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MAGAZINE MARS 2018 2014 -5€ 5€ MAGAZINE N°43 - MARS

Les villes tapent

dans la caisse FORMATION PRO ET APPRENTISSAGE

Révolution ou transformation ?


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Point de vue

Lessives de printemps e printemps a toujours été propice aux grandes lessives. Le gouvernement donne le tempo en lançant de front plusieurs grands chantiers de mutations économiques et sociales. Dans le lot figure une énième réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage dont nous présentons les options principales dans cette édition. L’affaire n’avait pourtant pas bien débuté. Sur le volet spécifique de l’apprentissage, les branches professionnelles et les Régions ont commencé à se disputer le leadership et le magot… Une fois l’armistice signé, les discussions ont repris dans une ambiance plus apaisée, les protagonistes convenant que les souplesses de bon sens qui sont envisagées, notamment celles relatives au statut de l’apprenti et au fonctionnement des CFA, s’inscrivent dans le sens de l’histoire. La réforme de la formation pro a également failli manquer sa cible. La ministre du Travail Muriel Pénicaud avait laissé le soin aux partenaires sociaux d’ébaucher le texte, qui sera soumis aux parlementaires le mois prochain, en même temps que les dispositions relatives à l’ap-

L

prentissage. Au vu du contenu de l’accord qui lui a été présenté, l’ancienne DRH du groupe Danone a été contrainte de reprendre la main. Soucieuses de préserver leurs prébendes, les organisations patronales et syndicales s’étaient naturellement accordées sur un nettoyage cosmétique qui ne modifiait qu’à la marge le coûteux capharnaüm tenant lieu actuellement de système de formation. La ministre a renversé la table : qui vivra verra ! Dans le domaine de l’occupation de l’espace public, c’est aussi l’heure de la grande lessive, mais aux frais des propriétaires de voitures particulières. Initiée par un amendement – l’appellation est de circonstance ! – du sénateur d’Indreet-Loire Jean-Jacques Filleul, la réforme du stationnement a offert une grande latitude aux villes dans la fixation de leurs tarifs. Résultat, certaines d’entre elles, comme à Tours, ont immédiatement choisi de rançonner les automobilistes avant de se raviser. Attention au feu rouge ! À deux ans des municipales, il n’est pas recommandé de (trop) taper dans la caisse.

avattier Jean−Christophe S


10-19

www.lettrevalloire.com Ce magazine est un hors-série de La Lettre Valloire, bimensuel d’information politique et économique en région Centre. Édité par MCM Presse SAS au capital de 100 000 € RCS Tours B 450 613 591 Siège social : 14, boulevard Heurteloup à Tours Adresse postale : BP 92031 37020 Tours Cedex 1 02 47 70 60 00 contact@lettrevalloire.com Rédaction : François-Xavier Beuzon (rédacteur en chef) Jean-Christophe Savattier (rédacteur en chef adjoint) Aurélie Vouteau (édition) Ont participé à ce numéro : Serge Daniel Mathieu Letierce Alexia Mellier Stéphane Messer Jean-Luc Vezon Bruno Villeneuve

Points Chauds 6-7

En bref L’actualité du trimestre en bref.

8-9

Les défis des Blésois Le tandem PS Gricourt-Degruelle, aux affaires depuis 2008, essaie de redynamiser le commerce de centre-ville et le foncier d’entreprises de Blois.

10-13

À LA UNE Les villes tapent dans la caisse Les villes ont désormais la maîtrise de leurs tarifs de stationnement. À deux ans des prochaines échéances municipales, il est préférable de ménager le citoyen-usager et de bien expliquer le sens de la réforme. Ceux qui voudraient l’ignorer risqueraient fort de payer une amende post-électorale.

14-16

Le maire de Tours fait amende honorable Tours s’est pris les pieds dans ses nouveaux horodateurs et a suspendu sa réforme du stationnement au bout de deux semaines.

Maquette : Régis Beaune Publicité : AN Média (Aline Noirot) 07 78 25 26 87 Diffusion : Nadine Gomès Crédits photographiques : Cyril Chigot : Une, 10, 11, 12, 32 DR : 8, 9, 13, 14, 15, 16, 19, 22, 23, 25, 26, 27, 28, 34, 36, 40, 41, 44, 45, 46, 48, 49, 50 Serge Daniel : 18, 42 Bruno Villeneuve : 20, 38, 39, 47 Impression : Imprimerie Vincent, Tours (37) Informations légales : Abonnement annuel 2018 (23 numéros + magazines hors-séries) : 380 € Abonnement électronique avec édition bihebdomadaire : 480 € Prix de ce numéro : 5 € CPPAP : 0121 I 85872 ISSN : 1246-4333 Dépôt légal : mars 2018

18-19

Dans le Berry, la réforme passe en douceur Adhésion à Châteauroux et à Bourges, où la réforme du stationnement est passée en douceur auprès des habitants des deux villes berrichonnes.

20

L’opération séduction du maire d’Orléans Face aux décideurs économiques, le maire d’Orléans développe une stratégie de séduction pour les convaincre de porter à ses côtés le projet métropolitain.

22-23

La LGV POCL abandonnée au profit du POLT Le Conseil d’orientation des infrastructures a repoussé le projet de LGV Paris-OrléansClermont-Ferrand-Lyon (POCL) aux calendes grecques.

23

Fausse alerte pour les petites lignes Le gouvernement ne suivra pas, pour le moment, les conclusions du rapport Spinetta.

24-25

Toute la région sera à très haut débit en 2022 Les travaux d’installation de la fibre optique ont commencé.

Directeur de la publication : François-Xavier Beuzon

MCM presse 4 La Lettre Valloire - Mars 2018


26-38

Sommaire

MARS 2018

32-35

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Économie 26-29

30

La réforme de l’apprentissage accouche dans la douleur La réforme de l’apprentissage a pris d’emblée un tour polémique avec l’affrontement des branches professionnelles et des Régions autour des questions de gouvernance.

45

Les projets de SKF à St-Cyr-sur-Loire Le leader mondial du roulement à billes SKF a investi 30 M€ sur son site de St-Cyr-sur-Loire en trois ans. Prochaine étape ?

46

Gérard Bobier : « Le projet de réforme contient déjà de belles avancées » Les sujets du financement et de la gouvernance du texte de loi en gestation restent pendants.

2019, année de la Renaissance en Val de Loire L’année prochaine sera celle des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci.

46

Les CFA orléanais oscillent entre crainte et espoir Faute de vision sur la future loi formation, les directeurs orléanais d’établissements s’interrogent.

La Caisse d’Épargne soutient le patrimoine vivant La banque régionale abonde un fonds créé par l’ancien ministre Renaud Dutreil.

47

Orléans recycle sa vinaigrerie en centre d’art L’imposant bâtiment industriel du centre ancien d’Orléans va devenir une « fabrique pour les arts plastiques et visuels ».

48

Citévolia sort de terre Les établissements consulaires rejoindront dans un an le bâtiment d’Interives.

49

Les chantiers Les chantiers régionaux en prévision.

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Le carnet

« Nul n’est inemployable » Venue à Orléans le 12 mars, la ministre du Travail a justifié les réformes de l’apprentissage et de la formation pro.

La « trans-formation » est en marche Big-bang pour les syndicats, simple « transformation » pour la ministre Pénicaud, la formation professionnelle sortira, de toute évidence, totalement chamboulée de la réforme.

Anthony Fumard : « Le CEP est un outil essentiel de la formation professionnelle » En 2017, environ 2 000 CEP ont été accompagnés en région Centre-Val de Loire par l’association pour l’emploi des cadres.

40-41

En bref L’actualité du trimestre en bref.

42-43

ASB déborde d’énergie Basée à Bourges, ASB développe dans la discrétion son activité de très haute technologie.

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Les affaires reprennent chez Fenwal à Lacs Frappée par un plan social en 2014, l’usine Fenwal de Lacs (36) repart de l’avant grâce à un providentiel contrat de sous-traitance et l’apport de la société Azur-Med.

Nos Infos Services 45

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Points Chauds

En bref

LES AFFINITÉS DU MAIRE D’ORLÉANS Alors qu’on s’interroge ferme, à Orléans, sur la personnalité de celles et ceux qui lui disputeront la mairie dans deux ans, le maire en place Olivier Carré travaille ses compagnonnages. Cet élu, qui se dit « ouvert aux majorités d’idées et de projets » après avoir quitté Les Républicains en juin 2017, ne cherchera pas forcément l’investiture de La République en Marche lors des prochaines municipales. « Si les dirigeants de LREM ont envie de faire une liste, ils la feront. Mais attention, Orléans est une ville qui aime les équilibres », prévient-il. En n’oubliant pas d’ajouter que « tout le monde sait que j’ai des affinités avec le président de la République, que j’apprécie. Le Premier ministre est lui plutôt un copain avec qui j’ai travaillé… » Dans son entourage, on indique que le maire-président de la capitale régionale va scruter avec beaucoup d’attention les résultats des Européennes de 2019 avant de franchir, ou pas, le Rubicon.

HÔPITAL, SILENCE La directrice de l’hôpital de Tours s’est fendue, le 15 janvier, d’une note de service – qui n’a pas échappé au Canard enchaîné dans son édition du 7 février – enjoignant le personnel « à éviter toute manifestation d’opinion de nature à porter atteinte aux supérieurs hiérarchiques et à dévaloriser l’institution ». En clair, il s’agit d’éviter que les agents hospitaliers se répandent dans la presse locale sur les dysfonctionnements des services d’urgence ! La plume malicieuse du palmipède relève aussi avec délice l’avertissement adressé aux syndicalistes : ceux qui « excédent la vivacité de ton pouvant être admise » (sic) risquent, en effet, de faire l’objet « d’une sanction

disciplinaire ». Et Le Canard enchaîné de s’interroger : « Les crises d’autorité des chefs, ça se soigne ? »

SUJET MAJEUR Éric Doligé, alors président du conseil général du Loiret, s’en était ému en son temps. À son tour, le président du conseil départemental d’Indre-etLoire Jean-Gérard Paumier

intercommunalités. Ce montant a plus que triplé en un an et le nombre de bénéficiaires a doublé, passant de 269 à 553. C’est « le sujet le plus difficile qu’ont à gérer les services de l’État et les Départements», poursuit l’élu qui suggère que l’État devienne compétent pour « la mise à l’abri » des MNA, tâche qui serait confiée aux préfectures, tandis que les Départements resteraient en charge de l’évaluation des MNA et leur accompagnement social et sanitaire.

LA BATAILLE DES AILES tire la sonnette d’alarme : en 2017, le coût de la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA) étrangers a atteint 11,9 M€, c’est-à-dire autant que l’aide à l’investissement consacrée par le Département aux communes et aux

Alors que l’aéroport de Tours-St-Symphorien, qui cherche à attirer d’autres compagnies sur son tarmac, doit dévoiler au printemps l’ouverture de nouvelles liaisons aériennes, Châteauroux s’est adossée à IGavion, la filiale française de la

compagnie low cost polonaise Sky Taxi, pour proposer dès la fin avril des vols sur un Saab 340 à hélice de 33 places vers Lyon (4 vols par semaine) et Toulouse (3 vols par semaine), également vers Londres (2 vols par semaine) et Biarritz durant l’été, qui complètent une desserte existante vers Nice. Les Polonais, qui réclament 800 000 € à l’aéroport de Châteauroux, ont déjà jeté l’éponge courant 2016 à Dole, dans le Jura, et à Angers, où la communauté d’agglomération a décidé de stopper le 31 décembre 2016 l’exploitation des lignes régulières.

DÉRIVE Maurice Leroy, le député centriste de la 3e circonscription de Loir-etCher, rappelle que François Hollande estimait à 10 Md€ l’économie générée par la fusion des Régions françaises. Las ! C’est, en fait, un surcoût de 40 M€ qui a été pointé par la Cour des comptes dans sa dernière livraison. La faute en revient à l’harmonisation des conditions de travail et l’alignement par le haut des régimes indemnitaires. Réforme mal préparée, gabegie assurée…

De Claude Térouinard, président du conseil départemental de l’Eure-et-Loir, lors de sa cérémonie des vœux, en présence du député de Châteaudun Philippe Vigier, supporter du projet de gare TGV à Arrou : « Je crois à la réalisation d’une gare TGV à Arrou comme je crois en Dieu ». De Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher, qui regrette la division au sein de l’UDI : « Le jour où on arrêtera de faire comme les écolos – ils sont trois, ils font quatre courants – on pèsera davantage ».

6 La Lettre Valloire - Mars 2018


Après la démission en bloc des conseillers municipaux de La Membrolle-sur-Choisille (3 200 habitants), qui s’est soldée le 29 janvier par la réélection au 1er tour du maire contesté, une autre commune de l’agglomération tourangelle, Monts (7 700 habitants), vit la même crise. La maire Valérie Guillermic a refusé de démissionner, faisant fi de la demande, lue en conseil municipal le 28 février, de 17 des 23 élus de sa propre majorité ; ces derniers ont démissionné deux jours plus tard, ce qui provoquera des élections partielles dans les trois mois. Idem à l’Île-Bouchard (1 600 habitants), dans le Chinonais, où la maire Valérie Bouchaud, élue pour un premier mandat en 2014, repart aux urnes après la démission de plusieurs conseillers municipaux. À Chanceaux-sur-Choisille (3 500 habitants), autre commune membre de Tours Métropole, on est allé encore plus loin : le maire Patrick Delétang et son premier adjoint Gérard Daviet en sont venus aux mains. Le second a fini aux urgences de la clinique de l’Alliance..

MALAISE DE MAIRES...

... ET MAL DE MAIRE L’ex-député socialiste du Cher Yann Galut quitte le bureau national du PS, en plein roulis. Il sera remplacé par Arthur Delaporte, secrétaire général de la Fabrique socialiste et membre de la commission de la réforme des statuts. Si l’avocat berruyer, soudain pris du mal de mer, veut prendre du recul vis-à-vis d’une formation politique en pleine tempête, il n’entend pas jeter l’éponge sur la scène

CHIFFRE

DU TRIMESTRE

2 578 592

arrondissement. Appelant au rassemblement de sa famille politique (« On peut se déchirer parfois comme des chiens, mais on a l’obligation de toujours chasser en meute »), l’ancien président de la République a décliné l’invitation qui lui était lancée de participer au débat politique à droite : « Moi j’ai une autre vie maintenant. On n’attend pas de moi que je mette les mains dans les histoires du parti. »

DISPARUE

Condamnée en appel à quatre ans de prison, dont trois fermes, et à plusieurs dizaines de milliers d’euros d’amende et d’indemnités diverses dans l’affaire dite « des mariages chinois », Lise Han s’est pourvue en cassation. Mais personne

C’était le nombre d’habitants de la région Centre-Val de Loire au 1er janvier 2015. C’est ce que nous a triomphalement annoncé l’Insee dans son édition du mois de décembre 2017. Quant aux curieux qui souhaiteraient connaître le nombre de leurs concitoyens régionaux au 1er janvier dernier, ils sont priés d’attendre le mois de décembre 2020. Festina lente, oh Insee !

locale où il souhaite « s’investir pleinement ». Un investissement qui pourrait se traduire par une candidature aux prochaines municipales à Bourges. Après avoir longuement pesé le pour et le contre, il avait finalement renoncé à se présenter en 2014, laissant Irène Félix en

découdre avec l’actuel maire UDI Pascal Blanc.

GIL AVÉROUS A RÉGALÉ Le maire de Châteauroux Gil Avérous a invité Nicolas Sarkozy et une quinzaine de parlementaires et d’élus des Républicains à déjeuner, mardi 23 janvier, dans un restaurant du 8e

ne semble aujourd’hui savoir où se trouve la principale accusée de cette ténébreuse affaire qui a entraîné le suicide de l’ancien maire de Tours Jean Germain. Ses anciens avocats pensent qu’elle vit toujours en France, probablement en région parisienne.

De François Cormier-Bouligeon, député LREM du Cher, à propos du tweet du député socialiste Luc Carvounas sur la réforme de la SNCF, accusant le gouvernement de « s’attaquer à nos acquis » : « Notre collègue Carvounas nous apprend grâce à ce « nos » qu’il est cheminot. Décidément, le PS n’en a pas fini de dérailler. » De Guillaume Peltier, député de Loir-et-Cher, à la propos de la fermeture de classes dans les zones rurales : « Déshabiller la campagne pour habiller un peu mieux la grande ville est une faute. »

La Lettre Valloire - Mars 2018 7


Points Chauds

Politique

Les défis des Blésois Équidistantes des métropoles tourangelle et orléanaise, Blois et son agglomération peuvent s’enorgueillir d’une notoriété touristique mondiale et d’un taux de chômage faible. Mais le commerce de centre-ville s’essouffle et le foncier d’entreprises se raréfie. Un défi pour le tandem PS GricourtDegruelle, aux affaires depuis 2008.

