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MAGAZINE MARS 2017 2014 -5€ 5€ MAGAZINE N°39 - MARS

Formation continue la qualité en question Les villes refusent de baisser le rideau


Point de vue

Lorsque les villes meurent os villes courent un grand danger ! Comme nous l’évoquons dans les pages qui suivent, les politiques d’étalement urbain et l’excessive souplesse accordée aux projets d’implantation de la grande distribution ont fait de nos centres-villes des mouroirs, au mieux des musées, et transformé les abords de nos agglomérations en défilés d’enseignes criardes. Le vide au centre, la laideur en périphérie ! Il suffit de déambuler sur les trottoirs de Vierzon ou de Montargis pour prendre la mesure du phénomène. Partout, la vacance commerciale gagne du terrain, partout la sève de nos villes se tarit, laissant place à la dépression, à l’anomie, parfois au désespoir qui nourrit dans les urnes toutes les radicalités. Une étude de l’Ifop, réalisée en mars 2016, établit ainsi un lien direct entre l’absence de commerces de proximité et l’intensité du vote en faveur du Front National. Même le New York Times s’est emparé du sujet dans un reportage récent consacré à la cité médiévale d’Albi, titré : « En France, le déclin des villes de province est celui d’un marqueur de son identité ».

N

C’est une bonne nouvelle, nos élus semblent se saisir du problème. A Vierzon, à Châteauroux, à Chartres, mais aussi à St-Amand-Montrond, les édiles et les populations se rebiffent et refusent cette perspective de mort lente. On plébiscite les magasins en bas de chez soi, on refuse la fermeture du dernier bistrot – triste emblème d’une sociabilité qui se dérobe… –, on taxe les propriétaires de boutiques vacantes, on accueille avec optimisme les managers de centreville appelés à lutter contre cette tendance mortifère. Mais sera-ce suffisant ? Minuit a-t-il déjà sonné pour cette France des parvis, des places de marchés et des frontons municipaux ? La ville en quadrichromie de notre enfance, son agitation débonnaire, l’impression de légèreté et de vitalité qu’elle dégageait, céderont-elles devant les coups de boutoir de l’uniformisation urbaine ? Rien n’est joué mais il faudra du temps, de la vertu, et manifestement beaucoup d’intelligence collective pour renverser la vapeur.

avattier Jean−Christophe S


10-13

www.lettrevalloire.com

Ce magazine est un hors-série de La Lettre Valloire, bimensuel d’information politique et économique en région Centre. Édité par MCM Presse SAS au capital de 160 000 € RCS Tours B 450 613 591 Siège social : 14, boulevard Heurteloup à Tours Adresse postale : BP 92031 37020 Tours Cedex 1 02 47 70 60 00 contact@lettrevalloire.com Rédaction : François-Xavier Beuzon (rédacteur en chef) Jean-Christophe Savattier (rédacteur en chef adjoint) Aurélie Vouteau (édition)

Points Chauds 6-7

En bref L’actualité du trimestre en bref.

8-9

La mairie de Tours dans la tourmente Trois ans après l’installation d’un attelage hétéroclite de la droite et des centres, la municipalité tourangelle vit au rythme des crises internes.

Ont participé à ce numéro : Stéphane Messer Stéphanie Payssan

16-17

Châteauroux redonne vie à ses friches La mairie de Châteauroux a lancé une série de mesures originales pour enrayer le déclin commercial du centre-ville.

18

Chartres, une récompense mais des inquiétudes Un classement établi par la Fédération Procos vient de hisser Chartres au troisième rang des villes les plus commerçantes de France dans la catégorie des « grosses villes moyennes ».

20

Céline et Samir font revivre l’épicerie de Neung Deux demandeurs d’emploi ont repris cet automne l’épicerie Vival de Neung-sur-Beuvron.

22-23

Les bistrots paient l’addition de la désertification Depuis 2009, le nombre de débits de boisson a fortement reculé sur l’ensemble du territoire, payant un lourd tribut à l’érosion du pouvoir d’achat et à la dévitalisation des villes petites et moyennes.

24-25

Les dossiers chauds du fer régional La politique ferroviaire de la Région va prendre de l’ampleur avec le transfert en 2018 de l’exploitation de trois lignes Intercités.

Maquette : Régis Beaune Publicité : AN Média (Aline Noirot) 07 78 25 26 87 Diffusion : Nadine Gomès Crédits photographiques : Une, 28 : Didier Depoorter DR : 6, 7, 10, 11, 13, 14, 16, 22, 23, 24, 26, 27, 33, 36, 42, 43, 46, 47, 49, 50 François-Xavier Beuzon : 9, 20 Jérôme Chatin : 40 Stéphane Messer : 18 Stéphanie Payssan : 15 Jean-Christophe Savattier : 30, 39, 44, 48

10-13

Impression : Imprimerie Vincent, Tours (37) Informations légales : Abonnement annuel 2017 (23 numéros + magazines hors-séries) : 375 € Abonnement électronique avec édition bihebdomadaire : 475 € Prix de ce numéro : 5 €

13-14

Olivier Razemon : « Nos villes deviennent des donuts » Les politiques d’étalement urbain pratiquées depuis cinquante ans ont contribué à fragiliser les cœurs des petites et moyennes villes au bénéfice des périphéries.

15

Vierzon tente de sauver son centre-ville Un nouveau plan de renouvellement urbain vient d’être engagé pour rénover le centre-ville de Vierzon qui tente de recouvrer de l’attractivité.

CPPAP : 0121 I 85872 ISSN : 1246-4333 Dépôt légal : mars 2017 Directeur de la publication : François-Xavier Beuzon

MCM presse 4 La Lettre Valloire - Mars 2017

À LA UNE Les villes refusent de baisser le rideau Les villes moyennes connaissent un phénomène de dévitalisation. Le territoire régional n’échappe pas à cette tendance qui s’exprime notamment par l’explosion de la vacance commerciale.


26-35

Sommaire

MARS 2017

36-38

Avec le CPA … on est encore loin du compte Le compte personnel d’activité (CPA), qui intègre de nouveaux droits crées par la loi El Khomri au côté du compte personnel de formation (CPF), peine à convaincre.

39

Jean-Patrick Gille : « Les effets positifs du CPA vont se faire sentir sur le long terme » Pour le député d’Indre-et-Loire, qui fut le rapporteur de la loi sur la formation professionnelle, le CPA constitue l’une des réformes les plus abouties du quinquennat.

40

Estelle Sauvat : « Il faut sortir du modèle bureaucratique » Co-auteure avec l’économiste Bertrand Martinot d’un rapport de l’Institut Montaigne, Estelle Sauvat pointe les vulnérabilités du CPA.

Économie 26-35

À LA UNE Formation continue, place à la qualité ! Depuis le 1er janvier, les organismes de formation professionnelle continue doivent justifier de la qualité des actions dispensées pour qu’elles soient prises en charge par les Opca et les quatre autres catégories de financeurs de la formation (État, Régions, Pôle Emploi et Agefiph). Ils ont six mois pour se conformer à un référencement encadré par des indicateurs.

42-43

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46

47

Farman et Corvaisier se regroupent à Joué-lès-Tours Toutes deux reprises ces dernières années par le groupe Galilé, les sociétés tourangelles Farman et Corvaisier viennent de se regrouper à Joué-lèsTours.

48

Exaegis note les jeunes pousses du numérique L’agence tourangelle de notation des entreprises du numérique Exaegis vient de lancer une offre d’évaluation spécifiquement dédiée aux startups.

49

Les chantiers Les chantiers régionaux en prévision.

50

Le carnet

En Bref L’actualité du trimestre en bref. Axyntis choie l’usine de Pithiviers À Pithiviers, l’usine Orgapharm va accueillir le siège opérationnel du groupe Axyntis. Orléans Cosmetics devient japonais Le sous-traitant Orléans Cosmetics est repris par Thepenier Pharma, un façonnier français filiale du japonais Nippon Shikizai.

Nos Infos Services 43

Paroles d’experts La déconnexion : étence ? un droit ou une comp Avec notre partenaire Focsie Centre

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Points Chauds

En bref

CHAMBORD, CHASSE GARDÉE... Nouveau coup de froid cet hiver entre le directeur général du Domaine de Chambord et les deux élus loir-et-chériens Maurice Leroy et Guillaume Peltier. L’origine ? Un article de La Nouvelle République faisant état du projet des deux élus de créer un grand spectacle populaire écrit par Philippe de Villiers, lequel ne serait prêt à s’investir, selon ses dires, qu’à « Versailles et Chambord ». À sa lecture, Jean d’Haussonville, qui avait déjà vertement exprimé son désaccord aux trois mêmes protagonistes lors d’un mémorable déjeuner à Paris, a bondi sur son clavier pour publier un communiqué cinglant où il affirme que le projet n’est pas à l’ordre du jour et ne l’a jamais été : « Chambord, comme Versailles (dont Jean d’Haussonville aurait bien aimé présidé l’établissement public à la suite de Catherine Pégard, nommée en 2011 par Nicolas Sarkozy et finalement renouvelée pour trois ans le 28 septembre dernier, NDLR), appartient à la Nation et ne peut faire l’objet d’aucune récupération politique, d’aucune sorte », conclut-il.

... MAIS CHAMBORD PRIVATISÉ Chambord encore. Pas de récupération politique cette fois, mais plutôt une belle opération en cash. Stephen Schwarzman, richissime homme d’affaires américain qui a quitté Lehman Brothers pour fonder en 1985 la banque d’investissement Blackstone, a fait un don de 3,5 M€ qui sera destiné à financer intégralement le projet des 6,5 ha de Jardins à la Française du Domaine dirigé par Jean d’Haussonville. Un don énorme pour un mécène aux moyens aussi énormes : Forbes estime sa fortune à 10 Md$. En raison de la réputation sulfureuse des grandes banques d’affaires

américaines, la polémique n’a pas tardé sur l’origine des fonds. Mais à Chambord comme ailleurs, Pecunia non olet. Ouverture des jardins le 21 mars.

Facétieux, le maire de Chartres avait même proposé courant février sa candidature à la place de François Fillon s’il était empêché, « une sorte de plan G ».

JEAN-PIERRE GORGES HORS DES PARTIS

CENSURE INTERDITE

Privé de l’investiture des Républicains sur la 1ère circonscription d’Eure-et-Loir, en réponse à sa candidature hors primaires de la Droite et du Centre aux élections présidentielles, le députémaire de Chartres Jean-Pierre Gorges n’est pas du tout angoissé par cette décision. « Je n’ai pas besoin de cette investiture. Je fais ce que je veux. Je ne demande rien aux partis politiques ». Et d’ajouter, bravache : « Cela voudrait-il sous-entendre que je les gêne avec mon projet clair et à vision nationale ? ».

Pierre-Alain Roiron, le maire PS de Langeais, a été condamné par le tribunal administratif d’Orléans à publier dans le bulletin municipal un article de son opposition qu’il avait censuré. Celuici s’interrogeait sur les conditions de l’embauche, par la mairie, du fils d’un des conseillers municipaux. L’auteur se montrait également surpris de l’embauche au poste de DGS de l’exsecrétaire du PS 37. Le TA a considéré que « l’article ne pouvait être regardé

comme présentant un caractère diffamatoire ou injurieux ». PierreAlain Roiron traverse une séquence difficile puisqu’il a été écarté par 5 voix d’écart de la présidence de la nouvelle communauté de communes Touraine Ouest Val de Loire, lâché par quelques « amis » de gauche…

LA FAMILLE LORGEOUX FAIT BLOC L’époque est décidément aux affaires familiales. L’opposition au maire socialiste de Romorantin Jeanny Lorgeoux n’a pas manqué de dénoncer la nomination du frère de l’édile, Bruno Lorgeoux, à la direction du musée Matra qui dépend de la municipalité. Jeanny Lorgeoux a vertement répondu à ses contradicteurs en exposant avec force de conviction les éminentes compétences de l’intéressé qui, selon lui, en feraient le candidat idéal à ce poste. Le sénateur-maire de Romorantin a conclu en persiflant « que si Penelope Fillon peut travailler, Bruno Lorgeoux aussi ».

De David Thiberge, maire PS de St-Jean-de-Braye, à propos du coût du rond-point devant desservir le futur Village Décathlon sur la commune : « Un rond-point à 1 M€, c’est peu à côté du coût de Penelope Fillon. 1 rond-point = 2 Penelope. » D’Irène Félix, conseillère municipale PS de Bourges et conseillère départementale, interrogée sur le fait qu’elle n’était pas candidate aux élections législatives : « La première place, je la vise pour dans trois ans... (soit 2020, année des élec-

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Le député-maire LR d’Orléans Olivier Carré, qui met un point d’honneur à dépasser les clivages politiques lors des grands événements – il avait ainsi invité Emmanuel Macron aux fêtes johanniques du printemps dernier, désapprouvant le boycott de cinq parlementaires du Loiret qui s’en était ensuivi –, en aura été pour ses frais. Le 2 janvier, lors de l’inauguration officielle de l’hôpital d’Orléans-La Source, le Premier ministre Bernard Cazeneuve, fraîchement inauguré aussi, aura lancé, devant Olivier Carré et son prédécesseur Serge Grouard, fervent supporter de François Fillon, quelques piques à l’endroit du volet santé du projet présidentiel de ce dernier, « un choix idéologique, qui ne saurait s’abriter derrière aucun prétexte financier, puisque nous (le gouvernement, NDLR) avons montré qu’il existe un autre chemin, conciliant solidarité et équilibre financier. » En année électorale, les clivages ont décidément la vie dure.

CLIVAGES

PLACES À PRENDRE La conversion au macronisme de Christian Gatard, maire socialiste de Chambray-lès-Tours et vice-président de Tour(s) Plus en charge des finances, aurait été accélérée par le choix de la fédération PS d’Indreet-Loire de placer le jeune maire de La Riche, Wilfried Schwartz, en deuxième position de la liste socialiste aux sénatoriales. À 32 ans, Wilfried Schwartz, qui ne devrait pas pouvoir briguer l’un des sièges de sénateur d’Indreet-Loire en septembre prochain : deux des trois sièges semblent être promis à la droite, celui dévolu à la gauche étant réservé à la tête de liste PS, la sénatrice sortante Stéphanie Rocrieux se positionne ainsi pour l’avenir.

CHIFFRE

DU TRIMESTRE

4710 Tel est, selon l'Apec, le nombre de cadres qui seront recrutés en 2017 en région Centre-Val de Loire. Si ces intentions se transforment en embauches, la progression des recrutements sera de 8 % par rapport à 2016.

En outre, Christian Gatard les plantes depuis épouse d’autant plus l’inauguration, le 7 mars, du facilement la cause nouveau magasin Truffaut d’Emmanuel Macron que sa chef de file Marisol Touraine serait, elle aussi, très tentée de se mettre « En Marche ! »

POTICHE Très présente à Tours ces derniers temps, Marisol Touraine semble s’être convertie à la santé par

de Chambray-lès-Tours. Trois jours plus tard, le 10, elle était au côté du président de la République et de la reine de Norvège pour une cérémonie identique, au Centre de Création Contemporaine Olivier Debré. Décidément très occupée ces derniers temps par l’inauguration des chrysanthèmes tourangeaux, la ministre de la Santé se met peutêtre au vert pour mieux préparer son retour sur la scène locale : les municipales de 2020 se rapprochent et elle n’a pas l’intention d’y jouer les potiches.

À BICYCLETTE…

Le député-maire communiste de Vierzon Nicolas Sansu a décidé de battre campagne pour sa réélection aux prochaines législatives. Jusque là, rien de très original, sauf qu’il a choisi d’emprunter les routes de sa circonscription à pied et à bicyclette. On peut légitimement se demander si le marcheur de Vierzon n’est pas en train de préparer d’un pas assuré son ralliement à « En marche ». Il ne ferait que suivre le chemin de deux anciens éminents communistes touchés par la Macronmania : Patrick Braouzec, ancien députémaire de St-Denis, et Robert Hue, ancien secrétaire national du PCF.

tions municipales, NDLR). » De Jean-Pierre Gorges, député-maire (LR) de Chartres, à propos de sa prise en charge par l’hôpital lors de son récent infarctus : « Une telle expérience a au moins le mérite de clore le débat sur les effectifs dans certains services publics. » De Pascal Blanc, maire de Bourges et président départemental de l’UDI, s’est fendu d’un tweet ironique à la suite des revirements successifs de son parti, soutien à éclipse du candidat François Fillon: « Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui l’autre. Motion adoptée par le bureau exécutif de l’UDI ».

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Points Chauds

Politique

La mairie de Tours dans la Trois ans après la prise de pouvoir d’un attelage hétéroclite entre droite et centre(s), la municipalité tourangelle vit au rythme des dissensions. On dit le maire Serge Babary très tenté par une candidature aux sénatoriales qui le conduirait à démissionner de ses fonctions municipales pour cause de cumul des mandats. Dans cette hypothèse, qui le remplacera pour les trente derniers mois de la mandature ? Quelques doigts se lèvent mais aucun ne fait l’unanimité.

