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Couverture :
La Maison Juive - Di Yiddishe Heim est édité depuis 1979
Editorial
C’est notre amie de toujours.
Elle vit maintenant dans un monde dont elle seule a les clés ou peut-être pas.
Et bien sûr que pour les siens, ce doit être chaque jour des montagnes à escalader.
Mais quand elle est parmi nous, ce qu’elle dispense, c’est de la lumière, c’est de la chaleur, c’est de la joie.
Un sourire illumine son visage, elle nous fait des compliments : « Tu es belle ! ».
Elle, elle est belle, comme si les années n’avaient pas de prise sur elle.
Et depuis les profondeurs de son univers, elle fait jaillir le soleil.
Oui, elle est solaire et ce qui est magique avec elle, c’est que c’est elle qui nous fait du bien. Elle ne le sait pas, elle ne le sait plus, mais elle a toujours en elle ses belles qualités, et son rire… oui son rire est resté le même.
Qui ne redoute de pénétrer un jour dans ce monde obscur, incompréhensible ? Nous prions tous pour en être épargnés et épargner nos proches.
Mais notre amie nous enseigne une autre leçon encore.
Grâce à elle, les siens font une mitsvah à nulle autre pareille. Sa famille, par son dévouement, les soins très attentionnés, méticuleux, et jusque dans les moindres détails, qu’ils lui
prodiguent, accomplissent la mitsvah des mitsvot : ahavat Israël, l’amour du prochain. Ses enfants (et ses petits-enfants), que D.ieu les bénisse, accomplissent la mitsvah qui donne toute sa réponse à l‘éducation : kiboud av vaém, le respect dû aux parents.
Mais ils ne s’en acquittent pas simplement. Ils vont au bout de leurs forces et de leur amour.
Et cette belle famille, c’est son accomplissement à elle !
Une jeune femme, ayant grandi en Californie, eut un réveil spirituel qui la ramena à sa foi.
Bien que juifs, ses parents ignoraient tout des pratiques religieuses.
Son père respectait les nouvelles perspectives de sa vie mais sa mère était atteinte jusqu’au tréfonds de son âme par les choix de sa fille et s’opposait avec véhémence à son nouveau mode de vie. Elle lui rendait la vie amère.
Quand la jeune-fille atteignit l’âge de dix-huit ans, un incident très violent éclata ; sa mère s’emporta terriblement et la fille, dans un accès de colère s’écria : « Tu n’es pas ma mère ! » Et elle quitta la maison.
Elle vécut seule pendant plusieurs années. Elle observait la Torah et les mitsvot et se sentait prête à se marier. Mais aucune des rencontres qu’elle faisait n’aboutissait. Quelqu’un lui
conseilla de se rendre à Crown Heights, de solliciter une entrevue avec le Rabbi et de lui demander sa bra’ha (bénédiction) pour trouver le bon chidou’h (la bonne rencontre).
L’entrevue privée avec le Rabbi devait se tenir à la sortie de Chabbat, tard, à quatre heures du matin. C’était la première fois qu’elle se rendait au 770 ; elle put assister à tout ce qui s’y passait et observer le respect et l’abnégation des ‘hassidim à l’égard du Rabbi.
Quand arriva le moment de la ye’hidout, la jeune femme tendit au Rabbi sa lettre où elle avait aussi évoqué son éloignement de sa mère.
Le Rabbi lut la lettre.
Puis le Rabbi la regarda dans les yeux et lui demanda :
« Étiez-vous présente Chabbat ? Avez-vous observé l’honneur royal qu’ils m’ont accordé ? »
Il était étrange que le Rabbi s’exprime ainsi.
« Oui » répondit-elle.
Le Rabbi se mit à élaborer sur le grand honneur dont on l’avait gratifié. Puis il se tourna vers elle et dit :
« Je renoncerais totalement à tout cet honneur pour passer une demi-heure avec ma mère ! »
(De nombreuses années s’étaient écoulées depuis le départ de ce monde de la révérée mère du Rabbi, la Rebbetsen ‘Hanna, le 6 Tichri 5725 / 12 septembre 1964).
La ye’hidout s’acheva et la jeune fille comprit le message.
Quelques heures plus tard, le dimanche matin, elle prit un avion pour la Californie et revint à la maison, après plusieurs années d’absence. Elle demanda pardon à sa mère et très vite elle rencontra un parti excellent, se maria et fonda une maison ‘hassidique.
Dans ce numéro, marquant l’anniversaire de la Rebbetsen ‘Haya Mouchka, nous avons voulu dresser le portrait de grandes dames, de mères extraordinaires, de modèles pour lesquels nous ne pouvons que manifester de l’admiration et du respect.
Que le respect que nous témoignons chacun, par l’accomplissement des mitsvot et l’étude de la Torah, à nos parents, à nos maîtres, qu’ils soient de ce monde ou dans le monde céleste, à nos pairs, nous ouvre enfin les portes de la Géoulah, avec la venue du Machia’h !
K. Coen
LaLettre duRabbi
Traduction libre
A l’équipe de « La Maison Juive », en français. Que D.ieu soit avec vous.
Je vous salue et vous bénis.
J’ai bien reçu la lettre avec le 3ème volume et je vous en remercie.
A l’approche de la fête des Matsoth, l’époque de notre libération, qu’elle vienne vers nous et vers tout lsraël pour le bien, je veux ici vous exprimer ma bénédiction pour une fête cachère et joyeuse et pour une véritable libération, libération des soucis matériels et spirituels, de toute chose qui peut entraver un service de D.ieu dans la joie et l’inspiration.
Et de prolonger cette libération et cette joie durant l’année entière. Et en particulier, le service de D.ieu, comme il nous est recommandé dans la Torah de vie, concerne tout ce qui a trait à l’homme, tout le jour et toute la nuit, comme il est dit « Connais-Le dans toutes tes voies. »
Avec ma bénédiction pour la fête.
Signature.
11 Nissan 5741 Brooklyn New-York
du Rabbi Si’ha
Nous allons bientôt célébrer le 11 Nissan, date anniversaire du Rabbi, et à cette occasion, nous avons choisi une si’ha, résumée et commentée par le Rav Jacobson , qui indique ce que doit être un véritable leader. Qui d’autre que le Rabbi l’incarnait à la perfection ?
Trois Versions d’un Cantique
d’après Rav Y. Y. Jacobson
L’une de nos premières expressions en tant que peuple fut le Cantique.
La nation d’Israël est née le 15 Nissan 2448 depuis la Création (1313 avant notre ère). Sept jours plus tard, les Hébreux furent témoins de la séparation miraculeuse de la Mer Rouge, permettant leur passage et entraînant la noyade des Égyptiens qui les poursuivaient. La Torah rapporte qu’en présence de ce grand miracle (Bechala’h, chapitre 15):
Moché et les enfants d’Israël entonnèrent ce Cantique à D.ieu, déclarant : «Je vais chanter pour l’Éternel car il s’est
couvert de majesté ; Cheval et cavalier, il les a projetés dans la mer.
La puissance et la vengeance de D.ieu m’ont été un salut.
Voici mon D.ieu, je Le magnifierai ;
Le D.ieu de mon père et je le glorifierai…
Ce chant, connu sous le nom de Chirat Hayam - Cantique de la Mer - décrit les miracles extraordinaires accomplis par D.ieu en faveur de Son peuple, Sa promesse de les conduire vers la Terre Sainte et de manifester Sa présence parmi eux dans le Beth HaMikdach (Saint Temple) à
Yérouchalayim. Il indique également l’objectif d’Israël visant à instaurer la souveraineté divine éternelle dans le monde. Ses quarante-quatre versets synthétisent l’essence du lien entre Israël et D.ieu ainsi que sa mission existentielle, et occupent ainsi une place prépondérante dans la Torah et au sein de la vie juive.
Nos Sages se penchent particulièrement sur l’introduction du Cantique de la Mer. La Torah l’introduit comme un chant chanté par « Moché et les enfants d’Israël ». Bien que Moché fît naturellement partie des « enfants d’Israël », le fait qu’il soit nommé distinctement suggère qu’il joua un rôle principal dans la composition et dans l’exécution du chant. Toutefois, la nature exacte de ce rôle fait l’objet d’un débat approfondi parmi nos Sages : comment
« Car Il s’est couvert de majesté », et la nation répondait : « Je vais chanter pour l’Éternel » ; il proclamait : « Cheval et cavalier Il les a projetés dans la mer », puis le peuple reprenait : « Je vais chanter pour l’Éternel ». A chaque couplet, ils répétaient : Achirah LaHachem.
En revanche, Rabbi Eliezer soutient que le peuple répétait intégralement chaque verset prononcé par Moché : lorsque celui-ci disait « Je vais chanter pour l’Éternel car Il s’est couvert de majesté », ils répétaient exactement ces mots ; lorsqu’il déclarait « Cheval et cavalier Il les a projetés dans la mer », ils répétaient « Cheval et cavalier Il les a projetés dans la mer » et ils en faisaient de même pour chaque couplet.
Une troisième opinion attribuée à Rabbi Né’hémiah avance, quant à elle, que Moché ne prononçait que les premiers mots du chant afin d’en amorcer l’exécution collective ; ensuite chacun des membres du peuple chantait de lui-même tout le Cantique complet, composé des quarantequatre mêmes versets.
trois millions d’individus ont-ils pu chanter simultanément un même Cantique ?
Le Talmud (Sotah 30b) rapporte pas moins de trois interprétations différentes.
Selon Rabbi Akiva, c’est Moché seul qui composa et chanta intégralement le chant tandis que le peuple répondait après chaque verset par le refrain Achirah LaHachem (« Je vais chanter pour l’Éternel »). Moché chantait :
` Trois formes de leadership
Ce débat semble singulier. Quelle logique sous-tend ces trois positions ? En quoi diffère-t-il que Moché chante seul le couplet tandis que la communauté se contente de répéter le refrain, que le peuple reprenne chaque couplet avec Moché, ou encore que Moché entame uniquement le Cantique et que le peuple en chante ensuite l’intégralité de manière autonome ?
Par ailleurs, ces événements remontent à plus de 3300 ans. Il convient donc de s’interroger sur l’intérêt de débattre d’un sujet qui semble
aujourd’hui largement obsolète.
La vérité est que ce qui paraît être un débat constitue en réalité une profonde réflexion sur la nature du leadership, ainsi que sur la capacité d’un dirigeant à susciter un sentiment d’unité et de finalité au sein d’un peuple fragmenté.
Quel est le rôle véritable d’un leader ? Inspirer loyauté et soumission, former des disciples ou façonner des leaders eux-mêmes ? Les trois versions du Cantique par lequel Moché conduisit Israël illustrent ces trois perspectives distinctes sur le leadership.
Rabbi Akiva décrit une situation dans laquelle Moché incite une génération entière à maîtriser son ego, à dépasser ses divergences et à subordonner son individualité à l’identité collective incarnée par son chef. Rabbi Akiva voit en Moché l’incarnation de la conscience collective d’Israël où chaque Juif trouve son identité profonde et véritable comme élément du Divin. Il chante seul la gratitude de la nation envers D.ieu. Le peuple n’a plus qu’à affirmer unanimement son assentiment par un refrain commun.
Moché avança, et la nation proclama : « Oui, nous sommes engagés ! » Ce fut un moment d’une loyauté et d’une unité absolues, comme l’indique la Torah juste avant le chant : « et ils crurent en D.ieu et en Moché, Son serviteur. »
Il convient de souligner les termes essentiels : « Moché, Son serviteur. » Au cours de l’histoire, nombreux sont les dictateurs qui ont suscité soumission radicale et loyauté par la peur, le charisme ou le génie, mais l’objectif était alors le culte d’un individu. En revanche, Moché, décrit comme « l’homme le plus humble sur terre », était entièrement dévoué à D.ieu ; il pouvait unir et incarner l’esprit du temps de la nation grâce à son absence d’ego, se percevant uniquement comme un instrument au service d’un D.ieu infini. Ainsi, il put inspirer des millions de cœurs à se fondre dans l’extase du « nous ».
Rabbi Eliézer soutient cependant que le phénomène par lequel deux millions de cœurs et d’esprits se rallient à une vision unique
et à un leader unique ne saurait durer. Bien qu’il s’agisse d’une expérience électrisante et transformatrice, celle-ci demeure éphémère et dépourvue de portée significative sur le long terme. Inévitablement, les différences intrinsèques ainsi que les objectifs divergents des individus resurgiront, entraînant la dissolution de cette unité. Les instants de transcendance radicale, au cours desquels le « je » individuel se dissout dans le « je » collectif, revêtent une force remarquable, mais ne sont pas durables. Lorsque le « je » refait surface, l’unité n’est plus qu’un souvenir.
Rabbi Éliézer soutient ainsi que le modèle employé est fondamentalement différent : Moché inspire des disciples plutôt que des partisans fidèles.
Le peuple d’Israël répétait chaque verset après Moché. Ils ne se contentaient pas d’une simple affirmation de son articulation du Cantique d’Israël. Au contraire, ils le répétaient après lui, en le soumettant au filtre de leur propre compréhension et sensibilité, cherchant à identifier les racines d’une déclaration identique dans leur propre personnalité et leur propre expérience. Ces mêmes mots prenaient alors deux millions de nuances de sens, absorbés par deux millions d’esprits et prononcés par deux millions de bouches.
Moché créa une génération d’élèves qui écoutèrent son chant, puis l’intégrèrent dans leur propre existence. Sa vision devint la leur. Ils ne se soumirent pas à Moché ; ils s’approprièrent sa vision.
Pour Rabbi Eliézer, Moché ressemble davantage au chef d’orchestre d’une symphonie, inspirant chaque musicien à utiliser son propre instrument pour produire la musique. Tous jouent la même mélodie, mais chacun emploie son instrument personnel.
Rabbi Ne’hémiah considère quant à lui que cette conception du leadership demeure insuffisante. Ce type de leadership revêt un sens tant que l’enseignant est présent pour instruire et inspirer ses disciples. Lorsque le leader transmet sa passion et son chant, ses élèves sont en
mesure de les « répéter », de les assimiler et de les suivre. Mais que se passe-t-il lorsque le capitaine disparaît, lorsque l’enseignant est réduit au silence, lorsque le chef d’orchestre ne dirige plus la symphonie ? En l’absence de tout élément à reproduire et sans personne pour diriger, la symphonie meurt-elle alors ?
Non, soutient Rabbi Né’hémiah. Si Moché incarnait véritablement l’essence même d’Israël, plutôt que son propre ego, alors chaque individu serait capable de retrouver son chant à l’intérieur de lui, sans avoir besoin de l’entendre prononcé par Moché pour pouvoir le chanter lui-même. Le véritable leader, affirme Rabbi Né’hémiah, ne crée pas des disciples mais des leaders. Il enseigne à chacun comment découvrir en soi-même ce leadership, comment déceler dans son propre cœur la lumière infinie ainsi que le chant de Moché.
Selon cette perspective, poursuit Rabbi Né’hémiah, Moché a simplement énoncé les premiers mots du chant, donnant ainsi le coup d’envoi au récit, définissant l’objectif, marquant la destination et initiant la marche. Par la suite, chaque Juif a interprété l’intégralité du chant individuellement. Moché n’a suscité ni
soumission ni n’a formé des disciples ; il savait plutôt raviver l’étincelle en chacun de ses semblables pour qu’ils puissent poursuivre son chant de manière autonome.
