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N° 13 – SEPTEMBRE 2015 CHF 12

ULTRA-MODE

LES TENDA NCES DE L A SA ISON

DONNA KARAN

U NE V IE COMME U N ROM A N

STYLISTES DE STARS L’H A BIT FA IT L A V EDETTE

MUSES ET MODÈLES 7 FEMMES SUISSES INSPIR A NTES

POUVOIR FÉMININ PAUL INA PANAS EN GIORGIO ARMANI E T VERSACE. www.lofficiel.ch


Rückenhöhe einf.


NUMÉRO

7/2015

RÉDACTRICE EN CHEF

SA NDR A BAUK NECHT DIRECTEUR DE L A PUBL ICATION

STEFA N HOTTINGER-BEHMER

EDITORIAL DIRECTOR

MANAGING EDITOR

SENIOR EDITOR

DÖRTE W ELTI

LI V I A ZA FIR IOU

STÉPH A NE BON V IN

SENIOR CONTRIBU TING EDITOR

EDITORIAL COORDINATOR

BE AU T Y EDITOR

K ATH A R INA SA ND

LENA STÄ HELI

VA LESK A JA NSEN

L ENA.STAEHEL I@LOFFICIEL .CH

ART DIRECTOR

R EINH A R D SCHMIDT STAGE

TIFFA N Y K EHR LI TR ADUCTION

CORRECTION AL L EMAND & FR ANÇAIS

FINTR A NS

DATAWOR DS

W W W.FINTR ANS.CH

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ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO TEXTES LISA ARMSTRONG, MATHILDE BERTHIER, PATRICK CABASSET, ISABELLE CAMPONE, HERVÉ DEWINTRE, PATRICK HEVEN, VALÉRIE FROMONT, ADRIAN FORL AN, SIEMS LUCKWALDT, MARION RENARD, K AREN ROUACH, LÉA TRICHTER-PARIENTE, DR. PHIL RUTH-GABY VERMOT-MANGOLD, FRÉDÉRIQUE DEDET RÉALISATION LISA JOUVIN ILLUSTRATION SARAH GASSER PHOTOGRAPHIE MARCELLO ARENA, MICHÈLE BLOCH-STUCKENS, CHRISTOPHE BOUQUET, BENJAMIN BORNA ZZINI, JOANNA LORENZO, CHRISTIAN DIETRICH, CÉLINE DOMINIAK, CHARLOT TE EVRARD, SASCHA HEINTZE, ANDREA MONICA HUG, MARCIO MADEIRA, LOUIS DAVID NAJAR, ADELE OBICE, CLEMENT PASCAL, NACER PAUL, NICOL AS SCHOPFER, OLIVIER Z AHM ST YLISTES VANESSA BELLUGEON, OLIVIA BIDOU, VANESSA COCCHIARO, GIULIA METERANGELIS, EMILY MINCHELL A, ANNA NERET TO, YOSHIHIRO HIDAK A MAQUILL AGE/COIFFURE LUCA CIANCIOLO, EL ENA GENTIL E, MICHEL L E MAT THE WS, IVONA MILOSE VIC, VAL ERIO SESTITO, TAK AYOSHI TSUKISAWA , RONA REPS, ROY L IU, CYRIL L AFORÊ T, VICHIK A YORN, HUGO R AIAH, DARIAH DAY, L E TIZIA ABBATIEL LO, MATHEUS H.L IMA TR AITEMENT DE L’IMAGE DE L A COU VERT URE SÜS STRUNK & JERICKE, ZURICH

TRAITEMENT DE L’IMAGE PUBL ICIS COMMUNICATIONS AG, ZURICH PRE-PRESS NIK EMCH, NORA HALPERN, ANGELINA SOFIA

ÉDITEUR BLOND PUBLISHING AG BELLERIVESTRASSE 49, 8008 ZÜRICH TÉL. +41 44 733 45 45, WELCOME@LOFFICIEL.CH, W W W.LOFFICIEL.CH


THERE ARE EXCEPTIONS TO EVERY RULE.

MILLENARY SERTIE DE DIAMANTS.

GENÈVE BOUTIQUE AUDEMARS PIGUET PLACE DE LA FUSTERIE 12, TEL: +41 22 319 06 80 MONTRES PRESTIGE GRAND HOTEL KEMPINSKI, TEL: +41 22 732 83 00


CEO & DIRECTEUR COMMERCIAL

OLI V ER BURGER PUBL ISHER & DIRECTEUR MARKE TING

STEFA N HOTTINGER-BEHMER

CONSEIL JURIDIQUE

PR & MEDIA REL ATIONS

R ITTER & PA RTNER

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FIDUCIAIRE

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INTERNATIONAL & MARKE TING DIRECTOR

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CONTENU

POWER WOMEN 48 LE FACTEUR DE PUISSANCE – Introduction par Ruth-Gaby Vermot-Mangold 50 NOS POWER WOMEN 62 WORK IT! – Puissance et mode, rétrospective et prospective 68 SCULPTEURS DE STYLE – Les nouveaux seigneurs des apparences

MODE 96 112 124 136 148 160

JEUX DE RÔLES – photographiée par Michèle Bloch-Stuckens.

EN COUVERTURE – Jeux des rôles BORN IN THE 80’S ROAD TRIP COLOSSAL JARDIN DES DÉLICES LE SAC «AMIULET» PAR MIU MIU

BEAUTY 172 NEWS 174 SISLEY– Les 1001 orients 178 DEBBIE HARRY– French kissing in the USA

N°13 – SEPTEMBRE 2015

RENDEZVOUS 12 18 20 22 24

IMPRESSUM EDITORIAL CONTRIBUTEURS NUANCIER – Les feux du rouge CHEMISE BLANCHE – Dilan Anja Gropengiesser

NEWS 26 MODE ET BIJOUX

BIJOUX 32 33 34 36 39

TENDANCE MONTRES – Colorama TENDANCE MONTRES – Old school TENDANCE MONTRES – Diamantissime HARRY WINSTON – Diamants de cœur ANATOMIE D’UNE MONTRE – La «J12 Tourbillon Volant Squelette» de Chanel 164 HAUTE JOAILLERIE - Attache-moi

STYLE 30 38 40 42 43 44 45 46 47 58 73

DRESSING 2.0 DANS LE SAC FENDI – Karl au poil TENDANCE – Grand déjeuner ANATOMIE D’UN SAC – Le «View Bag» de Jil Sander LUBIES - Tout d’une grande KINKY BOOTS – Droit de hauteur TENDANCE – Belle de nuit LE CHOIX DE... Wooster MODE ÉMOI – Le nouveau phénomène culturel HOTLIST – Les tendances forte de la nouvelle saison 2015

LA VIE 180 186 190 194 200 204

LE MONDE DE GABI HEARST L’ICÔNE – Chloë Sevigny HIPSTER PORN – Quand la mode sexe prime PRIMA DONNA KARAN - Star de la mode MARIA LUISA - Sa dernière leçon d’élégance MODE MAISON - D'ors et de gris

TRAVEL 206 207 208 212

NEWS LES HAMPTONS – Lauren Santo Domingo SUITE TALK – Seerose ISTANBUL – Sur les pas de Bex Manners

LA NUIT 214 216 217 218 220

ART IN THE PARK ACTION INNOCENCE CANDY COLOURS PAR BUCHERER TIFFANY & CO À GENÈVE DIVINE SOIRÉE: DE GRISOGONO À CANNES

INSIDER 224

LE SAVIEZ VOUS... FAÇONNABLE

N° 13 – SEPTEMBRE 2015 CHF 12

ULTRA-MODE

LES TENDA NCES DE L A SA ISON

DONNA KARAN

Paulina Panas en Armani et Versace photographiée par Michèle Bloch-Stuckens.

U NE V IE COMME U N ROM A N

STYLISTES DE STARS L’H A BIT FA IT L A V EDETTE

MUSES ET MODÈLES 7 FEMMES SUISSES INSPIR A NTES

POUVOIR FÉMININ PAUL INA PANAS PORTE GIORGIO ARMANI E T VERSACE www.lofficiel.ch

Stylisme Olivia Bidou Coiffure Cyril Laforêt Maquillage Vichika Yorn Assistant photo Janusz Klepacki


DGrosmangin/MMorazzani

collection « flora »

www.adler.ch

BOUTIQUE GENÈVE 23 rue du Rhône +41 22 819 80 26 GSTAAD . LONDON . DOHA . BAKU . HONG KONG


Chère lectrice, Bienvenue dans notre toute première «Power Issue». Cette édition de la rentrée est en effet spécialement consacrée aux «power women» – autrement dit à des femmes fortes, à des leaders d’opinion, à des personnalités dont l’action et l’aura peuvent inspirer nos vies. Philanthropes ou entrepreneuses, scientifiques ou paysannes perdues dans le désert, politiciennes ici ou militantes qui luttent, héroïquement, contre un pouvoir qui les oppresse, CEO ou mères de famille. Des femmes qui en veulent, qui portent plusieurs casquettes et qui ont du courage – ce qui les rend, souvent, très, très belles. Vous trouverez donc par exemple, à partir de la page 50, toute une série de portraits de ces brillantes figures qui vivent dans notre pays, qui font bouger les choses, et dont nous pouvons être toutes – et tous – fiers. Tellement, que nous avons décidé, à L’OFFICIEL Suisse, de renouveler cette opération à chaque nouvelle rentrée. Extérieurement, qu’est-ce qui souligne l’action d’une power woman? Son look, notamment. En pages 73 et suivantes, vous trouverez toutes les grandes tendances de la mode pour l’Automne-Hiver. Lorsque nous nous sentons bien dans notre peau, y compris au sens le plus littéral du terme, nous donnons une toute autre impression. Car oui, l’habit fait vraiment le moine, contrairement à ce que dit le dicton. Et le vêtement fait la force. Notre apparence nous permet de nous glisser dans différents rôles, de faire passer nos messages, de nous exprimer. À cet égard, les premières secondes d’une rencontre sont souvent décisives. Avoir du style ne dépend pas de son budget, l’important étant de connaître ses points forts et de savoir comment les souligner. D’ailleurs, à Hollywood, même les stars ultra-nanties ne peuvent plus se passer de leur styliste qui les aide à cerner et à exprimer leur personnalité. Vous trouverez les portraits des plus influents de ces «faiseurs d’allure» en page 48. Passionnant! Donna Karan. S’il y en a une qui aura habillé et incarné la power woman, c’est elle, non? Justement, après 30 ans de carrière, l’Américaine vient de décider de se retirer de ses fonctions de designer en chef de la marque qui porte son nom. Cette icône de la mode a créé, au milieu des années 1980, l’expression «power dressing» en lançant une collection de sept pièces qui se combinent entre elles et qui ont révolutionné la garde-robe des femmes au travail. Lisez son portrait en page 194. Une vie comme un roman. J’espère que vous tirerez plaisir et inspiration de la lecture de cette édition spéciale. Que votre fin d’été soit lumineuse et gorgée de bonheurs.

Amicalement,

PHOTO: ADRAINO TRIPA

Sandra Bauknecht

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SEPTEMBRE 2015


Akris Boutique auf www.akris.ch


CONTRIBUTEURS P a r D Ö R T E W E LT I

Isabelle Campone

Olivia Bidou

Nacer Paul

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ISABELLE CAMPONE Cette Franco-Suisse mordue de journalisme vit depuis plusieurs années à Los Angeles avec sa famille et laisse la ville et son énergie lui inspirer, inlassablement, de nouvelles histoires. Louée soit son insatiable curiosité qui lui fait mettre au jour de ces passionnants détails que l’on ne lirait, sinon, nulle part ailleurs. Notre gratitude va donc à Isabelle Campone qui a mené l’enquête du côté des stylistes de (grand) pouvoir, ceux qui façonnent le look des stars ou des leaders d’opinion. Quels secrets a-t-elle percés, quelles stratégies, quels jeux d’influence, quelles répercussions jusque sur nos garde-robes? À découvrir à partir de la page 68.

OLIVIA BIDOU Elle ne se souvient pas d’un temps où elle ne se serait pas intéressée à la mode, à la photographie, à la musique, à l’art. Ses études au Studio Berçot de Paris scellent ces passions. Elle décroche un stage chez Christian Lacroix, travaille chez Princesse TamTam et rencontre finalement une photographe qui l’amène au stylisme. Olivia est aujourd’hui une artiste free-lance chevronnée, et sa contribution vitale nous permet d’offrir à ce magazine une couverture débordante d’énergie. Vous trouverez le sujet mode qui en découle à la page 96. NACER PAUL Vous avez sûrement déjà vu cette scène emblématique de la dramaturgie des émissions genre The X Factor: soudain, les jurés qui s’ennuyaient jusqu’alors, découvrent une personnalité dont le talent sort du lot et lui expliquent que c’est précisément pour de tels moments qu’ils adorent leur job. Il se passe exactement la même chose pour nous lorsqu’un texte emballant atterrit sur notre bureau, ou que nous découvrons une série de photos exceptionnelle. Comme les images de mode de Nacer Paul. Une mode colossale pourrait-on dire, que cet homme aux mille facettes a accentuée de sa propre signature esthétique. Nacer, né à New York, a été mannequin. Enfant, il chipait l’eyeliner de sa maman pour décorer murs et sols. Sa veine créatrice, il l’a donc découverte de bonne heure. Il est venu à la photographie plutôt par hasard. Et pour notre plus grand bonheur. À partir de la page 136.

PHOTOS: DR

Ruth-Gaby Vermot-Mangold

RUTH-GABY VERMOT-MANGOLD Nous avons choisi de faire tourner ce numéro de L’OFFICIEL Suisse autour du thème des «power women». Et qui mieux que la politicienne Ruth-Gaby Vermot-Mangold pour l’incarner et en parler? Ruth-Gaby Vermot-Mangold a terminé ses études d’ethnologie et de sociologie par un doctorat en 1975 et a mené plusieurs études sur les droits des femmes en Afrique. Entre 1995 et 2008, elle a été conseillère nationale, membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et déléguée au Conseil de l’Europe pour l’élaboration de la Convention européenne sur la lutte contre la traite des êtres humains. Avec d’autres (femmes), elle a lancé en 2003 l’initiative «1 000 femmes pour le prix Nobel 2005». L’idée lui est venue en côtoyant ces femmes qui, vivant dans des foyers de guerre ou de crise, malgré les menaces et la violence, mettent tout en œuvre pour ramener un peu de paix. Elle est aujourd’hui présidente de l’association PeaceWomen across the Globe (PWAG), et aussi présidente de la Société pour les peuples menacés, Suisse, observatoire des droits des demandeurs d’asile et étrangers. Nous somme fiers que Ruth-Gaby ait accepté de nous raconter des histoires, exemplaires, de femmes fortes autour du globe et de nous montrer comment nous en inspirer à partir de la page 48.


PHOTO: CAMPAGNE FENDI POUR L’HIVER 1968/69

ENTRÉE

Karl Lagerfeld et Fendi, 50 ans de collaboration, page 40.

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NUANCIER

1 D UR X U E

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GE OU

Rouge baiser, rouge brûlé, rouge foncé. Tous les rouges sont dans la nature. Du désir.

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Réalisation LIVIA Z AFIRIOU

8 7

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1. Dior, CHF 31 500 2. Burberry, CHF 280 3. Cos, CHF 190 4. Borsalino, CHF 320 5. Hermès, CHF 310 6. Tod’s, CHF 500 7. Alexander McQueen, CHF 2 300 8. Walter Steiger, CHF 610 9. Vivienne Westwood, CHF 950 10. Karl Lagerfeld, CHF 580 11. Atelier Swarovski, CHF 1 600

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PHOTOS: DR; CERTAINS PRIX ONT ÉTÉ CONVERTIS DE LA DEVISE D’ORIGINE ET NE REFLÈTENT PEUT-ÊTRE PAS LE PRIX PUBLIC SUISSE.

LES F

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CHEMISE BLANCHE

DILAN ANJA GROPENGIESSER Braquez les projecteurs: une animatrice de talent fait ses débuts. Mais c’est encore derrière la caméra que Dilan Anja Gropengiesser brille avec le plus bel éclat. P a r D Ö R T E W E LT I

D

Photographie CHRISTIAN DIE TRICH

epuis fin avril, la chaîne de télévision TeleZüri diffuse «Spotlight», un magazine hebdomadaire consacré à l’art, à la mode, à la musique, à la culture et à l’art de vivre. Aux côtés de Sandra Bauknecht, rédactrice en chef de L’OFFICIEL Suisse, et de Zoe Torinesi, créatrice du blog «Cookinesi», Dilan Anja Gropengiesser est non seulement l’une des trois animatrices du programme, elle en est aussi la responsable de rédaction. Parce que la Zurichoise de 27 ans se sent particulièrement à l’aise derrière la caméra, à la création de concepts et à la recherche de sujets, bref, du côté véritablement créatif de la télévision. Dilan étudie le journalisme à la Haute Ecole des Sciences Appliquées de Zurich (ZHAW) avant de commencer des études d’ethnologie. Ses succès en tant qu’animatrice pour students.ch, son expérience acquise au téléjournal alémanique et lors de stages à l’hebdomadaire «SonntagsZeitung» et chez Keystone, mais aussi son envie de se consacrer pour de bon au journalisme vidéo, toutes ces raisons font qu’elle abandonne ses études pour privilégier le learning-by-doing. L’initiateur de la plate-forme 24

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Oliver Reim avait déjà remarqué la jeune journaliste, et c’est lui qui lui demande de rejoindre «Spotlight». Le lancement de l'émission est un succès. Dilan peut y appliquer l’une de ses devises favorites, d'ailleurs tatouée sur son bras: «Free your mind». Elle ne se contente pas d’éclairer le monde du glamour et des paillettes, elle aime aussi s’emparer de thèmes qui dérangent. Elle a ainsi réalisé un sujet sur le nombre croissant de sans-abris à Londres, brossant le portrait d’un Suisse qui s’efforce d’apporter de l’espoir aux gens de la rue dans cette cité de 14 millions d’habitants. Parallèlement à l’émission télévisée, un blog a été créé afin que les trois animatrices puissent publier des informations complémentaires sur les sujets ainsi que des photos, des vidéos et des articles. L’esprit de Dilan regorge d’idées nouvelles et elle travaille quasiment non-stop pour sa passion. Même pendant son temps libre, elle tourne des vidéos et s’occupe de production. Cet été, elle a passé du temps à Berlin pour travailler en indépendante et chercher des impulsions au cœur de l’effervescente métropole. Berlin prends garde…


CHEMISE BLANCHE THEMA Chemise blanche, H&M. Maquillage Letizia Abbatiello pour M.A.C Coiffure Matheus H. Lima pour Charles Aellen Company

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NEWS

FUTURISTE Shopping en ligne: check. Recommander de belles choses à d’autres: check. Discuter de mode: check. Les trois en même temps: pas de problème aujourd’hui avec la nouvelle appli du groupe Net-A-Porter, qui réunit toutes les facettes de tous les réseaux sociaux possibles et s’affiche sur tous les smart gadgets. Le futur est là. www.thenetset.com

GRÉCO-ROMAIN

Hermès a lancé de nouvelles lignes de bijoux aux sources résolument classiques. L’une d’elles évoque les colonnes grecques; sans oublier des chaînes que n’auraient pas désavouées les Romaines élégantes. Ni un hommage au premier bijou Hermès, le bracelet «Filet de selle». Toutes les pièces sont en or, or blanc et diamants. www.hermes.com

GOURMAND

CULTURE EN MOUVEMENT

Le Centre Culturel Suisse à Paris fête son 30e anniversaire en live: avec PerformanceProcess, une exposition sur la performance en Suisse de 1960 à nos jours avec près de 50 artistes. Le Programme comprend plus de 30 activités au CCS et dans les institutions partenaires comme le „Centre Pompidou“ et “Nuits Blanches”. Parmi les artistes se trouvent entre autres des phares du monde de l’art tels que John Armleder, Peter Fischli et David Weiss, Thomas Hirschhorn, Roman Signer et Christian Marclay. Vernissage vendredi 18 septembre de 18h à 21h Extra Ball Festival, du 18 au 20 septembre Exposition du 18 septembre au 13 décembre 2015 Centre Culturel Suisse / 32-38 Rue des FrancsBourgeois, Paris. www.ccsparis.com

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Zoe Torinesi (debout à gauche) réussit depuis un an à faire grandir son blog de cuisine «Cookinesi» ainsi que la foule de ses followers. Sa toute dernière idée séduira celles qui aiment passer du temps aux fourneaux: des tabliers à la fois pratiques et chic, qui ne vont pas sans rappeler la mode culte vue dans la série «Mad Men»! Ils se déclinent en trois modèles à commander en ligne sur son blog. À noter que Zoe Torinesi anime, avec Sandra Bauknecht, rédactrice en chef de L’OFFICIEL Suisse, et Dilan Anja Gropengiesser (voir page 24), Spotlight, le nouveau format d’émission TV de TeleZüri. www.cookinesi.com


NEWS

PATRIOTIQUE & PANORAMIQUE

La maison Mollerus est connue pour l’élégance de ses sacs. Mais elle sait aussi faire des lunettes de soleil très sophistiquées. Belle tradition: si les sacs portent le nom de villes suisses, les lunettes de la marque d’Erlenbach sont baptisées d’après les montagnes du pays. www.mollerus.com

LATIN-LOVER

L’Amérique du Sud ne manque pas de designers de haut niveau. Étendre leur réseau jusqu’en Europe n’est cependant donné qu’à un très petit nombre d’entre eux. Pepa Pombo l’a fait; la Colombienne Adriana Santacruz fait partie des designers les plus talentueuses de son pays. Sa compatriote Veronica Stöhlker-Puentes vient d’ouvrir à Zurich un show room pour la mode sud-américaine et collabore avec des marques dont le travail s’inscrit dans la durabilité et exalte les valeurs culturelles et historiques. www.calivero.com

BLACK & BEAUTIFUL

Réinventer le noir? Pomellato l’a fait, absolument! Pour la saison qui s’annonce, les Italiens ont créé des bijoux d’exception dignes du tapis rouge: or rouge, jais noir et diamants noirs. Bien plus de que de simples parures: un véritable cachet. Collection «Victoria».

PHOTOS: DR

www.pomellato.com

FÉTICHE

Quand porter des chaussures dorées? Hauts talons et chaussettes, ça va? Les stilettos vertigineux ont-ils vraiment des pouvoirs aphrodisiaques? Et nos pieds là-dedans, qu’en disent-ils? Frédérique Veysset et Isabelle Thomas se sont penchées sur un sujet qui affole la plupart des femmes: les chaussures. On en apprend davantage en 15 chapitres sur ce qui compte vraiment, et on découvre surtout que soigner ses souliers est un must, et pas seulement pour les businesswomen. La botte secrète de l’élégance française. www.editionsdelamartiniere.fr

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NEWS

BEAT GENERATION

RENDEZ-VOUS En prenant possession des 510 m2 du 7, Rue de la Paix à Paris, où naquit jadis la haute couture sous les ciseaux de Charles-Frédéric Worth, Piaget inaugure bien plus qu’un énième flagship. Dès la façade, la «Vitrine Extraordinaire» invite des scénaristes à raconter les nouvelles collections en les faisant tournoyer. Le rez-de-chaussée s’ouvre sur une vaste perspective composée de pièces chatoyantes, et aboutit sur un jardin paysagé, tandis qu’au premier étage, les larges fenêtres historiques éclairent un admirable lieu de réception. www.piaget.com

LÉGENDAIRE

Julia Cummings est la nouvelle muse Saint Laurent. Un mythe maison – les muses – qu’Hedi Slimane perpétue ici avec la jolie chanteuse et bassiste du groupe de Brooklyn Sunflower Bean. Sa frêle silhouette, qui s’immisce depuis quelques mois sur les podiums, se réincarne en sosie d’Edie Sedgwick grâce au directeur artistique et photographe. Un excellent choix puisque sa démarche chaloupée, assortie d’une crinière blond platine et d’une moue boudeuse, transporte la marque dans les seventies et à la Factory. Une nouvelle icône rock. www.ysl.com

M COMME MONTBLANC Avec l’introduction du «Montblanc M», la maison traditionnelle d’instruments d’écriture annonce une ère nouvelle pour elle. C’est au designer Marc Newson que revient l’idée d’adopter non seulement un nouveau design, mais aussi une nouveau vocabulaire esthétique et d’innover en matière de perception haptique. Coopérer avec un créateur est une première pour Montblanc, tout comme le fait qu’un instrument remplisse une double fonction, le «Montblanc M» faisant également office de fineliner pour dessins techniques de précision.

www.moynat.com

www.montblanc.com

PHOTOS: DR

Elle s’insère à la perfection dans notre lignée de power women: Pauline Moynat, la seule femme créatrice de malles et objets de voyage. C’est en 1849 qu’elle a créé la marque légendaire dont la célèbre locomotive arrive toujours à se glisser partout. À son adresse bien connue de la rue Saint-Honoré, Moynat vient d’ajouter une boutique galerie au Bon Marché, le plus ancien et le seul grand magasin de la Rive gauche à Paris. L’intérieur rappelle le design des malles pour automobiles, celles des origines de Madame Moynat.

