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n°133 / octobre 2017 / GRATUIt

Art & CulturE

Hauts-de-France / Belgique


sommaire - magazine

LM Magazine #133 Octobre 2017

News – 10 Le babyfoot urbain © B. Bufalino

Peaky Blinders vs Stranger Things, Cinéma à domicile, Hippocampe fou…

style – 14

Benedetto Bufalino La grande récré Florence Doléac éloge de la lenteur

portfolio – 28

Atyp

portrait – 16

ical X Insta © Paw el N olb er t

Au Chat Voir Vivre Félin pour l'autre

Pawel Nolbert La vie en couleur

événement Beatles Day – 36 All you need is Mons Les 40 ans de Pompidou – 76 Belle performance !

Rencontre Georges Rousse – 90 L'illusionniste

Kalakuta Republik © Doune

Christophe Honoré – 106 Sur un air d'opéra Serge Aimé Coulibaly – 114 La révolution en dansant étienne Saglio – 118 Entre deux mondes

le mot de la fin – 130 Dan Golden La vie secrète des oursons


Name, Rødhåd © Matthias Wehofsky

sommaire - sélection Musique – 36 Beatles Day, NAME Festival, Polo & Pan, J. Bernardt, Bror Gunnar Jansson, Papooz, Paradis, Nick Cave, Tourcoing Jazz Festival, Grizzly Bear, Ducktails, Bertrand Belin, Juliette Armanet, Joey Bada$$, Damso, Loyle Carner, Le Livre de la jungle, Dee Dee Bridgewater, Gary Numan, Julie Byrne, Agenda…

Mehdi-Georges Lahlou, Jannah © Galerie Transit / Mechelen

exposition – 76 Les 40 ans de Pompidou : Performance ! + Jeux, rituels et récréations, Riding Modern Art, Behind The Garden, David LaChapelle, Georges Rousse, Di(x)visions, Jean-François Millet, Les Photaumnales, Agenda…

théâtre & danse – 106 Così fan tutte, France-Fantôme, Amor, Love, Love, Love, Kalakuta Republik, Les Limbes, Vieil, Le Journal d'Anne Frank, Agenda…

Disques – 64

Livres – 66

écrans – 68

La Mverte, DAF, The Horrors, Matias Aguayo & The Desdemonas, Luke Haines

Arno Bertina, Arnaud Le Gouëfflec & Laurent Richard, Collectif Catastrophe, Michel Constant, A. Bujak & P. Macola

Detroit, L'Assemblée, The Square, Une Suite qui dérange, Happy End


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F -

tél : +33 (0)3 62 64 80 09 - fax : +33 (0)3 62 64 80 07

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Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Alexis Lerat info@lm-magazine.com

Couverture Pawel Nolbert Constructed www.nolbert.com Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Sonia Abassi, Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Flora Beillouin, Rémi Boiteux, Madeleine Bourgois, Mélissa Chevreuil, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Simon Karyef, Raphaël Nieuwjaer, Pawel Nolbert, Marie Pons, Marie Tranchant et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


Dadbag © Albert Pukies

news Banane ! Plus besoin de s'enfiler des hectolitres de gueuze pour afficher un ventre à bière. Pour les hommes désireux d'exhiber ce genre de virilité, le Londonien Albert Pukies a trouvé la solution : le "dadbag" (contraction de "dadbod" et de "bag"). Soit un sac banane en forme de grosse bedaine poilue – existe aussi en modèle imberbe. Sexy ET pratique ! albertpukies.com

Art Shadow © Damon Belanger

Marche à l'ombre Ce qui est dans l'ombre n'est pas forcément invisible. Pour preuve le travail de Damon Belanger. Cet artiste californien peint des silhouettes humoristiques au pied du mobilier urbain – à l'image de ce gros matou qui a poussé sous un banc public de Redwood City. Encore plus drôle en fin de journée, lorsque les vraies ombres portées se mêlent aux fausses. www.damonbelanger.com


© Justin Hofman

mauvais coton

© inHouse

Bd Anspach 69a © Isaac Cordal

Ce cliché d'hippocampe s'accrochant à un coton-tige a été pris près des côtes de l’île de Sumbawa, au large de l'Indonésie. Il prêterait à sourire s'il n'illustrait pas le dramatique niveau de pollution des océans. D'ailleurs Justin Hofman, son auteur, aurait souhaité que « cette image n'existe pas » – même si elle lui a permis d'être finaliste du prix Wildlife Photographer... www.justin-hofman.com

Glisse à domicile Cette résidence équipée d'un skatepark a été conçue par les architectes du studio InHouse, à la demande d'un (très riche) fan de glisse. Située à Cape Town, en Afrique du Sud, la maison accueille une sorte de gros bol, à côté du salon. Pour l'esprit profanateur et contestataire propre à la planche à roulettes, on repassera. Question déco, on avalise. www.inhouse.ws

Les petits gris

s w ne

L'Espagnol Isaac Cordal dissémine des petits personnages en ciment dans les grandes villes du monde. Pour l'inauguration du "parcours street art" de Bruxelles, il a caché 13 de ses créatures sur diverses façades. Toutes déprimées, celles-ci symbolisent l'isolement des hommes. Le Manneken-Pis n'a qu'à bien se tenir (pour une fois). www.detoursfestival.be, cementeclipses.com


The Upsidedown © Emporium Popups

Un bar étrange

Servi par le gang Dans la série pub à thème, voici le Peaky Blinders Bar & Grill. Le spot idéal pour traficoter ou se casser des bouteilles de whisky de contrebande sur la tête. Oui, comme les frères Shelby. Cette belle idée nous vient de Jamie Devon, qui a inauguré son rade le 16 septembre à Paignton, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Notre bad boy propose une immersion dans un décor des années 1920, mais rend avant tout hommage à son papy, qui aurait fait partie des Peaky Blinders, les vrais. Mieux vaut éviter les embrouilles ici… www.facebook.com/ peakyblindersbar/

© DR

Fans de Stranger Things (comme la moitié de la planète, qui n'en peut plus d'attendre la diffusion de la saison 2*) Danny et Doug ont inauguré à Chicago un bar éphémère à la gloire de la série. The Upside Down ("le monde à l'envers") restitue à merveille l'ambiance eighties et flippante de la création des frères Duffer. Sympa... sauf pour Netflix. Fâchée par l'utilisation non-officielle de sa marque, la chaîne leur a sommé de fermer l'établissement. Autant se prendre une balle perdue au Peaky Blinders Bar & Grill...

happy hour !

* le 27 octobre !

Mon Film Festival # 2 Encore un festival de cinéma ? Oui, mais celui-ci a une petite particularité : ce sont les habitants de Wazemmes qui font la programmation… en diffusant chez eux le film de leur choix ! Les spectateurs réservent leur place et sont guidés jusqu’au lieu – tenu secret – de la projection. La première édition avait séduit plus de 1 600 personnes. C’est année, c’est Dominique Besnehard qui fait office de parrain. Lille, 19 > 22.10, Wazemmes, gratuit, monfilmfestival.fr


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# 14

r a b n u oir Vivre u poil a Au Chat V


Au Japon, on les appelle des "neko café". Le concept du bar à matous est né en 1998 à Taipei, mais c’est au pays du Soleil-Levant qu’il cartonne, faisant des petits partout dans le monde. Depuis 2013, on en dénombre ainsi une quinzaine en France, dont deux dans le Nord : à Valenciennes et ici, à Lille. « Bienvenue dans mon chat’lon de thé ! », s’amuse Cécile Marchi, la patronne du Chat Voir Vivre. Inauguré rue Gambetta en août 2015, celui-ci ne désemplit pas. Comptez une cinquantaine de clients par jour. Des étudiants pour beaucoup, des personnes âgées, des familles… tous séduits par la coquetterie du décor, les petits plats mitonnés par Cécile (soupe de pois cassés, muffin à la banane…) et surtout cette « halte douceur » imputable aux huit félidés qui squattent les lieux.

© Julien Damien

A priori, c’est un bar comme les autres. On peut y boire un pot entre amis, y manger à midi, refaire le monde assis dans de confortables fauteuils… Oui, mais en se laissant bercer par les ronrons de Patchouli, Kiriku, Cannelle et leurs confrères à moustache. Chat alors !

vertus apaisantes. Ces vibrations sonores émises à basse fréquence favoriseraient la sécrétion d’endorphine, l’hormone du bonheur. Mais attention, « mes chats ne sont pas des accessoires, pas question de les porter ou de les réveiller » prévient Cécile, qui a recueilli ses animaux dans la rue. Plume, Patchouli, Oscar, son jumeau Wilde et les autres sont les rois ici, roupillant ou se laissant caresser selon leur bon vouloir. Un peu de chavoir vivre, bon sang ! Julien Damien

Pas des peluches « Eh non, la ronron-thérapie n’est pas une blague ! Elle est même avérée scientifiquement », assure la Lilloise. Selon des études très sérieuses, les ronronnements auraient en effet des

Au Chat Voir Vivre – 158 rue Gambetta, Lille, mer > sam : 12 h > 19 h, dim  : 14 h > 18 h, 03 62 57 60 10, auchatvoirvivre.wixsite.com Le Chat Fait Des Délices – 11 rue de la poste, Valenciennes, mar > sam  : 10 h > 12 h & 13 h > 19 h, 03 27 47 41 91


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# 16

évasion urbaine, la cabine téléphonique aquarium, Lyon, 2007 (réalisée avec Benoit Deseille)


Interview

Benedetto Bufalino rire sur la ville Propos recueillis par Julien Damien

Une cabine téléphonique aquarium, une caravane dans le ciel, une bétonnière boule à facettes… Benedetto Bufalino est passé maître dans l’art de faire dérailler notre train-train quotidien, en détournant tout ce qu'il trouve. Sous le regard du Lyonnais, la ville devient un vaste terrain de jeu où l’on grille des saucisses dans une voiture barbecue avant de rejoindre une table de pique-nique géante ! Grâce à lui, de Moscou à Montréal en passant par Singapour, l’aventure est au coin de la rue.

suite


Comment définiriez-vous votre travail ? J'interviens dans l'espace public, les parcs, les rues, les routes, les trottoirs… J'essaie de ré-enchanter des endroits banals en leur donnant une dimension plus sportive ou festive, grâce à une bétonnière boule à facettes par exemple ! S'agit-il aussi de rendre l'art accessible ? Oui, j'aime jouer avec des codes et des formes que tout le monde connaît : des voitures, des caravanes,

« à travers l'humour j'aborde des questions sérieuses ». du mobilier urbain, des terrains de sport… Cela me permet de toucher les gens, ils s'approprient ainsi mes créations en montant dedans, en y dansant, s'y amusant… Les spectateurs font-ils l'œuvre ? Tout à fait, ils deviennent des performeurs, sont parties prenantes de cet espace.

La table de pique-nique architecture, Centre d’art Pavillon blanc, Colomiers, 2013


Est-ce le cas de cette voiture que vous avez retournée et transformée en table de ping-pong ? Par exemple. D'ailleurs je l’aime beaucoup. Je l'ai conçue en plein débat sur la "loi travail". Il y avait pas mal de manifestations, de voitures renversées… Mon idée était la suivante : on revendique mais, en même temps, tout cela peut se finir par un moment sympathique, comme un ping-pong !

La voiture table de ping-pong, Maison Salvan, Labège, 2016

Vous êtes donc inspiré par l'actualité ? Oui, j'aime répondre au réel. Dernièrement, j'ai créé une œuvre à Hambourg, au moment du G20. Il y avait là aussi pas mal de grabuge. J'en ai profité pour réaliser un barbecue dans une voiture de police allemande qui avait été renversée. D'ailleurs, elle est toujours sur place, dans un parc, et on continue de s'en servir pour griller des saucisses. La voiture de police barbecue G20, Hambourg, 2017

Cette note humoristique sert-elle votre propos ? Ré-enchanter la ville, c'est aussi la rendre plus drôle. Et mine de rien, à travers l'humour, j'aborde des questions sérieuses. Qu’en est-il de la construction ? Cela relève du défi technique. Ma première création fut la cabine téléphonique aquarium, dans le cadre suite

La caravane dans le ciel, Vénissieux, 2013


Le terrain de sport, Anglet, 2016

de la Fête des Lumières à Lyon. Elle était remplie de poissons colorés qui donnaient l'impression aux passants de se situer en dessous du niveau de la mer, mais en pleine ville ! Cet aquarium haut de deux mètres supportait une énorme pression intérieure. Il a nécessité des verres spécifiques. Je travaille donc avec des entreprises capables de réaliser ce genre de pièces.

# 20

Où trouvez-vous vos matériaux ? Eh bien je vais sur Le Bon Coin (rires), j’y trouve des voitures à 500, 1 000 euros… Mais je n'en achète pas tant que ça au final… La voiture pot de fleurs était un véhicule municipal, celle sans permis, que j’ai transformée en Ferrari, on me l'a prêtée.

« Je relève un défi technique avec chacune de mes pièces » De quelle pièce êtes-vous le plus fier ? Le terrain de sport construit sur la plage d’Anglet, constitué de murets de 70 cm de haut. Je l’aime beaucoup car c'est une sculpture épurée, minimaliste. Comme si en retirant le sable, on avait découvert une structure en briques ! Et puis, elle nous invite à un jeu dont il faut inventer les règles, discuter, voir le monde différemment… à visiter / www.benedettobufalino.com à voir / Le tennis en appartement de Benedetto Bufalino, dans le cadre de l’exposition collective FRArGILE : Schaerbeek, 07.10 > 02.12, Maison des Arts, mar > ven : 10 h > 17 h, sam & dim  : 14 h > 18 h, gratuit, www.lamaisondesarts.be


Le camion bétonnière boule à facettes, Montréal, 2017 (réalisé avec Benoît Deseille) La Ferrari sur voiture sans permis, Lyon, 2013


style Garbage saloon Š Adrien Dirand


Florence Doléac à la recherche du temps perdu à la croisée de l’art et du design, Florence Doléac porte un regard décalé sur notre quotidien. La plasticienne toulousaine, désormais installée en Bretagne, détourne la fonction des objets, armée d’une bonne dose d’humour. à Dunkerque, le Frac Grand Large – Hautsde-France lui consacre une première rétrospective, Minute papillon, où l’a priori banal devient une performance. D’aussi loin qu’elle se souvienne, Florence Doléac a toujours dessiné et « fabriqué tout un tas de trucs ». Elle s’est d’abord tournée vers le design industriel, au sein du groupe Radi Designers, avant de tout plaquer en 2013. « J'ai choisi une vie d'artiste, dit-elle. Depuis, mon travail consiste en une critique douce du fonctionnalisme. Au fil du temps, l’humanité s’est entourée d'outils… mais en est devenue esclave. Alors, j’ai choisi d’en rire ». Une approche ludique s’incarnant par exemple dans ses poignées de portes, qu’elle imagine molles ou en forme de crottes. Pour autant, il ne s’agit pas de concevoir des choses inutiles. C’est même tout

le contraire, à l’image de ce sèchecheveux mural. Baptisé Les alizés, ce drôle d’appareil prend la forme d’un perron d’hôtel méditerranéen, nous conviant à mettre (perdre ?) la tête dans un nuage de vapeur. « Si l'électroménager était plus utopiste, on aurait des petits morceaux de vacances chez soi tous les jours ! »

« J’aime réveiller l'enfant qui dort en nous » éloge de la lenteur Première rétrospective consacrée à cette artiste inclassable, Minute papillon est conçue comme « une sorte de grand appartement peuplé d’objets suite


La Chambre des rêves © DR

« Le rêve est une matière précieuse qu’on laisse hélas se perdre »

# 24

étranges ». Le parcours est scindé en espaces domestiques : la chambre, le salon, le bureau… Comme son titre l’indique, c’est une invitation à la lenteur dans un monde hystérique. D’emblée, le visiteur peut s’abandonner sur Garbage saloon, un tas de poubelles des plus confortables. Plus loin, un fauteuil circulaire à six places (Adada), propose une assise à califourchon, tandis que des polochons sont accrochés au mur, prêts pour la bataille (En garde). « Oui, j’aime réveiller l'enfant qui dort en nous, ce petit état régressif permet de nous sentir beaucoup mieux ». Il s’agit de lâcher prise donc, mais aussi de s’évader.