Cette conception s’accorde parfaitement avec Rabbi Né’hémiah dont le nom signifie « consolation » et « réconfort » (à l’instar des noms Mena’hem, Tan’houma ou Noa’h). Pour une génération qui ne verrait ni n’entendrait Moché chanter, il enseigna que les plus grands chefs d’Israël guident leur peuple parfois davantage en leur absence qu’en leur présence. Leur don suprême réside dans le fait que les personnes qu’ils ont touchées deviennent ellesmêmes des ambassadeurs d’amour, de lumière et d’espérance.
Il convient de reconnaître que les trois opinions sont légitimes et essentielles, selon le contexte. Il existe des situations où les dirigeants incitent à l’abandon de l’individualité au profit du collectif. Cependant, un véritable leader doit maîtriser l’art de former de véritables disciples, tandis que le plus grand leader sait comment habiliter d’autres leaders.
` L’influence du Rabbi
J’ai entendu personnellement cette extraordinaire explication, lors d’une allocution prononcée par le Rabbi durant Chabbat Parachat Bechala’h (11 Chevat 5748 / 30 janvier 1988), peu avant le décès soudain de son épouse Rebbetsen ‘Haya Mouchka ainsi qu’avant sa propre disparition en 1994. Ce précieux enseignement m’a profondément éclairé quant aux rôles respectifs du parent authentique, du pédagogue sincère et du grand dirigeant visionnaire, tout en contribuant à mieux saisir la personnalité exceptionnelle du Rabbi lui-même.
Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les fondements assurant cohésion permanente au sein du mouvement Loubavitch : quelle source maintient vivantes ses valeurs ? Qu’est-ce qui motive ses membres ? Comment perdure-t-il ?
Or portant ce nom évocateur “Mena’hem” (“Consolateur”), le Rabbi incarnait précisément cette conception attribuée à Rabbi Né’hémiah.
Le Rabbi ne cherchait pas simplement à former des disciples. Son ambition était de façonner des leaders, des individus capables de reconnaître en eux-mêmes la puissance et la confiance nécessaires pour transformer le monde.
Le Rabbi enjoignait ses étudiants à faire preuve d’une plus grande indépendance, d’ambition, d’individualisme, de créativité, de caractère révolutionnaire et d’innovation. Il éprouvait une profonde aversion lorsque des individus gaspillaient leurs talents et leurs dons, convaincu du pouvoir infini de chaque personne à composer sa propre mélodie unique capable d’enflammer le monde.
Il exhortait tous ses étudiants à vivre parmi des personnes qui les forceraient chaque jour à réaffirmer leurs convictions, afin de créer des ponts entre tous les Juifs et d’initier chaque âme à la profondeur et à l’amour du Judaïsme.
Le Rabbi comprenait avec perspicacité qu’il n’est pas possible de transformer le monde par le biais de simples adeptes, mais uniquement grâce à des leaders.
Adapté avec l’aimable autorisation de Rav Y. Y. Jacobson www. Theyeshiva.net
25 Adar, date anniversaire de la Rebbetsen 11 Nissan, date anniversaire du Rabbi
« Le Rabbi précédent enseignait que le jour de l’anniversaire est un moment propice pour l’introspection, un moment pour faire le bilan du passé et prendre des résolutions pour l’avenir. C’est un moment extrêmement propice car le jour de l’anniversaire, le Mazal, « la bonne fortune », irradie avec une force encore plus grande.
Lors de son anniversaire, il faut se réunir avec des amis et discuter du sens de l’occasion, du fait que prendre une année signifie que l’on grandit dans sa proximité avec D.ieu.
Quand un enfant est assez grand, il faut également le lui expliquer, à son niveau !
Certains pourraient objecter que cela n’a jamais été fait auparavant mais il est clair qu’aujourd’hui, dans le monde, il y a davantage d’influences et d’événements négatifs. C’est pourquoi, quant à nous, il nous faut augmenter dans la sainteté. En fait, le seul fait qu’a priori existent des forces négatives justifie que l’on grandisse dans la sainteté et dans le bien ».
Le Rabbi :25 Adar 5748, 14 Mars 1988
Traduction libre
La Rebbetsen ‘Haya Mouchka Schneerson naquit le Chabbat 25 Adar, 5661, dans la ville de Babinovitch, non loin de sa maison familiale à Loubavitch, en Russie Blanche.
Elle était la seconde fille de ses parents. Son père, Rabbi Yossef Yits’hak Schneerson, connu alors sous le nom de Rayats et aujourd’hui comme « le Rabbi précédent », deviendrait plus tard le sixième Rabbi de Loubavitch.
A la requête de son grand-père paternel, le Rabbi Rachab, la petite-fille qui venait de naître fut nommée sur l’arrière-grand-mère de ses parents, la femme du Tséma’h Tsédèk, la Rebbetsen ‘Haya Mouchka. Quand elle atteignit l’âge de se marier, à la suggestion de son grand-père, le Rabbi Rachab, elle se fiança au futur Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, le fils de Rabbi Lévi Yits’hak Schneerson. Leur mariage eut lieu le 14 Kislev, 1928, à Varsovie, en Pologne.
La Rebbetsen ‘Haya Mouchka se distinguait par sa grande culture et sa profonde sagesse. La considération dans laquelle elle tenait autrui
‘Haya
Mouchka
25 ADAR - 22 CHEVAT
« C’était mon père »
était remarquable et elle possédait un sens de l’humour gentil et subtil. Elle tint son rôle noble et honoré de Rebbetsen, avec humilité et simplicité.
La Rebbetsen quitta ce monde le mercredi 22 Chevat 5748 (1988) et des milliers de personnes assistèrent à ses funérailles. Suggéré par le Rabbi, durant la semaine des chivah, de nombreuses entreprises furent lancées en son nom, de par le monde. Des écoles, des fonds de prêts gratuits, des publications, des institutions virent le jour. Des programmes furent dédiés à bon nombre des campagnes de mitsvot du Rabbi, et tout particulièrement à celles qui sont associées aux femmes (l’allumage des bougies de Chabbat, l’observance de la Cacherout et des Lois de Pureté Familiale).
` La simplicité - Rav Shmuel Lew
Au farbrenguen du Rabbi, on versait toujours le vin dans son verre à partir d’une bouteille qui était enveloppée dans un sac en papier Kraft. Mon beau-père, Rabbi Zalman Jaffee, trouvait que cela n’était pas convenable et il
la Rebbetsen
voulut acheter au Rabbi une carafe en argent. Cependant, il était préoccupé par le fait que le Rabbi n’utiliserait peut-être pas un tel cadeau.
C’est pourquoi il adressa à la Rebbetsen une lettre dans laquelle il écrivait que la communauté ‘Habad de Manchester désirait envoyer ce cadeau au Rabbi mais comme ils ne souhaitaient rien faire contre la volonté du Rabbi, il lui demandait si elle voulait bien le consulter à ce sujet. Il lui promettait de lui téléphoner une semaine plus tard pour prendre connaissance de la réponse du Rabbi.
Mon beau-père avait beaucoup d’audace et il téléphona à la Rebbetsen une semaine plus tard. Elle lui dit qu’elle avait transmis sa requête au Rabbi mais qu’il n’avait fait aucun commentaire. Cependant, un jour ou deux plus tard, mon beau-père reçut une lettre du Rabbi qui se concluait par le post-scriptum suivant :
Ps. : Mrs Schneerson m’a parlé de la requête concernant la bouteille et le sac en papier, et pardonnez-moi, mais nous allons devoir accepter l’idée comme si elle s’était déjà réalisée, car je préfère la bouteille dans un sac en papier (à) une magnifique bouteille en argent. Il y a beaucoup de raisons à cela mais je vous en livrerai une que, je l’espère, vous comprendrez. Je ne veux pas établir de barrière entre mon mode de vie et le mode de vie de ce ceux qui m’entourent. (Par exemple,) je possède de nombreuses boites d’étrog en argent mais je préfère utiliser une boite en carton ».
` « C’était mon père »
Le fils de Rav Shmuel Lew, Pinny, parle du jour au cours de son enfance où lui et son frère Mendy, avec d’autres petits-enfants, accompagnèrent leurs grands-parents, lors d’une visite à la Rebbetsen. Après leur conversation,son père, Rabbin Zalman Jaffee dit à la Rebbetsen « Mes petits-enfants n’ont pas encore dit de divré Torah ! »
Elle invita les enfants à dire des divré Torah mais ils étaient réticents à le faire. Leur grand-père suggéra qu’ils fassent quelque chose d’autre à la place, lui
disant : « Ils vont vous chanter un nigoun ». Pinny et Mendy dirent qu’ils chanteraient en duo la mélodie connue comme « le Beïnoni », un air profond et émouvant.
Ils chantèrent ensemble magnifiquement. Des larmes apparurent aux yeux de la Rebbetsen. Quand ils finirent, le silence régnait dans la pièce. Cela créait une atmosphère inconfortable et Pinny sentit qu’il devait dire quelque chose pour le rompre. Il dit à la Rebbetsen : « J’ai entendu que le Rabbi précédent appréciait particulièrement cette mélodie ».
« Oui, oui, je sais, commenta la Rebbetsen, c’était mon père… ».
` La Rebbetsen insiste sur la Tsniout - David Bezborodko
J’ai rencontré le Rabbi pour la première fois à Paris, en 1937.
Nous assistions ensemble à des conférences scientifiques et nous nous rencontrions également parfois au cours d’un travail que
besoin de lui envoyer 35 000 dollars, ce qui représentait à l’époque une somme colossale. Il me demanda de les transférer légalement en plusieurs versements. Chaque fois que je recevais un télégramme de New York, j’envoyais immédiatement 5000 dollars. (J‘allais renouveler cette procédure jusqu’à ce que la somme totale soit transférée). Je me rendais à la maison du Rabbi et il me donnait 5000 dollars en espèces.
Un jour, j’ai apporté le télégramme au Rabbi mais il n’était pas présent. La Rebbetsen me fit entrer puis elle alla ouvrir une fenêtre (il s’agissait d’une porte-fenêtre) et seulement alors, elle ferma la porte qui donnait sur le hall extérieur et elle alla chercher l’argent. De toute évidence, elle avait fermé la porte de l’appartement pour garder secrète la transaction. Mais je me demandais pourquoi elle avait ouvert la fenêtre.
- Il fait froid dehors, soulignai-je. Pourquoi avez-vous ouvert la fenêtre ?
La Rebbetsen me regarda avec étonnement : « Avez-vous oublié l’interdiction du yi’houd ? ».
` Mission en Suisse
C’était la guerre et l’électricité pour cuisiner ou pour d’autres tâches ne fonctionnait que quelques heures par jour. Les cartes de rationnement permettaient à chaque famille de ne se procurer qu‘un demi kilo de pommes de terre par semaine, par exemple.
A Nice, le Rabbi et la Rebbetsen vivaient dans un petit appartement d’une pièce. Les livres de Torah s’empilaient sur la table, dans des boites sur le sol, etc. A plusieurs occasions, au cours de mes visites, en hiver, je pus remarquer que la Rebbetsen ramassait, écalait des noix et les mettait dans un bocal de verre, pour Pessa’h, quand les choix alimentaires se réduiraient encore davantage.
En Avril 1941, j’obtins un permis pour partir en Suisse afin de faire breveter l’une de mes inventions. Le Rabbi était informé de mon
voyage imminent. Avant mon départ, la Rebbetsen me demanda une faveur : « Nous avons des amis à Zurich, la famille Schmerling. Pourriez-vous vous rendre chez eux et leur demander s’ils peuvent nous envoyer quelques matsot pour Pessa’h ? ».
Après avoir réglé mes affaires à Lucerne, je me rendis à Zurich pour le Chabbat (je me rappelle que c’était la Parachah Parah, environ trois semaines avant Pessa’h). Juste après Chabbat, je me rendis chez les Schmerling et leur soumis la requête de la Rebbetsen. Monsieur Schmerling me dit qu’il n’avait que sept matsot mais il accepta de m’en donner quelques unes pour le Rabbi. Réalisant que cela ne suffirait pas, je m’enquis d’autres familles qui
«Je ne veux pas établir de barrière entre mon mode de vie et le mode de vie de ce ceux qui m’entourent. (Par exemple,)
je possède de nombreuses boites d’étrog en argent mais je préfère utiliser une boite en carton...»
auraient également des matsot cuites à la main. J’en visitai trois d’entre elles et pus obtenir, avec beaucoup de pression, quelques matsot supplémentaires.
Monsieur Schmerling me donna aussi un grand fromage, Cacher pour Pessa’h, pour le Rabbi et quelques bonbons.
Quand j’apportai le tout au Rabbi, il coupa immédiatement le fromage en deux. Il m’en donna la moitié ainsi que les bonbons que je devrais remettre à nos enfants. Les matsot que j’avais apportées au Rabbi allaient constituer l’essentiel de son alimentation pendant Pessa’h.
Sarah
Even Israel (Steinsaltz) ה"ע
Portraits de grandes dames
Tema
Gurary ה"ע
Batya Kalmenson ה"ע
Ra’hel Altein ה"ע
Sarah(Steinsaltz)Even-Israël
` Une vie de lumière, de discrétion et de fidélité
‘Haya Sarah Even Israël, de mémoire bénie, était une femme exceptionnelle. Ses parents, Reb ‘Haïm Hillel Azimov et son épouse, Risha, étaient des ‘hassidim très attachés au Rabbi précédent, bien qu’éloignés géographiquement de lui. Ils le seront profondément à notre Rabbi. Ils vécurent sous le régime communiste en Russie, durant la guerre et durent fuir jusqu’à Samarkand en Boukhara. C’est dans ces conditions difficiles qu’était née ‘Haya Sarah. Elle traversa très jeune les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale. Alors qu’elle n’était âgée que de trois ans, sa famille fuit la Russie, munie de passeports polonais. Après un séjour à Cracovie, ils s’installèrent en France. Initialement, la famille souhaitait monter en Israël, mais sur l’instruction du Rabbi, son père resta avec sa famille en France afin d’y diffuser le Judaïsme et l’éducation juive.
Reb Hillel y lança ce qui allait devenir une véritable révolution spirituelle française, qui serait poursuivie et décuplée par son fils Rav Chmouel Azimov (Moulé) et son épouse, Bassie.
À Paris, ‘Haya Sarah grandit dans un foyer modeste mais d’une richesse spirituelle remarquable. Son père consacrait un temps considérable à l’éducation de ses enfants, avec des qualités exceptionnelles de douceur et de bienveillance. Elle raconta toute sa vie les promenades de Chabbat, notamment à Besons, le long de la Seine. Ces histoires, racontées par Reb Hillel, venues du cœur, étaient l’une des marques de cette éducation exceptionnelle qui façonna profondément sa personnalité.
