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n°159 / février 2020 / GRATUIt

Art & CulturE

Hauts-de-France / Belgique


sommaire Afghan Ski Challenge © Bamyân Ski Club / Neil Silverton

LM Magazine #159 – Février 2020

news – 06

chroniques – 50

reportage – 10

Disques : Agnes Obel, Isobel Campbell, Dan Deacon, Sunday Service Choir, Maes

Afghan Ski Challenge Station spéciale

portfolio – 18 Mr Tadef En pente douce

Livres : Amandine Dhée, Voloj & Mosdal, Marcus Malte, Pierre Bourgeade, Mathieu Riboulet écrans : Qu'un sang impur, Jojo Rabbit, La Fille au bracelet, La Dernière vie de Simon, Deux, La Cravate

rencontre

exposition – 66

Abdel Raouf Dafri – 56 Les nerfs de la guerre

Gautier Deblonde, Emmanuel Lepage, René Magritte, Secrets de parfum, Agenda…

Gautier Deblonde – 66 Chef d'atelier Zenel Laci – 88 Plus belle la frite

musique - 26 Jawhar, Angel Olsen, Ibibio Sound Machine, Liam Gallagher, Suzane, Stormzy, OMD, Black Pumas, Jane Birkin, Pop Factory, Agenda…

théâtre & danse – 88 Fritland, Franck Ferrand, Braslavie bye bye !, Cabaret de curiosités, Roman Frayssinet, Tanguy Pastureau, Sophia Aram, Agenda…

le mot de la fin – 106 Les Bronzés refont du ski


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Tanguy Croq info@lm-magazine.com

Couverture Promesse aux étoiles © Monsieur Tadef pays-merveilleux.com

Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, François Annycke, Rémi Boiteux, Audrey Chauveau, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Sarah Elghazi, Hugo Guyon, Mélanie Kominek, Grégory Marouzé, Raphaël Nieuwjaer, Monsieur Tadef, Pauline Thurier, Lucas Wils et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


news

© Citizen Lights

news En février, Bruxelles pique à Paris son (fumeux) titre de ville lumière. C'est d'abord Schaerbeek qui s'illumine au gré du festival Citizen Lights. Au programme, un parcours d'œuvres interactives (nous invitant par exemple à "phosphographer") et des parades (forcément) bien éclairées. C'est ensuite toute la capitale qui nous en met plein la vue durant Bright Brussels, charriant son lot de projections, mappings et installations lumineuses. Parmi elles citons 1.3 Seconde de Guillaume Marmin, une performance immersive illustrant le voyage de la lumière entre la Terre et la Lune. éblouissant ! Citizen Lights Schaerbeek, 07 & 08.02, Quartiers Louis Bertrand et Colignon, 18 h-22 h, gratuit, citizenlights.be Bright Brussels Bruxelles, 13 > 16.02, de Sainte Catherine à la Porte de Hal en passant par la Grand Place, Poelaert, Marolles, Sablon, Quartier Royal, 19 h-23 h, gratuit, bright.brussels

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news news

Bruxelles, ville lumière


Merveilles à Montfermeil © Les Films du Losange

Festival international du film de Mons Entre invités de marque ou avant-premières bien choisies, ce festival s'est imposé comme un rendez-vous phare du cinéma. Son fil conducteur ? L'amour. De celui, brindezingue, qui anime par exemple Ramzy Bedia et Jeanne Balibar dans Merveilles à Montfermeil… Richard Anconina, président du jury, ne s'est lui pas fait prier pour apparaître au casting de cette 35e édition. Mons, 06 > 13.03, Imagix, Auditorium Abel Dubois, Palais des Congrès, Congres Hotel Mons Van der Valk, Théâtre Royal, 1 film : 7 > 4 €, pass : 30 > 20 €, www.festivaldemons.be

Skate Hard To Hell VII

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Du rock, des filles en shorts, des patins (à roulettes, hein) et des pompom boys. Le Roller Derby Lille réinvestit le Grand Sud avec ses courses rugueuses et ses tours de piste déjouant les blocages. En prime, des concerts, des blind-tests (avec Loud'Her), un roller-disco, un stand de maquillage façon Rocky Horror Picture Show… Bon, vous savez où passer votre samedi soir. Lille, 08.02, Le Grand Sud, 13 h 30-00 h 30 8 / 5 € (gratuit -14 ans), www.rollerderbylille.fr

Bruxelles, 21.02 > 01.03, Flagey & Cinema Palace 1 film : 8 > 6 €, pass : 70 €, animafestival.be

Déjeuner sur l'herbe © Miyu Distribution

© David Descatoire

Anima Entre longs et courts métrages (plus de 200 films), ce festival offre un joli panorama du cinéma d'animation. Cette 39e édition met les productions scandinaves à l'honneur. Anca Damian ouvre le bal avec L'Extraordinaire Voyage de Marona, soit l'histoire d'une chienne accidentée se remémorant sa vie auprès des hommes. Citons aussi la dernière superproduction Disney, En avant, où deux elfes cherchent le peu de magie subsistant dans ce bas monde.


Nalgona Chair, 2019 © Chris Wolston

Down (no.2) Marble 2018 © Håkon Anton Fagerås

Siège sociable Le gouvernement français devrait contacter d'urgence Chris Wolston. à l'heure où les conflits sociaux s'enlisent dans l'Hexagone, les créations de cet Américain apparaissent comme LE remède à la politique de la chaise vide. Accueillant, et franchement poilant, ce mobilier en osier imitant des postures humaines invite chacun à s'asseoir sur sa mauvaise humeur…

fageras.com

www.chriswolston.com

The Artist Diet © Gerard + Belevender

Sommeil lourd Quoi de mieux qu'un oreiller en marbre pour dormir d'un sommeil de plomb ? Le Norvégien Håkon Anton Fagerås joue du paradoxe entre la légèreté de cet objet familier et la lourdeur du matériau utilisé pour le sculpter. Affaissées, pliées, déclinées en blanc ou en couleur, ses œuvres sont confondantes de réalisme. Attention, batailles de polochons fortement déconseillées.

Déjeuners en paix

www.gerardbelevender.com

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La photographe Michelle Gerard s'est penchée sur les petits déjeuners des grands artistes. Jack Kerouac et ses nouilles chinoises, le milk-shake et café (très sucré) de David Lynch… Pour réaliser ces clichés, l'Américaine s'est scrupuleusement documentée. Mine de rien, ses natures mortes dessinent en filigrane des portraits plus ou moins savoureux, à l'image du rituel d'Andy Warhol ou de Marcel Proust – on vous laisse deviner qui mangeait quoi…


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Afghan Ski Challenge


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ag r e p o rt

Niché dans les montagnes de l’Hindu Kush en Afghanistan, à 180 km à l’ouest de Kaboul, le paisible petit village de Chapdara se transforme chaque début d'année en station de sports d’hiver. Cette métamorphose annonce une compétition improbable : l'Afghan Ski Challenge. Pour sa dixième édition, le défi reste le même. Il s'agit de promouvoir l’esprit du sport dans cette région isolée du monde et bousculer les codes d’une société traditionnelle.

| Station spéciale |

Photos © Bamyân Ski Club


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L’

organisateur n’en revient toujours pas. « Ils sont de plus en plus nombreux chaque année, c’est génial ! ». Les villageois attendent avec impatience le compte à rebours malgré la déroute soudaine de la sono. Sur la ligne de départ plus haut, une centaine d'Afghans rêve d'en découdre avec une poignée d’adversaires internationaux. Le contraste est saisissant. Des skis taillés dans de vieilles planches s’alignent à côté des dernières paires high-tech. Des tenues fluorescentes côtoient de « Au début longues vestes rafistolées. Certains se contentent on nous a pris même de sandales et de vieux bâtons. Les participour des fous. » pants se saluent une dernière fois, prêts à s'élancer sur la piste évidemment non damée. Le micro fonctionne enfin et le top départ est donné ! Bienvenue à l’Afghan Ski Challenge, première compétition de ski-randonnée en Afghanistan, qui fête sa 10e édition cette année. ■◆

Bouddhas éparpillés

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Nous sommes au cœur de la province de Bamiyan, tristement célèbre pour avoir vu ses bouddhas géants millénaires dynamités par les talibans en 2001. Aujourd’hui délaissée par les fondamentalistes, la région bénéficie d’une certaine douceur de vivre, irréelle pour un pays en proie à la guerre civile. Ici aucune buvette ni chalet douillet, mais des cimes à perte de vue. Ce petit bout de terre agricole, coincé à 2 500 m d’altitude au pied des montagnes de l’Hindu Kush, peut s’enorgueillir d’accueillir une "compétition internationale" dans un climat pacifique. En 2019, le club de ski a même inauguré la toute première remontée mécanique •••


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du pays, conçue avec… une brouette et une moto ! ■◆

Grand Suisse

« Au début on nous a pris pour des fous. Mais aujourd’hui, on nous vante les bienfaits de cette manifestation », raconte Christoph Zürcher, le reporter à l’initiative de ce pari audacieux. L’idée lui est venue alors qu'il était coincé dans cette région pour un reportage en 2010. « En bon Suisse, je me suis dit que ce serait sympa de parcourir ces montagnes à skis ». De retour à Zurich, il en parle autour de lui et le Bamyân Ski Club voit le jour en 2011, dans un pur esprit ludique et sportif. Christoph revient dans la province avec du matériel et un coach pour entraîner les plus téméraires. Les habitants n’ont pas tout de suite compris l'intérêt de ce curieux défilé. « On ne savait même pas que descendre une montagne enneigée était un sport », raconte un villageois. ■◆

Toucher du bois

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Depuis lors, des instructeurs étrangers sont envoyés dans la région chaque hiver, une école de ski tourne grâce aux dons du club (20 000 € par an). Une vingtaine de filles, souvent mises à l’écart en Afghanistan, rejoignent même la compétition. Résultat, l'équipement « On ne connaissait sportif devient insuffisant et les locaux même pas ce sport. » affûtent eux-mêmes leurs lattes. Une catégorie Wooden Ski ("skis en bois") a ainsi été inaugurée pour ne pas pénaliser les Afghans. Pour cette dixième édition, la compétition de skirandonnée continue d'attirer les étrangers. L’agence anglaise Untamed Borders, spécialiste des séjours culturels dans les pays dits "à risques", •••

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y emmène plus d’une centaine de touristes par an. Une dizaine d'Australiens, d'Anglais ou de Finlandais seront présents cette année. ■◆

Flamme olympique

à visiter / bamyanskiclub.com, untamedborders.com à lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com

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En ce mois de février, 80 skieurs devront escalader une pente de 700 mètres avant de la redescendre, suivant un parcours balisé de deux kilomètres. À ce jeu-là, le plus rapide n’est pas forcément le mieux équipé. Les Afghans se sont vite montrés doués. C'est le cas de Sajjad Husaini et Alishah Farhang, qui ont chaussé leur première paire de skis en 2012 avant de tenter les JO d’hiver de 2018. Le très haut niveau international a hélas relégué les jeunes athlètes aux portes de la compétition… Mais Alishah, désormais instructeur, vise les jeux de 2022. C'est aussi lui qui organise la dixième édition de l’Afghan Ski Challenge – « et dire qu’au début je n’aimais pas du tout skier !  ». Malgré des soutiens financiers fragiles, l’avenir de la compétition semble assuré. Cinq clubs ont élu domicile ici, avec plus de 200 membres au compteur. Forte de ce succès, la région se prépare au prochain événement de l’année, le marathon de Bamiyan organisé en octobre. Mais ça, c'est une autre histoire… Mélanie Kominek


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Sauter le pas


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Monsieur Tadef | En pente douce |

Ancien skieur de haut niveau, Monsieur Tadef a tracé ses premières courbes sur les pentes enneigées de Savoie, où il a grandi, avant de les poursuivre sur la page blanche. En 2017, il plantait ainsi ses bâtons (et crayons) au sommet du Pays Merveilleux. Quèsaco ? « Un territoire d’expression infini, confie l’artiste. C’est du froid, de l’immensité et de l’adrénaline ». Mais encore ? « Du classique, du cliché, de l’audace et du rouge à lèvres… ». Situées quelque part au milieu du xxe siècle, ces images traduisent une certaine douceur de vivre. En somme, rien à voir avec les déboires de notre "bronzé" Jean-Claude Dusse, oublié sur un télésiège en pleine nuit (« quand te reverrai-je… »). Dans cette république indépendante (et imaginaire) dont la devise demeure Mirabilis in Natura sempre est ("le merveilleux est toujours dans la Nature") se côtoient exploits sportifs et conquête des hauts sommets, situations absurdes façon Jacques Tati ou intrigues dignes d’un James Bond. Soit une avalanche d’aventures burlesques ou « Le merveilleux romantiques que Monsieur Tadef dépeint avec de est toujours grands aplats de couleurs et un style élégant, pas dans la Nature. » sans évoquer le neuvième art. L’ex-pensionnaire du Club des Sports de Courchevel slalome ainsi entre les codes du graphisme moderne et une esthétique surannée. Pourquoi ses paysages sont-ils traversés par des montgolfières, des bolides antédiluviens et autres accessoires du siècle passé ? Mystère. « Je raconte des histoires, voilà mon métier. J’aime titiller la curiosité du spectateur pour qu’il échafaude son propre récit ». Alors, parés pour une virée hors-piste ? Julien Damien

