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La Maison Juive N ° 20

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Sommaire

La lettre du Rabbi 08 La Si’ha commentée Y.Y. Jacobson

13 Le docteur Feuerstein et les lettres du Rabbi L.Y. Shmotkin 18 Louise Hager et la Rebbetsen Louise Hager 27 Le baal techouvah et le Rabbi Maharach Frieda Sossonkin 32 Faire semblant de rire aux blagues Rav Paltiel 38 Vie quotidienne H. Zejlinwarger 50 Le top des tisanes santé O. Attuil

By Terry Interview de Nadine Cohen 57 Entre amies ‘Hanna Kornfeld Education : 60 Les 4 fils et les 4 grandes questions sur le Judaïsme Y.Y. Jacobson

70 La poupée Simmy More

72 Madame Levyne M. Uzan

La Maison Juive est une publication éditée par “La Régie Lamartine” : 102 Av. des Champs-Elysées 75008 Paris  Directeur de la publication : Y. Benhamou  Graphisme : Nissim Elkabas - contact@eitsa.fr  Crédit photos : Adobe Stock, Shutterstock Publicités : Tél. : 01 42 80 04 05  Email : blgala@yahoo.fr  Impression : Ducanal Group 12, rue des Immeubles Industriels - Paris 11ème La Maison Juive est un supplément à la Sidra de la Semaine - ISSN 1762 - 5440  Tiré en 2000 exemplaires © Tous droits réservés. Tous les articles et les photos présents dans ce magazine sont protégés par les lois en vigueur sur la propriété intellectuelle et ne peuvent être utilisés sous quelque forme que ce soit, sans autorisation écrite de La Maison Juive.

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BETH LOUBAVITCH

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Couverture : Peinture de A. Kleinmann : Heder

Peinture de A. Kleinmann : Yossef Avner Duran, a’h.

Editorial

Comme l’a souligné le Baal Chem Tov, chacun de nos pas est dirigé vers une destination voulue par D.ieu.

Ce jour de vacances, mon mari me demanda de l’accompagner remettre un magazine, dans lequel il lui avait consacré un article, à un peintre : Alain Kleinmann.

Nous pénétrâmes dans un atelier, situé dans un quartier central et populaire de Paris et je fus immédiatement saisie par la beauté de ce lieu : grand, blanc et en même temps extrêmement chaleureux.

Mon propos n’est pas ici de faire un article sur la peinture d’Alain Kleinmann mais de vous parler de Monsieur Kleinmann, l’homme. Il est peintre sculpteur, auteur, dramaturge, etc., bref célèbre, et dans le monde entier. Il se définit comme un passeur de la transmission et ses peintures portent une forte empreinte de la mémoire.

Et pourtant, ce monsieur, qui nous accueillit avec une grande kippa sur la tête, nous témoigna une attention particulière, nous accorda un long moment d’échange (c’est vrai qu’on eut du mal à quitter ce lieu si spécial).

Monsieur Kleimann (il a plaisanté sur son nom qui signifie « petit homme ») est en

fait un grand homme. Aussi célèbre soit-il, interrogé sur son don, il se récrie : « Non, je travaille beaucoup, vous savez ! ». Il reste très discret sur sa notoriété.

Et surtout… il remercie profusément mon mari pour lui avoir consacré un article.

Je ne comprends pas : « Mais Monsieur Kleinmann, tellement de revues spécialisées ont analysé votre œuvre, des livres ont été écrits sur vous, pourquoi tant remercier ? »

« Ah mais un article dans un magazine juif religieux, ce n’est pas la même chose, c’est un honneur pour moi ! »

Bref comme l’a dit son épouse qui a fait une courte apparition et nous a salués, Monsieur Kleinmann est un mentsch !!! (Intraduisible, mais terme très élogieux).

Si j’ai choisi d’en parler dans cet éditorial, ce n’est pas parce qu’il m’a gentiment proposé des illustrations pour la Maison Juive, ce n’est pas parce qu’il nous a montré un accueil extraordinaire mais parce que Monsieur Kleinmann m’a donné une leçon de modestie, d’humilité. Monsieur Kleinmann dont les œuvres témoignent de son attachement à ses sources fait également preuve d’une valeur essentielle à laquelle le Rabbi accorde une importance primordiale.

La modestie est bien plus qu’une simple qualité personnelle ; elle constitue le fondement de la vie juive authentique. C’est une vertu qui permet d’intégrer la grandeur spirituelle dans la vie quotidienne, de se rapprocher de D.ieu, et d’apporter la paix et l’harmonie dans les relations humaines.

L’humilité n’est pas seulement une question de gestes ou d’apparence, mais d’une approche profonde et sincère du monde, de soi-même et de la mission divine de chacun de nous, qu’on soit un grand peintre célèbre ou une chlou’hah, une maîtresse d’école ou une maîtresse de maison.

C’est peut-être le terme qu’on emploie le plus souvent, lorsque l’on tente d’évoquer la Rebbetsen ‘Haya Mouchka dont nous célébrons le Yahrzeit le 22 Chevat.

Le témoignage bouleversant de Madame Hager en livrera une vibrante évocation.

(Au moment du bouclage de la Maison Juive, je montre à ma petite fille ‘Haya, ayant fait le détour par Paris (Israël-Miami), pour 24 heures, juste pour nous embrasser, je lui montre donc la peinture choisie comme couverture de ce numéro. Elle regarde et me dit : « Mais je connais ce peintre ! » Elle revient d’Israël où elle s’est rendue avec Gabriel, son mari, pour la hazkara du cousin de Gabriel, Yossef Avner Duran a’h, tombé, il y a un an, à Gaza. « Chez eux, me dit ‘Haya, il y a une grande peinture offerte par ce peintre. » Et Gabriel de confirmer : « Depuis un an, Monsieur Kleinmann se rend chez les familles en deuil et leur propose de leur offrir un tableau, minutieusement pensé et travaillé, en souvenir de leur disparu… »

Et nous parlions d’un mentsch !!!!)

K. Coen

La Lettre du Rabbi

Traduction libre

Par la Grâce de Dieu Le 18 Adar II 5725 Brooklyn, N.Y.

Monsieur Hackensack, N.J.

Je vous salue et vous bénis,

J’accuse réception de votre lettre. Je m’engage à vous inclure dans mes prières, comme vous l’avez demandé, à propos des sujets que vous avez évoqués. Puisse D.ieu accorder que ces questions se résolvent de manière véritablement bénéfique pour vous. Pour un Juif, cela n’est possible que lorsque tout est en harmonie avec son âme divine, assurant ainsi une harmonie complète, dans laquelle l’âme « animale » se soumet à l’âme divine, conformément au dessein ultime du Créateur. En revanche, il est impossible que l’âme divine cède à l’âme animale, car cela irait à l’encontre du plan du Créateur, Qui a ordonné à l’être humain de dominer sa nature et non d’en devenir l’esclave.

Je suis convaincu que vous avez passé une fête de Pourim agréable et inspirante. Puisse la joie et l’inspiration de Pourim

se prolonger dans toutes vos activités quotidiennes tout au long de l’année. Que cela se fasse dans l’esprit de Pourim, comme il est écrit dans la Meguilah : «Pour les Juifs, il y eut Lumière, Joie, Allégresse et Honneur. » Cela doit être compris tant dans le sens littéral de ces mots que dans l’interprétation de nos Sages : « Lumière - ceci est la Torah… Honneur - ceci sont les Téfilines. » Cela souligne encore une fois que pour le Juif, le matériel et le spirituel vont de pair.

Avec ma bénédiction,

P.S. Concernant votre question sur le problème de la middah [valeur] d’humilité, trait que chaque Juif est tenu de cultiver pour atteindre le degré le plus élevé possible d’humilité, vous soulevez une difficulté importante : comment une personne peutelle parvenir à une véritable humilité tout en s’efforçant consciemment de l’acquérir ? Si elle prend conscience de l’avoir atteinte, cette prise de conscience semble en contradiction avec la véritable humilité.

Vous connaissez sans doute la fameuse question soulevée dans le dernier passage du traité Sotah dans la Guemara, où Rav

Yossef déclare : « Ne dites pas que l’humilité a disparu, car je suis ici ! » Une difficulté similaire, quoique légèrement différente, apparaît dans les paroles de la Torah affirmant que Moché était « plus humble que tout homme sur la face de la terre ». Comment est-il possible que Moché Rabbénou, qui a conduit les Enfants d’Israël hors d’Égypte, reçu la Torah au Mont Sinaï, construit le Michkan et dirigé l’ensemble du Peuple Juif, ait pu se considérer comme plus humble que n’importe quel homme sur terre ?

La réponse se trouve longuement développée dans les enseignements de l’Admour Hazaken. En résumé, voici l’idée essentielle : Moché Rabbénou ressentait en effet une humilité profonde, car il était convaincu que toute autre personne, dotée des dons et des pouvoirs que D.ieu lui avait accordés - tels qu’une âme d’une si grande élévation et une éducation exemplaireaurait pu accomplir bien davantage que lui. Moché était capable de fournir de nombreux arguments soutenant cette perception.

Cette même explication éclaire votre question. Être humble ne signifie pas nier ses qualités ou ses accomplissements. L’humilité doit, de manière évidente, aller de pair avec l’honnêteté, et plus une personne est honnête, plus un haut degré d’humilité est attendu d’elle. La véritable humilité consiste à reconnaître que tout ce que l’on a accompli ou possède n’est pas exclusivement dû à ses propres efforts, mais qu’il s’agit d’un don divin auquel on a contribué de manière limitée. Une autre personne, dans des conditions identiques, pourrait accomplir encore davantage.

Je suis certain que vous êtes actif dans la diffusion de la Yiddishkeit [pratique du Judaïsme] dans votre environnement. Vous avez sans doute saisi l’opportunité de promouvoir la mitsvah de Michloa’h Manot et de dons aux nécessiteux récemment observée, des commandements à la fois simples et pourtant trop souvent négligés. J’espère également que vous saurez pleinement tirer parti de la fête de Pessa’h à venir.

La du Rabbi

Rapportée par Rav Y.Y. Jacobson

La dernière leçon de Yaakov

La dernière leçon

Il existe une tradition midrachique1 fascinante selon laquelle le dernier enseignement que Yaakov transmit à son fils Yossef, peu avant son enlèvement et sa vente en esclavage, portait sur une loi relative à un meurtre non résolu, mentionné dans la portion hebdomadaire de Choftim. Ce récit est bien connu. À l’âge de dixsept ans, Yossef fut envoyé par son père pour s’enquérir du bien-être de ses frères qui gardaient le troupeau familial près de Ch’hem. À son arrivée, ses frères l’enlevèrent et le jetèrent dans une fosse ; ils finirent par le vendre comme esclave à des marchands ismaélites.

Par la suite, Yossef travailla pour un

dignitaire égyptien avant d’endurer douze années d’incarcération et de finalement accéder au poste de vice-roi d’Égypte.2

Vingt-deux ans après avoir été séparé de son fils, la Torah rapporte 3que Yaakov reçut des nouvelles indiquant que Yossef était vivant, mais il ne pouvait croire à cette nouvelle bouleversante. Le Midrach raconte que Yossef, anticipant une telle réaction, donna aux messagers un signe destiné à prouver à son père l’authenticité du message : « Dites à mon père, que lorsque je l’ai quitté, il y a vingt-deux ans, nous venions tout juste d’étudier les lois relatives au veau utilisé comme expiation pour un meurtre non résolu.»

Ainsi, le Midrach éclaire-t-il la signification du verset biblique qui déclare :

1. Midrach Rabbah : Vayigach 94 : 3 ; Tan’houma : Vayigach section 11; Rachi sur Beréchit 45 : 27.

2. Beréchit 37 : 12, 41 : 45.

3. Beréchit 45 : 26-27.

«Ils racontèrent [à Yaakov] : ‘Yossef est encore vivant et il est gouverneur sur toute l’Égypte’ ; mais son cœur rejeta cela car il ne pouvait pas les croire. Cependant, lorsqu’ils lui rapportèrent [à Yaakov] toutes les paroles que Yossef leur avait dites et qu’il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour l’amener [d’Israël en Égypte], alors l’esprit de Yaakov fut ravivé.»

Le terme hébreu utilisé pour désigner les chariots («agalot») peut également se traduire par veaux. « Lorsque Yaakov «vit» les veaux envoyés par Yossef », c’est-à-dire lorsqu’il comprit que ce dirigeant égyptien connaissait le contenu de la dernière leçon de Torah qu’il avait enseignée à Yossef, il prit conscience que cet homme était effectivement son fils disparu.

Un meurtre non résolu

Quelle est donc la nature exacte de cette loi que Yaakov enseigna à Yossef ? Elle est se présente ainsi :

«Lorsque vous découvrirez un cadavre gisant dans les champs sur la terre que D.ieu vous donne en héritage,» enseigne la Torah,4 «et qu’on ignore qui est l’assassin, vos anciens et vos juges doivent sortir mesurer la distance jusqu’à la ville voisine,» où l’on présume que la victime se trouvait avant son meurtre. Le Talmud explique qu’une délégation constituée de cinq membres du Grand Sanhédrin se rendait sur les lieux afin d’effectuer les mesures vers cette ville

4. Devarim 21 : 1-2.

5. Sotah 44b. Cité par Rachi dans Devarim ibid.

avoisinante. 5

Par la suite, les anciens de cette ville proche du cadavre étaient tenus d’apporter une génisse, en tant qu’expiation pour le sang versé. Les anciens déclaraient alors : «Nos mains n’ont pas répandu ce sang et nos yeux ne sont pas témoins.»6

Les prêtres accompagnant les anciens durant ce rituel imploraient D.ieu avec ces mots : «Pardonne à ton peuple... ne permets pas au sang innocent de souiller Ta nation Israël.» 7

La Torah conclut en affirmant : «Ainsi sera expié ce sang. Vous serez purifiés du péché associé au sang innocent parmi vous, car vous aurez agi selon ce qui est moralement juste aux yeux de Dieu.»8

Cependant, la question demeure intrigante : s’agissait-il simplement d’une coïncidence que le dernier conseil sage donné à Yossef par son saint père, avant leurs vingt-deux années de séparation, ait porté sur la réponse juive face au meurtre d’un homme innocent ? Ou y avait-il une signification plus profonde derrière cet ultime échange entre père et fils ?9

Une crise nationale

Pour répondre à cette question, il est impératif d’examiner le but complexe du rituel qui suivait la découverte d’une victime assassinée dans un champ --où des membres de la Cour suprême étaient convoqués pour

6. La vache rousse était décapitée. Une tradition midrachique divergente affirme que la vache était simplement frappée sur l’arrière du cou pour qu’elle fuie et trouve la maison du meurtrier (Midrach Agadah ; Be’haya).

7. Devarim 21 : 3-8.

8. Ibid. versets 8-9

9. Un autre point à considérer : d’après le Midrach, il semble que l’esprit de Yaakov ait été revitalisé principalement en raison de l’information qu’il a reçue selon laquelle Yossef se souvenait si clairement de leur dernière leçon. Cependant, cela paraît discutable : la nouvelle que Yossef était en vie n’était-elle pas suffisante pour restaurer la vie et la joie de Yaakov ? (Voir Likouté Si’hot vol. 30 p. 222).

effectuer des mesures ; les anciens étaient contraints d’offrir une génisse en tant qu’expiation tandis que les prêtres imploraient le pardon.

Les commentateurs bibliques soulignent que ces rituels présentent plusieurs avantages significatifs :10

1) Ces rituels avaient pour fonction de rendre l’événement public. Une telle visibilité augmentait les chances d’appréhender l’assassin afin de rendre justice. De plus, cela servait à avertir de potentiels criminels futurs qu’un meurtre isolé ne resterait pas impuni.

2) La Torah stipule que chaque membre de la ville voisine, et par extension, chaque membre de la nation est indirectement considéré comme responsable du meurtre. Comme énoncé lors du rituel, “Pardonne ton peuple ; ne laisse pas culpabilité liée au sang innocent demeurer parmi Israël”.

land » ? Pourquoi personne ne se souciait-il de son sort ?

A cet égard l’ensemble de la communauté d’Israël, en commençant par les membres de la Cour suprême, devait se poser ces questions difficiles. Ils étaient contraints de prendre des résolutions pour l’avenir. Le rituel servit d’instrument pour la repentance et l’expiation.

Les exclus

“Est-il concevable que les anciens de la cour soient considérés comme des assassins ?” interroge le Talmud ?11 Ce qu’ils sous-entendaient, c’était qu’ils disaient : “peut-être nous n’avons pas remarqué son départ et nous, l’avons-nous laissé s’en aller sans nourriture ni escorte. » Il est manifeste que si nous avions veillé sur cet homme, il aurait pu échapper à ce sort horrible. Que faisait-il donc isolé dans un « no man’s

Chaque Mitsvah de la Torah, renferme, non seulement une interprétation littérale, mais également une dimension psychologique et spirituelle. 12

Quelle est la signipsychologique du “cadavre

La Torah décrit le grand lutteur Ésaü (jumeau de Yaakov) comme “un homme du champ”.13 Dans les enseignements de la Kabbale,14 un champ - en opposition à la ville - représente souvent un environnement dépourvu de clôtures protectrices, un espace ouvert et exposé aux forces destructrices telles que l’immoralité, l’abus et la dépendance.

Chaque communauté engendre un certain nombre d’individus, qu’on dit avoir “décroché”, qui à un moment donné de leur vie, et particulièrement durant

10. Voir Rambam, Guide des Égarés 3 : 40, cité dans Ramban et Be’haya dans Devarim 21 : 1. Cf. Séfer Ha’hinou’h Mitsvah 530 et Abarbenel sur la Parachah. Voir également Kessef Michnah : Hil’hot Rotsa’h 10:6. Be’haya dans Devarim 21:1. Ramban ibid. Cf. Likouté Si’hot vol. 24 pp. 126-8 et en note de bas de page n° 59 ainsi que les références qui y sont mentionnées.

