commentaire du Rambam sur la Michna, édition Kapach) les godets sont dessinés à l'envers, l'ouverture en bas et la base étroite en haut. Le Rambam déclare avoir fait ce dessin de "façon globale », brève, et n'avoir pas eu pour but de transmettre

des "détails précis". Néanmoins son dessin réitéré, avec vingt-deux godets retournés, confirme qu’il approuvait cette configuration.

La source de cette présentation de la Menorah lui a été transmise par ses maîtres, dans une chaîne de tradition, mais elle est également basée sur des citations de nos Sages dont on ignore véritablement la source, comme cela se produit parfois, dans toute l’œuvre du Rambam.

Face à ce schéma, nous sommes confrontés à une question : Quelle est donc la signification de ces godets dessinés à l’envers ? Cela soulève un problème puisque nous savons que D.ieu avait ordonné que les côtés du Sanctuaire soient érigés dans "un sens croissant" (Souccah 45b), avec la partie la plus étroite située vers le bas et la partie la plus large vers le haut (ibid, voir Rachi).

Force nous est d’en déduire un principe général selon lequel tout objet servant à accomplir une mitsvah doit être utilisé "dans son sens croissant", allant du bas vers le haut.

Les godets de la Menorah sont-ils donc une exception ?!

Afin de répondre à cette question, nous devons avant tout comprendre la signification spirituelle de ce qu'elle représente.

Nos saints livres expliquent que l’objectif de la Menorah n'était pas de servir comme luminaire pour éclairer mais plutôt de témoigner à l'humanité" que la Providence Divine demeure parmi le peuple Juif" (Mena'hot 86 b). Son but n'était pas d'éclairer l'endroit dans lequel elle se tenait.

C'est aussi pour cette raison que les fenêtres du Temple étaient construites de façon inhabituelle, non comme des fenêtres ordinaires.

La Torah indique qu'elles étaient "larges et étroites" (Mela'him I6 : 4). Les commentateurs expliquent qu'elles étaient larges de leur côté extérieur et étroites de l'intérieur (voir Mena'hot 86b et le commentaire de Rachi).

Alors qu’habituellement, les fenêtres sont construites afin de permettre à la lumière de pénétrer de façon plus efficace dans une pièce ayant besoin d'éclairage, celles du Temple étaient construites différemment, ce qui illustrait le fait que la lumière spirituelle était diffusée à toute l'humanité.

Ce concept servant à faire véhiculer l’influence Divine clarifie notre question concernant les godets de la Menorah. Rabénou Be'hayé explique que les godets font allusion au flux Divin émanant depuis les sphères spirituelles et descendant jusqu’à notre monde terrestre (voir commentaires du Be'hayé, Téroumah 25:31). Une coupe est conçue pour contenir un flux liquide qui désaltérera celui qui est assoiffé. De façon similaire, les godets à l’envers transmettent

l'idée de bienfaisance Divine illimitée de D.ieu qui se déverse sur notre terre ici-bas, tout comme celui qui boit incline son verre afin d’étancher sa soif pour se désaltérer. Il en va de même pour les fenêtres étroites du Beth Hamikdache, permettant au flux de lumière d’illuminer le monde entier et toute l’humanité.

Un autre détail particulier apparaît aussi dans le croquis dessiné par le Rambam lui-même. Il diffère de toutes représentations de la Menorah que l’on aurait pu déjà rencontrées.

Il dessine les trois branches de chaque côté de la Menorah, s'étendant en diagonale vers le haut, à partir de la branche centrale, contrairement aux autres dessins de la Menorah, représentés par des branches incurvées en demi-arc.

Inutile de penser que le Rambam représente un simple croquis de la Menorah, sans se préoccuper de ces

détails. Son fils, Rabbi Avraham, a confirmé que les branches s'étendant vers le haut formaient des lignes droites : "la façon dont mon père et Maître, de mémoire bénie, a dessiné, atteste que les branches n'étaient pas incurvées en demi-arc, comme d'autres le décrivent" (commentaires de Rabbi Avraham, fils du Rambam dans Torah Terouma 25:32).

Nous trouvons également cette opinion dans Rachi : "les branches s'étendaient vers le haut" (Rachi, Terouma 25 :32).

Ainsi, les dessins diffusés de la Menorah en forme de demi-arc sont en totale contradiction avec les opinions de Rachi et du Rambam.

A ce propos, il serait bon de revoir les livres et les programmes éducatifs, tout particulièrement, ceux que l'on utilise dans les écoles religieuses, qui tentent de transmettre les connaissances de la tradition authentique, et dessiner à nouveau la Menorah avec ses branches

en diagonale, selon les opinions de Rachi et du Rambam.

Le dessin aux branches incurvées provient des représentations de la Menorah faites sur l'Arc de Titus, dessinées par des non Juifs pour commémorer la destruction du Temple et l'arrivée à Rome des saints ustensiles du Beth Hamikdache. Cet arc servait à proclamer la victoire de Rome sur le Peuple Juif, au point que les mots Judeae Capta, signifiant : "la Judée est captive", étaient taillés au-dessus de l'arc. Il y eut des périodes où les Juifs furent amenés de force par leurs bourreaux devant cet arc et forcés de regarder ces inscriptions, afin d’humilier et de briser leur cœur.

Si le dessin de la Menorah était basé sur les sources juives authentiques, il inspirerait et susciterait en chaque Juif la prise de conscience de son but ultime qui est de "procurer de la lumière spirituelle aux autres nations" (Isaïe 42 : 6) et d’avoir à l'esprit l'image de la Menorah qui montre que la “présence Divine demeure parmi le Peuple Juif", tandis que ces dessins nous rappellent tout l'inverse : les cruels et abominables conquérants romains.

Par la volonté de D.ieu, dans un futur très proche, que nous puissions mériter la Rédemption complète, et le retour de la Menorah dans le troisième Beth Hamikdache, voir la véritable et authentique Menorah et l'accomplissement du commandement du Grand Prêtre :

"Lorsque tu allumeras la flamme", littéralement, réellement et rapidement de nos jours, Amen !

DES PROFONDEURS

JE T’APPELLE

Berel Jacobs

Comment vous raconter une histoire qui n’a ni commencement ni fin, l’histoire d’une âme en quête, d’un cœur ardent, d’une étincelle intérieure qui grandit et s’épanouit dans la douce chaleur de la foi. L’histoire d’une rencontre d’âmes, d’une âme en confortant une autre et une autre et une autre encore… L’histoire d’un Juif qui trouve la réponse à un vide rongeant son cœur, à la vacuité qu’il ressent presque physiquement et qui le remue jusqu’aux entrailles et le jette dans une quête incessante. Quand la faim est assouvie, la soif étanchée, les nouvelles eaux vivifiantes doivent être partagées. La lumière de la vérité doit éclairer encore une vie. L’esprit de la Torah doit insuffler son souffle de vie à encore une autre vie. Le cycle de l’expansion spirituelle est une spirale qui monte jusqu’au Eyn Sof, à l’Être Infini.

Et pourtant, il me faut commencer.

Tout a débuté quand le Rabbin G. m’a dit qu’il avait rencontré un jeune homme qui était investi dans une secte chrétienne et qui lui avait posé quelques questions sur le Judaïsme. Il l’avait déjà reçu. Ils avaient parlé et ce jeune homme avait manifesté un certain intérêt à en savoir davantage. Maintenant, pensait-il ce serait une bonne idée de trouver une famille qui l’invite un Chabbat.

Quand le Rabbin G. me raconta tout cela, je fus un peu sceptique. Mon expérience avec cette espèce d’intérêt m’avait montré que d’ordinaire, ce type de personnes « intéressées » avaient

plutôt pour but de nous convertir ! Mais je réfléchis un peu et je pensai à Yossi.

Je connaissais Yossi depuis un certain temps mais c’est seulement récemment que j’avais vraiment connu Yossi, le vrai Yossi, l’intense Yossi. Oui, Yossi était également un baal techouvah (revenu à D.ieu). Il avait travaillé dans la marine marchande et puis avait cherché de l’apaisement dans la religion chrétienne. Mais son âme était réellement assoiffée du véritable Judaïsme. L’étincelle dans sa nechamah (âme) demandait le souffle de la Torah pour l’enflammer.

Chez lui, c’est une flamme tranquille, dans tous les sens du terme. Yossi est une belle personne, aux manières posées. Il parle doucement, parfois dans un souffle, avec un sourire qui jaillit de son cœur et s’étend à travers sa barbe rousse, flamboyante. Ses yeux pétillent, brillent et rient et chantent avec l’amour et la chaleur de l’esprit qui émane de lui, vous touche au premier regard et vous embrasse dans son étreinte. Mais doucement, doucement, avec la tendresse et la compassion du véritable ich ha’hessed, l’homme de bienfaisance, dont l’être tout entier respire la bonté et l’amour.

Vous fondez littéralement en sa présence.

Yossi avait tout essayé et il savait qu’il n’y avait pas de quoi s’en vanter. Maintenant, il prononçait des paroles de Torah avec une douceur et une fermeté entremêlées de compréhension et de compassion.

Je pensai à Yossi et je sentis que lui et sa femme Mindy, qui possédait les mêmes qualités que lui, outre ses propres qualités d’échèt ‘hayil, (« femme vertueuse ») seraient les

bonnes personnes pour l’âme perdue rencontrée par le Rabbin G.

Son nom était Chmouël et quand il était enfant, il avait aimé la pratique reli gieuse et même apprécié de se rendre au Talmud Torah. Il était un peu pensif, peut-être même introverti, réservé, timide. Il avait une stature moyenne, des cheveux blonds et un visage rond et innocent. Bien qu’il ait été élevé dans une famille américaine, typiquement assimilée, il avait continué à mettre les tefilines jusqu’à seize ans, c’est-à-dire jusqu’à la mort de son père. C’est lors de cette expérience traumatisante qu’il commença à s’éloigner. Il devint rêveur, choisit la musique pour apaiser son âme, arbora un regard pensif et triste dans ses yeux bleus. Il aspirait à être guidé, à trouver un sens à sa vie. Il s’immergea dans sa musique et fit des études afin de devenir professeur de musique. Mais son âme restait assoiffée.

Chmouël parlait lentement, avec conviction mais sa voix était pleine d’émotion.
Yossi sentit un frisson glacé courir le long de son dos et puis une joie véritable explosa en lui.

Pendant un certain temps, il rejoignit une communauté, goûta à la drogue, à toutes sortes de drogues. Sa musique devint intense mais son sentiment de vide s’intensifia également.

Chmouël exerçait le métier de profes seur de musique et il était intégré au système éducatif de la ville. Mais il se posait toujours des questions quand il rencontra « les témoins » qui l’inter pellèrent. Cherchant toujours dans les eaux étrangères, il fut happé par leur intérêt, leur confrérie et leur croyance. Ils lui présentèrent également ce qui

La première offensive de Chmouël s’exprima ainsi : « Prouvez-moi qu’ils sont dans l’erreur ! »

Yossi invita Chmouël chez lui. Les yeux rayonnants, dansants, joyeux, rencontrèrent les yeux tristes, perdus, et ils se comprirent. Yossi commença doucement et douloureusement à démonter, un par un, les arguments du groupe d’étude, apportant des preuves puisées dans le Tana’h, l’histoire juive et ses expériences personnelles, pour réfuter les affirmations fallacieuses du groupe d’étude. Et lentement, les yeux tristes de Chmouël commencèrent à s’éclairer.

Chmouël et Yossi étudièrent pendant plusieurs mois, habituellement une fois par semaine, passant parfois un Chabbat ensemble.

Et puis arriva l’été et Chmouël fut empli de sentiments mitigés, d’émotions obscures.

Il est vrai qu’il percevait les incohérences du groupe des missionnaires, pourtant il ne pouvait se résoudre à faire le tournant décisif qui ferait de lui un Juif observant.

-Yossi ! Tu sais ce que tu as réussi à faire ? Maintenant je ne crois plus en rien ! Tout n’est qu’une grande nébuleuse. Je suis dans le brouillard ! »

Ils étaient assis dans la petite cuisine confortable de l’appartement de Yossi, tard, un soir de Juin.

Chmouël poursuivit :

-J’ai atteint le point où je suis complètement perdu. Nos discussions m’ont fait réaliser la stupidité de ce groupe mais, maintenant, rien n’a de sens pour moi ! Bien que je sois convaincu que les autres religions ne valent pas la peine, je ne suis

toujours pas certain que le Judaïsme ait la réponse. Tu m’as appris à douter et maintenant, je ne crois en rien.

Tentant de trouver un rayon d’espoir qui effacerait les lignes inquiètes du visage de Chmouël, Yossi répondit instinctivement :

- Mais Chmouël, tu ne t’es pas donné une seule chance positive. Nous ne nous occupons que du négatif. Passe l’été complètement immergé dans une atmosphère de véritable vie de Torah et tu verras la vérité du positif. Recommence à mettre les tefilines et tu commenceras à croire !

Les bras de Yossi enlaçèrent Chmouël pour le réconforter mais l’inquiétude ne quitta pas ses yeux.