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à visiter / pays-merveilleux.com


Dolce vita


Compagnons des cimes


Balade fĂŠerique


Something to See


Fille de l’air


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Jawhar | La délicatesse |

© Alexis Gicart

2019 fut l'année de l'épiphanie pour Jawhar. Son troisième album à peine sorti en France, il a bénéficié de la chambre d’écho des Transmusicales de Rennes pour garnir son agenda de concerts, les coups de cœur du programmateur Jean-Louis Brossard étant souvent suivis d’effets. à la faveur de cet engouement soudain, d'aucuns ont décrit la musique du Tunisien comme du "chaâbi folk". Au risque de la cantonner à sa dimension "africaine" ? On préfère ici accueillir l'œuvre de Jawhar Basti dans la grande famille pop. Winrah Marah révèle ainsi une écriture d'une rare élégance. Prenant la juste mesure de Nick Drake et des effluves tunisiennes, il délivre une pop-folk feutrée, et chantée en arabe. Avec Marvin Gaye, Jawhar partage le bonnet de marin, la Belgique d’adoption et une suavité bouleversante : le titre Soutbouk est l’un des sommets de délicatesse de l'année écoulée. Il est grand temps de rêver en arabe de ce côté-ci de la Méditerranée. Mathieu Dauchy Woluwe-Saint-Pierre, 05.02, W:Halll, 20 h 30 15 / 12 €, www.whalll.be Lille, 20.03, L'Aéronef, 20 h, 13 > 5 €, aeronef.fr (+ Charlie Cunningham en 2e partie) Bruxelles, 29.04, Botanique, 20 h, 20 > 13 €, botanique.be


| L'Amour du risque |

© Cameron McCool

Angel Olsen

Jadis petite princesse folk, Angel Olsen s'est muée en chanteuse "radio-friendly". Une partie de son public de la première heure s'est fait la malle. Mais l'Américaine n'en a cure et promet, a priori, d'autres surprises sur son prochain album. Pour l'heure, elle a la vie devant elle, l'âge du Christ et déjà quelques miracles à son actif.

Anvers, 07.02, De Roma, 20 h, 22 / 20 €, www.deroma.be

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Angel Olsen ? À l'origine, une fille sans histoires de Saint-Louis, Missouri. Enfin, sans histoires… Certes, elle n'a pas connu la misère, tout se passait bien à la maison et elle a même frayé avec un groupe de ska punk chrétien. N'empêche : elle avait des choses à raconter. À Chicago elle se lance, seule, entre deux jobs vaguement étudiants – serveuse de bar et de restaurant. Un premier album, Half Way Home (2012), dévoile ses peines de cœur et ses espoirs post-ados avec une guitare et pas mal de grâce. L'ensemble est mis en boîte par John Congleton (St Vincent, Bill Callahan…) et expose son minois angélique (forcément) à la face du monde. La suite ne décevra jamais. Elle sympathise avec le redouté Bonnie "Prince" Billy, travaille avec Alex Cameron ou Mark Ronson. En octobre dernier, Angel préfère au folk des chansons plus amples, mainstream, habillées de cordes et évoquant moins PJ Harvey ou Shannon Wright que Lykke Li ou Florence and The Machine. De quoi déconcerter un public qui l'aurait bien vu répéter ad aeternam les mêmes accords. Saluons cette prise de risque, bien plus intéressante que le ronronnement underground. Thibaut Allemand


© Dan Wilton

Ibibio Sound Machine Cet octuor né à Londres, ville embrumée mais creuset des musiques noires, mêle admirablement highlife, ryhtmes brésiliens et influences jazz. On se souvient d'une relecture subjuguante de Color In Your Cheeks, des folkeux de Mountain Goats. Sur disque, on peut apprécier ce syncrétisme sous amphétamine d'electro et de funk ouestafricain. Mais ce n'est rien comparé à leurs performances. Menée par l'exubérante Eno Williams, dont les tenues valent à elles seules le détour (épaulettes gigantesques, robes abracadabrantesques, coiffures extraterrestres…), la troupe livre le meilleur d'elle-même sur scène. T.A. Eeklo, 07.02, N9, 20 h 30, 17 / 14 €, www.n9.be

Kurt Cobain, l'ultime rockstar ? Que nenni. Son acte tragique l'a propulsé au rang d'icône, mais il a surtout laissé la place à un groupe bien plus malin et bas du front, génial et limité : Oasis. Son leader, Liam G., fut tout cela à la fois. S'il a gagné en modestie (si si !), il n'en reste pas moins le client parfait en interview, capable de saillies légendaires. Et ses concerts solos ? Eh bien… bonne nouvelle : il joue beaucoup, beaucoup d'Oasis. T.A. Bruxelles, 08.02, Forest National, 20 h, 40,20 € forest-national.be

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© Tom Beard

Liam Gallagher


© Liswaya

Suzane | L'affranchie |

Oignies, 08.02, Le Métaphone, 20 h 30, 19 > 13 €, 9-9bis.com Calais, 29.02, Le Channel, 20 h, 5 €, lechannel.fr (Les Flâneries sonores)

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Un carré roux flamboyant et une combinaison bleu électrique, quelque part entre Kill Bill et Christine and the Queens : Suzane a déjà sa signature. Mais l'apparence ne fait pas tout. Ça tombe bien, à rebours d'une scène française au propos parfois un peu vain (vous savez de qui on parle…), elle joint aussi le fond à la forme. Depuis ses débuts en 2018 jusqu'à la sortie de son premier album Toï Toï, en janvier, la serveuse d’Avignon devenue chanteuse conte des histoires sur des rythmes électroniques entêtants. De sa voix grave, Océane Colom (pour l'état civil) évoque avec malice des sujets qui font l’actualité : la pollution des océans, le harcèlement de rue, la grossophobie persistante… Ni chanteuse de variété, ni rappeuse, Suzane mélange les genres pour créer son propre style auquel elle associe des chorégraphies déstructurées – elle fut aussi danseuse classique, avant de claquer la porte du Conservatoire. Sur scène, elle prend de la place, déborde d’une énergie contagieuse – et tout ça avec un seul "n". Pauline Thurier


© DR


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Stormzy | Comme un ouragan |

Outre-Manche, ce rappeur est un phénomène. À 26 ans seulement, Stormzy est en train de bousculer le paysage musical anglais mais aussi, et c'est plus rare, la sociologie estudiantine ! Pourquoi lui ? À cette question, nous n'avons pas de réponse. Mais les disques de ce philanthrope parlent pour lui. Des grands noms, le grime en a connu : Wiley, Dizzee Rascal, Ty, Skepta… Mais aucun d'eux n'a fait la couverture de Time Magazine, placé au même rang qu'une inconnue nommée Greta Thunberg. Sa participation à Glastonbury fit pas mal de bruit avant même qu'il ne joue une note. Il fut tout simplement le premier Noir britannique à être programmé en tête d'affiche. Le chemin est encore long… Et c'est sans doute pourquoi Michael Owuo Jr., qui n'a jamais mis les pieds à la fac, s'est engagé à payer les frais (exorbitants) de scolarité de l'Université de Cambridge à quelques étudiants noirs – augmentant de 50% leur nombre dans cette école prestigieuse. Stormzy est donc bien plus qu'une tempête dans un verre d'eau. ■◆

Figure libre

Né en 1993, grandi dans la triste Croydon, l'Anglais s'est peu à peu impliqué en politique, soutenant Jeremy Corbyn et menant des actions concrètes, donc. Sur le plan musical, son grime énervé et inspiré a réhaussé un titre d'Ed Sheeran. De quoi faire fuir les puristes du son de l'East London, mais aussi d'attirer un nouveau public. Son dernier essai, Heavy is the Head, paru en décembre, voit son rap lourd, volontiers viril mais toujours correct, traversé de confidences sur ce nouveau statut de star. Bien moins creux que les élucubrations brouillonnes de Kanye West, Stormzy signe son In Utero ou son This is Hardcore à lui. Derrière la gloire, reste un grand vide. La philanthropie suffira-t-elle à le combler ? Thibaut Allemand 35

Bruxelles, 10 & 11.02, Ancienne Belgique, 20 h, complet !, www.abconcerts.be


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OMD Enola Gay. Ce tube inusable peut être considéré comme un petit frère du fameux Blue Monday, de New Order. Au point d'oublier qu'Orchestral Manoeuvres in the Dark (qui a également travaillé avec le graphiste Peter Saville) a poursuivi sa route. Sinueuse, certes, mais pavée de morceaux de bravoure (Electricity, Souvenir, Joan of Arc…). À l'instar des précités New Order ou de Gary Numan, OMD fait partie de ces héritiers de Kraftwerk, convaincus que les synthés avaient une âme. Autant dire que 40 ans après leurs débuts discographiques, ces titres n'ont pas pris une ride – la magie du rétrofuturisme. T.A. Bruxelles, 14.02, Ancienne Belgique, complet !, www.abconcerts.be

Lille, 13.02, Théâtre Sébastopol, 20 h 46 > 32 €, www.theatresebastopol.fr Calais, 15.02, Le Channel, 19 h 30, 7 €, www.lechannel.fr

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On se souvient d'elle au début du siècle, étudiante en philosophie, jouant du piano et entonnant ses premières chansons dans le hall de la fac de Nantes. La voici avec un sixième album, enrichi de cuivres et de vents. Sur scène, l'atmosphère est au cabaret hors du temps. Jeanne Cherhal, qui a beaucoup œuvré pour la redécouverte de Véronique Sanson par la jeune génération, entre dans sa troisième décennie de carrière, la quarantaine resplendissante. T.A.

© Jean-François Robert

Jeanne Cherhal

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m u si q © Lyza Renee

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Black Pumas | Soul à facettes |

Anvers, 14.02, Trix, 19h30, complet !, www.trixonline.be

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Soul. Quatre lettres et combien d'interprétations ? De Memphis à Kingston, de Londres à Tours, ce genre ô combien volatile fut invoqué par une myriade d'artistes et sans cesse réinventé. Quel rapport, a priori, entre Sam Cooke et Beyoncé ? Une voix, sans doute. Une franchise, également. Même si le tout est mâtiné d'esbroufe de-ci de-là : le show est important, évidemment. La soul vintage, c'est-à-dire façon sixties, est devenue ces dernières années une école qui fait florès. Citons la regrettée Amy et l'écurie Daptone Records, ou encore Leon Bridges et Curtis Harding à la volée. Le guitariste et producteur Adrian Quesada a travaillé avec Prince et Daniel Johnston (autant dire qu'il est facile à vivre et habitué aux frappadingues). Il a dégotté en Eric Burton le viatique de ses fantasmes absolus : réunir en un seul homme la voix des grands (Pickett, Womack…) sans négliger les apports fondamentaux du hip-hop. Alors, soul, Black Pumas ? Oui, une nouvelle interprétation de celle-ci. Thibaut Allemand

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© Delphine Ghosarossian / FTV


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Birkin / Gainsbourg symphonie intime | Mémoire vive |

À l'origine, un concert initié par les Francofolies de Montréal et l’orchestre symphonique de la ville, pour commémorer les 25 ans de la disparition de Serge Gainsbourg. Quatre ans plus tard, ces relectures orchestrales des morceaux du songwriter, chantées par la femme de sa vie, voyagent encore. En toute intimité – ou presque. Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Le pygmalion et sa muse. Quoique…Vu de loin, l'homme à tête de chou a pu être le mentor de la Britannique. Lors de leur rencontre, il a 40 ans et déjà quelques succès. Elle en affiche 22, est fraîchement divorcée du compositeur John Barry. L'admirateur de Nabokov fera d'elle une Lolita, un sex-symbol juvénile, et jouera un rôle important dans sa carrière. Il faudra attendre 1998 pour que Jane publie un premier LP exempt de titres de son ex-compagnon. Un bel exploit. Serge Gainsbourg a effectivement favorisé le développement de la chanteuse, mais il l'a également marquée à jamais de son empreinte – malgré lui, peut-être, mais c'est une autre histoire. ■◆

Passé recomposé

Et nous voici en 2020. Cela fait quatre ans que Jane Birkin parcourt le monde avec ce spectacle, reprenant les standards du petit pianiste de chez Madame Arthur. Les arrangements du Japonais Nobuyuki Nakajima leur confèrent une ampleur nouvelle, et constituent un juste retour des choses. Après tout, le maître s'est largement inspiré (euphémisme) de Brahms, Beethoven, Dvořák et surtout Chopin pour composer ses chansons. Jane B. n'a plus qu'à poser son timbre unique, ce léger souffle mâtiné d'un accent anglais. Dès lors, épiloguer sur le terme pygmalion relève du pinaillage, puisqu'on reste transporté par cette Galatée. Thibaut Allemand

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Bruxelles, 20.02, Cirque Royal, 20 h, 53 > 32 €, www.cirque-royal-bruxelles.be Mons, 21.02, Théâtre Royal, 20 h, 65 > 39 €, surmars.be Bruay-La-Buissière, 21.03, Espace culturel Grossemy, 20 h, 30 > 20 €, www.bruaylabuissiere.fr Grande-Synthe, 04.04, Palais du Littoral, 20 h, 15 €, www.ville-grande-synthe.fr


m u si q © Ugo Ponte / onl

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Le Retour du Jedi | Space opéra |

Comme les deux autres volets de la première trilogie, la bande originale du Retour du Jedi, signée John Williams, fut récompensée par un Grammy Award de la meilleure musique de film. L'occasion est donnée de redécouvrir cette bobine en ciné-concert, sous la direction d'Ernst Van Tiel.

