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sommaire Les Enchanteurs, Rovski © Isaure Anska

LM Magazine #160 – Mars 2020

news – 06

chroniques – 48

société – 10

Disques : Caribou, The Mystery Kindaichi Band, Chapelier Fou, Baxter Dury, Kid Francescoli

Noms peut-être ! Enjeu de dames Compagnie Voulez-vous ? Défense du matrimoine

portfolio – 20

Livres : Kapka Kassabova, Evan Ratliff, Philippe Dupuy, Damien Cuvillier & Frank Le Gall, Johann Chapoutot écrans : Mine de rien, Festival du film de Mons, Festival 2 Valenciennes, Judy, Un Fils, Dark Waters, Monos…

Joe Cavazos Lignes de fuite

exposition – 66

rencontre – 52

Bye Bye Future !, Fluidités, Safra’ Numériques, William Kentridge, Vasarely, Libérer les femmes, Zoo, Agenda...

Philippe Rebbot Retour au charbon

musique - 28 Big Thief, Warmduscher, Front 242, Kompromat, YBN Cordae, JPEGMafia, Princess Nokia, Illa J, Dinos versus Isha, Les Enchanteurs, Morcheeba, Tindersticks, Kelis, Maceo Parker, Ala.ni, Mélissa Laveaux, Lambert Wilson chante Kurt Weill, Vincent Delerm…

théâtre & danse – 88 Le Grand Bain, La Beauté du geste, Festival Legs, 100 % Jan Fabre, Le Pays Lointain, Elles en rient encore, Alban Ivanov, Fary, Caroline Vigneaux, Nora Hamzawi, Agenda…

le mot de la fin – 114 La rue est à elles


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Lucille Leleu info@lm-magazine.com

Couverture The Pixel Stretch © Joe Cavazos joecavazos.com @joecavazos

Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Sonia Abassi, Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Augustin Bordet, Julien Bourbiaux, Joe Cavazos, Tanguy Croq, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Hugo Guyon, Grégory Marouzé, Raphaël Nieuwjaer, Françoise Objois, Marie Pons et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


news

Liz Sexton conçoit des masques en papier mâché à l'effigie d'animaux. Ici un rat, là un renard, un poisson… Cette Américaine photographie ensuite des humains affublés de cette nouvelle tête dans leur "environnement naturel" – le métro, la rue… Dénonçant l'anthropocentrisme, l'artiste nous incite à laisser de la place à la faune et aux espèces menacées. « En les invitant chez nous, à cette taille, elles font désormais partie de notre communauté ». Pas bête. www.lizsexton.com

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Bête de masque

Porcupine Fish © Liz Sexton

news

Gift of Nature © Monsieur Plant

news news Vrai que ces derniers temps, on n'a pas été tendres avec Dame Nature. « Soyons attentifs à ce qu'elle nous offre et apprenons à la respecter ! », nous exhorte Monsieur Plant. Cet artiste français a façonné une série de six tableaux composés de plantes, d'écorce et de fleurs. Dans chacune de ces œuvres, une main végétale jaillit du cadre pour nous offrir un bouquet. Pas rancunière, cette chère planète. Pourvu que ça dure… monsieurplant.com

news

news

La main verte


Rotary Cellphone © Justine Haupt

Mobile apparent Lassée de notre « monde d’écrans tactiles et d’hyper-connectivité », Justine Haupt a créé un smartphone sans option. On vous met au défi de prendre un selfie, d'envoyer un mail ou de surfer sur le web avec cet appareil. équipé d'un bon vieux cadran rotatif, le Rotary Cellphone tient dans la poche et sert juste à téléphoner. Dingue. justine-haupt.com

Maker Faire Lille

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Pour sa quatrième édition, le rendezvous des "faiseurs" investit la Gare Saint Sauveur. 600 bidouilleurs 2.0 issus de toute la France sont attendus. Leur mantra ? Réparer, créer, détourner et partager leurs connaissances. Au gré de ces démonstrations ou installations monumentales, on apprend à confectionner un nœud papillon avec une chambre à air, fabriquer son karting ou programmer des petits robots. Lille, 03 > 05.04, Gare Saint Sauveur, 10 h-18 h 9 / 6 € (gratuit -6 ans), lille.makerfaire.com

Dunkerque, 01 > 05.04, Théâtre La Licorne mer, sam & dim : 16 h • jeu, ven & sam : 20 h 7 €, www.theatre-lalicorne.fr

© Claire Dancoisne

© Quentin Chevrier

Côté jardin Depuis trois décennies, La Licorne imagine des spectacles où machines et marionnettes donnent la réplique aux humains. Du théâtre d'objets au cinéma d'animation, il n'y avait qu'un pas… que la compagnie dunkerquoise franchit. Créés avec des dessins, mais aussi de la terre, du papier ou de la pâte à modeler, ces courts-métrages rarement montrés témoignent d'un artisanat des plus inventifs. Attention, durant l'entracte, il est possible que ces histoires débordent de l'écran…


Festival Demain à Mons, le futur a de l'avenir. Inspiré par le documentaire Demain, ce grand bouillon de culture mêle des artistes de tous horizons pour mieux contrer les crises écologiques et sociales. à l'instar de Frédéric Ferrer, qui poursuit ses conférences scientifico-loufoques et repousse cette fois les limites du monde – ou de l'absurde. Après un petit café avec Extinction Rebellion, on découvre les beautés de la "déconsommation" grâce à la land-artiste Nina Fazzini. Enfin, si comme 76 % des Belges vous préféreriez vivre dans le passé, entrez donc au ministère de l'Avenir de Gabriella Cserhati, histoire de découvrir de joyeux possibles. Mons, 25.03 > 03.04, divers lieux 1 spectacle : 15 € > gratuit, surmars.be

© Rebecca Moreau

Sélection / 25.03 : Frédéric Ferrer : Borderline(s) Investigation #1 // 26.03 : Gabriella Cserhati : L'Avenir vous regarde // 31.03 : Un café avec Extinction Rebellion MonsBorinage

Séries Mania à Lille, saison 3. Le WuTang Clan faisant aussi l'objet d'un feuilleton depuis l'an passé (Wu-Tang : An American Saga), le Flow dégaine sa soirée hommage. Alors ? On découvre, pêle-mêle, les films de kungfu qui ont inspiré la bande de Staten Island, des sets de circonstance de DJ pas manchots (DJ Duke d'Assassin, DJ Sims de Radio Nova) et on prépare son plus beau regard de tueur. Lille, 21.03, Flow, 22 h > 2 h, gratuit, flow.lille.fr Séries Mania : Lille, 20 > 28.03, divers lieux gratuit, seriesmania.com

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Wu-Tang : An American Saga © RZA / Hulu

Soirée Wu-Tang Clan


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interview

Noms peut-être ! | Plaques tournantes | Rue Jane Austen, boulevard Virginia Woolf, place Alice Guy… Inutile de chercher ces adresses à Bruxelles, ou dans la plupart des villes belges ou françaises, elles n’existent pas. Pourtant, ces femmes sont bien réelles et n’ont pas grand-chose à envier à Baudelaire ou Victor Hugo, dont on ne compte plus les rues portant leur nom. Dans la capitale européenne, Noms peut-être ! rebaptise les avenues, squares ou venelles en exaltant de grandes figures féminines. Ce collectif, ou plutôt cette "collective", lutte ainsi contre l’invisibilité de la moitié de l’espèce humaine dans l’espace public. Entretien avec Camille Wernaers, une activiste loin d’être à côté de la plaque.

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Quand votre collective est-elle née ? En 2017, d’un triste constat. à Bruxelles, moins de 4 % des rues portent un nom féminin*. En Wallonie c’est pire : 2 % ! Cette injustice résonne avec d’autres fléaux, comme le harcèlement. La rue demeure donc un espace masculin. C’est d’autant plus dérangeant que ces "grands hommes" sont parfois honorés pour des faits horribles…

Que voulez-vous dire ? Léopold II** fut par exemple à l’origine de massacres au Congo. Il bénéficie néanmoins de boulevards à son nom. Au-delà de la question du genre, il est problématique d’inscrire ces gens dans la mémoire collective. A contrario, nous avons l’impression que les femmes n’ont rien réalisé ! Bruxelles et toutes les villes du monde regorgent pourtant de destins remarquables : architectes, artistes, politiques… mais c’est comme si elles n’existaient pas. •••


Quelles actions menez-vous ? Nous publions d’abord la biographie, sur notre site, de femmes remarquables et oubliées. Puis nous rebaptisons nos rues avec ces noms. C’est un acte de désobéissance féministe.

« Toute notre éducation est à revoir. » Concrètement, comment vous y prenez-vous ? Nous copions le modèle de la plaque originale, puis collons la nôtre en dessous avec de la Patafix, pour éviter les dégradations et ne

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Quel est votre objectif ? Se réapproprier notre histoire. Moi-même je suis journaliste. à l’université, on m’a abreuvée de légendes du métier… tous des mecs ! En réalité, de nombreuses femmes ont marqué cette profession. Nellie Bly fut une pionnière du journalisme d’investigation. à la fin du xixe siècle, elle a simulé la démence pour enquêter dans un asile. Ses révélations ont changé à jamais la psychiatrie américaine. Je ne l’ai découverte qu’en 2018 à la faveur de mon adhésion à Noms peutêtre !. C’est la même chose dans les filières scientifiques… Toute notre éducation est à revoir.


pas gêner les gens à la recherche d’une adresse. Chaque nom est assorti d’une petite bio, car ces femmes sont souvent inconnues. Nous agissons la nuit, en petit comité et de manière illégale. C’est de l’affichage sauvage, certes, mais on ne demandera jamais l’autorisation à personne. On passe notre temps à le faire pour exister… Avez-vous des exemples de réhabilitation ? Pour le symbole, citons Gisèle Halimi, une avocate et militante féministe franco-tunisienne. Elle a signé en 1971 le manifeste des

343 salopes, déclarant avoir eu recours à l’avortement ou réclamé sa légalisation. On honore aussi Maya Angelou, poétesse et militante américaine, liée au mouvement des droits civiques. Naturellement, nos héroïnes ne sont pas toutes blanches, valides ou hétéros car on défend la diversité au maximum. Pourquoi nos rues portentelles majoritairement des noms masculins ? D’abord parce que les hommes se sont accaparés le pouvoir, financier ou politique. Il y a eu aussi un effacement délibéré du nom des •••


femmes, notamment en sciences. On appelle cela "l’effet Matilda"***, soit la minimisation de la contribution des femmes à la recherche scientifique.

« C’est un acte de désobéissance féministe. » Qui, par exemple ? Rosalind Franklin, physico-chimiste britannique. Peu de gens la connaissent, pourtant son action a été déterminante dans la découverte de la structure de l’ADN en double hélice. Son travail a été déprécié et ce sont ses collègues, Watson et Crick, qui se sont attribués cette trouvaille, obtenant le prix Nobel de médecine. Suite à vos actions, avez-vous constaté des changements ? Oui, et c’est la deuxième partie de notre projet, qui consiste en un travail de lobbying auprès des politiques. Lorsque nous rebaptisons les rues d’une ville, nous demandons à être reçues. Récemment, le bourgmestre de Saint-Gilles a réagi à notre sollicitation, et dorénavant une place de la commune se nomme Marie Janson. Cette figure politique belge, la première femme à entrer au Sénat, a donc été réhabilitée.

Combien de rues mériteraient d’être rebaptisées en Belgique ? Renommer une rue reste difficile. Les entreprises, magasins ou plus simplement les gens doivent conserver leur adresse ! Par contre, nous demandons aux politiques que chaque nouvelle rue ou nouveau bâtiment (un lieu culturel ou sportif, un square…) porte un nom de femme, jusqu’à atteindre la parité. Cela prendra des années, mais le féminisme est un combat sur le long terme. Propos recueillis par Julien Damien Photos © Noms peut-être ! * Plus précisément 3,8%, contre 25,6% pour les hommes, selon un enquête publiée par le journal Le Soir en mars 2017. ** Roi des Belges de 1865 à 1909. *** Théorisé au début des années 1980 par l’historienne des sciences Margaret Rossiter, en hommage à la militante féministe Matilda Joslyn Gage.

à lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

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à visiter / nomspeutetre.wordpress.com


© DR

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Jean-Bernard Pouy Black Rebel Motorcycle Club x Morgon - Domaine Jean-Marc Burgaud "Grand Cras" © Alex Horn


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Compagnie Voulez-vous ? Les inégalités entre les sexes ne sont plus à démontrer. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon un rapport de l’Unesco, les femmes effectuent 66 % du travail et produisent 50% de la nourriture, mais ne perçoivent que 10 % des revenus et détiennent au mieux 1 % de la propriété… La compagnie Voulez-vous ? se saisit de cette injustice à sa façon : décalée, mais pas moins pertinente. Depuis 2018, ces Lillois.e.s réhabilitent les grandes dames qui ont marqué l’histoire culturelle, politique ou artistique de nos villes. De Roubaix à Armentières, la troupe organise des visites guidées sur-mesure dans les rues, révélant un matrimoine invisible, mais pourtant bien réel.

| Gestion de matrimoine |

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Née en 2012 à Lille, la compagnie Voulez-vous ? magnifie souvent des personnalités en marge. Citons la diva underground déchue de Frigide (d’après Copi) ou l’éboueur révolutionnaire du Seigneur des porcheries de Tristan Egolf (en 2021, dans tous les bons théâtres). « Nos héros un peu étranges cachent une souffrance, explique la metteuse en scène, Camille Pawlotsky. Mais au fil de nos récits, ils se libèrent de leurs peurs et du regard des autres ». Qu’ils soient présentés sur

scène, en déambulation ou dans des lieux improbables (une piscine !) « nos spectacles s’achèvent par une grande fête avec le public ».