- Non Yossi ! Je dois partir loin, je dois être seul, me retrouver. Jusqu’à maintenant je fuyais. Maintenant, toutes les alternatives sont clairement étalées devant moi et je dois prendre du temps, dans le calme, pour m’éclaircir les idées.

J’ai décidé de partir dans le Colorado. L’air pur et les espaces infinis du désert et des Rocheuses me conviennent. Je crois que là-bas je serai plus près de D.ieu. Peut-être réussirai-je à me trouver !

Yossi voyait l’agonie dans l’âme de Chmouël et il savait que parfois, dans la quête de la vérité, il faut d’abord passer par une perte totale de soi. La Guemara ne dit-elle pas que lorsqu’un Tana désirait étudier le Talmud Yerouchalmi, il devait d’abord oublier tout le Talmud Babli !

Comme l’explique la ‘Hassidout, le Ayin beemtsa crée un vide qui par la suite permettra que s’introduise une lumière de compréhension supérieure.

Il s’immergea dans sa musique et fit des études afin de devenir professeur de musique. Mais son âme restait assoiffée.

Rien ne servait à précipiter les choses. Chmouël avait atteint le fond. Maintenant Yossi espérait qu’il amorcerait la remontée.

L’été fut long et torride à New York. De nombreux soirs, Yossi pensait à Chmouël, espérant, priant silencieusement qu’il trouverait la force de prendre la bonne décision. Il espérait, attendait un signe, un mot, quelque chose de Chmouël. Mais rien… le silence.

Un soir tard, vers la fin de l’été, le téléphone sonna. Yossi reconnut aussitôt la voix familière :

- Chmouël ! Où es-tu ? D’où appelles-tu ?

Yossi retenait sa respiration, qu’allait-il entendre de cette âme en peine ?

- Yossi ! je dois te dire quelque chose ! Je suis un Juif ! Je suis un Juif !

Chmouël parlait lentement, avec conviction mais sa voix était pleine d’émotion. Yossi sentit un frisson glacé courir le long de son dos et puis une joie véritable explosa en lui.

Ce fut bien plus tard, cette nuit-là, que Yossi, assis en face de Chmouël, commença son récit :

- Je suppose que cette partie de l’histoire va te paraître aussi étrange que le reste de ma vie perturbée. Mais maintenant il y a une différence : je sais qui je suis et ce que je suis.

Le visage de Chmouël brillait d’un doux éclat. La tristesse du printemps précédent semblait avoir abandonné ses yeux. Maintenant, ils brillaient sereins, inspirés. Yossi scruta son visage pour essayer d’y retrouver quelques traces de la confusion qu’il avait l’habitude d’y voir. Mais il n’y vit que la clarté d’une

âme révélée à elle-même. Oui ! Chmouël s’était trouvé !

- Quand je me suis rendu au Colorado, j’étais déprimé et indécis. Je n’étais pas sûr de ce que je voulais vraiment. J’ai essayé de me perdre dans ma musique. Je passais quatre heures par jour, cinq heures d’affilée, à jouer de ma guitare. Ressentant que ma musique n’était pas assez intense, j’ai goûté à la drogue pour approfondir mon expérience. Je jouais constamment de la guitare. Au milieu de tout cela, dans le vide du désert, j’ai entendu une voix. Je ne sais pas si elle venait de dehors ou de l’intérieur de moi mais elle était réelle :

- Que fais-tu ? Tu sais bien que tu dois mettre les tefilines !

J’ai essayé de toutes mes forces de bloquer cette voix. Mais impossible. Elle me hantait.

- Que fais-tu ?

Tu sais bien que tu dois mettre les tefilines !

Je jouais encore plus intensément, plus d’heures, plus fort ! plus fort ! Voix ! Va-t-en !

Je n’arrivais pas à comprendre ce qui se passait dans mon esprit. Est-ce que je paniquais ? Étais-je venu dans la sérénité du Colorado pour ça ?

Et puis, j’ai reconnu une familiarité dans la voix. Elle me rappelait quelqu’un, quelqu’un qui appartenait au passé, quelqu’un de proche, quelqu’un de cher, de très cher. Mais qui ? Qu’est-ce que tout cela voulait dire ? La voix ne me laissait pas de repos. Même quand je ne l’entendais pas, sa pensée ne me laissait pas dormir. Je ne pouvais plus fonctionner normalement. Je continuais à chercher du réconfort dans ma musique, un baume pour mon âme blessée. J’aspirais à la paix de l’esprit !

Et puis cela me vint brutalement à l’esprit… la voix venait du passé, de la chose la plus précieuse que j’avais possédée.

Je devins hystérique : du fond de mon esprit je me souvins d’une cassette, une cassette enregistrée à ma Bar Mitsvah. Sur la cassette était enregistrée la voix de mon père. Où était cette cassette ?

Je cherchais dans le fouillis que j’avais entassé et emporté au Colorado mais je ne pensais vraiment pas que la cassette s’y trouvait. Et pourtant la Main de la Providence Divine avait dirigé ma main pour que je jette cette cassette avec d’autres que j’avais emportées dans mon sac à dos. La frénésie s’empara de moi… Je dois écouter cette cassette… J’ai besoin d’un magnétophone…

Mon père me parlait depuis la tombe. Sa voix était claire et forte. C’était avant qu’il ne soit affaibli par la maladie… .

« Et nous espérons et souhaitons que … heu… Chmouël grandisse en devenant un bon Juif et un bon être humain… qu’il nous apporte du bonheur… et de la joie… qu’il soit une fierté pour le Peuple Juif… »

La voix s’éteignit…

Cette voix me disait que j’étais un Juif croyant.

Tout s’est cristallisé et j’ai vu clair : je m’étais trouvé. Ce jour-là, j’ai mis les tefilines et j’ai prié longtemps… et j’ai pleuré longtemps mais ces larmes étaient des larmes de joie et de soulagement parce que j’avais écouté la voix et que je pouvais recommencer tout… en Juif croyant…

Yossi ferma les yeux, se remémora la première fois qu’il avait rencontré Chmouël et le défi qu’il lui avait lancé : « Prouve-le moi ! ».

La preuve s’était finalement révélée toute seule dans le propre cœur de Chmouël. La voix avait été entendue.

PS : Chmouël vit maintenant la vie d’un homme appartenant à une famille pratiquante, dans tous les détails. Il est heureux et épanoui.

LA CACHEROUT

l’esprit de la loi

D’APRÈS RAV YOSSI PALTIEL

Je vais commencer par une histoire que le Rabbi a évoquée à plusieurs reprises.

Il existe un livre, compilé par de nombreux disciples et élèves du Baal Chem Tov, intitulé : Baal Chem Tov.

Cet ouvrage renferme une histoire. Le Rambam, Maimonide, était extrêmement célébré, dans le Judaïsme oriental de son époque, surtout par ceux qui étaient capables d’étudier ses enseignements. Beaucoup entretenaient une correspondance étroite avec lui. En l’occurrence, existait une communauté qui lui était très dévouée et qui lui adressa une question au nom de toute la collectivité.

Dans l’un de ses ouvrages, le commentaire sur la Michna, dans le dixième chapitre de Sanhédrin, le Rambam présente ses « Treize articles de foi ». Le treizième en est : la foi dans te’hiyat hamétim : la Résurrection des Morts.

Cette communauté écrivait, au nom de tous, qu’ils étaient très impliqués dans la Torat HaRambam, les enseignements du Rambam, mais que ce principe-là, ils ne pouvaient l’accepter. Ils demandaient donc si le fait de rejeter le treizième article invalidait la croyance qu’ils avaient dans les douze autres et remettait en question leur observance des mitsvot en général.

Le Rambam répondit : « Si vous ne croyez pas en te’hiyat hamétim, c’est que vous n’observez pas la Cacherout » !

Et il expliquait : « Pour croire en te’hiyat hamétim, il faut avoir un corps très raffiné, qui devient un kéli, un réceptacle, pour la spiritualité, et les aliments que nous consommons

affectent la substance de la personne. Si donc, poursuivait le Rambam, vous ne pouvez concevoir cette idée, c’est que, collectivement, vous n’observez pas la Cacherout »

Cette sentence les bouleversa et ils menèrent une sérieuse enquête : la communauté entière mangeait tarèf : « non cacher » ! Le boucher était un escroc et les avait tous trompés.

En d’autres termes, la nourriture qu’ils avaient ingérée avait affecté leur foi et ils en étaient devenus incapables de croire en cette idée !

Le Judaïsme possède un corps et une âme.

L’objectif du corps est l’accomplissement des 613 mitsvot (ou de celles qui nous concernent aujourd’hui) et la hala’hah, le code de lois, nous en indique la manière. Il s’agit donc de connaître les « tu feras » et les « tu ne feras pas » et de les accomplir concrètement.

Cependant, il est possible qu’une personne accomplisse toutes les mitsvot, sans exception, et que néanmoins son Judaïsme reste « mort », inerte.

Cela s’exprime par une attitude qui consiste à dire :

« Que dois-je faire ? Jusqu’où ? Et qu’aije le droit de ne pas faire car je ne veux pas faire ce que je ne suis pas obligé de faire ?! »

Le Judaïsme est considéré par cet individu comme une obligation, un joug. Il l’accomplit à la lettre mais sans vitalité, sans joie, sans embellissement.

A aucun moment il ne pense « si je fais mieux, cela peut m’améliorer ». Le seul

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Ces deux expressions sont donc contradictoires !

La réponse à cette antithèse est qu’il est dit dans la Torah : kedochim tiheyou : « Vous serez saints ». En d’autres termes, le Judaïsme ne se traduit pas par ce que l’on doit faire et ce que l’on a le droit de faire, mais par ce qui nous définit comme « saints ». En conséquence, il y a une sainteté dans la manière dont nous l’accomplissons. Il ne s’agit pas de mesurer combien on doit faire ou ne pas faire, mais combien de sainteté puis-je ajouter dans ma vie.

Il est important de prendre conscience de cette idée, quand il s’agit de la Cacherout

La Cacherout n’est pas seulement une obligation. Certes, c’est une obligation : ce qui est permis à la consommation est permis, et ce qui ne l’est pas ne l’est pas.

Mais il y a plus. L’on n’observe pas la Cacherout parce que sinon l’on va être puni, ou seulement parce que ses lois figurent dans le Choul’han Arou’h, mais parce que la Cacherout affecte la sainteté de notre foyer, la sainteté de notre famille et le futur du Peuple Juif : kedochim tihyou.

Laissez-moi partager avec vous l’une de mes réflexions.

Au cours de l’été 1975, le Rabbi fit un farbrenguen et prononça une Si'ha rapportée dans le Likouté Si’hot 13. Durant ce discours, le Rabbi introduisit pour la première fois deux mivtsaïm, « deux campagnes », à la fois : la Cacherout dans les aliments et la boisson et Taharat hamichpa’hah : « les lois de pureté familiale ».

Le Rabbi dit (et je ne cite pas les mots exacts du Rabbi mais leur contenu) :

« Quand on regarde dans le passé, on voit quelque chose de très choquant : un nombre extraordinairement élevé de Juifs ont quitté le chemin de la Torah.

Si l’on compare le nombre de Juifs pratiquants d’il y a environ 100 ans avec leur nombre aujourd’hui, je me pose une question : comment cela se fait-il ? »

La réponse qui vient immédiatement en tête implique un seul mot : les tsaroth, les « malheurs ». Les malheurs des Juifs sous le tsarisme, sous le communisme, sous les nazis, sous tous les régimes totalitaires…

La vie était si difficile…

Telle est la réponse sociologique.

Mais le Rabbi ne l’accepte pas. Il explique :

« Il est dit dans tous les livres saints que deux mitsvot soutiennent le foyer juif et le Peuple Juif : la Cacherout et Taharat hamichpa’hah »

A leur propos, la Torah, la hala’hah, dit qu’une maison juive n’a pas besoin de supervision rabbinique. L’on fait confiance aux femmes pour ces deux mitsvot.

Le Rabbi offre donc une solution aux problèmes qui peuvent se rencontrer face aux « détours » que prennent certains jeunes (et moins jeunes).

Renforcer la Cacherout et renforcer Taharat hamichpa’hah, c’est renforcer les fondations.

Nous pratiquons la plupart des mitsvot en public. Nous allons à la choule prier, étudier, etc.

Mais

la maison est un lieu privé. Personne ne sait ce qui s’y passe. Tout est entre les mains des femmes.

Le Rabbi propose, afin de renforcer le Judaïsme de nos enfants, d’améliorer la pratique de ces deux mitsvot.

Seul le Rabbi a proposé cette solution : faire briller la nechamah par l’intensification de la pratique de ces deux mitsvot.

Et il ne faut surtout pas considérer ces efforts comme un poids, une charge !

Bien au contraire, l’on accomplit la mitsvah de kedochim tiheyou, autrement dit, plus le niveau est élevé, plus l’on se sanctifie. La Cacherout est un kéli, un

réceptacle, pour que la nechamah de nos enfants irradie et brille à travers le corps.

Vérifiez vous-mêmes dans la Si'ha du Rabbi.