Dès l’âge de 18 ans, elle commença à enseigner au Talmud Torah des Lilas où elle restera jusqu’à son départ en Israël. Elle fut également active dans le cadre des Neché ‘Habad que le Rabbi avait créé à Paris. Elle donnait des cours en yiddish à des femmes âgées, souvent survivantes de la Shoah, poussée par le désir de transmettre, avec clarté et chaleur, les enseignements du Rabbi.
Très jeune, ‘Haya Sarah se distinguait déjà par son intelligence vive, sa perspicacité et sa sensibilité. Elle lisait beaucoup, surtout en yiddish : tous les commentaires du ‘Houmach par exemple, les schmoussen (« Les Conversations avec les jeunes » en yiddish) et ce qu’elle lisait, elle ne l’oublierait plus.
Elle travailla au Consistoire de Paris, comme secrétaire du Rabbin Sirat avec lequel elle participa à de nombreuses actions éducatives. Au bout d’un certain nombre d’années, voulant quitter cette institution, elle posa la question au Rabbi qui répondit qu’elle reste travailler avec « le Grand Rabbin de France ». A cette époque le Rabbin Sirat n’était pas encore le Grand Rabbin de France ! À l’âge de vingt-deux ans, elle se rendit en Israël et épousa le grand talmudiste ‘hassidique, le Rav Adin Even Israël. Ils s’installèrent à Yérouchalayim, où ils vécurent toute leur vie, entièrement liés, par le cœur et par l’âme, au Rabbi.
Ensemble, ils transmirent cette fidélité à leurs enfants, à tous leurs proches et à leurs élèves, issus de tous les milieux.
Son lien avec le Rabbi était d’une intensité rare. Pour elle, il ne s’agissait pas d’une adhésion intellectuelle mais d’un lien vital et existentiel. Elle consultait le Rabbi pour chaque étape de sa vie, chaque décision, chaque difficulté. Après le 3 Tamouz, elle continua d’envoyer toutes ses demandes au Ohel, avec la même foi simple et profonde.
Son mari travaillait jusqu’à dix-huit heures par jour, voyageait sans cesse, enseignait, écrivait et donnait des conférences dans le monde entier.
Quant à elle, dès son arrivée à Yérouchalayim, elle poursuivit dans l’élan qui l’avait déjà animée à Paris pour toucher et inspirer le plus grand nombre de femmes. Dans le cadre des Neché ‘Habad de Yérouchalayim, ainsi que dans de nombreux autres cercles, elle initia de nombreux projets, organisa des cours, leva des fonds, tout en refusant toute reconnaissance publique. Elle agissait uniquement avec un objectif : accomplir la volonté du Rabbi.
Une anecdote illustre la profondeur de ce projet : lors d’un voyage chez le Rabbi, elle demanda une bénédiction pour le cours de dames qu’elle avait organisé dans son quartier à la mémoire de son père, Reb Hillel. Le Rabbi ne répondit pas immédiatement. À l’aéroport, un émissaire lui remit une enveloppe contenant des billets israéliens correspondant exactement au nombre de participantes, avec un billet supplémentaire. Lors du cours suivant, une nouvelle participante arriva et reçut ce billet supplémentaire.
Elle était d’une humilité remarquable. Elle s’asseyait parmi les femmes, comme l’une d’entre elles, écoutait attentivement l’intervenant, ne se mettant jamais en avant. Elle accompagnait parfois les dames jusqu’à chez elles le soir, affirmant qu’une femme ne devait pas rentrer seule.
Grande lectrice, elle se rendait régulièrement à la librairie Hé’hal Mena’hem pour acheter chaque nouvel ouvrage paru. C’était la plus fidèle cliente !
Elle suggéra à tous les kiosques de son quartier, Émek Refaïm, de vendre le journal Kfar Habad, afin que la ‘Hassidout soit diffusée au plus grand nombre.
Elle créa une ludothèque dans le Gan Hapaamon, l’un des grands parcs de Yérouchalayim. Elle s’y rendait quotidiennement et faisait réciter les 12 Psoukim, des bra’hot aux enfants, etc. Elle avait trouvé ainsi le moyen de les distraire tout en nourrissant leur nechamah.
Elle disait que tous les jours elle pensait à la Rebbetsen ‘Haya Mouchka en se rendant à la Mis’hakah (la ludothèque) dont le nom contenait les lettres du nom de la Rebbetsen !
Toutes ces actions, discrètes, parfaitement réfléchies, toutes en finesse, sensibilité et ouverture agissaient avec la précision, l’intensité et la puissance d’un laser pour faire pénétrer les messages du Rabbi.
Elle incarnait la générosité, l’écoute et l’attention à l’autre. Chacun se sentait compris et reconnu auprès d’elle. Elle ne parlait jamais mal de quiconque, cherchait toujours le bien chez l’autre. Ces qualités se retrouvent chez ses enfants et petits-enfants.
Il faut aussi ajouter qu’elle vouait une grande admiration à son frère Moulé, Rav Azimov et à sa belle-sœur, Bassie. Chaque fois qu’elle venait à Paris, elle ressentait, vivait et admirait les investissements et la réussite de ‘Habad dans la ville à laquelle elle est toujours restée profondément attachée.
Elle « s’est envolée » à l’âge de 82 ans, le 6 Tichri, jour de la disparition de la Rabbanit ‘Hanna, mère du Rabbi !
Pendant la chiva, sa famille découvrit une petite boîte métallique parme, sa couleur favorite. À l’intérieur, un simple papier jauni, écrit dix ans auparavant, portait ces mots :
« Eyn od milvado – Il n’y a rien en dehors de Lui. C’est l’essentiel de ma vie, et c’est mon testament aux petits-enfants. »
Batya Kalmenson
` « Elle attend Machia’h ! »
Quand on demandait à Mora Haya comment allait sa maman, la Rabbanit Batya Kalmenson, elle répondait tout naturellement : « Elle attend Machia’h ! ». Et c’était vraiment la meilleure description d’une vie entièrement consacrée aux autres, à sa famille bien sûr, à sa communauté, à ses innombrables enfants de l’école ChnéOr pour hâter la venue de Machia’h.
Toutes ses multiples activités n’avaient que ce seul but. Elle était dévouée au Rabbi avec une abnégation remarquable et ne connaissait pas le repos tant qu’un enfant juif avait besoin d’elle, de son attention, de ses fameuses boulettes, de son sourire, de sa sollicitude de tous les instants.
Après une enfance heureuse avec ses parents,
eux-mêmes ‘Hassidim très impliqués dans la vie communautaire, elle connut les horreurs de la guerre en Russie, les interminables voyages en train dans des conditions effroyables vers la lointaine Asie Centrale, les restrictions en tous genres imposées par le régime soviétique, les
persécutions antireligieuses. Puis sa famille parvint à gagner l’Europe où elle se maria avec Rav Chalom-Mendel Kalmenson et arriva en région parisienne. Tandis que son mari était très occupé par son métier de Cho’het et sa vocation de Mohel, elle gérait l’école qu’ils avaient fondée à Aubervilliers : l’administration, les repas, l’ambiance générale, le recrutement des élèves et des professeurs, la récolte de fonds… Première femme en France à avoir obtenu le permis poids lourds, elle s’occupait aussi du ramassage scolaire après avoir fait les courses à l’aube au marché de Rungis.
Même diminuée physiquement, elle continuait à prier de tout son cœur et à espérer avec une rare intensité la venue du Machia’h. Certainement, de là où elle se trouve maintenant, elle continue, telle Ra’hel notre mère, à intercéder pour ses descendants, ses élèves et tout le Peuple Juif : Machia’h maintenant !
Feiga Lubecki
A ma très chère Bobbé que j’aimerai éternellement jusqu’au dévoilement du Machia’h ! Amen.
Depuis hier tout un monde s’est arrêté. C’est le jour où Hachem a décidé de vous reprendre sûrement pour accomplir des merveilles de lahaut.
Je n’oublierai jamais ma rencontre avec vous.
Ce jour, tout a changé en moi, ce jour, j’ai décidé de me rapprocher et de me reconnecter à Hachem.
J’ai commencé à prier avec vous et Mora ‘Haya.
Par la suite, je me suis occupée de vous. Vous
avez toujours eu un esprit protecteur, une emounah (« foi ») profonde.
Vous aviez toujours raison, vous sentiez tout …
On parlait de tout avec vous. Mais on parlait toujours de Machia’h !
Vous demandiez des nouvelles de tous.
Et puis j’ai connu tous vos enfants, l’un après l’autre, en découvrant votre belle histoire de vie l’histoire d’une chli’hout au quotidien.
J’ai grandi avec Chné Or sans savoir qu’on allait se rencontrer un jour.
J’ai partagé avec vous des moments sacrés qui m’ont beaucoup aidée.
` Bobbé !
Voilà maintenant une semaine déjà que vous êtes partie. Les chiva se terminant, chacun va retrouver sa communauté, sa famille, ses amis, la vie de tous les jours, le quotidien, sans jamais vous oublier.
Votre maison sera une force pour chacun.
Votre chli’hout sera un modèle.
Tephila, Birkat, Tanya, Psoukim : j’ai tout fait avec vous
Je suis restée avec vous jusqu’à votre dernier soupir.
Votre dernière tefilah restera à jamais gravée en moi. Vous aviez ouvert les yeux, fait un sourire.
Et vous aviez même mangé. J’étais rassurée.
Mais, à trois heures, Hachem décida de vous rappeler à Lui. On ne connait pas la raison : votre mission avait dû se finir !
Merci de m’avoir permis de grandir, de mûrir, d’évoluer.
Merci pour Machia’h ! Merci pour tout ma Bobbé, ma grand-mère spirituelle.
Vos bra’hot seront toujours vivantes !
Votre âme peut partir tranquille, elle a accompli sa mission.
Merci ! Vous ne quitterez jamais mon cœur, à travers l’étude et toutes les actions qui seront faites pour vous.
(Myriam Zekri)
Mimi
Tema Gourary
` Une enfance façonnée par le contact avec le Rabbi précédent
Rebbetsen Tema Gourary naquit à Leningrad (S. Pétersbourg) le jour de Sim’hat Torah 5688 (1927), dans une famille profondément enracinée dans le ‘hassidisme Loubavitch. Ses parents, le Rav ‘Haïm Eliezer et Madame Leah Karasik, lui inculquèrent dès son plus jeune âge la foi, la piété et le respect des traditions ‘hassidiques. Très tôt, elle eut le privilège d’entrer en Yé’hidout avec le Rabbi précédent à Otwock, en Pologne, une rencontre spirituelle exceptionnelle qui la marqua profondément et influença sa vision de la vie, de l’étude et de l’engagement communautaire.
En 5695 (1935), sa famille émigra en Israël et s’installa à Tel-Aviv, où une communauté ‘Habad commençait à s’organiser. Suivant les directives du Rabbi précédent, son père s’impliqua activement dans la vie communautaire et devint par la suite directeur de l’Agoudat ‘Hassidei ‘Habad en Terre Sainte. En 5698 (1938), Rebbetsen Gourary retourna brièvement à Otwock pour une nouvelle Yé’hidout, une expérience qui consolida son attachement aux enseignements ‘hassidiques et prépara son futur rôle de leader et éducatrice.
enfants à bord d’un avion militaire, répondant à l’invitation expresse du Rabbi, qui souhaitait sa présence à Crown Heights. Dans sa lettre, le Rabbi avait lu ses hésitations « dans les lignes et entre les lignes », mais il insista pour qu’elle vienne, soulignant l’importance de sa présence pour la communauté et pour le renforcement de la vie spirituelle des membres de ‘Habad.
` Une relation privilégiée avec la Rebbetsen
` Un mariage béni par le Rabbi
À l’âge adulte, elle se fiança à son cousin, le Rav Nosson Gourary, dans un Chidou’h arrangé et béni par le Rabbi précédent. Leur mariage eut lieu en 5709 (1949) en Terre d’Israël. En Adar 5713 (1953), elle s’installa à New York avec deux jeunes
Les premières années à New York furent éprouvantes, mais la Rebbetsen ‘Haya Mouchka et sa sœur lui offrirent un soutien chaleureux et concret. Elles l’accompagnèrent dans ses courses, l’aidèrent à s’adapter au quotidien newyorkais et l’emmenèrent même chez Barneys, où la Rebbetsen achetait les chemises du Rabbi. Madame Gourary développa avec la Rebbetsen une relation intime et régulière, s’entretenant avec elle la plupart des soirs de la semaine, tout en respectant la confidentialité de ces échanges. Lors de la Yé’hidout de 5698, le Rabbi avait
recommandé aux filles de parler yiddish. Plus tard, confronté aux difficultés linguistiques d’un de ses enfants, il demanda combien de langues étaient utilisées à la maison ; apprenant qu’ils en employaient trois, il recommanda d’en abandonner une, et la famille renonça à l’hébreu, illustrant un souci pédagogique et pratique pour orienter l’éducation familiale selon les principes clairs du Rabbi.
` Fondatrice et rédactrice en chef de Di Yiddishe Heim
Suivant l’instruction du Rabbi, Madame Gourary fonda en 5719 (1959) le magazine Di Yiddishe Heim, destiné aux femmes et filles ‘Habad dans le monde entier, publié en yiddish et en anglais. Ce périodique devint le premier journal féminin et le plus influent de ‘Habad, offrant aux lectrices un espace de formation spirituelle, intellectuelle et morale. En tant que rédactrice en chef, elle orienta le contenu, guida les auteurs, structura les articles et veilla à la qualité et à la cohérence de chaque numéro. Le Rabbi s’impliquait personnellement dans l’examen des publications, annotant, corrigeant et ajoutant des commentaires, ce qui témoignait de l’importance capitale de ce média pour la diffusion de la ‘hassidout et l’éducation des femmes.
` Leadership féminin et engagement éducatif
Elle fut également présidente de Neché ‘Habad, guidant l’organisation avec clarté et détermination. Elle contribua à structurer le leadership féminin ‘hassidique et encouragea les femmes à s’impliquer activement, tout en respectant les principes spirituels et éducatifs de la tradition. Madame Gourary écrivit deux ouvrages majeurs : Aura, A Reader on Jewish Womanhood (1984) et Kol Yemei ‘Hayé’ha (1990), ce dernier en hommage à la Rebbetsen ‘Haya Mouchka. Elle participa aussi
à la fondation du Machon Chana Women’s Institute en 5731 (1971), participant à la formation de nouvelles générations de femmes ‘hassidiques.
À travers Di Yiddishe Heim, Madame Gourary transmit des valeurs fondamentales : la femme comme gardienne du foyer et éducatrice de la jeunesse, mais également participante active dans la vie communautaire lorsque les circonstances l’exigent. Le magazine offrait une diversité de formes – essais, récits, poésie, débats – tout en maintenant un équilibre rigoureux entre tradition et modernité.
À la demande du Rabbi, elle accueillait les officiels et VIP lors de leurs visites à la Yé’hidout et assurait le suivi pour recueillir leurs impressions, jouant un rôle clé dans les relations institutionnelles et communautaires de ‘Habad.
Son héritage perdure à travers son œuvre éditoriale, son leadership dans l’éducation et la formation spirituelle des femmes, et l’exemple vivant qu’elle a laissé au sein de la communauté hassidique mondiale.