L

e 30 mars 2014 au soir, l’ambiance était survoltée dans la grande salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Tours. Le camp de Serge Babary exultait après la nette victoire de son favori aux élections municipales : près de 50 % des suffrages à l’issue d’une triangulaire et la liste Germain reléguée à plus de huit points par celle de la droite et du – ou plutôt des – centre(s) conduite par l’ancien président de la CCI. Trois ans après, l’enthousiasme est retombé tant les rivalités internes et les difficultés du maire à trancher ont fragilisé une équipe municipale où les clans s’affrontent de plus en plus ouvertement. Dernier avatar de cette crise larvée, la démission fracassante de l’adjointe aux finances et au patrimoine Françoise Amiot. Dépitée qu’une autre adjointe au maire de Tours, Céline Ballesteros, ait été investie et confirmée candidate des Républicains sur la 1ère circonscription d’Indre-et-Loire, cet ardent soutien de François Fillon pendant la campagne des primaires a claqué bruyamment la porte du parti remasterisé en 2015 par Nicolas Sarkozy, abandonnant dans le même mouvement de colère ses mandats d’adjointe et de conseillère communautaire de Tour(s) Plus, ce qui n’était pas du tout attendu. Ce qui l’était encore moins, c’est que Françoise Amiot, rejoigne le camp social-libéral d’Emmanuel Macron. Une conversion soudaine et improbable, qui n’est pas sans rappeler la volte-face de l’ancien député UMP Pascal Ménage, passé de l’opposition de droite

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à la liste de Jean Germain en 2014. Avec le succès que l’on sait. Après l’épisode Amiot, qui a agité le landerneau tourangeau durant un gros week-end, le conseil municipal

t-on rapporté, très sonore. Depuis, l’adjoint a glissé du rang de prétendant à celui de prétendu tel. D’autant que ses post intempestifs sur les réseaux sociaux ne sont guère de nature

“ DU COUP, LES CANDIDATS À SA SUCCESSION SE SENTENT POUSSER DES AILES

ne cache plus ses différends. D’autant que les inimitiés et les querelles d’ego s’inscrivent dans la perspective d’une autre démission, cette fois pour cause de cumul des mandats, du maire Serge Babary. On le dit, en effet, très tenté par les élections sénatoriales de septembre. Conscients des difficultés de l’ancien président de la CCI Touraine à prendre ses marques, les responsables locaux des Républicains lui préparent une sortie honorable vers le Palais du Luxembourg. La place en tête de la liste de droite et du centre lui aurait même été réservée. À condition qu’il décide de s’en saisir. Ce qu’il n’a pas confirmé à ce jour, préférant attendre le dénouement des élections du printemps. « Je me prononcerai... début septembre », indique Serge Babary. Du coup, les candidats à sa succession se sentent pousser des ailes. L’adjoint aux sports, Xavier Dateu, s’est répandu sur l’imminence de son avènement un peu partout en ville. Cela aurait fortement déplu à celui qui en est encore le maire pour au moins six mois. L’explication de gravures fut, nous a-

à le rabibocher avec ses collègues. Thibault Coulon, l’un des membres du « groupe des 4 » parti à l’assaut de la mairie en mars 2014, ne cache pas, non plus, son intérêt pour le fauteuil. En charge des questions économiques, considéré comme bosseur, il peine néanmoins à convaincre au-delà du cercle de ses amis, une petite dizaine de conseillers municipaux qui lui sont fidèles. Personnalité « clivante », selon un mot à la mode, il est néanmoins reconnu, y compris par ceux qui ne l’aiment pas, comme celui qui aurait le plus de capacités à prendre le relais du maire en place. Son action opiniâtre pour promouvoir l’antenne tourangelle de la French Tech a payé ; le dossier Mame est aujourd’hui le seul d’une bien fade première moitié de mandat à offrir une réelle visibilité. Finalement, celui qui semble le mieux placé pour emporter l’assentiment de la majorité des 42 conseillers municipaux appelés à se prononcer en cas de vacance du siège de maire, est un autre membre du « G4 » de 2014, Christophe Bouchet. Si on ne peut pas dire que l’adjoint au rayonnement


tourmente aura beaucoup brillé durant la première partie du mandat, sinon par son absence, sa personnalité sans aspérité recueille l’adhésion molle d’une partie des conseillers, suffisante pour lui permettre d’espérer leurs suffrages. Son appartenance au petit parti radical, souvent en porte-à-faux vis-à-vis des courants forts de la droite et du centre-droit, ne plaide toutefois pas en sa faveur. L’adjointe au commerce Céline Ballesteros, candidate des Républicains aux législatives, pourrait constituer une alternative crédible si elle se mettait sur les rangs. Jeune, consensuelle, appréciée par les Tourangeaux, elle a de surcroît des relations de confiance avec Serge Babary. Mais il faudrait pour cela qu’elle ait échoué en juin à ravir la circonscription au socialiste Jean-Patrick Gille, ce qui la fragiliserait. On ne peut pas non plus exclure de la liste un ou deux autres adjoints, mais il leur faudra d’abord convaincre dans leurs rangs. Curieusement, le 1er adjoint du maire ne fait pas partie de la liste des prétendants. Totalement inconnu sur la scène politique locale avant 2014, il faut bien admettre que sa notoriété n’a guère progressé depuis. Jacques Chevtchenko, ancien syndicaliste et enseignant, passionné par l’histoire de l’ex-URSS, se contente d’être le fondé de pouvoir zélé d’un maire à qui il doit son poste. Sans autre ambition affichée à ce jour... Deux hommes tiennent la clé de la mairie et aucun des héritiers présomptifs ne peut l’ignorer. En premier, le maire de Tours bien sûr. Fidèle à sa réputation, Serge Babary hésitera à donner sa préférence. Il ironise sur le sujet : « J’ai été moi-même un héritier de Jean Royer. Mais j’ai mis trente ans à devenir maire de Tours... ». Le second, c’est Philippe Briand, le toutpuissant député-maire de St-Cyr-surLoire et président de Tour(s) Plus. Pa-

tron incontesté de la métropole, statut qu’il a arraché au prix d’une bataille d’amendements à l’Assemblée nationale, il veille au grain. Mais il faudra que cet été, il tranche entre ses différentes mandats pour respecter la loi sur le cumul et se débarrasse de la délicate affaire des comptes de la campagne présidentielle 2012. Tout en dirigeant le groupe Citya, troisième acteur français de la gestion de biens immobiliers. C’est beaucoup pour un seul homme et pas sûr que le sort de la mairie de Tours soit au premier rang de ses préoccupations. La gauche tourangelle, anesthésiée par la défaite de 2014 et le suicide de Jean Germain, ne profite guère du chaos ambiant. Au conseil municipal, JeanPatrick Gille, député et seul ténor du

parti socialiste, a démissionné pour laisser ses co-listiers ferrailler sans grande conviction contre la majorité. Pourtant, les angles d’attaque ne manquent pas, notamment l’incroyable raté des fêtes de Saint-Martin. Un flop retentissant à 5 M€... Tout se passe comme si les socialistes, en état de sidération, s’en remettaient au retour sur la scène locale de Marisol Touraine. Il n’est un secret pour personne que la ministre de la Santé, que l’on voit beaucoup à Tours ces derniers mois, sera à la tête d’une liste de gauche aux prochaines élections municipales. C’est pour 2020. C’est-à-dire demain.

Le locataire du superbe Hôtel de Ville, dessiné par Victor Laloux et construit au tournant des XIXe et XXe siècles, pourrait changer après les élections sénatoriales du 24 septembre. Mais la droite conservera-t-elle au-delà de 2020 un fauteuil chèrement acquis il y a trois ans ?

François-Xavier Beuzon

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Points Chauds

Commerce

Les villes refusent de Le commerce des villes moyennes est en crise. Victimes de la désindustrialisation, de la paupérisation des populations et des politiques d’étalement urbain qui pénalisent le centre-ville, elles connaissent un phénomène de dévitalisation qui compromet la qualité de vie des habitants. Le territoire régional n’échappe pas à cette tendance qui s’exprime notamment par l’explosion de la vacance commerciale. Mais certaines municipalités, refusant le déclin, mettent en place des mesures courageuses. À Châteauroux, à Vierzon ou dans le village de Neung-sur-Beuvron, les maires s’engagent pour sauvegarder l’activité commerciale. 10 La Lettre Valloire - Mars 2017


baisser le rideau U

ne simple déambulation sur les trottoirs des petites et des villes moyennes de la région Centre Val de Loire suffit à établir le diagnostic. Le spectacle est parfois terrifiant : fonds de commerce à l’abandon, disparition des commerces de bouche, vieillissement de la population, vétusté du matériel urbain : nos villes, et en particulier leurs quartiers centraux, subissent un inéluctable délitement qui nourrit l’angoisse de leurs habitants… et alimente le radicalisme politique dans les urnes. « On peut estimer qu’entre un tiers et la moitié de la population vit dans l’une de ces agglomérations touchées, à des degrés divers, par la dé-

vitalisation » assure Olivier Razemon, journaliste et auteur du très stimulant essai : « Comment la France a tué ses villes ? ». Initiées par la désindustrialisation qu’Olivier Razemon fait remonter aux années 70, les « shrinking cities »– que l’on peut traduire par « les villes rétrécissantes » – un phénomène bien connu aux États-Unis, frappe inexorablement le réseau français de villes moyennes qui sont pourtant « la colonne vertébrale du territoire national », estime Caroline Cayeux, la maire de Beauvais et présidente de l’association Villes de France. Depuis, la tendance n’a fait que s’accentuer. Les villes moyennes, qui

avaient prospéré « grâce au quadrillage administratif qu’elles représentaient, avec son cortège de préfets, de magistrats, d’enseignants et d’administrateurs », selon les géographes Daniel Béhat et Philippe Estèbe, perdent des habitants, de l’activité économique et de l’influence politique. « Le phénomène est resté masqué parce que les observateurs, et notamment l’Insee, raisonnent en aire urbaine. Autrement dit, lorsque le centre-ville perdait des habitants mais que, dans le même temps, les communes périphériques en gagnaient, ces pertes passaient au-dessous des radars statistiques », analyse Olivier Razemon. La Lettre Valloire - Mars 2017 11


Points Chauds

Commerce

Mais, aujourd’hui, il n’est plus possible d’ignorer une situation qui s’inscrit « physiquement » dans le paysage, et notamment dans le paysage commercial. « Les rues se sont éteintes comme des lampes », déplore ainsi mélancoliquement le blog Vierzonitude qui regrette le climat anorexique du centre-ville de Vierzon et l’extension concomitante des zones pavillonnaires marchandes en périphérie. Cette litanie de commerces en berne se traduit dans les chiffres de vacance collectés par Procos, la fédération pour l’urbanisme et le développement du commerce spécialisé qui regroupe 260 enseignes. « Globalement, le taux de vacance, qui a représenté 9,5 % du parc des locaux commerciaux en 2015, est en augmentation constante. Il gagne un point par an depuis 2012 », indique ainsi Emmanuel Le Roch, le délégué général de Procos. Et ce chiffre national moyen cache des disparités très importantes : « Si les métropoles, les

grandes villes et les destinations touristiques s’en sortent pas trop mal, il en est tout autrement pour les villes moyennes où les taux de vacance se situent bien souvent au-delà des

Chartres, Blois et Vendôme affichent des taux de vacance compris entre 5 et 10 %, Châteauroux, Bourges et Montargis pâtissent d’une situation très dégradée (entre 10 et 15 %). Tan-

“ LA VILLE S’EST RÉORGANISÉE NON PLUS AUTOUR DE SES CENTRES, MAIS DES NOUVEAUX PÔLES SITUÉS EN PÉRIPHÉRIE

10 % ». Les centres des petites villes et de villes moyennes, déjà nettement plus touchés que les autres par le phénomène, ont vu leur situation se dégrader avec des taux de vacance qui sont passés de 9,3 % à 11,1 % entre 2014 et 2015 dans les cœurs d’agglomération de moins de 50 000 habitants, et de 10,3% à 11,3 % au cœur des agglomérations de 50 000 à 100 000 habitants. En région Centre-Val de Loire, tout le monde n’est pas logé à à même enseigne, mais la situation empire. Si

Villes

Taux de vacance

Tours

< 5%

Tendance

dis que Dreux et Vierzon sombrent littéralement avec un taux de vacance catastrophique qui dépasse les 15 %. Bien sûr, la crise économique, la métropolisation du territoire et la digitalisation des activités humaines – le e-commerce contribue à réduire les flux physiques dans les magasins – expliquent pour une bonne part cette vulnérabilité des villes moyennes. « Mais les politiques d’étalement urbain, qui ont renforcé les périphéries au détriment des centres urbains, ont

Facteur principal Tout va bien...

Orléans

5 à 7,5%

Surplus d’offre. Menace de déséquilibre.

Chartres

7,5 à 10%

Déclin de l’environnement

Blois

7,5 à 10%

Tissu fragile et concurrence entre centre-ville et périphérie

Vendôme

7,5 à 10%

Tissu fragile et concurrence entre centre-ville et périphérie

Bourges

10 à 15%

Tissu fragile et concurrence forte avec la périphérie

Châteauroux

10 à 15%

Tissu fragile et concurrence forte avec la périphérie

Montargis

10 à 15%

Tissu fragile et concurrence forte avec la périphérie

Vierzon

> 15%

Tissu très fragile et concurrence forte avec la périphérie

Dreux

> 15%

Tissu très fragile et concurrence forte avec la périphérie

12 La Lettre Valloire - Mars 2017


bien été acceptées par les élus sous la pression de la grande distribution », s’exclame Olivier Razemon. Dès le début des années 60, « non seulement les grandes surfaces ont modifié la manière de consommer ou d’approvisionner les villes, mais elle ont remodelé le paysage urbain en profondeur (…) La ville, quelle que soit sa morphologie initiale, s’est progressivement réorganisée, non plus autour des centres, mais des nouveaux pôles situés en périphérie ». « Les causes de ce délitement sont multiples. Mais la baisse de la rentabilité du mètre carré commercial est l’un des facteurs clés de cette évolution très préoccupante », note pour sa part Antoine Bonneville, le président de la CCI Centre. L’industriel, à la tête du réseau consulaire régional depuis la fin de l’année dernière, estime que les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC), comme leurs devancières CDUC et CDEC, « ont manifestement autorisé trop d’ouvertures et d’extensions de surfaces par rapport au potentiel de chiffre d’affaires. » Il vrai que ces instances paritaires, qui décident du sort des projets commerciaux qui leur sont soumis lorsque ceux-ci dépassent le seuil des 1 000 m2, ont eu la main lourde : avec 137 000 m2 en 2014, 67 000 m2 en 2015 et… 181 000 m2 en 2016 autorisés sur l’en-

semble du territoire régional, la grande distribution n’a franchement pas à se plaindre du régulateur. « Depuis 2009 et l’application d’une directive européenne, les CDAC n’ont pas à prendre en compte le critère économique et la situation de l’offre existante qui faisait, d’ailleurs, l’objet de précieuses analyses des chambres consulaires. Aujourd’hui, c’est le critère environnemental des projets qui prime », regrette Antoine Bonneville. Et l’emploi à court terme ! Les élus sont de plus en plus réceptifs aux promesses d’embauches que font miroiter les distributeurs en oubliant d’intégrer dans leurs calculs les destructions d’emplois générées sur le long terme. Mais les villes moyennes ne semblent pas se résoudre au déclin parfois déjà bien avancé. A Châteauroux, par exemple (lire aux pages 18 et 19), la collectivité vient de créer une taxe sur les

locaux commerciaux vacants qui obligent les propriétaires à réviser leurs prétentions à la baisse ; cette taxe sert à financer la réouverture de pas-de-porte dans certaines rues au cœur de la cité. « Nous fondons aussi beaucoup d’espoirs sur la création de managers de centres-villes qui peuvent jouer un rôle décisif dans l’animation et le conseil aux commerçants. La formule est testée à Châteauroux et devrait être reproduite là ou le besoin s’en fait sentir », souligne le président de la CCI Centre qui a pour mission d’orienter les affectations d’une enveloppe de 1 M€ attribuée par l’État au titre du Fonds d'intervention pour les services, l'artisanat et le commerce (Fisac). L’heure de la révolte semble avoir sonné ; le maintien de la population dans des pans entiers du territoire est à ce prix.

Orléans a installé Carrefour et un centre commercial en plein centre-ville il y a 30 ans.

Jean-Christophe Savattier

OLIVIER RAZEMON, AUTEUR DE L’OUVRAGE : « COMMENT LA FRANCE A TUÉ SES VILLES »

« Nos villes deviennent des donuts » Selon Olivier Razemon, journaliste et auteur, les politiques d’étalement urbain pratiquées depuis cinquante ans ont contribué à fragiliser les cœurs des petites et moyennes villes au bénéfice des périphéries. Il va être difficile de renverser la tendance.