« En France, 2 % des rues portent un nom féminin. » Les sujets sont graves (l’exclusion, l’homophobie latente…) mais le ton souvent burlesque. Plus engagés que jamais, ces Nordistes ont fait de la lutte contre l’inégalité entre les •••


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Droit de (re)visite

Suite à une proposition du collectif H/F (voir ci-contre), la compagnie organise en effet des "marathons matrimoines". Soit des balades pas tout à fait comme les autres, dans toutes les villes d’accueil. « Les spectateurs pensent participer à une visite patrimoniale classique, menée par un guide qui met à l’honneur les grands hommes de l’Histoire… Mais soudain ses collègues féminines, jusque-là bien sages, détournent son programme ». Dès lors, exit les sempiternels exploits de ces messieurs. Les comédiennes mettent cette fois l’accent sur des dames remarquables, en relatant ou rejouant

Julien Damien à visiter / www.voulezvousvoulezvous.com à lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com

Collectif H/F Depuis 2016, le collectif H/F Hauts-deFrance mesure la proportion de femmes et d’hommes sur nos scènes artistiques conventionnées – donc financées par l’argent public. Selon un rapport de janvier 2018 du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, elles sont en effet majoritaires dans les écoles d’art (60 %) mais ne représentent que 20 % des artistes programmées ou des dirigeantes de structures culturelles. Dans les Hauts-deFrance, selon un dernier recensement, la proportion des filles programmées dans les salles de concert oscille entre 9 et 28 % et dans les théâtres de 25 à 46 %. hf-npdc.blogspot.com

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hommes et les femmes leur nouveau cheval de bataille.

leurs faits d’armes au fil de la promenade-spectacle. à Roubaix par exemple, on célèbre Suzanne Noël. Chirurgienne durant la Première Guerre mondiale (« parce que son mari l’avait autorisée à suivre des études… »), cette native de Laon (Aisne) réparait les gueules cassées, et devint une pionnière de la chirurgie esthétique. « Aujourd’hui, une seule allée porte son nom. D’ailleurs en France, 2 % des rues honorent une femme. Même Marie Curie est toujours accolée à son mec !, s’indigne Camille. Cela insinue clairement que les filles n’ont pas droit à la postérité ». Pourtant, ce ne sont pas les grandes figures, les héroïnes qui manquent…


Parcours Matrimoine, Cie Voulez-vous ? Š Daniel Pieruzzini


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f rt po lio o

Joe Cavazos | Réalité augmentée |

En mars 2019, Joe Cavazos s’est lancé un défi : réaliser chaque jour une image originale, histoire de pimenter sa créativité. « Peu après le début du challenge, j’ai trouvé la photo d’une femme entrant dans une station de métro », se souvient l’Américain. La scène, anodine, a déclenché une réflexion qui l’est beaucoup moins : « peu importe la vitesse à laquelle on avance, on laisse forcément un mouvement derrière soi ». Mais comment le matérialiser ? Ainsi naquit la série The Pixel Stretch, soit "l’étirement du pixel". Ici un basketteur en pleine extension, là un skateur défiant les lois de la gravité, une coureuse de fond évoluant au-dessus du sol… Quelle que soit l’attitude de ses modèles, ce « Il s’agit virtuose du Photoshop déniche toujours le moyen de de capturer prolonger leurs actions ou contorsions. Il les symbolise le passage du temps. » via de longues courbes ou sillons colorés semblant jaillir de leur corps. Le concept est simple, mais la technique autrement plus exigeante. Réduits à l’essentiel, ces camaïeux traduisent à merveille l’énergie déployée par ces personnages et subliment in fine nos traces de vie. Derrière les exploits des danseurs et athlètes (des photographies dénichées çà et là) il s’agit aussi pour le Texan de « capturer le passage du temps », par essence insaisissable. En témoigne ce vieil homme appuyé sur sa canne, dont l’immobilité est ornée d’un bel arc-en-ciel, rendant éternel un instant banal et éphémère. Car Joe Cavazos a de la fuite dans les idées. Julien Damien et Lucille Leleu

à visiter / joecavazos.com, @joecavazos

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à lire / L’interview de Joe Cavazos sur lm-magazine.com


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i us m ue q

Big Thief | Entre ciel et terre |

© DR

Quelque chose frappe à la lecture des articles consacrés à Big Thief : très peu s’essaient au name dropping traditionnel. Comme si ce quatuor de Brooklyn échappait à l’inventaire. Tout juste ose-t-on situer ces 45 titres originaux dans le sillage d’une noble tradition américaine entre rock et folk… Sans doute est-il vain de leur trouver des voisins au panthéon du songwriting, l’évidence de les y loger suffit. En baptisant son premier album Masterpiece en 2016, la bande menée par Adrianne Lenker faisait vœu d’exception, confirmé par un deuxième album d’une évidente beauté. Mais on retient plus encore le dyptique de 2019, U.F.O.F. et Two Hands. Ces diplômés de la Berklee College of Music y explorent les difficiles conditions de vie sur Terre, entre dérèglement climatique et violences policières, dans des morceaux plus bruts. Compositrice et chanteuse nomade, Adrianne Lenker demeure l’âme fascinante de Big Thief. Tantôt fragile ou vociférante, céleste ou terrestre. Bref, vous l'aurez compris, inclassable ! Mathieu Dauchy Tourcoing, 04.03, Grand Mix, complet ! Bruxelles, 05.03, Ancienne Belgique, complet !


© Holly Whitaker

Warmduscher | Famille décomposée |

Ce n'est pas un épiphénomène : la pop britannique compte désormais pléthore de déclassés, débauchés et autres inadaptés. Faut-il s'en réjouir ? Oui, sur le papier. Un peu moins entre les oreilles. On s'ennuie poliment devant Sleaford Mods, Fontaines D.C., Shame, Slaves, The Murder Capital et autres Idles. Être un manant n'est pas un argument de vente suffisant, si ?

Lille, 05.03, L'Aéronef, 20 h, 18 > 5 €, www.aeronef.fr

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Heureusement, parmi ces va-nu-pieds, quelques-uns regardent les étoiles. Ils se nomment Fat White Family, The Moonlandingz, Insecure Men, soit une vaste famille décomposée et incestueuse dont Warmduscher forme une énième branche bien tordue. Unissant le sourire troué de Saul Adamczewski à des membres de Childhood et Paranoid London (tenanciers d'une acid house crasseuse mais ô combien réjouissante), ce groupe titube sur un montage ahurissant de funk, de pop psychédélique et de disco flinguée. Un équilibre instable, forcément, qui parvient malgré tout à convaincre. Mieux, à séduire. Invitant sur leur troisième (!) album des figures tutélaires comme Iggy Pop ou Kool Keith, Warmduscher sait que tout est perdu, mais joue quand même les prolongations. Moins récréatif qu'il pourrait en avoir l'air, ce laboratoire a nourri le dernier disque en date de Fat White Family. Preuve que derrière les (apparentes) élucubrations de quelques excentriques, se dessine une œuvre, une vraie, fruit d'un véritable travail collectif. Dans 20 ans, croyez-nous, on se souviendra davantage de ces olibrius que des zozos cités plus haut.T. Allemand


© Mothmeister

Front 242 Une certaine idée de la virilité robotique. Front 242, c'est une musique minimaliste, froide, violente et sèche comme un coup de trique. Avec un humour particulier (le hit souterrain Funkahdafi, hommage synthétique à l'homme d'état libyen) et malgré quelques polémiques (des accusations récurrentes de sympathies d'extrême-droite) la formation née à Aarschot s'est taillé une place à part dans le paysage musical mondial. Acclamés aux USA, shootés par Anton Corbijn, proches de Ministry, ces cousins belges de Nitzer Ebb ont marqué des générations entières. Parlez-en à The Hacker ou Gesaffelstein, au hasard. T.A.

Chanteuse du tandem electropotache Sexy Sushi et du duo baroque Mansfield. TYA, Julia Lanoë a trouvé en Vitalic une troisième moitié de circonstance. Dans la lignée de leur premier featuring, La Mort sur le dancefloor (2012), ces deux là capturent à merveille le zeitgeist de ce début de siècle. Leurs chansons entonnées dans la langue de Goethe et cette techno dépressive (berlinoise, quoi) soufflent le chaud et le froid sur la piste – sans compromis. J.D. Gand, 12.03, Vooruit, 19 h 30, 19,75 / 16,75 €, vooruit.be Charleroi, 13.03, Eden, 20 h, 22 > 15 €, eden-charleroi.be Louvain, 14.03, Het Depot, 20 h, 21 > 16 €, hetdepot.be

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Kompromat

© Erwan Fichou & Theo Mercier

Namur, 07.03, Pulse (Parc Scientifique Crealys), 17 h, 39 € // Courtrai, 12 & 13.03, De Kreun, complet ! Waregem, 21.05, Waregem Expo, 20 h 45, pass 1 jour : 70 €, www.w-festival.com (W-Festival)


planete rap Le hip-hop, à l'instar de la pop, affiche désormais une grande variété – musicale, textuelle… La preuve en quatre actes. Où l'on découvre un gaillard un peu rétro, une activiste féministe qui n'a pas la langue dans sa poche, un laborantin zélé et un vétéran qui repousse tranquillement les limites du rap.

© Jimmy Fontaine

Thibaut Allemand & Sonia Abassi

YBN Cordae Cordae Amari Dunsto fut d'abord ce gamin perdu comme il en existe tant aux Etats-Unis (The Lost Boy, pour citer le titre de son album). Trimballé de ville en ville par sa mère surendettée avant d'atterrir dans un "trailer park" (le peuple des mobil-homes), il fut biberonné par son beau-père à Rakim, Jay-Z ou Nas. Un tel cocktail ne laisse pas indemne. Une rencontre avec le collectif YBN (Young Boss N*ggaz), une reprise d’Eminem et quelques featurings (notamment avec Orelsan) plus tard, ce baroudeur réussit la jonction entre les styles et les époques. Il voyage allègrement entre R'n'B, soul, jazz, trap… et désormais en première classe. S.A. Bruxelles, 17.03, Botanique, 19 h 30, 29 > 23 €, botanique.be


© DR

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JPEGMafia

Princess Nokia

Généralement, on renvoie au hiphop l'image de jeunes désœuvrés trouvant un exutoire dans la musique. JPEGMafia, lui, avait un travail plutôt sérieux lorsqu'il a débuté. Pour cause : il était dans l'armée, d'où le nom de son deuxième LP, Veteran, qui l'a révélé. Depuis, l'Américain joue les insoumis et son dernier essai en date, All My Heroes Are Cornballs, jongle avec le glitch-hop, la noise et la pop expérimentale. Le tout est autrement plus passionnant que les élucubrations du brave Kanye. T.A.

La reconnaissance de "misfits" comme Billie Eilish ou Lizzo devrait, on l'espère, bénéficier à une autre jeune fille, un chouïa plus âgée, nommée Princess Nokia. Cette New-Yorkaise féministe joue avec les codes (Tomboy, soit "garçon manqué") et n'a pas son pareil pour torcher des merveilles bondissantes (Sugar Honey Iced Tea). Un peu moins convaincante lorsqu'elle calme le jeu (Balenciaga), on compte sur elle pour lâcher les chiens – on n'est pas près de se remettre de la puissance de feu de Kitana. T.A.

Anvers, 11.03, Zappa, 19 h 30, 20 / 17 € www.zappaworld.be

Anvers, 17.03, Trix, 19 h, 27 / 25 €, www.trixonline.be

Illa J

Tourcoing, 01.04, Grand Mix, 19 h, 13 > 5 € (gratuit abonnés) legrandmix.com

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Soyons honnêtes, le flow d'Illa J, ex-Slum Village, n'a rien d'extraordinaire. Détendu, posé et plein de groove, certes, mais pas follement original. La différence se joue ici dans les instrus et le choix des samples. Ainsi du bien nommé All Good – en même temps, comment se planter lorsqu'on reprend Burt Bacharach ? À l'instar de son regretté frère aîné J. Dilla, l'Américain a le chic pour tordre la soul vintage et en tirer des sons franchement enivrants. T.A.


@eye_shoot_stuff

Isha

Ces « paroliers fauchés », comme ils le clament dans leur collaboration, Idole, ont tous deux bien galéré. Entre les premiers pas et la reconnaissance, 10 ans se sont écoulés. Le temps nécessaire pour affûter leurs punchlines. Et maintenant ? Tanguy Croq France vs Belgique / Né au Cameroun, Dinos atterrit à La Courneuve en 1993, à quatre ans, et n'échappe pas à l’hérédité du 93 Empire. >/< Fils d’immigrés congolais, Isha voit lui le jour à Bruxelles en 1986, et profite de l’effervescence de la scène locale. De quoi effrayer nos frenchies ? Doit-on rappeler qui a ramené la coupe à la maison ?

Warm Up / Découvert en 2011 lors des mythiques Rap Contenders, Dinos s'est seulement imposé en 2019 avec Taciturne. >/< La réussite d'Isha tient elle du miracle. Il sort un premier album en 2008 mais sombre dans l’alcool. Après six ans de service au Samu social, le Belge lance le projet La Vie augmente, et cartonne. Hommes de paroles / Dinos « rappe le charme du ghetto » avec de sacrées références. Dans Presque célèbre, il rend ainsi hommage à Devos : « rien plus rien plus rien multiplié par trois, ça fait rien de neuf ». >/< Pour Isha, la musique est une « psychanalyse sublimant le mal-être et la tristesse », mais sans jamais verser dans la complainte.

Respect / Dinos s'est autoproclamé « le nouveau Solaar ». Pour la modestie, on repassera. Reste qu'il est considéré comme l'une des plus belles plumes du rap français. >/< Isha fut lui révélé par ses collaborations avec Roméo Elvis ou Hamza. Leur poulain ? Que nenni ! Ils le citent tous comme un mentor. Validé, comme dirait l'autre. Dinos Lille, 27.03, Le Splendid, 20 h, 22,80 € Bruxelles, 05.05, Botanique, 19 h 30, 25 > 18 €

Isha Bruxelles, 14.03, Ancienne Belgique, 20 h, 23 / 22 € Tourcoing, 19.03, Le Grand Mix, 20 h, 14 > 5 € Amiens, 27.03, La Lune des Pirates, 20 h 30, 13 / 8 €

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© Fifou

VS

Dinos


Les Enchanteurs | Clef des chants |

Initié par des communes modestes, mais désireuses d'offrir des concerts dignes de ce nom, ce festival itinérant dispense la bonne parole dans 25 villes du Pas-de-Calais. Toujours aussi magique, la formule multiplie les dates dans des lieux atypiques, à des prix démocratiques.

La Maison Tellier © Fred Margueron

Mis sur pied par l'association Droit de Cité, cet évènement distille sinon le plus connu, le plus exaltant de la chanson francophone – jetez donc une oreille à Gabriel Saglio & Les Vieilles Pies ou Rovski. Après avoir fêté sa 20 e édition, « le festival revient aux fondamentaux, ressort les chapiteaux et ressuscite le bistrottour, prévient Grégoire Thion, le porte-parole. Nous mettons plus encore l'accent sur la découverte d'artistes et de lieux singuliers ». à l'image du concert de l'accordéoniste belge (et un poil punk) Emeline Tout Court, à la brasserie Saint-Germain d'AixNoulette « au milieu des fûts ». L'apéro idéal avant de passer à table avec Chanson Plus Bifluorée. Quelque part entre le music-hall et le stand-up, ce trio mêle gastronomie et ballades épicées. Celles-ci ne déplairont sans doute pas à GiedRé, repérée ici par les plus curieux dès 2012. Fidèle, la chansonnière borderline revient avec ses "drôles de gens", incarnant ici un équarrisseur, là une mère tentée par l'infanticide… à ce propos, les plus jeunes mélomanes sont invités par le Radio Minus Sound System, qui remixe des chansons pour enfants issues de toutes les contrées ou époques – histoire d'entrer dans la danse du bon pied. Julien Damien

••• Sélection / 04.03 : MPL // 07.03 : Balik (de Danakil) + Clay & Friends // 12.03 : Vian par Debout sur le Zinc 19.03 : Nach // 20 & 21.03 : Emeline Tout Court // 21.03 : Birds on a Wire // 27.03 : Chanson Plus Bifluorée 28.03 : GiedRé // 31.03 & 01.04 : Radio Minus Sound System // 02.04 : Rovski // 03.04 : Mes Souliers sont rouges // 04.04 : Gabriel Saglio & Les Vieilles Pies // 09.04 : La Maison Tellier // 10.04 : Renan Luce…

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Bassin minier du Pas-de-Calais, 28.02 > 10.04, divers lieux, 1 concert : 18 > 5 € pass "curieux" 6 concerts : 30 € (gratuit -12 ans), festival-lesenchanteurs.com


Quoi

Si vous pensez qu’un musicien a tout dit dans son premier album, passez votre chemin. Ici, on s’intéresse aux artisans qui, dix mille fois, remettent l’ouvrage sur le métier. Ces quatre noms font partie de notre décor – de celui de nos parents, souvent. Alors, chefs-d'œuvre en péril, baudruches cent fois rafistolées ou monuments incontournables ? Thibaut Allemand

Morcheeba © DR

de neuf ?

Morcheeba

Bruxelles, 13.03, La Madeleine, complet ! // Lille, 14.03, L'Aéronef, complet ! Beauvais, 28.03, Magic Mirrors, 22 h, 28 €, www.zincblues.com (Festival Blues autour du zinc)

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Comme ils furent pris de haut, ces trois-là ! La raison ? Avoir été hâtivement rangés dans le fourre-tout trip-hop, avec Portishead et Massive Attack. À côté, nos Londoniens semblaient trop pop, soul, pas assez expérimentaux… Or, c'est justement cette approche soul et ce sens de la mélodie qui firent de Morcheeba un groupe à part, ayant plus à voir avec l'éphémère courant acid jazz que les deux gros cartons venus de Bristol. Après plusieurs changements de line-up (la chanteuse Skye Edwards fut remplacée trois fois avant de reprendre son poste) le désormais duo est revenu l'an passé avec un disque très digne. L'occasion de réparer une injustice.