Satellite's Dreams © Som

La collecte des rêves Au centre de l’exposition on trouve La chambre des rêves. Conçue spécialement pour Dunkerque, l’œuvre s’inspire du lit du personnage d’enfant dans Max et les Maximonstres, de Maurice Sendak. suite


Satellite's dreams Š Som

Floating minds Š Marc domage


Massolo, 1974 © Piero Gilardi

Autour du meuble flotte un voile sur lequel sont imprimées les créations de l’artiste, mêlées à des images qui l'ont inspirée. « C’est une mise en scène du rêve, ce moment où l'on s'échappe de soi-même, une matière précieuse qu’on laisse hélas se perdre ». Florence Doléac développe ainsi une plateforme web un peu spéciale, intitulée Maxidreams. «  Les gens y trouveront le plan de construction de ce lit à fabriquer chez soi. C'est une incitation à rêver, à partager ses songes en ligne. Je vais en tirer une banque de données, créant une colonie internationale de rêveurs ! » Julien Damien Minute papillon

# 26

Dunkerque, jusqu’au 25.03.2018, mer > ven : 14 h > 18 h, sam & dim : 11 h > 19 h, 3 / 2 € / gratuit (-18 ans), www.fracnpdc.fr à visiter / www.doleac.net

Design Radical Apparu dans les années 1960 en Italie, le Design Radical est « une remise en question de l'alliance entre la forme et la fonction. Il s'agit de laisser place à l'imaginaire et à la fantaisie », explique Keren Detton, la directrice du Frac Grand Large - Hauts-de-France. Ici, les créateurs jouent avec les formes et les matières. Parmi les six œuvres présentées lors de ce focus, citons cette table basse signée Piero Gilardi aux allures de bloc de marbre… mais en réalité parfaitement molle – car fabriquée en mousse. Dunkerque, jusqu’au 31.12

Collection Frac Grand Large — Hauts-de-France

style Florence Doléac © Margot Montigny


portfolio

pawel nolbert sans filtre « N

# 28

ous construisons tous notre propre réalité. Nous le faisons chaque jour sur nos blogs, nos comptes Instagram (…). Et nous voulons croire que les images extrêmement travaillées de nos fils d’actualité sont authentiques, tout en sachant que le monde ne ressemble pas à cela ». En pur produit de la génération Y – il est né en 1984 – Pawel Nolbert maîtrise l’esbroufe des réseaux sociaux et les artifices rendant le réel plus séduisant. Mais chez ce graphiste polonais, ce ne sont pas les filtres Mayfair ou Nashville qui enjolivent le quotidien, plutôt les couleurs. Ciel rose chewing-gum et câbles électriques violets, aplats géométriques fluorescents et asphalte vitaminé, le pigment est roi dans les instantanés urbains de Constructed, shootés lors d’un road trip aux états-Unis. Plus abstraite, la série Material exploite la subtilité de l’aquarelle à travers des compositions distordant les volumes et les reliefs. « Les gens ont toujours préféré la magie au réalisme », souligne-t-il. En une quinzaine d’années, celui qui a choisi le nom HelloColor pour son identité en ligne a ainsi gagné la confiance de grandes marques, déployant sa palette sur la virgule de Nike ou autour des flacons Johnnie Walker. La presse aussi lui a accordé ses faveurs. En 2014, pour le magazine américain The New Republic, il a livré sa version de l’esperluette XXL qui ouvre le cahier "Livres et arts". Le caractère typographique s’y révèle bigarré et tout en texture. Définitivement plus excitant que sur le clavier. Marine Durand à visiter / www.nolbert.com, www.instagram.com/hellocolor


Ampersand / The New Republic Magazine


Constructed


Constructed


Material


musique

Beatles Day

# 36

Django Django Š Christophe Bardey

Une convention dans le vent

Beatles Day, 1997


© Marcel

Vanden Be

mden

Cela fait des décennies qu'un groupe de garçons mobilise des milliers de fans autour d’une musique atemporelle. Vous les avez reconnus ? Il s'agit bien sûr de… Alain Cardon, Bernard Maton et tous les autres membres du Beatles Day – qui d'autres ? Depuis 30 ans, cette convention montoise célèbre John, Paul, George et Ringo à travers moult concerts, expositions, conférences… Rencontre avec le chef de la bande. Alain Cardon avait 12 ans lorsqu'il a découvert les Beatles. « J'écoutais le hit-parade de Radio Luxembourg sur mon transistor. Comme ils étaient toujours premiers, je devais me coltiner tous les autres avant de les entendre ! ». Plus de 40 ans ont passé, mais sa passion pour les Fab Four est intacte – même s'il ne les a jamais rencontrés ni vus en concert. L'ancien greffier leur a d'ailleurs dédié un jour complet : le Beatles Day. Cette convention rassemble chaque année plus de 2 000 visiteurs et 70 exposants à Mons. Elle compte aujourd'hui parmi les plus importantes d'Europe. Au programme ? Des concerts bien sûr, donnés par quelques-uns des meilleurs "tribute bands" de la

Alain Cardon

suite


Beatles eux-mêmes ! Eh oui, Lennon et McCartney se sont rencontrés en 1957, plus précisément le 6 juillet, au sein de la St Peter's Church à Woolton, un quartier de Liverpool. « C'était Bemden à l'occasion de la fête © Marcel Vanden paroissiale. John donnait un concert avec son planète (tels les Brésiliens de Clube groupe, les Quarrymen, et Paul Big Beatles), mais aussi des confé- était dans le public… ». Rod Davies, rences, des livres, la sacro-sainte copain de lycée du futur mari de foire aux vinyles et un bazar d’ob- Yoko Ono et membre de cette forjets en tous genres : coupures de mation de skiffle, fut le témoin pripresse, photos, figurines, cravates… vilégié de cette première entrevue. Il en raconte ici les moindres détails Concordance des temps lors d'une conférence immanquable. Marqué par les anniversaires, le Julien Damien rendez-vous de 2017 s'annonce exceptionnel. La 30e édition du Beatles Day répond effectivement au 50e anniversaire de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Sorti le 1er juin 1967, le huitième album du quatuor est un jalon décisif dans l'histoire du rock. Il est donc beaucoup question du Sergent Poivre dans cette programmation. Outre les reprises de Lucy in the Sky with © Beatles Day Diamonds ou de A Day in the Life, on découvre une exposition sur Mons, 14.10, Théâtre Royal, le psychédélisme, racontée à tra10 h > 00 h, 25 > 17 € / gratuit (-12 ans), beatlesday.eu vers une centaine de pochettes à lire / Helter Skelter Days, de disques : des "scarabées", de Alain Cardon, 320 p., 12 € Jimi Hendrix, des Doors… Et puis, à écouter / Give More l'air de rien, on célèbre aussi le 60e Love, de Ringo Star (2 titres de HELTER SKELTER DAYS McCartney inclus). Paru le 15.09 anniversaire… de la naissance des

# 38

Ce sont des événements qui ont marqué, qui ont jalonné une histoire qui n’aurait pu exister sans votre soutien, votre présence fidèle, votre gentillesse. Nous avons partagé de très bons moments ensemble.

Pour apprécier ces lignes, l’aide d’un guide sera la bienvenue. Dans une première réflexion, j’avais pensé que le guide serait le « temps », mais c’est trop classique le temps. C’est une notion trop générale, trop commune. J’avais aussi pensé à une gare, mais c’est démesuré, mégalo et on n’en trouve qu’à NEW-YORK. Je préfère que votre guide soit simplement « la passion ». C’est facile, elle suinte et dégouline de partout. Vous la retrouverez dans chacun des récits, en filigrane.

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Alain CARDON

De gauche à droite : Bernard DUTRIEUX, Alain CARDON, Julia LENNON-BAIRD et Guy NOIRFALISE Hôtel BRITANNIA ADELPHI de LIVERPOOL, dimanche 30 août 1987

L’on pourrait utilement traduire « Helter Skelter » par « pêlemêle ». C’est un mélange qualifié de « confus », d’anecdotes, de réflexions, d’histoires de personnes ou de choses. Les BEATLES sont avec le BEATLES DAY les moteurs de ma démarche. Vous les reconnaîtrez et vous les adopterez peutêtre si vous n’êtes pas déjà vous-mêmes contaminés par le virus.

HELTER SKELTER DAYS

Alain CARDON

4/09/17 18:45


Mix et remix

# 40

13e édition, déjà ?! On vous épargnera l'astuce superfétatoire de la superstition – ça pourrait nous porter malheur. En revanche, on s'arrête un instant sur les vieux habitués, les noms à surveiller de près et ce qui nous semble être LE moment étrange et attendu de ce rendez-vous aussi annuel qu'immanquable. Les aficionados des musiques électroniques évoquent souvent la quête de sons nouveaux. Mais alors, que faire du NAME ? Depuis 2005, le festival lillois invite peu ou prou les mêmes noms. Citons la marraine Ellen Allien, mais aussi Jennifer Cardini, Laurent Garnier… De la redite ? Oui, sur le papier. Non, entre les oreilles, tant ils livrent chaque année un set différent. Enfin, ce serait un mauvais procès que de pointer ces pointures car ici, il n'y a pas vraiment de têtes d'affiche. Simplement des amis que l'on invite – et tant d'autres artistes à découvrir ! On ne manquera pas Giorgia Angiuli et son fol attirail (synthés, instruments-jouets, thérémine…) : elle aurait pu obtenir la même house élastique avec un laptop, mais c’est tout de même plus ludique quand ça déborde de fils à brancher, de sons à sampler en direct… Bref, la bricole érigée en spectacle ! Ailleurs, citons Recondite, empruntant aux écoles de Roubaix & Lille, 06 > 08.10, La Condition Publique (Roubaix), pass 2 jours : 45 > 30 €, ven : Détroit et Berlin comme à la Jamaïque 35 > 23 €, dim : 20> 12 € // Gare saint Sauveur, Tripostal, Palais des Beaux Arts (Lille), gratuit, (ces accents dub). Enfin, curieux, on lenamefestival.com ira faire un tour à la Gare Saint SauSélection : Âme II Âme, Ellen Allien, Jennifer veur, où Jean-François Zygel propose Cardini, Laurent Garnier, Len Faki, RØDHÅD… (06.10, Condition Publique) // Masterclass une performance entre piano, electro Ableton (07.10, Palais des Beaux-Arts) // Piano et vidéo… La nouveauté se niche là où Platines : Jean-François Zygel, Giorgia Angiuli (07.10, Gare St Sauveur) // Toilet Disco, Peo on ne l'attend pas ! Thibaut Allemand Watson, APM001 (07.10, Tripostal) // APM001, Dixon, Recondite… (08.10, Condition Publique)

Âme II Âme © DR

NAME Festival


l'été indien

© DR

Polo & Pan

# 42

Polo & Pan ont réussi un petit exploit, à une époque marquée par l'éclatement des médias et les algorithmes rois : ressusciter le tube de l’été. Du moins dans l'esprit, suivant une méthode traditionnelle (rien à voir avec l'ignoble rouleau compresseur Despacito). Leurs sucreries électroniques survivront-elles à l’automne ? En lançant leur Caravelle au début de l’été, Polo & Pan prenaient la vague à son meilleur. Ce premier long format était la suite attendue d’une série d’EPs dévoilés au rythme d’un par an depuis Rivolta en 2013. Ces débuts affichaient une electro gentiment chill, taillée pour des compilations illustrant un Paris by Night vu par Instagram. Une carte postale bien connue de Paul Armand-Delille alias Polo et Alexandre Grynszpan alias Pan, anciens DJs du Baron, club du 8e arrondissement et temple d’une branchitude un peu vaine… C’est avec l’EP Dorothy et le track Plage isolée, en 2015, que le duo dévoile ses intentions véritables : produire des chansons ! à sa sortie en mai, il fallait être perspicace pour trouver un article de presse ne mentionnant pas l’oisiveté propre aux "grandes vacances" pour annoncer Caravelle. Les prescripteurs culturels ont volontiers servi cette coupe multivitaminée : deux boules de bossa nova, un léger nappage électronique, saupoudrés de quelques voix sucrées. Ainsi voyait-on ressurgir ce fameux tube de l'été – ne manquait que le sponsoring d’Orangina ! Après une tournée des plages ensoleillées (Marseille, la Corse, Venise…), Polo & Pan tentent d’illuminer les salles obscures de nos régions. La recette traversera-t-elle aussi bien la nuit automnale ? Mathieu Dauchy Lille, 05.10, Le Splendid,  20 h, 27,50 €, le-splendid.com


© Athos Burez

musique

J. bernardt

# 44

Ces derniers temps, on a souvent loué l'effervescence de la scène rap belge. Côté pop-rock en revanche, cela fait une paye que le Royaume n’a plus à prouver sa vitalité. à l’image de Balthazar. Plus qu’une usine à tubes (Do Not Claim Them Anymore, Then What…), le groupe courtraisien concourt au titre du plus gros pourvoyeur de side projects. Maarten Devoldere étrenne sa voix de crooner au sein de Warhaus, le bassiste Simon Casier joue les filles de l’air sous l’alias Zimmerman, et Jinte Deprez prend aujourd’hui son envol – avec le blaze J. Bernardt, donc. Aperçu lors du dernier Rock Werchter, il s’est laissé pousser la barbe et adjoint les services d’Adriaan Van de Velde (cerveau des zinzins de Pomrad). Ce fan de Kraftwerk (et de Cyndi Lauper, allez comprendre) s’éclate désormais derrière les synthés. Il signait en juin Running Days, album sautant à pieds joints dans la folktronica et rappelant par endroit Chet Faker… mais sans se départir du flegme (et de la pointe de mélancolie) constituant Liège, 05.10, Reflektor, 20 h, 15 €, reflektor.be l’élégance de Balthazar. Julien Damien

Bruxelles, 06.10, Ancienne Belgique, complet !