V

ille royale, Blois ne manque pas de notoriété. D'ailleurs, 310 000 touristes ont visité son château en 2017. Après la période faste impulsée par le ministre-maire Jack Lang, la ville centre de cette agglomération de près de 110 000 habitants est retombée dans l’anonymat. Elle doit aujourd'hui reconstruire son image pour imposer le leadership d'une cité assoupie qui a perdu près de 4 000 habitants depuis le début du troisième millénaire. « Ces habitants sont restés sur le territoire de l’agglomération. Blois relève la tête et veut être la porte d’entrée du Val de Loire. L'aménagement Cœur de Ville Loire (ACVL) va redynamiser le centre-ville. Le développement de l’attractivité et du commerce de proximité sont priori-

Marc Gricourt, maire de Blois

8 La Lettre Valloire - Mars 2018

taires avec par exemple le recrutement d'une manageuse du commerce », souligne Marc Gricourt, maire PS depuis 2008, en avançant les chiffres consacrés à cette requalification urbaine débutée en 2015. S’il est

central Porte Côté-Denis Papin », assure Marc Gricourt. Mais le projet, dont le permis de construire va être déposé, ne fait pas l’unanimité. « La ville ferait mieux de se tourner vers la Loire, l’élément

“ UNE NOUVELLE SORTIE À 20 MINUTES DE TOURS EST UN AMÉNAGEMENT CAPITAL POUR L’AVENIR

loin d'effacer la vacance commerciale de 11 %, l’ACVL et ses 10,4 M€ d’investissement apparaissent comme un atout pour la ville. « L'aménagement est réussi mais doit s'accompagner d'un projet pour le centre-ville en mobilisant les crédits de l'Etat. Trois ans de travaux ont lourdement impacté les chiffres d’affaires, il est temps de réagir », constate Philippe Bahu, président de l'association des commerçants de BloisVienne. En ligne de mire, l’accès au centre-ville, très compliqué pour les automobilistes : « Les consommateurs privilégient les centres commerciaux périphériques et leurs parkings gratuits », insiste le représentant de commerçants. La revitalisation du cœur de ville est un enjeu majeur pour une cité aux ambitions touristiques affichées. Un projet de centre commercial à ciel ouvert de 7 000 m², au chevet de l’église Saint-Vincent, face au château, est dans les cartons. Son objectif : augmenter l'offre en implantant 26 boutiques et une halle maraîchère. « Nous allons élargir le centre-ville avec une continuité entre la gare et l’axe

d’attractivité de la ville », juge Yvan Saumet, le président de la chambre de commerce et d’industrie. Pas sûr donc que la conférence citoyenne mise en place par la municipalité suffise à convaincre. Sensible, la question des quartiers nord et de ses 10 700 habitants, qui représente près du quart de la population blésoise, fait débat. Chômage et pauvreté y sont ancrés en dépit des 243 M€ injectés par la politique de la ville depuis 2002. Selon un rapport de l’Observatoire de l’économie et des territoires, le taux de pauvreté y atteint près de 25 %, 10 points au-dessus de la moyenne nationale. Alimentée par les trafics, la délinquance reste vivace et le volcan de la fracture territoriale toujours prêt à exploser, comme l’ont illustré les violences dans les quartier Coty et Quinière. Conscient des difficultés sociales de la ville, Marc Gricourt a fait du développement économique une priorité. Les friches industrielles de Quebecor ou de la Franciade ont été réhabilitées ou sont en passe de l’être : « Malgré quelques fermetures d’usines et plusieurs PSE, Blois a bien résisté


économiquement avec des secteurs porteurs comme la pharmacie, la mécanique ou le tertiaire », souligne le maire, inquiet toutefois sur l’avenir du site de production de Delphi, le premier employeur privé du département. Vaisseau amiral d'Agglopolys, la salle du Jeu de Paume exhibe ses lignes futuristes au cœur du nouvel écoquartier Laplace. D'un coût de 25 M€, elle fait l’unanimité et accueille aujourd'hui l’équipe de basket de l'Abeille des Aydes (ADA), qui évolue comme Orléans Loiret Basket en ProB, deuxième niveau national, et des manifestations commerciales ou culturelles. « C'est le symbole de l'attractivité de

rêvée par l'ancien dircab de Jack Lang est loin d'avoir la taille critique. « Notre ambition est d'élargir le territoire en créant une agglomération couvrant tout l’axe ligérien », espère Christophe Degruelle en ajoutant que « les futurs élus auront à répondre de cet enjeu après les élections de 2020 ». Illustration du travail en commun, le nouveau Pays, élargi nord-est avec l’adjonction de la communauté de communes Beauce Val de Loire et ses 20 000 habitants, veut être la préfiguration de cette volonté. Sans avoir subi de lourdes restructurations, le territoire affiche un dynamisme économique raisonnable, loin de l’essor constaté à Contres ou à Mer.

Christophe Degruelle, président d’Agglopolys

notre agglomération de 43 communes, met en avant son président Christophe Degruelle. À seulement 17 km de Chambord, avec ses châteaux de Blois et Chaumont et ses milliers de touristes à vélo, Agglopolys est au cœur d'une zone touristique classée au patrimoine mondial. » Pour accompagner le développement touristique, l’élu s'appuie sur le Pays des Châteaux, qu’il préside depuis 2014, et son bras armé l’Office de tourisme intercommunautaire Blois-Chambord. Mais si la destination Blois-Chambord a franchi en 2017 la barre du million de nuitées, la “métropole jardin”

Le taux de chômage est inférieur aux moyennes nationales et régionales, tiré par quelques locomotives comme Humanis ou Worldline. Une pépinière numérique (le Lab) a vu le jour en 2016 au cœur de la ZUP Nord tandis que la friche Cino del Duca va reprendre vie avec un programme d'immobilier commercial. Mais l'attractivité reste à parfaire. Engorgement des axes de circulation, spécialisation sectorielle insuffisante des PME, pénurie de main d’œuvre qualifiée, le territoire n'a pas que des atouts. Surtout, l'agglomération connaît un développement écono-

mique hyper-concentré au nordouest, à proximité de l’unique sortie autoroutière. « Si l’agglomération a pu traverser la crise sans casse grâce à son tissu diversifié, elle a besoin d’une vraie stratégie de développement économique pour retrouver un leadership. Agglopolys doit la définir en partenariat avec les entreprises. Avec le Jeu de Paume, nous avons un bel outil d’attractivité mais il faut donner aux entreprises la possibilité de s’implanter avec un deuxième accès autoroutier », analyse Paul Seignolle, président du Medef 41. Même constat pour le président (LR) du conseil départemental Nicolas Perruchot : « Une nouvelle sortie à 20 minutes de Tours est un aménagement capital pour l’avenir », clame-t-il. Militant de la première heure de cet équipement, Yvan Saumet dresse le constat que « le parc A 10 arrive à saturation, tandis que notre territoire est le seul en région à ne pas avoir deux sorties ». Il est urgent, souligne-t-il, « d’offrir un autre accès aux entreprises voulant s’installer. » Mais les arguments avancés, qui concernent à la fois les créations d’emplois mais aussi les retombées fiscales, suffiront-ils à convaincre des élus blésois, Marc Gricourt en tête, préoccupés par l’impact écologique d’un nouvel échangeur ? Face à la montée en puissance des deux métropoles ligériennes, l’agglomération blésoise peut-elle se passer d’un tel outil pour développer son économie et son tourisme ?

La salle du Jeu de Paume fait face au nouvel éco-quartier, avenue de Châteaudun à Blois.

Jean-Luc Vezon

La Lettre Valloire - Mars 2018 9


Points Chauds

Stationnement

Les villes tapent dans Les villes ont désormais la maîtrise de leurs tarifs de stationnement. Depuis le 1er janvier, les automobilistes ayant dépassé l’horaire doivent acquitter une redevance qui varie entre 15 et 60 €. Baptisée « forfait post-stationnement », celle-ci remplace l’amende fixe de 17 € imposée jusqu’alors par l’État. Pavée de bonnes intentions, la réforme initiée il y a quatre ans à la suite d’un amendement du sénateur d’Indre-et-Loire JeanJacques Filleul risque fort de se transformer en enfer pour les contrevenants négligents... et les maires qui appliqueraient le texte avec trop de rigueur. À deux ans des prochaines échéances municipales, il est préférable de ménager le citoyen-usager et de bien expliquer le sens de la réforme. Ceux qui voudraient l’ignorer risqueraient fort de payer une amende post-électorale. 10 La Lettre Valloire - Mars 2018


la caisse P

romulgué en janvier 2014 avec la loi Maptam, l’article 63 relatif à la dépénalisation du stationnement payant des véhicules sur la voie publique est entré en application le 1er janvier dernier. Soit deux ans après la date prévue. La cause de ce retard ? Des difficultés techniques d’application insuffisamment préparées. « L’Antai (agence nationale de traitement automatisé des infractions, NDLR) n’était pas prête à cette nouvelle organisation », explique Jean-Jacques Filleul, sénateur d’Indre-et-Loire jusqu’au mois de septembre dernier et auteur de l’amendement à l’origine du fameux article.

Depuis une quinzaine d’années, le législateur réfléchit à décentraliser la gestion du stationnement des véhicules sur voirie pour permettre aux

Jacques Filleul. Après un premier amendement, le gouvernement (Ayrault, NDLR) a demandé une étude qui s’est avérée défavorable. J’ai

“ LE GART TABLE SUR UN DOUBLEMENT DES RECETTES DE STATIONNEMENT SUR VOIRIE D’ICI À QUELQUES ANNÉES collectivités de mettre en œuvre « un véritable service public de la mobilité ». Dès 2003, le député du Rhône Christian Philip avait, en effet, rédigé un rapport dans ce sens. Mais son amendement avait été retiré à la demande du gouvernement Raffarin. « Il m’a fallu batailler, se souvient Jean-

alors rencontré l’ensemble des représentants de l’administration avant de présenter une nouvelle version de mon texte. Il est passé en 1ère lecture au Sénat, puis en 2e lecture à l’Assemblée nationale, avec l’accord de tous et en dépit des réticences du Conseil d’État. » La Lettre Valloire - Mars 2018 11


Points Chauds

Stationnement renforcer la signalisation routière. Les élus des grands centres urbains espèrent aussi que la réforme aura un effet sur la pollution de l’air ; on estime qu’à Paris, 20 % du trafic auto-

plus de deux ans. C’est la société suédoise Cale qui a remporté le marché ; elle a été rachetée depuis par le leader mondial Parkeon. À l’inverse du Mans, ou de Tours, la ca-

“ ORLÉANS A DÉCIDÉ DE MAINTENIR SA CONFIANCE À SES EMPLOYÉS MUNICIPAUX, LA DOUZAINE D’ASVP QUI DRESSENT LES PV

En 2016, Orléans a étendu la zone payante aux mails.

Cette « mini-révolution », comme la qualifie l’ancien sénateur-maire de Montlouis-sur-Loire, a privé l’État d’un pactole de quelque 500 M€, selon l’estimation du groupement des autorités responsables des transports (Gart) ; une somme qui ne revenait que partiellement dans l’escarcelle des collectivités territoriales. Désormais, aux termes de la loi, ces dernières ont l’entière liberté de fixer leurs propres tarifs de redevance d’occupation du domaine public et d’en affecter le produit à leurs propres besoins. Le Gart, toujours, table sur un doublement des recettes d’ici à quelques années ; elles permettront aux villes de fluidifier la circulation et de récupérer de l’espace public pour l’affecter à d’autres modes de déplacement urbain, comme les voies réservées aux transports en commun ou les pistes cyclables, mais aussi de créer des parcs de stationnement ou de

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mobile intra-muros est lié à la recherche de places de stationnement. Décentralisation oblige, la loi n’a pas été appliquée de la même façon partout, comme on pourra le constater à la lecture des pages qui suivent. À Orléans, la municipalité d’Olivier Carré a largement anticipé la date du 1er janvier 2018. « Dès l’année dernière, nous étions prêts, assure JeanLuc Poisson, adjoint au maire en charge du stationnement. Historiquement, seule une partie de l’intramail (la partie comprise entre la Loire et les boulevards qui ceinturent le centre-ville, NDLR) était payante. En 2016, nous avons étendu la zone payante aux mails et au reste de l’intra-mail. De 1 300 places payantes, nous sommes passés à 3 000. » Les horodateurs ont été changés il y a un peu

pitale régionale a choisi la modération tarifaire, à l’instar d’autres métropoles, comme Marseille, Lille ou Nancy. En zone orange, qui correspond à l’hyper-centre, le forfait post-stationnement (FPS) s’applique au delà de 2 h mais reste à 17 €, soit le montant de l’amende qui prévalait avant la réforme. En zone verte et sur les boulevards constituant les mails (Jean-Jaurès, Rocheplatte, Verdun, Alexandre-Martin, Pierre-Segelle), on peut stationner jusqu’à 4 h (et pour 8 €) avant d’atteindre la limite de durée de stationnement. Outre la possibilité de régler ou de renouveler son ticket de stationnement grâce à l’appli pour smartphone PayByPhone, ce que font aussi la plupart des autres villes parfois avec un autre

Une nouvelle juridiction pour contester les FPS Si l’Antai, basée à Rennes, conserve la majeure partie du traitement et de l’encaissement des infractions au stationnement – au côté de sociétés privées auxquelles les villes ont la possibilité de confier cette tâche –, les contestations des FPS sont désormais traitées par une nouvelle juridiction administrative, installée également le 1er janvier : la Commission du contentieux du stationnement payant (CCSP). C’est à Limoges, dans une partie des anciennes casernes Beaublanc, que les 80 agents – ils seront 100 au mois de septembre – de la CCSP sont chargés d’instruire les dossiers des plaignants ; ceuxci auront dû, dans un premier temps, déposer un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) auprès de la commune bénéficiaire. La juridiction, composée de deux chambres et de six magistrats, est calibrée pour traiter environ 100 000 requêtes par an. Or, 5 % des 10,7 millions d’infractions au stationnement payant traitées l’an passé par l’Antai ont été contestées. Il est probable qu’au moins autant – 500 000 ! – FPS soient contestés par les contrevenants. La centaine d’agents de la CCSP risquent donc d’être rapidement débordés...


des acteurs de ce marché foisonnant (Whoosh, PMobile, ParkNow, OPnGO...), Orléans teste depuis septembre une autre appli pour smartphone, ParkingMap, qui permet de visualiser, grâce à des capteurs électroniques, les places libres aux abords du centre-ville. « Nous avons ciblé les places en zone bleue ou gratuites », ajoute Jean-Luc Poisson qui fera le point cet été avant de décider de renouveler, ou non, cette expérience originale. Contrairement à Tours, qui a préféré avoir recours à une société privée (lire page 14 et 15), Orléans a décidé de maintenir sa confiance à ses employés municipaux, la douzaine d’agents de surveillance de la voie publique (ASVP) qui dressaient déjà les procès-verbaux de stationnement avant la réforme. Si cette « dépénalisation » – terme qui fait, certes, sourire pas mal d’automobilistes – a suscité des irritations, souvent par impréparation des services municipaux concernés, elle a déjà modifié les comportements. « À Paris, on dresse 8 000 FPS par semaine, souligne Jean-Jacques Filleul. Près de 20 % des automobilistes acquittent leur redevance de stationnement, contre 10 % avant la réforme. Et vous pouvez constater qu’on peut à nouveau se garer le long des trottoirs, les Parisiens redécouvrant les parkings souterrains. » Néanmoins, en dépit de quelques améliorations, le stationnement reste une des principales préoccupations des habitants des villes. Dans un récent sondage, 94 % des Orléanais avouaient « des difficultés à se garer hors parkings souterrains ou aériens » et déploraient surtout « la pratique de prix prohibitifs. » Des progrès restent donc à faire pour décongestionner les centres-villes et satisfaire les automobilistes. Peu à peu, les municipalités vont pouvoir réfléchir et financer une politique de transports urbains différente. D’autres idées doivent émerger, notamment pour réduire le trafic urbain des poids lourds qui polluent et encombrent trop souvent chaussée et trottoirs. La

Les petites villes s’y mettent La réforme ne concerne pas que les grandes villes. Chinon (8 000 habitants) a connu aussi un couac avec ses horodateurs, ce qui a valu une semaine de gratuité aux automobilistes, du 5 au 12 février. Sur les 12 horodateurs, la moitié était mal configurée, voire hors d’usage. L’un d’eux, sur les quais de la Vienne, ne délivrait même pas de ticket. Les techniciens de Parkeon sont intervenus à distance pour régler les anomalies. Au printemps, la réforme sera généralisée avec la livraison de 6 horodateurs supplémentaires. Les élus ont choisi de fixer le FPS à un tarif « doux » : 15 € seulement. À Montargis (14 000 habitants), la municipalité a sélectionné OPnGO, partenaire d’Indigo, le leader français du stationnement en ouvrages, pour régler son stationnement sur rue à distance. Elle permet de ne payer que le temps effectif où l’automobiliste reste garé sur un emplacement payant et aussi d’identifier les places restées libres. Mais en cas de dépassement du temps imparti, la sanction du FPS tombera ; il en coûte 27 € dans la sous-préfecture du Loiret, montant ramené à 17 € si la redevance est payée dans les cinq jours.

livraison par petits camions électriques de marchandises aux commerçants ou aux particuliers, expérimentée depuis plusieurs années par le transporteur orléanais Deret pour le compte des magasins Sephora, se développe, mais trop timidement. Franprix, une enseigne du groupe Casino, approvisionne ses supermarchés parisiens par voie fluviale, au moyen de barges chargées au port de Bonneuil-sur-Marne ; une initiative qui retranche chaque année 7 000 véhicules des routes franciliennes et permet d’économiser 90 000 litres de carburant. De son côté, Fedex utilise une partie du parking de la société Saemes dans le quartier Pyramides-Opéra

comme quai de déchargement pour livrer par coursiers équipés de tricycles électriques ses clients du 2e arrondissement. Reste à trancher la question de l’acceptabilité de cette réforme par le citoyen, à deux ans des prochaines échéances municipales. La plupart des maires ont profité de cette mesure pour relever le coût du stationnement pour l’usager. Certes, on ne parle plus d’amende mais de « redevance du domaine public » et de dépénalisation. Mais « c’est quand même bien une prune », aurait dit une chanteuse à succès des années quatre-vingt. François-Xavier Beuzon

Tours a préféré avoir recours à une société privée.