« Toujours pareil, à chaque fois différent ». Ainsi parlait John Peel au sujet de The Fall. On pourrait reprendre la formule pour le groupe mené depuis 28 ans par le falsetto crépusculaire de Stuart Staples. Inclassables, ses chansons du petit matin, tout en ombres et lumières, sont héritières de Lee Hazlewood, Ennio Morricone, Jacques Brel revu et corrigé par Scott Walker ou encore Leonard Cohen. Pas vraiment le quinté gagnant de la gaudriole, mais des artisans qui savent ce que mélancolie signifie. Arras, 07.03, Théâtre d’Arras, complet ! Bruxelles, 28.04, Ancienne Belgique, complet ! Genk, 30.04, C-Mine, complet !

© Estevan Oriol

© Richard Dumas + Suzanne Osborne

Tindersticks

Kelis

On se souvient d'elle, poupée de cire et de son entre les mains de Pharrell Williams et Chad Hugo, alias The Neptunes. Elle aurait pu disparaître passée 25 ans – et ce n'est pas un disque composé avec David Guetta qui allait nous faire lever un sourcil. Mais voilà : en 2014, la native de Harlem nous bluffait avec Food, disque piquant de soul vintage consacré à la… cuisine. Depuis, on l'a suivie de loin. Mais aux dernières nouvelles, ses prestations scéniques ne manquent pas de sel. Bruxelles, 09.03, Ancienne Belgique, 20 h, 30 / 29 € www.abconcerts.be

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Sérieusement, ce n'est pas à Maceo Parker que l'on demandera "Quoi de neuf ?". L'homme a 77 ans. Qu'il ne se soit jamais essayé à l'avant-sludge, au turbo-zouk ou à la post-trap n'est pas scandaleux. En revanche, quel monument ! Saxophoniste pour quelques légendes (James Brown, Parliament/ Funkadelic, Prince…), l'altiste n'est pas forcément un technicien surdoué, loin de là. En revanche, il possède un sens du show qui n'appartient qu'à lui – un entertainer à l'américaine, donc. Beauvais, 27.03, Magic Mirrors, 22 h, 20 €, www.zincblues.com (Festival Blues autour du zinc) Ostende, 31.03, Kursaal, 20 h, 44,25 > 34,25 €, kursaaloostende.be

© Ines Kaiser

Maceo Parker


© Jean-Baptiste Mondino

Ala.ni Ala.ni n'a jamais donné dans la démesure, plutôt la retenue soul et la finesse du jazz. Son deuxième album le prouve dès son intitulé : ACCA, soit "A cappella". à peine distingue-t-on quelques cordes, une basse sporadique et le beatboxing de Dave Crowe. Pour le reste, ce sont les quatre octaves de la Londonienne et, sur deux morceaux, le chant spectral et sépulcral d'un animal nommé Iggy Pop. Certes, il y a une sorte d'inconscience, voire de prétention dans ce pari fou : émouvoir l'auditeur sans nul autre artifice que la force d'une voix. Mais voilà : la magie opère, et plus encore sur scène. À quoi bon résister ? T.A. Lomme, 27.03, maison Folie Beaulieu, 20 h 30, 9,30 / 5,20 €, www.jazzenord.com, www.ville-lomme.fr

Les chansons de Mélissa Laveaux sont des invitations au voyage, à l'image de cette Montréalaise née de parents haïtiens et installée à Ménilmontant. De la première République noire, elle a conservé les chants traditionnels, le goût des cuivres ou percussions. Elle mêle cet héritage à la pop moderne, libérant une soul intemporelle. Ou comment, à des milliers de kilomètres de distance, renouer avec ses racines pour les confronter à notre milieu urbain. T.A. Oignies, 27.03, Le Métaphone, 20 h 30, 18 > 10 €, 9-9bis.com

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© Romain Staropoli

Mélissa Laveaux


© Tony Fabian

Lambert Wilson chante Kurt Weill Après avoir chanté Montand, Lambert Wilson s'attèle à Kurt Weill. Accompagné par le pianiste Bruno Fontaine et l'ONL, l'acteur à la voix de baryton revisite l'œuvre géniale du compositeur allemand, de L'Opéra de quat'sous à Lady in the Dark. Oscillant entre les langues de Goethe, Molière et Shakespeare, sa musique à la fois savante et populaire entremêle opéra, jazz et music-hall. L.L. Lille, 04 & 05.03, Nouveau Siècle, 20 h, 55 > 5 €, onlille.com Béthune, 06.03, Théâtre municipal, 20 h 30, 22 > 11 €, theatre-bethune.fr

Mar 03.03

Gainsbourg for Kids Béthune, Théâtre municipal, 19h, 5/3e BB Brunes Lille, Le Splendid, 20h, 29e Jean-Louis Aubert Bruxelles, Forest National, 20h, 62>36e Mer 04.03

Jean-Louis Aubert Lille, Le Zénith, 20h, 69>39e Jeu 05.03

Louis Bertignac Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 55>39e Pomme + Safia Nolin Marche-en-Famenne, Maison de la Culture, 20h30, 25/20e V en 0 6 . 0 3

ISAAC DELUSION Bruxelles, Botanique, 19h30, 21>15e

Tri Yann - Kenavo Tour Lille, Le Zénith, 20h, 55>40e

Black M Lille, Th. Sébastopol, 20h, 32e

Bertrand Belin Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 15>10e

Le Carnaval des animaux (adaptation Albin de la Simone) Dunkerque, Le Bateau-Feu, 20h, 6e

S am 0 7. 0 3

Mer 11.03

Sharko Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e

Compact Disk Dummies Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5e

Thylacine Lille, L'Aéronef, 20h, 28>20e

Destin russe Lille, Nouveau Siècle, 20h, 55>5€

MASS HYSTERIA Oignies, Le Métaphone, 20h30, 20>14e

Gauvain Sers Béthune, Théâtre, 20h30, 34>17e

Black Bomb A + Noise Emission Control Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 21h, 8/5€ D im 0 8 . 0 3

Alice on the Roof Mons, Théâtre Royal, 18h, 39,50>29,50e Le Grand Bleu – Ciné Concert Lille, Le Zénith, 19h, 73>40e Patrick Watson Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 29e Mar 10.03

Caravan Palace Lille, L'Aéronef, 20h, 32e

Trio La Quinte Marcq-en-Barœul, Médiathèque La Corderie, 17h, gratuit

Chapelier Fou Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10e

Jessica93 Bruxelles, Botanique, 19h30, 19>13e

JEU 12.03

Microphone Check : Dj Sebti & Saï Saï Family + Gulien + Mr % Lille, Le Flow, 20h, gratuit V en 1 3 . 0 3

Calypso Rose Lille, L'Aéronef, 18h, 28>20e Boulevard des airs Lille, Le Zénith, 20h, 45>32€ Johnny Mafia + Bandit Bandit Béthune, Le Poche, 20h, 10/8e The RG’s + Mondo Generator Dixmude, 4AD, 20h, 15>11e Oboy + DoXX + Bekar Oignies, Métaphone, 20h30, 18>10e S am 1 4 . 0 3

Oldelaf Hem, Zéphyr, 20h, 29,90e

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D im 0 1 . 0 3

Patrick Watson Lille, L'Aéronef, 18h30, 27/20e


Stephan Eicher Aulnoye-Aymeries, Théâtre Léo Ferré, 20h, 20/15e Les Swingirls Calais, Centre culturel Gérard Philipe, 20h30, 12>7€ D im 1 5 . 0 3

Corneille Lille, Casino Barrière, 18h, 37/34e Mer 18.03

Avril Lavigne Bruxelles, Forest National, 20h, 43e Bärlin Lille, mF Wazemmes, 20h, 5/2e Jeu 19.03

Les Ogres de Barback Lille, L'Aéronef, 20h, 25/19e Whispering Sons + Skemer… Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 13e>gratuit (abonnés) V en 2 0 . 0 3

Cock Robin Orchies, Le PACBO, 20h30, 35/30e Dim 22.03

Temples Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, 21>5e Mar 24.03

Nosfell Valenciennes, Le Phénix, 20h, 24>17e Santana Anvers, Sportpaleis, 20h, 100>48e Mer 25.03

Andy Shauf + Molly Sarlé Bruxelles, Botanique, 19h30, 23>17e Kid Francescoli Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 20>5e Roméo Elvis Longuenesse, Sceneo, 20h, 39e

IIVII Dixmude, 4AD, 20h, 12/8e

Therapy? Bruxelles, AB, 20h, 31/30e

Lonepsi + Fils Cara Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 21>5e

Les Innocents Mouscron, Centre culturel, 20h30, 35/32e Jeu 26.03

Murray Head Hem, Zéphyr, 20h, 30e

Femi Kuti + Camilla George Louvain, Het Depot, 20h, 28>23e

S am 2 1 . 0 3

Little Dragon Bruxelles, Botanique, 19h30, 24>18e

King Dude + L'Ivrenoir Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 12/9e

V en 2 7 . 0 3

Chapelier Fou Bruxelles, Botanique, 19h30, 20>14e Pantha Du Prince Bruxelles, Botanique, 19h30, 25>19e James Leg + Datcha Mandala Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10e Joe Gideon with Jim Sclavunos & Gris-de-Lin + Echo Beatty Dixmude, 4 AD, 20h, 14>10€ S am 2 8 . 0 3

Volo Lille, Le Splendid, 20h, 23€ The Magician Charleroi, Rockerill, 22h, 16e D im 2 9 . 0 3

CocoRosie Lille, L'Aéronef, 18h30, 27/20e Lun 30.03

The Jesus and Mary Chain Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 39/38e Mar 31.03

Flavia Coelho + chicos y mendez Bruxelles, AB, 20h, 20/19e MER 01.04

Superbus Lille, Le Splendid, 20h, 30€

Jadis, on se gaussait de Vincent Delerm. Ces deux premiers albums (calibrés pour les enseignants et chantés par le grand-père Simpson) demeurent inécoutables. Mais la suite… Le Rouennais s'est réinventé, misant sur la demi-teinte, les arrangements soyeux et de véritables mélodies. Ses récits intimistes touchent à l'universel et ses concerts sont remarquablement mis en scène.T.A. Lille, 01.04, Théâtre Sébastopol, 20 h, 38,90 > 27,90 € // Bruxelles, 02.04 Cirque Royal, 20 h, 38 € // Liège, 14.05, Le Forum, 20 h, 38 €

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© Julien Bourgeois

Vincent Delerm


Caribou

Suddenly

(City Slang / PIAS)

Dan Snaith, docteur ès mathématiques, sait que la réussite est l’aboutissement d’une succession d’échecs. Dans la pratique de ce quadra canadien, cela vaut pour son nom d’artiste (il se faisait appeler Manitoba avant d’opter pour Caribou et Daphni dans sa version techno) et, forcément, pour son travail de composition. Ce Suddenly retient ainsi le meilleur de 20 heures d’enregistrement ! Le challenge consistait ici à succéder à Our Love, l’album d’une large reconnaissance publique. Après la révélation des premiers extraits de Home, une reprise pas vraiment risquée de Gloria Barnes, suivie de l’impeccable You and I, on a pris peur en découvrant Never Come Back. Dan aurait-il passé trop de temps avec Major Lazer à Ibiza? Fort heureusement, il continue de s’imposer comme le Jimmy Somerville qui manque à notre époque : une voix de tête portée par d’hédonistes productions électroniques. Cette expression pop directe ménage d'ailleurs de beaux détours electronica, rappelant son pédigree d’esthète. Le titre Lime est ainsi le vrai "twist" kaléidoscopique de cet album, qui zigzague astucieusement entre dancefloor et ritournelles synth-pop. Mathieu Dauchy

The Mystery Kindaichi Band

The Adventures of Kindaichi Kosuke "Pépite", "trésor caché", "curiosité". Voilà le genre de réédition qui cumule les marqueurs. Pensez : funk japonais millésimé 1977, bande originale imaginaire d’une série de romans autour d’un personnage considéré comme le Columbo nippon, casting cinq étoiles de musiciens city-pop, jazz, j-disco… Mais ces Adventures of Kindaichi Kosuke méritent de séduire au-delà du cercle des collectionneurs de raretés. Le compositeur Kentaro Haneda a en effet imaginé pour ces aventures du détective Kosuke, une dizaine de titres immédiatement emballants. Remplis d’ornements (chœurs rêveurs, cordes enlevées, synthés acides), ces morceaux transforment le monde réel en dancefloor cinégénique et suranné. Rémi Boiteux

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(King Records /We Want Sounds)


Chapelier Fou

Baxter Dury

Méridiens

The Night Chancers

(Ici, d’ailleurs…)

(Heavenly Recordings

Chapelier Fou n’a jamais aussi bien porté son nom que dans ce sixième album, où il nous guide dans une rêverie digne de Lewis Carroll. Le disque s'ouvre par une ballade menée avec des instruments à cordes : L’Austère nuit d’Uqbar, référence explicite à l’œuvre fantasque de l’écrivain Jorge Luis Borgès. Au fil des morceaux la musique électronique prend le dessus, frôlant le minimalisme. Louis Warynski présente ici 12 tableaux : Constantinople, Le Triangle des Bermudwes, Le Désert de Sonora… soit autant de lieux réels ou imaginaires. L’aventure s’achève avec Everest Trail, et le retour des cordes. S'il est parfois difficile de décrire un rêve avec des mots, Chapelier Fou, lui, le fait en musique. Augustin Bordet ◆ concert : Roubaix, 06.03, La Cave aux Poètes

Bruxelles, 27.03, Le Botanique

/ PIAS)

« I'm not your fucking friend », martèle d'emblée Baxter Dury. Voilà l'Angleterre comme on l'aime : méchante, rugueuse, faussement flegmatique. Portée par un rythme electro nerveux, cette ouverture (I'm Not Your Dog) donne parfaitement le ton du sixième album du fils de Ian, avec son chœur féminin en Français, ses violons, son spoken word éraillé… Il y a du Gainsbourg chez cet Anglais. Mais pas seulement. Produit par Craig Silvey (Arcade Fire, Arctic Monkeys), qui l'avait remis en selle en 2011 avec Happy Soup, le disque déroule une bande son foisonnante. On y entend de la pop italienne, du rap old school (The Night Chancers), du disco (la ligne de basse de Lets' Dance de Bowie sur Slumford)… Du fucking grand art. Julien Damien

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Kid Francescoli – Lovers (Yotanka / PIAS) On pourra toujours gloser sur l'emploi par une chaîne de supermarché discount du titre Moon. N'empêche, l'opération aura le mérite de révéler à une large audience les productions de ce Marseillais. Et c'est amplement mérité. Le cinquième album de Mathieu Hocine creuse ce même sillon folktronica sensible – osons le (gros) mot : romantique. Dédié au sentiment amoureux, ce Lovers est élaboré avec un indéniable sens du collectif, convoquant nombre de voix féminines. à commencer par celle de la FrancoBrésilienne Samantha sur le lumineux Eu Quero. Citons aussi le timbre voluptueux de iOni sur So Over, merveille de ballade élégiaque où l'on perçoit la patte vintage de French 79. Au final, ce fan de l'OM va toujours droit au but : pile entre les hanches et la tête. Julien Damien ◆ concert : Tourcoing, 25.03, Le Grand Mix


Kapka Kassabova Lisière (Marchialy)

