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N°161 / PRINTEMPS 2020 / GRATUIT

ART & CULTURE

Hauts-de-France / Belgique


SOMMAIRE

Les Parfums © Pascal Chantier Les Pyramides

LM MAGAZINE #161 – Printemps 2020

news

– 06 Éric Judor, Creustel, Coronamaison, Autopsie, Microplastic…

portfolio – 14 Zak Eazy Lille fantastique

rencontre Benjamin Tranié – 10 Brèves de comptoir François Bégaudeau – 50 Contrechamp Juliette Guépratte – 58 Soleils noirs

musique - 24 Cigarettes After Sex, Les Biskotos, Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko, Bon Iver, Compact Disk Dummies, Caribou, Derrick May, IAM vs Oxmo Puccino, Niska, Nemir, Oboy, Josman, Mister V, Vald, Beautiful Swamp Blues Festival, Agenda…

chroniques – 46 Disques : Thundercat, Trees Speak, Hilary Woods, Liesa Van Der Aa, Moaning Livres : Camille Laurens, Thomas Verhille, Will Eisner, Alexandre Friederich, George Takei & Harmony Becker Écrans : Autonomes, Les P’tites toiles d’Emile, Just Kids, The Perfect Candidate, Les Parfums

exposition – 58 Soleils noirs, Marcel Gromaire, Matt Mullican, Jan Fabre, Serial Eater, Jean Dubuffet, Xavier Noiret-Thomé et Henk Visch, Antarctica, Zoo, Agenda…

théâtre & danse – 86 Youth is Great, Label Danse, Plaidoiries, Trevor Noah, Ces filles-là, Les Turbulentes, Jonathan Capdevielle, Contes et légendes, Oüm, Agenda…

le mot de la fin – 104 Raku Inoue À fleur de peau


MAGAZINE LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 LA MADELEINE - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Lucille Leleu info@lm-magazine.com

Couverture © Zak Eazy instagram : @zakeazy

Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Selina Aït Karroum, François Annycke, Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Augustin Bordet, Tanguy Croq, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Zak Eazy, Hugo Guyon, Grégory Marouzé, Raphaël Nieuwjaer, Marie Pons, Pauline Thurier et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

PAPIER ISSU DE FORÊTS GÉRÉES DURABLEMENT


Un prophète Éric Judor serait-il prophète ? Bien avant le confinement de la planète, on l’a vu errer dans un Paris désert (Seuls Two, 2008) puis survivre à une pandémie (ou « pain de mie ») au milieu de zadistes (Problemos, 2017). Faut-il s’attendre à d’autres catastrophes ? Peut-être. Notre homme produit en ce moment Distant Reality, série « de très courte anticipation » racontant les aventures de zigotos coincés sur Mars...

Dédale artistique

Le Labyrinthe © Gijs Van Vaerenbergh, Photo Johnny Umans

Cette installation a été conçue à l’occasion des dix ans de C-Mine, une ancienne mine de charbon réhabilitée en centre d’art, à Genk. Sa particularité ? C’est un immense labyrinthe ! Œuvre du duo d’architectes belges Pieterjan Gijs et Arnout Van Vaerenbergh, ce dédale a nécessité 186 tonnes d’acier et sert une métaphore du repli sur soi – bien d’actualité en ces temps de confinement. www.gijsvanvaerenbergh.com

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NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS

Seuls Two © UniFrance / Warner Bros


Meltdown Flags, USA © studio Moby Digg

Bannière étiolée

© Creustel

© GrivelasseBoy

Comment illustrer les effets désastreux du réchauffement climatique ? Le studio Moby Digg a eu une idée. Les pays "possesseurs" de glaciers voient ici le blanc ornant leur drapeau fondre comme neige au soleil. Sur cette image, les lignes immaculées du "Stars and Stripes" américain rétrécissent à mesure que les glaces d’Alaska disparaissent, depuis 1995 jusqu’à 2050… et l'entrée totale dans le rouge. www.meltdownflags.org

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Détournez, c’est gagné !

Le Silence des Agneaux, Jumanji, Independence Day (feat le professeur Raoult)… Depuis le 18 mars, un couple (Creustel) parodie des scènes de films cultes, revus à la sauce Covid-19, avec un sens certain du doublage. Leur pastiche d’Interstellar met par exemple en scène un Matthew McConaughey en pleurs après les remontrances de Jessica Chastain suite à une petite balade interdite sur les quais : « On peut rester confinés 250 ans. Débile mental… ». Pas mieux. www.instagram.com/creustel

Coronamaison Bientôt trois semaines de confinement... Vous avez déjà ingurgité les huit saisons de Game of Thrones et l’intégrale de Proust. Et maintenant ? Pourquoi pas dessiner votre coronamaison ? Ce défi a été lancé par la "culottée" Pénélope Bagieu et l’illustrateur Timothy Hannem sur les réseaux. Le but ? Imaginer à partir d’un modèle fixe son parfait petit chez soi. Ce cadavre exquis géant est ouvert à tous, amateurs ou professionnels. À ce rythme, on attend tous un "covidimmeuble" ! twitter.com/hashtag/Coronamaison


Autopsie, Brigitte Bardot © Bruno Mouron and Pascal Rostain

Trash-system

Jetez donc votre Closer. Les potins de stars, c’est dépassé. Privilégiez plutôt la nature morte de leurs détritus. Depuis 15 ans, les photographes Pascal Rostain et Bruno Mouron fouillent dans les poubelles de nos vedettes pour en exposer le contenu. Un poil dérangeants, ces curieux inventaires déballent une vie somme toute banale. Pour preuve ces bouteilles d’eau en plastique (pas bieeen !) et autres sachets de croquettes pour chat dénichés chez Brigitte Bardot. De l’art ou du cochon ?. Autopsie, Jean-Paul Demoule, Bruno Mouron, Pascal Rostain, éd. de la Martinière, 128 p., 52 €

Microplastic © Sweet Sneak Studio photo Morten Bentzon

Selon le WWF, un individu moyen (vous, nous) ingère en une semaine jusqu’à cinq grammes de plastique (soit l’équivalent d’une carte bancaire). Voilà ce qui arrive lorsqu’on jette ses déchets n’importe où… Pour dénoncer ce fléau, l’agence de communication Sweet Sneak Studio expose au Zoo de Copenhague une série de huit aliments typiquement pollués par ces microparticules – tels ces sushis. Sacré retour à l’envoyeur. www.sweetsneak.com

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Bonne dégustation


© Joséphine Rioli

INTERVIEW

Benjamin Tranié | Le rade se rebiffe |

Benjamin Tranié s'est révélé dans le rôle du beauf sur Radio Nova, où ses saillies graveleuses pliaient en deux Yassine Belattar (son « p'tit cubi de Boulaouane ») et des milliers d'auditeurs. Pour son premier spectacle, il délaisse la coupe mulet et les t-shirts sales, mais jongle toujours avec les casquettes. Dans Le Dernier relais, ce comédien originaire de Seine-et-Marne incarne une flopée de personnages borderline. Du pilier de bar à la prostituée de parking, chacun raconte les dernières heures d'un vieux rade à coups d'aphorismes dignes de Michel Audiard ou des Deschiens. Âmes sensibles...

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Propos recueillis par Julien Damien


UR O M HU

Comment êtes-vous devenu humoriste ? Je bossais dans la pub et me produisais en parallèle sur des petites scènes à Paris. Un jour, Yassine Belattar se trouvait dans la salle. À l'époque, il montait La Grosse Emission sur Comédie +. Personne ne l'a jamais regardée (rires), mais ça reste la meilleure école de ma vie. J'étais payé en plus, ce qui m'a permis de lâcher mon boulot ! Deux ans plus tard Yassine m'a proposé d'écrire des chroniques pour Radio Nova, c'est à ce moment-là que tout a vraiment commencé.

« Pour mes 18 ans, on m'a offert une paire de tiags et deux places pour Patrick Sébastien. »

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Oui, dans l'émission Les 30 Glorieuses en incarnant un beauf. Pourquoi ce personnage ? Parce qu'il n'a pas de filtre. Il se fout de l'opinion des autres. Et puis ça m'amusait de balancer des horreurs affublé d'une nuque longue sur Nova, la "radio-bobo", c'était un parfait contrepied. Pour TPMP, je serais venu habillé en costard-cravate avec de petites lunettes.

Ce beauf est-il inspiré d'un personnage réel ? J'ai grandi à Coulommiers mais je vais vous décevoir : il n'y a pas beaucoup de gens comme ça là-bas (rires). Ce personnage me fascine depuis toujours. Pour mes 18 ans, mes parents avaient même organisé une fête surprise où tout le monde s'était déguisé en beauf ! On m'avait offert une paire de tiags et deux places pour Patrick Sébastien.

« On pardonne tout à un mec en marcel. » Comment composez-vous avec ce rôle aussi outrancier, à l'heure où les susceptibilités sont à fleur de peau ? Au début j'écrivais juste pour faire marrer mes potes. C'est drôle parce que dans la vraie vie je suis plutôt réservé. Avec le beauf, je m'offre des libertés parce que c'est un personnage. J'aurais des difficultés à dire les mêmes choses sans une panoplie. On pardonne tout à un mec en marcel et aux cheveux un peu crades... Que raconte votre spectacle ? C'est l'histoire d'un restaurant routier, Le Dernier relais, qui a été racheté par Burger King. On vit donc ses ultimes heures avec les habitués ou ceux qui le découvrent. •••


« C'est une pièce de théâtre où je joue tous les rôles ! » Qui croise-t-on ici ? Il y a le commercial qui rachète le lieu, un Parisien insupportable qui n’a jamais traversé le périph'. On trouve aussi le patron du bar, une vieille prostituée, un pilier de comptoir, un zadiste qui se bat contre cette fermeture... Au final, c'est une vraie pièce de théâtre où je joue tous les rôles ! Quelle distance observez-vous avec ces personnages ? La frontière est mince entre l’empathie et la moquerie... Je me suis fixé une limite : il ne faut pas que les gens se sentent insultés. Je viens de Nova en plus, j’ai une étiquette... Mais j'ai écrit avec sincérité en surjouant la réalité. Vous avez soigné le décor, n’est-ce pas ? Oui, à Lille j’en aurai même un nouveau, plus grand ! Sur scène il y a un vrai bar, une enseigne lumineuse, des pubs Suze ou Ricard... Comment définiriezvous votre humour ? Je dirais graveleux... en tout cas un

peu trash et saupoudré d’humour noir. Je lâche beaucoup de blagues en dessous de la ceinture, mais j’avais à cœur pour ce spectacle, comme dans mes chroniques, d'écrire des métaphores filées pour parler de l’anatomie – un peu à la façon de Kaaris. En gros, je n'appelle pas une bite une bite ! Je préfère donner une image, et c'est là où je me démarque, touchant un public populaire comme les journalistes de Télérama (rires). Il paraît que vous étiez fan des petites annonces d’Elie Semoun... Oui, pour son talent d'incarnation. Il avait l'air de bien s'amuser avec ses perruques et accessoires. J'ai aussi adoré les Inconnus. Par contre aujourd'hui, à l'ère du stand-up, c'est difficile de défendre le sketch-àsketch sur scène, mais c'est encore possible. Jérôme Commandeur mêle par exemple très bien one-man-show et stand-up dans Tout en douceur, comme Laurent Lafitte. Ces mecs-là m’inspirent beaucoup.

Le Dernier relais Lille, 04.06, Le Splendid 25 €, agauchedelalune.com

À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

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Pourquoi ce sujet ? Je ne voulais pas m'enfermer dans le rôle du beauf. J'adore jongler avec les personnages et ce spectacle me permet d'en incarner une douzaine.


© Joséphine Rioli


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F RT PO LIO O

Zak Eazy | Plus belle la ville |

Sacrebleu, la chambre de commerce et d’industrie est attaquée par un poulpe géant ! Pendant ce temps-là, une girafe baguenaude au cœur de la Vieille Bourse, quand l’opéra est submergé par les eaux… Le coronavirus provoquerait-il (aussi) des visions ? Que nenni, ces images hallucinantes de Lille sont signées Zak Eazy. Originaire de la capitale des Flandres, ce jeune graphiste n’aime rien tant que sublimer ses lieux iconiques et autres monuments dans des photomontages chimériques. « L’architecture de la ville s’y prête très bien, avec ses grands bâtiments haussmanniens, son beffroi et son emblématique  Colonne de la Déesse sur la place du Général de Gaulle », explique Zakariya, également inspiré par Salvador Dalí. « Je cherche Pour autant, s’il qualifie son œuvre de « purement sursimplement réaliste  » (agrémentée d’une certaine fascination pour à vous faire la faune et la flore), l’artiste soigne particulièrement les voyager depuis votre détails de ses compositions. « Je travaille beaucoup les ombres des animaux ou les rayons du soleil, confie-t-il. écran. » La mauvaise météo (bien connue) du Nord de la France offre d’ailleurs un jeu de couleurs en adéquation parfaite avec mon style ». Réalisées à partir de clichés issus de banques d’images, pris par des amis photographes ou lui-même, ces créations numériques évoquent l’émergence d’une vie fantastique après le déluge. Suggéreraient-elles aussi une inquiétude quant au futur (plus ou moins proche) de notre chère cité ? « Ce n’est pas mon but premier. Je cherche simplement à vous faire voyager depuis votre écran », assure le Lillois. Pari réussi – "easy". Christophe Delorme

À visiter / www.instagram.com/zakeazy

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À lire / L’interview de Zak Eazy sur lm-magazine.com


