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n째07 / septembre 2010 / GRATUIT

Bruxelles Cultures et tendances urbaines


Sommaire

Reportage © Olivier Blaise/LightMediation // Name, Ellen Allien © DR // Design September © Olivier Gregoire

Let’smotiv - septembre 2010 - #07

6 News

10 Reportage

Kabul Dreams : Rock en Afghanistan. Accords et Désaccords

18 Rencontre Matt Black & Peter Quick : Boss du label Ninja Tune

22 Musique Leffingeleuren Festival, Interpol, les Nuits du Soir,

38 Disques NEU!, Matthew Dear, Adam Kesher, Zola Jesus… 40 Cinéma YSL - Pierre Bergé, l'amour fou; Benda Bilili !; Black Diamond,

50 Portfolio Wrong Right Wrong, d'Achim Lippoth : Sois un homme, papa !

Gun's & Roses, MGMT...

sombre trafic; Happy Few...

58

événement Design September : À la table des créateurs !

64 Exposition Miro, Biennale de photo d'Ottignies, Stephen Jones, Brussel Art Days..., agenda

76 Théâtre Gardenia d'Alain Platel, Postcards From The Future,

88 Littérature Fanny Chiarello, l'apocalypse à l'échelle du salon 90 Livres Moebius, Carver, Foster Wallace, Gifford et Borgetto 92 Agenda concerts

Life and Times..., agenda

98 Playlist Ils tournent, ils tournent sur les platines de la rédaction


Let’smotiv Bruxelles

Rue des Eburons, 34 - 1000 Bruxelles Tél : 02 265 19 86 - Fax : +33 362 64 80 07 redaction.bruxelles@letsmotiv.com

Let’smotiv Bruxelles est édité par la Sarl Tacteel Membre du réseau Let’smotiv Magazines Tacteel, Sarl au capital de 5 000 euros RCS Lille 501 663 769 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours Directeurs de l’édition : Loïc Blanc & Nicolas Pattou Rédaction : Judith Oliver - redaction.bruxelles@letsmotiv.com Graphiste : Cécile Fauré - cecile.faure@urban-press.com Publicité : Hakima Lounas - h.lounas@letsmotiv.com - Thibault Noyer - t.noyer@letsmotiv.com

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Faustine Bigeast, Olivier Blaise, Paul Carra, Audrey Chauveau, Mathieu Dauchy, Florent Delval, Cédric Delvallez, Grégory Escouflaire, Carole Lafontan, François Lecocq, Justine Leuregans, Achim Lippoth, Hakima Lounas, Alex Masson, Raphaël Nieuwjaer, Louise Padox, Clément Perrin, Marion Quillard, Olivia Volpi

Couverture : Achim Lippoth, www.lippoth.com

Let’smotiv nord de France 114 rue Barthélemy Delespaul - 59000 Lille Tél : +33 362 64 80 09 - Fax : +33 362 64 80 07 redaction.nord@letsmotiv.com

www.letsmotiv.com L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. ı Magazine gratuit Ne pas jeter sur la voie publique.


En bref…

© DR

La foire du Trône

Le Grand Nulle Part. Ces cabinets où l’on s’enferme, fuyant le regard des autres, cherchant à se faire oublier… Un lieu qu’on imagine difficilement devenir l’objet d’une exposition à ciel ouvert, au beau milieu de Paris. C’est pourtant l’idée brillante d’un syndicat de l’Assainissement parisien : offrir aux latrines du monde entier le droit de s’afficher fièrement. En pleine rue. Les 46 photos XXL placardées Bd de la Bastille réservent parfois des surprises. De taille : Ronis, Le Querrec, Doisneau, le Prince Charles. On vous laisse deviner qui est derrière ou devant l’objectif. ❥ Du 9.09 au 20.10, www.siaap.fr

La BD gonflée à bloc

© DR

Télex

En février dernier, nous étions quelques milliers à regarder, subjugués, des ballons géants à l'effigie de héros du 9e art rejoindre la gare du Nord, au milieu des fanfares et majorettes. Et bien, les bonshommes d'hélium reprennent du service pour une marche les 12 et 13 septembre prochains (la fête de la BD). Pour l'occasion, St Gilles propose des séances de dédicace avec 60 auteurs (festival BD), le Mont des Arts se couvre de tentes et les murs de la place royale de projections (son et lumières). Rien de tel pour nous faire sortir de notre bulle. ❥ www.brusselscomics.be Les insectes sont nos amis, il faut les manger aussi... Marcel Dicke, prof. d'entomologie aux Pays Bas est catégorique : pour survivre à 9 milliards sur la Terre (2050), il nous faudra compter sur cette source de protéines. Qu'à cela ne tienne, on en absorberait déjà 500g/an... à notre insu dans la nourriture industrielle.


news |

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À couper le souffle !

© D.R/CNAP/Christian Marclay

Souffler dans le ballon peut vous sauver la vie, et pas uniquement au volant ! Car si votre haleine peut révéler aux « képis » votre goût pour les apéritifs, elle permettra bientôt de détecter les cancers du poumon, du sein, des intestins ou de la prostate... C'est ce qu'ont découvert les chercheurs de l'Institut technologique israélien Technion. Une méthode simple, rapide, bon marché et à priori fiable, qui, si elle est validée par la communauté scientifique et médicale, rendra l'un des plus grands fléaux de notre époque aussi inoffensif qu'une légère cuite.

© zastavki.com

À l’unisson

Flash Dance

Depuis 7 ans, City Sonic explore les innovations technologiques en matière sonore. Imaginées par une cinquantaine d’artistes belges et internationaux, performances audio et installations s’invitent à Mons, dans les jardins privés autour du Beffroi (Sonic Garden Party) et dans les sites patrimoniaux (Machine à Eau, Abattoirs, Salle Saint-Georges). Pour retrouver parapluies jouant de l’accordéon (Diane Landry), méduses numériques (Todor Todoroff) et installations de radio vintages (Lab[au]), il vous suffit de tendre l’oreille  ! ❥ Jusqu’au 12.09, Mons, gratuit,

Vous est-il arrivé de croiser, sur la toile ou dans la rue, un mouvement de foule éphémère? Une bataille de polochon, une chorégraphie collective, une plongée dans l'eau d'une fontaine, bref une « flash mob » ? Après Anvers en 2009, c'est au tour de la Louvière de se faire le théâtre d'un de ces étranges ballets, lancés au milieu des badauds. Pour inaugurer sa saison culturelle, le CCRC a en effet demandé au chorégraphe Martin Dewez d'imaginer quelques pas simples. Tout volontaire étant bienvenu, il est encore temps de rejoindre la troupe. Performance finale, le 11 septembre, place Mansart.

www.citysonics.be

❥ 064 21 51 21

Vivre à crédit. L'expression est familière. Elle l'est moins quand on parle d'écologie. Pourtant, depuis le 21 août, nous avons explosé notre « budget écologique » pour l’année 2010 : eau, matières premières, on est à sec ! // 7h, ni plus ni moins, c'est ce qu'il nous faut passer dans les bras de Morphée pour ne pas augmenter nos risques cardio-vasculaires !


news |

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Ligne de conduite

© Martin Pierlot

Dieu qu’elle était belle ! Le regard bronze, les cheveux roux, des phéromones à vous faire rater l’arrêt de métro. Soudain, son téléphone sonne. Et là... le mythe s’effondre. La belle amazone a dégainé un Blackberry plutôt qu’un Iphone. Le site de rencontres anglais OkCupid est pourtant formel  : les détenteurs d’Iphone sont définitivement plus tactiles que ceux qui possèdent des smartphones concurrents. À 30 ans, les iPhoneuses auraient connu en moyenne 12,3 partenaires sexuels, contre 8,8 pour les Blackberriennes. Suffit pas de garder la ligne.

© Alexis Haulot

À coucher dehors !

Lever de rideau

L'année dernière, on n'a pas fermé l'œil de la nuit. On est restés bouche bée devant une chanteuse de jazz, on a dessiné sur les murs, évité les balles et diabolos d'un circassien, esquissé une chorégraphie collective, admiré des graffeurs, contemplé des sculptures, ri d'une performance et fini, titubant... dans un sound system reggae. Depuis on ne pense qu'à ça. À quand la prochaine édition de la Nuit Blanche bruxelloise  ? Désormais on le sait : les noctambules ont rendez-vous le 2 octobre.

La ville de Mons ne sera Capitale européenne de la Culture qu'en 2015... Croyez-vous que l'on pourra attendre jusque-là ? Non ! Ça tombe bien, les institutions de la ville non plus. Avec «  Septembre ouvert  », la fondation Mons 2015 nous donne un léger avantgoût de l'effervescence culturelle qui s'abattra, le temps venu, sur la cité du Doudou. Triennale de l'affiche politique (Mundaneum), exposition sur le noir dans l'art (BAM), festival de théâtre de rue, concerts (Sharko à la halle aux herbes), barbecues géants... À ce prix, on peut bien patienter. ❥ www.mons.be

www.nuitblanchebrussels.be

Télex

Les 11 et 12 septembre, c'est le bicentenaire du Grand-Hornu. Au programme : pique-nique, visites, portes ouvertes, concerts. L'occasion rêvée de (re)découvrir ce site historique hors norme. // Familier des clubs européens (Fuse, Social Club...), le jeune collectif « Forma.T » vient de fonder son label. Forma.T Records offre un véritable tremplin aux coups de cœur du crew liégeois (DJ Kid Kaio, a sorti son premier EP le 15 août).


Accords et DĂŠsaccords

Un reportage d'Olivier Blaise/LightMediation

Les Kabul Dreams reportage |

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reportage |

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Le pari peut sembler insensé, dans un pays en proie à la guerre, aux attentats et à la menace islamiste. Il y a un peu plus d’un an, trois jeunes ont décidé de secouer la scène musicale afghane en créant les « Kabul Dreams ». Un groupe de rock, intrus parmi les formations traditionnelles et les chants religieux. Avec leurs mélodies guillerettes et leurs faux airs de pop anglo-saxone, les compositions de Sulyman Qardash (20 ans, chant - guitare), Mujtaba Habibi (24 ans, batterie) et Sid Ahmed (28 ans, basse) ont lancé un pavé dans la mare. En tout cas, vu de l’étranger. Car à Kaboul, les choses sont beaucoup plus compliquées…

C

entre-ville de Kaboul, quartier de Quala-Fatula. Dans cette rue défoncée où les voitures contournent avec soin les mille plaies de la chaussée, trois silhouettes rejoignent leur « studio »  : une simple et minuscule pièce dans une maison, insonorisée par un expatrié australien. C’est dans ce havre inattendu que nos rockers de Kaboul peaufinent leurs dernières compositions. Ici, pas d’instrument traditionnel en vue, mais une jungle de câbles, des amplificateurs, une batterie… et une Fender blanche que Sulyman fait décoller dans une série de riffs. Les trois musiciens sont issus de régions aussi diverses que leurs ethnies (ouzbek, tadjik et pashtoun). Sulyman chante en anglais. Un parti pris, qu’ils revendiquent : chanter en anglais, c’est un moyen de gommer leurs différences. Car malgré leurs origines diverses, ils se considèrent

Afghans avant tout. Ils appartiennent à un peuple qui se bat pour survivre malgré la guerre.

Groupe sous influences Oasis, Coldplay, Radiohead, les Beatles… ces trois jeunes hommes reconnaissent bien volontiers être sous influence directe de la pop anglo-saxonne. Une musique occidentale qu’ils ont tous trois découverte à l’étranger, alors qu’ils fuyaient le régime des Talibans (1996-2001) qui avait interdit toute musique autre que religieuse. Réfugiés respectivement en Ouzbékistan, au Pakistan et en Iran, Sulyman, Sid et Mutjaba écoutent alors du rock, du reggae, du punk... Neuf ans après leur retour au pays (après la chute officielle des Talibans, suite aux attentats du 11 septembre 2001) l’avenir est plus que jamais incertain. Et jouer des mélodies entraînantes en Afghanistan, >


Sulyman Qardash (guitare), Mujtaba Habibi (batterie), Sid Ahmed (basse). The Kabul Dreams en studio Ă  Kaboul, Afghanistan.


« En concert, les Kabul Dreams composent avec la peur constante des attentats et des enlèvements.  »


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Kabul Dreams, le seul groupe de rock d'Afghanistan, au bar Martini Ă  Kaboul, mars 2010.


revient à  prendre des risques autrement plus sérieux que des mauvaises critiques ! Sulyman et ses amis sont conscients d’être une cible potentielle aux yeux des Talibans et des extrémistes. D’autant que les médias occidentaux s’intéressent à eux. Ainsi, le gouvernement de Karzai, en pleine négociation avec les Talibans, leur a fait comprendre qu’il fallait mieux se mettre à la musique traditionnelle !

Briser le silence Mais le groupe fait acte de résistance. Et surmonte au jour le jour des difficultés que ne laissent pas soupçonner leurs mélodies sucrées. Rien que pour se procurer des instruments, amplificateurs et divers accessoires électriques dignes de ce nom… On ne trouve rien à Kaboul, sauf des contrefaçons chinoises avec un son atroce. Dans la

capitale, pas de société de production musicale, pas de manager, même pas d’autres groupes de rock avec qui le trio pourrait échanger conseils, critiques ou matériel. Pour se produire en concert, les Kabul Dreams composent avec des règles de sécurité draconiennes, mais surtout avec la peur constante des attentats et des enlèvements. Sulyman, Sid et Mutjaba ont beau ne pas être des novices (ils ont déjà joué à plusieurs reprises à l’université de Kaboul, et en Inde lors du South Asian Band Festival de 2009), ils doivent se contenter des scènes de quelques bars et restaurants pour expatriés et riches afghans, ou de rares mariages. Ils comptent aujourd’hui sur la protection de l’ambassade américaine, qui leur a promis un concert - mais pour l’instant aucune date n’est fixée.


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Heureusement, le buzz qu’ils entretiennent sur Internet les encourage, tout comme les messages de soutien qu’ils reçoivent du monde entier. En particulier d’Iran, où il est aussi très difficile d’exister en tant que groupe de rock. Alors envers et contre tout, le trio continue d’assurer la promotion de son premier album. Un opus de cinq titres, sorti à Kaboul à la fin du mois de juin. Son titre ? I wanna runaway. Un propos qui résonne avec force aux oreilles de la jeunesse afghane. Ici, 68 % de la population a moins de 25 ans et c’est peu dire que la plupart rêve de s’enfuir sous d’autres cieux.