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DISPONIBLE UNIQUEMENT DANS DES SALONS DE COIFFURE SÉLECTIONNÉS PA U L M I T C H E L L . C H / S A L O N F I N D E R


STYLE

Comment rationnaliser le temps consacré à ses choix vestimentaires lorsque l’on est une femme ou un homme de pouvoir? Simplifier, d’accord, mais sans cesser de s’amuser. Comme tout lieu d’innovation, le style est une affaire de créativité. Entre combinatoires mathématiques et trench-coats roses, visite guidée dans les dressings 2.0. P a r VA L É R I E F R O M O N T I l l u s t r a t i o n S A R A H G A S S E R

Prenons une femme puissante. Au hasard, Hillary Clinton. Qui lui a suggéré ce tailleur pantalon bleu vif Ralph Lauren, avec tee-shirt assorti, lors de son discours d’ouverture de campagne à Roosevelt Island? Si Hillary Clinton n’avait pas de conseillers en style, ce choix aurait probablement pu lui être soufflé par son Ipad. Sur nos smartphones et nos tablettes fleurit désormais une offre toujours plus large d’applications permettant d’organiser notre garde-robe de manière précise, méthodique et même – soyons fous – créative. Si les femmes d’aujourd’hui – et de toujours! – ont tellement d’équations à résoudre au quotidien, n’en demeure pas moins la question, aussi savoureuse que chronophage: «Qu’est-ce que je me mets ce matin?» Hillary Clinton l’a résumée avec l’humour qu’on lui connaît par un post sur son compte Instagram. Commentant une photo de différentes tenues suspendues dans son bureau, elle concluait: «Hard choices». Eh oui, que l’on soit en route pour la présidentielle des États-Unis ou pour la crèche, la question demeure éternelle. Voyons maintenant comment les femmes pressées y répondent avec une longueur d’avance sur leurs homologues masculins. Prenons des hommes puissants, Barack Obama ou Mark Zuckerberg. Le président américain confiait en 2012 à l’édition américaine de Vanity Fair ne porter que des costumes bleus ou gris. «J’essaie de réduire au minimum le nombre de décisions à prendre. Vous ne devez pas être distrait par des choses triviales pendant votre journée». Même son de cloche chez Mark Zuckerberg, l’empereur de Facebook, flanqué sans relâche de son jean et de son usuel tee-shirt gris. L’uniforme réduit le style à sa plus simple expression. Ses avantages: il affirme une identité, inscrit une silhouette dans le temps et il est réconfortant comme un doudou. Mais comme toutes les bonnes habitudes, l’uniforme a ses limites: par son excès de bonnes intentions, il réduit à néant la possibilité de faire de nouvelles découvertes. Rassurant et ennuyeux comme un mari courtier en assurances, il lasse et finit par donner à son environnement la couleur des jours ternes. Parce qu’il fait appel à l’imagination, aux capacités d’innovation, à la fantaisie, au sens du décalage par rapport à une norme établie, et parce qu’il est une pièce maîtresse de l’économie de marché, le style est, à sa manière, au cœur des enjeux de la recherche actuelle. Et peut-être même de la recherche scientifique, vu l’impact de l’industrie de la mode dans la balance environnementale. Le style, c’est aussi et avant tout de l’innovation. Et pour en revenir à nos placards, l’équation est simple: comment innover au quotidien lorsque l’on a tant d’autres choses en tête? Plutôt que de simplifier leur look à l’extrême, les femmes sont de plus en plus nombreuses à organiser leurs placards 30

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avec ces applications pour tablettes et smartphones. Au lieu de soustraire, elles font des multiplications. En bonnes gestionnaires, elles investissent au départ un peu de leur temps pour répertorier leur patrimoine vestimentaire sur photo numérique, pour ensuite gagner, chaque matin, de précieuses minutes sans rien perdre de leur fantaisie vestimentaire. Ce que permettent ces applications? Répertorier l’ensemble de nos vêtements et accessoires. Composer des looks par saison ou occasion (bureau, cocktail, week-end, vacances). Centraliser nos wishlists et photos d’inspiration. Mettre en scène un achat au sein de notre garde-robe actuelle. Pourquoi c’est utile? Parce que cela nous permet d’un seul coup d’œil d’avoir un panorama de toutes les possibilités qu’offre notre dressing. Parce qu’on avait un jour arbitrairement décidé que tel pantalon allait avec tel chemisier, mille autres possibilités nous sont passées sous le nez. L’esprit est ainsi fait: par peur, par commodité, par paresse, il va toujours se terrer dans les recoins de l’habitude. Grâce à ces nouvelles applications, on exploite, enfin, les potentialités réelles de notre garde-robe. Tant de combinatoires possibles. Tant d’impensés, encore. Et si ce trench rose allait avec cette robe orange? Si, si, essayez. Oui. Essayez, déballez tout, mixez tout, même l’impensable. Avant de consigner vos découvertes dans votre appli qui se souviendra à votre place de toutes les combinaisons possibles de ce trench rose la prochaine fois qu’il pleuvra. En mélangeant des choses qu’on n’aurait jamais cru être possibles, ces nouvelles applis nous permettent d’explorer de nouvelles facettes de nous-mêmes et du monde tout en s’amusant. Le secret du style, tout comme celui de l’innovation, c’est peut-être d’oser explorer de nouveaux possibles. Au-delà du clivage homme/femme cocasse mais un peu simpliste, on ferait bien de s’intéresser aux ressorts de la créativité. Les champions de la révolution numérique (le créateur d’Apple, Steve Jobs, ceux de Google, Larry Page et Sergueï Brin, celui d’Amazon ou de Wikipédia) sont tous issus de l’école Montessori, qui favorise la créativité, l’autonomie et la pensée hors des clous. En terrains de jeux infinis, ces applications technologiques destinées à développer notre plein potentiel stylistique opèrent comme une fabuleuse récréation pour adultes. OK, il me faudra quelques jours de vacances pour venir à bout de l’inventaire numérique de ma garderobe. Mais tout comme une veste de tailleur Chanel, j’estime que c’est un merveilleux investissement. Au fait, je vous ai dit qu’Hillary Clinton était aussi passée par Montessori? Le monde, nous-mêmes et notre garde-robe regorgeons de possibilités inexplorées. Avant de me lancer dans la course de la présidentielle américaine, à la rentrée, c’est promis, je mélange les pois et les rayures.


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COLORAMA Les garde-temps explorent toutes les possibilités du cadran chromatique. Par HERVÉ DE WINTRE Photographie CHRISTOPHE BOUQUE T S t y l i s m e E M I LY M I N C H E L L A

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1. Hublot, montre «Big Bang Automatic Chronograph Pop Art Yellow Gold Apple», boîtier en or serti de tsavorites taille baguette, bracelet en caoutchouc et alligator, mouvement «HUB4 300», chronographe à remontage automatique, CHF 37 300. 2. De Grisogono, montre «Tondo by Night» en fibre de verre luminescente rouge corail sertie de spinelles et d’un diamant noir sur la couronne, bracelet en galuchat, CHF 10 700. 3. Cartier, montre «Clé» en or gris, lunette sertie de diamants, mouvement mécanique à remontage automatique calibre «1 847MC», bracelet en alligator rose fuchsia, CHF 39 200. 4. Louis Vuitton, montre «Tambour Lovely Cup Chronographe», boîtier en acier, cadran noir, bracelet en caoutchouc Monogram jaune, fonctions date et chronographe, mouvement quartz, prix sur demande. 5. Dior Horlogerie, montre «La Mini D de Dior Color», boîtier en acier, lunette et couronne serties de diamants, cadran en nacre noire et bracelet en dégradé de bleu, vert, jaune en veau verni, mouvement quartz, CHF 4 500.

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OLD SCHOOL Le souffle de l’épure imprime son manifeste d’harmonie en version minimale.

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1. Rolex, montre «Cellini Time» en or gris, cadran rhodium, lunette simple sertie de diamants, bracelet en cuir d’alligator noir semi-mat, CHF 21 900. 2. Zénith, montre «Élite 6150», boîtier extra-plat en acier, calibre «Élite 6150» automatique, réserve de marche, bracelet en cuir d’alligator noir, CHF 7 500. 3. Chaumet, montre en acier sur bracelet en cuir semi-brillant bleu nuit, collection «Liens de Chaumet», CHF 4 700. 4. Jaeger-LeCoultre, montre «Rendez-Vous» en acier, mouvement mécanique à remontage automatique, réserve de marche, sertissage 12 diamants, bracelet en cuir d’alligator, CHF 9 000. 5. Breguet, montre «Classique Dame» en or blanc sertie de diamants, mouvement automatique, bracelet en cuir, CHF 25 900. 6. IWC, montre «Portofino Mid Size» en or rouge sertie de diamants, fond argent, bracelet «Santoni» en croco noir, mouvement mécanique, CHF 17 900.

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DIAMANTISSIME Le feu du diamant allume l’allure des belles mécaniques.

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1. Van Cleef & Arpels, montre «Haute Joaillerie Noir & Blanc», boîtier, cadran et lunette en or blanc, diamants ronds, diamants baguette, mouvement quartz, prix sur demande. 2. Bulgari, montre «Bulgari Bulgari Catene», boîtier en or blanc, lunette sertie de diamants taille brillant, cadran en or blanc pavé de diamants taille brillant, bracelet gourmette deux tours en or blanc pavé diamants taille brillant, mouvement quartz, CHF 49 900. 3. Chopard, montre «L’Heure du Diamant», boîtier en or blanc, mouvement quartz, cadran serti de diamants taille brillant et d’un diamant taille briolette, prix sur demande. 4. Chanel Horlogerie, montre «J12» haute joaillerie en or blanc sertie de diamants taille brillant, cadran en céramique noire, couronne en onyx, mouvement quartz, diamètre 33 mm, prix sur demande. 5. Audemars Piguet, montre «Royal Oak Quartz» en or blanc et diamants, calibre 2 713 quartz, boîtier en or gris sertie de diamants, cadran argenté avec motif «Grande Tapisserie», index diamants, bracelet en or gris serti, CHF 89 600. 6. Harry Winston, montre «Avenue Diamond Drops», boîtier et bracelet en or blanc serti de diamants taille brillant, mouvement quartz, prix sur demande.

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ÂťNOMOS is among the best luxury watches out there.ÂŤ N E W YO R K TI M E S

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DIAMANTS DE CŒUR Après avoir célébré son grand retour parisien Avenue Montaigne, Harry Winston consolide sa tradition de philanthrope en développant un partenariat avec l’AmfAR.

Le collier de diamants «Epic cluster» offert par Harry Winston au dernier gala de l’AmfAR.

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Par HERVÉ DEWINTRE

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Cette aura de prestige se confirme également par l’annonce d’un partenariat de mécénat spectaculaire à tous points de vue puisqu’il s’agit du plus important de l’histoire de l’AmfAR. Le joaillier mythique sera en effet la première marque amenée à parrainer les vingt-sept galas organisés par l’association caritative la plus glamour du globe au cours des trois prochaines années. Un parrainage assorti d’un soutien, comme premier contributeur, au programme de recherches «Countdown to a Cure». Le 22 mai dernier, lors de la 22ème soirée de gala «Cinema Against Aids» de l’AmfAR, Harry Winston, parrain de la soirée, a fait don de l’«Epic Cluster», un collier de diamants unique, spécialement dessiné pour ces enchères, et qui fut adjugé pour plus de 470 000 francs. Collection «Secrets by Harry Winston», prix sur demande, disponible dans le monde entier, exclusivement dans les boutiques de la marque. www.harrywinston.com

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SECRETS DÉVOILÉS En plus de son rôle de parrain du 22ème gala de l’AmfAR, Harry Winston a fourni des parures de sa toute nouvelle collection, «Secrets by Harry Winston» lors d'un spectaculaire défilé de mode organisé sur le thème du noir et blanc (1), auquel ont participé les mannequins Gigi Hadid(2) et Izabel Goulart (3).

PHOTOS: NEILSON BARNARD/GETTY IMAGES

e grand joaillier américain a toujours su que pour devenir un mythe, il ne fallait pas simplement proposer à son exigeante clientèle de somptueux colliers de lumière, mais également une expérience ultime dans un environnement véritablement hors du commun. C’est sans doute la raison pour laquelle le «King of Diamonds» – comme le surnomment les Anglo-Saxons – ne fait pas seulement l’actualité cette année avec ses acquisitions épiques de pierres miraculeuses, mais aussi avec deux annonces qui retiennent l’attention. Tout d’abord, l’ouverture, après un an de rénovation, du grand salon historique qui fut l’écrin de ses plus belles collections. Une demeure immaculée, sise à Paris, au 29 Avenue Montaigne, et acquise par Mr. Winston lui-même pour s’y établir dès les années 1960. L’atmosphère intime, chaleureuse et sereine de ce lieu, qui n’a rien à envier au salon new-yorkais de la 5th Avenue, nous fait comprendre la profonde minutie avec laquelle le joaillier des stars a construit sa légende. L’originalité de l’architecture a été soigneusement préservée: seules les pièces de mobilier conçues sur mesure en laque précieuse, bronze vieilli et soies raffinées reflètent l’évolution du style traditionnel de Harry Winston. Quant aux deux étages du salon, repensés avec intelligence et subtilité pour être réaménagés en larges galeries, ils accueillent de luxueuses salles de ventes privées permettant un achat discret et entièrement personnalisé qui a toujours contribué à l’excellence de la maison.


Cynthia Feliciano Vanotti, ÂŤFirst LadyÂť von Vulcain CEO Renato A. Vanotti

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L’AFFAIRE EST DANS LE SAC Un it bag n’est pas tout, encore faut-il qu’il soit bien garni…

Réalisation LISA JOUVIN

Photographie CHARLOT TE E VR ARD

Sac Zadig & Voltaire, CHF 750 Sur le sac, porte-clés Louis Vuitton, CHF 300 Eau de toilette Florabellio Diptyque, CHF 90 les 100 ml. Couture palette rock résille édition Yves Saint Laurent, CHF 60 Double sérum Clarins, CHF 120 les 50 ml. Portefeuille Chanel, CHF 900 MacBook Apple, à partir de CHF 1 450 Lunettes de soleil Giorgio Armani, CHF 230 Porte-monnaie Chanel, CHF 910 Agenda Louis Vuitton, CHF 420

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PHOTOS: DR; CERTAINS PRIX ONT ÉTÉ CONVERTIS DE LA DEVISE D’ORIGINE ET NE REFLÈTENT PEUT-ÊTRE PAS LE PRIX PUBLIC SUISSE. VICTORIA, VICTORIA BECKHAM ET SAINT LAURENT SONT DISPONIBLES SUR MYTHERESA.COM

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LA «J12 TOURBILLON VOLANT SQUELETTE» DE CHANEL La maison de la rue Cambon exalte sa vision du temps en prodiguant à son icône horlogère la noblesse virtuose d’un mouvement d’exception. Par HERVÉ DEWINTRE

MYTHE Après sept années de travail, Jacques Helleu, célèbre directeur artistique de Chanel, imagina la première «J12» en s’inspirant des voiliers classe «J» de l’America’s Cup. Lancée aux premières heures du nouveau millénaire, la «J12» fut la première montre à métamorphoser la céramique high-tech en matière précieuse. Par la vigueur de son design sportif et la fraîcheur de son style, la «J12» subjugue ses aficionados depuis quinze ans, au fil de ses audacieuses transformations. SAVOIR-FAIRE Fruit d’une collaboration étroite entre Chanel et les maîtres horlogers

Réalisation LIVIA Z AFIRIOU

suisses de Renaud & Papi, le mouvement nécessite à lui seul 40 heures de travail dévolu à l’assemblage à la main. Le nombre insensé de composants qu’abrite le Tourbillon Volant explique le fait que cette grande complication soit l’apanage des grandes maisons horlogères. Combinant délicatesse joaillière et prouesses techniques, ce gardetemps serti de 145 diamants taille brillant distille son manifeste de préciosité en 20 exemplaires. 1. Diamètre 38 mm, boîtier en céramique high-tech noire mate, mouvement mécanique, remontage manuel. Chanel, Prix sur demande. 2. Saint Laurent par Hedi Slimane, CHF 2 650 3. Victoria, Victoria Beckham, CHF 300 4. Giuseppe Zanotti Design, CHF 1 450 5. Dior, CHF 5 900 6. Hermès, CHF 650

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KARL AU POIL La plus longue collaboration entre un créateur indépendant et une maison de mode est célébrée dans un beau livre chez Fendi. Depuis 50 ans, Karl Lagerfeld enrichit en effet la célèbre maison de fourrure romaine de ses idées innovantes.

C’

est un anniversaire hors du commun. Si personne n’imagine aujourd’hui passer un demi-siècle au service d’une même société, cet exploit n’est pas du genre à effrayer Karl Lagerfeld. «Les premiers souvenirs de mon travail chez Fendi sont liés à ma première visite aux cinq sœurs, via Frattina à Rome, dans un ancien cinéma qui venait d’être transformé en un immense salon de fourrure, dans un décor à la Visconti», se souvient le créateur dans le DVD exclusif d’une interview réalisée par Loïc Prigent et qui accompagne le livre. Karl y raconte son rapport à Fendi en 50 questions/réponses. Fondée en 1925 par Adèle et Edoardo Fendi, la maison sera dirigée par les cinq filles des fondateurs sœurs à la mort du patriarche, dans les années 1950. Paola, Anna, Franca, Carla et Alda connaissent bien cet univers du cuir et de la fourrure: elles y sont nées. Mais elles savent aussi que côté style, leur impertinence frondeuse a ses limites. Elles font appel à un jeune designer d’origine allemande et parisien d’adoption. Karl Lagerfeld possède déjà un certain savoir-faire. Lauréat du premier prix de la Woolmark en 1954, au sortir de l’école – ex aequo avec Yves Saint Laurent – il est repéré par Pierre Balmain, membre du jury. Il devient l’assistant du couturier de 1955 à 1962. Multipliant les expériences, il accepte parallèlement le poste de directeur artistique chez Jean Patou en 1959 et crée le prêt-à-porter de Chloé dès 1963. Une maison qu’il ne quittera d’ailleurs qu’en 1983, l’année où il devient directeur de création de Chanel. Lorsqu’il arrive chez Fendi en 1965, ce travailleur infatigable est donc à la fois un styliste confirmé et une source d’idées nouvelles dans l’étouffante torpeur romaine. «J’étais à Milan, poursuit Karl Lagerfeld, et Franco Savorelli, un conseiller en relations publiques, avait été questionné par les sœurs Fendi afin de trouver quelqu’un pour réaliser des fourrures qui seraient un peu différentes, à Rome. Aussi j’ai rencontré les sœurs Fendi à travers lui. Leur mère était toujours là… Elle était formidable. Apparemment, elle était très dure avec les filles, mais avec moi elle était délicieuse.» Silvia Venturini Fendi, leur descendante toujours à l’oeuvre en tant que directrice artistique des accessoires et de la collection masculine, indique à son tour: «Les sœurs Fendi ont apporté une vraie révolution. À l’époque, Fendi c’était la belle qualité, mais pas très moderne. Ce sont elles qui ont embauché Karl, il était tout jeune, en 1965.» La fille d’Anna Fendi – et mère de la créatrice de joaillerie Delfina Delettrez – apprécie son immense culture, qu’elle 40

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testait déjà adolescente: «Il connaissait tout. Je comprenais qu’il y avait une forte excitation autour de lui, que le jour où Karl arrivait, ma mère était différente. J’ai voulu comprendre pourquoi elle était si heureuse ces jours-là. Après j’ai compris: il était tellement habile. Je restais des heures autour de la table, c’était magique ce qu’il faisait, et fait toujours, avec un crayon.» L’une des premières tâches de Karl sera d’ailleurs un pur dessin: le logo Fendi en double F inversé, symbole de «Fun Fur». Tout au long de ses 50 ans de présence, il va insuffler une énergie nouvelle à la maison. Lorsque Loïc Prigent demande au créateur s’il a passé beaucoup de temps chez Fendi, il précise: «En ce temps-là, on passait beaucoup plus de temps au travail, ce n’était pas comme aujourd’hui où l’on peut envoyer ses dessins par téléphone. Dans ces années-là, même la poste pouvait prendre trois semaines. Et le fax n’existait pas. Et puis j’ai eu un appartement à Rome, j’y ai passé beaucoup de temps. La vie à Rome était différente. Maintenant, je ne reste jamais longtemps nulle part. Les méthodes de travail ont tellement changé que je n’ai plus le besoin d’encombrer les gens de ma présence…» Durant ce demi-siècle – une éternité en temps de mode –, il imagine notamment des collections de fourrure pour la haute couture, force des associations de matières inédites et lance le prêt-à-porter complet Fendi à partir de 1977. En 1988, il réalise sa première campagne publicitaire pour Fendi. Dès 1995, il introduit dans la collection les bords francs, allège les pelisses, multiplie les traitements spéciaux de cuirs et fourrures. En 2000, ce sont les incrustations – une spécialité maison – qu’il met en avant. Un vison gold couvert d’or 24 carats est le point d’orgue en 2008. Des prouesses techniques et esthétiques qu’il impose toujours chaque saison sans faillir aux collections féminines de la griffe, reprise majoritairement par LVMH en 2001. C’est cette histoire et sa créativité qui sont mises à l’honneur dans l’ouvrage disponible dans les magasins Fendi et quelques grandes librairies dès ce mois-ci. Archives, témoignages, illustrations et belles images se réfugient dans un coffret en bois. Une sélection de 200 croquis, dont l’ensemble des 120 dessins du logo Fendi au fil des ans, enrichit ce parfait coffee table book complété par un poster dessinant la silhouette de Karl en 50 000 photographies miniatures de ses esquisses. Pour fans de Fendi… Et de Karl, assurément. Fendi by Karl Lagerfeld (éd. Steidl).

PHOTOS: ADELE FENDI S.R.L, DANIELE LA MALFA, FENDI, ARNAUD PYVKA STYLE

P a r P AT R I C K C A B A S S E T


THEMA STYLE Campagne Fendi pour l’hiver 1968/69.

Croquis de fourrure «gonflable» pour l’hiver 1979/80.

Karl Lagerfeld chez Fendi en juillet 2013.

Les cinq sœurs Fendi en 1949.

Le livre événement et son coffret luxueux.

«Le jour où Karl arrivait, ma mère était différente.» SILVIA VENTURINI FENDI

Bianca Brandolini en Fendi dans L’Officiel de décembre 2010.

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GRAND DÉJEUNER

Lunch d’affaires? Réunion d’urgence? Négociations épineuses? Les designers transforment les corvées de la rentrée en parties de plaisir. Par LIVIA Z AFIRIOU

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1. Hermès, CHF 4 050 2. Alain Mikli, CHF 460 3. Givenchy par Riccardo Tisci, CHF 2 100 4. Jason Wu, CHF 1 590 5. Giambattista Valli, prix sur demande 6. Vivienne Westwood, CHF 330 7. Burberry, CHF 4 000 8. Hermès, CHF 6 150 9. Valentino, CHF 1 120

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PHOTOS: DR; CERTAINS PRIX ONT ÉTÉ CONVERTIS DE LA DEVISE D’ORIGINE ET NE REFLÈTENT PEUT-ÊTRE PAS LE PRIX PUBLIC SUISSE. VIVIENNE WESTWOOD ET JASON WU SONT DISPONIBLE SUR NETAPORTER.COM; VALENTINO EST DISPONIBLE SUR MYTHERESA.COM.

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ANATOMIE D’UN SAC

LE «VIEW BAG» DE JIL SANDER

Jil Sander fait une entrée remarquée dans la saison Automne-Hiver 15/16! Par la grâce d’un accessoire dont le design sort de l’ordinaire et séduira fashionistas volages et businesswomen focalisées.

PHOTO: DR

P a r L E N A S TÄ H E L I

ORIGINES Depuis sa fondation en 1968, la marque Jil Sander est restée fidèle à sa ligne esthétique, et cela malgré les nombreux directeurs artistiques qui s’y sont succédé. Il serait vain d’aller y chercher opulence et m’as-tu-vu. Cet automne, le directeur artistique Rodolfo Paglialunga nous offre un nouveau petit bijou de sac: le «View Bag»!

la fondatrice, Jil Sander. Rodolfo Paglialunga lui aussi travaille avec ces idées de base et les raffine en y ajoutant sa propre note.

STYLE Le «View Bag» se porte à la main ou en bandoulière et se distingue par ses combinaisons de matériaux inhabituelles – il existe en uni, avec de la peluche, lisse et structuré, mat et brillant – ainsi que par sa taille et ses proportions parfaites. Mais le «View Bag» séduit aussi par son étonnante découpe en V qui entaille le cuir et lui fait garder sa forme naturelle.

CHOUCHOU La collection Automne-Hiver 15/16 de Rodolfo Paglialunga s’articule autour de l’idée «orderly disorder». Le «View Bag» est un exemple parfait de quête de l’ordre, avec ses doubles compartiments et sa poche intérieure médiane à fermeture Éclair qui offrent tout ce que l’on peut souhaiter de place et de sécurité.

MYTHE Purisme et minimalisme sont les signes distinctifs de

TECHNIQUE Les cuirs de veau, crocodile ou python façonnés à la main sont associés à des tons éclatants et inattendus de vermillon, moka ou violet.

Sac «View Bag» en cuir de veau, plusieurs combinaisons de couleurs, Jil Sander, à partir de CHF 1 950.

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TOUT D’UNE GRANDE Pailletées, rebrodées, rehaussées, les candides babies s’émancipent.

Réalisation LISA JOUVIN

Photographie CHARLOT TE E VRARD

1. Nicholas Kirkwood, CHF 940 2. Miu Miu, CHF 560 3. Louis Vuitton, CHF 1 430

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DROIT DE HAUTEUR

Cet automne, les bottes se font tout sauf secrètes. Spectaculaires et passionnelles, elles montent haut sur la jambe, façon cuissardes. Natures timides, passez votre chemin! Réalisation LIVIA Z AFIRIOU

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PHOTOS: DR; CERTAINS PRIX ONT ÉTÉ CONVERTIS DE LA DEVISE D’ORIGINE ET NE REFLÈTENT PEUT-ÊTRE PAS LE PRIX PUBLIC SUISSE.

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2. 7. 8. 1. Burberry, CHF 2 095 2. Dior, CHF 2 000 3. Anthony Vaccarello, prix sur demande 4. Roger Vivier, CHF 1 680 5. Giambattista Valli, CHF 1 550 6. Dior, CHF 2 000 7. Stuart Weitzman, CHF 850 8. Alberta Ferretti, CHF 28 650

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BELLE DE NUIT

Après des années de mesure et de retenue, le soir se pare de robes longues et baroques, de bijoux romanesques, de dentelles mystérieuses. Le minimalisme, quel minimalisme? R é a l i s a t i o n L E N A S TÄ H E L I

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Reem Acra

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1. Swarovski, CHF 300 2. Messika, CHF 10 960 3. Givenchy par Riccardo Tisci, CHF 730 4. Elie Saab, CHF 5 050 5. Alexander McQueen, CHF 2 620 6. Jimmy Choo, CHF 700 7. La Perla, CHF 1 670 8. Akris, CHF 990 9. Marchesa Notte, CHF 1 360 10. Thomas Sabo, CHF 230 11. Valentino, CHF 18 300 12. Lanvin, CHF 600

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PHOTO: DR; CERTAINS PRIX ONT ÉTÉ CONVERTIS DE LA DEVISE D’ORIGINE ET NE REFLÈTENT PEUT-ÊTRE PAS LE PRIX PUBLIC SUISSE. ELIE SAAB, MARCHESA NOTTE ET LANVIN SUR NETAPORTER.COM; VALENTINO SUR MYTHERESA.COM

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ES -HAV T S U M A DE L N O S SAI

Nili Lo tan

Sy mbiotique

LE CHOIX DE …

WOOSTER

Theory

UNIVERS «Notre boutique sur la Goldküste (la côte d’or) de Zurich était autrefois un garage et atelier Jaguar. Sa hauteur de plafond lui donne un air de loft où l’inspiration peut déployer ses ailes.»

Wooster, c’est plus qu’une boutique. C’est un art de vivre nourri des vêtements et accessoires minutieusement choisis par la propriétaire Odile Burger et son acheteuse Renée Albers. Sans doute une des plus inhabituelles adresses en Suisse. On y fait son shopping dans un vieux bus Greyhound qui stationnera dans le quartier du Viadukt de Zurich à partir de septembre 2015. Par LENA STÄHELI

www.woostershop.ch

PIÈCE FAVORITE DES CLIENTES «Nous avons toujours quelque chose de nouveau, c’est l’idée et c'est ce qui fait revenir les clientes. Mais le chemisier «Rosie» Velvet fait partie de notre assortiment depuis au moins 4 ou 5 saisons, avec toujours de nouvelles couleurs évidemment. Nos clientes adorent son look Ibiza désinvolte.»

JAMAIS SANS…

PHOTOS: DR

Nili Lotan

Velvet

Sensai

INSPIRATION «Les looks, ce sont les rues et les clubs de New York qui nous les inspirent. Là-bas, le Boom Boom Room du Standard Hotel, dans le très branché Meatpacking District, est un incontournable. Pour nous, ce bar est le plus beau, et les hommes et les femmes qui le fréquentent, sont les plus beaux.»

Renée Albers et Odile Burger.

STYLE Urban, casual, sexy (mais jamais vulgaire), classique aussi avec des détails raffinés. Au gré des envies. Et même parfois groovie!

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POWER WOMEN

LE FACTEUR DE PUISSANCE Une «power woman», qu’est-ce que c’est au juste? Ou plutôt: qu’est-ce qui rend les femmes fortes? Sous nos latitudes, la réponse est bien différente de celle qu’on trouvera dans le désert du Gobi ou en Irlande du Nord. Et si la force n’était pas une évidence mais un objectif? C’est ce que se demande, dans ce texte inspirant et engagé, la politicienne suisse Ruth-Gaby Vermot-Mangold.

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in Yushen vit en Mongolie-Intérieure, dans un coin du désert de Gobi. C’est une paysanne toute simple qui ne sait ni lire ni écrire. À l’âge de 16 ans environ, son père l’a mariée et elle est partie vivre dans le désert Mo Un, où pas un seul arbre ne pousse, et pratiquement personne n’habite – très loin de tous et du prochain village. Le jeune couple vit dans une minuscule hutte en torchis. L’eau est fournie par une petite source. La solitude désespère Yin Yushen, elle veut mourir. Si un étranger vient à passer, elle recouvre ses traces de pas dans le sable avec une cuvette pour ne pas oublier qu’il existe d’autres êtres humains… Elle se met à planter des arbres, «pour chasser le vide, le désert, le désespoir – pour notre vie», dit-elle. Le vent du désert

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dessèche les premiers arbres. Elle tire les leçons de ses expériences et après quelques années, voilà que poussent des centaines, non, des milliers d’arbres de toutes sortes. Chaque jour, sa famille transporte de l’eau pour les arbres sur une charrette attelée à un âne, à la nuit tombée, parce que le jour elle s’évaporerait. Après des années viennent la rosée, et puis la pluie, légère et peu fréquente – et avec les haricots, les oiseaux et les papillons. À l’ombre des arbres, Yin Yushen se met à planter des pommes de terre, du maïs, des navets et de la vigne. Elle a deux vaches à lait, une truie et un petit troupeau de chèvres. Un miracle? Pas du tout - mais le travail, dur et acharné, d’une femme forte, qui agit. Pour vivre, tout simplement.