L

a Lettre Valloire : vous dressez dans votre livre un sévère réquisitoire contre la grande distribution. Est-elle seule responsable ? Olivier Razemon : Je n’ai jamais dit ou écrit que cette perte de substance du cœur des villes moyennes devait

être attribuée au seul impact de l’installation des centres commerciaux en périphérie, bien qu’elle y contribue très largement. D’une façon générale, la disparition de la vie économique et sociale dans nos villes est la conséquence des politiques d’étale-

ment urbain qui sont menées depuis cinquante ans par la plupart des municipalités. Aujourd’hui, lorsqu’il s’agit de créer un complexe sportif, un pôle médical ou un équipement public, y compris d’ailleurs une agence de Pôle Emploi, les élus perLa Lettre Valloire - Mars 2017 13


Points Chauds

Commerce de ses services, sans jamais mettre les pieds sur le parvis de l’hôtel de ville. Et c’est à la voiture qu’on le doit. En conséquence, nos villes deviennent des donuts, ces pâtisseries américaines de forme torique ; elle ont un trou au milieu et la matière comestible se trouve sur la circonférence…

Olivier Razemon

sistent à retenir d’abord la périphérie parce que c’est plus facile, et parce que cette priorité correspond au culte de la voiture individuelle qui a façonné nos territoires. L’accessibilité à ces structures périphériques s’appuie très largement sur les flux de déplacement individuels. On peut aujourd’hui habiter à quelques minutes d’une ville moyen-ne, profiter

UNE RÉPONSE à VOS PROJETS IMMOBILIERS

La Lettre Valloire : Mais qu’est-ce qui empêche les élus de reprendre le contrôle sur ce phénomène ? Olivier Razemon : C’est très compliqué ! La pression est forte. Les discours formatés des promoteurs et des opérateurs de la grande distribution sont très convaincants. En face, les petits commerçants de centre-ville, souvent divisés, et qui ne sont pas toujours bien organisés sur le plan de la représentation politique, peinent à peser sur le débat et la décision. Par ailleurs, la conduite de projets en milieu urbain dense pose beaucoup de problèmes. La préemption du foncier nécessaire aux implantations commerciales est très coûteuse et il faut avoir le courage politique d’affronter l’hostilité des riverains, même si beaucoup d’habitants se mobilisent aujourd’hui en faveur de la redensification de leur environnement immédiat. On le voit par exemple lors des débats sur les projets de gares TGV « betteraves », toujours éloignées des centres villes. Ces habitudes sont bien ancrées. J’ai eu récemment un échange avec des responsables municipaux à Vierzon, ville ô combien touchée par

ce phénomène de déshérence et de vacance commerciale, qui tout en étant tout à fait conscients du problème, encourageaient le projet d’installation d’un pôle médical en périphérie… La Lettre Valloire : Pensez-vous que ces situations soient réversibles ? Olivier Razemon : Avant de penser à inverser la tendance, il faudrait déjà la stopper ! Et on n’en prend pas tout à fait le chemin. Il faut d’ailleurs cesser de penser que seules les petites et les moyennes villes connaissent un tel transfert de leurs forces vives vers la périphérie. Tours et Orléans ne sont pas encore épargnées, c’est seulement moins visible. La Lettre Valloire : Pourtant, des enquêtes démographiques montrent que certaines villes parviennent à regagner de la population ? Olivier Razemon : Il faudrait regarder ces chiffres dans le détail, considérer les périmètres exacts des zones urbaines qui sont en jeu. Une simple ballade au cœur de nos villes moyennes suffit à prendre conscience du malaise. Nous sommes en train de détruire nos cœurs urbains qui sont pourtant totalement liés à notre culture et à remplacer ces lieux d’échange et de convivialité par des espaces anonymes, des parkings de sortie de ville déshumanisés. C’est aussi l’une des explications du mal-être français. Propos recueillis par Jean-Christophe Savattier

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Vierzon tente de sauver son centre-ville Un nouveau plan de renouvellement urbain vient d’être engagé pour rénover le centre-ville de Vierzon qui tente de recouvrer de l’attractivité. Un Office de commerce et de l’artisanat s’attèle au développement de l’activité.

D

ans les petites villes, les commerces de centre-ville sont en souffrance. Dans le Cher, celui de Vierzon n’est pas épargné. Les raisons en sont multiples : locaux commerciaux délabrés, topographie des rues, loyers élevés, développement des zones commerciales en périphérie, contexte économique. Pour autant, tous les indicateurs ne sont pas dans le rouge : cette ville du nord du Cher a été le seul des centres urbains du département à voir sa population croître – modestement – entre 2009 et 2014. En effet, Vierzon a gagné 23 habitants passant de 27 701 à 27 724 quand, sur la même période, Bourges en perdait 119 et St-Amand 783. À Vierzon, des projets de redynamisation sont en marche. Le nouveau plan de renouvellement urbain (NPRU) est focalisé sur le centre-ville avec la requalification de l’îlot Rollinat qui doit débuter cette année : destruction d’immeubles, créations et rénovations d’espaces publics, construction de nouvelles résidences sont en projet. Au total, 37 M€ seront injectés. De leur côté, les commerçants ont pris le taureau par les cornes en ouvrant en mars 2016 l’Office du commerce et de l’artisanat de Vierzon (Ocav). « La situation n’est pas aussi catastrophique, estime Alain Lohou, président de l’Ocav. Entre 2009 et 2012, un commerce sur deux était fermé sur l’avenue de la République. Aujourd’hui, le taux de remplissage y est de 92 %. Le commerce ne se porte pas mal non plus autour des places du Maréchal-Foch et Aristide-Briand. Et s’il n’y avait pas les zones commerciales, les clients iraient à Bourges.

Je pense que périphérie et centre-ville peuvent coexister ». Marie-Hélène Bodin, première adjointe au maire de Vierzon, est plus dubitative : « Certains commerces du centre-ville ont déménagé à l’extérieur. Ce n’est pas du ressort de la municipalité, mais cela participe à dépeupler le cœur de ville, comme dans beaucoup

« Comme des commerces ferment, il y a moins de passage, déplore-t-elle. C’est un cercle vicieux ». Les clients sont pourtant toujours là, comme Sylviane : « Lorsque j’ai besoin de quelque chose, je cherche d’abord dans les commerces de Vierzon. Si je ne trouve pas, je vais à Bourges. J’achète sur Internet mais pas les vêtements. ».

“ ENTRE 2009 ET 2012, UN COMMERCE SUR DEUX ÉTAIT FERMÉ AVENUE DE LA RÉPUBLIQUE. AUJOURD’HUI, LE TAUX DE REMPLISSAGE Y EST DE 92 % de cités ». Dans la rue piétonne du Maréchal-Foch, en revanche, la situation est compliquée : « Environ 40 % des locaux commerciaux sont vacants dans cette rue difficile à arpenter, précise Hélène Ferreire, animatrice à l’Ocav. Nous travaillons avec les commerçants pour trouver des solutions. L’une d’elles pourrait consister à la rouvrir à la circulation ». Pour autant, les commerçants ne sombrent pas dans le pessimisme. « Nous avons une bonne qualité de vie à Vierzon, estime Séverine Audion, propriétaire de la brasserie « Au Bureau », arrivée de Paris il y a huit ans. Notre commerce se développe ». Pour Anthony Alaphilippe, du magasin de vêtements Tomen, rue du Maréchal Joffre : « Le commerce va bien, malgré le contexte. Les clients doivent aussi avoir la volonté d’acheter dans les magasins physiques ; l’e-commerce fait mal dans certains secteurs. » Pascale Signeau, qui tient la boutique « Au fil de la mode » dans la rue piétonne, a vu son nombre de clients diminuer.

L’Ocav ne baisse pas les bras et lancera cette année son propre site d’achat en ligne pour les commerces de la ville. Une manière de s’adapter aux nouveaux modes de consommation. Stéphanie Payssan

La rue du Maréchal Joffre, artère commerçante de Vierzon.

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Points Chauds

Commerce

Châteauroux redonne vie à La mairie de Châteauroux a lancé une série de mesures originales pour enrayer le déclin commercial du centre-ville. Grâce à un dispositif d’aides imaginé à Nemours et repris par la cité berrichonne, plusieurs pas-de-porte devraient rouvrir cette année.

À

La rue Victor Hugo en plein renouveau au centre de Châteauroux

Châteauroux, ville de 45 000 habitants au centre d’une aire urbaine qui en compte à peu près le double, le commerce de centre-ville connaît une dévitalisation croissante, comme dans beaucoup d’autres villes moyennes. Dans l’hyper-centre, une quarantaine de locaux sont vides. « La hausse de la vacance donne l’impression que le centre-ville se dépeuple », se désole le maire Gil Avérous. Paupérisation de la population, concurrence du commerce en ligne et des grandes surfaces de la périphérie, les causes sont peu ou prou les mêmes qu’ailleurs. Pour y remédier, Gil Avérous a repris une bonne idée de sa collègue des Républicains, la députée-maire de

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Nemours Valérie Lacroute, et a décidé de l’appliquer dès cette année. La municipalité a, en effet, adopté le principe d’une aide à la réouverture des commerces du cœur de ville

rues et places de l’hyper-centre. La commission mise en place par la municipalité a étudié une première série de cinq dossiers de réouverture le 7 février. Un seul a été accepté, « Le

“ LA MESURE A DÉCIDÉ UNE COMMERÇANTE DE BLOIS À OUVRIR UN SECOND POINT DE VENTE À CHÂTEAUROUX

qui ont baissé leur rideau, parfois depuis plusieurs années. Cette aide, limitée à la première année d’exploitation, représente 75 % du montant du bail, plafonné à 400 € par mois, et elle concerne un périmètre de sept

coaching by IC », que sa gérante Isabelle Clerté doit ouvrir prochainement rue du Marché. Un second a reçu un avis favorable dans l’attente d’éléments complémentaires ; dédié aux arts de la table, il serait le premier commerce de la nouvelle place Napoléon. Il faut bien entendu examiner le sérieux du projet et s’assurer que la demande corresponde à un réel besoin, sans déséquilibrer l’offre commerciale en centre-ville. « La mesure a décidé une commerçante de Blois à ouvrir un second point de vente à Châteauroux. Elle hésitait depuis plusieurs années », se félicite le maire. Cette subvention municipale sera en partie financée par une taxe sur les friches commerciales, prévue par le code général des impôts et que Châteauroux a décidé de rendre opposable aux bailleurs. « Lorsque le local est fermé depuis plus de deux ans, son propriétaire devra nous prouver qu’il fait les efforts nécessaires pour le relouer et que son loyer n’est pas trop élevé », justifie Gil Avérous. En périphérie, en revanche, le commerce se porte bien. Tellement bien que les élus communautaires refuseront la construction de locaux de


ses friches moins de 300 m2 ; ils estiment également que le nombre de grandes surfaces a atteint un seuil maximum. « Sauf exception, par exemple certaines moyennes surfaces spécialisées, nous n’accepterons plus de nouvelles implantations », renchérit Gil Avérous, également président de la communauté d’agglomération Châteauroux Métropole. Quant aux demandes d’extension, elles devront avoir pour corollaire l’implantation d’un commerce de proximité en centre-ville ; c’est ce qu’a fait récemment le groupe Système U en rouvrant un supermarché Utile de 650 m2 à l’angle de la rue VictorHugo et de la rue Molière, à l’endroit laissé vacant quelques mois plus tôt par Franprix. Car les moyennes surfaces spécialisées sont toujours des locomotives et, quand elles choisissent de s’installer en ville, les bienfaits se font immédiatement ressentir. Ainsi, l’arrivée au printemps d’un point de vente de 1 900 m2 de la célèbre enseigne suédoise de prêt-à-porter H&M dans la nouvelle galerie commerciale ouvrant sur la rue Victor-Hugo a drainé « 20 à 30 % de clientèle supplémentaire », souligne Gil Avérous qui observe que ces nouveaux clients ont même dopé les recettes de stationnement. L’adage « No parking, no business » s’applique, en effet, parfaitement à Châteauroux : dans cette ville qui attire nombre de chalands en provenance des zones rurales avoisinantes, les voitures doivent pouvoir circuler et se garer facilement. La municipalité l’a bien compris. Elle a mis en place une Super Carte se stationnement qui, pour un coût modique de 10 €, donne droit durant trois ans à une heure gratuite le matin et une seconde heure l’après-midi. Et comme Orléans (lire dans notre magazine Spécial Loiret de septem-

bre dernier), Châteauroux a choisi PayByPhone pour éviter aux automobilistes les affres de la contravention. Avec cette appli téléchargeable sur tous les types de smartphones, plus la peine de courir jusqu’à sa voiture pour renouveler son ticket, on peut payer à distance une demi-heure ou une heure supplémentaire, ou au contraire réduire la durée de stationnement prévue, tout en continuant à faire ses courses ; l’appli a même le bon goût d’avertir l’automobiliste négligeant que l’heure fatidique approche... Les retours d’expérience démontrent que les recettes de stationnement augmentent, au grand profit de la trésorerie municipale ; de surcroît, les agents préposés aux PV peuvent être

affectés à d’autres tâches, plus valorisantes. En prime, l’usager est plutôt satisfait de la souplesse du dispositif et de la possibilité qui lui est donnée d’échapper aux amendes. C’est ce qui s’appelle un système gagnant-gagnant. Seule mesure mi-figue, mi-raisin, l’application de l’article de la loi Macron sur l’ouverture des commerces le dimanche. Le conseil municipal a opté pour 12 journées, le maximum prévu par la loi. Mais les boutiques du centre-ville et les grandes surfaces des alentours n’ont pas les mêmes impératifs d’ouverture dominicale. La loi ne satisfait jamais tout le monde, surtout en matière commerciale... François-Xavier Beuzon

St-Amand se bat aussi pour son centre-ville I

l y a quatre ans, la municipalité de St-Amand-Montrond, dans le sud du Cher, s’est attelée à la redynamisation de son centre-ville. Tout a commencé en 2013 par la création du site web achetezasaintamand.fr, une plateforme de e-commerce réservée aux locaux. L’année suivante, création d’un Office municipal de commerce et de l’artisanat, guichet unique destiné aux porteurs de projet et aux propriétaires de locaux commerciaux. En 2015, instauration d’une taxe sur les friches commerciales pour les locaux vides depuis plus de deux ans. Objectif, comme à Châteauroux (lire ci-dessus) : inciter les propriétaires à baisser leurs prétentions sur les loyers. En 2016, St-Amand a été la deuxième commune de France, après Paris, à

mettre en place un contrat de revitalisation artisanale et commerciale (Crac). Le dispositif, qui démarre cette année, lui permet de choisir l’opérateur chargé de développer l’activité commerciale. D’autres projets sont en cours, notamment la destruction de la salle des fêtes de la place principale, qui sera remplacée par un immeuble destiné à accueillir des commerces et 17 logements de standing ; le but est d’attirer de nouveaux habitants en centre-ville. Une nécessité pour St-Amand qui a perdu 783 habitants en cinq ans. Les mesures prennent du temps mais commencent à payer. Dix-sept installations de commerce ont été enregistrées l’an dernier contre seulement deux fermetures. Stéphanie Payssan

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Points Chauds

Commerce

Chartres, une récompense mais des inquiétudes Un classement établi par la Fédération Procos vient de hisser Chartres au troisième rang des villes les plus commerçantes de France dans la catégorie des « grosses villes moyennes ». Pourtant, les enseignes redoutent le choc du futur ensemble commercial du plateau nord-est, à l’horizon dans trois ans. Elles s’organisent dans cette perspective.

J

Le marché aux légumes de Chartres, place Billard.

ean-Pierre Gorges est, bien sûr, satisfait de la troisième place obtenue par Chartres dans le classement Procos. Sans être totalement surpris ! « Cela fait quinze ans que l’on travaille le sujet. Cela devait finir par payer ! ». Le député-maire de Chartres explique ce succès notamment par l’exceptionnel patrimoine « entretenu et animé », ainsi que par la concentration d’équipements culturels comme le théâtre, le cinéma et la médiathèque. D’autres équipements devraient, à terme, renforcer l’attractivité du centre-ville. Le futur centre d’interprétation de la cathédrale sera conçu pour accueillir 250 000 visiteurs par an ! Le prochain pôle administratif, actuellement en construction à la place de

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l’ancienne mairie, devrait aussi booster la fréquentation du centre. Pour autant, Virginie Brette-Morel, directrice de Foncia Brette et présidente de l’Union des commerçants chartrains (UCC), ne se laisse pas endormir par cette distinction. Certes,

en plein cœur de ville. Les dirigeants de l’hyper E. Leclerc et de deux Intermarchés se sont joints à cette trentaine de contestataires pour déposer un recours contre un projet perçu comme une véritable « pompe aspirante ».

“ LE CENTRE-VILLE HISTORIQUE DE CHARTRES NE PEUT PAS ATTIRER LES ENSEIGNES QUI ONT BESOIN DE GRANDES SURFACES elle connaît parfaitement les atouts du centre commerçant qu’elle décrit comme « un centre commercial à ciel ouvert, proche de Paris, avec un bel espace piétonnier et de vraies solutions de stationnement ». Mais elle en connaît aussi les faiblesses : deux des trois galeries marchandes sont désespérément vides et les surfaces de la plupart des boutiques sont trop réduites. Et l’association, qui représente les 250 commerces du centreville, s’inquiète du projet de vaste ensemble commercial du plateau nordest qui comprendra, à l’horizon 2020, un hypermarché Carrefour et des dizaines de moyennes surfaces. Cette future concurrence a mobilisé une trentaine de commerçants emmenés par Pascal Boyenval, patron du magasin « Ambiance & Styles », qui sent venir le coup de grâce pour le commerce chartrain. « Les enseignes nationales, au lieu de s'installer en centre-ville, vont ouvrir là-bas. On risque d'avoir, à terme, une vacance des magasins », explique ce commerçant installé rue de la Tonnellerie,

« Le centre-ville historique de Chartres ne peut pas attirer les enseignes qui ont besoin de grandes surfaces. Cela ne sert à rien de lutter sur ce terrain, justifie Virginie Brette-Morel. Essayons plutôt de valoriser nos atouts et jouons collectif ! ». L’UCC s’est dotée d’un site internet et a embauché Christine Perrot, une « manageuse » du centre-ville. Autre exemple d’action concrète : 25 000 heures de stationnement dans le parking souterrain QPark ont été offertes aux clients du centre-ville en 2015. L’UCC a aussi à son actif l’organisation de la braderie de septembre et des villages de Noël en décembre. « Nous avons sélectionné les artisans qui se sont installés dans les chalets de bois, précise Christine Perrot. Pendant les fêtes de Noël, nous avons distribué des bons de réduction. En calquant les méthodes de la grande distribution ». Cette démarche générale est appuyée par la Ville qui subventionne l’association à hauteur de 40 000 €. Stéphane Messer


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Points Chauds

Commerce

Céline et Samir font revivre l’épicerie de Neung Deux demandeurs d’emploi ont repris cet automne l’épicerie Vival de Neung-sur-Beuvron. Sans compter leurs heures, ils font revivre ce lieu indispensable à la vie du bourg solognot.