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Points Chauds

Stationnement

Le maire de Tours fait Tours s’est pris les pieds dans ses nouveaux horodateurs et a suspendu sa réforme du stationnement au bout de deux semaines. Pendant un mois, les Tourangeaux se sont garés gratis pro Deo. La municipalité a perdu 300 000 € mais le nouveau maire a engrangé les électeurs.

À

Tours, le sujet est arrivé sur le tapis du conseil municipal seulement fin septembre 2017. Sans aucune concertation préalable, la Ville a choisi de transférer au privé la gestion du stationnement des véhicules sur la voirie. Les agents de surveillance de la voie publique (ASVP) ont donc été remplacés le 1er janvier par ceux d’une entreprise mâconnaise, SAGS. Les premiers nommés ont été affectés à de nouvelles tâches, comme la surveillance des parcs et jardins ou le contrôle de la salubrité publique. Les élus tourangeaux avaient dressé le constat, comme ceux des autres villes françaises, que seuls 30 à 35 % des automobilistes respectent la réglementation et acquittent les droits de stationnement. Une forte majorité mise sur la chance pour éviter les contraventions, voire laisse leurs « voitures-

À Tours, le mécontentement est venu du tarif pratiqué.

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tampons » ou « ventou-ses » occuper de longues heures durant une bonne partie des 3 640 places payantes de la ville. Trop souvent, on constate qu’il s’agit de celles de commerçants ou de pro-

heure, soit 0,20 € de plus qu’auparavant, puis 3,80 € pour la seconde et 2 h maximum), orange et bleu. Et, nouveauté, le stationnement peut être payé en téléchargeant sur son smartphone l’appli Whoosh.

“ DANS LES VILLES FRANÇAISES, SEULS 30 À 35 % DES AUTOMOBILISTES RESPECTENT LA RÉGLEMENTATION DU STATIONNEMENT

fessionnels des services, arrivés tôt le matin, qui échangent par SMS de l’arrivée sur zone des « petits gris », comme on surnomme les ASVP. La municipalité a donc voulu stimuler la rotation des véhicules par une nouvelle grille de tarifs, légèrement plus élevée. Elle a créé trois zones hypercentre selon les secteurs : rouge en hypercentre (1,90 € la première

À Orléans, 2 h de stationnement coûte 4 € avec une progressivité pour l’heure supplémentaire qui atteint 17 €, tandis qu’Angers est moins gourmande : 3 € pour 2 h, puis 3,80 € pour 2 h 15, 4,60 € pour 2 h 30 et 6 € pour 3 h. Mais c’est Le Mans qui bat le record : 2,50 € pour 1 h et... et 30 € pour 2 h. En somme, Tours se situe plutôt dans la moyenne. Pourtant, le sujet a suscité une véritable polémique en fin d’année, à l’approche du changement. Le mécontentement est venu du tarif pratiqué pour 3 h : 25 € et, dans une moindre mesure, du coût du forfait post-stationnement (FPS), fixé à la même somme puisque la loi impose que son montant soit égal à celui de la durée maximale de stationnement. Petite consolation, le FPS est ramené à 20 € s’il est réglé dans les 48 h, ce qui réduit l’écart avec le montant de l’amende tel qu’elle était pratiquée jusqu’au 31 décembre (17 €). Avec cette ce tarif prohibitif, voire répulsif, la municipalité a voulu inciter les automobilistes de « longue durée » à opter pour les parkings souterrains. Dans celui situé sous les Halles, qui est géré par le leader national In-


amende honorable digo, stationner 3 h coûte 5,60 €, comme au parking de la ga-re ou à celui des bords de Loire (AnatoleFrance) ; c’est un peu plus cher rue Nationale, dans le cœur commerçant de la ville : 6,80 €. Dès le 2 janvier, les agents de la société privée SAGS se sont mis à quadriller la ville, se focalisant sur les rues de l’hypercentre, pour veiller à une application sourcilleuse des nouvelles règles. Ils ont mis un tel zèle à accomplir leur devoir que nombre de riverains et de commerçants ont paniqué, déplaçant leurs véhicules au-delà des zones payantes. Jusqu’au 16 janvier, les rues se sont vidées ; Tours offrait, dès le matin, le triste spectacle d’une ville déserte. À la décharge des Cerbères de la SAGS, la convention passée pour deux ans avec la Ville pré-

un ticket placé derrière le pare-brise. Le nouvel horodateur nécessite de composer au préalable le numéro et les lettres de sa plaque d’immatriculation, ce qui implique de s’en souvenir, faute de quoi il faut retourner jusqu’à son véhicule, puis de déterminer le temps de stationnement voulu tout en surveillant l’écran, tâche qui n’était pas toujours aisée pour les générations d’avant l’ère digitale. On a vu beaucoup d’énervements et de remarques agacées aux nouveaux agents : « On est comme vous, on travaille dans une société privée », a-t-on entendu. Très remontés, les commerçants et des automobilistes ont fait circuler dès les premiers jours de janvier une pétition sur la toile. L’Ucat (Les Vitrines de Tours), qui fédère plus de 400 com-

La réforme a vidé les emplacements de stationnement.

voyait que la société serait rétribuée sur la base d’un forfait, amélioré d’un pourcentage sur les recettes. En quelque sorte une prime au résultat, partiellement destiné aux agents, pour cette société créée en 1992 qui travaille avec plus de 90 villes et exploite 78 parcs de stationnement et 2 850 horo-dateurs, soit 69 000 places en ouvrages ou en surface. De plus, les 243 horodateurs Parkeon déployés dans la ville ne se sont pas révélés d’un abord facile pour des automobilistes habitués à glisser une ou deux pièces dans la fente du monnayeur et à prendre machinalement

merçants tourangeaux, avait même envisagé une action en justice, avant d’y renoncer. Le principe d’une grande manifestation était acté. Sentant le bitume se dérober sous ses pieds, le nouveau maire Christophe Bouchet a pris alors la seule décision qui s’imposait : le gel de la réforme et l’instauration d’une gratuité totale du stationnement à compter du 17 janvier, à peine plus de deux semaines après son entrée en vigueur. Tours est la seule ville à l’avoir fait. Ce qui lui a valu les honneurs de La Gazette des communes, le journal de référence des collectivités territoriales.

« L’Agence nationale du traitement automatisé des infractions (Antai) propose aujourd’hui un fonctionnement insatisfaisant car complexe, peu lisible et source d’erreurs, s’est justifiée la ville dans un communiqué largement diffusé. Dans le même temps, les horodateurs de la ville présentent des dysfonctionnements importants. Leur programmation par le prestataire ne permet pas un usage simple et lisible par les habitants et les visiteurs. Compte tenu de cette situation, Christophe Bouchet a estimé qu’il est indispensable de suspendre dès à présent la mise en place de cette réforme. Il présentera dans les jours qui viennent une proposition alternative simple et respectueuse des usages. ». Les dégâts électoraux de cette mesure mal préparée – contrairement à d’autres villes, comme Orléans, où le choc a été amorti par une anticipation, lire pages 12 et 13 – n’avait pas échappé au nouveau venu, installé dans le fauteuil de maire trois mois plus tôt. En politique déjà avisé, candidat déclaré à sa réélection en 2020, Christophe Bouchet a aussitôt pris la main sur ce dossier explosif, déchargeant de la responsabilité son adjoint Yves Massot. Le maire a immédiatement entamé des discussions avec le fournisseur des horodateurs, confronté à des problèmes de dysfonctionnements sur la France entière – leader mondial, l’ancienne filiale de Schlumberger équipe les trois quarts des villes françaises – et le prestataire. Une décision courageuse, et coûteuse pour les finances municipales, puisqu’en deux semaines, la SAGS s’était montrée plutôt efficace en faisant tomber 146 000 € dans l’escarcelle de la ville. Un résultat en phase avec l’objectif qui était de récolter 3 M € par an. Pendant un peu plus d’un mois, le stationnement est devenu gratuit à Tours. Un manque à gagner de La Lettre Valloire - Mars 2018 15


Points Chauds

Stationnement dienne, mais autorise désormais le renouvellement illimité. « À Tours, je stationne 2 h et je renouvelle autant de fois que je veux », lit-on sur les grandes affiches de la Ville qui, contrairement à ce qui avait prévalu avant le 1er janvier, a soigné sa communication. Le FPS est resté à 25 € mais les fameuses 3 h à 25 € sont enterrées. A Joué-lès-Tours, deuxième ville d’Indre-et-Loire avec ses 40 000 habitants, la réforme n’a pas posé de problème car les changements se sont faits dès le mois d’octobre, avec une semaine de test et de la communication sur les pare-brises. L’objectif de chasser les « ventouses » autour de l’Hôtel de Ville, place du Général Leclerc, rues du Comté de Mons et Aristide Briand, semble atteint grâce

à l’installation récente de 53 bornes de stationnement en zone bleue. Dès qu’une voiture se gare, un compte à rebours se déclenche pour 1 h (contre 1 h 30 auparavant). Ce délai passé, la lumière de la borne devient orange pendant 10 minutes, puis rouge. Un SMS est ensuite envoyé à la police municipale qui peut venir verbaliser pour 17 €. Des habitants ont observé quelques mauvais réglages, comme la lumière rouge qui persiste après le départ de l’automobiliste, mais rien de comparable avec la situation de Tours. Ces bornes n’ont pas été étendues au reste de la ville. La Municipalité réfléchit aussi à la création d’arrêts courte durée (10 à 20 minutes) devant les écoles. Mathieu Letierce

Blois a choisi de déléguer son stationnement à une SPL

Joué-lès-Tours a choisi d’équiper son centre-ville de 53 bornes autorisant 1 h de stationnement gratuit.

quelque 300 000 €. Les fameuses « voitures-tampons » ont fait leur retour. Jamais con-tents, de nombreux commerçants ont alors vilipendé cette gratuité qui empêchait les clients de stationner, en pleine période de soldes. « Il manque aux entrées de Tours ce que l’on nous promet depuis deux ans, de grands panneaux pour indiquer le nombre de places libres dans les parkings souterrains, ce qu’on appelle le jalonnement dynamique, dit Valérie Noulin, vice-présidente de l’Ucat et commerçante rue de la Scellerie. Il faut aussi revoir les tarifs. Un couple qui vient pour 3 h en ville et déjeune d’un simple plat du jour en a déjà pour 50 € sans avoir fait grand-chose. Les 3 h à 25 €, c’est délirant ! ». La parenthèse du stationnement gratuit s’est refermée le lundi 19 février. La Ville a fait marche arrière : elle a gardé son tarif horaire de 1,90 € en zone rouge, maintenu la pause méri-

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À Blois, la gestion du stationnement de surface a été confiée par la municipalité à une société publique locale (SPL), Stationeo, déjà en charge depuis le 1er janvier 2014 des trois parkings souterrains de la ville (1 118 places en tout). Les élus ont choisi de maintenir les zones payantes rouges et vertes (1 571 places au total) et bleues, où le stationnement est gratuit mais limité avec l’apposition d’un disque derrière le pare-brise, les places arrêt-minute et les tarifs du stationnement immédiat. Pour eux, il n’y a aucun changement. S’ils ne respectent pas la durée indiquée, les automobilistes encourent un forfait de 17 €, lequel passe à 35 € s’il n’est pas réglé dans les cinq jours. La principale modification est le retour des papillons sur les parebrises pour prévenir le montant à payer ainsi que les modalités : « Avec les nouveaux horodateurs notamment, nous démultiplions les possibilités pour s’acquitter du forfait rapidement : directement auprès de l’horodateur, par téléphone avec l’appli Presto Park, par internet… Nous n’avons pas d’intérêt à mettre des PV », explique Jérôme Boujot, adjoint au maire et président de Stationeo. L’élu veut être rassurant et rappelle que l’objectif est bien « de fluidifier le stationnement en centre-ville pour soutenir le commerce grâce aux rotations, proposer aux Blésois plus de places disponibles à toute heure de la journée. Les tarifs de stationnement, le nombre de places disponibles, les différents abonnements participent de la même démarche. »


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Points Chauds

Stationnement

Dans le Berry, la réforme Si la réforme du stationnement a été relativement bien tolérée à Châteauroux, il a fallu opérer quelques réglages à Bourges. Et la leçon a été retenue par les élus des deux villes : la communication auprès de la population est essentielle.

L À Châteauroux, la réforme avait été anticipée et n’a pas suscité de grogne particulière.

es chefs-lieux des départements du Cher et de l’Indre ont appliqué tous les deux l’article 63 de la loi Maptam dès son entrée en vigueur, comme une bonne moitié des villes françaises concernées. La gestion du stationnement est toujours assurée par une régie (quinze agents affectés à la surveillance de la voie publique à Bourges, contre seulement six à Châteauroux). Les horodateurs y sont récents et de même marque (Cale), mais fonctionnent avec deux applications différentes : ParkNow

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dans le Cher à partir d’avril, PaybyPhone dans l’Indre, en fonction depuis février 2017. En modernisant l’ensemble de ses horodateurs en décembre dernier, et en les mettant en service concomitam-

existe une certaine incompréhension vis-à-vis de la politique du stationnement, son objectif est clairement d’avoir une meilleure rotation des véhicules en centre-ville. Avant, avec des horodateurs qui ne fonction-

“ NOUS ALLONS CONVOQUER LES COMMERÇANTS EN AVRIL PROCHAIN POUR RÉEXPLIQUER NOTRE DÉMARCHE GLOBALE ment avec l’apparition du FPS, la Ville de Bourges a eu quelques sueurs. « On a peut-être manqué d’un peu de pédagogie à cette occasion, admet Philippe Mercier, maire-adjoint délégué au stationnement. Ce n’est pas tant la réforme en tant que telle qui a perturbé les gens que le changement des horodateurs pour une nouvelle génération plus performante, qui accepte le paiement par carte bleue et par smartphone. » Une vidéo postée sur facebook par le Collectif Bourges Centre-ville En Colère, où était pointé un bug d’utilisation (chaque minute supplémentaire équivalait à 1 € de plus sur le ticket), a même obligé l’élu à répondre par le même canal sur la page de la Ville. « Le surplus n’aurait jamais pu être validé de toute façon, mais les services compétents ont remédié à ce souci depuis, reprend Philippe Mercier. Cela étant, nous allons convoquer les commerçants en avril pour réexpliquer notre démarche, voire proposer une autre solution si le besoin s’en faisait sentir. » Pour Anthony Pinon, directeur du centre commercial Avaricum et trésorier de l’Office de commerce et d’artisanat de Bourges (Ocab) : « S’il

naient plus et des commerçants qui se garaient devant leurs boutiques, la situation était compliquée. Depuis le 1er janvier, avec les nouvelles règles, on trouve toujours de la place en centre-ville, à proximité des commerces, et pour pas plus cher qu’ailleurs. Les gens se plaignent surtout parce qu’ils sont mal informés. Il y a sûrement eu là, un gros manque de communication au départ. » Dans le département voisin, Châteauroux avait déjà changé l’an passé l’ensemble de ses horodateurs dans l’hypercentre et mis en place trois nouvelles zones de stationnement aérien : Rapid en cœur d’agglomération, Trankil sur les parties périphériques avant les boulevards et Unik pour la place Voltaire et les abords de la gare. La réforme du 1er janvier n’a donc pas suscité de grogne particulière. « Nous avons fait le choix de ne plus limiter la durée du stationnement, mais d’augmenter progressivement les tarifs pour atteindre les 25 € au bout de 7 h 30 en zone Rapid ou 8 h 30 en zone Trankil ou du 7e jour pour Unik, soit l’équivalent du FPS. Nous incitons ainsi les automobilistes à faire le choix de se garer dans nos parkings souterrains, où la


passe en douceur première heure est gratuite et le coût total pour 24 h est de 6,60 €. S’ils préfèrent rester sur la voie publique, ils peuvent aussi profiter des arrêtsminute pour des emplettes rapides ou de notre Supercarte désormais virtuelle, qui offre une heure gratuite le matin et une autre l’après-midi, pour un coût de 10 € pour trois ans », explique le maire Gil Avérous. Ce dernier comprend les difficultés rencontrées par ses collègues berruyers : « Nous avons eu et avons encore des remontées de gens qui ne comprenaient pas pourquoi ils doivent saisir leur plaque d’immatriculation. Quand on leur donne l’explication, ça s’arrange. En fait, c’est le changement des habitudes qui dé-

range le plus les usagers. Avec le temps, ils s’y font. » Dans l’hypercentre berruyer, les usagers ont aussi pu constater que le tarif en zone verte (où la durée maximale de stationnement est passée de 8 h à 4 h 15) a baissé de moitié par rapport à 2017, alors que celui des zones oranges (2 h 15 maximum) a été augmenté pour éviter les voitures ventouses. Sous-utilisés, les parkings souterrains ont également vu leurs tarifs reconsidérés à la baisse. De nouvelles zones bleues ont aussi été mises en place, comme dans la rue d’Auron, où il est désormais possible de se poser une heure et demie gratuitement pour faire ses courses ou aller à un rendez-vous : « Si nous ne

sommes pas partisans de zones bleues globales, nous avons conservé la gratuité de parkings, comme Séraucourt ou les Marronniers, ajoute Philippe Mercier. Avec la création du tarif préférentiel pour les résidents (200 cartes vendues depuis le 1er janvier), nous avons beaucoup de retours positifs de ces derniers, qui trouvent enfin de la place depuis que certaines rues sont devenues payan-tes. Des agents immobiliers s’en servent même comme argument de vente ! » Ainsi, à Bourges comme à Châteauroux, chacun s’approprie au fil des semaines des systèmes qui ressemblent finalement plus à une évolution qu’à une révolution. Serge Daniel

Le parking relance le commerce chartrain En traitant dès son premier mandat le dossier du stationnement et de la circulation, le maire de Chartres a donné un sacré coup de pouce à l’attractivité du centre-ville.