11. Sotah 45b. Cité par rachi ibid. 21 : 7.

12. Voir Rambam : fin de Hil’hot Teroumah.

13. Beréchit 25 :27.

14. Or Hatorah sur Beréchit ibid. (p. 142b); Likouté Torah Reeh p. 32b; références notées dans Likouté Si’hot, vol.30, p. 223, note 17.

l’adolescence, abandonnent la « ville » protégée et s’aventurent dans un « champ » non sécurisé pour expérimenter tout ce qu’il offre. Parmi eux, nombreux sont ceux qui perdent leur âme au cours de cette exploration et finissent par sombrer dans l’abîme, subissant une mort morale dans les champs de la dépendance, du désespoir et de l’indifférence éthique.

La Torah enseigne que chacune de ces âmes, se retrouvant dans le “champ” et confrontée à une forme de mort émotionnelle - mort de l’innocence, de l’espoir, de la dignité, du sens - constitue la préoccupation et la responsabilité de chaque membre de la nation d’Israël, y compris des géants spirituels de la Cour Suprême à Jérusalem !

Lorsque l’un de nos semblables erre dans les champs effrayants du désespoir, chaque membre de la communauté, et tout particulièrement les enseignants et les leaders spirituels, doivent remuer les cieux. Chacun d’entre nous doit se poser la question suivante : “N’avons-nous pas omis de remarquer son départ, le laissant sans nourriture ni soutien ? Cet adolescent avaitil besoin d’un interlocuteur pour partager ses frustrations et ses incertitudes, mais n’a-t-il trouvé personne pour l’écouter ? Ce jeune garçon ou cette jeune fille recherchaient-ils désespérément de l’amour, de l’encouragement ou de l’inspiration, sans succès ?

Chacun doit se poser la question suivante : “Ne sommes-nous pas, dans une certaine mesure, responsables de la dégradation mentale et psychologique de ce jeune ?”

Les directeurs d’établissement, les éducateurs ainsi que les leaders communautaires évoquent fréquemment les statistiques. “Les statistiques montrent,

nous informent-ils, qu’un certain pourcentage d’élèves du secondaire finissent...”Lorsque l’avenir d’un enfant en particulier est mis doute, notre réponse est souvent toute prête : “Que pouvions-nous attendre ? Il fait partie des statistiques.”

Il est temps que nous tous, parents et responsables de toutes les communautés, ouvrions les yeux devant les luttes de tant de nos jeunes âmes précieuses. Soyons attentifs à leurs besoins au lieu de ressentir de la frustration parce qu’ils ne se conduisent pas selon les attentes illusoires que nous projetons sur eux. Ne fermons pas les yeux ni le cœur devant les réalités des troubles mentaux, des addictions, de la dépression, ainsi que des répercussions de la violence et des abus sous toutes leurs formes. Prenons conscience de l’ensemble des souffrances endurées par ces jeunes. Et surtout, ne les considérons pas comme des parias, des échecs ou des déceptions. Croyons en eux afin qu’ils puissent croire en eux-mêmes. Percevons-les comme des manifestations du divin, comme des particules de sainteté, comme des éclats d’infini. Œuvrons pour qu’ils se sentent accueillis, étreints et aimés.

C’est là le message essentiel derrière la mitsvah qui transforme le meurtre d’un sans-abri trouvé dans un champ isolé en un événement national. La Torah cherche à nous enseigner que si l’enfer ne se déchaîne pas suite à la mort indue d’un individu, nous sommes bien engagés sur la voie de la décomposition morale absolue ; nous avons renoncé au pilier fondamental de l’humanité : considérer chaque vie comme un reflet du divin.

Tu comptes !

Par-dessus tout, ce rituel empreint de gravité, entourant un être humain abattu dans le champ, transmet un message aux enfants ou aux adultes qui se retrouvent dans le «champ» de la confusion et de la dépression. Ce message affirme qu’aux yeux de D.ieu, chaque vie individuelle et chaque destin possèdent une valeur et une signification infinies. En cas de mort, D.ieu attend que chacun ressente la douleur et s’engage dans un cheminement introspectif. Votre parcours, vos luttes, votre avenir revêtent une importance capitale pour D.ieu, pour le monde et pour l’histoire ellemême. Sachez que chaque acte compte, que chaque mot détient un pouvoir infini. Façonnez chaque jour de votre vie comme s’il s’agissait d’une œuvre d’art.

Nous allons maintenant comprendre pourquoi il était essentiel que Yaakov enseigne cette leçon à Yossef, quelques

heures avant qu’il ne soit confronté à une nouvelle réalité infernale. Car c’est ce message qui préserva un Yossef vulnérable du danger de sombrer dans l’abîme, après avoir été brutalement arraché à une «ville» protégée et sacrée pour être jeté dans le «champ» le plus dépravé sur terre. La dernière leçon que Yossef entendit de son père lui insuffla la conviction inébranlable que sa vie, en chacun de ses instants, était éternellement significative ; que ses choix avaient une portée divine. Vingt-deux ans plus tard, lorsque Yaakov apprit que Yossef n’avait pas oublié cette ultime leçon, l’âme d’un père fut ravivée. Yaakov comprit qu’en dépit de toutes les souffrances et de tous les abus subis par Yossef, son fils avait su préserver cette étincelle intérieure conférant à chacune de nos vies une noblesse et une signification infinies15.

Cet essai est basé sur une si’ha du Rabbi (Likouté Si’hot vol. 24, pp.126-131 . Voir également Likouté Si’hot vol.30, pp. 222-224) et commenté par le Rav Y.Y. Jacobson.

15. Yaakov n’était manifestement pas conscient de la véritable portée de cette leçon. Il agissait de manière subconsciente en tant qu’agent de la Providence Divine (Voir Likouté Si’hot, ibid., note 24)

Le Docteur Feuerstein et les lettres du Rabbi

Cet article est extrait du remarquable ouvrage récemment publié, intitulé Letters for Life : Guidance for Emotionnal Wellness from the Lubavitcher Rebbe [Lettres pour la Vie : Guide pour le bien-être émotionnel du Rabbi de Loubavitch] (©chabad.org) par Levi Y. Shmotkin. Cet ouvrage explore quarante années de conseils privés du Rabbi, afin d’en tirer des enseignements pertinents pour notre propre santé mentale et émotionnelle. L’extrait qui suit véhicule le puissant message du Rabbi mettant en exergue de ne pas rester ancré dans le passé car chacun d’entre nous détient la capacité intérieure innée de recommencer.

Le courage de changer

Né dans une famille juive en Roumanie, le Docteur Reuven Feuerstein a échappé de justesse aux Nazis, tout juste âgé d’une vingtaine d’années, et s’est finalement

installé en Palestine Mandataire. Il y a observé les enfants immigrants dont bon nombre étaient survivants de la Shoah ou réfugiés des pays d’Afrique du Nord. Ces enfants rencontraient des difficultés dans leur cursus scolaire et il a pris conscience que ces obstacles trouvaient leurs racines dans des problématiques bien plus profondes que les simples barrières linguistiques et culturelles.

Il en est arrivé à la conclusion que ces enfants, ayant évolué dans des contextes chaotiques, avaient omis des étapes cruciales du développement cognitif ; néanmoins, il a soutenu que ces déficiences pouvaient être corrigées par le biais d’un soutien psychologique approprié.

Ses observations l’ont poussé à remettre en question la croyance dominante de son époque selon laquelle l’intelligence d’une personne est innée et immuable. Au cours

de ses études dans les années 1950 en Suisse, sous la tutelle de pédagogues tels que Carl Jung, Karl Jaspers et Jean Piaget, il a commencé à élaborer une méthode - aujourd’hui désignée sous le nom de Méthode Feuerstein - destinée à développer les capacités cognitives chez les enfants considérés comme intellectuellement déficients, voire désespérés. Alors que ses théories prenaient forme, Feuerstein déclara : «J’ai commencé à recevoir des recommandations du Rabbi. Partout où j’allais, partout où je me rendais pour travailler dans mon domaine, des personnes venaient vers moi en disant : ‘Le Rabbi souhaite que vous rencontriez notre enfant.’

provient, je dois le dire, de mes interactions avec le Rabbi. »

« En tant que psychologue, je n’aurais jamais cru qu’un tel retournement était envisageable. Dans des cas similaires, nous levons généralement les mains au ciel et abandonnons tout espoir. Cependant, le Rabbi n’a jamais renoncé. »

Il m’est arrivé de recevoir moi-même une lettre ou un message du Rabbi concernant un cas particulier.»

L’observation des types d’enfants que le Rabbi jugeait aptes à connaître un développement considérable a élargi les perspectives de Feuerstein et lui a insufflé du courage. « Ma conviction selon laquelle même les individus présentant des troubles génétiques ou chromosomiques peuvent évoluer vers un fonctionnement normal m’a été, en grande partie, inspirée par le Rabbi. À cette époque, cela était très audacieux.

Les gens doutaient de la possibilité de cette évolution. Ils me questionnaient : ‘D’où vous vient le courage que cet enfant sera capable de parler, de lire et d’achever ses études ?’ Une part importante de cette conviction

Un cas de référence que Feuerstein se remémore avec une grande clarté est celui qui a constitué le plus grand défi de sa carrière de cinquante ans. «Ce garçon avait été faussement diagnostiqué, dans son pays d’origine, comme mentalement déficient et avait été placé dans une école destinée aux enfants ‘déficients’. Dans cet environnement, il a côtoyé des adolescents en difficulté et a commencé à imiter leur comportement. Par conséquent, il est devenu un véritable problème, et personne ne croyait qu’il pourrait un jour fonctionner comme un être humain normal et indépendant. À un moment donné, son père s’est rendu chez le Rabbi, qui lui a conseillé de m’amener son fils, ce qu’il fit. Grâce à Dieu, tout se passa très bien, et nous avons eu l’impression d’avoir réussi.»

Cependant, après son départ de chez nous, il est retourné auprès de ses anciens camarades et a renoué avec des comportements imprudents. Il s’est immergé dans un environnement d’où peu de personnes parviennent à revenir. Ces individus étaient engagés dans des activités liées à la drogue, au crime et à la promiscuité, n’hésitant devant aucune forme de transgression. Lorsque j’appris ce qui s’était produit, je pris contact avec le Rabbi qui me conseilla : « Ne le laissez pas vous échapper. Envoyez quelqu’un pour le retrouver, ramenez-le et poursuivez votre

chemin. » Je doutais qu’une telle tentative de sauvetage puisse porter ses fruits ; néanmoins, en raison de l’instruction du Rabbi, je décidai de m’y conformer. J’envoyai une personne afin d’éloigner ce jeune homme de ces influences néfastes, et nous réussîmes à l’accompagner vers un mode de vie sain et moral. Bien qu’il semblât perdu, il parvint à retrouver son chemin ; aujourd’hui, il est père de quatre enfants. En réfléchissant sur cet épisode des années plus tard, Feuerstein nota : « En tant que psychologue, je n’aurais jamais cru qu’un tel retournement était envisageable. Dans des cas similaires, nous levons généralement les mains au ciel et abandonnons tout espoir. Cependant, le Rabbi n’a jamais renoncé. »

La psychologie présente des limites significatives dans sa capacité à appréhender autrui. Elle est profondément influencée par notre propre compréhension de nous-mêmes. Cependant, la conception que le Rabbi avait de l’individu, ainsi que la justification de son affirmation : « Oui, faites-le », émanent d’une perspective totalement distincte sur la personne : non pas comme un simple reflet de soi, mais plutôt comme un esprit provenant d’une source transcendante.

Le Rabbi a investi une quantité considérable de temps et d’efforts pour tirer les individus d’un désespoir enraciné. Il leur a démontré qu’il existe des raisons d’espérer, car le changement est fondamentalement réalisable.

Plus élevés que les anges

Le prophète Zacharie a reçu une vision prophétique contenant un message ambivalent relatif au potentiel des êtres humains : « Je vous accorderai [la faculté]

de marcher parmi ceux (les anges) qui se tiennent ici. »

Traditionnellement, ce verset est interprété comme une illustration du niveau spirituel que peut atteindre un individu. Les anges symbolisent le degré suprême de perfection, tandis que les êtres humains sont, par nature, intrinsèquement imparfaits. Le niveau spirituel le plus élevé que ce verset puisse attribuer à une personne est la capacité d’atteindre un statut comparable à celui des anges, de marcher parmi eux.

Néanmoins, le Rabbi mettait fréquemment en avant une interprétation différente de ce verset, selon laquelle les êtres humains sont considérés comme bien supérieurs aux anges : «Je vous accorderai [la capacité] de marcher, parmi ceux [qui n’ont que la possibilité de] se tenir debout.»

Les anges, en tant qu’entités statiques, possèdent certes une spiritualité immense, mais ils demeurent immobiles dans le domaine spirituel. Ils ne connaissent ni conflit ni défaillance, rendant ainsi les sauts quantiques totalement inaccessibles pour eux. Leur état est figé. En revanche, les êtres humains affichent une nature entièrement différente. Bien que nous puissions commettre des erreurs, nous disposons d’une capacité unique à nous transformer radicalement - celle d’avancer et d’atteindre des horizons totalement nouveaux.

Pour le Rabbi, cette perspective ne constituait pas seulement une interprétation captivante ; elle représentait un véritable appel à l’action. Il était convaincu de la faculté de chaque individu à transcender son statu quo et à dépasser le présent - à mettre fin à l’immobilisme et de commencer à marcher.

«Bien que votre évaluation puisse être juste,» peut-on lire dans une correspondance du Rabbi, destinée à une jeune femme éprouvant un sentiment de découragement face à son déclin spirituel perçu, «la réponse ne réside pas dans des sentiments de découragement, d’inadéquation ou d’infériorité. Au contraire, cela devrait éveiller en vous la volonté de mobiliser vos ressources intérieures pour surmonter ce déclin et progresser vers un état supérieur à celui que vous avez connu auparavant. Le passé nous enseigne, nous influence et peut même laisser des cicatrices, mais il ne doit en aucun cas définir notre identité.»

Une lettre adressée à une femme ayant récemment perdu son emploi exprime la même approche : « La vie humaine ne suit pas toujours un parcours linéaire. Le fait qu’un individu possède à la fois le potentiel et l’ambition d’améliorer son existence engendre également la possibilité d’une chute. Par conséquent, il ne faudrait pas céder au découragement ni au désespoir, D.ieu nous en préserve, lorsqu’on est confronté à une forme de déclin... Au contraire, cette régression devrait susciter en vous des forces de foi plus profondes, qui se manifestent par le courage et l’équanimité face à des circonstances défavorables, notamment lorsque ces dernières [dans votre cas] ne dureront qu’un très bref laps de temps. »

Cependant, opérer la transition d’une posture résignée vers une démarche déterminée peut souvent sembler difficile, voire impossible. Surmonter notre passé et progresser peut apparaître comme une lutte vaine contre l’inertie de la nature. En abordant ces émotions, le Rabbi rappelait souvent aux individus que loin

Dans le cadre de la santé mentale et émotionnelle, le Rabbi a constamment souligné l’importance - et la priorité –accordées à la médecine préventive.

Il a exprimé des critiques à l’encontre des approches qui se concentrent exclusivement sur le traitement des maladies – c’est-àdire la médecine curative - au lieu d’investir des ressources équivalentes dans le renforcement d’une santé stable ainsi que dans la prévention des maladies et de la souffrance dès leur apparition. Par conséquent, une exploration des conseils du Rabbi concernant le bien-être émotionnel doit commencer non pas par les problèmes, mais par les mentalités et habitudes qui nous permettent d’être résilients dès le départ. Ce sont les concepts fondamentaux abordés dans la première section de «Lettres pour la vie». Les sections suivantes exposent l’approche curative du Rabbi face aux défis émotionnels tels que le mécontentement, l’anxiété, l’autocritique et les sautes d’humeur.

d’être antagoniste, la nature elle-même nous enseigne à transcender le passé et à recommencer.

Nouveaux Commencements

Un des enseignements essentiels du Baal Chem Tov affirme que le monde est divinement recréé à chaque instant. Le monde d’il y a une seconde ne déborde pas naturellement dans le moment présent. Il est continuellement réintroduit dans l’existence de manière répétée.

Le cinquième Rabbi de Loubavitch,

le Rabbi Rachab a illustré cela en prenant l’exemple d’un caillou projeté dans les airs. Ce caillou ne peut poursuivre indéfiniment sa trajectoire ; en effet, un objet en vol défie les lois de la gravité, et nécessite que quelque chose ou quelqu’un le propulse vers l’avant. Lorsque l’énergie qui soutient son mouvement s’épuise, le cailllou retombe. De façon analogue, compte tenu de la profonde nouveauté de l’existence de l’univers - quelque chose à la place du néant - le monde et tout ce qu’il contient doivent être continuellement «poussés» dans la réalité par une infusion constante d’énergie divine. Si cette énergie divine venait à faire défaut, le monde retournerait simplement à son état originel : celui du non-être.

Intégrer cette notion peut nous aider à nous libérer des entraves du passé, l’enseignait le Rabbi. Chaque jour nous offre une opportunité de renouveau et nous recevons une ardoise vierge sur laquelle dessiner notre vie. Nos choix d’hier ne déterminent pas nos choix de demain. Certes, le passé nous instruit, nous impacte et peut même nous marquer durablement, mais il ne nous définit pas.

C’est pourquoi les êtres humains ont été conçus avec un besoin de sommeil. A première vue, le sommeil semble être une perte de temps inutile ; notre productivité serait bien plus accrue sans lui ! Cependant, en l’absence de ces phases de sommeil, la vie se réduirait à une longue chaîne reliant nos versions passées à nos versions présentes dans une continuité ininterrompue. S’endormir et se réveiller nous rappelle cette vérité essentielle : chaque jour est véritablement un nouveau jour où le passé est laissé derrière et endormi. Un nouveau présent - imprégné d’une nouvelle vitalité divine et de nouvelles opportunités

personnelles - se lève.

Ce phénomène trouve également sa résonnance dans le cycle naturel des saisons. L’hiver représente une période de stagnation morose pour les arbres, les légumes et les plantes ; durant plusieurs mois, ils restent dénudés et inactifs. Pourtant, malgré cette longue interruption, le printemps arrive et engendre une métamorphose remarquable : les fruits mûrissent, les fleurs éclosent, les feuilles vertes apparaissent et le parfum du renouveau embaume l’air.