Q UE M US I

Cigarettes After Sex Formé en 2008, ce quatuor fut révélé sur la Toile quatre ans plus tard, notamment avec le morceau Nothing's Gonna Hurt You Baby. Malgré la hausse constante du prix du paquet de clopes, nos Texans font un tabac avec leurs « ballades embrumées et doucement cochonnes », pour citer leur chanteur à la voix androgyne. Moins dépressive qu'il n'y paraît, la bande de Greg Gonzalez envoûte ainsi un public accro à cette dream pop. Loin des volutes grises et des grivoiseries présupposées, ce romantisme noir rappelle par endroits les atmosphères minimalistes de Steve Roach ou les langoureuses compositions de Chris Isaak (deux références assumées). Cigarettes After Sex rallumait le feu fin octobre avec un deuxième album, Cry, variations sur le sentiment amoureux. Mais c'est évidemment sur scène que ces chansons intimistes dévoilent toute leur sensualité – s'appréciant avant tout bien accompagné(e). Lucille Leleu Lille, 11.04, L'Aéronef, 20 h, 28 > 20 €, aeronef.fr Werchter, 03.07, Festivalpark, 1 jour : 110 € www.rockwerchter.be (Festival Rock Werchter)

© Ebru Yildiz

| Sur la braise |


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© Et voilà le travail


Les Biskotos | Idoles des jeunes ! | Les Biskotos, c'est du gros son pour les kids. Depuis 20 ans, ce trio distille un rock musclé et rigolo à hauteur d'enfant, mais jamais au ras des pâquerettes. Brut, leur nouveau spectacle créé à l’Escapade d'Hénin-Beaumont en novembre, s’adresse aux gamins turbulents qui sommeillent en chacun de nous. Avec plus de 700 concerts au compteur, les Biskotos sont de véritables rock stars chez les moins de 12 ans. Pourtant, ils se défendent d'écrire des chansons "pour" enfants. « Mes influences sont essentiellement rock, assure Grégory Allaert, le fondateur et guitariste-chanteur du groupe, qui cite AC / DC ou Led Zeppelin. Je reste fidèle à cette musique et à l'énergie qui s'en dégage ». Un argument qui fédère les mômes et leurs parents lors de concerts survoltés, et à la liberté de ton assumée. « Je fuis l'autocensure, et parle à l'enfant qui est en « Je fuis l'autocensure, nous et induit fondamentalement l'adulte que l'on et parle à devient  ». Politique, immigration, écologie... le trio l'enfant qui n'évite aucun sujet. Un cocktail tonique (garanti sans est en nous. » gin), voire ironique, loin des niaiseries habituelles. Dans la chanson Les Mots, on entend par exemple : « Des mots-songes pour les tyrans / Des mots d’accueil pour les migrants / Des mots précis pour le climat / Des mots offerts pour les fins de mois […] / On m’dit que j’parle trop / Mais j’parle avec mes mots ! ». Brut, le sixième spectacle du groupe, affiche une mise en scène dépouillée, sculptée par un simple jeu de lumières. Le rock, lui, est du genre costaud, jusqu’à faire pogoter dans la fosse dès six ans ! Ça promet... Selina Aït Karroum Maubeuge, 09 & 10.04, Théâtre du Manège, 12 > 4 €, www.lemanege.com

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Courrières, 02.06, Auditorium de la médiathèque, 18 h 30, 5 €, www.courrieres.fr


© DR

NOM DE NOM !

1979. Catherine Ringer végète comme chanteuse dans une comédie musicale. Faute de salaire, les musiciens quittent le navire. Fraîchement sorti de prison pour trafic de drogue, Fred Chichin est engagé. C’est le coup de foudre. « Quittons cette galère et faisons un groupe de rock », lâche-t-il au bout d’une semaine. C’est comme ça…

© Youri Lenquette

Un nom qui claque, ça compte dans une carrière – demandez donc aux Vaginaboys. En l’occurrence, celui-ci associe la stripteaseuse Rita Renoir au parfum Mitsouko de Guerlain. Toujours plus efficace que leur premier blaze, Sprats ("les poissons fumés"), référence aux vénérés Sparks.

Les histoires d’amour

Mine de rien, les Rita Mitsouko ont côtoyé du beau monde. Conny Plank (le père du krautrock) a produit leur premier album, quand Tony Visconti (producteur de Bowie) posait ses cordes sur Les Histoires d’A ou Andy. Ils ont aussi joué avec Iggy Pop, The Sparks ou tourné avec Godard (Soigne ta droite).

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© DR

Bien entourés


Image de marque

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Les Rita Mitsouko, c'est aussi des clips d’anthologie. Réalisé par Philippe Gautier, celui de Marcia Baïla (1985) fait ainsi partie des collections permanentes du MoMA de New York ! Comment ne pas citer aussi celui de C'est comme ça signé Mondino (avec le chimpanzé téléphage).

Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko | Énergie renouvelable | Andy, Marcia Baïla, Le Petit train… Apparus au début des années 1980, les Rita Mitsouko firent tourner le rock français en bourrique avec des morceaux funk et dada, mélancoliques et électriques, empreints de dérision, de sons latinos, de new wave... Fred Chichin nous a quittés en 2007, mais ce duo est éternel. Quarante ans après la naissance du mythe, Catherine Ringer réactive ce bal déglingué lors d’une vaste tournée, accompagnée entre autres par son fils Raoul. On (re)dit oui. Reims, 28.06, Parc de Champagne, 1 jour : 37 € • pass 3 jours  : 89 €, lamagnifiquesociety.com (festival La Magnifique Society) // Hérouville-Saint-Clair, 04.07, Château de Beauregard, 1 jour : 52 € • pass 4 jours : 145 €, www.festivalbeauregard.com (festival Beauregard) // Floreffe, 02.08, Abbaye de Floreffe, 1 jour  : 39 € • pass 3 jours : 79 €, www.esperanzah.be (festival Esperanzah!)

À l’instar des Négresses vertes, les Rita Mitsouko ont le chic pour remuer les foules sur des histoires tristes. Ultradansant, chanté avec un accent espagnol à couper au couteau, Marcia Baïla est un hommage à la chorégraphe argentine Marcia Moretto. Ancienne professeure de Catherine Ringer, elle accompagna le groupe sur scène à ses débuts, avant d’être emportée par un cancer (« Mais c'est la mort qui t'a assassinée, Marcia... »)

© DR

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Fête triste


© Graham Tolbert / Eric Carlson

Bon Iver | Sortie de piste |

Des débuts folk et boisés à une pop avant-gardiste déroutante. Ainsi pourrait-on résumer le drôle de parcours emprunté par Justin Vernon, alias Bon Iver. De rencontres en renoncements, de bifurcations en chemins de traverse, l'Américain s'est constamment remis en question. Au risque de nous égarer.

Paris, 15.11, Le Zénith, 20 h, 56 €, www.le-zenith.com Anvers, 17.01.21, Antwerp Sportpaleis, 18 h 30, 55 > 40 €, www.sportpaleis.be

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Dans le genre chrysalide en folie, Bon Iver se pose là. On se souvient d'un premier album, voici 12 ans déjà, armé d'un storytelling en béton – en chêne, plutôt. Souvenez-vous, le barbu s'était à l'époque enfermé quelques mois dans une cabane en forêt, au fin fond du Wisconsin, afin d'y composer For Emma, Forever Ago, qui le fit connaître mondialement. On entendait là un Neil Young à la voix soul, pour le dire vite. Et l'on se souviendra à jamais du silence résonnant, au Grand Mix de Tourcoing, lorsque l'Américain se mit à entonner ces chansons, un beau dimanche soir d'octobre 2008… Mais passons, car tout s'est emballé ensuite : un EP étonnant (l’autotuné Blood Bank, 2009), des rencontres évidentes (St. Vincent, The National) ou une surprenante apparition sur le barnum de Kanye West, My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010). C'est peut-être dans cette rencontre que réside le tournant emprunté alors par Justin Vernon. Car depuis, ses disques tentent de sonner résolument "moderne", à tout prix, au risque d'en oublier le principal : les chansons. L'homme est aventureux ? Très bien. Peut-être s'est-il un peu perdu en chemin… Thibaut Allemand


© Alexander Popelier

Compact Disk Dummies | La belgitude des choses |

Courtrai, 25.04, De Kreun, complet ! // Gand, 27.04, Handelsbeurs, complet ! Bruges, 10.07, Minnewaterpark, 16 h, 54 €, www.cactusfestival.be (Cactus Festival) Dranouter, 09.08, en ville, 21 h, 79 €, www.festivaldranouter.be (Dranouter Festival) Liège, 02.10, Reflektor, 20 h, 17,50 €, www.reflektor.be // Louvain, 15.10, Het Depot, complet !

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Le nombre moyen de musiciens par habitant à Courtrai n'est pas banal. Cette petite ville de 75 000 âmes abrite ou a hébergé les modestes studios de Balthazar, Amenra ou encore Ozark Henry. C'est aussi le fief de Compact Disk Dummies, et l’air de cette cité flamande fut tout aussi stimulant pour les frères Coorevits. Dès 2013, la parution du maxi The Reeling, tournis synthétique empreint de mélancolie, fut saluée par l'éminent quotidien De Standaard comme « l'un des 50 meilleurs morceaux belges des années 2010 » – liste qui, signalons-le, célèbre également Papaoutai. Si la référence aux frères Dewaele de Soulwax demeure une évidence, la participation du titan Tom Barman de dEUS, qui prête sa voix au récent EP Satellites, est un adoubement. Pas snob, le combo electropunk fait logiquement étape en Flandre Occidentale (à guichet fermé) à l'occasion d'une tournée entamée en 2019, et prolongée à Liège, Gand, Bruges... jusqu'à Dranouter ! Cette grande balade accompagne la sortie de Neon Fever Dream, son deuxième album, et témoigne du chemin déjà parcouru. Mathieu Dauchy


© Amber Elise

Caribou Actif depuis 2005 (sous le nom de Manitoba, à l'époque) Dan Snaith a un faible pour la house aquatique. La quoi ? Oh, ça doit bien exister, et puis on intitule pas un album Swim par hasard… Son dernier LP en date, Suddenly, le voit fureter du côté de l'ambient ou bidouiller avec un plaisir manifeste pianos et voix féminines. Mieux, le Canadien à la voix fragile s'aventure vers le hip-hop et taquine la trap en vogue. Mais le tout à sa manière, sans jamais donner le sentiment de courir après la jeunesse. Comment se renouveler après 15 ans de carrière ? Il semblerait que l'ex-mathématicien vienne de résoudre cette équation aux multiples inconnues. T.A. Paris, 06.06, Bois de Vincennes, 13 h, pass 1 jour : 67,50 > 59 €, welovegreen.fr (festival We Love Green) Bruxelles, 24.01.2021, Ancienne Belgique, 20 h, 34 / 33 €, abconcerts.be

Charleroi, 02.05, Rockerill, 22 h, 12,50 €, rockerill.com Amsterdam, 25.07, Het Twiske, 13 h, pass 1 jour : 60 €, (festival Welcome to The Future), welcometothefuture.nl

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« George Clinton et Kraftwerk coincés dans un ascenseur avec un synthétiseur ». Cette (très) bonne définition de la techno, c'est à Derrick May qu'on la doit. Le quinquagénaire, auteur des fameux Strings of Life ou Beyond The Dance, standards du son de Détroit, ne vit pourtant pas sur sa légende. Tel un sportif de haut niveau, il enchaîne les sets marathons (une serviette éponge ne traîne jamais loin de ses platines), de préférence avec des vinyles. T.A.

© Jos Kottmann

Derrick May


SANSEVERINO + TANGOMOTÁN MERCREDI 6 MAI

ÉLIE SEMOUN VENDREDI 15 MAI BOULEVARD VICTOR HUGO - BÉTHUNE 03 21 64 37 37 - THEATRE-BETHUNE.FR

FNAC, TICKETNET DIGITICK


© Fifou

Oxmo Puccino

D'un côté IAM, les poids lourds du hip-hop marseillais. De l'autre Oxmo Puccino, une force de la nature, ambassadeur du verbe de Paname. Au jeu des différences, on s'est aperçu qu'ils avaient beaucoup en commun. Revue des troupes. Thibaut Allemand Les nineties. IAM débarque de la planète Marseille en 1991 et rafle la mise avec

le fameux Je Danse le Mia, tube de l'été 94 malgré eux. >/< Pendant ce temps-là, dans le xixe arrondissement de Paris, un certain Abdoulaye Diarra tombe dans la marmite rap aux côté du jeune Kery James (Idéal J).

Super-héros. Akhenaton et sa bande, égyptologues avertis, embrassent l'imagerie de Star Wars avec L'École du micro d'argent, mâtinant le tout de flashes de chanbara – ces fameux films de sabre japonais. >/< À Paris, au sein du collectif Time Bomb, Oxmo Puccino turbine avec de futurs grands noms, dont Lunatic (Booba et Ali) et… X-Men.