«N

ous allons créer près de 2 500 places de stationnement supplémentaires sur le pôle gare d’ici à 2020 » : Comme pour bon nombre de dossiers, Jean-Pierre Gorges, le maire de Chartres, voit grand pour sa ville. L’élu n’a d’ailleurs pas attendu la loi Maptam pour traiter le dossier du stationnement en surface et de la circulation en ville. En 2001, tout juste élu pour la première fois, il envisage de créer très rapidement un immense parking souterrain, au risque de se mettre à dos une partie des habitants et des commerçants gênés par les travaux. Inauguré en 2005, le parking Cœur de Ville offre un peu plus de 1 100 places en hypercentre répartis sur plusieurs niveaux et 700 m de long : énorme pour une ville moyenne ! La société Q-Park a investi 32 M€ de tra-

vaux pour le construire en contrepartie d’une DSP de... 32 ans (20042035) qui concerne aussi les parkings Cathédrale (350 places) et Hôtel de ville (420 places). « C’était la seule façon de régler à la fois le problème du stationnement en surface et de doper l’attractivité du centreville. Et sans avoir à débourser un centime. Mieux, Q-Park nous reverse annuellement entre 300 000 € et 350 000 € de dividendes que nous réinjectons en partie dans le stationnement. » La circulation a gagné en fluidité et la ville s’est métamorphosée grâce aux travaux réalisés en même temps sur les boulevards avec notamment des trottoirs XXL donnant la priorité aux piétons et aux vélos. Cette politique ambitieuse de stationnement a, comme prévu, porté ses

fruits : « Le centre-ville a gagné en attractivité. Notre troisième place au dernier palmarès Procos des centresvilles commerçants en est une belle illustration ! » Cette politique d’aménagement est aussi appliquée aux quartiers périphériques, comme Beaulieu, en pleine rénovation. Stéphane Messer

Q-Park a construit un parking souterrain de 1 100 places en plein cœur de ville.

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Points Chauds

Aménagement du territoire

L’opération séduction

du maire d’Orléans

Face aux décideurs économiques, le maire d’Orléans développe une stratégie de séduction pour les convaincre de porter à ses côtés le projet métropolitain. Objectif : rejoindre le peloton des quinze métropoles qui comptent.

A

Olivier Carré a réuni les acteurs économiques le 1er mars sous la grande serre du Jardin des plantes d’Orléans.

lors qu’à l’extérieur il gelait encore à pierre fendre, c’est sous le feuillage d’un grand mimosa prêt à fleurir qu’Olivier Carré, maire et président d’Orléans Métropole, s’est adressé aux acteurs économiques le 1er mars dernier. Faire fleurir la métropole orléanaise, ce pourrait bien être l’image du projet qu’il a présenté sous la grande verrière de l’orangerie du Jardin des plantes, à deux pas du Lab’O. Se fixant pour horizon l’année 2030, donc bien au-delà des prochaines élections municipales, le projet métropolitain orléanais a pour ambition de faire figurer la capitale régionale parmi les quinze grandes collectivités qui comptent. Pas au niveau des plus grandes (Lyon, Lille, Marseille, Bordeaux, Toulouse) mais dans le peloton des villes les plus « intenses » (Rennes, Montpellier, Nantes, Strasbourg, Grenoble) qui se détachent de la masse des « challengers », pour reprendre les termes du cabinet PwC.

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Selon cette même étude, Orléans bénéficierait d’un « coefficient d’intégration » la plaçant sur une trajectoire favorable. Il reste néanmoins du chemin à par-

passer de 20 000 à 25 000 étudiants dans la métropole, en intégrant une nouvelle offre de type école de commerce et un magistère sur le big data qui a fait l’objet d’un récent appel à

“ UNE GARE UNIQUE, FUSIONNANT CELLES D’ORLÉANS ET DE FLEURY-LES-AUBRAIS, MAIS PAS AVANT 2030 courir pour accéder à la marche supérieure et Olivier Carré en a détaillé toutes les étapes. Tout d’abord, une ouverture à l’international qui suppose la création de liaisons ferroviaires avec les aéroports parisiens. « Préoccupation majeure », selon Olivier Carré qui salue le redécollage économique d’Orly et demande à la SNCF des liaisons régulières avec Roissy. Appréhendant «le temps court et le temps long », il relance aussi l’idée d’une gare unique, fusionnant celles d’Orléans et de Fleury-les-Aubrais, mais pas avant 2030. Face à 80 chefs d’entreprise, Olivier Carré a insisté sur la nécessité de densifier le tissu économique afin de remonter dans le palmarès du PIB où la ville occupe la dixième place nationale, après avoir été en huitième position en 2012. « Nous devons ancrer une croissance dans le long terme en construisant des alliances pour bénéficier des forces de l’Île-de-France sans être absorbés », a-t-il recommandé. Des orientations stratégiques ont été définies dans un « manifeste » qui liste les priorités par grands domaines. L’enseignement supérieur y figure en bonne place avec l’objectif de

manifestation d’intérêt (AMI) dont les résultats seraient très prometteurs. Pour Olivier Carré, Orléans se veut « capitale fédérative » tournée vers le Grand Paris et s’appuyant sur un axe métropolitain reliant Blois et Tours, « ville avec laquelle nous avons des intérêts communs et plus de similitudes que de différences ». C’est au prix de ces alliances que l’axe ligérien pourra s’inscrire dans de grands projets d’État qui « nous passent sous le nez ». La métropole orléanaise se donne-telle les moyens de ses ambitions ? Oui, répond Olivier Carré. D’abord en s’assurant du soutien des acteurs économiques, objectif de la manifestation du 1er mars. Ensuite, en maintenant une capacité annuelle d’investissement de 150 M€, sans alourdir la dette ni les impôts, pour financer les grands chantiers lancés ces derniers mois : le complexe CO’Met, le nouveau d’affaires Interives, le futur pôle d’enseignement supérieur Madeleine, le nouveau muséum d’histoire naturelle, la fabrique des arts plastiques (lire page 47)... Des projets de nature à passer dans la catégorie supérieure. Bruno Villeneuve


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Points Chauds

Aménagement du territoire

La LGV POCL abandonnée Le Conseil d’orientation des infrastructures a repoussé le projet de LGV Paris-Orléans-ClermontFerrand-Lyon (POCL) aux calendes grecques. En compensation, la région Centre-Val de Loire va bénéficier des investissements sur les lignes existantes Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT) et Paris-Clermont-Ferrand.

L

e 1er février, le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) a rendu ses conclusions et proposé des scénarios d’investissement pour les réseaux de transports sur les vingt prochaines années. Les nouvelles ne sont pas bonnes pour le projet de nouvelle LGV Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon (POCL), qui avait pourtant reçu il y a dix ans le feu vert de François Fillon, alors Premier ministre. L’élément nouveau, c’est l’éloignement de l’échéance de saturation du trafic sur la LGV actuelle Paris-Lyon. Mise en service en septembre 1981, la ligne « historique » de la grande vitesse française pourra supporter la croissance de son trafic durant encore au moins une bonne vingtaine d’années. La généralisation des nouvelles rames duplex, capables d’emporter 562 voyageurs – contre 516 pour les rames duplex classiques et 350 pour les rames à un seul étage – et le nou-

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veau système européen de gestion du trafic ferroviaire – baptisé ERTMS – permettent d’optimiser les fuseaux en accroissant la capacité des lignes et en raccourcissant les intervalles

tendaient à ces conclusions du conseil présidé par l’ancien maire PS de Caen Philippe Duron, a été somme toute mesurée. Prenant acte de la décision, deux parlementaires LR du Loiret, le sénateur Noël Cardoux et le député Claude de Ganay, ont suggéré qu’en contrepartie de cet abandon, un effort particulier soit porté sur les lignes existantes, « en veillant à ne pas oublier les territoires ruraux ». Idem pour le maire d’Orléans Olivier Carré qui, s’il se dit « navré » de cette issue, a déjà engagé le combat d’après, celui pour assurer une navette régulière vers Paris – toutes les heures, demande l’élu – et un train pour Orléans quittant la capitale vers 23 h 30 ou minuit. Enfin, le président d’Orléans Métropole souhaite la mise en service d’une desserte de Roissy avant 9 h 30, impliquant un départ d’Orléans et des Aubrais vers 7 h 30…

“ IL EST PERTINENT, AU MOINS POUR DIX ANS, DE NE PAS POURSUIVRE LES ÉTUDES DU PROJET POCL entre les TGV circulant sur les voies. Dans ce contexte, le Conseil considère « qu’il est pertinent, au moins jusqu’à un éventuel réexamen dans dix ans de la question, de ne pas poursuivre les études du projet. » Sauf à accorder une concession à un partenaire privé comme pour la LGV Tours-Bordeaux– que la puissance publique a tout de même financé à plus de la moitié –, c’est bien la fin, au moins provisoirement, du rêve de nouvelle LGV désenclavant le Centre de la France. La réaction des élus locaux, qui s’at-

Si Orléans perd quasiment tout espoir de posséder un jour sa gare TGV, la capitale régionale bénéficiera tout de même d’une liaison ferroviaire améliorée avec Paris, surtout si elle parvient à obtenir sur cette ligne un arrêt à la Bibliothèque François-Mitterrand, à moins de 2 km de la gare de Paris-Austerlitz. Un arrêt sous le parvis de la bibliothèque permettrait une interconnexion avec le RER C et la ligne 14 du métro parisien ; or, celui-ci sera prolongé vers l’aéroport d’Orly d’ici à 2024.


au profit du POLT Dans le même temps, l’État et la SNCF engagent d’importants moyens pour l’amélioration de cette ligne dite Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT) ; d’ici à 2020, 500 M€ doivent être consacrés à sa régénération, après les 460 M€ déjà investis entre 2004 et 2014. L’effort va être poursuivi au-delà, jusqu’en 2025, portant à plus de 1 Md€ les dépenses, hors de ce qui a été fait dans la partie francilienne de la liaison. L’État a aussi promis de se pencher sur la ligne Paris-Clermont-Ferrand, via Montargis et Gien. Il est conscient qu’il faut renouveler le matériel roulant et assurer la couverture numérique de la ligne, comme dans l’ensemble des trains Intercités. Il réfléchit aussi au relèvement de la vitesse, ce qui ne serait pas un luxe : il faut 3 h 30 pour parcourir les 419 km séparant

la gare de Paris-Bercy et la capitale auvergnate, quand il faut 2 h pour effectuer l’un des deux seuls trajets directs quotidiens entre Paris-Austerlitz et Bourges. Enfin, s’il faut fournir la preuve qu’en matière d’infrastructures ferroviaires, il est parfois urgent d’attendre, on notera que sur un autre grand chantier ferroviaire, celui de la ligne Centre Europe Atlantique (VFCEA) destinée à achever la modernisation de l’itinéraire fret entre la façade Atlantique et l’axe Saône-Rhône, le progrès technique a bel et bien bousculé quelque peu l’ordre des priorités. L’intérêt de l’électrification des 160 km de la ligne Nevers-Chagny, dernier maillon de la VFCEA, n’est plus jugé « prioritaire » par le COI, à tel point qu’il recommande même, « sous réserve d’évolution technologique qui

la rendrait inutile » de la repousser au-delà de 2037. En effet, Alstom commercialisera son premier TER à hydrogène Coradia iLint fin 2019 ; cette motorisation propre utilisant la pile à combustible rendra inutile l’électrification du réseau. On se rappelle que sous la pression du lobby cheminot, la Région Centre avait financé pour 107 M€ il y a une dizaine d’années l’électrification de la ligne Tours-Vierzon puis, pour 82,3 M€, les 58 km de Bourges-Saincaize, chantier achevé en décembre 2011. Un investissement qui, s’il bénéficie marginalement au transport de voyageurs, était surtout destiné à relancer l’activité de fret ferroviaire. Qui reste, malgré les dépenses publiques et les plans de relance successifs, toujours aussi inefficace dans François-Xavier Beuzon ce pays.

Fausse alerte pour les petites lignes Le gouvernement ne suivra pas, pour le moment, les conclusions du rapport Spinetta qui préconisait la fermeture de nombreuses petites lignes ferroviaires, notamment en région Centre-Val de Loire.

O

uf ! Le gouvernement a, semblet-il, entendu le grondement des campagnes françaises que le rapport Spinetta – du nom de l’ancien pdg d’Air France-KLM chargé de se pencher sur le sort de la SNCF – voulait priver de leurs petites lignes de chemin de fer, jugées insuffisamment rentables. Tours-Vendôme-Châteaudun-Paris était concerné, comme ChartresCourtalain, Tours-Chinon, ToursLoches, Salbris-Valençay et BourgesMontluçon, soit des lignes classées 7 à 9, les moins fréquentées selon le classement de l’Union internationale des chemins de fer (UIC) qui compte 9 catégories. Certainement désireux de ne pas ou-

vrir plusieurs fronts ferroviaires à la fois, Édouard Philippe a sagement préféré rassurer les élus. Par la voie de son président François Bonneau et du vice-président délégué aux transports Philippe Fournié, le Conseil régional, autorité organisatrice des transports, a rappelé que le service public ferroviaire permet d’offrir aux habitants des territoires ruraux « la mobilité pour répondre aux usages professionnels et de loisirs auxquels ils ont droit, au même titre que les habitants des grandes métropoles déjà reliées par l’offre TGV. » Et les deux élus de souligner que la Région Centre-Val de Loire compte parmi les régions françaises investissant le plus pour le développement de

l’offre ferroviaire et d’appeler le gouvernement « à enfin donner les moyens suffisants à l’entretien du réseau pour le rénover et y maintenir les circulations indispensables aux mobilités. »

Sauvée de la fermeture en 1995, la ligne TER Chartres-Courtalain qui dessert le Perche et la gare de Brou (ci-après) doit engager au moins 60 M€ de travaux.

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Points Chauds

Aménagement du territoire

Toute la région sera à très Les travaux d’installation de la fibre optique, ou de montée en débit ADSL et de boucle locale radio pour les communes qui ne pourront en bénéficier, ont commencé. En 2022, tout le territoire régional devrait être à haut débit.

L’

équipement du territoire en internet à très haut débit préfigure-t-il le rapprochement des départements ? Il est peutêtre un peu tôt pour l’assurer, mais le dossier est exemplaire sur le plan de la coopération. Après une première tentative, avortée, d’axe entre la Touraine et le Cher, l’Indre-et-Loire a finalement choisi de se rapprocher du Loir-et-Cher pour créer le Syndicat mixte ouvert (SMO) Val de Loire Numérique. Objectif : équiper de la fibre optique l’ensemble des communes des deux départements d’ici à 2022, y compris les plus isolées, sauf celles de Tours Métropole, Blois,

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Romorantin et Vendôme, raccordées par des opérateur privés. Pour ce chantier de 493 M€ qui doit permettre l’installation de 306 000

50 M€ de subventions de l’ensemble des collectivités – qui bénéficiera en retour d’un contrat de vingt-cinq ans. Cedric Bellan, directeur du SMO, se

“ UN CHANTIER DE CINQ ANS ET DE 493 M€ POUR L’INSTALLATION DE 306 000 PRISES DANS LE LOIR-ET-CHER ET L’INDRE-ET-LOIRE prises – 60 % en Indre-et-Loire, 40 % en Loir-et-Cher – le SMO Val de Loire a choisi la voie de la délégation de service public concessive et retenu TDF pour déployer, exploiter et commercialiser le réseau fibre sur les 513 communes du territoire. L’investissement reposera intégralement sur TDF – avec quelque

donne environ six mois pour établir les avant-projets avec le concessionnaire ; les premiers travaux d’infrastructure devraient débuter à mi-2018 pour tenir un rythme annuel d’installation d’environ 70 000 prises à partir de 2019. Le Cher s’est tourné vers l’Indre pour créer Berry Numérique. Le syndicat a


haut débit en 2022 chargé la société Berry Fibre Optique – créée par deux partenaires institutionnels (85 % des parts) et l’opérateur Axione, une filiale de Bouygues Énergies et Services (15 %) – d’exploiter et d’assurer la maintenance de 120 000 prises FTTH (fiber to the home). En octobre, 7 000 foyers du Cher étaient déjà raccordés ; d’ici à 2021, il est prévu que 70 % des foyers du département soient reliés au prix d’un investissement de 91 M€. L’Indre n’est pas en reste ; il y a un an, elle annonçait qu’elle aurait 11 500 prises à fin 2017. L’investissement est de 75 M€, porté par l’État (33 %), l’Europe (9 %) et un syndicat mixte entre le Département, la Région et les EPCI. C’est Sobeca, une filiale du groupe lyonnais de travaux publics Firalp, qui est chargée des travaux d’installation de la fibre sur le département : à son pic d’activité, le chantier doit employer 70 personnes.