Lille, 21 & 22.02, Nouveau Siècle, ven : 20 h • sam : 18 h 30, 68 > 29 €, www.onlille.com

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à dire vrai, le film est sans doute le plus faible des trois. Après le monument d'obscurité de L'Empire contre-attaque (ce final tragique, la découverte des origines de Luke Skywalker, sa mort supposée…), Le Retour du Jedi fait figure de conte pour enfants (les mignons Ewoks, pensés comme des produits dérivés). Bien sûr, le côté obscur de la Force rendra les armes (pour un temps) et Dark Vador retrouvera même un peu d'instinct paternel en se sacrifiant pour sauver son fiston. Et la musique dans tout ça ? Elle joue un sacré rôle dans l'impact de cette œuvre sur la culture populaire : du thème d'ouverture (ce fameux défilé de lettres jaunes) à celui de Vador, cette symphonie opulente paraît tour à tour martiale, romantique, tragique (la mort de Yoda…). Certes, John Williams s'est allègrement inspiré de Wagner (le leitmotiv), Holst, Stravinski, Puccini ou encore Chopin – entre nombreux autres. C'est justement tout l'intérêt de ce genre d'initiative  : rapprocher un blockbuster de la culture officielle pour amener, peut-être, petits et grands à s'emparer des grands classiques. À noter qu'en avril prochain, Le Réveil de la Force (l'épisode VII, donc) subira le même traitement ! Thibaut Allemand

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| Sacrés Français |

Après une réouverture en fanfare cet automne, le Grand Mix de Tourcoing met ses deux salles au diapason d’une scène pop française décidément exaltante. Initié en 2018, ce festival décline la langue de Daho sous toutes ses formes : à la sauce disco, electro, mâtinée de postpunk ou de techno… Voici notre quarté gagnant. Julien Damien

© Rene Habermacher

Pop Factory

Isaac Delusion

+ Bruxelles, 06.03, Botanique, 19 h 30, 21 > 15 €, botanique.be

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Sur sa page Facebook, Isaac Delusion définit son style ainsi : "tropical, zouk, paranormal". Pour l'humour, on repassera. Mais question groove sensible, nous voilà au bon endroit. Ces Parisiens furent révélés en 2012 avec une dance mélancolique et un patchwork electropop rappelant les Anglais de Hot Chip. Portés par la voix de Loïc Fleury (sosie vocal de Jimmy Somerville), le quintette aligne depuis les albums avec une régularité métronomique. Le troisième, uplifters, regarde parfois dans le rétro (cette reprise suave de Couleur menthe à l'eau d'Eddy Mitchell) mais vise toujours juste : pile entre la tête et les hanches.


L’Impératrice

Saviez-vous que Mustang avait accompagné la tournée anglaise de Blondie ? Non ? C'est normal, tant ce groupe de rock demeure injustement snobé et incompris sous nos latitudes. Passons. Son leader charismatique brille désormais en solo. L'auteur-compositeur met sa fine plume au service de ballades synthétiques tantôt poignantes (Nouvel Orphée) ou pince-sansrire (Mes amis dans le rock) que ne renieraient pas Dominique A ou Christophe. Cette fois, n'attendons pas que la postérité lui rende grâce pour l'applaudir.

Derrière cet alias fleurant bon l’hédonisme se cache un ancien journaliste biberonné à Daft Punk. Figure de proue du label Microqlima (tel le précité Isaac Delusion), la bande de Charles de Boisseguin perpétue un héritage finalement bien français. Rétrofuturistes, ses morceaux taillés pour le dancefloor exhalent la sensualité du disco, mâtiné de jazz-funk et de chansons d’ici, évoquant Nino Ferrer comme Michel Legrand – majestueux patrimoine. + Bruxelles, 05.03, Botanique, complet ! botanique.be

Patrick Moriceau a roulé sa bosse avant de connaître la lumière, œuvrant dans un relatif anonymat au sein du groupe electro Aliplays ou du combo punk Bazarnaüm. Et puis, la quarantaine bien sonnée, il signait en 2017 l’album Néon. Des tubes comme Un Nouveau monde évoquaient dès lors les volutes cosmiques de Air, et la fragilité de son timbre Alain Chamfort. Ce grand fan de Kraftwerk récidive ce mois-ci avec un deuxième LP, Monolithe, déjà annoncé par l’hymne pop vintage Los Angeles. De bon augure pour ce concert…

© Fabien Tijou

Octave Noire

Tourcoing, 20 & 21.02, Le Grand Mix, 19 h, 1 soir : 24 / 20 € • pass 2 soirs : 38 / 34 €, legrandmix.com 45

© PE Testard

© Fabien Cimetière

Jean Felzine

Programme / 20.02 : Isaac Delusion, Octave Noire, Videoclub, Süeür, P.r2b 21.02 : L'Impératrice, Faire, Saint DX, Mauvais Œil, Jean Felzine, Gabriel Auguste

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The Game

© DR

Ce vaillant quadra est né à Compton (Los Angeles), labellisée petite cité de caractère. Il est le rejeton de deux membres des Crips mais, histoire de tuer le père (métaphoriquement, on se calme !), le fiston rejoint les Bloods. Son neuvième essai en date, Born 2 Rap, serait l'ultime d'après ses dires. Rempli d'invités (de Travis Barker à Anderson .Paak en passant par le décidément inévitable Ed Sheeran), il clôturerait 15 ans de carrière. Celle-ci affiche des collaborations avec Timbaland, Dr.Dre, Eminem, Kanye West… Un enfant du rap, tout simplement. T.A. Bruxelles, 15.02, Bloody Louis, 23 h, 20 €, www.bloodylouis.be

Black Marble + La Mverte Lille, L'Aéronef, 20h, 12e>5e (gratuit abonnés) Bénabar Roubaix, Le Colisée, 20h, 50>15e Editors Anvers, Sportpaleis, 20h, 54>43e La Grande Sophie Béthune, Théâtre municipal, 20h30, 37>17€ Lun 03.02

SCHOOLBOY Q + Jay Rock Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 39/35e M ar 0 4 . 0 2

Acid Arab Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 20/19e Emily Jane White Courtrai, De Kreun, 20h, 17,50>11,50e Les Négresses Vertes Roubaix, Le Colisée, 20h30, 39>10e RK Lille, L'Aéronef, 20h, 26e

Mer 05.02

S am 0 8 . 0 2

Soirée mix myself & I : DJ Carie, DJ Caroll & Lady Alézia Lille, Le Flow, 20h, gratuit

Lindberg Experience Lille, Nouveau Siècle, 18h30, 10/5e

Jeu 06.02

D.I.V.A La Louvière, Le Théâtre, 20h, 30>10e

Alkpote Lille, Le Splendid, 19h30, 22e MNNQNS + Working Men’s Club Lille, L'Aéronef, 20h, 18>5e Ensemble Contraste : Mozart - Requiem Calais, Théâtre de Calais, 20h30, 15>4e V e n 0 7. 0 2

ERIK TRUFFAZ QUARTET Bruxelles, Botanique, 19h30, 31>25e D.I.V.A La Louvière, Le Théâtre, 20h, 30>10e Mars Red Sky + Slift Dunkerque, LAAC, 20h, 10/7e

Lorenzo Lille, L'Aéronef, 20h, complet Retro X + Coton blanc Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12>8e dim 0 9 . 0 2

Forever King of Pop Lille, Casino Barrière, 14h & 17h30, 69>45€ Lun 10.02

ISOBEL CAMPBELL + NINA VIOLET Bruxelles, Botanique, 19h30, 20>14e M ar 1 1 . 0 2

Sharko + Edgär Lille, L'Aéronef, 20h, 3e

Talib Kweli + Ismaël Metis Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 19>5e

Baden Baden + Awir Leon Béthune, Le Poche, 20h30, 12/10e

Kevin Morby Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 15/10e

Lofofora + Scrtch Anzin, Théâtre d'Anzin, 20h30, 20e

Maxime Le Forestier Roubaix, Le Colisée, 20h30, 50>15e

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S am 0 1 . 0 2

Alain Souchon Saint-Omer, Sceneo, 20h, 55e


Mer 12.02

Rami Khalifé + Hania Rani Lille, L'Aéronef, 20h, 18>5e

ALGIERS Bruxelles, Botanique, 19h30, 19>13e

Féfé & Leeroy Lille, Le Flow, 20h, 10>4€

Cocoon Lille, Le Splendid, 20h, 29e

dim 1 6 . 0 2

Le Bruit des Dofs Villeneuve d'Ascq, La Ferme d'en Haut, 17h, 8/5€

Hannah Williams & The Affirmations Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14/10e

M ar 1 8 . 0 2

Brigitte Fontaine Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 37>26€

Jeu 13.02

BE4T SLICER Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, Gratuit

Mer 19.02

ALEX BEAUPAIN Bruxelles, Botanique, 19h30, 26>20e

ELIADES OCHOA Anvers, De Roma, 20h, 29/27e The Growlers Lille, L'Aéronef, 20h, 26>19e

Ven 14.02

ÁSGEIR Bruxelles, Botanique, 19h30, 26>20e

Jeu 20.02

YACHT Anvers, Trix, 19h30, 15/13,5e

Alex Beaupain Lille, Le Splendid, 20h, 30e

Ven 21.02

Les Tambours du Bronx Oignies, Le Métaphone, 20h30, 20>14e

KAISER CHIEFS Anvers, De Roma, 20h, 34/32e

French79 + Marc Romboy… Lille, L'Aéronef, 21h, 22>14e

S am 2 2 . 0 2

S am 1 5 . 0 2

POLIÇA Bruxelles, Botanique, 19h30, 22>16e

Ofenbach Lille, L'Aéronef, 20h, 28e

IZÏA Bruxelles, Botanique, 19h30, 28>22e DJ SHADOW Bruxelles, La Madeleine, 20h, 30e

Mer 26.02

Miel de Montagne Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5e Nada Surf Lille, Le Splendid, 20h, 31e Ven 28.02

Omar Souleyman Gand, Vooruit, 20h, 25e Stake + Gold + Barque Béthune, Le Poche, 20h, 10/8e Les Frères Jacquard + Existence Saine (Festival les Enchanteurs) Tilloy les Mofflaines, Chapiteau (Manoir), 20h30, 9€ S am 2 9 . 0 2

Locking for Beethoven Lille, Nouveau Siècle, 16h, 14>5e Bal raï avec Raïna Raï Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 5>2€ Vladimir Cauchemar + Nathan Zahef + Lazy Flow Lille, L'Aéronef, 22h, 22>14e D im 0 1 . 0 3

Bumcello (Les flâneries sonores) Calais, Le Channel, 17h, 5e

Aux affaires depuis 2000, mais révélé six ans plus tard grâce à l'impressionnant Close to Paradise, Patrick Watson a marqué la décennie qui s'achève en composant une electropop rêveuse. Adepte des cordes et des cuivres, on l'a parfois rapproché de Debussy (les flottements géniaux) ou de Rufus Wainwright (le lyrisme sur le fil). Pour autant, le Californien a tracé son propre chemin. Ce chanteur, pianiste et compositeur prolixe (il a signé une quinzaine de BO) n'est jamais aussi émouvant que dans la retenue. T.A. Lille, 01.03, L'Aéronef, 18 h 30, 27 / 20 €, www.aeronef.fr Bruxelles, 08.03, Cirque Royal, 20 h, 29 €, cirque-royal-bruxelles.be

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© Ilenia Tesoro

Patrick Watson


Agnes Obel

Myopia

(Deutsche Grammophon / Universal)

Depuis 10 ans, la discrète Danoise rejoint la solitude monacale de son studio berlinois avec la régularité du métronome posé sur son piano. Toujours guidée par ses questions existentielles, Agnes Obel en ressort avec Myopia. Dans ce quatrième album, elle poursuit ses recherches débutées en 2016 avec Citizen of Glass. Après la fragilité et la transparence de nos êtres (thèmes de son précédent disque), elle évoque cette fois les notions de confiance et de doute. Notre voix intérieure estelle vraiment la voie à suivre ? Comme à son habitude, elle oscille entre lumière et noirceur, légèreté des notes et ambiance nébuleuse. Plus que jamais, l’électronique emporte sa voix dans les graves puis les aigus, lui conférant une dimension surnaturelle. Le fantasmagorique Island of Doom intrigue (et inquiète) par son évocation de la permanence d’êtres pourtant disparus. Le refrain de Promise Keeper sonne comme une comptine. Parfois jugée ascétique, sa poésie flotte et nous enveloppe avec grâce. à l’écoute des trois pistes instrumentales (Roscian, Drosera, Parliament of Owls), on se prend à rêver qu'elle s'essaie enfin aux musiques de film… Audrey Chauveau