Coup de main. Loin de Paris, IAM laisse libre cours à son imagination et conseille la jeune génération. D'ailleurs c'est Kheops, DJ attitré de IAM, qui met le pied à l'étrier d'Oxmo : en publiant l'un de ces titres sur la compilation Sad Hill. Et maintenant ? Si l'on n'attend plus une révolution de la part des Marseillais, Oxmo affine son écriture chaque année. Bien que surnommé Black Jacques Brel, il n'a rien à voir avec Abd Al Malik (l'opportuniste) – en témoigne le récent La Nuit du réveil (2019), son meilleur album à ce jour. IAM Septmonts, 31.05, Château des Septmonts pass 1 jour : 46 / 35 €, www.festival-picarts.com Bruxelles, 22.09, Ancienne Belgique, complet ! Lille, 17.11, Le Zénith, 20 h, 45,50 > 56,50 € www.zenithdelille.com Bruxelles, 18.11, Forest National, 18 h 30 57 > 40 €, www.forest-national.be

Oxmo Puccino Dour, 16.07, Parc éolien 12 h, pass 1 jour : 75 €, www.dourfestival.eu Floreffe, 31.07, Abbaye de Floreffe 15 h, pass 1 jour : 39 €, www.esperanzah.be Oignies, 24.10, Le Métaphone, 20 h 30, 21 >15 €, 9-9bis.com

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© Didier D Daarwin - Tous des K

VS IAM


© Koria

Niska | Le mal par le mâle |

Liège, 12.07, Parc Astrid, 12 h 30, pass 1 jour : 65 €, www.lesardentes.be (Les Ardentes) Dour, 18.07, Parc éolien, 14 h, pass 1 jour : 75 €, www.dourfestival.eu (Dour festival) Charleville-Mézières, 22.08, Square Bayard, 15 h, pass 1 jour : 55 / 49 €, cabaretvert.com (Cabaret Vert) Lille, 27.01.21, Le Zénith, 20 h, 39,50 €, www.zenithdelille.com

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Tiens, le cas Niska. Passons sur des débuts pas faciles (la participation à Sapés comme jamais du navrant Maître Gims). Passons poliment, aussi, sur ces saillies ultra-machistes. Cette attitude sur-jouée et très ringarde souligne surtout quelques inquiétudes quant à sa virilité. Et s'explique aussi par son environnement – il a grandi à Evry, ville de Manuel Valls, autre matamore d'opérette. Pour le reste, qu'est-ce que Niska ? Un feu de paille ? Pas sûr. On s'était même fait cueillir par la simplicité brute de décoffrage de Du lundi au lundi qui, ironiquement, se rit de ceux prédisant qu'ils ne passeraient pas l'année… En fait, l'intérêt premier de Stanislas Dinga Pinto (pour sa môman), c'est son approche du hip-hop : tournant le dos aux USA, il n'en conserve que le goût de la trap et se plonge dans ses racines africaines : zouk, coupédécalé, logobi, dumbolo… Est-il le premier ? Non. Souvenez-vous de Passi et du projet Bisso Na Bisso (1997). Mais notre homme souligne moins le propos. C'est plus naturel. Et vaut bien plus qu'un concours de bites. Thibaut Allemand


planete rap

Nemir Découvert en 2012 avec les singles Ailleurs et Wake Up (feat Alpha Wann), le Perpignanais enchaînait très vite les premières parties d’un Stromae au sommet… avant de faire un burn-out. Malgré quelques apparitions sur les albums de ses amis (Nekfeu, Youssoupha, Naâman) le rappeur s’efface, mais pour revenir plus créatif que jamais. Après un superbe EP, il sort finalement son premier album éponyme en septembre 2019. Une longue mais fructueuse attente pour ce talent conjuguant hip-hop, rock, jazz et musique latine. On y découvre un Nemir désormais porté sur le chant et accompagné sur scène d'un véritable live band. Keep cool, cette fois… Béthune, 08.04, Le Poche, 20 h, 12 / 10 €, www.bethune.fr Dour, 17.07, Parc éolien, 14 h, pass 1 jour : 75 €, www.dourfestival.eu

© Rægular

Le hip-hop, à l'instar de la pop, affiche désormais une grande variété – musicale, textuelle... La preuve en quatre actes. Où l’on salue le retour d’un enfant prodige, un pionnier du mumble rap, la reconversion réussie d’un humoriste 2.0 et la percée d’un nouveau mastodonte. Tanguy Croq


© Marius Gonzalez

© Isabelle Lemoine Lindbergh

Oboy

Josman

Malgré un blaze et un style très ricain (durag sur la tête, grillz entre les dents), Oboy est un pur produit du 94. D’origine malgache, le rappeur de 23 ans apparaît comme l’un des pionniers français du mumble rap, ce sous-genre de la trap venu d’outreAtlantique (Future, Chief Keef). En juillet dernier sortait Omega, un premier album en clair-obscur où il marmonne ("mumble", donc) sur fond de drogue, d'argent et de sexe... Le sujet et la technique sont maîtrisés. On en redemande.

Apparu en 2016 avec Dans le vide, c’est son premier album (J.O.$) qui le révélera au grand public. Le Vierzonnais distille des vers empreints d’assonances, d’égo-trip et de sales histoires (de billets verts et violets…) sur des compos sans concession – de la trap au boom bap. Malgré une vitesse de croisière soutenue (un projet par an), Josman ne cède jamais à la facilité. En témoigne son deuxième disque, Split, introspection mâtinée du spleen caractéristique de ce rappeur qui sait retourner une salle.

Liège, 17.06, Reflektor, 20 h, 23,50 €, reflektor.be Bruxelles, 18.06, Botanique, 19 h 30, 24 > 18 € Tourcoing, 23.06, Le Grand Mix, 20 h, 21 / 17 € Dour, 18.07, Parc éolien, 14 h, pass 1 jour : 75 €

Lille, 23.04, L’Aéronef, 20 h, 25,80 €, aeronef.fr Bruxelles, 24.04, La Madeleine, 20 h, 26 € Namur, 29.08, Le Maquis de la Citadelle pass 1 jour : 37 € (festival Les Solidarités)

41

Passons sur sa "carrière" d'humoriste sur YouTube (hum...) dont le principal mérite aura été de révéler son appétence pour le rap. En 2017, Mister V sort donc son premier album, Double V, surprenant par sa qualité et son sérieux. Une première place au Top Albums et un disque de platine plus tard, il remet le couvert avec MVP. Entouré d’invités prestigieux (PLK, Dosseh et Jul), Yvick Letexier livre un excellent 18 titres (produit en indé) toujours aussi autotuné et inspiré – sans rire, cette fois. Bruxelles, 10.04, La Madeleine, 20 h, 32 €, la-madeleine.be Lille, 03.10, Zénith, 20 h, 44 > 39 €, www.zenithdelille.com

© Fifou

Mister V


T

SSI… AU

MAR 21.04

EZRA FURMAN Lille, L'Aéronef, 20h, 18>5€ MER 22.04

JEANNE MAS Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 47>27€ VEN 24.04

LA VOIX DU PEUPLE (ONL, DIRECTION : ALEXANDRE BLOCH, VIOLON : SERGEY KHACHATRYAN) Lille, Nouveau Siècle, 20h30, 55>5€ MER 29.04

LOUIS CHEDID Roubaix, Le Colisée, 20h, 46>15€ MARC RIBOT « CERAMIC DOG » + JEAN-FRANÇOIS PAUVROS Lille, L'Aéronef, 20h, 18>5€ JEU 30.04

BRIGITTE FONTAINE Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 44>39€ MICHEL CLOUP DUO

Valentin Le Du est entré dans le game sans dire bonjour – mais il ne s’est pas fait n... sa mère. Après la sortie de son troisième album, Ce monde est cruel, certifié disque d'or, il lance maintenant son propre label : Echelon Music. Le but ? L'indépendance, mais aussi « booster les potos » tels que Suikon Blaz AD, présent sur de nombreux sons du rappeur. Pas le temps de chômer pour l'homme au débit mitraillette et aux textes hardcore, jamais plus en verve (et malpoli) que sur scène. L.L. Bruxelles, 22.04, Palais 12, 20 h, 44 / 36 € Lille, 23.04, Le Zénith, 20 h, 40 € Arras, 04.07, Citadelle, complet !, www.mainsquarefestival.fr Liège, 09.07, Parc Astrid, 12 h, pass 1 jour : 65 €, lesardentes.be

+ TROY VON BALTHAZAR Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14>5€ NAIVE NEW BEATERS + CENDRARS Oignies, Le Métaphone, 20h30, 19>13€ SA M 02 .0 5

LOUIS CHEDID Lens, Le Colisée, 20h, 35>17,50€ CHARLOTTE ADIGÉRY + LAIMA Anvers, Trix, 19h30, 20/18,50€ LUN 04.05

CORRIDOR + LEWSBERG Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5€ MAR 05.05

MARTHA HIGH & THE ITALIAN ROYAL FAMILY + THE KING DUKES Béthune, Le Poche, 20h, 12/10€, attente date de report PET SHOP BOYS Bruxelles, Forest National, 20h, 92,85>54,76€

MER 06.05

LOUIS CHEDID La Louvière, Le Théâtre, 20h, 30>10€ MADEMOISELLE K + NEBRASKA Lille, L'Aéronef, 20h, 22>14€ SANSEVERINO & TANGOMOTÁN Béthune, Théâtre de Béthune, 20h30, 22>11€ CORRIDOR Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 11>6€ VEN 08.05

FAT FREDDY’S DROP Bruxelles, Palais 12, 20h, 37€ SA M 0 9.0 5

OMAR SOULEYMAN Liège, Reflektor, 20h, 24,5€ SVINKELS + P-613 Oignies, Le Métaphone, 20h30, 23>17€ DIM 10.05

MARK LANEGAN BAND Bruxelles, Ancienne Belgique, 16h, 34/33€ SÉBASTIEN TELLIER

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E

© Pierre Brault / Andrei Proko

Vald


+ CATASTROPHE Bruxelles, Botanique, 19h, 33>26€ LUN 11.05

LIZZ WRIGHT Louvain, Het Depot, 20h, 29>23€ VEN 12.06

ALICIA KEYS Anvers, Antwerp Sportpaleis, 20h, 112,50>50,90€ JOSEPH D'ANVERS + GRIMME Dunkerque, Les 4 écluses, 20h, 15/12€ MER 13.05

NATALIE DESSAY CHANTE NOUGARO Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 69>44€ JEU 14.05

VINCENT DELERM Liège, Forum de Liège, 20h, 38€ WIRE Anvers, De Roma, 20h, 19/17€ VEN 15.05

ALAIN SOUCHON Lille, Le Zénith, 20h, 69>42€ SCOUT NIBLETT + MATT ELLIOTT Lille, L'Aéronef, 20h, 18>5€ STEEL PULSE Anvers, De Roma, 20h, 27/25€ JOAN AS POLICE WOMAN Turnhout, CC de Warande, 20h15, 22€ SA M 16 .0 5

ROY AYERS Liège, Reflektor, 20h, 22,50€ BLY + ITALIA 90 Lille, L'Aéronef, 20h, 10>5€ EIFFEL + STUCK IN THE SOUND Oignies, Le Métaphone, 20h30, 20>10€ LUN 18.05

CHARLOTTE ADIGÉRY + LAIMA Louvain, Het Depot, 20h, 19>14€

JAMBINAI + INGRINA Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 13/10€ PIERRE LAPOINTE Bruxelles, Botanique, 20h, 37>31€ MAR 19.05

BORN RUFFIANS Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 13/10€ MER 20.05

ELYSIAN FIELDS Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 17>5€ JEU 21.05

ELYSIAN FIELDS Bruxelles, Botanique, 19h30, 22>16€ SA M 2 3 .0 5

ADAMO Ostende, Kursaal, 20h, 64>54€ THE MAGICIAN Charleroi, Rockerill, 22h, 16€ DIM 24.05

KIM GORDON Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 29/28€ YES Louvain, Het Depot, 20h, 46>39€ MAR 26.05

AARON Lille, Le Splendid, 20h, 33€ JEU 28.05

LES OGRES DE BARBACK (INITIALEMENT LE 19.03) Lille, L'Aéronef, 20h, 25/19€

DAVE CLARKE Charleroi, Rockerill, 22h, 18€ SA M 3 0.0 5

LOUS AND THE YAKUZA Bruxelles, Botanique, 19h30, 22>16€ YVES TUMOR Gand, Vooruit, 20h, 16€ DIM 31.05

THE BLACK LIPS Lille, L'Aéronef, 18h30, 18>5€ LUN 01.06

PAUL WELLER Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 36/35€ MER 03.06

MACHINE HEAD Lille, L'Aéronef, 19h30, 32,80€ JEU 04.06

MAVIS STAPLES Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 39/38€ VEN 05.06

JOHN BUTLER Anvers, De Roma, 20h, 26/24€ SA M 0 6 .0 6

LA FÊTE DE L’ILOT Dunkerque, Les 4 écluses, 16h, gratuit LUN 08.06

WEYES BLOOD Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 21>5€ JEU 11.06

VEN 29.05

JOHN FOGERTY Anvers, Antwerp Sportpaleis, 20h, 98>87€

JUNE BUG Roubaix, La Condition Publique, 19h, Gratuit

THE DANDY WARHOLS Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30/29€

DEMI PORTION Lille, L'Aéronef, 20h, 22>14€ NOUVELLE VAGUE Lens, Le Colisée, 20h, 15>7,50€

VEN 12.06

ALICIA KEYS Anvers, Antwerp Sportpaleis, 20h, 112,50>50,90€


GREAT MOUNTAIN FIRE Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10€ SA M 1 3 .0 6

LOUIS BERTIGNAC Lille, L'Aéronef, 20h, 45€ MAR 16.06

REAL ESTATE + KACEY JOHANSING Bruxelles, Botanique, 19h30, 25>19€ POWERWOLF + VISIONS OF ATLANTIS Lille, L'Aéronef, 20h, 33€ M E R 1 7. 0 6

LA PRIEST Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, Gratuit

JEU 18.06

RANDY NEWMAN Anvers, De Roma, 20h, 39/37€ SA M 2 0.0 6

OM Lille, L'Aéronef, 20h, 18>5€ MAR 23.06

GOJIRA Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, Complet LENNY KRAVITZ Anvers, Antwerp Sportpaleis, 20h, 95,70>50,90€ MER 24.06

CHAPELIER FOU (INITIALEMENT LE 27.03.2020) Bruxelles, Botanique, 19h30, 20>14€

SA M 2 7. 0 6

JAMAICAN DOCKS DAY (FESTIVAL LA BONNE AVENTURE) Dunkerque, Les 4 écluses, 18h, 15/10€ DIM 28.06

JAMAICAN DOCKS DAY (FESTIVAL LA BONNE AVENTURE) Dunkerque, Les 4 écluses, 12h, gratuit LUN 29.06

KEVIN MORBY Hasselt, Muziekodroom, 19h30, 20/18,50€ KID FRANCESCOLI (INITIALEMENT LE 25.03) Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 20>5€