Parti avec une longueur d’avance, le SMO Eure-et-Loir Numérique a lancé les premiers travaux d’aménagement de son réseau fin 2013 ; le chantier sera achevé en 2020, date à laquelle 330 communes, dont 4 de l’Eure voisine, seront reliées. Si Axione a été chargé de la conception-réalisation, c’est SFR Collectivités qui exploitera ce réseau de 90 000 prises qui aura nécessité un investissement de près de 94 M€, le solde de l’enveloppe (30 M€) étant consacré à financer la fibre optique pour les entreprises, mais aussi la montée en débit ADSL et la Boucle locale radio pour les foyers qui ne peuvent être desservis par la fibre ; il complètera les 190 000 prises des 204 communes du secteur privé – par exemple Orange à Chartres et à Dreux – qui seront totalement raccordées en 2022. Quant à l’agence Loiret Numérique,

constituée aussi en SMO, elle a été officiellement installée fin avril 2017. Elle regroupe 11 EPCI représentant un peu plus de la moitié de la population du département. De son côté, Orléans Métropole a partagé son territoire en deux zones. Sur la plus dense (Orléans et St-Jean-de-Braye), Orange et SFR déploient la fibre en parallèle, tandis que sur la moins dense, l’opéFXB rateur unique est SFR.

Nicolas Perruchot (au micro) et Jean-Gérard Paumier, présidents des Départements de Loir-et-Cher et d’Indreet-Loire, unis pour équiper leurs territoires du THD.

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Économie

Formation

La « trans-

est

Big-bang pour les syndicats, simple « transformation » pour la ministre Pénicaud, la formation professionnelle sortira, de toute évidence, totalement chamboulée de la réforme du gouvernement Philippe. Dépossédés de la collecte des contributions des entreprises et du financement du CPF, les organismes paritaires seront réduits au rôle de conseil des entreprises et des salariés.

A

près avoir laissé les partenaires sociaux délibérer durant plusieurs mois d’une nième réforme de la formation professionnelle, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a décidé d’imposer sa propre version du projet de loi qui devrait être déposé sur la table du conseil des ministres au début du printemps. La ministre a présenté des mesures en décalage 26 La Lettre Valloire - Mars 2018

radical avec les quelques ajustements proposés initialement par les partenaires sociaux. Mesure phare du projet : le compte personnel de formation (CPF) sera comptabilisé à partir du 1er janvier prochain non plus en heures, mais en euros. Chaque salarié pourra disposer de 500 euros par an avec un plafond de 5 000 euros, qui sera porté à respectivement 800 et 8 000 euros

pour les personnes non qualifiées. Certains pointent le risque de marchandisation à l’extrême du secteur, où les organismes dicteraient leurs conditions et leurs prix. Faux, répond le ministère. Des conseillers de carrière, accessibles partout et gratuits, permettront d’éviter aux salariés “clients” de se trouver seuls face au marché. Cette libéralisation s’accompagnera d’une facilité d’accès


formation » en marche aux droits à la formation obtenus par chacun et d’un avis, recueilli auprès des personnes formées, sur la qualité des organismes dispensateurs ; tout cela sera rassemblé dans une appli consultable sur smartphone, un peu à la façon de Tripadvisor. L’autre mesure essentielle du projet Pénicaud est le transfert de la collecte des fonds de la formation à l’Urssaf, ce qui enlèvera aux 20 Opca (organismes paritaires collecteurs agréés)– les 18 de branche et les 2 interprofessionnels (Opcalia et Agefos PME) – ainsi qu’aux Fongecif, qui gèrent les congés individuels de formation, une part essentielle de leur raison d’être. Cette proposition figurait d’ailleurs déjà dans la plateforme programma-

tique du futur ministre de l’Économie Bruno Le Maire, alors candidat de la primaire de la droite, à l’automne 2016. Rien d’étonnant à ce qu’un

ment la fin du paritarisme de gestion, Opca et Fongecif voyant leur rôle réduit à des missions de conseil aux entreprises et d’accompagnement des

“ TROP PEU D’ADULTES UTILISENT LEURS DROITS À LA FORMATION PARCE QUE LE SYSTÈME EST COMPLIQUÉ, DIFFICILE D’ACCÈS ET GUÈRE LISIBLE. gouvernement auquel il appartient décide de l’appliquer. Une autre idée de Bruno Le Maire a été retenue par Muriel Pénicaud : celle de confier à la Caisse des Dépôts le financement des actions engagées à la demande du salarié dans le cadre du CPF. Ces deux dispositions signent probable-

salariés. Enfin, l’agence France Compétences remplacera la kyrielle d’organismes en charge du contrôle et de la régulation (Cnefop et ses déclinaisons régionales Crefop, Copanef, CPNE, FPSSP...) et mettra en place un mécanisme de certification des formations. La Lettre Valloire - Mars 2018 27


Économie

Formation

Il était temps de bousculer ce secteur après la réforme de 2014 qui avait alterné les bonnes mesures – comme la création du CPF – mais aussi brouillé son action rénovatrice par des complexités inutiles. « En matière de formation professionnelle, nous sommes très mauvais, assène Jean Wemaëre, le président national de la Fédération de la formation professionnelle (FFP). Trop peu d’adultes, en particulier ceux qui doivent impérativement préserver leur employabilité, utilisent leurs droits parce que le système est compliqué, difficile d’accès et guère lisible. Seulement 36 % des personnes éligibles bénéficient chaque année d’une formation, contre 53 % en Allemagne et plus de 60 % dans les pays nordiques. » Ce déficit, « tragique », risque de compromettre « la croissance française, voire la cohésion sociale de ce pays », prévient le président de la FFP. Selon une étude du cabinet McKinsey, si les choses restaient en l’état, la France pourrait compter en 2022-2023 près

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Jean Wemaere

de 2,5 millions de demandeurs d’emploi peu ou mal qualifiés… en face d’un nombre sensiblement équivalent d’emplois non pourvus. Une véritable bombe à retardement ! Pour débloquer un système figé par le conservatisme des parties prenantes, la piste du gouvernement est bien « d’injecter davantage de concurrence au sein de l’offre de formation et de faire du candidat à un cursus, qu’il soit salarié ou chômeur, le vé-

ritable pilote de son itinéraire de formation professionnelle », comme nous le confirme Christophe Dupont, président de la FFP pour la région Centre-Val de Loire. La mise en place d’une nouvelle unité de compte en euros plutôt qu’en heures – qui pourrait être abondée par le salarié lui-même, encouragé dans sa démarche par des crédits d’impôts – va contribuer à donner plus de transparence à l’offre. Et per-


mettre au candidat d’effectuer une saine et efficace comparaison entre les propositions qui lui sont faites, sur des bases sonnantes et trébuchantes. « À l’heure des apprentissages numériques, comment juger de la qualité de formations fondées sur la seule unité de temps ? Le strict présentiel a perdu beaucoup de pertinence », poursuit Christophe Dupont. Le gouvernement lui-même en est convaincu. Dans un document d’orientation daté de novembre dernier, il indiquait déjà aux protagonistes de la réforme « que l’unité de mesure en heures des droits de chacun n’est pas satisfaisante, celle-ci prenant mal en compte les nouvelles formes d’actions de formation relativisant les notions de présence sur un lieu donné. » Les partenaires sociaux étaient alors invités à débattre de la « nouvelle unité de mesure du compte personnel de formation ». Las, un premier accord laissé à l’initiative des syndicats salariés et patronaux écartait tout re-

cours à une unité de compte en euro. « Mais comment pouvait-il en être autrement ? », répliquait aussitôt Jean Wemaëre dans une chronique publiée par le quotidien L’Opinion : le gouvernement « a fait le choix de demander à ceux qui ont conçu et pilotent le système depuis près d’un demi-siècle de le réformer en profondeur ». Visiblement, poursuivait-il, ces acteurs préfèrent « gérer l’argent mutualisé des entreprises plutôt que donner davantage de liberté aux salariés et aux employeurs dans le choix des formations. » Bien sûr, quelques avancées ont été obtenues durant les négociations. Mais pas assez aux yeux de Muriel Pénicaud qui a décidé de secouer le cocotier. On notera également l’absorption par le CPF du congé individuel de formation (CIF) destiné aux reconversions longues. Ce dispositif, géré par les Fongecif à l’échelle des régions, n’était pas en odeur de sainteté au gouvernement. In fine, et à l’issue d’âpres négocia-

tions, les partenaires sociaux se sont néanmoins entendus sur la sanctuarisation d’une enveloppe annuelle de 250 M€ – dont le montant reste toutefois à confirmer – qui devrait permettre de déployer le conseil en évolution professionnelle (CEP). Ce dispositif issu de la précédente réforme (lire, à ce sujet, l’interview d’Anthony Fumard, délégué régional de l’Apec) doit permettre aux personnes éligibles d’être accompagnées et guidées dans leur projet de formation. La clé de répartition du pactole entre les cinq opérateurs publics et parapublics (Apec, missions locales, Fongecif, Cap Emploi et Pôle Emploi) n’a pas encore été fixée, mais le gouvernement devrait autoriser l’éventuel recours à des opérateurs privés, parmi lesquels les sociétés d’intérim. On espère que le débat parlementaire ne brisera pas l’élan « révolutionnaire » affiché par le président Macron et sa ministre du Travail. Jean-Christophe Savatttier et François-Xavier Beuzon

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Économie

Formation

ANTHONY FUMARD, DÉLÉGUÉ RÉGIONAL DE L’APEC

« Le CEP est un outil essentiel de la formation professionnelle » Le conseil en évolution professionnelle (CEP), un des dispositifs privilégiés par le gouvernement dans sa réforme de la formation professionnelle, est pratiqué déjà depuis plusieurs années par les équipes de l’Apec. En 2017, environ 2 000 CEP ont ainsi été accompagnés en région Centre-Val de Loire par l’association pour l’emploi des cadres. La Lettre Valloire : Le gouvernement veut placer le dispositif du conseil en évolution professionnelle (CEP) au cœur de la réforme en cours d’élaboration. Est-ce une bonne idée ? Anthony Fumard : Le dispositif du conseil en évolution professionnelle (CEP) est un outil essentiel, encore trop peu utilisé, de la formation professionnelle. Il permet à des salariés, qu’ils soient d’ailleurs cadres ou non-cadres, de s’interroger à des moments clefs de leur carrière sur leurs acquis et leur patrimoine professionnels. Il leur donne l’opportunité de questionner leur employabilité et la cohérence de leurs qualifications au regard de leurs ambitions. Cet outil a pris une dimension tout à fait cri-

tique compte tenu des évolutions des marchés et des métiers où l’évolution technologique et les changements organisationnels composent un terrain mouvant. La Lettre Valloire : Comment l’Apec s’est-elle emparée du sujet ? Anthony Fumard : Nous avions déjà pris un peu d’avance sur le déploiement de ce dispositif créé par la réforme de 2015 et pour lequel nous prônons la personnalisation. Il peut ainsi être proposé par nos équipes en face-à-face physique, à distance, comporter un nombre variable d’heures et de jours, s’étaler ou non sur plusieurs semaines. Ce qui est important, c’est de s’adapter au plus juste aux besoins du demandeur. Cette flexibilité de l’offre a, sans doute, contribué à notre succès. L’Apec a conduit en 2017 près de 80 000 CEP, dont 2 000 en région Centre-Val de Loire. Ce sont des chiffres tout à fait flatteurs, d’autant que 65 % des CEP ont été engagés à la demande de salariés qui étaient déjà en poste. L’accompagnement de nos clients dans le CEP constitue aujourd’hui l’une des plus grosses parts de notre activité. La Lettre Valloire : Le dispositif peut-il être amélioré ? Anthony Fumard : Incontestablement. Ce dispositif est souvent engagé à chaud par les salariés à l’occasion d’événements professionnels qui mettent en lumière leurs vulnérabilités, comme par exemple un burn-out, un changement de poste ou de mission non sollicité, voire des modifications hiérarchiques mal vécues. C’est dommage : l’expérience montre qu’une réflexion menée à froid dans le cadre d’un CEP s’avère beaucoup plus productive. Il faut, de façon générale, que ce dispositif soit mieux connu. C’est aux managers de proximité de le proposer lors des entretiens professionnels. Pour autant, il faut bien comprendre que la mise en jeu reste exclusivement du ressort et de la responsabilité du salarié. Propos recueillis par Jean-Christophe Savattier

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PIERRE ALLORANT, doyen de la faculté de droit, d’économie et de gestion d’Orléans

« Replacer la faculté au cœur de la cité » La Faculté de droit, d’économie et de gestion d’Orléans semble accumuler les projets en ce début d’année ? Le fil rouge de tous les projets, c’est l’ouverture croissante de notre Faculté à la vie de la cité, aux institutions et aux acteurs économiques locaux. Cette politique s’est traduite récemment par la relance de notre club de partenaires qui s’était un peu assoupi ces dernières années. Les représentants des entreprises privées ou publiques ou des cabinets d’avocats membres de ce club, nous aident à faire évoluer le contenu de nos formations. Ils sont aussi de puissants leviers de notoriété. Ce club est l’une des composantes majeures de notre attractivité qui dépend bien sûr tout d’abord de la qualité de notre offre pédagogique qui va connaître d’importantes améliorations.

Quelles sont les évolutions les plus saillantes de cette offre ? Nous allons ouvrir à la rentrée 2018 un nouveau master en économie internationale dont les cours seront tous dispensés en anglais. La première année s’effectuera à Orléans, la seconde à Tours. Du côté du droit, l’heure est également à l’international : nous allons ainsi profondément renouveler la licence droit européen qui comportera également des cours en anglais et des modules spécifiques consacrés à l’étude de la Common Law. Notre équipe est également en train de finaliser la conception de diplômes universitaires (DU) aux thématiques très originales dont certaines ont été bâties en commun avec environnement immédiat. Je citerai le DU « dialogue social » qui intègre l’étude des ordonnances Macron, le DU « médiation » pensé avec le barreau orléa-

nais ou le DU « laïcité et République » d’une très grande actualité. Bien sûr, ces diplômes sont plutôt designés pour la formation continue, mais ils peuvent aussi permettre à des étudiants de se doter de compétences précieuses.

Le projet de transfert de la Faculté de DEG en centre-ville est il toujours d’actualité ? La Faculté de droit, d’économie et de gestion d’Orléans votera fin mai, à l'issue des travaux d'un groupe projet, pour décider si elle se rapproche de ses partenaires orléanais intramuros en s’installant sur le site de l’ancien hôpital dans le quartier Madeleine. Il faut dire d’emblée que ce projet, qui n’aboutira pas avant trois ou quatre ans, ne vise pas à appauvrir le campus d’Orléans-la Source qui conserve sa vocation de grand campus scientifique. De nouvelles formations dans le domaine de la santé viendraient occuper nos locaux et apporter un nombre sensiblement équivalent d’étudiants. Notre installation à la Madeleine nous donnerait l’opportunité de déployer de nouvelles formations très attractives sur, par exemple, les segments de la gestion des données économiques et juridiques et de la justice prédictive. Surtout, nous réfléchissons au développement de formations en sciences politiques et à des préparations intégrées aux concours de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) et de l’Ecole nationale d’administration (ENA). C’est un programme immobilier et pédagogique très ambitieux. L’investissement, d’un montant estimé à 70 M€ s’inscrira dans le cadre d’un contrat de plan Etat-Région (CPER). Il bénéficie du soutien de la métropole orléanaise, très impliquée dans ce projet. La Lettre Valloire - Mars 2018 31


Économie

Apprentissage

La rĂŠforme de

accouche dans

32 La Lettre Valloire - Mars 2018


l’apprentissage la douleur

La réforme de l’apprentissage a pris d’emblée un tour polémique avec l’affrontement des branches professionnelles et des Régions autour des questions de gouvernance du futur dispositif. Les acteurs de ce psychodrame semblent cependant revenus à de meilleurs sentiments après avoir constaté leur accord sur l’essentiel des mesures proposées.