Le Rabbi a dit en 1975 que la Cacherout et Taharat hamichpa’ha garantissent que nos enfants auront une âme pure (quels que soient leurs aptitudes à étudier ou autre problème). Ces mitsvot affectent le futur du Peuple Juif.

Je voudrais ajouter autre chose.

Dans la Parachah Reéh (chapitre 14), le verset 3 comporte quelques mots : « tu ne mangeras aucune chose abominable », (« abominable » dans le sens de « répugnant »). Une discussion se soulève parmi les commentateurs. Le Ramban soutient que la Torah signifie ici que tout ce qui n’est pas cacher est abominable. Même si les aliments ont l’air appétissants, à partir du moment où la Torah nous interdit de les consommer,

ils sont « abominables ». Le fait même qu’ils soient tarèf les rend répugnants.

(Entre parenthèses, le mot tarèf n’est pas le mot adéquat pour désigner des aliments non cacher ; le mot qui convient est taméh (« impur »). Tarèf est un cas spécifique de nourriture non cacher se référant à la che’hitah qui invalide la Cacherout d’une bête).

D’autres commentateurs divergent d’opinion : certains aliments non cacher sont répugnants mais d’autres sont appétissants mais nous ne les consommons pas du fait de kedochim tiheyou

Les commentateurs débattent donc de la pensée sous-jacente à la Cacherout. Ne consommons-nous pas les aliments non cacher par le fait qu’ils sont obligatoirement répugnants car interdits ? Ou bien certains sont-ils appétissants mais interdits compte tenu du commandement qui nous enjoints de nous sanctifier même dans ce qui est attirant ?

En fait, il nous faut considérer la Cacherout avec les deux regards. D’une part ce qui n’est pas cacher est répugnant mais par ailleurs, il faut s’en abstenir, même si cela paraît attirant, pour nous sanctifier, parce que D.ieu nous l’a commandé. C’est ainsi que nous exprimons notre sainteté.

Des histoires

Dans les années 70 ou 80, le chlia’h du Minnesota, Rav Friedman, reçoit, à la choule, la visite d’un couple qui lui demande si dans l’assemblée se trouve quelqu’un qui peut pratiquer de l’exorcisme. La femme, en très bonne santé d’ordinaire, entend des voix, prend différentes personnalités, semble « possédée » par un « esprit ».

Rav Friedman répond :

Bien sûr, je le pratique ! J’écris un mail, je l’envoie à New York…

Il écrit à New York, reçoit une réponse du Rabbi : elle doit observer la Cacherout. Elle s’exécute. Les voix se taisent complètement.

Un certain temps passe. Ils reviennent : les voix sont de retour.

Que s’est-il passé ?

Ils ont déménagé dans une autre ville où il est très difficile de se procurer de la nourriture cacher. Ils ont donc arrêté de manger cacher et les voix sont revenues !

Je pense qu’ils écrivent à nouveau au Rabbi qui donne la même réponse.

Ils disparaissent… Pourquoi ? Rav Friedman ne peut les aider, ils ne peuvent manger cacher !

Puis au bout d’un certain temps, ils réapparaissent.

Que s’est-il passé ?

Manger cacher était trop difficile.

Ils se sont alors rendus chez une voyante à qui ils ont demandé de faire ce qu’elle devait faire pour extirper cet esprit.

La voyante avait tenté d’exercer son processus mais s’était exclamée :

« Je ne comprends pas ! Il y a quelque chose qui me bloque ! Je ne peux pas vous aider !

Il y a ce très grand Rabbin qui pourra peut-être vous venir en aide. Lui avezvous écrit ?

-Oui !!! Mais ce Rabbin nous a dit de manger cacher et là où nous habitons ce n’est pas possible. Il nous faut donc une autre solution.

Elle s’était emportée contre eux :

-Vous avez une réponse de ce grand homme et vous ne l’écoutez pas ! Mais vous devez être fous !

- Mais vous ne comprenez pas ! Là où on habite, il n’y a pas de viande cacher…

- Alors achetez un congélateur ! s’était exclamé cette voyante non juive.

Ils revinrent donc chez Rav Friedman et lui racontèrent ce qu’il s’était passé. Il voulut rencontrer cette voyante. Il s’attendait à voir une espèce de sorcière, avec une moustache et un balai, et fut surpris de se trouver face à une améri-

caine jeune et moderne. Il lui demanda ce qu’elle voyait (!)

Elle lui expliqua, entre autres, qu’elle voyait le Rabbi âgé de trois mille ans… ■ □ ■

Au début du XIXème siècle vivait un cho’het extrêmement méticuleux dans sa pratique. Il faut comprendre que dans le shtetl (petit village d’Europe Centrale), le cho’het devait être plus pieux encore que le Rav. Sa main pouvait déterminer ce qui était cacher ou pas et sa source de revenus ainsi que celle du boucher et d’autres personnes encore.

Cet homme ne permettait à ses enfants de ne manger que sa propre viande. Il éleva une grande famille dont tous les enfants devinrent de grands érudits. Tous sauf un. Le père en était très perturbé et convaincu que si son enfant ne savait pas étudier, c’était parce qu’il avait mangé quelque chose qu’il ne fallait pas. Il demandait sans cesse à son fils s’il n’avait jamais consommé d’autre viande que la sienne. Et le fils répondait invariablement :

-Non ! Tu nous as interdit de manger d’autre viande, je n’en ai jamais mangé !

Un jour, un grand Gaon d’Allemagne vint dans leur shtetl. Le cho’het lui conduisit son fils et lui parla de la situation.

Sans un instant d’hésitation, le Gaon déclara :

-La nourriture non cacher « bouche » l’esprit !

Le père avait interrogé son fils des dizaines de fois et l’enfant avait toujours répondu par la négative !

Ils sortirent et le père dit à son fils :

-Maintenant, tu vas devoir réfléchir ! Passe toute ta vie en revue et pense.

Et l’enfant se rappela : une femme était revenue d’un mariage, qui avait eu lieu dans une ville avoisinante, et avait rapporté des restes.

Le cho’het de ce mariage était le meilleur ami du père de l’enfant et il l’avait autorisé à manger de sa che’hitah.

Le père ne perdit pas de temps et se rendit, dans la ville proche, chez son ami et lui demanda :

- Tu te rappelles avoir fait la che’hitah pour tel et tel mariage ?

Le cho’het blêmit, se troubla et répondit :

- J’étais le cho’het de ce mariage et je peux te garantir que la viande était à cent pour cent cacher.

- Et alors ?

- Ce souvenir me remplit d’effroi !

C’était un second mariage, pour l’homme. Il y avait eu un problème sur le guèt (acte de divorce) de son premier mariage. Rabbi Chnéor Zalman fut consulté et répondit que le guèt n’était pas cacher et ajouta que si l’on n’écrivait pas un autre guèt, et que l’un ou l’autre des deux membres du couple se remarie, la viande ne serait pas cacher ! (La réponse du Rabbi Chnéor Zalman est imprimée).

La viande était techniquement parfaitement cacher mais à cause de

l’invalidité du guèt, elle était inapte à la consommation !

Loubavitch avait un Rabbi : le Tséma’h Tsédèk, mais également un Rav. Quand une question hala’hique se posait, on s’adressait au Rav.

Une femme passa, un jour, devant la maison du Tséma’h Tsédèk, portant un panier qui contenant une volaille vivante. Elle l’amena chez le cho’het qui en fit la che’hitah. Elle rentra chez elle et remarqua qu’il y'avait une cheélah (question hala’hique) sur le poulet. Elle se rendit chez le Rav qui regarda le poulet et le déclara cacher. Elle rentra chez elle et passa à nouveau devant la maison du Tséma’h Tsédèk qui la vit par la fenêtre. Il demanda à son fils de l’appeler.

Elle entra. Le Rabbi l’interrogea pour savoir d’où elle venait et elle lui expliqua la situation.

Le Tséma’h Tsédèk lui demanda de lui montrer le poulet. Il le regarda et envoya un de ses enfants chercher le Rav.

- Tu as déclaré ce poulet cacher. Mais il n’est pas cacher !

Ils discutèrent longtemps et finalement le Rav s’écria :

- Je suis le Rav de Loubavitch. J’ai décrété que ce poulet est cacher, il est cacher !

Et il s’en alla.

Le Tséma’h Tsédèk se dirigea alors vers sa bibliothèque, prit un séfèr, l’ouvrit et montra à ses enfants qu’il y était explicitement dit que dans ce cas, le poulet était cacher. Exactement comme l’avait déclaré le Rav. Et il ajouta :

- Le Rav n’a jamais vu ce séfèr. Mais quand un Rav fait un psak, qu’il rend un avis, il a sayatah dichmayah, D.ieu parle à travers ses mots. Lui-même ne sait pas pourquoi mais ce qu’il dit émane de D.ieu. Quand il dit « c’est cacher, c’est cacher ! »

Mais il y a une histoire exactement contraire, avec le même Rav et le Tséma’h Tsédèk !

Une femme passa devant la maison du Tséma’h Tsédèk portant un panier contenant une volaille vivante. Elle l’amena chez le cho’het qui en fit la che’hitah. Elle rentra chez elle et remarqua qu’il y avait une cheélah sur le poulet. Elle alla chez le Rav qui regarda le poulet et le déclara tarèf

Elle rentra chez elle et passa devant la maison du Tséma’h Tsédèk qui la vit par la fenêtre. Il demanda à son fils de l’appeler.

Elle entra. Le Rabbi l’interrogea pour savoir d’où elle venait et elle lui expliqua la situation.

Le Tséma’h Tsédèk lui demanda de lui montrer le poulet. Il le regarda et envoya un de ses enfants chercher le Rav.

- Tu as déclaré ce poulet tarèf mais il est cacher !

Ils discutèrent longtemps et finalement le Rav convint :

- C’est vrai ! Ce poulet est cacher. Je vais rappeler la femme pour le lui dire.

- C’est trop tard, rétorqua le Tséma’h Tsédèk. Tu l’as déclaré tarèf. Il est tarèf !

Les paroles d’un Rav se réalisent. Telle est la force que D.ieu lui a donnée.

Chez les ‘Hassidim, l’idée de hidour mitsvah, « embellissement de la mitsvah » a toujours existé.

Cela signifie ne pas se contenter d’un niveau élémentaire dans la pratique des mitsvot mais d’aller au-delà.

Le Rabbi dit que l’une caractéristiques du ‘hassid est : « Sois au-dessus de ce que tu es ».

Vie uotidienne Q

‘Hanna Zejlinwarger

GRAVLAX

4 personnes 20 minutes • Macération : 48h

« Cuit » dans sa croûte salée-sucrée, le saumon prendra une saveur toute particulière. N’oubliez pas l’aneth, indispensable pour un gravlax réussi.

INGRÉDIENTS

▸ 1 filet de saumon de 1 kg

▸ 200 g de sucre en poudre

▸ 200 g de gros sel

▸ 4 cuil. à soupe d’aneth ciselée

▸ 1 betterave cuite

▸ Sel, poivre

POUR LA GARNITURE

▸ 2 petits oignons nouveaux avec leur tige verte

▸ 2 cuil. à soupe de câpres

▸ 2 cuil. à soupe d’aneth ou de ciboulette finement ciselés

▸ 6 cuil. à soupe d’huile d’olive

▸ Sel, poivre du moulin

PRÉPARATION

1

2

Préparez le saumon : retirez toutes les arêtes avec une pince à épiler et incisez le sur un côté pour le fendre en deux.

Dans un grand saladier, mélangez le sucre, le gros sel, le poivre et l’aneth. Pelez la betterave, coupez-la en deux et émincez la très finement en lamelles, mêlez-les au mélange précédent. Emplissez l’intérieur du filet de saumon avec une partie de cette préparation et roulez le dans le reste de la saumure. Enveloppez-le dans du film étirable et placez le dans une terrine. Posez des poids sur le fiIm étirable et placez au réfrigérateur pendant 24 heures minimum (48 heures seraient encore préférables).

3

4

Deux heures avant de servir, sortez le saumon du réfrigérateur, débarrassez le du film étirable, rincez le soigneusement sous l’eau du robinet, intérieur compris, séchez le, émincez-le très finement en lamelles. Placez dans un grand plat de service.

Pelez les oignons, émincez-les avec leur tige verte. Placez-les dans un grand bol avec l’huile et les câpres, salez légèrement, poivrez abondamment. Mélangez puis recouvrez le saumon de cette vinaigrette. Parsemez de l’aneth ou de la ciboulette et servez accompagné de toasts.

TAGLIATELLES AU SAUMON FRAIS

4 personnes 1 heure

INGRÉDIENTS

▸ 500 g de tagliatelles

▸ 1 filet de saumon frais coupé en dés

▸ 40 cl de crème fraîche (= 2 petits pots) ou crème parvé

▸ 1 noix de beurre (ou matière grasse végétale)

▸ Sel / Poivre

PRÉPARATION

1 Cuire les pâtes à l'eau bouillante salée selon le temps indiqué sur le paquet.

2 Pendant ce temps, faire fondre le beurre (ou matière grasse végétale) dans une casserole et y ajouter la crème.

3 Quand la crème est juste chaude, y plonger les dés de saumon, qui doivent cuire à la chaleur de la crème.

4 Quand ils sont cuits, ajouter le sel et le poivre.

5 Égoutter les pâtes, les disposer dans un grand plat et napper de crème au saumon.