Tourcoing, 19.10, Le Grand Mix, 20 h, 17 > 5 €, legrandmix.com


Papooz + Paradis Papooz, c'est un peu Simon et Garfunkel à la plage. Mais derrière cette nonchalance se cachent deux redoutables songwriters, pourvoyeurs de mélodies pop saupoudrées de bossa-nova et d'un zeste de mélancolie. Une première partie idéale pour introduire deux autres garçons sensibles : Simon Mény et Pierre Rousseau, aka Paradis. Ce duo parisien conjugue chanson française et house avec une certaine réussite – cf leur version "deep" de La Ballade de Jim. Pas de quoi faire trembler les murs, mais nos p'tits cœurs, oui. Julien Damien

# 46

Charleroi, 06.10, L'Eden, 21 h, 18 > 12 €, www.eden-charleroi.be Papooz : Liège, 07.10, Reflektor, 20 h, 15 €, www.reflektor.be

Connaissez-vous Edward, Butch ou William Joseph & Mary Lee Dean ? Ce sont des personnages (fictifs) inspirés du folklore du Sud des étatsUnis que l'on retrouve dans tous les albums de Bror Gunnar Jansson – à la manière d’une série télévisée. Pourtant, celui-ci nous vient de Göteborg, en Suède, où son père lui a donné goût aux vieux gospels. En bon one-man band, il joue désormais seul sur scène, muni de sa guitare et sa batterie, délivrant un blues taillé à la hache. De quoi vous plonger dans les bayous du Mississipi. Alexis Lerat Lille, 10.10, L’Aéronef, 20 h, 15 > 5 €, aeronef.fr Arras, 15.10, Théâtre, 17 h, 22 > 12 €, www.tandem-arrasdouai.eu/fr

© Johan Rönnow

Paradis © Andrea Montano

Bror Gunnar Jansson


musique

En souterrain conquis

© DR

Nick Cave

# 48

En près de 40 ans, Nick Cave est passé du statut d'outsider cramé à celui de statue du commandeur. Tour à tour punk rocker gothique (au sens originel du terme) et crooner émouvant, l'Australien s'est souvent réinventé, a régulièrement surpris et, si sa discographie n'est pas exempte de scories, elle n'en reste pas moins de très haute tenue. À l'instar d'un Richard Hell ou d'un Lou Reed, pour citer deux autres ex-héroïnomanes lettrés, Nick Cave aura réussi à insuffler une langue poétique dans le rock'n'roll. Chose ô combien périlleuse : on pouffe toujours en songeant à cette harpie rimbaldienne nommée Patti Smith… L'autre grande force du Cave, c'est sa capacité à s'entourer de francs-tireurs talentueux. Ainsi, The Bad Seeds ont vu défiler, entre autres, Mick Harvey, Barry Adamson, Blixa Bargeld, Kid Congo Powers (Cramps, Gun Club) ou Warren Ellis – avec lequel il a signé une paire de bandes originales indispensables. Dans cette vie mariant plaisirs voluptueux et sens inné du chaos, Nick Cave aura connu son lot de drames. Celui qui l'a frappé en juillet 2015 (la mort accidentelle de l'un de ses fils, après une chute d'une falaise à Brighton) a changé la donne. On ne pouvait écouter Skeleton Tree comme une" simple" œuvre du maître – sa 16e avec les Bad Seeds. Or cette tragédie lui a ouvert de nouvelles perspectives, le parti-pris électronique pouvant décontenancer. Sur les planches, ce modèle de charisme ne laisse pas de place au doute, et habite chacune de ses chansons comme si sa vie en Anvers, 13.10, Sportpaleis, 18 h 30, dépendait. C'est sans doute le cas. T. Allemand 80 / 56 / 45 €, www.sportpaleis.be


Les heures bleues

Tony Allen © Bernard Benant

Tourcoing Jazz Festival

# 50

31e édition déjà pour le Tourcoing Jazz Festival. La recette est connue, mais pas éculée pour un sou : les têtes d'affiche s’écoutent au théâtre, les découvertes dans le cadre d'un bal des années 1930 (Magic Mirrors)… Soit une trentaine de concerts et autant de styles, dans toute la ville, de midi jusqu’au bout de la nuit ! Voilà un paradoxe : la note bleue souffre d'une image élitiste, mais n'a jamais été aussi à la mode – dernier exemple en date : le rappeur Loyle Carner en a fait la matrice de son flow. « Oui, elle n'est pas figée, continuant d'inspirer tous les courants », rappelle Yann Subts, directeur du festival. De Jowee Omicil, qui métisse sa musique au gré de ses voyages (Cameroun, Cuba…) au collectif Chlorine Free dans une veine plus electro, « le jazz se réinvente à travers toute une jeune génération ». D'ailleurs, les surprises sont parfois au coin de la rue. Ainsi des Gantois de Blow Trio, repérés sur les pavés de Lille par Yann Subts, séduit par ce cocktail jazz, dub et jungle servi par deux saxos et une batterie. Bien sûr, les puristes ne sont pas en reste, gâtés par la venue de quelques légendes, tel Tony Allen. Pour autant Tourcoing, 14 > 21.10, Théâtre municipal « il s'agit aussi de créer des passerelles R. Devos, Magic Mirrors, maison Folie Hospice d'Havré… 29 > 7 € / gratuit au Magic Mirrors à avec d'autres esthétiques ». Notam12 h 30, 10 €, tourcoing-jazz-festival.com ment le funk, représenté ici par Keziah Sélection : Richard Galliano (15.10) // Ben l’Oncle Soul, Jowee Omicil… (17.10) // Youn Jones, ou encore la soul avec Cody Sun Nah, Cody Chesnutt… (18.10) // Keziah Chesnutt et Ben l'Oncle Soul pour un Jones, Chlorine Free, Blow Trio (19.10) // Tony Allen, Archie Shepp, Julien Lourau… (20.10) // hommage à Franck Sinatra, qui a déKyle Eastwood & Biréli Lagrene, China Moses, concert nocture au MuBa… (21.10) buté sa carrière dans un orchestre… de + Exposition Les voix du Mississipi (03 > 28.10) jazz. La boucle est bouclée ? Julien Damien // Hermann loup noir, conte blues (07.10)


Ce quatuor fut souvent présenté comme un groupe à guitares signé chez Warp. Certes, ce fut le cas, mais il valait tellement plus que ça ! Quittant le prestigieux label de Sheffield pour le mastodonte Sony, on pouvait craindre que cette pop éminemment moderne s'en trouve un peu aseptisée. Que nenni ! Ce goût de la vadrouille sonore et des harmonies vocales est intacte. Et bien que les trois-quarts de la formation new-yorkaise aient élu domicile du côté de Los Angeles, leur nouvelle œuvre n'a rien de la superficialité californienne. Au contraire, Painted Ruins est peut-être leur disque le plus sombre. On s'attend donc à un concert sous tension… T.A. Bruxelles, 14.10, Ancienne Belgique, 20 h, 28 / 27 €, www.abconcerts.be

© Shawn Brackbill

Ducktails Un chouïa moins dans la lumière que Woods ou Real Estate (au sein duquel officiait récemment ce guitariste inspiré), Matt Mondanile joue dans la même cour avec Ducktails. Ce groupe bricole une pop légère, mélancolique et mélodique. S'y croisent les ombres de Felt, des Byrds et des Feelies (autres gloires discrètes du New Jersey). La cave roubaisienne est le lieu idéal pour applaudir cette formation intimiste, mais pas intimidée. T.A. Roubaix, 11.10, La Cave aux Poètes, 19 h, 12 / 10 / 8 €, www.caveauxpoetes.com

© Tom Hines

musique

Grizzly Bear


Bertrand Belin Bertrand Belin, c'est avant tout une voix grave, chaude, évoluant sur des mélodies folk folk folk – les puristes auront reconnu la référence. Mais c'est aussi un romancier. Il a signé Requin (2015) puis Littoral, sorti l'an passé chez P.O.L et dont il livre ici une lecture musicale. Il y est question de la construction de blockhaus, de trois hommes sur un bateau de pêche, à une période qui pourrait être la Seconde Guerre mondiale. Dans la matinée, l'un d'eux a tué un soldat de l'occupation... Un texte bref, empreint de colère et d'épouvante, soulignant avant tout la fragilité de la liberté – quel crack ce Belin. J.D. Lomme, 18.10, maison Folie Beaulieu, 20 h 30, 9 / 5 €, www.ville-lomme.fr

© Erwan Fichou et Theo Mercier

Juliette Armanet 2017. Cyclones, épidémies, scandales politico-financiers… Toute la planète est à l'agonie. Toute ? Non ! Certains résistent encore à l'air ambiant. Fenêtres calfeutrées et plaid sur les genoux, on écoute Juliette Armanet, ses mélodies naïves et douces, son amour inconsidéré pour Véronique Sanson. Lorsque des archéologues tomberont sur son album, ils déduiront qu’à notre époque, certains disques permettaient de vivre à l'écart des modes – et du monde. T.A. Liège, 17.10, Reflektor, 20 h, 14 €, www.reflektor.be Bruxelles, 18.10, Botanique, 19 h 30, complet ! Lille, 19.10, Le Splendid, 20 h, 23 €, www.le-splendid.com

© Ph. Lebruman

littoral


Rap Game of Thrones

© Billy Fischer

musique

Joey Bada$$

# 56

Bébé, Jo-Vaughn Scott est biberonné au hip-hop. Enfant, il écrit ses premiers poèmes. Ado, il retient le blaze de JayOhVee et se distingue grâce à un freestyle ébouriffant sur le web. à peine majeur, ses mixtapes tapent dans l'oreille de quelques pointures comme DJ Premier. Aujourd'hui, Joey Bada$$ a 22 ans, la planète rap à ses pieds et une ambition (un peu trop) féroce. « Je pense être meilleur que Tupac. Dans une battle en tête à tête, je le fume ». Se comparer au grand Shakur ? Quelle hérésie ! Verbe sombre et flow brutal, Joey avait pourtant prévenu : « depuis que j’ai 15 ans, je suis en compétition avec Jay Z. Je ne lance pas ça comme une provocation, c’est juste ma mentalité ». Bref, le mec vise les étoiles. En 2012, il s'est même permis de refuser une signature chez Roc Nation, le label de... Jay-Z. Eh oui, pourquoi se soumettre au roi quand on peut être soi-même le king ? Son premier album B4.DA.$$ (prononcer "Before Da Money", 2015) le consacre digne héritier de l'âge d'or du hip-hop new-yorkais. Dans son deuxième opus, All-Amerikkkan Badass (2017), il dénonce racisme, injustices sociales et brutalités policières. La critique l'acclame, le public l'encense. Pas surprenant que le petit prodige se sente en confiance. Jusqu'à fixer le soleil sans lunettes de protection lors de la dernière grande éclipse... Ce qui lui a valu quelques soucis de santé et des annulations de concerts. Badass, certes, mais attention de ne pas se brûler Anvers, 31.10, Trix, 19 h 30, complet !, www.trixonline.be les ailes. Sonia Abassi Gand, 01.11, Vooruit, 19 h 30, complet !, vooruit.be


« Dans les enceintes, règne ma zik. Personne ne parle, mais tout le monde flippe », affirme Damso dans J Respect R. Un extrait du redoutable Ipséité (2017), devenu disque d'or en une semaine. Un miracle quand on sait que l'album avait fuité sur la toile peu avant sa sortie officielle. Une broutille pour William Kalubi. Découvert par Booba, le Bruxellois a conquis le public en dévoilant une personnalité sombre et complexe, sans jamais se censurer. Un rap d'écorché vif, cru et sans pitié, qui déchaîne les passions sur le papier comme sur scène. Sonia Abassi Lille, 18.10, Le Splendid, 20 h, complet !

© Guillaume Durand

Bruxelles, 20.10, Forest National, 20 h, 43 > 33 €, www.forest-national.be

© Vicky Grout

Damso

Loyle Carner Contradictoire, Loyle Carner ? Ce fan de Liverpool arbore en concert le maillot de Manchester United, en hommage à son beau-père... On parlera plutôt d'ouverture d'esprit, donc, à l'image de Yesterday’s Gone, magnifique premier album de rap, nourri au jazz et à la soul. Sinon, Loyle organise aussi des cours de cuisine dédiés aux jeunes souffrant comme lui d’hyperactivité et de troubles de l’attention. Pour couronner le tout, on le retrouve dans les publicités Yves Saint Laurent. Attention au grand écart, quand même... Alexis Lerat Bruxelles, 19.10, Ancienne Belgique, complet !, www.abconcerts.be Tourcoing, 24.10, Le Grand Mix, 20 h, 18  > 5 €, www.legrandmix.com


Mowgli, Baloo, Bagheera, Shere Khan et les autres… On est cependant loin de la version jazz et enjouée de Walt Disney. Ici, la jungle s'anime sur les dessins de François Boucq et une musique lumineuse signée Charles Koechlin (1867-1950). Ce dernier a imaginé la vie d'un Mowgli adulte. Le talent de Boucq s'affiche sur un écran de 20 mètres de large, tel un gigantesque livre d'images, tandis que la partition du compositeur français prolonge l'émerveillement de l'ouvrage de R. Kipling. Attention, l’œuvre n'est pas jouée intégralement : il s'agit ici du final, La Course de printemps. De toute façon, il en faut peu pour être heureux ! T.A. 27 & 28.10, Lille, Nouveau Siècle, ven : 14 h 30, sam : 16 h, 12 > 5 €, www.onlille.com

© DR

# 58

Dee Dee Bridgewater A-t-on encore besoin de la présenter ? La diva du jazz défend un nouvel album, Memphis Project, sa ville de naissance mais aussi la capitale du blues. Un retour aux sources pour celle qui a vécu 20 ans en France, où sa carrière a véritablement décollé. Cette histoire d’amour n’est pas près de s’arrêter : sa technique vocale et le caractère éminemment soul de cette tournée annoncent un moment de grâce. A.L. Hem, 28.10, Le Zéphyr, 20 h 30, 42 > 20 €, zephyrhem.fr

© DR

musique

Le livre de la jungle


© Jean-Marc Lubrano

musique

Flavia Coelho + Féfé

Mar 03.10 Così Fan Tutte Lille, Opéra, 19h30, 71>5 e

Mer 04.10 Enfantillages 3 (Aldebert) Valenciennes, Le Phénix, 15h & 20h, 29>10 e Les Paladins Marcq-en-Barœul, Eglise SaintVincent, 20h30, 15/13€

Jeu 05.10 John Legend Bruxelles, Forest National, 19h, 80>55e Così Fan Tutte Lille, Opéra, 19h30, 71>5 e Hanni El Khatib Bruxelles, Botanique, 20h, 21>15e Polo & Pan Lille, Le Splendid, 20h, 27,50e

# 60

Alvaro Pierri Marcq-en-Barœul, Théâtre de la Rianderie, 20h30, 9>5e

Le soleil revient en force sous nos latitudes. Du moins le temps d'une soirée emmenée par Flavia Coelho. La Brésilienne a conquis le public en croisant rythmes auriverdes, reggae et forrò. Elle partage la scène avec son ami Féfé. L'exSaïan Supa Crew relate ses voyages à travers le monde, notamment sur la terre de ses ancêtres au Nigéria. De quoi faire le plein de bonnes vibrations. A.L. Lille, 12.10, Le Splendid, 20 h, 27 €, www.le-splendid.com + Féfé : Soissons, 13.01.18, Le Mail, ville-soissons.fr

About Hip-Hop Mons, Maison Folie, 19h, 5e V. Vincent & A. Maboul Bruxelles, Atelier 210, 20h, 12e Ibeyi + norma Lille, L'Aéronef, 20h, 26>19e Tetra Hydro K + Skank Lab Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e The Ginger Accident Béthune, Le Poche, 20h30, 10>8 e PARADIS + Papooz Charleroi, Eden, 21h, 18>12 e NAME FesT. : Âme II Âme, Ellen Allien, Jennifer Cardini, Laurent Garnier, RødhåD... Roubaix, La Condition Publique, 22h, 45>30 e

Brooklyn Funk Essentials Marcq-en-Barœul, Théâtre Charcot, 20h30, 20>16 e Jahneration + Erik Arma Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 12>9 e Les Producteurs de Porcs Lille, L'Aéronef, 22h, 12>5e

Dim 08.10 NAME Festival : Dixon, Recondite, APM001... Roubaix, La Condition Publique, 15h, 20>12e Così Fan Tutte Lille, Opéra, 16h, 71>5e Omar Souleyman + Jabo + Nova Twins Lille, L'Aéronef, 17h, 18>5e

Sam 07.10

Lun 09.10

Magyd Cherfi Calais, Le Channel, 19h30, 7€

KRS-One Bruxelles, VK*, 19h30, 28/25e

Hommage à Sharon Jones Lomme, maison Folie Beaulieu, 19h, 10/8e

Ven 06.10

Fai Baba + The Wooden Wolf Louvroil, Espace Culturel Casadesus, 20h, 10>6e

Lorde Anvers, Lotto Arena, 18h30, 42e

Panda Dub + ManuDigital Oignies, Le Métaphone, 20h30, 18>12 e

Lamb Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 31/30e

Mar 10.10 Declan Mckenna Bruxelles, Botanique, 19h30, 20>14e


Left Lane Cruiser + Bror Gunnar Jansson Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5e

Delinquent Habits Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 17>5e

Melanie De Biasio Bruxelles, Atelier 210, 20h, Grat.