RANDY NEWMAN Anvers, De Roma, 20h, 39/37€

Voici le coup de blues dont on avait besoin ! À Calais, La Halle devait se transformer en vaste juke-joint, ce club typique du delta du Mississippi où l’on perpétue une musique noire authentique. Le BSBF attendait ses plus fameux ambassadeurs (Bobby Gentillo, Carlos Elliot Jr…), en ouvrant aussi son jeu. En témoignait la présence de l’exubérante Shakura S'Aida. Souvent comparée à Aretha Franklin, la native de Brooklyn s’éclate entre soul et rythm'n’blues. On espère vivement une session de rattrapage ! J.D. Calais, 24 > 26.04, La Halle, www.spectacle-gtgp.calais.fr

Shakura S’Aida © Denise Grant

Beautiful Swamp Blues Festival


DIS

Q

UES Thundercat

It Is What It Is

(Brainfeeder / Ninja Tune)

Pilier instrumental de la scène hip-hop et bien au-delà (il a traîné sa quatre-cordes chez Flying Lotus, co-producteur de cet album, mais aussi Erykah Badu, Mac Miller, Keziah Jones…), Stephen Lee Bruner s'est hissé en haut de l’affiche, se muant en virtuose jazz-funk. Avec It Is What It Is, le Californien opère un virage soul étonnant. Sur des lignes de basses funky, il chante l’amour de sa voix de fausset, non sans autodérision. En témoigne Dragonball Durag, contant l’histoire d’un type qui drague une fille en frimant avec un bandana aux motifs du manga Dragon Ball. Comme à son accoutumée, Thundercat est en bonne compagnie. Outre les habitués (Childish Gambino, Kamasi Washington...) notons la collaboration des rappeurs Ty Dolla $ign, Zack Fox ou de Steve Arrington, batteur du groupe funk Slave. Ce dernier apparaît dans Black Qualls, pépite groove témoignant des aspirations ou déboires de la jeunesse afroaméricaine. La suite est plus éthérée, grâce aux nappes de synthés et les effets de voix de King of The Hill. Le mot de la fin revient à la guitare aux accents bossa de It Is What It Is, ("c’est comme ça"), telle une invitation à l’apaisement en ces temps mouvementés. Hugo Guyon

En 2017 paraissait le premier LP de Trees Speak, alias derrière lequel se cache l'artiste visuel Daniel Martin Diaz – épaulé par son batteur de frère, Damian. L'Américain y prouvait qu'il n'était pas manchot à l'heure de composer des morceaux instrumentaux planants et fortement marqués par le rock allemand des seventies. On jurerait, à écouter ces 43 minutes en apesanteur, être tombé sur quelques incunables signés Neu !, Can ou Tangerine Dream. Certes, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Cette relecture du krautrock et de la kosmische Musik relève de la musique de genre, comme il existe un cinéma de genre, avec ses codes, ses lois et ses canons. Mais dans son… genre, Diaz se révèle un maestro. Thibaut Allemand

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Trees Speak – Ohms (Soul Jazz Records)


Hilary Woods

Liesa Van Der Aa

Birthmarks

Easy Alice

(Sacred Bones

(Bigwax / Martingale)

Records / Differ-Ant)

Pour qui se souvient de la légèreté de Colt, ce Birthmarks débutera par une surprise. Le martèlement lourd de Tongues of Wild Boar annonce un chemin nettement plus angoissant pour Hilary Woods. Dans ce deuxième album, la New-Yorkaise suit le fil de sensations organiques – le disque a été enregistré durant sa grossesse. C’est avec Lasse Marhaug, artiste noise spécialiste des collaborations habitées – Jenny Hval, Sunn 0))) – qu’elle a conçu cette traversée, où l’on perçoit comme l’écho de ténébreux rituels. Quelques percées de lumière (Orange Tree, les mélopées façon This Mortal Coil), ne résistent pas aux tunnels sombres. Le titre Through the Dark Love est le parfait condensé de ce grand huit émotionnel, entre électronique menaçante et cordes célestes. Rémi Boiteux

Des couleurs pop, jazzy et baroques. Des collages dignes de Kanye. Une basse au slap délicieusement anachronique. Une douce voix filtrée. Ce ne sont là que quelques éléments de la palette de Liesa Van Der Aa, Belge au talent fou qui explose en mille facettes sur cet album (un peu) conceptuel et (terriblement) accrocheur. Easy Alice, c’est un clash fécond entre Prince, Dr. Dre et Laurie Anderson (Oh Superman). Des dialogues interrompent les longs morceaux. Mieux, il s’y fondent, renforçant la sensation d'une plongée en pleine fiction obscure et haletante. En artiste complète, Liesa signe d’ailleurs un moyen-métrage déployant un monde dans lequel il faut s’immerger. En attendant, c’est bien les yeux fermés qu’on suit cette Alice dans son pays des merveilles tout sauf Easy.Rémi Boiteux

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Moaning – Uneasy Laughter (Sub Pop) Rookie de la scène indé de Los Angeles, Moaning s’est révélé avec une image d'écorché vif. Aujourd’hui le trio s’est adouci, et flirte avec la synth-pop dès les premières notes d'Ego, le titre d'ouverture de ce deuxième album. Certes, le spleen n’a pas quitté ses chansons, mais celles-ci ne cèdent plus au fatalisme. En témoignent Stranger, où la guitare fuzz est recouverte de nappes synthétiques lumineuses, ou la basse remuante de Running. Hélas, le disque faiblit ensuite, au gré de morceaux moins inspirés. Le sursaut ne surviendra qu'à la fin, grâce à Say Something, où Moaning lâche définitivement les guitares pour la formule synthé-voix. Loin d’être le magnus opus du groupe, Uneasy Laughter augure toutefois d'un nouveau cap digne d'intérêt. Hugo Guyon


L

IV

RES Camille Laurens Fille (Gallimard)

« C’est une fille. Oui, oui, c’est bien aussi. »... Pas facile de démarrer dans la vie quand on naît avec le mauvais genre. Laurence Barraqué, dite "Lolo" ou "Groc" pour "gros cul", est donc une « chouineuse », une « garce » même, quand la famille espérait un mec, un vrai. Plus piquante que jamais, Camille Laurens déroule l’existence d’une héroïne marquée par le malheur d’être femme en France, dans la deuxième moitié du xxe siècle. Il y aura les mains baladeuses du tonton vicelard, la pression de l’aiguille sur la balance ou la peur de marcher seule la nuit. Citons aussi l’accouchement sans "péri" et le fameux "point du mari" (geste consistant à recoudre une épisiotomie par quelques points de suture supplémentaires, supposés accroître le plaisir de l'homme lors des rapports…). Plombant, en ces temps de confinement ? La jurée Goncourt déploie au contraire un humour très moderne, et jongle avec la première, la deuxième et la troisième personne pour muscler son récit. À la fin, se pose la question de la transmission : quand on a été élevée dans l’idée que l’homme nous est supérieur, peut-on faire mieux avec sa fille ? Un roman plus percutant que tous les manuels d’antisexisme. 240 p., 19, 50 €. Marine Durand

Thomas Verhille

Pourquoi sont-ils partis ? L'histoire ne le dit pas. Dès la première case, nous suivons pas à pas deux frères qui ont choisi la liberté. Ils quittent la ville en ruine (« Ciao bitume »), s'enfoncent dans la campagne à bord d'une pelleteuse. Durant cette fuite, ils tuent un homme mais un témoin était là. Monnayant son silence, ils s'engagent à retrouver son chien, capturé par un psychopathe… À partir de cette histoire absurde, Thomas Verhille décrit un monde au bord de l'apocalypse. Entre mystère et cauchemar, toute certitude explose, l'humanité révèle sa vacuité. Son prodigieux travail graphique, tout en hachures et noir et blanc, soutient la narration entre géométries monstrueuses, paysages contemplatifs et plongées en enfer. Un tour de force ! 112 p., 18 €. François Annycke

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Ciao Bitume (6 pieds sous terre)


Will Eisner

La Trilogie du Bronx (Delcourt) À la fois pavé et possible clé de voûte d'une œuvre, cette Trilogie du Bronx réunit quelques sommets de Will Eisner (1917-2005). Délaissant The Spirit, le Juif new-yorkais dépeint avec tendresse les figures et la vie quotidienne d'un quartier emblématique de la Grosse Pomme. Une sorte de comédie humaine ? Pas loin. C'est d'ailleurs pour définir Un Pacte avec Dieu (1978), ouvrant ce recueil, que fut inventé le terme "roman graphique" par Eisner lui-même. Un art de conter la vie des petites gens (Jacob le cafard, 1988) comme la grande histoire. Dropsie Avenue (1995) rapporte enfin l'existence de ce quartier sur plusieurs siècles. Dans ce noir et blanc mirifique, ce trait précis et cet humour souvent amer, se loge le génie de Will Eisner. Indispensable. 544 p., 34, 95 €. T. Allemand

Alexandre Friederich

h+ (Allia)

Alexandre Friederich, dont on avait goûté les romans-reportages easyJet et Fordetroit, signe avec h+ (sigle choisi pour désigner l'humain augmenté) un essai crucial. Celui-ci s’attaque au transhumanisme et aux visées des Frankenstein néolibéraux (les « technoprophètes  »). Sous-titré "vers une civilisation 0.0 ", l’ouvrage brocarde la religion du progrès, en suivant l’histoire des idées. Il révèle une lame de fond, remontant au moins aux Lumières pour se débarrasser progressivement des valeurs humanistes et imposer le matérialisme – «  Aujourd’hui, l’individu n’est qu’un point nodal sur un réseau ». Ces 100 pages invitent ainsi à réinvestir notre humanité, renouant avec la métaphysique, la spiritualité, et même la poésie. Salutaire. 112 p., 9,20 €. Rémi Boiteux

George Takei & Harmony Becker

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Nous étions les ennemis (Futuropolis)

Dans les seventies, la série Star Trek promouvait l'ouverture à l'autre, de quelque galaxie qu'il vienne. George Takei, l'interprète du personnage de Sulu, devait goûter à l'ironie de la situation. Après Pearl Habour, en décembre 1941, il avait connu les camps d'internement, comme 120 000 américains d'origine japonaise. Âgé de cinq ans à l'époque et né dans une famille totalement intégrée, le petit George ne comprend évidemment pas tous les enjeux d'une telle situation. Si le dessin de Becker illustre le propos sans vraiment l'enrichir, on est rapidement pris par cette histoire. D'abord contée à hauteur d'enfant, elle témoigne aussi de la situation actuelle, évoquant par exemple quelques mesures xénophobes prises par Trump. Un témoignage bienvenu. 208 p., 25 €. Thibaut Allemand


INTERVIEW

François Bégaudeau | La clef des champs |

On connaît l'homme de lettres (Entre les murs en 2006, Histoire de ta bêtise en 2019), un peu moins celui de cinéma. Pourtant, François Bégaudeau tourne des films depuis le début des années 2000. Avec Autonomes, l'écrivain et réalisateur envisage la question de l'autonomie à travers une multiplicité de pratiques, d'expériences ou de croyances. Réalisé avec autant de soin que d'humour, ce documentaire suit des agriculteurs, mais aussi des sourciers ou des guérisseurs en Mayenne. Il accueille ainsi, sans les figer, des élans de vie. Rencontre. Propos recueillis par Raphaël Nieuwjaer Photo François Bégaudeau © Francesca Mantovani / Éd. Gallimard


N

RA ÉC S

Comment ce film est-il né ? Sous l’impulsion d’Atmosphères Production, une association située en Mayenne, j’ai réalisé un documentaire dans ce département en 2016, N’importe qui. À l'occasion de ce tournage j’ai rencontré des gens ou observé des pratiques : agricoles, de soin ou dites "spirituelles". J'ai eu envie de les filmer et de les regrouper autour de la belle notion d’autonomie. Le pari est ici de faire tenir tout ça ensemble. Qui sont ces "autonomes" dont vous dressez le portrait ? J’essaie de proposer une sorte de panoplie hétérogène de cette question. Le film fait donc cohabiter des jeunes agriculteurs organisés en collectif recherchant l’autonomie économique, mais aussi des guérisseurs, des sourciers, l’animatrice d’un café alternatif en pleine campagne ou un "homme des bois", qui a choisi la sécession et donne un fil rouge au récit.

51

Comment définiriez-vous leur autonomie et quelles formes prend-elle ? Le film apporte quelques éléments de réponse concrets. Il s’agit toujours, pour les uns et les autres, de développer un mode de vie et d’échanges en rupture avec le monde marchand.

Ce qui évidemment ne va pas sans difficultés, et suppose un réseau parallèle d’échanges et d’entraide. L’autonomie est alors un horizon, jamais vraiment atteint. On ne se soustrait pas du jour au lendemain de toutes les dépendances fâcheuses...

« Développer un mode de vie en rupture avec le monde marchand. » Pourquoi ces personnes ont-elles fait ce choix ? Le film ne creuse pas beaucoup cet aspect-là, car je voulais préserver une sorte de mystère. Je m'intéresse moins aux causes qu'aux effets : le "comment" de l’autonomie et non le "pourquoi". D'ailleurs on connaît ces raisons, et certains livrent volontiers des pistes : l’intolérance au monde numérisé, l’envie de déconnexion, le constat d’un déficit de bonheur dans la société de consommation. Citons aussi la puissance inspirante des mouvements politiques du début des années 2010. L'un des personnages parle ainsi d’une conférence des leaders de Podemos comme d’un déclenchement. Pour le reste, je laisse le spectateur imaginer. •••


Autonomes © Urban Distribution

La Mayenne serait-elle plus propice à ce désir d'autonomie ? Une région enclavée et encore relativement préservée constitue le terrain idéal pour de nouvelles expérimentations, notamment agricoles, comme par ailleurs l’Ardèche, la Lozère... Il faut de la place et une certaine paix. La Mayenne, département de faible

densité et qui n’intéresse pas beaucoup les prédateurs, offre tout ça.