« En appliquant cette idée à la dimension humaine, » souligne une lettre datée de 1951, « il peut exister un état d’hiver - d’apparente improductivité - dans la vie d’un individu. Toutefois, nul ne devrait se considérer, et a fortiori ne devrait être considéré par autrui, comme ayant épuisé son utilité, même si une période prolongée de stérilité s’est écoulée. Avec l’inspiration et le stimulus appropriés, cet état hivernal peut aisément et soudainement se transformer en printemps et en époque d’épanouissement, qui finira par engendrer des fruits bénéfiques pour D.ieu et pour l’humanité. »

Crédits : N’shei Chabad Newsletter, Tichri 5785

Louise Hager et la Rebbetsen

C’est avec beaucoup de gentillesse que Madame Louise Hager nous a autorisées à traduire la conférence qu’elle a tenue à Paris, en 2024 au Beth ‘Haya Mouchka.

précieux de la Rebbetsen a’h.

J’ai du mal à concevoir que trente-six années se sont écoulées depuis son départ. Il me semble qu’hier encore je parlais avec la Rebbetsen… L’écho de sa voix résonne toujours dans mes oreilles.

La première fois où l’on m’a sollicitée pour prendre la parole publiquement au sujet de la Rebbetsen, c’était à New York, il y a trente-trois ans. J’ai demandé un délai pour y réfléchir.

que l’une des raisons du succès de notre amitié reposait sur le fait que la Rebbetsen avait une confiance absolue que je ne chercherai jamais à faire sensation avec les sujets abordés en privé. Cela a conduit au développement d’une amitié très étroite et très intime, plutôt qu’à une relation prudente et formelle.

Au cours des deux premières années qui ont suivi son départ, beaucoup ont évoqué

la grande dignité de la Rebbetsen, son intelligence, son comportement majestueux.

Il ne fait aucun doute qu’elle possédait toutes ces qualités, en abondance. Rien d’étonnant lorsque l’on considère son origine et son éducation (elle était la fille du Rabbi précédent, la petite-fille du Rabbi Rachab).

Cependant, j’avais le sentiment que toute cette « grandeur » la rendait quelque peu insaisissable et en quelque sorte trop intimidante pour que nous puissions nous identifier à elle.

On a très peu parlé de sa chaleur, de son approche très pragmatique et terre à terre ainsi que de son exceptionnel sens de l’humour !

J’ai donc adressé une lettre au Rabbi dans laquelle je lui exposais mon souhait d’éclaircir certaines « zones d’ombre » qui entouraient la Rebbetsen et montrer ce qu’elle représentait réellement pour moi : une personne très humaine et affectueuse.

En quelques heures, j’ai reçu une réponse m’encourageant à le faire. Et lorsque je me suis rendue chez le Rabbi, pour obtenir un dollar, juste avant ma conférence, j’ai demandé une bra’ha afin de pouvoir rendre justice à la Rebbetsen. Le Rabbi a souhaité que je rencontre un grand succès et a ajouté : « chaque fois que vous parlez, le lien entre vous se renforce. »

Ainsi ce soir, je tiens à remercier chacune d’entre vous pour votre participation active qui permet la réalisation de la bra’ha du Rabbi.

d’entendre de la Rebbetsen.

Tout simplement, elle est mon mentor de vie, ma carte fiable et mon compas, m’inspirant et me guidant indéfiniment.

Qu’est-ce donc qui se passe lors d’une chasse au trésor ? On débute avec la certitude que nous devrons mobiliser toutes nos compétences pour résoudre les énigmes minutieusement dissimulées par les organisateurs, tout au long du parcours. Et ce qui est primordial est notre confiance innée et notre foi que ces organisateurs veulent que nous découvrions le trésor et qu’ils ont méticuleusement planifié la chasse. Certaines énigmes sont simples à identifier et à suivre et certaines sont bien cachées, rendant leur signification difficile à déceler.

Dans la vie, Hachem est L’Organisateur Suprême de notre parcours. Mais il ne s’agit pas d’un simple jeu destiné à évaluer notre intellect, nos compétences, notre courage et notre perspective. C’est le moyen de nous aider à grandir, à réaliser notre potentielavec pour ultime récompense, l’objectif de la création : faire du monde une demeure pour Hachem, révéler la Divinité dans ce monde.

Dans la vie, les clés sont la Hachga’hah Pratit ou Providence Divine. Tout ce que nous avons vu, entendu, entendu encore ou vécu possède une raison d’être. Cette raison peut ne pas être immédiatement discernable ou facile à comprendre mais quand nous la comprenons…Wow ! J’appelle cela mes « pépites d’or » !

La vie est une chasse au trésor :

C’est ainsi que j’en suis venue à considérer la vie, puisant quotidiennement dans tout ce que j’ai eu le privilège de voir et

Les souvenirs, les expériences et les enseignements que je m’apprête à partager avec vous sont très clairs et précieux ; j’espère sincèrement que « ces mots qui viennent de mon cœur pénétreront dans votre cœur ! »

Quelles furent donc les origines de cette amitié avec la Rebbetsen ?

Cela remonte à l’année 1964 lorsque mon père z’l tomba gravement malade. Les médecins lui proposèrent alors une intervention chirurgicale innovante mais controversée, ici à Paris. Grâce à leur relation avec Loubavitch, à Londres, mes parents décidèrent de solliciter le Rabbi et entreprirent le voyage pour obtenir une ye’hidout (une audience privée). A ce jour, le contenu exact des paroles adressées par le Rabbi à mon père demeure inconnu de tous, mais grâce aux bra’hot (bénédictions) et encouragements reçus lors de cette ye’hidout, c’est sans aucune intervention chirurgicale que mon père connut une guérison véritablement miraculeuse.

Rempli d’une profonde gratitude, mon père retourna, six mois plus tard, pour exprimer ses remerciements au Rabbi, en personne. Cette démarche parvint à la connaissance de la Rebbetsen qui envoya un message indiquant que « s’ils peuvent trouver du temps » elle aimerait beaucoup rencontrer mes parents, lors de leur prochaine visite à New York.

Ignorant la nature extrêmement discrète de la Rebbetsen, mes parents n’étaient pas conscients du caractère exceptionnel d’une telle invitation.

Un an plus tard, lorsqu’ils lui rendirent visite, la Rebbetsen leur expliqua avoir été « curieuse » de faire leur connaissance, étant très touchée par le fait qu’un individu ait pris l’initiative d’effectuer une seconde visite uniquement pour exprimer sa gratitude envers le Rabbi.

Elle ajouta : « Des milliers de personnes écrivent à mon mari (quand elle me parlait du Rabbi, elle employait toujours ces

termes) mais il est rare d’entendre de bonnes nouvelles. »

Cela peut s’expliquer par le fait que souvent, en période troublée où nous recevons de l’aide, une fois la crise surmontée, notre désir est généralement d’oublier cet épisode désagréable. Cela inclut fréquemment les personnes qui nous ont apporté leur soutien. Les souvenirs peuvent être très douloureux et de ce fait on tend également à oublier le Hakarat Hatov, c’est-à-dire l’expression de sa reconnaissance.

C’est ainsi que la simple action de mon père a mis en route un cheminement empreint d’amitié profonde et sincère entre la Rebbetsen et notre famille, qui continue à imprégner et enrichir notre vie quotidienne.

A l’âge de quatorze ans, mes parents m’emmenèrent à New York pour Pourim. Naturellement, j’avais beaucoup entendu parler de la Rebbetsen et j’étais impatiente de la rencontrer. Je n’oublierai jamais ma première impression face à ce qui me semblait être la véritable royauté bien qu’elle eût une silhouette menue ; elle était très soignée et portait un ensemble inspiré du style Chanel et des bijoux exquis en corail et or.

Elle nous conduisit, avec grâce, vers une table magnifiquement dressée. Au centre, trônait un gâteau magnifique, représentant les murs de Jérusalem, offert par les Neché ‘Habad, en guise de michlo’ah manot (cadeau alimentaire que l’on offre à Pourim).

A cette étape de ma vie, ma préoccupation principale était d’obtenir et de consommer tous les aliments sucrés sur lesquels je pouvais mettre la main ! Bien évidemment, en suivant cette voie, je gagnais de plus en plus de poids et pesais

environ quatre-vingt-quinze kilos. Cela préoccupait beaucoup ma mère !

Vous pouvez donc imaginer mon délice lorsqu’à peine eus-je dévoré mon premier morceau de gâteau que la Rebbetsen m’en resservit aussitôt une seconde part, encore plus généreuse. Ma mère n’avait guère d’autre choix que de demeurer une spectatrice impuissante.

Néanmoins, la Rebbetsen savait pertinemment ce qu’elle faisait, car dès que je fus satisfaite, elle me posa avec délicatesse et habileté une série de questions sur ma vie. Quelles étaient mes matières scolaires préférées ? Quels étaient mes loisirs préférés ? etc. Elle se montra si sincèrement intéressée par tous les aspects de ma vie que je me sentis immédiatement à l’aise.

En effet, l’une de ses qualités les plus extraordinaires, qu’elle partageait avec le Rabbi, résidait dans cette aptitude à établir une communication avec autrui, indépendamment de l’âge ou des circonstances.

de lui donner du na’hat (plaisir).

Alors, sans même que j’en prenne conscience, à quatorze ans, elle me donna ma première leçon sur la manière de développer une relation significative, en recherchant ce qui rend une personne agréable et vraiment attrayante.

Elle observa l’adolescente quelque peu maladroite que j’étais. Sensible à la chaleur et au véritable intérêt qu’elle manifesta lors de cette première rencontre, j’ai commencé à lui écrire régulièrement, l’informant de tout ce que je faisais. Bien que six années se soient écoulées avant que je revienne à New York avec mon mari, la Rebbetsen avait pris une place prépondérante dans ma vie.

A l’instar des photos où l’on voit le Rabbi, assis à son bureau et penché vers son visiteur, la Rebbetsen semblait littéralement absorbée par chaque détail de notre conversation.

Je n’étais pas une élève particulièrement passionnée, mais pour la première fois de ma vie, je ressentis un désir ardent d’impressionner la Rebbetsen et d’essayer

Après mon mariage et la naissance des enfants, elle joua un rôle actif et essentiel dans notre existence car, outre les lettres que je lui adressais, je lui téléphonais au moins une fois par semaine. Au fil du temps, la Rebbetsen a pris la place de mes grands-mères que je n’avais pas eu le privilège de connaître.

Je la considérais comme telle, elle en était tout à fait consciente et cela lui procurait beaucoup de plaisir.

Lorsque j’ai fait sa connaissance, c’était une dame de soixante-dix puis quatre-vingts ans mais j’appréciais ses conseils pratiques sur à peu près tous les sujets : l’éducation des enfants, les sujets

domestiques, la mode - c’était véritablement une femme de notre temps et très pratique. Elle partageait avec le Rabbi ce rare attribut de soulam moutsav artsoh verocho maguia hachamayma, « une échelle dont le pied est dans le sol et dont le sommet atteint le ciel » : ses idéaux et son esprit se situaient dans une sphère très élevée mais ses pieds demeuraient cependant ancrés dans le sol.

Lors de mes premières visites à New York, préoccupée à l’idée que je paie des prix exorbitants, elle me disait :

« Va voir à Manhattan et reviens acheter à Brooklyn ! »

Et exactement comme tant de Bobbies, elle témoignait son amour par le biais de la nourriture ! Un jeudi soir, elle me renvoya à la maison avec deux « tartes à la crème de Boston » pour Chabbat car elle s’était rappelé qu’un des enfants les aimait. Elle me donna six boites de chocolat pour l’anniversaire de soixante-dix ans de mon père parce que, dit-elle : « Nous voulons tant participer à la sim’ha ! »

Et puis, nous regardions ensemble les photos prises en ces jours-là. Et c’est là que j’ai appris un autre enseignement : l’importance d’ériger des frontières dans tous les domaines de notre vie…

Un souvenir marquant émerge : j’aurais tout donné pour avoir une photo en souvenir de nous deux ensemble (non pas pour la partager avec quiconque, mais simplement pour moi). Mais j’ai compris qu’elle était une personne extrêmement privée et que cela lui aurait posé un dilemme.

Peut-être qu’elle aurait voulu me faire plaisir, mais cela ne lui aurait pas été confortable… J’ai donc instinctivement respecté cela et je n’ai tout bonnement rien demandé pour ne pas la mettre dans une situation délicate.

Elle ajouta : « Des milliers de personnes écrivent à mon mari (quand elle me parlait du Rabbi, elle employait toujours ces termes) mais il est rare d’entendre de bonnes nouvelles. »

J’ai été éternellement bouleversée par le fait que si la Rebbetsen tenait à une relation, ce n’était pas pour ce qu’elle pourrait en retirer mais pour ce qu’elle pourrait y apporter !

Mon mari se rendait régulièrement à New York pour affaires et il rendait souvent visite à la Rebbetsen mais moi j’étais occupée avec les enfants et je ne faisais que rarement le déplacement. Cependant, chaque instant passé en sa présence revêtait une valeur inestimable ! Cela constituait une occasion extraordinaire de s’enrichir en l’entendant parler des années où elle avait grandi en Russie, et plus tard, de sa vie avec le Rabbi, en Europe.

Les moments passés en compagnie de la Rebbetsen m’ont également donné l’opportunité d’exprimer mes préoccupations. En particulier, quand nos enfants étaient jeunes, le Rabbi encourageait les femmes à sortir de chez elles pour parler de l’allumage des bougies de Chabbat, de la cacherout et de la pureté familiale. A cette époque, je ne pouvais tout simplement pas me résoudre à le faire et je me sentais terriblement mal.

Je ne pouvais même pas invoquer la fameuse « réserve anglaise » étant donné que bon nombre de mes amies participaient avec succès à ces campagnes.

La seule activité dans laquelle je pensais être capable était celle apparemment terre à terre et monotone consistant simplement à être une épouse et une maman.

Quand j’en ai discuté avec la Rebbetsen, elle m’a déclaré : « Louise ! Je ne comprends pas le problème. Je sais que tu aimes accueillir des visiteurs chez toi. Quand ils viennent et partagent avec vous le Chabbat ou le Yom Tov et voient une famille juive naturelle, fière de sa tradition, qui sait combien cette famille en sera-t-elle touchée ? Et tu n’en sais rien mais peut-être qu’un jour tu seras également en mesure de réaliser d’autres choses !

C’est ainsi qu’elle m’a incitée à réévaluer la valeur de ce que je tenais pour acquis et normal, et m’a fait réaliser que tout repose sur le foyer et ses fondations solides. Parallèlement, elle laissait ouverte la possibilité d’aspirations et d’accomplissements plus étendus.

J’ai appris de la Rebbetsen que ce qui importe est d’être en paix avec l’étape de la vie où l’on se trouve, quelle qu’elle soit (tout en demeurant réceptif et ouvert aux opportunités qui se présentent).

Dire que ce processus a été lent pour moi est encore bien en dessous de la vérité mais les occasions surviennent et les gens évoluent. Le fait que j’aie pu sortir de ma zone de confort tient largement aux paroles empreintes de sagesse et de clairvoyance de la Rebbetsen et à l’incroyable et indéfectible encouragement de mon cher époux z’l !

[…]

J’ai précédemment mentionné que lorsque nous avons le privilège d’observer la hachga’hah pratit manifestement, ce qui équivaut, dans notre chasse au trésor, à trouver une pépite d’or.

Je voudrais partager avec vous une situation similaire qui s’est présentée grâce à mon intervention sur la Rebbetsen.

Il y a quelques années, j’ai été invitée, en Amérique, pour évoquer la Rebbetsen. Ma famille craignait que ce voyage ne me fasse subir trop de pression car, j’avais, à l’époque, de très sérieux problèmes dorsaux ; le programme prévu requerrait cinq interventions, dans trois villes, sur deux jours !

Cadeaux offerts au Rabbi et à la Rebbetsen

Mais quelque chose me poussait à accepter…

L’un des événements avait lieu le vendredi, dans une maison privée. Il s’adressait principalement à des lycéennes mais certaines mamans accompagnèrent leurs filles.

Parmi divers exemples, je leur racontai comment, lorsque vous étiez en présence de la Rebbetsen, elle vous écoutait de tout son être. J’ai ajouté qu’Hachem nous a créés avec une bouche et deux oreilles mais parfois, il semble que cela fonctionne à l’inverse : on est tellement occupé à parler aux gens que l’on n’écoute même pas ce qu’ils ont à nous dire !

Le petit déjeuner de dimanche matin était la dernière manifestation et à l’issue de celle-ci, une dame s’approcha de moi pour me proposer de me raccompagner.

Dans la voiture, elle déclara : « Vous avez très bien parlé ». Je l’ai remerciée tout en ajoutant : « Vous ne pouviez pas vraiment me dire que j’ai dit des bêtises ! »

Elle éclata de rire avant de reprendre son sérieux, poursuivant : « j’étais présente vendredi soir lorsque vous avez évoqué le fait que parfois ‘ on est tellement occupé à parler aux gens que l’on n’écoute même pas ce qu’ils ont à nous dire ! ‘

Ces mots m’ont interpellée et je n’ai pas cessé d’y penser durant tout le Chabbat. Mon mari et moi rencontrons des problèmes de chalom bayit (entente du couple) et il emploie exactement les mêmes mots !

Hier soir, après Chabbat, pour la première fois depuis plusieurs mois, aucun enfant n’était présent à la maison, ce qui nous a permis de nous asseoir, juste tous les deux, d’échanger et d’écouter ce que l’autre avait à dire. Je crois que vous êtes venue ici pour sauver notre mariage ! »

Chères amies, cet épisode me montre que l’exemple de la Rebbetsen continue à nous inspirer : veha’haï itène el libo (« et le vivant prendra à cœur ») de la façon la plus tangible qui soit.

A présent, j’ai l’occasion d’accomplir une tâche qui ne m’est pas facile et de vous transmettre une requête.

Lors de ma dernière ye’hidout que j’ai eue avec le Rabbi a dit que je devrais étudier chaque jour le Séfer Hamitsvot du Rambam et inciter les autres dames à faire de même.