FOTOS:

P a r R U T H - G A B Y V E R M O T- M A N G O L D


POWER WOMEN SE BATTRE CONTRE LES ENTRAVES SOCIALES Pour Adnan Tabassum, dans la vallée pakistanaise de Swat, la justice est la clé afin que soient effectifs les droits des femmes – et donc pour une vie où elles seraient libre de leurs choix. Mais de cela, aucune trace. Alors Adnan Tabassum fonde la première «jirga» pour femmes. Les jirgas sont des conseils traditionnels où les anciens arbitrent les conflits locaux. Les femmes en sont systématiquement exclues, elles pourraient aussi bien ne pas exister, leurs demandes n’y sont jamais entendues. Les affaires de meurtre sont ainsi souvent réglées en mariant une femme de la famille du meurtrier à un homme de la famille de la victime, en guise de compensation. Les femmes sont soumises à l’arbitraire et paient le prix pour des méfaits qu’elles n’ont jamais commis. Cette vie de violence et de misère, Adnan Tabassum la connaît bien. À 13 ans, on l’a mariée à un homme de 30 ans son aîné qui n’a jamais cessé de la maltraiter physiquement et psychiquement. Adnan commence à se rebeller contre les traditions patriarcales solidement enracinées et fonde «Da Khwendo Jirga», le conseil des sœurs. Il faut que les femmes obtiennent une voix dans la société patriarcale. Quelques femmes se rallient à ce nouveau conseil tout en sachant que cela peut être dangereux, voire mortel, de s’afficher ouvertement au conseil des sœurs. Mais quelle est l’alternative? Se taire? 25 femmes ont déjà osé faire le pas. Récemment elles ont obtenu que le meurtrier d’une jeune fille soit condamné.

FOTOS:

Yin Yushen la Chinoise et Adnan Tabassum la Pakistanaise agissent toutes les deux hors des conventions, avec créativité et des résultats visibles. Sans arbres, l’existence de Yin Yushen et de sa famille est menacée, et les droits des femmes resteront réduits sans intervention sur les structures sclérosées d’une société traditionnelle. Toutes deux sont mues par leur perception, leur souffrance et leur instinct, ce qui remplit leur vie de sens. Les arbres et les droits! Revendiquer, être forte et s’obstiner, battre les traditions en brèche, se révolter et braver la sécheresse a cependant un prix. Être forte a toujours un prix. Dans tous les pays de ce monde, que ce soit pour des droits politiques, des étapes professionnelles tout à fait normales, des libertés ou pour rompre avec les normes traditionnelles, on est raillée, tuée, réduite au silence et exclue, on mène un combat solitaire pour ses objectifs. Tout comme Adnan, bien des femmes risquent – partout – de payer très cher leur combat pour les droits «les plus banals». Ce qui aide parfois, c’est un peu plus de solidarité et d’intérêt affichés en guise de bouclier. RÉSEAUX POUR LA PAIX Alors que la guerre civile fait rage au Liberia entre 1989 et 2003, des femmes activistes pour la paix fondent des réseaux féminins, qui donnent lieu au mouvement Liberia Mass Action for Peace mené par Leyman Gbowee qui recevra le prix Nobel de la paix en 2011. Les femmes de ce mouvement, guidées par leur croyance et leurs valeurs communes, n’hésitent pas à faire sortir leurs semblables des églises et des mosquées et investissent les rues, vêtues de blanc, par milliers. Au grand jour. Beaucoup sont marquées par les atrocités de la guerre, veulent enfin mettre un terme au massacre et faire entendre raison aux belligérants. Elles vont voir des chefs d’État et négocient avec les chefs rebelles. Elles ne se satisfont pas de promesses vides. Alors que le programme officiel de désarmement de l’ONU menace d’échouer, elles en prennent la direction. Elles n’ont pas peur de se rendre dans les zones dangereuses et exigent des hommes qu’ils déposent les armes. Elles organisent des pourparlers de paix publics retransmis par de nombreuses radios locales. C’est ainsi que les mesures prises par ce mouvement deviennent claires et visibles. L’élection en 2005 de la féministe Ellen Johnson-Sirleaf à la présidence du Liberia est l’œuvre commune du mouvement des femmes.

La nouvelle présidente se bat contre des traditions dépassées. De nouvelles lois donnent aux femmes la protection de l’État en cas de viol et de violences domestiques, et elles acquièrent aussi le droit à la possession, nouveauté absolue. «JE VEUX UNE FIN À CETTE GUERRE»… …a dû se dire Mairead Maguire en Irlande du Nord après des années de violence aveugle et de morts innombrables. Elle qui a perdu la moitié de sa famille pendant le conflit élabore des stratégies, des listes, souffre des revers et prend part à des négociations sans fin. Elle fait s’asseoir à la même table les communautés ennemies, observe et intervient. Si les pourparlers se bloquent, elle essaie de rompre la glace avec d’autres femmes. L’objectif des pourparlers est l’égalité des droits politiques de toutes les parties – un travail d’Hercule étant donné l’escalade du conflit en Irlande du Nord. Mairead Maguire connaît les déconvenues, mais abandonner ou quitter les négociations n’est pour elle pas une option, même pas sous les menaces de mort ou les attaques. Leyman Gbowee et Miread Maguire agissent de la même manière, se tiennent au premier rang et ne s’accordent aucun répit! Elles savent cependant qu’elles ne sont pas seules, leur exemple est suivi par des femmes qui s’organisent en réseaux solides et qui préfèrent moins se montrer en public. Ce sont pour la plupart des femmes qui, comme leurs modèles, traversent l’enfer de la peur et de l’insécurité. Les réseaux donnent de la force. Ils sont un instrument utile pour diffuser largement les demandes et ils sont souvent la base du succès. CETTE ENVIE DÉSESPÉRÉE DE VIVRE Victoria Nyanjura a été enlevée en Ouganda à l’âge de 14 ans par un groupe paramilitaire. Elle a été brutalisée et mariée de force. Victoria est une victime comme des dizaines de milliers d’autres jeunes et enfants maltraités en Ouganda et utilisés comme soldats ou esclaves sexuels. Elle passe huit ans en captivité pendant lesquels elle donne naissance à deux enfants. En 2004, elle réussit à s’échapper. Elle travaille aujourd’hui avec des victimes du conflit, des hommes et des femmes, parce que c’est encore pire pour eux que pour elles. Quelle force doit avoir une jeune femme maltraitée, violée, pour essayer de s’échapper alors qu’elle se trouve dans une situation pratiquement désespérée et qu’elle sait qu’elle sera tuée si on l’attrape? Courage, désespoir, résignation? Impossible à savoir. Peut-être Victoria a-t-elle tout simplement envie de vivre! CE QUI DÉMULTIPLIE LA FORCE DES FEMMES? La réponse est dans le récit de leurs histoires. L’engagement pour la justice, la paix, la survie – celle des autres aussi – ne se limite pas aux pays où règnent les conflits ou l’extrême pauvreté. Partout dans le monde, y compris chez nous en Suisse, vivent d’innombrables femmes qui démultiplient leur force pour les enfants maltraités, les prisonniers, les réfugiés, contre la violence domestique, pour plus de femmes dans les strates supérieures du pouvoir ou pour que des solutions pacifiques soient trouvées aux conflits apparemment sans espoir. En nommant en 2005 mille femmes pour le prix Nobel de la paix, notre intention était de donner de la visibilité à celles qui s’engagent sans relâche, avec courage et de manière exemplaire pour mener à bien les tâches politiques négligées et souvent mal aimées visant à transformer la société. 1000 femmes pour recevoir une distinction au nom de centaines de milliers dans toutes les zones en guerre ou en crise, mais aussi dans nos «paisibles» pays, et rendre leur travail public. Ces 1000 portraits de femmes montrent qu’il y a manifestement plus de 1000 facteurs de force. 1000 PeaceWomen Across the Globe Le livre accompagnant le projet «1000 Femmes pour le prix Nobel de la paix 2005». Chacune des femmes est présentée dans une courte biographie. Ed. Kontrast Zürich, CHF 40. www.1000peacewomen.org

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POWER WOMEN

NOS POWER WOMEN L’une sauve des vies dans une salle d’opération, une autre fait sortir de terre un empire, une autre encore défend dans le monde entier de jeunes entrepreneurs ou des artistes, une autre enfin propage partout des messages de paix d’une voix bouleversante. C’est ce que font (mais pas seulement, car il y a bien plus encore) les power women que nous avons l’honneur de vous présenter dans ce numéro de L’OFFICIEL Suisse. Sept femmes on ne peut plus différentes et qui ont cependant un point commun: la passion sans relâche avec laquelle elles défendent leur cause et poursuivent leur but. P a r D Ö R T E W E LT I

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Photographie NICOL AS SCHOPFER


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ISABELLE SCHMITT-OPITZ

lle est épouse, mère de deux enfants et une sommité dans le domaine de la chirurgie thoracique: la professeur Isabelle Schmitt-Opitz mène des recherches sur le mésothéliome pleural malin, une tumeur agressive liée à l’exposition à l’amiante considérée jusqu’à présent comme incurable, elle réalise des greffes de poumon et opère de complexes occlusions vasculaires consécutives à des embolies pulmonaires. Cette native de Cologne est médecin chef de la clinique de chirurgie thoracique de l’hôpital universitaire de Zurich, elle a déjà supervisé des dizaines de doctorants et post-doctorants et reçu diverses distinctions pour ses travaux. À elle seule, la liste de ses activités et publications noircirait les pages d’une brochure de bonne moyenne. Une femme confrontée, jour après jour, à des questions vitales. POUR VOUS, QU’EST-CE QU’UNE «POWER WOMAN»? En fait, je ne comprends pas vraiment cette expression telle qu’elle est utilisée couramment. La power woman est la plupart du temps associée à une femme qui arrive facilement et simultanément à mener une belle carrière, à être une mère attentionnée et une épouse aimante. Il arrive toujours des moments où il faut faire des compromis – toujours, quand on fait du multi-tasking. Une power woman est pour moi une femme qui possède une certaine force mentale, qui remplit les rôles qui sont les siens avec conviction, en utilisant tous les moyens mis à sa disposition, et qui le fait avec joie, sans se remettre constamment en question vis-à-vis de la société ou par rapport aux autres, et sans se réinventer sans arrêt. En plus d’une certaine puissance, d’un certain «power», il lui faut être indépendante dans la vie, mais aussi avoir assez de ténacité et de force intérieure pour aller jusqu’au bout sans angoisser.

DANS SON MÉTIER, QU’EST-CE QUI FAIT D’UNE FEMME UNE «POWER WOMAN»? C’est vraiment une question très pertinente pour le domaine de la chirurgie qui est au premier chef un domaine très masculin. Pour les générations à venir, les quotas et les programmes «filling the gap» représentent à mon avis des solutions importantes pour les femmes qui ont suivi une excellente formation et se consacrent ensuite «seulement» à leur famille, car cela leur offre des mesures attractives qui leur permettent de mener de front vie familiale et professionnelle – l’université de Zurich ouvre ici brillamment la voie. Je pense cependant que dans ces «domaines masculins», il est tout à fait essentiel de s’insérer et, justement, de ne pas exiger ce statut particulier. Cela semble souvent difficile du fait qu’on a bien une double fonction; mais l’acceptation dans ces domaines, on la reçoit à un autre niveau. Y arriver demande un certain «power». SEPTEMBRE 2015

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DECHEN SHAK-DAGSAY financièrement et de rendre autonome la Clinique Tsedön fondée par leurs parents au Tibet. Grâce au succès musical recueilli entre autres par le projet «Beyond» réalisé en collaboration avec Regula Curti et Tina Turner, et au travers de ses diverses initiatives sociales, Dechen a lancé en 2010 la Dewa Che Foundation, contribuant à la préservation et à la promotion de la culture tibétaine tant au Tibet que dans le monde. Avec de s’embarquer dans une carrière musicale, elle a travaillé pendant près de 20 ans dans le département marketing d’une société internationale et a aussi enseigné le tai-chi-chuan.. Aujourd’hui, elle vit dans un petit village surplombant le lac de Zurich. www.dechen-shak.com

POUR VOUS, QU’EST-CE QU’UNE «POWER WOMAN»? Une personnalité féminine qui fait usage de ses dons et de ses capacités pour faire bouger les choses positivement dans ce monde, quelqu’un qui ne se laisse pas détourner de cet objectif. Il peut s’agir d’une simple mère qui élève seule ses enfants et qui jongle habilement avec la maison, le travail et les enfants, ou d’une directrice haut placée, peu importe. Une femme devient une power woman à partir du moment où sa manière de penser et d’agir est animée d’une sagesse intérieure. Cela la rend forte, charismatique et attirante.

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lle est Tibétaine. Mais elle a vécu en Suisse avec sa famille depuis son enfance. Son père, Dagsay Rinpoche, lama tibétain, lui a transmis la signification des mantras qu’elle interprète maintenant dans le monde entier. C’est ainsi qu’elle a eu récemment l’honneur d’offrir une représentation au Dalaï Lama en personne pour son 80e anniversaire. Marchant dans les pas de leur mère décédée, Dechen Shak-Dagsay et ses deux jeunes sœurs se sont donné comme tâche d’aider 52

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DANS SON MÉTIER, QU’EST-CE QUI FAIT D’UNE FEMME UNE «POWER WOMAN»? En tant qu’interprète de mantras tibétains très anciens, je me sens tout naturellement investie d’une force particulière. Les mantras qui m’ont été transmis par mon cher père Dagsay Rinpoche, lama tibétain, remontent au Bouddha. Ce sont des syllabes sacrées très anciennes qui font s’épanouir dans l’esprit une force de guérison dès qu’on les voit, les entend ou les prononce. Je me considère comme privilégiée de pouvoir disséminer dans le monde avec ma voix ces anciennes sagesses contenues dans ma culture, et de transmettre aux gens un sentiment de sécurité, d’humanité et de joie. Que peut-il y avoir de plus puissant et de plus beau que de réussir à transformer positivement l’état d’âme des gens pour surmonter les pensées négatives et destructrices? Il ne faut jamais l’oublier: à la base de chaque guerre, il y a une pensée destructrice. C’est aussi l’un des thèmes centraux de mon nouvel album Day Tomorrow. Par nos pensées, paroles et actions attentives d’aujourd’hui, nous posons les fondations de lendemains meilleurs. Chez nous, on dit aussi que la qualité de toute action est contenue dans la qualité de la pensée. Et la qualité de la pensée est contenue dans la qualité de l’esprit.


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NATASCHA SAYN WITTGENSTEIN

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atascha Wittgenstein est issue d'une ancienne famille de haute aristocratie allemande. Sa mère, Birgitta af Klercker, mannequin dans les années 60, était la favorite de Diana Vreeland et a souvent fait la couverture de Vogue. Natascha Wittgenstein est née à New York, a grandi en Europe et a fait ses études de design à l’École Camondo de Paris. Elle a travaillé pour Christian Lacroix, Devi Kroell et Nina Ricci avant de fonder en 2007 sa ligne de maillots de bain «Tooshie» qui a connu un succès immédiat et qui compte 75 points de vente parmi les plus prisés au monde, tel que Bergdorf Goodman à New York, Selfridges à Londres, le Bon Marché à Paris et Bongénie à Genève pour ne citer qu'eux. Natascha Wittgenstein s'investit actuellement dans la conception de ses premières boutiques. POUR VOUS, QU’EST-CE QU’UNE «POWER WOMAN»? Ma mère représente la power woman. Elle est l'inspiration constante de «Tooshie» à travers son élégance. Ce mode de vie qu'elle m'a transmis, je souhaite à mon tour l'insuffler à ma fille Tatiana. Je ne fais pas l'éloge du féminisme mais de la fémininté. C'est la délicatesse, la douceur et l'élégance. Elle puise dans sa sphère privée l'énergie et la créativité. Elle est aussi une femme qui incarne l'équilibre entre ses capacités professionnelles et ses relations aux autres. DANS SON MÉTIER, QU’EST-CE QUI FAIT D’UNE FEMME UNE «POWER WOMAN»? Dans le monde de la mode, il y a plusieurs femmes de pouvoir. Il me vient à l'esprit un excellent exemple influent, celui de Lee Miller. Elle fut mannequin dans les années 20 à New York, ensuite photographe de guerre et portraitiste de nombreux artistes influents. Sa vie est une succession de prises de risques, d'éclectisme. C'est une femme et une mère forte et indépendante. SEPTEMBRE 2015

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ANJA GRAF E

lle a 21 ans. Elle pousse la porte d’une banque armée d’une idée et de beaucoup de courage, elle demande un capital de départ. On le lui accorde. Ses parents l’aident au début. Aujourd’hui, soit 15 ans plus tard, Anja Graf, ancienne copropriétaire d’une agence de mannequins, s’est bâti un véritable empire. L’idée de mettre à la disposition des mannequins des logements meublés abordables s’est transformée en quelque 1 000 appartements situés à Berlin, Lausanne, Munich, Varsovie, Vienne, Zurich et Genève. Cette native de Winterthour dirige en effet Visionapartments, une entreprise en rapide expansion, et est mère de quatre enfants. L’un de ses principes: ses déplacements professionnels ne doivent jamais l’empêcher d’être de retour chez elle et de passer la soirée auprès de ses enfants. 1. POUR VOUS, QU’EST-CE QU’UNE «POWER WOMAN»? Une femme qui arrive à rassembler toujours suffisamment d’énergie pour prendre les bonnes décisions plusieurs fois par jour et année après année, même s’il est de plus en plus difficile de le faire en tenant compte de toutes les bonnes décisions déjà prises. Elle n’y arrivera en tant que femme que si elle parvient à organiser sa vie privée de manière tout aussi satisfaisante que n’importe quelle autre femme qui ne se laisse pas «bouffer» par le travail. 2. DANS VOTRE MÉTIER, QU’EST-CE QUI FAIT D’UNE FEMME UNE «POWER WOMAN»? Le fait même qu’il s’agisse d’une femme ayant un poste de dirigeant dans le milieu des affaires et plus particulièrement dans celui de l’immobilier, fait déjà d’elle une sorte de power woman. Mon exemple et ma réussite avec Visionapartments montrent bien qu’il est tout à fait possible pour une femme de s’imposer dans un monde presque exclusivement masculin. Il est aussi amusant de constater que le terme «power man» n’existe pas du tout pour les hommes. Je ne l’ai du moins jamais entendu ni lu dans aucun titre. Il semblerait que chaque homme soit, automatiquement, un «power man»…

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CYNTHIA ODIER

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lus encore que tout autre art dit vivant, la danse est éphémère. Cynthia Odier travaille à lui donner de la durée. Par son engagement et son travail dans la création artistique, cette ex-danseuse basée à Genève éveille l'émotion du public à travers «le vécu». En 2002 elle crée la Fondation Fluxum pour encourager l’art chorégraphique. Un an plus tard, elle ouvre le Flux Laboratory, lieu de création pour les artistes de toutes les disciplines. Depuis, l'institution a collaboré avec plus de 300 artistes et de nombreux partenaires publics et privés, acquérant une renommée internationale. Aujourd'hui, la danse trouve sa place de communicateur dans la société comme dans le monde des affaires. Quant à l'équipe de la Fondation Fluxum et du Flux Laboratory, elle se prépare à célébrer le centenaire du mouvement Dada en 2016. www.fluxumfoundation.com

1. POUR VOUS, QU’EST-CE QU’UNE «POWER WOMAN»? Quelqu’un qui met en œuvre des projets concrets à partir d'observations «panoramiques» de ce qui se passe dans notre société. Dans notre cas, il s'agit de traduire l'actualité par l'action artistique. En valorisant son intuition, la power woman réunit et produit des talents artistiques en leur proposant des concepts qui nourrissent et encouragent leur créativité. 2. DANS VOTRE MÉTIER, QU’EST-CE QUI FAIT D’UNE FEMME UNE «POWER WOMAN»? Elle a le privilège d’offrir une plateforme et des conditions de travail optimales aux artistes, de les laisser expérimenter et de créer librement, et surtout, de rester en retrait tout en se réjouissant de la réalisation et du succès de ces derniers.

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ALISÉE DE TONNAC L

es voyages ont formé la vie d’Alisée de Tonnac. Née en France, elle a grandi à Singapour et en Californie, et a fait ses études en Italie et en Suisse. Elle connaît beaucoup de pays, a mené des missions humanitaires au Brésil et au Cambodge. Cela l’a marquée et Alisée, avec d’autres personnes dont elle partage les préoccupations, a développé le programme Seedstarsworld.com. L’idée? Apporter un soutien aux start-ups et à l’entreprenariat dans des pays émergents et en voie de développement. Un bon nombre de structures a déjà pu en bénéficier, de nouveaux jobs ont été créés. Un principe de Reid Hoffmann, co-fondateur de LinkedIn, guide cette ancienne cheffe de produits de L’Oréal devenue CEO de Seedstars World: «Tu sautes d’une falaise et tu conçois l’avion pendant la chute». POUR VOUS, QU’EST-CE QU’UNE «POWER WOMAN»? Une power woman dans le monde de l’entreprise se définit par les mêmes attributs qu’un entrepreneur qui a du succès, quels que soient son sexe, la couleur de sa peau ou son âge. La passion, la persévérance, l’ouverture d’esprit et le don de savoir écouter, voilà ce que je considère comme des qualités essentielles pour attirer le respect et avoir un impact. Ces caractéristiques ont la faculté de mettre fin aux préjugés et aux idées fausses auxquels sont soumises les femmes. DANS SON MÉTIER, QU’EST-CE QUI FAIT D’UNE FEMME UNE «POWER WOMAN»? La confiance en soi (même s’il semble qu’il faudrait une vie entière pour la construire). Je crois sincèrement qu’elle est nécessaire pour étouffer tous les bruits et le vacarme du monde extérieur. Il faut également s’entourer des bonnes personnes, celles qui veulent décrocher la lune! Je suis fermement convaincue que les quelques personnes dont on s’entoure nous définissent. Après, c’est à nous de décider comment gérer l’influence des autres sur nos propres choix. Alors, quand on s’efforce d’avoir une voix dans ce monde, il est d’autant plus important que les personnes autour de nous cherchent à avoir un impact encore plus grand que le nôtre.

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ANJA WYDEN GUELPA E

n Suisse, rares sont encore les femmes présentes en politique, un domaine qui a toujours fasciné Anja Wyden Guelpa. Cette Genevoise d’adoption compte parmi les femmes politiquement engagées qui s’appuient sur leur position particulière pour faire bouger les choses. Première femme jamais nommée chancelière d’État à Genève, il lui appartient d’apporter au gouvernement cantonal un soutien stratégique, juridique et opérationnel. Après des études de sciences politiques et d’administration publique à Genève et Tübingen, Anja Wyden Guelpa commence sa carrière au SECO (Secrétariat d’État à l’économie) et s’y fait remarquer pour sa faculté à sortir des sentiers battus en essayant et en évaluant de nouveaux «outils» pour le pouvoir législatif. Elle travaille ensuite pour IBM Consulting, entre autres, avant de rejoindre l’administration publique du canton de Genève, où elle devient bientôt directrice générale de l’action sociale. En 2009, cette mère de deux adolescents est élue chancelière d’État du canton de Genève, réélue en 2013 et nommée cette même année par le Conseil fédéral au comité de Suisse Tourisme. Pour couronner le tout, cette Valaisanne de naissance occupe le poste de vice-présidente de la commission de déontologie, laquelle examine les activités de lobbying d’un point de vue éthique. POUR VOUS, QU’EST-CE QU’UNE «POWER WOMAN»? Une femme que le pouvoir n’effraie pas, et à qui les confrontations non plus ne font pas peur – quand elles sont nécessaires. Une femme qui ne dévie pas juste pour plaire aux autres. DANS SON MÉTIER, QU’EST-CE QUI FAIT D’UNE FEMME UNE «POWER WOMAN»? Dans le secteur public, les qualités qui distinguent une «power woman» sont en principe les mêmes que pour les hommes: leadership, esprit de décision, pensée stratégique, etc. On s’aperçoit cependant que les femmes qui occupent des postes publics sont soumises à une critique plus sévère que leurs collègues masculins. Une femme qui exerce un pouvoir, qui montre courage et indépendance sera qualifiée de dure et entêtée, tandis que ces mêmes traits seront considérés comme des qualités essentielles pour ses homologues masculins. SEPTEMBRE 2015

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MODE ÉMOI Réservés hier encore à un cercle de spécialistes, les films, expositions et ouvrages consacrés à la mode sont désormais plus populaires que jamais. Enquête sur un nouvel Eldorado aussi couru qu’inattendu. Par MARION RENARD

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PHOTOS: EMIL LARSSON; CIM PRODUCTIONS, BANGUMI, PRISCILLA RATTAZZI, STÉPHANE CARDINALE/PEOPLE AVENUE/CORBIS FOTOS:

«Gold corset» porté par Madonna en 1990 (exposition Jean Paul Gaultier).


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’émotion est palpable. Quelques larmes coulent aux coins des yeux. L’observateur posté à la sortie de ce film pourrait parfaitement imaginer que ses spectateurs viennent d’assister à la projection d’Autant en emporte le vent ou de quelque mélo flamboyant hollywoodien digne de Douglas Sirk. Il n’en est rien. C’est même un «simple» documentaire, qualifié «de mode», qui vient d’être projeté à guichet fermé au British Film Institute dans le cadre du London LGBT Film Festival en mars dernier. Signé Frédéric Tcheng, Dior and I (Dior et moi) est redoutablement efficace. Le cinéaste y fixe les premiers pas de Raf Simons chez Christian Dior à l’occasion de sa première collection de haute couture en juillet 2012. Les coulisses de Dior deviennent ainsi le décor idéal d’une exploration aux sources du talent et de la créativité. Superposant des images d’archives inédites de Monsieur Dior et la prise de contact du nouveau directeur artistique maison avec les équipes en place, le film évoque les doutes des deux créatifs, leurs interrogations sur le bien-fondé de leurs choix permanents, leurs coups de gueule parfois et leur timidité quasi maladive en commun. On peut sourire de ces attitudes qui se livrent à des jeux de miroir par-dessus le temps, elles n’en révèlent pas moins un engagement rare au service d’un métier supposé futile, jusqu’à récemment. DOCU FASHION Dior and I n’est pas une exception. Le nombre de documentaires de mode qui quitte le registre de la télévision – passé 22 heures – pour être proposés à un large public sur grands écrans ne cesse d’augmenter. Pour le plus grand bonheur de leurs réalisateurs qui, à partir de sujets pointus et avec des budgets rarement hollywoodiens, se retrouvent soudain à la tête de petits blockbusters. Sorti en 2008, le très amusant Valentino: The Last Emperor dirigé par Matt Tyrnauer (et auquel Frédéric Tcheng collaborait également) autour de la carrière du couturier et de sa relation personnelle autant que professionnelle avec Giancarlo Giammetti, affichait ainsi un gain de 1,7 million de dollars au Box Office en 2009. En 2011, le film Diana Vreeland: The Eye Has to Travel dirigé par la petite-fille de la journaliste, Lisa Immordino Vreeland – assistée ici aussi de Frédéric Tcheng – et résumant en 86 minutes la vie extravagante de cette ex-rédactrice en chef de magazine, devenue consultante du Metropolitan Museum of Art de New York, comptabilisait un million de dollars au Box Office. De The September Issue de R. J. Cutler en 2009 à Mademoiselle C de Fabien Constant sur Carine Roitfeld en 2013, les documentaires de mode qui sortent en salles n’ont pas tous le même succès. N’empêche, le simple fait de les y trouver témoigne d’un intérêt inédit. D’autant que s’ajoutent à ceux-ci les recherches autour de la mode produites par le petit écran et également diffusés en vidéos. Ainsi, si l’on ne se lasse pas des truculentes productions Le Jour d’avant de Loïc Prigent pour Arte, ni de son Habillé pour... avec Mademoiselle Agnès sur Canal+, on a découvert avec bonheur en 2013 la série en trois volets Fashion! d’Olivier Niklaus toujours pour Arte, et les Chroniques d’une décennie de mode de Véronique Legendre en 2014 sur Stylia. Des docs composés de solides montages d’archives, actualisés de commentaires pédagogiques.