Ra’hel Altein
Rebbetsen Ra’hel Altein (née Ra’hel Devasha Jacobson en 1924) fut l’une des figures féminines marquantes du mouvement ‘Habad aux ÉtatsUnis au XXᵉ siècle. Éducatrice, militante communautaire, conférencière et surtout éditrice, elle contribua de manière décisive à la construction et à la diffusion d’une vision ‘hassidique de la femme juive, adaptée au monde moderne, sans concession sur les valeurs de la Torah. Arrivée bébé aux États-Unis depuis la Russie soviétique avec ses parents, envoyés en mission par le sixième Rabbi de Loubavitch afin de développer ‘Habad en Amérique, elle grandit dans un foyer entièrement voué à l’activisme religieux, à l’étude et à l’éducation.
Altein développa une approche pédagogique fondée sur la persuasion, l’exemple personnel et la valorisation positive de la tradition, plutôt
Formée dans les écoles publiques américaines à une époque où les institutions juives pour filles étaient quasi inexistantes, Ra’hel Altein se distingua par son excellence académique tout en demeurant fermement attachée à la pratique juive et à l’identité ‘hassidique transmise par ses parents. Cette double appartenance - immersion dans la société américaine et fidélité absolue à la tradition - façonna une personnalité indépendante, confiante et capable de dialoguer avec des publics variés. Très jeune, elle s’engagea dans l’éducation des filles et l’animation communautaire, assumant des responsabilités de leadership alors même que l’activisme féminin religieux était encore marginal.
En 1943, elle épousa Rav Morde’haï Dov Altein, érudit et éducateur ‘Habad. Ensemble, ils fondèrent et dirigèrent plusieurs institutions éducatives avant de s’installer durablement dans le Bronx, où ils œuvrèrent pendant des décennies à renforcer la vie juive dans un environnement souvent peu favorable. Soutenue étroitement par le Rabbi, Ra’hel
que sur la contrainte ou la rupture avec la modernité.
Si son action éducative fut multiple, son influence la plus durable s’exerça à travers son rôle de corédactrice en chef du magazine Di Yiddishe Heim (« La Maison Juive »), publié par l’Organisation des Femmes de ‘Habad à partir de 1958. Nommée responsable de la partie rédactionnelle en anglais, elle occupa ce poste pendant plus de trente ans. Di Yiddishe Heim devint sous sa direction un vecteur central de diffusion d’une pensée ‘hassidique sur la féminité, le foyer, l’éducation et l’engagement communautaire, destiné aux femmes juives vivant dans un monde occidental en pleine mutation.
Le Rabbi accordait une importance exceptionnelle à cette publication et s’y investissait personnellement : il
relisait chaque numéro ligne par ligne, annotant le contenu, la formulation et même l’orthographe. Cette collaboration étroite témoigne du degré de confiance qu’il plaçait en ses éditrices et de la conscience aiguë de l’enjeu idéologique du magazine. Di Yiddishe Heim ne se voulait ni un périodique féministe au sens moderne ni une revue culturelle généraliste, mais un outil au service de la diffusion de la Torah et de la ‘hassidout, spécifiquement à travers la voix et l’expérience des femmes.
Dans ses éditoriaux, Ra’hel Altein développa une conception exigeante et nuancée du rôle féminin juif. Elle affirmait que la femme, « bat mélè’h » - fille du roi -, est avant tout gardienne du foyer et éducatrice de la génération future, mais qu’en temps de nécessité elle doit aussi sortir de l’espace domestique pour renforcer la communauté. Cette vision ouvrait la voie à un activisme féminin enraciné dans la tradition, sans chercher à la supplanter ni à imiter des modèles séculiers. Le magazine offrait une pluralité de formes, tout en maintenant un équilibre rigoureux entre ouverture intellectuelle et fidélité idéologique.
de ‘Habad. Cette posture reflétait son identité profonde : avant d’être écrivaine ou éditrice, elle se définissait comme ‘hassidique, entièrement dévouée à la vision du Rabbi.
Au fil des décennies, son autorité intellectuelle fut de plus en plus reconnue. En 1991, face à une charge croissante, le Rabbi lui confia entièrement la responsabilité éditoriale de certains
documents, déclarant explicitement s’en remettre à son jugement. Parallèlement à son travail éditorial, elle fut conférencière, enseignante des lois de la pureté familiale et mentor personnelle de nombreuses femmes, abordant avec clarté et courage des sujets sensibles souvent tus.
Des historiennes ont souligné le rôle unique de Di Yiddishe Heim en tant qu’espace où les femmes apparaissaient non seulement comme lectrices mais comme productrices de discours ‘hassidiques. Ra’hel Altein, toutefois, considérait toujours cette œuvre avec humilité, la percevant comme un élément parmi d’autres de la mission globale
Jusqu’à la fin de sa vie, Ra’hel Altein incarna un modèle rare d’équilibre entre foyer, leadership spirituel et engagement public. Son œuvre, et en particulier Di Yiddishe Heim, a profondément marqué la manière dont des générations de femmes juives ‘hassidiques ont compris leur rôle, leur mission et leur potentiel dans le monde moderne.
Mais comment vous faites ?
Organisation
PARTIE2
familiale :
rendre le quotidien serein et harmonieux dans une famille nombreuse
Syma Nejar Manager, Home Organizer (Coach en rangement et en organisation).
Dans une maison juive, la vie est rythmée par le quotidien, les enfants, le travail, les repas, mais aussi par Chabbat et les fêtes, qui demandent une organisation particulière et génèrent naturellement beaucoup d’activités. La maison est un lieu vivant, en mouvement constant, rarement figé.
Dans ce rythme soutenu, il est naturel de se sentir parfois dépassée lorsque tout s’enchaîne. L’organisation du quotidien peut alors devenir un vrai défi, non pas par manque de volonté ou de compétence, mais simplement parce que les sollicitations sont nombreuses et constantes, en particulier dans une famille où la vie enchaîne les tourbillons.
L’organisation familiale n’a pas pour but de créer une maison parfaite, mais de soutenir le quotidien du foyer, d’alléger la charge mentale et de permettre une vie de famille plus sereine. À travers ces questions et les réponses apportées, par différentes intervenantes, cet article propose une approche réaliste et déculpabilisante de l’organisation au sein de la famille.
Par quoi commencer quand on a l’impression que tout déborde : le temps, la maison, l’énergie ?
Lorsque tout semble déborder en même temps, la tentation est de vouloir tout régler d’un seul coup. En réalité, cela accentue souvent la sensation d’échec. Le point de départ le plus efficace est presque toujours le même : identifier ce qui pèse le plus au quotidien.
Il ne s’agit pas de refaire toute la maison, mais
de soulager un point précis : une entrée saturée, une cuisine encombrée avant Chabbat, un espace où les affaires s’accumulent. Un premier ajustement ciblé permet déjà de reprendre un peu de souffle, et surtout de retrouver une sensation de contrôle.
Quelle est la clé numéro un pour que la maison reste vivable au quotidien ?
La clé principale de l’organisation réside dans la simplification. Des systèmes simples sont ceux qui tiennent réellement dans la durée. À l’inverse, chercher à tout optimiser, à multiplier les règles ou à viser une organisation idéale mène souvent à l’effet contraire : fatigue, découragement et abandon.
Une maison vivable n’est pas une maison où tout est parfaitement rangé, mais une maison où chaque chose a une place claire, logique et accessible. Cela facilite le quotidien et les temps familiaux essentiels, comme les repas, les devoirs ou les moments partagés en famille.
Quelle astuce simple et réaliste change vraiment le quotidien d’une famille nombreuse ?
L’astuce la plus efficace est souvent la plus simple : réduire le nombre d’objets en circulation. Moins d’objets signifie moins de rangement, moins de décisions et moins de tensions.
Chaque objet supplémentaire alourdit le
quotidien. Faire régulièrement le tri permet de maintenir une organisation qui s’adapte au rythme réel de la vie de la maison, au fil des jours, et qui reste également soutenable lors de périodes plus intenses.
Quelle erreur revient le plus souvent chez les parents débordés ?
L’erreur la plus fréquente est de penser que l’organisation doit être parfaite pour fonctionner. Quand le quotidien déborde, on a tendance soit à repousser, soit à attendre d’avoir plus de temps, plus d’énergie ou de meilleures conditions. Résultat : on ne met rien en place, ou on abandonne rapidement.
Or l’organisation n’est pas une compétence innée ni un état définitif. C’est un soutien du quotidien, qui se construit progressivement, à partir de ce qui est déjà là, même lorsque tout n’est pas maîtrisé.
Comment gérer le désordre quand on n’a ni le temps ni l’énergie de ranger tous les jours ?
Lorsque le temps et l’énergie manquent, la solution consiste à maintenir l’ordre de manière simple et régulière grâce à une routine. Que ce soit une routine du matin, du soir, ou les deux selon votre emploi du temps, cette habitude permet de garder les espaces principaux propres et dégagés sans y consacrer beaucoup de temps. La routine automatise les gestes, réduit le stress lié au désordre et empêche son accumulation.
Concrètement, quelques minutes suffisent pour remettre les objets à leur place. Un panier pour les objets qui traînent peut servir de solution temporaire : on y dépose rapidement ce qui n’a pas encore trouvé sa place. Si la fatigue est trop grande, le contenu du panier sera rangé plus
tard, à un moment plus calme.
Cette organisation fonctionne parce que tout est lié. En désencombrant et en attribuant une place fixe à chaque objet, le rangement devient beaucoup plus simple et presque automatique. Associée à une routine, cette méthode permet de maintenir l’ordre même dans les journées chargées, sans pression, et de garder un foyer serein.
Ranger ne doit pas être une tâche à part entière, mais un geste intégré au quotidien. Une organisation efficace permet de remettre en ordre rapidement, sans y consacrer des heures. Le but n’est pas que tout soit parfait chaque soir, mais que le désordre reste gérable et ne devienne pas une source permanente de stress.
Est-ce que tout le monde peut être organisé, même si ce n’est pas inné ?
Certaines personnes ne sont pas organisées de nature, et ce n’est ni un défaut ni un manque de capacité. L’organisation se construit avec des systèmes simples et adaptés à la réalité de chaque foyer.
Exemples concrets de systèmes :
• Tableau ou planning de répartition des tâches : chaque membre de la famille voit clairement ce qu’il doit faire, quand et comment. Les tâches sont réparties selon l’âge, les capacités et le rythme de chacun, sans chercher la perfection.
• Catégorisation des objets et placement stratégique : bien classer les affaires et les placer au plus près de leur zone d’utilisation. Par exemple :
• Un vide-poche sur le buffet de l’entrée pour les clés et petits objets du quotidien
(stylos, pièces pour la Tsedaka)
• Un bac pour le courrier, afin qu’il ne s’éparpille pas ou ne se perde pas.
• Un panier pour les accessoires d’hiver (bonnets, écharpes, gants), facile à prendre et à remettre.
• En attribuant une place fixe à chaque objet et en clarifiant les responsabilités via un tableau ou planning, même si le rangement n’est pas parfait à chaque instant, le désordre reste limité et le quotidien devient beaucoup plus fluide.
Ces systèmes permettent de gagner du temps, de réduire la charge mentale et d’impliquer toute la famille dans la vie de la maison, tout en maintenant un foyer ordonné et serein.
Quel est le déclic qui permet de passer d’un quotidien subi à une organisation qui soulage ?
Le déclic survient souvent lorsque l’on comprend que l’organisation n’est pas une exigence supplémentaire, mais un outil de soulagement, au service de la paix du foyer. Tant qu’elle est perçue comme une obligation de plus, elle est rejetée.
À partir du moment où l’on réalise que s’organiser permet de gagner du temps, de l’espace et de la sérénité, la démarche change de sens. L’organisation devient alors un moyen de reprendre la main sur son quotidien, et non de se conformer à des standards irréalistes
Quel message adresser aux mamans qui se culpabilisent de ne pas y arriver ?
La culpabilité est l’un des freins les plus lourds dans l’organisation familiale, en particulier chez les mères, souvent très investies dans la vie du foyer. Il est important de rappeler qu’aucune maison n’est parfaitement rangée en permanence, surtout lorsqu’elle est habitée par plusieurs personnes.
Ne pas y arriver ne signifie pas échouer, mais souvent porter trop de choses seule. L’organisation ne devrait jamais être un facteur de pression supplémentaire, mais un soutien. Faire moins, mais mieux, accepter l’imperfection et avancer par petites étapes sont souvent les véritables clés d’un quotidien plus apaisé.
Vie quotidienne
‘Hanna Zejlinwarger
Voici des exemples simples dont vous pourrez vous inspirer pour Pessa’h (ou toute l’année)
Soupe de poireaux aux amandes
Ingrédients pour 8 personnes
• 3 poireaux
• 1 carotte
• 100 grammes d’amandes mondées
• 1 à 1¼ litre d’eau
• Matière grasse (facultatif)
• Sel
• Recette :
• Éplucher la carotte et la couper en rondelles.
• Rincer les poireaux, les vérifier et les couper en tronçons de 3-4 cm.
• Dans une casserole, faire revenir les poireaux et la carotte dans de la matière grasse de votre choix (ou sans, avec un peu d’eau).
• Mélanger et faire cuire sur feu vif pendant 5 minutes. Ajouter l’eau et deux petites pincées de sel.
• Couvrir et laisser mijoter 30 minutes sur feu doux à modéré.
• Ajouter les amandes.
• Poursuivre la cuisson pendant encore 20 à 30 minutes. Mixer au mixeur.
• Rectifier l’assaisonnement.
• Décorer de quelques amandes grillées et concassées
Canard à l’orange
Ingrédients pour 8 personnes
• 8 Cuisses de canard
• 4 Oranges
• 4 Oignons
• 1 verre à moutarde de jus d’oranges pressées
• 1 demi-verre à moutarde de vin blanc
• 1 demi-litre de bouillon de volaille
• Sel fin
• Recette :
• Couper les cuisses de canard en deux au niveau de l’articulation.
• Éplucher les oignons et les tailler en gros morceaux.
• Éplucher et couper l’orange en tranches.
• Dans une cocotte, faire dorer les morceaux de canard sans matière grasse puis les réserver.
• Enlever la graisse de la cocotte et faire revenir les morceaux d’oignon et les tranches d’orange.
• Ajouter le vin blanc et caraméliser.
• Déglacer ensuite avec le jus d’orange.
• Remettre les morceaux de canard, saler, ajouter le bouillon de volaille et 1/2 de litre d’eau
• Couvrir et cuire pendant 45 min à couvert.
• Dresser les cuisses de canard en assiette plate, accompagner de pommes de terre sautées et de légumes.