Je dois avouer qu’en dehors des personnes qui me sont les plus proches et les plus chères, j’ai rencontré un succès très relatif et cela me préoccupait considérablement.

Je n’aurais alors jamais pu imaginé qu’avec une hachga’hah révélée, quelques vingt-sept ans plus tard, j’aurais l’opportunité de m’adresser à plus de 3000 femmes, lors de la Convention de ‘Haf Bèt Chevat (22 Chevat), à New York et de pouvoir transmettre cette requête du Rabbi.

J’ai été si enthousiasmée d’apprendre que certaines femmes avaient pris cet appel à cœur que j’ai pris la résolution de partager ce message chaque fois que je le pourrais. C’est précisément ce que je fais ce soir !

C’est juste quelques jours avant qu’elle ne quitte ce monde que j’ai rencontré la Rebbetsen pour la dernière fois. Bien qu’à cette époque, je fus extrêmement occupée par diverses responsabilités à Londres, rendant mon départ difficile, j’ai ressenti une urgence inexplicable qui m’a forcée à entreprendre ce voyage sans tarder.

Avec le recul, cette visite me paraît avoir été plutôt différente de toutes les autres, et ce, par bien des aspects.

Ce qui reste le plus marquant dans ma mémoire est la manière dont elle m’a dit au revoir.

Depuis qu’elle ne se sentait pas bien, lorsque je l’embrassais pour lui dire au revoir, elle restait assise.

Cette fois-ci, ce fut différent. La neige avait commencé à tomber et en montant dans ma voiture, j’ai levé les yeux. A ma grande surprise, la Rebbetsen s’était approchée de la fenêtre. Je n’oublierai jamais cette scène : la neige tombait doucement… la silhouette majestueuse mais si délicate de la Rebbetsen se découpait dans l’encadrement de la fenêtre. Elle me disait au revoir de la main.

Cette image est restée dans mon esprit tout au long du trajet de retour, me plongeant dans un état de malaise et d’interrogation.

Je vous laisse imaginer ma réaction quand, seulement cinq jours plus tard, j’ai reçu la terrible nouvelle de son départ. J’ai réussi à arriver à New York à temps pour participer à l’enterrement. Je ne pouvais pas croire que cela se produisait réellement. La seule pensée qui m’occupait était que, B’H, je pouvais, tout au moins, accomplir cette dernière mitsvah pour quelqu’un que j’aimais tant.

alors que nous en avions la possibilité ?

Nos vies ne seraient plus jamais les mêmes, mais au fil du temps, nous avons pris conscience qu’il était primordial de nous concentrer non sur ce qui nous manquait physiquement mais sur la façon dont nous avions été bénis pendant de si longues années. Il est devenu évident que la meilleure manière de préserver cette

proximité consistait à mettre en pratique et à essayer d’imiter ce que nous avions eu le privilège d’apprendre auprès d‘elle.

Je voudrais conclure en vous ramenant à notre chasse au trésor et à un exemple frappant, illustrant que notre vie a un objectif, en d’autres termes, une providence divine.

Dans les moments qui ont suivi, chaque membre de la famille ressentait une perte comparable à celle un membre essentiel de son corps. Plus d’appels téléphoniques. Plus de contacts personnels.

Et bien sûr, les questions inévitables surgissaient : pourquoi n’avions-nous pas abordé tel ou tel sujet

Comme une véritable grand-mère, la Rebbetsen se préoccupait toujours de notre bien-être. Après chaque ye’hidout ou lettre que nous écrivions au Rabbi, elle demandait : « Avez-vous obtenu ce que vous désiriez de mon mari ? »

Un an avant son départ, nous envisagions de déménager. Mon mari écrivit

Lors de La Conférence Internationale des Chlou’hot

une lettre en développant les « pour » et les « contre », tout en sollicitant le conseil du Rabbi. Le Rabbi répondit : « Agissez selon le souhait de votre épouse puisqu’elle est le pilier de votre foyer. »

Bien sûr, la Rebbetsen était au courant de cette possibilité de déménagement. Ce fut elle que nous appelâmes juste après. Je lui exprimai que la réponse du Rabbi n’était pas celle que j’avais attendue. Notre relation était si étroite qu’il me semblait naturel de lui parler franchement. J’ai déclaré : « Je ne peux pas prendre cette décision, c’est trop important. S’il vous plait, dites au Rabbi que j’ai besoin qu’il me réponde par OUI ou par NON ! »

Je peux encore entendre son rire spontané quand elle me répondit : « Bravo, bravo ! Si mon mari dit que tu peux le faire, alors tu peux le faire ! »

Chères amies, on a souvent tendance à penser qu’une bra’ha (bénédiction) ou une réponse du Rabbi correspond à une question spécifique ou à un moment particulier. Mais il nous faut savoir qu’il n’y a aucune date d’expiration et parfois, c’est encore plus pertinent très longtemps après.

Ainsi, cette réponse donnée, il y a

trente-six ans : « Bravo, bravo ! Si mon mari dit que tu peux le faire, alors tu peux le faire ! » a constitué une grande source d’encouragement à de nombreuses occasions, par -delà les années.

Et lorsque, il y a presque treize ans, mon monde s’est brusquement effondré, quand mon mari a quitté ce monde et que j’ai du prendre des décisions, ces paroles m’ont apporté un réconfort et une force extraordinaires, sur une base constante.

De nombreuses réponses du Rabbi, bien qu’individuelles, sont souvent pertinentes pour les autres personnes.

Le message implicite est la profonde, très profonde foi du Rabbi et de la Rebbetsen dans le potentiel de chacune d’entre nousque nous devrions utiliser tout ce que nous avons vécu dans notre chasse au trésor pour pouvoir grandir et développer notre approche personnelle et unique (pour surmonter les défis auxquels nous sommes confrontées).

En s’inspirant de cette remarquable personne, nous avons toutes la possibilité de changer le monde, pour le bien et hâter ce pour quoi nous prions : la venue du Machia’h, bekarov mamach !

Le Baal Techouvah et le Rabbi Maharach

Sossonkin

Cette histoire a été rapportée à Mme Sossonkin par son époux, le célèbre ‘Hassid Reb Asher a’h, qui l’a entendue de Reb Leïb Hoffman a’h..

Il était là, à la gare d’Orsha, près de la ville de Vitebsk… Un homme avenant, élégamment vêtu, le visage entouré par une longue barbe soignée. Il semblait voyager seul ou bien était-il venu accueillir un invité ?

A quelques mètres de là, Reb Leïb Hoffman attendait également le train. Reb Leïb était un brillant érudit dans la ‘Hassidout et la Kabbale. Il faisait partie des éminents ‘hassidim du Rabbi Maharach (Rabbi Chmouel, quatrième Rabbi de

Loubavitch). C’était un homme au caractère exceptionnel et d’une dévotion sans limite pour son Rabbi.

Le regard pénétrant de l’élégant gentleman surprit Reb Leïb. Il baissa les yeux mais l’étranger continuait à le fixer. Reb Leïb observa l’homme qui commençait à arpenter le quai. Il s’avança vers Reb Leïb, fit demi-tour et se dirigea vers l’autre bout du quai. Il finit par revenir vers lui.

« Dites-moi, dit-il finalement au ‘hassid, à sa troisième approche, êtes-vous un ‘hassid Loubavitch ? »

Un ferme hochement de tête de la part du ‘hassid confirma ce fait indiscutable.

L’inconnu fut envahi d’une excitation palpable. Ses yeux brillaient, animés d’une émotion « électrique ».

« Il y a une histoire que je souhaite vous narrer, déclara-t-il avec une certaine retenue. Elle concerne votre Rabbi, et oui, cela m’est arrivé, à moi ! »

Reb Leïb était étonné. Qui était cet homme ? Quelle histoire allait-il relater ?

Mais il était également enchanté : une histoire concernant son Rabbi ! Cela valait tout l’or du monde !

« Je suis médecin, commença l’étranger et j’ai servi dans l’armée du Tsar. Je suis juif mais je me suis rebellé et j’ai quitté la maison paternelle à un très jeune âge.

Le Judaïsme n’a jamais joué un rôle dans ma vie. J’ai épousé une femme non-juive qui m’a donné deux magnifiques enfants.

Je dois admettre que ma vie était glorieuse, à la mode de la noblesse russe, en plein cœur de Saint-Pétersbourg. De grandes réceptions, des meubles opulents et des amis proches ont constitué un bastion de chaleur, de confort et de sécurité.

Danseur talentueux depuis mon enfance, j’étais une célébrité appréciée dans chaque salle de bal. Mon existence s’est harmonieusement intégrée dans le tourbillon social. Les mois se sont écoulés rapidement, tout comme les années.

Une nuit, la foudre frappa ; non pas celle qui s’accompagne du tonnerre, mais celle qui se manifeste dans le silence obscur des profondeurs du sommeil. Le visage de mon père se dressait devant moi, imposant. Ses yeux brillaient d’amour, mais son expression trahissait une profonde tristesse et une fatigue manifeste.

« Mon fils », déclara-t-il d’une voix

à la fois intimidante et paradoxalement empreinte de douce compassion, « il est temps de faire techouvah, de revenir aux voies de Dieu. »

À mon réveil, je fus submergé par la beauté de mon environnement. Un plateau en argent sur lequel était servi mon thé matinal me fut rapidement présenté par l’un de mes serviteurs. Plusieurs petits gâteaux étaient artistiquement disposés sur une délicate assiette dorée, un présent

provenant d’une personnalité éminente : Sa Majesté le Tsar.

Alors que je frottais mes yeux, me préparant pour la journée à venir, le rêve s’imposa, jailli des recoins de ma mémoire. Quelle absurdité, quel poids !

Une semaine passa et le rêve réapparut,

Synagogue de Vilna

torturant à nouveau mon esprit. Mon père répétait ses paroles ; elles étaient identiques à celles prononcées une semaine auparavant, bien que sa voix fût désormais plus forte, presque dure.

Mais ma détermination l’était tout autant.

J’ai toujours été fier de la force de mon caractère.

Je choisis d’oublier ce rêve pour

l’éternité, le rangeant avec vigueur dans un recoin perdu au fond de mon esprit, écrasant les élans inexorables de mon cœur désert.

Un mois plus tard, je reçus une invitation à un grand bal. L’élite de Saint-Pétersbourg y était réunie. Le flot de vin évoquait les

vastes océans, tandis que les mets les plus prisés affluaient. Nos limitations humaines se firent alors ressentir et nous dûmes suspendre notre consommation d’alcool pour pouvoir manger, puis nous reprîmes nos verres...

Soudain, le silence tomba sur la salle. La piste de danse fut dégagée alors que les invités vêtus de manière majestueuse formaient un cercle tout autour. Ils m’encouragèrent à danser, m’exhortant à avancer. Les musiciens commencèrent à jouer.

Sans le moindre effort, mes pieds glissèrent au rythme des sons enchanteurs des instruments parfaitement accordés. Les applaudissements atteignaient un crescendo et, dans un tourbillon d’ivresse, je me mis à tourner sans m’arrêter. Quelle joie de vivre pleinement la vie !

Et puis, surgissant soudainement - ou peut-être émergeant d’un abîme si profond qu’aucun être humain ne pourrait en mesurer l’immensité - apparut «la vision», le visage de mon père, coiffé d’une calotte, une apparition surdimensionnée. Une douleur torturante émanait de chaque souffle qu’il inspirait.

« Mon fils », s’écria-t-il, « il faut faire techouvah, revenir aux voies de Dieu ». Mon visage s’enflamma. Mes oreilles bourdonnaient. La joie du moment avait été irrévocablement anéantie. Que pensaient tous ces gens ? Que désirait mon père ?

Pourquoi ne me laissait-il pas en paix ?

Pourquoi était-il ici maintenant ?

Mon état d’ébriété se mêlait à une rage si intense que je perdis tout contrôle. Irrépressiblement, mes doigts se dirigèrent vers le revolver que je portais toujours en tant que militaire. Pendant un instant, le temps sembla s’arrêter.

Mes mains agrippèrent l’instrument de mort et je me retrouvai à tirer sur mon père... Quelle effroyable agitation suivit cet acte.

Les invités en fuite se transformèrent en une masse affolée, fuyant dans toutes les directions… Je m’effondrai sur le sol. Plus tard, je fus réveillé et ramené chez moi. La nouvelle s’était répandue. Le grand médecin avait sombré dans la folie, de manière inattendue, tirant sur la gâchette au rythme enivrant de la musique de danse.

Je ne parvenais à trouver aucun apaisement. Mon cœur était déchiré. Peut-être n’étais-je plus humain. Je ne pouvais ni manger, ni dormir, ni affronter ma famille malheureuse. Les jours passaient sans que je puisse me libérer. Les griffes du malheur s’enfonçaient toujours plus profondément dans mon âme. Je ne savais comment me comporter.

Ah, mes pieds dansants !

Un jour, je me retrouvai inexplicablement à suivre ces pieds jusqu’à la maison d’un Juif barbu, semblable à mon père, un rabbin. Dans un état d’égarement total, tel un homme sans identité, je lui racontai mon histoire. Il fut horrifié et j’aperçus une lueur de peur dans son regard. Ma position militaire au sein des rangs tsaristes était trop lourde à porter pour ce bon Juif.

« Rends-toi, dit-il avec émotion, à Vilna. Le rabbin là-bas saura certainement t’aider ».

Je n’arrivais pas à croire ce qui m’arrivait, mais voilà que j’étais en route vers Vilna.

Là-bas, on m’informa que de nombreux grands Tsadikim, hommes justes, résidaient dans cette région, capables de percer l’âme et d’en articuler le langage.

« Peut-être que ta visite auprès de l’un d’eux sera fructueuse », dirent-ils unanimement.

J’entendis parler d’une ville nommée Loubavitch et d’un homme saint appelé Reb Chmouel, un ‘Rabbi’. J’entrepris alors le voyage vers Loubavitch, attiré par une sorte d’appel mystique irrésistible.

Les assistants du Rabbi se montrèrent compréhensifs. Finalement quelqu’un m’ouvrait une porte.

Plein de remords et empreint de honte, je contemplai le visage du Rabbi. J’y discernai une lumière. Une bonté que je n’avais jamais soupçonnée irradiait de ce visage, tandis qu’une sagesse transcendante semblait emplir la pièce. Je me sentais si insignifiant ; l’envie de fuir m’assaillait. Cependant, je ne parvins pas à bouger.

Le Rabbi me fixa avec intensité. Je crois qu’il perçait mon être.

« Ah ! dit-il, Hélas ! Avoir tiré sur son propre père ! »

Je perdis connaissance au moment où ces paroles franchirent les lèvres du Rabbi. Quelqu’un intervint pour me ranimer.

Le Rabbi s’exprima alors avec gravité :

« Une fois que ton père a pris possession de toi, il te sera impossible de lui échapper. Retourne chez toi. Rassemble tout l’argent que tu possèdes et pars en Autriche. »

Le Rabbi me glissa dans la main une lettre adressée à un Rav de ce pays, lui demandant de prendre en charge ma vie et de me guider vers la techouvah, le retour.

« Quand tu entendras quelques nouvelles de ta famille, conclut le Rabbi, tu sauras que ta techouvah a été acceptée. »

Une fois à Vienne, je suivis exactement les instructions du Rabbi. Le Rav me prit sous son aile et me traita comme son propre enfant.

Partout, il y avait de la gentillesse.

Nous commençâmes à étudier, le Rav

et moi. Je progressais régulièrement. Mon être torturé commençait à ressentir un apaisement intérieur, quelque chose que je n’avais -jamais ressenti auparavant.

Les morceaux brisés de mon cœur commençaient à se recoller. Finalement, je fus capable d’étudier une page de Guemara par moi-même. Je devins un membre de la communauté, accueilli et respecté où que j’aille.

Une année passa, puis une autre. Ma techouvah avait-elle déjà pénétré les cieux ? Mon âme assoiffée était-elle enfin capable de se désaltérer aux eaux vivantes de la Torah que j’étudiais ?

Je parlais avec le Rav pendant de longues heures. Il me permit enfin de me rendre à S. Petersbourg.

Quelque chose m’attira vers la rue où j’avais vécu. Pourtant, je n’arrivais pas à

retrouver ma maison. C’est alors que je rencontrai un Juif dans la rue.

« Avez-vous entendu parler du médecin militaire qui habitait autrefois par ici ? » l’interrogeai-je.

- Oh ! s’exclama-t-il. Quelle tragédie ! Vous n’êtes pas au courant ? Le médecin a disparu, comme s’il avait été avalé par la terre. Il semble qu’il a perdu la tête.

Personne ne l’a vu ni entendu parler de lui depuis très longtemps. Et sa famille ? Ils ont tragiquement péri dans un incendie terrible qui a ravagé leur maison, une nuit. On ne peut jamais savoir ce qui peut arriver ! »

« Et maintenant, conclut l’étranger, envahi par l’émotion, je sais que ma techouvah a été acceptée. Je cherchais un ‘hassid pour lui raconter cette histoire, précisément comme elle s’est passée, avant de retourner à Vienne. Grandes sont les voies de D.ieu qui vous ont envoyé à moi ! »

Ohel du Tsema’h Tsedek et du Rabbi Maharach à Loubavitch

FAIRE SEMBLANT DE RIRE AUX BLAGUES

En 1734 (5494) la révolution ‘hassidique débuta marquant ainsi la fin du statu quo. L’un des enseignements du Baal Chem Tov, particulièrement troublant pour un grand nombre de Juifs, était l’idée qu’un simple Juif pouvait procurer plus de satisfaction (na’hat) à D.ieu qu’un érudit éminent. Pour les gens simples qui affluaient par milliers chez le Baal Chem Tov, cette révélation était source d’encouragement tandis que les rabbins et les érudits percevaient cette notion comme une menace.

Le temps passa et le Baal Chem Tov choisit alors soixante géants de la Torah pour intégrer son cercle. Parmi les tout premiers se trouvait Rav Yaacov Yossef de Polnoïe (connu sous le nom de « Toldot » en raison du livre qu’il rédigea : “ Toldot Yaacov Yossef ”).

Comment devint-il un ‘hassid?