Jean-Paul Gaultier au travail.

Erin O’Connor en Alexander McQueen, exposition Savage Beauty au V&A.

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STYLE Enfin, si leurs propos et leurs buts sont bien différents, les récents succès des films de fiction autour d’Yves Saint Laurent, pourraient bien également rentrer dans cette comptabilité griffée couture. LA MODE AU MUSÉE La soif d’un large public pour la mode sous l’angle culturel ne se contente d’ailleurs pas des films documentaires. Les expositions de mode sont également devenues des événements. Même si les cohortes de visiteurs qu’on voit patienter en longues files d’attente devant ces manifestations spécialisées sont rarement consommatrices de création – hors parfums ou accessoires –, qui aurait imaginé, hier encore, voir des foules aussi fascinées par le luxe et la mode? Ce n’est peut-être pas un hasard si la première des grandes rétrospectives à avoir attiré un large public puisé bien au-delà de la sphère mode, était consacrée à Yves Saint Laurent. Et créée par Diana Vreeland justement, à New York en 1983. À partir du Metropolitan Museum of Art, son succès avait résonné dans le monde entier. Trente ans plus tard, les expositions monographiques consacrées à des créateurs se multiplient. Depuis 2011, où elle a été créée à Montréal par Nathalie Bondil au musée des Beaux-Arts, l’exposition autour du designer Jean Paul Gaultier, aussi ludique que la personnalité du créateur, a réuni plus de 1,4 million de visiteurs avant même d’arriver au sein des galeries du Grand Palais à Paris. Son périple l’a en effet menée en neuf étapes de Dallas à San Francisco, en passant par Madrid ou Rotterdam, des villes toutes aussi enthousiastes face au talent du couturier et à son sens de la mise en scène contemporaine. L’exposition consacrée à l’œuvre sombre d’Alexander McQueen avait elle aussi attirée 660 000 visiteurs lorsqu’elle a été produite au Met de New York en 2011. Ce qui en faisait la 8e exposition la plus vue au sein de ce musée. Reprise à Londres, au Victoria & Albert Museum, Savage Beauty aura été une version plus complète du testament du créateur qui mit fin à ses jours en 2010. Avant même son ouverture londonienne, 70 000 futurs visiteurs avaient déjà réservé leur billet d’entrée. Et là aussi, les files d’attente se seront allongées, afin d’assister à cette mise en scène spectaculaire, musicale, testamentaire et dark d’un talent définitivement à sa place au musée. Il est vrai que l’exposition autour de David Bowie is – ressentie également comme un condensé de styles par le public – avait réuni plus de 300 0000 visiteurs au V&A lors de sa création en 2013. Après un périple qui l’a menée de São Paulo à Berlin en passant par Chicago, cette accumulation de musiques et de modes hyperscénarisées, mais également chargées d’émotions, a continué à attirer un large public. UNE MISE EN VALEUR DES SAVOIR-FAIRE Davantage centrée sur l’aspect créatif de la mode au sens strict, le constat a été aussi brillant pour l’exposition de Pamela Golbin consacrée à Dries Van Noten, Inspirations, l’année dernière au musée des Arts-décoratifs à Paris: 160 000 visiteurs s’y sont succédé en huit mois, avant que la manifestation ne parte à Anvers. La divine exposition autour de Jeanne Lanvin organisée par Olivier Saillard dans l’espace restreint du Palais Galliera où elle vient de se clore, a fait également carton plein, affichant 45 000 visiteurs le premier mois de son ouverture. 60

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Raf Simons dans Dior and I

Exposition Karl Lagerfeld Modemethode à Bonn.

Valentino, le dernier empereur.


STYLE

PHOTOS: KOEN DE WAAL; PIERRE ANTOINE; EMIL LARSSON, 2014 REX, COURTOISIE FENDI ARCHIVES, CONDÉ NAST PUBLICATIONS INC

Exposition Jeanne Lanvin au Palais Galliera.

À l’heure de la rédaction de cet article, on la verrait bien battre le record de Les Années 1950, vue l’année dernière en ces murs fraîchement restaurés par plus de 155 000 visiteurs. Aujourd’hui, même les expositions très pointues, mettant en relief un savoir-faire précis, font le plein. Comme celle consacrée à la jeune créatrice d’avantgarde Iris Van Herpen, organisée l’année dernière: 21 000 visiteurs en onze mois. Et la généreuse, mais néanmoins érudite exposition consacrée aux boutons, Déboutonner la mode, aux Arts-Décoratifs à Paris, inaugurée en février dernier, a réuni plus de 35 000 visiteurs lors de ses 9 premières semaines. Des scores révélateurs qui seront, n’en doutons pas, vite dépassés par Modemethode, l’exposition organisée par Lady Amanda Harlech autour de la carrière prolifique de son ami Karl Lagerfeld, au Bundeskunsthalle de Bonn (jusqu’au 13 septembre). Ainsi, là où les vestiaires créatifs peinent à se vendre, du moins dans la Vieille Europe, la dimension culturelle de la mode n’aura jamais été si prisée. Comment ne pas y voir un signe positif pour l’avenir de ce secteur et de la société en général? Comme nous le signalait justement Pierre Bergé en 2005, à l’occasion d’un projet d’exposition YSL à Saint-Pétersbourg: «Je suis un homme de gauche et athée. Ce sont des femmes et des hommes comme moi qui ont vidé les églises et remplis les musées. Peutêtre que la culture est devenue une nouvelle religion. Mais lorsque les vraies religions se présentent comme aujourd’hui sous leur jour le plus néfaste, on ne peut que s’en réjouir!»

Création d’Elsa Schiaparelli, 1937, à l’exposition Déboutonner la mode, à Paris.

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STYLE Christopher Kane

Burberry Prorsum

LONDRES

Londres fait une fois encore le grand écart. D’un côté, des maisons bien établies et ultra codées qui ont su se mettre à la page; de l’autre, une nouvelle garde innovante mais nostalgique, obsédée par un passé qu’elle n’a pourtant pas connu. Par K AREN ROUACH Simone Rocha

PHOTOS: DR; MARCIO MADEIRA

Giles

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STYLE Gareth Pugh

L

a preuve pour commencer sur le podium de Jonathan Anderson (J.W. Anderson) où défile une bande de fêtardes des années 1980, à la veille de la chute du mur de Berlin. Le créateur imagine alors un vestiaire à l’usage des party girls de l’époque, qui utilisaient leurs vêtements comme moyen d’expression, sans peur du dépareillé. Autre créatrice très en vue, Simone Rocha a articulé sa nouvelle collection autour du travail de la plasticienne Louise Bourgeois. Ensembles en velours rembourré aux découpes arrondies et motifs tapisserie lui rendent un bel hommage, la famille de l’artiste possédant autrefois une usine de tapisserie. De son coté, Mary Katrantzou a fait le pari de mélanger maximalisme victorien et minimalisme contemporain. Les duffle-coats en 3D, à couper le souffle, détonnent alors face aux robes austères gravées de motifs baroques, mais l’association fonctionne à merveille. Épris de poésie, Matthew Williamson a transporté cette saison aux confins des années 1970, à l’heure du culte de la nature florissante. Une réflexion autour du mythe de la «femme fleur», illustré simplement par un motif liberty revisité à l’aune d’une palette Technicolor et d’un choix de coupes variées. Plus recherché, le duo Peter Pilotto/Christopher De Vos, bien ancré dans son temps, poursuit son travail autour de l’imprimé. Un motif façon Tetris prend ici les atours d’un jeu visuel à l’esprit sixties, graphique et hypnotique, un brin futuriste. Quant à Christopher Kane, il aborde sans détour les thèmes de l’amour et de l’érotisme. Sa collection traduit littéralement les sentiments amoureux en vêtements, à l’aide de dessins d’amants nus entremêlés dans des positions suggestives, mais aussi à l’aide de métaphores plus subtiles comme les battements du cœur qui deviennent des rayures en zigzag sur quelques pièces de cette collection osée. En face, les piliers de la mode anglaise s’adaptent, à mi-chemin entre tradition et modernité. D’humeur bohème, Christopher Bailey a ainsi livré avec justesse pour Burberry Prorsum une silhouette seventies actualisée, presque hippie, avec ponchos à franges, vestes en boutis et cuissardes en patchwork de daim au programme. Paul

Smith a délaissé ses imprimés signature au profit d’une élégance tout en retenue, qui frôle le masculin sans jamais tomber dans l’unisexe. Éloge du bon goût. Autre représentante du chic anglais, Margaret Howell habille toujours ce même incorrigible garçon manqué. L’allure qu’elle défend depuis des décennies, minimaliste à souhait et un brin androgyne, colle pourtant toujours à l’air du temps. Dans une atmosphère tendue d’austérité classique et de tragédie à la Shakespeare, Giles Deacon a dévoilé un véritable poème, qui s’articule autour d’un vestiaire inspiré du XVIe siècle et des grandes figures de l’époque. Une panoplie hivernale quasi mystique, bien fournie en spectaculaires robes du soir. Vivienne Westwood, que l’on avait quittée en septembre dernier en militante pour l’indépendance de l’Écosse, imagine pour sa ligne «Red Label» une fille mystérieuse, rebelle et insoumise, punk à souhait, pleine de références culturelles aux années 1980. Alice Temperley, la créatrice fétiche de Kate Middleton, a dévoilé une garde-robe mondaine, moins apprêtée que par le passé, avec une indéniable influence nomade. Par ailleurs, le calendrier s’est vu légèrement bousculé cette saison par Gareth Pugh, qui défile habituellement à Paris, mais a choisi exceptionnellement Londres pour fêter les dix ans de sa ligne éponyme. Un véritable voyage dans les ténèbres, à la table de Lord Dracula, qui vient rompre avec la bohème naïve qui règne à Londres. À l’aide de coupes droites, de matières gothiques et d’associations opératiques, il dessine une guerrière rougeoyante, qui marche sans se retourner vers un destin inéluctable. Pendant ce temps-là, Tom Ford, qui a décliné l’invitation, défilait seul à Los Angeles, jugeant certainement le climat plus approprié au vestiaire qu’il préconise généralement de porter... Le soir venu, Delfina Delettrez a fêté l’ouverture de son nouvel écrin londonien; Coach a fêté sa collaboration avec l’artiste Gary Baseman à la Serpentine Gallery; Natalia Vodianova et Karlie Kloss ont récolté des fonds pour l’association Naked Heart grâce à leur gala caritatif; tandis que Prada dévoilait le nouveau chapitre de son projet The Iconoclasts dans sa boutique de Mayfair.

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STYLE Prada

MILAN

Plus excentrique en apparence qu’en réalité, Milan a offert une semaine admirable: festive à souhait, emplie d’une saine nostalgie, et tout à la fois optimiste quant à la relève qui a appris des plus grands. L’Italienne fait toujours rêver, quelle que soit son humeur esthétique. Par K AREN ROUACH

Moschino

PHOTOS: DR; MARCIO MADEIRA

Philipp Plein

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STYLE

Versace

M

ilan est donc une fête. Du moins pour Philipp Plein, qui ne mesure jamais la démesure. Une montagne russe pour décor, des wagons de mannequins dessus, Azealia Banks pour ouvrir le show… et des vêtements, des vrais, qui habillent les femmes que l’on croise dans la rue: principalement des joggings en cuir façon croco portés avec des harnais, la définition même du «sport couture». Mais l’événement de la saison fut sans aucun doute le surprenant lifting opéré chez Gucci. Après le départ anticipé de Frida Giannini, son successeur et ancien bras droit Alessandro Michele a présenté sa toute première collection. Jupes midi en cuir plissé, costumes froissés, robes à volants, fourrures bicolores, blouses transparentes à col lavallière, tailleurs-pantalons fleuris effet tapisserie, velours pastel et fine dentelle composent ce nouveau vestiaire vintage, qui devrait à coup sûr séduire une clientèle plus jeune et plus pointue. C’est la fête également chez Jeremy Scott, qui laisse de côté la Barbie de l’été dernier pour mieux poursuivre sa régression burlesque. Et c’est avec une panoplie d’attributs streetwear empruntés aux années 1990 que le créateur de Moschino prévoit l’hiver. Bugs Bunny, Daffy Duck et Droopy se retrouvent apposés sur des sweats oversize, des sacs, et même des robes du soir. Même pas le temps de digérer tout ça que, déjà, la collection se retrouve dans les rues de Milan: en effet, une partie est achetable dès le lendemain…Bluffant. Nouvelle manie repérée sur les podiums, cette obsession de la part des créateurs de fouiller dans les archives de la maison pour laquelle ils officient, certains de ne pas se tromper tant celle-ci est chargée d’histoire. Tout n’est donc plus qu’hommages et références au passé. C’est le cas notamment de Donatella Versace, qui hésite encore entre monde réel et monde virtuel. Sa collection s’articule autour du logo, une marotte des années 1990 désormais remise au goût du jour. Les frises grecques chères à Gianni Versace et les lettres VERSACE sont ainsi brodées ou imprimées sur la plupart des pièces. De même, pour ce qui avait l’air d’être son ultime défilé pour la maison, Peter Dundas a rendu hommage à Emilio Pucci en rééditant certaines pièces phares de la maison comme les robes en dégradé, les pantalons de velours, les blouses en soie imprimée, et les ensembles en noir et blanc à motifs géométriques. Inspirés par l’architecture épurée du Palais de la Civilisation Italienne, le nouveau siège de Fendi à

Rome, Karl Lagerfeld et Silvia Venturini Fendi la retranscrivent littéralement dans une collection géométrique à souhait. Domenico Dolce et Stefano Gabbana servent quant à eux chaque saison le même plat, aussi peu réaliste qu’il soit. Une bonne dose d’Italie, et le tableau d’une famille parfaite. La recette fonctionne si bien que le duo va encore plus loin et rend un hommage sans détour à la mamma. Ainsi, vue par Dolce & Gabbana, celle-ci apparaît très enceinte, sous les traits de la sublime égérie Bianca Balti, ou bien son bébé dans les bras, vêtue de robes poudrées brodées de poèmes enfantins et de dessins naïfs. Une charmante collection pour une vie clairement utopique, qui dénote totalement avec la brutalité du monde actuel… Mais après tout, on a le droit de rêver. Nombre de collections s’articulent autour d’un fantasme: celui de la femme italienne. Mais qui est-elle vraiment? Chez Max Mara, voluptueuse et fatale, elle revêt son pardessus masculin et déambule de jour comme de nuit dans un vestiaire intemporel, clin d’œil à l’élégance transalpine des années 1950. Féline chez Roberto Cavalli, elle est sûre de son pouvoir de séduction, drapée dans des mousselines de couleurs vives, d’imprimés rutilants et de textures lamées. Vue par Alberta Ferretti, l’Italienne est romantique, ne jure que par la dentelle pour se vêtir, mais tolère quelques imprimés ethniques. Du côté des piliers, chacun reste à sa place, hors des tendances, et fidèle à son ADN. Miuccia Prada a pour sa part dessiné de jolies poupées rétro, entièrement de «jersey effet néoprène» vêtues. Pantalons et vestes parfois croisées se composent ainsi de cette innovante matière, tout comme les robes baby-doll pastel à motifs molécules, parfois rebrodées de cristaux ou rehaussées de rubans. La créatrice s’interroge semble-t-il sur la différence entre la beauté naturelle et la beauté génétiquement modifiée. Chez Etro, l’heure est aux seventies et à la bohème qui les accompagne. La créatrice poursuit son travail autour de l’imprimé nomade et élabore une collection éclectique et hypnotique. Nonchalante, la femme Bottega Veneta s’approprie un vestiaire multiple, marqué par l’individualité. Gloire au pantalon, qui s’affiche dans des coupes masculines, des motifs géométriques et une palette de couleurs inhabituellement vives, tandis que les robes se font plus discrètes. Pour le reste, Giorgio Armani a offert une débauche de bleu et des imprimés de Chagall; Dean et Dan Caten pour Dsquared2 nous ont emmenés au Canada et donc parés de toutes sortes de ponchos et fourrures; Angela Missoni a proposé de surprenants ensembles en lurex près du corps; Consuelo Castiglioni chez Marni a fait du Marni; le nouveau directeur artistique de Jil Sander (Rodolfo Paglialunga) a continué sur la route du minimalisme, tandis que Massimiliano Giornetti chez Salvatore Ferragamo s’est penché sur la géométrie des années 1930. Inéluctablement influencés par les plus grands, les derniers arrivés sur le calendrier ont aussi de quoi faire parler d’eux. Fausto Puglisi a succombé au charme festif des années 1980, dans une optique clairement inspirée de l’audace Versace. Massimo Giorgetti chez MSGM a opté pour la taille cintrée, signature de Salvatore Ferragamo, qui structure des silhouettes à l’aura quasi-sixties. «Giamba», la nouvelle ligne de Giambattista Valli, est un joyeux mystère, mais l’allure extrêmement actuelle. Le soir venu, Giambattista Valli a célébré sa collaboration avec 7 for All Mankind chez 10 Corso Como; Pomellato a dévoilé les photos de sa campagne avec sa nouvelle égérie Salma Hayek; Mark Ronson a donné un concert privé pour Emporio Armani; les Missoni ont reçu à la maison; Tod’s a exposé le travail de David Bailey au Palais d’art contemporain, pendant que les rédactrices se disputaient une réservation chez Bice, l’une des meilleures tables de la ville où tout l’avenir de la mode semblait se jouer. SEPTEMBRE 2015

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STYLE Moncler Gamme Rouge

PARIS

Diversité et richesse sont les deux armes des collections de Paris cette saison. L’ouverture de la ville sur le monde et l’extrême hétérogénéité des collections luxueuses qui y sont présentées lui garantissent sa place incontestée de leader de la mode mondiale.

D

ans sa conférence donnée la veille de l’ouverture de la semaine de la mode parisienne, la tête chercheuse de tendances et visionnaire Li Edelkoort lançait son manifeste Anti-Fashion. Sous-titrée «Dix raisons pour lesquelles le système de la mode est obsolète», cette déclaration intentionnellement provocatrice pointait les nombreux dysfonctionnements d’une filière essoufflée par son propre dynamisme. Signalant, entre autres, le manque d’innovations conceptuelles des designers actuels, elle entrevoit un avenir à la mode du côté d’un possible retour aux «vrais vêtements», à l’artisanat et aux ateliers de couture d’avant le prêt-à-porter. Une envie de luxe, d’excellence, d’exception et de créativité qui serait en effet seule capable de contrer la braderie permanente de la mode des enseignes populaires de grande diffusion. Les seules qui semblent cependant tirer leur épingle du jeu aujourd’hui par la grâce des maigres salaires chinois. Cela posé, après dix jours intenses de défilés, de dîners et de soirées, la fashion week parisienne consacrée aux collections automne-hiver 2015-2016 semble encore loin de renoncer à son titre de leader de la mode créative. Certes, l’époque n’est plus aux extravagances créatives spectaculaires des années 1980, ni aux révolutions – à l’image de celle du minimalisme – des années 1990, et encore moins à l’insouciance mondialiste des années 2000. Au cœur des années 2010, des questions structurelles se posent et chaque marque tente d’y répondre à sa façon. Chez Dries Van Noten, la justesse des mélanges Est/Ouest réaffirme la qualité du goût de ce créateur indépendant qui a su établir un style riche qui lui est propre. Une attitude 80

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contemporaine, mais également très couture. Chez Carven, Adrien Caillaudaud et Alexis Martial, qui vient de le rejoindre, donnent une modernité électrique au vestiaire junior maison, coloré et floral, redevenu incontournable sous la direction récente de Guillaume Henry. Une dynamique qui touche aussi Sébastien Meunier, successeur depuis deux ans d’Ann Demeulemeester. Sa sombre collection gothique poursuit l’œuvre de la créatrice en lui apportant une énergie nouvelle: rock, sensuelle, sexuelle même parfois. L’anniversaire des 15 ans du designer Alber Elbaz chez Lanvin et celui des 130 ans de la maison incitent ce grand professionnel à se détacher de son motif – l’histoire de Lanvin modernisée – et à offrir davantage de sa propre histoire. C’est un vent nouveau, venu d’Afrique du Nord, qui souffle donc sur l’ensemble de cette garde-robe gypset ultra-parisienne. Un besoin de renouvellement partagé par Raf Simons chez Dior. Après deux ans dans la maison, jamais sa créativité n’aura été plus juste. Résultat, sa collection aussi sensuelle qu’influencée par la nature impose un modernisme positif bienvenu. Une maturité plus logique pour Isabel Marant. La créatrice sait en effet rester fidèle à son style, tout en le renouvelant en douceur chaque saison. De son côté, John Galliano n’a jamais été infidèle à lui-même. Il le prouve une nouvelle fois dans le cadre de sa première collection de prêt-à-porter pour Maison Margiela. Célébrant l’individualisme, cette ligne fait évoluer la maison dans une nouvelle direction. Ce qui ne peut que la servir. La théorie du retour à la couture annoncée par Li Edelkoort semble être prise au sérieux, plus qu’ailleurs, chez Balenciaga. Alexander Wang retravaille ici les formes sculpturales des

PHOTOS: DR; MARCIO MADEIRA

P a r P AT R I C K C A B A S S E T


STYLE

Chanel

Louis Vuitton

collections expérimentales du grand Cristobal Balenciaga avec une rigueur digne de l’âge d’or du couturier. Il n’est d’ailleurs pas le seul à partir sans nostalgie, mais avec panache, dans cette direction très fifties, en harmonies sévères de noir, blanc et gris. La collection plus modeste mais juste de l’Australien Martin Grant, comme celle ultra-séduisante et souple de la créatrice espagnole Sybilla se consacrent également à ce retour modernisé d’une esthétique couture née dans l’après-Seconde Guerre mondiale. Autre grande tendance de l’hiver prochain, la nature s’impose en harmonies de verts travaillés. Un hommage aux forêts, arbres et feuilles, décliné dans un registre luxueux chez Elie Saab. Ce style éco-chic prend une tournure plus junior pour éco-warrior urbain chez Kenzo et bouillonne en un déferlement éco-punk militant chez Vivienne Westwood. Plus policée, la première collection de Guillaume Henry chez Nina Ricci s’impose entre rigueur et sensualité. L’élégance affirmée qui règne ici en fait l’une des lignes les plus attendues de l’hiver prochain. Une sobriété souvent évoquée au sujet de la collection Céline, que Phoebe Philo bouscule désormais avec des impressions zèbre, des tissus floraux, des illustrations d’animaux, des patchworks de matières et des jeux de drapés enlevés. L’ensemble rayonne d’un individualisme au-delà des tendances. Une liberté de ton qui est le sel de la mode justement. Les années 1960, et plus exactement celles à la frontière des années 1970, influencent également de nombreux créateurs. Le plus doué d’entre eux, Giambattista Valli, s’est laissé emporter par son motif de saison, en petites robes trapèze très décorées et tuniques en A sur pantalon. Une collection riche qu’il raisonne avec davantage de simplicité dans la ligne qu’il conçoit pour Moncler Gamme Rouge. Une silhouette placée, pour l’hiver prochain, sous le signe des sports équestres. S’il est un domaine où l’on ne peut espérer croiser Hedi Slimane ces temps-ci, c’est bien dans l’univers du sport. Toujours sous influence streetwear vintage, sa collection rock pour Saint Laurent superpose des perfectos de cuir luxueux sur des mini-crinis juponnées. La jeunesse dorée du monde entier retrouvera ici ses références cultes du jour: de Madonna dans Recherche Suzanne désespérément aux tubes remixés de Siouxsie and the Banshees, en passant par les représentations d’Emilie Strange ou les vidéos de Courtney Love. Les grands classiques du vestiaire Saint Laurent sont bousculés ici

avec énergie, pour le plus grand bonheur des fans pointues de la marque. Et de toutes celles qui la découvrent aujourd’hui. Jamais à court d’idées pour ses défilés, Karl Lagerfeld a imaginé une Brasserie Gabrielle pour Chanel au Grand Palais. Une façon de célébrer Paris et les Parisiennes si chères à la marque. Sa collection à la fois nonchalante et sophistiquée multiplie les mélanges de matières, de belles pièces et d’accessoires en un mix libre et idéal. Du grand Chanel. Avec un à-propos qui n’appartient qu’à eux, Maria Grazia Chiuri et PierPaolo Piccioli font évoluer leur style au service de la griffe Valentino. Influencés cette saison par le peintre Gustav Klimt aussi bien que par le couturier Ossie Clark, ils déclinent avec panache de sobres graphismes noir et blanc, des broderies multicolores, d’ultimes harmonies de dentelles, des associations de mailles nonchalantes et de voiles troublants. Ici aussi, la grâce est au rendez-vous. Chez Louis Vuitton, c’est au rayon des accessoires que se trouvent les trésors de la généreuse collection de Nicolas Ghesquière. Composant un vestiaire complet et polyvalent de jour comme de soir, cette saison additionne les assemblages de matières et de décors avec un savoir-faire assuré. Ici, les sacs et les chaussures sont de véritables œuvres d’art à collectionner. Toujours sous l’influence des années 1950 et 1960 américaines, Miuccia Prada convoque la garde-robe des poupées Barbie de ces années consuméristes chez Miu Miu. Collages de matières disparates, tartans géants, léopard et reptiles à grands motifs, volants disproportionnés ou boutons proéminents évoquent les atours d’enfants fabriqués artisanalement pour ces rêves de poupées. En les remettant à taille humaine, elle en garde les proportions légèrement décalées, faisant de ces panoplies d’hier, un vestiaire épatant d’aujourd’hui. Comment ne pas signaler enfin dans la dynamique créative de Paris l’importance des marques débutantes et des petits créateurs. Du vestiaire brutaliste, arty et collaboratif d’Each x Other à celui plus surréaliste de Jacquemus, et de la collection juste, simplissime, mais jamais ennuyeuse de Cédric Charlier à celle plus techno-cartoonesque d’Alice Knackfuss (une autre Belge), en passant par les recherches précieuses du jeune duo Coperni ou celles plus tribales, mais résolument chics d’Esteban Cortazar: la vie est ici! À l’opposé des alignements quantitatifs des autres capitales de mode, Paris relève ainsi le défi de la qualité et de la diversité. Une stratégie gagnante. SEPTEMBRE 2015

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STYLE

AVANT-GARDE Manteaux, capes, robes, jump-suits et maquillages s’invitent au cœur de créations graphiques audacieuses. Si toutes ne sont pas signées d’artistes, toutes s’inspirent des plus grands maîtres d’hier et d’aujourd’hui. À chaque femme d’afficher sa propre avant-garde.

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Christian Dior

Christian Dior

Givenchy par Riccardo Tisci

Loewe

Delpozo

Roksanda Ilincic

Bottega Veneta

Marc Jacobs

Carolina Herrera

P a r P AT R I C K C A B A S S E T e t M AT H I L D E B E R T H I E R


J.W. Anderson

PHOTOS: DR; MARCIO MADEIRA

Vivienne Westwood

Mugler

Blumarine

Blumarine

Valentino

Balmain

Balmain

Loewe

STYLE

DISCO BEAT

Lumière, paillettes, musique: cette mode-là vibre à 120 BPM. Plus nocturne que diurne, elle se pare de couleurs, de fils scintillants, d’or, d’argent et des flashes des spot-lights. Ou quand la fibre optique devient textile éclatant. Jusqu’au bout de la nuit! SEPTEMBRE 2015

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STYLE JustCavalli

PSYCHÉ LÉOPARD

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JustCavalli

Miu Miu

Marc Jacobs Kenzo

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Louis Vuitton

Saint Laurent par Hedi Slimane Roberto Cavalli

MaxMara

Une jungle sous acide, un safari fauviste. Les pelages, vrais, faux ou en trompe-l’œil sortent du bois et réveillent les félines qui sommeillent en nous. Jamais sérieuses, toujours colorisées.