« À rebours du cycle infernal productionconsommation. » Quels furent vos partispris de réalisateur ? Consacrer à chacun une séquence entière, sans les entremêler dans un ensemble confus. Et surtout ne pas tout expliquer (le film comporte assez peu d’entretiens). Il s'agit de préserver une certaine opacité, et donc la belle étrangeté de tous ces gens.

Autonomes De François Bégaudeau À lire / À Valenciennes, Collectif Othon (Au Diable Vauvert), 248 p., 17 €, audiable.com (sortie le 09.04) À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

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Ce mode de vie rencontre-t-il un certain engouement ? Chacun peut le constater autour de lui. Le mouvement est minoritaire mais significatif. Il s'élargit car l’impasse écologique du capitalisme est désormais patente. Face à cette misère morale, de plus en plus de gens, plus ou moins contraints et forcés, imaginent d’autres formes de vie. À rebours du cycle infernal production-consommation. Ça tombe bien car dans le champ de l’autonomie, le nombre fait la force. Ce n’est pas l’isolement, au contraire.


Autonomes Š Urban Distribution


La Fameuse Invasion des ours en Sicile © Prima Linea Pathé - France 3 - Indigo Films

Les P'tites toiles d'Emile | Road movie |

Quel rapport entre la famille Simpson, Buster Keaton ou les elfes d'En avant ? Ils se sont tous donné rendez-vous dans les Flandres ! Durant le mois d'avril, 12 communes rurales vibrent au rythme des histoires et péripéties dispensées par Les P'tites toiles d'Emile, un festival de cinéma qui a la bougeotte.

Flandres, 03 > 26.04, Bierne, Boëseghem, Bollezeele, Coudekerque-Branche, Esquelbecq, Godewaersvelde, Hondschoote, Ochtezeele, 1 séance : 2, 60 € (2,50 € à Coudekerque-Branche), www.cineligue-hdf.org

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Boëseghem, Bollezeele, Rexpoëde… Autant de villages aux consonances bucoliques, sans doute les plus charmants de la région, mais éloignés des centres culturels. Initié par l'association CinéLigue Hauts-de-France, destiné aux enfants et ados, ce festival déploie ses toiles dans leurs salles des fêtes ou médiathèques – voire l'arrière-salle d'une brasserie ! La programmation, elle aussi, est du genre varié. « Elle alterne œuvres du patrimoine, sorties plus récentes ou petites pépites », souligne Anne Lidove, la directrice. Les cinéphiles en herbe (re)découvrent par exemple Sherlock Junior de Buster Keaton (en mode ciné-concert) avant de vibrer devant le césarisé J'ai perdu mon corps. Il s'agit de rêver, réfléchir, mais aussi mettre la main à la pâte. Chaque séance est en effet suivie d'une animation. Ici un atelier de dessin pour recréer les décors de La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, là un cours de BD ou... un escape game. Après avoir voyagé avec Le Roi et l'Oiseau, réalisé par Paul Grimault en 1980 (sur des textes de Prévert), les plus téméraires tenteront de s'échapper des sous-sols de la mairie de Hondschoote, « un ancien cachot du xvie siècle ». Alors moteur et... action ! Julien Damien


Christophe Blanc est un cinéaste à suivre. Dès 1999, il signait un grand film : Une Femme d’extérieur, avec Agnès Jaoui. Dix ans plus tard sortait Blanc comme neige, thriller noir porté par François Cluzet. Après avoir travaillé sur le biopic d'un intellectuel révolutionnaire pour la télévision (Goldman), Blanc revient enfin au cinéma. Jack, 19 ans, Lisa, 17 ans, et Mathis, 10 ans, se retrouvent orphelins. Lisa prend ses distances, alors que Jack se voit confier la garde de Mathis. Mais comment être responsable d’un enfant quand on sort à peine de l’adolescence soi-même ? Porté par un casting impeccable (Andrea Maggiulli est une révélation), Just Kids se distingue par une réalisation sobre, sans artifices. Il offre un portrait tout en nuances de la jeunesse d’aujourd’hui. Grégory Marouzé

© Blue Monday Productions

De Christophe Blanc, avec Kacy Mottet Klein, Anamaria Vartolomei, Andrea Maggiulli...

© Razor Film

Just Kids

The Perfect Candidate Dans une petite ville d’Arabie Saoudite, une jeune chirurgienne travaillant dans une modeste clinique manque l’opportunité professionnelle de sa vie. La cause ? On lui refuse le droit de voyager en avion sans être accompagnée d’un homme. En réaction, elle décide de se présenter aux élections municipales... Pour son quatrième film, Haifaa al-Mansour est revenue tourner dans son pays, huit ans après son premier longmétrage : Wadjda. Sobrement réalisé, The Perfect Candidate montre les contradictions d’un royaume évoluant timidement sur la question des droits des femmes, coincé entre rigorisme religieux et les aspirations du peuple. Une œuvre sensible et forcément autobiographique, car signée par la toute première réalisatrice saoudienne. Hugo Guyon De Haifaa al-Mansour, avec Nora Al Awadh, Dae Al Hilali, Mila Al Zahrani... Sortie le 12.08


© Stephanie Branchu, Pyramide Distribution

Les Parfums | Accords et désaccords |

Pour son deuxième longmétrage, Grégory Magne s'inscrit dans la tradition du "buddy movie", où deux personnages que tout oppose apprennent à s’apprécier. En l'occurrence, il réunit Emmanuelle Devos et Grégory Montel. Si Les Parfums ne révolutionne pas le genre, il constitue un divertissement agréable. Peu importe le flacon…

De Grégory Magne, avec Emmanuelle Devos, Grégory Montel, Gustave Kervern...

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Drôle de parcours que celui de Grégory Magne. Cet aventurier a lancé sa carrière avec un documentaire sur sa traversée de l’Atlantique en solitaire, en 2007. Cinq ans plus tard, il est revenu avec une fiction (L’Air de rien), porté par le regretté Michel Delpech et la révélation Grégory Montel. Ce dernier est justement à l'affiche des Parfums, cette fois dans la peau de Guillaume. Un gentil garçon un peu pataud qui devient le chauffeur d’Anne Walberg (Emmanuelle Devos), référence dans le milieu du parfum, diva égoïste et caractérielle. Les deux personnages, aux tempéraments opposés, doivent composer ensemble, pour le pire et surtout le meilleur... Grégory Magne tient ici deux bonnes idées : décrire l’histoire d’un "nez" (le cinéma n’a presque pas abordé ce sujet) et l'association entre Emmanuelle Devos et Grégory Montel. Si l’art de la parfumeuse méritait un approfondissement, le duo convainc totalement dans l'exercice du couple mal assorti. Celui-ci rivalise avec les modèles du genre, américains ou français (Les Compères de Francis Veber). Enfin, comme le souligne la musique de Gaëtan Roussel, on découvre ici une œuvre douce-amère plutôt qu’une franche comédie. Telle une bonne fragrance, ce film ne révèle pas d'emblée ses subtilités... Grégory Marouzé


O N TI PO SI EX

Soleils

noirs | L’ombre est lumière |

Delacroix, Soulages, Velázquez, Malevitch, Botticelli, Kandinsky… La simple évocation des artistes réunis au Louvre-Lens donne le tournis. De l’Antiquité à nos jours, 180 chefs-d’œuvre dialoguent et décryptent le sens et l’utilisation du noir à travers les âges. Symbole des ténèbres, du mal, mais aussi de l’espoir ou de la modernité, cette couleur n’a cessé d’inspirer l’humanité. Nous avons pu nous glisser entre les cimaises de ce parcours avant son ouverture – momentanément éclipsée... Visite guidée en compagnie de Juliette Guépratte, historienne de l’art et commissaire d’une exposition qui fera date.

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Propos recueillis par Julien Damien


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Cercle noir sur fond blanc (Matériel d'enseignement au Bauhaus) Vassily Kandinsky, 1922-1933 Gouache sur papier, H. 24,3 cm ; L. 24,2 cm © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Adam Rzepka

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La Dame au gant Carolus-Duran, 1869 Huile sur toile, H. 228 cm ; L. 164 cm © RMN-Grand Palais musée d'Orsay - Hervé Lewandowski


Comment cette exposition est-elle née ? Elle est inspirée du territoire où s’est posé le Louvre, ce pays noir dont l’imaginaire est façonné par le charbon et la fumée des usines. Comment abordez-vous le sujet ? À la manière du Louvre, en traversant le temps et l’histoire de l’art, grâce à des œuvres datant de l’Antiquité à nos jours, et sous toutes les formes : peinture, mode, cinéma, sculpture…

« Le noir et l’ombre sont au cœur de la création. » Faites-vous aussi référence au bassin minier ? Pas directement. Il s’agit d’inscrire cette histoire locale dans un propos collectif et universel. Toutefois, une salle entière est consacrée au noir industriel. Au centre de celle-ci trône une installation du plasticien Bernar Venet, constituée de trois tonnes de charbon. Nous rendons aussi hommage aux "gueules noires" avec des photographies documentaires prêtées par le centre minier de Lewarde, où les yeux des mineurs percent à travers des visages souillés.

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Pourquoi ce titre en forme d’oxymore ? C’est un intitulé poétique, emprunté

à Gérard de Nerval et repris par Barbara ou Baudelaire. Il est très puissant et dit, au-delà de la mélancolie, toute la tension, l’ambivalence et l’immense beauté de cette couleur. D’ailleurs, ne dit-on pas que le noir est une absence de couleur ? C’est le point de vue du physicien. Mais pour le peintre, c’en est bien une ! Celle du visible et de l’invisible, du possible et de l’impossible... Poser du noir sur la toile, c’est jouer avec la lumière ou créer de l’espace. Citons d’ailleurs cette exposition mythique, Le Noir est une couleur. Montée à Paris en 1946, elle fut emmenée par un très grand coloriste, Matisse, dont nous montrons ici les gouaches découpées de la série Jazz, parsemée de trous noirs. Que représente le noir dans l’histoire de l’humanité ? C’est d’abord une couleur que l’on ressent, et dont on fait l’expérience chaque soir en se plongeant dans la nuit. Les premiers chapitres de l’exposition se penchent ainsi sur le nocturne, le noir de la nature, comme l’orage ou l’éclipse (ici saisie par Douglas Gordon). Le noir serait donc la couleur du mal, mais aussi de l’espoir ? Oui, il est ambivalent, symbolisant la crainte et la fascination. Une section est ainsi réservée aux monstres •••


Peinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979 Pierre Soulages, 1979 Huile sur toile, H. 203 cm ; L. 453 cm © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMNGrand Palais Philippe Migeat © ADAGP, Paris

Lesquelles ? En Égypte, cette couleur est par exemple associée à la régénération. Nous le montrons à travers un très beau bassin à libation en basalte noir datant de l’Antiquité. C’est un objet rituel permettant de demander aux dieux une crue du Nil pour fertiliser les sols. Égypte signifie d’ailleurs "la terre noire".

« Tous les grands maîtres du noir sont là. »

Cette couleur permettait aussi d’affirmer son rang social, n’est-ce pas ? Oui, jusqu’au xix e siècle c’est une teinture très difficile à obtenir, donc coûteuse. La porter est une marque de richesse. Puis elle se démocratise et devient synonyme d’élégance. On le découvre notamment via Berthe Morisot à l’éventail d’Edouard Manet ou La Dame au gant de Carolus-Duran. À quel moment les artistes s’approprient-ils cette couleur ? Le noir a toujours été une source d’intérêt. On peut remonter à Pline 62

(comme Nosferatu), aux ténèbres et l’angoisse qu’elles génèrent, puis la suivante aux croyances en découlant.


note une rupture esthétique, emmenée par la révolution industrielle. Radical et absolu, le noir devient une matière première, au coeur de l’abstraction grâce à Malevitch, Kandinsky et bien sûr Soulages ! Exposez-vous cet artiste ? Oui, en particulier deux grands aplats. Ils sont monumentaux et très différents. L’un est velouté, doux, un peu mat… C’est un de ses premiers "Outrenoirs" mis au point en 1979. L’autre, datant de 1986, est baroque, brillant, presque vinyle. Avec Soulages, le noir devient une matière sculptant la lumière.

l’ancien et au mythe de Dibutade. L’histoire ? Une fille veut retenir son amoureux en fuite. Son père potier conserve la silhouette de l’amant en figeant son ombre portée… c’est l’invention de l’art pictural ! Le noir et l’ombre sont donc au cœur même de la création.