Rabbi Yaacov Yossef était rabbin

d’une ville et priait avec le premier minyan (quorum de dix hommes) à six heures du matin. A cette époque les Juifs revêtaient leur talith et mettaient les tefilines chez eux, avant de se rendre avec solennité à la choule. Reb Yaacov Yossef arrivait à la synagogue à six heures précises et la prière commençait immédiatement. Les autres fidèles étaient donc arrivés encore plus tôt.

Un matin, à son arrivée, il découvrit la choule vide et, se tournant vers le gabbaï, lui demanda :

- Nous sommes-nous trompés d’heure ?”

- Non, il est six heures”, répondit le gabbaï .

- Peux-tu voir où ils se trouvent ? demanda Reb Yaacov Yossef.

- Le Shobben klapper ne s’est peutêtre pas réveillé ? (C’était le nom donné à l’homme qui réveillait les habitants en frappant sur les volets car à cette époque, le

Nos luttes intérieures sont intrinsèquement légitimes

réveil-matin n’existait pas.)

Le gabbaï sortit à la recherche du minyan absent et un long moment s’écoula sans qu’il ne revienne. A ce moment, Reb Yaacov Yossef sentit une montée de frustration ; il retira ses téfilines et son talith pour aller également dans la rue. Très vite, il retrouva le fameux minyan et le gabbaï au milieu de la route en train d’écouter un homme étrange. En s’approchant davantage, il aperçut ses fidèles si captivés par les propos de cet homme qu’ils ne le remarquèrent même pas. Cette situation le rendit absolument furieux. Comment osaient-ils être en retard pour la prière, et qui plus est, faire attendre leur rabbin ?

S’avançant encore plus près, il put alors entendre les paroles prononcées par cet homme.

“Il y avait deux voisins. L’un d’entre eux grandit dans un foyer ordinaire avec des parents pour s’occuper de lui qui

l’envoyèrent à la yechivah. Ses parents lui trouvèrent un bon chidou’h, à une date favorable. Après son mariage il put étudier tranquillement pendant quelques années avant d’établir une affaire prospère. Sa femme gérait le commerce ce qui lui permettait ainsi de consacrer du temps à l’étude et à l’enseignement. Les villageois chantaient ses louanges tant comme talmid ha’ham (érudit) que comme généreux donateur.

Son voisin avait perdu sa mère très jeune et peu après son père mourut également. L’orphelin n’avait jamais fréquenté la yechivah et sa femme était, elle aussi, orpheline. Ils n’avaient pas d’argent, pas de dot. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il devint alors marchand ambulant, visitant chaque semaine des fermes habitées par des non juifs pour vendre aiguilles, fils et rubans.

Il partait le dimanche et revenait chez lui le vendredi après-midi avec quelques

roubles qui servaient à payer les dettes de la semaine ainsi que les dépenses du Chabbat.

Dès son retour, il confiait la somme à sa femme avant de se hâter vers le mikvéh afin de se purifier, revêtir ses habits de Chabbat puis il se rendait à la choule. Cependant, à peine arrivé, en quelques secondes, il sombrait dans le sommeil, accablé par la fatigue. Chaque semaine, le même processus recommençait. Il décida alors de ne pas s’asseoir en arrivant, mais même cela ne suffit pas, il s’endormait debout. Après la prière, le Rabbin se lançait dans un dvar Torah (commentaire sur la Torah) qu’il ne parvenait pas à suivre. Il rentrait ensuite chez lui à la fin de l’office et s’évanouissait quasiment de fatigue sur le chemin. Enfin motsaé Chabbat (à la sortie du Chabbat), il se sentait redevenir un être humain mais il devait déjà se préparer à repartir le lendemain matin.

Un motsaé Chabbat, les deux voisins se rencontrèrent près de chez eux.

-Comment vas-tu ? demanda le colporteur à son voisin l’érudit.

- Honnêtement, je sens qu’Hachem m’a béni de la plus belle vie sur cette terre. Je peux étudier tranquillement, donner la tsedakah et enseigner. Et toi ? Comment te portes-tu ?

Le colporteur baissa les yeux vers le sol.

- Comment ça peut aller ? Toute la semaine, je marche, je marche sans m’arrêter. Je fais semblant de rire aux plaisanteries des clients pour qu’ils m’achètent peut-être trois aiguilles au lieu de deux. Je rentre chez moi, le vendredi après-midi, avec les meilleures intentions du monde mais je n’arrive pas à garder les yeux ouverts.

A peine les derniers mots prononcés,

un soupir s’échappa du fond de son cœur, sa détresse étant trop grande pour s’exprimer par des mots. Ce long soupir traduisait tout. Le Rabbin, entendant son récit, ne put s’empêcher d’esquisser un sourire de satisfaction imperceptible. Certes, il ne se réjouissait pas de la situation misérable de son voisin, D.ieu l’en préserve, mais il prit conscience à cet instant de la chance qui était la sienne.

Le colporteur mourut et monta au ciel. Tous ses péchés furent placés sur le plateau d’une balance - et ils étaient nombreux - et sur l’autre plateau fut déposé ce profond soupir poussé lors de ce fameux motsaé Chabbat.

Ce dernier fit alors basculer la balance en sa faveur. L’érudit mourut lui aussi et se présenta devant le Tribunal Suprême. Toutes ses bonnes actions, telles que les actes de tsedakah et l’étude de la Torah, très nombreuses, furent également placées sur l’un des plateaux de la balance tandis que dans l’autre, on mit le tout petit sourire. Cela fit pencher la balance en défaveur de toutes les bonnes actions accomplies.

L’inconnu, qui n’était autre que le Baal Chem Tov, conclut alors son récit.

Reb Yaacov Yossef comprit au plus profond de lui-même que cette histoire lui était destinée et le concernait directement. Il fut l’un des premiers grands érudits à rejoindre le Baal Chem Tov.

Quelle leçon la ‘Hassidout enseignat-elle au Toldot et souhaite-t-elle nous transmettre à vous et à moi ?

Hachem considère autant les moyens que les fins dans nos actions. Ainsi le colporteur épuisé entra plus vite au Gan Eden que l’érudit baal tsedakah, non en raison de ses accomplissements mais de la manière dont il avait agi.

Dans le Tanya, Rabbi Chnéor Zalman enseigne que la lutte a une valeur intrinsèque. Bien que le Judaïsme soit jalonné de défis, Rabbi Chnéor Zalman va encore plus loin : chacun de nous a le devoir de se dépasser - un peu plus chaque foisau-delà de notre zone de confort.

Le terme utilisé dans le Tanya est itkafia (littéralement : se retenir), c’est à dire ne jamais s’installer. Ne jamais dire : “Cela suffit ! Je suis suffisamment religieux.” Cela inclut aussi donner cinquante centimes supplémentaires de tsedakah par rapport à l’habitude, étudier cinq minutes de plus que lors de la semaine précédente ou s’abstenir de crier sur celui qui nous irrite à la maison.

En effet, l’individu ne peut être considéré comme libre tant qu’il n’a pas su s’auto-discipliner, agir conformément à cet impératif et appliquer cette discipline en toutes circonstances. La liberté s’acquiert en s’obligeant à se priver d’une chose et en respectant rigoureusement cet engagement. Loin de l’inhibition, cela nous mène sur la voie de l’émancipation, à la délivrance des contraintes- réelles ou imaginaires - que nous nous imposons à nous-mêmes ou qui émanent de l’environnement.

Mais, arrivés à l’âge adulte, nous réalisons que le mot “non” n’est jamais agréable lorsqu’on se le dit à soi-même. Ceci constitue l’essence même de la itkafia.

Dire “non” aux choses permises, simplement parce qu’elles ne répondent pas à nos besoins représente une force qui nous rend maîtres de ce que nous devons maîtriser le plus au monde : nous-mêmes.

Nous vivons une époque permissive où chacun se vante de son indépendance et de sa liberté, proclamant : “Je peux faire ce que je veux et personne ne peut me dire ce que je dois faire.”

Ce n’est pas de la liberté, c’est de la frivolité (hefkerout) car la véritable liberté se conquiert avec de la itkafia, qui nous enseigne la maîtrise de soi.

Je dis souvent à mes étudiants que l’un des signes de maturité et de grandeur réside dans notre capacité à apprécier ce mot de trois lettres que nous détestions enfant : “non”. En tant qu’enfant, il est difficile d’entendre : “non, ce n’est pas pour toi” ou “non, tu ne peux pas faire ça”, “non, tu ne peux pas parler comme ça.”

Mais, arrivés à l’âge adulte, nous réalisons que le mot “non” n’est jamais agréable lorsqu’on se le dit à soi-même. Ceci constitue l’essence même de la itkafia. Dire “non” aux choses permises, simplement parce qu’elles ne répondent pas à nos besoins représente une force qui nous rend maîtres de ce que nous devons maîtriser le plus au monde : nous-mêmes.

Lorsque la vie nous confronte à une difficulté et que nous choisissons le défi de la surmonter, nous en retirons une vitalité et une joie inégalées. Certes, nous pouvons vivre dans la routine quatre-vingt-dix-neuf pour cent de notre temps mais ce un pour cent face au défi constitue la vraie vie.

Reb Chmouel Munkes était un ‘hassid de Rabbi Chnéor Zalman, célèbre pour ses plaisanteries, tout en étant un homme saint et profond. Il participa, un après-midi, à une réunion de ‘hassidim. Tous assis autour de

la table, mangeaient, buvaient, chantaient, un farbrenguen en somme. Puis la nourriture vint à manquer et il était hors de question de faire un farbrenguen sans manger. Deux ‘hassidim se levèrent et allèrent chez le cho’het ‘(abatteur rituel) chercher un plat de viande. Ce cho’het était absent mais sa femme leur proposa :

- J’ai cuisiné de la langue qui est dans le four, prenez-la.

Ces ‘hassidim, une fois revenus, déposèrent le plat fumant sur la table. Reb Munkes s’en empara immédiatement et se servit le tout. Les autres l’observaient avec curiosité, puis l’un d’entre eux s’exclama :

- Nou, tu ne vas pas partager ?

-” Non, je garde tout pour moi, répondit Reb Munkes.

Leurs tentatives de négociation se révélèrent infructueuses. Puis l’un d’entre eux tenta d’attraper le plateau mais Reb Munkes le reprit. Après plusieurs va et vient du plateau, Reb Munkes s’en saisit et se mit à danser dans la pièce, le plat à la main, les autres ‘hassidim courant derrière lui. Finalement, il arriva près d’une poubelle et jeta tout à l’intérieur.

Les ‘hassidim étaient furieux ! Cependant, une minute plus tard le cho’het, la sueur coulant de son front, fit irruption dans le Beth Hamidrach.

- Avez-vous mangé cette viande ? cria-t-

il. Ce n’est pas cacher, ce n’est pas cacher !

Bien entendu, les ‘hassidim interrogèrent Reb Munkes du regard.

- Depuis quand tu fais des miracles ? demandèrent-ils.

Reb Chmouel Munkes expliqua alors :

- Je ne savais pas que ce n’était pas cacher. Mais depuis que je suis devenu un ‘hassid de Rabbi Chnéor Zalman, j’ai pris une décision : si je désire très fortement quelque chose, c’est la preuve que je ne dois pas la prendre. Lorsque j’ai vu arriver le plat sur la table, j’ai commencé à saliver d’envie, j’ai donc compris que je devais m’en abstenir. Mais j’ai constaté alors vos

réactions et il m’est apparu évident que ce plat n’était pas pour vous non plus.

Les ‘hassidim de Rabbi Chnéor Zalman étaient d’une grande sainteté, notre service de D.ieu ne ressemble pas au leur. Néanmoins, nous pouvons aussi appliquer la notion d’itkafia, chacun à notre manière, dans les domaines de la vie où cela est nécessaire.

Lorsque nous nous engageons au-delà de ce qui est facile et naturel, nous devenons plus forts. Chaque effort investi dans cette lutte donne le plus grand plaisir à D.ieu.

Crédits : N’shei Chabad Newsletter

Vie quotidienne

« Les sauces à toutes les sauces »

Véritables signatures des cuisines du monde, les sauces apportent saveur, texture et harmonie aux aliments qu’elles accompagnent. Pour accompagner vos salades, vos légumes, vos poissons ou vos viandes, avec des variations infinies…

LA BÉCHAMEL

Pour napper vos gratins, vos pâtes, vos poissons…

INGRÉDIENTS (4 PERS.)

• 40 g de margarine ou beurre

• 40 g de farine

• 50 cl de lait de soja ou de lait

• 3 pincées de sel

• 1 pincée de poivre

• 1 pincée de noix de muscade

RECETTE

1. Réaliser le roux dans une casserole : mettre la margarine à fondre, puis ajouter la farine et mélanger à l’aide d’une spatule. Laisser cuire à feu doux pendant quelques minutes, sans coloration.

2. Toujours sur feu doux, verser progressivement le lait froid et mélanger régulièrement avec un fouet. Laisser cuire à ébullition pendant 5 à 10 minutes.

3. Assaisonner ensuite la béchamel de sel, de poivre et de noix de muscade.

4. On peut aussi ajouter du fromage râpé, cette béchamel deviendra une sauce Mornay.

La sauce Aurore suit la même recette de base avec un ajout de concentré de tomates.

SAUCE HOLLANDAISE

Servie sur des œufs, des légumes, de la viande ou du poisson grillé.

INGRÉDIENTS

• 250 g margarine ou de beurre

• 3 jaunes d’œufs

• 2 cuillères de jus de citron

• Sel

• Une pincée de poivre

RECETTE

1. Fouetter les jaunes d’œufs, ajouter le poivre, le sel et le jus de citron dans une casserole.

2. Placer sur feu doux, incorporer un petit morceau de margarine ou de beurre froid en remuant à l’aide d’un fouet.

3. Incorporer progressivement le reste de la margarine. Attendre que chaque morceau soit bien fondu avant d’ajouter le suivant, de façon à obtenir une sauce épaisse et onctueuse.

4. Assaisonner.

QUELQUES VARIANTES DE SAUCE

HOLLANDAISE :

• Ajouter une pincée de safran à la recette de base et rectifier l’assaisonnement avec du poivre.

• Ajouter le jus et le zeste d’une orange sanguine à la recette de base

• Ajouter 3 cuillères à soupe de concentré de tomates à la recette de base

• Ajouter 3 cuillères à soupe de radis finement hachés à la recette de base

• Ajouter 3 cuillères à soupe de noisettes grillées finement hachées et 1 cuillère à soupe de raifort fraîchement haché à la recette de base.

SAUCE CHERMOULA

Pour agrémenter vos poissons

INGRÉDIENTS

• Jus d’un citron

• 1/2 verre d’huile d’olive

• 3 à 4 gousses d’ail

• 1 bouquet de persil

• 1 bouquet de coriandre

• 1/2 cuillère à café de paprika

• 1/4 cuillère à café de poivre

• 1 cuillère à café de cumin

• 1 cuillère à café du curcuma

• Sel

RECETTE

1. Hacher finement les bouquets de coriandre et de persil, ainsi que les gousses d’ail.

2. Ajouter toutes les épices avec les herbes : sel, poivre, cumin, curcuma, piment et mélanger bien. Ajouter ensuite le jus de citron et l’huile d’olive, mélanger à nouveau.

FOND DE VEAU

Utilisé fréquemment pour renforcer le goût d’une recette de viande grillée.

INGRÉDIENTS (4 PERS.)

• 150 gr de poitrine de veau

• 200 gr de légumes (carottes, poireaux, céleri, oignons)

• 1 bouquet garni

• 3 gousses d’ail

• 20 cl Vin blanc sec

• Sel

• Poivre

RECETTE

1. Déposer les morceaux de poitrine dans une grande cocotte et les faire dorer à feu moyen.

2. Ajouter les légumes épluchés et coupés en morceaux. Faire suer à feu doux 5 min.

3. Déglacer le fond au vin blanc sec puis mouiller en couvrant d’eau. Lorsque le mélange frémit, ajouter le bouquet garni et les gousses d’ail. Laisser réduire 2 à 3h.

4. Retirer l’écume qui se forme si besoin à l’écumoire. Saler et poivrer. Filtrer au chinois avant d’utiliser à votre convenance le fond de veau obtenu.

SAUCE CURRY

Pour assaisonner la viande blanche, le poisson, la volaille mais également le riz et les légumes.

INGRÉDIENTS

• 4 cuillères à soupe de crème fraîche épaisse ou parvé

• 2 échalotes

• 20g de margarine

• 10cl de vin blanc

• 1 cuillère à soupe de Curry en poudre

• Sel

• Poivre

RECETTE

1. Éplucher les échalotes et les émincer finement.

2. Faire fondre la margarine dans une casserole et y faire revenir les échalotes quelques minutes jusqu’à ce qu’elles commencent à dorer un peu.

3. Déglacer avec le vin blanc. Laisser réduire 3 à 4 min.

4. Ajouter la crème fraîche, le curry, le sel et le poivre.

5. Laisser chauffer quelques instants puis mixer quelques secondes à l’aide d’un mixeur plongeant pour obtenir une sauce bien lisse.

6. Servir bien chaud.

SAUCE AU POIVRE

Pour accompagner steaks et poulet rôti

INGRÉDIENTS (4 PERS.)

• 1 échalote

• 1 pincée de sel

• 20 g de margarine

• 15 g de poivre en grains

• 100 ml de vin rouge

• 150 ml de bouillon de bœuf

• 1 cuillère à café de Maïzena diluée dans 1 cuillère à soupe d’eau

• 100 ml de crème parvé

RECETTE

1. Éplucher l’échalote et la ciseler finement. Concasser grossièrement le poivre.

2. Cuisson :

3. Faire fondre 20 g de margarine dans une casserole, et quand elle commence à crépiter, ajouter les échalotes et une pincée de sel.

4. Cuire 5 minutes à feu moyen puis ajouter le vin et le bouillon de bœuf.

5. Faire réduire environ la moitié à feu vif puis ajouter la crème parvé et le poivre.

6. Mélanger, laisser cuire 2 à 3 minutes puis ajouter la Maïzena diluée dans l’eau.

7. Remuer et cuire jusqu’à ce que la consistance de la sauce nappe la cuillère (2 minutes environ)

Sauces pour

SAUCE CÉSAR

1 œuf dur

2 jaunes d’œufs

1 cuillère à soupe de jus de citron

5cl de vinaigre

1/2 cuillère à café d’ail en poudre

10cl d’huile d’olive

10cl de crème liquide parvé

Quelques gouttes de sauce

Worcestershire

Sel & poivre

Mixer l’œuf dur, les jaunes d’œufs, l’ail, le jus de citron, et le vinaigre.