L

a réforme de l’apprentissage en cours, qui doit enfin permettre à la France de rivaliser avec son voisin allemand où, chaque année, 1,5 million d’apprentis – contre 400 000 de ce côté-ci du Rhin – sont pris en charge par un système ultra-performant, n’a pas débuté dans la sérénité, ni dans le consensus ! Le gouvernement a été contraint de faire cavalier seul depuis qu’il a annoncé sa préférence pour un pilotage par les branches professionnelles au détriment des Régions ; celles-ci exerçaient jusqu’alors un magistère quasi monopolistique sur les CFA (Centres de formation d’apprentis) et les différentes formations alternantes. Le clash a eu lieu juste avant la trêve des confiseurs, suite à l’annonce de la création d’une taxe d’alternance unique (environ 0,8 % de la masse salariale) qui devrait être cogérée par les partenaires sociaux et les branches professionnelles. La mise en place de ce financement, qui s’imposera dans la loi discutée au printemps prochain, reviendra à briser le modèle actuel de gestion administrée en introduisant une logique de marché et de concurrence dans le système : chaque CFA serait en effet financé à hauteur du nombre d’élèves

passés sous contrat. De facto, il priverait les Régions de l’accès direct aux ressources financières et partant, de leur sacro-saint droit de regard sur l’ouverture de nouveaux établisse-

sion les établissements en leur achetant des prestations, comme elles le font avec les OPCA lorsqu’elles achètent des prestations de formation continue ».

“ UNE TAXE D’ALTERNANCE UNIQUE D’ENVIRON 0,8 % DE LA MASSE SALARIALE DEVRAIT ÊTRE COGÉRÉE PAR LES PARTENAIRES SOCIAUX ET LES BRANCHES ments dont les choix sont souvent dictés par des impératifs d’aménagement du territoire. C’en était trop pour les responsables des exécutifs régionaux qui quittèrent avec fracas la table de négociations. Rapidement, deux camps constitués d’une part par le Medef épaulé par quelques syndicats, les Régions soutenues par les chambres consulaires d’autre part, se sont affrontés à grands coups de déclarations publiques, d’éditos et… de pétitions. Un psychodrame à la française ! Les partisans d’une gouvernance confiée aux branches professionnelles considéraient avec un brin de raison que ces dernières étaient sans doute les mieux placées pour connaître les besoins des entreprises. L’idée sous jacente, comme l’indique ce responsable régional d’un CFA, était « de mettre sous ten-

Les pro-Régions estimaient, au contraire, que la collectivité régionale dotée d’une compétence générale en matière économique constituait l’échelon de pilotage idéal. « Elle est en capacité d’aiguillonner les CFA par ses dotations, tout en respectant l’équilibre des territoires placés sous sa souveraineté », indique ainsi Bertrand Martinot, ex-délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle et auteur d’un ouvrage remarqué sur la question (« L’apprentissage, un vaccin contre le chômage des jeunes »). Heureusement, cette opposition s’est estompée devant le principe de réalité. Assez rapidement, les protagonistes sont revenus à de meilleures intentions, à la faveur d’un compromis impulsé par Matignon qui était sur le point d’être acté à l’heure où nous écrivons ces lignes. La Lettre Valloire - Mars 2018 33


Économie

Apprentissage

Sylvie Brunet

Les branches et les Régions étaient ainsi invitées à coopérer via la négociation et la signature « de contrats d’objectifs », et à grands coups « de schémas directeurs », sans qu’aucune des parties ne chipe définitivement le contrôle politique à l’autre. Le 24 janvier dernier,, le président de la Région Centre-Val de Loire François Bonneau – par ailleurs président dé-

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légué de Régions de France – et Bernard Stalter, le président de l’Assemblée permanente des chambres des métiers (APCM), se félicitaient chaudement dans un communiqué commun « de cette mise en commun de moyens pluriannuels entre les branches et les Régions et d’une sortie par le haut » de cette crise initiale. « Ce qui a permis de dépasser les an-

tagonismes, c’est la promesse faite aux responsables des Régions qu’ils seraient destinataires d’une partie du produit de la taxe de 0,8 % sur la masse salariale, et qu’ils conserveraient une bonne part de leurs prérogatives en matière de contrôle de la qualité des formations dispensées dans les CFA. Par ailleurs, sans disposer d’un droit de veto, elles continueront à avoir leur mot à dire sur l’ouverture et le maintien des filières dans les établissements », indique ce bon connaisseur du dossier. Une fois ces affaires de gros sous et de leadership réglées, le contenu même de la réforme, qui devrait largement s’inspirer des recommandations du rapport réalisé par Sylvie Brunet, la présidente de la section travail et emploi du Conseil économique, social et environnemental (Cese), semblait emporter une adhésion assez large. Ainsi, la convergence du contrat d’apprentissage et de professionnalisation, mesure qui doit simplifier les


procédures de recrutement, ne devrait pas rencontrer d’opposition. De même, l’impossibilité pour les apprentis de recourir aux prud’hommes en cas de rupture de contrat après la période d’essai ne souffrira pas de contestation… et devrait grandement rassurer les chefs d’entreprise, notamment des plus petites d’entre elles. L’assouplissement des conditions de travail des apprentis mineurs – sujet un peu plus sensible – paraissait également recueillir un large consensus. Le secteur du BTP, par accord de branche et sans autorisation préalable de l’inspection du travail, sera probablement autorisé à déroger à la durée de travail des apprentis. Dans l’hôtellerie-restauration et certains métiers de bouche, la limite du travail de nuit pourrait être étendue à minuit. De même, les contrats d’apprentissage pourront être signés à n’importe quelle période de l’année, ce qui ne manquera pas de fluidifier les recrutements, mais devrait éga-

lement contraindre les CFA à réorganiser le rythme des rentrées. Les auteurs du rapport remis à la ministre du Travail Muriel Pénicaud ont aussi plaidé pour la suppression de l’âge limite de l’apprentissage, fixé aujourd’hui à 26 ans. Cette hypothèse semble froisser davantage

ciblées en omettant de reconnaître les qualifications. » Afin de mieux faire connaître l’apprentissage, qui souffre encore de préjugés défavorables chez les jeunes et leurs parents, la future loi devrait acter la création d’une Agence nationale de l’apprentis-

“ LA FUTURE LOI DEVRAIT ACTER LA CRÉATION D’UNE AGENCE NATIONALE DE L’APPRENTISSAGE.

les syndicats qui perçoivent de nombreux risques dans cette mesure. Du côté de la CGT, on souligne que l’apprentissage « doit rester de la formation initiale. Il y a d’autres dispositifs plus adaptés aux adultes, notamment dans l’univers de la formation continue. Le risque, c’est d’obtenir par ce biais des baisses de salaires et de faite travailler les personnes sur des tâches

sage. Par ailleurs, les enseignants et les chefs d’établissements seront invités à suivre des modules obligatoires de sensibilisation à l’apprentissage. Enfin, les collégiens en classe de 4e et de 3e participeront à des journées obligatoires d’information sur les métiers au cours desquelles seront organisées des visites de CFA. Vaste programme ! Jean-Christophe Savattier

La Lettre Valloire - Mars 2018 35


Économie

Apprentissage

GÉRARD BOBIER, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE RÉGIONALE DE MÉTIERS ET DE L’ARTISANAT DU CENTRE-VAL DE LOIRE

« Le projet contient déjà de belles avancées » Selon le président de la CRMA du Centre-Val de Loire, aux premières loges de la réforme de l’apprentissage, le texte de loi en gestation comportera de nombreuses avancées. Mais les sujets du financement et de la gouvernance restent pendants. La Lettre Valloire : La réforme de l’apprentissage est-elle mal engagée ? Gérard Bobier : Félicitons-nous, tout d’abord, que les différents acteurs de l’apprentissage s’accordent sur la nécessité de conduire cette réforme. Il y a manifestement une perception commune de l’urgence. Sur le fond, les choses avancent. Tout d’abord, le principe d’une rentrée des apprentis pouvant s’effectuer tout au long de l’année, au lieu d’une rentrée à date unique, constitue un assouplissement qui va accroître l’attractivité de toutes les filières. Ensuite, il est également entendu que les représentants des branches professionnelles pourront contribuer à la co-rédaction des titres et des diplômes ; voilà de quoi grandement améliorer l’adéquation des formations et des cursus aux besoins des entreprises. Je suis également tout à fait favorable à la généralisation d’Erasmus à l’apprentissage. Depuis 1995, les apprentis peuvent, en théorie, bénéficier de ce dispositif d’échanges internationaux mais, en pratique, beaucoup de freins subsistent et en réduisent l’usage. Enfin, tous les assouplissements du contrat de travail de l’apprenti constituent des axes de progrès. Est-il concevable, par exemple, qu’un apprenti boulanger ne puisse pas commencer à travailler avant 8 h du matin ? Il suffit souvent d’introduire un peu de bon sens dans les textes pour faire avancer les choses. 36 La Lettre Valloire - Mars 2018

La Lettre Valloire : Pour autant, les divergences sur la gouvernance entre branches et Régions sontelles aplanies ? Gérard Bobier : Après les crispations initiales, les discussions ont repris sur des bases plus apaisées. Le pilotage doit être partagé, même si les Régions, qui ont une vision globale de leur territoire, constituent un échelon incontournable. Le vrai sujet qui pose question, c’est celui du financement au contrat. Jusqu’alors, les CFA étaient financés par des dotations attribuées par la Région. L’idée du gouvernement, c’est que les branches financent ces établissements en accordant des subventions dont le montant variera en fonction du nombre de contrats d’apprentissage effectivement signés. Ce modèle est risqué. Il risque de fragiliser des filières qui connaissent d’importantes variations d’une année sur l’autre. En Touraine, il y a quelques années, nous avons connu une baisse drastique du nombre d’apprentis-bouchers. Le CFA de Jouélès-Tours en compte aujourd’hui 43 ! Si le financement au contrat avait été appliqué à l’époque, cette filière aurait peut-être disparue et les apprentis bouchers dû rejoindre un établissement éloigné de leur domicile. Il y a derrière ce sujet des problématiques de mobilité et d’aménagement du territoire qu’il ne faut pas balayer d’un revers de main. Ceci ne veut pas dire que nous devons nous affranchir d’une grande rigueur dans la gestion, mais il faut que les montants attribués intègrent ces notions de variabilité et de frais de structure ; c’est l’objet des discussions en cours. La Lettre Valloire : Quelle est la situation de l’apprentissage en région Centre-Val de Loire ? Gérard Bobier : Après la décrue liée à la crise, qui nous a fait perdre près de 10 % de nos effectifs, les faisant retomber à environ 18 000 apprentis, nous sommes revenus sur une dynamique plus positive. L’objectif de 20 000 contrats d’apprentissage signés chaque année, toutes filières et métiers confondus, est à notre portée. Propos recueillis par Jean-Christophe Savattier


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Économie

Apprentissage

Les CFA orléanais oscillent entre crainte et espoir

Faute d’une vision claire sur la future loi apprentissage, les contrats entre le conseil régional et les CFA n’ont été reconduits que pour un an au lieu de cinq. À Orléans, les directeurs d’établissements s’interrogent. délicat de reconstruire notre budget pour 2019 », estime Frédéric Briday dont le budget annuel de 3,5 M€ dépend à 50 % du conseil régional et à 25 % d’Orléans Métropole. Même interrogation de Jérôme Kohn dont le budget de 5 M€ est alimenté à plus de 75 % par la Région, le solde provenant

lution des métiers et des technologies oblige à une adaptation permanente de l’offre. Au CFA d’Orléans Métropole, le catalogue s’enrichit d’une à deux formations chaque année. A la rentrée prochaine, l’établissement proposera deux nouveaux titres de niveau bac+3 en développement com-

“ SI LA RÉGION VENAIT À SORTIR DU JEU, IL SERAIT DÉLICAT DE RECONSTRUIRE NOTRE BUDGET POUR 2019

Frédéric Briday, le directeur du CFA d’Orléans Métropole qui accueille 500 apprentis.

I

l régnait une ambiance morose début janvier dans l’hémicycle du conseil régional où François Bonneau avait invité les responsables de 39 centres de formation d’apprentis (CFA) du Centre-Val de Loire à signer le renouvellement de leur convention. Plutôt que de repartir pour cinq ans comme à l’accoutumée, c’est seulement un contrat d’un an qui était proposé, faute d’une visibilité suffisante sur la réforme de l’apprentissage. François Bonneau a fortement plaidé pour le maintien des prérogatives de la Région qui consacre chaque année 93 M€ à l’apprentissage. Comment les directeurs des CFA orléanais vivent-ils cette situation? Aussi bien celui de la métropole, Frédéric Briday, que celui de la chambre de métiers, Jérôme Kohn, reconnaissent que cette incertitude pourrait être difficile à gérer dans la durée. « Si la Région venait à sortir du jeu, il serait

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de la taxe d’apprentissage. L’un comme l’autre s’accordent à reconnaître qu’en Centre-Val de Loire le système fonctionne plutôt bien, notamment grâce à la concertation et à l’enveloppe complémentaire de 62 M€ accordée par la Région. Qui plus est, et contrairement à d’autres régions, les branches professionnelles et les organisations patronales ne revendiquent pas la mainmise sur l’organisation et la gestion de l’apprentissage. « Si le principe du “un contrat = un financement” qui semble se dessiner dans la future loi est louable, estime Frédéric Briday, il faudra être plus précis sur ce que recouvre ce financement. S’agit-il uniquement des frais de formation ou aussi des moyens matériels et de l’accompagnement qui permettent de réussir le contrat ? » Jérôme Kohn est tout aussi mesuré et pointe une dérive possible, celle de « favoriser uniquement les métiers à fort effectif qui disposeront de plus de moyens que les formations plus spécifiques. » Car l’univers de l’apprentissage est un terrain extrêmement mouvant. L’évo-

mercial et distribution. De son côté, le CFA de la chambre de métiers s’est engagé dans un ambitieux programme, “le CFA du futur”, avec des options innovantes comme la motorisation à l’hydrogène pour l’automobile ou l’analyse capillaire et dermique pour la filière soins et bien-être. Pour Frédéric Briday comme pour Jérôme Kohn, une vision régionale attentive aux besoins des branches professionnelles et aux équilibres entre les territoires est indispensable pour concevoir une carte de l’apprentissage digne de ce nom. Le 1er mars, François Bonneau réunissait à nouveau les patrons de CFA pour les tenir informés de l’avancement des discussions entre le gouvernement et les Régions : « Nous sommes parvenus à faire bouger les lignes sur l’approche régionale, expliquait-il, mais nous ne voulons pas être les supplétifs de la nouvelle loi. » Laquelle ne prendra sans doute effet qu’en 2020, obligeant la Région à signer avec les CFA un avenant d’une année supplémentaire. Bruno Villeneuve


LA MINISTRE DU TRAVAIL ÉTAIT À ORLÉANS LE 12 MARS

« Nul n’est inemployable ! » Invitée par le président de Région François Bonneau aux Rencontres de l’économie et de l’emploi, Muriel Pénicaud a justifié les réformes de la formation professionnelle et de l’apprentissage en préparation.

G

uest-star des Rencontres régionales de l’économie et de l’emploi, lundi 12 mars au centre de conférences d’Orléans, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a profité de son déplacement pour faire le plein de retours d’expériences et de témoignages de recruteurs. Une visite à la fois de courtoisie répondant à l’invitation du président de Région François Bonneau, mais aussi de terrain pour une ministre issue de l’entreprise qui sait se plonger dans la réalité du recrutement et ses difficultés. Faisant le tour des ateliers de speed meetings, elle a écouté successivement une représentante de l’enseigne berruyère de restauration rapide PatàPain (720 salariés) lui exposer ses méthodes de recrutement pour un métier de manager de point de vente « auquel on ne forme pas les jeunes » et lui annoncer son projet d’embaucher prochainement 35 alternants, puis le gérant du groupe Nato évoquer la création à Montlouis-sur-Loire (37) de son propre organisme de formation – l’Institut professionnel des métiers de l’industrie (Ipmi) – destiné aux adultes en recherche d’emploi ou en reconversion dans les métiers de l’usinage et de la rectification. La ministre s’est également attardée auprès du fondateur de Neolink qui a développé Job41 et JobTouraine, des plateformes web de mise en relation dédiées aux allocataires du RSA de ces deux départements. À l’écoute, disponible, la ministre a aussi lancé durant sa visite quelques messages. « Nul n’est inemployable », a-t-elle rappelé, soulignant ce paradoxe : « Aujourd’hui, une croissance

économique robuste, des bassins d’emploi qui peinent à recruter et des entreprises qui ne peuvent prendre des marchés et, de l’autre côté, une partie de nos concitoyens toujours très éloignés de l’emploi et de la compétence. » Pour remédier à ce déséquilibre grandissant du marché du travail – selon Pôle emploi, entre 200 000 et 330 000 offres d’emplois ne trouveraient pas preneurs, chaque année, en France – , Muriel Pénicaud avance plusieurs solutions. D’abord investir massivement dans les compétences et changer de logiciel en simplifiant l’accès des salariés à la formation ; c’est le sens de la réforme en cours de préparation. Ensuite, former pour ramener vers l’emploi un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés et un million de jeunes décrocheurs d’ici à cinq ans en lançant un vaste plan pluriannuel (2018-2022) d’investissement dans les compétences (le « PIC »), auquel les Régions seront étroitement associées ;

le Centre-Val de Loire recevra d’ailleurs une dotation de 26 M€ par an dans ce cadre. Enfin, la ministre indique que si la France se caractérise par un nombre très important de petites et très petites entreprises, « un salarié de TPE-PME a deux fois moins de chances de se former qu’un salarié de grande entreprise. » Des règles beaucoup plus simples et une mutualisation financière à leur profit seront rapidement mises en place. Bien sûr, Muriel Pénicaud a évoqué l’apprentissage, lui aussi en pleine refonte, devant des instances régionales attentives. Après la polémique entre Régions et branches professionnelles autour des questions de gouvernance du nouveau dispositif, elle a souligné que les premières ont toute leur place dans le développement de l’apprentissage pour l’aménagement du territoire. Ce gouvernement de techniciens sait aussi faire de la politique... François-Xavier Beuzon

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Économie

En bref

LES LOGISTICIENS INVESTISSENT LES PORTES EURÉLIENNES L’attractivité des Portes Euréliennes d’Île-de-France, du nom de la communauté de communes d’Eure-et-Loir qui longe les Yvelines, se confirme. À Auneau-Bleury-St-Symphorien, le spécialiste français du développement de parcs logistiques Parcolog va acter prochainement l’achat d’un terrain de 15 ha destiné à construire 72 000 m² d’entrepôts en un ou deux bâtiments ; l’emprise foncière est située à la sortie du bourg, en regard de l’usine Novandie (groupe Andros) et non loin de l’échangeur de l’A11. Quant à Prologis, le leader mondial de l’immobilier logistique, il a finalement jeté son dévolu sur la commune voisine de Levainville, en bordure de la RD 910, où il compte faire l’acquisition d’une parcelle de 11 ha pour bâtir environ 60 000 m². Prologis a déjà construit 255 000 m² d’entrepôts logistiques en région Centre-Val de Loire, sur les sites d’Ormes, Ingré, Meung-sur-Loire et Mer. De surcroît, un autre français, FM Logistic, aurait un projet d’implantation à Drouesur-Drouette, près d’Épernon. Le groupe mosellan est déjà présent à Vernouillet (28), via sa filiale Aexxdis (FM Health), mais aussi et surtout dans le Loiret : St-Cyr-en-Val et Neuville-aux-Bois, en attendant la plateforme de près de 75 000 m² qui doit ouvrir d’ici à un an sur la ZAC Saint-Eutrope à Escrennes.