C

éline a 36 ans. Samir en a 33. Elle a passé la moitié de sa vie dans le commerce. « Je me suis essayé à presque tous les postes pour de grandes enseignes. J’en avais fait le tour », ajoute-t-elle. Lui aussi est passé par la case grande distribution, sur les cimes enneigées de Megève, chez Leader Price et Casino. Avant d’être plaquiste durant quelques années et d’accumuler des missions d’intérim. Pour se retrouver finalement au chômage, comme Céline. Ils se sont rencontrés il y a deux ans et ont eu rapidement le projet « de travailler ensemble », en Sologne, pas trop loin du village de St-Viâtre où vit la mère de Céline. Mais lorsqu’on est chômeurs de longue durée, titulaires de l’allocation de solidarité spécifique

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(ASS) et sans aucune économie pour investir, il est bien difficile d’envisager la reprise d’un commerce. Alors, cet automne, quand Céline et Samir ont enfin déniché la petite épicerie Vival de Neung-sur-Beuvron, identifiée grâce à

nage pas ses efforts : ouverts du mardi au samedi le matin à 7 h 30, ils ferment à 19 h sans aucune coupure, et poussent même jusqu’à 20 h en fin de semaine. La supérette, idéalement située sur la place du bourg, est aussi ouverte

“ LE 3 OCTOBRE, JEAN-PIERRE PERNAUD CONSACRAIT AU 13 H DE TF1 UN SUJET DE DEUX MINUTES À LA BELLE AVENTURE DES JEUNES GENS l’émission SOS Villages de TF1, il a fallu d’abord résoudre le problème financier pour racheter les parts sociales des cédants, Nadine et Roger. Ils ont été tout heureux de trouver une oreille attentive à la mairie et à la communauté de communes de la Sologne des Étangs. « On s’est tout de suite bien compris », sourit Samir. «C’est notre devoir de lever les obstacles à la création d’activité que sont les démarches administratives et bancaires », acquiesce le maire de la commune Guillaume Peltier, qui a immédiatement décidé de se mouiller pour accompagner les deux jeunes entrepreneurs. L’élu a fait le siège d’Initiative Loir-etCher pour leur obtenir un prêt sans intérêt de 10 000 €, nécessaire à la mise de départ. Avec le complément d’un prêt bancaire, et en attendant une aide du dispositif régional Cap Artisanat, l’épicerie a été reprise le 1er octobre. Deux jours plus tard, JeanPierre Pernaud consacrait au 13 h de TF1 un sujet de deux minutes à la belle aventure des jeunes gens. Pas mal comme coup de pouce ! Depuis, l’épicerie a trouvé ses marques. L’objectif de chiffre d’affaires est atteint et même dépassé. Le couple ne mé-

le dimanche matin. À la grande joie des Noviodunois – les habitants de Neung ! – et tout particulièrement des personnes âgées, qui s’attardent un peu pour faire la causette avec les gérants. Pour développer leur affaire, les repreneurs fourmillent d’idées : un rayon marée, un autre pour la boucherie et la rôtisserie, plus de productions locales dans les linéaires, un service de livraison à domicile... Les premiers mois, Céline et Samir ont fait une croix sur leur rémunération ; la marge sert à rembourser les emprunts et à payer le loyer du local et de l’appartement où ils résident, au-dessus de l’épicerie. Ils vivent encore de l’ASS, un millier d’euros mensuel en tout. La banque ? Les relations sont difficiles, même si l’argent rentre régulièrement sur le compte. « Ils ne nous ont pas vraiment fait de cadeau », regrette Samir. « Le système bancaire doit bien plus encourager les travailleurs et les entrepreneurs », renchérit Guillaume Peltier. Dans le même esprit de revitalisation du village solognot, un pôle de santé regroupant médecins, infirmières, kiné, pédicure-podologue et psychologue sera inauguré cet été. François-Xavier Beuzon


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Points Chauds

Commerce

Les bistrots paient l’addition Depuis 2009, le nombre de débits de boisson a fortement reculé sur l’ensemble du territoire, payant un lourd tribut à l’érosion du pouvoir d’achat et à la dévitalisation des villes petites et moyennes. La mobilisation des élus et des populations peut permettre d’enrayer le déclin de ces lieux de vie et de convivialité.

E

Une terrasse de bistrot doucement ombragée par des arbres centenaires, un archétype de la « douce France ».

t si la disparition de nos bistrots constituait le marqueur de la paupérisation qui frappe le cœur de nos villes, petites et moyennes ? Élus et populations ont pourtant tout à gagner à se mobiliser pour conserver leurs zincs, indéniables lieux de convivialité ! Il faut tout d’abord prendre conscience de l’ampleur du désastre. « Au début du XXe siècle, on comptait environ 600 000 cafés. Il n’y en avait déjà plus que 200 000 dans les années soixante. Aujourd’hui, il en reste à peine 37 000 sur l’ensemble du territoire », observe Franck Fléchard, le directeur de la communication du groupe France Boissons, l’un des principaux fournisseurs du marché des CHR (cafés/hôtels et restaurants). Naturellement, l’évolution des pratiques culturelles et récréatives de nos conci-

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toyens, le repli sur le domicile et la sphère intime, accentué par la généralisation de la télévision – relayée par l’omniprésence contemporaine des ré-

Mais cette érosion a connu une inquiétante et nouvelle accélération ces dernières années, notamment depuis la crise financière de 2009. Selon une

“ LA RÉGION CENTRE-VAL DE LOIRE S’EN SORT PLUTÔT MIEUX QUE LES AUTRES. LE NOMBRE DE CAFÉS Y A PROGRESSÉ DE 6 % EN SIX ANS seaux sociaux –, sont les ferments de cette tendance séculaire. Déjà, le personnage de Madame Mado, tenancière haut en couleur d’un établissement aux mœurs légères, regrettait dans les Tontons Flingueurs (1963), l’accaparement du client « furtif » par le spectacle télévisuel, faisant d’elle, sur un mode comique, le porte-voix du désarroi de tout le secteur de l’hôtellerie-restauration.

étude réalisée par le Credoc pour le compte de France Boissons, le nombre de cafés par habitant a régressé de 4 % sur la période 2009-2017 (– 1 % en nombre d’établissements). Leur chiffre d’affaires, sur le même laps de temps, a reculé de 10 %, soit une perte moyenne annuelle de 120 M€. « La baisse du pouvoir d’achat, les politiques d’étalement urbain et, de façon générale, la dévitalisation des villes petites et moyennes ont amplifié le phénomène », analyse Franck Fléchard. C’est d’ailleurs sur le segment des villes aux populations inférieures à 5 000 habitants que la tendance produit ses effets les plus visibles. « C’est bien simple, plus du tiers des habitants des communes de cette strate déclarent être dépourvus de café, note le cadre de France Boissons. On peut parler de ce point de vue d’une véritable fracture territoriale avec les zones plus denses où les cafés parviennent à se maintenir ». Les troquets paient cash l’addition de la désertification et de la dévitalisation ! Au grand dam des populations que leur disparition désespère. Parfois dernier lieu de vie et d’échange dans des communes où, tour à tour, les autres commerces et les services publics


de la désertification se sont évaporés, le bistrot fait pourtant l’objet d’un véritable plébiscite : « L’enquête du Credoc l’atteste, les Français recherchent davantage de lien social et de convivialité. Et le café est identifié comme l’acteur principal de pérennisation du lien social et d’animation des territoires ». C’est donc toujours un crève-cœur et l’origine d’un stress collectif lorsque le dernier bar d’une bourgade doit fermer ses portes. À ce jeu de massacre, la région Centre-Val de Loire s’en sortirait beaucoup mieux que d’autres régions. Si dix d’entre elles ont connu un affaiblissement de la densité des cafés, selon les chiffres recueillis par France Boissons, les six départements ligériens, berrichons et eurélien comptent aujourd’hui 1 433 établissements et, petite satisfaction régionaliste, leur nombre a progressé de 6 % entre 2009 et 2015. C’est même ce segment qui a connu localement la plus forte croissance, « un dynamisme qui porte l’ensemble de la filière CHR dans la région ». Le Loiret, par exemple, a enregistré un accroissement record du nombre de ses bistrots. « On sent bien que des mobilisations locales, réunissant élus, populations et porteurs de projets ne demandent qu’à s’épanouir » se félicite Franck Fléchard. Ce dernier a pu éprouver cette motivation à l’occasion des rencontres « Comptoirs & Territoires », organisées périodiquement par France Boissons qui se montre décidément à la pointe du combat pour le maintien de la filière CHR dans les zones désertifiées. L’une de ces rencontres, qui permettent aux élus et aux professionnels d’échanger et de co-construire des projets, a eu lieu en avril 2016 à Chilleurs-aux-Bois (45) dans les locaux du restaurant « À la Tête de Veau ». Une dizaine d’exploitants du Loiret y avaient fait le déplacement. « Les élus ont la capacité de s’investir

dans des projets d’installation ou de réinstallation de cafés en mettant, par exemple, un local à disposition, ce qui facilite évidemment les premiers pas ». Bien sûr, il faut que le projet soit économiquement viable, qu’il se conjugue plutôt avec une démarche multiservices (dépôt de pain, épicerie de proximité, point presse, etc.) et que les porteurs de projets soient de véritables professionnels, mais il « est tout à fait possible de contrer la tendance au repli ». A Séglien, une commune bretonne isolée, la mobilisation des habitants et des élus, soutenue par France Boissons, a récemment abouti à la réouverture de l’épicerie du village dans un local paroissial qui a ensuite accueilli un café. À l’origine, ce commerce de proximité était tenu par un employé communal.

Il est aussi indispensable, estime-t-on chez France Boissons, de surfer sur les modes, par exemple celle des cafés thématiques : cafés littéraires, cafés dansants (les jeunes déserteraient, dit-on, les boîtes de nuit pour se retrouver dans des établissements plus chaleureux). Les comptoirs des villes moyennes doivent impérativement capter l’humeur des consommateurs. A défaut, ils boiront la tasse…

Tous les cafés de village ne meurent pas. Un siècle après cette vue, la bourgade loirétaine de Patay (2 000 habitants) possède toujours son café-hôtel du Cheval Blanc.

Jean-Christophe Savattier

Les cafés ont souffert de la crise Depuis la crise de 2008, l’ensemble de la filière CHR a connu une fragilisation de sa situation économique comme l’indique la première édition du baromètre France Boissons/Credoc publiée en janvier dernier. L’étude révèle notamment que la baisse du pouvoir d’achat des Français, depuis 2009, a profondément impacté l’activité de la filière, en particulier celle des cafés qui ont globalement enregistré une baisse de 10 % de leur chiffre d’affaires, et de 5 % de leurs effectifs. Elle constate qu’en 2008 et 2013, les régions qui ont connu les plus grandes baisses de PIB par habitant (Bourgogne Franche-Comté : – 1,9 %, Grand Est : – 0,4 %) ou la plus faible croissance (comme dans les Hauts de France) sont également celles dans lesquelles le nombre de cafés a stagné ou diminué avec un décalage dans le temps (2009-2015). A l’inverse, l’Île-de-France apparaît comme la région de tous les records. C’est sur ce territoire que se trouvent le plus de débits de boissons, d’hôtels et de restaurants. C’est également en région parisienne que la dynamique entrepreneuriale est la plus prononcée : on y dénombre 10 % d’établissements supplémentaires en six ans, tandis que dans le même temps, la population francilienne n’a progressé que de 3,5 %.

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Points Chauds

Transports

Les dossiers chauds du fer La politique ferroviaire de la Région Centre-Val de Loire, priorité affichée de l’exécutif, va prendre encore plus d’ampleur avec le transfert en 2018 de l’exploitation de trois lignes Intercités qui accusent un déficit cumulé de 49 M€. L’État compensera cette charge jusqu’en 2023, date à laquelle le transport ferroviaire de voyageurs doit s’ouvrir à la concurrence.

L

Les vieilles rames Corail des trains Intercités (ici à droite en gare de Blois) seront progressivement remplacées par les trains Omneo Premium du constructeur canadien Bombardier (à gauche).

a grande affaire de la politique ferroviaire régionale, c’est, bien sûr, la prise en charge par la collectivité de trois lignes Intercités : Paris-Nevers via Montargis, Paris-Orléans-Tours et Paris-Bourges-Montluçon. Ce sera chose faite à partir du 1er janvier 2018. L’État, dans la droite ligne des recommandations du rapport Duron, a décidé de transférer aux Régions 18 de ces 24 trains dits d’équilibre du territoire (TET). En entretenant l’espoir de redynamiser une fréquentation en chute libre (– 20 % sur l’ensemble des lignes TET depuis 2011) et de rétablir une exploitation assumée jusqu’alors par la SNCF seule. Il était temps : l’année 2016 s’est soldée par un déficit colossal de 400 M€… C’est « un challenge majeur avec des enjeux lourds », prévient d’emblée Philippe Fournié, le vice-président PS du

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Conseil régional du Centre-Val de Loire en charge de la politique des transports et de l’intermodalité : « Il faut bien avoir à l’esprit que la desserte

Les Centristes de la Région Normandie, a fait des pieds et des mains pour récupérer à partir de 2020 la gestion des lignes Paris-Dreux-Granville et Tours-

“ IL N’Y A RIEN À CRAINDRE POUR LA QUALITÉ DE SERVICE DE PARIS-DREUX-GRANVILLE, CE SERA PEUT-ÊTRE PLUS COMPLIQUÉ POUR TOURS-LE MANS-CAEN Paris-Orléans-Tours est l’une des plus fréquentées de France ». Quant à la relance de la desserte Paris-BourgesMontluçon, elle nécessitera l’électrification du tronçon Bourges-Montluçon et la mise en œuvre d’un chantier très coûteux dont les études ont déjà été inscrites au contrat de plan État-Région. Le transfert à la Région de ces trois Intercités a commencé… par un psychodrame. Hervé Morin, le président

Le Mans-Caen qui passent sur les territoires des régions Centre-Val de Loire et Pays de la Loire. Mais s’étant aperçu que leur exploitation était très dégradée, il réclame désormais une participation financière aux exécutifs des deux autres collectivités régionales concernées. À ce jour, il n’a obtenu qu’une fin de nonrecevoir polie de la part de ses collègues Bruno Retailleau (LR) et Fran-


régional çois Bonneau (PS), ce qui ne lasse pas de susciter des inquiétudes chez les usagers qui redoutent d’être pris en otage. « Il n’y a rien à craindre pour la qualité de service de Paris-DreuxGranville, ce sera peut-être plus compliqué pour Tours-Le Mans-Caen », reconnaît Philippe Fournié. Le sujet des compensations financières constitue aussi le cœur des discussions engagées entre la Région Centre-Val de Loire et l’État. Ce dernier a accepté de verser une contribution annuelle de fonctionnement qui devrait aider les collectivités à amortir l’impact du transfert des Intercités. Pour la région Centre-Val de Loire, elle s’élève à 49 M€, ce qui correspond au déficit d’exploitation annuel des trois lignes transférées. « Nous toucherons 100 % de cette somme en 2018 et en 2019, puis 90 % en 2020 et 70 % en 2021, mais la participation tombera à 50 % en 2022 et en 2023 », indique l’élu socialiste vierzonnais. Autre volet de cet accord global, les pouvoirs publics ont accepté de financer l’acquisition de nouveaux matériels roulants – en l’espèce 36 rames Bombardier – qui seront progressivement déployées à partir de 2019 et jusqu’en 2023 ou 2024 sur le réseau ferroviaire régional. « Le principe est le suivant : la Région achète, l’État rembourse », précise Philippe Fournié qui estime qu’il revient désormais à la collectivité régionale « d’obtenir de la SNCF un service plus qualitatif, plus efficace et moins cher, qu’il s’agisse d’ailleurs des TER ou des Intercités. C’est tout simplement l’objectif de mon mandat ». Tranchant avec l’attitude conciliante visà-vis de l’opérateur national de son prédécesseur, le communiste JeanMichel Bodin, Philippe Fournié n’hésite pas à se servir de l’échéance de 2023 – date à laquelle le transport ferroviaire des voyageurs pourra être ouvert à la concurrence – comme

d’un épouvantail : « Si la qualité du service n’est pas redressée comme nous le souhaitons et si les coûts ne correspondent pas aux prestations, nous pourrions placer l’opérateur historique en concurrence, je n’ai aucun état d’âme sur le sujet. Le fer est aujourd’hui attaqué frontalement par le covoiturage et les bus Macron. Il faut se réveiller ! » L’exécutif régional devrait se servir de l’élaboration en cours du Schéma régional des infrastructures et des transports (SRIT) pour mieux cartographier les complémentarités – notamment celles entre le bus et le train – et les doublons dans les dessertes. La seconde étape sera consacrée à la recherche d’une meilleure liaison avec les sites remarquables et notamment ceux fréquentés par les touristes. Sans attendre le résultat complet des études, il est pratiquement acquis que le ZooParc de Beauval et le château de Chambord seront desservis par une navette-bus dès l’été 2018. Enfin, en filigrane du projet d’élaboration de nouvelles liaisons TER, la Région souhaite se doter d’une charte de services associés qui donnera la part belle à l’amélioration du confort dans

les trains et à la sécurité. D’ores et déjà, il est prévu que soient expérimentés des portiques d’accès aux quais en gare de Chartres. « Je suis par ailleurs tout à fait favorable à la mise en place de la vidéo-surveillance dans le gares et dans les trains, ainsi que dans les bus», affirme Philippe Fournié. Autre priorité affichée de la politique ferroviaire régionale, le désenclavement des territoires grâce au fer. Après l’ouverture en décembre 2016 de la ligne TER Chartres-Voves, la Région se projette déjà dans l’ouverture d’une liaison entre Orléans et Châteauneufsur-Loire qui devrait être effective à la fin de l’année 2021 : « C’est un très gros morceau puisqu’il correspond à un engagement de 150 M€ de la collectivité régionale », prévient l’élu. Et sensible à l’agit-prop du conseiller régional PS Fabien Verdier, très engagé dans ce dossier, la Région a aussi accepté de mettre à l’étude un projet d’accélération de la liaison TER Cloyessur-le-Loir-Châteaudun-BonnevalVoves-Paris-Austerlitz (voir encadré). Plus rapide de 20 minutes, ce train express régional pourrait grandement favoriser le désenclavement du sud de JCS l’Eure-et-Loir.