Isobel Campbell

Isobel Campbell, ce fut d'abord un violoncelle et une voix séraphique illuminant les premiers albums de Belle & Sebastian – à l'époque où les écossais cultivaient le mystère. Refusant d'être l'éternelle étudiante au joli minois twee pop, elle mit les bouts en 2002, et navigua depuis entre excellence (le faux-groupe The Gentle Waves) et ratages pardonnés (Amorino, 2002). Réinventée en Nancy Sinatra en compagnie de Mark Lanegan (son Lee Hazlewood à elle) Isobel apparut également sur le dernier album de The Jesus and Mary Chain. Bref, la classe. Ce premier solo depuis 2006 reprend des formules folk mélodiques charmantes, mais qui surprennent rarement (citons cependant la reprise de Tom Petty, Runnin' Down a Dream). Pour les fans, dont on fait partie. Thibaut Allemand

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There is No Other (Cooking Vinyl)


Sunday Service Choir

Dan Deacon

Mystic Familiar

Jesus is Born (INC)

(Domino Records)

à bientôt 40 ans, cet Américain au look de hipster distribue ses projets à un rythme dingue. Huit opus solos depuis 2003, 11 B.O. de longs et courtsmétrages (dont une collaboration avec Francis Ford Coppola) et même un ballet ! Dans Mystic Familiar, le producteur déroule son savoir-faire, empilant couches électroniques et mélodies classiques, comme pour l’ouverture au piano de Become a Mountain, semblable à une sonate. Le morceau en quatre parties Arp, cœur de l’album, oscille lui entre free jazz et electro minimaliste. Le voyage se termine au bout d’une poignée de minutes, un trop court instant… Mais comme le chante Dan Deacon himself dans Sat By a Tree : « un moment peut durer l’espace d’une vie dans ton esprit ». Hugo Guyon

Peu après Jesus is King, Kanye West, aux manettes de cette chorale assemblée par ses soins, dévoile Jesus is Born. Soit un opus roboratif de gospel pur – si vous venez pour le hip-hop, passez votre chemin. Celui-ci vaut autant pour son large catalogue de classiques, de trésors méconnus ou contemporains (dont certains titres de West lui-même, traitant d’égal à égal avec le sacré, voilà pour l’ego trip) que pour son incroyable travail de production. Vintage et moderne, le son ici laisse entendre la ferveur vitaliste qui circule entre les voix. Parmi les multiples climax extatiques, la reprise de Stand on the Word (renommé That’s How the Good Lord Works) est irrésistible. Où ira ensuite Kanye ? Trouvera-t-il encore l'illumination ? La messe n’est pas dite. Rémi Boiteux

Maes – Les Derniers salopards

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(LDS Production / Millenium / Capitol / Universal)

Après sa mixtape Réelle Vie 2.0, sortie en 2018, et son premier disque (de platine) Pure l'an passé, Maes revient avec Les Derniers salopards. Booba et Jul le valident avec deux featurings : les titres Blanche et Dybala. L’artiste d’origine marocaine relate son triste quotidien (entre trafic de drogue et violence) avec un flow nonchalant, qu'il maîtrise depuis le titre Mama, écrit en prison entre 2016 et 2017. Dans cette veine mais sur un fond de samba, Distant séduira les groupies du natif de Sevran. Malgré tout, l’énergie de morceaux comme Libérable ou Sale Histoire est loin. Les Derniers salopards reste un bon album, mais Maes connaît trop bien la recette : piano-voix, BPM à rallonge, autotune discret sur les refrains… Sérieusement, quand sortira-t-il de sa zone de confort ? Lucas Wils


Amandine Dhée à mains nues (La Contre Allée)

En 2017, La Femme brouillon démontait le mythe de la mère parfaite. Amandine Dhée prolonge son entreprise intime et politique de déconstruction des stéréotypes planant sur le corps et la sexualité des femmes. à mains nues poursuit un fil rouge  : oser (enfin) être plus désirante que désirable. Les réflexions à la première personne d’une femme en couple avec enfant croisent les souvenirs de ses apprentissages : l’enfance et ses émois indicibles, les limites des flirts adolescents, l'entrée dans l'âge adulte… Et puis les rencontres qui bouleversent nos repères, la découverte du féminisme, cette bouffée d’espoir et de liberté, comme celle des identités multiples. L'autrice décrypte avec empathie toutes ces étapes. Elle dénonce aussi notre adhésion à certaines normes, le sentiment de ne pas être à la hauteur. Mieux, elle défend les tentatives d'émancipation de nos êtres désirants et le pouvoir de transformer ce qui nous est transmis. à mettre entre toutes les mains ! 144 p., 16 €. Sarah Elghazi

Julian Voloj & Søren Mosdal

Pour raconter la vie de Jean-Michel Basquiat, le duo VolojMosdal a démarré par sa fin, le 12 août 1988. Nimbé de bleu, le peintre repose sur un lit poisseux. Endormi, pense-t-on, avant d’apercevoir à ses côtés une éloquente seringue. Un totem d’une noirceur sépulcrale, comme jailli de son œuvre, propose de retracer son parcours. Gamin rebelle de la middle class américaine, Basquiat n’a pas 20 ans lorsqu’il pose ses premiers graffs sur les murs. La suite se dévoile dans un tourbillon de couleurs hallucinées, depuis la rencontre avec Andy Warhol jusqu'au vernissage le révélant au monde. La consommation de speedball, elle, grimpe avec sa popularité… Loin de l’hagiographie, cet album fiévreux figure le génie de l’artiste, et les démons qui finirent par le dévorer. 136 p., 18,95 €. Marine Durand

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Basquiat (Soleil)


Pierre Bourgeade

Marcus Malte

Aires (Zulma)

Warum (Tristram)

Lieux de passage plus que de repos, les aires d’autoroute et leurs usagers exercent une sorte de fascination sur Marcus Malte. Le romancier français a construit son livre comme une exploration psychologique des personnes traversant ces lieux. Le lecteur virevolte dans les consciences de chacun : prof de techno rejoignant le chevet de son ex-femme, père divorcé accompagnant son enfant à Disneyland, routier entre deux livraisons… Le récit est entrecoupé d’extraits d’un mystérieux journal intime, de listes de courses, de chansons, slogans ou retranscriptions de journaux radiophoniques. Très inspiré, Marcus Malte nous captive avec ces rencontres éphémères, dont la destination importe peu. 496 p., 24 €.

Un intellectuel, qu'on confondra volontiers avec l'auteur, prend la route pour rejoindre une ancienne amante. En chemin, de rencontres en souvenirs, file un dédale de récits amoureux, érotiques, curieux ou tragiques, qui lui sont plus ou moins liés. Sur cet argument, Warum, œuvre majeure et pourtant trop méconnue du prolifique et regretté Pierre Bourgeade, déploie avec subtilité son écheveau de destins aux quatre coins du monde. Ce trésor de la littérature contemporaine, que Tristram réédite avec bonheur, transforme la ligne droite du trajet en labyrinthe observant la circulation du désir. D’une plume tendre et scandaleuse, il touche la matière du Temps, au moins sept ciels et autant de sens.

Hugo Guyon

242 p., 19,90 €. Rémi Boiteux

Mathieu Riboulet

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Les Portes de Thèbes (Verdier)

Ce livre est une ode à la beauté au milieu du chaos. Chaos de l'humanité sombrant dans la terreur et d'un corps assiégé par la maladie. Sous la plume de Mathieu Riboulet (1960 - 2018), morts et vivants forment une même communauté de fantômes qui se pressent aux portes de Thèbes, image-titre renvoyant aux épopées antiques. Après la prise du trône d'Œdipe par son fils étéocle, une guerre civile menace. L'auteur crée des parallèles avec 2015 et donne aux attentats de cette année-là un souffle épique – « Nous finirons massacrés par nos frères ». Comme dans chacun de ses livres, son style est à la fois actuel et hors du temps. Concis, taillé à la faux, ce texte posthume est l'œuvre magistrale d'un homme qui chercha jusqu'au bout à ne pas « finir en laideur ». 80 p., 12,50 €. François Annycke


© Mars Films

interview

Abdel Raouf Dafri | Ligne de partage |

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Algérie, 1960. Vétéran d'Indochine, le colonel Breitner est sommé de rapatrier le corps d'un colonel français disparu dans la poudrière des Aurès Nemencha, en pleine guerre d'Algérie. Accompagné de soldats aux motivations diverses, il s'embarque dans une mission absurde et dangereuse… Scénariste d'Un prophète (de Jacques Audiard), Mesrine (Jean-François Richet) ou de la série Braquo, Abdel Raouf Dafri réalise ici son premier film. Qu'un sang impur… traite de la guerre d'indépendance algérienne, un sujet qu'il portait depuis longtemps. Loin des habituels documentaires à charge (ou à décharge), le gamin de Wattignies (Nord de la France) s'intéresse à la psychologie des hommes en temps de guerre.


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« La guerre d'Algérie a été majoritairement traitée par des donneurs de leçons. »

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Pourquoi revenez-vous sur la guerre d'Algérie ? L'histoire de mon pays est étroitement liée à celle de mes parents, je me sentais donc obligé de tourner ce film. Ce sujet a été majoritairement traité par des gens très à gauche, et donneurs de leçons. Je ne voulais servir aucune idéologie, je ne suis encarté nulle part. J'avais besoin de montrer et non de démontrer. Qu'on ressente la violence et la tension permanente sans recourir à des scènes ultraviolentes. Le tout soutenu par une belle image.

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Comment ce film est-il né ? Après avoir focalisé sur la prison d'Un prophète et la cavale de Mesrine, j'ai piloté les flics ripoux de Braquo. Mais j'ai toujours voulu aborder ce sujet tabou qu'est la guerre d'Algérie. Pas de manière pontifiante, pour donner des leçons, mais à travers une vraie fiction, comme le font si bien les Américains avec Voyage au bout de l'enfer ou Apocalypse Now. Cela ne m'empêche pas d'exprimer un point de vue.

Quel est votre objectif ? Je propose un spectacle invitant à réfléchir, à ouvrir des livres. Il faut montrer à la jeunesse que la guerre d'Algérie a eu un impact sur nos deux sociétés. Comment vous situez-vous en tant que réalisateur français né de parents algériens ? L’Algérie c'est le pays de mes parents. Je raconte l'histoire du mien, la France. Dans cette guerre, il n'y a ni bons, ni méchants, mais des salauds dans les deux camps. J'ai choisi celui du peuple algérien et des jeunes appelés français, envoyés là-bas sur un mensonge. Comment cela ? Ils ont 19 ans à l'époque, la France est un pays de Cocagne. Il y a de l'argent, on s'amuse et on les envoie 27 mois en Algérie pour leur service. Ils découvrent alors l'horreur de la guerre sur place… J'ai beaucoup de compassion pour eux. On a sacrifié une génération de gamins pour mener une guerre sans les prévenir de ce qui les attendait. Serait-ce pourquoi cette période demeure si floue ? Tout à fait ! Dans les deux camps on a honte d'avoir torturé, tué, violé. •••


à la fin du conflit, De Gaulle a désarmé et abandonné les harkis sur place. Le FLN en a égorgé 80 000 en moins d'une semaine. Mitterrand n’a pas non plus été au rendez-vous de la décolonisation algérienne (ndlr : alors Garde des Sceaux).