Stella McCartney

Dries Van Noten Narciso Rodriguez

Carven Stella McCartney

Philosophy di Alberta Ferretti

Emporio Armani

STYLE

PANTALONS HAUTS

Très larges ou fuselés, fluides ou structurés, oui, mais toujours taille haute, les pantalons peuvent même se faire salopettes. C’était notre proposition à choix multiple du jour.

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NÉOVICTORIENNES

Valentino

Embellissements et décors triomphent à nouveau. Volants, rubans, dentelles, guipures, drapés et plissés placés s’imposent sur une silhouette romantique en noir ou blanc. Les cols stricts fermés invitent cependant à une certaine sensualité. Un parti pris néogothique.

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Blindtext

Haider Ackermann Valentino

Alexander McQueen

Gucci

Alberta Ferretti

Rodarte

STYLE


Hermès

Giambattista Valli Lanvin

Emilio Pucci

DSquared2

Etro Burberry Prorsum

STYLE

Chloé

GYPSET

Revenu du Katmandou des années 1970, le style hippy se pare d’une nouvelle élégance. Cotonnades fleuries, mousselines persanes, jacquards aux motifs de tapis orientaux et patchworks d’imprimés colorés s’invitent en version luxueuse. Pour un quotidien à la fois gypsy et jet-set. SEPTEMBRE 2015

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MAXIMANTEAUX

Chloé

STYLE

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Emilio Pucci

Narciso Rodriguez

Narciso Rodriguez

Lanvin

Emilio Pucci

Dries Van Noten

Chloé

L’hiver est rude? Ces longs manteaux romantiques sauront protéger les beautés les plus glacées.


Christian Dior

Delpozo

Giambattista Valli

Prada

Miu Miu

Giambattista Valli

Carven

STYLE

DÉBUTANTES

Elles incarnaient la fraîcheur féminine ultime associée à l’élégance aristocratique. Si elles ont disparu des mondanités officielles (premier bal, présentation à la reine etc.), elles font rêver la mode comme jamais. C’est pourquoi ces beautés plus que parfaites renaissent en petites robes sixties et coloris pastel. SEPTEMBRE 2015

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Jeremy Scott

Olympia Le-Tan

Vivienne Westwood Dolce & Gabbana

Moschino

Moschino Dolce & Gabbana

STYLE

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Olympia Le-Tan

Inspirée des bandes dessinées et des films d’animation, cette tendance graphique invite dessins d’enfants et reproductions cartoonesques au sein d’une garde-robe humoristique. Un style fun qui peut aller jusqu’au surréalisme. Pour kidults.

Jeremy Scott

CARTOON


STYLE

BRUTALISME

Céline

Victoria Beckham

Marni

Rochas

Fendi

Proenza Schouler

Rochas

Fendi

Balenciaga

Givenchy par Riccardo Tisci

L’architecture moderniste de l’après-guerre s’impose en grands ensembles rigides. Ces panoplies monumentales et protectrices peuvent même reproduire la richesse des coloris béton. Un nouveau maximalisme urbain, radical et épuré.

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STYLE

FOURRURES SURPRISES

MAINS DE VELOURS

Parce qu’il est inutile, obsolète, rare et superflu, le gant redevient donc profondément objet de désir. Pour séductrices de fer. 92

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Sacaï

Sacaï

Fendi Prada

Ann Demeulemeester

DSquared2

Giambattista Valli Balenciaga

La meilleure manière de porter de la fourrure, c’est de l’arborer là où on ne l’attendrait pas. Mixée. Citée. Isolée. Toujours décentrée, jamais déplacée.


Elie Saab

Saint Laurent par Hedi Slimane

Fausto Puglisi

Iris Van Herpen Chanel

Elie Saab

Alexander Wang

STYLE

AMAZONES

Le rock sauvage prend d’assaut les tenues du soir. Cuir et clous, harnais, corsets et pièces lacérées scandent des messages gothiques et heavy metal. Pour guerrières de la nuit, égéries rebelles et punk provocantes.

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MODE

MODE

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PHOTO: NACER PAUL

Colossal: formes volumineuses. Page 136

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MODE

Veste en agneau, pull cachemire et soie, pantalon en laine double face et ceinture en cuir, Akris. Chaussures, Giorgio Armani.

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MODE

JEUX DE RÔLES Des silhouettes qui envoient des messages forts. Des vêtements qui inspirent des attitudes. Une garde-robe qui suscite des personnages. Quand la mode, la vraie, réenchante la vie. Photographie MICHÈLE BLOCH-STUCKENS

St ylisme OLIVIA BIDOU

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Manteau de laine et robe en maille à godets arrivant au mollet, Céline. Bottines, Azzedine Alaïa.

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Manteau cape en fourrure Giorgio Armani. Robe en georgette, ceinture et cuissardes en suède, Versace.

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Doudoune et bottines en suède, Fendi. Collier en Plexiglas, Véronique Leroy. Chaussettes, Falke.

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Costume en laine et vison Ă chevrons, pull en laine et chemisier en soie, Prada. Bagues, Dior.

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Manteau d’officier en laine et pantalon, Elie Saab. Bottines, Azzedine Alaïa.

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Manteau en agneau de Mongolie, Ralph Lauren Black Label.

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Cape et combinaison en velours imprimĂŠ, Sonia Rykiel. Mocassins, Paule Ka.

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Blazer court Ă pastilles de Lurex, Emanuel Ungaro. Chemisier, Saint Laurent par Hedi Slimane. Pantalon, Giorgio Armani.

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Manteau tartan en laine, robe en vinyle imprimé léopard, chemisier et boucles d’oreilles, Miu Miu.

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Veste coton et Lurex, top en dentelle, Saint Laurent par Hedi Slimane.

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Manteau en laine avec haut en cuir verni, Paule Ka. Robe droite avec mélange d’imprimés, Louis Vuitton. Bagues, Dior.

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Robe en laine sur une robe à paillettes, bottes en nappa d’agneau et bagues, Dior.

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Veste en laine, chemisier en soie, jupe d’organdi à volants superposés, jeans, boucle en strass et derbies en cuir lisse, Chanel. Mannequin Paulina Panas @ City Models Paris Coiffure Cyril Laforêt avec des produits TIGI Maquillage Vichika Yorn Assistant Photographie Janusz Klepacki Assistante Coiffure Marion Bellamy Assistante Maquillage Aurore Gibrien Post-Production Stéphanie Herbin @ alimage.com Nous remercions le Parc Walt Disney Studio – Disneyland Paris pour leur généreuse hospitalité.

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MODE

BORN IN THE , 8O s

Des boucles à la Brooke Shields. Des épaulettes dignes d’Arnold Schwarzenegger. Et un look directement sorti de Dynastie. Le meilleur des eighties est de retour, mais épuré, modernisé, remastérisé. Go for it, girl! Photographie MARCELLO ARENA

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Stylisme GIULIA METERANGELIS


MODE

Manteau de laine à manches en fourrure, pull col roulé en coton, jupe en laine rouge et escarpins en cuir, Marni. Gants en cuir nappa d’agneau, Sermoneta Elastic. Bracelet résine et glitter, Arkimia. Béret avec un nœud géant, Philip Treacy London.

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Robe romantique à empiècement froncé et perles de verre, bottines en python et cuir lisse, les deux Miu Miu. Gants en cuir nappa d’agneau, Aristide.

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Manteau smoking double boutonnage et jupe en lamé, Missoni. Top en jacquard multicolore façon patchwork, Bottega Veneta. Boucles d’oreille clips à fleurs et franges, Iosselliani.

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Blazer court, chemisier de satin, pull en laine et jupe en cuir d’autruche, Prada.

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Robe en maille jacquard brodée, Dior. Manteau en laine bicolore, Boss. Gants en cuir nappa d’agneau avec ornements PVC, Aristide. Boucles d’oreilles clips métalliques à cristaux, Iosselliani.

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Veste en tissu 3D, Issey Miyake. Pull en chenille et pantalon de cuir gris, Trussardi. Gants de motard en cuir nappa d’agneau à rivets, Sermoneta. Turban serre-tête en velours, Donia Allegue.

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Robe asymĂŠtrique et fendue, Saint Laurent par Hedi Slimane.

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Pull en maille à col rond avec pompons en fourrure, Emanuel Ungaro. Jupe plissée pied de poule en georgette, Ermanno Scervino. Bague en argent à tête de panthère, Iosselliani. Chapeau velours, Philip Treacy London. Collants, Emilio Cavallini.

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Robe en Lurex iridescent à zigzags, avec manchettes en vison et écharpe bleu ciel, Gucci. Boucles d’oreilles et bague en or rose, Damiani.

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Robe en tweed, broche en or, ceinture en cuir et bracelet, Chanel. Lunettes de soleil, Dolce & Gabbana.

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Pull en maille manches bouffantes, Louis Vuitton. Gants en cuir nappa d’agneau, Aristide. Mannequin Niina Rätsep @ D' Management Coiffure Valerio Sestito @ HM Battaglia Maquillage Luca Cianciolo @ Closeup Retouching Umano Assistante Stylisme Martina Frascari

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La diversité des États-Unis répond à celle des propositions mode de l’hiver à venir. Du style Jackie O. à celui de la présidentiable Hillary C., de l’Amérique wasp aux communautés folk, des geeks aux hippies, les descendantes des cow-boys et des Indiens influencent toute la mode…. Photographie SASCHA HEINT ZE S t y l i s m e VA N E S S A B E L L U G E O N & VA N E S S A C O C C H I A R O

Manteau en jersey double, chemise en twill de soie, pull en coton mélangé, broche en Plexiglas et cristal, sac «Inside» en cuir de veau souple, chaussures en cuir métallisé et gomme, Prada.

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Robe longue tricolore en soie, Salvatore Ferragamo. Bracelet «Anjelica» avec chaînes torsadées en laiton et métal doré, Lanvin.

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Longue robe imprimé fleuri et patchworks en lamé, boucles d’oreilles clips «Veruschka» en laiton, coton tissé et strass cristal, collier «Veruschka» en coton tissé et strass cristal, collier «Zita» avec chaînes en laiton et métal doré, ceinture «Marina» en passementerie, Lanvin.

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Veste et pantalon en velours imprimé, chemise en popeline de coton à jabot et col plissé, Sonia Rykiel. Collier en or blanc, perles et diamants, Chanel Joaillerie.

Pull à col roulé en laine et cachemire, jupe en cuir et poulain rasé, boots en cuir, Fendi. Boucles d’oreilles en métal, Viveka Bergström. Bracelet en métal doré, Hélène Zubeldia.

Longue robe en soie brodée de sequins, longs gants en cuir et boots en cuir verni, Marc Jacobs. Boucles d’oreilles en or jaune, Charlotte Chesnais.

Pull en vison, leggings en latex, Philipp Plein. Ballon de basket, Wilson.

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Manteau en shearling brodĂŠ, cardigan en cachemire et soie, pantalon en tweed motif pied-de-poule, sautoirs et colliers en perles fantaisie, sac en Plexiglas et chaussures en cuir et veau velours, Chanel. Dormeuses en onyx, or blanc et diamants, Chanel Joaillerie.

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Robe longue en polyester, veste en cuir de mouton, boots en cuir, Kenzo. Casque de moto, Exklusiv.

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Robe imprimée en jersey, élasthanne et viscose à motif plumes, Givenchy par Riccardo Tisci. Collier torsadé en métal doré, Isabelle Michel. Bracelet en métal doré, Hélène Zubeldia. Saxophone, chez Paul Beuscher.

Cape en gabardine de laine, robe en soie brodée d’écailles argent, T-shirt en jersey résille et collants en résille, Saint Laurent par Hedi Slimane. Boucles d’oreille en argent massif, Annelise Michelson.

Chemise en mousseline de soie, veste et jupe en jacquard imprimé fleuri, boots en cuir, Paul & Joe. Mitaines en cuir d’agneau, Causse.

Robe en satin et mousseline imprimés, Burberry Prorsum. Collier en argent massif et turquoise, Harpo.


Manteau en mouton retourné et vanitycase en cuir épi, Louis Vuitton.

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Veste à franges et col roulé en cachemire, jupe en laine, ceinture en veau velours à fermoir en corne, sac «Ricky Draw String» en peau tachetée, chaussettes en cachemire et sandales en cuir et daim, Ralph Lauren Collection. Collier en argent et turquoise, Ralph Lauren Vintage. Plaids «Yuma Valley» en laine mélangée, Ralph Lauren Home.

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Top Ă manches longues et jupe droite en cachemire, Max Mara.

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Robe en tulle et dentelle brodée de paillettes, Roberto Cavalli. Bague en métal doré, Isabelle Michel. Bracelet en métal doré, Hélène Zubeldia. Escarpins transparents en cuir et vinyle, Balenciaga.

Col Claudine en mousse perforée avec détail strass et perles colorées, body en mousse perforée et perles en organza, pantalon taille haute en velours, Giorgio Armani. Serre-tête oreilles en résille, Murmure by Spirit Paris. Gants en cuir d’agneau, Causse.

Veste en patchwork de fourrure de coyote, gazelle et marmotte, robe en soie et body imprimé tatouage en lycra, Dsquared2. Collier plastron en corne, os, nacre et pierres dures, Harpo. Ceinture en cuir vintage, Espace Kiliwatch.

Manteau en gabardine imprimée léopard et col en python, pull en laine, minijupe trapèze en laine, boucles d’oreilles en métal et strass, sac en cuir python et poulain, Miu Miu.


Manteau long bicolore et robe sans manches en laine, bottes cavalières en cuir et flanelle, Boss. Mannequins Charlotte Coquelin @ IMG Emma Oak @ Oui Coiffure Hugo Raiah Maquillage Daria Day Assistants photo Celia Margolet et Nomi Queinnec Opérateur digital Niklas Bergstrand Assistantes stylisme Noëmie Beltran Bo Gallé Lola Tirand

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COLOSSAL L’automne ne s’embarrasse pas de petits détails. Volumes, coupes amplifiées et cascades d’étoffes assignent au corps une valeur dramatique totalement inédite. Pho tographie N ACER PAUL

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St ylisme YOSHIHIRO HIDAK A


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Long trench-coat noir avec grande poche sur le c么t茅 gauche, Y-3. Voilette noire, personnelle.

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Robe en cuir à découpes. Fendi. Gants, Perrin. Bottines, Y-3.

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Robe noire en maille de cachemire, The Row. Longue jupe plissée noire en cuir avec boucle argentée, Belstaff. Chapeau en laine noir à plumes, Albertus Swanepoel. Très longs gants, Perrin.

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Robe décolletée noire, Versace. Robe pèlerine noire manches courtes avec dessous une jupe plissée en cuir, Public School. Gants, Carolina Amato. Bottines, Y-3.

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Veste en cuir noir oversized, Edun. Top col roulĂŠ et jupe longue, les deux en laine/cachemire Theory.

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Veste en laine noire à longs revers, longue jupe plissée blanche, DKNY. Chapeau de feutre noir, Albertus Swanepoel. Gants, Carolina Amato.

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Robe gainante en cuir et laine, et jupe fendue en soie, 3.1 Phillip Lim. Long trench-coat noir, Theory. Chemise courte en soie gris clair, Prada. Court trench en cuir noué autour des hanches, Jill Stuart. Gants courts à découpes, Carolina Amato. Bottines, Sacaï.

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Chemise avec sangles en soie bleu nuit et crĂŞpe de satin, pantalon couleur encre en laine et soie avec plusieurs poches, CĂŠline.

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Manteau bomber nylon à capuche, Public School. Mini jupe en dentelle noire avec chaînette argentée au col, Saint Laurent par Hedi Slimane. Haut de maillot de bain noir dessous, Karla Colletto. Ceinture de cuir noire à boucle argentée, Donna Karan. Bottines, Y-3.

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Robe noire Ă manches courtes transparentes, Alexander McQueen. Gants, Carolina Amato. Mannequin Ragnhild Jevne @ IMG Coiffure Takayoshi Tsukisawa Maquillage Roy Liu avec des produits Charlotte Tilbury. Manucure Michelle Matthews, Rona Reps avec des produits M.A.C Cosmetics. OpĂŠrateur Digital Michael Moser

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JARDIN DES DÉLICES Pouvoir évocateur de détails forts, nouveauté des coupes et des couleurs fusionnent avec la force de l’évidence pour cette floraison de looks très féminins. Photographie ADELE OBICE

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Stylisme ANNA NERET TO


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Robe en laine bouclée brodée, Michael Kors. Jupe sirène, Mary Katrantzou.

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Chemisier et pantalon en coton, Kenzo. Col en renard argenté, Michael Kors. Mini-sac «Signature» en cuir lisse jaune et escarpins assortis, Versace.

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Robe en crêpe, imprimé plumes, Valentino. Foulard en coton, Etro. Feutre à large ruban, Borsalino. Sandales «Esquimau» rouge et beige en suède et peau de vache, Dsquared2.

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Petite veste courte en velours dévoré et jupe «Bowper» avec applications PVC cousues main, Mary Katrantzou Boucles d'oreilles, Versace. Escarpins en suède, Casadei.

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Mini-robe manches longues, col montant, néoprène et jacquard, bordure frise, Versace. Châle en soie et cachemire, Chanel. Ceinture en cuir, Michael Kors. Feutre à large ruban, Borsalino. Bottes de cuir, Valentino.

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Veste de laine noire au look torero richement décorée de glands et de broderies dorées, Dsquared2. Short en denim délavé, Chanel Bracelet en laiton et cuir de veau, Etro.

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Robe en soie imprimĂŠe, Marni. Chapeau en toile, Kenzo. Bracelet en laiton et cuir de veau, Etro.

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Combinaison en viscose à imprimé mexicain, Etro. Bracelet cuir et or, Versace. Lunettes de soleil monture écaille, Vintage.

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Cape en laine mélangée et socquettes, Kenzo. Top en soie ruchée, Dsquared2. Tour de cou cuir et or, Versace. Sandales «Mary Jane» en velours brun, Mary Katrantzou.

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Etole de vison drapÊe en top et manteau de vison en jupe, les deux Fendi. Bottes en cuir de veau et suède, Chanel. Mannequin Mariana Braga @ Lab Models Milano Maquillage Ivona Milosevic @ MKS-Milano Coiffure Elena Gentile Production Lule Production Assistant Photo Alberto Raviglione Nos chaleureux remerciements au Jardin Exotique Pallanca de Bordighera, Imperia, Italie.

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MODE Sac en cuir craquelé, python et veau imprimé léopard, Miu Miu.

MELTING POT Miu Miu ne mise pas tout sur ses it bags. Mais quand Miuccia Prada dessine un sac aux matières contrastées et précieuses, on devine qu’il va devenir iconique. P h o t o g r a p h i e L O U I S D AV I D N A J A R

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MODE

Sac en cuir craquelé et python, Miu Miu.

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Sac en cuir craquelé, cuir lisse et python, Miu Miu.

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Sac en python et veau imprimé léopard, Miu Miu.

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BIJOUX

ATTACHEMOI Quand il s’agit des plus belles pièces de haute joaillerie, on est prête à tous les sacrifices. Photographie CHRISTOPHE BOUQUE T

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R é a l i s a t i o n E M I LY M I N C H E L L A


Collier «Beau Rivage» en or gris, perles, tsavorites et diamants, collection «Acte V- The Escape», Louis Vuitton. Bague «Angel Toi et Moi» en or blanc et diamants et collier «Miss Dietrich» en or blanc et diamants, collection «Silk», Messika Joaillerie. Bracelet «Haute Joaillerie Serpenti» en or rose, 2 diamants taille poire, pavage diamants, Bulgari.

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Collier en platine et or gris serti de diamants taille brillant et baguette d’un diamant taille poire, collection «Joséphine», Chaumet. Collier «Paradaiza» en or blanc, diamants, saphirs étoilés bleus et violets, Van Cleef & Arpels. Collier «Lion Talisman» en or blanc serti de diamants taille brillant et de spinelles noirs taille brillant, Chanel Joaillerie. Montre «Reine de Naples» en or blanc 18 carats sertie de diamants, tour d’heure en nacre naturelle, mouvement automatique, bracelet en or blanc, Breguet. Bague trois doigts en or blanc et diamants blancs, et bague deux doigts en or blanc et diamants blancs, AS29.

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(À gauche) Bague en or blanc sertie de diamants taille émeraude et de diamants taille baguette et brillant, Chopard. Collier «Haute Joaillerie 7 lignes» en or blanc serti de diamants taille brillant, DeBeers. Bracelet «Oro Classic» en or blanc et diamants, Roberto Coin. (À droite) Bague «Panthère» en platine, diamants, émeraude et onyx, et bracelet «Panthère» en platine, diamants, émeraude et onyx, Cartier. Bracelet «Smock Diamant Jaune» en or blanc, jaune et rose serti de diamants blancs, jaunes et orange, Dior Joaillerie.

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Collier en or blanc serti de diamants tailles poire et brillant, Adler. Collier «Cluster» en platine et diamants, Tiffany & Co. (À gauche) Bague «Une île d’or» trois rangs en or gris et diamants, Fred. Bague en or blanc sertie de diamants taille brillant et d’une émeraude taille brillant, collection «L’Heure du diamant», Chopard. (À droite) Bague «Vortice» en or blanc et diamants, De Grisogono. Bracelet «Une île d’or» trois rangs en or jaune, Fred. Bracelet articulé en or blanc et diamants, pièce unique, Buccellati.

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Bague en platine sertie de diamants brillants taille baguette et d’un diamant taille poire, collection «Joséphine», Chaumet. Bracelet «Haute Joaillerie Serpenti» en or blanc, pavage diamants, Bulgari. Bracelet «Panthère» en platine, diamants, émeraude et onyx, Cartier. Collier en platine serti de diamants et orné d’un saphir violet de 65 carats, Harry Winston. (À droite) Bague «Chiodo» en or blanc et diamants, Gucci.

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BEAUTÉ

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PHOTO: DR

Astuces beauté de l’iconique Debbie Harry. Page 178

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NEWS TOUR DU MONDE DES SENTEURS Enfin! Les «Colognes Grand Cru» de la maison de haute parfumerie Berdoues sont disponibles en Suisse. Cela fait plus de 100 ans que ce pionnier en la matière met son expérience et son savoir au profit de la création de senteurs exclusives. Chaque flacon contient l’interprétation olfactive personnelle d’un parfumeur d’une région spécifique du monde. Pour les femmes et les hommes à la recherche d’émotions authentiques et extravagantes. www.berdoues.fr

DANS LA FAMILLE DELEVINGNE…

www.jomalone.com

SUNSET Un blush, quatre possibilités. Ou plutôt quatre nuances dans le même boîtier en version dégradée pour approcher au plus près l’effet sunkissed de la peau l’été ou rehausser les teints déjà hâlés. La collection «Tie-Dye» de Dior offre des nuances de coucher de soleil à ses produits et à sa poudre star, la Diorskin Nude Tan. Variation de blush avec pinceau kabuki. «Diorskin Nude Tan», «The Dye Edition Pink Sunrise 001» ou «Coral Sunset 002», Dior, CHF 90.

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SOMMEIL OLFACTIF

LE BIEN ET L’ÊTRE

Dans les locaux d’une ancienne fabrique de parfums, gardénia, jasmin, magnolia et autres fragrances ont été dotées d’une interprétation architectonique pour donner naissance aux 39 suites du Magna Pars Suites Milano, le premier hôtel sur le thème du parfum au monde. Au sein de son laboratoire «Labsolue», il est possible de découvrir les différentes senteurs et de voir les parfums et ustensiles des années 1960 qui ramènent aux origines de la maison.

Bien-être et harmonie entre corps et esprit, voilà les objectifs thérapeutiques du nouveau concept spa de USpa. Chaque hôte reçoit une «Spa Experience Card» personnelle permettant aux thérapeutes de retracer les progrès et de moduler une gamme de soins sur mesure. Afin de mettre en œuvre ce concept holistique, on prend de front toutes les facettes du bienêtre – forme physique, nutrition ou soins de la peau.

www.magnapars.it

www.constancehotels.com PHOTOS: DR

La maison de parfums londonienne Jo Malone a trouvé sa toute première ambassadrice en Poppy Delevingne. Cette designer qui est aussi mannequin représentera la marque dans le monde entier avec élégance, humour et liberté. Énergique it girl, il serait étonnant qu’elle n’organise et ne fréquente des évènements que pour le seul Jo Malone.


BEAUTÉ

COMMUNAUTÉ DE LA BEAUTÉ Dans «The Estée Edit», le top model Kendall Jenner dévoile ses préférences en matière de mode, de beauté et de style de vie. Conseils de maquillage, tendances et cuisine sont régulièrement abordés comme sur un blog. Recettes de cocktails, smoothies bons pour la santé, playlists et déco florale de saison sont partagés par cette Beauty Community et tous les produits cités peuvent être achetés directement sur le site. www.esteelauder.ch/estee-edit

MERS DU SUD Le monoï est la senteur des vacances par excellence. Il s’invite dans la fragrance exotique et fleurie (frangipanier) «Songes» d’Annick Goutal. Une alliance de tiaré et d’huile de coco, et toujours un parfum de rêve. «Songes», 100ml, Annick Goutal, CHF 60.

BELLE CHANCE! Presque 15 ans après sa première collaboration avec Chanel, l’artiste Jean-Paul Goude signe une nouvelle campagne de la maison de mode française. Elle est dédiée au nouveau parfum «Chance Eau Vive». Dans le clip vidéo, on voit le flacon de parfum rond rouler sur une piste de bowling vers les autres membres de la famille Chance (Chance, Chance Eau Tendre et Chance Eau Fraîche). Quatre jeunes femmes habillées en Chanel et arborant des looks tutu célèbrent avec enthousiasme ce superbe strike. www.chanel.com

À LA FRANÇAISE

EAST HAMPTON

À l’occasion de son 80e anniversaire, dans un beau livre intitulé «La Vie est belle», Lancôme raconte l’histoire de la femme française. Qui fait de la vie un art et atteint le bonheur sans trop s’en préoccuper. Cette même Française qui a cultivé une apparence décomplexée et qui célèbre cette absence d’effort comme le summum du raffinement.

La poudre bronzante inimitable de Guerlain s’habille de couleurs pop, turquoise ou corail. La technique? En all-over (avec la gestuelle du trois: front, dessous des pommette puis contour de l’ovale vers le menton) ou soft-contouring (juste en version blush). La bonne dose de vitamines sur les joues.

www.lancome.com

Poudre bronzante hydratante haute tenue My Terracotta (2 teintes), édition limitée, Guerlain, CHF 70.

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BEAUTÉ

LES 1001 ORIENTS

Sisley, marque française de produits de beauté parmi les plus exclusifs, dédie son nouveau parfum «Soir d’Orient» aux tourbillons de senteurs enivrantes nées du côté des crépuscules et de Séville. P a r VA L E S K A J A N S E N

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BEAUTÉ THEMA Végétation luxuriante des jardins de l’Alcazar.