Un TER accéléré pour attirer 60 000 voyageurs de plus Le projet d’accélération de la desserte TER qui relie Cloyes-sur-leLoir à Paris-Austerlitz, via Châteaudun, Bonneval et Voves, nécessitera des travaux de signalisation pris en charge par la Région et la construction d’une voie de contournement qui devra être impérativement financée par le Syndicat des Transports d’Île-de-France. « L’idée, c’est de gagner une vingtaine de minutes sur ce trajet de 1 h 35 et d’augmenter les fréquences. L’enjeu, c’est le désenclavement économique du sud de l’Eure-et-Loir en attirant les investisseurs franciliens. L’augmentation annuelle du nombre de voyageurs serait d’environ 60 000 », estime Fabien Verdier. Près de 400 000 € ont été accordés à cette étude, piochés sur l’enveloppe de 1 M€ attribuée à l’origine par l’État à l’étude du projet de gare TGV d’Arrou-Courtalain, une idée portée par le député-maire UDI de Cloyes-sur-le-Loir Philippe Vigier qui a consenti à ce détournement…

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Économie

Formation

Formation professionnelle

Place à Depuis le 1er janvier, les organismes de formation professionnelle continue doivent justifier de la qualité des actions dispensées pour qu’elles soient prises en charge par les Opca et les quatre autres catégories de financeurs de la formation (État, Régions, Pôle Emploi et Agefiph). Ils ont six mois pour se conformer à un référencement encadré par des indicateurs. C’est la fin annoncée d’un système où fleurissaient des acteurs occasionnels.

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continue

la qualité ! D

epuis le 1 er janvier, les quelque 2 400 établissements de formation professionnelle continue enregistrés en région Centre-Val de Loire sont tenus de respecter les six critères d’appréciation qui composent le référentiel permettant de mesurer « leur capacité à dispenser une formation de qualité », comme le précise le ministère dans un memento très didactique à destination des prestataires ; un septième critère, destiné à s’assurer du respect de plu-

sieurs articles du code du travail, est joint aux six premiers. Les six critères réglementaires encadrant la qualité des actions de formation étant un peu trop généralistes (voir encadré), les 20 Opca – c’est-àdire les organismes collecteurs qui gèrent le 1 % formation des entreprises (0,55 % seulement de la masse salariale pour celles de moins de 10 salariés) – et les Opacif – qui gèrent les congés individuels de formation – les ont précisés au moyen de 21 indicateurs, chacun assorti d’éléments de

preuve. L’Agefiph leur a emboîté le pas en ajoutant 3 indicateurs adaptant le dispositif aux personnes en situation de handicap. Les organismes de formation sont donc invités à fournir ces preuves, dont la liste figure dans un Datadock accessible sur www.datadock.fr ou sur le site des Direccte. C’est à partir de leur analyse que les Opca et les Opacif référenceront ou non les organismes de formation pour aboutir à l’établissement d’un catalogue d’organismes correspondant aux injonctions de la loi. La Lettre Valloire - Mars 2017 27


Économie

Formation faires marginal ; selon Christophe Dupont, patron de l’orléanais Forma Santé (2,3 M€ de CA en 2015) et président de la délégation régionale de la FFP, « seuls 20 % des organismes de formation régionaux ont une activité annuelle supérieure à 13 000 €. » Le cas le plus emblématique est ce-

Pour certains de nos interlocuteurs, la prise en compte des certifications qualité préexistantes est un facteur de confusion, d’autant qu’à la date du 1er janvier, le Cnefop en avait sélectionné pas moins de... 27 comme satisfaisant au décret du 30 juin 2015 ! Et le 7 février, le bureau du Cnefop

“ EN PRATIQUE, LE DÉLAI DE MISE EN CONFORMITÉ DES ORGANISMES DE FORMATION COURT JUSQU’AU 30 JUIN

Christophe Dupont (Forma Santé)

Si le décret fixe le déclenchement du processus au 1er janvier dernier, en pratique, le délai de mise en conformité court jusqu’au 30 juin. Un sursis qui n’aura pas été nécessaire aux adhérents de la Fédération de la formation professionnelle (FFP), qui possèdent déjà le prérequis d’une certification qualité reconnue par le Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle (Cnefop). Les membres de la FPP regroupent à peine 1 % des organismes de formation recensés, mais parmi les plus solides : au nombre de 550 au plan national – ils représentent au total 2 000 établissements – et de 24 au plan régional, ils réalisent à peu près le tiers du chiffre d’affaires du secteur. Car la profession est très atomisée et l’écrasante majorité des acteurs, dont la formation n’est pas le cœur de métier, génèrent un chiffre d’af28 La Lettre Valloire - Mars 2017

lui des vendeurs de produits techniques qui font glisser une partie de leur prix dans la formation des clients-utilisateurs. Ces pratiques, qui n’avaient pas grand chose à voir avec ce que le législateur considère comme une formation qualifiante, n’auront plus cours. « Nos 27 organismes régionaux membres de la FPP ou sur le point de le devenir (3 sont en cours d’intégration, NDLR) remplissent les critères fixés par le décret puisqu’ils ont déjà obtenu un certificat qualité reconnu par le Cnefop », rappelle Christophe Dupont. Ce certificat ne dispensera d’ailleurs pas les organismes d’un passage par la case Datadock, mais ils auront droit à un accès simplifié au référencement.

décidait d’en ajouter 3 supplémentaires et de suspendre la certification Afaq Iso 9001, version 2008 de l’Afnor. Un méli-mélo bureaucratique dont notre pays a le secret... « Une particularité française, confirme un de nos interlocuteurs. Pour ménager les susceptibilités et les intérêts des uns et les autres, on a compilé dans cette liste une vingtaine de certifications généralistes et une dizaine de labels spécialisés émanant d’une pléiade d’acteurs. Il aurait été préférable de resserrer le champ et de ne qualifier qu’un seul certificat, comme en Allemagne. » Le monde de la formation professionnelle régionale ne se limite pas aux 27 adhérents ou futurs adhérents de la FPP. D’abord, il y a les grands ac-

Les six critères de qualité des actions de la formation professionnelle continue (décret n°2015-790 du 30 juin 2015) 1° L’identification précise des objectifs de formation et son adaptation au public formé ; 2° L’adaptation des dispositifs d’accueil, de suivi pédagogique et d’évaluation aux publics de stagiaires ; 3° L’adéquation des moyens pédagogiques, techniques et d’encadrement à l’offre de formation ; 4° La qualification professionnelle et la formation continue des personnels chargés des formations ; 5° Les conditions d’information du public sur l’offre de formation, ses délais d’accès et les résultats obtenus ; 6° La prise en compte des appréciations rendues par les stagiaires. Chaque critère est précisé par des indicateurs (21 au total) qui doivent être accompagnés d’éléments de preuve fournis par les organismes de formation.


4 MÉTIERS POUR ACCOMPAGNER VOS RESSOURCES HUMAINES

ET VOTRE “STRATÉGIE DE RÉSULTAT”

Anne Pomes, responsable du Département Recrutement et Approche Directe d’Actiforces

« L’assessment permet de recruter des profils atypiques » Actiforces développe son offre dans le domaine de l’assessment. En quoi cela consiste-t-il ? L’assessment confronte le candidat à la réalité du poste qu’il convoite grâce à l’organisation de jeux de rôle et de mises en situation adaptées aux réalités du poste à pourvoir (gestion des priorités, animation de réunions, entretien commercial, entretien de recadrage, etc.). Les entreprises sont de plus en plus friandes de prestations comme l’assessment, qui sélectionne les candidats à partir de critères comportementaux. C’est un outil précieux d’aide à la décision, surtout lorsque ceux, plus classiques, n’ont pas fait émerger de candidatures indiscutables. En les rendant véritablement acteurs, l’assessment aide les postulants à exprimer pleinement leurs savoir être et savoir-faire. Il permet ainsi de valoriser des profils atypiques, parfois très pertinents, qui n’auraient peut-être pas eu accès au poste si l’entreprise s’était cantonnée à une approche habituelle. Dans quelles situations peut-on utiliser ces méthodes ? Tout d’abord, l’assessment peut compléter un recrutement externe lorsque les méthodes traditionnelles (entretiens, tests divers) n’ont pas permis à l’entreprise de fonder suffisamment sa décision. Pour les situations de mobilité interne, l’assessment est très efficace pour arbitrer entre plusieurs candidats qui postulent de manière légitime, tant du point de vue de leurs parcours que de leurs qualifications.

Enfin, sur le moyen terme, l’assessment peut être un outil de détection des potentiels dont l’entreprise aura besoin demain. Il constitue un dispositif pertinent et mobilisable dans une démarche de « Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences » (GPEC) et d’anticipation de la politique de formation. L’assessment est-il réservé au recrutement et à la gestion de la carrière des cadres ? C’est plutôt l’enjeu lié au recrutement lui-même qui détermine la pertinence de la mise en œuvre d’une telle démarche. Les entreprises, dans des contextes où leur organisation est soumise à de fréquentes remises en cause, recherchent avant tout des profils agiles et l’assessment est un bon moyen d’apprécier ces profils. Ainsi, nous effectuons régulièrement ce type de prestations, pour des postes d’agent de maîtrise, si le poste à pourvoir nécessite, à titre d’exemples, un fort degré d’adaptabilité, de l’autonomie, une posture particulière de manager ou des qualités relationnelles spécifiques. Pour conclure ? L’assessment vient renforcer les méthodes et outils de sélection que nos consultants utilisent chaque jour. Il répond à des exigences fortes de nos clients : sécuriser les recrutements externes comme internes sur des postes à fort enjeu, bâtir leurs équipes à court comme à moyen terme. Si la conception des mises en situation nécessite une collaboration étroite avec nos interlocuteurs (dirigeants ou responsables RH), sa mise en œuvre opérationnelle est facile.

Siège Social Bureaux TOURS Bureaux PARIS 15-17 rue Clisson 75013 Paris 01 49 49 42 95 Bureaux POITIERS Arobase 2 avenue du Futuroscope - 86360 Chasseneuil-du-Poitou 05 49 49 42 95

20 avenue Marcel-Dassault Quartier des 2 Lions 37200 Tours info@actiforces.com 02 47 48 04 00

Bureaux ORLÉANS 3-5 boulevard de Verdun 45000 Orléans 02 38 54 10 52

Bureaux BLOIS 5 rue Copernic 41260 La Chaussée St Victor 02 54 58 95 41

Bureaux BOURGES 3 rue de Séraucourt 18000 Bourges 02 48 21 28 25

Bureaux CHÂTEAUROUX 5bis rue Albert 1er - Etage 1 36000 Châteauroux 02 54 61 23 73

Bureaux CHARTRES 5 rue Louis Pasteur 28630 Le Coudray 02 37 35 82 42

Bureaux BORDEAUX 3 rue du Golf - Parc Innolin 33700 Mérignac 05 56 34 74 01

Bureaux NIORT 3 rue Archimède 79000 Niort 05 49 49 42 95


Économie

Formation

teurs publics, des géants qui sont déjà rompus à la démarche qualité. L’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) est certifiée OPQF et Iso 9001. Idem pour l’université François-Rabelais et son Sufco, également certifié OPQF depuis 2012. Quant au Greta, il bénéficie, comme toutes les structures de formation continue de l’éducation nationale, du label qualité Eduform ; celui-ci s’appuie sur un nouveau référentiel Afnor (BP X50-762, version 2016) qui a fusionné les deux précédents, celui en vigueur pour la validation des acquis de l’expérience (VAE) et celui qui servait de support au label GretaPlus destiné aux formations sur-mesure. D’autres acteurs, privés cette fois, ont pris une place importante en région Centre-Val de Loire. C’est le cas

Dominique Lijour (Actiforces)

sources humaines, de recrutement et d’approche directe. Son directeur général Dominique

“ LA BALLE EST DANS LE CAMP DES OPCA, QUI AURONT L’OBLIGATION DE VÉRIFIER LA QUALITÉ DES ORGANISMES PRESTATAIRES du cabinet Actiforces, qui réalise environ le quart de son CA de 4,3 M€ dans la formation, le solde provenant de ses activités de conseil en res-

Lijour (ci-dessus) précise qu’il a entamé une démarche de certification. « Nous n’avons pas la qualification OPQF (Office professionnel de qua-

Le conseil en évolution professionnelle

Créé par la loi du 14 juin 2013 relative à la sécurisation de l’emploi, mais précisé par la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, le conseil en évolution professionnelle (CEP) a pour ambition de favoriser l’évolution et la sécurisation des parcours professionnels. « On sait que les actifs devront renoncer à l’emploi à vie. Dans ces conditions, nous devons les aider à faire le point sur leur situation professionnelle, à comprendre leur environnement et à se repérer dans l’offre de formations et de qualifications », justifie Jean-Marc Vermorel, directeur régional de Pôle Emploi, un des cinq organismes (avec l’Apec, Cap Emploi, les missions locales et les Opacif, qui gèrent les congés individuels de formation) habilités par le législateur à délivrer le CEP. « Nous proposons trois niveaux de conseil, reprend Jean-Marc Vermorel. Le premier, c’est l’accueil individualisé, qui doit permettre au bénéficiaire d’analyser sa situation. Le deuxième, c’est le conseil personnalisé destiné à formaliser son projet d’évolution professionnelle. Enfin, le troisième, c’est l’accompagnement à la mise en œuvre du projet auprès des organismes de formation et des partenaires. » Pour remplir cette nouvelle mission, Pôle Emploi Centre-Val de Loire achève la formation de ses 800 agents régionaux. Une formation lourde, 5 jours en moyenne par agent, qui devrait permettre au dispositif de fonctionner à plein dès cette année.

30 La Lettre Valloire - Mars 2017

lification des organismes de formation, NDLR), explique-t-il, mais l’OPQCM, qui est son équivalent pour les cabinets de conseils. Nous avons préféré choisir l’Afnor pour certifier l’ensemble de nos activités Iso 9001, version 2015. Nous sommes déjà engagés dans le processus et devrions être certifiés cet automne. » Parallèlement, et puisque la délivrance de la précieuse norme Iso 9001 n’a pas valeur de sésame pour le Cnefop, Actiforces s’est engagé dans la compilation des pièces lui permettant de satisfaire aux exigences du Datadock. Le chantier devrait être bouclé à la fin du printemps. Isidore Torrès, directeur de l’Afpi Centre-Val de Loire (43 collaborateurs, 200 prestataires spécialisés, 7 M€ de CA), a choisi une autre voie. Cet organisme, qui accompagne les industriels dans l’évolution des compétences de leurs salariés, ne disposait pas d’un certificat qualité reconnu par le Cnefop mais de nombreuses habilitations et agréments allant dans le sens du Datadock (HECarsat, CHSCT-Direccte, CQPM et Écoles du management) ; il n’a donc pas accès à la version simplifiée du référentiel et doit tout fournir, y compris les éléments de preuve. « Nous espérons avoir formalisé l’ensemble du dossier prochainement et être “ré-


PIERRE ALLORANT, doyen de la faculté de Droit, d’Économie et de Gestion d’Orléans

« Nous avons développé un dialogue fécond avec le monde de l’entreprise » sur le marché de l’emploi. Nous nous appuyons aussi sur nos formations en alternance et, fréquemment sur des approches pluridisciplinaires et transversales. C’est ainsi que nous avons crée en partenariat avec Polytech un master d’administration des entreprises dédié aux élèves ingénieurs. Toutes ces raisons expliquent que nous soyons en mesure d’afficher un taux d’insertion de nos étudiants qui dépasse les 95 %.

Préparez vous de nouvelles innovations pédagogiques ?