(liste indicative, non exhaustive, à réactualiser)
LÉGUMES
Pommes de terre
Tomates
Courgettes
Fenouil (le cas échéant)
Raifort
Romaines
Carottes
Aubergines
Patates douces
Oignons et oignons frais
Citrons
Betteraves crues
Avocats
F R U I T S
Bananes
Pommes
Noix
Oranges à jus
Oranges
Mangues
Grenades
Ananas
Poires
Kiwis
Melons
Pamplemousses
Préparation du plateau du Séder
Zroa, griller le cou de poulet
Œufs durs (prévoir 1 œuf par convive)
Herbes amères (laver, vérifier et sécher les feuilles)
‘Harosset
Karpass
Râper le raifort
1 coupelle d’eau salée
Prévoir assez de vin et jus de raisin pour 4 coupes par participant
Prévoir questions et animations pour les enfants
Pendant toute la fête
Planifier les menus des repas
Préparer plats à l’avance si possible
Vérifier les stocks de matsah et du marché général
éducation
Entre amies
‘HANNA KORNFELD
Chère Esther,
Je me trouve une fois de plus confrontée à une situation délicate. Mes enfants sont rentrés à la maison, surexcités, avec du colorant alimentaire rouge dégoulinant de leurs mentons, tandis que leurs petits corps tentent d’assimiler les quantités excessives de sucres toxiques et de conservateurs que leurs grandsparents bienveillants viennent de leur offrir. Des sacs, des boîtes et des emballages de jeux, des livres, des friandises, des vêtements et des appareils électroniques dernier cri ont envahi le hall d’entrée. Il est certain qu’une bonne partie des pièces des nouveaux jeux ainsi que l’intérêt pour ces gadgets sophistiqués auront disparu dès demain matin. Après tout, mes enfants savent pertinemment qu’ils peuvent s’attendre à recevoir un nouvel amas d’objets lors des prochaines sorties avec Mamie et Papi. Ainsi, après avoir préparé les déjeuners, organisé le covoiturage et pris mes deux cafés habituels du lundi matin, je devrai affronter ces nouvelles montagnes d’amour grand-parental démesuré et déterminer comment gérer tous ces jouets et objets dont nous n’avons ni le besoin ni la place dans notre petit appartement.
Il convient de préciser qu’il ne s’agit pas de mes
parents mais de ceux de mon époux. Comment pourrais-je exprimer respectueusement à mes beaux-parents que cette profusion est excessive ? Mon domicile ne peut accueillir tant de jouets. De plus, je souhaite éviter que mes enfants soient gâtés au point d’en endommager non seulement leur santé bucco-dentaire mais aussi leur caractère. Il est parfaitement acceptable - en réalité préférable - qu’ils ne possèdent pas absolument tous les derniers articles disponibles sur le marché.
Comment puis-je donc freiner cet excès de cadeaux ?
Cordialement,
Exaspérée par cet amour débordant
Chère Amour Débordant,
À travers votre lettre, j’identifie deux sources principales de frustration : premièrement, la nature même des cadeaux offerts tels que les appareils électroniques et la nourriture sucrée colorée ; deuxièmement, la quantité excessive.
Je vous suggèrerais - ou mieux encore à votre époux, en votre présence - d’adresser poliment une demande à vos beaux-parents afin qu’ils évitent d’offrir des produits électroniques ainsi
que des aliments contenant des colorants artificiels.
Toutefois, si vous ne souhaitez pas limiter leur présence dans votre foyer, il conviendrait d’adopter une approche plus nuancée.
Vos enfants ont la chance inestimable d’avoir des grands-parents généreux et attentifs qui prennent plaisir à combler leurs petitsenfants par leurs présents. Ne redoutez pas qu’ils soient trop gâtés par Mamie et Papi.
Seuls vous et votre mari êtes responsables, en tant qu’éducateurs principaux, en exigeant peu ou rien d’eux ou en omettant de leur inculquer le sens des responsabilités ainsi que celui du comportement exemplaire.
Si jamais votre maison se retrouve encombrée par un surplus incessant de cadeaux, profitezen pour enseigner à vos enfants la valeur du don. Chaque fois que Mamie et Papi offrent quelque chose de nouveau, vous pouvez ensemble sélectionner certains anciens jouets afin de les remettre à une école, une association ou une famille dans le besoin. Vos enfants seront peut-être davantage attentifs aux objets dont ils se désintéressent lorsqu’ils constateront qu’ils sont transmis pour être utilisés et appréciés ailleurs. Plus important encore, ils apprendront ainsi que les avantages matériels dont ils bénéficient doivent aussi pouvoir être partagés avec autrui.
Esther
consentement de ma fille, j’ai contacté la mère de cette amie pour lui dire : « J’ai pour habitude de vérifier le téléphone de ma fille chaque soir et j’ai récemment pris connaissance d’une conversation mentionnant des informations concernant votre fille. Je tenais simplement à vous en informer... » La mère a rapidement raccroché puis m’a rappelée le lendemain pour nier formellement ces faits. Elle a accusé ma fille et ses amies de propager des rumeurs infondées à l’encontre de sa fille. Pourtant, il a été constaté que sa fille se trouvait effectivement dans ces lieux, en compagnie des personnes évoquées. Stupéfaite, je suis restée sans voix mais j’estime qu’il est nécessaire de répondre à cette accusation. Que devrais-je lui dire ?
Signé,
Intrusion dans la vie d’une adolescente
Cher(e) Intrusion,
Chère Esther,
Ma fille de treize ans possède un téléphone portable que je consulte chaque soir, condition préalable à son autorisation d’en avoir un. Récemment, j’ai découvert une conversation entre plusieurs filles évoquant une amie et les problèmes dans lesquels elle se trouve. J’ai été surprise par les lieux fréquentés par cette jeune fille et les personnes avec lesquelles elle traîne. J’étais convaincue que ses parents n’étaient pas informés, et si cela avait concerné ma propre fille, j’aurais souhaité en être avertie. Avec le
Certains parents accordent autant d’importance à l’image sociale de leurs enfants qu’à leur bien-être réel. Il est possible que cette mère fasse partie de ceux qui sont prêts à tout (même à diaboliser votre fille) afin de préserver la réputation de leur enfant. Il est probable qu’elle est consciente de la véracité des faits et sait que votre fille ne propage pas des rumeurs mensongères, mais elle refuse néanmoins d’affronter cette réalité... du moins pas avec vous. Très probablement, elle entend ce que vous dites, apprécie d’être informée et tente d’y faire face sans vouloir l’admettre ouvertement car elle protège sa fille tout en étant blessée et gênée par la situation.
Peut-être a-t-elle simplement besoin de temps pour assimiler cette nouvelle douloureuse.
Dans ce contexte, je vous conseillerais simplement de répondre : « Je suis soulagée d’apprendre que ce n’est pas le cas. Je vous souhaite une bonne journée », ce qui constitue une réponse adéquate, conforme aux attentes.
Cordialement.
Esther
Beya’had 20 ans Deborah Bronfman BON ANNIVERSAIRE
! Qu’est-ce que Beya’had ?
Beya’had est une organisation, affiliée à l’association américaine « friendship circle international », qui s’est donné pour but de ramener et de rattacher à notre communauté des enfants et des familles entières qui se retrouvent oubliés, incompris et parfois rejetés de par leur « différence ». Ce sont les enfants handicapés de notre communauté !
Que veut dire Beya’had et comment est née cette organisation ?
Beyahad veut dire « Ensemble ». Elle a été créée à la demande qu’a adressée Rav Chmouël Azimov à Levi Bronfman, il y a vingt ans de cela. Ce dernier avait entrepris un voyage d’étude aux USA, plus exactement à Detroit, pour observer comment fonctionnait « The friendship circle international » et étudier les moyens de l’importer en France. C’est ce qui a été accompli.
Comment fonctionne Beya’had et à qui s’adresse-t-il ?
Beya’had est donc un programme qui met en relation des adolescents, les « Volontaires Beya’had », avec des enfants différents (handicapés). Ils interviennent pendant une à deux heures par semaine, le plus souvent au domicile de l’enfant ou dans un centre communautaire.
Que font-ils ensemble ?
Au domicile ou en privé, ils font des travaux manuels, des ateliers de cuisine, par exemple. En ce moment, c’est la période ‘Hanoukah, ils décorent des beignets. Pour Chavouot, ils confectionnent des gâteaux au fromage et sont récompensés par un tirage au sort qui leur décerne une carte-cadeau.
Mais aussi et ce n’est pas le moins extraordinaire, ce sont des fêtes organisées par le staff de Beyahad, comme les « pizza bar », des ateliers de danse.
On peut également parler de cet événement incroyable qu’est l’élection de « Miss Beya’had » qui permet de mettre en beauté des princesses extraordinaires.
Nous pratiquons également des sports comme le basket, le foot, le krav maga, etc.
Comment se conçoit une activité ?
Chaque atelier est pensé et structuré pour que les enfants différents puissent être les acteurs de ces activités, sans être mis en situation d’échec.
Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?
Voici un exemple concret d’activité : l’atelier danse.
Les enfants extraordinaires n’ont pas toujours la motricité pour effectuer des pas de danse. Pourtant, danser avec joie avec des copines,
c’est possible avec Beya’had ! Le professeur va adapter son cours pour qu›il soit accessible à tous les enfants.
Autre exemple : le foot.
Certains enfants sont sur fauteuil roulant, ou ne peuvent pas courir.
Comment peuvent-ils jouer au foot ? Comment peuvent-ils taper dans un ballon ?
Tout simplement avec l’aide de volontaires qui vont pousser le fauteuil, mettre le ballon au niveau des pieds de l’enfant.
Pour l’enfant qui n’a pas la force de courir, ce sont encore deux volontaires qui vont l’aider avec leur force et leur amour à taper dans un ballon.
Tout le monde gagne, il n’y a pas de perdant. Tout le monde reçoit une médaille du meilleur joueur. Et quelle fierté pour les enfants !
Qui sont exactement ceux qui dirigent ces activités ?
Des professionnels peuvent être engagés pour un atelier comme la danse ou le basket. Par contre chaque dimanche les volontaires bénévoles n’ont pas besoin d’être des professionnels pour donner de l’amitié et de l’amour C’est un partage de cœur à cœur.
D’ailleurs, on organise également un tirage au sort (Goral) d’un voyage chez le Rabbi pour les quatre volontaires qui ont accompli le plus de missions.
Reçoivent-ils une formation particulière ?
Comment sont formés les adolescents que l’on recrute dans les écoles juives de la communauté ?
Une journée d’information sur les différents handicaps est réalisée avant même que les volontaires ne commencent leur mission.
On leur explique ce qu’est l’autisme et la trisomie, comment proposer à un enfant extraordinaire
de jouer, comment l’accompagner dans le jeu pendant le laps de temps où les volontaires seront avec lui.
Ils comprennent qu’il est impératif de ne pas être en retard, de tenir ses engagements, et surtout ils savent qu’il y a des professionnels qui sont là pour les soutenir en cas de difficultés, avec un responsable des volontaires garçons et une responsable des volontaires filles.
Organisez-vous également des sorties ou vos activités restent-elles dans des cadres fermés ?
Loin de là ! Nous organisons également des promenades, des sorties au restaurant, etc.
Mais je crois savoir que Beya’had a une particularité et une dimension originales.
Nous avons également un coach nutritionnel pour un rééquilibrage alimentaire.
C’est un groupe où se sont formées les meilleures amies qui connaissent le monde du handicap, un groupe où les mamans n’ont pas besoin de se justifier quand elles ont besoin d’aide.
En effet, nous pensons également aux parents de ces enfants exceptionnels et tout particulièrement à leurs mamans.
C’est ainsi que régulièrement, nous entreprenons avec elles des sorties, des voyages, des rencontres au restaurant. Notre but est de leur proposer un moment de détente, de répit, par rapport à la charge émotionnelle que peut représenter un enfant spécial.
Comment circule l’information ?
Nous avons un groupe whatsapp des mamans, particulièrement actif. On peut trouver les meilleurs renseignements sur les professionnels du handicap.
Les mamans elles-mêmes qui ont été confrontées au handicap témoignent.
Avez-vous un impact qui dépasse le cadre du handicap ?
C’est cela qui fait aussi la spécificité de Beya’had : il permet de renouer avec ses racines profondes.
Grâce à Beya’had dix-huit femmes ont repris le chemin du mikwé. Plus de dix femmes se couvrent la tête et se sont engagées à améliorer la Cacherout.
Pourquoi ? Parce qu’elles ont trouvé, avec les
femmes comme elles, l’écoute, le partage, sans aucun jugement.
Qui peut adhérer à Beya’had ?
Comment procéder ?
Si vous avez un enfant différent et que vous ne voulez pas qu’il souffre de solitude à cause de son handicap, quel qu’il soit, vous pouvez vous inscrire auprès de Deborah Bronfman 06 09 68 40 44, pour pouvoir bénéficier de visites de bénévoles qui viendront pratiquer des activités avec votre enfant.
Je tiens à rappeler que tout est bénévole et que la participation est entièrement gratuite.
Où trouvez-vous le financement pour toutes ces activités ?
Concernant le financement, un appel aux dons est fait une fois par an, et l’association « Âge
Inter Services d’Aide à Domicile » nous soutient également, de manière régulière.
Pour conclure ?
Beya’had a une approche différente de celle des professionnels du handicap.
Pourquoi, parce ce qui est mis en avant est un lien d’amitié entre les bénévoles et l’enfant, un lien d’amitié entre les mamans d’enfants handicapés, un lien d’amitié entre les volontaires. Il n’y a pas de compétition, il n’y a que de l’amour gratuit, par des enfants pour des enfants, par des mamans pour des mamans. Ce sont des familles entières qui sont impactées, par l’amour, la solidarité que dégage Beya’had
Quand le Machia’h viendra, Beya’had sera présent pour emmener toutes les familles de la communauté qui ne sont plus exclues à cause du handicap.
oui
PEUTÊTRE non ok
Chanie Wolf
Il y a peu de temps, j’ai vu circuler un mémo, qui disait à peu près ceci :
La parentalité aujourd’hui
• Surveillez où se trouvent vos enfants et supervisez leurs moments de jeu.
• Mais favorisez aussi leur indépendance et ne soyez pas des parents « hélicoptères ».
• Soyez présents pour eux à tout moment.
• Mais prenez aussi du temps pour prendre soin de vous ; on ne peut donner quand il ne nous reste plus rien.
• Mais ne les gâtez pas non plus.
• Limitez leur temps d’écran, ainsi que le vôtre.
• Et suivez aussi les milliards de groupes WhatsApp et de notifications des écoles de vos enfants.
• Assurez-vous que leurs besoins soient largement satisfaits et qu’ils ne se sentent ni privés ni « inférieurs ».
• Donnez-leur des repas et des collations faits maison, nutritifs et biologiques.
• Mais évitez de qualifier certains aliments de « mauvais » et d’interdire le sucre et les friandises, pour ne pas qu’ils n’en développent un désir excessif.
• Proposez des choix plutôt que de risquer des luttes de pouvoir ; ne soyez pas trop
stricts ni trop exigeants.
• Mais assurez-vous que leurs devoirs soient faits et que leurs dents soient brossées et passées au fil dentaire tous les jours.
• Et ainsi de suite…
La parentalité jusqu’aux années 1980 :
• Nourrissez-les de temps en temps.
QUI DIRIGE QUI ?
Plus sérieusement, la parentalité aujourd’hui semble vraiment être devenue exponentiellement plus compliquée qu’elle ne l’a jamais été. Il est très difficile de « bien faire », avec toutes ces attentes et ces conseils interminables, souvent contradictoires. Nous faisons tellement d’efforts. Nous voulons désespérément que chacun de nos enfants grandisse en se sentant aimé, vu et compris. En tant que Juifs, et en particulier en tant que ‘hassidim, nous voulons qu’ils trouvent de la joie et un lien profond avec le mode de vie que nous incarnons. Et soyons honnêtes : nous avons terriblement peur d’échouer.