Sortie de scène Ce jour-là, les Kabul Dreams enregistrent leur dernière chanson. Des paroles qui rendent hommage aux victimes du crash aérien du 21 mai 2010 dans

les montagnes de l’Hindou Kouch. La répétition se termine, Suleyman rejoint les studios d’Ariana TV, une chaîne de télévision privée où il présente le JT en ouzbek. Sid rentre chez lui, il faut réviser, demain c’est une journée d’examens à l’université où il termine ses études d’économie. Mujtaba se rend dans les locaux d’une société de communication, il termine le mixage de la bande son d’une publicité pour l’armée afghane. Malgré le contexte hostile, le trio persiste et signe. Il prend un véritable plaisir à jouer et distille une sacrée dose d’optimisme. Fiers de ce premier opus, les trois complices préparent la sortie d’un nouvel album de 12 titres en 2011. / ❥ P our retrouver les Kabul Dreams sur Internet / www.kabuldreams.com et www.myspace.com/kabuldreams


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Ninja Tune Tortue géniale

Propos recueillis par ¬ Thibaut Allemand Photos ¬ Peter Quicke, Matt Black, Jon More - By Colin Hawkins 2000 © Coldcut

Coldcut, Amon Tobin, Dj Food, Kid Koala, Roots Manuva… N’en jetez plus ! Ces noms ont tous marqué les vingt dernières années dans des genres très différents. Un dénominateur commun : leur label, Ninja Tune. Cette maison a régné sur la fin du siècle dernier et le début du millénaire, armée de lignes artistique et graphique inclassables, éclectiques et futuristes. Un peu comme Warp. Matt Black, accompagné de Peter Quick (l’autre dirigeant des Ninja) revient sur deux décennies de créations électroniques.


Pourquoi avoir fondé Ninja Tune ? Matt Black : Au milieu des années 80, Jonathan More et moi rencontrions un grand succès avec Coldcut. Nous étions signés chez Big Life, mais nous avions soif d’indépendance et d’expérimentation. Nous voulions également avoir un contrôle total sur notre label. Nous avons donc fondé Ninja Tune. C’était un choix aussi artistique que politique. Coldcut est d’ailleurs très engagé politiquement. Pas trop difficile de donner une portée politique à la dance music ? Non. On s’inscrit dans une longue tradition, dans l’art en général et la musique en particulier : le folk, les protest songs, le punk rock. J’aimerais bien que Ninja Tune soit plus engagé, mais on ne peut pas dire aux musiciens ce qu’ils doivent penser. Cette liberté est la raison d’être de notre label ! Cela dit, les artistes Ninja Tune ne vendraient pas leur musique à McDonald’s, par exemple. McDo, certes, mais certains titres de Coldcut ont tout de même servi

pour des publicités, non ? C’est vrai, mais c’était au cas par cas. Et, on a vite réalisé que c’était une erreur. Depuis, on refuse tout en bloc. Et ce n’est pas facile car l’argent, pour un label indépendant, c’est le nerf de la guerre. Parlons un peu des festivités de ce vingtième anniversaire  : des soirées exceptionnelles, un coffret… À quoi s’attendre, Ninja Tune Pour Les Nuls ? Peter Quick : (Rires) Pas du tout ! Il ne s’agit pas d’un best of ou d’une rétrospective. On y trouvera en majorité des inédits. Le reste sera constitué de remixes ou de tracks d’artistes connectés à Ninja Tune sans y être signés, comme Flying Lotus… Ces six Cds dessinent les contours de l’avenir : en vingt ans, on aurait pu devenir gras et blasés. Mais on est restés passionnés. >

Richard Johnston © Martin Le Santo-Smith

« L’électro reste le terrain d’expérimentation le plus excitant ! »


Qu’est-ce qui a changé, alors, en vingt ans ? Matt Black : Les musiques électroniques ont explosé et investi toutes les disciplines. Le monde entier a été submergé par l’électro. Cela tient à plusieurs choses  : la démocratisation des logiciels, tout d’abord. Ils sont quasiment gratuits. Ou très chers, mais tout le monde les cracke. Et malgré le revival actuel, le rock est ennuyeux. L’électro reste le terrain d’expérimentation le plus excitant. Pas faux. Mais beaucoup d’artistes électro se tournent vers des formes plus traditionnelles : Jamie Lidell et la soul, Fink et le folk… Oui, mais ils n’ont pas renoncé à l’électro pour autant. De toute façon, nous sommes dans l’ère de l’électronique : à partir du moment où tu enregistres, l’électronique entre en jeu, même sur du matériel analogique ! Alors, je conçois l’envie d’échapper aux boucles, qui finissent par lasser. Mais finalement, c’est ça la musique  : une suite de schémas avec des variations. Comme disait Brian Eno : pour innover en restant populaire, il faut donner

Coldcut Live in France 2006 © Cerezal Callizo

aux gens 60  % qu’ils connaissent, et 40 % de neuf. Si tu arrives avec 100  % de neuf, ils ne peuvent même pas le comprendre. Avez-vous fondé des sous-labels pour ne pas dérouter votre public ? Peter Quick  : Exactement. Nous sommes très ouverts, mais on ne peut être présent dans tous les domaines. Big Dada est un bon exemple. À travers ce label, nous souhaitions défendre les musiques noires et le hip-hop anglais… Matt Black : Mais, les gens seraient un peu perdus si ça paraissait chez Ninja Tune. Ça m’ennuie de le nommer ainsi, mais c’est du marketing. Ou de la lisibilité, tout simplement. Une autre caractéristique de Ninja Tune, c’est l’ouverture au jazz… Mais certainement  ! Prends Kid Koala, qui a joué à Montreux : c’est un turntablist jazz. Les programma-


rencontre |

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Ninja Office 2010 © Martin LeSanto Smith

teurs ont craint que leurs festivals ne soient fréquentés que par des nostalgiques assez âgés, obsédés par un son datant d’un demi-siècle. Or l’électro, c’est du jazz : on utilise ce qu’on a, on expérimente… Pas besoin de saxo pour faire du jazz ! Ce cosmopolitisme est assez londonien, non ? Tout à fait. Ninja Tune n’aurait pu naître ailleurs. C’est la ville où l’on a appris à mixer, sortir, faire des disques, des fêtes… Notre énergie vient de Londres, car c’est un véritable creuset. Les gens viennent dans cette ville pour réussir, il y a eu plusieurs vagues d’immigration, on y parle trois cents langues. On le sent quand on se balade dans la rue. C’est probablement pour cela qu’on mélange autant les genres, et les gens : Amon Tobin est brésilien, Jaga Jazzist norvégien, et ils confrontent les styles ! /

Sorties le 20.09 / • Coffret spécial tirage limité (6 Cds de titres inédits et de remixes originaux, 6 vinyles, livre de 200 p., posters etc...) • Double CD (inédits d'Amon Tobin, Bonobo, Kid Koala, Mr Scruff, Dj Vadim, The Heavy...) • Double CD (nouveaux remixes d'Autreche, Switch, Cut Chemist, Metronomy, Herbert...) Expo / Ninja Tune XX, du 9.09 au 2.10, Paris, Galerie Chappe, entrée libre, +31 142 62 42 12 Soirées / • à L'Ancienne Belgique, Bruxelles, le 30.09, 20 h : Amon Tobin, Andreya Triana, Bonobo, Coldcut, DJ Food, Eskmo, Kid Koala, Roots Manuva… complet ! • Au Centre Pompidou, Paris, les 15 et 17.09 : Andreya Triana feat Fink & Bonobo, The Cinematic Orchestra... • À l'Elysée Montmartre, Paris, 10.09 : Bonobo, Dj Vadim, Speech Debelle, Dj Food &DK... // 17.09 : Mr Scruff, Roots Manuva, The Herbalizer DJ's, 22 h, 25 € • À la machine du Moulin Rouge, Paris, 1.10 : Amon Tobin, Coldcut, Kid Koala... 21 h, 35 €


What's your name ?

texte ¬ Olivia Volpi, illustration ¬ Angèle Capelle


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Depuis 5 ans, c’est le rendez-vous électronique de la rentrée : le N.A.M.E. ! Un évènement atypique, à l’image d’Art Point M, la compagnie roubaisienne qui le porte. Une programmation musicale exigeante, une exposition, des friches industrielles : parlons-en avec Sabine Duthoit, sa fringante porte-parole. Le A. du NAME, c’est pour Arts. En cinq éditions, on est passé « du multimédia ludique, mais très pointu, avec Ac+lia, Mezza di Voce », à des expositions à la fois plus personnelles et plus graves. « Quand on a créé le NAME, les nouvelles technologies dans l’art étaient très prégnantes. Puis, il y a 3 ans, Fanny (Bouyagui, la charismatique chef de file d’Art Point M) a estimé qu’il y avait des choses plus importantes à aborder. On a décidé d’exposer son travail sur les migrants de Calais, et on a convoqué des artistes qui menaient une réflexion sur les flux migratoires, la quête d’identité, comme Bjorn Bellus. Ensuite, Fanny a fait le lien entre l’histoire de son père, arrivé le 24 décembre 1957 en France, à Marseille, et ce qu’on voyait à la télé : les bateaux échoués sur les plages d’Espagne ou d’Italie… Elle m’a d’abord emmenée avec elle au point de départ, à Agadez (Niger) ». Et cette année, elles se sont rendues au point d’arrivée, à Castel Volturno (Italie). À l’espoir du départ se substitue la profonde détresse d’une arrivée vers nulle part, dans une ville « où règne une ambiance de Far-West et d’apartheid au cœur de l’Europe ». Très documentée,

Sabine décrit l’impact des politiques nationales ou mafieuses sur la vie de ces clandestins qui officiellement n’existent pas… Il semble loin, l’hédonisme du dance-floor.

Ce qu’Art Point M Le N.A.M.E. fonctionne sur un principe simple et assumé : « La photographie de ce que nous, Art Point M, aimons à un moment donné ». Un principe qui en agace certains autant qu’il en séduit d’autres, et qui permet de concilier intentions politiques et musique électronique. En 2010, on se trémoussera devant l’incontournable Ellen Allien, mais aussi Busy P, Maetrik, Robag Wruhme (voir p.26)… Une sélection qui s’écarte du droit chemin de l’électronique minimale, sans pour autant le renier. Autre particularité du NAME : l’amour des friches industrielles. Après le Tri Postal, la Condition Publique et la Gare Saint-Sauveur, la grand-messe se tiendra cette année dans la zone industrielle de La Tossée, à Tourcoing. Un lieu saisissant où l’on pratiquait le peignage, jusqu’à ce que l’industrie tombe en rade. Art Point M s’est échiné à sécuriser et électrifier un des bâtiments. Au public désormais d’électriser la piste… >


musique |

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Paul

Kalkbrenner

Infos pratiques

© Kalkbrenner, Gloseup

Chloé Musique 

Incontestablement, son live est un must minimal. Un trip élégant, léger, mélancolique et néanmoins groovy. Vous l’avez peut-être vu dans Berlin Calling, film dont il interprète le héros et dont il a composé la bande originale. À votre tour, vous danserez ici jusqu’à l’effondrement.

On la range souvent par erreur dans la catégorie «  minimale », alors qu’elle développe plutôt une électro acoustique très personnelle. Cholé est une fille droite dans ses bottes, toujours là où on ne l’attend pas. Avec son deuxième album, One in other, elle cultive son côté sombre, pas sinistre pour autant. Son nouveau live, transforme la tristesse en une expérience hypnotique et envoûtante.

Ebony Bones Cette femme tabasse, déchire tout, envoie du bois (ce sont des métaphores pour dire que c’est vraiment une bête de scène : elle n’agresse personne, en vrai). On pourrait s’étendre sur son look Mir Couleur, mais sa musique, indubitablement électronique, punk dans l’âme et funk dans la chaleur, est encore plus exubérante. /

17.09 : Paul Kalkbrenner, Ebony Bones, Radio Slave, Uffie, Busy P, Myd, Mathus Raman… 17/19€, La Tossée, Tourcoing, de 22h à 6h. 18.09 : Chloé, Laurent Garnier, Ellen Allien, Boys Noize, Erol Alkan, Robag Wruhme, Maetrik, Antony Collins…17/19€, La Tossée, Tourcoing, de 22h à 6h. >> Navettes gratuites entre La Tossée et la gare de Lille, toute la nuit. 22.09 : Monsieur Nopac, APM001, Seuil…7/9€, Kursaal, Dunkerque, de 22h à 6h. >> Mais aussi, à Lille, des mixes gratuits tous les après-midi à la gare Saint-Sauveur (Aziz, Boulaone, Farai…), des cours de deejaying pour les enfants et une soirée afro-beat au Peekaboo. Exposition « Soyez les bienvenus - Un an après », du 23.09 au 31.10, à la Gare Saint-Sauveur, Lille, (France). Et une expo spéciale au Bar Parallèle… Masterclasses  Formations de 1 à 2 jours aux logiciels Ableton Live, Reason, Transversal, Logic Studio ou encore Modul8, sur inscription, Forum des Sciences, Villeneuve d’Ascq. Renseignements : www.lenamefestival.com


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musique |

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texte ¬ Cédric Delvallez photo ¬ Roots Manuva © DR

Le fin du fin... pour la fin Du 17 au 19 septembre, le paisible village de Leffinge accueille Lee « Scratch » Perry, Mix Master Mike, Roots Manuva, Paul Weller... autant de légendes qui se sont tenues bien loin du grand raout estival. Alors, qui a dit que la saison des festivals était terminée ? Leffingeleuren est aujourd'hui une institution. « Et oui ! 34 ans après sa création, la formule fonctionne toujours aussi bien  !  » s'amuse fièrement Lode Pauwels, le directeur de Vzw De Zwerver. Comment pourrait-il en être autrement ? Le rendez-vous adoucit la rentrée et ses obligations avec un line-up de qualité, composé d'artistes que l'on a pas beaucoup vu cet été : Roots Manuva peaufinait jusqu'à présent son nouvel album (Duppy Writer/sortie le 6.09) et travaillait au lancement d'un label ; la figure de proue de la culture mod, Paul Weller, ne quitte pratiquement plus sa chère Angleterre et le précurseur de la dub-music, Lee Perry, vit actuellement reclus dans les alpages helvétiques. Tout comme le célébrissime dj des Beastie Boys, Mix Master Mike, ces formations donnent une profondeur de champ à une manifestation orientée vers les musiques actuelles (Ebony Bones, Deer Tick, Hindi Zahra...), et notamment la nouvelle scène flamande. Aux côtés des excellents Drums Are For Parades, on retrouve ainsi les mélodies aériennes d'Absynthe Minded. Sans compter les Black Box Revelation, coqueluches de la scène garage rock ! Parfaite conclusion pour un festival qui maintient la barre très haut. /