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« Le noir symbolise la crainte et la fascination. » Quand devient-il un vrai sujet ? À partir de la Renaissance. Les artistes vont le peindre, le modeler et surtout le nuancer, ce qui semblait a priori impossible… Au xxe siècle, on

Sur quelles œuvres voudriezvous attirer l’attention ? Question très difficile, car c’est une exposition de chefs-d’œuvre ! Nous dévoilons des pièces signées Manet, Véronèse, Malevitch, Reinhardt, Courbet, Botticelli, Rodin, Fontana, Delacroix, Matisse, Ribera et même Damian Hirst, avec un tableau génial, un monochrome entièrement constitué de mouches. Nous avons choisi les œuvres avant tout pour leur beauté. Tous les grands maîtres du noir sont là, et d’autres auxquels on ne s’attend pas… D’ailleurs j’ai un conseil : laissez-vous guider par vos enfants, ils comprennent très bien l'abstraction ! Lens, jusqu’au 13.07, Louvre-Lens, tous les jours sauf mardi : 10 h-18 h, 10 > 5 € (gratuit -18 ans) louvrelens.fr À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com


De regenten van het Spinhuis Nicolaes Eliasz Pickenoy, 1628 Huile sur toile, H. 178 cm ; L. 233 cm Amsterdam Museum Š Amsterdams Historisch Museum


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Marcel Gromaire, La Guerre, 1925. Huile sur toile, 130 × 97 cm. Paris, Musée d’Art moderne de la Ville. Photo : Julien Vidal/Parisienne de Photographie © ADAGP, Paris 2020


Vue d'exposition, Marcel Gromaire, L’Abolition de l’esclavage, 1950 © Photo Julien Damien

Marcel Gromaire

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| À contre-courant | Né dans le Nord de la France, à Noyelles-surSambre, Marcel Gromaire (1892 - 1971) fut un artiste iconoclaste et profondément humaniste. À Roubaix, cette exposition embrasse toute sa carrière, de son attachement à sa terre natale au traumatisme de la Grande Guerre, en passant par son intérêt pour les plus humbles. Influencé par nombre de courants, ce peintre méconnu conserve une place singulière dans l’histoire de l’art. •••


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Girls, 1929. Huile sur toile, 100 x 81 cm. Collection particulière. Courtesy Galerie de la Présidence, Paris

Frères d’armes

Parmi ces 130 pièces, on retrouve évidemment La Guerre. Achevé en 1925, ce tableau « continue de nourrir les manuels d’histoire, souligne Bruno Gaudichon, directeur de la Piscine. Pourtant, il est tout le contraire de ce que la peinture de l’époque donne à voir de la guerre, soit la douleur ou le patriotisme ». Ici, les poilus ressemblent à des robots. Cette métaphore de la dés68

Le Boucher, 1931. Encre de Chine et aquarelle sur papier. Paris, Musée d'Art moderne de la Ville

Si la postérité fut cruelle avec cet artiste, difficile d’ignorer Marcel Gromaire à la Piscine de Roubaix. Dès l'entrée du musée, le visiteur est happé par une toile monumentale (cinq mètres de haut et sept de large). Intitulée L’Abolition de l’esclavage, elle porte toutes les inspirations (et aspirations) du peintre avesnois. Cette œuvre contient, entre autres, la rigueur géométrique du cubisme, le réalisme "tordu" et les couleurs sourdes de l’expressionnisme flamand. « Marcel Gromaire a puisé dans plusieurs mouvements contemporains », confirme Alice Massé, co-commissaire de cette exposition. Jonglant avec les étiquettes, cet autodidacte n’était donc rangé nulle part. Célèbre en son temps, «  il fut progressivement écarté par les spécialistes ». Cette rétrospective rend enfin grâce à un artiste aussi original qu’engagé.


Vue d’exposition, Alice Massé devant Le Chemineau, 1925 © Photo Julien Damien

humanisation des soldats constitue d'ailleurs son unique témoignage de la Première Guerre mondiale. Expérience traumatisante, elle suscite aussi son engagement auprès du "petit peuple". ■◆

Le goût des autres

Fils d’un professeur d’allemand, il ne connut jamais sa mère, morte en couche, et vécut une enfance protégée dans la grande maison Renaud-Folie, à Noyelles-surSambre. À travers l'armée, il découvre la « vraie France » et toutes

ses couches sociales. Il ne cessera dès lors de magnifier les humbles. À l’image du Chemineau, où la monumentalité offerte au modèle ne réside pas tant dans les dimensions (modestes) du tableau que dans le cadrage. Posé au premier plan, cet ouvrier déborde littéralement d'une composition aux tonalités ocres et terreuses. Les mains sont surdimensionnées et le visage évoque une sculpture. Cet hommage révéle un style n’appartenant qu’à Gromaire, où la simplification des formes n’empêche jamais l’empathie. Julien Damien

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Roubaix, jusqu’au 31.05, La Piscine, mar > jeu : 11 h-18 h ven : 11 h-20 h • sam & dim : 13 h-18 h 11 / 9 € (gratuit -18 ans), www.roubaix-lapiscine.com À lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com


Matt Mullican, Representing the Work Courtesy NC-arte Š photo Oscar Monsalve


Matt Mullican | Chasseur d'images |

Le MACS offre à Matt Mullican sa première grande rétrospective en Belgique. Mondialement reconnu, notamment pour ses performances sous hypnose, l'Américain dévoile à travers Representing the Work sa "cosmologie". Nourrie de pictogrammes, son œuvre brasse l'ensemble des représentations humaines contemporaines, et interroge notre rapport à l'image dans un troublant effet de miroir. Pénétrer dans le monde de Matt Mullican, c'est déambuler dans une gigantesque banque d’images. Cette sensation étreint le visiteur dans l'ultime salle du parcours où les murs sont tapissés, du sol au plafond, de dizaines de mètres de dessins en noir et blanc. Baptisée Living in That World, cette monumentale installation télescope en 3D toutes les représentations engendrées par la culture contemporaine, à l'instar du bon millier de visuels jalonnant cette exposition. Extraits de BD, de films, photographies, logos publicitaires, alphabets, scènes de guerre ou pornographiques... Rien d'étonnant à l'ère d'Internet, où les images sont partout. Sauf que ce Californien né en 1951 s'attelle à cette tâche depuis près d'un demi-siècle...

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L'âge de réseau

Empruntant à l'art brut comme au pop art, la production de Mullican

Matt Mullican © Julien Damien

fut très tôt marquée par l'utilisation du pictogramme, « ce langage situé entre l'image et le mot, comme une version moderne des hiéroglyphes égyptiens », remarque Denis Gielen, le directeur du MACS. Et cela bien avant l'avènement des smartphones. •••


Vue d'exposition, Living in That World © Julien Damien

Ces sigles, qui normalisent désormais nos échanges, ponctuent ce parcours « organique » où les pièces semblent se répondre au sein d'un vaste réseau. Ce représentant de la Pictures Generation fut d'ailleurs l'un des premiers à créer avec un ordinateur, et embrasse toutes les techniques.

« Un reflet de l'Homme contemporain. » Au MACS, vidéos et dessins cohabitent avec ses frottages, « le moyen de reproduction mécanique de l'image le plus archaïque », dit-il.

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Langage propre

Cherchant à traduire la complexité du monde, Mullican a également créé sa propre « cosmologie », soit un vocabulaire régi par un système de couleurs : le vert pour la nature, le bleu pour la vie quotidienne, le jaune pour l’art, le noir pour le langage et le rouge pour la subjectivité. « Face à ce travail, on a une bonne idée de ce qu'est l'Homme contemporain, découvrant cette façon de penser en rhizomes, en motifs répétitifs ou cette obsession pour l'archive, observe Denis Gielen. C'est comme un Snapchat permanent ». À partager sans modération. Julien Damien

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Hornu, jusqu'au 18.10, MACS, mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans), www.mac-s.be


Matt Mullican, Representing the work 02 Courtesy NC-arte Š photo Oscar Monsalve


Dream Castle in the Hour Blue © Troubleyn


Jan Fabre | 50 nuances de bleu | Le Musée des beaux-arts d’Arras ouvre ses portes au prolifique Jan Fabre. Baptisée Les Châteaux dans l’heure bleue, cette exposition témoigne des obsessions nocturnes d’un artiste total. Entre toiles exécutées au Bic® et vidéos, une quarantaine de pièces témoigne de la croisade entreprise par un « chevalier de la beauté ». L’heure bleue fascine depuis toujours ce grand insomniaque qu’est Jan Fabre. « C’est un entre-deux onirique et propice pour lui à la création », souligne Mélanie Lerat, commissaire de cette exposition. Avec pour seul outil un Bic® bleu, l’Anversois tente de capturer ce moment fugace marquant le passage de la nuit au jour. Depuis la fin des années 1970, l'artiste couche sur le papier les visions que lui inspire ce « temps des métamorphoses » d’un geste répétitif. Ses hachures traduisent un état d’inconscience où il plonge alors, « en quête de ses limites physiques et psychiques ». ■◆

Retiens la nuit

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Au centre de cet océan scintillant et bleuté, celui qui se définit comme un « chevalier de la beauté » a élevé des châteaux, soit « une métaphore du refuge ». Déambulant au sein de ces quatre salles, le visiteur remarquera que certaines de ces « forteresses » sont constituées d’insectes – une autre obsession de Jan Fabre. Il s’agit du phyllium giganteum, une espèce de phasme ressemblant à une feuille d’arbre, et parvenant par mimétisme à se fondre dans la nature. Jan Fabre essaierait-il ici de protéger sa citadelle intime ? Sa série de photos et vidéos du château de Tivoli demeure elle immanquable. Situé près de Malines, cet édifice fut en 1990 le théâtre d’une performance exceptionnelle. Usant de 150 000 stylos Bic®, le plasticien a recouvert la totalité de ces 3 000 m2 de pierre, comme pour mieux les transposer dans un rêve. Une façon de repousser l’aube et l’avènement du réel… Julien Damien Arras, jusqu’au 04.05, Musée des beaux-arts, lun, mer, jeu & ven : 11 h-18 h • sam & dim : 10 h-18 h gratuit, www.tandem-arrasdouai.eu


Edible Growth © Chloe Rutzerveld

Serial Eater | Mangez-moi ! |

Hornu, jusqu'au 26.07, Centre d'innovation et de design, mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans) www.cid-grand-hornu.be

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Apparu dans les années 1990, le "food design" prospère dans nos sociétés numérisées, où l'image est reine. Mais que dit-il de nos comportements alimentaires ? De nos goûts ou dégoûts ? Quels mangeurs sommesnous ? Cette exposition rassemble les créations de pionniers d'un art très contemporain, tels le Français Marc Bretillot, le Catalan Martí Guixé ou l'Irlandais Yan Pennor's, père de la "Cerise sur le gâteau" – le premier dessert conçu avec l'aide d'un designer. Mixant arts plastiques, sciences, gastronomie et réflexion sociétale, ce parcours imagine divers futurs culinaires. Eh oui, face au réchauffement climatique, comment produire notre pitance en respectant la planète ? Citons par exemple le projet Edible Growth (ou "croissance comestible") de la Néerlandaise Chloé Rutzerveld, soit de petites douceurs concoctées avec une imprimante 3D à partir de graines, spores et levures (miam). Plus ou moins alléchantes, ces œuvres nourrissent l'estomac, mais aussi les yeux et l'esprit. Julien Damien


Nez carotte © Coll Fondation Dubuffet - Paris © ADAGP-ParisSABAM-belgium 2020

Jean Dubuffet, le preneur d'empreintes

La Louvière, jusqu'au 06.09, Centre de la gravure et de l'Image imprimée, mar > dim : 10 h-18 h 8 > 2 € (gratuit -12 ans), www.centredelagravure.be

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Père de l'Art brut, mais aussi écrivain, Jean Dubuffet nourrissait une fascination pour le papier, l’encre et l’imprimerie. Il pratiqua ainsi l'estampe des années 1940 à 1980, inaugurant même son propre atelier de lithographie. Parmi ses créations, il y a ses fameuses figures à chapeau, ses murs ou "assemblages d'empreintes" (végétales ou de mille autres choses) réalisés à l'encre de Chine puis découpés et collés sur du papier. Citons aussi les 324 pièces de la série Phénomènes, qui constituent le cœur de cette exposition. Chacune de ces planches célèbre un aspect du monde naturel, formant un atlas éminemment poétique. J.D.


© Manon Henry

Xavier Noiret-Thomé, La clef, 2019 © Isabelle Arthuis

Panorama

Antarctica

Familière des dialogues artistiques, la Centrale for contemporary art invite le Français Xavier NoiretThomé et le Hollandais Henk Visch. Le premier s'est révélé avec des toiles télescopant les techniques, les cultures classiques et populaires. Jouant avec les échelles (du miniature au monumental) et les matériaux (de l'acier au bronze, en passant par le bois), le second demeure une figure de la sculpture contemporaine. Les voici réunis dans un duo au sommet, questionnant en filigrane la condition humaine.

Le saviez-vous ? L'Antarctique perd chaque année 252 milliards de tonnes de glace. Construite comme un voyage en sept étapes, cette exposition immersive nous sensibilise à la fragilité de ces sublimes paysages. Le parcours est essentiellement constitué de vidéos projetées sur des écrans géants. Saisies par Luc Jacquet (réalisateur de La Marche de l’Empereur), ces images nous plongent dans les profondeurs de l'océan avant de remonter au beau milieu de la banquise. Une expédition à couper le souffle.

Bruxelles, jusqu'au 23.08 Centrale for contemporary art mer > dim : 10 h 30-13 h & 13 h 30-18 h 8 > 2,50 € (gratuit -18 ans), www.centrale.brussels

Bruxelles, jusqu'au 30.08, Muséum des sciences naturelles, mar > ven : 9 h-17 h 30 sam & dim : 10 h-18 h, 8,50 > 5,50 € (gratuit -4 ans), www.naturalsciences.be

Zoo

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Bruxelles, jusqu'au 30.08, MIMA mer > ven : 10 h-18 h, sam & dim : 11 h-19 h 9,50 > 3 € (gratuit -6 ans), www.mimamuseum.eu

© Parra

Souvent utilisé par la culture pop (ne serait-ce que dans la bande dessinée ou la publicité), l'anthropomorphisme est l'art d'attribuer aux animaux des traits humains. Ce parcours réunit les œuvres de 11 artistes internationaux issus du graphisme, de l'illustration, du graffiti, du tatouage. En filigrane, leurs créations dépeignent notre sauvage condition, à l'image des fresques animalières et satiriques du Suédois Finsta.