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uel autre lieu qu’un palais comme celui-là pour servir d’écrin à la présentation d’un parfum baptisé «Soir d’Orient»? L’Alcazar, monument médiéval au cœur de Séville, a d’abord été un fort mauresque. Le dédale de ses chambres, salles, patios et jardins de style mudéjar sert aujourd’hui encore de résidence à la famille royale espagnole. Isabelle d’Ornano, créatrice de Sisley, s’est avant tout inspirée de la magnificence de ses jardins luxuriants pour sa toute dernière création. Elle a élaboré sa nouvelle senteur en réveillant ses souvenirs de promenades dans les jardins andalous de l’Alcazar quand elle était enfant. Une efflorescence en particulier, le seringat blanc, y révèle son arôme distinctif. Le parfum du seringat, qui rappelle la fleur d’oranger, baigne le crépuscule de son suave bouquet et plonge les jardins du palais dans sa fragrance ensorcelante. C’est cette même fleur qui, en 1990, avait déjà inspiré à Isabelle son premier parfum chypré, «Eau du Soir». POIVRE NOIR ET SAFRAN 25 ans plus tard, Isabelle d’Ornano présente, enflaconnée dans «Soir d’Orient», une nouvelle facette de nos rêves d’Occidentaux. Dans son second parfum chypré, elle a voulu capturer la magie d’une nuit orientale: «Quand le soleil se couche derrière l’Alcazar, les murailles du palais se parent d’une lueur mystique et les faïences renvoient des reflets flamboyants. Un moment magique», s’émerveille la Française. Poivre noir de Madagascar, suave rose

de Turquie et géranium d’Égypte s’allient à la fraîcheur du citron d’Italie et au galbanum d’Iran. Profonds et chauds, l’encens de Somalie, le santal et le patchouli d’Indonésie pénètrent la base de leur note sensuelle. Étonnamment boisé, ce nouveau parfum est dépourvu des notes souvent lourdes et sucrées propres aux senteurs orientales. SYMBIOSE ORIENTALE «Soir d’Orient» se fond dans l’atmosphère d’une Séville encore pleine de vie, sèche et qui palpite dans la nuit. «Cette ville est le lieu parfait pour présenter notre nouveau parfum. Je n’aurais pas pu en imaginer de meilleur, l’Alcazar et sa profusion de jardins embaumés surtout offrent une symbiose idéale», explique Isabelle d’Ornano. Entre l’Andalousie et la famille Ornano, il y a une grande histoire d’amour. «J’ai passé presque toutes mes vacances ici à Séville et en Andalousie. Je ne connais pas d’autre endroit en Europe où le mariage entre art et culture soit aussi fascinant. On a l’impression d’être en Orient, avec le tempérament espagnol en plus. Une harmonie unique que j’ai surtout savourée non stop quand j’étais jeune. Je faisais très souvent la fête des nuits entières, et Séville a toujours su m’envoûter par sa pulsation», se souvient Christine d’Ornano, fille d’Isabelle d’Ornano, elle aussi impliquée dans la marque familiale (voir encadré).

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BEAUTÉ «Soir d’Orient», senteur orientale chyprée.

Isabelle d’Ornano, à qui appartient Sisley.

SISLEY, UN AIR DE FAMILLE La famille Ornano dirige depuis trois générations l’entreprise Sisley qu’elle a créée dans le domaine des cosmétiques de luxe. Lors de son lancement, en 1976 par Hubert d’Ornano, elle affiche une approche innovante: s’appuyer sur les progrès technologiques pour incorporer aux produits de beauté le meilleur des plantes et des huiles essentielles. Sisley, sous sa direction, s’est transformé en l’une des entreprises les plus renommées au firmament des cosmétiques exclusifs. Isabelle d’Ornano, son épouse, l’accompagne depuis le début et joue un rôle décisif dans la création des produits et l’image de la marque. Deux de ses enfants participent à l’entreprise familiale depuis plus de vingt ans: Philippe d’Ornano en qualité de président, et Christine d’Ornano en tant que directrice générale. Cette dernière est à la tête de la filiale britannique du groupe Sisley.

L’ART, UNE TRADITION FAMILIALE Isabelle, sa mère, a aussi une réputation de grande collectionneuse. Dans son appartement parisien, œuvres anciennes et contem176

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poraines forment une compagnie inspirante. Photographies, huiles sur toile, aquarelles, dessins, statues et autres objets habitent toutes les pièces de l’appartement de 700m2 . Cela fait déjà longtemps que la comtesse apprécie les œuvres de Bronislaw Krzysztof, Georges Jeanclos et Marina Karella. «Je m’intéresse à l’art ancien et au moderne aussi. J’ai commencé à collectionner les tableaux de l’artiste écossais Peter Doig il y de cela quelques années», raconte Isabelle. L’ART, UN TRAIT D’UNION Cette passion elle aussi s’inscrit parfaitement dans l’ambiance choisie pour le lancement du parfum. Car les murs de l’Alcazar sont également constellés de toiles. Sols et plafonds peints ou décorés, motifs géométriques de style nasride (dynastie musulmane mauresque) et azulejos, ces carreaux de céramique espagnols traditionnels aux reflets métalliques, constituent un écrin aussi adapté à «Soir d’Orient» que les ornements mauresques des murs. Quant à son flacon noir paré d’une coiffe dorée en forme de tête de femme dessinée pour Sisley par Bronislaw Krzysztof, il souligne l’opulence de son mystère épicé. www.sisley-paris.com

PHOTOS: SISLEY

SOUS L’EMPRISE DE LA BEAUTÉ Cette mère de trois enfants vit aujourd’hui à Londres avec sa famille où elle préside à la destinée de Sisley en tant que CEO. L’amour des produits de beauté, cette blonde naturelle l’a reçu au berceau: «Toute petite, je jouais avec les pots et les flacons de ma mère et je faisais mes premiers essais. Le maquillage aussi a fait partie de mes premières expériences en matière de beauté. Á dix ans, je suivais un rituel quotidien pour la peau de mon visage que j’avais sèche et déjà très délicate: nettoyage, hydratation au tonique facial et pour finir par un soin avec notre Crème Réparatrice». Mis à part son amour pour les produits de beauté, Christine a un hobby qui nourrit sa quête esthétique: elle collectionne les œuvres d’art. En ce moment, elle ne jure que par le peintre figuratif californien Jonas Wood. «Je suis particulièrement sensible aux tableaux des peintres californiens. Et Jonas Wood surtout m’a séduite. Mais à la base, j’apprécie l’art au sens large», affirme-telle avec passion.


BEAUTÉ

«J’ai passé presque toutes mes vacances ici à Séville et en Andalousie. Je ne connais pas d’autre endroit en Europe où le mariage entre art et culture soit aussi fascinant.»

Éléments orientaux et tradition espagnole réunis à Séville.

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FRENCH KISSING IN THE USA

À 70 ans, Debbie Harry est toujours une icône du style, et l’image du parfum «Black XS Be a Legend» de Paco Rabanne, au côté d’Iggy Pop. Revue de détails en beauté... Par MARION RENARD

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on blond platine, ses joues creusées et sa célèbre moue ont contribué à ce look sexy qu’elle a incarné de nombreuses années avec Blondie et en solo à travers les générations. Ce jour-là, Debbie Harry partage sa loge avec ses musiciens et refuse d’aller dans celle qui lui est réservée rien que pour elle. Elle prend son déjeuner en même temps qu’elle répond à nos questions – «pour ne pas vous faire attendre», dit-elle.

LE ROUGE À LÈVRES ROUGE «J’aime porter différentes couleurs sur ma bouche, mais le mieux sur moi est le rouge concentré en pigments bleus. Sinon, du rouge pour les concerts et du bordeaux pour les dîners. Ça peut être M.A.C (elle a été porte parole de Viva Glam en 2006), Dior ou autres... Je suis une collectionneuse de rouges à lèvres! Combien? Impossible à dire. Je devrais les jeter, c’est ce qu’on dit.» SON INFLUENCE «Ce n’était pas mon intention de devenir une référence! J’essayais plutôt quelque chose qui fonctionne pour moi, tout simplement. Les gens peuvent copier mes cheveux, mon maquillage et ce que je porte autant qu’ils le veulent. J’ai bien copié quelqu’un à la base. On ne peut pas faire quelque chose de nouveau à chaque fois.» Eau de toilette «Black XS Be a Legend» Debbie Harry, Paco Rabanne, CHF 90.

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SES BONS PLANS CHEVEUX À NEW YORK

Michael Matula du salon Mudhoney dans Nolita. www.mudhoneyhairsalon.com Shalom Sharon. www.shalomsharonhair.com

À LA MAISON

«L’huile Exquisite Oil Biolage de Matrix, la journée. Jamais de shampoing (sauf après avoir fait ma coloration), juste le soin Cleansing de Wen. Et des vitamines Viviscal pour les cheveux.»

LA COULEUR HOMEMADE Nature’s Kiss et Color Effects Platinum de Revlon.

PHOTOS: DR

LE BLOND PLATINE «Quand j’ai commencé, le platine, je trouvais ça joli, ça donnait de l’assurance, probablement à cause de Marilyn Monroe ou de Brigitte Bardot, et à cause de l’influence d’autres actrices des années 1950 et 60 avec qui j’ai grandi... Aujourd’hui, je continue de faire ma couleur moi-même, rien n’a changé depuis mes 12 ans. Mais maintenant j’utilise un produit qui n’a pas d’ammoniaque pour une couleur naturelle.»


PHOTO: MIGUEL VILLALOBOS

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Toute l’histoire de Maria Luisa. Page 200

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Gabriela Hearst dans une robe et une veste de sa collection «Candela».

LE MONDE DE GABI HEARST Dans sa maison du West Village, la créatrice Gabriela Hearst a imaginé un décor où ses racines uruguayennes rencontrent celles, américaines, de son mari, et un espace idéal pour leurs cinq enfants. Par FRÉDÉRIQUE DEDET

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Pho tographie CL EMEN T PASCA L


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Une toile de Botero, un des peintres préférés de l’hôtesse, domine une des salles à manger.

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on assistante nous ouvre la porte et nous invite à monter au premier étage où dans la salle à manger, Gabriela Hearst, silhouette longiligne et ventre tout rond, nous accueille avec un large sourire. Dans un mois elle donnera naissance à son premier fils. L’année a été très chargée pour la jeune femme. Tout en continuant «Candela», sa ligne de vêtements bobos, créée en 2004, Gabi lance une marque sous son nom, plus luxe, plus urbaine, très bien accueillie par la profession lors de sa présentation en février dernier et déjà achetée par Barneys. Sans compter l’arrivée du bébé! Jack, né le 11 juin vient rejoindre une joyeuses famille recomposée, comptant Mia et Olivia, ses jumelles de huit ans, ainsi qu’Andy et Sam, les adolescents nés du premier mariage d’Austin Hearst. «J’ai dit à Austin: es-tu vraiment certain de vouloir un autre enfant ?!», dit elle en riant avec un charmant accent sud-américain. «Nous avons jusqu’à maintenant du temps pour nous quand nos enfants respectifs sont chacun chez leur autre parent. Mais celui-ci, nous n’aurons personne à qui le confier pour nous évader tout les deux!» Gabriela est le genre de femme à sauter dans un avion pour le bout du monde et pour quelques jours seulement: récemment quatre jours à Tokyo ou cinq en Afrique du Sud. Le fait qu’elle soit née en Uruguay et qu’elle ait grandi dans le ranch familial où sa famille est établie depuis six générations doit y être pour quelque chose. Ses études terminées, elle s’envole pour l’Australie, choisie sans doute parce que c’était aux antipodes de l’Uruguay, et que Gabi voulait voir le monde. Elle devient mannequin à New York, lance «Candela» se marie, et ses filles naissent en 2008. Elle se sépare

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1. La bibliothèque. 2. Son placard à souliers bien achalandé. 3. La salle de bains, pièce qui a décidé Gabriela à acheter cette maison. 4. Dans la salle à manger familiale, en Valentino, devant un mur de représentations équestres, passion partagée avec son mari. 5. Derniers essayages de sa robe de mariée Dior Haute Couture par Raf Simons.

et recroise la route d’Austin. Producteur de cinéma, philanthrope et membre du conseil d’administration de Hearst Publications, il est séparé depuis longtemps. «C’est étrange de tomber amoureuse de quelqu’un que l’on connait déjà, c’est profond», dit elle, songeuse. Ils sont ensemble depuis 2010 et se sont mariés en 2013. «Une cérémonie cool avec nos très proches amis au City Hall de New York, et une énorme fête moins intime – deux cent cinquante invités – au Musée d’Histoire Naturelle, une belle excuse pour porter ma robe Dior Haute Couture créée par Raf Simons», dit-elle en riant. Sa belle-mère, Austine McDonnell Hearst, disparue en 1991, fut une des grandes clientes de Charles James et a donné, chose inhabituelle pour l’époque, beaucoup de

ses robes couture au Costume Institute, explique-t-elle en me montrant les clichés d’une femme élégantissime. À regarder les murs où, dans chaque pièce, les livres ont une place de choix, on devine que l’on est chez d’avides lecteurs. Gabi me conseille d’ailleurs de lire Gods and Kings de Dana Thomas sur l’ascension et la chute d’Alexander McQueen et John Galliano, parfait pour un voyage en avion ajoute-t-elle! Elle affectionne les biographies, elle lit en ce moment celle d’Hillary Clinton et a adoré Entretiens avec l’Histoire d’Oriana Fallaci. L’art est aussi à l’honneur avec quelques magnifiques Botero, une passion de Sud-américaine, comme elle le souligne, un Chagall magnifique et l’ensemble des luminaires très bien choisis.

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6. Le bureau syrien de l’actrice Marion Davis. 7.Sur la table de nuit, lecture essentielle d’une future maman.

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8. Avec Stéphanie, sa meilleure amie et aujourd’hui son bras droit. 9. La cuisine du premier étage et son bar.

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10. La chambre des jumelles Mia et Olivia. 11. Le look-book de sa nouvelle marque. 12. Depuis la terrasse, la vue imprenable sur Manhattan.

Au sous-sol, la salle de cinéma atteste de la cinéphilie du couple. Si Blade Runner est le film préféré de Gabi, ensemble ils ont un faible pour les séries britanniques: The Honorable Woman, Broadchurch, The Fall. Ils reçoivent beaucoup mais la maison est organisée autour des enfants, petits et grands. Elle compte sept niveaux dont une terrasse avec une vue magique sur la ville et un jardin ou une minipiscine permet à cette grande nageuse de s’exercer à contre-courant, Un Eden où les photos de la famille Perezutti souvent à cheval sur leurs terres uruguayennes se mêlent à celles des Hearst – du célèbre William Randolph Hearst, magnat de la presse et homme d’affaires, à son fils William Randolph Hearst Jr (le père d’Austin et prix Pulitzer) avec des sommités de leurs temps. Ces dernières sont accrochées dans le couloir de l’entrée de service alors que le superbe bureau syrien de Marion Davis, actrice des années 30 et grande passion du grand-père d’Austin, William Randolph Hearst, trône dans la chambre du couple. On comprend que Gabriela n’est pas une femme de convention mais une passionnée, qui a ses priorités. Dans l’ordre: le matin, elle accompagne les jumelles, avec un chauffeur car elle ne conduit pas, au Lycée Français en haut de la ville puis redescend dans Soho où elle a installé son bureau – «J’évite au maximum les déjeuners d’affaires, je reste avec mon équipe et tâche de rentrer vers 17h à la maison pour voir les filles et superviser leurs devoirs». Avec deux marques et un bébé à la maison la donne va-t-elle changer? «Non, assure cette terrienne qui sait s’organiser.» Nous n’en doutons pas...


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L’ICÔNE Vingt ans après Kids, le film événement de Larry Clark, Chloë Sevigny est toujours là, et bien là. Égale à elle-même et toujours nouvelle. Elle s’est inventée chaque jour un autre talent. Le livre de photos Chloë Sevigny dessine une ligne de vie fascinante et retrace mieux qu’une carrière. Par ADRIAN FORL AN

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PHOTOS: BAY GARNETT (1997) EN «CHLOË SEVIGNY» (ÉD. RIZZOLI).

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PHOTOS: MARCELO KRASILCIC (1994); ALEX & LEJA KRESS (1994); LIZZI BOUGATSOS (2004) EN «CHLOË SEVIGNY» (ÉD. RIZZOLI).

Chloë Sevigny (éd. Rizzoli), dessine une ligne de vie fascinante et retrace mieux qu’une carrière.

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Photographie Sante D’orazio Stylisme Haley Wollens

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écouverte en 1995 dans l’acéré Kids réalisé par Larry Clark et écrit par Harmony Korine, son boyfriend, Chloë Sevigny passait déjà, silhouette gracile, dans l’arrièreplan d’un clip de Sonic Youth, Sugar Kane, une des chansons étendards de la génération grunge, trois ans plus tôt. Certains se choisissent un destin: au lieu de flétrir dans la morne ville du Connecticut où elle a grandi, Chloë s’échappe ado à New York, entre fêtes clandestines et parcs de skateurs. SINGULIÈREMENT ENVOÛTANTE N’ayant peur de rien, elle flirte avec le cinéma semiexpérimental (Gummo, Julien Donkey-Boy, tous deux signés de Korine), passe (presque) du côté du grand public avec son rôle dans Boys Don't Cry qui lui vaudra d’être nommée en 2000 à l’Oscar et au Golden Globe du meilleur second rôle féminin, et visite l’Europe des grands cinéastes, celle d’Olivier Assayas (Demonlover, 2002) ou de Lars von Trier (Dogville, 2003). On pourrait ainsi dérouler la pelote d’une filmographie singulière, épousant les contours de sa personnalité, un peu trouble, envoûtante, entêtante comme le parfum d’une chanson de Roy Orbison passant dans un cabaret filmé par David Lynch. Loin des clichés faisant d’elle une it-hollywoodien en stuc. PLUME CHAUFFÉE AU SOUFRE Tueuse transsexuelle dans la série Hit & Miss, nymphomane flinguée par les électrochocs dans la seconde saison d’American Horror Story: la télévision la gâte en rôles écrits d’une plume chauffée au soufre. On crève d’impatience à la lecture de ses projets: une série avec l’immense Sam Shepard (acteur, écrivain…) et ses retrouvailles avec le cinéaste Walt Whitman, pour The Cosmopolitans, dont le pilote vient d’être tourné à Paris. Avec lui, elle a joué dans l’un de ses plus beaux films, The Last Days of Disco (1998), petit précis de mélancolie douce, d’humour du bout des lèvres, de sensualité implicite. On comprend qu’à New York, ville folle à la mémoire courte, elle soit toujours reine: elle surprend encore, ce qui est la plus grande des élégances. www.rizzolibookstore.com

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QUAND LA MODE SEXE PRIME Moins obscène que les propos des politiques ou que les parachutes dorés des grands patrons, une nouvelle vague «pornificatrice» s’apprête à réveiller la star du X qui sommeille en nous… Une tendance turgescente venue d’Amérique qui génère ses échos (ré)jouissants jusqu’en Europe. Orgasmique chic! P a r P AT R I C K C A B A S S E T

Le «Boobs bag» de Christophe Lemaire.

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Les dentelles suggestives de Christopher Kane.

PHOTOS: BENJAMIN BORNAZZINI & JOANNA LORENZO; MARCIO MADEIRA; LEMAIRE; CÉLINE DOMINIAK

Les créations «Chelsea Hotel» de Stefanie Renoma.


La première collection séduction de Guillaume Henry chez Nina Ricci, Automne-Hiver 2015/2016.

FOTOS:

L’imprimé «Z--i» de Céline Dominiak.

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est moi, ou bien il fait encore vraiment chaud, là? Je ne parle pas de la température ambiante, mais plutôt de celle de la mode, du design, de la nuit ou du cinéma qui tous retrouvent le chemin défendu de l’esthétique porno trash. Après la vague porno chic esthétisante des années 1990, la raison raisonnable avait repris le dessus. Collants noirs, tissus épais et jupes sous le genou ont récemment véhiculé un genre «comme il faut», bourgeois, au-dessus de tout soupçon… C’est bien fini. Sans nier l’héritage du féminisme, l’esthétique porno – plus que le porno lui-même – redevient une valeur partagée autant par une minorité non négligeable de décideurs européens d’avant-garde que par le mass market de New York à Los Angeles. Prenez Kim Kardashian, héroïne popu des très prudes États-Unis – sa mère, qu’en d’autres temps on aurait pu nommer maquerelle, son beaupère cover-trans, son postérieur colossal devenu le centre de l’univers, etc. – n’est-elle pas devenue la réincarnation surdimensionnée de Tracy Lord ou de Linda Lovelace, stars interplanétaires de la révolution sexuelle des seventies? C’est d’ailleurs sans aucune appréhension qu’elle abordait l’entrée du dernier gala du Met, à peine vêtue de tulle transparent voilé de quelques paillettes anorexiques. Suivie de filles certes moins imposantes mais connues pour autre chose, comme Beyoncé, Jennifer Lopez, Zoé Kravitz ou Cara Delevingne dans le même appareil nudiste ou approchant. Inquiétées par cette concurrence aussi soudaine que déloyale, les très bourgeoises stars du X d’aujourd’hui seraient en droit de porter plainte! De ce côté-ci de l’Atlantique, l’esthétique postporn prend également un coup de jeune. Pas celle «classique» des sexe shops SM, clous, chaînes et latex à gogo, ni le truc techno futuriste à la sensorialité en 3D et sex toys électroniques intégrés (merci pour vos dossiers de presse spécialisés, mais… non merci). Loin des productions sulfureuses de Coco de Mer (London) ou de Mise en Cage (Paris), c’est plutôt le porno à la papa, le sexe mignon un peu mièvre, le pornorétro fait maison des pionniers des années 1970 qui influence le style. Stefanie Renoma – fille de Maurice, mais pas que – définit très bien cet engouement au sujet de sa collection capsule Chelsea Hotel: «J’ai été très inspirée par cette ambiance, cette énergie et l’atmosphère du Chelsea Hotel, refuge décadent du New York des années 1970.» À travers les travaux de six photographes d’aujourd’hui, elle met en scène la sensualité des seventies, écho à l’irrévérence et à l’érotisme exacerbés des icônes du rock, via une collection aux allures androgynes. HIPSTER PORN Ce n’est pas la provocation qui s’affiche ici, plutôt une nouvelle forme de sensualité. À l’image du long film Love de Gaspar Noé présenté à Cannes en 3D, où malgré quelques arrosages visqueux en gros plan, le propos reste sage. C’est sans doute l’envie de revenir aux sources d’une libération sexuelle qui accompagna un temps les revendications féministes et les discours réformateurs de la société des années 1960 qui s’expriment. Certes, cette réaction aux tenues très couvertes imposées par la plupart des religions ne se manifeste pas par une pudeur excessive. Mais, des imprimés porn et food réalisés chez Acne à partir des collages de Raquel Dias, aux dentelles de dessins de nus académiques qui s’offrent sur les robes de Christopher Kane, tout cela reste très portable. Plus coquine, la petite marque G.Kero par Marguerite et SEPTEMBRE 2015

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La plastique callipyge de Kim Kardashian vêtue de l’une des premières créations signées Peter Dundas pour Roberto Cavalli.

François Vincentelli (Roy Lapoutre) et Natacha Lindinger (Sophie) dans la comédie romantique Hard sur Canal+.

Philippe Bartherotte, affiche pour l’été encore des débardeurs et chemises illustrés de couples en pleine action. Même soucis gentiment X sur certains foulards explicites de Céline Dominiak sobrement intitulés «Z- - I» (pour zizi). Les T-shirts blancs basiques de Carne Bollente affichent, eux, des scènes kamasoutresques colorées relativement basiques, mais en broderies délicates, entièrement Made in France! Plus spectaculaires, quelques robes de la collection de haute couture de Serkan Cura, sorti de l’Académie d’Anvers en 2007, manient plumes et corsets avec virtuosité, donnant soudain un sens plus sexe à cette tendance simplement sexy. À afficher sans doute avec l’un des «Boobs Bags» plus que suggestifs de Christophe Lemaire, en cuir résolument anatomique. Globalement, il n’y a cependant ici pas de quoi fouetter un chat. Car, même si la nouvelle moquette de chez Castel affiche des membres érectiles joliment décoratifs (référence à la «carte de membre» nécessaire afin d’entrer ici?) et que les dernières soirées Club Sandwich s’intitulaient «Floral Fetish», «Bang Gang» ou «Fashion Salope»: on ressort – généralement – de ces lieux avec sa culotte. Ici, la pornification n’est qu’un gadget linguistique.

La lampe «Fertility» de l’atelier Van Lieshout, 2009.

L’ÉMERGENCE DES PORN STUDIES Ce qui est loin d’être le cas dans les nouvelles séries télévisées diffusées à des heures de grande écoute dans le monde entier! De Lena Dunham lascivement enlacée nue à son Adam Driver, une scène sur deux dans Girls depuis 2012, à Alisson Paradis ex-star du X reconvertie en étudiante à la Sorbonne dans Q.I., en passant par Hard sur Canal + qui diffuse sa troisième saison épatante depuis juin dernier, 192

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Suggestif foulard Acne par Raquel Dias.


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PHOTOS: ROBERTO CAVALLI BY PETER DUNDAS; ILARIO MAGALI/ANNE-MARIE; CHARLOT/PONK/CANAL+; ATELIER VAN LIESHOUT; ACNE STUDIOS; CLODOMIRO; COURTESY TOILETPAPER MAGAZINE; TRIXIE VON PURL

Vision hot, «1968: radical italian design», par Deste Foundation et «Toilet Paper».

Assiettes «Clodomiro» par Olimpia Zagnoli.

Les œuvres tricotées de Trixie von Purl.

sans oublier la fameuse scène du plan à trois sous poppers dans le très marseillais Plus Belle la Vie, le petit écran devient un terrain de plus en plus glissant… À regarder nonchalamment en croquant dans les biscuits Kama Sutra Kookie Kutter de Bonkin, par exemple, qui donnent au hashtag «pornfood» (plus d’un million de publications sur Instagram) son véritable sens. Sans aller jusqu’à s’immerger dans des Porn Studies, un nouveau champs de recherches universitaires particulièrement frigides, il suffit pour se convaincre de la turgescence du phénomène d’apprécier le design contemporain. Des totems Cactus de Guido Drocco et Franco Mello créés en 1972 et récemment mis en scène par Maurizio Cattelan et Pier Paolo Ferrari, aux créations artisanales suggestives des designers d’Atelier Van Lieshout (lampes phallus, lits modulables pour multiples femmes, sculptures habitables sexuées, etc.), le choix semble plus que fécond. Et cela sans parler des créations de «love design» (nouveau nom des sex-toys) signés de très sérieux designers comme Arik Levy, Matali Crasset, Philippe Di Méo, etc. Enfin, celles et ceux qui auraient peur de délaisser les plages ensoleillées où l’on se remet progressivement à nu comme aux plus belles heures hippies des années 1970, pour un hiver toujours trop glacial, se tourneront dès les premiers frimas vers l'ouvrage trop mignon de Trixie von Purl: Tricotez votre propre Kama Sutra (chez HarperCollins Publishers, pas encore traduit en français à ce jour,… mais je m’y mets). Cette Anglaise vivant à Paris, ex-prof de danse spécialisée dans l’effeuillage burlesque, y enseigne une activité de coin du feu post-porn capable de redonner de la vigueur – et de la chaleur – aux plus réfrigéré(e)s. SEPTEMBRE 2015

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LA VIE

PRIMA DONNA KARAN

Star de la mode, elle a annoncé cet été qu’elle ne serait plus styliste en chef de Donna Karan International et qu’elle se consacrerait à sa fondation Urban Zen Company. Cette semi-retraite a déclenché des millions de commentaires nostalgiques et des milliers d’articles élogieux.

Le célèbre «Body», élément incontournable de la «capsule wardrobe».