PAVÉS DE SAUMON AU MIEL & SÉSAME

4 personnes 15 minutes

INGRÉDIENTS

▸ 4 pavés de saumon

▸ 2 cuillères à café de jus de citron

▸ 6 cuillères à café d’huile d’olive

▸ 6 cuillères à café de miel liquide

▸ Huile

▸ Graines de sésame

▸ Sel / poivre

PRÉPARATION

1 Mélanger le jus de citron, le sel, l’huile d’olive et le miel dans un plat.

2 Faire mariner le saumon pendant une heure avant la cuisson, en le retournant de temps à autre. Égoutter le poisson et saupoudrer de graines de sésame.

3 Dans une poêle, faire chauffer l’huile. Faire cuire le saumon environ 3 à 4 minutes de chaque face, à feu moyen. En fin de cuisson, ajouter le reste de la marinade dans la poêle. Le miel va réduire et former une sorte de caramel. En arroser le poisson.

4 Il doit être caramélisé et les graines de sésame grillées.

TARTE AU POIREAU ET SAUMON FRAIS

4 personnes 1 heure

INGRÉDIENTS

▸ 1 pâte feuilletée

▸ 3 poireaux

▸ 4 pavés de saumon

▸ 3 œufs

▸ 1 petit pot de crème fraiche ou 1 brique de crème parvé.

▸ 3 cuillères à soupe d’huile

▸ Sel / poivre

PRÉPARATION

1 Couper les poireaux en 2 dans le sens de la longueur ; les laver soigneusement et les mettre à tremper dans de l’eau vinaigrée. Les sécher et procéder à la vérification.

2 Faire blondir les poireaux dans l’huile à feu moyen environ 5 minutes puis ajouter le poisson coupé en dés, 2 minutes supplémentaires.

3 Étaler la pâte sur un moule et la piquer.

4 Verser sur la pâte les poireaux et le saumon.

5 Battre les œufs, ajouter la crème, le sel et le poivre et mélanger le tout.

6 Recouvrir la tarte du mélange et laissez cuire 25 mn à 180°C.

Il est possible de réaliser cette recette en parts individuelles.

SALADE COMPOSÉE AU SAUMON FUMÉ

4 personnes 15 minutes

INGRÉDIENTS

▸ 1 grande tête de salade

▸ 2 avocats bien mûrs

▸ 250 g de tomates cerises

▸ 4 tranches de saumon fumé

▸ ½ mangue coupée en dés

▸ 4 cuillères à soupe de graines de grenade

▸ 1 oignon rouge

▸ Graines de sésame

▸ Sel, poivre

▸ Huile d'olive

▸ Le jus de deux citrons

PRÉPARATION

1 Laver soigneusement la salade et la mettre à tremper dans de l’eau vinaigrée. La sécher et procéder à la vérification. Laver et couper les tomates cerises en deux. Émincer l'oignon en fines rondelles. Éplucher et couper l'avocat en tranches. L'arroser d'un peu de jus de citron.

2 Dans un bol, mélanger 6 cuillères à soupe d'huile d'olive avec 4 cuillères à soupe de jus de citron. Saler, poivrer.

3 Dans un saladier, disposer la salade, les tomates, le saumon fumé, l'avocat, la mangue et la grenade. Parsemer de graines de sésame et arroser de vinaigrette. Servir aussitôt.

FAIREUN BREAK !

RABBIN CHAIM DALFIN

Vous n’êtes-vous jamais demandé comment vous arriveriez au bout de la journée, avec toutes les difficultés qui se présentent ? Ne vous êtes-vous jamais inquiété de l’éducation de vos enfants avec tous ses défauts apparents ? Ne vous êtes-vous jamais interrogé sur votre relation avec votre Rabbi, en tant que ‘hassid ou de Juif en général ?

Dans le monde contemporain, nous recherchons l’aide de conseillers ou de thérapeutes pour nous aider à évacuer la montagne de stress, de soucis et d’anxiété sous laquelle nous sommes ensevelis.

La ‘Hassidout reconnaît également ces problèmes, plus en profondeur que la sociologie, la médecine ou la psychanalyse. En fait, elle offre une solution qui, de façon assez intéressante, semble correspondre à l’approche de ce que la psychologie moderne nomme : « le temps de retrait », autrement dit, faire un break, prendre une pause. Mais elle traite de points beaucoup plus profonds et essentiels.

« Le break » est conventionnellement la technique que l’on utilise dans de nombreuses situations.

Votre enfant n’est plus contrôlable et vous lui dites : « Je veux que tu prennes une pause. Va dans ta chambre et calmetoi ».

Vous avez été insulté par quelqu’un et vous êtes sur le point de lui « régler son compte » mais au lieu de cela, vous vous dites à vous-même : « prends du recul ». Vous vous retirez physiquement et vous ne prononcez pas un seul mot. Et vous allez vous aérer dans votre espace privé.

Il est intéressant de noter que Reb Zalman Aaron, le frère du Rabbi Rachab, a suggéré « une période de réflexion » d’au moins soixante-et-une minutes avant de répondre à la personne qui vous a injurié (comme cela est rapporté dans Igrot Kodèch, volume 7, page 117, paragraphe 7).

Cette notion est répandue depuis des décades, bien avant que la psychologie moderne n’en découvre l’importance. « Le break » permet à la personne de reprendre calmement son raisonnement, sans être entravée par l’assaut d’émotions dévastatrices. Comme l’exprime, dans le Tanya, Rabbi Chnéor Zalman, « hamoa’h chalite al halèv », « l’esprit contrôle le cœur ».

Cependant, en prendre conscience nécessite que l’on ait l’esprit clair et concentré. Si l’on permet à ses émotions de conquérir l’intellect, nous faisons alors face à ce que l’on dénomme : « des distorsions cognitives ». En termes simples, si le processus intellectuel de la personne est embrouillé, elle ne peut agir convenablement. Prendre une pause, un moment de break, permet de regagner un équilibre mental et émotionnel.

Mais la question subsiste : comment pouvoir prendre du recul alors que l’on souffre d’une instabilité émotionnelle ?

Quand votre enfant (ou vous-même) perd temporairement le contrôle, des arguments convaincants et logiques vont lui ouvrir les yeux, lui permettre de prendre conscience de ses erreurs et lui permettre de se corriger. Comme l’affirment les dictons yiddish : « ercht darf mène hobène ah kop » (d’abord, il faut avoir une tête) et « ah kop kène mène

nite aroufchtèlène » (on ne peut pas donner une tête), ou bien vous avez une tête ou bien vous n’avez pas de tête !

Cependant, une fois que les émotions contrôlent tout, au point d’annihiler complètement toute réflexion, que peut-on faire ? Comme le souligne le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak, dans un maamar (discours) de Pourim, l’addiction aux émotions est une forme sévère de klipat Amalek (« la force du mal d’Amalek). En temps normal, l’on peut s’opposer à Amalek en méditant humblement. Cependant, quand un individu est sous l’emprise de la klipat Amalek, c’est-à-dire par-dessus tout, l’arrogance, comment s’en libérer ?

L’une des formes que prend cette arrogance est de cacher à la personne à quel point elle en est atteinte. Elle est convaincue que son point de vue sur la réalité est le seul qui soit juste. Le raisonnement logique n’a aucune prise sur elle.

Pour prendre du recul, il faut être capable de reconnaître qu’il y a un problème qui le nécessite. Mais pour elle, tout va très bien.

La Torah nous offre une méthode dont la validité a été attestée au fil du temps et qui nous permet de nous libérer de ce déséquilibre émotionnel.

Il s’agit de la Tefilah, la prière. Chaque matin, D.ieu donne au Juif la possibilité de prendre du temps pour se concentrer

sur le jour qui vient, avec son cortège d’épreuves. Je ne parle pas d’une prière qui s’étendrait dans le temps, comme celle de nos ancêtres. Je ne parle pas d’une contemplation intérieure avant de prier, comme le requiert la ‘Hassidout. Je me réfère tout simplement à une loi du Choul’han Arou’h : « da lifné mi ata omède », « sache devant Qui tu te tiens ». La simple reconnaissance que l’on se tient devant D.ieu est un préalable à la prière. Ce n’est pas la prière elle-même mais le alèph bèth de la prière de chaque matin.

Pour être plus explicite, mentionnons la règle de Rabbi ‘Haïm Brisker. Il dit que l’on ne s’est pas rendu quitte de son obligation de la prière (chemonéh esréh) si l’on n’a pas en tête que l’on se tient devant D.ieu.

Sans cette intention première, l’on n’a pas réellement prié, bien que l’on ait prononcé les mots de la liturgie. Le raisonnement de Reb ‘Haïm est simple : la prière ne consiste pas simplement à lire des mots. Il s’agit plutôt de la prise de conscience essentielle qu’Hachem contrôle le monde et accède à nos requêtes. Si nous prions sans tenir compte de Celui devant Lequel nous prions, qu’est notre prière ?

Il existe un adage ‘hassidique qui dit : men shtelt zi’h davenen , approximativement traduit par : « l’on se prépare à la prière ». En fait, ces paroles signifient bien plus. Lorsque l’on se prépare à prier, l’on s’élève vers une puissance supérieure, Hachem.

Sans Hachem, comme concrétisation essentielle de la prière, l’acte de prier n’est pas considéré comme men shtelt zi’h, qui signifie littéralement « se tenir

debout ». En termes spirituels, lorsqu’une personne se lève, cela signifie qu’elle s’élève vers quelque chose qui la dépasse.

Pratiquement parlant, quand on se lève le matin et que l’on porte attention à la journée qui s’annonce, lorsqu’on prend en compte les difficultés qui nous attendent, il serait adéquat d’utiliser la prière comme mode d’expression. En utilisant quelques courts moments, avant le commencement le Hodou, il serait bien de penser à D.ieu, au monde et à soi-même. L’on se concentre sur le but de la Création, notre rôle dans l’univers, notre relation avec D.ieu et avec Ses créatures. L’on formule solennellement et sincèrement, quelle sera notre approche pour la journée qui s’annonce, la centralité de la spiritualité dans toutes les activités des heures suivantes.

Nous est donnée une opportunité quotidienne d’apporter un sens à notre vie, en prenant tout simplement quelques minutes de « break ». Il faut arrêter de se hâter. Nous devons nous permettre d’« aérer nos frustrations ». Le résultat d’une telle approche rend non seulement notre prière plus significative mais également toutes nos activités quotidiennes plus spirituelles, moins égocentrées, en accord avec la parole ‘hassidique : vi men chtelt zi’h azoye geyt ès, « la façon dont on se tient au tout début sera celle du reste de la journée ».

Chaque matin, nous nous embarquons dans un voyage. Un voyage en nousmêmes, dans le monde autour de nous ; une prise de conscience de la Divinité dans chaque aspect de notre vie en résulte.

Quand j’étais un petit garçon, j’entendais mon père répéter sans cesse : men darf zoguen di vertère, vorte bye vorte, « il faut prononcer les mots de la prière mot à mot ». Jusqu’à ce jour, je me rappelle l’entendre dire à certains ‘hazanim qui priaient rapidement : « Ralentissez ! Vous ne nous laissez pas prononcer chaque mot ! Vous nous obligez à avaler des mots pour garder votre rythme ! » Il leur disait qu’il n’était pas un grand ‘hassid qui priait pendant des heures, exigeant que la communauté fasse de même. Non, il était un simple Juif et il voulait dire chaque mot clairement, avec l’accent adéquat sur chaque syllabe. Ces mots résonnent en moi depuis lors. Pour prier correctement, de la manière adéquate, il faut se calmer avant de prier. Et cela peut se faire par une courte introspection préalable.

Même si vous avez perdu le contrôle et menez un combat émotionnel ou que certains sentiments font rage en vous, la prière vous oblige automatiquement à ralentir et à réfléchir. Vous n’avez rien d’autre à faire que de laisser surgir ce qui

est profondément ancré en vous, que de vous livrer au plaisir de vous laisser affecter par la prière. Même une forme extrêmement sévère d’Amalek peut alors être transformée. Si vous créez quelque chose de différent et de nouveau, il n’est plus possible de se laisser aveuglé par un déséquilibre émotionnel.

La prière provoque la chute d’Amalek tout simplement parce qu’il ne trouve personne en face de lui.

Et pour accomplir tout cela, il n’est pas nécessaire d’avoir « une tête ». Il suffit simplement d’être soi-même.

Et c’est ce que font jaillir la prière et sa préparation : votre véritable être.

Apprécions ce don quotidien pour nous aider à réussir notre journée. Prendre quelques instants d’introspection est comparable à un voyage dans une île merveilleuse où les arbres sont en fleurs et s’en dégagent de délicats parfums.

Apprécions ces quelques moments du matin qui constituent le « break » ‘hassidique.

Cette interview a été réalisée en direct et tous les propos de Madame Junik lui appartiennent. Cela expliquera aussi le caractère de cette conversation « à bâtons rompus », pas toujours chronologique.