Nous écoutons des conférences et des podcasts, assistons à des ateliers, lisons des livres et essayons toutes sortes de méthodes. Les parents d’aujourd’hui essaient vraiment très fort. Pourtant, dans cette quête frénétique de la parentalité parfaite, peut-être sommes-nous en train de perdre ce qui compte le plus : la confiance.
Les Sages (‘Hazal) nous enseignent qu’il y a plusieurs signes qui caractérisent l’époque des Ikvéta deMechi’ha, les « talons du Machia’h (son arrivée imminente). L’un d’eux indique que « le visage de la génération sera comme le visage d’un chien » (Michna Sotah 9 : 15).
Le Rabbi Précédent, Rabbi Yossef Yits’hak, cite le Rav Israël Salanter, qui explique cet enseignement ainsi : « Un chien, par nature,
court devant son maître, tout en se retournant sans cesse pour voir où celui-ci va ; quelle que soit la direction, le chien y arrive le premier. L’expression pné hador (“le visage de la génération”) désigne souvent, en hébreu courant, ceux qui sont censés être les dirigeants de la génération. Mais de nos jours, à la veille de la Guéoula (la délivrance finale), ces dirigeants supposés ne font que regarder autour d’eux pour voir où leurs fidèles aimeraient aller… et ils y courent les premiers. » (Igrot Kodech du Rabbi Rayatz, volume VII, page 59).
Nous voyons malheureusement cette réalité se manifester dans la politique moderne à tous les niveaux : les dirigeants élus adaptent
omniprésente des sondages. Mais ce qui est peut-être le plus préoccupant, c’est que nous voyons cela se jouer dans notre manière d’élever nos enfants. Au lieu de diriger avec confiance, il est devenu instinctif pour les parents de se « retourner » symboliquement et de mesurer la réaction de leurs enfants avant de prendre des décisions ou de donner des consignes.
Cela touche les aspects les plus banals de la parentalité, comme la préparation des repas : « Est-ce que je fais des schnitzels pour le dîner ? Mais ma fille a une phobie de la viande ; elle refusera d’en manger parce qu’elle préfère manger lacté plus tard ! » Mais aussi des décisions éducatives importantes : « Dois-je acheter un téléphone à ma jeune ado ? Je ne
pense pas que ce soit bon pour elle, mais elle sera très contrariée si je dis non.
Dois-je préciser qu’un certain style vestimentaire n’est pas raffiné ? J’ai peur que cela abîme notre relation si je parle trop de tsniout (règles de tenues vestimentaires appropriées). »
Devons-nous attendre de nos enfants qu’ils aident à la maison, qu’ils règlent leurs conflits eux-mêmes, qu’ils soient respectueux envers leurs enseignants, qu’ils fassent leur travail scolaire de manière autonome, qu’ils se tiennent correctement à table le Chabbat pendant que papa dit un dvar Torah ? Eh bien… il faut voir ce qu’ils en pensent. Ou bien… le faut-il vraiment ?
AVEC CLARTÉ ET CONFIANCE
On entend beaucoup parler aujourd’hui de l’importance vitale de montrer à nos enfants un amour et une acceptation inconditionnels. Nous faisons des choses incroyables pour que chaque enfant se sente vu et compris.
Nous les encourageons à partager leurs émotions et nous essayons de les valider. Nous leur offrons des choix et cherchons à collaborer, en respectant leur autonomie. Tout cela est merveilleux et nécessaire.
En même temps, nous devons nous rappeler qu’en tant que parents, nous sommes les leaders de nos foyers. Nous avons été bénis et chargés de la responsabilité sacrée de guider les enfants d’Hachem vers la réalisation de leur plein potentiel, d’enseigner, de diriger et d’inspirer.
Comme l’écrit le Rabbi à propos de la mitsva de Hakhel, qui a lieu à Souccot : « Il est du devoir particulier de quiconque est un “roi”, un dirigeant dans son cercle - le leader spirituel de sa communauté, l’enseignant dans sa classe, le père dans sa famille - d’élever la voix de la Torah et des mitsvot avec force et sincérité, afin qu’elle produise une impression
profonde et une influence durable sur ceux qui l’écoutent… » (Mi’htav Klali, Tichri 5726)
Il est tentant de réduire des questions complexes et sensibles à des choix binaires : soit nous aimons et comprenons nos enfants, soit nous les contrôlons. Soit nous suivons l’ancien modèle autoritaire et punitif, soit nous devons réinventer la famille et considérer les enfants comme nos égaux. Mais la vérité brille dans la nuance ; elle vit dans l’équilibre. Le contrôle n’est pas le ‘hinou’h, et le ‘hinou’h n’est pas le contrôle. Ce dont nos enfants ont besoin, c’est d’un véritable leadership qui combine amour et sensibilité, avec clarté et confiance.
D’abord, nous avons besoin de confiance dans notre rôle de parents. Sommes-nous parfaits ? Savons-nous tout ? Absolument pas. Mais Hachem est parfait. Lui sait tout. Et Il nous a choisis pour être les parents de ces enfantsSes enfants ! Nous sommes partenaires avec Lui dans cette mission sacrée : nous faisons de notre mieux, et Lui bénit nos efforts.
Nous avons aussi besoin de clarté quant
aux valeurs que nous voulons transmettre. Il ne s’agit pas de la force avec laquelle nous les affirmons ni de la sévérité avec laquelle nous les imposons, mais de savoir ce que nous défendons et pourquoi. Laisserions-nous notre enfant de trois ans traverser la rue tout seul ? Et s’il supplie un milliard et demi de fois ? Et s’il fait une crise monumentale sur le trottoir ? Et s’il nous dit que tous ses amis traversent seuls ? Non. Désolée, mon enfant.
C’est souvent là que nous trébuchons. Qu’est-ce qui ne va vraiment pas avec… (remplissez ici les sujets les plus controversés à la maison) ? Est-ce physiquement ou émotionnellement dangereux ou malsain ? Nocif pour son développement cognitif ou social ? Problématique selon la hala’ha, « pas approprié » pour un ‘hassid, ou
contraire aux directives du Rabbi ?
Si nous nous retrouvons bloquées, à penser : « Je ne sais pas vraiment, mais tout le monde le fait », ou « Ça ne me semble pas juste, mais je ne sais pas pourquoi », nos enfants sentiront notre ambivalence. C’est comme les règles sociales à l’école : les enfants populaires sont ceux qui projettent de la confiance. L’insécurité n’est… pas très attirante. De la même façon, la confiance dans nos valeurs inspire la confiance et le respect chez nos enfants.
Prenons le temps, avec notre conjoint, de clairement affirmer quelles sont nos valeurs prioritaires. Si nous n’en sommes pas sûrs, faisons des recherches. Trouvons les sources, consultons un Rav ou un machpia. Faisons à nos enfants le don de notre propre clarté d’esprit, de nos certitudes.
LES ENFANTS DE LA GUÉOULA
Enfin, il est impératif que nous ayons confiance en nos enfants.
Ils sont tout à fait capables d’accomplir les devoirs assignés par leurs enseignants sans recourir à l’intelligence artificielle. Ils peuvent résoudre eux-mêmes leurs conflits fraternels, sans que nous ayons à jouer le rôle de juges. Ils sont également en mesure d’aborder respectueusement leurs difficultés directement avec leurs professeurs, ce qui évite une distance et une méfiance inutiles engendrées par une surprotection. Ils peuvent supporter de ne pas consommer de produits lactés après le souper. De plus, ils sont aptes à accepter et adopter un standard moral supérieur à celui pratiqué par « tous les autres » - et non, ils ne perdront pas tous leurs amis. Un de mes enfants m’a un jour confié sincèrement, au sujet d’une discussion longue et émotionnelle où j’avais
tenu fermement ma position : « Je ne voulais pas vraiment que tu sois d’accord ; je savais que ce n’était pas juste. »
Nos enfants désirent profondément agir correctement ; il nous revient donc de leur offrir un modèle exemplaire, de croire en eux et de leur fournir une inspiration authentique. Cette
Nos enfants désirent profondément agir correctement ; il nous revient donc de leur offrir un modèle exemplaire, de croire en eux et de leur fournir une inspiration authentique. Cette responsabilité est d’autant plus cruciale en ces temps décisifs où se déploie la génération de la Guéoula.
responsabilité est d’autant plus cruciale en ces temps décisifs où se déploie la génération de la Guéoula.
Le Rabbi explique différemment la prophétie des ‘Hazal mentionnée précédemment, offrant une source d’inspiration particulièrement pertinente pour l’éducation :
« Le visage de la génération sera semblable au visage du chien »
Cette citation peut être interprétée comme une allusion à l’appétit insatiable du chien. À l’approche imminente du Machia’h, toute la génération éprouvera une faim ardente pour la Parole de D.ieu, comme il est écrit : « Voici venir des jours », dit Hachem, « où Je ferai venir une famine dans le pays - non pas une famine de pain ni une soif d’eau, mais bien une famine pour entendre les paroles d’Hachem ».
Chaque individu sera alors aussi affamé qu’un chien selon le verset : « Les chiens... ne sont jamais rassasiés ». Rien ne suffira jamais : ils réclameront toujours davantage. (Likouté Si’hot, volume IX, page 105)
Rabbi souligne que cela inclut même les jeunes enfants qui sont non seulement capables d’appréhender cette vérité complète mais chez lesquels brille encore plus intensément la lumière révélatrice divine liée à la Guéoula. Il
Nos enfants peuvent manifester plaintes, caprices ou disputes ; cependant, sous ces comportements se cache un appel pressant à l’autorité parentale. Leur âme aspire à l’authenticité absolue : la vérité entière, pure et sans compromis. Bien qu’ils puissent éprouver des difficultés à atteindre cette perfection - comme c’est le cas pour chacunils aspirent ardemment à connaître ce qui est juste véritablement ; non seulement ce qui est tolérable ou acceptable superficiellement mais ce qui convient idéalement aux descendants du Rabbi, enfants promis à la Guéoula.
Lors de Sim’hat Torah, les Juifs de tous âges et niveaux d’érudition dansent autour du Sefer Torah fermé - symbole essentiel du lien suprarationnel entre chaque Juif et la Torah divine. Le
incombe donc aux éducateurs et aux parents de cultiver cette lumière.
« Nous devons éduquer les enfants juifs afin qu’ils soient entièrement imprégnés du concept du Machia’h. Ainsi dès qu’on regardera un enfant juif on y verra le Machia’h lui-même ! En réalité toute son existence témoigne déjà du Machia’h - expression directe ‘Atah haréta’ - Tu as été montré... qu’il n’y a personne en dehors de Lui. » (Si’ha de Sim’hat Torah 5752)
Devrait-on alors ajouter ceci à notre liste : ne contrôlez pas vos enfants mais dirigez-les avec assurance ?
En réalité, barrons toute la liste. En ayant confiance dans notre rôle sacré de guider nos familles - avec l’aide de D.ieu et les enseignements éclairés du Rabbi - nous établirons clairement notre vision pour notre propre foyer et orienterons nos enfants vers la Guéoula.
CHANIE WOLF réside avec son époux Rabbi Yitzchok Wolf ainsi que leurs enfants à Crown Heights. Enseignante et directrice adjointe du séminaire Beth Rivkah, elle manifeste un engagement profond envers la Guéoula, le ‘Hassidisme ainsi que leur pertinence dans la vie des femmes et des jeunes-filles.
Crédit : N’shei Chabad Newsletter
Le véritable attachement d’un couple
d’après Y. Y. Jacobson
Lorsqu’un jeune couple se marie, et espérons-le très vite à beaucoup plus, il est tout à fait naturel que chacun ait des attentes, des espoirs, des projets dont certains ne sont pas toujours très réalistes et parfois conçoivent de la déception lorsqu’ils ne les réalisent pas.
Il n’est pas rare qu’un époux et son épouse aient un différend. La sagesse populaire y voit la preuve que le couple fonctionne bien.
Cependant, il est généralement admis que pour toute chose, y compris une dispute, il existe un
lieu et un moment appropriés.
Nous le savons bien, la Torah, au-delà de son aspect narratif est avant tout une source d’enseignements profonds.
Les derniers instants
Yaakov et Ra’hel partageaient un attachement profond. Yaakov avait travaillé laborieusement pendant sept ans pour le père de Ra’hel, Lavan, afin d’obtenir la main de celle-ci en mariage. Après avoir été trompé et avoir reçu Léa comme
épouse au lieu de Ra’hel, il accepta à contrecœur d’accorder à Lavan sept années supplémentaires de travail afin d’épouser Ra’hel. La Torah atteste que Yaakov aimait davantage Ra’hel que Léa. [Beréchit 29 :30]
Pendant plusieurs années, Ra’hel demeura stérile. Lorsqu’enfin elle enfanta un fils, elle le nomma Yossef en s’écriant : « Que D.ieu m’ajoute encore un fils ». [Ibid. 30 :24]
Son vœu fut exaucé puisqu’elle conçut un autre enfant. Toutefois, au moment de la naissance survint la tragédie. La Torah relate : [Beréchit chap. 35]
Ils voyagèrent depuis Béthel ; il restait peu de chemin avant d’atteindre Éphrath ; alors Ra’hel accoucha mais éprouva des difficultés lors de l’enfantement. Au moment où son travail était le plus intense, la sage-femme lui dit : ‘N’aie pas peur car c’est encore un garçon pour toi.’ Mais au moment de rendre l’âme. - en mourant -elle le nomma Ben-Oni ; cependant son père l’appela Benyamin. »
Ra’hel mourut et fut inhumée sur la route menant à Éphrath - aujourd’hui Bethléem.
Pourquoi donc, alors que Ra’hel se trouvait dans cet état critique, Yaakov discuta-t-il au sujet du prénom à attribuer au nouveau-né ? Était-ce là le lieu ou le moment adéquat pour débattre d’une telle question ? N’aurait-il pas été plus approprié, en de telles circonstances, que Yaakov prononce des paroles réconfortantes ?
De surcroît, jamais on n’a observé pareille querelle concernant les autres enfants. Chacun des douze fils de Yaakov ainsi que sa fille furent nommés par leurs mères sans qu’il ne change jamais aucun prénom. Ici pourtant, alors que Ra’hel est mourante, Yaakov intervient pour modifier le prénom donné au nourrisson.
La Perspective de Rachi
Au fil des générations, de nombreux commentateurs ont proposé diverses interprétations. Rachi explique que le nom Ben Oni, signifiant « fils de ma douleur », donné
par Ra’hel, fait référence à la peine endurée lors de cette naissance difficile ; tandis que Ben Yamin, choisi par Yaakov et signifiant « fils du sud », souligne que Benyamin fut le seul enfant né en Terre d’Israël - située au sud par rapport à la région d’où venait Yaakov (Aram Naharaïm, ‘Haran), positionnée au nord entre l’Irak et Canaan. Par le choix de ce nom, Yaakov cherchait à souligner la particularité de cet enfant, le seul né sur cette terre sainte.