Leffingeleuren festival Prog : Paul Weller, The Van Jets, Babylon Circus, Wolf Parade, Balthazar... (17.09) / Mix Master Mike, Lee Perry, Absynthe Minded, Roots Manuva, Le Peuple de l'Herbe, Hindi Zahra, Ebony Bones, Drums Are For Parades... (18.09) / Admiral Freebee, The Black Box Revelation... (19.09) du 17 au 19.09, Leffinge, 39/33e, pass 3j. : 83,73e, www.leffingeleurenfestival.be


musique |

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texte ¬ Justine Leuregans photo ¬ Jelle Wagenaar

Vague de froid Un son ténébreux, froid et mécanique souvent comparé à Joy Division. Du rock indie fricotant gentiment avec la Cold Wave et le Post-Punk. Interpol n’a pas toujours été épargné par la critique. Mais le groupe riposte. Après trois ans d’entraînement intensif, le revoici en tournée, avec un nouvel opus sous le bras. Inspection des troupes. C’est sous l’aile bienveillante du fameux label Matador qu’Interpol sort son premier album Turn On The Bright Lights en 2002. Un joli flashback to the 80’s adressé à un public pas si averti. Paul Banks et ses musiciens avaient discrètement imposé leurs mélodies sombres, largement avant le fameux revival de feu Joy Division porté par Control, le biopic d’Anton Corbijn. Le groupe revendique clairement son allégeance à The Cure, mais sans le plagier. Il évolue brillamment dans un répertoire qu’il vénère. Pourquoi pas, après tout ? Rien n’empêche ces New-Yorkais de revisiter et dépasser un son a priori daté et de le sortir de sa torpeur. Après un décevant Our Love To Admire (2007), on attend avec impatience de les voir défendre leur nouvel album baptisé… Interpol. Car sur scène, la formation homonyme reste une machine bien huilée, emmenée par des guitares complexes et une magistrale voix d’outre-tombe. L’ensemble est parfaitement peigné et huilé. Comme la mèche de son charismatique chanteur, en quelque sorte. / ❥

Interpol 22 et 23.09, Bruxelles, Stade du Roi Baudouin, (1ere partie de U2), de 30 à 150€, 0 900 260 60 21.09, 20h30, Lille, Aéronef, 29,70€, www.aeronef-spectacles.com


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texte ¬ Cédric Delvallez photo ¬ Nestor! © DR

Le grand Soir «  Jeunes talents  »… une expression que l’on emploie à toutes les sauces, au point qu’elle n’a plus vraiment de sens. Aussi le journal le Soir et le groupe de rock Ghinzu proposent-ils d’en donner une définition le 23.09 au Botanique, lors d’une soirée spécialement consacrée aux étoiles montantes de la scène pop/rock belge. Pour cette 6e édition des Nuits du Soir, les membres de Ghinzu ont d’abord sélectionné Auryn. Découverte via myspace par Troy Von Balthazar, la chanteuse et pianiste vient de sortir son premier album (Winter Hopes). Auteure, compositrice et interprète, elle a d’ailleurs fait ses premiers pas sur scène au Botanique, envoûtant immédiatement l’assemblée avec ses ballades mélancoliques. Lui succèdera Drums Are For Parades. Power-trio formé à Gand en 2007, cette formation de noise-rock/hard-rock travaille sur son premier opus (Master, sortie le 20.09), mais compte déjà un excellent EP à son actif (Artificial Sacrificial Darkness In The Temple Of The Damned). Tout comme Nestor!, que l’on attend au tournant depuis qu’il a sorti This Is A Party Favor en 2008… Jusqu’ici, tous ces groupes répondent parfaitement au cahier des charges. Ghinzu a bien repéré des « jeunes talents ». Mais, il semble ensuite que la machine déraille. Pourquoi avoir retenu Polyphonic Size ? Et imposer un retour dans les années 80, la New-Wave et toute la clique. Bref, aux antipodes de l'expérimentale déjantée de Music for Rabbits ou du disco « rockifié » de Nestor!. Un choix étrange, qui prouve que l’expression reste un tantinet galvaudée. / ❥

Nuits du Soir Prog : Auryn, Drums Are For Parades, Nestor!, Music For Rabbits, Polyphonic Size le 23.09, 20h, Bruxelles, Botanique, 7€, 02 218 37 32


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texte ¬ Mathieu Dauchy photo ¬ Chinese D

âge Tendre et Tête de Mort Sur combien de murs d’adolescents ont été punaisés les posters des bad boys Axl Rose et Slash ? Le duo représente à lui seul un genre typique des années 80-90 : le hard-rock de stade (ou hard-rock FM). Aujourd’hui on peut le dire : la seule chose un peu hard chez les Guns, c’était leurs pantalons en cuir... Il est facile de regarder le passé avec un oeil moqueur, et il le serait tout autant de comparer la tournée 2010 de (ce qui reste de) Guns N’ Roses à une gloubiboulga night réservée aux nostalgiques des nuques longues. Guns N’ Roses sans le guitariste culte Slash, laissé sur le bord de la route par son pote Axl, c’est un peu comme Hélène sans les Garçons. Mais alors, ce Guns version 2010, à quoi ça rime ? Il faut dire que le dernier album en date, Chinese Democracy, sorti fin 2008, était devenu l’arlésienne de l’industrie du disque : 10 ans de gestation pour un budget digne d’un navet de James Cameron ! Depuis, Axl Rose et ses nouveaux comparses prennent certainement le temps de savourer cet accouchement en étirant au maximum leur tournée mondiale, tout en gardant à l’esprit que la scène est devenue – de loin – plus rentable que le disque. Tout de même, comme sous Reagan, le bandana sur la tête, la bouche pleine de « Hasta la vista, baby », que nous nous rendrons au Zénith de Lille pour danser entre trentenaires et quadras sur You Could Be Mine ou Sweet Child O’Mine. En nous rappelant aussi de Jessica, qu’on avait fougueusement peloté grâce à November Rain... / ❥

Guns N’ Roses 30.09, Anvers, Sportpaleis, 55/45e, 0 900 260 60 le 2.10, 20h, Lille, Zénith, de 49,90€ à 69,70€, +33 320 33 17 34


texte ¬ Thibaut Allemand photo ¬ Emily Jane White © Angel Ceballos

Radar Septembre, sa rentrée, ses feuilles mortes… et son Radar Festival. « Son quoi ? » s’interroge le béotien. Ben tu sais, les trois soirs où t’es calé au Grand Mix à Tourcoing, à t’en prendre plein les oreilles. Sans trop savoir quoi ajouter. Car pour nous aussi, le Radar restait flou. Pas vraiment amateur de mystères, on est allé poser deux-trois questions à Julien Guillaume et Vincent Nocrekul, respectivement programmateur et chargé de com’ de la salle tourquennoise. «  Jusqu’ici, le festival partait un peu dans tous les sens  » se souvient Vincent. Pas faux. Mais c’est ce qui fait la force du Grand Mix : se soucier (un peu) de la viabilité du projet, et (beaucoup) de l’offre artistique. «  Désormais, on offre une véritable unité de temps et de lieux, ajoute Julien » Diantre ! On se croirait au théâtre  ! N’empêche, l’endroit est une condition importante de l’affiche proposée. Difficile de rivaliser avec les grands festivals anglais ou allemands quand on a une jauge de 600 places... Délaissant le gigantisme, le Radar se fait petit et investit des lieux chaleureux pour des afterworks où se produiront Emily Jane White et Musée

Mécanique. Autre nouveauté  : un match de football. L’inclassable Red mettra en musique la légendaire rencontre France-RFA, de 1982. «  C’est un match mythique, s'enthousiasme Julien, il y avait une vraie tension dramatique.  » On en revient au sixième art… Trois soirs, trois endroits mais aucun concert simultané, donc la possibilité de tout voir. Pour mieux saisir la richesse du Radar, qui représente, selon Julien, « la vitrine du Grand Mix. On concentre sur ce long weekend ce qui fait notre identité : rock indé, indie pop, folk… pop moderne, quoi. » Avec une vitrine pareille, on n’attend pas les soldes. /


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Radar Festival à Tourcoing (France) : Le 9.09, 18h30, Hospice d’Havré : Musée Mécanique //19h30, Grand Mix : Caribou / Black Mountain / Here We Go Magic / Deer Tick / Symphonie Electro-Ménagère // le 10.09, 18h30, Le Fresnoy : Séville ’82 (Ciné-concert) // 19h30, Grand Mix : Archie Bronson Outfit / Part Chimp / Nurses / Damien Jurado / Symphonie Electro-Ménagère // le 11.09, 18h30, Hospice d’Havré : Emily Jane White // 19h30, Grand Mix : PVT (Pivot) / Anna Calvi / Timber Timbre / Symphonie Electro-Ménagère. Hospice d’Havré, Fresnoy : 6€ - Grand Mix : Jeu 17/20€, Ven et sam 12/15€, pass 3 soirs 36/42€, +33 320 70 10 00, www.legrandmix.com


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texte ¬ Thibaut Allemand photo ¬ DR

FLCTTNS (Félicitations) ! Deux ans déjà ? À l’époque, le tandem de Brooklyn était omniprésent, certains avaient éradiqué jusqu’à la dernière voyelle de leur vocabulaire. Quant à nous, on se perdait en conjectures sur la prononciation de ce nom : Management, MGMT, voire Emdjièmti. En toute franchise, on se fichait de ces Yakaris hippies et peinturlurés. Oui, bon, d’accord, de leur premier essai vadrouilleur émanait une mollesse essentielle (Weekend Wars, The Youth…). Et puis Kids était assez malin, dans son genre. Mais Electric Feel, tout en voix de fausset sur basse fonky, relevait tout de même de la bande-son officielle du purgatoire. Bref, on était joyeusement passé à côté d’Oracular Spectacular (2008). Et ce n’était pas leurs prestations scéniques outrepassant les limites du scandaleux qui allaient nous convaincre. Alors forcément, lorsque parut Congratulations (2010) et sa pochette inspirée de Sonic le Hérisson, on a loupé un battement. On l’a écouté, sans a priori ou presque. Coup de foudre. Une production démente signée Sonic Boom (tête « pensante » de Spacemen 3), pas manchot pour faire sonner guitares, clavecins et congas. Hymnes à l’hélium et déclarations d’amour à Brian Eno ou Dan Treacy (Television Personalities). Pas un single, mais douze minutes de Flash Delirium – poudre aux yeux post-psyché, s’il n’y avait un véritable sens du songwriting et de la mélodie. Depuis, on a viré notre cuti : la pochette est magnifique (plus beau, t’es à Naples) et MGMT sont les plus grands performers que le monde ait connu. C’est vrai : les derniers convertis sont toujours les plus dangereux. / ❥

MGMT 3.10, Ancienne Belgique, Bruxelles,

complet !


chroniques NEU! Neu!’86 | Grönland Ce disque, on n’aurait jamais dû l’entendre. Totems incontournables pour les scènes (post) punk, ambient ou electro, tous les albums de Neu! sont réédités. Tous  ? Oui. Si les trois premiers avaient été dépoussiérés, il y a neuf ans, le petit dernier, un peu bâtard, était renié. Débutée en 1971, achevée en 75, l’épopée de Neu! tanguait sur le roulis de nappes synthétiques, de riffs de boucher teuton sous speed, de synthés plus romantiques que l’œuvre complète de Goethe, le tout posé sur la fameuse rythmique motorik, qui suçait la roue de Moe Tucker. En 1986, Klaus Dinger et Michael Rother tentaient un retour. Bidouillaient deci delà, ne parvenant à se mettre d’accord sur une direction commune. Le résultat, Neu!’86 parut enfin en 1995, sous la forme d’un bootleg. Seul survivant, Rother en a modifié ici la tracklist, transformant, par exemple, la longue plage d’ouverture Nazionale en une courte Intro. Restent quelques classiques immédiats (l’ambient Elanoizan, le loureedien Crazy, l’échappée Wave Mother…) et des concessions à l’époque aux allures de plaisanteries potaches (une reprise de La Bamba). En fait, cette redécouverte évoque souvent l’impression laissée par Clear (1983), de Cybotron – quelques passages douteux, mais un ensemble génial. Sauf que, si Cybotron débutait, Neu! avait déjà derrière lui trois coups de maître. Nur für Fans, quoi. Thibaut Allemand

MATTHEW DEAR Black City | Ghostly International Deuxième long format de Matthew Dear, Black City se révèle finalement moins sombre qu’annoncé. Ici pas de « tube » aussi évident que Don & Sherri (bien que Slowdance ou You put a smell on me puissent prétendre à ce titre), mais un florilège de morceaux ambitieux où l’Américain délaisse son côté techno (et son projet Audion) pour une pop moderne, bizarroïde et volontiers druggy. Plus qu’aux sonorités de Detroit et Chicago, c’est au groove bancal de l’école new yorkaise (Juan Mclean en tête) que l’on pense à l’écoute de Soil to Seed ou Monkey. Quelques moments d’introspection et un ovni discoïde plus tard (Little People), on se dit que Matthew Dear est décidément bien à l’aise dans son costume de gourou du dancefloor un brin décadent. Clément Perrin


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ZOLA JESUS

Adam Kesher

Stridulum II | Souterrain Transmission / PIAS

Challenging Nature Disque Primeur Pour illustrer le single Hundred years later, le groupe Adam Kesher s’est offert un clip très poétique où des jeunes traversent de longues étendues sablonneuses en transportant une vitre (vont-ils la briser  ? Non, car elle est probablement en plastique). On se demande bien pourquoi ce premier album, Challenging Nature, ne ressemble en rien à une traversée du désert. Certes, la synth-pop des cinq Bordelais libère parfois des volutes lyriques qui évoquent l’exaltation du voyage initiatique. Et leur nom fait référence à un personnage de Mulholand Drive du sinueux David Lynch. Mais en dehors de ça, leur musique est plutôt carrée et efficace, et invite nettement plus à la piste de danse qu’au road-movie. À vrai dire, tant mieux. Olivia Volpi

Repérée il y a quelques mois, cette jeune étudiante en philo du Wisconsin et ses chansons post-indus intriguaient. Mêlant chant lyrique abrasif et sonorités gentiment harsh noise, elle enchaînait les Ep’s tendus et signait un premier album aventurier, bruitiste et lo-fi. Pour ce deuxième Lp (mais réédition allongée d’un maxi printanier), Zola Jesus a nettoyé ce son, ne laissant que sa voix, des chorales ruinées et une rythmique ultralourde. Jouant avec l’écho et le silence, Nika Roza Danilova construit un monde étrange, en noir et gris, guère éloigné des abysses entrevues chez Fever Ray. Mais loin d’être une copie blafarde de la Suédoise, elle ressuscite les vocalises hantées de Siouxsie et le groove rentré de SPK. Indispensable. Thibaut Allemand