Maison juive (MJ) : Madame Junik, commencez par nous dire qui étaient vos parents.

Madame Junik: Mon papa, Boruch Shifrin est né en 1905, il habitait à Paritz, le « patelin » de Reb Hillel Paritcher, quelque part en Russie ou en Ukraine. Il ne nous a jamais raconté comment, mais il est arrivé chez ‘Habad.

Il avait perdu son père, Tzwi Hirsh, très jeune. Ils étaient sept frères et sœurs. Très jeune, son père a été attaqué très violemment par des voyous. Il est resté alité très longtemps et est mort en laissant son épouse sans mari et sans parnassah (moyens de subsistance). Mon père m’a raconté qu’un jour, il est rentré du ‘héder avec tous les boutons de sa veste arrachés. Ma grand- mère lui demanda :

- Boruch ! Où sont tes boutons ? Que s’est- il passé ?

- Mes amis m’ont dit que si on plantait les boutons, il pousserait un arbre de boutons !

On en rit, quand on raconte ça ! Mais un enfant le croit.

Ils vivaient, bien sûr, dans une grande pauvreté, sans papa…

Il est devenu un ‘hassid du Rabbi Rayatz (Rabbi Yossef Yits’hak), très attaché au Rabbi, un vrai Juif ‘hassid. La ‘Hassidout pénétrait en lui.

Un exemple : beaucoup plus tard, quand nous serons à Bezons, un Chabbat, quand il est rentré à trois heures et demi de la choule (synagogue), il a demandé à ma sœur :

- Tu as prié ?

Et quand elle a répondu par la négative, il lui a dit :

- Eh bien on a attendu jusqu’à maintenant pour faire kiddouch, on attendra encore que tu pries !

C’était un vrai russe, au caractère très russe, très fort. Et moi je pense maintenant, quand je réfléchis à lui et à tous les ‘habad qui ont survécu, que ce qui les a renforcés, c’était cet esprit de détermination, de contradiction. Parce que le gouvernement ne laissait pas aller à la choule, faire la brith milah, etc., cela les renforçait encore plus. Quand la vie est trop facile, on se laisse aller.

D’ailleurs je viens de lire quelque part qu’un jour quelqu’un qui était en chli’hout a demandé au Rabbi :

- Où vais- je élever mes enfants ? Je veux partir !

Et le Rabbi a répon du :

- Non ! C’est là- bas que tu vas te renforcer. Tu seras celui qui me représente et repré sente la yiddishkeit (le Judaïsme) et tu seras encore plus fort. Tu seras un exemple pour eux.

Ma maman, Sonia, était de Vitebzk. Mon grand- père, son père, s’appelait Eliahou Paar. Il venait d’une famille litvak (de Lituanie) et lui- aussi est venu à ‘Habad et était complètement imprégné de ‘Hassidout ‘Habad. Et quand il a cherché des gendres pour ses filles, il a trouvé des piliers : le premier, mon mari, et ma sœur s’est mariée avec Reb Michoel Lipsker, que le Rabbi précédent enverra comme chlia’h à Meknès.

lire et écrire mais pas traduire. Elles avaient une écriture magnifique ! Vous savez, avec les pleins et les déliés !

Ma maman et sa sœur ont vécu dans une grande ville intellectuelle, la ville d’où vient Marc Chagall, Liozna. Elles ne sont jamais allées à l’école. Il n’y avait pas d’école juive. Elles ont sûrement appris avec un Rebbe, (maître privé) comme moi. En tous cas, elles savaient

Elles se sont mariées toutes les deux en Russie. Mes parents se sont mariés le même jour et la même année que le Rabbi (14 Kislev 1928).

Ma maman était une femme très discrète, très intelligente, une dame noble, raffinée. Elle savait que parler c’est de l’argent, se taire, c’est de l’or, comme c’est écrit dans les Pirké Avoth.

Mes parents ont habité avec leurs parents, comme cela se faisait alors, quand il n’y avait pas d’argent.

Mon père travaillait avec mon grandpère pour ramasser de l’argent pour la yechivah et le ‘hédèr clandestins. Ils avaient des listes de donateurs.

Mon père a également appris à être cho’hèt. Il était très fort dans ce domaine et par la suite, le Rabbi Rayatz l’enverra à Dublin pour enseigner ce métier.

Un jour, quelqu’un s’est présenté chez mes grands- parents. Il demandait également des dons. Mon père lui aurait dit : « Je viens de me marier. Je n’ai pas d’argent ! Mais j’ai reçu quelque chose en cadeau de mariage : deux lits. Prenezles, vendez- les et prenez l’argent. »

On raconte sur mon grandpère que, quand il avait des invités, il leur donnait sa chambre et lui dormait sous la table de la salle à manger !

Quand on raconte cela aujourd’hui à des jeunes, ils croient qu’on est un peu « dérangé ». C’est trop difficile pour eux d’« avaler » quelque chose comme ça !

Ma sœur aînée Tamara (future Madame Edelkop, épouse du fameux boucher « Zavel ») est née en 1929. Puis j’ai eu une autre sœur, Macha, née probablement en 1933- 1934. (Ils avaient un frère décédé jeune, Moché, et c’est ainsi qu’ils ont donné Macha comme nom). Puis il y avait une autre fille, née en 1934, Ra’hel Léah. Moi je suis née en novembre 1938.

Après moi, en 1940, est né mon frère Hirshl Shifrin qui est à New York.

Mais en 1937, ma sœur Macha avait attrapé la dysenterie dont elle est morte.

MJ : Tout cela se passe dans quelle ville ? Ou êtes- vous née, vous ?

Madame Junik : Pétersbourg, à l’époque Leningrad. Il paraît que c’est la plus belle ville du monde, construite par des architectes français et peut- être des Italiens aussi.

C’est là- bas qu’on a habité pendant le siège de Leningrad qui a duré 900 jours (siège imposé par la Wehrmacht, l’armée allemande, à partir du 8 Septembre 1941).

MJ : Avez- vous des souvenirs de cette époque ?

Madame Junik : Mes souvenirs sont les suivants : pendant l’hiver, on était habillé avec un grand châle et un manteau et des bottes qui s’appelaient des volikès.

C’était des bottes dans un genre de tissu mi flexible qui protégeait de la neige et du froid.

Pendant toute cette période, le pain était rationné. Avec les tickets, on recevait peut- être trois cents grammes. Et avec chaque petite miette, on faisait comme ça… comme ça… (Madame Junik pose son doigt sur la table et y colle les petites miettes de son gâteau pour n’en perdre aucune. Elle a conservé cette habitude).

Pendant le siège, ma grande sœur, Ra’hel Léah a attrapé la scarlatine. Pas de médecin, pas de médicaments. On a dû la mettre en quarantaine.

Ma maman, elle est morte trois fois : deux fois pendant le siège et une fois

pour de vrai, à Paris, à cinquante- cinq ans.

La première fois, elle a attrapé la fièvre typhoïde et on n’arrivait pas lui desserrer les dents pour lui faire avaler un bout de chocolat. Et avec la fièvre typhoïde, sans médicaments… Et puis elle est revenue à elle…

Quand c’est décidé En Haut et qu’on prolonge le passeport…

La deuxième fois… Il faisait très froid, pendant le siège. Quand mon père rentrait de la choule clandestine, Chabbat, avec un grand châle pour cacher sa barbe, il prenait une hache et du bois et il fendait le bois pour faire du feu, pour qu’on ne meure pas de froid… (Riva est très émue) Chabbat, pas Chabbat, il fallait faire ça tous les jours, sinon on serait morts de froid.

Un jour, mon oncle Lipsker est venu chez nous et il a demandé à mon père :

- Où est Sonia ?

Mon père lui répond :

- Elle n’est plus là !

- Mais où elle est ?

- Dans la chambre à côté. Elle est gelée.

Mon oncle a dit :

- Moi j’ai une luge, j’ai une chambre qui est un peu chauffée. Je la prends chez moi.

Et elle est revenue à elle ! Avec un cœur malade ! D’ailleurs elle prenait toujours de la valériane, des gouttes de valériane. Tu sais ce que c’est ?

C’est une plante pour calmer le cœur !

Mon père et mon oncle faisaient partie de la ‘hevra kadicha (« compagnie du dernier devoir »).

Pendant le blocus, on ramassait les Juifs morts dans la rue. On les amenait dans la grande cour de la synagogue et on attendait que la terre dégèle un peu pour pouvoir les enterrer. Et chaque vendredi, pendant les périodes où c’était possible, mon oncle amenait un camion, mon père et mon oncle mettaient les morts à l’intérieur et on les plaçait dans une fosse commune tels quels.

Mon père s’occupait aussi des mikvaot afin qu’il y en ait partout.

Un jour, mon père a rencontré un homme Loubavitch qui lui dit :

« Barou'h… J’ai perdu ma carte d’alimentation. ! »

Le lendemain on l’a retrouvé mort.

Les gens mouraient de deux choses : la famine et le froid.

En 1942, le gouvernement russe a décidé une évacuation. Mon père est allé chercher ma sœur à l’hôpital pour l’emmener avec eux. Quand il l’a réclamée, on lui a répondu : « Il n’y a pas cette petite fille ici ! ».

La situation était telle qu’on devait continuer. On ne pouvait pas penser aux morts. D’ailleurs on ne sait pas où sont ces deux sœurs.

Mon père a dû annoncer cette nouvelle à ma mère qui était cardiaque mais on devait continuer.

C’était l’hiver. On devait traverser la Neva gelée en luge. On a pris le train. Je ne sais pas combien de temps, mais ça a été très long jusqu’à Alma Ata au Kazakhstan. Dans ma tête, cela a duré des semaines.

On est arrivés là- bas, mes parents ont cherché un appartement, ils ont trouvé un endroit où le sol était en terre battue. Ma sœur et moi dormions ensemble dans un lit. Je ne sais plus comment elle s’était procuré des ciseaux. Une souris est passée sous le lit et ma sœur l’a attrapée avec les ciseaux !!! (rires)

Un jour, j’étais sortie avec ma sœur, je ne sais pas où était mon frère, il allait prier chez Rav Levik, (Rabbi Lévi Yits’hak, le père du Rabbi) et lorsque nous sommes rentrées, nous avons vu par la fenêtre un homme, dans la chambre à coucher, qui ouvrait nos malles et qui en sortait des affaires. Ma sœur a frappé à la fenêtre. Il l’a vue et s’est enfui. Elle lui a couru après en criant en russe : « Rendsmoi ce que tu as pris ! »

Elle était intrépide mais c’était une situation où chacun avait des réactions spéciales…

MJ : Avez- vous connu Reb Levik et la Rebbetsen ‘Hanna ?

Nous ne savions pas, ni mon frère, ni ma sœur ni moi, que c’était des Schneerson parce que nos parents le cachaient : ils avaient peur et avec raison. Les enfants ne demandaient rien et ne savaient rien. On avait peur des voisins et qu’ils interrogent les enfants ! S’ils racontaient quoi que ce soit, par exemple qu’ils n’allaient pas à l’école, c’était la prison ! Ou qu’une brith mila avait lieu ; en fait tout ce qui faisait partie de la vie juive devait être secret.

C’est pour cette raison que je n’ai jamais vu ou su que c’était la Rebbetsen. Par contre, ma mère allait chez elle et elle venait chez nous, mais nous ne savions pas qui c’était.

Mon père aidait énormément chez eux. Il a d’ailleurs fait partie du « groupe Raskin » pour la levaya de Reb Levik.

En 1945, après la guerre le gouvernement russe a autorisé les réfugiés polonais à rentrer chez eux. A Alma Ata, je ne sais pas qui parmi les gens de ‘Habad a appris cela mais alors, nous avons tous fait des faux papiers. La Russie était une prison et pour en sortir, il fallait avoir une identité polonaise. On achetait des passeports ou on les prenait sur les gens morts. On changeait certaines choses et de famille en famille, on se les procurait.

On a réussi à avoir des passeports, je ne sais pas comment, et nos dates de naissance étaient les vraies. On ne changeait pas tout. On changeait ce qu’il fallait pour que les papiers soient valables aux yeux des autorités. Mais ils ont fini par s’en apercevoir.

Nous étions comme les gens du voyage, nous sommes partis avec ce que

l’on avait et ce n’était pas grand- chose. Tellement de photos ont dû être abandonnées par peur du communisme, du gouvernement russe !!! Mais on a pu en emmener quelques- unes.

Quelqu’un, dont je ne me souviens pas le nom, a trouvé de l’argent et a pu ajouter des wagons au convoi officiel. Il fallait payer pour qu’il ne dise rien, afin de sortir de Russie. Dans ces wagons, nous étions assis par terre, ou sur nos petites valises. On s’arrêtait à des fréquences régulières et on tremblait ! On faisait le chema Israël.

Et après un très long voyage en train, nous sommes arrivés à la frontière, je crois que nous étions dans le dernier convoi. On m’a raconté dernièrement que pendant cette traversée, le Rabbi

Rayats semblait en transe, comme s’il n’était pas là. Pour que cette traversée réussisse !!!