La "lisière" du titre touche la Bulgarie, la Turquie et la Grèce. Elle traverse la Thrace, antique étendue entre la mer Noire et la mer Égée. Kapka Kassabova, native de Sofia, dresse le portrait de ce territoire frontalier situé à la périphérie de l’Europe. Un endroit où le pouvoir s’exerçait par la violence militaire, lorsque la Guerre froide divisait le monde en deux. Durant trois ans, la Bulgare a parcouru cette lisière, à la rencontre de ses habitants, de ses réfugiés, de leurs histoires complexes façonnées par les conflits et les amitiés inhérentes à cette limite. On y découvre une magie propre à ces lieux. Rites et légendes peuplent les montagnes mystiques de la Strandja, les anciennes forêts des Rhodopes et les plaines de l’Empire ottoman déchu. Les vies d’un prêtre orthodoxe turc, d’un garde-frontière bulgare, d’une surveillante de parc national grecque se dévoilent… entre autres. Par fines touches, ce document érudit et sensible parvient à retracer la biographie d’une terre où religions, ethnies et langues se sont toujours entremêlées. Un autre monde, et un regard neuf sur la crise migratoire déchirant l'Europe… 488 p., 22 €. Julien Bourbiaux

Evan Ratliff

Dans nos sociétés contrôlées par les GPS et la vidéosurveillance, est-il possible de s’évanouir dans la nature ? En 2014, le journaliste américain Evan Ratliff tente le coup : disparaître pendant un mois en changeant d’identité. Pour corser le tout, la rédaction du magazine Wired offre une prime de 5 000 dollars à quiconque retrouverait sa trace et le prendrait en photo. La traque se met en place sur le net alors que le "fugitif" écume les routes américaines. Tantôt entrepreneur moustachu louant un studio à Las Vegas, tantôt roadie chevelu pour un groupe de rock étudiant, Ratliff brouille les pistes. Haletante, cette course-poursuite esquisse en filigrane le quotidien de milliers de personnes qui décident chaque année de faire table rase du passé. 130 p., 17 €. Hugo Guyon

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Disparaître dans la nature (Marchialy)


Philippe Dupuy

Damien Cuvillier & Frank Le Gall

J'aurais voulu faire de la bande dessinée (Futuropolis) Si la spécialité de Philippe Dupuy est la bande dessinée (citons Monsieur Jean, que chacun connaît, cosigné avec Charles Berbérian), il se serait bien vu musicien. Pourquoi pas ? En tout cas, il en admire pas mal. De leur côté, le pianiste Stéphan Oliva et le songwriter Dominique A se rêvaient dessinateurs, mais la vie en a décidé autrement… À travers ce dialogue à trois voix, Dupuy rend hommage aux nombreux créateurs qui l'ont nourri. Il dépeint des parcours singuliers en questionnant les aléas et les bifurcations qui composent une existence. Le tout avec un trait très, très libre, fourmillant de détails. Un ouvrage qui se contemple autant qu'il donne à réfléchir. 88 p., 19 €. Thibaut Allemand

Mary Jane (Futuropolis)

Pays de Galles, 1880. Mary Jane Kelly, jeune veuve de 19 ans, fuit la misère et échoue à Londres. Au gré de rencontres pas toujours heureuses, elle finit dans le quartier de Spitalfields, à un jet de pierre de Whitechapel, où sévit un certain Jack L'éventreur… En relatant la vie de l'ultime victime du tueur en série, les deux auteurs recréent une certaine idée de l'Angleterre victorienne. Les couleurs de Damien Cuvillier transcrivent à merveille le contraste entre la verte campagne et la capitale, noyée sous la suie. On a beau connaître le destin tragique de notre héroïne, on n'en reste pas moins ému par cette existence faite de souffrances. Il y a du Zola dans cette bande dessinée ! 88 p., 18 €. Thibaut Allemand

Johann Chapoutot

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Libres d'obéir. Le management, du nazisme à aujourd'hui. (Gallimard Essais) Suggérant une continuité entre le nazisme et nos "démocraties libérales", le sous-titre du nouvel essai de Johann Chapoutot a de quoi intriguer. Ce grand spécialiste de la période hitlérienne se fourvoierait-il dans un raccourci douteux ? à travers la figure de Reinhard Höhn, juriste réputé devenu théoricien du management, il s'agit plutôt d'envisager, au plan des idées et de la formation des élites industrielles d'après-guerre, les effets de la présence massive d'anciens nazis dans les institutions de la RDA. Débarrassée de son immonde substrat racialiste, une vision sociale et historique a en effet pu perdurer, privilégiant un idéal de "consentement" et de "flexibilité " à la lutte des classes. Une lecture éclairante… et troublante. 176 p., 16 €. Raphaël Nieuwjaer


L'Amour flou © Rezo Films

interview

Philippe Rebbot | Flou artistique |

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Tourné dans le nord de la France, entre Loos-en-Gohelle et Liévin, Mine de rien raconte le combat de chômeurs de longue durée pour retrouver leur dignité. Comment ? En bâtissant un parc d’attractions dans une mine de charbon désaffectée… Né à Lens et descendant d’une famille de mineurs, Mathias Mlekus signe ici une comédie feel good qui ne manque pas de fond. Prix du public au festival de l’Alpe d’Huez, elle est portée par Arnaud Ducret (Parents mode d’emploi) et l'inénarrable Philippe Rebbot. Après avoir crevé l’écran avec Romane Bohringer dans L’Amour flou, cet ovni du cinéma français trouve un nouveau rôle à sa mesure : brindezingue et un poil mélancolique. Cet acteur généreux évoque ses débuts, sa passion pour Patrick Dewaere et dispense la bonne parole hippie.


n

ra éc s

Comment présenteriezvous Mine de rien ? C'est une comédie tendre et exhortant les gens à ne pas se laisser écraser, mais gentiment. "Dites-le avec des fleurs", comme chanterait Laurent Voulzy (rires).

« Je suis peut-être le dernier hippie. » à quoi votre personnage ressemble-t-il ? Il est con comme un sparadrap, mais son immaturité l'empêche d'être écrasé. Bien sûr, on peut le regarder comme un type trompant sa femme à tour de bras mais il n'en a en même pas conscience, c'est un vrai hédoniste ! Connaissiez-vous la vie des mineurs ? Elle ne m'était pas totalement inconnue car j'ai quand même suivi des études, pas beaucoup on est d'accord… et puis j'avais vu Blanche Neige, ça aide (rires).

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Plus sérieusement ? Pour moi, ils représentent une sorte d'aristocratie des ouvriers, affichant une certaine fierté. Les anciens mineurs nous ont rapporté des histoires

d'amitié, de solidarité… Être ensemble leur rendait la vie moins dure. Le film défend cet esprit et l’idée qu'il en faut peu pour être heureux. Comment avez-vous été accueillis sur place ? Comme des amis. Beaucoup de figurants sont des gens du coin et même d’anciens mineurs. D'ailleurs, l’économie du film nous a collé les uns aux autres. Comme des manchots sur la banquise qui se tiennent chaud… Aviez-vous à l'esprit des comédies sociales du même genre, comme The Full Monthy ? On est plus branchés comédies italiennes des années 1950-60, comme Le Pigeon de Monicelli, mais au final on retrouve le modèle de The Full Monthy. Mine de rien évoque une certaine classe populaire, certes, mais ce film est plus poétique que politique.

« Mon seul modèle est Patrick Dewaere.» Comment êtes-vous devenu acteur ? Par hasard. Enfant, je n’y pensais même pas, je voulais surtout être un héros. J’ai ensuite découvert le cinéma en tant que régisseur à 30 ans et •••


je me suis dit : "ok, je peux rester là pendant 125 ans", car j'adore la fiction et faire partie d'une équipe… Même si je prépare seulement les sandwichs, j'ai l'impression de participer. Quels seraient vos modèles ? Je n’en ai qu’un : Patrick Dewaere. Je suis une vraie arnaque d'ailleurs car, quand je travaille un personnage, je me demande toujours comment il l'aurait joué ! On fait partie de cette communauté de poètes un peu perdue. Je pourrais aussi citer le gros Gégé… Sinon, je suis plutôt films américains. J'aimerais bien

que mon biopic soit joué par Robert Downey Jr. ou Nicolas Cage, le Dewaere américain (rires) ! Quelle sera la prochaine étape ? Je ne sais pas, peut-être écrire ou devenir bûcheron ! Mais je suis maladroit donc ce n’est peut-être pas une bonne idée. Finalement, avoir subi une bonne dépression à 30 ans m'a tellement plongé au fond du trou que ça m'a libéré d'un truc, notamment de l'orgueil. Ma force a toujours été de rêver. Je suis peutêtre le dernier hippie. Propos recueillis par Lucille Leleu

Mine de rien De Mathias Mlekuz, avec Philippe Rebbot, Arnaud Ducret, Mélanie Bernier… En salle

Mine de Rien © Eddy Brière – M.E.S. Productions

à lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com


Mine de Rien © Eddy Brière – M.E.S. Productions


La Bonne épouse © Carole Bethuel / Les Films du Kiosque


Festival international du film de Mons Netflix et consorts nous retiennent au salon avec des programmes en cascade. Très bien. Mais qu'en est-il du plaisir de frissonner ou de rire ensemble dans une salle de cinéma ? à Mons, un festival cultive cette curieuse habitude en l'accompagnant d'un sentiment pas si désuet : l'amour.

| Foule sentimentale |

Le FIFM (pour les intimes) s'est imposé comme un rendez-vous à part dans le calendrier des cinéphiles. Au programme de cette 35e édition ? Une myriade d'avant-premières, deux compétitions, des rencontres (avec Richard Anconina, président du jury)… et puis l'amour, fil conducteur du rendez-vous. Oh, n'imaginez pas des productions à l'eau de rose et autres bluettes. « Le thème est tellement vaste qu'il offre une infinité d'approches, soulevant des enjeux collectifs ou intimes, souligne Maxime Dieu, le délégué général. Il permet aussi d'embrasser tous les genres du 7e art ». à commencer par la comédie. ■◆

Les lois de l'attraction

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La Bonne épouse de Martin Provost (Séraphine) ouvre ainsi le bal, avec Yolande Moreau (attendue sur le tapis rouge) et Juliette Binoche, dans le rôle d'une directrice d'école ménagère qui s'émancipe une « Nous fois veuve, dans la joie et la bonne humeur – à l'image défendons du festival. « Oui, nous défendons une approche "feel une approche good", mais à travers des visions d'auteur ». Citons "feel good", mais à travers donc Jumbo de Zoé Wittock, soit l'histoire d'une gardienne de nuit, dans un parc d’attractions, qui des visions s'éprend d'un manège… à Mons, l'amour fait donc d'auteur. » (littéralement) tourner la tête, mais déborde aussi des écrans. On y découvre les secrets des effets spéciaux avec le studio belge Pix & Real, une conférence sur la place des femmes dans l'œuvre de Tarantino, avant de participer à un blind-test spécial BO. Cette fois, à vous de jouer. Julien Damien Mons, 06 > 13.03, Imagix, Auditorium Abel Dubois, Palais des Congrès, Congres Hotel Mons Van der Valk, Théâtre Royal, 1 film : 7 > 4 €, ouverture et clôture : 15 €, pass : 30 > 20 €, www.festivaldemons.be


Š Sony Pictures Classics / Storaro Art


Festival 2 Valenciennes Dix ans déjà que ce festival mêle fictions et documentaires, lors de deux compétitions ayant désormais lieu en même temps. Le scénario est engageant : des avantpremières, des invités prestigieux, des focus sur les métiers de l'ombre du cinéma, et une bonne dose de chaleur humaine.

| En pleine lumière |

Jean-Pierre Léaud, Gérard Darmon, Michel Legrand… Le Festival 2 Valenciennes a toujours attiré de grands noms du 7e art. Jean-Marc Delcambre, le directeur, garde ainsi en mémoire « l'émotion de Dominique Blanc l'an passé ou l'hommage à Gabriel Yared par les élèves du conservatoire ». Cette 10e édition promet aussi son lot de belles rencontres, ne serait qu'avec la participation de Jean-Hugues Anglade, président du jury "fictions". On citera aussi Agnès Jaoui ou Gustave Kervern et Benoît Delépine ! Le duo révèle en exclusivité son dernier film, Effacer l'historique, une comédie brocardant notre dépendance au web et autres réseaux (pas si) sociaux. Soit une fidèle illustration du parti-pris esthétique du festival : présenter des œuvres hors des sentiers battus, mais en prise avec le réel. ■◆

Côté coulisse

Des étoiles donc, des avant-premières (une cinquantaine) mais le Festival 2 Valenciennes met aussi en lumière des métiers du cinéma – « c'est son ADN ». En atteste cet hommage à Vittorio Storaro, « l'un des plus grands directeurs de la photographie de son époque ». L'Italien a mis en images, pêle-mêle, Apocalypse Now de Coppola, Le Dernier empereur de Bertolucci (l'affiche du festival) et œuvre toujours aux côtés de Woody Allen. Le maestro dévoile les secrets de son art à travers l'exposition (inédite en France) écrire avec la lumière, rassemblant une soixantaine de ses clichés – et autant d'émotions. Julien Damien Valenciennes, 10 > 15.03, cinéma Gaumont, Royal Hainaut Spa & Resort Hotel et Auditorium Saint-Nicolas, 1 séance : 6 > 4 €, festival2valenciennes.fr

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••• Sélection / 12.03 : Hommage à Vittorio Storaro (Gaumont, 20 h) // 13.03 : Masterclass Vittorio Storaro (Gaumont, 14 h 30, gratuit) // 12.03 > 14.04 : écrire avec la lumière (Royal Hainaut Spa & Resort Hotel, gratuit)


© David Hindley courtesy of LD Entertainment and Roadside Attractions

Judy | Les feux de la rampe |

Judy Garland fut cette chanteuse magistrale, à l'équilibre mental et physique incertain. Renée Zellweger incarne l'icône jusque dans ses tressaillements de lèvres inquiètes, aussi promptes à lancer quelques réparties hilarantes. Au regard de sa propre carrière, la mise en abyme est troublante. Cette performance lui a d'ailleurs valu l'Oscar de la meilleure actrice.

De Rupert Goold, avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock… En salle

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Idole de l'Amérique à 16 ans, Judy Garland est morte trois décennies plus tard d'une overdose médicamenteuse. Comment raconter une telle trajectoire ? En entrechoquant le début et la fin, la préparation du rôle de Dorothy pour Le Magicien d'Oz (Victor Fleming, 1939) et le dernier tour de chant à Londres, en 1969. L'effet de montage, vertigineux, suggère à quel point le producteur Louis B. Mayer aura dressé la jeune fille, rendue anorexique et insomniaque à force d'amphétamines et de barbituriques. Apeurée et vacillante, elle se remet ainsi à chanter avec des yeux si exorbités qu'elle semble encore hypnotisée par les injonctions de son mentor. Pourtant se loge également dans son amour du spectacle un désir plus profond. La scène est à la fois le lieu d'une aliénation et d'une libération. En cela, Judy est conforme aux canons du biopic : il s'agit moins de raconter une vie que de reproduire des performances – là encore, Renée Zellweger ne manque pas d'impressionner. à la fin, le show l'emporte évidemment. Si « on n'est jamais aussi bien que chez soi », selon la formule canonique du film de Fleming, les artistes n'ont pour eux que le pays d'Oz. Et, peut-être, le cœur de quelques spectateurs. Raphaël Nieuwjaer


© Jour2fête

Un Fils | Les liens du sang |

à quoi ressemble la Tunisie de l'après-Ben Ali ? Comment la politique influence-t-elle le cours de notre vie ? Autant de questions auxquelles s'attèle Mehdi M. Barsaoui. Traité avec la tension du thriller, Un Fils est à la fois un mélodrame et une œuvre engagée. Ce premier film choc est porté par un Sami Bouajila sidérant, récompensé du prix d’interprétation à Venise.