Seu Jorge and Almaz Stones Throw / Discograph Le plus touche-à-tout des cariocas a retrouvé le chemin des studios. Chico Buarque ? Non. Seu Jorge ! L’un des représentants du nouveau son made in Brazil. Il joue de sa voix rauque et soul aussi bien sur du rock que de la samba. Cette fois accompagné du groupe Almaz, il rend hommage à des musiques qui l’ont inspiré. Il revisite les standards brésiliens, européens et américains dans une atmosphère psychédéliquement jazz et soulement samba. Sur la piste 2 on trouve notamment une surprenante version du Das Model de Kraftwerk. La reprise de cet hymne eletro lorgne tellement vers le western qu’on l’imagine sans mal dans un prochain Tarantino. Plus loin, un Rock with you du King of Pop Michael semble avoir ingurgité du LSD tant il progresse au ralenti. Brillant et hallucinogène ! Audrey Chauveau


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Yves Saint Laurent

Pierre Bergé, l’amour fou La dernière marche du podium Interview propos recueillis par ¬ Alex Masson - photo ¬ Mars Distribution

Que reste-t-il d’Yves Saint Laurent ? À la vue de L’amour fou, on serait tenté de répondre : Pierre Bergé, son compagnon pendant cinquante ans. Ce superbe documentaire explore un deuil amoureux à la fois ordinaire et définitivement pas comme les autres. Rencontre avec son réalisateur, Pierre Thoretton. Comment est née l'idée du film ? Au départ, je voulais produire un film sur les maisons de mode et leurs collections. On s’est retrouvé avec une montagne de rushes à partir desquels on pouvait, à mon goût, constituer une série thématique mais difficilement un film. Je me suis alors lancé dans des entretiens avec des gens liés aux collections. Tous ont évoqué à un moment ou à un autre, la relation entre Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. À partir de là, tout est devenu évident. Comme si j’avais toujours eu le film sous le nez sans m’en apercevoir. >


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« Je crois qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé ont mis l’intégralité de leur vie en scène. »

Ne risque-t-on pas de prendre ce film comme un documentaire sur la mode, alors que son sujet est l’amour entre deux hommes ? C’est sous cet angle que j’ai approché Pierre Bergé, en lui disant : « je veux faire un film sur votre relation avec Yves Saint Laurent ». Le moteur du film relève du lieu commun tout en étant paradoxal  : le fait que je n’aie jamais connu de couple qui soit resté cinquante ans ensemble. Ici, en l’occurence, c’est un couple, avec ses hauts et ses bas, qui n’a été séparé que par la mort. L’amour fou flirte parfois avec la biographie d’Yves Saint Laurent via de nombreuses images d’archives. En quoi étaient-elles nécessaires ? J’ai tout de suite pris le parti de traiter ces images d’archives comme des acteurs de complément et non comme

des illustrations de propos. Je me les suis réappropriées comme des éléments de fiction, qui permettaient de montrer la progression de la relation entre lui et Bergé. Et non pour parler de son parcours dans la mode. Il y a un effet miroir dans la dernière partie du film. Votre mise en scène croise celle de Pierre Bergé lors d'une vente aux enchères… Je crois qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé ont mis l’intégralité de


leur vie en scène. Et à un haut niveau. Monter un défilé, parler aux médias, s’engager politiquement implique forcément d’en passer par là, qu’on le veuille ou non d’ailleurs. Jusque dans cette vente : ces œuvres d’art n’ont eu d’existence à mes yeux que parce qu’ils les avaient choisies ensemble. Un peu comme si elles composaient un avion,

mais dont l’indispensable moteur serait ces deux hommes. L’un était un génie créateur, l’autre a su mettre en place un système économique lui permettant de travailler. Cette collection était d’autant plus belle, qu’ils s’y sont consacrés comme ils se consacraient à leur amour  ; ce n’était pas pour s’acheter un alibi culturel. /

Yves Saint Laurent - Pierre Bergé, l’amour fou De Pierre Thoretton. Sortie le 22.09


Black Diamond Refaire le match texte ¬ Alex Masson - photo ¬ Shellac

Du Mondial à la mondialisation, il n’y a qu’un pas, que franchit Black Diamond. Un saisissant documentaire sur les coulisses du foot-business et ses coups, pas francs du tout. Le foot n’est plus une histoire de sport depuis longtemps, mais une histoire de chiffres. Que ce soit le nombre de buts marqués dans les matches ou le montant, toujours plus faramineux, du coût des contrats des joueurs. Maintenant que le Mondial 2010 est terminé,

tout peut rentrer dans l’ordre - les Bleus renégocient avec leurs sponsors et l’Afrique du Sud retourne à sa lutte des classes. Black diamond permet toutefois de ne pas clore la parenthèse du début d’été comme ça. Le film de Pascale Lamche refait le match en dé-


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cortiquant les règles du foot-business. Notamment celles qui concernent l’Afrique. Les filets des buts en cachent d’autres, ceux d’une nasse où sont pris des dizaines de mômes. On l’aura compris dès le titre, Lamche les envisage comme une matière précieuse, faisant l’objet d’un véritable trafic d’influences. Black diamond mérite mieux que la petite lucarne de Téléfoot  : le terrain du film est beaucoup plus

Black Diamond De Pascale Lamche. Sortie le 22.09

grand, ses multiples anecdotes à base de matches truqués, manipulations ou corruptions ne se résument pas à dénoncer l’exploitation des rêves de gamins. C’est le portrait des inquiétantes mœurs à l’ère de la mondialisation qui se joue ici. Avec, pour seul coach, l’argent et ses motivations douteuses. Black diamond peut se passer d’une mise en scène soignée, les faits qu’il expose remplissent l’écran. /


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texte ¬ Grégory Escouflaire photo ¬ Christophe Mac Pherson

Benda Bilili ! « Au-delà des apparences » : tel est le sens, en lingala, de « Staff Benda Bilili », ce groupe congolais qui enflamme aujourd’hui les scènes du monde entier. Un fabuleux message d’espoir, quand on sait la misère physique, sociale et politique qu’ont connue ces huit musiciens dans les rues de Kinshasa. Benda Bilili !, le film, retrace leur parcours, de la « jungle » au succès populaire et critique. Immersion dans Kinshasa, «  Kin la poubelle  » et ses milliers d’exclus. « C’est la loi du plus fort ici, sinon t’es juste foutu », marmonne un gamin esseulé, un « shégué » comme on dit, qui trouve pour seul réconfort la compagnie de ces handicapés regroupés en petits gangs solidaires, au zoo et dans le centre-ville. Il y a «  Papa  » Ricky le leader du groupe, Coco, Junana, et le petit Roger, recueilli par le Staff à 13 ans. Il joue d’un étrange instrument : le « satongé », une guitare de fortune, constituée d’une boîte de conserve, d’un arc de bois, et d'un fil de fer en

guise de corde… Dans cet environnement meurtri, leurs seules armes, dixit Ricky, sont donc « le talent et l’optimisme » : peu importe que la polio les ait freinés, un jour, dans leur élan vital, les voilà prêts à « frapper fort ». Ils veulent devenir «  la nouvelle coqueluche  » du pays voire « du monde », en suivant les traces de leurs illustres prédécesseurs, Papa Wemba, Werrason et, plus récemment, Konono n°1. Buena Vista, Bilili ! « Un jour, c’est sûr, on réussira », confie ainsi Ricky au début du documentaire,


vissé sur son tricycle, la guitare en bandoulière. Cinq ans plus tard (on est en 2004), la prophétie se réalise et le Staff déboule chez nous pour une tournée triomphale, devant des blancs éberlués. Durant toute cette période, Renaud Barret et Florent de la Tullaye ont suivi Ricky, Roger et toute la bande, du rond-point Sonas, leur QG délabré, aux hôtels cinq

étoiles de Copenhague et des festivals d’été. «  Depuis qu’on a créé le monde, on n’a pas encore vu ça ! », plaisante le Staff en parlant de sa musique, un mix tonifiant de rumba, de blues et de funk. Comme leur premier album, plein de joie et d’espoir, ce film, remarqué en ouverture de la quinzaine des réalisateurs de Cannes frappe... Très très fort ! /

Benda Bilili! Documentaire réalisé par Renaud Barret, Florent de La Tullaye, avec Cubain Kabeya, Paulin Kiara-Maigi, Roger Landu, sortie le 22.09


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texte ¬ Alex Masson photo ¬ Le Pacte, Jeannick Gravelines

Les nouvelles

liaisons dangereuses Petite tendance dans la presse magazine ces dernières semaines : la prolifération de textes sur les polyamours. Un néologisme qui résume le foutoir que sont devenus les rapports amoureux dans les années 2000, repoussant l’idée d’exclusivité. Happy Few s’empare du sujet avec plus de finesse que ces articles superficiels. Zoom avant. Un couple qui tombe amoureux d’un autre. Rien d’égrillard ou de trivial, Happy Few sort des sentiers battus, en mettant énormément de cœur dans les corps à corps. Ce second long-métrage d’Antony Cordier étonne en revisitant un sujet typique du cinéma d’auteur français, avec moins de gesticulations, dans une ambiance pacifiée, à peine traversée par des orages. Loin de tout bla-bla sociologique faux-cul, façon télé-réalité de M6, Happy Few dresse l’état des lieux d’une génération de jeunes adultes, grâce à quelques spécimens en quête d’un amour pur, brut et franc. Ravivant, ici ou là, quelques blessures intimes. Cette chronique de la mélancolie moderne rappelle le meilleur cinéma de Sautet. Celui des années 70, focalisé sur des portraits de groupe en plein désarroi. Ou quand les aspirations hédonistes sont rattrapées par la réalité, par les « choses de la vie contemporaines ». / ❥

Happy Few D’Antony Cordier, avec Marina Foïs, Jalil Lespert, Roschdy Zem et Élodie Bouchez. Sortie le 22.09


Achim Lippoth

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Enfantillages Photographie // Cologne, Allemagne // www.lippoth.com

Né à Ilshofen en 1968, Achim Lippoth - l’auteur de notre couverture du mois découvre la photographie pendant ses études à l’université de Cologne. 1992 sonne le début de sa carrière en freelance. 1995, la création de son propre magazine, Kid’s Wear, qui devient rapidement une référence incontournable dans le milieu de la mode enfantine. En 1998, Achim fait ses débuts en tant que réalisateur pour la société de production Markenfilm. Fort de nombreux prix pour ses travaux publicitaires et personnels, il collabore aujourd’hui avec les marques et journaux internationaux les plus prestigieux (The New York Times, Life, Wallpaper, Vogue, Stern...). Chez Achim Lippoth, les enfants ont toujours le dernier mot... et le premier


texte ¬  Carole Lafontan

plan ! Ne laissant rien au hasard dans ses compositions, le photographe cherche à « capturer ces instants où se dévoilent tous les traits de leur personnalité ». À travers des mises en scène ingénieuses, il pointe la complexité du passage de l’enfance à l’âge adulte. Toujours avec un sens de l’humour ineffable. Dans cette série Wrong Right Wrong, les rôles et responsabilités sont ainsi inversés : dans ces situations empruntées à la vie quotidienne, le fils d’une dizaine d’années semble tenir à boutde-bras son dépressif de père. Derrière l’absurdité des scènes ou leur grande beauté plastique affleure comme toujours chez Lippoth, cette sensible question : comment grandir et trouver sa place d’adulte sans perdre ses rêves d’enfant ? /


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texte ¬ Judith Oliver

Design September On n'imaginerait pas ça à Paris : aller prendre le thé chez un designer internationalement reconnu. Et, dans le cadre intime de son atelier, l'interroger sur les dessous de ses créations ! À Bruxelles, c'est devenu possible grâce au mois du design (Design September, pour les intimes). Comme Jean François D'Or, Charles Kaisin ou Xavier Lust, une vingtaine de créateurs ouvrent leurs portes pour inoculer au plus grand nombre le virus du design. Un dispositif qui s'insère dans un riche programme d'expositions et de rencontres. Suivez le guide.


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«  À Bruxelles, on n'a pas de musée ni de collection qui couvre le design d'après-guerre. C'est quand même un comble quand on sait que la capitale possède dans ce domaine des écoles très réputées et attire de plus en plus de designers ! » s'insurge Marie Pok. On ne peut qu'encourager cette indignation : c'est à elle que l'on doit Design September, une initiative des Éditions Best Of Publishing. Sous leur égide, associations, musées et galeries se sont associés pour créer, il y a 4 ans, un événement à l'échelle de la ville. Une

1. © Danny Venlet/Lylo Viteo 2. S-table black © Xavier Lust 3. Kiki van Eijk, “Q-Chair”, Quilt series, 2007 © Frank Tielemans 4. Borders © Damien Gernay 5. Sketches, Swing © Alain Berteau/Aluci

salve de rencontres, d'expositions et de soirées à vous clouer sur votre chaise.

Plan de table « L'idée est d'offrir une vitrine au dynamisme de la ville, mais aussi un tremplin à de jeunes créateurs, poursuit Marie. Pour être crédibles, il nous faut bien sûr invoquer des grands noms, mais l'essentiel de notre programmation promeut la jeunesse et la fraîcheur ». Cette année, l'Italien Michele de Lucchi (The Gallery/Flagey) et le Finlandais Harri Koskinen (Diito/Flagey) >

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© Michele De Lucchi

endossent le rôle de mentors, mais d'autres créateurs, notamment belges, peuvent se targuer d'un succès international. Alain Berteau, Jules Wabbes (Galeries Royales St Hubert), les créateurs présentés à la Centrale Electrique (Fighting the Box : 20 Belgian Designers) ou à l'Atomium (Intersections. Belgian Design) sont à ranger parmi ceux-là. À l'autre extrémité de l'échelle, les tout jeunes lauréats du prix Dynamo (La Loge) et Design Platform Limburg (Desing Vlaanderen Gallery). Ou encore le très prometteur tandem Joon&Jung (cf p. suiv.), qui sort à peine de l'Académie de Design d'Eindhoven. « Ces artistes en tout début de carrière nous ont séduits, poursuit Marie. À travers eux, on essaye de donner une visibilité à des productions parallèles et alternatives. »

Offre à tiroirs

Twist, Benoît Deneufbourg © Philippe Lermusiaux

Black Gold 5 armed Candleholder © Ineke Hans

Alternatives. C'est justement l'intérêt de Design September : proposer, à côté des expositions, des musées et galeries, une succession de rendez-vous plus inattendus. Comme les Designers Open Doors, ces portes-ouvertes d'ateliers qui s’étendent cette année aux graphistes et architectes (les 25 et 26 septembre). Ou encore le marché aux puces qui attire toujours plus de passionnés sous les hangars de Tour et Taxis. Plus insolite encore, une soirée Pecha Kucha à Recyclart; une surenchère délurée d'images et de discours absurdes, imaginé sur le mode du speed dating (20 créateurs, 20 images chacun, 20 secondes par images pour convaincre). Si avec ça, vos enfants ne veulent pas devenir designers, il vous reste qu’à toucher du bois.