On est sortis et on appelait les gens mais il y avait des gens qui avaient oublié leur nom ou leur âge (trop de changements à enregistrer !). On les appelait, ils ne sortaient pas !

Je me souviens que la famille Liberow n’est pas sortie du wagon.

On est passés finalement et on est arrivés à Cracovie, je crois. On nous a vérifiés de la tête aux pieds et on nous a attribué deux grandes salles immenses : une pour les hommes et une pour les femmes. On nous a fait prendre des douches. Les gens qui travaillaient là- bas nous volaient pas mal de choses et je me souviens que nous cachions des bagues en or dans les savons. Ils ont réussi à les prendre aussi.

Nous étions en Pologne et personne ne parlait la langue. Dans ma tête je revois ce qu’il s’est passé, tout le monde était affolé, affolé. Le policier ouvre la porte et il y avait une dame devant qui connaissait à peine quelques mots de polonais. L’homme ouvre la porte, dit «bonjour, au revoir », referme la porte du car et on a pu continuer…

On est restés à Cracovie un certain temps, je ne sais plus combien de temps, mais c’est là- bas que je suis rentrée à l'école maternelle.

C’était la première fois que je voyais des jouets et une classe, parce que je n’étais jamais allée à l’école puisqu’on évitait d’y envoyer les enfants pour qu’ils ne soient pas contaminés par le communisme. Des jouets et des chansons, on jouait à la ronde !!! Pour moi c’était un nouveau monde.

A un certain moment, on nous a mis dans un autocar, je ne me souviens pas dans quelle direction. On était assis au bout du car, mes parents, ma sœur, mon frère et moi. Le car s’arrête et mon père crie : « les enfants Chema Israel ! Chema Israël ! »

On avait des papiers polonais et on ne parlait pas un mot de cette langue !!!!

Toute la sortie de Russie a été faite de miracles à chaque minute.

Je ne sais plus combien de temps nous sommes restés là- bas (Lemberg ?), puis nous avons été en Autriche. On était dans les D P Camps, les camps de personnes déplacées situés dans plusieurs endroits : à Hallein et dans d’autres endroits. Nous, nous sommes restés là Hallein pendant presqu’un an, dix mois peut être.

C’était une longue baraque avec des chambres en enfilade le long d’un couloir et ils ont donné à chacun une chambre. La chambre à côté de la mienne était occupée par Doba et ‘Hayélé Robinson.

Tu as entendu parlé de Reb Mochké

Karalevitchker ?

Reb Mochké Karalevitchker était un 'hassid très spécial qui est mort jeune en laissant deux petites filles derrière lui. Dans la chambre d’à côté, elles se réveillaient la nuit et demandait à leur père de leur chanter une chanson et on l’entendait chanter…

Il y avait une cuisine commune où l’on cuisinait pour tout le monde et je me souviens que ma maman rapportait de la soupe dans une grande gamelle pour nos repas.

Nous, les enfants nous ne faisions rien. Il me semble qu’il y avait une fille Liberow ou Doussia qui nous enseignait.

Mais je me rappelle que j’avais appris le aleph beth en Russie, dans la cave, où mon père avait loué les services d’un melamed. Mon frère et moi travaillions

le aleph beth et l’ivrit. Quand nous sommes sortis de Russie, nous savions déjà très bien prier, quelqu’un était à la porte de la cave pour surveiller et tout le monde essayait de prendre un melamed ! Il n’y avait pas d’école.

MJ : Vous aviez quel âge ?

Moi je suis de novembre 38, tout cela se situe en 1946… Huit ans !

Puis on est parti en France.

MJ : Que s’est- il passé alors ? Comment et pourquoi êtes-vous arrivés en France ?

Je ne sais pas.

On ne posait pas de questions à l’époque. On savait qu’on ne devait pas demander et si on demandait, ou bien on ne nous répondait pas ou bien on nous disait : « quand tu seras plus grande, on te racontera ! »

Dans le train, en août 1947, mon père a soudainement vu des bérets sur la tête des gens et il s’est écrié : « si c’est des bérets, c’est que nous sommes en France !!! »

Nous avons été logés par le Joint en banlieue parisienne. Il y avait des logements à Fontenay aux Roses, à Fontenay- sous- Bois et peut être à St Germain en Laye. Nous, nous étions à Primat et après, on nous a emmenés à Bezons, dans un grand hôtel. Il y avait deux couloirs en angle et ils nous ont donné des chambres. Nous étions au quatrième étage car les enfants étaient déjà grands et les Zyslin étaient au deuxième étage car ils avaient des petits enfants. L’hôtel comptait cinq étages avec, au rez-de-chaussée, une grande salle à manger. Il y avait une cuisine non cachère. Nous n’avions que des Primus, des réchauds à pétrole, pour faire cuire notre nourriture. Chacune cuisinait à tour de rôle et nous montions manger dans notre chambre.

MJ : Vous rappelez- vous des familles qui étaient là, avec vous ?

Les Edelman étaient là, les Liberow, les Azimov, à un certain moment les Lipsker.

Et une dame qui chantait toutes les chansons en yiddish aux mariages…

Reva se met à chanter avec nostalgie toutes les chansons d’antan…

… la famille des Pewzner, les Marosov, les frères Zeitlin… et des jeunes couples dont les Aronov… En haut, il y avait des jeunes femmes mariées dont ‘Hanna Gourevitch.

Je me souviens quand son mari Berel Gourevitch (le « Menahel ») est revenu !

Il avait été pris par les communistes à ses chéva bra’hot !

Sa femme, ‘Hanna, était venue avec les parents de Moulé (Rav Moulé). C’était la sœur de madame Zyslin (la mère de Rav Moulé) et elle ne pensait jamais retrouver son mari.

J’étais dans la cour de l’hôtel de Bezons et j’entends les gens crier, une explosion de joie :

« Berel Gourevitch est arrivé !!! »

Il l’avait retrouvée !!!

Je me rappelle aussi d’autre chose à Bezons :

Youd Chevat 1950 !

J’étais dans le hall de l’hôtel avec ma tante Lipsker et on nous a dit que nous avions reçu un télégramme de New York, disant que le Rabbi Rayats n’était plus ! Elle s’est mise à hurler, à crier, à pleurer….

Reva a des larmes dans la voix

Nous avons vécu là- bas quelques années. Mme ‘Hein était là et j’ai été à l’école avec Chiffra ‘Hein à Bezons. Il n’y a pas longtemps que j’ai compris pourquoi ma mère, cardiaque, ne souriait jamais : elle avait perdu deux filles.

Toutes les filles allaient à Beth Rivka et pas moi ! Je ne sais pas pourquoi je n’allais pas à Beth Rivka. J’ai passé le certificat d’études primaires.

A cette époque, Beth Rivka était à Montmorency. J’y suis enfin entrée.

AHAVAT ISRAËL COMMENCE À LA MAISON

A une époque, la phrase : « Avezvous serré votre enfant dans les bras aujourd’hui ? » était devenue un leitmotiv qu’on retrouvait dans les journaux, sur les boites de céréales, etc.

Elle était sortie de ma tête.

Et elle me revint de plein fouet, un matin, après que les enfants se furent engouffrés dans le car de ramassage scolaire et que je me retrouvai seule, réfléchissant à la manière dont nous avions tous commencé notre journée. J’avais été occupée à servir le petitdéjeuner, nouer les lacets, aider à retrouver une photocopie perdue. Et dans toute cette animation, il y avait eu beaucoup de mots échangés… pas toujours positifs. Leur chaleur venait plutôt des efforts brûlants pour gagner contre la montre et arriver à l’heure à l’école !

Nos après-midis et nos soirées se passaient-elles sous de meilleurs augures ? Je crains devoir reconnaître que tout le processus se reproduisait

dans l’autre sens. La pression, suscitée par le repas, les bains, l’aide aux devoirs et puis l’heure du coucher, ne laissait que très peu de temps au simple plaisir d’être ensemble !

Il est sûr que mes enfants savent que je les aime. Très souvent, au cours de la journée, ils sont caressés, embrassés ou enlacés. Mais force m’est d’avouer que je néglige quelque peu les demandes d’importants mots d’encouragement, l’écoute patiente et l’appréciation silencieuse des qualités individuelles de chacun de mes enfants. Il me semble que je ne vois facilement que l’arbre et pas la forêt et que je passe la plus grande partie de mon temps à essayer de donner une belle maison bien ordonnée à cette merveilleuse famille dont j’ai été bénie.

Cela peut paraître être une platitude quand je dis que nous devons accorder notre temps, en priorité, à nos enfants mais le fait de reculer le moment de procéder aux tâches comme laver la

vaisselle ou aspirer les tapis n’est qu’un aspect de la question.

Il y a également une implication mentale dans les tâches de la maison (sans parler du travail qui occupe nombre d’entre nous à l’extérieur) qui a pour résultat que les enfants se sentent très esseulés même lorsque nous sommes assises à leurs côtés et que nous les écoutons raconter les moments forts de leur journée d’école.

Quand je suis préoccupée par les courses à faire pour Chabbat, même si je me force à rester tranquille quelques minutes avec mon fils, cela n’aura pas du tout la même qualité que si je m’investis pour lui mentalement aussi.

Dans ma journée, il ne reste pas beaucoup de temps pour les Mivtsaïm (aller à la rencontre d’autres femmes pour leur faire prendre conscience de leur héritage juif). Quand je le faisais davantage qu’aujourd’hui, j’étais toujours perturbée par un sentiment ambivalent : je quittais la maison au moment où j’étais le plus demandée (l’heure du coucher).

Maintenant que mes enfants ont grandi, BH, ce n’est plus un problème mais à cette époque- là, pourquoi ne serais- je pas un peu partie en campagne dans ma propre maison ?

Il est sûr qu’Ahavat Israël (l’amour du prochain) doit commencer à la maison et que certainement le ‘hinou ’h est certainement la mitsvah que je dois accomplir en priorité. En aidant mes enfants avec des compliments et des paroles d’encouragement, en leur déclarant combien je suis fière d’eux, je peux leur donner cette confiance en eux- mêmes qui leur permettra, même quand ils seront dans les quatre coins du monde, de fonder ou

d’appartenir à des communautés juives vibrantes.

C’était le soir et un général de l’armée d’Hachem (Tsivot Hachem), que je connais quelque peu (c’est mon fils), courait le danger de perdre ses quatre étoiles (récompense pour avoir accompli ses tâches de soldat d’Hachem). C’étaient les devoirs scolaires qui posaient problème. Renfrogné, il s’était réfugié dans la salle de bains pour bouder. La barre des serviettes avait été délogée, auparavant, de son emplacement et gisait dans un coin de la pièce. Mon fils, le général aux quatre étoiles, réussit à la remettre en place, ce que mon mari et moi- même avions tenté de faire, en vain. Il s’écria : « Dis à papa que j’ai réussi à la remettre, vite ! » Il m’ordonna deux autres fois, et sur un ton d’urgence, : « dis à papa » et c’est ce que je fis. Quand son père lui adressa quelques paroles véritablement élogieuses pour ce qu’il avait accompli, l’humeur renfrognée s’évanouit et il reprit sa bonne humeur.

Les résultats de bonnes paroles, aux bons moments, quand l’enfant lui- même sait qu’elles sont méritées, sont toujours positifs. Cela libère de se sentir bien en soi- même et dans cette anecdote, elles ont libéré un petit enfant de son humeur malheureuse.

J’ai entendu d’une amie une histoire qui illustre parfaitement ce point. Mon amie était dans la buanderie du village de vacances et vit l’aînée d’une famille de dix enfants, grâce à D.ieu, occupée à faire des machines.

- Oh ! Zissy, observa mon amie, comme c’est bien d’aider comme cela

ta maman sûrement être sa préférée

Zissy rougit et approuva. Oui était la préférée de sa maman. Elle montra fièrement les tas de linge propre et dit

- J’ai fait cinq machines, aujourd’hui, pour ma mère.

Quand mon amie sortit de la buanderie, la plus jeune sœur de Zissy lui tira la jupe et lui dit timidement

- En vrai, c’est moi la fille préférée de Maman.

Plus tard, dans la journée, mon amie parla à un autre enfant de cette famille et lui demanda s’il était le préféré de sa maman. Il répondit qu’il l’était, surtout qu’il n’y avait que deux garçons dans la famille.

Sa curiosité fut émoussée.

Un après- midi, elle décida de rendre visite à cette mère qui faisait ressentir à chacun de ses enfants qu’il était tellement spécial qu’il était le favori de sa maman.

Elles étaient assises dans le bungalow, bavardant. Mon amie remarqua qu’à

la jalousie par des comparaisons entre ses enfants, elle avait réussi à faire en sorte que chacun se sente spécialement aimé pour ses propres qualités.

Voilà ce qu’est un ahavat Israël qui sème des myriades de bénéfices pour les années futures, qui permettra de grandir en étant bien avec soi- même et avec les autres et de disséminer le message de la Torah avec chaleur et joie.

J’ai peur

RABBANIT

SHAINGARTEN

La peur est la réaction instinctive devant un danger (réel ou imaginaire). Elle est courante chez les enfants. Les jeunes enfants sont effrayés par les bruits soudains, la lumière très claire, l’obscurité, etc.