De Mehdi M. Barsaoui, avec Sami Bouajila, Najla Ben Abdallah, Youssef Khemiri… Sortie le 11.03

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L’action se déroule durant l'été 2011, quelques mois après la révolution tunisienne. Farès et Meriem forment avec Aziz, leur petit garçon, une famille moderne issue d’un milieu privilégié. Lors d’une virée dans le sud du pays, ils sont pris pour cible par des terroristes. Aziz est grièvement blessé. À l’hôpital, le couple apprend que l’enfant a rapidement besoin d’une greffe de foie. La quête d’un donneur compatible aura de lourdes conséquences… En revenant sur le printemps arabe, Mehdi M. Barsaoui filme les répercussions de la politique sur une famille tunisienne ordinaire. Il dénonce le patriarcat, la corruption et le sentiment de toute puissance que procure l’argent. Sami Bouajila et Najla Ben Abdallah portent à merveille cette histoire – dont on ne révélera pas le rebondissement. Visages (filmés en gros plans) et silences en disent long sur les tensions, préjugés et le poids des traditions sur le couple. La mise en scène, en format Scope et toujours en mouvement, crée un sentiment d’urgence chez le spectateur. On sort d’Un Fils secoué, et certain d’avoir assisté à la naissance d’un cinéaste. Grégory Marouzé


à la nuit tombée, trois jeunes gens courent en rigolant vers un lac. La caméra plonge sous l'eau, suggérant la menace. Celle-ci n'aura l'allure ni d'un requin, ni de piranhas. Plus diffuse et meurtrière, elle est la conséquence des rejets de l'usine chimique DuPont implantée non loin. Détail non négligeable : l'entreprise, une des plus grandes des étatsUnis, emploie et fait vivre toute une communauté. Limpide sans être simpliste, et inspiré d'une histoire vraie, Dark Waters saisit l'ampleur du combat judiciaire mené durant plus de 15 ans par l'avocat Robert Bilott. Mieux, Todd Haynes devance intelligemment le "film dossier", en s'attachant aux habitants et aux paysages de ce coin de Virginie rongé par la cupidité. Raphaël Nieuwjaer

© Participant & Killer Films

De Todd Haynes, avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins… En salle

© Filmperlen

Dark Waters

Where is Jimi Hendrix ? Yiannis, musicien raté, s'apprête à quitter Chypre. Mais le chien dont il a la garde (Jimi Hendrix) s'est enfui du côté turc. Il va devoir ruser pour "rapatrier" l'animal, entre les checkpoints et une bureaucratie absurde… Marios Piperides confirme ici son sens de la comédie politique. Usant de la petite histoire pour mieux parler de la grande, le réalisateur traduit avec humour la situation géopolitique ubuesque que vit son pays. Depuis 1974, cette île est en effet coupée en deux : le nord est occupé par la Turquie tandis que la partie sud, reconnue par la communauté internationale, est habitée par les Chypriotes grecs. Prix de la meilleure fiction au Festival de Tribeca, Where is Jimi Hendrix ? est un jeu de piste rock n’roll, et une charge futée contre ces murs qui nous séparent. Selina Aït Karroum De Marios Piperides, avec Adam Bousdoukos, Vicki Papadopoulou, Fatih Al… Sortie le 04.03


© Stela Cine / Le Pacte

Monos | Small soldiers |

Deuxième long-métrage du Colombien Alejandro Landes, Monos narre l'errance d'un commando d’enfants soldats dans les montagnes sud-américaines. Cette fable hallucinée puise son inspiration dans Sa Majesté les mouches comme dans l'œuvre de Werner Herzog. Un film intelligent, parfois oppressant, dans une Colombie meurtrie par la guérilla.

De Alejandro Landes, avec Julián Giraldo, Moises Arias, Julianne Nicholson… Sortie le 04.03

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Dans un bunker situé dans les montagnes d’un pays inconnu survivent les Monos – les "singes", en espagnol. Cette communauté de jeunes guérilleros suit les ordres d’une mystérieuse armée nommée "l’organisation". Celle-ci leur confie la surveillance d’une otage étrangère et d’une vache prénommée Shakira. Hélas, la bande tue l'animal par accident, et doit fuir en pleine jungle… L’angoisse véhiculée par ce territoire vierge est renforcée par la réalisation d’Alejandro Landes. Dans la première moitié du film, la caméra perchée dans les hauteurs perd régulièrement les ados dans le brouillard. à l’inverse, dès leur arrivée en forêt, les plans se resserrent sur une végétation hostile rappelant Apocalypse Now ou Aguirre de Werner Herzog. Cette sensation de suffocation est renforcée par la musique de Mica Levi, dont la BO hypnotique fera date. Soigneusement amputé de toute référence historique, géographique ou même politique, le film souligne l'absurdité de nos guerres, de plus en plus floues idéologiquement. Le casting mêle par ailleurs interprètes professionnels et amateurs… dont un ancien enfant-soldat des FARC. Tout un symbole. Hugo Guyon


o n ti po si ex

Bye Bye Future ! | Au fil des temps |

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à quoi ressemblera demain ? Le futur imaginé hier correspond-il à notre présent ? Vastes questions. à Morlanwelz, le Musée royal de Mariemont ausculte les plis d'un sujet traversant toute l'histoire de l'humanité – et donc de l'art. Peintures, sculptures, installations, jeux vidéo, bandes dessinées, films… Entre utopie, dystopie et uchronie, 200 pièces contemporaines, souvent issues de la pop culture ou datant parfois de plus de 5 000 ans, regardent l'avenir par-delà les âges. Magnifiquement orchestrées, ces œuvres suscitent l'émerveillement comme la réflexion.


Vue d'exposition, Luc Schuiten, Sautraile, mannequin appareillé, prototype, 270 x 200 x40 cm © photo Julien Damien

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Tetsuwan Atomu, Astro Boy, 1962 © Osamu Tezuka © The Art of Anime-coll Spacher Vogler © Bye Bye Future !, Mariemont


Notre intérêt pour le futur est séculaire. La science-fiction est certes née au xixe siècle, mais l'Homme n'a pas attendu Jules Verne pour se projeter dans le temps. « Dès que l’espèce humaine a eu conscience de sa mortalité, elle a essayé d'imaginer sa survie », rappelle Sofiane Laghouati, le commissaire de cette exposition. Pour preuve ces os oraculaires datant de la dynastie Shang (-1200 avant J.-C.) utilisés par les devins chinois. C'est tout l'enjeu de Bye Bye Future ! : révéler les différentes visions de l'avenir à travers les âges. Goldorak, 2010 © Pierre et Gilles, Courtesy Galerie « Depuis toujours, les artistes jouent Daniel Templon © Bye Bye Future !, Mariemont avec le temps et l'espace pour mieux interroger le présent ». à l’image de cette installation de Fabien Zocco, où des smartphones tenus par des bras robotisés affichent des phrases sibyllines, composées de mots puisés au hasard dans l'Ancien Testament. « Ici, c'est la machine qui livre ses prédictions. Nos écrans sont devenus nos nouvelles tables de la Loi ». ■◆

Extinction

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Certaines prophéties forcent le respect. L'illustrateur Albert Robida avait par exemple imaginé l'Hyperloop 150 ans avant Elon Musk. Ses dessins et inventions diablement poétiques inspirèrent aussi « La plupart Hayao Miyazaki, dont on découvre la bobine originale de Conan, le fils du futur, série de 1978 narrant une des visions humanité au bord de l'extinction après la Troisième du futur Guerre mondiale. « Notre peur de mourir et notre insévoquent la fin du tinct de survie ont en effet guidé nombre de projecmonde. » tions catastrophistes, indique Sofiane Laghouati, un peu plus loin sous le regard d'Albator. La plupart des visions du futur évoquent la fin du monde ». Au premier rang de nos inquiétudes figure la technologie, qui bouleverse nos modes de vie (et la planète). •••


Panamarenko, Paradox, 1980-86, Musée d'Ixelles © Photo Vincent Everarts © Bye Bye Future !, Mariemont

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Portrait-robot

Après le déluge qui se profile, que restera-t-il de nous ? Peut-être des robots. Construits à l'image de l'Homme (cette créature devenue créatrice), ils ne cessent de souligner nos paradoxes. à l'instar d'Astro Boy, qui accueille le visiteur dès l'entrée du musée. Inspiré par Pinocchio, Osamu Tezuka l'a créé en 1951 après la Seconde Guerre mondiale. Au Japon, notre petit héros s'appelle d'ailleurs « Nos écrans sont devenus nos Atom, « comme si ce qui avait détruit l'humanité pouvait désormais la servir… ». nouvelles tables Pour l’heure, le robot demeure un sage objet de la Loi. » pop, tel ce Goldorak immortalisé par Pierre et Gilles. Mais sera-t-il toujours esclave, ou deviendra-t-il notre maître ? Nos lendemains ne chantent pas forcément… Dans le doute, on peut envisager un monde meilleur devant les cités végétales de Luc Schuiten. L'architecte belge dessine une civilisation sans énergie fossile, où les villes pousseraient en harmonie avec la faune et la flore. On s'y déplacerait alors en ornithoplane gonflé à l'hélium. « Nous souhaitions terminer sur une note positive, utopique, précise notre guide. Car nous pouvons encore échapper au destin tragique qui nous est promis ». Pour cela il faudra rêver plus qu'hier, et bien moins que demain. Julien Damien

à lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com

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Morlanwelz, jusqu'au 24.05, Musée Royal de Mariemont, mar > dim : 10 h-17 h, 5 > 2 € (gratuit -12 ans) www.musee-mariemont.be


Michael Najjar, Terra Forming Š DR


Fluidités : l’humain qui vient | Le futur a de l'avenir | à l'heure où le progrès bouleverse notre rapport à l'espace, au temps, mais aussi à la nature et à notre corps, quel est l'avenir de l'Homme ? Si l’espèce humaine ne disparaît pas, elle devra muter et notre civilisation aussi. Entre visions utopiques, dystopiques et souvent poétiques, le Fresnoy rassemble des artistes usant des technologies pour mieux questionner notre si fragile condition. Intelligence artificielle, robots, mutations génétiques, avènement de l’Anthropocène, globalisation des réseaux… Quelle époque formidable ! En tout cas pour les artistes. « Oui, pour eux cette révolution est exaltante. L’Homme est descendu de son piédestal et a pris conscience de l’importance de l’environnement et de la porosité entre les identités, explique Benjamin Weil, le commissaire de cette exposition. Nous observons ici comment ces créateurs s’emparent des mutations technologiques pour nous donner des idées. Ou nous alerter ». ■◆

Destination finale

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Dans le film Uki, Shu Lea Cheang met ainsi en scène un monde pas si lointain, où des puces sont implantées sous la peau pour collecter nos données biologiques. On imagine volontiers l'intérêt de cette pratique lors d'une dérive totalitaire… De son côté, Hicham Berrada joue toujours aux alchimistes-devins. S'inspirant de la kéromancie (consistant à lire l'avenir dans la cire chaude jetée dans l'eau), le Franco-Marocain mélange des produits chimiques dans des aquariums, créant de poétiques et divinatoires natures mortes. En parlant de nouveaux mondes à explorer, Michael Najjar combine lui ses photographies de l'Islande avec des paysages martiens filmés par la Nasa. Fascinantes, ces images interrogent autant les origines de la Terre qu'un possible point de chute pour l'humanité… Françoise Objois Tourcoing, jusqu'au 29.04, Le Fresnoy, mer > dim : 14 h-19 h, 4 / 3 € (gratuit -18 ans), www.lefresnoy.net


Sming © Nicolas Joubard

Safra’Numériques | Au-delà du réel |

Que diriez-vous d’un séjour dans le futur ? Pour leur cinquième édition, les Safra’Numériques d’Amiens remettent les nouvelles technologies à portée de main. Inspirées par la réalité virtuelle, l'intelligence artificielle ou la robotique, ces œuvres témoignent des (sacrés) progrès de l'Homo numericus.

Amiens, 17 > 21.03, Le Safran, Maison de la Culture d’Amiens et divers lieux, gratuit, www.amiens.fr

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Les Safra’Numériques, c’est un voyage dans une autre dimension. Installation interactive, spectacle immersif… qu’importe la technologie, pourvu qu’on ait l’ivresse. « On souhaite partager la culture numérique et la désacraliser, explique Ikbal Ben Khalfallah, directeur du Safran, scène conventionnée du quartier nord d’Amiens. On n’est pas au musée, où l’on n’a pas le droit de toucher. Ici il n’y a pas de barrières avec l’œuvre ». Cette année, le festival investit ainsi l’espace public avec des ateliers organisés çà et là. On perce ici les secrets de la robotique, on manipule là un stylo 3D… et puis on flâne dans une chambre avec vue sur le port de Collioure ! Enfin, munis de casques de réalité virtuelle, via l’installation à l’heure de la sieste. Les plus courageux se laisseront tenter par une partie de PainStation 2.5, soit une version du classique Pong qui instille une brûlure au creux de la main à chaque point perdu. Vous trouverez ensuite du réconfort auprès d'Æli. Œuvre de la compagnie Le Clair Obscur, cette installation engage une relation amoureuse avec le spectateur, à travers la lumière, le son ou la voix. Une relation artificielle certes, mais pas superficielle. Augustin Bordet


Vue d'exposition, Accessoire pour The Head & the Load, 2018, carton découpé, 146 x 96 cm © photo Julien Damien


William Kentridge | Spectacle total |

William Kentridge demeure l'un des plasticiens les plus reconnus au monde. Bizarrement, la représentation du Sud-Africain reste assez discrète en France. à Villeneuve d'Ascq, le LaM consacre à ce génial touche-à-tout une rétrospective d'ampleur inédite. Investissant la moitié des surfaces du musée, Un Poème qui n'est pas le nôtre dévoile des pièces jamais vues en Europe. Cette œuvre, totale, spectaculaire, saisit de par son inventivité, son humour et son humanité.

Dessin pour The Head & the Load, (Tondo II), 2018 © Courtesy de l'artiste / Adagp, Paris 2019

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« William Kentridge réhabilite ici ces tragédies que les livres d'histoire ont oubliées. »

L'œuvre de William Kentridge est intimement liée à l'histoire de son pays, l'Afrique du Sud. « J’ai suivi toute ma scolarité dans une société anormale où il se passait des choses monstrueuses », explique l’artiste. Cette prise de conscience n'a rien d'étonnant, il est le fils de l'avocat Sydney Kentridge, qui défendit Nelson Mandela lors du "procès de la trahison" en 1955. L'Apartheid, la politique répressive à l'encontre des Noirs ou, plus largement, la colonisation restent ses sujets de prédilection. En témoigne Kaboom !, maquette de The Head & the Load, pièce mêlant opéra et jeux d'ombres. Commandée pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, elle rend •••


The Refusal of Time, 2010, extrait vidéo Photo Henrik Stromberg © William Kentridge Courtesy de l'artiste et Marian Goodman Gallery Adagp, Paris 2019

hommage aux millions de soldats africains sacrifiés sur l'autel de la Grande Boucherie. « William Kentridge réhabilite ici ces tragédies que les livres d'histoire ont oubliées », commente Sébastien Delot, le directeur du LaM. ■◆

La grande illusion

Engagé, humaniste, un poil dada, l'art du Sud-Africain n'en est pas moins empli d'humour et de poésie. Pour preuve ses Drawing Lessons, films le plaçant face à son double, qui raille ses médiocres qualités techniques. On lui rétorquera que sa maîtrise du fusain est remarquable, demeurant le centre de tout son travail, des plus foisonnants. Sculpture, vidéo, photographie, peinture… et parfois tout cela en même temps ! « C'est un artiste total, maniant avec jubilation tous les médiums de son temps, s'enthousiasme Sébastien Delot. Pour moi, c'est le Picasso de la fin du xxe siècle ». Synthèse de cette mécanique de l'illusion, l'installation-spectacle The Refusal of Time présente une gigantesque machine métronome, autour de laquelle dansent sur des écrans des dessins ou des acteurs. Les images sont tantôt accélérées, ralenties ou inversées sur une musique de Philip Miller. Du grand art, servant cette fois un propos universel : l'inexorable passage du temps. Dès lors, ce poème mélancolique devient le nôtre. Julien Damien

à lire / La version longue de cet article et l'interview de Sébastien Delot sur lm-magazine.com

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Villeneuve d’Ascq, jusqu'au 05.07, LaM, mar > dim : 10 h-18 h, 11 / 8 € (gratuit -12 ans), www.musee-lam.fr


Victor Vasarely, Okta-cor, 1973, acrylique sur toile, 140 x 140 cm © Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris, 2019

Victor Vasarely Artiste populaire, visionnaire, Victor Vasarely a illuminé la seconde moitié du xxe siècle de ses œuvres psychédéliques, illusionnistes et abstraites. Mais comment a-t-il fondé ce qu'on appellera l'Op Art ? Depuis l'école du Bauhaus jusqu'à la création publicitaire, le Musée du Touquet Paris-Plage retrace le parcours d'une figure capitale de l'art contemporain.