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PHOTOS: RUVEN AFANADOR. COURTESY OF DONNA KARAN INTERNATIONAL. TEXT: LISA ARMSTRONG/ TELEGRAPH MAGAZINE/ THE INTERVIEW PEOPLE

Par LISA ARMSTRONG


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ans sa vie pourtant riche et tumultueuse, ce n’est pas l’ironie qui aura manqué. La plus cocasse étant sans doute que Donna Karan, grande maîtresse des robes, vestes et tuniques drapées, éminente designer américaine que des millions de femmes adorent pour ses vêtements aux coupes indulgentes, pragmatiques et glamour, femme d’affaires riche à millions grâce à sa mode fluide, ait raté – oui, raté – l’examen de drapé lorsqu’elle était étudiante à la célèbre Parsons de New York. Pour quelqu’un qui croit au destin – et Donna y croit, tout comme au bouddhisme, au yoga, à la spiruline et au Prince de Galles qu’elle apprécie pour son enthousiasme précoce pour le mouvement vert – tout cela peut bien faire partie d’un vaste plan ourdi par «quelqu’un». C’est donc ce cours raté qui lui ôte l’envie de terminer sa formation et qui la décide à prolonger son job d’été chez Anne Klein – une des grandes chaînes américaines qui fabrique des vêtements de sport de luxe pour les vraies femmes de 35 ans et plus. Au début, Anne Klein non plus n’était pas très impressionnée par Donna Karan. «Elle m’a dit que j’avais les hanches un peu trop larges. Je me suis demandé quel pouvait bien être le rapport avec le design de mode. Puis elle m’a demandé de faire quelques pas devant elle.» Il se trouve qu'Anne Klein pensait que la jeune fille de 18 ans était mannequin. Pas étonnant, puisqu’elle était arrivée en costume rayé, et coiffée d’un chapeau d’homme blanc. Du style, Donna Karan en a toujours eu. Comme en 2013. Je m’en souviens très bien: elle avait 64 ans, je la revois assise en face de moi dans un hôtel londonien à la mode, vêtue de ses leggings noirs typiques, de ses boots à talons plats favorites et de sa tunique noire adorée et adorable, lui tombant des épaules – tout cela me saute encore aux yeux. Et sa chevelure auburn. Et sa peau souple et bronzée si magnifique dans les pâles rayons du soleil hivernal. «C’est les cures à base de jus?», avais-je demandé. «Ça et le lifting», avait-elle rétorqué, pince-sans-rire, en brandissant non pas un green smoothie mais un grand gobelet de café à emporter. Même les adeptes du jus d’herbe de blé frais ont leurs péchés mignons. Même Donna Karan, superbe et rayonnante de santé. Son lifting, il remontait à quelques années (elle ne se souvenait plus exactement combien). Et j’ai toujours l’impression que nous serions légion à y avoir recours si nous avions la garantie d’un résultat aussi naturel que le sien. «Tu ne voudrais pas être pareille au même âge?», m’avait d’ailleurs répondu Yasmin Le Bon quand je lui avais demandé ce qui lui plaisait dans ce que fait Donna Karan. Avant d’ajouter: «Donna Karan, on se sent dans ses vêtements comme dans un pyjama, même si on porte une robe du soir moulante». Karan était alors à Londres pour quelques apparitions en public chez Harvey Nichols et dans ses propres magasins de Mayfair. La veille de notre interview, elle a charmé les hôtes de Harvey Nichols avec du Karan classique, dispensant conseils pratiques («Elle ne fait pas simplement des manches, soufflait dans un soupir de contentement Paula Reed, directrice de mode chez Harvey Nichols, elle fait des manches qui ne font pas mémé») et considérations sur la vie, sur le réchauffement et sur son mari disparu, le sculpteur Stephen Weiss, mort d’un cancer il y a quatorze ans. C’est pendant qu’elle le soignait qu’elle s’est engagée dans la réforme de la santé: «Pendant les soins palliatifs, j’ai vu clairement ce qui manquait». Elle a alors mis en place la Urban Zen Foundation qui tout à la fois – et c’est tout elle – 1) favorise la prise de conscience, 2) recueille les dons, 3) met des espaces accueillants et raffinés à la disposition des malades atteints du cancer qui peuvent y séjourner, 4) le tout combiné à des magasins qui vendent des vêtements décontractés chic et urbains ainsi que de l’artisanat en provenance d’Haïti, tout en restant fidèle à sa philosophie orientale instinctive et très librement concoctée. Donna Karan se qualifie elle-même de Bou-Ju – Bouddhiste pratiquante de culture juive, un mix potentiellement délicat, mais que son charisme parvient à rendre crédible et désirable. Sans oublier que c’est en fait très efficace. En 2012, elle a reçu le «Clinton Global Citizen Award» - une sculpture extraordinaire qu’elle a naturellement conçue elle-même pendant un séjour – qui l’eût cru? – à Haïti.

Donna Karen, photographie par Ruven Afanador.

Donna aime beaucoup Bill Clinton qui lui a remis la distinction et dont elle a dessiné le costume de première investiture. Par ailleurs, il lui arrive souvent de gérer les crises vestimentaires d’Hillary Clinton – des crises que connaissent des millions de femmes. Au fond, c’est bien Donna Karan qui a permis au noir d’être considéré comme chic après que la première vague des designers japonais à audience internationale l’eut interprété version avant-gardiste ascétique. C’est elle aussi qui a rendu populaire la notion de «capsule wardrobe», un système composé de sept vêtements, dont le célèbre «body». Ses trouvailles portaient des noms qui allaient tellement droit au but – du «cozy» (un cardigan qui peut se porter d’une dizaine de manières) au «body» (maillot et chemisier de soie tout-en-un garantissant de ne jamais laisser dépasser l’élastique de son slip dans la salle de réunion) – si droit au but qu’ils faisaient facilement oublier à quelle brillante créatrice elles étaient dues. Avant elle, pour les femmes menant une carrière professionnelle, s’habiller pour aller au bureau était une véritable corvée, une contrainte peuplée de costumes ternes et de règles immuables depuis les années 50. Autant de choses tristes que Karan a rendues sensuelles, glamour et fun. Au début des années 90 déjà, les magazines de mode étaient pleins de mannequins en jupes fendues Karan (ou à la Karan tellement son style s’était répandu) ou de vestes souples ajustées, et photographiées en train de héler des taxis, le Financial Times dans la sac ou un bébé photogénique accroché à leur impeccable costume de crêpe doublé de satin – ou bien, comme dans cette mémorable campagne, prêtant serment pour la présidence. C’était avant que le slow cooking et le slow living ne remettent sur un pied d’égalité les mères qui travaillent et celles qui restent à la maison. À cette époque, le travail des femmes semblait exaltant et libérateur, et les vêtements de Donna Karan confirmaient qu’on pouvait aussi avoir de l’ambition. Karan travaille encore aujourd’hui comme une dingue. Blagues sur le lifting mises à part, c’est à cela qu’elle attribue sa niaque toute juvénile. «Ce n’est pas SEPTEMBRE 2015

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«J’ai toujours pensé que ce que tu portes dessous est aussi important que ce que tu portes dessus».

Elle est née Donna Faske en 1948, à Long Island, «du mauvais côté de la voie de chemin de fer», comme elle dit. Elle a grandi en réalité à Woodmere, quartier prospère, sorte de Greenwich juif. Sa mère Helen, surnommée Queenie, travaillait comme mannequin pour une marque de mode et ressemblait, selon sa fille, à Joan Crawford. Quand Donna avait trois ans, son père Gabby Faske, tailleur pour hommes, meurt dans un accident de voiture. Queenie reprend son travail – Gail a raconté plus tard que sa mère avait travaillé par choix plus que par nécessité, ajoutant que Queenie ne s’était jamais particulièrement intéressée aux ambitions de styliste de sa fille avant que celle-ci ne réussisse. Relation difficile mais qui a aussi poussé Donna à faire quelque chose. Au début, elle voulait devenir danseuse, mais pas n'importe laquelle: une danseuse qui bougerait comme Martha Graham (elle recréera plus tard ses mouvements fluides dans des robes de jersey noir) et qui chanterait comme Barbra Streisand (qu’elle vêtira un jour et avec laquelle elle se nouera d’amitié). À 14 ans, elle ment sur son âge et travaille dans une boutique où elle se découvre un talent exceptionnel pour vendre des vêtements. Puis est venue la Parsons, et à 20 ans le boulot chez Anne Klein… Tout marchait donc comme sur des roulettes, jusqu’à ce qu’Anne Klein la renvoie, neuf mois après lui avoir proposé un poste et l’avoir persuadée de ne pas terminer sa formation à la Parsons. «En fait, ce n’est pas Anne qui m’a renvoyée. C’est une assistante. L’assistante de l’assistante, en fait. J’étais bien trop jeune pour ce que j’avais à faire. C’était trop intense. Je travaillais tous les jours jusqu’à deux heures du matin.» Donna Karan se sent humiliée («C’est quand même à cause d’elle que j’ai laissé tomber l’école»). Elle s’était mariée à Mark Karan, qui tenait un magasin d’habillement pour hommes, et qu’elle avait rencontré à 16 ans sur une plage de Long Island. Mais elle était amoureuse de… Stephan Weiss. «J’étais déjà fiancée à Mark quand j’ai rencontré Stephan. Il avait 10 ans de plus que moi et deux enfants. Il était artiste, sculpteur, une espèce de sauvage – le coup de foudre. Mais j’avais déjà promis à Mark de l’épouser. Il le fallait. J’avais peur de rester seule.» Karan appelle Anne Klein et la prie de la reprendre. Et la voilà à 24 ans bras droit de la très imposante Anne Klein. «Elle m’a appris à créer des vêtements de sport. À habiller les femmes.» Mais Anne Klein est malade, bien plus malade qu’on ne le suppose. Elle meurt d’un cancer du sein en 1974. Elle laisse Donna Karan à la barre, à 24 ans, et enceinte de Gabby qui naît cette semaine-là. Et voilà comment cette femme qui ne s’est mise à créer des vêtements que parce qu’elle voulait «une garde robe de fringues pour moi», comme elle dit, est devenue un exemple pour des millions de mères au travail. «Alors que moi, je culpabilisais un maximum, parce qu’en ce temps-là il n’y avait pas tant de mères que ça qui travaillaient. Ce n’était pas facile. Et je ne voulais pas être comme ma mère… Aujourd’hui encore, j’éprouve un sentiment de culpabilité. Tout ce dont je rêvais, c’était d’une famille conventionnelle.» Ce qu’elle n’a pas vraiment connu. D’autant qu’à 25 ans, elle a déjà 196

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perdu sa mère et Harold Flaxman, son beau-père qui travaillait aussi dans le textile. Et puis, ne l’oublions pas, Donna était amoureuse d’un homme qui n’était pas son mari. «C’était très compliqué, remarque Donna Karan, usant d’euphémisme. J’ai vécu beaucoup de choses quand j’étais encore très jeune. C’est probablement pour ça que je suis maintenant tellement zen.» Loué soit le Dieu du Bou-Ju pour le zen. Et le yoga. Qu’elle a commencé à 18 ans, et qu’elle voudrait que tous les enfants puissent pratiquer. Car le yoga l’a rendue souple, physiquement et mentalement. «C’était vraiment ma source d’inspiration en affaires – surtout pour les collections Urban Zen, que j’ai en fait créées pour qu’on puisse aller directement de l’heure de yoga le matin au bureau et puis dîner le soir.» Les affaires ont très bien marché. Car bien que la ligne principale Donna Karan ait toujours coûté un prix astronomique («Je suis fan de beaux tissus», dit-elle en haussant les épaules), il y a eu aussi, presque dès le début, la collection de bonneterie Donna Karan – une version précoce des vêtements à propriétés galbantes pour les fesses, comprimantes pour les cuisses et amincissantes, en général couleur noir mat. Les chiffres des ventes sont vite partis en une vertigineuse spirale ascendante. «J’ai toujours pensé que ce que tu portes dessous est aussi important que ce que tu portes dessus», explique-t-elle. N’étant pas elle-même du genre émacié, Donna Karan comprend tout naturellement les complexes féminins: une empathie qui semble carrément cousue dans chacune de ses vestes taillées pour allonger la silhouette et dans chaque haut conçu pour gommer le ventre. Parfois, quand son régime s’est bien passé et que yoga et Pilates – auquel elle s’est mise – y mettent aussi du leur, les gens disent qu’elle paraît mince. «Et moi je leur dis: "croyez-moi, c’est grâce à mon pantalon"». Avoir un empire, dit-elle, n’a jamais fait partie de ses plans. Tout ce qu’elle voulait, au départ, c’était créer sa propre petite collection sous la marque Anne Klein. «Mais les propriétaires, un groupe japonais à cette époque-là, m’ont dit: "Donna, tu ne pourras jamais rien faire, même quelque chose de petit, même si tu le voulais". Ils l’ont mise dehors. Encore une fois. Le côté positif de la chose, c’est qu’ils ont soutenu sa propre marque – une preuve de son irrésistible bagout de vendeuse et de son talent. C’était en 1985. Tout prenait donc une bonne tournure. Mark et elle s’étaient séparés, Donna était alors avec son farouche sculpteur à queue de cheval («même s’il vivait dans un trou et parlait de physique quantique et de tout ces trucs auxquels je ne comprenais rien»). Le plus drôle c’est que tout le monde pensait que Stephan Weiss était son petit caprice bohême, alors que c’est lui qui a mis sur pied la stratégie de l’entreprise. Il a aussi dessiné les flacons de parfum. «Le business, les chiffres, les négociations, tout ça je n’y touchais pas. Et il partageait ma vision… il était brillant», dit-elle. Stephan l’a aidée à lancer les vêtements pour hommes et DKNY, sa seconde ligne immensément populaire. Tout est allé si vite que bien entendu la position de l'entreprise est devenue instable et les actions ont plongé. À ce moment-là, Stephan était déjà très malade. C’est lui qui l’a poussée à signer avec LVMH. «Il m’a dit qu’il ne pouvait pas partir et me laisser dans le pétrin.» Encore aujourd’hui, Donna Karan n’arrête pas de parler de lui. En 2012, elle a sorti un livre qui lui est dédié et dont le titre est Stephan Weiss: Connecting the Dots, «parce que c’est ce qu’il faisait – entre les sciences et la sculpture et les bijoux. Il était brillant». Sa fille Gabby et les deux enfants de Stephan lui ont donné sept petits-enfants. «Je leur dis: si l’un d’entre vous me fait bientôt

PHOTOS: DR

vraiment du travail, c’est la vie», dit-elle. Tiens, voilà encore une ironie du sort: ce pilier pour les mères au travail, fondatrice d’un empire de la mode au chiffre d’affaires de 58 millions de dollars lors de son entrée en bourse à New York en 1996, et vendu plus tard pour 650 millions de dollars à LVMH selon les estimations du magazine Forbes, n’a jamais été intéressée par un job au sommet. Même, elle ne voulait en aucun cas être une mère au travail. «Ma propre mère l’a été. Quand ma grande sœur Gail est partie et s’est mariée, je peux te dire que j’étais seule et très peu sûre de moi.»


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Défilé de la ligne principale.

Donna Karan acclamée par son public.

Fan de beaux tissus: Donna en action.

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arrière-grand-mère, je ne vous cause plus.» Les «enfants», qui ont maintenant entre 39 et presque 60 ans, aimeraient bien la voir avec un autre homme. Stephan aussi, pense-t-elle. Difficile d’en trouver un qui tienne sa cadence. Même un accident de ski où elle s’est cassé les deux genoux ne l’a pas fait ralentir. «Le podium des défilés, je l’ai fait en fauteuil roulant tellement souvent que je n’ai pas envie de compter», poursuit-elle. En l’absence d’un mari, il y a toujours ses causes et ses visions. Quand ces dernières lui apparaissent, elles sont déjà tellement abouties qu’il n’est «pas question de ne pas les réaliser». L’une de ses toutes premières, en 1990, a été 7th on Sale, une vente annuelle de designers dont elle est à l’origine avec un magazine américain pour recueillir de l’argent au profit de la recherche sur le sida, du temps où c’était encore un sujet tabou. S’occuper de causes quand personne n’en parle encore ou après qu’elles ont disparu de la une, c’est tout elle. Donna se rend encore à Haïti pour superviser les objets qu’elle vend dans ses boutiques «parce qu’à vrai dire, ce qu’ils faisaient au début était invendable; mais il y a là-bas une telle résilience et une telle dignité, ils résument tout à fait toutes les causes que j’épouse avec Urban Zen». Quand on s’aperçoit qu’en fin de compte, elle a récolté des dizaines de millions de dollars, l’expression toute faite qu’elle emploie quand elle parle d’être là où «philanthropie et commerce se croisent» ne semble plus si toute faite que cela. Vu ses fréquentes visites à la Maison Blanche (la première, c’était quand Reagan était aux commandes), je me demande si la politique ne l’a jamais tentée – le New York Times l’a un jour décrite comme un Ed Koch en robe noire stretch. Mais cela ne lui dit rien du tout. «À partir du moment où tu es élu, tu es fichu. Tu peux faire beaucoup plus en restant en dehors de la politique», affirme-t-elle. Quant à l’âme sœur qui lui manquerait, le poste est déjà pourvu, depuis la rencontre avec Patti Cohen lors d’un match de tennis sur Long Island quand elles 198

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Des éléments ethniques typiques de l'esthétique de Donna Karan.

avaient toutes les deux dans les 20 ans. Elles sont depuis inséparables – amies, conseillères et alliées en affaires. Patti est en ce moment l’agent de presse de Donna, mais aussi son double roux acajou qui répond souvent pour elle. «Je sais ce qu’elle va dire avant même qu’elle ouvre la bouche», explique Patti. En réécoutant l’interview, je les entends répondre en stéréo, souvent en désaccord sur la chronologie, jamais sur les émotions. Lorsque nous visitons toutes les trois la boutique récemment redécorée sur Bond Street où quelques visages bien connus sont assis autour d’une grande table blanche et dessinent des cœurs pour Haïti qui seront accrochés dans le magasin, Patti et Donna parlent d’une même voix sur la rénovation. «Je pensais que ça ne serait pas terrible sans le bar à jus…», dit Donna, «…qu’ils ont enlevé devant…», ajoute Patti. «Mais pas du tout», concluent-elles en chœur. Je suis étonnée que Donna n’ait pas eu droit de veto sur le bar à jus, mais dans l’accord avec LVMH, il était dit que le groupe s’occuperait de Donna Karan et DKNY tandis qu’elle prendrait soin d’Urban Zen. Elle reçoit des royalties pour les deux premières marques – et une carte de réduction. C’est pourquoi, après un coup d’œil sur les prix, elles décident de ne rien acheter dans la filiale londonienne. «On a plus de réduction à New York», expliquent-elles. «C’est vraiment joli», dit Donna en caressant un pull col roulé noir en cachemire. «On adore le noir, s’exalte Patti. On en portera probablement encore quand on aura 100 ans.» Donna n’a dévié du noir qu’une seule fois – quand elle a créé une collection tout en vert pour Anne Klein. «C’était affreux, mais à cette époque-là, j’étais à fond dans les champs et les prairies. Je le suis toujours. J’adore toujours le vert…» Parce que voilà encore un trait d’ironie dans l’histoire de cette femme qui avait si peu confiance en elle, lorsqu’elle a lancé sa propre marque, qu’elle a rajouté «New York» à son nom: Donna passe aujourd’hui la majeure partie de son temps dans les Hamptons. «J’adore New York, affirme-t-elle. Mais pour tout dire, c’est parfois un peu trop.»

PHOTOS: URBAN ZEN PRINTEMPS / ÉTÉ 2015

Une robe du soir moulante: le «signature style» de Donna Karan.


New York, 1986: un mannequin se prépare avant le défilé.

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Maria Luisa Poumaillou en 2011, photographiĂŠe par Olivier Zahm.

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SA DERNIÈRE LEÇON D’ÉLÉGANCE En janvier, Maria Luisa assistait au premier défilé de John Galliano pour Maison Margiela. John et Martin, deux créateurs qu’elle avait défendus dans sa mythique boutique parisienne. Quelques semaines avant sa disparition, elle nous démontrait, une nouvelle fois, son infinie culture mode… P a r P AT R I C K C A B A S S E T

PHOTOS: OLIVIER ZAHM/LE PRINTEMPS FOTOS:

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lle a su faire de son prénom une enseigne respectée dans le monde entier. Cependant, pour Maria Luisa Poumaillou, la mode, ce n’était pas des enseignes, des megabrands ou des groupes en devenir, mais des gens: des créatifs, simplement doués ou réellement visionnaires, qui savent imaginer ce que sera la mode de demain. Donc celle du jour, pour toutes les clientes qui aiment l’avant-garde sans avoir à subir le poids d’un déguisement embarrassant ou déplacé. Son œil laser était intransigeant, pétillant, critique, mais surtout complice du corps et de la psychologie des femmes. Celles qu’elle recevait dans sa boutique de la rue Cambon à Paris, dès 1988, puis dans celles de la rue du Mont-Thabord, et qui n’hésitaient pas à se déshabiller là, au milieu des autres clientes et des portants, comme dans un salon particulier un jour de soldes, afin d’essayer des atours inédits. Impatientes de se les approprier sans avoir à attendre la disponibilité d’une cabine. Cette atmosphère de gynécée survolté, de grand dressing passionné, je ne l’ai retrouvée qu’une seule autre fois, à l’autre bout du monde, chez Daslu à São Paulo, dans la première version de ce qui est devenu depuis, un grand magasin plus conventionnel. Disparue en avril dernier des suites d’une longue maladie à l’âge de 61 ans, Maria Luisa aussi venait d’Amérique latine. Du Venezuela plus exactement, où sa mère lui avait appris ce que s’habiller veut dire! Une mère adulée et chiquissime, qui à plus de 80 ans honorait encore en décembre dernier les pages de L’Officiel Chine. Ses voyages réguliers vers Paris et les salons de Dior ou de Balmain avec ses filles devaient former le goût de celles-ci.

Le père de Maria Luisa disparaît lorsqu’elle n’a que 4 ans. En 1958, son beau-père, chef de la sûreté nationale du président Marcos Pérez Jiménez, doit fuir Caracas suite au renversement de la dictature. Après un exode forcé vers Miami, c’est la France du général De Gaulle qui va accueillir la famille. Un passage à Sciences-Po Paris et des études de lettres en Espagne plus tard, Maria Luisa se marie à Madrid avant de retourner au Venezuela. Expérience peu concluante, qui se termine par un divorce et un retour à Paris. C’est là qu’elle rencontre son second mari, Daniel Poumaillou, qui lui donnera deux filles. Elle les élève à la campagne, en Touraine, puis revient bientôt vers Paris. Toujours passionnée de mode, elle décide de vendre et défendre «ses» créateurs. En 1988, ce sera d’abord Helmut Lang, Martine Sitbon, John Galliano. Mais sur sa «hit list» généreuse on trouve aussi Alexander McQueen, Jean Colonna, Dries Van Noten, Ann Demeulemeester, Haider Ackermann, Rick Owens, Esteban Cortazar ou Cédric Charlier plus récemment. Durant deux décennies, elle va lancer, supporter, défendre bec et ongles des choix sûrs et précieux que de nombreux acheteurs du monde entier vont tenter de lui ravir. Plus qu’une simple acheteuse, elle devient la tête chercheuse d’une nouvelle élégance. Celle grâce à qui certains créateurs vont enfin pouvoir sortir de l’anonymat. Là où d’autres achètent seulement, Maria Luisa les force à aller plus loin. Elle les séduit, les dompte et les transcende finalement. Défricheuse de talents, c’est davantage une complicité qu’elle fait naître entre elle et eux. Une connivence bienveillante mais sans concessions, entre deux éclats de rire, qui leur permet d’avancer. SEPTEMBRE 2015

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Toujours avec élégance, elle sait trouver les mots justes, sourire d’elle-même et des situations cocasses qui se succèdent parfois au sein du petit monde de la mode. Un univers dont elle devient un élément reconnaissable, attendu, indispensable au bon déroulement d’un show ou d’une carrière. Cependant, vingt ans plus tard, en 2008, elle s’incline devant la toute puissance restrictive du marketing. L’obligation d’acheter de trop grandes quantités rend les petits magasins multimarques fragiles. Elle ferme boutique à Paris, mais conserve un site de vente en ligne et des magasins à son nom en Asie, à Pékin et Shanghai, ainsi qu’au Qatar. Cette même année, elle accepte aussi de devenir partenaire du Printemps. Là, elle développe sa propre boutique, impose ses choix, son goût et en profite pour «éditer» ses designers. Elle conseille également les achats du groupe, devient le visage style du grand magasin. À la pointe de la mode, elle peut enfin uniquement se consacrer à la recherche des talents qui feront demain. Un besoin de continuité qui la caractérise: «J’aime la densité des choses et la longévité des marques», avançait-elle, combative lors de notre entretien, le dernier donné de vive voix à un magazine. «Il faut que je ressente ce potentiel de développement en eux pour les suivre. Les sept premiers créateurs que j’ai proposés ici sont tous sortis de ma boutique du Printemps pour ouvrir des corners en propre dans le grand magasin, comme Alexander Wang, Acne Studios, Kenzo ou Carven par Guillaume Henry.» Ici, elle invite Victoria Beckham, Peter Copping ou même Fendi à faire des présentations privées pour ses clientes. Elle fait refaire certains modèles en blanc afin d’approvisionner une boutique mariage inédite 202

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Avec sa fille Eugénie, au Cap Ferret.

où l’on peut imaginer aborder le plus beau jour de sa vie en smoking Alexandre Vauthier, en fourreau Victoria Beckham ou en robe structurée signée Roland Mouret. Pour le soir, elle demande des collections capsules spécifiques à Roberto Cavalli, Saab, etc. Les boutiques Maria Luisa Mariage et Maria Luisa Soir sont prêtes à bousculer des conventions qu’elle avait su balayer de sa propre vie. LE FUN ET LE CONCEPT «Aujourd’hui, je crois en Christopher Kane, en J.W. Anderson, à Jacquemus grâce à son incroyable énergie, poursuivait-elle, mais aussi à Mugler par David Koma, à Saint Laurent par Hedi Slimane, à Givenchy par Riccardo Tisci et à Louis Vuitton par Nicolas Ghesquière bien sûr. Ces designers sont tellement efficaces.» Des noms qu’elle lance avec assurance, aussi sûre d’eux que d’elle. Questionnée sur l’évolution récente du goût des clientes, elle observe une nouvelle classification: «Un premier groupe, le plus fourni sans doute, vient chercher chez moi du fun. C’est une forme de shopping ludique. Ces clientes vont se laisser séduire par Kenzo ou par Moschino par exemple. Évidemment, les Françaises restent plus sages, surtout pour les pièces plus conséquentes, les vestes ou les manteaux. En numéro deux, la recherche de sexy reste très présente. Enfin, en numéro trois, je rencontre des conceptuelles prudentes. Ces clientes-là achètent judicieusement un vêtement nouveau mais durable. Elles aiment la pérennité des produits. Au centre de cette recherche, la marque phare reste Céline aujourd’hui. C’est une classification que je retrouve aussi bien à Paris que dans mes boutiques des

PHOTOS: DR; MIGUEL VILLALOBOS, MANUEL BOUGOT, COLLECTION PARTICULIÈRE MARIA LUISA.

Alicia Estrada, sa mère, dans les années 1950.


LA VIE

«Pour les photos, les magazines de mode ont encore un bel avenir devant eux. Jamais le Net ne pourra produire des images de belle qualité. Le bonheur de l’œil restera inséparable de la presse papier.»

La boutique Maria Luisa au Printemps.

Printemps de province (à Strasbourg, Marseille et Nice bientôt, ndlr) mais également sur ma boutique de vente en ligne hébergée par le site Thecorner.com. En Asie, les clientes veulent être féminines davantage que sexy. En revanche, en Russie et en Europe de l’Est, l’envie de sexy reste très présente. En Europe de l’Ouest et aux États-Unis, le goût pour la mode me semble plus mature, plus éduqué, donc la pérennité des choix s’impose.» En Chine, comme à l’occasion de la célébration des 150 ans du Printemps, elle lance même ses propres collections. Des lignes de vêtements indispensables à des prix accessibles, à peine au-dessus de ceux du mass market. Inquiet de l’avenir de la presse magazine à l’heure du tout digital, je lui fis part de mes craintes. Elle me rassurait: «Certes, l’aspect informatif a été dévoré par la presse online. Mais pour les photos, les magazines de mode ont encore un bel avenir devant eux. Jamais le net ne pourra produire des images de belle qualité. Le bonheur de l’œil restera inséparable de la presse papier. Même au niveau de la culture mode en général, les magazines resteront captivants. Une page web s’oublie aussi vite qu’elle est survolée, non?» Le 7 avril dernier cette éminence grise et grande dame de la mode disparaissait. Daniel Poumaillou lui rendait un émouvant hommage: «Son dernier défilé de mode, car c’en était encore un… C’est à peine si elle n’avait pas fait changer le papier peint de sa chambre à l’Hôpital Américain. Les ongles parfaitement faits, le brushing impeccable et un dernier bon mot aux lèvres».

Maria Luisa et sa mère.

Avec son mari, Daniel Poumaillou.