« Les émotions m'intéressent plus que les situations.» Il a accepté la décapitation de 45 Algériens. C'est aussi ça l'histoire de France, il faut la regarder en face. La guerre d'Algérie marque

tout de même la naissance de la Ve République. Quelle place accordez-vous à la réalité historique ? Le récit se déroule pendant l'année 1960, au pic du conflit. Peu importe de quel côté combattaient nos ancêtres, on est surpris par ce que chacun était capable de faire, toute cette violence. Dans mon film, ce sont les personnages qui témoignent de la réalité. Les émotions m'intéressent plus que les situations. Propos recueillis par Tanguy Croq

Qu'un sang impur… D' Abdel Raouf Dafri, avec Johan Heldenbergh, Linh-Dan Pham, Lyna Khoudri… En salle

© Mars Films

à lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com


© Kimberley French / Disney

Jojo Rabbit | Führer de rire |

Adolf, l’ami des tout-petits ? C’est l’idée loufoque avancée par Taika Waititi. Avec cette libre adaptation du roman de Christine Leunens, Le Ciel en cage, le réalisateur néo-zélandais en vogue (Boy, Thor : Ragnarok) signe une satire définitive du nazisme. Un long-métrage diablement efficace, six fois nommé aux Oscars. En Allemagne, durant la Seconde Guerre mondiale. Jojo est un petit garçon à la bouille adorable… fan d’uniformes SS et d’autodafés. En cachette, il parle à son ami imaginaire : Adolf Hitler ! Son petit monde vacille lorsqu’il découvre que sa mère (Scarlett Johansson) cache une jeune fille juive dans leur grenier… Risqué, le contrepied de la comédie pour un sujet aussi sensible s'avère très malin – façon La Vie est belle de Benigni. D’origine maorie et juive, Taika Waititi incarne lui-même le Führer. Il en fait une sorte d’anti-Jiminy Cricket, trouvant une façon habile de dénoncer les extrémismes. Ce parti-pris du grotesque (pensons au Dictateur de Charlie Chaplin) n'exclut toutefois pas les moments poignants. Entre subtil dosage cathartique, dialogues ciselés et B.O. de choix (Bowie), le film ravira les spectateurs de tous âges. N’en déplaise à l’écurie Disney, qui a racheté entre-temps le studio Fox Searchlight et demeurait sceptique à l’idée de distribuer une telle œuvre… Au final, Jojo Rabbit a déjà remporté le Prix du public au Festival de Toronto, et risque de devenir l’un des succès de 2020. Tant mieux. Le rire n’est-il pas la meilleure des armes ? Selina Aït Karroum 60

De Taika Waititi, avec Roman Griffin Davis, Taika Waititi, Scarlett Johansson, Thomasin McKenzie… En salle


© DR


© Mathieu Ponchel pour Petit Film FraKas productions / France 3 cinema

La Fille au bracelet | Aux prises avec la justice |

Lise, 18 ans, a-t-elle tué sa meilleure amie ? Deux ans après le crime, c'est l'heure du procès… Le Lillois Stéphane Demoustier imagine un drame judiciaire tout en observant la jeunesse à l’heure des réseaux sociaux. Son héroïne, Melissa Guers, est une inconnue qui ne le restera pas longtemps.

De Stéphane Demoustier, avec Melissa Guers, Chiara Mastroianni, Roschdy Zem, Anaïs Demoustier… Sortie le 12.02

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Terre battue, premier film de Stéphane Demoustier, s’inspirait d’un fait divers : un père droguait les adversaires de son joueur de tennis de fils, jusqu’au drame inéluctable. La Fille au bracelet est aussi une tragédie. Lise, 18 ans, vit dans un quartier sans histoires avec ses parents et vient d'obtenir son bac. Mais depuis deux ans, elle porte un bracelet électronique, accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie. Pour donner chair à son histoire (librement inspirée du film argentin Acusada), Stéphane Demoustier a assisté à de nombreux procès. Les scènes de tribunal sont donc crédibles mais on s'intéresse davantage à son portrait de la jeunesse (fragile) d’aujourd’hui. Melissa Guers, qui a rejoint le casting suite à une annonce sur Facebook, livre une interprétation tout en nuances. à l’image des intentions du réalisateur, refusant de juger le comportement de son personnage, encore moins de se prononcer sur sa culpabilité. Face à la jeune comédienne, Chiara Mastroianni et Roschdy Zem sont saisissants en parents désemparés. La Fille au bracelet est un film âpre. Il restitue avec justesse l'ambiance d'une affaire criminelle, éminemment complexe. Grégory Marouzé


La Dernière vie de Simon est un objet filmique non identifié. Du moins sous nos latitudes. Jugez plutôt : Simon est un petit orphelin à la recherche d'une famille d'accueil. Toutefois, ce n’est pas un enfant comme les autres. Il a un pouvoir secret : prendre l’apparence de chaque personne qu’il touche… L’influence de ce film est claire. Léo Karmann chasse sur les terres de Steven Spielberg. Avec le budget touillette du dernier Avengers, le jeune Français signe un conte fantastique réussi dont la mise en scène, les éclairages, la musique (sous haute influence de John Williams) renvoient à E.T.. Pour autant, ce premier film aborde aussi des thèmes plus personnels et profonds, comme l’altérité. Attention, talent à suivre ! Grégory Marouzé

© Jour2fête

De Léo Karmann avec Benjamin Voisin, Martin Karmann, Camille Claris… Sortie le 05.02

© Paprika Films, Tarantula, Artemis Productions

La Dernière vie de Simon

Deux Aux yeux de tous, Nina et Madeleine sont de simples voisines. En réalité, ces vieilles dames partagent une relation amoureuse. Elles vont et viennent entre leurs appartements et vivent ensemble, sans que personne ne le sache, pas même leurs familles respectives. Jusqu'au jour où un drame bouscule leur secret… En choisissant d’aborder les thèmes, encore tabous, de l’amour et de la sexualité au troisième âge, l'Italien Filippo Meneghetti signe un premier film d’une grande maturité. L’interprétation y est pour beaucoup. Barbara Sukowa (égérie de Rainer Werner Fassbinder) et Martine Chevallier (de La ComédieFrançaise) dans un rôle quasi muet, sont bouleversantes. Une œuvre pudique revendiquant le droit d’aimer envers et contre tout. Grégory Marouzé De Filippo Meneghetti, avec Barbara Sukowa, Martine Chevallier, Léa Drucker… Sortie le 12.02


© Nour Films

é c r a ns

La Cravate | Un bon petit diable |

à 20 ans, Bastien écume les marchés, tracts à la main. Son but ? Encourager l'élection de Marine Le Pen. à travers un portrait nuancé, Mathias Théry et étienne Chaillou s'interrogent autant sur le parcours politique d'un garçon ordinaire que sur la stratégie de "dédiabolisation" de l'extrême droite. Installé dans un fauteuil, Bastien tourne les pages d'un livre. Celui-ci raconte son histoire, telle que les réalisateurs l'ont saisie au fil de leur enquête. D'une voix mesurée, quelqu'un en fait la lecture en off tandis qu'apparaissent les scènes de la vie quotidienne d'un militant. Journée à la permanence, collage d'affiches… mais aussi le travail, dans un laser game non loin d'Amiens. En somme, la politique au ras du bitume, moins portée par un discours ordonné que produite par une série d'expériences et d'affects troubles. Dans un dialogue permanent avec son personnage, le film tente d'y poser les mots justes. La Cravate  se déplie prudemment. Tout doit être confirmé, corrigé à l'occasion. Pour ne pas être pris en défaut mais aussi par respect pour ce jeune homme qui se met à nu. La force du film est alors de varier les échelles, du local au national, de l'intime à la campagne présidentielle de 2017, qui sera à la fois un succès et un échec. Dans le sillage de Bastien, la violence et la xénophobie resurgissent comme le ciment du parti tandis que se détricotent des stratégies de communication souvent grossières (la visite aux ouvriers de Whirlpool). La Cravate réussit un exercice salutaire. Documentaire de Mathias Théry et Etienne Chaillou. Sortie le 05.02

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Raphaël Nieuwjaer

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e x p o si io

| L'épreuve de vérité | Depuis 2004, Gautier Deblonde poursuit une démarche aussi originale que fascinante : dresser le portrait d'artistes en photographiant leur atelier. Ancien correspondant à Londres pour la presse française ou britannique, ce Nordiste a ainsi parcouru le monde pour saisir les peintres, plasticiens ou sculpteurs dans leur intimité… mais sans eux. Son tableau de chasse affiche des noms comme Jeff Koons, Annette Messager, Anish Kapoor, Pierre Soulages… En résulte un livre, Atelier, révélant des images à la croisée de l'art et du documentaire, et autant de lieux magiques où naît la création.

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n - ex © Gautier Deblonde

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Gautier Deblonde


Antony Gormley, 2004

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Comment cette série sur les ateliers est-elle née ? Durant mes études, j'étais fasciné par les images de Matisse par CartierBresson, de Picasso par Brassaï… Je les trouvais très "romantiques". J'ai toujours envisagé la photographie comme un passeport pour percer un milieu. Spécialisé dans le domaine culturel, j'ai ainsi rencontré beaucoup d'artistes. Mais en 2004 j'avais l'impression de tourner en rond en tant que portraitiste. Photographier leurs ateliers m'a permis de brosser des

portraits originaux. Certes, les créateurs n'apparaissent pas à l'image, mais leur présence est manifeste. Vous souvenez-vous du premier cliché de cette série ? J'ai d'abord reçu une commande pour photographier le nouvel atelier du sculpteur Antony Gormley, au nord de Londres. à l'époque, je travaillais en moyen format et n'étais pas convaincu du résultat, car le lieu était énorme. Mon agent m'a alors suggéré d'employer un •••


Votre protocole si particulier est donc le fruit du hasard ? Oui. Après cet épisode j'ai décidé de réaliser toute la série de cette manière. Dans un atelier inoccupé et à

l'heure du déjeuner, soit un moment de pause où tout est encore en place. C'est une parenthèse dans la journée, un temps suspendu. Comment vous accueillet-on sur place ? Mes interlocuteurs comprennent vite ce que j'attends. Le plus compliqué est d'instaurer une relation de confiance. Ensuite, ils me laissent seul et je m'accapare leur espace… Au final, j'ai contacté plus de 200 artistes, visité 130 ateliers et il y a 69 photos dans le livre, une par lieu.

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objectif panoramique, normalement réservé aux paysages extérieurs. J'ai donc rappelé Antony pour renouveler l'opération. Il m'a demandé de passer en fin de matinée, n'ayant plus le temps de me recevoir. L'atelier était donc vide. Cette première photo trahit vraiment une présence. J'ai l'impression d'y voir Antony, alors qu'il n'est pas là…


Georg Baselitz, 2008

Concrètement, comment procédez-vous ? Je place toujours mon appareil à une hauteur d'un mètre cinquante et use d'un temps de pose assez long, jusqu'à trois minutes.

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« L'atelier est un lieu de spectacle. » Ce format panoramique révèle des paysages intérieurs, intimes. J'impose également un point de vue, une certaine distance. Je ne souhaite pas trop m'approcher, pour ménager un certain mystère. Je suis curieux, mais n'ouvre pas non plus les tiroirs…

S'agit-il de découvrir les secrets de ces artistes ? Un peu, mais ils aiment garder le contrôle. Ce sont aussi de grands menteurs (rires). Admirer leurs œuvres dans des musées reste fascinant, mais elles sont toujours encadrées sur des murs blancs, des décors cliniques. J'avais envie de remonter à la source : là où elles naissent. De découvrir, non pas une recette, mais des indices, les coulisses. L'atelier demeure un lieu de spectacle, avec une lumière, une ambiance, des traces… Tout cela raconte une histoire. •••


« Les artistes n'apparaissent pas dans l'image, mais leur présence est manifeste. »

Par exemple ? J'aime beaucoup cette photo de l'atelier de Damien Hirst. On y retrouve ses fameux crânes humains, ses peintures de boîtes de médicaments ou cette photographie prise durant la seconde guerre en Irak. Celle-ci montre un homme sortant des décombres, couvert d'une poussière grisâtre. On dirait une sculpture, la momification d'un moment dramatique de l'Histoire. Ma photographie illustre la boulimie d'un artiste récupérant toutes sortes de codes et d'images, son côté warholien. 70

Que disent ces ateliers de leurs occupants ? à nous de l'interpréter. Ces clichés traduisent leurs obsessions. Leur personnalité règne dans ces espaces uniques. Mes images oscillent entre le documentaire, renseignant sur un lieu de création, le portrait ou une œuvre à part entière.


Damien Hirst, 2005

Comment avez-vous choisi les modèles ? J'ai dressé deux listes : celle des gens qui me fascinaient comme Ellsworth Kelly, Jasper Johns ou Christian Boltanski… Puis une seconde répertoriant des créateurs très en vue comme Jeff Koons ou Takashi Murakami. Bref, ces enfants terribles de l'art contemporain.

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Comment les avezvous approchés ? Installé depuis une dizaine d'années à Londres, j'ai commencé avec les Anglais que je connaissais, avant

d'écrire à tout le monde à l'étranger. Puis, au cours d'un premier voyage à New York, j'ai eu la chance de rencontrer Nan Goldin, Jeff Koons, Ellsworth Kelly et Jasper Johns durant la même semaine ! Une fois que vous avez ces noms-là dans la boîte, les portes s'ouvrent… Propos recueillis par Julien Damien

à lire / Atelier (Steidl Verlag, 2014), 168 p., 88 €, gautierdeblonde.com

à lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com


Š Emmanuel Lepage, Les Voyages d'Ulysse, Editions Daniel Maghen, 2016


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Emmanuel Lepage | Tentatives d'évasion |

Apparu à l'orée des années 1990 avec la série Névé, Emmanuel Lepage a marqué l'histoire récente du neuvième art avec des albums hors du temps mais toujours en prise avec le réel. Le Musée de la BD de Bruxelles lui consacre une belle rétrospective. Ce parcours est conçu comme un cheminement à travers une œuvre et une vie, difficilement dissociables pour cet auteur. Promenade avec un voyageur.