Quels sont les ferments de la réussite et de l’attractivité de la Faculté d’Orléans ? Fondamentalement, nos enseignants, qui sont tous des enseignants-chercheurs, parviennent à infuser au cœur de leurs enseignements une véritable culture de la recherche. C’est un point qui me paraît central à l’heure où nous devons forger des savoirs et des compétences qui doivent se déployer au sein de l’économie de la connaissance. Dans le même temps, nous avons naturellement tissé des liens très forts avec les professionnels des métiers du droit et de la politique, que ce soit avec les avocats du barreau d’Orléans, les notaires et les magistrats, les responsables des collectivités locales qui nous procurent une forte légitimité. De même, nous avons développé un dialogue très fécond avec le monde de l’entreprise via notamment l’IAE - l'École Universitaire de Management. Nous proposons des cursus rapidement opérationnels

Oui, nous avons à l’étude beaucoup de projets. Je souhaite ainsi proposer la création d’un IRA (Institut Régional d’Administration) qui s’appuierait sur nos masters spécialisés en Droit Public avec des axes de développement en formation continue. Je voudrais aussi engager la Faculté dans la création d’une école de data sciences du type ENSA-ENSAI qui s’appuierait sur les ressources en économétrie du LEO (Laboratoire d’Économie d’Orléans) et j'ai également l’intention de proposer la transformation de l’IAE en une véritable école universitaire de management et d’économie complémentaire dans ses spécialités à l'IAE de Tours. Par ailleurs, nous allons lancer une étude pour la création d’un IEP (Sciences Po) à Orléans.

Ces projets auront ils une traduction immobilière ? Nous souhaitons étudier la faisabilité et l'intérêt d'une installation en centre-ville dans le quartier de la Porte Madeleine, dans les locaux rénovés de l’ancien hôpital. Mais, il ne peut pas s’agir d’un transfert à l’identique. Il s’agit via la création au cœur de la future métropole d’un éco campus de l’innovation, d’effectuer un nouveau saut qualitatif, et de renforcer notre attractivité.

La Lettre Valloire - Mars 2017 31


Économie

Formation

férençable” fin avril ou début mai », prévoit Isidore Torrès. Le CetimCertec, qui est voisin de l’Afpi sur le site Lahitolle à Bourges, est aussi en cours de rédaction du dossier. Ce centre de ressources technologiques pour les entreprises de mécanique ne facture toutefois qu’environ 300 000 € par an en prestations de formation, soit quelque 15 % de son CA. Éric Renard, chargé du dossier qualité comme responsable du développement du CFSA de l’Aftec, s’apprêtait à déposer son dossier complet sur le Datadock, au moment où nous l’avons joint, à la mi-février. Pour cet organisme à vocation régionale, qui dispense à la fois des formations initiales (par l’apprentissage) et continues via le CFP de l’Aftec, l’effort n’est pas insurmontable : « Nous sommes habitués à ces procédures qualité. Nous avons été durant quinze ans certifiés Iso 9001 et si nous ne le sommes plus, nous avons conservé le réflexe de bien décrire nos process. D’ailleurs, le conseil régional, dont nous sommes prestataires, nous demande depuis long-

32 La Lettre Valloire - Mars 2017

temps les mêmes éléments de preuve que ceux à déposer sur Datadock. » La Région, dont le rôle de financeur a été renforcé par le plan de formation de 500 000 demandeurs d’emploi annoncé l’an passé par le président de la République, intègre d’ail-

quent. Alexandra Devaux, directrice du développement au siège parisien d’Opcalia, rappelait lors d’une réunion d’information organisée à Blois par cet Opca qui a collecté 613 M€ en 2016 au titre de la formation professionnelle continue,

“ IL EST CERTAIN QUE LES PLUS PETITS ORGANISMES AURONT DU MAL À SE PLIER AUX EXIGENCES DU DATADOCK

leurs les critères qualité du décret à ses appels d’offres. Dominique Lijour plaide, quant à lui, pour la reconnaissance de la spécificité de son approche : « Notre métier, je le qualifierais plus de “formation-action” mêlant formation, coaching et conseil. Nous sommes plus dans l’accompagnement formatif, qui implique une co-construction et un plan d’action sur-mesure, définis avec la personne formée. Ce que nous faisons n’est pas aussi formaté que d’autres organismes ; c’est aussi pour cette raison que nous avons préféré la norme Iso 9001. » Le dirigeant d’Actiforces reconnaît toutefois le bien-fondé de la démarche de certification « parce qu’elle va nous obliger à nous poser des questions. » À la Direccte, service de l’État chargé de vérifier la bonne application des textes, on rappelle que la balle est d’abord dans le camp des Opca, qui sont désormais dans l’obligation de vérifier la qualité des organismes prestataires. Pour simplifier leur tâche, ils se sont entendus pour élaborer un outil commun de collecte de données, le Datadock. Dans le principe, l’un d’eux, désigné de manière aléatoire (il existe 20 Opca, auxquels il faut ajouter les Opacif comme le Fongecif Centre-Val de Loire, NDLR), vérifie les déclarations et les éléments de preuve déposés par chaque OF. Une fois validé, le dossier est considéré comme “référençable” par l’ensemble des autres Opca. C’est là que les choses se compli-

que « l’accord d’un financeur n’emporte pas forcément l’accord de tous les autres et que chacun reste libre d’intégrer ou non un OF et son offre à son propre catalogue. » Le Datadock ne délivre donc pas de brevet automatique et les acheteurs de formation restent maîtres de leur choix. D’ailleurs, Jean-Marc Vermorel, directeur régional de Pôle Emploi, qui finance les formations des demandeurs d’emploi, a l’intention de contrôler in situ les OF inscrits à son catalogue, indépendamment de la démarche Datadock. Ce contrôle, qui devrait concerner chaque année 20 % des OF qu’il a référencés, débutera dans le courant du printemps. À terme, Pôle Emploi compte bien mutualiser cette action avec les Opca et le conseil régional. Selon lui, le Crefop, émanation régionale du Cnefop institué par la loi de 2014, pourrait être le pilote de ce contrôle continu. Pôle Emploi va même plus loin et s’intéresse aussi à l’appréciation des personnes formées, ce que la loi ne prévoit pas explicitement. « Nous allons créer un véritable “Tripadvisor” de la formation en ajoutant une fonction sur notre site web “la bonne formation”, explique Jean-Marc Vermorel. Ainsi, les utilisateurs pourront juger la qualité de la formation qui leur est dispensée. Et aussi nous alerter sur les OF qui seraient mal notés. » Thierry François, chef du service régional de contrôle de la formation et de l’apprentissage (SRCFP) à la Direccte, conduit chaque année envi-


ron 90 contrôles d’organismes pour vérifier la réalité des prestations et la bonne utilisation de fonds dont il ne faut pas oublier qu’ils sont publics, même s’ils sont gérés par les Opca. Ses missions, qui ont été renforcées par la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, vont encore évoluer avec la mise en place du référentiel. Il faudra désormais s’assurer que les procédures décrites dans le Datadock soient bien mises en place, même si ce fonctionnaire, qui rappelle le devoir d’impartialité des pouvoirs publics, s’interdit de juger d’une formation sur le fond : « Ce ne sera jamais dans mes attributions de vérifier si les stagiaires sont satisfaits. » Mais qu’adviendra-t-il de l’écrasante majorité – environ 8 sur 10 – des 2 400 organismes recensés dans la région qui n’ont pas ou peu d’activité, comme le précisait plus haut Christophe Dupont, le président régional de la FFP ? La France a une particularité : au plan national,

quelque 63 000 établissements – certaines sources parlent même de plus de 80 000 ! – sont déclarés, moins d’un tiers ont la formation pour activité principale et la plupart (82 %) font moins de 150 000 € de CA. Selon les chiffres fournis par la FFP, 5 % seulement des organismes réalisent plus de 750 000 € de CA annuel et assurent 71 % du CA total du secteur (13,6 Md€, selon la Dares). En comparaison, l’Allemagne ne possède que 6 000 entreprises exerçant une activité de formation... « Cela va nécessairement “nettoyer” le marché », reconnaît-on du côté des services de l’État. « La formation est en constante évolution depuis plus de quarante cinq ans. C’est un secteur en mutation permanente qui a déjà un turn-over naturel de 30 % par an », souligne, un brin fataliste, Isidore Torrès (Afpi Centre-Val de Loire). « Il est certain que les plus petits organismes auront du mal à se plier

Isidore Torrès (Afpi Centre-Val de Loire)

La Lettre Valloire - Mars 2017 33


Économie

Formation

aux exigences du Datadock », souligne-t-on prudemment à la FFP où on s’attend à ce que de nouveaux candidats frappent à la porte d’une fédération qui effectue un gros travail de veille stratégique pour le compte de ses adhérents. « Déjà, pour être certifié OPQF, il faut justifier d’un chiffre d’affaires minimal en prestations de formations, ajoute Dominique Lijour. Certains petits cabinets, ou la plupart des indépendants, seront condamnés à être sous-traitants des plus gros. Il nous reviendra donc de vérifier qu’ils sont bien conformes à nos propres démarches qualité. » Pour Éric Renard (CFP de l’Aftec), la démarche va normaliser le marché. Mais il reconnaît également qu’elle risque fort de pénaliser les plus petits des OF qui n’ont pas toujours la structure administrative nécessaire pour satisfaire aux exigences de la démarche. C’est d’ailleurs un point qui inquiète certains observateurs : « Ceux qui vont le plus souffrir du

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système mis en place, ce sont les organismes de taille intermédiaire, qui ont 4 ou 5 formateurs. Or, ce sont souvent eux qui montrent la plus grande souplesse, surtout lorsqu’il faut aller former dans les territoires, là où les majors ne se déplacent plus », explique l’un d’entre eux. Isidore Torrès (Afpi Centre-Val de Loire), lui, va d’ailleurs plus loin que le décret ; il suggère que dans un second temps le dispositif distingue, par une déclaration spécifique, le formateur de l’organisme de formation : « Cela permettrait d’éclaircir énormément le paysage des organismes de formation », ajoute-t-il. À la mi-février, selon les statistiques fournies par la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), qui supervise pour le compte de l’État la mise en œuvre du dispositif, « entre 7 000 et 8 000 organismes de formation » s’étaient inscrits sur Datadock, soit environ 10 % des OF français.

Si Patrice Greliche, directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte), reconnaît bien volontiers un certain « formalisme » de la démarche, il souligne combien la professionnalisation du secteur de la formation était devenue urgente, tant ses enjeux sont devenus importants, notamment pour réinsérer dans le monde du travail les personnes éloignées de l’emploi. Un point de vue partagé par la plupart des acteurs du secteur. Mais les critiques du dispositif sont réelles. Notre observateur précité est catégorique : « La qualité ne se décrète pas. » Pour lui, l’État s’est emparé d’un sujet où il n’avait pas sa place. « Les contrôles sont fondés sur le déclaratif et sur une position a priori. Il aurait été préférable que les financeurs s’organisent pour contrôler a posteriori les OF en se focalisant non pas tant sur la qualité de l’organisme mais sur la qualité de l’offre de formation. »


Autre grief fréquemment opposé au référentiel qualité, la faible place laissée à l’appréciation de la formation par ceux qui en bénéficient : « Si le sixième critère est bien celui de la prise en compte des appréciations rendues par les stagiaires, les indicateurs décrivent plus une méthodologie, comme la capacité de l’OF à produire des grilles d’évaluation et les modalités de recueil de cellesci, qu’une véritable mesure de l’impact de la formation sur le savoir de l’apprenant et des résultats concrets de son utilisation dans l’entreprise. » Pour bien faire, reprend notre interlocuteur, « il faudrait évaluer les effets de la formation “à froid”, une fois que le stagiaire est revenu dans l’entreprise ou a retrouvé un emploi et pas “à chaud”, au sortir du stage. » En région Centre-Val de Loire, le nombre d’OF dûment référencés sera probablement de quelques centaines, en tout cas bien loin des 2 400 possédant aujourd’hui l’agrément délivré quasi automatiquement par la

Direccte. Les recalés pourront certes continuer à délivrer des formations, mais celles-ci ne seront pas éligibles à une prise en charge par les Opca et autres financeurs. Autant dire que leur modèle économique sera très sé-

rieusement menacé. Les organismes référencés profiteront-ils de ce rétrécissement de l’offre pour gonfler leur carnet de commandes ? L’avenir le dira… François-Xavier Beuzon

« Tous Formateurs ! », pour apprendre à former Les Éditions Gereso, du Mans, viennent de publier un petit ouvrage intitulé « Tous Formateurs ! », vendu 20 € et disponible aussi sur e-book. Savoir utiliser son cerveau pour mémoriser et apprendre, posséder les clés pour ouvrir « les portes du savoir », connaître les lois de la pédagogie et ses principales techniques, convaincre et surmonter les blocages d’un interlocuteur difficile, savoir reformuler, connaître les attitudes de Porter pour faciliter l’apprentissage à six types de personnalités différentes, utiliser le méta-modèle de la PNL... En 180 pages et 10 chapitres, l’auteur Christine Paoli, consultante formatrice experte en ingénierie pédagogique et formation de formateurs, délivre un petit précis très efficace des « méthodes et techniques pédagogiques pour délivrer son savoir-faire. » www.gereso.com/edition – edition@gereso.fr 02 43 23 03 53

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Économie

Formation

Avec le CPA… on est encore Le compte personnel d’activité (CPA), qui intègre de nouveaux droits créés par la loi El Khomri aux côtés du compte personnel de formation (CPF), peine à convaincre. Illisible, inéquitable et très mal financé : les critiques pleuvent sur un dispositif qui devait pourtant couronner la politique de formation du quinquennat.

I

l y a de quoi en perdre son latin. En accordant de nouveaux droits aux salariés, certaines dispositions de la loi El Khomri, venues compléter le compte personnel de formation – qui a succédé le 1er janvier 2015 au dispositif des droits individuels de formation (DIF) –, ont complexifié un système qui ne faisait déjà pourtant pas preuve d’une exceptionnelle limpidité. À mots couverts, les services de l’État reconnaissent volontiers que la nouvelle offre, qui se caractérise avant tout par un empilage de sigles – et un sabir administratif du plus néfaste effet – aurait mérité « des efforts sup-

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plémentaires d’explication et de pédagogie ». Façon de reconnaître, en le résumant d’un euphémisme, que l’appropriation des ces nouveaux

vité (CPA), accessible sur une plateforme en ligne (www.moncompteactivite.-gouv.fr) « qui a pour ambition de simplifier la collecte et la

“ IL N’A PAS ÉTÉ POSSIBLE D’ÉTOFFER LE PÉRIMÈTRE DU CPA EN Y INTÉGRANT LES DROITS RECHARGEABLES À L’ASSURANCE-CHÔMAGE ET LE COMPTE ÉPARGNE-TEMPS droits par les principaux intéressés n’est pas assurée. Tentons de clarifier. Depuis le 1er janvier 2017, chaque salarié dispose donc d’un compte personnel d’acti-

qualification des droits des salariés ». Ce CPA encapsule les trois dispositifs créés pendant le quinquennat de François Hollande. Il s’agit tout d’abord du fameux compte personnel de formation (CPF) qui permet de cumuler jusqu’à 150 heures de formation, au rythme de 24 heures par an pour un salarié à plein temps (avec un palier intermédiaire à 120 heures pour compliquer encore plus les modalités d’acquisition, NDLR). Début janvier, plus de 3,8 millions de personnes avaient ouvert un CPF. À ce navire amiral de la politique sociale du gouvernement sont venus s’ajouter deux dispositifs. Il s’agit d’une part du compte personnel de prévention de la pénibilité (C3P), instauré par la loi sur les retraites de janvier 2014 et dont l’entrée en vigueur des six derniers critères, au mois de juillet dernier, a provoqué un véritable tollé chez les employeurs, et d’autre part du compte d’engagement citoyen (CEC). Le fameux C3P autorise les salariés exerçant des métiers pénibles (travail de nuit, charges lourdes) à cumuler des points afin de partir plus tôt à la


loin du compte retraite. Il leur ouvre également le bénéfice d’heures de formation supplémentaires. Quant au compte d’engagement citoyen (CEC), il donne la possibilité aux jeunes engagés dans le dispositif du service civique et aux travailleurs bénévoles des associations – seuls les bénévoles encadrants et les membres des conseils d’administration seront éligibles – de se former dans le cadre de leur engagement en profitant de 20 heures de formation supplémentaires. Rappelons que le CPA est naturellement ouvert à tous les salariés du privé âgés de plus de 16 ans ; ils seront rejoints prochainement par les agents du service public. Les travailleurs indépendants sont, pour l’heure, exclus du dispositif mais ils devraient pouvoir se raccrocher aux

wagons du CPA dès la fin 2017, début 2018. Supporté à bout de bras par la CDFT et le gouvernement, le CPA est loin de faire l’unanimité. Strictement centré sur la formation, le dispositif a, il est vrai, nettement dévié de ses ambitions initiales. Dans un rapport réalisé en 2015 par France Stratégies à la demande du gouvernement, cet organisme recommandait de faire du CPA l’instrument auquel serait rattaché l’ensemble des droits sociaux, indépendamment du statut (chômeurs, salarié, indépendants). Las, l’échec des négociations entre partenaires sociaux, en début d’année, n’a pas permis d’étoffer le périmètre du CPA en y intégrant notamment les droits rechargeables à l’assurance-chômage et au compte épar-

gne-temps (CET) comme il avait pu en être question à l’origine. S’il devait simplifier et intégrer l’ensemble des droits attachés au salariat et au travail indépendant, le CPA a simplement juxtaposé des droits nouveaux qui ne sont pas dotés d’une visibilité suffisante. Dans ce contexte, les critiques pleuvent : selon la CGT, le CPA ne serait qu’une « coquille vide ». À l’autre bout du spectre politique, l’Institut Montaigne, un think tank d’obédience libérale, s’est montré lui aussi très critique à l’égard du CPA et de ses trois comptes joints. Dans un rapport datant de janvier 2017, l’Institut observe que ce dispositif est « inéquitable, parce qu’il donne plus à ceux qui en ont le moins besoin, inefficace parce qu’il