Quand la texture devient pâteuse, verser l’huile en filet sans cesser de mixer.

Verser un peu de crème liquide pour détendre la sauce. Ajouter quelques gouttes de sauce worcestershire.

Saler et poivrer si nécessaire.

salades ou dips

SAUCE AU FROMAGE BLANC

Pour 4 personnes :

200 g de fromage blanc

4 cuillères à soupe de ciboulette

4 cuillères à soupe de persil

1 cuillère à soupe de jus de citron

Sel poivre

SAUCE PESTO DE ROQUETTE

Mélanger le fromage blanc au fouet dans un grand bol.

Incorporer le jus de citron et les fines herbes (fraîches si possible, et finement ciselées).

Saler et poivrer puis laisser reposer au frigo.

Servir frais.

Pour une sauce aux fines herbes plus épaisse et onctueuse, la cuisiner la veille de son utilisation. C’est idéal si vous l’utilisez sur des toasts par exemple ou en dips.

100 gr de Roquette

1 gousse d’ail

50 gr de pignons de pin

30 gr de parmesan

1 cuillère à soupe de jus de citron

2 cuillères à soupe d’huile d’olive sel, poivre.

Mixer la roquette avec l’ail, les pignons de pin, le parmesan râpé, le filet de jus de citron, l’huile d’olive, le sel et le poivre.

SAUCE SALSA MEXICAINE

4 tomates

1/2 verre d’eau

1/2 poivron rouge

1/2 poivron vert

2 oignons

1/2 gousse d’ail

140 g de concentré de tomates

1 cuillère à soupe d’huile d’olive

1 pincée de sucre

1/2 cuillère à café de paprika

1/2 cuillère à café de cumin

1/2 cuillère à café de coriandre

1 pointe de couteau de piment de Cayenne (selon votre goût)

Retirer les pépins des poivrons et les découper en dés.

Découper les tomates en petits dés. Éplucher l’oignon et l’ail et passer au mixeur.

Verser un filet d’huile d’olive dans une poêle, la mettre sur le feu avec les oignons et l’ail mixés et la pincée de sucre.

Laisser revenir 2 ou 3 min et mettre à feu doux.

Ajouter les poivrons, les tomates et verser l’eau.

Ajouter le concentré de tomates et les épices.

Laisser réduire.

SAUCE TZATZIKI

½ concombre

1 gousse d’ ail

1 citron

300 g. de yaourt épais

½ bouquet de menthe

1 c. à soupe d’huile d’olive

sel, poivre

Éplucher et écraser la gousse d’ail, la mettre dans un bol avec le jus et le zeste râpé du citron, 1 cuillère à soupe d’huile et une grosse pincée de sel.

Laver le concombre et le râper grossièrement.

Le mettre dans une passoire.

Ajouter du sel, mélanger et laisser égoutter pendant 20 minutes.

Presser le concombre entre vos mains pour retirer le maximum d’eau

Le mettre dans un saladier, ajouter le yaourt, la sauce au citron et les feuilles de menthe ciselées.

Poivrer, saler et mélanger.

Le top des santétisanes

O. Attuil

Le monde des tisanes est vaste et encore assez méconnu. Graines, feuilles, racines…toutes agissent sur notre corps en flattant notre palais. Beaucoup ont des vertus médicinales et nos ancêtres les connaissaient bien mieux que nous : elles étaient leurs médicaments.

La tisane consiste à extraire les composés aromatiques des plantes selon différentes méthodes de préparation (macération, décoction ou infusion.) Elle peut être préparée à partir de végétaux frais ou séchés.

On en trouve principalement en vrac ou en sachets.

Alors comment bien préparer la tisane ?

En

infusion

Vous pouvez la boire en infusion lorsque la plante est plongée dans l’eau bouillante pendant 3 ou 4 minutes. Une pincée d’herbes suffit pour une tasse.

Deux ou trois tasses par jour permettent de profiter des vertus des plantes.

Doit-on ajouter du sucre?

On évite car cela peut altérer le principe actif mais une cuillère de miel et le tour est joué !

LES TISANES STIMULANTES

INFUSION D’HIBISCUS

On fait infuser les calices séchés de cette plante pour obtenir une boisson douce et fruitée riche en vitamines C et A.

INFUSION DE GINGEMBRE

La racine fraîche ou sèche s’utilise en petites quantités, coupée en morceaux ou émincée. Cette infusion vous donne un bon coup de chaud et de vitalité au réveil.

LES TISANES DU SOIR

INFUSION DE TILLEUL

Le tilleul n’a pas volé sa réputation d’aide au sommeil : il a des vertus sédatives et légèrement hypnotiques. On peut aussi l’utiliser contre les démangeaisons ou pour faire baisser la fièvre.

INFUSION DE VERVEINE

La verveine, connue depuis les temps anciens, est très populaire grâce à ses effets sur le stress et l’anxiété. Boisson idéale pour une soirée relaxante.

INFUSION DE CAMOMILLE

La tisane de camomille pourrait améliorer le sommeil grâce à un composant, l’apigénine, antioxydant qui aurait un effet calmant sur le cerveau et permettrait de lutter contre l’insomnie.

LA TISANE POUR LA DIGESTION

INFUSION DE MENTHE POIVRÉE OU D’ANIS ÉTOILÉ.

Après un repas trop copieux, ballonnements et lourdeur digestive s’invitent. Privilégiez alors la menthe poivrée ou l’anis étoilé et la digestion se fera beaucoup plus facilement.

LA TISANE CONTRE LES GROS RHUMES

INFUSION DE THYM, CANNELLE ET CITRON

Le thym est expectorant et antiseptique, donne un goût un peu poivré et combat la fatigue hivernale. La cannelle est un antigrippal efficace et tonifie. Avec le citron qui combat l’infection, c’est reparti !

LA TISANE POUR LA CIRCULATION SANGUINE

INFUSION DE VIGNE ROUGE

Jambes lourdes, fatiguées, enflées ? Anti-inflammatoire et antioxydant, la vigne rouge stimule la circulation sanguine et est très bonne pour le foie et la peau.

LA TISANE CONTRE LES MAUX DE TÊTE

INFUSION DE MENTHE POIVRÉE

Le menthol qu’elle contient combat les douleurs des maux de tête.

Voici pour les principales, à vos mugs !

RAPPEL:

Bien s’assurer de la cacherout des produits achetés et vérifier les feuilles, le cas échéant, après les avoir trempées dans du vinaigre et du produit de vaisselle et les avoir rincées.

Autre alternative: utiliser une passoire aux mailles très fines et passer la tisane.

Terry de Gunzburg, bonjour et bienvenue dans la Maison Juive !

Vous êtes à la tête d’une grande marque de cosmétiques de luxe By Terry, connue dans le monde entier … Comment avez-vous pu concilier votre vie de grande entrepreneuse, votre vie de famille avec votre vie de femme juive ?

Racontez-nous votre parcours …

« Mes » vies de femme n’avaient naturellement pas leur place dans mon quotidien, je l’avoue. J’ai dû faire beaucoup de compromis, pourtant sans aucune

compromission sur ma vie de mère tout comme sur ma vie de femme juive. Je savais où étaient mes priorités et ces deux socles m’ont permis de tenir debout dans la tempête de l’industrie cosmétique et la difficulté de l’entreprenariat.

Avant de monter By Terry, je travaillais dans les studios de photos avec de très grands noms de la mode et dans le monde entier. En 1985, je suis recrutée par Yves S. Laurent comme directrice de la création cosmétique. Ce furent quinze années de collaboration passionnante, enrichissante et qui m’ont permis d’apprendre et développer le sens du luxe, de la qualité et du style.

Terry de Gunzburg

Je dis toujours que ma Famille et mon Judaïsme m’ont sauvée de mon travail dévorant et parfois réciproquement :))

Pour moi le Chabbat est fondamental et faire mes ‘hallot est primordial… Lors de mes voyages dans le monde entier, je m’éclipse de mes soirées de représentation ou sociales, sans explication, ni culpabilité.

Être une femme, mère et professionnelle n’est -il pas un art où jongler devient une discipline? Nous en sommes toutes là !

Vous contribuez grandement à la beauté féminine, ce qui compte aussi beaucoup dans la vie de toute femme juive ... !

En effet… je vous cite : « la beauté n’est pas un stéréotype mais un style qui se cultive, une expression qui s’affirme ».

Quel est à votre avis la définition de la beauté intérieure de la femme juive ?

La beauté intérieure me semble fondamentale pour exprimer celle des traits autant que possible… La beauté intérieure se cultive encore plus que celle apparente. La beauté de la bienveillance de la positivité, la joie et le partage du cœur et de l’esprit sont la meilleure crème pour lisser le visage !

Nous, les femmes juives, avons la chance d’avoir les commandements

d’Hachem pour nous guider vers les options et actions gratifiantes dont une « Héchet ‘Hail » [femme de valeur] a la vocation. Quel coup d’éclat instantané nous recevons après l’allumage des bougies de Chabbat et la confection des ‘Hallot. C’est le cas pour ma part !

Je le recommande vivement comme un vrai conseil de beauté à toutes les femmes juives pratiquantes et moins …

Enfin, une petite question pratique, Terry … Vos produits de maquillage font partie de la liste des produits cacher pour Pessa’h … A quand les produits By Terry qui permettront aux femmes de rester maquillées tout le Chabbat sans utiliser un eye-liner, un rouge à lèvres ou de la poudre ?

La cosmétique est une vraie

science ! La mienne cultive l’innovation, le luxe, le précieux des actifs et des pigments, ma poudre soin à l’acide hyaluronique « colorless » peut être utilisée le Chabbat… Nous travaillons sur des effets d’embellissement compatibles avec Chabbat. Nos ombres à paupière blackstar aux perles noires de Tahiti, tout comme nos crayons et eye liners liquid blackstar peuvent se garder vingt-quatre heures sans bouger et sans abîmer la peau… Je ne sais pas si j’aime l’idée de garder un rouge à lèvres vingt-quatre heures… mais c’est mon opinion.

Merci Terry !

entre amies

Chère Esther,

Me sentir bénie !

Je suis une chlou’ha très engagée et j’ai un compte très actif sur les réseaux sociaux. C’est un outil important pour ma chli’hout et cela permet à beaucoup de monde de participer aux activités organisées.

Récemment, une de mes amies, s’est plainte du contenu de mon compte en disant : Pourquoi affiches-tu les choses sous un jour parfait ? Tout le monde sait très bien que c’est faux ! Personne n’a une cuisine « nickel » et fleurie en permanence, et quelle maman de huit enfants se sent-elle sereine et comblée, à chaque instant de chaque jour ? C’en est assez de ces poses parfaites, des sourires factices de la plus chaleureuse des mères, épouse, sœur, fille et chlou’ha, immortalisée en photos. Sois plus réelle, plus vraie !

Bien ! Esther, dois-je être réelle, vraie ?

Qui a besoin de voir le bol de céréales renversé par mon petit de deux ans ou de me voir dévalant les escaliers, habillée n’importe comment, pour mettre fin a une bagarre entre deux pré-ados qui ont l’air de sortir tout droit d’un zoo ?

Qui a envie d’un shooting de photos de mon mari et de moi-même qui s’aperçoivent à une heure du matin que la porte principale n’est pas fermée et qui hurlent après celui qui a oublié de tourner le verrou ? Qui va trouver de l’inspiration ou de l’aide dans la saleté ?

Qui va devenir une meilleure épouse ou une meilleure mère, s’il apprend que, ce mercredi précis, j’ai été tout sauf cela ?

Je ne suis pas d’accord avec « la campagne du vrai ».

Personne n’a besoin de voir la poubelle des autres ; la nôtre est suffisante.

Au contraire ; nous devons partager des moments heureux et inspirants de notre vie ; ces moments sublimes auxquels nous aspirons tous.

Si quelqu’un expose son placard ultra organisé, ou poste un beau moment familial, elle ne prétend pas pour autant que la vie est parfaite. Elle est juste en train de partager les plus heureux, les plus beaux aspects de la vie, car ils sont beaucoup plus agréables à regarder. Qu’en pensez-vous, Esther ?

Presque parfaite Perry

Chère Perry,

Aucune des deux options n’est la bonne. Ni l’une, ni l’autre. Je ne pense pas qu’une personne doive s’afficher, ne soit « VRAIE » ni « IDEALE » sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux sont une plateforme publicitaire, et, pour une chlou’ha, ils doivent uniquement servir à promouvoir la Torah, la pratique juive et non la personne elle-même. Car en réalité, s’afficher soi-même est en conflit total avec les valeurs juives ; et cela est vrai, qu’il s’agisse de ses succès ou de ses ratés.

Un Juif n’est pas censé parler de lui-même de manière négative, pas plus qu’il ne doit se vanter. Ni l’une ni l’autre option n’est adéquate.

« La plus chanceuse des femmes, mères, sœurs, amies, chlou’hot », est une perception absolument non juive.

Pourquoi le lecteur devrait-il savoir que vous êtes la plus heureuse ?

Avec qui êtes-vous en compétition pour le grand prix du bonheur ? Qui va gagner quoi, de savoir à quel point vous êtes comblée et bénie ?

Quant à partager des moments réels, quel bénéfice pour le lecteur de voir la difficile réalité ?

Au moment d’utiliser les réseaux sociaux, on devrait se poser cette question :

« Est-ce que mon message va éduquer, inspirer ou aider une personne à faire davantage de bien ? »

Si oui, postez-le !

Mais si un message a pour objet de manipuler nos « suiveurs » afin qu’ils aient une certaine opinion de nous (Wow quelle mère parfaite ! Wow quelle maitrise ! Wow comme elle est belle ! Wow quelle belle famille ou même wow, elle est tellement « RÉELLE » !), alors on ne doit pas le mettre en avant, je veux dire le poster.

Parfois, un message peut être les deux à la fois. Par exemple, une photo de moi, en visite dans une maison de retraite peut d’une part, inspirer quelqu’un à faire de même. En revanche, cela peut nourrir mon égo, à travers les commentaires et les « like » :

Comme on se sent inspiré par ce que j’ai fait !

Que j’ai l’air d’une ado de 16 ans sur la photo » !

Si la motivation du message est d’inspirer et d’éduquer, encore une fois, postez-le ! Si elle est centrée sur l’égo, posez-vous la question :

Est-ce que j’ai vraiment besoin de toute cette attention, à ce moment précis ?

Est-ce que je peux trouver un moyen plus productif, pour ressentir ma vraie valeur ?

La vie nous lance des défis pour nous empêcher d’avoir la vue courte, pour nous empêcher de nous considérer dans le besoin, l’insatiable besoin, l’attention ; mais au contraire, il est impératif de nous considérer comme des partenaires de D.ieu, dans un plan plus grand et plus large, pour créer des événements et faire changer les choses.

Les réseaux sociaux peuvent être utilisés de deux façons :

Comme une plateforme vaine, pour l’insatiable égo en peine d’attention, ou bien, comme un vecteur, pour répandre la lumière et la vérité au monde, comme un partenaire de la création.

Et, comme chaque fois, il faut choisir.

וניאש

Les quatre fils

et les quatre grandes questions sur le Judaïsme

[Quand bien même l’échéance de Pessa’h paraît encore lointaine (et pas tant que cela !), ces réflexions de Rav Y.Y. Jacobson sur l’éducation, basées sur les quatre enfants présents à la table du Séder, ont une portée qui dépasse le cadre temporel de cette fête. (Ndlr.)]

L’enfant raisonnable, l’enfant déprimé, l’enfant égoïste et l’enfant apathique.

עשר

L’Origine des Quatre Fils

Il est inconcevable d’évoquer Pessa’h sans souligner la place centrale qu’occupent les quatre fils. Les quatre fils, accompagnés de leurs quatre questions dérangeantes, ont captivé l’imaginaire juif pendant des millénaires.

L’origine des «quatre fils» est particulièrement fascinante. La Torah souligne notre devoir de transmettre l’histoire à nos enfants à quatre reprises et en quatre endroits distincts : trois fois dans le livre de l’Exode (Parachat Bo), immédiatement après

le récit de l’Exode proprement dit, et une fois dans le Deutéronome, à la fin des quarante années passées dans le désert.

Le premier passage se situe dans Exode 12 :25-27 :

Lorsque vous pénétrerez dans le pays que D.ieu vous donnera, comme Il l’a promis, observez ce rite. Et lorsque vos enfants vous demanderont : « Que signifie pour vous ce rite ? », répondez-leur : « C’est le sacrifice de Pâque pour D.ieu, qui a épargné les maisons des Israélites en Égypte et a préservé nos foyers lorsqu’Il frappa les Égyptiens.

Le second est tiré d’Exode 13 : 8 :

En ce jour-là, dis à ton fils : « Je fais cela à cause de ce que D.ieu a fait pour moi lorsque je suis sorti d’Égypte. »

Le troisième se trouve dans Exode 13 : .14:

Dans les jours à venir, lorsque ton fils te questionnera en disant : « Que signifie cela ? », réponds-lui : « Avec une main puissante, Dieu nous a fait sortir d’Égypte, du pays de l’esclavage. »

Le quatrième passage est extrait de Deutéronome 6:20-21

À l’avenir, lorsque ton fils te demandera : « Quelle est la signification des statuts, décrets et lois que l’Éternel notre Dieu vous a commandés ? », tu répondras à ton fils : « Nous étions esclaves du Pharaon en Égypte, mais D.ieu nous a fait sortir d’Égypte avec une main puissante. »

Pourquoi est-il nécessaire d’avoir quatre passages distincts ? Nos Sages, dans leur souci des nuances, déduisent que Moché (Moïse) s’adressait à quatre catégories différentes d’enfants. Il est nécessaire de communiquer - comme le suggère la Torah - avec chacun de nos enfants ; toutefois, il est impératif de ne pas recourir au même discours ni au même registre linguistique pour chaque enfant. Ce que les méthodes pédagogiques modernes ont découvert au cours des cinquante dernières années, la Torah l’a formulé il y a 3300 ans en racontant l’histoire de l’Exode à travers quatre passages distincts, chacun visant un type spécifique d’enfant. Chaque enfant nécessite un langage personnalisé, adapté à sa constitution unique, à ses défis et à ses forces.