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Rencontre

Joon&Jung Origamis raffinés, parapluies ou fauteuils en forme de nuages, rideaux délicatement brodés... les objets qu'imaginent Joon&Jung sont d'une rare poésie. Attachés au concept plus qu'à la fonction, ce couple de designers coréens formés à la Design Academy d'Eindhoven présente ses toutes dernières créations dans deux lieux de la capitale. Les galeries Jonas et Isabelle Azaïs. Rencontre avec l'une des révélations du festival.

Quelle est votre conception du design ? Nous avons besoin de raconter une histoire à travers nos créations. Pour nous, le design est un médium. Il permet une communication directe et intime avec les gens. La production industrielle vous attire-t-elle ? Oui et non. La production de masse contribue à baisser les coûts et rendre les objets plus accessibles. En cela, elle contribue à l'égalitarisme, même si elle pose de vrais problèmes (environnementaux, standardisation....). D'un autre côté, nous sommes sensibles au travail des artistes et artisans, qui élaborent de beaux objets et osent des assemblages de matériaux audacieux. La céramique, le bois, le métal, le papier ou le tissu, nos matériaux de prédilection, relèvent d'ailleurs de cette sphère là. Nous essayons de tenir une >

« I’m too sad to separate » © Joon&Jung

Paper Alarm Clock © Joon&Jung


position intermédiaire : entre la liberté des éditions limitées et les avantages de la production industrielle. Nous avons ainsi l'intention de construire notre propre machine de prototypage et cherchons des fournisseurs adaptés aux petites quantités. Comment travaillez-vous tous les deux ? Nous travaillons souvent ensemble du début à la fin d’un projet. Mais nous avons des qualités et des savoir-faire distincts. Joons est logique et pratique, mais bardé d’idées utopiques et farfelues. Pour l’essentiel, les aspects techniques reposent sur ses connaissances. Je suis davantage dans l'émotion et la sensibilité. Et suis très attentive au sens et à l'expression tactile.

Quelles sont vos sources d'inspiration? Les gens, la nature et les petites expériences du quotidien. Il nous arrive bien sûr de nous inspirer de grandes œuvres d'artistes, de designers ou architectes tels que Do-Ho Suh, Bruno Munari, Michel Gondry, ou Erwin Wurm. Leur travail est porteur de belles histoires et nous les admirons. /

Rocking on the Beach © Joon&Jung

Cloud Stool, Form from Everyday © Joon&Jung


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“Deneb”, Specimen Editions © Guillaume Delvigne

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Expositions

✖ Fighting the Box : 20 Belgian Designers. 20 Stories behind the products Marina Bautier, Alain Berteau, BIG-GAME, Jean-François D'Or Charles Kaisin, Xavier Lust, Sylvain Willenz, Alain Gilles… Centrale Electrique, jusqu’au 3.10, mer>dim, 02 279 64 45 ✖ Intersection. Belgian Design Nicolas Destino, Jean-François D'Or et Linde Herman Atomium, du 6.09 au 14.11, tlj, 02 475 47 74 ✖ Perspective sur le design populaire des années 1980 Mouche Shop, du 9.09 au 1.10, mer>sam, 0 486 50 76 84

✖ Humanism & Form – Joon & Jung I’am too sad to separate, du 9 au 30.09, Galerie Isabelle Azaïs, mar, jeu>sam, 0 488 23 86 73 Hands-on Chair, du 9 au 30.09, Jonas Gallery, mar>sam, 02 503 50 55 ✖ Dynamo Belgian Young Design Arwards Musée d’architecture la Loge, du 14.09 au 10.10, 0 477 37 95 80 ✖ Michele de Lucchi The Gallery, du 17.09 au 3.10, mar>dim, 02 217 63 58 ✖ Finland Attitude Harri Koskinen, Alvar Aalto, Tapio Wirkkala, Aino Aalto, Kaj Franck… Diito, du 18.09 au 3.10, mar>sam, 02 646 16 10

Autre

✖ Brussels Design Market Le 12.09 à partir de 7h. Ancienne gare maritime de Tour et Taxi 0 477 64 28 85 ✖ Pecha Kucha le 21.09, 20h, Recyclart, 02 349 35 95 ✖ Designers Open Doors, les 25 et 26.09. Liste complète des participants sur www.designseptember.be

Conferences ✖ du 10 au 22.09, Flagey, Recyclart et Bozar, www.designseptember.be

Kaleido, carafe vert chine, Charles Kaisin © Val Saint Lambert

Infos pratiques


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texte ¬ Judith Oliver photo ¬ DR

Miro, mon beau miroir… Faites vite ! Il ne vous reste plus qu’un mois pour profiter de l’exposition « Miro, au-delà de la peinture ». En une soixantaine de lithographies originales, cet hommage brugeois au maître catalan balaye les deux dernières décennies de sa vie (1960-80). Autant qu’il témoigne de son goût pour les multiples. Une fois n’est pas coutume, la Venise du Nord grouille de touristes. Et la déambulation vers l’ancien hôpital Saint Jean s’apparente à un chemin de croix. Qu’importe ! L’effort est mérité. Car une fois franchies la porte cochère, la cour pavée et les quelques marches, cohue et calèches se font oublier. L’on pénètre dans une alcôve intimiste, un long couloir aux murs chocolat, où s’égrainent photos et petits formats. Sur cette teinte sobre, les œuvres de Miro paraissent encore plus explosives. Points rouges, aplats verts, bleus, jaunes, tâches et épais traits noirs s’offrent au regard dans ce qu’ils ont de plus dynamiques. Il faut dire que tout est fait pour que l’on se plonge sans retenue dans chacune des lithographies. L’étroitesse des pièces force une grande proximité avec les œuvres. Tandis que la Gymnopédie de Satie (clin d’œil à l’une des plus belles lithos présentées, Erik Satie poèmes et chansons 1) se charge de ralentir notre rythme cardiaque. Signes, symboles et formes abstraites se font plus que jamais réceptacle de nos projections. Habile, le parcours ménage une progression chronologique (couloir) émaillée de parenthèses thématiques (salles). Il démontre la recherche constante de Miro de « [se] rapprocher, par la peinture, des masses humaines ». / ❥

Miro : au-delà de la peinture jusqu’au 3.10, Bruges, Kulturcentrum Oud St.-Jan, mar>dim, 10h>17h, 8/6€, 050 47 61 00


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texte ¬ Florent Delval photo ¬ Comme des Garçons, Spring Summer 2006 © Lesley Robeson

Le chapelier fou Rétrospective imposante, au musée de la Mode d’Anvers, d’un chapelier de prestige qui accompagne depuis plus de trente ans les grands noms de la mode et de la musique, Stephen Jones. Prise de mesure. Au royaume d'Elisabeth, on ne saurait trouver nom plus commun que Stephen Jones. Et comme l'excentricité y est aussi une vertu très partagée, on ne s'étonnera pas que sir Jones mène en toute discrétion une brillante carrière dans le milieu de la haute couture. S’il reste méconnu du grand public, c’est que sa spécialité est la chapellerie. Mais, chez les professionnels, il est devenu un acteur incontournable depuis que Gaultier a fait appel à lui en 82. Ses créations ont ensuite coiffé les podiums de Westwood, Balenciaga, Galliano, Dior ou Van Beirendonck… Complétez la liste à votre guise, peu de couturiers actuels se passent de lui. Son histoire commence dans le Londres du début des années 80, sous le règne des new romantics, des dandys de pacotille. Le mauvais goût flirte alors avec le raffinement et l’underground se fond dans le mainstream. C’est l’époque du club Blitz, où, sur fond de new wave, Stephen Jones rencontre Boy George. Trente ans plus tard, le style ironique du chapelier fou porte encore cette exubérance et ce classicisme. Pour célébrer ce 30e anniversaire, le Momu présente une grande rétrospective (120 pièces) dont l’enjeu consiste à trouver le fil conducteur de cette production contrastée. Pour se joindre aux festivités, deux piliers de la mode anversoise, Geert Bruloot et Eddy Michiels, ont prêté une partie de leur collection. / ❥

Stephen Jones et l'accent de la mode du 8.09 au 13.02.11, Anvers, MoMu, mar> dim, 10h>18h, 6/4€, 03 470 27 70


texte ¬ Judith Oliver photo ¬ W. Delvoye, dessin préparatoire pour tatouage © galerie Rodolphe Janssen

Brussels calling Elles sont trente. Et s’associent pour un jeu de piste artistique à l’échelle de la capitale. Les 11 et 12 septembre prochains, les meilleures galeries d’art contemporain de Bruxelles ouvrent leurs portes en même temps. Ce sont les Brussels Art Days, un vernissage simultané qui s’apprécie à pied ou en bus.  « Ce fut l’une des différences les plus frappantes avec Paris, se souvient Elaine Lévy. Ici, ce n’est pas la guerre. Tout le monde se connaît, s’entend bien, se croise dans des réunions. On fait tous des choses assez variées pour ne pas se faire directement concurrence ». La jeune galeriste a découvert la ville, il y a sept ans. « J’ai senti qu’il se passait quelque chose ici ». Cinq ans après y avoir créé son enseigne, elle est confortée dans son choix. Capitale d’un pays de collectionneurs, fréquentée par des acheteurs étrangers, Bruxelles attire de plus en plus d’artistes et de galeries. Et non des moindres. La célèbre galeriste new yorkaise Barbara Gladstone, ou sa consoeur parisienne Almine Rech y ont ainsi récemment posé leurs cimaises. Bonne pioche ! Galvanisés par le succès des « nuits des galeries » new-yorkaises, berlinoises ou anversoise, Elaine Lévy et Frédéric de Simpel ont rapidement fédéré une trentaine d’institutions majeures à Bruxelles (N. Obadia, X. Hufkens, Baronian Fancey, R  . Janssen, C. Bastide, J. Mot…) et une jeune galerie de Vilnius (Tulips&Roses) qui fait déjà parler d’elle. Grâce à un système de navettes, chacun est libre de butiner parmi expositions collectives et solo shows (Sol LeWitt chez A. Rech, Lucien Hervé chez Keitelman, Gianno Motti chez Dependance, Sixeart chez A.L.I.C.E, Simon Willem chez E. Lévy…). Samedi soir, le collectif Komplot se charge de nous surprendre avec une soirée de gala iconoclaste. / ❥

Brussels Art Days – Rentrée des Galeries 11 et 12.09, Bruxelles, divers lieux, 12h>20h, gratuit, www.brusselsartdays.com. La ville est divisée en 3 zones géographiques (Dansaert-Anspach, Sablons-Marolles-Louise, St Gilles-Uccle). Des bus gratuits circulent régulièrement au sein et entre ces zones, au départ des galeries Messen De Clercq, Baronian Fancey et Dépendance.

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texte ¬ François Lecocq photo ¬ La Trocambulante

Un monde parfait… ou presque Pour sa septième édition, la Biennale de la photographie d’Ottignies – Louvain-la-Neuve propose 20 expositions dans 8 lieux sur le thème fédérateur « Un monde parfait ». À côté des grands noms (Erwitt, Depardon...), elle nous fait découvrir de jeunes talents. Gros plan. Jean-Marc Bodson, commissaire de l’édition 2010 et photographe enseignant au « 75 », veut nous rappeler le caractère équivoque des images à travers un programme varié. Sous l’intitulé «  Un monde parfait. Photographie optimiste ou cinglants démentis », il fait cohabiter des travaux de natures très différentes avec, d’un côté, des œuvres d’auteurs reconnus et, de l’autre, des images dites « domestiques », c’est à dire ce qui compose le gros de la production planétaire : les photos de et par la famille. En cela, il génère une intéressante tension entre les clichés rarement optimistes associés au reportage ou aux démarches plus plasticiennes et les poncifs de prétendu bonheur qui se rapportent à la photo souvenir. La programmation imaginée par J.M. Bodson invite aussi à interroger, encore et toujours, la portée profonde des images fixes dans un monde qui en charrie des quantités considérables à une vitesse vertigineuse. À côté des figures comme Parr, Kollar, Streuli et Le Mounier, la Biennale d’Ottignies ménage des rendez-vous avec de jeunes talents, issus des écoles belges et mis en avant depuis 2007 par la revue View et le site soyons.net. Impossible de tout citer, en tout cas ne manquez pas le photo- concert « Root africaine ». / ❥

7e Biennale d'Ottignies du 16.09 au 17.10, Ottignies-Louvain-la-Neuve, divers lieux, jeu> dim, 11h>18h, 6/3€, gratuit -18 ans, 010 45 69 96 – www.biennale7.be « Root africaine », Sclavis-Romano-Texier (jazz) et Le Querrec (photo), 21.09, 20h30, Louvain-la-Neuve, Aula Magna, 14/11/8€


agenda Sarah Van Marke © Tadao Ando

Un rêve utile © Nonsikelelo Veleko, Tebogo, 2006

Sarah Van Marcke

Fighting the Box

Remarquée à la biennale de la photographie de Liège en 2009, sélectionnée pour le prix Voix-Off du festival d'Arles en 2010, la toute jeune Sarah Van Marcke s'empare en septembre des murs de la B-Gallery. Depuis quelques années, cette photographe gantoise de 26 ans se met en scène devant des architectures utopiques vieillissantes. Avec beaucoup d'humour et non sans ironie, elle se contorsionne pour en suivre les formes et lignes force. Entre équilibre et déséquilibre, beauté et étrangeté. ❥ Bruxelles, du 3.09 au 25.09, B-Gallery,

Du design à la Centrale ? Une première ! Loin de se contenter d'un étalage de luxueuses tables et chaises, le service Culture de la ville a préféré mettre en scène le processus de création. Chacun des vingt objets imaginés par des designers belges (Charles Kaisin, Alain Berteau, Big Game et bien d'autres) est ainsi encadré par des croquis préparatoires et des maquettes. L'on suit alors l'évolution d'un meuble, de sa gestation à son adaptation aux contraintes de la fabrication industrielle. ❥ Bruxelles, jusqu'au 3.10, Centrale Électrique, mer>dim, 10h30>18h, 02 279 64 44.