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| La forme et le fond |


De Victor Vasarely, on connaît les toiles emplies de formes géométriques élémentaires. Ce ballet de cubes, cercles ou losanges offrant l'illusion du mouvement. Cet alphabet plastique résulte de combinaisons et de calculs élaborés avec règles et compas sur du papier millimétré, qu'il nommait ses "programmes" – bien avant l'avènement de l'informatique.

« Il avait une formule : "99% de sueur et 1 % de création". » Pour autant, « il n'est pas seulement l'artiste des ronds et des petits carrés », s'amuse Pierre Vasarely, qui garde de son grand-père le souvenir d'un homme rigoureux et aux journées minutieusement réglées. « Il avait d'ailleurs une formule : "99% de sueur et 1 % de création" ». Ce fameux art optique (ou Op Art), est ainsi le fruit de longues recherches, débutées au Bauhaus puis dans la publicité – on lui doit d'innombrables logos, dont celui de Renault. ■◆

travail virtuose sur le trait et prémices de sa quête du mouvement. Plus étonnants chez cet artiste souvent présenté comme technophile, les ovales et ellipses de la série Belle Isle témoignent du « choc visuel » vécu en Bretagne. Devant ces plages de galets et le roulis de la mer, il fut certain « d’y reconnaître la géométrie interne de la nature ». Plus loin, les peintures de Cristal-Gordes, nées d'un séjour en Provence, rendent compte de la modification de notre vision par les jeux d’ombre et de lumière… « Chacune de ces étapes l'amènera vers la simplification et l'abstraction ». Soit autant de facettes d'un artiste symbole de la modernité des Trente glorieuses, et ici révélées au grand jour. Julien Damien

Les lois de la nature

C'est tout l'intérêt de cette exposition : retracer l'histoire de Vasarely en 70 œuvres. Intimiste, ce parcours chrono-thématique dévoile les étapes phares d'un style unique. On y découvre par exemple ses Zèbres,

Victor Vasarely, Zèbres-Pos, 1940-1976, gouache, technique mixte, 42 x 40 cm © Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris, 2019

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Vasarely, de l'op art au folklore planétaire Le Touquet, jusqu'au 26.04, Musée du Touquet-Paris-Plage, tlj sauf mardi : 14 h-18 h 3,50 / 2 € (gratuit -18 ans), www.letouquet-musee.com à lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com


© Privé verzameling

Libérer les femmes, changer le monde Début des années 1970, les premières féministes belges descendent dans la rue. Elles manifestent (souvent joyeusement), tractent, dessinent ou écrivent pour briser la domination masculine et disposer de leur corps. Un demi-siècle plus tard, cette exposition retrace en photographies, vidéos ou affiches originales les prémices d'une révolution plus que jamais d'actualité. Monté par le centre d’archives et de recherches pour l’histoire des femmes (Carhif), ce parcours nous replonge, entre autres, à La Louvière auprès du groupe Marie Mineur, du nom (oublié) de cette figure de l’émancipation féminine de la fin du xixe siècle. L.L. Bruxelles, jusqu'au 24.05, Musée BELvue, mar > ven : 9 h 30-17 h • sam & dim : 10 h-18 h, gratuit, belvue.be

Zoo

Bruxelles, jusqu'au 30.08, MIMA, mer > ven : 10 h-18 h sam & dim : 11 h-19 h, 9,50 > 3 € (gratuit -6 ans) www.mimamuseum.eu

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© Parra

Souvent utilisé par la culture pop (ne serait-ce que dans la bande dessinée ou la publicité), l'anthropomorphisme est l'art d'attribuer aux animaux des traits humains. Ce parcours réunit les œuvres de 11 artistes internationaux issus du graphisme, de l'illustration, du graffiti, du tatouage. En filigrane, leurs créations dépeignent notre sauvage condition, à l'image des fresques animalières et satiriques du Suédois Finsta. L.L.


Les Châteaux dans l'heure bleue Dream Castle in the Hour Blue © Troubleyn

L'heure bleue, c'est ce moment fugace entre la nuit et le jour où le ciel s'emplit d'une couleur marine. Pour Jan Fabre, c'est l'instant clé où le silence est absolu. Une parenthèse temporelle avant l'aurore et durant laquelle il aime créer. L'Anversois a ainsi développé un goût pour le dessin au stylo à bille. Avec cette encre, il a élevé des châteaux, comme un dernier rempart protégeant la beauté éphémère de cet entre-deux magique. Il nous les dévoile lors de cette fascinante exposition. Arras, 02.03 > 04.05, Musée des beaux-arts lun, mer, jeu & ven : 11 h-18 h • sam & dim : 10 h-18 h gratuit, tandem-arrasdouai.eu

Antarctica

Keith Haring

Le saviez-vous ? L'Antarctique perd chaque année 252 milliards de tonnes de glace. Construite comme un voyage en sept étapes, cette exposition immersive nous sensibilise à la fragilité de ces sublimes paysages. Le parcours est essentiellement constitué de vidéos projetées sur des écrans géants. Saisies par Luc Jacquet (réalisateur de La Marche de l’Empereur), ces images nous plongent dans les profondeurs de l'océan avant de remonter au beau milieu de la banquise, lors d'une expédition à couper le souffle.

Icône du pop art, compagnon de route de Basquiat ou Warhol, Keith Haring a marqué les années 1980 et 1990 avec ses bonshommes frénétiques, soucoupes volantes ou son fameux "radiant baby". Son style est bien connu : formes synthétiques aux contours noirs, couleurs vives. Emporté à l'âge de 31 ans par le Sida, l'Américain souhaitait rendre son œuvre accessible à tous. Cette rétrospective rend hommage à ce maître de l'art urbain à travers une centaine de ses peintures et dessins originaux.

Bruxelles, jusqu'au 30.08, Muséum des sciences naturelles, mar > ven : 9 h-17 h 30, sam & dim : 10 h18 h, 8,50 > 5,50 € (grat. -4 ans), naturalsciences.be

Bruxelles, jusqu'au 19.04, Bozar mar > dim : 10 h-18 h • jeu : 10 h-21 h 18 > 9 € (gratuit -6 ans), www.bozar.be

Punk Graphics

Bruxelles, jusqu'au 26.04, ADAM, tous les jours : 11 h-19 h, 8 > 5 € (gratuit -6 ans), adamuseum.be

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Né au milieu des années 1970 dans un monde malade, entre menace d'apocalypse et crises économiques traitées avec un remède de cheval, le punk fut une réponse aussi outrancière que brutale. L'exposition présentée à l'ADAM de Bruxelles ne s'intéresse pas tant à la musique qu'au graphisme véhiculé par cette contre-culture. Affiches, pochettes de disques, fanzines… Punk Graphics. Too fast to live, too young to die dévoile des pièces rassemblées par Andrew Krivine, un collectionneur no future pour toujours !


De Magritte, on connaît bien sûr les tableaux. Un peu moins les photographies ou les films amateurs. Pourtant, le maître du surréalisme nourrissait un rapport étroit avec l'image dite "mécanique". La révélation de ce violon d'Ingres fut d'ailleurs assez tardive, survenant dix ans après sa disparition. Le Musée de la Photographie de Charleroi rassemble 130 de ses clichés. Originale, cette exposition éclaire d'un jour nouveau l'œuvre de ce passionné de cinéma. Charleroi, jusqu'au 10.05, Musée de la Photographie mar > dim : 10 h-18 h, 7 > 4 € (gratuit -12 ans) www.museephoto.be

Le Bouquet, 1937 © Charly Herscovici c/o SABAM

René Magritte. Les Images révélées

Matt Mullican

Secrets de parfum

Artiste mondialement reconnu (notamment pour ses performances sous hypnose), l'Américain Matt Mullican présente sa première exposition monographique en Belgique. Son œuvre repose sur une palette de cinq couleurs : le vert pour la nature, le bleu pour la vie quotidienne, le jaune pour l’art, le noir pour le langage et le rouge pour la subjectivité. Obsessionnelle, elle mêle formes géométriques, alphabets anciens ou pictogrammes, questionnant plus que jamais notre rapport à l'image.

En 2020, la métropole lilloise devient capitale mondiale du design. Le Colysée de Lambersart se met au parfum. Et qui dit parfum, dit flacon ! Sans oublier le contenu, cette exposition s'intéresse au contenant de la précieuse essence. Conçue avec le Musée international de la parfumerie de Grasse, elle dévoile une centaine d'objets décortiquant son design, des bouteilles antédiluviennes au matériel du chimiste, en passant par toutes sortes de dispositifs olfactifs – histoire d'en mettre plein les yeux, et le nez.

Hornu, jusqu'au 18.10, Mac’s mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 1, 25 € (gratuit -6 ans) www.mac-s.be

Lambersart, jusqu'au 26.04, Le Colysée mer > sam : 13 h-18 h • dim : 13 h-19 h, gratuit www.designiscapital.com

Kasimir Zgorecki

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Entre 1922 et 1939, Kasimir Zgorecki a réalisé des milliers de photographies de la communauté polonaise du bassin minier du Pas-de-Calais. Autant de portraits individuels et de scènes familiales, suggérant une réussite davantage idéalisée que vécue. Ces clichés relatent en noir et blanc une histoire à la croisée de l'intime et du collectif. Ils font l'objet d'une exposition au Louvre-Lens et d'un livre rendant enfin hommage à un corpus exceptionnel de 100 tirages, dont de nombreux inédits. Lens, jusqu'au 30.03, Louvre-Lens, tous les jours sauf mardi : 10 h-18 h, gratuit, www.louvrelens.fr


Woman and Child, 2010 © Sam Jinks, Courtesy of the artist, Sullivan+Strumpf, Sydney and Institute for Cultural Exchange, Tübingen

Hyperrealism Sculpture Pour la première fois depuis son ouverture en 2016, La Boverie de Liège consacre l'intégralité de son espace principal à une exposition de sculptures. Celle-ci dévoile des œuvres imitant à la (quasi) perfection le corps humain. Dérangeantes, amusantes, intrigantes ou touchantes, ces pièces interrogent notre bonne vieille enveloppe charnelle. à l'heure où le souci de soi et de l'apparence n'a jamais été aussi prégnant, ce parcours titille les neurones. Être ou ne pas être… Liège, jusqu'au 03.05, La Boverie mar > ven : 9 h 30-18 h • sam & dim : 10 h-18 h 15 > 6 € (gratuit -6 ans), www.laboverie.com

…ICI… Derrière ce titre énigmatique se cache une invitation : observer notre ville pour mieux la réinterpréter. Guidé par le collectif Graphites, le visiteur est convié à une balade dans les rues de Lille afin de redécouvrir son architecture. Inspiré par de célèbres jeux de construction de notre enfance, il pourra ensuite modeler ses projets de mobiliers, et in fine son propre espace. Une expérience ludique et participative bien urbaine. Lille, 05.03 > 05.04, maison Folie Moulins mer > dim : 14 h-19 h, gratuit maisonsfolie.lille.fr

Marcel Gromaire (1892 -1971) : L’élégance de la force Né dans le Nord de la France, à Noyellessur-Sambre, Marcel Gromaire fut un artiste iconoclaste et profondément humaniste. Cette exposition embrasse toute sa carrière, de son attachement à sa terre natale au traumatisme de la Grande Guerre, en passant par sa fascination pour les peintres flamands, le cubisme… Parmi ces 130 peintures ou dessins sont révélés de grands chefs-d'œuvre comme La Guerre, témoignage de sa terrible expérience dans les tranchées. Un évènement. Roubaix, 14.03 > 31.05, La Piscine mar > jeu : 11 h-18 h ven : 11 h-20 h • sam & dim : 13 h-18 h 11 / 9 € (gratuit -18 ans), www.roubaix-lapiscine.com

Maroc : une identité moderne

Tourcoing, jusqu'au 14.06, Institut du Monde Arabe, mar : 13 h-18 h, mer > dim : 10 h-18 h 5 / 3 € (gratuit -6 ans), ima-tourcoing.fr

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à la faveur de Lille capitale mondiale du design, l'Institut du Monde Arabe célèbre la créativité marocaine. Cette exposition revient ainsi sur la rencontre entre un savoirfaire ancestral et le Groupe de Casablanca. Ce collectif d'artistes et d'intellectuels imagina, au lendemain de l'indépendance du pays, un nouveau langage plastique (à la façon du Bauhaus). Il s'agissait de conjuguer le passé et le présent, via le graphisme, la calligraphie arabe, la céramique… au service d'un art plus moderne que jamais.


Some Hope for the Bastards, Frederick Gravel Š StÊphane Najman

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e tr e éâ ns th da &

Le Grand Bain | à contre-courant |

La danse, un art élitiste ? C'est pour mettre à mal cet a priori qu'est né Le Grand Bain. Initié par le Gymnase de Roubaix, ce festival rayonne dans les cinq départements des Hauts-de-France. Entre solos, performances collectives ou participatives, cette trentaine de spectacles révèle la diversité du paysage chorégraphique. Alors ? On danse !

Le thème de cette septième édition ? « Je me défends d'en imposer, assure la directrice du Gymnase, Céline Bréant. Cela nous priverait de nombreux spectacles ». Pour autant, certains sujets émergent naturellement. En premier lieu, la place de l'individu à l'aune du collectif, « cette nécessité de faire corps et de se regrouper pour avancer ». Comme les sept interprètes de Näss ("les gens") de Fouad Boussouf, puisant leur énergie dans la force du groupe et des rythmes marocains pour danser jusqu'à l'épuisement. Dans Madisoning, Amélie Poirier ravive des danses de mariage et fêtes de famille pour nous rassembler. Elle détourne les déplacements collectifs du madison, auquel elle mêle danse des canards, du tapis ou farandoles. ■◆

En marche

En sus de quelques détours par le cirque (Ikuemän de Rafael de Paula) ou la musique (Nosfell), le festival offre aussi l'occasion d'admirer quelques jalons du répertoire. Pour preuve 20 danseurs pour le xxe siècle, où Boris Charmatz investit les couloirs ou escaliers de l’Opéra de Lille pour rejouer des pièces marquantes de l'histoire – de Merce Cunningham ou d’Isadora Duncan. De quoi inspirer les jeunes pousses, tels les Belges de Tumbleweed. Dans The Gyre, deux interprètes déroulent jusqu'à l'hypnose le motif de la marche. Une chorégraphie millimétrée que n'aurait pas reniée Trisha Brown, disparue en 2017, et dont la compagnie rend ici un hommage immanquable. Julien Damien

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Roubaix et Hauts-de-France, 12.03 > 06.04, Le Gymnase & divers lieux 1 spectacle : 21 € > gratuit • pass soirée : 14 / 12 € (2 spect.) • 5 spect. : 35 € • dès 10 spect. : 5 € la place www.gymnase-cdcn.com

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© Laurent Guizard

© Loran Chourrau

Au milieu d'un lac de perles David Rolland

Sylvain Huc s'intéresse plus au corps qu'à la danse proprement dite. En dirigeant cinq interprètes nus sur un plateau, il dévoile l'humain dans sa forme originelle, au service d'un spectacle quasi-anthropologique. Accordant leurs gestes à une musique synthétique montant en puissance, ces hommes et femmes se concentrent sur l'essentiel : le groupe et leur propre enveloppe charnelle.