Depuis bientôt 40 ans, ce Breton livre une œuvre aussi singulière que remarquable. Cette exposition révèle ses travaux récents mais aussi ses dessins d'enfant. Sans oublier son adolescence marquée par l'influence du célèbre Jean-Claude Fournier, auteur de Spirou « J'ai toujours (L'Ankou, Du Cidre pour les étoiles…). Emmanuel un carnet Lepage l'a côtoyé en Bretagne, à l'âge de 13 ans, à de croquis la fin des années 1970. « Jean-Claude a souhaité sur moi. » transmettre son savoir. Il avait été formé par Franquin, lui-même formé par Jijé, confie-t-il. Il m'a appris la précision, la démarche d'un personnage, la perspective… ». à ce compagnonnage érudit s'ajoute un goût pour le voyage cultivé au sein d'une famille qui l'emmena, très jeune, aux quatre coins de l'Europe en camionnette.

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Embarcadère

Face à ses planches (de véritables toiles) on imagine Lepage contemplatif. Idée qu'il rejette… N'empêche, il observe son environnement et crayonne une foule de carnets – parfois exposés sous vitrine, certains croquis étant reproduits. « J'en ai toujours un en poche, depuis mes études d'architecture, pour saisir une attitude ou une expression ». Cette spontanéité rejaillit sur ses œuvres, telle l'utilisation de la couleur directe en aquarelle. •••


Vue d’exposition, Emmanuel Lepage, l'explorateur © Daniel Fouss / Musée de la BD

À travers ses albums, nous avons voyagé en Amérique du Sud (Muchacho), en Terre-Adélie (La Lune est blanche) ou dans l'océan indien (Voyage aux îles de la Désolation). ■◆

Vision nucléaire

Bruxelles, jusqu'au 08.03, Musée de la BD, tous les jours : 10 h-18 h, 10 > 3,5 € (gratuit -6 ans), www.cbbd.be

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L'un de ses livres les plus marquants reste Un Printemps à Tchernobyl, commandé par une association écologiste pour prévenir des dangers du nucléaire. « Avant de partir, je voyais ce lieu comme une terre morte. Or, sur place, tous mes sens me disaient "c'est magnifique!". Il faisait beau, les gens étaient merveilleux. Nous avons approché la zone interdite avec un masque, des gants, des bottes, le compteur Geiger s'affolait…C'est ce trouble que j'ai tenté de montrer dans la BD. Le danger est invisible. Je devais dessiner quelque chose que je ne voyais à lire / pas. Ça a bousculé ma pratique ». Un art qu'Emmanuel Un Printemps Lepage n'est pas près d'abandonner. à la fin de l'année, à Tchernobyl, Emmanuel Lepage, il évoquera son enfance dans une communauté, près de éditions Futuropolis, 168 p., 25,50 € Rennes. À suivre… Thibaut Allemand


Le Bouquet, 1937, Bruxelles, rue Esseghem, Georgette et René Magritte © 2019-2020, Charly Herscovici c/o SABAM


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René Magritte.

Les Images révélées | Tirage à part |

De Magritte, on connaît bien sûr les tableaux. Un peu moins les photographies, ou même les films amateurs. Pourtant, le maître du surréalisme nourrissait un rapport étroit avec l'image dite "mécanique". Le Musée de la Photographie de Charleroi rassemble plus de 130 clichés originaux, réalisés pour la plupart par lui-même. Originale, cette exposition éclaire d'un jour nouveau l'œuvre de ce passionné de cinéma.

La révélation de ce violon d'Ingres fut assez tardive, survenant dix ans après sa disparition, en 1967. Magritte, qui ne se considérait pas comme peintre (et encore moins photographe), n'a jamais exposé ses clichés. « Ils sont connus depuis les années 1970, mais furent longtemps jugés sans importance », explique Xavier Canonne, le commissaire. à une époque où cette pratique était l'apanage d'une poignée de « happy few », le Lessinois en fit pourtant moult usages, ici décryptés à travers sept sections thématiques. ■◆

Art et essai

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On ouvre d'abord l'album de famille, dévoilant ses vacances ou son mariage, capturés par lui-même ou ses proches. Ceux-ci furent d'ailleurs essentiels dans son travail. « Magritte n'a jamais eu de modèle professionnel. Il sollicitera donc ses amis et son épouse. Le couple se met souvent en scène, formant le précipité de ses tableaux ». Citons La Tentative de l'impossible, où une femme apparaît sous le pinceau du peintre, et dont on découvre ici une photo préparatoire avec Georgette posant en maillot de bain. « D'un point de vue technique, il y a une aussi une grande correspondance entre ses peintures et ses photos : elles sont nettes, lisses et descriptives ». A contrario, d'autres de ses clichés n'ont aucun équivalent sur toile. Telle La Marchande de sommeil, où Magritte a déposé une pipe au-dessus de la tête de sa femme endormie sur •••


Jacqueline Nonkels (photographe), René Magritte peignant La clairvoyance, Bruxelles, 4 octobre 1936 © 2019-2020, Charly Herscovici c/o SABAM

le sable. « C'est une sorte de création spontanée. Il se sert de la photographie comme d'un carnet de notes ». ■◆

Au cinéma

Au fil de ce parcours, on remarque aussi nombre de portraits où il se cache le visage. « C'est une façon de nier la représentation ». Une bonne photo ne doit-elle pas être fidèle à la réalité ? Une hérésie pour Magritte, pour qui « les traits du visage n'expriment en rien notre nature, souligne Xavier Canonne. On peut sourire mais être triste. Chez lui, le mystère demeure essentiel ». Le réel n'est-il pas invisible, insaisissable ? Une raison pour laquelle il appréciait tant Fantômas… La dernière section de l'exposition révèle justement sa passion pour le cinéma. Magritte tourna quelques films en Super 8, mettant en scène ses amis dans des séquences burlesques, « mais en prenant la chose très au sérieux ». Nourrissait-il des ambitions en ce sens ? On n'en sait rien. Mais Xavier Canonne en reste convaincu : « S'il était né plus tard, il aurait sans doute vu dans la photo un moyen de diffuser son œuvre ». Pour sûr, il aurait compté quelques followers. Julien Damien Charleroi, jusqu'au 10.05, Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h-18 h 7 > 4 € (gratuit -12 ans), www.museephoto.be

à lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com

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à lire / René Magritte. Les images révélées, de Xavier Canonne (Éditions Ludion)


Vue d'exposition © Julien Damien


Secrets de parfum | Dessine-moi un flacon | En 2020, la métropole lilloise devient capitale mondiale du design. Le Colysée de Lambersart se met (littéralement) au parfum. Conçue avec le Musée international de la parfumerie de Grasse, cette exposition raconte l'histoire du précieux liquide… à travers son contenant : le flacon. Pourvu qu'on ait l'ivresse. Se parfumer ne date pas d'hier. Durant l'Antiquité, les égyptiens et les Grecs brûlaient déjà des essences en l'honneur des dieux. Le mot vient d'ailleurs de là : "par la fumée". Il faudra toutefois patienter avant que le commun des mortels s'en empare… « Cet engouement remonte au xviiie siècle, avec l'art de la séduction, souligne Marianne Pichonat, chargée de projets culturels à Lambersart. Les flacons sont alors de véritables bijoux ». Petites fioles en aventurine, porcelaine… Ces pièces témoignent d'un artisanat raffiné, mais supplanté dès le xixe siècle par l'industrialisation. De grandes maisons voient le jour (Guerlain, Roger & Gallet…), privilégiant les bouteilles en verre. ■◆

Des idées fioles

Dans les années 1950, des couturiers flairent la bonne affaire (Dior, Givenchy), mais il faudra attendre la maîtrise des matières plastiques pour que ce luxe soit à portée de tous. En 1977, Opium d'Yves Saint Laurent devient ainsi la première fragrance grand public. Au-delà du marketing, « le flacon doit porter l'identité du parfum, c'est un geste synesthésique ». Parfois audacieux. à l'image de Flower by Kenzo, dont la forme s'inspire d'un coquelicot, une fleur… paradoxalement sans odeur. L'objet est donc bien étudié, visant parfois l'œuvre d'art, tels ces contenants imaginés sans contenu. On citera les Sept parfums de péchés d'Alnoor Design, soit des bouteilles en forme de glace pour illustrer la gourmandise, de lit pour la paresse… Joli pied de nez ! Julien Damien

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Lambersart, jusqu'au 26.04, Le Colysée, mer > sam : 13 h-18 h • dim : 13 h-19 h, gratuit, designiscapital.com à lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com


Atonement, 2019 © Roger Ballen, in collaboration with Ronny Delrue and Marguerite Rossouw

Roger Ballen Depuis plus de 40 ans, Roger Ballen immortalise les populations marginales d'Afrique du Sud. Installé à Johannesburg, le photographe et plasticien américain explore les profondeurs du pays zoulou comme les abysses de l'humanité, formant une œuvre aussi dérangeante que fascinante. à l'occasion de sa première exposition d'envergure en Belgique, l'artiste présente une sélection de photos et de vidéos ainsi qu'une installation inédite, conçue in situ : The Theatre of the Ballenesque. Bruxelles, jusqu'au 14.03, Centrale For Contemporary Art mer > dim : 10 h 30-18 h, 8 > 1,25 €, (gratuit -18 ans) www.centrale.brussels

Keith Haring

Punk Graphics

Icône du pop art, compagnon de route de Basquiat ou Warhol, Keith Haring a marqué les années 1980 et 1990 avec ses bonshommes frénétiques, soucoupes volantes ou bébé rampants. Son style est bien connu : formes synthétiques aux contours noirs, couleurs vives. Emporté à l'âge de 31 ans par le Sida, l'Américain souhaitait rendre son œuvre accessible à tous. Cette rétrospective rend hommage à ce maître de l'art urbain à travers une centaine de ses peintures et dessins originaux.

Né au milieu des années 1970 dans un monde malade, entre menace d'apocalypse et crises économiques traitées avec un remède de cheval, le punk fut une réponse aussi outrancière que brutale. L'exposition présentée à l'ADAM de Bruxelles ne s'intéresse pas tant à la musique qu'au graphisme véhiculé par cette contre-culture. Affiches, pochettes de disques, fanzines… Punk Graphics. Too fast to live, too young to die dévoile des pièces rassemblées par Andrew Krivine, un collectionneur no future pour toujours !

Bruxelles, jusqu'au 19.04, Bozar mar > dim : 10 h-18 h • jeu : 10 h-21 h 18 > 9 € (gratuit -6 ans), www.bozar.be

Bruxelles, jusqu'au 26.04, ADAM tous les jours : 11 h-19 h, 8 > 5 € (gratuit -6 ans) adamuseum.be

Nature morte / Nature vivante

Hornu, jusqu'au 08.03, Centre d'innovation et de design, mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans) www.cid-grand-hornu.be

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Apparue à la fin du xviie siècle, la nature morte désigne un exercice typique de l’histoire de l'art. à l'heure de l'Anthropocène, ce terme prend hélas un tout autre sens… Ces artistes, designers ou architectes interrogent ainsi le rapport ambigu que l'Homme entretient avec son environnement. L'Autrichien Lois Weinberger magnifie par exemple le pouvoir de prolifération des mauvais herbes, quand le Français Michel Blazy recourt au vivant (bois, écorces…) pour façonner des sculptures évolutives.


Matt Mullican, Representing the work © Cortesía de NC-arte © photo Oscar Monsalve

Matt Mullican Artiste mondialement reconnu (notamment pour ses conférences sous hypnose), l'Américain Matt Mullican présente sa première exposition monographique en Belgique. Son œuvre repose sur une palette de cinq couleurs : le vert pour la nature, le bleu pour la vie quotidienne, le jaune pour l’art, le noir pour le langage et le rouge pour la subjectivité. Obsessionnelle et encyclopédique, elle mêle formes géométriques, alphabets anciens ou pictogrammes, traduisant une dualité entre le corps et l’esprit. Hornu, 16.02 > 18.10, Mac’s, mar > dim : 10 h-18 h 10 > 1,25 € (gratuit -6 ans), www.mac-s.be

Kasimir Zgorecki

Victor Vasarely

Entre 1922 et 1939, Kasimir Zgorecki a réalisé des milliers de photographies de la communauté polonaise du bassin minier du Pas-de-Calais. Autant de portraits individuels et de scènes familiales, suggérant une réussite davantage idéalisée que vécue. Ces clichés relatent en noir et blanc une histoire à la croisée de l'intime et du collectif. Ils font l'objet d'une exposition au Louvre-Lens et d'un livre rendant enfin hommage à un corpus exceptionnel de 100 tirages, dont de nombreux inédits.

On attribue la paternité de l'Op Art (ou art optique) à Victor Vasarely, plasticien majeur et populaire du xxe siècle. Alors élève au Bauhaus de Budapest, le Hongrois crée à partir de ses connaissances scientifiques et déclare que l'art est partout et pour tous ! Dans Le Manifeste jaune, il revendique aussi l'unité de la forme et de la couleur. Cette exposition rassemble plus de 70 œuvres, certaines inédites, et retrace le parcours d'un illusionniste de génie.