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Économie

Formation

ne permet pas d’atteindre l’objectif de sécurisation, illisible parce qu’il est constitué d’une multitude de dispositifs et d’intermédiaires et est mal financé : les ressources ne suffisent pas à combler les coûts, sauf à ce qu’une grande partie des droits ne soient pas utilisés ». Dans une tribune commune publiée par notre confrère L’Opinion, le 11 janvier 2015, Bertrand Martinot et Estelle Sauvat (lire son interview à la page 40 de cette édition), les auteurs du rapport de l’Institut Montaigne, enfonçaient le clou en faisant observer que le CPA était assis sur des ressources redéployées de 1 Md€ pour une population cible de 20 millions de personnes, soit 50 € par personne et par an !!! Loin de se cantonner à ces critiques, ils proposent la création d’un capital emploi formation pour tous (CEF), fondé sur des logiques radicalement différentes : les droits acquis seraient attachés à la personne et non pas au type de contrat. Le dispositif

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serait doté en euros et non pas en heures (et sans que soit prévu le moindre plafonnement horaire). Cette monétisation constitue probablement la contribution la plus intéressante du CPF. Il se dit d’ailleurs que l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) aurait mis à l’étude cette hypothèse dans le cadre d’un rapport sur la digitalisation de la formation professionnelle. Ce qui fait bien sûr bondir les organisations syndicales. Ainsi, Michel Beaugas, un spécialiste du sujet chez Force Ouvrière, notait que l’adoption d’un tel système « constituerait une régression et un retour au droit individuel à la formation portable. Inéluctablement, la monétisation des heures conduirait à une perte de droits pour le bénéficiaire ». La mise en jeu de ces droits ne serait pourtant soumise à aucun accord préalable. Ils s’appuieraient sur un financement original ; en effet, les sponsors du CEF préconisent qu’un flux continu provenant de la cotisation

sur les salaires (qui serait portée à 0,4%), abondée par une participation individuelle liée à des ruptures professionnelles ou des versements ponctuels donnant lieu à une défiscalisation, viennent financer ce dispositif. Last but not least, les titulaires de ces droits auraient toute latitude pour choisir leur opérateur, qu’il s’agisse d’un organisme de formation, d’un opérateur privé de placement ou d’un conseil en évolution professionnelle. A condition, bien sûr, qu’ils bénéficient des certifications requises. « Plutôt qu’une offre de service diversifiée et innovante, et qui correspondrait à l’infinie diversité des situations où ils se trouvent, les actifs en mal de reconversion professionnelle sont renvoyés aujourd’hui par la plateforme aux prestations habituelles du service public de l’emploi », estiment Bertrand Martinot et Estelle Sauvat. On est manifestement très loin du compte... Jean-Christophe Savattier


JEAN-PATRICK GILLE, DÉPUTÉ PS D’INDRE-ET-LOIRE, VICE-PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES À L’ASSEMBLÉE NATIONALE

« Les effets positifs du CPA vont se faire sentir sur le long terme » Pour le député d’Indre-et-Loire, qui fut le rapporteur de la loi sur la formation professionnelle, le compte personnel d’activité (CPA) constitue l’une des réformes les plus abouties du quinquennat. La Lettre Valloire : Pourtant, il semble que ce dispositif ne soit pas suffisamment financé, sauf à espérer qu’il soit utilisé par une minorité d’ayants droit ? Jean-Patrick Gille : Ce n’est pas exact ! Nous avons un socle de 1 Md€ qui est garanti par le prélèvement de 0,2% sur la masse salariale et qui pourra être complété le cas échéant par d’autres sources de financement. Bien sûr, si tout le monde fait jouer l’ensemble de ses droits en même temps, cela posera problème. Mais cette hypothèse est du même acabit que la crainte de voir tous les détenteurs de comptes bancaires retirer leur argent en même temps. Ce sont des hypothèses catastrophistes hautement improbables. Il faut naturellement raisonner en flux dans cette affaire.

La Lettre Valloire : Le compte personnel d’activité est-il conforme aux ambitions initiales du gouvernement en matière de sécurisation des parcours professionnels ? Jean-Patrick Gille : Rien n’est jamais parfait, mais j’estime que le CPA constitue une avancée sociale majeure et que l’histoire rendra sûrement justice à un dispositif qui est, selon moi, d’une portée de même importance que d’autres très grands droits sociaux conquis par la gauche. Nous avons désormais un socle solide qui attache des droits fondamentaux de formation et de citoyenneté à la personne individuelle, et qui tient également compte de la pénibilité des métiers, quel que soit le parcours emprunté. Il y a aussi une notion d’universalité qui me paraît majeure puisque ces droits seront étendus aux travailleurs indépendants et aux fonctionnaires d’ici à la fin de l’année. Même les retraités pourront en bénéficier dans le cadre de formations ayant trait à l’exercice de la citoyenneté. Pour tout dire, je suis surpris que le gouvernement n’ait pas davantage communiqué sur le sujet. C’est un acquis puissant et structurant pour la sécurisation des parcours de tous les actifs, dont les effets positifs vont se faire ressentir sur le long terme.

La Lettre Valloire : Certaines voix appellent à un changement de modèle et à ne pas équiper le CPA en heures, mais à doter financièrement les ayants droit en euros. Qu’en pensez-vous ? Jean-Patrick Gille : Oui, je connais très bien cette proposition qui émane de l’Institut Montaigne. C’est une réflexion intéressante, mais pour tout dire, je suis hostile à une monétisation de ces droits. Tout d’abord, j’ai cru comprendre qu’une partie importante du financement serait apportée par une réserve prise sur les indemnités accordées aux salariés à l’occasion d’un licenciement ou d’une rupture. C’est tout de même une idée un peu curieuse d’asseoir le financement de droits à la formation sur la discontinuité des carrières. Secundo, il me semble que c’est une source importante d’inégalités entre les actifs. Les montants réservés pour chaque actif varieront beaucoup et dépendront du montant des rémunérations, de la nature des métiers et des qualifications. Essayons plutôt de consolider le CPA et de l’étoffer en y attachant des droits nouveaux comme le compte épargne temps (CET) plutôt que de songer à défaire ce qui me paraît constituer, avec la loi NOTRe et la réorganisation territoriale, l’une des plus belles réussites du quinquennat. Propos recueillis par Jean-Christophe Savattier

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Économie

Formation

ESTELLE SAUVAT, CO-AUTEURE DU RAPPORT « UN CAPITAL EMPLOI FORMATION POUR TOUS » PUBLIÉ PAR L’INSTITUT MONTAIGNE

« Il faut sortir du modèle bureaucratique » Co-auteure avec l’économiste Bertrand Martinot d’un rapport de l’Institut Montaigne, Estelle Sauvat pointe les vulnérabilités du compte personnel d’activité.

La Lettre Valloire : Le rapport de l’Institut Montaigne que vous avez co-rédigé comporte de sévères critiques du compte personnel d’activité. Aucun volet de ce dispositif ne mérite donc grâce à vos yeux ? Estelle Sauvat : La CPA a plusieurs mérites. Celui tout d’abord de consacrer la volonté des pouvoirs publics de sécuriser les parcours professionnels. Il ne s’agit pas de tout jeter mais bien d’aller au bout des intentions, plus loin. La philosophie du CPA fait consensus. Mais il encapsule des dispositifs préexistants et ceux prévus au titre de la loi Travail. Difficile de s’y retrouver pour un salarié ou un demandeur d’emploi ! Certes, l’installation d’une plateforme numérique constitue une avancée mais beaucoup de chemin reste à parcourir sur le terrain de la « flexisécurité ». Il faut tout de même se rendre compte que plus de 80 % des enveloppes prévues au titre des politiques de sécurisation des parcours professionnels sont mobilisées par l’indemnisation des chômeurs, soit environ 50 Md€. Modifier cet équilibre est possible s’il y a volonté politique. La Lettre Valloire : C’est d’ailleurs la question du financement qui constitue le sujet principal de vos critiques ? Estelle Sauvat : Les financements prévus au titre du CPA, basés sur la perception d’une cotisation patronale de 40 La Lettre Valloire - Mars 2017

0,2 % de la masse salariale, représentent un montant de l’ordre de 1,2 Md€, soit… 50 € par actif et par an. Nous proposons de substituer à cette logique un modèle très différent, en sortant d’une approche bureaucratique de mobilisation des droits et en dépassant la logique des heures de formation, dont la valeur est aléatoire. La limite actuelle des 150 h ne correspond pas à la réalité des besoins car un changement substantiel de qualification requiert au moins 400 h de formation et une reconversion pas moins de 800 à 1 500 h. Le financement de ce capital individuel serait assis sur deux piliers : d’une part, une cotisation mutualisée de 0,4 % sur les salaires et, d’autre part, une cotisation sur le chiffre d’affaires des indépendants. Ce capital emploi formation serait complété de versements par les entreprises au moment de la rupture du contrat de travail, à l’exception de la démission. Ces sommes réservées seraient naturellement individuellement affectées à l’ayant droit, qui pourra abonder ces montants par des versements libres sujets à défiscalisation. Avec notre système, nous aboutissons à des ressources annuelles disponibles d’au moins 6,6 Md€… versus 1,2 Md€ pour la version actuelle du CPA. La Lettre Valloire : De plus, vous proposez de ne plus soumettre la demande de formation à l’accord préalable de Pôle Emploi ? Estelle Sauvat : Il faut débureaucratiser tout ce système en y injectant la liberté de choix et de l’autonomie. Bon nombre de salariés en activité n’ont pas la démarche spontanée de solliciter Pôle emploi pour un enjeu de développement personnel des compétences. Le conseil en évolution professionnelle doit être pleinement intégré, financé et ouvert au libre choix des actifs. Le CEF que nous appelons de nos vœux prendrait alors la forme d’un chéquier électronique permettant à l’actif de rémunérer directement l’opérateur qu’il trouve le plus pertinent. Labellisés au préalable par un organisme certificateur indépendant, les opérateurs auraient pour mission d’accompagner les actifs dans cette démarche. Ce serait à l’actif de choisir son conseiller en accompagnement et d’engager la démarche de financement de l’opérateur de formation en s’affranchissant d’un quelconque contingentement horaire. Propos recueillis par Jean-Christophe Savattier


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Économie

En bref

MERCK INVESTIT 11 M€ À SEMOY La big pharma allemande Merck KGaA, qui exploite une importante usine agréée FDA à Semoy (45), engage un investissement de 11M€ au profit de ce site qui emploie quelque 370 salariés. « Il ne s’agit pas à proprement parler d’un investissement capacitaire, mais plutôt d’un programme de remise à niveau qui vise à hisser le process vers les standards industriels les plus élevés et à homogénéiser l’ensemble des équipements de production des usines du groupe », nous indique la direction. Le programme va se concrétiser par la construction d’un bâtiment de 3 000 m² qui complétera les installations actuelles (15 000 m²). Cet atelier abritera une nouvelle ligne de granulation qui sera opérationnelle au printemps 2018. La mise en service entraînera l’arrêt progressif d’une des six lignes de granulation déjà en service. L’agrandissement a été calibré afin d’accueillir des développements ultérieurs. L’usine de Semoy produit notamment des traitements contre le diabète à base de metformine (Glucophage) et des traitements d’urgence contre les intoxications au cyanure (Cyanokit).

ANTARTIC S’ÉTEND À ST-MARTIN-D’ABBAT Antartic (154 M€ de CA, 272 salariés) – filiale du groupe Intermarché – met à exécution cette année le projet d’extension de son unité d’embouteillage de sodas, jus de fruits, eaux minérales et soupes à St-Martin-d’Abbat (45). L’entreprise investit 12 M€ dans la construction d’un nouvel atelier de production d’eau de 3 500 m² ; l’actuel sera donc transféré dans ce nouveau bâtiment et des lignes de sirops seront

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installées dans l’espace devenu vacant. La direction espère une augmentation du CA de 10 à 15 % d’ici à 2018.

SIDAMO REPRISE PAR DEUX DE SES MANAGERS Spécialisée dans la conception et la fabrication de consommables de coupe, d’aspirateurs professionnels et de machines-outils, la société Sidamo (14,5 M€ de CA, 42 salariés) à La ChausséeSt-Victor (41), change de mains. Suite au retrait de ses dirigeants, Patrice Veneault et Paul Seignolle, l’entreprise a été reprise par deux de ses managers : Olivier Gaillaud, le directeur commercial et marketing, et Jérôme Germain, le directeur achats et qualité. Ils deviennent respectivement président-

directeur général et directeur général de Sidamo.

PALL-EX COMPTE S’ÉTENDRE AUTOUR DE BOURGES La société de fret palettisé Pall-Ex, implantée à StFlorent-sur-Cher (18) où elle emploie 34 salariés, projette de s’étendre dans les environs de Bourges. Actuellement installée dans 3 500 m² en location, l’entreprise cherche un terrain d’une dizaine d’hectares pour pouvoir y construire un bâtiment logistique d’une surface comprise entre 8 000 et 12 000 m² ; le montant de l’investissement sera

compris entre 8 et 12 M€. Le projet pourrait voir le jour d’ici à juin 2018.

ACTIA AUTOMOTIVE VA CONSTRUIRE À CHARTRES

La division automobile du groupe toulousain Actia, qui exploite une unité industrielle spécialisée dans les équipements et l’instrumentation technique pour les garages automobiles à Lucé (28), va déménager à Chartres. L’entreprise vient d’acquérir une emprise de 3 ha sur le Jardin d’Entreprises où elle va engager la construction d’au moins 5 000 m² de locaux industriels. Ces derniers accueilleront le transfert des activités de l’actuelle plateforme lucéenne, qui emploie quelque 150 salariés.

APRÈS AMBOISE, CITERNEO RÉFLÉCHIT À UN SECOND SITE EN FRANCE

Le fabricant de citernes souples Citerneo connaît une croissance spectaculaire. Après avoir agrandi de 1 900 m² son site de production de Chargé, près d’Amboise, créé il y a seulement cinq ans, la société réfléchit à la construction d’un second site français. Elle s’est néanmoins donné le temps de la réflexion puisque l’échéance a été fixée à 2022. Citerneo compte désormais une trentaine de collaborateurs et table sur un CA de 5 M€ à la fin de l’année.


LA BISCUITERIE DE FRANCE RACHETÉE PAR FORTWENGER Le fabricant de pains d’épices La Biscuiterie de France, installé à Villemandeur (45) et dont le tribunal de commerce d’Orléans avait prononcé la liquidation en septembre dernier, vient d’être racheté pour 1 M€ par la société alsacienne Fortwenger. Le fabricant de pain d’épices artisanal, basé à Gertwiller (67), va déménager les machines sur le site de production qu’il possède à Ensisheim (68). Le site de Villemandeur ferme et dix salariés sont licenciés.

G. DUBOIS REPREND ALU ACS La menuiserie G. Dubois, basée à Sepmes, dans le sud de la Touraine, a repris la menuiserie

PENTALOG ACQUIERT UNE AGENCE NEW-YORKAISE La société orléanaise Pentalog, spécialiste du sourcing de services informatiques – l’essentiel de son effectif est basé en Europe centrale, notamment en Roumanie – vient d’acquérir RevSquare, une agence de communication digitale basée à New-York. Cette dernière, qui compte une trentaine de personnes, a été co-fondée par un Français, Jean-François Mignon ; elle emploie plusieurs collaborateurs françaises et possède une agence à Paris. RevSquare est spécialisée dans le conseil en stratégie digitale pour les médias (The Economist, Reach-MD, Arte, etc.) et de grandes marques US et françaises (Eurovia, Essec, ReachMD, etc.). Pentalog, qui annonce 28,5 M€ de CA en 2016, compte sur cette acquisition pour proposer à ses clients de concevoir simultanément la communication sur leurs produits et « la construction de médias corporate ». aluminium ACS, de Sorigny (37), suite au départ à la retraite de ses dirigeants Bruno et

Gaétane Michot. La menuiserie G. Dubois est un spécialiste des travaux de menuiserie en bois, alu

et PVC. Elle a affiché en 2016 un CA de 24 M€ auquel vont s’ajouter les 1,2 M€ d’ACS.

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Économie

Industrie

Axyntis choie l’usine de Pithiviers À Pithiviers, l’usine Orgapharm va accueillir le siège opérationnel du groupe Axyntis. Un investissement industriel de plusieurs millions d’euros est également à l’étude. Ce site d’une centaine de salariés devient central dans le dispositif du chimiste français.