Dans les célèbres mots de la Haggadah :

La Torah parle de quatre fils : le sage, le rebelle, le simple, celui qui ne sait pas poser de questions.

Quatre directives fondamentales pour l’Éducation

Il convient d’accorder une attention particulière aux paroles de la Haggadah, qui contiennent quatre principes essentiels :

1) Nous ne nous adressons pas à un seul enfant ; à notre table se trouvent quatre types différents de jeunes. Ce qui s’avère efficace pour l’un peut ne pas être pertinent pour un autre.

2) Malgré leurs diversités, tous sont nos enfants bien-aimés. Ils ne sont pas des étrangers ; ils appartiennent à notre chair et notre sang. Aucun d’entre eux ne devrait jamais être rejeté.

3) La Torah n’est pas destinée à un seul type d’enfants ; elle concerne tous les enfants et contient des messages cruciaux pour chacun des quatre jeunes. Si nous n’arrivons pas à formuler les mots adaptés pour chacun d’eux, c’est que nous n’exploitons pas pleinement la sagesse de la Torah.

4) Le message de la Torah destiné à chaque enfant est singulier. Il est impossible d’utiliser les mêmes termes pour deux enfants.

Chaque communicateur sait qu’avant de transmettre un message, il est essentiel de bien connaître son public. Ainsi, Moché ainsi que la Haggadah nous mettent en garde : avant de partager l’histoire de votre héritage, de votre histoire et de votre foi avec la prochaine génération, vous devez « connaître votre audience ». Il est fondamental de consacrer du temps à comprendre la personnalité unique, tant ses

forces que ses défis, de votre « audience », c’est-à-dire vos enfants, afin d’adapter votre discours à chacun d’eux, d’une manière capable d’atteindre leur cœur.

Nombreux sont ceux parmi nous qui tentent d’échanger avec nos enfants lors de la nuit de Pessa’h, et durant d’autres occasions, mais échouent souvent à évaluer correctement leur public. Je peux m’adresser à l’enfant que j’aurais souhaité voir ou au jeune tel que je le conçois dans mon imagination. Cependant, comment puis-je être efficace si je ne comprends pas ce qu’ils perçoivent et vivent ? Qui sont-ils réellement ?

Qui sont ces quatre enfants ?

Quelle est la nature de cette agitation qui les entoure ? Pourquoi quatre et non cinq, six ou dix ? Pourquoi occupentils une place prépondérante dans notre expérience de Pessa’h ? Quelles sont leurs questions et pourquoi revêtent-elles une telle importance ?

La clé pour répondre à toutes ces interrogations réside dans la compréhension que ces quatre enfants ne sont pas extérieurs à nous ; ils résident en chacun de nous.1 Chacun d’entre nous se confronte ainsi ses propres quatre questions.

Quelles sont les quatre questions majeures relatives au Judaïsme ? Ces interrogations sont soulevées par chacun des quatre fils. Pessa’h est le moment où nous nous engageons à examiner ces dilemmes, tant dans notre propre esprit que dans celui de nos proches.

Le Fils Sage

Nous entamons notre réflexion avec l’enfant sage. Il s’agit de la première question relative au Judaïsme, émanant d’une personne qui valorise profondément la sagesse.

Le citoyen intellectuel se pose la question suivante :

« Quelle est la signification des stipulations, des décrets et des lois que le Seigneur notre D.ieu vous a ordonnés ? »

Cet individu, élève attentif du Judaïsme, manifeste une réflexion approfondie, une introspection significative et une curiosité manifeste. Il ne remet pas en question les principes rationnels du Judaïsme. Ce qui l’inquiète, en revanche, ce sont les diverses catégories de lois dans le Judaïsme, notamment les ‘houkim, ces lois qui semblent dépourvues de signification.

Nombre d’entre nous se posent cette question, d’une manière ou d’une autre. Peu d’entre nous ont un véritable problème (du moins sur le plan intellectuel) avec des préceptes tels que « Tu ne tueras point » ou « Tu ne voleras point ». Qui pourrait contester l’engagement du Judaïsme envers la charité, la justice, l’éducation, ainsi que son injonction à honorer son père et sa mère et sa mise en garde contre le retard de paiement aux employés ?

Mais pourquoi un D.ieu s’intéresseraitIl à des boîtes noires placées sur ma tête et

1. Cela s‘exprime dans la formulation hébraïque : « É’had ‘ha’ham, é’had racha… » «Un est sage, un est rebelle...» alors que la Haggadah aurait pu simplement énoncer : «Il y a quatre fils : le sage, le rebelle...». Le fait que le texte utilise l’expression « un est... un est... » pour chacun d’eux suggère que tous ces types sont inclus. En lisant ce passage, nous devons interpréter cela comme suit : «Il existe quatre mentalités ; l’une de mes mentalités est sage, une autre est rebelle», etc.

mon bras? Comment un diplômé rationnel de Harvard ou d’Oxford au XXIe siècle pourrait-il concevoir que manger une matsah croustillante lors de Pessa’h constitue un acte sacré ? Qu’en est-il de l’utilisation d’un mikvéh plutôt que d’une baignoire ?

Et comment pourrait-on considérer les crevettes comme nuisibles ? Un D.ieu est-t-Il réellement conscient de la différence entre du crabe factice et du crabe authentique ?

Un D.ieu logique se préoccupe-t-Il réellement de savoir si je cuisine pendant Chabbat ? Si je mange un cheeseburger ? Si je mélange laine et lin dans mes vêtements ?

La religion devrait prioritairement se concentrer sur l’éthique, sur l’idée d’être une bonne personne, décente, bienveillante et généreuse. Pourquoi toutes ces lois singulières et ces rituels ?

Une réponse étrange

La réponse que nous apportons à cette question «sage», à première vue, semble singulière ! ןיריטפמ

Informe-le des lois relatives à Pessa’h, y compris de la règle stipulant qu’il est interdit de manger après l’Afikoman.

Comment cette réponse aborde-t-elle une angoisse philosophique profonde ?

Les questions les plus essentielles de la vie échappent souvent à notre compréhension rationnelle. Malgré les avancées extraordinaires en science et en cosmologie, peut-il exister un être humain capable de saisir véritablement les mystères de l’univers ? Même le génie incommensurable d’un unique génome dans une seule cellule dépasse les capacités du kilo et demi de matière grise que nous possédons dans

notre crâne. D’où provient donc l’orgueil de penser que je peux cerner le Créateur ?

Le Judaïsme, il est vrai, valorise la pensée rationnelle et l’exploitation complète de notre intellect. Cependant, vers la conclusion du Séder, nous consommons l’Afikoman, cette humble matsah plate qui symbolise notre internalisation d’une vérité fondamentale : si D.ieu est réel, il serait insensé de tenter de Le réduire à nos facultés mentales limitées. La matsah, avec son humilité non levée et son absence de posture, se tenant là si plate et innocente, représente parfaitement l’acceptation de D.ieu selon Ses propres termes plutôt qu’en fonction des nôtres. Cela implique la reconnaissance qu’il existe des éléments qui peuvent parfois échapper à notre compréhension et qu’il est acceptable d’accepter cette réalité.

Il va sans dire que tout ce dont nous pouvons tirer une compréhension intellectuelle doit être poursuivi avec ardeur ; cependant, la réalité transcende notre entendement. Lorsque nous limitons notre existence uniquement à ce que nous comprenons, nous nous privons d’une relation avec la véritable réalité, celle qui est ultime et infinie : la source originelle et le noyau de tout.

Lorsque nous réalisons qu’il est vain de réduire notre relation avec D.ieu à nos perspectives limitées et étroites, alors nous comprenons que le plus grand plaisir dans la vie réside dans la capacité d’agir simplement parce que D.ieu l’a ordonné ; c’est cela qui permet d’établir un lien avec le cœur même de toute vérité, avec l’essence même de toute réalité et avec la vérité authentique et transcendante.

C’est le message que nous transmettons au sage membre de notre peuple : Laisse

persister le goût de l’Afikoman dans ta bouche. Ne consomme rien par la suite qui pourrait annihiler le goût de la matsah. Le goût de l’Afikoman - le goût d’une soumission humble à Dieu - est sans conteste le goût le plus doux au monde. Ne dilue pas cette expérience avec un autre aliment. Rien ne s’en approche !

« Ne mange rien après avoir digéré la matsah ! » Voilà le goût le plus profond et délicieux qui soit au monde.

L’athée

Récemment, j’ai eu l’occasion de discuter avec un individu athée. Il m’a affirmé qu’il ne croyait en rien qui ne puisse lui être étayé par des preuves irréfutables. Je lui ai répondu que je ne le croyais pas.

« Qu’est-ce que vous ne croyez pas ? » a-t-il demandé.

« Que vous ne croyez pas », ai-je rétorqué. « Pouvez-vous m’en fournir une telle preuve - au-delà d’un doute raisonnable ? »

« Eh bien, je vous le dis ! » a-t-il répliqué.

« Donc, ai-je poursuivi, je suis censé croire naïvement tout ce que vous me dites sans preuve ? »

Il est indéniable qu’aucun être humain n’est exempt de croyances. La croyance est à l’humanité ce que la lumière du soleil est à la forêt. Sans croyance, il n’y a pas de vie.

Si les couples ne croyaient pas «en un avenir radieux pour leurs enfants, si les parents ne nourrissaient pas l’espoir que leurs enfants grandiront et que leurs efforts seront récompensés - oh, quel monde désolé serait le nôtre !

L’enfant déprimé

Quelle est la question suivante qu’un enfant pourrait poser au sujet du Judaïsme ?

Cet enfant est désigné sous le terme de « ben racha », ce qui veut dire le fils méchant ou le fils rebelle. Toutefois, une traduction plus subtile et précise serait celle de « fils déprimé » ou «fils brisé ». En effet, comme nous allons le démontrer, il n’est pas aussi malveillant que l’on pourrait le supposer. Écoutons ce qu’il a à dire :

Quelle est cette entreprise que vous menez ici, servant D.ieu et entretenant une relation avec Lui ? Comme s’il avait du temps à vous accorder. Si vous croyez en D.ieu, il est audacieux de votre part de prétendre que vos modestes actions peuvent susciter Son intérêt et attirer Son attention !

Cet enfant, comme c’est souvent le cas chez les rebelles, les cyniques, les moqueurs, les railleurs et les enfants en proie à l’aliénation, éprouve (de manière consciente ou inconsciente) une douleur intérieure profonde. Il lui est impossible de croire qu’il possède une beauté, une grâce, telles que D.ieu Lui-même désirerait établir un lien avec lui. Il soulève une question fondamentale : si D.ieu existe véritablement et qu’Il est infini, il semble absurde de penser que D.ieu se préoccupe de moi et de mes comportements. Il est ridicule de supposer que notre vie a un sens véritable et absolu.

Et si la vie est fondamentalement dépourvue de sens, alors la seule

manière d’atténuer la souffrance liée à ce vide existentiel consiste à se tourner vers des distractions, des addictions, la consommation excessive, le narcissisme et une obsession pour le matérialisme. Tous les «racha» ne sont pas véritablement des rebelles. En effet, la rébellion naît souvent d’un sentiment intérieur d’inutilité. Ma vie n’a pas d’importance ; je suis une erreur aléatoire, un grain de poussière dans un univers en perpétuelle expansion.

Il s’agit d’une lutte que beaucoup d’entre nous endurent. Parfois, nous nous levons le matin, animés par la passion pour la vie, l’amour et un sens profond de notre existence ; parfois nous émergeons simplement avec la sensation que rien ne revêt réellement d’importance. Comment puis-je célébrer quelque chose qui paraît si dénué de signification ?

Le Problème EST la Solution

La réponse à cette question est profondément émouvante. Dites-lui, affirme la Haggadah, que c’est «À cause de cela que D.ieu m’a tiré d’Égypte.» “Baavour Zéh.” En raison de notre imperfection en tant qu’êtres humains, si insignifiants comparés à un D.ieu infini, facilement tentés, rapidement distraits, mortels, fragiles et faibles, c’est précisément pour cette raison que D.ieu a choisi d’établir une relation avec nous.

La fondation même de la question posée par le racha repose sur sa réponse. Pensezvous réellement que D.ieu s’intéresse au grandiose et à l’impressionnant ? Il en a largement en suffisance entre Son essence infinie et Ses anges parfaits ! Ce qui capte véritablement Son attention, c’est lorsqu’un

être humain petit et fragile, accablé par des troubles et des imperfections, se présente et déclare : «Je suis ici ; je souhaite devenir ton partenaire dans l’œuvre de réparation du monde.» L’objectif même de la création réside dans le désir de D.ieu d’établir une relation avec quelque chose (qui se perçoit comme) «extérieur» à Lui-même - quelque chose qui n’est ni infini, ni éternel, ni parfait, ni exempt de défauts. C’est notre «petitesse» qu’Il trouve si attrayante et irrésistible. C’est notre simple humanité qui compte le plus. Ainsi, ta petitesse est ta grandeur.

Ne vous laissez pas distraire par les dents

Comment cela se traduit-il dans la réponse de la Haggadah ? Celle-ci déclare : « Aiguisons ses dents. »2. Cette formulation semble peu propice à une compréhension empathique. Pourtant, un message profond émerge de cette déclaration. Il arrive que les paroles de nos enfants nous infligent des douleurs semblables à des morsures. La Haggadah nous confronte à cette interrogation : pouvons-nous transcender les morsures de ces « dents » ? Sommes-nous capables de mettre de côté notre douleur et de prêter attention aux murmures des âmes de nos enfants, dissimulés derrière des mots mordants, acerbes et tranchants ? Peut-être cet enfant nécessite-t-il votre présence émotionnelle accrue ? Ressent-il/ elle le besoin d’éprouver davantage votre compassion ? Cet enfant requiert-il plus de compréhension et de sensibilité ? Pouvezvous percevoir l’anxiété latente, la dépression ou le traumatisme qui l’affectent ? Pouvezvous discerner l’impuissance intérieure,

2. Les traductions telles que « lui frapper les dents » ou « lui asséner un coup sur les dents » ne sont pas précises. Le terme « hakha » (avec un Kaf et non un Kouf) signifie « émoussé, non aiguisé, dilué ».

le désespoir et ce sentiment d’inutilité qui habitent son esprit ?

De surcroît, il est impératif que nous aidions cet enfant à atténuer sa perception négative de lui-même ou d’elle-même. Nous devons encourager nos enfants à célébrer leur existence et à reconnaître la valeur de leur âme. Il est impératif de cesser ce processus d’autodénigrement et de ne plus se considérer comme insignifiant ou dépourvu de valeur. D.ieu vous aime. Il a besoin de vous. Il vous désire. Il est si fier de vous ! Vous êtes petit(e) ? Certes, c’est précisément pour cela qu’Il vous veut et prend soin de vous – car le D.ieu infini cherche une relation avec l’âme finie qui unit l’infini au fini.

L’Enfant égoïste

Nous nous tournons maintenant vers le troisième enfant, le tam, qui se traduit littéralement par «le fils complet». Il représente l’exact opposé de ses prédécesseurs. Si le rebelle ou le cynique estime qu’il est sans valeur et que D.ieu ne se souciera jamais réellement de ses actions, celui qui est dit «complet» représente cette voix intérieure si empreinte d’arrogance qu’il en vient à croire que tout succès ou échec repose uniquement sur l’action humaine.

elle affirme que nous sommes toutpuissants. Nous n’avons besoin de rien ni de personne au-dessus de nous. Nous sommes les maîtres de notre propre destin. Nous n’avons aucune obligation envers autrui.

C’est la troisième question que nous pouvons poser concernant le Judaïsme. Il est important de noter qu’à l’époque ancienne, lorsque la compréhension scientifique était limitée, les individus avaient besoin de D.ieu pour expliquer l’univers et son absurdité. La superstition régnait alors. Mais maintenant que nos connaissances en science et en biologie ont considérablement progressé, cessons de mêler D.ieu à cette image.

C’est un don

La réponse que la Haggadah adresse à cet enfant est : Be’hozek Yad ! Avec une main forte, D.ieu nous a tirés d’Égypte.» Par nos propres moyens, nous ne serions pas en mesure de lever le moindre doigt. Nous avons été libérés d’Égypte, non pas grâce à nos compétences individuelles, mais en raison de Son «bras puissant».

Le fils complet, ou l’enfant égoïste, s’interroge : «Qu’est-ce que c’est que cela ?» Regardez comme je réussis. Je suis une histoire à succès. Pourquoi mêler D.ieu à cela ? Quel est ce comportement étrange d’adorer D.ieu ? Nous nous en sortirons très bien sans Lui.

Cette mentalité ne conçoit pas que nous sommes petits et sans valeur. Au contraire,

Lorsque les circonstances sont propices, il arrive fréquemment que nous tombions dans la complaisance et l’insensibilité face au miracle de la vie. Est-il normal que notre univers et notre planète continuent d’obéir aux règles prévisibles que nous désignons sous le terme de «lois de la nature», permettant ainsi la pérennité de la vie ? Estil logique qu’une cellule se transforme en 40 trillions de cellules, chacune contenant le manuel du programme pour l’ensemble de l’organisme ? Est-il rationnel que notre petit cerveau croisse jusqu’à contenir 100 milliards de neurones et 100 trillions de connexions ? Est-il sensé que l’interaction des graines, du sol, de l’air, de l’eau et du

soleil engendre une myriade de types de fruits, légumes et plantes ?

Dans les moments d’extase, les individus ressentent souvent qu’ils dominent le monde et n’ont besoin de personne. Ils oublient leur humanité et leur simplicité. Ils négligent le fait que chaque respiration, chaque battement cardiaque, chaque flux vital, ainsi que toute inspiration et énergie proviennent du Créateur et source ultime de toute vie.