Jeanne Thil, Chevalier © Musée des beaux-arts de Calais

Peintures des lointains. Voyages de Jeanne Thil Artiste dite "orientaliste", Jeanne Thil (18871968) rencontra un vif succès en France durant l'entre-deux-guerres, notamment pour ses toiles célébrant l'imaginaire exotique de l'empire colonial. Mais depuis, la native de Calais fut largement oubliée. Pas une exposition ne lui fut consacrée depuis sa disparation. Répartie en six sections, cette trentaine d'œuvres retrace les voyages entrepris et immortalisés de part et d’autre de la Méditerranée. Calais, jusqu'au 08.11, Musée des beaux-arts mar > dim : 13 h-18 h, 4 / 3 € (gratuit -5 ans), www.calais.fr

René Magritte. Les Images révélées

Tout va bien Monsieur Matisse

De Magritte, on connaît bien sûr les tableaux. Un peu moins les photographies ou les films amateurs. Pourtant, le maître du surréalisme nourrissait un rapport étroit avec l'image dite "mécanique". La révélation de ce violon d'Ingres fut d'ailleurs assez tardive, survenant dix ans après sa disparition. Le Musée de la Photographie de Charleroi rassemble 130 de ses clichés. Originale, cette exposition éclaire d'un jour nouveau l'œuvre de ce passionné de cinéma.

Le Musée Matisse poursuit sa célébration du 150e anniversaire de la naissance du maître. Après avoir éclairé ses premiers pas, il s'intéresse cette fois à son héritage. Comment les artistes contemporains regardent-ils son œuvre ? Ce parcours répond à cette question grâce au travail de huit créateurs. Citons les toiles en relief de Patrick Montagnac ou les fameuses "écritures" de Ben, tandis que les sculptures de Frédéric Bouffandeau semblent peindre l'espace du parc Fénelon – oui, tout va bien.

Charleroi, jusqu'au 20.09, Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h-18 h 7 > 4 € (gratuit -12 ans), www.museephoto.be

Le Cateau-Cambrésis, jusqu'au 17.01.21 Musée Matisse, tous les jours sauf mar : 10 h-18 h 6 / 4 € (gratuit -26 ans), museematisse.fr

Bye Bye Future !

Morlanwelz, jusqu'au 24.05, Musée Royal de Mariemont, mar > dim : 10 h-17 h, 5 > 2 € (gratuit -12 ans) www.musee-mariemont.be

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Voitures volantes, corps modifiés, robots plus ou moins amicaux… Au fil des siècles, de nombreuses visions de l’avenir furent imaginées. Cette exposition explore notre fascination pour ces voyages dans le temps, à travers la littérature, le cinéma, l’art contemporain ou les cultures pop et SF. Entre utopie, dystopie et uchronie, on découvre des œuvres d’artistes internationaux, tels Wim Delvoye ou le duo Pierre et Gilles. Sacré retour vers le futur.


© Pascal Marquilly

Per aspera ad astra Le saviez-vous ? Entre 1970 et 2014, notre planète a perdu plus de la moitié de ses animaux vertébrés, selon un rapport du WWF. Réalisée au graphite par Pascal Marquilly et François Andes (Groupe A), cette série de 22 planches, imprimées selon divers procédés, montre une faune en péril. Ici une baleine, là un éléphant... S'estompant inexorablement, ces images témoignent d'une lente disparition, per aspera ad astra – "par des sentiers ardus jusqu'aux étoiles". De quoi perdre son latin... Roubaix, jusqu'au 23.05, La Condition Publique mer > sam : 13 h-19 h, gratuit, laconditionpublique.com

Maroc : une identité moderne À la faveur de Lille capitale mondiale du design, l'Institut du Monde Arabe célèbre la créativité marocaine. Cette exposition revient ainsi sur la rencontre entre un savoir-faire ancestral et le Groupe de Casablanca. Ce collectif d'artistes et d'intellectuels imagina, au lendemain de l'indépendance du pays, un nouveau langage plastique (à la façon du Bauhaus). Il s'agissait de conjuguer le passé et le présent, via le graphisme, la calligraphie arabe, la céramique... au service d'un art plus moderne que jamais. Tourcoing, jusqu'au 14.06, Institut du Monde Arabe, mar : 13 h-18 h, mer > dim : 10 h-18 h 5 / 3 € (gratuit -6 ans), ima-tourcoing.fr

Néoclassiques ? L'Antiquité vue par les artistes valenciennois (1750 - 1850) Au cours du xviiie siècle, tandis que les fêtes galantes perdent de leur superbe (au revoir monsieur Watteau...), les artistes redécouvrent l'Antiquité, mais avec une approche plus moderne. Divisée en trois parties, cette exposition témoigne de ce renouvellement esthétique, de ses causes aux résistances qu'elles engendra. Entre les sculptures et toiles des Valenciennois (JacquesFrançois Momal, Henri Lemaire), on découvre la reconstitution d'un atelier, sur le modèle de celui d’Abel de Pujol. Valenciennes, jusqu'au 01.11 Musée des beaux-arts, mer, ven, sam & dim : 10 h-18 h • jeu : 10 h-20 h, 6 > 3 € (gratuit -12 ans) valenciennesmusee.valenciennes.fr

William Kentridge

Villeneuve d’Ascq, jusqu'au 05.07, LaM, mar > dim : 10 h-18 h, 11 / 8 € (gratuit -12 ans), www.musee-lam.fr

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Considéré comme l'un des plus brillants artistes de sa génération, le Sud-Africain William Kentridge présente à Villeneuve d'Ascq sa première grande rétrospective en France. Dessins, gravures, sculptures, tapisseries, films d’animation… Aussi foisonnante que poétique, son œuvre dénonce depuis plus de 40 ans les sujets les plus sensibles, tels que l’Apartheid, la corruption, les migrations ou le rôle de l’Afrique durant la Première Guerre mondiale. Un événement.


Adolescent © Frédéric Iovino

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E TR E ÉÂ NS TH DA &

Youth is Great | La vie devant soi |

Théâtre estampillé "spectacle vivant pour les nouvelles générations", le Grand Bleu inaugurait en 2016 Youth is Great. Le but de ce festival ? « Décrire la jeunesse d'aujourd'hui grâce à des pièces pensées avec les adolescents, indique le directeur, Grégory Vandaële. On n'entend pas encore assez leur parole ». Pourtant, ils ont beaucoup à dire... Il faut bien que jeunesse se passe, disait le poète. Au Grand Bleu, elle s'insurge, invente, bouillonne... Bref, elle déborde ! Tant mieux, car ces spectacles révèlent une belle diversité de formes et de textes. Dans Ces Filles-là (voir page 92), 20 jeunes comédiennes (professionnelles et amatrices) racontent la disparition de Scarlett après l'affichage de sa nudité sur les réseaux, dénonçant la dictature des images et le harcèlement. Pour créer Daydream, Nicolas Fabas a lui tendu son micro à des garçons ou filles accédant au monde du travail. Ils révèlent leur précarité autant que leurs rêves. Disposé au centre de la scène, le public est entouré des portraits de ces "invisibles", tandis que des comédiens circulent entre les sièges pour incarner leur récit. ■◆

Pas de côté

L'adolescence est marquée par des bouleversements de tous ordres (sociaux, biologiques ou psychologiques). Ils sont ici magnifiés par la pièce pour dix interprètes du chorégraphe Sylvain Groud et de la plasticienne Françoise Pétrovitch (Adolescent). Cruel et léger, cet âge demeure aussi celui de la désobéissance. Nous, dans le désordre s'intéresse ainsi au cas d'Ismaël, un jeune homme qui a décidé, sans explication, de rester allongé au bord d'un chemin. Dès lors, les adultes s'interrogent, chacun imaginant des raisons de se révolter. Prenons-en de la graine. Julien Damien Lille et sa métropole, 03 > 17.04, Le Grand Bleu, maison Folie Wazemmes, le Vivat d'Armentières, collèges et lycées de la métropole, 1 spectacle : 13 € > gratuit • pass "dévore" : 40 € (6 spectacles), www.legrandbleu.com

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Sélection / 03.04 : Sylvain Groud & Françoise Pétrovitch : Adolescent // 06 > 10.04 : Luc Tartar & Aude Denis : Roulez jeunesse ! // 07 & 09.04 : Evan Placey & Anne Courel : Ces filles-là // 08 > 10.04 : Nicolas Fabas : Daydream // 09.04 : Estelle Savasta : Nous, dans le désordre...


Bal chorégraphique © Frédéric Iovino

Label Danse De la danse partout et pour tous. Tel est le pari de ce festival mis sur pied par le Ballet du Nord. Investissant 13 lieux à Roubaix, il propose des impromptus, spectacles participatifs (le Karaodance du collectif ES) et de belles découvertes, à l'instar de La Fuite. Dans ce solo, Lionel Bègue s'empare du mythe d'Actéon (ce chasseur transformé en cerf après avoir surpris Diane prenant son bain) pour mieux évoquer la dégénérescence du corps. Tandis que Sylvain Groud prend ses quartiers à La Piscine (et invite tout le monde à un grand bal), on saute du supermarché fou d'ACIDULÉ à l'imaginaire des films de samouraïs de Solo OO – une pièce... tranchante. J.D. Roubaix, 06 > 06.04, Ballet du Nord, La Piscine et divers lieux, www.balletdunord.fr Sélection / 04.04 : Éveil corporel avec Rita Cioffi • Homard Payette : Le Fil dansé • Sarah Bidaw : Al Warda • La BaZooKa : Solo OO • Sylvain Groud : Bal chorégraphique // 05.04 : Sylvain Groud : Métamorphose & Between • Collectif ES : Karaodance • Maud Marquet & Cie En Lacets : ACIDULÉ • Lionel Bègue : La Fuite // 06.04 : Thibaud Le Maguer : En lieu sûr...

C'est une robe d'avocat qu'enfile (directement sur scène) Richard Berry pour son dernier spectacle. Inspiré de l'ouvrage Les Grandes plaidoiries des ténors du barreau de Matthieu Aron, le comédien délivre six allocutions historiques. De la poursuite de Maurice Papon au discours de Gisèle Halimi en faveur de l'avortement, en passant par l'affaire Zyed Benna et Bouna Traoré, il incarne littéralement ces procès qui ont influencé les mentalités et les lois. L.L. Roubaix, 24.06, Le Colisée, 20 h, 46 > 33 €, coliseeroubaix.com Paris, 28.05 > 28.06, Théâtre Libre 20 h 30 (sauf dim 19 h), 71 > 27 €, www.le-comedia.fr

© Céline Nieszawer

Plaidoiries


© Gavin Bond

Trevor Noah | Blague à part |

Trevor Noah joue à guichets fermés quasiment partout et, pourtant, il reste méconnu du public francophone. À la fois humoriste jovial et animateur télé pointant notamment les dérapages racistes, ce Sud-Africain part à la conquête de l’Europe.

Bruxelles, 05.04, Forest National, 20 h, 81 > 43 €, www.forest-national.be

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Il est le parfait exemple du self-made man. Ironique, pour un homme qui n’est même pas américain. Depuis cinq ans, ce trublion fustige Donald Trump dans son Daily Show. Quand Trevor Noah n’est pas devant la caméra, il arpente les planches des salles de spectacle. Le voici à Bruxelles pour son dernier show, Loud and Clear. L’occasion pour cette star de se faire connaître en Europe. Le chemin vers la gloire n’était pourtant pas tout tracé. Né près de Johannesburg en 1984, il a vécu caché durant son enfance. L’union de ses parents, une noire et un blanc, était illégale durant l'apartheid. « Dans la rue, ma mère pouvait marcher à mes côtés mais si la police arrivait, elle devait faire comme si je n’étais pas son fils. J’avais l’impression d’être un sachet d’herbe ». Toutefois, son humour provocateur ne plaît pas à tous. En 2018, il se réjouit ainsi de la victoire française en Coupe du monde de foot en chantant « L’Afrique a gagné ! ». « Tu ne deviens pas aussi bronzé en traînant dans le sud de la France », déclare-t-il... Jugée raciste, la blague fait scandale. Ce passage en Belgique lui permettra peut-être d'atteindre le cœur des francophones. À moins que ce ne soit à eux de reconquérir celui de Trevor Noah. Pauline Thurier


Ces filles-là | L'âge de réseau |

Ces filles-là est une fable puissante sur le cyber-harcèlement, la dictature des images et la violence des phénomènes de groupe. Écrite en 2013 par l'auteur anglo-canadien Evan Placey, elle n’a jamais été aussi actuelle. Pour preuve, deux compagnies en présentent chacune leur version sur notre territoire.

© Raphael Labouré

Septembre 2012, une vidéo YouTube fait le tour du monde. Amanda Todd, 15 ans, y raconte à l’aide de post-it le calvaire qu’elle vit depuis la diffusion de photos d’elle dénudée sur les réseaux sociaux. Un mois plus tard, l’adolescente est retrouvée pendue à son domicile. « Quand j’ai découvert le texte inspiré de ce drame, il m’a semblé urgent de le porter au théâtre », explique la metteuse en scène, Anne Courel. Huit amatrices se joignent à 12  comédiennes pour figurer le petit monde clos de l’institution Sainte-Hélène. Les "filles" de cette histoire se connaissent depuis l’enfance, mais soudain arrive sur les portables une photo intime de Scarlett. Moqueries, mise au ban... ses "amies pour la vie" se détournent d'elle. L'ado disparaît... « Tout est si rapide que personne ne prend le recul nécessaire », observe Anne Courel, qui a parié sur une construction dynamique. Elle conjugue ainsi 18 scènes et flashbacks, ponctués de monologues de femmes (de 1920 à 1980) au sujet de leur émancipation. Distribution resserrée mais propos tout aussi fort pour la forme chorale de la Collective Ces filles-là. En questionnant la façon dont les femmes « deviennent leurs propres harceleuses », ce duo lance un cri de ralliement féministe. Entendons-le, cette fois... Marine Durand

Ces filles-là, Evan Placey / Collective Ces filles-là (Suzanne Gellée & Zoé Poutrel) Béthune, 29 & 30.04, Le Palace, mer : 20 h • jeu : 14 h 30 & 20 h, 5 €, www.comediedebethune.org (+ tournée "hors les murs" : Divion, 11.05 // Annequin, 12.05 // Lillers, 14.05 // Calonne-Ricouart, 15.05)

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Ces filles-là, Evan Placey / Compagnie Ariadne Lille, 07.04, Le Grand Bleu, 14 h 30 & 20 h, complet !, legrandbleu.com Armentières, 09.04, Le Vivat, 19 h, 18 > 2 €, www.levivat.net


NondeDieu, Cie Kumulus © Daniel Roblin

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Les Turbulentes | La rue est à eux ! |

Trois jours de rires et d’émerveillement. De réflexion aussi. C’est la promesse de la 22e édition des Turbulentes, organisée par le Boulon, centre national des arts de la rue. Près de 30 compagnies déposent leurs valises pleines de spectacles, souvent inédits, à Vieux Condé. Théâtre, cirque ou musique... plus de 100 représentations transforment la ville en agora artistique.