D David Simonnet veut louer à des tiers une partie des surfaces de l’ex-usine 3M Santé de Pithiviers.

avid Simonnet, le président du groupe de chimie fine Axyntis, est catégorique. Il veut faire d’Orgapharm, l’usine qu’il exploite à Pithiviers (45), l’un des piliers industriels de l’entreprise. Un statut qu’elle partage avec les installations calaisiennes d’un groupe qui devrait réaliser un CA de 100 M€ au titre de l’année 2017. Et il joint le geste à la parole. Cet industriel, chantre de la relocalisation des activités de production chimique sur le territoire français, va installer à Pithiviers « la direction opérationnelle

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qui sera composée d’une trentaine de collaborateurs dont une quinzaine est déjà sur place ». Mieux, il évoque un projet d’investissement qui pourrait représenter à l’horizon 2020 « une enveloppe de plusieurs millions d’eu-

caux de production pharmaceutique, 1 000 m2 de locaux de R&D et 1 000 m2 de contrôle qualité. « Ces surfaces pourraient idéalement accueillir dans une logique d’incubateur des startups ou des

“ LE PROJET D’INVESTISSEMENT POURRAIT REPRÉSENTER À L’HORIZON 2020 UNE ENVELOPPE DE PLUSIEURS MILLIONS D’EUROS

ros ». Celui-ci pourrait être destiné à accompagner un projet de fabrication de silices – utilisées dans la fabrication des circuits de silicium – qu’Axyntis développe avec son partenaire Fuji Silysia ; le japonais détient tout juste 50 % du capital du groupe tricolore où il a remplacé le fonds d’investissement Argos Soditic. Fuji Silysia et Axyntis ont créé une JV justement spécialisée dans la fabrication de silices et dont le siège se situe à Pithiviers. Baptisée Kyrapharm, cette co-entreprise d’une dizaine de salariés y exploite des capacités de chromatographie liquide haute performance, de l’échelle du laboratoire à l’échelle pilote. Deux autres projets industriels développés avec des laboratoires pharmaceutiques pourraient également bénéficier de ce programme d’investissement. « Il s’agit dans tous les cas de modules de production dédiés à quelques produits dans le cadre de partenariats de moyen-long terme. On est vraiment dans le sur-mesure » explique David Simonnet. Axyntis, qui s’est porté acquéreur en août dernier de l’usine 3M Santé, voisine d’Orgapharm à Pithiviers, entend proposer à la location une partie des surfaces, soit 5 000 m2 de lo-

biotechs ligériennes ou, pourquoi pas, de la région parisienne » estime David Simonnet. Qui n’exclut pas de mettre à disposition des surfaces plus importantes, « dans la limite des besoins de nos propres projets », à un fabricant de médicaments ou de dispositifs médicaux. Dans cette attente, Axyntis continue à produire des principes actifs pour 3M Santé dans le cadre d’un contrat de sous-traitance qui assure l’emploi d’une soixantaine de salariés. Autre sujet de satisfaction, le projet de regroupement de ses deux unités calaisiennes sur le site de Calaire Chimie, entreprise reprise en 2013, a été relancé. La proximité de la tristement célèbre jungle de Calais avait empêché cette réorganisation et avait même mis en péril l’exploitation de la plateforme industrielle. « Cette mauvaise passe est désormais derrière nous », se réjouit le président d’Axyntis qui annonce que le transfert de l’usine des Dunes sur le site de Calaire Chimie sera opérationnel en juillet prochain. L’ensemble industriel calaisien emploie 120 salariés. À Pithiviers, Orgapharm emploie, elle, une petite centaine de salariés. Jean-Christophe Savattier


Économie

Industrie

Orléans Cosmetics devient japonais Le sous-traitant Orléans Cosmetics, qui a acquis une forte réputation dans la fabrication des poudres cosmétiques, est repris par Thepenier Pharma, un façonnier français filiale du japonais Nippon Shikizai.

O

rléans Cosmetics (2 M€ de CA en 2016, une trentaine de salariés), est cédée à Thepenier Pharma (14,5 M€ de CA, 110 salariés). L’ex-Cosmetics Collections Maquillage, qui fabrique en soustraitance des produits de maquillage et des dérivés parfumés, avait été reprise en 2014 par Christophe Dulong

46 La Lettre Valloire - Mars 2017

à la barre du tribunal de commerce. Basé à Mortagne-au-Perche (61), le repreneur est une filiale du japonais Nippon Shikizai (72 M€ de CA, 600 salariés). Il accompagne depuis 1964 les plus grands noms de l’industrie pharmaceutique et du luxe dans leurs activités de formulation, de fabrication et de conditionnement. « C’est une reconnaissance du travail collectif de redressement d’Orléans Cosmetics qui a été réussi dans tous les domaines, indique Christophe Dulong, aussi bien sur le plan financier que sur le plan de la capacité d’innovation ». Orléans Cosmetics est l’un des derniers sous-traitants de l’industrie cosmétique française à produire des poudres (fards à paupières, fonds de teint, blush), une expertise peu commune qui lui a valu d’être label-

lisé Entreprise du patrimoine vivant, il y a quelques mois. Christophe Dulong, qui restera au capital dans une position minoritaire, devient directeur général de la société. Il entend la développer commercialement auprès des grandes marques italiennes du luxe. Des investissements dans l’outil de production sont d’ores et déjà à l’étude. Le groupe nippon, qui exploitera en France deux unités très complémentaires, va ainsi pouvoir proposer une gamme très complète (skin care, produits solaires, poudres, produits coulés à chaud, confection de palettes de maquillage et de dérivés parfumés) sur le modèle qui a été développé par le groupe sur les marchés asiatique et nord-américain. Jean-Christophe Savattier


Farman et Corvaisier à Joué-lès-Tours Toutes deux reprises ces dernières années par le groupe Galilé, les sociétés tourangelles Farman et Corvaisier viennent de se regrouper sur l’ex-site d’Eri Automation à Joué-lès-Tours.

D

eux entreprises industrielles tourangelles, entrées ces dernières années dans le périmètre du groupe bourguignon Galilé, viennent d’être regroupées par leur propriétaire sur un même site à Jouélès-Tours (37). Reprises respectivement en 2013 et en 2015, les sociétés Farman (systèmes robotisés et de convoyage, 43 salariés), déjà installée à Joué-lès-Tours, et Corvaisier (moules de soufflage pour l’industrie aéronautique, 25 salariés), jusqu’alors à Larçay, ont rejoint sur la ZI de la Liodière les anciens locaux du fabricant de machine spéciales Eri Automation, aujourd’hui liquidé. À l’occasion de cette réorganisation, qui devrait permettre de mieux gérer les flux, un investissement de 600 000 € a été engagé afin d’acquérir une machine

permettant d’usiner des pièces de grande dimension. Le groupe Galilé (70 M€ de CA, 500 salariés) contrôle à ce stade 18 sociétés spécialisées dans la fabrication de machines-outils, la robotique, le convoyage et les équipements de manutention. Présent aussi sur les marchés de l’énergie, il n’est pas un inconnu en Indreet-Loire : il détient la société C.A.R RDGroup (11 salariés), de Château-Renault, un spécialiste du traitement thermique des pièces industrielles. Fondé par Éric Michoux (ci-contre), Galilé a grossi via l’acquisition de PMI en difficulté ou de « marques » historiques de l’industrie française. Il en est d’ailleurs ainsi de Farman qui fut fondé au début du XXe siècle par Henri Farman, un pionnier de l’aviation. Le groupe, basé à Chalon-sur-Saône (71),

se positionne aussi sur des niches à forte expertise technologique comme la société Escoffier qui conçoit des machines de formage à froid des métaux ; elle ambitionne d’ailleurs de devenir le JCS n°1 mondial du secteur.

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Économie

Informatique

Exaegis note les jeunes pousses du numérique L’agence tourangelle de notation des entreprises du numérique Exaegis vient de lancer une offre d’évaluation spécifiquement dédiée aux startups ; elle leur permet d’obtenir un avantage concurrentiel significatif.

C

réée il y a cinq ans à St-Cyr-surLoire (37) par Laurent Briziou, ancien directeur général adjoint d’ECS (groupe Société Générale), la société Exaegis revendique une position originale sur le marché des entreprises du numérique. Elle appuie son développement sur l’évaluation de la capacité financière et technico-opérationnelle des sociétés de service informatique. « Cette évaluation engage notre responsabilité puisque nous assumons la mise en œuvre de plans de continuation du service rendu auprès des donneurs d’ordre en cas de défaillance des entreprises que nous avons auditées », explique Laurent Briziou.

UNE RÉPONSE à VOS PROJETS IMMOBILIERS

Laurent Briziou

Jusqu’alors, Exaegis proposait une évaluation payante récompensée ou non par l’obtention du label Truxt, devenu une référence sur le marché. Mais afin de consolider son statut d’agence de notation spécialisée, la société vient de lancer un nouvel audit (Rate & Go) qui, cette fois,

“ NOUS AVONS INDUSTRIALISÉ CETTE ÉVALUATION POUR LA RENDRE ACCESSIBLE GRATUITEMENT AUX STARTUPS

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60%, les résultats ne sont pas communiqués. Celles qui dépassent ce seuil se voient remettre une note et un « passeport ». En outre, les résultats sont diffusés auprès d’un collège de 250 acheteurs IT (technologies de l’information, NDLR), de 200 fonds d’investissement et de 200 incuba-

s’adresse spécifiquement aux startups. « Le service existait déjà depuis trois ans mais la notation se faisait exclusivement à la demande des investisseurs et des clients grands comptes. Nous avons industrialisé cette évaluation pour la rendre accessible gratuitement aux startups », poursuit le dirigeant fondateur. Le processus, qui s’effectue via un questionnaire en ligne, est complété par une série d’entretiens vidéos portant sur le pitch de l’entreprise, ses dirigeants et son plan d’affaires. Toutes les données collectées sont traitées par des algorithmes développés par les équipes d’Exaegis. En fonction des résultats obtenus, cette dernière attribue une note de 0 à 100 %. Si les entreprises évaluées n’obtiennent pas plus de

teurs. Autant de clients ou de soutiens à ces jeunes pousses qui doivent naturellement acquitter une redevance lorsqu’ils souhaitent obtenir les rapports d’évaluation détaillés. « Cette notation donne aux startups un avantage concurrentiel tant dans les phases de financement que dans les process d’acquisition de nouveaux clients, explique Laurent Briziou, les grands comptes restant frileux dans leur recours aux startups». Le dirigeant, qui a déjà engagé l’évaluation d’une trentaine de startups, a prévu d’évaluer 500 entreprises en 2017 et d’en certifier au moins 200. Exaegis, qui vient d’ouvrir un bureau parisien, aura réalisé en 2016 un CA supérieur à 1 M€, soit une progression de plus de 60 %. Jean-Christophe Savattier


Économie

Chantiers

INDRE-ET-LOIRE Le bailleur Tours Habitat envisage la construction de 75 logements sociaux (du T1 au T5) à Tours-Nord dans le quartier de Monconseil ; ils seront répartis sur trois bâtiments reliés entre eux par des passerelles aériennes. Ce programme, baptisé « Les Jardins perchés » et dont le montant s’élèvera à 10 M€, pourrait être livré en septembre 2019. Des serres seront installées sur les toits des bâtiments.

EURE-ET-LOIR L’unité d’instruction et d’intervention de la sécurité civile (UIISC1) de Nogent-leRotrou va faire l’objet d’une campagne de travaux qui s’étalera sur trois ans et dont l’enveloppe s’élève à 3,5 M€. Cette année, une voie interne adaptée à la circulation des super poids lourds et un nouveau poste de filtrage seront aménagés. En 2018, un bâtiment dédié au stockage du matériel sera construit et à l’horizon 2019-2020, une nouvelle aire de technique verra le jour dans l’enceinte de la caserne. Une trentaine de logements vont être construits à Brezolles, près de Dreux, dans le cadre de la reconversion du site des ex-Fonderies de Saulnières acquis par l’agglomération drouaise suite à une procédure de liquidation judiciaire en 2008. Ce programme passera par la réhabilitation de bâtiments

existants et comprendra la création d’un jardin public. La CDAC a donné son feu vert pour construire un retail park de 6 700 m² – qui comptera neuf cellules de tailles diverses – sur le site de l’exusine Sorima de St-Denisles-Ponts. Le retail park pourrait ouvrir d’ici à trois ans.

LOIR-ET-CHER Le foyer-résidence Mosnier, dont l’état nécessite d’importants travaux à Blois, va être partiellement rasé pour être transformé en résidence autonomie de 90 logements. Le programme, dont le maître d’ouvrage est le groupe immobilier Icade, est estimé à 11,4 M€. Le début des travaux est prévu pour septembre 2017.

LOIRET La Ville de La Ferté-SaintAubin va lancer la construction d’un nouvel espace sportif de 1 000 m² à desti-

nation des associations. Le montant du programme s’élève à 1,8 M€. Le début des travaux est prévu pour septembre prochain et une livraison à la rentrée scolaire 2018. Le groupe scolaire de Sermaises est en pleine restructuration. Un nouveau restaurant de 800 m², dont le coût s’élève à 1,7 M€, sera livré en juin prochain. La seconde partie du programme comprend la réhabilitation des locaux de l’actuel restaurant et la cons-

truction d’un bâtiment entre la salle Roger-Pinsard et l’école pour l’extension de l’accueil de loisirs au premier niveau qui doublerait sa capacité à 40 places. Le système actuel de chauffage sera remplacé par un chauf-

fage géothermique avec forage. Le montant des travaux s’élève à 2,5 M€ ; ils débuteront l’été prochain pour une livraison prévue 18 mois plus tard. Le centre aquatique Val d’Oréane de Dampierre-enBurly modernise ses infrastructures et réalise des extensions (nouveaux locaux techniques, création d’un bassin d’apprentissage, d’un espace bien-être, d’une plage aqualudique et d’un pentagliss). Le coût du programme, qui devrait être livré à l’été 2017, s’élève à 6,8 M€.

LOIRET Le projet de réhabilitation du site Agora, avenue de Vendôme à Beaugency, sera bientôt examiné par le conseil départemental du Loiret ; il devrait se prolonger jusqu’en 2018. L’objectif est de créer un pôle social regroupant sur un même lieu l’ensemble des services publics et des associations ; une partie sera dédiée à la communauté de communes du canton de Beaugency (CCCB). Le montant du projet s’élève à environ 6 M€, dont la moitié sera subventionnée.

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Carnet

EURE-ET-LOIR Sophie Brocas, 56 ans, secrétaire générale de la préfecture de la région Île-de-France, vient d’être nommée préfète d’Eure-et-Loir ; elle succède à Nicolas Quillet qui est nommé préfet de la Sarthe. Elle a pris son poste le 13 mars. Sophie Brocas a été conseillère au cabinet du président du Sénat Jean-Pierre Bel à partir de novembre 2011, puis à celui du président de la République François Hollande entre mai 2012 et août 2014.

RÉGION

Emmanuel Rochas est le nouveau directeur d’Orange pour la grande région NormandieCentre depuis le 2 janvier. Polytechnicien et diplômé de l’École Télécom Paris Tech, il a occupé différents postes en cabinets

ministériels avant d’intégrer le groupe France Telecom en 2006. Il succède à Jean-Paul Portron, qui rejoint la DRH du groupe. Christophe Dupont (Forma Santé) a été réélu à l’unanimité président du groupe régional de la fédération de la formation professionnelle (FFP), le 27 février lors de l’assemblée générale de la FFP Centre-Val de Loire. Le bureau est complété par Marie-Christine Houdbine, de l’AFPP de Touraine (viceprésidente), Pascal Audinet, des Compagnons du Devoir (secrétaire) et Myriam Dupont-Sqalli, d’Assofac (secrétaire).

Après avoir débuté sa carrière chez EDF en tant qu’ingénieur d’études au Centre national d’expertise système, Carole Pitou-Agudo, ingénieur Supelec, vient d’être nommée déléguée régionale dans l’Ouest (Centre-Val de Loire, Pays de la Loire, Bretagne et l’ex-PoitouCharentes) pour RTE (Réseau de transport d’électricité), une filiale d’EDF qui gère le réseau public de transport d’électricité haute tension en France métropolitaine. Yann Ouzilleau, directeur de l’agence Centre de Cemex Bétons, a été élu à la présidence du collège Béton Prêt à l’Emploi (BPE) de la région Centre-Val de Loire. Il succède à Alan Etrillard (Cemex), dont le mandat est arrivé à échéance. Le syndicat national du Béton prêt à l’emploi (SNBPE) représente 80 % de l’activité globale de la production de béton prêt à l’emploi en France.

INDRE-ET-LOIRE Laurent Rivoire est devenu en début d’année directeur général du groupe Estivin, un négociant de produits alimentaires (fruits et légumes, produits de la mer, produits gras, épicerie...). Il quitte ses fonctions chez Lonza (ex-Arch Water Product), un spécialiste du traitement de l’eau des piscines installé à Amboise. LOIR-ET-CHER Le maire de Lamotte-Beuvron Pascal Bioulac a été élu pdg de la Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) Centre, succédant à Régis Lemître. Pascal Bioulac siégeait déjà au conseil d’administration de la Safer au titre de représentant du conseil départemental. LOIRET

EURE-ET-LOIR Gonzague de Gassart vient de prendre la direction de la station Monsanto de recherche de Boissay, à Toury ; il succède à JeanPierre Despeghel. Le site est le plus important centre de recherche sur le colza et autres oléagineux d’Europe. Il coordonne tous les programmes de sélection d’expérimentation européens.

L’ordre des experts-comptables de la région d’Orléans a élu Olivier Nioche président pour les exercices 2017 et 2018. Associé du cabinet Grant Thornton et directeur de la région Centre-Ouest, il succède au Blésois Christophe Priem. Les départements du ressort du conseil régional de l’Ordre des experts-comptables de la région d’Orléans sont le Loiret, le Loir-et-Cher, le Cher et l’Eureet-Loir.

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