Rachi ajoute une autre interprétation possible selon laquelle Ben Yamin désignerait un enfant né après plusieurs années et jours prolongés (« le fils des jours ») - symbolisant sa naissance tardive alors que Yaakov vieillissait.
Mais pourquoi ce débat ?
Attardons-nous sur trois interprétations (parmi nombre d’autres).
Le
Silence
Rappelons-nous l’épisode du départ précipité de Yaakov de chez Lavan : avant leur fuite, Ra’hel avait dérobé les terafim (idoles) paternels, son but étant de le détourner de son culte idolâtre. [Beréchit 31 : 19] Lorsqu’il apprit leur disparition, Lavan poursuivit Yaakov en l’accusant du vol des dieux familiaux. Furieux, Yaakov répondit :
Quiconque trouvera tes dieux ne vivra pas ! Devant nos parents indique-moi ce qui t’appartient et prends-le - ignorant naturellement que c’était Ra’hel qui les avait pris [Ibid. 31 : 32].
Rachi cite un Midrach expliquant que cette malédiction causa la mort prématurée de Ra’hel lors de son accouchement. D’où l’insistance dans le texte sacré sur l’ignorance de Yaakov quant au vol des idoles par sa femmesuggérant qu’il n’aurait jamais formulé une telle malédiction s’il avait su.
Plus tard donc, alors que Ra’hel s’approche de ses derniers instants, et malgré leur attachement, vient l’heure d’adieux silencieux entre eux deux.
Ce silence interpelle fortement : la mort de
Ra’hel est relatée en cinq versets composés seulement de cinquante-huit mots environ ; presque aucune parole directe ne transparaît excepté celle rassurante de la sage-femme. Un grand silence enveloppe ce passage narratif qui omet toute description indirecte ou directe des réactions émotionnelles ressenties par Yaakov face à la perte imminente de son épouse bienaimée.
Seul apparaît un échange : la controverse sur un prénom...
Quelle signification revêt-elle donc ?
Chacun pense à l’autre
Imaginez les sentiments éprouvés par Yaakov lorsqu’il prit conscience qu’il avait maudit sa propre épouse sans savoir qu’elle était responsable du vol paternel ? Quel époux ne serait pas submergé par pareil tourment ? Et surtout Yaakov si attaché à Ra’hel, assistant impuissant à la venue au monde tragique du dernier-né.
Quelle image avait-il désormais de lui-même ?
Et quelle pensée habitait Ra’hel ?
Ils durent traverser ensemble une tempête émotionnelle intense dans leurs regards croisés, conscients du poids réel venant confirmer cette malédiction fatale prononcée jadis... Imaginez alors la culpabilité immense envahissant Yaakov conscient d’avoir condamné prématurément celle qu’il chérissait par une seule malédiction ! Quel drame !
Ra’hel scruta ses yeux puis nomma l’enfant Ben
Oni - soit littéralement « fils de ma tromperie », exprimant implicitement : cette faute est mienne seule. C’est moi qui ai trompé mon père, pas toi.
À cela Yaakov rétorqua immédiatement par Ben Yamin - signifiant « fils du serment », (Yamin désignant traditionnellement la main droite utilisée lors d’un serment). Il signifiait ainsi : la condition critique engendrée par cette naissance résulte exclusivement du serment prêté à Lavan selon lequel celui qui aurait
dérobé ses idoles ne vivrait point... C’est mon engagement solennel qui a conduit cette issue tragique.
Au terme ultime où ils se quittèrent, chacun veillait respectivement à libérer l’autre d’un fardeau psychologique : Ra’hel empêchait ainsi son mari de vivre avec culpabilité tandis que celui-ci évitait qu’elle s’auto-incrimine quant aux causes directes menant à sa mort.
Aucun débordement émotionnel explicite ne transparaît dans ce récit car plus profondément encore qu’une expression spontanée liée à leur douleur personnelle respective - la Torah met en lumière ces dernières paroles échangées, visant chacune à apaiser l’autre.
En ces instants cruciaux tous deux pensaient prioritairement au bien-être de leur conjoint plutôt qu’à eux-mêmes.
Le destin d’un enfant
Cette dispute autour des noms peut aussi être comprise comme dernier échange, portant non plus sur eux-mêmes mais sur ce nouveau-né promis à devenir orphelin à sa naissance.
Ra’hel avait des craintes pour l’avenir imminent et incertains de cet enfant privé de mère ... Assis auprès d’elle, Yaakov perçut ainsi ses inquiétudes exprimées explicitement : « Je crains beaucoup pour mon fils grandissant sans mère capable veiller sur lui ; je prie afin qu’après mon départ vers les demeures célestes il ne me cause aucune douleur » (Ben-Oni signifiant littéralement « fils affligé »).
Yaakov souhaitant consoler sa femme mourante promit solennellement d’exercer une vigilance accrue envers cet héritier fragile, l’assurant également qu’il deviendrait un véritable Ben Yamin, c’est-à-dire « bon fils », incarnant droiture spirituelle susceptible d’apporter la joie durable (na’hat) à sa mère, même après qu’elle aurait quitté ce monde.
De la douleur à la force
Enfin une troisième lecture éclairante nous vient du XIIe siècle par la voix du Ramban (Na’hmanide), selon lequel Oni possède un double sens : “ma douleur” mais aussi “ma vigueur”. Ainsi si initialement Ra’hel nomme son bébé “fils de mon chagrin”, son époux choisit ensuite consciemment une relecture positive identifiée comme source nouvelle puissance vitale.
Comme le Ramban l’écrit lui-même : «Il me semble donc que sa mère l’appela ‘Ben-Oni’, signifiant ‘Fils de mon chagrin’... cependant son père transforma ‘Oni’ en ‘force’, comme cela est exprimé dans le verset ‘Ma force et commencement vigoureux (oni)’.» [Beréchit 49 :3 ]
Par conséquent il donna finalement Benyamin - soit ‘Fils de la force’, puisque le côté droit (‘yamin’) est le siège de la vigueur... Il voulait appeler par le nom donné par sa mère, tout comme les noms donnés précédemment aux autres enfants étaient issus uniquement des choix maternels, mais il traduisit positivement celui-ci en symbole bénéfique porteur de vertu
et d’énergie.»
Pour le Ramban, Yaakov accepta le nom donné par Ra’hel mais y apporta une légère modification qui capture la connotation positive de oni.
Par cette démarche Yaakov s’adressait autant à lui-même qu’à son épouse et au nouveau-né. Mais il transmettait également un message à ses descendants futurs, message qui constitue l’un des fondements du Judaïsme : le même terme hébreu désignant la « douleur » peut aussi caractériser la « force et la vigueur ». Comment est-ce possible ? Toute souffrance doit nécessairement engendrer une nouvelle prise de conscience, une sagesse accrue et un amour profond authentique.
Yaakov assura ainsi que son fils ne perçoive jamais sa naissance comme le fruit exclusif de la souffrance ni victime d’une destinée fataliste. Au lieu de cela, il allait transformer une épreuve douloureuse en une renaissance intérieure puissante, propulsant un futur accomplissement personnel, optimiste et ambitieux.
Portraits de Nos Rebbetsen (1)
La Rebbetsen Rivkah
Par Rav Yossi Paltiel
LA COURONNE DE LA FAMILLE ROYALE
La Rebbetsen Rivkah Schneerson naquit à Loubavitch en 1833. Sa mère, Sarah, était la plus jeune fille du Rabbi Dov Ber, fils de Rabbi Chnéor Zalman (l’Admour Hazaken). Son père était Reb Aharon Alexandrov. Quand elle était enfant, sa famille s’installa à Sklov où vivait la famille de son père.
Malheureusement Reb Aharon mourut quelques mois plus tard et ses parents insistèrent pour que leur belle-fille demeure à Sklov, lui promettant
de subvenir avec largesse à ses besoins ainsi qu’à ceux de ses deux filles. Cependant, Sarah décida de rentrer à Loubavitch. Sept ans plus tard, elle se maria avec Reb Aharon de Kremenchuk, petit-fils de l’Admour Hazaken. Ils s’installèrent à Kremenchuk.
Le destin frappa encore et Sarah mourut deux ans plus tard. Sa fille Rivkah eut le cœur brisé et rechercha alors une protection auprès de sa grande sœur Guittel.
Les deux orphelines retournèrent alors à Sklov, y demeurèrent quelques mois avec la famille de leur père puis s’installèrent à Loubavitch auprès de leur grand-mère, la Rebbetsen Sheina, épouse de Rabbi Dov Ber. Elle les prit sous sa protection et les éleva comme ses propres enfants. A cette époque, le futur Rabbi Chmouël (quatrième Rabbi de Loubavitch, appelé le Rabbi Maharach), âgé de quatorze ans, épousa sa nièce, la fille de son frère Reb ‘Haïm Chnéor Zalman. Mais cette jeune femme tomba malade après les chéva bra’hot (sept bénédictions récitées après le mariage) et mourut trois mois plus tard. Le futur Rabbi Maharach, encore adolescent, fut dévasté par la douleur.
Un an passa et le Rabbi Maharach, désormais un vieil homme de quinze ans, recevait de nombreuses demandes en mariage.
La Rebbetsen Sheina s’adressa alors à son époux, Rabbi Mena’hem Mendel, le Tséma’h Tsédèk :
- Je veux que tu penses à l’une des filles de Sarah pour Chmouël.
- On m’a offert une dot de 28000 roubles pour le chidou’h (rencontre organisée en vue d’un mariage potentiel). Qu’as-tu à offrir ? répondit-il.
- L’argent, je n’en ai pas mais je peux donner à ton fils l’énergie spirituelle que j’ai reçue pendant trente ans de Échèt ‘Haver Ke’haver, l’épouse d’un ‘haver, dans ce cas un Rabbi, est comme un ‘haver !
Et ce fut conclu.
Le Tséma’h Tsédèk reçut les deux jeunes filles, Rivkah et Guittel. La situation était fort délicate car les deux sœurs étaient proches et entraient à présent, en quelque sorte, en compétition.
Le Rabbi demanda à Rivkah de s’approcher mais, très intimidée, elle se tourna vers sa grande sœur Guittel.
- Vas-y, vas-y ! lui dit Guittel en la poussant en avant.
Rivkah s’avança, comprenant que Guittel lui donnait ainsi sa bénédiction pour le chidou’h.
Il est à noter que le Tséma’h Tseédèk promit de trouver un bon chidou’h pour Guittel et il tint sa promesse.
Le mariage fut célébré en 1850. Le jour de la cérémonie, le Tséma’h Tsédèk dit à son fils :
« Va auprès de ta grand-mère et demande-lui la bra’ha qu’elle a promise à propos des trente années de Échèt ‘Haver Ke’haver
Le Rabbi Maharach se rendit dans la cuisine pleine d’animation. Sa grand-mère, la Rebbetsen Sheina, matriarche de la famille, se tenait au centre de la pièce, revêtue d’un tablier, et distribuait des ordres autour d’elle. Elle se tourna vers son jeune petit-fils et lui demanda :
- Que fais-tu ici ?
Il répondit :
- Der Tatté (le père) m’a envoyé ici pour que je demande une bra’ha.
Elle désigna le chaos qui l’entourait et demanda :
-Maintenant ? Je te donnerai ta bra’ha sous la ‘houpah.
Le Tséma’h Tsédèk insista :
- Je veux que tu reçoives la bra’ha, maintenant.
Le Rabbi Maharach retourna donc dans la cuisine chez sa grand-mère à qui il dit :
- Der Tatté veut que cela se passe maintenant !
Il ne quitta pas l’endroit jusqu’à ce qu’elle acquiesce. La Rebbetsen Sheina ôta son tablier, lava ses saintes mains et lui donna une bénédiction dans laquelle elle précisa : « Les trente années de Échèt ‘Haver Ke’haver , je te donne. »
Bien des années plus tard, la Rebbetsen Rivkah dit à son petit-fils, le Rabbi précédent, « Mes très jeunes années furent merveilleuses. Je m’en souviens avec délice. Il y avait toujours suffisamment à manger. Et puis, encore enfants, nous nous sommes retrouvées orphelines et avons souffert la pire des solitudes. Je me suis mariée et ce fut comme si je naissais à nouveau ! »
LE COUPLE ROYAL
Le Rabbi Maharach et la Rebbetsen Rivkah eurent six enfants. Dans leur foyer, personne n’élevait jamais la voix. (Essayez d’imaginer comment cela peut être possible dans une maison où vivent six jeunes enfants et vous aurez une image du type de personnes qu’ils étaient). Honneur et raffinement régnaient dans la maison, à l’instar du respect que le Rabbi et son épouse se témoignaient mutuellement. Les enfants suivaient leur exemple.
“ Le Rabbi Maharach était mon mari et mon professeur” disait la Rebbetsen Rivkah. De fait, il lui apprit à s’occuper des enfants, du foyer et de leur budget. (Je suppose que cela tient au fait qu’elle n’avait pu l’apprendre d’une maison brisée par la mort des deux parents).
Chaque fois que le Rabbi pénétrait dans la pièce où elle se trouvait, elle se levait. Le Rabbi, avait beau lui répéter de ne pas le faire, la Rebbetsen se levait toujours et même lorsque, plus tard, elle fut affaiblie par la maladie, elle continua à montrer ce signe de respect.
Un soir, La Rebbetsen Rivkah entra dans le bureau du Rabbi Maharach afin de lui parler. Elle portait une longue robe évasée qui se coinça dans la porte lorsqu’elle sortit. Ne voulant pas déranger son mari en ouvrant la porte encore une fois, elle s’assit par terre et passa la nuit ainsi.
Le Rabbi Maharach, quant à lui, montrait également beaucoup de respect et de confiance dans son jugement et sa sagesse. C’est ainsi qu’il lui confiait de grandes sommes d’argent à distribuer aux nécessiteux, comme elle le jugeait nécessaire.
Il se confiait également à elle à propos de sujets sensibles, touchant la communauté.
Chaque fois qu’il se rendait sur le tombeau de son père, il lui demandait si elle avait des questions à transmettre et lorsqu’il rentrait du Ohel, il répondait à ses questions en disant :
-” Mon père a dit ainsi…”
Chaque fois que le Rabbi voyageait à l’extérieur de Loubavitch, il rapportait de beaux bijoux de valeur à son épouse mais elle ne les portait jamais. Elle les mettait en gage et donnait l’argent à la Tsédakah. Quand la fois suivante, le Rabbi Maharach lui donnait de nouveaux bijoux, elle allait récupérer les anciens chez le prêteur sur gages, redonnait les nouveaux et le cycle continuait ainsi.
Il semble évident que quelque chose de mystique que nous ne pouvons comprendre pleinement se passait.
Très tôt après son mariage, la Rebbetsen Rivkah tomba très malade. Les médecins lui demandèrent de prendre un repas complet dès son réveil, mais elle ne les écouta pas. Profondément religieuse, elle ne voulait pas manger avant sa prière. Elle se levait donc une heure ou deux avant le petit-déjeuner afin de prier.