Lens, jusqu'au 30.03, Louvre-Lens, tous les jours sauf mardi : 10 h-18 h, gratuit, www.louvrelens.fr

Le Touquet, jusqu'au 26.04 Musée du Touquet-Paris-Plage tlj sauf mardi : 14 h-18 h, 3,50 / 2 € (gratuit -18 ans) www.letouquet-musee.com

Hyperrealism Sculpture

Liège, jusqu'au 03.05, La Boverie, mar > ven : 9 h 30-18 h • sam & dim : 10 h-18 h 15 > 6 € (gratuit -6 ans), www.laboverie.com

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Pour la première fois depuis son ouverture en 2016, La Boverie de Liège consacre l'intégralité de son espace principal à une exposition de sculptures. Celle-ci dévoile des œuvres imitant à la (quasi) perfection le corps humain. Dérangeantes, amusantes, intrigantes ou touchantes, ces pièces interrogent notre bonne vieille enveloppe charnelle. à l'heure où le souci de soi et de l'apparence n'a jamais été aussi prégnant, ce parcours titille les neurones. Être ou ne pas être…


1,2,3 Data Nos vies sont régies par des milliards de données produites et stockées par de gigantesques centres, aux allures de pyramides modernes. à Lille, devenue capitale mondiale du design, artistes et designers s’emparent de ces flux, d’ordinaire réservés aux scientifiques – et auxquels, il faut dire, nous ne comprenons pas grand-chose. Ils en tirent autant de formes et d’œuvres originales offrant, sinon de la lisibilité, une véritable poésie des chiffres. Lille, 05.02 > 08.03, Le Tripostal, mer > dim : 12 h-19 h, gratuit, www.designiscapital.com

Bye Bye Future !

Fluidités : l’humain qui vient

Voitures volantes, corps modifiés, robots plus ou moins amicaux… Au fil des siècles, de nombreuses visions de l’avenir furent imaginées. Cette exposition explore notre fascination pour ces voyages dans le temps, à travers la littérature, le cinéma, l’art contemporain ou les cultures pop et SF. Entre utopie, dystopie et uchronie, on découvre des œuvres d’artistes internationaux, tels Wim Delvoye ou le duo Pierre et Gilles. Sacré retour vers le futur.

La technologie a bouleversé notre rapport à l'espace et au temps, mais aussi à notre corps, en interaction perpétuelle avec les machines. à quoi ressemblera l'humain qui vient ? Derrière ce pitch digne d'un roman de SF se cachent les interrogations d'artistes jouant avec nos représentations du futur. Les Augures mathématiques d'Hicham Berrada dévoilent ainsi des photos ou sculptures générées par ordinateur. Il utilise des algorithmes de morphogenèses, ces lois naturelles déterminant les formes du vivant…

Morlanwelz, jusqu'au 24.05 Musée Royal de Mariemont, mar > dim : 10 h-17 h 5 > 2 € (gratuit -12 ans), www.musee-mariemont.be

Tourcoing, 08.02 > 29.04, Le Fresnoy, mer > dim : 14 h-19 h, 4 / 3 € (gratuit -18 ans), www.lefresnoy.net

William Kentridge Considéré comme l'un des plus brillants artistes de sa génération, le Sud-Africain William Kentridge présente à Villeneuve d'Ascq sa première grande rétrospective en France. Dessins, gravures, sculptures, tapisseries, films d’animation… Aussi foisonnante que poétique, son œuvre dénonce depuis plus de 40 ans les sujets les plus sensibles, tels que l’Apartheid, la corruption, les migrations ou le rôle de l’Afrique dans la Première Guerre mondiale. Un événement. Villeneuve d’Ascq, 05.02 > 05.07, LaM, mar > dim : 10h-18h, 11 / 8 € (gratuit -12 ans), www.musee-lam.fr

Remembering the Treason Trial, 2013 © William Kentridge / photo Thys Dullaart


Zenel Laci | Plus belle la frite |

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© Marie-Aurore d'Awans

Zenel Laci en a gros sur la patate. Né de parents albanais traditionalistes, il dut abandonner l’école pour l’affaire familiale : le célèbre Fritland. Cet établissement emblématique de Bruxelles sera le cauchemar du jeune homme durant 16 longues années. Jusqu’au jour où il décide de tout plaquer pour le théâtre… Armé de son couteau, il conte son histoire sur scène tout en épluchant des pommes de terre, servies chaudes et dorées à la fin de ce spectacle. Évidemment, il casse la baraque.


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Quand avez-vous rejoint Fritland ? Je suis le dernier d’une famille de cinq enfants. Mes parents nous ont inscrits dans une filière technique car ils n’avaient pas suivi d’études. Pourtant, seuls les cours de français m’intéressaient. La plupart du temps je faisais l’école buissonnière et lisais des bouquins dans le grenier de la maison. Un jour, mon père m’y a trouvé et m’a collé une torgnole mémorable. Je devais avoir 14 ans. Le lendemain, je travaillais à Fritland.

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Qu'y faisiez-vous exactement ? Les premières années, on épluchait des patates sept jours sur sept, entre 12 et 16 heures par jour. Mon père était très sévère. Il nous empêchait

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Quel est votre parcours ? Mes parents ont fui l’Albanie et le régime communiste en 1952. Dans l'espoir d'obtenir un visa pour les états-Unis, ils ont végété huit ans dans des camps de réfugiés. Ils ont finalement atterri en Belgique en 1963… où je suis né trois ans plus tard. En 1978, ils ont ouvert une friterie à Bruxelles, leur Amérique à eux en quelque sorte.

de fréquenter des Belges, car toute intégration provoquerait la mort de son "rêve américain". Que représente Fritland pour les Bruxellois aujourd'hui ? C’est un temple de la frite. Les gens viennent du monde entier pour se photographier avec nous. Quel est son secret ? Des bintjes fraîches, pelées et coupées tous les matins, frites dans de la graisse de bœuf changée tous les jours. Elle est aussi connue pour sa mitraillette, cette demi-baguette remplie de viande, d’oignons et de frites, arrosées de sauce andalouse pour les connaisseurs ! Parfait pour les fêtards revenant de soirée (rires). Qu'est-ce qui vous a poussé à quitter la friterie ? Je travaillais comme un robot, ne parlais à personne, ne mangeais plus… Du coup, je me réfugiais dans la littérature. à 30 ans, j’ai décidé de partir. J’ai réuni la famille et leur ai balancé leurs quatre vérités. C’est la première fois que quelqu’un disait "non" à mon père. Il a pris ça comme une trahison. En partant, je disais adieu à la famille et à l’héritage. •••


© Marie-Aurore d'Awans

« J’ai voulu donner la parole aux petites gens. » Comment votre spectacle est-il né ? Un ami à qui je racontais souvent des anecdotes m’a suggéré d’en faire un spectacle. Alors j’ai commencé à écrire sur moi, ma famille, la vie nocturne dans le quartier de la Bourse. J’ai voulu donner la parole aux petites gens, aux SDF, éboueurs, ouvriers, travailleuses du

sexe… C’est donc l’histoire d’un petit fritier qui a eu l’audace de croire en ses rêves. Votre famille a-t-elle assisté à Fritland ? Pour la première, tous les membres encore présents sont venus me voir. Ils étaient très émus, surtout mon grand frère à qui je ne parlais presque plus. Ce n’est pas un spectacle revanchard ou moralisateur, ça parle plutôt d’émancipation et de réconciliation. De la vie, quoi. Propos recueillis par Tanguy Croq

Fritland Uccle, 03.02, Centre culturel, 20 h 15, 20 / 15€ www.ccu.be Quaregnon, 25.03, Hôtel de Ville, 20 h, 10 > 1,25 € maisonculturellequaregnon.be à lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

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Comment s'est déroulée votre reconversion dans le théâtre ? Après trois ans d’errance, j’ai trouvé un cours du soir de scénographie qui ne réclamait ni diplôme, ni examen d’entrée. Je m'y suis inscrit et j’ai fini premier.


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e © Laura Gilli

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Franck Ferrand | Esprit d'épique |

Depuis 17 ans, à la radio ou à la télévision, il nous mène sur les traces des grands personnages de l’histoire. Infatigable passeur, Franck Ferrand se réinvente désormais sur scène. Où la mythique ville de Troie se trouvet-elle ? Marco Polo n’a-t-il pas fait fausse route ? Son one-man-show met à contribution le public pour mieux explorer les énigmes du passé.

Béthune, 12.02, Théâtre municipal, 20 h 30, 22 / 18 €, www.theatre-bethune.fr

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Franck Ferrand l’assume, il avait « toujours rêvé de monter sur les planches ». C’est donc avec gourmandise que l’autre "monsieur Histoire" du paysage médiatique (par ailleurs ami de Stéphane Bern) se livre à ce numéro de stand-up. Si les spectateurs boivent les paroles de cet héritier d’Alain Decaux depuis 2016, ils ne restent pas passifs. Sur une quinzaine de thèmes abordés chaque soir, trois sont choisis par la salle. Tombeau de Napoléon, affaire Calas, guerre de Troie… « Au moment où le rideau se lève, je ne sais pas de quoi nous allons parler », s’enthousiasme celui qui officie sur Radio classique, après avoir fait les beaux jours d’Europe 1. Au diable ces polémiques lui reprochant une approche réac du "mythe national", Franck Ferrand propose un divertissement familial, loin du cours magistral. «  L’histoire n’est pas figée », martèle-t-il en empruntant une gestuelle de comédien, au détour de quelques meubles savamment éclairés. Le natif de Poitiers rappelle d'ailleurs qu'il doit beaucoup à son institutrice de CE1. Chaque semaine, elle tirait les rideaux de la classe pour raconter les batailles, défaites et intrigues de cour. à lui maintenant de susciter des vocations. Marine Durand

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© Mattis Bouali

Braslavie Bye Bye ! | Jeu sans frontières |

Ce Ch'ti berbère né à Hem (dans le quartier de la Lionderie, raconté dans Cité Babel) a fait du quotidien son terrain de jeu, mais n'a franchement rien d'ordinaire. Formé à l'école Jacques Lecoq à Paris, où il apprit l'art du clown ou du conte, Rachid Bouali tire de sa propre vie autant de fables, au sens premier et noble du terme : poétiques, humanistes. Il nous invite cette fois en Braslavie…

Armentières, 12 & 13.02, Le Vivat, 20 h, 18 > 2 €, www.levivat.net Hem, 27.03, Théâtre de l'Aventure, 14 h • 20 h, 8 > 3 €, theatre.aventure.fr

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Qu'il cause de son émancipation par le théâtre (Un Jour, j’irai à Vancouver), de sa maman (Le Jour où ma mère a rencontré John Wayne) ou de l'exil forcé (Sans laisser de trace…), Rachid Bouali livre des histoires souvent drôles et à la portée philosophique (donc universelle). Sans décor ni artifice. Pour cette création, il s'est librement inspiré du roman du Moldave Vladimir Lortchenkov, Des mille et une façons de quitter la Moldavie, mais aussi « des films de Kusturica, des Shadoks et du mythe de Sisyphe ». Accompagné d'un musicien-bruiteur, il nous emmène dans un pays imaginaire (la Braslavie), dans le petit village de Targa, incarnant une galerie de personnages loufoques. Tractoriste, utopiste ou culturiste, tous partagent le même rêve : rejoindre l'Italie, où la vie serait plus douce, alors que les états voisins ont bouclé leurs frontières. Mais ils sont prêts à tout pour passer : transformer un tracteur en avion, vendre un rein… Mêlant le burlesque au tragique, ce conteur hors pair fustige une Europe divisée, incapable de construire une politique d’accueil digne de ses principes – sans rire, cette fois. Julien Damien


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Soulèvement. Un solo sur la résistance © Hervé Goluza

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Cabaret de curiosités | La Marche de l'histoire |

Le meilleur remède à la morosité ambiante se prescrit à Valenciennes, au Phénix. Chaque hiver, son Cabaret de curiosités dévoile la création contemporaine sous toutes ses formes, en prise directe avec l'actualité. Les vertus sont connues : réflexion et émotion. Après avoir exploré "nos futurs", cette édition s'intéresse aux "tristes tropismes". Derrière ce clin d'œil aux Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss se cache un sujet tout aussi anthropologique. « L'Histoire s'emballe. Face à ces bouleversements climatiques, technologiques ou politiques, nous souhaitions interroger la place de l'Homme », annonce Romaric Daurier, le directeur du Phénix. En cela, on ne manquera pas Steve Jobs. L'écrivain Alban Lefranc (re)fait le portrait de cette figure mythique de nos temps troublés : ses pulls à col roulé, ses pommes, ses colères… Mis en scène par Robert Cantarella, ce monologue incarné par Nicolas Maury (Hervé, dans la série Dix pour cent) souligne la complexité d'un homme qui bouleversa notre monde.