Diverses circonstances peuvent susciter la peur. L’enfant entend des adultes parler de la guerre, de la mort soudaine de quelqu’un, d’incendies, d’inondations, de maladies et de bien d’autres sujets dans le même registre. Ces sujets prennent des proportions gigantesques dans son imagination parce qu’il ne comprend que des fragments de la conversation des adultes. Il suffit que nous mentionnions la possibilité d’un désastre pour que l’enfant le prenne pour une certitude.

Quand nous évoquons un accident exceptionnel et rare, il se peut que l’enfant s’imagine que cela peut arriver à pratiquement tout le monde. Les enfants sont très doués pour entendre et lire des demi phrases, quand on leur annonce quelque chose d’effrayant ou de triste. Leur peur instantanée enflamme leur imagination et exagère tout ce qu’ils entendent.

Les enfants ont, en général, une imagination débordante. Des incidents mineurs deviennent pour eux des tragédies.

C’est pour cela qu’il est préférable de ne pas aborder de tels sujets en leur présence.

Une autre cause de peur chez l’enfant est le sentiment de culpabilité, quand il pense à des représailles ou à faire du mal à quelqu’un, par exemple. Ou bien encore, il se sent coupable parce qu’il a fait quelque chose d’interdit et s’attend

à être puni, ce qui engendre chez lui de l’anxiété.

Les enfants qui ont peu confiance en eux-mêmes tendent à redouter des événements futurs qu’ils ne pourront affronter : des contrôles à l’école, le fait de rester seuls à la maison, etc. Avoir des attentes irréalistes de la part des parents peut faire naître chez l’enfant un sentiment d’échec.

Il en va de même pour une attitude exagérément critique. L’enfant ne tentera même pas de s’attaquer à une situation difficile par peur de la critique.

La pensée négative est source de grande peur. Et quand l’on s’attend toujours au pire, cela donne naissance à de l’anxiété. C’est pour cette raison qu’il est important que les parents s’exercent eux-mêmes ainsi que leurs enfants à penser de manière positive et à entretenir une perspective pleine d’espoir.

L’une des autres sources d’anxiété est, chez les enfants, une menace formulée de façon peu claire : « Tu vas voir ! », « tu ne sais pas ce que je vais faire parce que tu t’es mal comporté ! ». L’enfant ne sait pas à quoi s’attendre. La peur de l’inconnu peut être très intense et créer en lui de l’insécurité.

C’est pourquoi il est important d’énoncer clairement les lois et les conséquences de certains comportements (et mauvais comportements) pour que l’enfant acquière un sentiment de sécurité et l’aide à faire les bons choix. Les enfants dont les parents sont extrêmement sévères et donnent des sanctions très dures sont souvent peu assurés et craignent de perdre l’amour et l’approbation.

Il se peut que la peur des enfants mette les parents mal à l’aise.
Cependant, comme tout ce qui existe, elle a également des effets positifs.

Parfois la peur que ressent notre enfant nous paraît déraisonnable. Elle représente l’émoi intérieur de l’enfant et peut ne pas être ancrée dans la réalité. Un jeune enfant qui « voit » un monstre, une sorcière ou un lion sous son lit peut exprimer la façon dont il voit ses parents quand ils lui refusent quelque chose, le punissent ou lui crient dessus.

Souvent, la peur d’un petit représente sa propre colère qu’il se sent incapable de contrôler. Il peut croire son père, dans un esprit punitif, est prêt à le frapper (alors que c’est ce que lui voudrait faire aux autres).

Les enfants peuvent se réveiller tout tremblants parce qu’ils ont rêvé d’un

événement tragique. Il leur paraît si réel qu’on n’arrive pas à les consoler. Il faut de la maturité pour être capable de faire la différence entre l’imagination ou les rêves et la réalité. Ils n’en sont pas encore capables.

Il se peut que la peur des enfants mette les parents mal à l’aise. Cependant, comme tout ce qui existe, elle a également des effets positifs. La peur nous aide à anticiper et à nous préparer. Souvent, elle est essentielle pour la survie.

La peur par anticipation peut aider à travailler davantage pour réussir les contrôles ou d’autres tâches. La peur de la désapprobation ou de la perte de

l’amour, dans un contexte normal, aide à développer une prise de conscience et engendre un meilleur comportement moral. La peur peut également nous préparer à affronter un danger. C’est pourquoi « une libération » complète de la peur ne doit pas être notre objectif. La peur ne doit pas être intense au point de nous paralyser mais elle peut être utilisée comme une force motrice pour un développement sain (et de la défense, quand c’est nécessaire).

Comment les parents peuvent-ils aider leurs enfants à surmonter des peurs intenses ?

Si un enfant a peur du bruit d’une machine, il est bien de le laisser contrôler la machine : l’allumer et l’éteindre. La peur vient souvent de l’impuissance et de la perte de contrôle. Quand l’enfant voit qu’il peut contrôler le bruit qu’il redoute, cela l’aidera à surmonter son appréhension. Ou bien si un enfant a peur de l’eau qui coule dans le bain, nous pouvons le laisser manier le robinet.

Nous pouvons également aider nos enfants à développer leurs propres moyens de contrôle et à surmonter leur peur et les aider à gérer, avec succès, de petits niveaux de frustration et d’inconfort. Cela élèvera leur niveau de tolérance. Cela les rendra indépendants et moins effrayés devant la privation.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, quand un enfant a peur, il faut le laisser exprimer ses sentiments et montrer de l’empathie. Nous avons trop tendance à ignorer la nature symbolique des peurs et à dire : « Mais ce n’est rien… », « c’est bête d’avoir peur… » ou encore : « il n’y a pas de quoi avoir peur… »

Certes, pour le parent, il n’y a rien d’effrayant mais ce n’est pas le point de vue de l’enfant. Il est bien préférable d’accepter l’expression de cette peur et de rassurer.

Quand Benjamin Franklin était un jeune enfant, il est sorti de son lit, paniqué, parce qu’« il y avait un lion sous son lit ». Son père prit une bougie et tous les deux cherchèrent…et ne trouvèrent pas de lion. Benjamin dit alors : « Je dois reconnaître qu’il n’y a pas de lion sous le lit mais je devrais encore dire qu’il y en a un ». L’enfant exprimait ainsi qu’il réalisait que ses sentiments de peur ne correspondaient pas à la réalité mais que ses sentiments étaient encore présents. Une fois que l’on accepte ce qu’il ressent et que l’on rassure notre enfant, en étant compréhensif et en l’encourageant, il s’engagera sur le chemin qui lui permettra de surmonter son anxiété infantile.

L’antidote burnout au

Le conseil qui changea la vie de Madame Pearl Lebovic qui était une chlou’ha très occupée, une enseignante et une mère et qui se sentait… dépassée !

Je suis née en 1947, en Hongrie, chez des parents qui avaient perdu toute leur famille dans les camps de concentration. Ils s’étaient mariés après la guerre et s’étaient installés à Zomba (à côté de Bonyhad). Mon père tenait un bazar. Mais à cause de problèmes dus à l’antisémitisme, peu après l’avènement du communisme, nous sommes partis. On venait de proposer à mon père un poste de rabbin à Ujpest.

En 1956, survint la Révolution hongroise et durant le chaos, les frontières n’étant pas bien surveillées, nous avons réussi à passer en Autriche. De là, nous avons émigré au Canada où j’ai été mise en contact avec Chabad-Loubavitch. Ils m’ont ouvert une nouvelle perspective, une magnifique perspective sur la vie.

A dix-sept ans, je suis venue, avec un groupe de Montreal, passer Sim’hat Torah à New York. Je n’oublierai jamais la foule, les chants et les danses. Le Rabbi présidait tout cela et une énergie extraordinaire émanait de lui.

Par la suite, j’eus le privilège d’être reçue par le Rabbi, en audience privée. J’avais préparé à l’avance une lettre dans

laquelle je lui disais que je me trouvais à la croisée des chemins. J’avais encore une année à faire avant de terminer le lycée et je ne savais pas dans quelle voie m’engager, par la suite. J’avais déjà été acceptée à l’Université McGill mais je ne voulais pas y aller malgré le désir de mes parents. Je voulais plutôt me rendre dans un séminaire pour y suivre des études juives et éventuellement, par la suite, enseigner la Torah.

La réponse du Rabbi fut la suivante : dos iz a gutéh vélèn : « c’est un bon désir ». Mais il ne me donna pas d’autres directives particulières. Il m’interrogea beaucoup sur mes parents, sur ce qu’ils avaient subi et me donna une bénédiction pour eux. Il me conseilla de leur dire ce que je voulais faire de ma vie et me bénit pour réussir.

Mais mon père ne fut réceptif à rien de ce que je lui dis. Il avait endurci son cœur er n’allait pas me laisser poursuivre mon dessein. D’abord parce qu’aller au séminaire signifiait partir à New York et il ne voulait pas que je quitte la maison. Avec du recul, je peux le comprendre : il avait perdu toute sa famille dans la Shoa et il ne voulait pas me perdre aussi.

Mais à l’époque, je ne le comprenais pas et j’en fus très contrariée. Alors j’ai écrit au Rabbi en déversant mon cœur.

Dans sa réponse, le Rabbi me suggérait de trouver quelqu’un qui pourrait parler en ma faveur à mes parents qui seraient peut-être plus réceptifs à un conseil venant de l’extérieur qu’à mes supplications larmoyantes. Il disait que Beth Yaakov serait une bonne école pour moi et offrait même de prendre la responsabilité de mes frais de scolarité. Il disait que cela serait payé par l’intermédiaire du Keren 'Hanna, organisation qu’il avait fondée en mémoire de sa mère. Quand l’information circula que le Rabbi voulait s’occuper de mes frais de scolarité, plusieurs ‘habad se portèrent volontaires pour m’aider. Ils me trouvèrent un endroit où loger et tout fut organisé. Finalement, mes parents acceptèrent que j’étais résolue à le faire et je partis à New York, pour étudier au Beth Yaakov de Williamsburg.

J’ai toujours été pleine de gratitude envers le Rabbi pour cela et je me sens

connectée au Keren 'Hanna et la mère du Rabbi. J’ai nommé ma fille Chana, en sa mémoire, et tous les ans, j’organise une réunion chabbatique pour le Machon Chana, l’école pour les jeunes filles juives qui font un retour au Judaïsme et qui a également été fondé en sa mémoire.

Je me suis mariée en 1966 et immédiatement, mon mari et moi avons été envoyés à Springfield dans la Massachusetts, en tant qu’émissaires du Rabbi. Nous y avons vécu les treize années suivantes. Pendant cette période, le Rabbi a voulu que nous entreprenions plusieurs projets. Je pense qu’il voyait que nous étions des gens d’action et que cela lui plaisait puisque lui-même était un homme d’action.

A une occasion, après avoir convenu du bon travail que nous faisions, le Rabbi a dirigé notre attention vers un domaine qui avait été négligé. Il voulait savoir pourquoi rien n’était fait pour les étudiants des universités avoisinantes. « Il y a tellement à faire mais personne ne parle de ce sujet ! » s’exclamait-il.

Réponse du Rabbi par l'intermédiaire du Rav B. Klein

C’était bien longtemps avant que n’existe les Beth 'Habad dans les campus et le Rabbi voulait que quelque chose soit lancé. Alors nous l’avons fait. Nous avons commencé des programmes dans trois universités : l’Université du Massachusetts, Smith College et Mount Holyoke College. Toutes étaient à environ quarante-cinq minutes de Springfield. Nous fîmes venir des étudiants chez nous pour les repas de Chabbat et quelques-unes des jeunes-filles allèrent étudier à Machon Chana, par la suite.

A une autre occasion, après que j’eus mentionné qu’il n’y avait pas de mikvéh dans mon environnement proche, le Rabbi répondit : « Vous vivez dans cette région, lancez le projet ! »

Et il me donna une bénédiction pour réussir.

Il voulait que j’agisse et c’est ce que je fis. J’organisai une réunion avec tous les rabbins locaux et quand se souleva la question financière, je mis sur la table les premiers 500 dollars pour engager la partie.

Je dois dire la vérité. Si ce n’était pour le Rabbi, je n’aurais jamais fait cela parce que je n’avais pas 500 dollars à dépenser. Mais imaginez-vous que le lendemain, un chèque de 500 dollars se trouvait dans le courrier, un remboursement ! Donc nous étions couverts ! Le mikvéh prit du temps mais finalement il fut construit, j’imagine grâce aux bénédictions et à l’inspiration du Rabbi.

Mais après un certain temps passé à travailler à Springfield, j’ai commencé

à me sentir dépassée. J’organisais des programmes dans les campus, trois fois par semaine. Une fois par semaine je menais un séminaire pour les couples et j’enseignais tous les jours. Tout cela en élevant mes enfants. Quand je confiai mes difficultés au Rabbi, il me dit de prendre un break. Il me recommanda de choisir l’un de mes projets et de mettre les autres en attente, pendant quelques mois. Il me dit aussi d’accorder toute mon attention à la tâche que je faisais, autrement dit, je ne devais jamais faire quelque chose en pensant aux autres choses que je devrai faire ensuite. Si je vivais dans le moment, je ne me sentirai pas si débordée, souligna-t-il. Il ajouta que je devais étudier les enseignements de la ‘Hassidout sur le rôle de la Providence Divine dans la vie ainsi que ‘Hovot HaLevavot (Les Devoirs du Cœur), l’ouvrage classique du XI ème siècle rédigé par Rabbénou Bahya et tout particulièrement le chapitre intitulé : « le Portail de la Foi ».