Centré sur la danse, Le Grand Bain s'autorise aussi quelques pas de côté. En l'occurrence, David Rolland nous convie dans le cimetière de Roubaix pour une balade philosophique en duo. Chacun est équipé d'un casque audio, diffusant une bande-son unique. Ainsi le visiteur devient acteurrécitant, partageant des anecdotes sur la mort et ses rites, lors d'une marche qui n'a rien de funèbre.

Roubaix, 13.03, Théâtre de l'Oiseau-Mouche 20 h 30, 10 > 5 €

Roubaix, 29.03, Cimetière, 14 h 30 > 17 h 30, 5 € / duo

Arnaud Pirault et Groupenfonction sollicitent volontiers des danseurs amateurs – on se souvient de la forme participative We can be heroes. Repéré au cours d'une fête, Guillaume Clouet devient ici l'interprète d'un solo enivrant. Seul sur le plateau, ce jeune homme se livre jusqu'à épuisement. Il est sommé de libérer son corps, son souffle, ses pulsions pour mieux lâcher prise.

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Roubaix, 12.03, Le Gymnase, 20 h, 10 > 5 €

© Pascale Cholette

Fête – Arnaud Pirault & Groupenfonction

Sélection / 14 & 15.03 : Boris Charmatz : 20 danseurs pour le xxe siècle // 15.03 : Farid Ounchiouene & Farid'O : Wham, Re-Bop-Boom-Bam // 17.03 : Frédérick Gravel : Some Hope for the Bastards 18.03 : Emmanuel Eggermont : Aberration // 19.03 : Emmanuelle Huynh & Boris Charmatz : Étrangler le temps + Boléro 2 // 20.03 : Amélie Poirier : Madisoning // 21.03 : Fouad Boussouf : Näss 23.03 : Cyril Viallon : He’s still a maniac – Opus 2 // 23.03 > 02.04 : Alban Richard : Vivace 24.03 : Nosfell : Le Corps des songes // 25.03 : Nach + Tumbleweed : Cellule + The Gyre (soirée composée) 26.03 : Anne Nguyen : À mon bel amour • Rafael de Paula : Ikuemän // 27.03 : Tatiana Julien : Soulèvement 31.03 : Katerina Andreou : Zeppelin Bend // 01 > 03.04 : Trisha Brown : Set and reset, Foray Forêt & Groove and countermove // 06.04 : Thibaud Le Maguer : En lieu sûr…

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le grand bain le grand bain

Sujets Sylvain Huc


La Beauté du geste | Mouvements du bassin |

Allez, allez, on se pousse et on fait de la place au petit nouveau ! Piloté par Culture Commune, le festival La Beauté du geste affiche dès sa première édition une jolie ambition : porter des spectacles de danse originaux aux quatre coins du Pas-de-Calais.

Bal chorégraphique © Frédéric Iovino

Il y a d’abord eu "Les Déhanchés du bassin" en février 2019, un parcours chorégraphique d’une journée entre Lens et Hénin-Beaumont. Ravis de ce prélude, le LouvreLens et Culture Commune ont bâti cette année un événement plus ample. « C'est une série de gestes artistiques, indépendants les uns des autres, mais se retrouvant au sein d’un même ballet », décrit Laurent Coutouly, le directeur de la scène nationale du bassin minier. En ouverture, Bruno Pradet met en scène sept interprètes lancés dans une transe joyeuse, sur une bande-son mi-fanfare mi-electro. De quoi donner envie de taper du pied… Cela tombe bien, Sylvain Groud, le directeur du Ballet du Nord, introduit son bal chorégraphique à Loos-enGohelle, pour un moment de lâcher prise avec la complicité d'artistes. La Beauté du geste ose aussi quelques pas de côté dans la Galerie du temps du Louvre-Lens, où l’on suit le chorégraphe Cyril Viallon dans d’étonnantes "visites dansées". David Bobée défend quant à lui une forme itinérante de théâtre dans les écoles, permettant à son interprète (Florent Mahoukou) de raconter son Brazzaville. « Dans une salle de classe métamorphosée, mais je ne veux pas trop en dire…», sourit Laurent Coutouly, qui sait décidément mener la danse. Marine Durand

Programme / 24.03 : Cie Vilcanota et Bruno Pradet : People What People ? 24 > 29.03 : David Bobée : My Brazza (scolaires uniquement) // 27.03 : Sylvain Groud : Adolescent 28.03 : Sylvain Groud : Bal chorégraphique • CCN Caen Normandie et Alban Richard : Vivace 29.03 : Lionel Bègue : La Fuite // 28 & 29.03 : Cyril Viallon : Visites dansées de la Galerie du temps

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Lens, Sallaumines, Loos-en-Gohelle, 24 > 29.03, divers lieux, 1 spectacle : 12 > 3 € • pass illimité : 20 € culturecommune.fr


Festival Legs | Chassés-croisés |

à Bruxelles, un festival de danse contemporaine concilie passé et présent. Mis sur pied par Charleroi Danse, cette troisième édition de LEGS propose une douzaine de spectacles mariant les époques et les styles. Les artistes puisent dans l’histoire (la leur, la nôtre) pour prendre de la hauteur.

*N!GGA © Ian Douglas

« La danse doit dialoguer avec sa propre histoire, s’enthousiasme la programmatrice, Annie Bozzini, Ces œuvres exhument ainsi des interrogations passées, mais qui nous animent aujourd’hui ». Certains chorégraphes engagent des tête-à-tête avec des figures plus ou moins connues. à l'image de Jérôme Bel, familier des pièces en forme de portraits, et convoquant ici Isadora Duncan, pionnière de la danse moderne. Marion Sage bondit quant à elle un siècle en arrière, pile au moment où cet art, justement, se développe en Allemagne. S'appuyant sur des images d'archives, elle se glisse dans les pas du danseur-jardinier allemand Jean Weidt. Ce militant communiste, exilé à Paris dans les années 1920 pour fuir le nazisme, avait inventé un langage chorégraphique mêlant gestes paysans (répétitifs et durs) et politiques (la résistance)… Le festival traverse le temps, donc, mais aussi l'espace, en regardant par-delà l'Europe et l'Occident. En témoigne la présence de Luiz de Abreu. à travers O Samba do Crioulo Doido ("la samba du nègre fou"), le Brésilien déconstruit les stéréotypes accolés au corps noir, en sur-jouant (ou raillant) l'exotisme et l'érotisme. Une mise à nu littérale, drôle et sacrément libératrice. Marie Pons Sélection / 28.03 : Virgilio Sieni : Archéologie cachée • Daniel Larrieu : Chiquenaudes & Romance en Stuc 02.04 : Marion Sage : Grand Tétras • Stéphanie Auberville : Salutations Mistinguettes // 03.04 : Marian del Valle : Danses en dormance • Jérôme Bel : Isadora Duncan // 04.04 : Rencontre avec Calixto Neto • Luiz de Abreu : O Samba do Crioulo Doido • nora chipaumire : *N!GGA…

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Bruxelles, 23.03 > 04.04, La Raffinerie, 1 spectacle : 5 €, charleroi-danse.be.


Resurrexit Cassandra © Wonge Bergmann

100 % Jan Fabre

Artiste protéiforme et iconoclaste, Jan Fabre est l'invité de marque du Tandem. En sus d'une exposition au Musée des beaux-arts d'Arras (voir page 84), l'Anversois présente trois pièces. Interprété par la performeuse Stella Höttler, le solo Resurrexit Cassandra (Honte à la Terre entière !) met en scène un messie féminin déchaîné au milieu des éléments. Revenue d'entre les morts, Annabelle Chambon magnifie elle sur un lit de fleurs la vie dans chacun de ses mouvements ou regards (Preparatio Mortis). Dans écrivain de nuit, le Flamand nous dévoile enfin les secrets de son processus créatif… J.D. Arras et Douai, 02 > 12.03, Théâtre & Hippodrome, 1 spectacle : 22 > 7 €, www.tandem-arrasdouai.eu Programme / 02 & 03.03 : Resurrexit Cassandra (Honte à la Terre entière !) // 11 & 12.03 : Preparatio Mortis & Écrivain de nuit + 02.03 > 04.05 : Exposition Les Châteaux dans l'heure bleue au Musée des beaux-arts d'Arras

Auteur homosexuel, Louis revient auprès de ses proches pour leur annoncer qu'il va mourir. Il est accompagné d'une autre famille, qu'il s'est construite à Paris. Ces deux mondes opposés vont devoir s'apprivoiser. Jouée par 14 élèves sortis en 2018 de l'école du Nord, cette ultime pièce de Jean-Luc Lagarce se déroule sur un plateau épuré, comme une page blanche où il faudrait tout réécrire en revendiquant davantage de tolérance. J.D. Dunkerque, 05 & 06.03, Le Bateau Feu jeu : 19 h • ven : 20 h, 9 €, www.lebateaufeu.com Tourcoing, 18 > 22.03, Théâtre de l'Idéal, mer > ven : 20 h sam : 19 h • dim : 16 h, 25 > 4 €, www.theatredunord.fr (+ Déambulation : Croix, 11.03, Villa Cavroix, 19 h & 21 h)

© Simon Gosselin

Le Pays lointain (un arrangement)


Petites Morts © Agnès Weill

Elles en rient encore | Sacrées sorcières |

Le Prato n’a pas attendu l’affaire Weinstein et le hashtag MeToo pour donner la parole aux femmes. Pour preuve ce temps fort de la saison, qui conjugue cirque et féminité depuis déjà une décade. Entre clownesses et acrobates, le "Théâtre international de quartier" de Lille ménage cette fois une belle place aux sorcières… Les clownesses seraient-elles les sorcières d’aujourd’hui ? « En tout cas, elles font toujours peur aux directeurs de scènes nationales », remarque Gilles Defacque, le Monsieur Loyal du Prato. Envoûtantes, pourchassées hier et désormais symbole d’émancipation, ces figures (libres) étaient toutes trouvées pour évoquer ces artistes "invisibles". Pourtant, comment ne pas remarquer autant de talent(s) ? à commencer par celui de Patricia Buffet. Dans ISF sans frontière, la Réunionnaise débarque sur scène avec son gilet de sauvetage et son nez rouge, revenue d'on ne sait où, pour décrire la migration et sa créolité retrouvée. Stéphanie Campagnie aborde quant à elle le sujet de l'enfantement. Elle explique pourquoi elle n’est pas encore maman lors d’une lecture replaçant le corps féminin au centre des débats. Car sur scène ou en société, « il faut croire qu'il dérange toujours. On lui reproche d'être trop visible ou de se laisser aller… ». à travers Adieu Trapèze, Isabelle Munoz s’amuse des traces du temps laissées sur sa chair, la quarantaine passée, avec mélancolie mais humour. Eh oui, « malgré tout ce qu’elles subissent, ces femmes en rient encore ». Nous aussi. Lucille Leleu Programme / 06 & 07.03 : Patricia Buffet : ISF sans Frontière // 07.03 : Lecture de Samira El Ayachi : Les Femmes sont occupées // 10.03 : Lecture de Stéphanie Campagnie : Tout est possible 10 & 11.03 : Cécile Gheerbrant : Petites Morts // 12 > 15.03 : Clownesses à l’œuvre au Théâtre Massenet 20.03 : Isabelle Munoz : Adieu Trapèze

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Lille, 06 > 20.03, Le Prato & Théâtre Massenet, 1 spectacle : 17 > 5 €, leprato.fr


Ils sont corrosifs, loufoques, burlesques ou poétiques… mais pareillement hilarants. Ces valeurs sûres (ou en devenir) de la gaudriole débarquent près de chez nous pour le meilleur et le rire – et ce n’est pas de la blague. Julien Damien & Lucille Leleu

© Fifou

Ouvrez les vannes !

Alban Ivanov

Anzin, 03.03, Théâtre municipal, 20 h, complet ! // Hem, 04.03, Le Zéphyr, 20 h, 41 €, www.zephyrhem.fr Calais, 05.03, Grand Théâtre, 20 h, 41 €, www.spectacle-gtgp.calais.fr

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à l'affiche de toutes les comédies françaises à succès (du Sens de la fête au Grand Bain), voix de Pumbaa dans le dernier Roi Lion, Alban Ivanov est désormais une vedette – qui l'eût cru ? Passé par le Jamel Comedy Club, ce Narbonnais à la voix rauque (comme dirait Denis Brogniart) ne s'inscrit toutefois pas dans la tradition du stand-up. Exit les vannes faciles sur les rapports hommes-femmes ou les fringues, cet excellent mime incarne, à l'ancienne, une foule de personnages borderline. Star ou pas, on n'oubliera pas son sketch sur les gitans ou l'alcool. Un poil vulgaire certes, mais bon : « Ivanov, ça sent pas l'eau minérale non plus ».


© Julien Weber

© Svend Andersen

Caroline Vigneaux

Fary

Après avoir "quitté la robe", Caroline Vigneaux "croque la pomme" – logique. Dans son troisième spectacle, l'ancienne avocate se demande pourquoi Eve est soumise à Adam. Cette défenseuse d'un « féminisme de réconciliation » se révolte contre les inégalités entre les sexes. Au passage, elle nous fait réviser nos leçons d'histoire : « 1934, les filles obtiennent le droit de vote… en Turquie, dix ans avant nous. Mais bon, aujourd'hui on a enfin le pouvoir de choisir celui ou celui qui nous représentera… ».

C'est vrai, Fary agace parfois (les vannes sur les leggings, franchement) mais saluons son sens acéré de l'observation et son franc-parler. Dans Hexagone, le stand-upper le plus looké de France élève le niveau et cause religion, racisme… On se souvient ainsi de son « salut les blancs ! » à la cérémonie des Molières de 2019, dénonçant le manque de diversité sur nos scènes. Et d'enfoncer le clou : « le seul artiste de stand-up qui vous touche s'appelle Blanche, même Eric Zemmour aurait trouvé ça trop français ». Bien vu.