Youngblood Brass Band Courtrai, De Kreun, 20h, 18>12e

Mer 11.10

Lords of Altamont + Ko Ko Mo Béthune, Le Poche, 20h30, 8>3 e

Ducktails + Sam Nolin Roubaix, La Cave aux Poètes, 19h, 12>8e

Sleepmakeswaves + The Physics House Band + Vasudeva Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10>7e

Sam 14.10 Acid Arab Liège, Reflektor, 20h, 18e

Ven 13.10

An Pierlé La Louvière, Le Palace, 20h, 20/17e

Nick Cave & The Bad Seeds Anvers, Sportpaleis, 18h30, 80>45e

Chapelier Fou + M.A BEAT! Bruxelles, Atelier 210, 20h, 14/11e

Zoot Woman Bruxelles, Botanique, 19h30, 20>14e

Grizzly Bear + Liima Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 28/27e

Timber Timbre Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 19>5e

Isabelle Boulay Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h30, 43>37e

Così Fan Tutte Lille, Opéra, 19h30, 71>5e

Ben l'Oncle Soul + Universoul Calais, espace G. Philipe, 20h30, 15>9e

Olivia Ruiz Calais, espace G. Philipe, 20h30, 15>9 e

Angus & Julia Stone Bruxelles, Forest National, 20h, 41/37e

Patrice + PLDG Oignies, Le Métaphone, 20h30, 20>14e

DakhaBrakha Armentières, Le Vivat, 20h, 16>8e

Rod Taylor Béthune, Le Poche, 20h30, 8>3e

Beth Ditto Lille, L'Aéronef, 20h, 33e 11.10 The Lord of Altamont + Cayman Kings Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 21h, 8/5€

Jeu 12.10 Harleighblu + M.A Beat!… Roubaix, La Cave aux Poètes, 19h, 12>8e

L'orch. national du Vetex Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 9/5e

Dim 15.10 Bror Gunnar Jansson Arras, Théâtre, 17h, 22>12e

Ce Rouennais a le chic pour poser un voile de tristesse sur les choses de la vie. Il décline cette mélancolie au fil de mélodies et de mots délicats. Oh, non, l’œuvre de Vincent Delerm n'est pas exempte de ratés, c'est certain. Mais, depuis quelques années, l'éternel trentenaire a aligné de grands disques (Les Piqûres d'araignée, Les Amants parallèles…) et déroulé d'autres talents (la photographie, par exemple), qui font de lui un artiste finalement discret, mais à suivre. T.A. Béthune, 14.10, Théâtre municipal, 20 h 30, 34 / 30 €, www.theatre-bethune.fr Calais, 25.11, Le Channel, 19 h 30, 7 €, lechannel.fr

© Cauboyz

Vincent Delerm


musique

Gary Numan

© DR

Il fut un temps pas si lointain où Gary Numan était considéré comme le ringard définitif. Or, les milieux autorisés nous autorisent désormais à penser le contraire – ça tombe bien, on ne les avait pas attendus. Si, dans les eighties, ce rejeton de Kraftwerk et de Blade Runner a poussé le bouchon un peu loin question look, ses chansons demeurent essentielles pour qui souhaite comprendre comment on envisageait le futur à l'époque. 35 ans et quelques LPs recommandables plus tard, la magie demeure. T.A.

Richard Galliano Roubaix, Le Colisée, 18h, 30/15e

Bertrand Belin Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 9/5e

Lun 16.10

Cody Chesnutt Tourcoing, Magic Mirrors, 21h, 18>13e

Declan McKenna Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 18>5 e

Jeu 19.10

Matias Aguayo Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15e

Dr FEELGOOD Verviers, Spirit Of 66, 20h, 20e

Mar 17.10

Goldfrapp Anvers, De Roma, 20h, 29/27e

Angus & Julia Stone Lille, Le Zénith, 20h, 46,20>35,20 e

J. Bernardt Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 17>5e

Ben l'Oncle Soul Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, 31 / 24e

Juliette Armanet Lille, Le Splendid, 20h, 23e

Igorrr Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5€

Keziah Jones Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, 31>24e

Palatine Marcq-en-Barœul, Théâtre de la Rianderie, 20h30, 9/6€

Omar Souleyman Courtrai, De Kreun, 20h, 23>17e

Mer 18.10

La rumeur Boulogne-sur-Mer, Carré-Sam, 20h30, 10>6 e

Mogwai + Sacred Paws Lille, L'Aéronef, 20h, 30>23 e # 62

Louvain, 19.10, Het Depot, 20 h, complet !

Youn Sun Nah Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, 31>24e

Mon Côté Punk + Arsène Lupunk Trio Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 13>10e

Ven 20.10 Archie Sheep Quartet Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, 27>20e Nouvelle Vague Louvain, Het Depot, 20h, 25>20e Tony Allen Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, 27>20e Black Bones Deûlémont, Salle André Dekyndt, 20h, gratuit Konoba + Hydrogen Sea + Soonfjord Charleroi, Rockerill, 20h, 15>10€ François Morel Lens, La Scène du LouvreLens, 20h30, 25>10e Julien Loureau Tourcoing, Magic Mirrors, 21h, 18>13e

Sam 21.10 EMIR KUSTURICA Lille, L'Aéronef, 20h, 31>24 e JL.Ponty, K.Eastwood & B.Lagrene Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, 28>21e


Mogwai + Sacred Paws Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 34/33e Natacha Atlas Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 14>8 e China Moses Tourcoing, Magic Mirrors, 21h30, 18>13e

Mer 25.10

Sam 28.10

Nathan Fake + Jacques Greene Liège, Reflektor, 20h, 16e

Le Livre de la jungle Lille, Nouveau Siècle, 16h, 12>5 e

Zombie Zombie + Blanck Mass Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 17>5e

Fishbach + Isaac Delusion + Pale Grey Namur, Théâtre Royal, 20h, 20e

Dim 22.10

Camille Bruxelles, Théâtre national, 20h30, 30/23e

MICHEL LEGRAND Charleroi, PBA, 16h, 42>14 e

Jeu 26.10

Godspeed You! Black Emperor Roubaix, La Condition Publique, 18h, 28>20€

Yak + Chastity Roubaix, La Cave aux Poètes, 19h, 12/10/8e

Girls in Hawaii Mons, Théâtre Le Manège, 20h, 24>18e

Georgio + Berywam Lille, L'Aéronef, 20h, 25>19e

Dim 29.10

Lun 23.10

Ven 27.10

Lambchop Anvers, De Roma, 20h, 24/22e

The Breeders + Pins Anvers, Trix, 19h, 38,50e

Le Livre de la jungle Lille, Nouveau Siècle, 14h30, 12>5 e

Lun 30.10

St. Vincent Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30/29e

Mar 24.10 Amadou & Mariam Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30/29e Loyle Carner Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 17>5 e

Molecule + DJ Fabrice Lig… Charleroi, Rockerill, 20h, 12€ Delphine de Vigan & La Grande Sophie Tournai, Maison de la Culture, 20h, 30/28e Dee Dee Bridgewater Hem, Zéphyr, 20h30, 42>20e

Scylla Charleroi, Eden, 20h, 18>12€

Kitty, Daisy & Lewis Courtrai, De Kreun, 20h, 28>22e

Low Roar + Töfie Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 5 e>Gratuit

Mer 01.11

Les Marquises + Jessica Moss Lille, L'Antre 2, 20h30, 10>2€ 2manydjs + Péo Watson Lille, L'Aéronef, 21h, 26>19e

Metallica Anvers, Sportpaleis, 18h30, 99>55e Godspeed You! Black Emperor Bruxelles, Forest National, 20h, 30e

Bruges, 29.10, Cactus Muziekcentrum, 20 h, 16 > 5 €, cactusmusic.be

© Jonathan Bouknight

Julie Byrne Timbre délicat, guitare en bois, lointains échos de quelques filles du Canyon… Les mauvaises langues évoqueront ici un folk passe-partout. Les autres, les cœurs purs, succombent sans tarder à la présence magnétique de Julie Byrne. L’Américaine conjugue merveilleusement amour de la nature et urbanisme chic (elle est tout de même garde-forestière à… Central Park !), et signe des chansons intemporelles. Déjà entendues ? Peut-être. Mais que l'on écoutera encore longtemps, c'est certain. T.A.


disques La Mverte

The Inner Out (Her Majesty’s Ship) Une foule d’esprits peuple la musique de La Mverte. L'apprenti sorcier élève des monolithes électroniques aux parois sombres entre lesquelles on tremble volontiers. Deux ans après A Game Called Tarot, épatant EP où on pouvait lire la promesse d’une belle vie future, la prophétie s’est réalisée. Avec The Inner Out, premier album d’Alexandre Berly, on monte dans un train fantôme fascinant, après avoir franchi des Circles dantesques. Des limbes aux appartements de Lucifer, la descente est vertigineuse quand, dans l’autoradio-cassette du malin, tourne le disco glaçant et vénéneux de ce protégé du label Her Majesty’s Ship – et compagnon de tournée de Yan Wagner. Au générique de la ballade, La Mverte parvient à exhumer post-punk, coldwave et krautrock sans aucune odeur cadavérique. Dans quelques recoins inquiétants de cette musique froide mais enivrante, on aperçoit les grimaces d’Andrew Weatherall, Ivan Smagghe, The Hacker et la moustache de Giorgio Moroder. Une virée sinueuse mais follement jouissive. Berly a même le bon goût d’afficher sa bobine dans le clip drolatique de The Inner Out. Viva la Mverte ! Mathieu Dauchy

DAF

Das Ist DAF (Groenland Records) Certes, DAF a posé les bases de l'EBM (electronic body music). Mais aucun de ses épigones, de Nitzer Ebb à Sturm Café en passant par Front 242, n'en est jamais arrivé à la cheville. Gabi Delgado-Lopez et Robert Görl, épaulés par Conny Plank (le Phil Spector allemand) ont créé un son neuf et radical. Pauvre, certes, mais ouvrant tous les champs du possible : rythmiques martiales, bandes synthétiques pré-enregistrées et chant über-sexuel. Conjuguant imagerie fascisante et homo-érotisme viriliste, DAF trouble le jeu. L'Histoire n'a hélas retenu que les tubes en forme d'hymnes militaristes dégénérés (Der Mussolini, Alle Gegen Alle…), oubliant la mélancolie urbaine qui éclaboussait (Kebabtraüme, Sato Sato…). Bref, ce coffret total(itaire) prouve à quel point DAF est unique. Thibaut Allemand


THE HORRORS V (Wolf Tone / Caroline International) Loin de l’agitation des débuts, la bande à Faris Badwan (qui a dit sosie d’Alain Bashung ?) poursuit sa trajectoire biscornue et entame une mutation organique, entre quintette en fusion et prise de tête (voyez la pochette). De quoi (des)souder un rock band. Produit par Paul Epworth, ce 5e opus est truffé de singles en puissance, un poil déconcertants, entre dance et pop eighties (rappelant Gary Numan ou… A-ha). Mais la flamboyance originelle est intacte (l’épique diptyque Skying / Luminous) et l’instant de grâce surgit, évoquant la nonchalance tout aussi schizoïde du regretté Frank Tovey (Fad Gadget). Au final, l'ensemble s'insinue en nous et accroche durablement l'oreille. "V" ne crie pas victoire, mais pique notre curiosité. Selina Aït Karroum

MATIAS AGUAYO & THE DESDEMONAS Sofarnopolis (Crammed Discs) Les amoureux de mélanges détonants entre pop à danser (au sens large) et paquetage plutôt classique (guitares, basse, batterie, quelques cuivres) devraient poser un peu le dernier LCD Soundsystem pour se ruer sur ce 4e album de Matias Aguayo (et le 1er avec son nouveau groupe, The Desdemonas). Mélodies entêtantes, boucles de basse arrimées à une rythmique solide, le quatuor frappe fort – le disque évoque une dystopie mais, entre nous, là n'est pas le plus important. On suppose que le Chilien grandi à Berlin a replongé dans sa collection de post-punk new-yorkais (Liquid Liquid, au hasard) et britannique (Quando Quango, The Cure…). Le résultat, sidérant, évite le clin d’œil (n'est-ce pas James Murphy ?) mais comble les oreilles. Thibaut Allemand

LUKE HAINES

Luke Haines is alive and well and living in Buenos Aires (Cherry Red) Mélodiste hors-pair et fin parolier, Luke Haines affiche également un humour pince-sans-rire et… une carrière incompréhensible. Depuis ses débuts avec The Auteurs, affiliés malgré eux à la britpop, jusqu'à son sinueux parcours solo, l'Anglais ne fut jamais là où on l'attend. Ainsi que le prouve cette compilation gargantuesque, qui relate les récentes années de ce franc-tireur pop. On y entend, pêlemêle, des bidouillages krautrock, des hymnes célébrant des stars du catch, des extraits de spoken word et des bribes d'une comédie musicale au pitch ahurissant. Bien entendu, les fans possèdent déjà tout, mais se rueront sur ce florilège qui, a priori, ne devrait pas lui ouvrir les portes de la gloire – et c'est fort dommage. Thibaut Allemand


livres Arno Bertina Des châteaux qui brûlent (Verticales) Ouvrir un livre d’Arno Bertina est toujours une aventure. Cette expérience passe par la langue, poétique mais profondément réaliste, et la narration, constituée de retournements inattendus. Au départ, l’histoire rappelle notre triste actualité. Une délocalisation d’usine (ici, un abattoir de poulets), un ministre en visite pris en otage, l’emprisonnement virant au syndrome de Stockholm... Mais Arno Bertina en fait tout autre chose. L’homme politique n’a pas perdu ses idéaux de gauche (nous sommes dans une fiction…). Il pousse même les salariés à prendre en main leur outil de production. L’entreprise cernée de CRS devient dès lors le lieu de tous les possibles. Dans ce mouvement collectif, Bertina valorise chaque protagoniste. Le groupe se mue en un ensemble d’individus pétris de rêves et de peurs. L’auteur rend à chacun une humanité que l’abattage en série leur a enlevée. Par petites touches, on ressent l’inanité des délocalisations et les logiques purement financières. Un roman dramatique et drolatique, donnant envie d’occire le capitalisme sauvage. Avec des majorettes pour que cela reste une fête. 424 p., 21,50 €. Simon Karyef

ARNAUD LE GOUËFFLEC & LAURENT RICHARD La Carte du Ciel (Glénat) L’adolescence. On ne la vit qu’une fois, normalement. Mais quel inépuisable sujet ! Le prolifique Arnaud Le Gouëfflec dresse ici un portrait doux-amer de cette drôle de période. Soit Claire, Wouki et Jules, trois lycéens qui s’ennuient à Vallièvre, un petit village de campagne. Or, une nuit, la nouvelle se répand : on y aurait vu passer un OVNI ! Si personne ne prend ceci au sérieux, nos trois acolytes sont bien décidés à trouver le fin mot de l’histoire. Ajoutez à cela l’arrivée d’une professeure aussi séduisante que mystérieuse et quelques phénomènes étranges, vous obtenez un faux polar fantastique qui décrit l’ennui absolu, les rêves inaccessibles et les troubles de la jeunesse. Habile. 144 p., 22 €. Thibaut Allemand


MICHEL CONSTANT

Coll. Catastrophe La nuit est encore jeune (Pauvert) La nuit est encore jeune, et le monde grandement inachevé. Car l’apocalypse a beau déjà avoir eu lieu (elle a lieu sans cesse), tout reste à faire. C’est, résumé, ce qui sous-tend cet inclassable essai qui tient autant de la célébration que du manifeste fragile. Le collectif Catastrophe, qui sort parallèlement un album chez Tricatel, signe ici (sous la belle impulsion de Blandine Rinkel et Pierre Jouan) un texte générationnel exempt de la gravité sûre d’elle qui peut plomber ce genre d’exercice. Mais ces mots dansants (on retrouve la plume d’oiseau de l’auteure de L’Abandon des prétentions) sont à prendre très au sérieux. Louant le doute et l’incertitude, ce livre qui cherche la lumière dans l’obscurité pourrait bien nous être parfaitement nécessaire. 194 p., 18 €. Rémi Boiteux

La Dame de Fer (éd. Futuropolis) 8 avril 2013, Kingsdown, petit village c ôti e r d u Ke n t . Margaret Thatcher vient (enfin !) de casser sa pipe. Un déclic pour le patron du pub, Donald, qui reprend alors contact avec Owen et Abby, ses deux amis d’enfance partis à Londres… Jouant avec des archétypes de sous-cultures typiquement anglaises (mods et skinheads), le Français Michel Constant laissera sans doute les pointilleux sur leur faim – ces codes ne représentent ici qu’un décor. L’important se situe dans ce que les trois personnages ont fait de leur jeunesse et leur faculté à changer désormais cette petite bourgade. Le trait agréable, rond et vif, ajoute un charme supplémentaire à une histoire qui glisse gracieusement de la gravité à la joie. 72 p., 15 €. Thibaut Allemand

ALAIN BUJAK & PIERO MACOLA Kérosène (éd. Futuropolis) Le photographe Alain Bujak et le dessinateur Piero Macola se sont associés pour relater la triste histoire d’un camp de gens du voyage situé du côté de Mont-de-Marsan. Plus précisément, en bout de piste d’une base aérienne militaire. Une vie passée dans un bruit assourdissant et dangereux – d’où l’arrêté d’expulsion qui frappe ces familles. Juxtaposant le noir et blanc tranchant de la pellicule à la douceur des crayons de couleur, les deux auteurs narrent une déchirure. Mais pas seulement. Ils évoquent aussi les questionnements de l’équipe municipale chargée de reloger ces hommes, ces femmes et ces enfants. Normes et identités sontelles toujours compatibles ? Tel est le genre d’interrogations soulevées par cet ouvrage bouleversant. 136 p., 21 €. Thibaut Allemand


detroit

black

© Mars Film

lives matter De Démineurs (2009) à Zéro Dark Thirty (2012), Kathryn Bigelow a montré un talent certain pour filmer les hommes en uniforme. Elle revient cette fois sur les dérives criminelles de la police. En particulier sur les émeutes raciales qui ont ébranlé Détroit pendant cinq jours en 1967, et fait plus de 40 morts. Glaçant, le long-métrage met l’Amérique face à son passé.