SIMBA RACHÈTE LES POUPÉES COROLLE L’allemand Simba Dickie, déjà propriétaire des jouets du jurassien Smoby, rachète les poupées Corolle (14,2 M€ de CA en 2015, cinquante salariés), l’entreprise emblématique fondée en 1979 par Catherine et Jacques Refabert à Langeais (37). Ces derniers avaient vendu Corolle à la fin des années quatre-vingt à l’américain Mattel – les poupées Barbie – qui souhaitent aujourd’hui se désengager de cette PME toujours installée à Langeais. Simba s’est engagé à conserver le siège de Langeais et l’ensemble du personnel des poupées Corolle.

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MARIE-LAURE PLV EMBAUCHE À NOGENT-LE-ROTROU Marie-Laure PLV, groupe spécialisé dans la création de présentoirs haut-degamme pour la cosmétique, projette d’étendre sa surface avec la construction d’un nouveau bâtiment de 10 000 m² à Nogent-leRotrou (28) ; celui-ci viendrait s’ajouter aux 20 000 m² existants. Le projet, susceptible de créer entre 80 et 100 emplois, représenterait un

investissement de 6 M€. L’usine Marie Laure PLV de Nogent-le-Rotrou emploie aujourd’hui environ 200 salariés en CDI et une centaine d’intérimaires.

remplacement de vitrages de véhicule, compte près de 1 million de clients dans 35 pays, et réalise un CA de 406 M€ de CA.

BROCHARD TROQUE BIGMAT POUR GEDIMAT Le négociant de matériaux de construction Brochard (30 M€ de CA, 110 salariés), qui détient les marques Bigmat, Gedibois et Gedimat, fait passer ses enseignes Bigmat sous la marque Gedimat afin de donner plus de

MAISONING DANS L’ESCARCELLE DE CARGLASS Le groupe tourangeau de services à domicile Maisoning (400 collaborateurs, environ 40 M€ de CA) change de mains. La société, qui avait été acquise en 2010 par le spécialiste de l’expertise en assurances Prunay, a été rachetée par Belron France, la holding du groupe Carglass, qui a acquis 80 % du capital. Carglass, bien connu pour son activité de

visibilité au groupe. Gedimat met plus l’accent sur son activité de négoce de matériaux de construction plutôt tournée vers les professionnels. Brochard possède une dizaine de points de vente dans le Cher (Bourges, Vierzon, St-Germain-duPuy, St-Amand-Montrond et Belleville-sur-Loire), l’Indre (St-Maur), le Loiret (Poilly-lez-Gien), ainsi que deux dans la Nièvre.


ACTIA DÉMÉNAGERA À CHARTRES Quinze ans après avoir racheté à la barre du tribunal de commerce le chartrain Muller-Bem, le spécialiste toulousain de l’électronique embarquée et du diagnostic automobile Actia (431 M€ de CA en 2016 et une quasi stabilité attendue pour 2017) va quitter Lucé, où il occupe un ensemble de quatre bâtiments représentant près de 10 000 m², pour s’installer sur le Jardin d’Entreprises de ChartresGellanville. Les travaux d’une unité d’une surface équivalente (9 300 m²), mais mieux distribuée, viennent de débuter pour une livraison en fin d’année.

MASSOUTRE LOCATIONS ÉTEND SON AGENCE DE SAINVILLE Le groupe francilien Massoutre, qui exerce plusieurs activités dans la location et la vente automobile (concessions Avis, vente de véhicules d’occasion, réparation), va pouvoir lancer des travaux à Sainville, une commune rurale proche d’Auneau (28). L’emprise foncière de 11 ha lui permettra de déployer de nouveaux services (préparation de véhicules, showroom, centre de

IPSEN INVESTIT 15 M€ À DREUX

Sauvée de justesse en 2012 grâce au regain de l’activité de médecine générale et de santé familiale, l’usine drouaise d’Ipsen est en passe d’augmenter ses capacités. Le site de la rue Ethe-Virton va bénéficier de l’implantation d’une nouvelle ligne de production du Smecta, le célèbre antidiarrhéique qui poursuit sa belle carrière, en particulier sur les marchés des pays émergents. Près de 15 M€ vont être engagés dans des capacités qui seront dédiées à la production de sticks liquides. Cette production était auparavant confiée à un sous-traitant avant que la direction décide de ré-internaliser l’activité. La nouvelle ligne sera dotée d’une capacité de 7 millions de boîtes qui vont compléter les 67 millions de boîtes produites chaque année par cette usine qui fabrique également le Forlax (anti-constipation) et le Tanakan (traitement des troubles cognitifs chez les personnes âgées). réparation...). L’installation est prévue l’an prochain ; le groupe compte créer une trentaine d’emplois d’ici à cinq ans.

Suntory France située sur la commune voisine de Donnery, permettrait la création d’une centaine emplois.

LSDH CRÉERAIT UNE UNITÉ LOGISTIQUE À FAY-AUX-LOGES

SAMMODE ARRIVE À LAMOTTEBEUVRON

La Laiterie de St-Denis-deL’Hôtel (LSDH) a adressé une lettre d’intention à la communauté de communes des Loges pour lui indiquer qu’elle souhaitait acquérir une vingtaine d’hectares sur la ZAC des Loges, sur la commune de Fay-auxLoges, pour y implanter une plateforme logistique ainsi qu’une activité de packaging. Ce programme, auquel pourrait être associée l’usine Orangina

Éclairage, laissés vacants au mois de juin dernier suite à l’arrêt de la production de cette filiale du groupe néerlandais. Sammode exploitera une cellule de R&D qui a déjà repris une dizaine d’anciens salariés de Philips Éclairage.

LE VIERZONNAIS LEDGER LÈVE 75 M$

Le vosgien Sammode, spécialisé initialement dans les éclairages techniques et les éclairages industriels en milieux extrêmes (mines, centrales nucléaires), arrive à Lamotte-Beuvron. La société (une centaine de salariés) s’installe dans les locaux de Philips

En pleine chute du cours des cryptomonnaies, la société française Ledger, un spécialiste de la sécurisation des transactions de bitcoins, a bouclé récemment un tour de table de 75 M$ (61 M€). La startup, qui concentre l’essentiel de ses effectifs à Vierzon (18), avait déjà levé 7 M€ au mois de mars dernier. La société emploie quelque 80 personnes et compte passer rapidement à 150 ; la construction d’un bâtiment de 4 000 m² avait été annoncée courant décembre ; il est probable qu’il sera situé dans le Cher.

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Économie

Industrie

ASB déborde d’énergie Basée à Bourges, ASB développe dans la discrétion son activité de très haute technologie pour les plus grands donneurs d’ordre de l’aéronautique militaire et de la défense.

L

Michel Hainaut

42 La Lettre Valloire - Mars 2018

e principe de la pile thermique, cylindre hermétique en inox renfermant des cellules électrochimiques, adossées chacune à une pastille pyrotechnique, existe depuis la Seconde Guerre mondiale. La technologie a fortement évolué depuis. D’usage unique, elle développe une puissance très importante sur une courte durée. Conçu pour le domaine militaire, on retrouve ce type d’équipement dans des missiles, des fusées, des torpilles, des leurres, des avions de chasse (pour les sièges éjectables et énergie électrique d’ultime secours, systèmes de relance des moteurs…). ASB, le spécialiste berruyer né en 1994 de la fusion entre Saft et Aéros-

patiale, a su séduire les décideurs de grands groupes, comme MBDA, Airbus, Safran, Lockheed Martin, Raytheon, Boeing…. Sans ses produits pour actionneurs de tuyères, les prochains lanceurs spatiaux Ariane VI et Vega resteraient cloués au sol ! Seule société au monde à développer, produire et commercialiser des piles thermiques de grande dimension et de très forte puissance (jusqu’à 32 kg), l’entreprise dirigée par Michel Hainaut protège jalousement ses secrets technologiques de haut vol, avec une surveillance digne d’un site militaire. Une des spécificités des créations ASB consiste dans le fait que l’électrolyte utilisé est inerte à température ambiante et donc plus sûr.


Comme elle ne s’autodécharge pas, la pile berruyère peut être stockée pendant vingt ans sans déperdition d’énergie. Autre atout unique en son genre, elle est utilisable par tout type de températures, de – 40°C à + 70°C. Dans ce marché de niche, les concurrents de niveau mondial sont rares (les américains Eagle Picher et Enersys et l’israélien Raphael) et les États utilisateurs très sensibles dès lors qu’on touche à la sécurité nationale. ASB a donc démarré une politique d’expansion dans les pays où sont les donneurs d’ordre, aux USA il y a dix ans ou en Inde l’an passé, lors de l’acquisition d’avions Rafale. « Ce contrat nous a permis de nous implanter en rachetant une société locale, une belle opportunité pour prendre des marchés, parce que la vente à l’étranger des piles thermiques est très

compliquée, celle-ci étant classée et dépendant d’une licence d’exportation. En suivant les contrats d’offset de vente des avions de chasse ou de missiles, nous souhaitons ainsi développer des marchés domestiques dans d’autres pays. Mais nos produits sont et seront toujours fabriqués à Bourges. Seul l’assemblage est fait dans nos sites étrangers », précise le dirigeant.

Des travaux d’agrandissement sont en cours en Berry pour supporter cette stratégie. L’autre objectif d’ASB, afin de doubler son chiffre d’affaires, est de s’ouvrir la porte vers des marchés civils, comme les systèmes de sécurité dans l’aéronautique, les centrales nucléaires ou les plateformes de haute mer. Le marché existe mais le point de blocage reste la classification de la Serge Daniel technologie.

Un groupe en pleine expansion ASB Aérospatiale Batteries est un groupe de cinq entreprises employant au total 300 personnes : ASB Aérospatiale Batteries SA à Bourges, MSB Missile & Space Batteries Ltd en Écosse, ATB Advance Thermal Batteries Ltd aux USA, APS Advance Power Sources Ltd et VAR Electrochem Ltd en Inde. Le site berruyer est passé en trois ans de 90 à 130 salariés. « Des recrutements sur des postes très spécifiques d’ingénieurs sont en cours depuis un certain temps, mais nous peinons à attirer les profils adéquats à Bourges », constate avec regret Michel Hainaut.

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Économie

Industrie

Les affaires reprennent chez Fenwal à Lacs

Frappée par un plan social en 2014, l’usine Fenwal de Lacs, près de La Châtre (36), repart de l’avant grâce à un providentiel contrat de sous-traitance et l’apport de la société Azur-Med. (EFS), Cerus a étendu ce deal de soustraitance exclusif qui a déjà permis de préserver 220 emplois sur le site. « L’usine Fenwal de La Châtre a produit 4 millions de poches depuis le début de notre collaboration au début des années 2000, indique l’un des responsables de Cerus. Les volumes vont connaître un accroissement

me Coca Cola s’intéressent au procédé », ajoute Jean-Louis Escoffier qui espère employer « une centaine de collaborateurs d’ici à trois ans ». L’agroalimentaire ne constituera que la moitié de l’activité d’Azur-Med. Jean-Louis Escoffier prévoit, en effet, de réserver l’autre moitié des capacités à la production de dispositifs

“ CERUS A ÉTENDU CE DEAL DE SOUS-TRAITANCE EXCLUSIF QUI A PERMIS DE PRÉSERVER 220 EMPLOIS SUR LE SITE

Le site de Lacs emploiera quelque 250 personnes d’ici à la fin de l’année.

L

a revitalisation de l’usine Fenwal de Lacs, près de La Châtre (36), est engagée, un peu plus de trois ans après le plan social massif (340 postes supprimés) qui s’était abattu sur ce fabricant de kits de transfusion sanguine. « C’est une opération exemplaire, s’est réjoui ces jours derniers Nicolas Forissier, l’exmaire de La Châtre, aujourd’hui député LR de la 2e circonscription de l’Indre. Elle a constitué un test en grandeur réelle des nouvelles compétences économiques attribuées aux communautés de communes et à la Région ». Éligible à une prime d’aménagement du territoire de 900 000 €, et financé par une enveloppe globale de 12 M€, ce programme s’appuie essentiellement sur deux initiatives. La première est celle du groupe américain Cerus qui a confié à Fenwal la fabrication de poches de transfusion de sang dotées d’un système très innovant d’inactivation d’agents pathogènes. À la faveur d’un contrat signé avec l’Établissement français du sang

44 La Lettre Valloire - Mars 2018

très significatif, dopé par l’ouverture de nouveaux marchés, notamment en Allemagne ». Cette perspective a conduit Thomas Graf, le président de Fenwal France, filiale de l’allemand Fresenius Kabi, à prédire « que des investissements, porteurs d’emplois, seront engagés à moyen terme ». L’installation d’une unité d’Azur-Med, une société créée par Jean-Louis Escoffier, le président du fabricant éponyme de matériel médical à usage unique, constitue le second pilier de cette opération de revitalisation. Plusieurs fois retardées par des problèmes techniques, les installations sont désormais opérationnelles. Une première ligne de production a été déployée dans une partie de l’usine Fenwal ; elle sera suivie d’un second équipement du même type. « Nous allons fabriquer des opercules réutilisables de canettes de boissons », explique Jean-Louis Escoffier. Le principal débouché de cette activité, qui emploiera une petite trentaine de salariés d’ici à la fin de l’année, est celui de la société COGITOcan, dépositaire du brevet. « Des groupes com-

médicaux. Mais l’ensemble ne sera pas abrité dans les locaux de Fenwal où Azur-Med ne réside qu’à titre provisoire. Une nouvelle usine de 5 000 m2 – dont 50 % de salles blanches – sera construite sur un terrain de 10 ha adjacent qui vient d’être acquis par la CdC de La Châtre SteSévère. Cette unité devra être opérationnelle en 2021, souligne Nicolas Forissier ; elle sera portée par la SEM patrimoniale à vocation économique de la Région. L’usine Azur-Med constituera la « première pièce » de la cité du Medtech que souhaite développer l’exmaire de La Châtre. Jean-Christophe Savattier

Les opercules réutilisables fabriqués par Azur-Med.


Les projets de SKF à St-Cyr-sur-Loire Le leader mondial du roulement à billes SKF a investi 30 M€ sur son site de St-Cyr-sur-Loire en trois ans. Dernier en date, un investissement de 10,6 M€ pour la construction d’une plateforme de stockage. Prochaine étape ?

U

n investissement en amène un autre chez SKF à St-Cyr-surLoire, en banlieue de Tours. Après la création en 2015 d’un centre d’excellence en ingénierie (pour 8 M€) et du centre de kits de rechange automobile l’an passé (pour 11 M€), les dirigeants de l’entreprise suédoise ont posé, le 16 février dernier, la première pierre d’un futur bâtiment de stockage dont le coût s’élève à 10,6 M€. Cette plateforme de 9 000 m2 permettra de stocker 29 000 palettes de pièces destinées au centre de kits de rechange automobile en pleine croissance, dont l’objectif, à deux ans, est de booster la production de 10 000 à 15 000 références. En trois ans, le leader mondial du rou-

lement à billes (7 Md€ de CA, dont 8 % en France) aura injecté plus de 30 M€ à St-Cyr-sur-Loire, son site français le plus important, avec 1 300 salariés, et le troisième mondial. Au total, 395 M€ ont été investis en France (3 000 salariés au total) depuis 2005. « Nous avons d’autres projets de développement, bien sûr. Pour le moment, nous pensons surtout à l’investissement en cours pour la plateforme logistique. Mais nous allons investir dans l’industrie 4.0 ou usine du futur, à travers différents projets », explique le directeur Éric Beghini. Cela comprendra, par exemple, la modernisation des process de fabrication et l’accompagnement des salariés dans la transition industrielle à travers

la formation pour garantir le maintien de l’emploi industriel. À noter que le site de St-Cyr consacre actuellement 5 % de la masse salariale à la formation de son personnel, soit sept fois plus que le minimum légal. Installé en Touraine dès 1938, SKF réaffirme son ancrage sur le territoire.