Woluwe-Saint-Pierre, 05.03, W:Halll, 20 h 30 25 / 22 €, www.whalll.be // Sin-le-Noble, 10.05 Théâtre Henri Martel, 17 h, 20 > 10 €, sinlenoble.fr Lille, 06.06, Théâtre du Casino Barrière 20 h 30, 37 > 31 €, www.casinosbarriere.com

Jeumont, 06.03, Centre culturel André Malraux 20 h, 20 / 15 €, www.lemanege.com Bruxelles, 21.04, Cirque Royal, 44 > 29 € cirque-royal-bruxelles.be

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Dans son nouveau spectacle, Nora Hamzawi enfile son costume préféré, celui de la "fille normale" en pleine séance d'autodénigrement – nous tendant un miroir un poil déformant. Mi-peste mi-bonne copine, elle épingle les tares et travers des trentenaires angoissés (pléonasme) et s'amuse avec son débit mitraillette de situations (hélas) quotidiennes. Elle raconte sa maternité, ses soirées foireuses, la sexualité qui s'étiole dans le couple… Bref, elle voit la vie en névroses, et c'est désopilant. Béthune, 10.03, Théâtre municipal, 20 h 30, 22 / 18 € www.theatre-bethune.fr // Douai, 27.03, Théâtre municipal 19 h 30, 41 > 8 €, ville-douai.fr // Bruxelles, 15.05, La Madeleine 20 h, 34 €, www.la-madeleine.be

© Sylvain Norget

Nora Hamzawi


© Faux Amis

Qu’est-ce qu’on fabrique en famille ? | à vous de jouer ! |

Le rendez-vous ludique et participatif de Culture Commune est de retour. Dans cette grande cour de récréation, on trouve des comédiens aux fourneaux, des marionnettes décalées, des objets sonores non identifiés… Soit autant de formes originales que les grands picoreront avec les petits. Pousser les portes de ce festival jeune public, c’est « venir pour un spectacle, se prendre au jeu et rester toute la journée », observe Laurent Coutouly, le directeur de la scène nationale du bassin minier. Entre ateliers tatouages ou déguisements, expérimentation d’un "sonomaton" (soit un photomaton pour les oreilles) et studio photo pour repartir illico avec son cliché parentsenfants, il y a de quoi s'amuser tout le week-end (sans rien débourser). Et côté scène ? C’est tout aussi alléchant ! Rejoignez par exemple la cuisine du Teatro Delle Ariette, concoctant un voyage gustatif et poétique avec légumes, casseroles ou condiments en toile de fond – et un bon repas à l’horizon. De son côté, le Tof Théâtre bouscule avec des marionnettes (et pas mal de malice) la répartition des rôles entre les papas et les mamans. Le collectif Sauf le dimanche renvoie lui les kids à l’école (oui, même un samedi après-midi) en compagnie de maîtresses détournant la salle de classe avec une drôle de chorégraphie. Dans cette fabrique théâtrale, vous n'êtes pas au bout de vos surprises ! Marine Durand en

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Lens & Loos-en-Gohelle, 04 > 08.03, Fabrique Théâtrale, Base 11/19 & Cité des Provinces (Lens) 1 spectacle : 5 € (adulte) / 3 € (enfant) • ateliers : 5 € (gratuit durant tout le week-end), culturecommune.fr

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Sélection / 05 > 08.03 : Teatro Delle Ariette : Bienvenue dans ma cuisine // 06 & 07.03 : Cie Boîte à sel : Block // 07.03 : Collectif Sauf le dimanche : Ma maîtresse ? // 07 & 08.03 : Tof Théâtre : Pourquoi pas ! 08.03 : La compagnie de Louise : Jimmy et ses sœurs • S. Carré, P. Diouf & Y. Verburgh : Petit dej’ des familles

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© Jostijn Ligtvoet Fotografie

Projet. PDF | Figures libres |

Grande-Synthe, 07.03, Palais du Littoral, 20 h, 12 / 9 €, www.ville-grande-synthe.fr La Louvière, 10.03, Le Théâtre, 20 h, 30 > 10 €, www.cestcentral.be

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Le spectacle débute par un accouchement. On vous laisse la surprise, mais disons qu'il est assez burlesque, et donne d'emblée le ton. De fait, on va parler des femmes et de leur corps, sans tabou mais avec un sacré décalage. Sur scène, une quinzaine de circassiennes questionnent leur indépendance et leur liberté. Elles traitent de la maternité comme de la prostitution avec force tableaux. Construit collectivement autour de la metteuse en scène Virginie Baes, et détricotant tous les stéréotypes, le Projet. PDF (pour "portés de femmes") enchaîne les acrobaties, saltos, pyramides humaines ou même un ballet de natation synchronisée – mais sans eau. Ces clownesses, voltigeuses ou contorsionnistes démontrent alors la puissance du groupe. En filigrane, ces filles de l'air se dénudent pour renforcer le propos. Elles prouvent qu'elles savent (sup)porter maints fardeaux sans l'aide de personne, et surtout pas des hommes. J.D.


© Fabrice Gardin

© Bara Srpkova

Deep Are the Woods

Accords parfaits

Créé par le chorégraphe français éric Arnal-Burtschy, Deep are the Woods n'est pas un spectacle comme les autres. Pour cause, la lumière en constitue l'unique interprète. Celle-ci est rendue tangible grâce à un fin brouillard diffusé dans la salle. Placé au centre de ce dispositif immersif, le public a tout le loisir de se déplacer à la rencontre de ces rayons, d'observer les silhouettes qu'ils dessinent et d'imaginer ses propres histoires.

Marie Lafarge est une femme très occupée. Un jour, cette cadre dynamique découvre que le ménage de son appartement n'est pas assuré par la gardienne de l'immeuble, mais un jeune homme très séduisant… L'amour sera-t-il au rendez-vous ? Ecrite en 1990 par Louis-Michel Colla, cette comédie romantique évoque la solitude et la complexité des rapports humains. Mise en scène par Isabelle Paternotte, la pièce joue de ce décalage entre humour et drames quotidiens, dans un décor en clair-obscur.

Villeneuve d'Ascq, 04 > 07.03, La Rose des Vents divers horaires, 12 > 6 €, www.larose.fr Lens, 04 > 06.06, Scène du Louvre-Lens jeu : 14 h-18 h • ven & sam : 10 h-18 h, 13 > 3 € www.louvrelens.fr

Bruxelles, 11.03 > 05.04, Théâtre royal des Galeries 20 h 15 (matinée : 15 h), 26 > 10 €, trg.be

Inspirées du Moqueca de maridos, condensé de mythes indigènes de l'anthropologue Betty Mindlin, ces histoires allument tous les feux de l'amour. Maris jaloux, guerre des sexes, plaisir charnel, vengeance… Accompagnée par l’ensemble Op.Cit (clarinette, harpe, piano, contrebasse et batterie), la comédienne Chloé Begou donne vie à des petits contes crus ou cruels, drôles ou libidineux, dans une fricassée musicale des plus relevées. Armentières, 06.03, Le Vivat, 20 h, 18 > 2 € www.levivat.net

© Garance Li

Fricassée de maris


© Yves Mwamba

Dadaaa [ Amélie Poirier ] Né en 1916 à Zurich au fameux Cabaret Voltaire, en réaction aux horreurs de la Première Guerre mondiale, le mouvement dada envoyait valser les convenances idéologiques et artistiques. Dans ce spectacle destiné au jeune public (dès deux ans), Amélie Poirier rend hommage à ce courant iconoclaste. Pensée comme un collage sonore et visuel, la pièce convoque les marionnettes minimalistes de Sophie Taeuber-Arp ou les poèmes abstraits d’Hugo Ball, entre découverte sensorielle et folie pure. Amiens, 04 > 06.03, Maison du Théâtre, mer : 14 h 30 & 17 h jeu & ven : 10 h & 14 h 30, 15 > 3 € // Valenciennes, 28.03 Le Phénix, 16 h, 14 > 10 €, scenenationale.lephenix.fr

Rémi [ Jonathan Capdevielle ] Sans famille suivait un petit garçon rejeté par son père adoptif et confié à un bonimenteur qui l'initiera à l’art du spectacle. Jonathan Capdevielle transpose ce classique d’Hector Malot (1878) à notre époque. Le Tarbais met en scène un Rémi devenu pop-star et sortant son album (Sans famille). Notre héros croisera ici des personnages incarnés par des acteurs masqués ou des marionnettes… Il poursuit même son histoire chez le spectateur, grâce à une fiction audio distribuée au terme de la représentation ! Villeneuve d'Ascq, 10 & 11.03, La Rose des Vents mar : 19 h • mer : 18 h, 12 > 6 €, www.larose.fr Douai, 31.03 & 01.04, L'Hippodrome mar : 20 h • mer : 19 h, 10 / 8 €, tandem-arrasdouai.eu

Möbius Compagnie XY & Rachid Ouramdane Depuis près de 15 ans, la compagnie XY défie les lois de la gravité avec légèreté. Ces circassiens multiplient les envols et portés pour composer des pyramides humaines éphémères. Rachid Ouramdane explore lui depuis deux décennies le motif de la foule avec grâce. Lors de cette rencontre au sommet, ils s'inspirent des murmurations, ces ballets aériens d’oiseaux où chaque individu se place au service du collectif, dans une sublime métaphore de notre condition. Maubeuge, 12 & 13.03, La Luna, 20 h, 12 / 9 € www.lemanege.com Dunkerque, 24 > 26.03, Le Bateau Feu mar : 20 h • mer & jeu : 19 h, 9 €, lebateaufeu.com

Coronis [ S. Durón / V. Dumestre & Le Poème Harmonique / Omar Porras ]

Amiens, 13.03, Maison de la Culture, 20 h 30, 39 > 15 €, www.maisondelaculture-amiens.com Lille, 22 > 25.03, Opéra, dim : 16 h • mar & mer : 20 h, 36 > 5 €, www.opera-lille.fr

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Genre lyrique né en Espagne au xviie siècle, la zarzuela mêle chant, orchestre et théâtre. Principalement interprétées par des femmes, ces histoires baroques convoquaient magiciens et dieux, amoureuses transies et autres bouffons… Parmi les compositeurs majeurs de cet art baroque, on compte Sebastián Durón. Son Coronis conte l'histoire d'une nymphe attisant l'appétit d’un monstre marin et d’Apollon. Il est ici ressuscité dans une mise en scène évoquant le théâtre de tréteaux.


© Laurent Philippe

Some Hope For the Bastards Frédérick Gravel Le Québécois Frédérick Gravel met en scène une grande fête triste, à l'image de notre monde au bord du gouffre. Des trentenaires se préparent à un grand moment de défoulement stérile, une bière à la main. Certains dansent seuls, d'autres draguent, se battent ou restent immobiles, attendant on ne sait quoi. Un messie, peut-être… Entre rock alternatif et danse contemporaine, ce concert chorégraphique pour neuf danseurs traduit un immense besoin d'espoir sur fond d'humour noir. Dunkerque, 17.03, Le Bateau Feu, 20 h, 9 €, lebateaufeu.com (festival Le Grand Bain, cf page 89)

Vertikal Mourad Merzouki / Cie Käfig

Étrangler le temps + Boléro 2 O. Duboc / B. Charmatz & E. Huynh

Figure de la scène contemporaine, Mourad Merzouki imagine des alliances inédites. Après avoir croisé boxe et musique classique (Boxe Boxe) ou ballet aérien et mapping (Pixel), il projette ses danseurs dans une nouvelle dimension : la verticalité. Le hip-hop s’envoie ici en l’air ! Face à une paroi verticale, les dix interprètes composent avec la suspension, l’équilibre et la chute. Tenus par des fils, ils révèlent une amplitude de mouvements inédite.

En hommage à Odile Duboc (19412010) dont ils furent interprètes, Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh proposent une soirée inspirée du deuxième des Trois boléros que la Versaillaise a chorégraphié en 1996. En première partie, ces figures de la danse contemporaine livrent une interprétation libre du duo boléro 2, avant de restituer la version originale de la pièce d’Odile Duboc. Ils se muent dès lors en statues grecques, résistant à l’expansion de la musique de Maurice Ravel.

Charleroi, 18.03, PBA, 20 h, 16 > 6 € www.pba.be

Armentières, 19.03, Le Vivat, 20 h, 18 > 2 € www.levivat.net (festival Le Grand Bain, cf page 89)

Histoire de la violence Laurent Hatat & Emma Gustafsson / édouard Louis

Valenciennes, 19 & 20.03, Le Phénix 20 h, 24 > 17 €, scenenationale.lephenix.fr

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Deuxième livre d’édouard Louis après En finir avec Eddy Bellegueule (2014), Histoire de la violence raconte son viol par Reda, un inconnu rencontré dans la rue puis ramené chez lui, le soir de Noël. La pièce se déroule sur un plateau nu, où trois comédiens donnent voix à la victime, sa sœur et l’agresseur. Se déploie alors un récit polyphonique, éclairant d’une lumière crue la brutalité des rapports humains.


Un Long dimanche de fiançailles [ Sébastien Japrisot / Cécile Backès ] La Comédie de Béthune renoue avec son marathon de lecture. Durant dix heures, comédiens professionnels et amateurs magnifient le foisonnant roman de Sébastien Japrisot, Un Long dimanche de fiançailles (1991). Soit le combat de Mathilde pour retrouver son fiancé, Manech. Condamné à mort par l'armée française durant la Première Guerre mondiale, il a été abandonné avec quatre autres soldats d'infortune près des lignes ennemies… Un récit haletant, polysémique, à l'image de cette journée. Béthune, 21.03, Le Palace, lecture partagée : 14 h-00 h (+ buffet partagé : 21 h), 5 €, comediedebethune.org

Danser Casa Kader Attou & Mourad Merzouki

L’après-midi d’un foehn Phia Ménard / Compagnie Non Nova

Figures emblématiques du hip-hop, Kader Attou et Mourad Merzouki révèlent l'effervescence de la jeunesse marocaine. Choisis parmi près de 200 candidats, huit interprètes mêlent popping, locking, parkour et danse contemporaine. Ils racontent Casablanca et ses tensions, entre histoires d'amour interdites ou violences prêtes à éclore. Ces corps au diapason offrent un voyage entre les époques et les techniques, dans un portrait chorégraphique virtuose.

Jongleur devenue performeuse, Phia Ménard n'a de cesse de questionner l’identité. Dans Vortex, elle jouait par exemple avec le vent et un immense voile pour nous interroger : sous combien de couches nous couvrons-nous ? De ballet aérien, il est aussi question dans L’après-midi d’un foehn. Cette fois elle donne vie (sur la musique de Debussy) à d’étonnants personnages constitués de sacs en plastique, donnant littéralement corps à l'air, cette matière impalpable mais essentielle à la vie.

Charleroi, 21.03, PBA, 20 h, 16 > 6 €, pba.be (festival Kicks !) // Namur, 16.05, Théâtre, 19 h 16,50 €, www.theatredenamur.be

Maubeuge, 26 & 27.03, Théâtre du Manège mar : 10 h & 15 h • mer : 10 h & 19 h, 12 > 4 € www.lemanege.com

Les fous à réAction n’en ont pas fini avec Beckett. Après En attendant Godot, ils s’attaquent à Fin de partie. Dans cette pièce créée en 1957, le génie de l’absurde mettait en scène quatre personnages handicapés dans un monde post-apocalyptique. A l’heure du dérèglement climatique, cette peur de l’effondrement ressurgit. Enfermés dans un refuge, ces lambeaux d’humanité comptent le temps qui passe, entre bons mots et gags ratés. Vaille que vaille, ils résistent et prouvent qu'ils existent ! Dunkerque, 31.03 > 03.04, Le Bateau Feu mar & ven : 20 h • mer : 19 h, 9 €, www.lebateaufeu.com

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© Xavier Cantat

Fin de partie [ Les fous à réAction [associés] ]


© Ville de Genève

l de e m la ot fi n

Un petit pas pour l’Homme, un grand pas pour la parité ? C’est en tout cas le souhait de la municipalité de Genève. La maire, Sandrine Salerno, a décidé de féminiser la moitié des panneaux de signalisation de la ville. 250 pictogrammes qui représentent une silhouette masculine traversant un passage piéton vont être remplacés par des images de femmes, parfois enceintes, issues de la diversité ou de couples lesbiens. Ne manquent que des personnes handicapées pour être tout à fait dans les clous...

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Dans le panneau


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LM magazine 160 - mars 2020  

Art & Culture - Hauts-de-France & Belgique

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