écrans

L’

épisode est mal connu sous nos latitudes, mais appartient à la douloureuse histoire des états-Unis. Le 24 juillet 1967, après une énième descente de police dans un bar clandestin fréquenté par des Noirs, la ville de Détroit s’embrase. Les pierres et cocktails molotov volent, les pilleurs fondent sur les boutiques, les bâtiments s’enflamment devant l’impuissance des forces de l’ordre. Durant les 30 premières minutes de Detroit, les images de guerre civile occupent tout l’écran, orchestrées avec la distance d’un documentaire. Mais Kathryn Bigelow ne tarde pas à retrouver sa casquette de cinéaste oscarisée. Huis clos Sans que le spectateur ne s’en rende compte, la focale se resserre et le film bascule. Du plan générique à l’histoire dans l’histoire, de la répression à la barbarie vengeresse d’un groupe de flics blancs, emmenés par le sidérant Will Poulter. Pendant une heure trente d’un huis clos éprouvant, on assiste au drame du Motel Algiers, qui vit trois adolescents afro-américains être abattus par la police, à l’issue d’une nuit de tortures physiques et psycholo-

giques. Outre-Atlantique, Detroit a fait l’objet d’une polémique dès sa sortie : Bigelow, réalisatrice blanche, était-elle légitime pour s’emparer du sujet ? Il ne nous revient pas d’y répondre. Mais dans un contexte de résurgence des violences policières, son dernier opus se révèle plus que nécessaire. Marine Durand De Kathryn Bigelow, avec John Boyega, Will Poulter, Anthony Mackie, Jack Reynor… Sortie le 11.10


Temps de parole

# 70

Alors que le démantèlement des droits sociaux se poursuit allègrement au nom de la "start-up nation", L'Assemblée nous replonge dans ce moment d'effervescence politique que fut Nuit debout. Des corps qui se rassemblent, des oreilles qui s'ouvrent, des voix qui s'élèvent, et la démocratie semble soudain renaître. Se succèdent d'abord à la tribune des visages familiers : la sociologue Monique Pinçon-Charlot, l'économiste et philosophe Frédéric Lordon. François Ruffin, réalisateur de Merci patron ! et futur député, protège même les orateurs avec son parapluie. Ce n'est pourtant pas à une réunion publique que nous convie Mariana Otero. Quelque chose de plus urgent, joyeux et difficile est en jeu. Il s'agit de réactiver le modèle athénien de l'agora. Ainsi, L'Assemblée est avant tout un grand film sur la parole – celle qui circule et hésite, se reprend et se donne. En plein état d'urgence, occuper la Place de la République n'était pas rien. Il fallait refuser de céder à la terreur et à son instrumentalisation par l'état. Là où il n'y avait que la circulation muette des piétons, un espace commun s'est inventé. Construire un lieu, donner de la voix : ces deux gestes indissolublement liés constituent la dynamique de ce documentaire tourné entre avril et juin 2016. Ce qui importe ici, c'est moins les discours que les conditions pratiques de leur élaboration. Jour après jour, il faut rebâtir – contre la police – la fragile installation matérielle et symbolique permettant à des voix anonymes d'être entendues. Cela semble peu. C'est Documentaire de Mariana Otero. Sortie le 18.10 pourtant essentiel. Raphaël Nieuwjaer

© Epicentre Films

écrans

L'Assemblée


Pas très carré Dans The Square, le Suédois Ruben Östlund (à qui l’on doit Snow Therapy, entre autres) entend dénoncer la superficialité de l’art et l’hédonisme de notre société capitaliste. Malgré quelques fulgurances, la Palme d'or du 70e Festival de Cannes s’embourbe hélas dans les clichés… Christian (caricatural Claes Bang) est conservateur dans un musée d’art contemporain qui prépare une exposition sur la tolérance et la solidarité. Au centre de la performance on trouve un carré (The Square), à l'intérieur duquel les visiteurs sont censés révéler leur altruisme. Des valeurs que Christian peine pourtant à partager au quotidien… Si The Square ne manque pas d’ambition, ni de nobles intentions, il tape dans le vide. Critique du capitalisme se réclamant des satires d’un Michael Haneke ou d’un Paolo Sorrentino, elle ne les égale en rien. La faute à une abondance de stéréotypes (un héros pervers narcissique, des petits tas de gravats en guise de chefs-d’œuvre…) rendant le film aussi superficiel et creux que la prétention artistique (et bourgeoise) qu’il dénonce. Un comble ! Pourtant, tout n’est pas à jeter. On retiendra une mise en scène soignée, des références opportunes (les escaliers saisis façon Hitchcock). Ou encore cet happening surréaliste : l’attraction de la soirée (terrifiant Terry Notary) joue les King Kong face à des spectateurs médusés. Une des rares scènes pertinentes, symbolisant le refoulement de notre animalité. Pas sûr qu’elle suffise à sauver ces deux longues heures et vingt minutes… # 72

Mélissa Chevreuil

De Ruben Östlund, avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West… Sortie le 18.10

© BAC Films

écrans

The Square


Happy End

# 74

Les Laurent, famille bourgeoise ayant fait fortune dans le BTP, perdent la raison suite à un effondrement sur l'un de leurs chantiers. L'accident achèvera cette tribu dysfonctionnelle, où chacun de ses membres dépressifs ne vit que pour... mourir. Mais qu’est-il donc arrivé à Michael Haneke pour nous servir aussi mauvaise copie de lui-même ? Gloubiboulga de ses plus illustres œuvres (La Pianiste, Benny's Video), Happy End sonne comme une pompeuse auto-célébration. Les dialogues envisageant la lutte des classes et débités par des comédiens au sommet de la caricature (Isabelle Huppert, au plus mauvais de sa forme) demeurent désespérément creux. Devant pareil supplice, on ne rêve plus que d'une chose – comme les héros du film : que cela finisse ! Mélissa Chevreuil De Michael Haneke, avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz... Sortie le 04.10

Onze ans après Une vérité qui dérange, Al Gore, le cheveu grisonnant mais la ferveur intacte, poursuit son combat contre le changement climatique. Baptisée "le temps de l’action", cette "saison 2" se rend sur le terrain. Entre 2015 et 2016, on suit l’ancien vice-président américain au chevet de la banquise, en conférence aux quatre coins du monde, s’activant dans les coulisses de la Cop 21 pour faire signer cet accord... La mécanique paraît un peu trop huilée, mais cette suite réserve des moments puissants, comme la rencontre avec des victimes du typhon Haiyan dans une séquence démontrant le lien entre catastrophes naturelles et réchauffement climatique. Le documentaire s’achève sur une exhortation à agir face au climatoscepticisme de Trump. Un moment... soufflant. Marine Durand De Bonni Cohen et Jon Shenk, avec Al Gore. En salle

© Jensen Walker / Paramount Pictures

© Les Fims du Losange

Une suite qui dérange le temps de l’action


Performance !

Happy happening ! Jeux, rituels et récréations

Garbage saloon © Adrien Dirand Babette Mangolte / Trisha Brown, Water motor, 1978 © Babette Mangolte / Centre Pompidou, MNAM-CCI


Nous rejoignons d’abord le Tripostal, où il est question de performance. Le terme ne serait-il pas un peu fourretout, utilisé autant par le monde sportif que celui de l'entreprise ? « Oui, c'est un mot auquel on accole tout et son contraire. Ici, il sous-entend la place donnée au corps dans l’art. Mais j’aime aussi y percevoir la notion d’effort, de dépassement de soi », explique Bernard Blistène, commissaire de l’exposition.

« Le parcours promet de bousculer la pratique de l'exposition » Celle-ci révèle une sélection de chefs-d'œuvre du Centre Pompidou, principalement sous forme de vidéos, de la fin des années 1960 à nos jours – « sans doute la partie la plus stimulante de notre collection ». suite

La Ribot, Walk the chair, 2010 © La Ribot / Centre Pompidou, MNAM-CCI

exposition

40 ans, 40 villes. Le Centre Pompidou célèbre son anniversaire en disséminant ses collections à travers tout l’Hexagone. Lille a été plutôt gâtée, accueillant deux expositions : Performance ! au Tripostal et Jeux, rituels et récréations à la Gare Saint Sauveur. Dans ce vaste programme, la capitale des Flandres demeure « une étape majeure, la plus ambitieuse », selon Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne. Simple échange d'amabilités ? En toute honnêteté, on le croit volontiers en découvrant cette sélection d’une soixantaine d’œuvres. Jugez plutôt.


exposition Lili Reynaud Dewar, I am intact and I don’t care, 2013 © Lili Reynaud Dewar / Centre Pompidou, MNAM-CCI

Elle se déploie dans les 6 000 m2 du Tripostal, sur trois étages, pour autant de sections thématiques : "Mouvement sur mouvement", "Scènes de gestes" et "Objets d’écoute". De l'autre côté du miroir

# 78

Ce parcours promet aussi de « bousculer la pratique de l'exposition », notamment grâce à sa dimension participative. « Dès lors qu'on évoque la performance, on dépasse la simple contemplation pour impliquer le spectateur lui-même ». à l'image de Present Continuous Past(s), de Dan Graham. Datée de 1974, cette installation vidéo accueille le visiteur dans une pièce recouverte de miroirs… en le filmant à son insu. Passant dans une salle annexe lui est alors retransmise son image, mais décalée de

quelques secondes. « Vous êtes à la fois acteur et témoin d’une expérience perceptive assez troublante, vous confrontant en direct à votre passé », s’enthousiasme Marcella Lista, la co-commissaire. Double jeu Second événement : Jeux, rituels et récréations, visible à la Gare Saint Sauveur. Nous voici cette fois plongés dans une pénombre illuminée par une ribambelle d’écrans. Le parcours n'est pas forcément ludique. Jouer, c'est s'amuser certes, mais aussi « s'extraire du monde réel », et sublimer la souffrance, comme le montre cette série de 16 vidéos réalisées par Francis Alÿs, intitulée Children's games. suite


Jeux – Cildo Meireles, La Bruja I, 1979-1981 © Maxime Dufour


exposition Children’s Game 10 / Papalote, 2011 © Francis Alÿs

Depuis 1999, l’artiste belge filme les jeux que les enfants inventent dans l'espace public aux quatre coins du monde. Certains naissent sur des champs de bataille, à l'image de ces gamins se touchant avec les rayons du soleil projetés grâce à un miroir – rappelant les snipers – ou encore cette marelle captée dans un camp yézidi, en Irak…

# 80

Du fil à retordre « Jouer, c'est aussi apprendre les règles, la liberté et la contrainte, c'est un chemin initiatique nous menant vers l'âge adulte » rappelle Marcella Lista. C’est également une forme de contre-pouvoir, comme en témoignent les films de Cameron Jamie sur le "backyard wrestling", soit du catch ultraviolent improvisé par des ados américains dans

l’arrière-cour de leurs quartiers, comme un bras d’honneur à la société… Déambulant au milieu d'une vingtaine de créations, le visiteur se prend lui-même au jeu… et les pieds dans le tapis. Le sol est en effet recouvert de 6 000 kilomètres de fils de coton noir (teints à La Gorgue, dans le Nord de la France) prolongeant les poils d'un petit balai. Intitulé La Bruja – "la sorcière" –, ce vilain tour est signé du Brésilien Cildo Meireles – et s’apparente à une véritable… performance. Julien Damien Performance ! Lille, 06.10 > 14.01.18, Tripostal, mer > dim : 10 h > 19 h, 8 / 4 € / gratuit (-16 ans), www.lille3000.eu Jeux, rituels et récréations Lille, jusqu'au 05.11, Gare Saint Sauveur, mer > dim : 11 h 30 > 19 h, gratuit, lille3000.eu


Riding Modern Art

Figures de style

# 82

Skater dans un musée ? Sur des sculptures ? Oui, c'est possible. En tout cas à Charleroi – on précise, histoire d'éviter quelques méprises. Le BPS22 consacre sa première grande exposition au Français Raphaël Zarka. Visite d'un accrochage pas comme les autres, où l'on ne touche pas les œuvres qu'avec les yeux.


exposition Silas Baxter Neal sur une sculpture de Zulmiro de Carvalho, photo : Dave Chami, 2012, Lisbonne


exposition

Raphaël ZARKA, Paving Space, 2017, BPS22 Skateur : Erick Zajimovic © Photo Leslie Artamonow

Q

# 84

uel rapport entre le skateboard, à tourner autour de leurs créations la sculpture et les mathémapour mieux les apprécier. « Pour tiques ? Raphaël Zarka. Né en 1977 Raphaël, les skateurs sont peut-être à Montpellier, notre homme reçoit sa ceux qui appréhendent le mieux ce première planche à roulettes à 7 ans. mouvement, tel que l'artiste l'a imaComme tant d'autres petits garçons, giné. Ils connaissent bien les lois de la mais ce cadeau anodin va influencer gravité, savent comment prendre de l’ensemble de son travail. « C’est plu- la vitesse dans une courbe plutôt que tôt un skateur de rue. Il a mis cette passion « Le skateur révèle une autre de côté en entrant dimension de la sculpture » aux Beaux-Arts de Paris... et puis il s'est rendu compte sur un plan incliné... d'où la relation que les deux pratiques étaient liées, avec les mathématiques, son troiexplique Pierre-Olivier Rollin, direc- sième centre d'intérêt ». Ainsi naquit teur du BPS22. En étudiant l'hisRiding Modern Art, qui conjugue ces toire de l'art, il a en effet découvert trois dimensions. l'importance du mouvement dans la Profanation sculpture moderne… ». Il fut ainsi marqué par Carl Andre ou Tony Smith (dont l’une des pièces se nomme Free Ride) qui invitent le spectateur

Cet ensemble prend d’abord la forme d’un montage vidéo de figures suite dénichées sur le web (2005),


Raphaël ZARKA, Paving Space, 2017, BPS22 © Leslie Artamonow


la rendre littéralement accessible aux gens, pour citer le philosophe Agamben ». à Charleroi, Raphaël Zarka pousse ce principe plus loin encore, en transformant le musée en spot de glisse ! Il a ainsi conçu dans la Grande Halle du BPS22... un skatepark. Baptisée Paving Space, cette installation se compose de « Au BPS22, on défend une approche sept modules conçus en acier corten. Il profanatrice de l'œuvre d'art » s'inspire des formes non par Zarka lui-même mais par des imaginées par le mathématicien alphotographes professionnels. « Ce lemand Arthur Schoenflies, soit des sont des images qu’il repère dans structures géométriques simples, des magazines comme Thrasher. Il comme la pyramide tronquée. « Elles reste un collectionneur "d'objets sont plastiquement fortes et surtrouvés", mais en fait une œuvre par- tout susceptibles d'accueillir des ticipative traversée par cette idée : le "rideurs" qui leur donnent tout leur skateur révèle une autre dimension sens, notamment une force choréde la sculpture au visiteur ». Un geste graphique  ». Vous l’aurez compris : iconoclaste, qui sied bien au BPS22. skate qui peut ! Julien Damien « Oui, on défend une approche profanatrice de l'œuvre d'art, il s'agit de Charleroi, jusqu'au 07.01.18, mar > dim : 11 h > 19 h, 6 > 3 € / gratuit (-12 ans), www.bps22.be la descendre de son piédestal pour

# 86

Mike Barker sur une sculpture de Piotr Kowalski, photo : Éric Antoine, 2006, Paris

puis d’une série de 53 clichés présentés en noir et blanc. Du pivot to fakie du Carolo David Martelleur sur une pièce d'André Volten au backside ollie de Steve Forstner sur Arc of 134,5° de Bernar Venet, ceux-ci nous montrent des jeunes gens rider sur des sculptures d'art moderne. Immortalisés aux quatre coins du monde,


Mehdi-Georges Lahlou, Vierges (2012) © Galerie Transit, Mechelen

exposition

Behind the Garden C'est « un temple profane » selon le curateur, Simon Njami. Une expérience sensorielle où se mêlent le parfum de la cannelle, des sourates chantées sur des airs de Haendel mais aussi les symboles, en l'occurrence arabo-musulmans et judéo-chrétiens. Comme son prénom l'indique, Mehdi-Georges Lahlou est au carrefour des cultures. Le Franco-Marocain interroge avec ironie la notion d'identité et sa fabrication sous le poids du genre, des traditions et de la religion. à l'image de cette installation constituée de 72 bustes de vierges mais ici façonnées à l'effigie de l'artiste... Une sacrée exposition. J.D.