13h>18h, 02 279 64 03

Un rêve utile Principale manifestation de l'Été de la photographie, Un rêve utile dresse un panorama de la création visuelle contemporaine en Afrique. La Centrale Électrique en révélait déjà la richesse avec ses rencontres de Bamako (cf LM n°4). Mais ici, grâce à la sélection du spécialiste Simon Njamion, on peut apprécier, sur cinquante ans, la manière dont sont apparus des codes et une esthétique propres. ❥ Bruxelles, jusqu'au 26.09, Bozar, mar>dim, 10h>18h (sf jeu, 21h), 02 507 82 00

Sol LeWitt – Wall Drawing C'est un petit événement. La respectable Gladstone Gallery consacre les 4 étages de sa maison de maître à un « wall drawing » de l'artiste Sol LeWitt. Cet artiste conceptuel et minimaliste américain a en effet multiplié les fresques monumentales : des frises géométriques a priori simples, mais terriblement complexes dans leurs compositions. Cette nouvelle exposition permet une immersion tridimensionnelle dans le travail du maître. ❥ Bruxelles, du 11.09 au 21.10, Gladstone Gallery, mar>ven, 10h>18h, sam, 12h>18h, entrée libre, 02 513 35 31


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Fighting the box, Twist ST black © Deneufbourg, Philippe Lermusiaux

Pieter Hugo, Chris Nkulo and Patience Umeh from the "Nollywood" series © courtesy M. Stevenson, Cape Town & Yossi Milo

Franquin, Franquin en spirou © jije

México, Untitled (Sitting donkey, Trento), 2004 © Maurizio Cattelan, Coppel's Collection

Mario Benjamin

L'atelier de Franquin

Labyrinthes géants aux parois colorées, les installations lumineuses de Mario Benjamin ne laissent personne indifférent. Le travail de ce chef de file de l'art contemporain haïtien a beaucoup évolué depuis ses débuts, passant de l'hyperréalisme à l'abstraction, de la peinture à la sculpture et la photographie. Mais il fait toujours montre d'une grande force d'interpellation. Salué lors de nombreuses biennales internationales (Venise, Dak'art pour ne citer que les plus récentes), Mario Benjamin crée ici une œuvre in-situ. ❥ Bruxelles, 16.09 au 17.10, Botanique,

C'est l'histoire de Waterloo. Pas celle du champ de bataille, mais celle de la maison familiale de Jijé. S'y tramait un tout autre combat, celui de la bande des 4 – Franquin, Morris, Jijé et Willqui sauvèrent le journal Spirou à coups de plumes, de fous rires et de nuits blanches. Le CBBD rend hommage à cette amitié, en rappelle les principaux jalons, dresse un portrait de ces quatre fortes personnalités et pointe leur influence considérable dans le 9e art. ❥ Bruxelles, jusqu'au 30.01.11, CBBD,

mer>dim, 12h>20h, 02 218 37 32

Pieter Hugo Pris en pied, affublés de tous leurs attributs d'autorité, les juges, acteurs ou dompteurs d'animaux de Pieter Hugo nous dévisagent. Muets. Le cliché parle pour eux : la fierté de la pose, le décor, l'entourage... chaque détail se fait réceptacle de nos projections et fantasmes. Loin des stéréotypes, le photographe Sud Africain cultive pourtant l'ambivalence dans ses portraits. Entre respect et dérision (théâtralisation complice), préoccupations esthétiques et documentaires... ❥ Bruxelles, jusqu'au 27.11, BRASS, mer>dim, 12h>18h, 02 345 37 71

mar>dim, 10h>18h, 02 219 19 80

México : esperado / inesperado. Après leurs escales parisienne (Maison Rouge), espagnole (Tenerife espacio de las Artes) et néerlandaise (Stedelijk Museum), les septante dix oeuvres de la collection Isabel et Agustín Coppel investissent les cimaises du BPS 22. L'occasion rêvée de se frotter à l'art contemporain mexicain à travers les œuvres de photographes (Manuel Álvarez Bravo, Helen Levitt, William Eggleston) ou de peintres (Enrique Guzmán, Graciela Iturbide, Mariana Yampolsky) de renom, encore jamais montrés en Belgique. Caramba ! ❥ Charleroi, du 11.09 au 28.11, BPS 22, mer>dim, 12h>18h, 071 27 29 71


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agenda Inside Installation, Piano © Andreas Slominski, Dirk Pauwels

Collectif sillage, Projet montage photo. 8 bandes © J. Vandamme

Inside Installations

Alechinsky, Bury, Folon

Depuis son accession à la direction du SMAK, Philippe Van Cauteren mène une réflexion sur l'espace muséal et ses missions de conservation. Après avoir percé les murs et abattu des cloisons à la demande des artistes, le voici qui se frotte aux problématiques installations. Comment exposer ces œuvres conçues pour un espace et un contexte donnés ? Richement documenté (photos, notes et ITW des artistes...), le parcours offre une passionnante immersion dans une dizaine de pièces monumentales signées Oppenheim, Manders, Rhoades ou Honoré d'O. ❥ Gand, jusqu'au 3.12, SMAK, mar>dim,

1980. Alors que la Belgique entame sa complexe régionalisation, Alechinsky, Bury et Folon lancent depuis Paris une campagne artistique placée sous le sceau de la dérision. Privés de droit de vote car expatriés, ces trois peintres belges pallient leur impuissance par des tracts et estampes pointant l’absurde complexité des institutions et dénonçant avec ironie les tensions entre « Walmands » et «  Flamons  ». Trente ans plus tard, ces dessins, présentés à la fondation Folon, n'ont rien perdu de leur mordant. ❥ La Hulpe, jusqu’au 31.10, Fondation Folon, mar> dim, 10h>18h, 02 653 34 56

10h>18h, 09 221 17 03

À toutes les morts,...

Impermanence créations du collectif Sillages

... égales et cachées dans la nuit. Tel est le (gai) titre de l'exposition du MAC's. Ne vous imaginez pas pour autant un circuit jalonné de cadavres ! Taraudé par les questions du souvenir, de l'héritage et de la trace, le commissaire de l'exposition Laurent Busine a réuni, aux côtés d'œuvres d'artistes contemporains sur la mort (Boltanski, Fabro, Feldmann, Gordon, Penone...), des dizaines d'exvotos, photos, reliques et autres objets de curiosité. Mortel ! ❥ Hornu, jusqu'au 10.10, MAC's, mar>dim,

Vieille malterie, ancienne cimenterie ou boulangerie... les plasticiens, sculpteurs et photographes du collectif Sillages se plaisent à investir des lieux abandonnés. Chaque année depuis 1997, ils s'approprient murs et espaces pour des créations éphémères, mais cohérentes. Campés cette fois au rezde-chaussée du château Gilson, ils se jouent de nos sens en multipliant projections, cinétismes et effets d'optique. ❥ La Louvière, du 14.09 au 17.10, château

10h>18h, 065 65 21 21

Gilson, mar>ven, 10h>12h, 14h>17h, we 14h>18h, 02 64 21 51 21


texte ¬ Florent Delval photo ¬ DR

Rendez-vous, vous êtes cernés Très actifs dans la scène alternative belge, C&H développent une multitude de formes performatives dont ces flash-mobs conceptuels que sont les Postcards From The Future. Ce soir-là, la place Flagey est le théâtre d'un ballet invisible. En différents endroits se déroulent des drames anodins réglés, comme les jets d'eau, à la seconde près. Entrelacées dans les mailles du réel, entre les allées et venues des passants, une fiction se déplie avec la complicité de quelques spectateurs avertis. « Avertis » ou simplement prévenus par d’étranges cartes postales. Celui qui les collectionne aura devant les yeux une série de paysages urbains fourmillants de détails. On y voit généralement une foule préoccupée par ses activités quotidiennes. Mais comme leur nom l’indique, ces clichés ne sont pas des traces figées du passé. Au dos, sont inscrits un lieu et une date ultérieure... En honorant ce rendez-vous, le spectateur ponctuel assistera à l’exacte reproduction de la carte postale dans l’espace public. Le dispositif est simple, mais se déploie sur plusieurs niveaux, en enrichissant l’œuvre de nouveaux supports de communication et en brouillant les rôles… C&H sont habitués à ces jeux de déconstruction du dispositif théâtral. Toutefois, ce trio évite habilement les poncifs post-modernes par un travail souvent renouvelé de petites formes à échelle locale. Il offre une dynamique incomparable à la scène alternative belge. / ❥

POSTCARDS FROM THE FUTURE du 10.09 au 30.06.11, Bruxelles, divers lieux, gratuit, rens tsee-und-ash.ch 10.09, 19h15, KVS / 19.09, 13h13: Molenbeek, rue du Maroquinstraat / 24.10, Place Flagey, Ixelles / nov. St Gilles / déc., Gare du Nord / mars, Quartier Européen / avril, Anderlecht / mai, Centre-ville / juin, Matongé

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La dame au gardénia

texte ¬ Marion Quillard photo ¬ Luk Monsaert

Out of context n’a pas fini de tourner, mais qu’importe : Alain Platel a présenté en Avignon sa nouvelle création, Gardenia. L’histoire d’un cabaret où se joue la mémoire d’une bande de travestis. Une idée originale de l’actrice Vanessa Van Dürme. Dans son jardin secret, Vanessa Van Dürme cultivait une idée. Un germe de projet qu’elle arrosait de temps à autre. Quelques mois plus tard, son Gardenia fut présenté à un jardinier belge connu pour l’acuité de son regard, un certain Alain Platel. Intrigué, il demanda à Vanessa d’où lui était venue cette trouvaille. « Je suis tombée sur un documentaire espagnol qui parlait d’un cabaret de travestis, répondit-elle. Un cabaret très, très minable. C’était leur dernier spectacle, et j’ai eu le sentiment qu’ils jouaient leur vie… » Alain Platel fut ému. Faut dire : il connaît bien cette Vanessa à la voix rauque et aux larges épaules. Ce n’est pas la première fois qu’elle lui retourne le cœur à coups de tranches de vie. En 2006 déjà, avec Regarde Maman je danse, elle déballait les mémoires d’une floraison chaotique, où masculin et féminin se confondent et se confrontent dans une lutte à mort. Petits travestissements et grandes tricheries Dans Gardenia, la lutte est terminée. Les protagonistes sont trop vieux, trop usés, pour continuer à se battre contre la génétique. Ils sont hommes, ils sont femmes, qu’importe au fond, puisque tout leur rappelle qu’ils sont « différents ». Dans ce cabaret aux allures de réunions d’anciens, on se travestit une dernière fois, mais on ne triche jamais autant que ceux qui n’ont jamais essayé. Au fond des cœurs, ne reste que « l’espoir de vieillir en beauté ». Celui de ne jamais faner. / ❥

Gardenia – Alain Platel 12.09, 20h15, Genk, Cultureel Centrum, 22/20e, 089 65 44 80 du 15 au 19.09, 20h (sauf dim 15h), Bruxelles, KVS, 20/16€, 02 210 11 12 24.09, 20h, Aalst, Cultureel Centrum de Werf, 24/21,60e, 053 73 28 12


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texte ¬ Marion Quillard photo ¬ Nature theater of Oklahoma

Jouer avec sa vie Vous avez trois heures devant vous  ? Une comédie musicale en anglais ne vous fait pas peur ? Vous aimez les pièces astucieuses, osées, et carrément décalées  ? Alors courrez voir Life and Times, episode 1 (sur 10). On dirait un pari. On les imagine plutôt bien, ces zouaves new-yorkais, sortir d’un bar en titubant et lancer : « Hé Robert ! On pourrait se lancer dans la comédie musicale, non ? On pourrait chanter et danser sur la vie de Kristin, qu’est-ce’ t’en dis ? » Et la foule d’applaudir cette idée si loufoque, si burlesque, qu’elle ne pouvait en être que géniale. Peu importe, d’ailleurs, que la réalité ait été différente. Le résultat est le même  : passionné par le storytelling, c’est-à-dire la manière de raconter, Pavol Liska, co-directeur, avec Kelly Copper, de ce saugrenu Nature Theater of Oklahoma, a demandé à un membre de la compagnie, Kristin Worrall, de raconter sa vie : 10 coups de téléphone et 16 h de discussion plus tard (la Kristin est loquace), il tenait le livret de sa prochaine pièce. L’histoire d’une vie banale, racontée plus ou moins dans l’ordre, au fil de souvenirs anodins et donc universels. Avec les moyens du bord, la troupe s’est alors attelée à cette comédie musicale hors du commun (car si tout va bien, Life and Times devrait durer 24h, divisé en 10 épisodes) : Kristin s’est remise à la flûte, Robert au ukulélé, et d’autres ont pris des cours de chant. « Nous voulions montrer que contrairement à une pièce classique, explique Kelly, une vie a plusieurs débuts, plusieurs milieux et plusieurs fins. » La troupe n’a pas poussé le vice jusqu’à les mettre dans le désordre : en septembre, vous avez donc rendez-vous avec l’enfance de Kristin. Hauts les cœurs.. / ❥

Life and Times, episode 1 du 23 au 25.09, 20h30, Bruxelles, Kaaitheater, 12/16€, 02 201 59 59, www.kaaitheater.be


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texte ¬ François Lecocq photo ¬ Anna Kirschner

Double je Twins, création tous publics (enfants et adultes) du chorégraphe Pal Frenák, ouvre la saison de la Rose des vents en convoquant le thème de la gémellité et sa grande question : comment vivre avec et sans toi ? « Malgré l’ovule partagé, le voyage qui suit la naissance est asynchrone pour les jumeaux. Ils doivent y trouver l’unité de leur propre personnage » ! Un bon résumé de Twins, créée en 2009 par le Franco-hongrois Pal Frenak, chorégraphe fidèle à la Rose des Vents de Villeneuve d'Ascq. Cette création prolonge Mil an, œuvre de 2006 qui abordait le thème du duo en associant un danseur et une marionnette à taille humaine. Pour Twins, le plateau est cette fois occupé par deux danseurs, dotés chacun d’un simple slip noir et maquillés de masques blancs, auxquels s’ajoutent parfois deux marionnettes. Comme souvent chez Frenák, la scénographie est épurée, voire froide, la musique électronique signée du compositeur complice Attila Gergely, et la danse, très engagée, laisse rarement la quiétude s’y mêler. Les deux frères jumeaux, dans l’horizontalité du plateau et parfois dans la verticalité d’une nacelle, questionnent leur rapport à cet autre, visiblement semblable en tout point. En apparence seulement, car cet alter ego fait naître des sentiments et réactions passionnés et intimes, suscite une extrême solitude (autre thème récurrent chez Frenák) et parfois une jalousie s’exprimant par la brutalité physique. Une partition dansée qui aboutit non pas à une complicité fraternelle mais à un face à face tout en fureur corporelle. / ❥