Le temps d’un week-end, Vieux Condé se mue en vaste scène à ciel ouvert. Pas un bout de trottoir n’est épargné. « Pour chaque spectacle, on cherche l’espace le plus juste, en écho à son propos », souligne Virginie Foucault, directrice du Boulon. Jamais dans l'impasse, les arts de rue ont autant d’histoires à raconter que de messages à transmettre. Cette édition pointe ainsi les menaces pesant sur notre démocratie et tord le cou aux préjugés. À l’image de Peaux bleues, de la compagnie Oposito. Cette pièce chantée, dansée et (en)jouée invite les spectateurs à déambuler avec les artistes. Au fil du parcours, la troupe mélange les genres et taille des croupières au racisme en fanfare. ■◆

Poil à gratter

« Les artistes aiment jouer avec le public  », confirme Virginie. La Ktha Compagnie met par exemple en place un gradin rotatif, permettant de vivre une histoire à 360 degrés : celle de la mort d’une migrante. Bouleversante, la représentation appelle chacun à se révolter contre l'indifférence. De son côté, la compagnie namuroise Victor B. joue la carte du politiquement incorrect. S’inspirant d’une BD de Claire Bouilhac et Jake Raynal, trois acteurs s'amusent avec des peluches. Parmi elles Francis, un (sacré) blaireau qui se laisse embrigader dans un parti nationaliste ou enregistre un disque contre l’environnement. Et n'évite aucune zone... turbulente. Augustin Bordet

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Vieux Condé, 01 > 03.05, Le Boulon, gratuit, www.leboulon.fr Sélection / Ballet du Nord & Mission Bassin Minier : Bal chorégraphique du Patrimoine mondial Bleu Cobalt : Enchantiée • Calixte de Nigremont • Chicken Street : Le Magnifique bon à rien Galapiat Cirque et Moïse Bernier : La Brise de la pastille • Ktha Compagnie : Demain arrive Kumulus : NonDeDieu • Cie La Meute : 78 Tours • Cie La Migration : Lieux dits Cie Oposito : Peaux bleues • Cie Victor B. : Francis sauve le monde • Zebatuca...


© Marc Domage

Rémi | Enfant de la balle |

Toujours à l'aise sur le territoire de l’enfance, Jonathan Capdevielle met en scène Rémi, d’après le fameux roman Sans famille d’Hector Malot (1878). L’histoire triste de ce garçon de huit ans enlevé à ses parents prend ici un tour poétique, empli d’humour et de couleurs, en forme d’hymne contemporain à la vie d’artiste.

Comme pas mal d’enfants des années 1980, Jonathan Capdevielle découvre d’abord Sans famille dans sa version manga, diffusée sur le petit écran. Le Tarbais se passionne alors pour les aventures de Rémi, vendu par son père au bonimenteur Vitalis et à sa drôle de troupe composée du chien Capi et du singe Joli-Cœur. Au fil des épisodes, le petit garçon apprend le métier de saltimbanque, affirmant son caractère dans l'adversité. « Il est confronté à des situations parfois extrêmes, mais ne baisse jamais les bras, souligne l’acteur, marionnettiste et metteur en scène. Il fait de son malheur une force et apprend à se débrouiller malgré son âge ». Soit un conte initiatique idéal à partager avec le jeune public. Dans un décor nu surplombé d’un nuage de néons, quatre comédiens endossent tous les rôles, de la survoltée Mme Milligan au terrible Garofoli. Les costumes et masques bariolés, évoquant le carnaval, leur confèrent des allures de grandes poupées. La mise en scène comme le texte sont truffés de clins d’œil à notre époque, de Lana Del Rey à Aya Nakamura. À l’issue du spectacle, la suite de ces aventures est remise au public sous forme de pièce audio, à écouter à la maison… en famille ! Marie Pons mil

Lille, 11 & 12.05, Le Grand Bleu, lun : 14 h 30 (ouvert à tous) • mar : 14 h 30 (ouvert à tous) & 19 h, 13 > 5 €, www.legrandbleu.com

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Douai, 31. 03 > 01.04, L’Hippodrome, mar : 20 h • mer : 19 h jeu & ven : 10 h & 14 h (séances scolaires), 10 > 5 €, www.tandem-arrasdouai.eu


Joël Pommerat affectionne les territoires de l'enfance. Après avoir réinterprété Le Petit chaperon rouge, Pinocchio et Cendrillon, le metteur en scène imagine un monde où l’androïde est le meilleur ami de l’Homme. Contes et légendes interroge ainsi la façon dont les adolescents construisent leur identité à l'aune des nouvelles technologies. En une série de petits tableaux cruels, ces jeunes gens composent avec les machines, la violence, le sexisme et une société hyper-connectée où ils ont grandi trop vite. Sous des allures dystopiques, la pièce ouvre une fenêtre grinçante sur la société de demain, qui est déjà celle d'aujourd'hui... L.L. Valenciennes, 28 & 29.04, Le Phénix, 20 h, 31 > 20 €, scenenationale.lephenix.fr Paris, 08.09 > 10.10, Théâtre des Bouffes du Nord, www.bouffesdunord.com

Après Transe et Näss, Fouad Boussouf clôt sa trilogie sur le monde arabe avec Oüm. La pièce est un hommage à la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum, mais aussi aux Quatrains du poète persan Omar Khayyam. Exaltation du plaisir et de l'amour, ce spectacle mêle tradition et modernité grâce à une danse hip-hop rythmée par les guitares, ouds, percussions ou l'electro. Il sublime la culture maghrébine et ce métissage si chers au chorégraphe. L.L. Villeneuve d'Ascq, 17 & 18.06, La Rose des Vents, 20 h, 21 > 6 €, www.larose.fr

© Meknes Bertrand Alberge

Oüm

© Elizabeth Carecchio

Contes et légendes


© Olivier Pirard

Larguez les amarres Marie-Paule Kumps / Pietro Pizzuti Actrice, autrice et metteure en scène belge, Marie-Paule Kumps est une figure du vaudeville moderne. Cette pièce explore ainsi les rouages familiaux et ses secrets. L’histoire ? Isabelle s’apprête à vivre une journée comme les autres. Elle embrasse son mari qui part travailler deux semaines à Abou Dabi, puis enchaîne avec son petit train-train. Mais voilà que débarquent sa sœur, son fils et un vieil ami metteur en scène. Au programme  ? Quiproquos, slam, bouts de refrain et grand nettoyage de printemps… Bruxelles, 22.04 > 17.05, Théâtre Royal des Galeries 20 h 15 (matinée : 15 h), 26 > 10 €, trg.be

If Only Thomas Hauert / Cie ZOO Pour fêter ses 20 ans, la compagnie ZOO auscultait en 2018 son processus créatif à travers How to Proceed. Avec cette dernière pièce, Thomas Hauert impulse une nouvelle direction à sa troupe. Affecté par les crises écologiques ou migratoires, le chorégraphe belge délaisse les spectacles bariolés à l'énergie débordante pour ralentir la cadence. Il développe une "slow danse" où six interprètes règlent leurs pas sur des compositions mélancoliques de John Cage, comme l'image fanée d'un lointain idéal... Charleroi, 24.04, Les Écuries, 20 h, 15 > 6 € www.charleroi-danse.be // Liège, 26 & 27.01.21 Théâtre de Liège, theatredeliege.be

Prévert [ Y. Moreau & C. Olivier ] Yolande Moreau incarne à merveille cette figure de bord de zinc. Christian Olivier conserve quant à lui cette voix ténébreuse qui tonne au fond des rades dépeints par les Têtes Raides. Une France de jadis ? Non, elle vit encore. Un malentendu, donc. Le même qui réduit Prévert à quelques bons mots. Soutenu par une guitare, des cuivres, accordéons, percussions et autres scies musicales, le tandem donne souffle à des inventaires géniaux, une poésie des petits riens, et des coups de gueule éternels. Bruxelles, 24 & 25.04, Wolubilis, 20 h 30 40 > 28 €, www.wolubilis.be // Mons, 28.04, Théâtre Royal, 20 h, 25 > 8 €, surmars.be // Namur, 29.04 Théâtre, complet !, www.theatredenamur.be

Archipelago [ Thierry Poquet / Cie Eolie Songe ]

Lille, 27.04, maison Folie Wazemmes, 20 h, 10 > 4 €, maisonsfolie.lille.fr

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Encadré par la compagnie lilloise Eolie Songe, ce projet Erasmus rassemble 25 jeunes issus de lycées espagnols, turcs, grecs et français (dont Ozanam à Lille). Cette pièce mêle danse et théâtre pour mieux témoigner de leur ressenti face à une Europe en pleine mutation. La troupe s'intéresse ainsi aux flux des humains, des marchandises... Épaulés par le dramaturge écossais Iain Finlay MacLeod et les chorégraphes espagnoles Inma Garcia et Meritxell Barbera, ces apprentis citoyens esquissent avec grâce le monde de demain.


© Hubert Amiel

The Quest [ Cédric Eeckhout ] Le destin de Cédric Eeckhout est étrangement lié à celui de l’Europe. Dans ses initiales d’abord (CE !) et puis toutes les dates importantes de sa vie, calquées sur celles de l’Union. Celle-ci subira-t-elle le même sort que celui du mariage de ses parents, une Wallonne et un Flamand séparés après 18 ans de vie commune  ? Entre stand-up et drame existentiel, le comédien s’engage dans une quête intime et politique à travers le vieux continent. Mons, 28 & 29.04, Théâtre le Manège, 20 h, 15 > 3 € surmars.be // Bruxelles, 08 > 23.05, Théâtre National mar, jeu, ven & sam : 20 h 30 • mer : 19 h 30 • dim : 15 h 21 > 11 €, www.theatrenational.be

Les Diables [ M. Schweizer et Cie de l'Oiseau-Mouche ]

Pucie Compagnie Sapharide

Composée d’adultes en situation de handicap mental, la compagnie de l’OiseauMouche suscite l’admiration de création en création. Le chorégraphe Michel Schweizer met en scène cette aventure unique dans une pièce à la fois émouvante et rock’n roll. Sur le plateau, sept interprètes racontent leur métier et processus de création, confient leurs rêves et leurs peines. Une expérience théâtrale (diablement) bouleversante, interrogeant la place du spectateur et celle de l’altérité.

Pucie, c’est la contraction entre "pussy" (désignant en anglais vous savez quoi) et Lucy, prénom donné à cette australopithèque femelle retrouvée en Ethiopie en 1974. Tandis que le premier terme relègue la femme au rang d’objet sexuel, le second évoque la doyenne des citoyennes, dans une perspective lumineuse. Quelque part entre les deux, ce trio dansé met en scène « l’impudique féminin ». Il dit la vérité d’un corps qui parle, crie, transpire, dégouline, sans faux-semblant.

Dunkerque, 28 & 29.04, Le Bateau-Feu, mar : 20 h mer : 19 h, 9 €, lebateaufeu.com // Arras, 05 & 06.05 Théâtre, mar : 20 h 30 • mer : 19 h 30, 22 > 12 € tandem-arrasdouai.eu // Valenciennes, 12.05 Le Phénix, 20 h, 17 > 12 €, scenenationale.lephenix.fr

Armentières, 28.04, Le Vivat, 20 h, 18 > 2 € www.levivat.net Lille, 05 & 06.05, Théâtre Massenet, 20 h, 10 > 3 € www.theatre-massenet.com

Alex Vizorek : Tome 2

Ixelles, 29.04 > 30.05, Théâtre de la Toison d’Or, 20 h 30 (sauf dim : 17 h), 25 > 10 €, www.ttotheatre.com Lille, 13 & 14.06, Le Spotlight, sam : 17 h 30 & 19 h • dim : 17 h, 29 €, www.spotlight-lille.com

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Des mois qu’on l’attendait. La fin du confinement ? Oui, mais surtout le deuxième spectacle d’Alex Vizorek. Durant dix ans (!), le plus distingué des humoristes belges nous a prouvé qu’on pouvait rire de tout, en l’occurrence de l’art - de Malevitch à Ravel. Entre deux émissions sur France Inter, le compagnon de jeu de Charline Vanhoenacker a trouvé le temps d’écrire un nouveau one-man-show. Cette fois, il nous parle… de tous les autres sujets ! C’est reparti pour dix ans…


Natura Tribute © Raku Inoue

L DE E M LA OT FI N

ça, on aurait presque oublié l’arrivée du printemps. Raku Inoue le célèbre à sa façon : en rassemblant la faune et la flore. Les œuvres de sa série Natura Tribute sont en effet toutes constituées de pétales, tiges et autres feuilles. Connu pour ses insectes végétaux, ce Japonais élargit son champ de création, et livre aujourd’hui sa version botanique d’animaux plus imposants. Au final, il dit tout son amour pour Dame Nature comme il se doit : avec des fleurs. reikancreations.com

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Raku Inoue – Un peu de douceur dans ce monde confiné. Avec tout


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LM magazine 161 - Printemps 2020  

Art & Culture, Hauts-de-France et Belgique

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