Le futur bâtiment de stockage de SKF à St-Cyr-sur-Loire.

Alexia Mellier

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Économie

Culture

2019, année de la Renaissance en Val de Loire

L’année 2019 célèbrera la Renaissance en Val de Loire, 500 ans après la mort de Léonard de Vinci à Amboise et le lancement des travaux du château de Chambord.

Récemment restauré, « La mort de Léonard de Vinci », tableau fin XVIIIe de François-Guillaume Ménageot, sera exposé au château d’Amboise jusqu’à l’an prochain.

P

artie pour marquer le 500e anniversaire de la pose de la première pierre du château de Chambord, l’année 2019 sera finalement celle de toute la Renaissance en Centre-Val de Loire. Né en Italie au milieu du XVe siècle, Il Rinascimento s’est répandu dans toute la péninsule,

puis en Espagne et en Europe du Nord. De retour des guerres d’Italie, Charles VIII a introduit ce qu’on nomme alors « le goût italien » dans ses demeures d’Amboise dès 1495. Mais il est vrai que ce moment unique de la pensée et de l’art européens tournera l’une de ses plus belles pages dans le Val de Loire durant le premier quart du XVIe siècle, tout particulièrement en 1519 qui sera l’année du décès de l’un des plus emblématiques artistes de l’époque, le florentin Léonard de Vinci, arrivé trois ans plus tôt au Clos Lucé. Tête de file de cette opération destinée à devenir « un socle de l’identité et de l’attractivité du territoire », le conseil régional du Centre-Val de Loire a réuni un bon nombre des acteurs concernés dans un comité de pilotage, composé notamment des pro-

priétaires de monuments, des administrations de l’État (Drac) et de la Région, sous le haut patronage d’un ambassadeur de renom, Stéphane Bern, propriétaire du collège royal et militaire de Thiron-Gardais, dans le Perche eurélien. Parmi les premières propositions retenues, la création d’un spectacle innovant et itinérant « alliant création contemporaine et création numérique », un concours international d’architecture à Chambord et le lancement d’un appel à labellisation de projets touristiques. Pour ne pas oublier que le berceau de la Renaissance est la Toscane... le programme sera présenté en avant-première à Florence au mois d’octobre. Avant que le château de Chambord n’abrite l’année suivante le 36e sommet franco-italien. François-Xavier Beuzon

La Caisse d’Épargne soutient le patrimoine vivant La banque régionale abonde à hauteur de 2 M€ le fonds créé par l’ancien ministre Renaud Dutreil pour muscler les entreprises « du patrimoine vivant ».

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tablir « un arc électrique » entre « le passé qui rassure » et « le futur qui excite ». C’est ainsi que Renaud Dutreil, ministre de Jacques Chirac entre 2002 et 2007, présente le fonds d’investissement consacré aux entreprises du patrimoine vivant qu’il vient de lancer avec Mirabaud Private Equity. Il en a évoqué les grandes lignes, fin janvier, devant les invités de la Caisse d’Épargne Loire-Centre réunis au château de Champvallins, à Sandillon (45). L’ancien président de

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LVMH pour l’Amérique du Nord veut lever 150 M€ pour aider une dizaine d’entreprises, ambassadrices de l’excellence tricolore, à se développer sur les marchés extérieurs : « Nous soutiendrons leur croissance en développant le marketing digital et leur présence dans les grandes capitales mondiales », précise celui qui fut aussi à l’origine de la création du label des entreprises du patrimoine vivant. Séduite par la démarche, la Caisse d’Épargne Loire-Centre a décidé de

verser une participation de 2 M€ au fonds Mirabaud Private Equity afin de « compléter le dispositif de soutien aux entreprises qui font l’orgueil de nos régions », comme l’a indiqué la présidente du directoire, Nicole Etchegoinberry. Pour la circonstance, la banque régionale avait réuni quelques-uns de ses clients concernés, comme la Faïencerie de Gien, les verres Duralex, les percussions Bergerault ou le producteur eurélien de jus de légumes bio By Jardin. B.V.


Orléans recycle sa vinaigrerie en centre d’art

L’imposant bâtiment industriel du centre ancien d’Orléans, va devenir une « fabrique pour les arts plastiques et visuels ». Un budget de 6 M€ est prévu pour transformer la friche industrielle en espace de créativité.

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n y transformait autrefois le vin piqué en vinaigre. On y transformera demain la peinture, le bois, le métal en œuvres d’art, sans oublier une place pour le numérique. L’ancienne vinaigrerie Dessaux, qui a fait la réputation d’Orléans depuis le XVIIIe siècle, va trouver une nouvelle vocation après d’importants travaux de réhabilitation qui seront lancés cet été. La bâtisse actuelle, située à proximité des quais où accostaient les gabares chargées de tonneaux, ne paye guère de mine. Abandonnée en 1984, quelques années après le rachat de Dessaux par Amora, elle a été largement saccagée, squattée et recouverte de tags. Aujourd’hui, le bâtiment étale sa haute silhouette de briques au-dessus de la muraille gallo-romaine de la ville. Subsiste même l’empreinte d’une porte donnant accès à l’ancien cimetière. Fin 2019, c’est par cette porte que les artistes accèderont aux ateliers qui leur seront réservés sur les quatre niveaux du pôle création. On y trouvera des espaces réservés aux artistes, ainsi que des pièces plus vastes pour des activités partagées. « Ce sera à la structure retenue pour la gestion et l’exploitation du site, en concertation avec les associations artistiques, de définir les modalités précises d’utilisation de ce nouvel équipement », précise Nathalie Kerrien, adjointe au maire en charge des affaires culturelles. Pour recruter ce futur gestionnaire, la direction des affaires culturelles a lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) qui s’est achevé fin février:

« Des organisations orléanaises se sont positionnées, ainsi que des agences d’ingénierie culturelle, ajoute Nathalie Kerrien. Nous allons étudier les différentes propositions et nous publierons un appel à projets qui reprendra les éléments significatifs. Cela pourrait aussi faire évoluer le projet architectural retenu. »

Offrant une grande modularité, avec plusieurs espaces et niveaux, le pôle diffusion accueillera les œuvres des artistes résidents mais aussi des créateurs locaux. « L’idée est de créer des liens avec des acteurs culturels de la ville comme le centre chorégraphique national, l’école supérieure d’arts et de design

“ ON Y TROUVERA DES ESPACES RÉSERVÉS AUX ARTISTES, AINSI QUE DES PIÈCES PLUS VASTES POUR DES ACTIVITÉS PARTAGÉES Au terme d’une consultation lancée en 2017, le projet du cabinet d’architectes lillois Nathalie T’Kint, spécialisé dans les réalisations patrimoniales, a été sélectionné. Il délimite deux pôles, l’un réservé à la création où travailleront les artistes, et l’autre à la diffusion, ouvert au public. Depuis un grand parvis, qui remplacera le parking de la rue de la Tour Neuve, les visiteurs auront accès à un espace d’exposition de 600 m2 construit à la place d’un hangar dont la structure métallique, conçue par les ateliers Eiffel en 1891, sera conservée.

(Ésad), le fonds régional d’art contemporain (Frac) ou encore le centre de création contemporaine Olivier Debré de Tours, pour faire vivre et rayonner cet endroit », annonce Nathalie Kerrien. Le public pourra également accéder à une terrasse et à une salle de réception aménagées sur le toit du bâtiment principal d’où l’on jouira d’une vue panoramique sur la cathédrale. Un budget de 6 M€ a été réservé pour cette opération dont les travaux vont démarrer cet été pour s’achever à l’auBruno Villeneuve tomne 2019.

Nathalie Kerrien, adjointe au maire d’Orléans en charge des affaires culturelles, au pied de la grande façade de briques de l’ancienne vinaigrerie.

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Économie

Chantiers

Citévolia sort de terre Dans un peu plus d’un an, les établissements consulaires emménageront à Citévolia, première réalisation d’Interives, le nouveau quartier d’affaires orléanais.

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l aura fallu beaucoup de temps, et quelques rebondissements financiers, pour que la première pierre de la nouvelle CCI du Loiret soit enfin posée au nord d’Orléans, au milieu de la friche industrielle Dessaux. C’est chose faite depuis le 26 janvier, avec tous les élus et le protocole nécessaires réunis autour des fondations du futur bâtiment Citévolia. Ses 7 000 m2 regrouperont en 2019 les services de la CCI du Loiret, mais également ceux de la chambre consulaire régionale, ainsi que les équipes de l’agence de déve-

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loppement économique Loire&Orléans Éco qui vont quitter la Maison des Entreprises, vendue au Crédit Agricole Centre-Loire. Comme l’a reconnu Alain Jumeau, président de la CCI du Loiret, faute de capacités financières suffisantes, le pilotage intégral de l’opération, depuis la conception, la construction et jusqu’à l’exploitation du bâtiment, a été confié à la SAS Immorives, constituée par la Caisse des Dépôts et Consignations et la Caisse d’Épargne LoireCentre. La CCI restera néanmoins propriétaire de l’immeuble dont elle occupera 5 000 m2. Le concessionnaire Immorives exploitera pour sa part des espaces commerciaux au rez-dechaussée et un plateau à l’étage su-

périeur. L’investissement représente 22 M€ pour les deux concessionnaires. Citévolia constitue le premier élément concret du futur quartier d’affaires Interives dont les 110 ha ont vocation à être transformés en bureaux et logements. C’est à proximité de ce premier bâtiment sortant de terre que sera érigé le téléphérique permettant de survoler les voies de chemin de fer pour rallier la gare de Fleury-les-Aubrais. L’immeuble historique de la place du Martroi, actuel siège de la CCI d’Orléans, a été vendu en 2016 à la société Isséo Développement qui prévoit d’y aménager 1 400 m2 de logements, 200 m2 de bureaux et quelques commerces d’ici à 2020. Bruno Villeneuve


EURE-ET-LOIR Les promoteurs Neocity et Promocéan ont présenté leur projet d’un ensemble de 76 logements (du T2 au T4), baptisé Carré Novela, qui sera situé au Carré d’Or à Lucé. Le programme, dont le montant s’élève à 6 M€, devrait être livré au cours du second semestre 2019. L’immeuble sera équipé d’une application de service et de domotique.

CHER La société parisienne Sun’R a obtenu le feu vert de la commission de régulation de l’énergie (CRE) pour son projet de parc photovoltaïque sur la partie Est de la zone du Vieux-Domaine à Vierzon ; il sera d’une puissance de 5 MWc et alimentera 1 670 foyers. Parallèlement, Sun’R mène un deuxième projet de parc photovoltaïque sur 6,4 ha aux Grandes Jonchères, toujours à Vierzon ; il sera d’une puissance de 2,95 MWc. Plusieurs projets vont être réalisés cette année sur la ZI du Champ des Tailles à Aubigny-sur-Nère : une nouvelle gendarmerie munie de services techniques et de logements destinés aux gendarmes volontaires (1,5 M€) ainsi qu’une nou-

velle caserne de pompiers vont être créés. Par ailleurs, près de 2,5 M€ seront investis dans la construction d’un barreau routier reliant la D940 et la D30.

EURE-ET-LOIR La cité HLM du 137 avenue Leclerc à Dreux va laisser place à une nouvelle zone d’habitat qui sera composée d’une résidence de standing comptant trois immeubles (28 appartements à acheter ou louer) ainsi qu’une trentaine de pavillons individuels ; le programme est estimé à 10 M€. Le début des travaux est prévu pour cet automne et la livraison pour 2020.

LOIRET La première pierre de l’extension de l’Ehpad de Saran

a été posée fin décembre. Le bâtiment, qui accueillera 124 résidents en 2020, est un agrandissement de la résidence du Bois-Fleuri qui remplacera celle de PaulGauguin, à La Chapelle-StMesmin, qui fermera en février. Le programme s’élève à 30 M€, dont 1,3 M€ à la charge du Département du Loiret, 600 000 € à la Région et 1 M€ à l’agence régionale de santé ; le solde se partagera entre emprunt et autofinancement. Le Département a validé la réhabilitation du pont de Châtillon-sur-Loire. Le programme comprend deux volets : la réparation de l’ouvrage d’art et la création d’une passerelle pour piétons et cyclistes accolée au pont. Le coût de l’opération est de 20 M€ (dont 19,2 M€ pour les travaux et 800 000€

pour les diagnostics). Les travaux commenceront à l’automne prochain et s’achèveront à l’été 2021.

LOIRET Un temps prévu sur le site de l’hôpital Porte-Madeleine d’Orléans, la cité musicale – futur espace culturel comprenant le conservatoire de musique et l’Astrolabe (la salle de musiques actuelles) – sera finalement construite sur un terrain de 5,3 ha au nord du pont de l’Europe. La Ville prévoit de lancer le concours d’architecte fin 2019 pour une ouverture en 2022. Le projet comprend la réunion en un seul lieu du conservatoire, actuellement sur plusieurs sites, ainsi que la réalisation d’un nouvel Astrolabe avec une salle d’environ 300 places dédiée aux artistes émergents et une autre de 800 places. Le programme est estimé à environ 30 M€.

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Carnet

RÉGION Virginie Malnoy, directrice générale adjointe d’Harmonie Mutuelle pour la zone Bretagne-Normandie, s’est vue confier la direction du périmètre Centre, Île-deFrance et Hauts-de-France du groupe mutualiste. Elle succède à Bruno Daval, nommé à la tête de la direction nationale Harmonie Mutuelle « société et solidarité ». Diplômée de Telecom Paris Tech, elle a débuté sa carrière en tant qu’ingénieur projet dans le domaine de l’assurance. Elle a ensuite intégré le monde de la mutualité, au sein de la Fédération nationale de la Mutualité Française.

Didier Garnier (63 ans), maire de Mignières, président de la Société chartraine d’électricité, vient d’être élu vice-président en charge du développement économique de Chartres Métropole. Il succède à Loïc Bréhu qui vient de laisser ce mandat vacant.

président des affaires internes au sein de Small Business Standards (SBS) lors du conseil d’administration du 7 février à Bruxelles. SBS est une association établie avec le soutien de la Commission européenne pour représenter et défendre les intérêts des PME européennes.

INDRE-ET-LOIRE Frédéric Fièvet, précédemment directeur général des services du conseil départemental de SeineMaritime, a pris le 1er mars la di-

LOIR-ET CHER Sylvain Heurtebise, l’actuel directeur général adjoint des services de la Ville de Blois, prend le poste de directeur général, en remplacement de Bruno Gérentes, qui rejoint la communauté d’agglomération de Bourg-enBresse. Le maire de Blois Marc Gricourt a choisi Sylvain Heurtebise dans un souci de « stabilité jusqu’à la fin du mandat ».

RÉGION Didier Roche, directeur du secteur région Centre-Loire pour Manpower, a été élu président régional de Prism’Emploi, le regroupement des professionnels du recrutement et de l’intérim. La région Centre-Val de Loire représente 5,1 % de l’emploi intérimaire en France, soit plus de 27 700 salariés intérimaires en équivalent temps plein. Elle compte 337 agences d’emploi sur son territoire.

Le 1er mars, Stéphane Trideau a pris les fonctions de directeur régional de la Société Générale à Tours ; celle-ci regroupe les agences et centres d’affaires des départements d’Indre-et-Loire et de Loir-et-Cher. Basé boulevard Heurteloup, à Tours, il supervise une équipe de 120 collaborateurs, 20 agences et 2 centres d’affaires entreprises. Il succède à Christian Bresson qui a fait valoir ses droits à la retraite. EURE-ET-LOIR Thierry Luce, président directeur général du fabricant de portes et fenêtres Lorillard (160 M€ de CA en 2016) depuis la démission de Loïc Bréhu, a apporté quelques changements à l’organigramme de l’entreprise : Pierre Lorillard devient directeur général délégué au commerce et Olivier Fondecave directeur général délégué aux fonctions support.

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LOIRET

rection générale des services de la Ville de Tours ; il succède à Frédéric Baudin-Cullière qui a décidé de se consacrer à la direction générale des services de Tours Métropole, fonction qu’il cumulait avec celle de la Ville de Tours. Frédéric Fièvet, 48 ans, a débuté sa carrière en tant que chargé de suivi de dossiers à la direction générale des collectivités locales du ministère de l’Intérieur en 1993. Il a obtenu son DESS de gestion des collectivités territoriales à l’université d’Orléans. Membre du bureau national de l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (APCMA) et président de la Chambre régionale de métiers et de l’artisanat Centre-Val de Loire, Gérard Bobier a été réélu vice-

La Confédération des petites et moyennes entreprises du Loiret (CPME 45) a élu Constant Porcher à sa présidence ; il succède à Gérard Gautier qui achève un bail de sept ans. Dirigeant de plusieurs agences d’emploi intérimaire Sim de la région (Orléans, Tours et bientôt Montargis), Constant Porcher était vice-président délégué de la CPME 45 depuis l’an passé.


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