Twins le 30.09, 14h30 (séance scolaire), le 1.10, 19h, et le 2.10, 17h (pour la présentation de la saison, gratuit), Villeneuve d'Ascq, La Rose des Vents, 20/16/5€, +33 320 61 96 96, www.larose.fr


agenda La Tragédie Comique © Stephane Gaillochon

La Tragédie comique

Un beau salaud

4>5.09

8.09>3.10

E. Bonfanti, Y. Hunstad

Yves Hunstad revêt aujourd'hui le costume qui l'avait rendu célèbre à la fin des années 80 avec la Tragédie comique. Traduite dans une dizaine de langues et jouée plus de 500 fois depuis sa création, cette pièce met en exergue la complexité des relations entre l'acteur et son personnage. Ici, l'un et l'autre s'observent, échangent, et grâce à la maîtrise exceptionnelle du verbe et du geste d'Yves Hunstad, finissent par se confondre. Une profonde réflexion sur le théâtre. ❥ 20h30 (4.09), 15h (5.09), Bruxelles, Les Tanneurs, 7,5/10€, 02 512 17 84

La veillée des Abysses 4>10.09

J. Thiérrée

La Compagnie du Hanneton réinvestit le Théâtre Royal pour ce qui devrait être les dernières représentations de la Veillée des abysses en Belgique. À quelques mois de la création de Raoul (janvier 2011), cette épopée échevelée apporte à notre quotidien une réjouissante dose d'insolite et de merveilleux. James Thiérrée pousse l'expressivité du mime à son paroxysme. Une excellence qui rappelle évidemment celle de Charlie Chaplin – son grand-père. ❥ lun>sam, 20h30, dim, 16h, Namur, Théâtre Royal, 081 22 62 26

La veillée des abysses © Richard Haughton

P. Chesnot/MeS P. Pigeolet

Les hommes sont tous des salauds, paraît-il. Certains peut-être plus que d'autres. François Dumoulin, lui, est Un beau salaud, un misogyne, avec à son bras une épouse, une ex et deux amantes. Seulement, « tout salaud qu'on soit, on n'est pas moins naïf et susceptible de déceptions ». Et en effet, dans son dos, les quatre amazones vont s'unir et, pour son anniversaire, lui réserver une surprise de taille. Une comédie acide. ❥ 20h15 (mar>sam), 15h (dim), Bruxelles, Th. Royal des Galeries, 9 à 23€, 02 512 04 07

Monkey Sandwich 10 & 11.09 W. Vandekeybus / Cie Ultima Vez

Si l'on guette chaque nouvelle création de Wim Vandekeybus, l'on ne sait jamais à quoi s'attendre. Musiciens, acteurs, danseurs, vidéos et textes constituent le matériau changeant de ses pièces, porteuses d'images fortes. Une fois de plus, le Flamand explore de nouveaux terrains, laissant le tout jeune Damien Chapelle composer avec une vidéo omniprésente. Un têteà-tête assorti de belles trouvailles de mise en scène. ❥ 20h, Bruxelles, KVS, 20/16€, 02 210 11 12. En octobre au Cultuurcentrum Brugge, au Vooruit, au Stuck Leuven et au KVS.


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Un beau salaud © DR

Monkey Sandwich © Pieter Jan De Pue

L'assaut des cieux © Jean-Luc Tanghe

Vor Deinem Thron

L'assaut des cieux

11 et 12.09 B'Rock et C. Croizé / Action scénique

15>17.09

Après Malher (The Farewell, Prix Jardin d'Europe 2009), c'est à Bach que se mesure la danseuse et chorégraphe Claire Croizé. Entourée des 12 musiciens de l'orchestre B'Rock, l'ancienne élève de P.A.R.T.S. vient enrichir la superposition d'harmonies de nouvelles strates, visuelles celles-ci. Danse et lumières se répondent, engageant un étonnant « canon » avec la musique, jouée en direct. Tout en contretemps et contrepoints. ❥ 20h30, Bruxelles, Kaaitheater, de 12 à 20€, 02 501 59 59

R. Pradel

Voilà 100 ans que le mariage de mademoiselle Beulemans a été imaginé par Fonson et Wicheler. Il était temps de lui donner une suite ! Raymond Pradel redonne vie aux protagonistes de ce classique du théâtre belge. Les Beulemans : une famille de brasseurs lassée de voir des Français demander la main de leurs filles, et vouloir leur apprendre leur métier. Entre les silos de la brasserie, le combat pour Suzanne fait rage. Tandis que dans la salle, on rit à gorge déployée. ❥ 20h30, sf dim, 15h30, Bruxelles, RichesClaires, 14/11€, 02 548 25 80

Chor. C. Bernardo

Ils sont six à habiter ce plateau presque nu. Trois danseurs, deux circassiens, une soprano, que le chorégraphe Claudio Bernardo précipite dans une quête impossible : L'assaut des cieux. Une voûte céleste, symbole des rêves comme des tentations démiurges... De splendides mouvements de groupe composent cette parabole de la condition humaine. Tantôt aériens, tantôt acrobatiques, ils produisent des images mémorables, aussi improbables que poétiques. Virtuose. ❥ 20h15, Liège, le Manège, de 9 à 18€, 04 342 00 00

L’héritage des Beulemans 14>30.09

Les Grecs © Philippe Fontaine

Les Grecs 15>25.09 (1e part.), 28.09> 09.10 (2e part) Mes D. Scahaise / Th. en Liberté

Quatre heures et demie, cela paraît long pour une pièce de théâtre, mais c'est court pour balayer toute la chronologie de la Grèce antique. La guerre, les femmes, les meurtres, les Dieux... Daniel Scahaise revient sur les origines de notre civilisation, ces mythes helléniques dont Homère, Eschyle, Sophocle et Euripide nous ont laissé un inestimable témoignage. Un cours d’histoire comme on en voit rarement ! ❥ 20h15, sf mar 19h et dim, 16h, Bruxelles, Th. de la place des Martyrs, 9 à 25€, 02 223 32 08


théâtre & danse |

86

agenda RW © Chloe Houyoux Pilar

Self Portrait Camouflage © SP Clauro

4.48 Psychose

Self Portrait Camouflage

21.09>9.10 S. Kane / MeS I. Pousseur

24.09

« 4.48 », c'est l'heure du réveil, quand l'espoir subsiste encore au désespoir. « Psychose », une affection mentale qui, parfois, pousse l'individu à avaler une pleine poignée de barbituriques... À l'image de son titre, 4.48 Psychose est à mi-chemin entre l'extase et la détresse, entre la noirceur du texte de Sarah Kane et la blancheur de la mise en scène (Isabelle Pousseur), couronnée du prix de la critique en 2008 (meilleur spectacle, interprétation et scénographie). ❥ 19h30 (mer), 20h30 (jeu>sam),

Nue sous son grand chapeau de chef indien, Latifa Laâbissi se livre à une étonnante logorrhée. Dans la lumière crue des spots, elle multiplie les clins d'œil aux expositions universelles du siècle dernier, et s'amuse de la notion d'exotisme. Hommes politiques singés, stéréotypes coloniaux décortiqués... la chorégraphe s'en donne à cœur joie et nous soumet une remarquable performance, drôle et juste. ❥ 20h, Bruxelles, Halles de Schaerbeek,

Bruxelles, Théâtre Océan Nord, 7,5/10€, 02 242 96 89

R.W. Premier dialogue

L. Laâbissi

17/12€, 02 218 21 07. Présenté, dans le cadre des latitudes contemporaines Bruxelles avec O samba do crioulo doido du brésilien Luiz de Abreu.

Cock

23.09>1.10 R. Walser / MeS P. Crochet

25.09>23.10 M. Bartlett / MeS A. Brine

Nominé au prix de la critique 2010 dans les catégories « Espoir féminin » (Anna Cervinka) et « Meilleur spectacle », R.W. premier dialogue retrace l'histoire d'un domestique – métier que l'auteur a pratiqué – et de sa maîtresse. Dans une petite maison aux murs de carton, les deux personnages échangent leur vision hautement poétique des « petites choses ». La suite en octobre, avec R.W. deuxième dialogue... ❥ jeu>sam, 20h30 sauf mer, 19h30,

Si faire son coming-out revient à révéler son homosexualité, pour certains, il peut en être autrement. John, par exemple, vit avec un homme depuis une dizaine d'années quand, pour la première fois, il est attiré par une femme. Une situation que le jeune Mike Bartlett – auteur en résidence au Royal Court Theater – se réjouit d'entacher d'un humour très british et d’observations grinçantes sur notre société. ❥ 20h30 (mar>sam), Bruxelles, Théâtre de

Bruxelles, le Rideau, 02 507 83 61

poche, de 7,5 à 15€, 02 649 17 27


littérature |

89

texte ¬ Paul Carra photo ¬ Patrice Normand

Une fin du monde à l’échelle du salon

L’Eternité n’est pas si longue… et la mort pas si grave, pourrait-on dire à la lecture du neuvième roman de Fanny Chiarello. Depuis ses premières publications chez Page à Page (Lille) ou aux Carnets du Dessert de Lune (Bruxelles), cette jeune auteure lilloise connaît un parcours ascensionnel. Le personnage principal, Nora, est une jeune femme en mal de vivre, qui trouve dans l’amitié des raisons de tenir. Au fil du livre, elle découvre qu’une épidémie ravage l’humanité. Elle oscille entre la joie de vivre un événement exceptionnel et la déception car la mort qui caractérisait son identité de suicidaire est devenue banale, voire triviale. Dernier refuge, l’écriture  : «  si je veux dormir dans un monde si décevant, je n’ai d’autre choix que de me raconter des histoires comme si j’étais mon propre enfant  ». L’apocalypse se mue alors en roman plus intime, lorsque la colocation devient le dernier espace d’humanité partagé. Fanny Chiarello ne perd pas de vue ses anciennes thématiques et les renouvelle dans cette histoire. On retrouve des échos de Push the Push Button qui traitait d’une canicule, ou de certaines nouvelles du recueil Tout le monde est allongé sur le dos, soutenus ici par une intrigue solide. Elle garde également ce style particulier, cet humour qui confère à ses personnages un vrai second degré, et permet au lecteur de suivre le désastre le sourire aux lèvres. Un neuvième roman maîtrisé, et un talent consacré par cette première publication chez l’Olivier. / ❥

À Lire / L’éternité n’est pas si longue, éd. L’Olivier, sept. 2010, 300p., 19€ - Mais aussi : éd. Page à Page, Pocket : Tu vas me faire mourir mon lapin, Tout le monde est allongé sur le dos, Push the Push Button / éd. Carnets du Dessert de Lune : Je respire discrètement par le nez, Collier de nouilles


chroniques Arzak T1/ L’Arpenteur Moebius | éd. Glénat Voilà des mois voire des années que les fans sont sur les starting-blocks, portés par une improbable rumeur : le grand Moebius ressusciterait son héros mythique, Arzach (alias Harzak, Harzack, Harzach...). Né avec les premiers numéros de Métal Hurlant (1975-76), ce personnage mystérieux monté sur une cyber-mouette est devenu culte. Et pour cause ! Les planches de l’époque, assemblage stupéfiant de tableaux muets et contemplatifs, sont un chef d’œuvre fondateur qui annonce l’immense le talent de son auteur, le schizophrène Jean Giraud, alias Gir, alias Moebius. Les fans ne s’y sont pas trompés, car à 77 ans, le dessinateur remet son héros en selle. Avec un génialissime album, à paraître le 15 septembre. L’Arpenteur nous replonge dans une histoire laissée sans suite. Ou plutôt, nous la raconte autrement. Cette fois, il y a des balises, des informations, du texte, des dialogues. Moins de mystère, certes. Mais cela n’empêche pas les magnifiques cases de se faire réceptacle de nos multiples projections. Cette révolution, amorcée l’année dernière avec une publication de dessins annotés, n’accouche pas d’un album révolutionnaire. Juste d’un meilleur Moebius. Des planches que vous ne vous lassez pas de regarder, parce qu’elles vous absorbent. Arzaaak  ! 72p., 18€. (Voir aussi l’exposition «MOEBIUS TRANSE FORME» à la Fondation Cartier de Paris). Judith Oliver

L’autre versant du monde J. Borgetto (photo) et C. Rancé (texte) |Éd. Filigranes L'Argentine et le Chili, deux territoires de « l’extrême ouest et du sud ultime » comme les nomme Christiane Rancé, dans le texte introductif à cette escapade aux points de vue panoramiques. Dans la lignée des Frank, Evans, Depardon et Plossu, mais avec une touche perso, Borgetto trimballe son rolleiflex à portée d’œil pour saisir, tout en noir et blanc et en contrastes, des paysages grandioses rehaussés de lumières brutes et denses. Chemin faisant, il immortalise également des rencontres avec les autochtones, vivant en harmonie dans ces immensités étrangères aux Européens. Un road-movie, tout en images fixes, des contreforts andins aux limites maritimes australes... sans autre intention que celle de transmettre une expérience marquante. 84p., 25€. François Lecocq


Débutants & Parlez-moi d'amour

UNE ÉDUCATION AMÉRICAINE

Raymond Carver | Éd. De l'Olivier

Barry Gifford | Éd. 13e Note

Premiers tomes de l'intégrale du génial nouvelliste américain, Débutants et Parlez-moi d'amour composent un diptyque aussi brillants que perturbants. Le premier est la version, inédite, que Carver voulait publier, mais que son éditeur a taillée, produisant ce qu'on croyait être le propre de son style (concis, précis, elliptique). Cette lecture en miroir suscite alors bien des questions : qu'est-ce qu'un artiste ? Comment, avec qui et contre quoi, une œuvre se construit ? S'il manque un appareil critique plus fourni sur leurs genèses, ces œuvres, essentielles, reposent, en creux, la question de l'original et de l'authentique. Mais, plus, elles redonnent place à une (ou deux ?) voix toujours singulière. 333 p., 22€ et 186 p., 14€. Raphaël Nieuwjaer

Ensemble de courts textes qui mettent en scène un même personnage, Une éducation américaine est dépourvue de cohérence apparente. Le lecteur y suit sans logique temporelle les pérégrinations de Roy, un jeune garçon curieux, à travers le Chicago des années 50. Originale sur le plan de la forme, l’œuvre de Barry Gifford l’est également sur le plan du style. Car, son écriture est teintée d’une poésie et d’une élégance rares. Évocatrice et impressionniste, elle fait surgir un univers mythique, où se croisent et se côtoient, comme dans un mirage, des figures truculentes aux noms aussi folkloriques que la Vipère ou Face de Requin. Son charme suranné nous appelle alors irrésistiblement à lui. 336 p., 19€. Faustine Bigeast

La fille aux cheveux étranges & C’est de l’eau David Foster Wallace |Éd. Au Diable Vauvert Le suicide de Foster Wallace semble avoir précipité son entrée au panthéon des auteurs américains et par là même la traduction de son œuvre interrompue. Si ses publications sortent maintenant régulièrement au Diable Vauvert, il est évident que son Infinite Jest (« Infiniment dérisoire ») est le monolithe noir que traducteurs et éditeurs contournent inexorablement. Complexe, à la démesure d’un Pynchon, il est le centre d’une galaxie où gravitent nouvelles, articles et petites formes. Incapable de dépasser son opus magna, Foster Wallace a ensuite composé en mode mineur, mais son génie affleure en permanence. Publié cet été, La fille aux cheveux étranges en est une introduction idéale tandis que C’est de l’eau est à réserver aux amateurs avertis. 500 p., 25€. Florent Delval

littérature |

91


concerts Mer 01.09 Guy Forsyth Verviers, Spirit Of 66, 20h, 13,50e, +32 8 735 24 24