David LaChapelle. After The Deluge Après les grandes expositions consacrées à Warhol ou Van Gogh, le BAM accueille le travail de David LaChapelle. Ce parcours présente une centaine de photographies. La première partie se concentre sur des œuvres conçues jusqu'en 2007, dont la série Deluge revisitant des scènes religieuses à la sauce pop – tel ce M. Jackson représenté en archange. La seconde révèle des créations récentes, illustrant ses préoccupations écologiques – tout aussi grinçantes et colorées. J.D. Mons, 14.10 > 25.02.2018, BAM, mar > dim : 10 h > 18 h, 9 / 6 € / gratuit (-6 ans), www.bam.mons.be

Archangel Michael, And No Message Could Have Been Any Clearer, 2009 Chromogenic Print © David LaChapelle Studio Inc

Bruxelles, jusqu’au 05.11, Botanique, mer > dim : 12 h > 20 h, 5,50 > 2 € / gratuit (-12 ans), botanique.be


Georges Rousse # 90

L'illusionniste


exposition

© Georges Rousse

Georges Rousse investit l'ancienne Banque de France de Lens avec une première exposition attendue. Détournement de fonds se compose ainsi de deux installations monumentales in situ et d'une rétrospective photographique. Rencontre avec le maître de l'anamorphose. suite


« J'aime l'idée de mémoriser les lieux abandonnés. D'en conserver une dernière image poétique avant qu'ils ne disparaissent ». La voix ténue de Georges Rousse domine à peine le froissement des papiers protégeant les immenses photos en cours d'accrochage. L'artiste est de ceux qui en disent plus avec les yeux qu'avec les mots. Alors que ses fascinantes anamorphoses continuent d'arpenter la planète, du Népal au Chili, il a posé ses pinceaux, le temps d'une escale, dans l'ancienne Banque de France de la cité minière. Ici, un cercle se dessine

au milieu des parois tapissées de milliers de journaux internationaux aux images noircies – clin d'œil aux monochromes de Malevitch. Là, un disque rouge baigné de lumière par des panneaux japonais, à la rencontre duquel s'élance un comptoir de bois incurvé. Telles des sculptures immatérielles, ses créations jouent avec les perspectives. Ces trompel'œil s'étalent sur les murs, le sol, le plafond et se révèlent au spectateur au fil des pas. Façonnée en relief, l'œuvre devient alors une image… en deux dimensions.


Comme souvent, cet endroit a été révélé au plasticien via une commande de la ville. Il est vrai que pour Georges Rousse, exposition rime avec intervention. « Je suis régulièrement sollicité pour poser le premier geste, esquisser les pistes d'un futur possible ». Funambule ou magicien, il se joue du vertige de cet instant en suspens, attendant la reconversion ou la destruction d'un lieu. « Petit, les architectures en ruines étaient mes terrains de jeux. Après les avoir longuement photographiées, j'ai décidé d'en

faire autant d'ateliers éphémères ». Il s'imprègne de la configuration singulière de chaque site et de leur histoire pour en livrer une version poétique et spatiale. Son œuvre, unique, repose enfin sur une tension constante entre l'intérieur et l'extérieur. « C'est comme si je surplombais la ville, je m'imprègne des rumeurs qui me parviennent par les fenêtres brisées d'où entrent et sortent les oiseaux de passage ». Flora Beillouin Détournement de fonds Lens, jusqu'au 30.12, ancienne Banque de France (5 rue de la Paix), mar > sam : 10 h > 19 h, dim : 11 h > 18 h, gratuit, www.lensvillehote.fr

© Georges Rousse

La poésie de l'espace


© 4letters

exposition

Di(x)visions

Né il y a 40 ans aux états-Unis (les premiers tags sont apparus à Philadelphie), le street art a aujourd'hui conquis la planète ! Dans le Nord de la France, les graffeurs ne sont pas à la traîne. En témoigne cette exposition collective créée in situ et rassemblant de multiples "visions". On découvre une diversité de techniques (le collage avec le Collectif Renart...), de styles (cartoonesque avec 4Letters) et une histoire richement documentée, notamment grâce à Cap d'Origine. Depuis plus de 20 ans, cet artiste arpente la région pour photographier les tags des Nordistes. Ateliers et vidéos achèvent de nous immerger dans le graffich'ti ! J.D.

J-F Millet, rétrospective & Millet USA Figure de proue du réalisme (avec Courbet), Millet a marqué l’histoire de l’art avec des scènes magnifiant les paysans – à l'image de L'Angélus. Cette double exposition retrace un parcours (trop) méconnu : de son enfance dans la ferme familiale à la reconnaissance acquise Outre-Atlantique. Il fut un modèle pour Van Gogh certes, mais aussi pour nombre de photographes et cinéastes américains (Terrence Malick, Gus Van Sant) ou encore Banksy ! A.L. Lille, 13.10 > 22.01.2018, Palais des Beaux-Arts, lun : 14 h > 18 h, mer > dim : 10 h > 18 h, 7 / 4 € / gratuit (-12ans), www.pba-lille.fr

Bergère avec son troupeau, dit La grande bergère, Vers 1863 © RMNGrand Palais (musée d’Orsay) / Michel Urtado

Lille, 13.10 > 10.12, Le Flow, mer, jeu, dim : 14 h > 18 h, ven & sam : 14 h > 19 h, gratuit, flow.lille.fr


exposition

Les Photaumnales

ContreplongĂŠe

Garifunas et descendants Š Robert Charlotte


Mythologiques aux bidons © Jean-Baptiste Barret

Après s'être intéressées au rock ou à l'amour, les Photaumnales nous emmènent aux Caraïbes. Baptisée "Couleurs pays", la 14e édition de ce festival de photographie braque son objectif sur la Martinique et la Guadeloupe, avec la volonté de nous sortir des sentiers battus et rebattus.

D

es Caraïbes, on a tous une image archétypale. Les cocotiers, les plages de sable blanc (ou pire, les catastrophes naturelles…). Focalisées sur la Martinique et la Guadeloupe, les Photaumnales retournent la carte postale. « Il s'agit de changer cette perception stéréotypée et de révéler deux territoires

français absolument pas représentés en métropole en terme de création », annonce Fred Boucher, co-commissaire du festival. L'image servant d'affiche à cette 14e édition annonce la couleur. Ce cliché de Jean-Baptiste Barret, issu de la série Mythologiques aux bidons, montre un paysage morne, à mille lieux suite


Ma grena’ et moi © Gilles Elie-Dit-Cosaque

des dépliants touristiques, où pose un homme dont la tête est cachée dans un bidon. Elle résume bien les enjeux abordés ici. « Ce personnage sans visage soulève la question de l'identité et du rapport au continent, le masque nous renvoie aussi au carnaval, aux déchets, à la consommation…».

# 98

Banane ! D'Amiens à Château-Thierry, ce sont ainsi une trentaine de photographes qui livrent en près de 600 pièces

"leurs" visions de "leurs" îles. Point névralgique du rendez-vous picard : le Quadrilatère, à Beauvais. Dans cette galerie de 2 000 m2 est racontée une histoire singulière, divisée en quatre chapitres : "la mémoire", la créolité", "le paysage" et "le corps". Des documents d'archives nous dévoilent d'abord la richesse iconographique de ces territoires et une tradition forte du reportage. Ce sont par exemple les scènes de vie (un mariage, le marché…) saisies


Transformations © Nadia Huggins

en noir et blanc par Arlette RosaLameynardie entre les années 1960 et 1980. Tandis que Sylvain Duffard révèle l'urbanisation intensive frappant la Guadeloupe, ces bananiers desséchés, capturés par Mujesira Elezovic, intriguent. Ces "portraits" semblant d'immenses silhouettes humaines « sont une métaphore de l'état de l'agriculture, l'utilisation des pesticides… ». à ces témoignages répondent les œuvres d'artistes contemporains, telle Nadia Huggins. En juxtaposant des images de son corps à celles d'animaux marins, ses diptyques interrogent son rapport à la nature. Cette "plongée" abolit toutes normes sociales : aucune construction politique ne dicte notre identité sous l'eau. En phase avec l'esprit du festival, son point de vue brise les clichés. Julien Damien

Peuple sans visage © Mujesira Elezovic Beauvais, 14.10 > 31.12, Quadrilatère, mar > ven : 12 h > 18 h, sam & dim : 10 h > 18 h, gratuit, www.photaumnales.fr // + divers lieux en Picardie (Amiens, Noyon, Tergnier, Saint-Aubin-en Bray, Clermont, Creil, Chantilly, Château-Thierry)


Rochas by Olivier Theyskens , S/S2005, Photo: Diego Uchitel

exposition

Olivier Theyskens She walks in beauty C’est une icône de la mode contemporaine belge, et même internationale. Ses créations ont été portées par Madonna, Kirsten Dunst, Nicole Kidman... on en passe. Depuis plus de 20 ans, le styliste bruxellois ne cesse de se réinventer. De l’aura romantique de ses débuts jusqu’à l’élégance de la coupe et des tissus chez Nina Ricci, en passant par la relance de sa ligne éponyme, toutes ces silhouettes exhibent la main d’un maître. Anvers, 12.10 > 18.03.2018, MoMu, mar > dim : 10 h > 18 h, 8 > 3 € / gratuit (-18 ans), www.momu.be

La nouvelle BD flamande

Hubert de Givenchy

Franquin, Hergé, Peyo… Question BD, les Wallons ont longtemps tenu la corde, avant que Metal Hurlant ou (à Suivre) chahutent nos petites cases, dans les seventies. Mais depuis le début du millénaire, une nouvelle vague est apparue, cette fois côté flamand. Ils s’appellent Pieter De Poortere, Judith Vanistendael ou Brecht Evens et révolutionnent les formes, la narration, les angles... Le CBBD les révèle à travers une exposition collective rassemblant 18 jeunes auteurs.

Givenchy revendique un style chic et décontracté. Une ligne sobre relevée par le détail qui tue. à la faveur de cette rétrospective, on découvre les fameux "separates", soit des pièces faciles à porter et à mélanger sans complexe, mais aussi les tenues de soirée confectionnées pour de prestigieuses clientes. Point d’orgue du parcours, cet ensemble en satin ayant appartenu à Jackie Kennedy ou le fourreau au dos décolleté que portait Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé.

Bruxelles, Jusqu’au 03.06.2018, Centre belge de la bande dessinée, tous les jours : 10 h > 18 h, 10 > 3,50 €, www.cbbd.be

Calais, Jusqu’au 31.12, Cité de la dentelle et de la mode, tous les jours sauf mardi : 10 h > 18 h, 4 / 3 € / gratuit (-5 ans), www.cite-dentelle.fr

Stéphane Couturier

# 100

Pris à l’argentique ou au numérique, les clichés de Stéphane Couturier subliment des chantiers ou des grands ensembles architecturaux. Jouant avec les lignes, les plans, les formes et les couleurs, le Français conçoit des photographies au format imposant. Superbement orchestrées, elles sèment le trouble chez le spectateur. Ainsi de sa série Melting, dans laquelle il associe plusieurs prises de vue d’un même lieu au sein d’une même image. Charleroi, 30.09 > 03.12, Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h > 18 h, 7 > 4 € / gratuit (-12 ans), www.museephoto.be


Des machines au service du peuple – Godin et la mécanique Fondé par Jean-Baptiste André Godin, le Familistère de Guise fut une utopie sociale unique au monde (voir LM n°129). Celle-ci plaçait le travail et le capital au service de l’Homme. Pour ce fouriériste convaincu et grand industriel, le progrès technologique doit profiter aux classes laborieuses. Ce parcours montre des machines au service du peuple – tel ce moteur du premier véhicule électrique, conçu par Gustave Trouvé en 1881. Avant de le remplacer ?

# 102

Sans titre, Autoportrait avec canne © A.M. Schneider / M.Rein

Guise, 07.10 > 24.06.2018, Familistère, tous les jours : 10 h > 18 h, 9 / 6 € / gratuit (-10 ans), familistere.com

Anne-Marie Schneider Pour Anne-Marie Schneider, le dessin est une forme d’écriture. Son œuvre s’appréhende tel un journal intime peuplé de figures grotesques, d’animaux ou d’objets tracés au crayon, à l’encre de Chine, au fusain, à l’aquarelle ou à l’acrylique. Oscillant entre sensibilité à fleur de peau et humour caustique, cette artiste française croque aussi bien ses fêlures personnelles que l’actualité sociale, livrant une vision à la fois onirique et cruelle de notre monde. Hornu, 01.10 > 14.01.2018, Mac’s, mar > dim : 10 h > 18 h, 5 > 2 € / gratuit (-6 ans), www.mac-s.be

Musiques ! Echos de L’Antiquité

Collections invisibles

Le Louvre-Lens s’intéresse à la musique dans l’Antiquité. Instruments antédiluviens, papyrus, vases, sculptures… Près de 400 pièces esquissent le paysage sonore de quatre civilisations majeures : L’égypte, l’Orient, la Grèce et Rome. Thématique, le parcours dévoile des objets pour certains jamais vus.... ni même entendus. à l’image de cette performance de l’Ircam, qui a réalisé des copies virtuelles de cornua, les trompettes romaines de Pompei. Un voyage inouï au bout de l’ouïe.

Collectionneur avisé, philanthrope, Raoul Warocqué légua à l’état belge sa propriété de Morlanwelz, devenu depuis le musée royal de Mariemont. Celui-ci abrite aujourd’hui un riche fonds de vases, porcelaines ou pièces issues des civilisations chinoises ou helléniques. Célébrant les 100 ans de la disparition du mécène, l’institution dévoile des objets restés jusqu’ici invisibles : la fameuse "boule en ivoire", des tablettes cunéiformes et bien d’autres trésors cachés.