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D’ORS ET DE GRIS

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Comme en matière de mode, les détails figuratifs, les motifs floraux et les ambiances théâtrales reviennent en force. Éclectique. Par LIVIA Z AFIRIOU

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1. Suspension, Tom Dixon, CHF 480 2. Oiseau-objet, Jaime Hayon pour Cassina, CHF 750 3. Chandelier Setsuko, arbre à 5 Branches, Astier de Villatte, prix sur demande 4. Coussin, Missoni, CHF 230 5. Table en marbre, Poltrona Frau, 4 100 6. Boîte à bijoux, Aerin Shagreen, CHF 820 7. Tapis fleur Missoni, CHF 770 8. Broche branche, Ole Lynggaard Copenhagen, CHF 12 550 9. Table basse, Bottega Veneta, CHF 4 410 10. Coupe «Bash», Tom Dixon, CHF 440 11. Siège doré, Cappellini, prix sur demande 12. Verres «Diamond Martini», Waterford-Lismore, CHF 150 13. Porte-parapluies, Mackenzie-Childs, CHF 550 14. Rideau, Création Baumann, CHF 620 15. Bottega Veneta collection 2 015 16. Tapis fleur, Missoni, CHF 770

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PHOTOS: DR; TOM DIXON, MACKENZIE-CHILDS, WATERFORD-LISMORE ET AERIN SHAGREEN DISPONIBLE SUR AMARA.CH; AVEC TOUS NOS REMERCIEMENTS À PRSHOTS.COM

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PHOTO: KEMA KEUR

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Travel Insider: Istanbul avec Manners.

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TRAVEL NEWS GLENEAGLES À EMPORTER

BOOTCAMP DE LUXE L’idée de suer comme un ascète vous fatigue déjà? La perspective de vous éreinter dans un centre tristement spartiate vous coupe les jambes? Alors, vous êtes mûr pour un séjour 5 étoiles dans une luxueuse villa avec chef privé. Au Top Hill Retreat d’Ibiza, on peut suivre un régime, ajuster son poids et s’adonner à un entraînement intensif, tout cela au plus haut niveau. Chaque bootcamp tourne autour d’un thème, et chacun y trouvera ce qui lui convient. www.tophill-retreats.com

Gleneagles, le célèbre et luxeux hôtel avec terrain de golf en Écosse, lance une collection de maroquinerie. Cette ligne, inspirée des hôtes et légendes, comprend un «Riviera Handbag» dont le nom évoque un article des années 1920 sur l’ouverture de l’hôtel, qui le comparait à la «Riviera des Highlands». Elle propose aussi porte-documents, étuis pour iPad, conférenciers, sacs de voyage et à chaussures. Et bien plus encore. www.gleneaglescollection.com

ENCORE! Raisin cueilli à la main, huiles précieuses, essences de fleurs et de plantes sélectionnées. Daniela Frutiger, du Giardino Group, n’a retenu que le nec plus ultra pour les ingrédients de Dipiù, premiers produits de beauté lancés par les superbes hôtels Giardino. Un tour dans l’un de ces établissements d’Ascona, Minusio, Champfèr/Saint-Moritz, Zurich ou Grindelwald s’impose désormais d’autant plus que les produits Dipiù ne sont disponibles que dans ces lieux magiques. www.giardino.ch

LES CHAMBRES DU LAC

www.villaschoenegg.ch

CAP SUR HONG KONG Après une pause de 14 ans, Cathay Pacific reprend dès maintenant sa liaison Zurich – Hong Kong avec deux vols quotidiens, desservis par un Boeing 777-300 équipé d’une nouvelle First Class, d’une Business Class primée et d’une Economy Class long-courrier. www.cathaypacific.com/ch

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PHOTO: ANDREA MONICA HUG

Cela fait déjà longtemps que séjourner dans un bed and breakfast n’est plus le choix des seuls routards. De plus en plus de destinations raffinées et hédonistes ouvrent leurs portes. Comme la Villa Schönegg. Ce petit bijou situé à Rüschlikon sur le lac de Zurich dispose de sept chambres (dès CHF 80) et d’une suite (dès CHF 200), et peut se réserver en entier ou pour des évènements. Christina Paoletti, la propriétaire, y tient aussi un «Stübli» où l’on peut manger midi et soir, du mercredi au dimanche. À ne pas manquer: le «Saturday & Sunday Brunch».


TRAVEL

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1. SANT AMBROEUS «Pour un café-croissant.» www.santambroeus.com

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2. SHEN

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«Un anti-moustique naturel. Essentiel pour les nuits d’été.» www.shen-beauty.com

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3. SIP’N SODA «Ouvert dans les années 1950, c’est un authentique diner.» www.sipnsoda.com

4. DOCK HOUSE «Sur la jetée de Sag Harbor, la vue splendide et leur BLT au homard valent largement le détour.» www.dockhouseny.com

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5. ROUND SWAMP FARM «Bezaubernder Markt in East Hampton. Die Gerichte zum Mitnehmen sind köstlich. Vor allem die mexikanischen Spezialitäten, die man am Strand geniesst…» www.roundswampfarm.com

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6. HILDRETH’S HOME GOODS

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«Boutique de déco: leur linge de maison est à tomber. J’y fais des achats pour mes réceptions.» www.hildreths.com

7. MES INDISPENSABLES 12.

8. WYETH

Lauren Santo Domingo 9. 10.

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LES HAMPTONS

PHOTOS: DR, PAUL COSTELLO, LILVEGGIEPATCH, LAUREN SANTO DOMINGO.

«Ma garde-robe de vacances tourne autour de pièces décontractées dénichées sur Moda Operandi.» www.modaoperandi.com

LAUREN SANTO DOMINGO Pionnière du shopping en ligne, Lauren Santo Domingo est aussi une baroudeuse de la mode. Elle nous livre un mix de ses coups de cœur et de ses incontournables du moment. Par L É A T RICH T ER-PA RIEN T E

Cofondatrice de Moda Operandi, Lauren Santo Domingo a créé la révolution: son site Internet permet aux clientes de précommander leurs coups de cœur juste après les défilés. Icône de mode, elle compte parmi les personnalités les plus influentes de la scène new-yorkaise. L’été, elle fuit Big Apple avec ses deux enfants pour les Hamptons dont elle connaît les meilleures adresses et où elle excelle dans l’art de recevoir.

«L’antiquaire du coin. J’adore leurs meubles et leur vaisselle.» www.wyethome.com

9. SOUTHAMPTON FARMERS’ MARKET «Du poissonnier au primeur, tout y est fabuleux.» www.southamptonchamber.com

10. LA PARMIGIANA «Là, je recommande la salade d’antipasti et sa sauce.» www.laparmigianali.com

11. STUART’S SEAFOOD MARKET «C’est l’un des plus anciens marchés au poisson.» www.stuartsseafood.com

12. HAIR IN THE SUN DE SACHAJUAN «Pour réparer mes cheveux.» www.sachajuan.com

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Ambiance plage au bord du lac de Hallwil et de la piscine privée de l'hôtel.

ÉTRANGE FAMILIARITÉ, FAMILIÈRE ÉTRANGETÉ Sur les berges du lac de Hallwil, dans le canton d’Argovie, le Seerose Hotel & Spa, récemment primé, garantit un séjour inoubliable en faisant rimer volupté et proximité. P a r P AT R I C K H E V E N

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TRAVEL

Le restaurent thaï Samui est l'un des meilleurs en Suisse.

L'architecture moderne évoque la culture millénaire thaïlandaise.

L’

PHOTOS: SEEROSE HOTEL & SPA

étrange et le familier. Le proche et le lointain. Le chaud et le froid. L’inédit et le connu. L’exotique et l’habituel. Le coup de foudre et le doute... Il faut de la force et de la suite dans les idées pour réunir ce genre d’oxymores sous un même toit. Davantage de force même, que pour se cantonner à une seule catégorie, à un seul style. C’est ce que réussit le Seerose Hotel & Spa. Cette institution établie de longue date réussit à faire cohabiter son spa et des salles de conférences qui rappellent plutôt l’hôtel de congrès, son charme raffiné et des touristes en peignoir, des chambres élégantes et des groupes de convives invités à un mariage, des curiosités en matière de goût (voir pour cela les étranges motifs des rideaux des suites «Cocon») et une atmosphère subtile. Au visiteur qui prendra le temps de s’imprégner de la mixité des âmes du lieu, le Seerose Hotel & Spa s'imposera comme une oasis de bien-être et de sérénité, aussi réussie que bien dirigée, sur les berges de l'un des plus beaux lacs de Suisse. Oui, le lac. Celui de Hallwil met tout le monde d’accord, sa beauté et sa paix réconciliant les différences de tons notées dans l’établissement. Il est l'un des seuls lacs un tant soit peu importants de Suisse qu'il est possible de longer à pied sans devoir soit quitter le chemin soit s’éloigner de ses berges. Essayez par exemple avec le lac de Zurich. Ou non, n’essayez pas, vous devrez inévitablement traverser une propriété privée et finirez probablement par atterrir dans le jardin lacustre de Tina Turner, une promenade qui risque

Une piscine, éclairée le soir venu par des lumières de plusieurs couleurs, se niche au coeur du Cocon, à l'architecture unique.

de vous envoyer, menotté et gémissant, derrière les barreaux. Rien de tel ici, dans ce coin paradisiaque argovien. Randonneurs et cyclistes peuvent faire le tour complet du lac pour en admirer la beauté exceptionnelle. Le Seerose Hotel & Spa, justement, est l'un des rares hôtels situé sur les rives du lac de Hallwil, offrant son mélange intéressant d'hébergements répartis dans trois bâtiments. Le premier, baptisé «Elements», est à visée plutôt professionnelle, et chacun de ses étages est dédié à l'un des quatre éléments naturels évoqués par des touches discrètes qui viennent ponctuer le décor; le second, nommé «Classic», propose des chambres aménagées dans un style que l'hôtel appelle «nature chic», avec des tons clairs et des intérieurs agencés avec goût. «Cocon», c’est le nom du troisième bâtiment; de construction récente, fleuron incontestable des trois structures, ce dernier abrite des suites rappelant des maisons de bateaux ainsi que le spa dernier cri. Des maisons de bateaux? Typiques de cette région de la Suisse, ces boat houses s’égrènent tout autour du lac de Hallwil, et étaient utilisées pour maintenir les embarcations à sec durant les mois d'hiver. À l’étage, des parties communes servaient d'espaces de stockage ou de lieu de rassemblements lors des belles journées d'été. Les intérieurs de ces bâtisses offrent à l’œil leurs finitions un peu brutes voire rares, mêlant le bois et le béton de la structure à des touches de métal. Lorsque les architectes chargés de rénover le Seerose Hotel & Spa émirent l’idée de loger le spa dans un SEPTEMBRE 2015

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bâtiment moderne tout en créant un lien visuel entre les chambres et l'esthétique caractéristique du lac, l'enthousiasme de la direction fut immédiat. Les suites spacieuses du bâtiment «Cocon» reflètent donc aujourd'hui le style emblématique de ces maisons de bateaux. Légères et aérées, les chambres aux murs recouverts de panneaux de bois proposent des salles de bain ouvertes qui peuvent se fermer par de jolies persiennes. Les vastes douches façon «walk-in showers» sont équipées de lampes LED dont on peut moduler la couleur selon l'humeur du moment. À l'extérieur, sur les grands balcons avec vue sur le lac ou la nature environnante, une baignoire qui se remplit en trois minutes chrono offre aux clients un instant de relaxation magique, été comme hiver. Mais l'attention ne s'est pas limitée aux chambres. Riche et variée, l'offre gastronomique contribue à plus de la moitié du chiffre d'affaires de l'établissement. Dans le bien-nommé «Cocon», des ingrédients typiques de la région ont été interprétés avec une touche asiatique, non pour livrer une quelconque nourriture «asian-fusion», mais plutôt pour engendrer des plats aux parfums asiatiques, comme le carpaccio de veau de la région servi avec des perles de mangue et un sorbet d'ortie. Dans le restaurant «Seerose», avec sa jolie palette de couleurs naturelles qui compose une ambiance sereine, les hôtes savourent une cuisine franco-suisse en profitant de la vue sur le lac. Une terrasse au soleil, un bar, un lounge, un salon pour fumeurs et une cave à vins primée viennent compléter l'offre luxueuse. Le joyau de l'hôtel est sans conteste le restaurant «Samui-Thai» qui propose ce que de nombreux connaisseurs considèrent comme 210

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une des meilleures expériences thaï du pays. Tous les restaurants changent leur carte quatre fois par an et réalisent une cuisine à base de produits frais et de saison, à l’attention des clients de l'hôtel comme des gastronomes de passage. Le souci du détail est omniprésent, et l'on peut dire que tout le personnel suit l'éthique de la direction à la lettre. En été, près de 150 employés veillent au bien-être des hôtes. Où que le regard porte, force est de constater que le travail est effectué avec amour. Dans cette entreprise familiale, rien n'a été laissé au hasard, pas même le champagne fourni dans le cadre d'un partenariat privé avec un vignoble indépendant de la célèbre région française de Champagne. Pas étonnant donc que l'hôtel ait récemment reçu le prix du «Best Country Resort» aux Senses Awards 2015. Mais revenons aux singuliers rideaux des suites «Cocon». Souvenez-vous, en les apercevant, je m’étais laissé assaillir par le doute... En fait, ces étoffes aux imprimés floraux proviennent de Saint-Gall et sont sensées transposer à l'intérieur de la chambre la nature luxuriante de la campagne environnante. Qui aurait pensé que des rideaux multicolores pourraient aider à faire abstraction de tout, et éveiller en soi une impression de familiarité? C’est bien cela, on vous le disait: l’étrange et le familier. Le proche et le lointain. Le doute suivi du coup de foudre.

www.seerose.ch


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INSIDER INFOS CHECK-IN Le Seerose Resort & Spa est situé directement sur la rive du lac de Hallwil, dans la vallée des lacs du canton d'Argovie, à la frontière du canton de Lucerne. CHAMBRES Suites junior du bâtiment «Cocon» du Seerose pour deux personnes avec vue sur le lac à partir de 240 CHF. ARRIVÉE En voiture: l'hôtel se trouve à la sortie de Meisterschwanden, direction Aesch/Lucerne. Vous pouvez également venir en train; les clients peuvent être accueillis sur demande aux gares de Wohlen ou de Lenzbourg.

TROIS RAISONS DE SORTIR DE SA SUITE COCON-THAI-SPA Une oasis thaïlandaise de bien-être et de sérénité sur 1 000 m². Les prestations s'inspirent des principes séculaires de la médecine thaï traditionnelle et sont exclusivement réalisées par des thérapeutes thaïlandaises. Même l'architecture est unique: d'énormes cocons abritent les différents espaces du sauna et les cabines de soins, dans un environnement unique et luxueux. SAMUI-THAI Nombreux sont ceux qui font le déplacement dans le seul but de dîner dans ce restaurant de spécialités reconnu. Il sert une cuisine thaïlandaise royale dans une atmosphère authentique, et met à disposition son extraordinaire terrasse avec vue sur le lac. Essayez absolument le Panaeng Ped, du canard rôti aux légumes et basilic thaïlandais, accompagné d'une sauce au curry Panaeng et de lait de coco! LAC DE HALLWIL Partez à la découverte des paysages sublimes du lac de Hallwil. Commencez par le bio infinity pool de l'hôtel et la plage du lac, et continuez avec le parc aménagé par Enzo Enea, les nombreux chemins de randonnée autour du lac et le Seerose-Erlenhölzli, un site naturel protégé inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

FOTOS:

www.seerose.ch

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BEX MANNERS:

INSTANBUL

Bex Manners est née et a grandi en Espagne, aux Baléares. Elle a fait ses débuts dans la mode à New York où elle s’est mise à créer les bijoux dont elle rêvait mais qu’elle ne trouvait nulle part. De retour à Londres, elle a lancé sa ligne Bex Rox en 2009. Établie au cœur de Notting Hill, sa marque est célèbre pour ses parures fantaisie de luxe et pour leur design innovant. Bex trouve son inspiration partout dans le monde où elle voyage en quête de culture, de découvertes et de nature. Cette nomade moderne est le guide idéal quand il s’agit de parler coup de cœur et de choisir une destination trépidante.

VOTRE VILLE PRÉFÉRÉE? Istanbul – elle met tous les sens en éveil.

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VOTRE MAGASIN PRÉFÉRÉ? Pour la couleur locale, rien ne vaut le bazar, mais armez-vous d’énergie et de patience. Vous y trouverez des trésors cachés ainsi que de vieux bijoux et de sublimes tissus. Beyazit, İstanbul Tél: +90 212 519 1248

PHOTOS: AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE BEX ROX; GEORGES HOTEL GALATA; DUBLE MEZE BAR; KEIN & ABER VERLAG; BRIAN JEFFERY BEGGERLY

Par SANDRA BAUKNECHT


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UNE VISITE INCONTOURNABLE? Impossible de quitter Istanbul sans aller voir Hagia Sophia, qui a été une église avant d’être une mosquée, époustouflante et poignante. Sultanahmet, Ayasof ya Meydanı, İstanbul Tél: +90 212 522 1750

VOTRE BAR OU NIGHT CLUB PRÉFÉRÉ? Le Mini Bar 17, un tout petit bar avec des DJ super si vous avez envie de danser un peu.

Bex Manners

Nişantaşı › Harbiye Mahallesi, Abdi İpekçi Caddesi, No 17, Şişli, İstanbul

VOTRE RESTAURANT PRÉFÉRÉ? Le Duble Meze sur le toit de l’hôtel Pera, une cuisine palpitante, divine et les meilleurs points de vue de la ville. Asmalı Mescit Mah. Meşrutiyet Cad. Palazzo Donizetti Hotel Üstü Kat:7 No:85, İstanbul Tél: +90 212 244 0188

LE MEILLEUR LIVRE À LIRE EN VACANCES LÀ-BAS? La Bâtarde d’Istanbul par Elif Shafak, l’une des auteures les plus populaires de Turquie. Ce livre mêle passé turbulent et présent complexe, il est magique, plein d’informations et déchirant!

VOTRE PARC PRÉFÉRÉ? Les jardins du palais de Topkapi sont à couper le souffle, avec toutes sortes de fleurs imaginables. Si seulement j’avais ça chez moi!» LE MUST EN ACCESSOIRE? Un petit air turc grâce à mon large bracelet manchette en corne et à franges, super chic et pile dans le ton pour danser à la turque en jouant des poignets.

VOTRE HÔTEL PRÉFÉRÉ? Le Georges Hotel Galata. Un hôtel-boutique dans Galata, chic et confortable avec, sur son toit, l'endroit idéal pour un apéritif au coucher du soleil. Müey yedzade Mh., Serdar ı Ekrem Cd. No:24 Tél: +90 212 244 2423

Sultanahmet, Fatih, İstanbul Tél: +90 212 512 04 80

LA MEILLEURE MUSIQUE POUR CET ENDROIT? Un remix d’Acid Pauli – Jamie Wards et Selda – avec une petite touche ottomane pour vous mettre dans l’ambiance.

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LA NUIT

LA NUIT

L’artiste Allen Jones expose ses œuvres «Inside Out» dans le jardin du Baur au Lac à Zurich.

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LA NUIT

ART IN THE PARK Par SANDRA BAUKNECHT

Jürg et Raquel Marquard.

Mathias Rastorfer, Gigi Kracht, Krystina Gmurzynska, Allen Jones et Andrea Kracht.

PHOTOS: DR; DÖRTE WELTI; SANDRA BAUKNECHT

P

our le 10 e anniversaire de sa traditionnelle manifestation artistique dans le jardin de l’Hôtel Baur au Lac, Gigi Kracht, épouse du propriétaire de l’hôtel, a convié ses invités, juste avant l'Art Basel, à l’exposition hors du commun du célèbre artiste pop art Allen Jones, qui aborde son thème favori à travers les éclatantes sculptures «Inside Out»: le rapport entre homme et femme. À l’occasion de l'ouverture de son exposition, le Britannique de 77 ans a déclaré: «J’aime et vénère les femmes. Dans mon art, je les représente de manière provocante afin de soulever la question de ce qu’est l’art en fin de compte, c’est comme cela que je rends hommage à la femme». L’évènement s’est tenu dans le cadre des 50 ans de la Galerie Gmurzynska.

La rédactrice en chef de L’OFFICIEL Suisse Sandra Bauknecht et Allen Jones.

Allen Jones et Deidre Morrow.

Sandra Bauknecht, Mathias Rastorfer et Gigi Kracht.

Marc et Jaqueline Lelan.

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LA NUIT

15 ANS D’ACTION INNOCENCE P a r D Ö R T E W E LT I

Victoria Silvstedt

Michelle Rodriguez et Mohammed Al Turki.

Marianna Ranalli et Alexandre Monchâtre.

Alina Baikova

Anne Callet, M. et Mme Philippe Leopold-Metzger.

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Hofit Golan, David Wertheimer, Elsa Zylberstein, Victoria Silvstedt et Joëlle Flora Dabbah.

Anne Callet, Valérie Wertheimer (Présidente et Fondatrice, Action Innocence), Catherine Leopold-Metzger et Josette Marianne el Hage-Graas.

Tiziana Bellucci (Directrice Générale, Action Innocence).

PHOTOS: DR

C

ela fa it 15 a ns qu’ Act ion Innocence s’investit pour le maintien de la dignité et de l’intégrité des enfants sur Internet. L’organisation informe, sensibilise, se bat contre la pédopornographie sur la Toile et mène diverses recherches et études sur la situation. Un gala est organisé chaque année afin d’attirer l’attention sur les campagnes de prévention et générer des dons. Gala qui cette année s’est tenu à Genève à l’Hôtel Inter Continental avec le soutien de la banque J. Safra Sarasin et d’Allied Wallet. Une somptueuse vente aux enchères, par exemple de boucles d’oreilles Chanel, d’une montre Chopard, d’un collier Piaget et de boucles d’oreilles De Grisogono, entre autres lots luxueux, et la recette de la soirée ont recueilli la somme fantastique de 2,2 millions de CHF en dons.


BUCHERER CANDY COLOURS PARTY

LA NUIT Anna Zalewski (à droite), Jörg Baumann.

P a r D Ö R T E W E LT I

Luisa Rossi

PHOTOS: DR

Q

uelle divine idée! Choisir le jardin de l’hôtel Baur au Lac pour servir d’écrin à la Candy Colours Party organisée par Bucherer ainsi qu’à toute une collection de pierres précieuses de couleur. Par cette chaude soirée d’été, le célèbre joaillier a emballé les quelque 200 invités avec de délicieux rafraîchissements, des numéros d’artistes et un orchestre, sans oublier les pièces de joaillerie de sa dernière collection développée dans une gamme de tons pastel. C’est regroupées par couleurs que Bucherer a présenté ses créations, histoire de prendre à témoin les visiteurs de l’inépuisable variété de pierres précieuses que nous offre la nature. Multicolores, les bijoux rivalisaient ainsi de splendeur avec le soleil, et déployaient aux yeux de tous la magie mystérieuse de leurs gemmes sans égale.

Live show pour pierres précieuses aux tons pastel.

Isabelle Florido

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LA NUIT

TIFFANY & CO. Á GENÈVE. Par SANDRA BAUKNECHT

Gitta Gräfin Lambsdorff, Antoine Barde, Frédéric Cumenal et Florence Rollet.

À

l’occasion de l’ouverture de la nouvelle boutique Tiffany située dans la prestigieuse rue du Rhône, Frédéric Cumenal (CEO Tiffany & Co.) et Gitta Gräfin Lambsdorff (Managing Director Tiffany & Co. Allemagne/Autriche/Suisse) ont convié plus de 600 invités du monde entier. La star de la soirée était le célèbre Tiffany Diamond, que seul un évènement d’exception peut faire quitter New York. Très remarquée également, l’installation lumineuse inondant de bleu Tiffany le jet d’eau du lac. 218

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Vue de la tente de gala au bord du lac avec une magnifique boîte de Tiffany & Co. à l'entrée.


LA NUIT

Frédéric Cumenal (CEO Tiffany & Co.), Gitta Gräfin Lambsdorff, Paloma Picasso Thévenet et Dr. Thévenet.

Satya Oblette et Julia Tholstrup.

Mannequins, Florence Rollet, Frédéric Cumenal, Gitta Gräfin Lambsdorff, Sandra Bauknecht (rédactrice en chef L’OFFICIEL Suisse). Mannequins portant des bijoux Tiffany & Co.

Dr. Thévenet, Paloma Picasso Thévenet et Frédéric Cumenal.

PHOTOS: DR; SANDRA BAUKNECHT

Sandra Bauknecht

Chez Taylor-Francis avec DJ Mike.

Paloma Picasso Thévenet et Dr. Thévenet .

DJ Viky Queen

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LA NUIT

DIVINE SOIRÉE DE GRISOGONO À CANNES Par SANDRA BAUKNECHT

L’

Fawaz Gruosi avec ses modèles.

Chanel Iman

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Peter Bakker et Natasha Poly.

PHOTOS: DR; SANDRA BAUKNECHT

une des soirées les plus branchées du Festival de Cannes est bien celle de De Grisogono. Robes sublimes, bijoux extraordinaires et célébrités d’Hollywood les plus en vogue investissent chaque année le célèbre Hôtel du Cap-Eden-Roc où se déroule cet évènement extraordinaire. Natalie Portman, Cara Delevingne, Mary J. Blige et bien d’autres encore avaient répondu à l’invitation de Fawaz Gruosi, fondateur et directeur artistique, qui n’a pas hésité à projeter ses incroyables créations sur la façade de l’hôtel.


LA NUIT

Fawaz Gruosi et Natalie Portman.

Karlie Kloss Izabel Goulart

Sandra Bauknecht, Magdalena Gabriel, Valentina Nessi et Erica Pelosini.

Fawaz Gruosi, Adrien Brody et Lara Lieto.

Derek Blasberg, Joan Smalls, Benicio Del Toro et Vivi Nevo. Cara Delevine et Fawaz Gruosi.

Paris Hilton

Nicole Kempel et Antonio Banderas.

Hilaria Baldwin

Sandra Bauknecht et Florence Jacquinot.

Cara Delevingne, St. Vincent et Mary J. Blige.

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SAVIEZ-VOUS

LE SAVIEZ-VOUS…

FAÇONNABLE

La marque française retrouve sa dynamique, multiplie ses boutiques et électrise ses collections. Toujours illuminées par la lumière unique de la French Riviera! Reportage en 5 images. P a r P AT R I C K C A B A S S E T

ACCESSOIRES Les accessoires de la collection Automne/Hiver 2015 captent le regard par leurs finitions et la noblesse de leurs cuirs travaillés à la main.

COLLECTION FÉMININE La première collection féminine a été lancée en 2014 par Daniel Kearns et a séduit le monde de la mode en appariant tenues du soir et vestes bomber. En 2015, la collection puise son inspiration dans la French Riviera et répond à la question: que porter sous quel climat et par quel temps? Elle propose un riche éventail de tenues parfaites pour fréquenter les stations balnéaires de la Méditerranée ou les glaciales stations de ski.

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PANORAMA Fondée en 1950 rue Paradis, à Nice, la marque du maîtretailleur Jean Goldberg poursuit sa quête des valeurs classiques du futur. Additionnant tradition, savoir-faire et audace réfléchie, elle valorise les vestiaires masculins et les garde-robes féminines racées. Les paysages paradisiaques de la Côte d’Azur restent principale source d’inspiration. Comme le rappelle son nouveau logo, souligné d’un «French Riviera» évocateur. Façonnable, Aéroport de Genève www.faconnable.com

CAPSULE SPORTIVE Partenaire du tournoi de tennis de Monte-Carlo depuis 2007, Façonnable en habille les officiels, les hôtesses et les arbitres. Une ligne capsule colorée et composée d’une dizaine de produits sport chic est née de ces uniformes. Reconnaissable à son écusson MCCC, pour Monte-Carlo Country Club, elle est proposée en édition limitée dans les boutiques Façonnable et sur le site.

PHOTOS: DR

LE DIRECTEUR ARTISTIQUE Diplômé du Royal College of Art de Londres en 2000, l’Irlandais Daniel Kearns a fait ses premières armes auprès de John Galliano. Alexander McQueen le recrute ensuite pour diriger son studio homme. Suivront les lignes outerwear de Louis Vuitton, les collections masculines de Saint Laurent (période Stefano Pilati) et Ermenegildo Zegna. Depuis un an, il réinterprète l’héritage Façonnable pour un luxe intemporel, mesuré et original.


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