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Climat de révolte

Une société où réseaux sociaux et smartphones monopolisent désormais les échanges humains (merci Steve…). Dans Family Romance, Ana Borralho et João Galante recréent ainsi un "chat room" sur scène. Douze interprètes amateurs y communiquent via des applications numériques, jusqu'à se mettre (littéralement) à nu, dans une orgie où chacun est finalement seul… Face à ce monde qui dérape, que peut l'art ? Montrer le chemin de la révolte. Dans Soulèvement, Tatiana Julien traduit avec son corps des paroles exaltées. La chorégraphe mêle krump et voguing, discours d'André Malraux ou de Patti Smith, sons de manifestations et chansons de Mylène Farmer, dans un solo insurrectionnel – et franchement pas désenchanté. Julien Damien

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Valenciennes, 03 > 06.03, Le Phénix, Espace Pasolini, H du Siège et divers lieux (Le Manège de Maubeuge, Espace Culturel Barbara de Petite-Forêt, 232 U d'Aulnoye-Aymeries) 1 spectacle : 24 > 12 € (18 > 10 €, dès 3 spectacles), scenenationale.lephenix.fr ● ● ● Sélection / 03 & 04.03 : Noëmie Ksicova & Cie Ex Oblique : Loss • Yuval Rozman : The Jewish Hour 03 > 06.03 : Henri Botte & Kurt Tucholsky, Cie Lolium : Moment d’angoisse chez les riches 05.03 : Robert Cantarella & Alban Lefranc : Steve Jobs // 05 & 06.03 : Boris Charmatz : (sans titre) (2000) Tatiana Julien : Soulèvement. Un solo sur la résistance // 06.03 : Ana Borralho & João Galante : Family Romance ou la réalité augmentée • Hugues Duchêne & Cie le Royal Velours : Je m’en vais mais l’État demeure Noémi Andreotti Coin : FREMD • Johan Grzelczyk : Données du réel


© Aldo Paredes

© Naïs Bessaih

Roman Frayssinet

Tanguy Pastureau

Dans ce grand fourre-tout qu'est devenu le stand-up français, l'exgamin du Val-de-Marne tire son épingle du jeu grâce à une bonne dose de surréalisme. Formé à l'école nationale de l’humour de Montréal, Roman Frayssinet se pose des questions hautement existentielles, délirant avec une faconde frôlant l'hystérie sur les castors (« même pas capables d’inventer la hache alors qu’ils coupent du bois depuis des milliers d’années ») ou les testicules (« c'est dégueulasse, on dirait le truc sur le nez des dindons ! »).

Non, Tanguy Pastureau n'est pas célèbre, pour citer le titre de son premier spectacle. La preuve : en 2018 L'Obs lui consacrait un portrait… et utilisait la photo d'un autre pour l'illustrer. Pourtant, cela fait plus de 20 ans qu'il traîne son humour pince-sans-rire et franchement vachard à la radio. Non content de passer l'info au vitriol sur France Inter, il s'est donc donné « une heure pour vous convaincre qu'être une star n'a aucun intérêt » – si ce n'est d'avoir sa vraie bouille dans les journaux.

Lille, 22.02, Théâtre Sébastopol, complet ! Amiens, 29.02, Mégacité, complet ! Lille, 05.11, Théâtre Sébastopol, 20 h, 39 > 32 €

Lille, 08.02, Le Splendid, 20 h, 28 € www.le-splendid.com

Après les religions ou l'extrémisme, Sophia Aram se penche sur… l'amour. L'humoriste engagée se serait-elle assagie ? Pas vraiment. Derrière ce titre innocent (à nos amours), elle imagine un monde où les hommes auraient leurs règles, révèle la face cachée des comptines (Jeanneton prend sa faucille serait « l'histoire d'une tournante ») ou traque les féminicides les plus barbares dans les journaux (« Ivre, il poignarde sa femme en croyant ouvrir une boîte de pizza »). Bref, cette héritière de Bedos use du rire pour dénoncer le sexisme ordinaire. Lille, 14.02, Théâtre Sébastopol, 20 h, 39 > 33 €, theatre-sebastopol.fr

© Benoît Cambillard

Sophia Aram


© Pierre Grosbois

Féminines [P. Bureau / La Part des anges ] Vingt ans avant Zidane et sa clique, les Françaises devenaient championnes du monde. L'histoire est rocambolesque. En 1967, le journal L'Union, à Reims, montait une soirée de catch avec des lilliputiens, pour amuser la galerie. Comment se surpasser l'année suivante ? En organisant un match de foot avec des filles pardi ! Mais voilà, elles jouent vite, et bien. Plus question de se moquer. Dix ans plus tard, elles sont sur le toit du monde. Cette comédie retrace le parcours des premières footballeuses pros de l'Hexagone. Dunkerque, 04 & 05.02, Le Bateau Feu, mar : 20 h • mer : 19 h, 9 € www.lebateaufeu.com

Les Mille et une nuits Guillaume Vincent

Dans le nom Tiphaine Raffier

Trompé par sa femme, un roi la décapite. Depuis, il déflore tous les soirs une jeune vierge qu’il exécute le lendemain. Pour sauver sa peau, Shéhérazade lui raconte chaque nuit une histoire, qu’elle laisse en suspens l’aube venue. Désireux de connaître la suite, le tyran lui laisse la vie sauve… Guillaume Vincent précipite ce conte cruel à notre époque avide de séries. Les victimes attendent dans un décor ressemblant au plateau de Tournez manège ! sur des airs d’Oum Kalthoum.

Quelque part dans la campagne française, les difficultés s’abattent sur Davy, éleveur bovin… Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette pièce ne s’intéresse pas tant au réalisme social qu’au langage. Inspiré des récits de l’ethnologue Jeanne Favret-Saada sur la sorcellerie paysanne, ce spectacle oscille entre conte fantastique et philosophique. Sur une scène nue, face à un écran, six personnages tentent de comprendre. Est-ce une malédiction ? Les mots ont beau s’enchaîner, la vérité se dérobe…

Lille, 04 > 08.02, Théâtre du Nord, mar > ven : 19 h sam : 16 h, 25 > 4 €, www.theatredunord.fr

Villeneuve d’Ascq, 05 & 06.02, La Rose des Vents mer : 20 h • jeu : 19 h, 21 > 6 €, www.larose.fr

Le Petit moi(s)

Lomme, 05 > 22.02, maison Folie Beaulieu, 3,20 €, www.ville-lomme.fr ●●● Sélection / 05.02 : aKoma névé : Spark // 14.02 : Dare d'Art : Yes we Kant // 12, 15, 18 & 19.02 : atelier collage en famille avec Louise Bronx // 18.02 : Cie Rosa Bonheur : à nos peaux sauvages 18 & 19.02 : atelier pâte à modeler naturelle avec La Fadibule, atelier peinture végétale

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Du théâtre, de la danse, des ateliers… Oui, mais pour les spectateurs dès six mois ! Ce festival se place certes à hauteur d'enfants, mais pas au ras des pâquerettes. Avec Yes we Kant, ils prennent ainsi leur premier cours de philosophie, dans un essai des plus clownesques. Après avoir fabriqué leur propre pâte à modeler, ils découvrent aussi le pouvoir de la danse. Dans Spark, une interprète joue avec des faisceaux lumineux, redessinant son espace à volonté – histoire d'éclairer notre lanterne.


© La belle équipe

Sur la route de Madison Toussaint Colombani / Robert James Waller Francesca Johnson vit heureuse avec sa famille. Un jour de l’été 1965, alors que son mari et ses enfants sont partis à une foire, le photographe Robert Kincaid lui demande sa route. Ils tombent amoureux… On se souvient tous de l’adaptation du roman de Robert James Waller par Clint Eastwood, en 1995. Le Bruxellois Toussaint Colombani s’en est inspiré, comme des tableaux de Hopper ou Grant Wood, pour monter une pièce au casting trois étoiles, portée par Natacha Amal et Steve Driesen. Bruxelles, 05.02 > 01.03, Théâtre Royal des Galeries mar > dim : 20 h 15 (matinée : 15 h), 26 > 10 €, trg.be

D.I.V.A Manon Savary

Saloon Cirque Eloize

Cinq cantatrices au look extravagant (grandes perruques, costumes hérités de Jérôme Savary, le père de la metteure en scène) revisitent les grands opéras, pour mieux les démocratiser. Accompagnées d’un quatuor à cordes, elles interprètent des airs de Verdi, Mozart, Bizet, Puccini et Offenbach, dans un format réduit à dix minutes chacun. Baroque, truffée de situations burlesques, la scénographie évoque autant le cabaret que le cirque. Un exercice pas si classique…

Bientôt 25 ans que ces Québécois redessinent les contours du cirque. Croisant danse, théâtre, musique et moult acrobaties, leurs spectacles se déploient dans un contexte original. Leur 11e création nous emmène cette fois au Far West. Un accordeur de piano pénètre dans un saloon fréquenté par des cow-boys patibulaires et tombe amoureux de la belle chanteuse. Débute alors une cavale sur fond de folk, digne des plus grands westerns !

La Louvière, 07 & 08.02, Le Théâtre ven & sam : 20 h, 30 > 10 €, www.cestcentral.be

Béthune, 08.02, Théâtre municipal 20 h 30, 34 / 30 €, www.theatre-bethune.fr

Illusions perdues Pauline Bayle / Balzac

Douai, 11 & 12.02, L’Hippodrome, mar : 20 h • mer : 19 h, 22 > 5 €, www.tandem-arrasdouai.eu

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Après L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, Pauline Bayle s’attaque à un autre monument littéraire : La Comédie humaine de Balzac, et plus précisément à ses Illusions perdues, publiées en trois parties entre 1837 et 1843. Pour raconter l’ascension puis la chute du poète Lucien Chardon, elle a imaginé un espace scénique sobre et évolutif. Une poignée d’interprètes incarne la trentaine de personnages de ce roman d’apprentissage, narrant en filigrane la naissance du capitalisme industriel.


A Quiet Evening of Dance [ William Forsythe / Sadler’s Wells London] Légende vivante de la chorégraphie contemporaine, véritable orfèvre du mouvement, William Forsythe a réuni pour cette "tranquille soirée de danse" quatre pièces – deux anciennes, et deux récentes. Celles-ci marquent la rencontre entre les ballets du xviie siècle et le hip-hop. Citons le baroque Catalogue ou encore Duo 2015, prenant la forme d’une horloge composée de deux danseurs, annonçant un spectacle plus rythmé que prévu… Lille, 11 > 13.02, Opéra, 20 h, 36 > 5 €, www.opera-lille.fr

Histoire de la violence Laurent Hatat & Emma Gustafsson / Edouard Louis Deuxième livre d’Edouard Louis après En finir avec Eddy Bellegueule (2014), Histoire de la violence raconte son viol par Reda, un inconnu rencontré dans la rue puis ramené chez lui, le soir de Noël. La pièce se déroule sur un plateau nu, où trois comédiens donnent voix à la victime, sa sœur et l’agresseur. Se dessine alors un récit polyphonique, éclairant d’une lumière crue la brutalité des rapports humains. Béthune, 12 > 14.02, La Comédie (Le Palace) 20 h, 20 > 5 €, www.comediedebethune.org Valenciennes, 19 & 20.03, Le Phénix 20 h, 24 > 17 €, scenenationale.lephenix.fr

Lettre à Nour Charles Berling / Rachid Benzine Nour ("lumière", en arabe) a 20 ans. Elle a fui la France en cachette pour rejoindre son mari, un lieutenant de Daech, en Irak. Pour autant, elle écrit toujours à son père, brillant universitaire épris de la philosophie des Lumières et musulman pratiquant. Durant deux ans, elle lui raconte la guerre et développe une rhétorique obscurantiste… Dans cette mise en scène épurée, deux visions de l’Islam s’affrontent. Mais l’amour, unissant cet homme et sa fille, reste inconditionnel. Maubeuge, 14.02, Théâtre Le Manège 20 h, 12 / 9 €, www.lemanege.com

Quatre artistes guerrières dézinguent le patriarcat et revendiquent leur féminité avec un grand "F". Dans Métagore majeure, la compagnie Canicule règle ses comptes avec Booba (qui prend ces dames pour des "biatchs") à coups de punchlines lancées par deux duchesses. Tandis qu’Amandine Laval raconte son parcours de comédienne devenue strip-teaseuse (Cœur obèse), Mercedes Dassy interroge l’émancipation féminine dans un solo dansé et audacieux (i-clit). Mons, 18 > 22.02, Théâtre Le Manège & Maison Folie 1 spectacle : 15 € > gratuit, surmars.be ●●● Sélection / 18.02 : Catch d’impro littéraire // 18 & 19.02 : Cie Canicule : Métagore majeure • Amandine Laval : Cœur obèse 20 & 21.02 : Louise Emö : En mode avion • Mercedes Dassy : i-clit

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Métagore majeure © Émilie Sornasse

Guerrières !


© Tamasa Distribution

l e m ot d e

Tandis que les stations de sports d’hiver fêtent les 40 ans des mésaventures de la bande du Splendid, Panthéon réédite la BO du film de Patrice Leconte. Outre le chant de désespoir de Jean-Claude Dusse (Quand te reverrai-je…), ce vinyle de six titres ressuscite évidemment le Just Because of You de Pierre Bachelet. Pas de quoi viser le Top 50, le disque n’est édité qu’à 2 000 exemplaires – mais on ne sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher.

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Les Bronzés refont du ski

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LM magazine 159 - Février 2020  

Art & culture - Hauts-de-France & Belgique

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