Quand son beau-père, le Tséma’h Tsédèk entendit cela, il lui dit :
« Ta prière m’est très précieuse. Cependant il est préférable de manger pour prier que de prier pour manger. Si tu manges avant de prier, je dirais deux chapitres de Tehilim pour toi chaque jour et je te bénirai aussi pour une longue vie. »
Rebbetsen Rivkah suivit son conseil et guérit complètement, surprenant les médecins qui admirent finalement que seule la bénédiction du Rabbi avait rendu cela possible.
LE LEADERSHIP DE LA REBBETSEN RIVKAH
La veille de Roch Hachana 1882, le Rabbi Maharach s’adressa ainsi à son épouse avec laquelle il était uni depuis trente ans :
Je vais avoir trente-deux montées en haut et toi, tu auras trente-deux montées en bas.
La Rebbetsen Rivkah comprit immédiatement qu’il faisait allusion à sa propre fin et se mit à pleurer.
- Comment peux-tu dire cela ? Tu as de jeunes enfants !
- C’est ainsi que cela doit être, répondit son époux.
Le Rabbi quitta ce monde deux semaines plus tard, le 13 Tichri.
Beaucoup de ‘Hassidim pensent que ces trentedeux montées font référence aux trente-deux maamarim du Rabbi Maharach parus dans un livre qui fut publié plus tard. Les trente-deux montées “en bas”, elles, correspondent aux trente-deux années que vécut la Rebbetsen après le départ de son précieux époux.
Après le départ de ce monde du Rabbi Maharach, la Rebbetsen Rivkah ne nomma plus jamais son mari par son prénom. Quand elle parlait aux membres de la famille, elle se référait à lui comme au Rabbi Maharach et disait “ ton père” ou “ton grand-père”.
Le départ de ce monde du Rabbi Maharach créa un vide. Son fils, le Rabbi Rachab devint à son tour Rabbi, avec le soutien entier de sa mère mais cela ne fut réellement officiel qu’au bout de nombreuses années.
Beaucoup de ‘Hassidim quittèrent Loubavitch. Durant ces temps difficiles, la Rebbetsen Rivkah joua un rôle crucial pour la survie de Loubavitch.
Elle distribuait le leka’h (gâteau au miel). Elle donnait des bénédictions ou des conseils. Elle était connue pour visiter les familles pauvres, les aidant à préparer leurs évènements joyeux ( sma’hot ).
Chaque Chabbat, elle attendait que le Rabbi Rachab ait fini de prier- souvent après seize heures- pour écouter le kiddouch. Lorsqu’il apprit cela, le Rabbi se leva tôt et pria à six heures pour terminer avec le minyan. Sa mère, entendant qu’il avait changé son emploi du temps pour elle, pleura. Le Rabbi reprit alors ses anciens horaires.
Quand le Rabbi Rachab décida d’ouvrir la yéchiva Tom’hé Tmimim, il consulta sa mère qui fut très enthousiaste.
- Mais Mammé ! Que vont-ils manger ? demandat-il.
- Ils mangeront ce que nous mangeons, lui répondit-elle.
La Rebbetsen Rivkah considérait les étudiants de la yéchiva comme sa famille, leur témoignait un intérêt maternel et s’enquerrait souvent de leur bien-être.
La Rebbetsen Rivkah occupait une position privilégiée pour voir se dérouler l’histoire de ‘Habad. Sa grand-mère, la Rebbetsen Sheina, lui avait raconté tout ce qu’elle avait vu en présence de Rabbi Chnéor Zalman, son beaupère et de Rabbi Dov Ber, son époux. Elle avait également partagé avec elle les histoires du Magguid et du Baal Chem Tov.
La Rebbetsen Rivkah assista personnellement à la nessiout (prise de direction) du Tséma’h Tsédèk et du Rabbi Maharach.
Elle devint donc “la conteuse d’histoires” de Loubavitch. Les ‘hassidim se précipitaient pour l’entendre raconter les anecdotes précieuses des Rebbeim.
Son petit-fils, le Rabbi précédent relatait que son père l’encourageait à rendre très souvent visite à sa grand-mère pour écouter ses récits. Pendant près de trente ans, il lui rendit visite quasi quotidiennement. (Quand il était à Loubavitch.)
SA RELATION AVEC LE RABBI PRÉCÉDENT
(RABBI YOSSEF YITS’HAK)
La Rebbetsen Rivkah était très proche de son petit-fils, Rabbi Yossef Yits’hak. En effet lorsqu’il était enfant, son père, le Rabbi Rachab, fut souvent très malade. Dans son journal, il écrira : “de l’âge de neuf ans jusqu’à onze ans, je n’ai pas eu de père.” En effet, en raison de sa santé, le Rabbi Rachab voyageait fréquemment avec sa femme, la Rebbetsen Sterna Sara. Ils laissaient alors leur jeune fils à sa grand-mère qui devint très impliquée dans son éducation.
Un jour, à l’âge de sept ans, le Rabbi précédent se rendit à la synagogue où il vit son père dire le Kriat Chema en pleurant. Inquiet, il se précipita chez lui et demanda à sa mère :
- Pourquoi papa pleure-t-il ?”
Sa mère lui conseilla alors de questionner son oncle, Zalman Aharon. Celui-ci dit en plaisantant :
- Ton père n’a pas appris à lire comme il faut et maintenant il fait des erreurs en priant, ça le fait pleurer.
Cette réponse causa beaucoup de peine au petit garçon qui lui aussi, se mit à pleurer. Puis il rentra et répéta à sa mère les propos de son oncle.
- Va chez ta grand-mère et demande-lui pourquoi ton père pleure à la choule. Finalement, il posa la question à sa grand-mère, la Rebbetsen Rivkah.
- Pourquoi papa pleure-t-il quand il prie ?
- Ton père n’est pas comme les autres pères. Ton père est un Tsaddik, lorsqu’il prie, il est réellement en contact avec D.ieu, et c’est pourquoi il pleure.
LE GARTEL TISSÉ A LA MAIN
Chaque Rabbi a reçu, avant sa bar mitsvah, un gartel (ceinture en tissu) de son prédécesseur.
Si un Rabbi avait d’autres frères, ceux-ci ne recevaient pas de gartel. Ainsi Rabbi Chnéor Zalman donna un gartel à Rabbi Dov Ber. Plus tard, le Tséma’h Tsédèk en reçut un puis le Rabbi Maharach et le Rabbi Rachab. Quand Rabbi Yossef Yits’hak avait environ onze ans, la Rebbetsen Rivkah acheta de la soie, tissa un gartel puis le donna au futur Rabbi.
- Je te remets ce gartel comme ton grand-père a donné un gartel à ton père, lui dit-elle.
- Quelle est la signification du gartel ? demanda l’enfant.
- Pour cela, demande à ton père.” fut la réponse.
Il s’empara du gartel, se rendit dans le bureau de son père mais n’eut pas le courage de poser la question. Le jour suivant, il prit son courage à deux mains et tapa à la porte. Le Rabbi Rachab ouvrit la porte joyeusement et dit :
- Reb Yacha, que se passe-t-il ?” (Selon son humeur, le Rabbi utilisait différents surnoms pour son fils.)
Le Rabbi précédent lui montra le gartel et le visage de son père se transforma. Il embrassa son fils sur le front puis le fit entrer. Mais ce qu’ils se dirent alors ne figure nulle part.
HISTALKOUT
Lors de l’hiver 1913 la Rebbetsen Rivkah tomba malade. Son état s’améliora légèrement puis s’aggrava à nouveau. Peu de temps avant son départ de ce monde, elle mentionna à un ‘Hassid qu’elle possédait des vêtements uniques qui avaient servi à essuyer les Rebbéim depuis l’Admour Hazaken jusqu’à son mari. Depuis des années, elle les cherchait et les avait retrouvés récemment.
Le 10 Chevat, un vendredi, la Rebbetsen Rivkah demanda à son petit-fils un siddour. Elle pria puis à la fin du chmoné esré réclama un verre d’eau. Le Rabbi précédent le lui apporta. Elle récita la bra’ha et but. Son petit-fils reprit le siddour et partit le ranger dans la pièce d’à côté mais lorsqu’il revint, la nechama de sa grandmère l’avait quittée.
Son fils et sa belle-fille se trouvaient alors en France, à Menton. Le Rabbi précédent se chargea de toutes les démarches pour l’enterrement qui eut lieu un vendredi aprèsmidi dans le froid glacial de l’hiver russe mais
Rabbi Yossef Yits’hak avait insisté pour qu’elle soit inhumée avant Chabbat.
Le lieu où l’enterrer posait problème. En effet, d’après la loi, les deux épouses d’un même homme ne peuvent être enterrées dans la même section d’un cimetière. La tombe de la première épouse du Rabbi Maharach se trouvait dans la section des femmes du cimetière de Loubavitch.
Rabbi Yossef Yits’hak prit donc la décision de l’enterrer dans la section des hommes, aux côtés de son époux, le Rabbi Rachab.
Il eut également la tâche d’annoncer la nouvelle à son père et la manière dont il s’en acquitta est source d’un précieux enseignement.
Il envoya trois télégrammes en France. Le premier disait que la Rebbetsen n’allait pas bien, qu’il serait bon de rentrer. Une heure ou deux plus tard, le deuxième télégramme annonçait
“ Grand-mère ne va pas bien du tout. Tu dois rentrer d’urgence.” Enfin, le troisième message disait : “ Il n’y a plus besoin de se presser pour revenir.”
Après la levaya, le Rabbi précédent était si abattu qu’il marchait difficilement. Quelques ba’hourim le soutenaient et l’entendirent murmurer “ La couronne de notre famille est tombée.” Puis d’une voix plus forte “ Ah ! un invité au Gan Eden pour Chabbat !”
Après Chabbat, le jeune Yossef Its’hak prit le train pour se rendre à Menton auprès de ses parents. Les premiers mots du Rabbi Rachab furent :
- Où l’as-tu enterrée ?
Le Rabbi précédent lui fit part de sa décision et son père l’approuva.
- Bien, si tu ne l’avais pas fait, je l’aurais déplacée.
Enfin, le jeune homme décrivit à ses parents les détails du départ de ce monde de la Rebbetsen Rivkah. Quand il se tut, la Rebbetsen Chterna Sarah, sa mère, s’écria :
- Ah ! Alevay by mir (Plaise à D.ieu qu’il en soit de même pour moi !)
C’est exactement ce qui se produisit. Lorsque la Rebbetsen Chterna Sarah mourut en 1942 à New York, son fils n’était pas présent.
Avant de prier, elle s’exclama :
« Aujourd’hui c’est Chabbat Chira et nous devons prier différemment. »
Elle rendit l’âme au milieu de Nichmat.
Que la mémoire de la sainte Rebbetsen Rivkah soit une bénédiction.
QUELQUES MOTS ...
SUSAN HANDELMAN
Au cours de l’été 1977, je travaillais sur mon doctorat de littérature à la section de l’Université de New York, établie à Buffalo.
Je décidai alors de prendre un semestre sabbatique et d’aller habiter à Crown Heights, au centre international Loubavitch, pour y étudier. J’étais en quête spirituelle et les rabbins ‘Habad de Buffalo avaient commencé à me connecter au Judaïsme. Je voulais essayer de vivre en immersion totale afin d’évaluer la vérité.
Ma mère fut très affectée et préoccupée par mon projet. Elle m’avertit que je risquais d’être avalée par une communauté rétrograde qui ne donnait de place aux femmes que dans la cuisine ! Je devrais abandonner tout projet de carrière universitaire.
Elle était la plus jeune d’une famille de huit
enfants dont les parents, Shmuel et Freida Kazin, des Juifs sincèrement pieux, avaient quitté, au début du vingtième siècle, une petite ville proche de Kovno en Lituanie, pour émigrer à Chicago. Elle me raconta qu’au cours de son enterrement à Chicago, à la fin des années 30, son père avait été loué comme l’un des derniers véritables talmidé ‘ha’hamim [érudits en Torah].
Hélas, conclut-elle, il n’avait pu transmettre cet héritage à ses enfants américanisés, à une époque d’assimilation et de crise économique. »
Je vivais depuis deux mois à Crown Heights quand ma mère s’aventura courageusement à Brooklyn pour voir ce qu’il était advenu de sa fille. Je sentis son malaise à la vue d’une masse de chapeaux noirs, de ‘hassidim à la longue
barbe et de femmes portant la perruque. Mais ma mère était une dame pleine de retenue, polie et agréable. Elle commença à prendre plaisir à rencontrer mes amies et les familles Loubavitch qui nous reçurent pour les repas du Chabbat. Ils ne cadraient pas du tout avec les stéréotypes qu’elle redoutait.
Le vendredi soir, nous nous rendîmes à la grande synagogue centrale de ‘Habad : le 770.
Le Rabbi apparut, marchant depuis son bureau jusqu’à sa place proche de l’Arche Sainte. Elle se tourna vers moi et s’exclama : « Quel homme admirable et digne ! »
Le dimanche après-midi, avant son départ pour Chicago, je lui proposai :
« Allons nous tenir dans la petite alcôve à côté
de la porte du 770. Le Rabbi sort de son bureau et passe par là, chaque jour, pour aller prier Min’ha avec les élèves de la yechivah. Les gens qui partent en voyage viennent là pour recevoir ses bénédictions. »
Elle accepta.
Environ une douzaine de personnes étaient réunies dans le petit espace. Je la plaçais devant moi pour qu’elle puisse mieux voir.
Le Rabbi sortit, passant à côté de notre petit groupe.
A la fin de l’office, il revint vers son bureau. Je le vis tourner la tête vers notre groupe et murmurer doucement quelque chose que je ne compris pas, continuer son chemin et rentrer dans son bureau.
Ma mère se retourna vers moi et je vis des larmes ruisseler sur son visage.
« Que se passe-t-il ? demandai-je assez inquiète.
Ma mère qui nous avait élevés seule, mon frère et moi, après la mort de mon père en 1959, n’était pas une personne qui pleurait facilement et certainement pas en public !
Mais en cet instant les larmes coulaient en flots sur son visage rougi.
« Tout va bien ? » m’inquiétai-je à nouveau.
- Oui
- Pourquoi pleures-tu ?
- Je ne sais pas… il s’est tourné vers moi et a dit « Fohrt gezunterheit » Ce sont exactement les mêmes mots que mon père avait l’habitude de me dire quand je partais en voyage. Cela signifie : « Voyage en bonne santé », en yiddich . »
Elle essuya ses larmes avec un mouchoir. Il était temps de se rendre à l’aéroport.
Bien plus tard, alors que nous évoquions ce moment, elle me dit :
« Je ne sais pas pourquoi j’ai pleuré. Il a touché quelque chose de profond dans mon âme. ! »
Après sa visite, elle a décidé qu’elle voulait observer la cacherout et le Chabbat, comme chez ses parents. Et c’est ce qu’elle fit.
Ma mère était venue à Brooklyn, terrifiée à l’idée que je gâchais ma vie. Mais le souvenir d’une simple phrase en yiddich que lui disait son père quand elle partait en voyage, prononcée à voix basse par un homme dont le visage et l’être représentait le monde de Torah de son père, l’avait reconnectée à son père, à la Torah et à l’essence de son âme.
Susan Handelman est Professeure Émérite de littérature anglaise à l’université de Bar Ilan, Tel Aviv et auteure de nombreux ouvrages et articles.
Crédits : Lubavitch International
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