Lens, Jusqu’au 15.01.2018, Louvre, tous les jours sauf mardi : 10 h > 18 h, 10 / 5 €,  gratuit (-18 ans), www.louvrelens.fr

Morlanwelz, Jusqu’au 26.11, Musée royal de Mariemont, mar > dim : 10 h > 17 h, 5 / 2 € /  gratuit (-12 ans), www.musee-mariemont.be


Robert Poughéon (1886 - 1955). Un classicisme fantaisiste Prix de Rome en 1914, Robert Poughéon fut un artiste éclectique. Peintre et dessinateur prolifique, il pratiqua aussi bien le paysage, le portrait que la nature morte. Sa toile la plus célèbre reste Le Serpent. Associant la figure du cheval et celle d’une jeune fille, l’œuvre est emblématique de son "classicisme fantaisiste". Elle est ici mise en avant au sein d’une sélection de dessins puisée dans un fonds de plus de 1 000 feuilles, dévoilant un processus de création singulier.

Panorama 19

Rodin, Brancusi, Carl Andre... Le socle

C’est une institution au Fresnoy. Une vitrine annuelle de la création qui a révélé de grands noms (Hicham Berrada, Laurent Grasso…). Entre films, photographies ou performances, cette édition promet encore son lot de découvertes, et 52 œuvres d’artistes atypiques. Tel Thomas Garnier, dont l’installation vidéo (Shanzài) s’intéresse aux contrefaçons de monuments (tour Eiffel, Arc de Triomphe…) poussant chez de riches excentriques. Vous avez dit original ?

C’est un dialogue entre trois des plus grands sculpteurs de l’Histoire, certes d’époques différentes, mais ici réunis autour de la question... du socle. Purement fonctionnelle jusqu’à l’époque moderne, cette tradition fut en effet bousculée par Rodin avec Les Bourgeois de Calais, avant de devenir un sujet à part entière chez Brancusi, puis d’inspirer Carl Andre dans la production de ses œuvres minimalistes. Ce parcours illustre cette réflexion fondamentale, jamais au ras du sol.

Tourcoing, Jusqu’au 31.12, Le Fresnoy, mer, jeu, dim : 14 h > 19 h, ven & sam : 14 h > 20 h, 4 / 3 € / gratuit (-18 ans), www.lefresnoy.net

Tourcoing, 14.10 > 08.01.2018, MUba Eugène Leroy, tous les jours sauf mar : 13 h > 18 h, 5,50 / 3 € / gratuit (-18 ans) www.muba-tourcoing.fr

De Picasso à Séraphine : Wilhelm Uhde et les primitifs modernes Wilhelm Uhde fut l’un des premiers amateurs du cubisme. Ce collectionneur et critique d’art assista à la naissance de ce mouvement chez Picasso et Braque. L’Allemand agit aussi pour la reconnaissance des "primitifs modernes". Derrière cet oxymore, on trouve des artistes autodidactes tels le Douanier Rousseau ou Séraphine Louis... sa femme de ménage (incarnée au cinéma par Yolande Moreau). Ce parcours met ainsi en lumière un courant méconnu, interrogeant ses relations avec l’art brut. Villeneuve d’Ascq, 29.09 > 07.01.2018, LaM, mar > dim : 10 h > 18 h, 10 / 7 € / gratuit (-12 ans), www.musee-lam.fr

Camille Bombois, Grosse fermière sur son échelle, Photo : Jean-Alex Brunelle © Adagp, Paris, 2017

Roubaix, 14.10 > 07.01.2018, La Piscine, mar > jeu : 11 h > 18 h, ven : 11 h > 20 h, sam & dim : 13 h > 18 h, 5,50 / 4 € / gratuit (-18 ans), www.roubaix-lapiscine.com


« cette façon de déshabiller la domination masculine méritait d'être réentendue ».


théâtre & danse

Interview

Christophe Honoré En terre étrangère

Propos recueillis par Madeleine Bourgois Photos de répétition © Simon Gosselin

Cinéma, littérature, théâtre… mais aussi opéra ! Décidément touche-àtout, Christophe Honoré ouvre la saison de l'Opéra de Lille avec une audacieuse mise en scène de Così fan tutte. Le réalisateur des Chansons d'amour transpose le chef-d’œuvre de Mozart dans une Afrique sous domination mussolinienne, durant les années 1930. Quitte à bousculer les traditions.

Così fan tutte est une œuvre phare… n'avez-vous pas eu peur au moment de vous y atteler ? Quand le festival d'Aix-en-Provence me l'a proposée, j'ai dit "oui" spontanément. N'appartenant pas au monde lyrique, je n'ai pas d'appréhension face aux œuvres dites de

patrimoine. Mon approche est assez naïve et innocente. Pour autant, j'ai conscience que la musique de Mozart est complexe. Des passages semblent joyeux tandis que les personnages sont plongés dans une suite


# 108

détresse absolue. On peut difficilement l'envisager en suivant le texte à la lettre. Il ne faut pas avoir peur d'aller chercher l'émotion.

époque une catégorie d'individus a-t-elle pu s'imaginer supérieure ? Voilà comment l'idée du contexte colonial est née.

Pourquoi situer l'opéra dans les années 1930, dans l'Afrique coloniale, sous l'emprise de Mussolini ?

Cela favorise-t-il une approche nouvelle sur le fond ?

Così fan tutte raconte l'histoire de deux militaires qui se déguisent en étrangers pour séduire à nouveau leurs femmes. Ils ne choisissent pas ce camouflage par hasard : ils parient sur la fidélité de leurs fiancées… et sur le mépris qu'ont celles-ci pour les étrangers. Je me suis donc interrogé. Dans quel contexte deux hommes seraient-ils persuadés que leurs fiancées considèrent l'étranger comme un être inférieur ? à quelle

On reconnaît volontiers que la musique de Così est sublime, mais on juge souvent le livret de Da Ponte avec condescendance. En le relisant, j'ai trouvé que cette façon de déshabiller la domination masculine, le désir et la cruauté, méritait d'être réentendue. Comment travaillez-vous avec la directrice musicale, Emmanuelle Haïm ? C'est une direction partagée, en confiance. Pour certains chefs, il


est difficile d'accorder autant d'importance au metteur en scène. Il y a une vingtaine d'années, ils assuraient souvent eux-mêmes la mise en scène. Pour ma génération, la dramaturgie renforce l'intérêt d'un spectacle, la lecture qu'on propose d'une œuvre. Or, le chef n'a pas toujours le temps d'explorer cette question.

« En tant que metteur en scène, je choisis le camp des progressistes ». Comment décrire votre rapport à la musique, très présente dans vos films et pièces de théâtre ? Je m'en sers comme d'un ressort dramaturgique important. Elle peut imposer un rythme aux scènes, ou donner un sens grâce au texte d'une chanson. Je choisis en général les musiques avant le tournage, et j'en diffuse sur le plateau, notamment pour émouvoir les comédiens. Loin d'être une béquille, c'est un outil essentiel. En quoi est-ce différent de diriger des chanteurs ? Ils sont moins paresseux que les acteurs ! Ils arrivent le premier jour de répétition en ayant déjà beaucoup travaillé la partition. Du coup, ils sont réceptifs aux nouvelles idées. C'est très agréable, même si leur

obsession de la performance vocale affecte parfois l'incarnation des personnages. Mais j'ai la chance de travailler avec de jeunes chanteurs, conscients qu'ils ont tout à gagner à être de bons acteurs. Avoir une belle voix ne suffit plus pour être remarqué sur un plateau d'opéra. Il faut aussi introduire du mystère, de l'humour… ces éléments appartenant au jeu d'acteur. Les réactions lors de la présentation à Aix-en-Provence furent très partagées… Cela compte-t-il pour vous ? J'ai compris depuis longtemps que le metteur en scène était la personne maudite à l'opéra. Si le public s'ouvre peu à peu, il faut admettre qu'une majorité de spectateurs aiment voir les mêmes spectacles, mis en scène de façon classique. Si vous ne leur servez pas Così fan tutte au xviiie siècle, avec perruques et moustaches, ils estiment que vous détruisez leur jouet ! Comme un enfant réclamant perpétuellement la même histoire… En tant que metteur en scène, je choisis le camp des progressistes. Le jour où je serai face à un public unanime, je m'inquiéterai quant à mon embourgeoisement…

CosÌ Fan Tutte Lille, 30.09 > 12.10, Opéra, sam : 18 h, mar, jeu : 19 h 30, dim : 16 h, 71 > 5 €, www.opera-lille.fr


© Pierre Martin

# 110 théâtre & danse


Tiphaine Raffier La revenante

Issue de la deuxième promotion de l’école du Nord, Tiphaine Raffier nous a très tôt impressionnés au sein du collectif Si vous pouviez lécher mon cœur (Tristesse Animal Noir, Les Particules élémentaires), ou en Madame Loyal avec Gilles Defacque (Soirée de gala). En tant que metteure en scène, son travail sur la langue ne laisse personne indifférent (La Chanson, 2012 et Dans le nom, 2014). Désormais artiste associée au Théâtre du Nord, elle lève le voile sur son troisième spectacle, France-Fantôme. Rencontre (bien réelle). D'emblée, Tiphaine nous renseigne sur sa méthode. Elle refuse catégoriquement de « concevoir les choses dans la précipitation », privilégiant la « low création ». Pourtant, les idées fourmillent dans sa tête. à 31 ans, la jeune femme met déjà en scène son troisième spectacle, France-Fantôme. Une fable de science-fiction où il est question de transhumanisme et de l'éradication de la mort. Retour gagnant De son enfance, Tiphaine raconte les rues « hyper réalistes » de Val d’Europe, en région parisienne où se situe sa première pièce (La Chanson). « Ma famille n’appartenait pas au milieu artistique mais avait un certain sens de la fête, créant ses propres spectacles comme des cadeaux pour les autres ». Le regard pétillant, elle se souvient que « c’était joyeux ». Cela ne l’empêche pas d’aborder des sujets sérieux, soulevant des questions philosophiques. Dans France-Fantôme, Tiphaine imagine ainsi un « monde métaphore ». Une France futuriste où chacun peut stocker numériquement ses souvenirs dans un coffre-fort électronique, lesquels peuvent être téléchargés dans un autre corps après une disparition… « Ce qui France-Fantôme m’intéresse, c’est d’engager une réflexion par Lille, 04 > 15.10, Théâtre du Nord, le biais du divertissement », dit-elle. Un bon mar, mer, ven : 20 h, jeu, sam : 19 h, dim  : 16 h, 25 > 10 €, theatredunord.fr esprit, assurément. Marie Tranchant


© Hubert Amiel

théâtre & danse

Amor Au début de l'année, Michèle Anne De Mey fut victime d'un coma. La chorégraphe s'est effondrée dans l'aéroport de Toronto, suspendue entre vie et trépas. C'est cette expérience de mort imminente qu'elle raconte. Seule sur scène, elle évolue derrière une glace sans tain sur laquelle sont projetées des images réalistes ou oniriques. Elle nous plonge de l'autre côté du miroir et dans ce « bain d'amour » qu'elle a ressenti, via des gestes inspirés de la langue des signes. Après les "nano-danses" Kiss and Cry et Cold Blood, le couple qu'elle forme avec Jaco Van Dormael s'essaie à une autre écriture – pas moins bouleversante. J.D. Bruxelles, 03 > 15.10, Théâtre National, 20 h 15 (sauf mer : 19 h 30 & dim : 15 h), 31 > 18 €, theatrenational.be Namur, 17 > 21.10, Théâtre royal, complet ! // Mons, 21 & 22.11, Th. Le Manège, 20 h, 15 > 9 €, surmars.be

© DR

Love, Love, Love 1967. L'Angleterre fredonne All You Need is Love, bercée par un vent de liberté. Kenneth pique Sandra à son frère Henry. 30 ans plus tard, coincé entre le boulot et les enfants, le couple se sépare. Années 2000 : ils ont refait leur vie, mais leur progéniture peine à vivre la sienne… Portée par l'écriture au vitriol de Mike Bartlett, la compagnie BVZK scanne l'histoire d'une famille sur trois générations, prise dans la marche idéologique du monde… J.D. Lille, 05 & 06.10, maison Folie Wazemmes, 20 h, 12 / 8 €, maisonsfolie.lille.fr // Amiens, 23 > 29.11, Comédie de Picardie, jeu & ven : 20 h 30, mar : 14 h 15 & 20 h 30, mer : 19 h 30, 18 > 11 €, www.comdepic.com Bruay-la Buissière, 15.12, Le Temple, 20 h, 8 / 5 €, www.bruaylabuissiere.fr


théâtre & danse

Interview

Serge Aimé Coulibaly

Fela ressuscité

Propos recueillis par Marine Durand Photo © Doune

En tournée depuis février en Europe, Kalakuta Republik, le dernier spectacle de Serge Aimé Coulibaly, fait l’unanimité. Sa danse, puisant aux sources du jazz, du funk ou du hip-hop, fascine. Portée par sept interprètes, la neuvième création du Belgo-Burkinabé est habitée par l’esprit d’une légende : le chanteur et saxophoniste nigérian Fela Kuti (1938-1997), roi de l’afrobeat et activiste charismatique devenu porte-voix de l’Afrique de l’Ouest.


Qu'est-ce qui a motivé l'écriture de ce spectacle ? Kalakuta Republik est lié à ma précédente pièce, Nuit blanche à Ouagadougou, pour laquelle j’ai collaboré avec le rappeur Smockey. Celle-ci, créée fin octobre 2014, décrivait une nuit où la jeunesse du Burkina Faso se soulevait contre le pouvoir. Elle a été étrangement prémonitoire, puisque quelques jours après sa création, le président Blaise Compaoré était poussé dehors par le peuple. Avec le mouvement "Le balai citoyen", Smockey demeure un symbole de cette révolte. Les artistes en général ont joué un grand rôle. Pourquoi célébrer la figure de Fela Kuti en particulier ? Pour rendre hommage à son engagement. Aucun de ses morceaux n'est innocent. à travers ses chansons, on voit s'écrire l'histoire de l’Afrique. Je les utilise souvent dans mes spectacles, car ils offrent plusieurs niveaux de lecture. Pour autant, Kalakuta Republik n’est pas une simple chorégraphie inspirée de sa musique ? Ni une biographie. J’ai construit la pièce en deux parties. La première, dans un décor en noir et blanc, traduit le côté "jusqu’au-boutiste" de Fela. Pendant 45 minutes, la danse

est sens dessus dessous, avec une gestuelle de la nécessité et de l’urgence tendant vers la transe. Dans la deuxième partie, les couleurs jaillissent et on accentue le travail physique. L'approche est plus urbaine, sensuelle, comme dans une boîte de nuit. Je tenais à représenter cette ambiance parce que Fela avait son propre club. Le Shrine était un lieu hybride mais aussi un temple où il priait avec son public avant de chanter.

« à travers les chansons de Fela, on voit s'écrire l'histoire de l’Afrique » Que signifie Kalakuta Republik ? Ce seul nom est synonyme de liberté ! C’était celui de sa résidence dans la banlieue de Lagos, qu’il considérait comme une république indépendante. Elle était ouverte aux artistes, aux activistes… Un endroit où réaliser ce qu’il souhaitait, sans contrainte. Cette pièce est considérée comme la plus ambitieuse de votre répertoire. Qu'en dites-vous ? Elle est sans doute la plus accessible. On n'a pas besoin de références pour suite


# 116

y adhérer, Fela est une figure très populaire. La structure joue aussi. La première partie est purement chorégraphique, et certains se concentreront sur l’esthétique. La seconde partie séduit sans doute les plus jeunes. Mais une réflexion revient régulièrement : on me dit que la pièce n’est presque pas africaine…. Cela montre bien ce que les gens pensent de ce continent ! On le réduit à un ramassis de clichés. Certes, je suis Africain mais mon travail ne se résume pas à l’Afrique.

J’entame d’ailleurs une résidence en janvier. Ce sera une création avec les interprètes de Kalakuta Republik, auxquels s’ajouteront dix nouveaux danseurs. Quant à la thématique… Il sera question du changement du monde. Débrouillez-vous avec ça ! (rires).

Quels sont vos projets ? Je travaille sur un nouveau spectacle avec la chanteuse Rokia Traoré.