J’ai pris ce conseil très à cœur tout comme tout le reste de ce que le Rabbi disait. J’ai institué un cours de ‘Hovot Halevavot, avec d’autres femmes et j’ai appris à vivre le moment, comme le Rabbi l’avait suggéré. Cela m’a aidée à ne pas me sentir si débordée. Et c’est réellement ce conseil qui m’a aidée à continuer depuis lors.

Tous les conseils du Rabbi, toutes ses instructions nous ont guidés, mon mari et moi, tout au long de notre vie. Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait avec la bénédiction du Rabbi et je pense que c’est la raison de notre succès.

Justice!

Tout a commencé quand je n’avais pas de poussette pour mon bébé. J’étais tellement contrariée ! Au lieu de penser à remercier D.ieu de m’avoir bénie d’un bébé magnifique et en bonne santé, et, de façon certaine, de tellement de choses dont j’étais loin d’être démunie, je ne faisais que me concentrer sur le fait que je n’avais pas de poussette pour pouvoir emmener mon bébé à la choule le Yom Tov et que je devais le porter dans les bras. A quel point peut-on être stupide !!!

Eh bien, si j’ai pleuré sans aucune raison valable, le Bon D.ieu m’a donné, en son temps, une excellente raison de pleurer. Comme nous le savons bien, une bonne action mène à une autre bonne action mais une transgression en enclenche une autre. Je n’ai pas mené à son terme ma grossesse suivante. Bien sûr, je peux rationnaliser en me disant que je ne savais pas vraiment ce qu’était qu’interrompre une grossesse, que je pensais que c’était une forme de « nettoyage ». Je peux affirmer en toute honnêteté que si le médecin suggéra cette interruption, c’est parce qu’il sentait que de multiples raisons ne me permettraient pas d’aller jusqu’au bout. Le fait est qu’il m’a convaincue et que j’ai accepté, sans consulter le Rav. Je fais partie de celles qui posent tout le temps des cheéloth, des questions, auprès des autorités très compétentes, et dans toutes les situations, à propos de la santé, de la subsistance, de la carrière, de l’éducation et bien d’autres sujets encore.

Et pourtant, cette fois-là, alors que ce n’était pas seulement convenable mais obligatoire, il ne m’est pas venu à l’idée de demander si c’était ce qu’il fallait faire. Je n’ai aucune excuse.

La fois suivante, j’ai pu mener à bien cette nouvelle grossesse. Je pouvais alors m’acheter immédiatement une poussette et bien d’autres choses. Mais cet enfant n’était pas en bonne santé. C’est alors que j’ai su ce que veut dire verser des larmes et des larmes et des larmes, jusqu’à penser que j’allais expirer. Mais j’ai appris qu’on

Lettre anonyme

n’expire pas si facilement. Maintenant, je prends conscience que cela aurait été trop facile pour moi.

Mais il y en avait encore plus en réserve pour moi. Mes enfants, dont je suis si fière et qui me font me sentir si digne, soudainement et sans raison apparente, ont montré qu’eux ne sont pas fiers de moi. Leurs actions me démontrent que, désormais, ils n’ont que faire de mes sentiments. Et pourtant, ils veulent que je continue à les traiter comme je l’ai toujours fait, mais eux ne voient pas la nécessité de me traiter comme une mère. Ils ne peuvent ni ne veulent plus discuter avec moi. Ils ne peuvent ni ne veulent plus se confier à moi. Ils ne peuvent ni ne veulent plus partager leurs rêves avec moi.

Il ne s’agit pas du fossé des générations. Il y a simplement un manque de confiance fondamental, un manque de foi et une amertume à mon égard en tant que parent. J’ai perdu toute crédibilité ! Cela n’est pas venu à cause de mes actes d’engagement ou de non engagement pour eux, ce qui est prouvé par le fait qu’ils continuent à vouloir que je comble tous leurs désirs et tous leurs besoins malgré leur attitude et la manière dont ils me traitent. Non seulement ils demandent mais ils exigent que je le fasse. Après tout, ne suis-je pas leur mère depuis toujours ! Une mère n’est-elle pas sensée donner à ses enfants tout ce dont ils pensent avoir besoin ! Si elle ne peut le faire, pourquoi les a-t-elle mis au monde ? A quoi sert une mère si ce n’est à travailler et à se sacrifier pour eux !

Pourquoi est-ce que tout cela arrive ? C’est parce que le Tout-Puissant sait que rien au monde ne peut plus blesser une mère que d’entretenir de mauvais rapports avec ses enfants. Parce que j’ai pleuré pour rien et que par la suite j’ai agi sans consulter un Rav, D.ieu utilise le même dispositif, mes enfants, midah kenégued midah, mesure pour mesure, pour m’atteindre au plus profond de moi.

Je ne peux me permettre d’être amère de demander « Pourquoi cela m’arrive-t-il ? » Je sais pourquoi ! C’est ma manière, je ne peux pas dire d’être punie, car D.ieu ne punit pas mais enseigne, ma manière d’apprendre la douleur.

Le Bon D.ieu est Juste

RÉPONSE DE MADAME ALTEIN

Trop lâche pour signer

(Elle était l’éditrice en chef du Yiddishe Heim américain)

Chère, très chère lectrice,

Oh ! Comme j’aurais aimé que vous indiquiez au moins vos initiales et une adresse pour que je puisse vous répondre rapidement et directement ! Car votre lettre me touche profondément, en tant que femme, épouse, mère et grand-mère ! Je dois vous répondre. Il est trop dommage qu’il se trouve que je sois l’éditrice de ce magazine, parce que

cette fonction n’a rien à voir avec mes pensées et mes réponses. Je veux vous écrire en tant que femme qui s’adresse à une femme, à une sœur inconnue et pourtant très proche, et si bouleversée.

J’écris cette réponse au cours du mois d’Eloul, le mois de la Techouvah, de la repentance, le moment où tous les Juifs se tournent vers leur Père dans le Ciel, le supplient, avec contrition, de

leur pardonner leurs erreurs, quelles qu’elles soient, commises par colère ou par passion, par folie ou par étourderie, dans un esprit de rébellion ou non intentionnellement. De la même façon que nos livres saints nous exhortent à nous repentir de toutes nos forces, ils nous assurent également que notre Créateur, juste et miséricordieux, accepte notre chagrin sincère et nous pardonne avec amour, en nous bénissant avec miséricorde pour l’année qui vient.

Ma chère, ma très chère fille, chaque mot que vous écrivez crie un regret total et sincère pour vos erreurs du passé. Vous vous jugez très sévèrement et affirmez que rien ne peut excuser ce que vous avez fait. Je ne suis pas d’accord. Vous étiez si jeune et inexpérimentée, perdue et émotive. La vie nous enseigne des leçons très difficiles. Rares sont les personnes qui ne regrettent pas amèrement des erreurs passées et qui ne pensent pas, avec le cœur lourd : « Oh ! Si seulement je n’avais pas… ». La plupart d’entre nous devons vivre avec de tels fardeaux. Si nous n’avions pas la foi dans le pardon de D.ieu, si nous n’avions pas la foi que nous pouvons corriger le passé, qui pourrait le supporter ? C’est cela la Techouvah. Non seulement nous nous repentons complètement mais Hachem accepte cette repentance sincère. Ruminer, se morfondre sur ses erreurs, les re-vivre et se ronger le cœur peut empoisonner notre vie et notre maison, peut nous paralyser et nous empêcher de grandir dans notre Judaïsme, dans la Torah et les Mitsvot. A un certain stade de la vie, il faut oser ne pas laisser le passé rendre amers le présent et le futur. Je vous en prie, croyez de tout cœur que D.ieu vous a pardonnée, pardonnez-vous vous-même et consacrez-vous à renfor-

cer le Judaïsme qui est en vous, votre foyer, votre communauté et tout cela joyeusement.

Mais ce qui me pousse le plus à vous répondre est le fait que vous croyez que vos enfants sont soudainement distants et irrespectueux et en même temps exigeants, sans cause visible ni explication, si ce n’est le résultat indéniable de la justice Divine. Personnellement, je ne pense pas que votre analyse soit entièrement juste. Permettez-moi de vous donner un exemple. Quand quelqu’un tombe malade, il est sûr que cela vient de la Volonté et de la Providence Divines. Avons-nous pour autant le droit de dire que nous n’y pouvons rien, que nous ne pouvons interférer dans Ses plans et dans Sa justice ?

Jamais ! C’est certainement D.ieu Qui a rendu cette personne malade mais nous, sur terre, avons le devoir d’utiliser tous les moyens possibles pour la guérir. Nous ne disons pas : « D.ieu en est l’origine ». Nous disons : « C’est une infection, un os cassé, un germe, un virus. Quelle est la maladie ? Quels en sont les causes concrètes et en quoi pouvons-nous aider ?! »

S’il vous plaît, s’il vous plaît, commencez à chercher une raison concrète, terrestre, au comportement de vos enfants. Je vous garantis qu’une telle raison existe bien qu’elle soit peut-être difficile à découvrir. Vous ne mentionnez ni l’âge de vos enfants ni aucun renseignement si bien que mes spéculations risques d’être très vagues sur le sujet. Mais certains de vos propos semblent diriger vers une clé possible de la source du problème.

Vous semblez être d’accord avec vos enfants quand ils affirment que le rôle d’une mère est de donner à ses enfants tout ce dont ils pensent avoir besoin : elle les a mis au monde donc elle doit travailler et se sacrifier pour eux. Je considère tout à fait différemment le rôle d’une mère. Une mère juive a le privilège de faire venir au monde et d’élever de saintes âmes juives leTorah, le‘Houpa ou lemaassim tovim , à la Torah, au mariage et aux bonnes actions, de les guider et les aider à grandir en étant dévoués à la Torah et aux Mitsvot et à devenir des bâtisseurs responsables et capables de leur propre foyer et famille. Ce ne sont pas les enfants mais les parents (et je ne peux m’empêcher de m’étonner que nulle part dans votre lettre vous ne mentionnez votre partenaire dans la vie et son rôle dans vos problèmes passés et présents) qui doivent décider quels sont leurs véritables besoins, à la lumière du but que donne la Torah dans la vie. Bien sûr nous travaillons et nous nous sacrifions pour nos enfants et nous sommes heureux de le faire parce que nous aimons les âmes qui nous ont été confiées et ressentons que c’est un ze’hout, un mérite, de les élever correctement, à n’importe quel prix. Pour autant, cela ne peut certainement pas permettre aux enfants d’avoir des « exigences », cela ne veut pas dire être une servante ou un paillasson, ce qui serait alors une abdication grave et pervertie de notre sainte responsabilité.

Où ont-ils appris à se comporter ainsi ? Chez des amis ou des camarades de classe ? Le manque de confiance et le refus des confidences font-ils partie du processus normal de l’adolescence et de l’affirmation d’indépendance ? Faitesvous partie de ces mères pour qui la définition d’une « bonne » mère est celle

d’une mère indulgente, surprotectrice, ne faisant que donner, donner et encore donner ?

Ou bien est-ce la crainte de susciter une réaction sévère et un jugement critique qui les empêche de confier leurs rêves, leurs sentiments ?

A nouveau je dois mettre l’accent sur le fait que si vous cherchez, vous allez trouver une explication rationnelle à l’attitude de vos enfants. Et si vous n’y parvenez pas toute seule, pourquoi ne pas rechercher de l’aide auprès de la direction de leurs écoles, d’un Rabbin compréhensif, d’un machpia (guide spirituel) ou encore d’un conseiller professionnel dont vous vous serez assurée de la compétence en la matière. Mais rappelez-vous : nous nous servons de médecins et de moyens normaux, naturels pour guérir une personne malade bien qu’il soit sûr que la maladie est venue de D.ieu. Le médecin, quant à lui, n’est rien d’autre que Son agent Divin, car c’est Lui, le véritable Guérisseur. Je vous en supplie, cherchez de l’aide et des directives pour améliorer les relations entre vous et vos enfants, pour leur inculquer les leçons élémentaires de « honore ton père et ta mère », d’un comportement respectueux et généreux. Ne ressassez pas le passé. Investissez votre temps, votre énergie et vos talents dans des actes constructifs pour le présent et pour le futur. Je crois de tout mon cœur que si vous ne faites qu’une seule chose : vous tourner vers Lui en ayant confiance en Lui, en Sa justice et en Sa miséricorde, notre Père dans les Cieux bénira votre maison, dès l’année qui vient, avec de la joie et du na’hat (satisfaction), de l’harmonie et de la tranquillité d’esprit pour vous et pour toute votre famille.

Neché Oubnot ‘Habad

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