La pandémie de coronavirus a mis en lumière l’absurdité d’un scientifique empreint d’arrogance.

Le Taureau & L’Écusson

Un agent des DEA (agence chargée de lutter contre le trafic et la distribution des drogues) s’est arrêté dans un ranch au Texas pour s’entretenir avec un vieux rancher. «Je dois inspecter votre ranch pour rechercher des cultures illégales.» Le rancher répondit : «D’accord, mais ne pénétrez pas dans ce champ là-bas.» L’agent des DEA rétorqua avec véhémence : «Monsieur, j’ai l’autorité du gouvernement fédéral avec moi !» En plongeant sa main dans sa poche arrière, l’agent arrogant sortit son badge et l’exhiba fièrement devant le rancher. «Vous voyez ce badge ?! Ce badge signifie que je peux aller où bon me semble. Pas de questions posées ni réponses fournies ! Ai-je été clair ? Comprenez-vous ?!» Le rancher hocha poliment la tête, s’excusa et reprit ses occupations.

Peu après, le vieux rancher entendit des cris perçants ; il leva les yeux et aperçut l’agent des DEA courant pour sauver sa vie,

poursuivi par le gros taureau Santa Gertrudis (très massif) appartenant au rancher. À chaque foulée, le taureau rattrapait l’agent qui semblait être sur le point d’être blessé avant d’atteindre un lieu sûr. L’agent était terrifié.

Le rancher abandonna ses outils, courut vers la clôture et cria aussi fort qu’il pouvait : «Votre badge ! Montrez-lui votre BADGE !»

Le Fils qui ne se soucie pas de demander

Enfin, nous arrivons au quatrième enfant : “celui qui ne se soucie pas de demander.”3 Son état d’esprit ne le pousse pas à affirmer que tout doit être rationnel (le fils sage), il ne considère pas la vie comme dénuée de sens ni que Dieu n’apprécie pas ses actions (le fils déprimé), il n’attribue pas l’ensemble de succès et de ses capacités proviennent à ses seuls talents ou à son égo (le fils complet). Ce qu’il exprime est : «Regardez-moi ici ; vous avez toutes les bonnes intentions mais mon cœur n’est simplement pas engagé. Cela ne revêt aucune signification pour moi. C’est ennuyeux.»

:רמאנש

Une expérience suffisamment commune pour nous tous, à certains moments. Il ne s’agit pas d’une question fondée sur la théologie ou la philosophie ; c’est simplement celui ou celle qui dit : Je m’en moque tout simplement. Je n’éprouve aucune émotion face à cela. Je ne sais même pas quoi demander car je n’ai aucun intérêt

3. La traduction courante de l’expression est « celui qui ne sait pas poser de questions ». Cependant, le terme hébreu pour « ne pas savoir » implique en réalité une notion de « déconnexion », comme dans le verset : « Et Adam connut Ève ». Cet enfant se sent déconnecté. Il n’est pas incité à poser des questions. Il fait preuve d’apathie.

à poser des questions.

Ainsi, la Haggadah nous exhorte : at peta’h lo. « Tu dois ouvrir le cœur. » Vous êtes celui qui doit inspirer cette personne. Il n’existe aucun enfant véritablement indifférent ou insensible ; cet enfant n’existe tout simplement pas. Au contraire, il vous incombe à vous d’ouvrir son cœur. Peut-être n’avez-vous pas trouvé les mots justes ou l’approche appropriée. Il se peut également que vous deviez plonger plus profondément en vous-même afin d’établir une relation bien plus authentique avec D.ieu. Ce qui émane véritablement de votre cœur saura toucher son cœur également. Travaillez sur vous-même ; analysez vos motivations intérieures ; interrogez-vous sur leurs origines : proviennent-elles d’un lieu d’amour ou plutôt de colère ; viennent-elles d’une acceptation ou relèvent-elles plutôt

de l’intolérance. Sont-elles issues d’un état harmonieux ou résultent-elles plutôt d’une insécurité ? Une chose est certaine : Si vous investissez pleinement votre âme, vous aurez la capacité d’éveiller cette personne. Chaque individu aspire à mener une existence authentique. Chacun désire profondément vérité, profondeur, dignité, ainsi qu’une dimension spirituelle enrichissante. Cependant si nous négligeons le travail sur nous-mêmes afin que notre Judaïsme soit profondément ancré et authentique, il se pourrait bien que jamais nous parvenions à toucher ces âmes-là . Ce n’est nullement leur faute ; c’est entièrement la nôtre.

Vous pouvez ouvrir son cœur, affirme la Haggadah. Dieu croit en la jeunesse. Vous devez également y croire !

Traduit avec l’aimable autorisation de Rav Y.Y. Jacobson - www.theyeshiva.net

La poupée d’Amérique Simmy More

La poupée

Une petite fille choisit une poupée en bois ou en plastique comme l’un de ses jouets. Cette poupée représente un enfant qu’elle peut nourrir, choyer et à qui elle peut exprimer de l’affection. Bien qu’il ne s’agisse que d’un jouet parmi tant d’autres, cet objet joue un rôle pédagogique essentiel en préparant la petite fille à assumer ce qui sera son rôle dans la vie : élever des enfants, répondre à leurs besoins et en être responsable. Cela constitue une leçon d’éducation significative. Il incombe aux parents et aux enseignants de former les jeunes dès leur plus tendre enfance à accomplir - et à bien réaliserce qui sera un jour leur vocation et leur responsabilité.

Le Rabbi

Si’hot Kodech, 27 Menachem Av, 5738 (1978)

Becky était la reine de la classe. En réalité, elle était plutôt considérée comme la reine de l’école.

Les professeurs l’adoraient ; elle était très belle, pétillante et intelligente. Elle avait tout pour elle. Bien que toutes les filles la trouvent « snob », elles recherchaient toutes son approbation.

Si Becky faisait un compliment :« J’aime ta coupe de cheveux », la fille qui en avait été honorée resplendissait pendant toute la semaine.

Si Becky s’exclamait : « Oh ! Il fait tellement chaud aujourd’hui, j’ai très soif » dix filles se battaient pour arriver la première à la fontaine et lui rapporter de l’eau.

Becky restait impassible devant sa posture sociale et sa popularité. A six ans, elle y était déjà habituée.

Son père était un grand et bel homme, avec une moustache, doté d’une présence remarquable, même lorsqu’il ne prononçait pas un mot. On chuchotait qu’il était le plus ancien officier des Forces de Défense d’Israël (IDF).

La mère de Becky ne laissait pas une impression moins éblouissante. Elle était intelligente, élégante, s’exprimait bien, avec une légère trace d’accent étranger. Sa fille aînée, Miriam, était superbe, le visage entouré d’une foison de boucles blondes et un comportement qui criait : « Je n’en ai rien à faire ! »

Il n’était pas rare que Becky vienne à l’école en exhibant une nouvelle acquisition. Nos yeux s’ouvraient émerveillés devant

le nouveau gadget ou le nouveau jouet, remplis d’admiration. Bien sûr, nous n’avions jamais le droit d’y toucher.

Nous enviions toutes Becky. A mon avis, c’était la fille la plus chanceuse qui soit.

Un jour, elle vint à l’école avec un appareil photo polaroïd. Quand elle nous en expliqua le fonctionnement, nous avions du mal à le croire. C’est alors qu’elle s’écria : « Je peux vous le prouver ! Celle qui grimpera la première au sommet de l’arbre méritera que je la prenne en photo avec mon polaroïd. » Évidemment le chaos s’ensuivit, les filles grimpant les unes sur les autres.

Bien décidée à arriver en haut avant toutes les autres, je me débattis parmi mes camarades qui hurlaient à qui mieux mieux. Égratignée, pleine de bleus et de bosses, de la tête aux pieds, j’eus quand même la force de rassembler mes forces et de crier : « J’ai réussi, j’ai gagné ! »

Becky prit la photo avec son appareil scintillant et cria : « Bravo ! »

Jusqu’à ce jour, j’ai conservé cette photo dans mon album. En 1970, en Israël, les occasions de prendre des photos étaient bien rares, alors c’était un véritable privilège.

Par un jour de juin ensoleillé, Becky arriva à l’école et nous annonça :

« Je vais recevoir une nouvelle poupée, la plus grande poupée au monde. Elle ouvre et ferme les yeux et quand on appuie sur son ventre, elle dit :’Maman’ ! »

C’en était trop pour nous et des cris fusèrent :

« Ce n’est même pas ton

anniversaire ; pourquoi tu recevrais un tel cadeau ? » « Tu as déjà une douzaine de poupées, pourquoi en as-tu besoin d’une autre ? »

« Waw ! Tu en as de la chance ! Tu reçois toujours les plus beaux cadeaux ! »

« Ça n’existe pas une chose pareille, une poupée qui peut parler ! C’est ridicule ! »

Rien ne venait entamer le bonheur radieux de Becky. Elle déclara :

« Mon père est parti en Amérique et il va me rapporter cette immense poupée. Je sais déjà quel nom je vais lui donner. Elle est blonde comme moi ! »

« Amérique ? Amérique ? » Nous ne connaissions pas.

Elle nous expliqua que l’Amérique était un pays lointain et qu’on y trouvait tout ; son père y était allé pour lui rapporter cette poupée spéciale parce qu’elle aussi était si spéciale.

Cette nuit-là, j’étais allongée dans mon lit et des douzaines de questions m’assaillaient ;

« L’Amérique ? Est-ce que cet endroit existe bel et bien ? » Je l’imaginais comme une autre planète, se balançant gaiement dans le ciel immense. Un endroit avec des bonbons et des sucettes à la place de l’herbe, des bûches au chocolat à la place des arbres, des rues où s’alignaient des magasins de jouets et un ciel bleu et un soleil qui n’arrêtait jamais de briller.

Je me demandais si moi aussi, un jour, je pourrais aller en Amérique et voir de mes propres yeux toutes ces merveilles…

J’avais une poupée. Franchement, elle ne méritait pas vraiment ce nom car au fil du temps, elle avait perdu son bras gauche et peu après l’une de ses jambes. Elle était assez petite et avait aussi presque perdu sa tête, un jour que mon facétieux petit frère la lui avait à moitié arrachée pour s’amuser. Après des torrents de larmes et des cris, la petite tête blonde avait été réinstallée au somment d’un corps en plastique, sans bras ni jambe. Elle n’avait pas de nom mais c’était le seul jouet que je possédais.

d’Amérique pour pouvoir voir la poupée et peut-être avoir assez de chance pour la tenir.

Les semaines passèrent et le voyage de retour du père fut repoussé. Une ou deux filles jalouses chuchotaient en secret derrière son dos : « Il ne va pas y avoir de grande poupée qui parle : elle a sûrement tout inventé ! »

Quatre semaines passèrent et, à notre grande surprise, Becky arriva à l’école avec la plus grande poupée qu’aucune d’entre nous aurait imaginer exister. J’ai pensé qu’elle était presqu’aussi grande que moi, et moi, j’étais grande ! (J’avais presque six ans !)

Becky nous expliqua qu’il avait fallu du temps pour recevoir la poupée parce que l’Amérique est un pays lointain et qu’ils avaient encore dû attendre parce que la poupée avait besoin de piles pour parler.

Chaque semaine, Becky et la bande de filles à l’école attendaient le retour de son père

A partir de ce jour-là aucune d’entre nous n’imagina qu’elle ne disait pas l’absolue vérité sur cet endroit magique, sur le nombre inimaginable de jouets qui s’y trouvaient ; nous étions toutes remplies de jalousie.

Pourquoi ne pouvions-nous pas,

nous aussi avoir un père qui était allé en Amérique ? Je me rappelle avoir ressenti un pincement au cœur quand j’ai pensé : « Rien comme ça ne m’arrive jamais à moi ! Je suis juste Simmy, une fille ordinaire ! Je ne serai jamais la chouchoute de la maîtresse. Je ne serai jamais celle qui commande à tout le monde comme Becky. Je ne serai jamais populaire…peut-être parce que je n’ai pas une immense poupée qui parle, qui ouvre et ferme les yeux et qui peut dire ’ Maman’ ».

A partir de ce jour-là, les paquets d’Amérique devinrent réguliers. Toutes les deux semaines, elle venait à l’école avec un nouveau jouet, une nouvelle merveille, un livre de coloriage, un puzzle ou une nouvelle boite de crayons de couleurs. Un jour, elle reçut un énorme train électrique avec sa gare que sa sœur l’aida à construire sur la table de la cantine.

Lorsque vint ‘Hanoukah, encore une douzaine de cadeaux arrivèrent d’Amérique, mais celui qui envoyait les cadeaux ne venait jamais les livrer en personne. C’était sa mère ou sa sœur Miriam qui apportaient les cadeaux emballés à une Becky dont les yeux scintillaient.

Quand ce fut Pourim, son père n’était toujours pas revenu de ses voyages. La mère de Becky semblait avoir perdu l’éclat profond qui l’avait toujours animée. Elle avait l’air grise, vieille et triste.

Un jour, j’ai décidé d’interroger mes parents sur l’Amérique. J’ai demandé à mon père :

« Est-ce que tu vas aller en Amérique et me rapporter une grande poupée comme celle de Becky ?

- En Amérique ? s’est étonné mon père. Pourquoi tu me poses des questions sur l’Amérique ?

- Oui, oui ! l’Amérique ! Le père de Becky y est allé et elle a reçu tellement de cadeaux extraordinaires !!!! Toi aussi tu vas aller en Amérique ?

Mon père me regarda tristement et soupira :

- Oh Ma petite chérie ! Ne comprends-tu pas ? Ils ont juste remplacé le mot « Ciel » par le mot « Amérique » ! L’officier Berkowiz a perdu la vie à la guerre. Hélas ! Son papa ne va pas rentrer à la maison. Il n’est pas en Amérique, il est dans le Olam Haba (Monde Futur).

Cet épisode restera probablement gravé dans ma mémoire pour le reste de ma vie. Ce fut ma première expérience de jalousie extrême. Ce fut aussi ma première rencontre avec la mort.

Après cela, je ne fus plus jamais jalouse de rien ni de personne. Je me rappellerai toujours l’Officier Berkowicz et la poupée grandeur nature qui ferme et ouvre ses yeux et dit « Maman » quand on appuie sur son ventre.

La Torah nous met en garde contre la vanité de la jalousie qui n’apporte que douleur et amertume. Quand je me souviens de Becky et de ma petite personne de six ans, je réalise que je ne comprends pas toujours les « pourquoi » et les « comment » de la vie. Quand je regarde autour de moi ce que les gens possèdent et que je me demande pourquoi les choses ne vont pas comme je le voudrais, je réalise que la seule chose importante est d’avoir confiance que D.ieu est derrière chaque chose, chaque mouvement, chaque centime, chaque action.

Même derrière chaque poupée et chaque train électrique.

Madame Lévyne par M. UZAN

Cette année, le jour de Youd Alef Nissan (11 Nissan), sera le 4ème Yohrtzeit (azkarah) de Madame Levyne.

Je me souviens de son sourire, doux et toujours égal.

De ses mots toujours positifs et rassurants.

De son calme, de sa patience, des heures passées avec elle.

Elle m’a tant apporté, à des moments où on se trouve parfois, fragile et démunie devant les évènements.

Celles qui l’ont connue se souviennent

de son approche unique de la médecine, de sa petite machine à écrire à clavier d’où sont sorties tant d’ordonnances et de prescriptions d’examens.

Et oui, en sortant de chez elle ; de son appartement cabinet si chaleureux, de son bureau si rassurant, on démarrait le marathon des analyses et examens pour les dix jours à venir.

Car sa douceur cachait une extrême rigueur.

Il fallait tout contrôler, et surtout dans tel laboratoire ou dans tel service

hospitalier. Sans jamais lever la voix, elle nous guidait dans notre quête d’une bonne grossesse, de bonnes suites de couche, de bonne forme physique, dans une vie de famille remplie d’enfants. Ou pas. Sur ces ordonnances étaient notés son nom et sa spécialité : Infertilité.

Quelle finesse pour définir son travail ! L’énergie que Madame Levyne a déployée pour aider toutes celles qui lui ont demandé de l’aide, nous ne pourrons jamais l’imaginer. Là où d’autres médecins abandonnaient, renonçaient, elle s’accrochait avec courage et conviction ; et combien, ces qualités ont donné de ‘Hanna, Mendy, Yossi… Et même parfois, plusieurs à la fois. Elle travaillait de concert avec D.ieu. Elle aidait la nature, par la science et a vu des miracles de la vie. De vies qui nous entourent et qu’on ne soupçonne pas. Car Madame Levyne était avant tout Docteur Levyne. Et sans l’heureuse maman qui racontait son miracle, nul ne l’aurait su.

Vous avez accompagné nos vies pour certaines, nos fêtes et nos enfants devenus grands. Je vous revoie au mariage de ma fille aînée, Sterna. Élégante souriante.

Vous avez dispensé votre sagesse de la vie quand ce fut nécessaire, et vous avez ma gratitude à jamais.

Certaines, j’en suis sûre, se joindront à cet hommage si modeste, comparé à ce que l’on vous doit.

Vous aimiez beaucoup la musique classique et un fond sonore reposant accompagnait nos visites.

Dans votre salle d’attente, des catalogues de galeries d’art, des livres savants. Jamais rien d’ordinaire, tout comme vous. Un style, une classe. Et une grande, très grande simplicité. La simplicité des grands !

Je n’ai jamais connu son âge.

Je ne l’ai appris que lorsqu’elle nous a quittés, il y a cinq ans, dans la tourmente infernale du Covid.

Un mois plus tôt, je lui avais parlé au téléphone.

Elle était en maison de repos.

« Venez me voir ! mais après, quand tout cela sera passé ! »

Trop tard, je ne vous ai pas revue et j’ai appris avec tristesse votre décès. Et votre âge.

Quand je pense, que deux ans plus tôt j’étais en consultation chez vous : vous avez exercé jusqu’au bout. Et nous avons bénéficié de vos précieuses attentions jusqu’au bout.

Chochana Bat Meïr - Rose fille de lumière a"h.

Que votre mérite soit une source de bénédictions !

PHARMACIE TOUBOUL

112 Avenue de Paris 94300 Vincennes

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