Maubeuge, 15.02.2018, Le Manège, 20 h, 12 / 9 €, www.lemanege.com

Kalakuta Republik Gand, 03 & 04.10, Vooruit, 20 h, 20 > 8 €, vooruit.be Douai, 10.10, L’Hippodrome, 20 h, 22 > 12 €, www.tandem-arrasdouai.eu Bruges, 18.10, Cultuurcentrum (MaZ), 20 h, 18 / 15 / 12 €, www.ccbrugge.be

Villeneuve d'Ascq, 13 > 15.03.2018, La Rose des Vents, 19 h (sf mer : 20 h), 21 > 13 €, www.larose.fr


ĂŠtienne Saglio

Š Etienne Saglio / Monstre(s)

Entre deux mondes


théâtre & danse

Oubliez les tours de cartes et autres lapins blancs sortant d'un chapeau haut-de-forme. étienne Saglio est un magicien de type 2.0. Le Caennais donne vie à des mondes emplis de créatures volantes, de monstres holographiques et de marionnettes plus vraies que nature. Il envisage la scène comme un terrain de jeu infini, où il règne en maître de l’illusion.

Auteur et interprète de ses créations, étienne Saglio revendique l'appellation "magie nouvelle". « Il s'agit d'un art à part entière, un langage puissant pour raconter le monde. La magie est avant tout la sensation du réel qui se tord. Et si l’on vient voir des spectacles c’est pour atteindre ce sentiment », explique l’intéressé. Mais tout cela réclame un travail de longue haleine, plusieurs années sont nécessaires pour mettre au point chaque spectacle, « cinq ans pour le premier, trois ans pour le deuxième… Je mets du temps mais je m’applique ! ». D'une main de maître étienne a appris l’art du jonglage « La magie est avant tout à six ans, pour « s’occuper », avant la sensation du réel de perfectionner sa technique au qui se tord » Centre national des arts du cirque puis au Lido, à Toulouse. Depuis lors, son goût pour la manipulation d'objets ne s'est jamais démenti. Il crée sa compagnie, Monstre(s), à l’âge de 24 ans et façonne des œuvres à l’imagerie impressionnante. Grand édificateur de chimères, professionnel du grand détournement, il confère une vie propre aux objets. En témoigne le succès de Le Soir des monstres (2007) sa première pièce, où tuyaux et bouts de ferraille lui échappent pour devenir

suite


© Etienne Saglio / Monstre(s)

serpents et oiseaux. La magie d'étienne chahute notre perception : « elle consiste à sonder l’indéfinissable, la zone d’ombre, en comptant sur la force de notre imaginaire ». La grande illusion Au carrefour du cirque, de la danse et du théâtre, ses spectacles sont miraculeusement traversés par des hologrammes et de la vidéo. Dans Les limbes, il campe un homme muni d’un manteau rouge et d’une épée emporté dans un voyage entre la vie et la mort. Celui qui « travaille à l’intuition » a échafaudé un monde peuplé de créatures ondoyantes : une bâche en plastique se mue en méduse géante, un être de lumière apparaît tel un guide… Le protagoniste entame ainsi une chorégraphie ou un combat avec des formes évanescentes évoquant des spectres. Sans oublier une indispensable marionnette, sorte d’alter-ego brouillant nos repères entre l'être vivant et inanimé. « Je joue sans cesse à déplacer cette frontière » insiste étienne Saglio, pour qui rien n’est jamais figé. à l’image de son envie d’inventer encore « sans plan particulier », suivant l'inspiration du moment. Marie Pons

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Les limbes Villeneuve d’Ascq, 17 > 19.10, La rose des vents, 20 h, complet !, www.larose.fr


Destins animés

# 122

Jean Le Peltier raconte des histoires. De son imaginaire vagabond surgit une tripotée de personnages fantaisistes, embarqués dans des aventures où pointent des questions existentielles. Dans Vieil, il livre une performance étourdissante, déployant son récit avec des dessins réalisés en direct. Il était une fois Poney et Ives, une vieille dame et un jeune homme amoureux. Un jour, ils découvrent un géant allongé devant leur maison. Il est blessé mais refuse de se soigner. Pour lui venir en aide, le couple part à la recherche du Grand Ironiste, un oiseau vivant sur les branches d’un arbre immergé… Seul en scène, Jean Le Peltier fait surgir paysages et personnages insolites dont un hibou grincheux et un loup inconsolable. Prenant des détours philosophiques et usant d’un humour distancié, il illustre le récit en couvrant une grande feuille d’esquisses au fusain. Le papier blanc prend alors l’ampleur d’un décor de théâtre, gardant la trace des multiples ramifications de ce « spectacle pour adultes » à situer « entre le western et le conte fantastique ». Le jeune auteurmetteur en scène a conçu Vieil lors de son arrivée à Bruxelles, s’interrogeant sur la façon dont la ville accueillait l’étranger. Le personnage du géant est une métaphore de l’Europe. Il est aussi imposant que le vieux continent mais s’est blessé en se protégeant des nouveaux venus… Quant à Jean Le Peltier, il concocte déjà une nouvelle histoire, Les Loups, avec « trois biologistes bloqués lors d’une expédition en AnVieil : Armentières, 17.10, Le Vivat, 20 h, 16 / 8 € tarctique ». à découvrir en janvier, Les loups : Armentières, 26.01.2018 , Le Vivat, www.levivat.net comme un conte d’hiver. Marie Pons

© Jean Le Peltier

théâtre & danse

Vieil


devoir de mémoire

# 124

Phénomène d’édition planétaire, le Journal d’Anne Frank n’est pas devenu un classique au théâtre. La force du symbole intimide-t-elle les dramaturges ? Fabrice Gardin, qui crée sa propre version ce mois-ci à Bruxelles, a donc mûrement réfléchi son projet. « J’ai relu les adaptations existantes et remis au goût du jour celle avalisée en 1955 par Otto Frank, le père. C’est aussi celle où Anne, une adolescente vive, spontanée, est la plus proche de nous ». Si "l’histoire" tient en quelques lignes – le quotidien de deux familles juives recluses dans l’annexe d’une maison – attardons-nous sur les choix scéniques. Pour figurer l’oppressante cachette, le metteur en scène concentre ses neuf comédiens dans un périmètre de 25 m2, transformant la moindre dispute en événement. Il réduit les contacts avec l’extérieur à un seul personnage et suggère l'issue fatale avec subtilité. « C’est notre imaginaire qui construit les bombardements et arrestations ». Anne Frank, pour reprendre l’une des citations célèbres de son ouvrage, « continuait à croire, malgré tout, que les hommes au Bruxelles, 18.10 > 19.11, Théâtre Royal des fond de leur cœur sont bons ». Galeries, mar > sam : 20 h 15, dim : 15 h, 25 > 11 €, Marine Durand

www.trg.be

Juliette Manneback © Fabrice Gardin

théâtre & danse

Le Journal d’Anne Frank


théâtre & danse

Y Olé !

© Patrick Berger

José Montalvo José Montalvo replonge dans son enfance pour nous conter son histoire. Le chorégraphe français d’origine espagnole rend hommage à ses parents, réfugiés politiques ayant fuit le franquisme. Dans cette chorégraphie pour 5 femmes et 11 hommes, il revisite Le Sacre du printemps avec des castagnettes, mêle standards américains et chansons populaires ibériques, dans une chorégraphie empreinte de flamenco et de hip-hop. Un portrait sensible et métissé, à la fois grave et joyeux. Compiègne, 03.10, Espace Jean Legendre, 20 h 30, 21 > 13 €, www.espacejeanlegendre.com // Dunkerque, 13 & 14.10, Le Bateau Feu, ven : 20 h, sam : 19 h, 9 €, www.lebateaufeu.com

Caída del cielo

[søl]

Rocío Molina

Thomas Suel

C’est la nouvelle diva du flamenco. Virtuose de cette danse traditionnelle, puissante, transgressive et indocile par essence, l’Andalouse parvient à la renouveler en lui donnant les éclats d’un concert de rock. Entourée de quatre musiciens, entre ombre et lumière, l’ancienne élève de la grande Carmen Amaya accomplit un solo audacieux. Ce spectacle fiévreux prend l’allure d’une célébration de la féminité.

[søl], cela signifie "seul". Et quoi de mieux qu’un solo, pour évoquer la solitude ? Mais cela veut dire aussi "sol", cette terre qui nous porte tous. à la croisée de la musique, de la poésie et du théâtre, Thomas Suel revient sur son vécu, ses premières amours ou amitiés, et puis celles de tant d’autres desquels il est devenu le confident. C’est finalement de nous qu’il parle, à travers un chant célébrant notre humaine condition.

Charleroi, 04 & 05.10, Les écuries, 20 h 30, 15 / 6 €, www.charleroi-danse.be

Béthune, 04 > 06.10, La Comédie (Le Palace), 20 h, complet !, www.comediedebethune.org Lille, 24.11, Théâtre Massenet, 20 h, 10 > 3 €, www.theatre-massenet.com

Pulsions Kyan Khojandi

# 126

Le héros de Bref remonte sur scène pour examiner ses (nos ?) pulsions. Une heure de stand-up où il parle de sexe, de nourriture, de mort… Bref, de la vie de tous les jours. Véritable chirurgien de la vanne, l’éternel « bon pote un peu loser mais attachant » livre ses déboires tout en disséquant nos travers et pertes de contrôle en société. Après ça, vous ne rentrerez plus vos lèvres dans votre bouche pour danser en boîte de nuit… Arras, 06.10, Casino, 20 h, 35 €, www.arras.fr // Lille, 13.10, Sébastopol, 20 h, 35 €, theatre-sebastopol.fr Liège, 20.10, Théâtre du Trocadéro, 20 h, 32,50 > 22,50 €, www.voorire.be


Princess Eisa Jocson

© Jörg Baumann

Dans Votre altesse, Eisa Jocson dénonçait la marchandisation du corps à Disneyland Hong Kong. Elle est de retour chez Mickey, pour s’attaquer à une autre icône : Blanche-Neige. Eh oui, à cause de leur couleur de peau, les danseurs philippins sont cantonnés dans le parc d’attraction à des rôles mineurs. Mais dans cette pièce, la princesse n’est pas incarnée par une actrice blanche… Réécrivant un récit préprogrammé, elle dézingue ainsi un langage corporel et un comportement stéréotypés. Bruxelles, 06 & 07.10, Beursschouwburg, 20 h 30, 14 / 11 €, www.beursschouwburg.be

Je n’aime pas le classique, mais avec Gaspard Proust j’aime bien

Nadia Ghadanfar / Cie La Fabrique

Le Dedans des choses

Où il sera question de stand-up… et de musique classique ! Gaspard Proust prolonge sur scène le beau succès de la série J’aime pas la musique classique, mais ça j’aime bien ! – écoulée à plus 1,5 millions d’exemplaires en 10 ans. Accompagné sur scène de remarquables instrumentistes (Eric Le Sage ou Sarah Nemtanu, pour n’en citer que deux), l’humoriste-mélomane éclaire sous un jour nouveau (et drôle) des œuvres de Satie, Bach, Fauré…

Adapté du livre autobiographique de Patrick Autréaux, ce spectacle nous plonge dans une douloureuse histoire de famille. Celle d’un frère et d’une sœur brisés par la séparation de leurs parents. Sur scène, une comédienne au corps chancelant et un voltigeur donnent chair à ces blessures enfouies, tentant de les sublimer en questionnant avec poésie la notion de déséquilibre.

Béthune, 08.10, Théâtre municipal, 16 h, 34 / 30 €, www.theatre-bethune.fr

Villeneuve d’Ascq, 10 > 13.10, La Rose des Vents, complet sauf ven., 20 h, 21 > 13 €, larose.fr

Philip Seymour Hoffman, par exemple Philip Seymour Hoffman est mort en plein tournage du troisième volet de la saga Hunger Games. Le réalisateur voulut alors le remplacer par un hologramme… Le collectif Transquinquennal y a vu le point de départ d’une comédie grinçante. L’intrigue suit trois personnages : un acteur tentant sa chance à Los Angeles et ressemblant à l’icône américaine, un comédien japonais poursuivi par une groupie et Hoffman lui-même, que des escrocs persuadent de passer pour mort afin de berner l’industrie du cinéma ! Namur, 11 > 13.10, Théâtre Royal, 20 h 30, 21,50 > 6,50 €, www.theatredenamur.be // Mons, 25 & 26.10, Théâtre le Manège, 20 h, 15 > 3 €, surmars.be // Tournai, 18 > 19.11, Maison de la Culture, sam : 20 h, dim : 18 h, 15 > 8 €, www.maisonculturetournai.com


Nouvelles pièces courtes Philippe Decouflé / Cie DCA

Point de voltiges spectaculaires ici. Les cinq acrobates d’Op-Traken tentent coûte que coûte de rester debout. Il s’agit de trouver des stratagèmes pour résister à une rafale de balles de tennis, des pétards en pagaille, au sol se dérobant… Un spectacle intelligent, drôle et innovant où ces promeneurs lambda décortiquent les notions de chute, de déséquilibre et de mouvement. Renversant !

Après avoir mis en scène le Cirque du Soleil à Broadway, Philippe Decouflé revient à son premier amour : la danse. On se rassure, son style est inchangé. à savoir, une écriture « plus poétique que narrative » entremêlant chorégraphie, acrobatie et cinéma. Au programme de ces Nouvelles pièces courtes ? Des solos, des duos, des tableaux de groupe et des costumes bariolés, renvoyant aux parades qui ont bâti sa renommée – comme celle des J.O. d’Albertville.

Arras, 12 & 13.10, Théâtre d’Arras, jeu : 20 h 30, ven : 20 h, 22 > 12 €, tandem-arrasdouai.eu

Valenciennes, 18 > 20.10, Le Phénix, 20 h, 36 > 10 €, scenenationale.lephenix.fr

Réversible Les 7 doigts de la main Après avoir ouvert les portes de sa cuisine (Cuisine et confessions), la troupe québécoise dévoile cette fois des pans entiers de sa vie intime ! En mêlant danse et acrobatie, musique et théâtre, ces virtuoses revisitent leurs souvenirs familiaux. Entre figures gracieuses et humour, ils convoquent la mémoire de leurs aïeux dans un dédale de murs se déployant et se repliant – réversible, donc. Arlon, 20 & 21.10, Maison de la Culture, 20 h 30, 35 / 15 €, maison-culture-arlon.be Bruxelles, 25 > 28.10, Wolubilis, 20 h 30, 40 > 28 €, www.wolubilis.be Douai, 09 & 10.12, L’Hippodrome, sam : 20 h, dim : 15 h, 22 > 12 €, www.tandem-arrasdouai.eu

M Festival Festival des arts de la marionnette

R.A.G.E. © Vincent Muteau

théâtre théâtre & & danse danse

Op-Traken Galactik Ensemble

Voilà 13 automnes que la maison Folie Moulins célèbre les arts de la marionnette. Cette édition est un peu particulière, comptant une invitée de marque : la mythique compagnie Les Anges au Plafond ! On (re)découvre cinq pièces de leur répertoire (notamment R.A.G.E. ou Les Nuits polaires, à la maison Folie Wazemmes, elle aussi de la partie) tandis qu’une exposition rétrospective retrace 17 ans d’une œuvre emplie de fils, de poulies, de tissus et de poésie. Lille, 21.10 > 04.11, maison Folie Moulins (+ maison Folie Wazemmes), divers horaires, 9 > 2 €, maisonsfolie.lille.fr


le mot de la fin

# 130

Dan Golden – Mais que peuvent bien fabriquer les oursons en gélatine lorsqu’ils ne se font pas dévorer ? Des orgies, de l’acupuncture, de l’art contemporain… Bref, ils s’occupent, comme le révèle l’Américain Dan Golden dans The Gummy Bear Book, un livre de photographies mettant en scène les mythiques bonbons colorés dans leur « habitat naturel ». www.dangolden.com


LM magazine 133 - octobre 2017  

Let'smotiv / LM magazine Art et culture

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