Jeu 02.09 Ed Kowalczyk Anvers, Olt Rivierenhof, 20h, 26,50e , +32 70 222 192 Amparo Cortez Borgerhout, De Roma, 20h, 6e, +32 3 235 04 90 Black Diamond Heavies Anvers, Trix, 20h, 13/10e, +32 3 670 09 00 Millan And Laloy Forest, Bar le Matin, 21h, grat

Ven 03.09 Eclipse - Pink Floyd Story Bruxelles, Forest National, 20h, 49/39e, +32 7 025 20 20 Mons en Jazz : Adrien Volant Quartet + Nicolas Kummert + Hamid Drake Mons, Auditorium Abel Dubois RTBF, 20h, 25/15e, +32 6 531 16 58 Massive Attack +Dj Shadow Merksem, Palais des Sports Anvers, 20h, 40,50e, +32 3 234 00 40 40 Sweet Coffee Anvers, Olt Rivierenhof, 20h, 10,25e Skr Trio + Robert Jeanne Alleur, Centre Culturel, 20h, 8e Namissy Bruxelles, Maison du Peuple, 21h, nc, +32 2 85 0 09 08 Bendee Oz Bruxelles, Le Jardin de ma soeur, 21h, nc, +32 2 217 65 82

Boris Viande Forest, Bar le Matin, 22h, grat Pounderz Bruges, Het Entrepot, 22h, 11,50e, +32 504 70 78 0 Twecretstory party : DC SALAS + DKA Bruxelles, The Wax Club, 22h Jack! By House On Fire : GENE FARRIS + BRETT JOHNSON + TOM SMEYERS Anvers, Le Café d’Anvers, 23h, 8e, +32 3 226 38 70

Sam 04.09 Mons en Jazz : Jean-Louis Rassinfosse + HermiaTassin Quartet + Get the blessing Mons, Auditorium Abel Dubois RTBF, 20h, 25/15e, +32 6 531 16 58 Gurumaniax + Habemus Papam Bruxelles, Magasin 4, 20h, 6e, +32 2 223 34 74 Conga Cua live latin combo + Funky Bompa Tropical Dj Etterbeek, Atelier 210, 21h, nc, +32 2 732 16 39 Bendee Oz Bruxelles, Le Jardin de ma soeur, 21h, nc, +32 2 217 65 82 Frank Loriou + Souligan + Malik Bruxelles, Maison du Peuple, 21h, nc, +32 2 850 09 08 Alex Play + Gammick + Red Out Bruxelles, TheWax Club, 22h, nc Back to the 90s : Corona + Jessy + Dj Froy Charleroi, Coliseum, 22h, 12/10e Bartholomeo + Patrick

Schmidt + Chicks For Free Anvers, Le Café d’Anvers, 23h, 5e, +32 3 226 38 70 Tensnake + Mickey + Daryl Bruxelles, Libertine Supersport, 23h, 10/5e Link 2 Years : BRUNO PRONSATO + DILO + DEG Bruxelles, Fuse Club, 23h, nc, +32 2 511 97 89

Dim 05.09 Marduk + Ragnarok + Valkyrja Bruges, Het Entrepot, 19h, 16,75e, +32 5 047 07 80

Lun 06.09 Eamonn Mc Cormack Verviers, Spirit Of 66, 20h, 13,50e, +32 8 735 24 24

Mer 08.09 Crash Course In Science + Dj Borg + Hertz Liège, La Zone, 19h, nc, +32 4 341 07 27 Marni Jazz Rendez Vous : Charles Loos + Paolo Loveri Trio + Wappa Tonic Quintet Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15e, +32 2 639 09 80 LCD Soundsystem Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 30/26e, +32 9 267 28 28 Admiral Freebee Anvers, Olt Rivierenhof, 20h, 22,50e Bai Kamara Jr +DJ Lefto Ixelles, Le Tavernier, 21h, grat, +32 2 640 71 91


agenda |

93

Jeu 09.09 Skeletonwitch + Warbringer Anvers, Trix, 19h, 13,50e, +32 3 670 09 00 Charlie Fabert & Paul Cox Blues Band Verviers, Spirit Of 66, 20h, 13,50e, +32 8 735 24 24 Marni Jazz Rendez Vous : Bernard Guyot + Sabin Todorov + Fabrizio Graceffa Quartet Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15e, +32 2 639 09 80 Baby Monster Bruxelles, Le Botanique/Witloof Bar, 20h, nc, +32 2 218 37 32 Donovan Borgerhout, De Roma, 20h, 20e, +32 3 235 04 90 Proyecto Cubano Verviers, Spirit Of 66, 21h, 11,50e, +32 8 735 24 24

Folklof Borgerhout, De Roma, 20h, 8e, +32 3 235 04 90 Mike Slott + Dimlite + Mustang Liège, La Caserne Fonck (Grand Manège), 22h, 7,25e, +32 4 343 42 47 Matthus Raman + UFO Bruxelles, TheWax Club, 22h, nc Rooted +Dj Heather Gand, Decadance, 23h, nc, +32 9 329 00 54 Radar : D-MINDS + RESO + MURDOCK Louvain, Silo, 23h, nc, +32 1 620 34 64 FUTUREBOUND + DRUMSOUND + SIMON BASSLINE SMITH Bruxelles, Fuse Club, 23h, nc, +32 2 511 97 89

Diego’s Umbrella Forest, Bar du Matin, 21h, grat

Peoples Presents Cadenza Showcase : REBOOT + ROBERT DIETZ + HERMANEZ Anvers, Le Café d’Anvers, 23h, 12e, +32 3 226 38 70

Ralpheus Anvers, Le Café d’Anvers, 22h, nc, +32 3 226 38 70

Sam 11.09

Ven 10.09 KLINIK + DAS ICH + CRASH COURSE IN SCIENCE Gand, Culturell Centrum Vooruit, 19h, 27/27,75e, +32 9 267 28 28 Marni Jazz Rendez Vous : Afro Yambi Jazz Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15e, +32 2 639 09 80 Pablo Andres + Gandhi + Cleo Bruxelles, Magasin 4, 20h, 7e, +32 2 223 34 74 Mutiny On The Bounty +La Querelle +Le Shed Liège, La Zone, 20h, nc, +32 4 341 07 27

Radar : PVT + Anna Calvi + Timber Timbre Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 16,80e, +33 320 70 10 00 Kid Créole • the Coconuts + Leki • The Sweet Mints Anvers, Olt Rivierenhof, 20h, 30e Club Soda Festival : Dj Aziz + Canblaster + Mightyfools : DJ AZIZ + CANBLASTER + MIGHTYFOOLS Avelgem, Spikkerelle, 21h, 15e

Prince Off + Nomhad Bruxelles, TheWax Club, 22h, nc Smos And Baby Bee + Bottle Pop + 2winz Anvers, Le Café d’Anvers, 23h, 5e, +32 3 226 38 70 Official Kompakt Total 11 Compilation Party JO SAURBIER + JATOMA + SUPERPITCHER Bruxelles, Libertine Supersport, 23h, 13/8e Ostgut Label Night : CASSY + STEFFI + MARCEL FENGLER Bruxelles, Fuse Club, 23h, nc, +32 2 511 97 89 BANG THE BOX Gand, Decadance/Zanzibar, 23h, nc, +32 9 329 00 54 Sunnyside Up : TODD TERRY + RAOUL + TINO Louvain, Silo, 23h, nc, +32 1 620 34 64

Dim 12.09 Wintersleep Anvers, Trix, 20h, 11,50e, +32 3 670 09 00

Lun 13.09 Dead To Me + Off With Their Heads Anvers, Trix, 19h, 10,25e, +32 3 670 09 00 Janet Martin Verviers, Spirit Of 66, 20h, 14e, +32 8 735 24 24

Mar 14.09

Daryl Bruxelles, Maison du Peuple, 21h, nc, +32 2 850 09 08

Francis Rossi Anvers, Trix, 20h, 24e, +32 3 670 09 00

Pascale Delagnes Bruxelles, Le Jardin de ma soeur, 21h, nc, +32 2 217 65 82

PVT Bruxelles, Le Botanique, 20h, 13,50e, +32 2 218 37 32


concerts Marni Jazz Rendez Vous : Yves Peeters Group Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15e, +32 2 639 09 80 Blue Velvet Bruxelles, Le Botanique/Witloof Bar, 20h, 12/6e, +32 2 218 37 32

Mer 15.09 andy moor + Christine Sehnaoui + Cecile Maria Bruxelles, Magasin 4, 19h, 6e, +32 2 223 34 74 Marni Jazz Rendez Vous : François Delporte Artet Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15e, +32 2 639 09 80 Phosphorescent + Timber Timbre Bruxelles, Le Botanique, 20h, 16/13/10e, +32 2 218 37 32 sobel Campbell & Mark Lanegan Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 20h, 26/23e, +32 2 548 24 24 Danny Bryant Verviers, Spirit Of 66, 20h, 13,50e, +32 8 735 24 24 Cleo Ixelles, Le Tavernier, 21h, grat, +32 2 640 71 91

Jeu 16.09 Sarah Ferri Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 12h, grat, +32 2 548 24 24 Marni Jazz Rendez Vous : Andre Klenes Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15e, +32 2 639 09 80 Josh Ritter And The Royal City Band + Dawn Landes And The Hounds Bruxelles, Le Botanique, 20h, 16/13/10e, +32 2 218 37 32

Grasscut Bruxelles, Le Botanique, 20h, nc, +32 2 218 37 32 Windmill Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 12/8e, +32 9 267 28 28

NAME Festival : Matthus Raman + Radio Slave + Ebony Bones Tourcoing, La Tossée à l’union, 22h, 19/17e DJ Reedoo Forest, Bar le Matin, 22h, grat,

Peter Gabriel Bruxelles, Forest National, 20h, 95/60e, +32 7 02 5 20 20

Dj Beliza Bruxelles, TheWax Club, 22h, nc

Frown-I-Brown Forest, Bar le Matin, 21h, grat,

BEN KLOCK + PRINZ + AKIRA Anvers, Le Café d’Anvers, 23h, 8e, +32 3 226 38 70

Musik And Haircut Live Bruxelles, TheWax Club, 22h, nc Ralpheus Anvers, Le Café d’Anvers, 22h, nc, +32 3 226 38 70

Ven 17.09 NAME Festival : Bubble Lille, Gare Saint-Sauveur, 18h Leffingeleuren Music Festivalen : Paul Weller + Tocadisco +The Van Jets + BABYLONE CIRCUS + WOLF PARADE + BALTHAZAR + ... Leffinge-Middelkerke, De Zwerver, 19h, 35,50e, +32 5 970 08 22 Marni Jazz Rendez Vous : Jef Nev  + Pascal Schumacher Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15e, +32 2 639 09 80 Part Chimp + Kapitan Korsakov + Joy As A Toy Bruxelles, Magasin 4, 20h, 9e, +32 2 223 34 74 Dead To Me + Majority Lost + Versus You Arlon, Entrepôt, 20h, 15/12e Chatham County Line Borgerhout, De Roma, 20h, 10e, +32 3 235 04 90 Mickey Bruxelles, Maison du Peuple, 21h, nc, +32 2 85 0 09 08

Sam 18.09 Leffingeleuren Music Festivalen : Mix Master Mike + Absynthe Minded + Lee Scratch Perry + Hindi ZAHRA + ROOTS MANUVA + EBONY BONES + DRUMS ARE FOR PARADES + ... Leffinge-Middelkerke, De Zwerver, 14h, 35,50e, +32 5 970 08 22 NAME Festival : So Glove + Mr Charles + So Tasty Lille, Gare Saint-Sauveur, 16h, nc Festival Metal : DAWNBREATH + SPITDOWN + WONDJINA Alleur, Centre Culturel, 19h, 6e Marni Jazz Rendez Vous: Jean-Philippe CollardNeven + Jean-Louis Rassinfosse + Fabrice Alleman Bruxelles, Théâtre Marni, 20h, 15e, +32 2 639 09 80 Liturgy + Raxinasky + Ultraphallus Bruxelles, Magasin 4, 20h, 7e, +32 2 223 34 74 Mambassa Blouze Band + Mas Estrellas +Le Volcan Liège, La Zone, 20h, nc, +32 4 341 07 27


agenda |

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Blonde Redhead Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 20h, 21/18e, +32 2 548 24 24 Kanal Loca(l) : DJ B-MIKE + UNION OF WATER + DJ OXES Bruxelles, Bateau Biouel, 20h, 10/7e, +32 2 201 52 05 Rhonny Ventat Funky Jazz Band Mouscron, Centre Culturel Marius Staquet, 20h, nc, +32 5 686 01 60 Costanza DJ’s Bruxelles, Maison du Peuple, 21h, nc, +32 2 85 0 09 08 French Fries + Hector And Nate +Le Petit Belge Courtrai, De Kreun, 22h, nc, +32 5 637 06 44 NAME Festival : Elagua + Anthony Collins + Laurent Garnier + ELLEN ALLIEN + CHLOE + BOYS NOIZE + EROL ALKAN ... Tourcoing, La Tossée à l’union, 22h, 19/17e Mano Sinistra Bruxelles, TheWax Club, 22h, nc, +32 n fo@ thewaxclub.com Sasha + Pole Folder + X-Ian Anvers, Le Café d’Anvers, 23h, 15e, +32 3 226 38 70 I Love Techno Pre Party : DAVE CLARKE + DEG + PAUL KALKBRENNER Bruxelles, Fuse Club, 23h, nc, +32 2 511 97 89 Tanz Mal Gand, Decadance/Zanzibar, 23h, nc, +32 9 329 00 54 Forbidden Fruit : RHADOO + PRASLEA + DAN ANDREI Louvain, Silo, 23h, nc, +32 1 620 34 64 L/S welcomes Kistuné : GILDAS + MUSTANG + WIRSPIELEN Bruxelles, Libertine Supersport,

23h, 10/5e

Dim 19.09 Breeze : TSIGANISATION PROJECT + BRASSAFRIK + MERDAN TAPLAK Bruxelles, Beursschouwburg, 10h, grat, +32 2 550 03 50 NAME Festival : Dj Aziz + Dj Boulaone Lille, Gare Saint-Sauveur, 14h Leffingeleuren Music Festivalen : Wilco + Admiral Freebee + Deer Tick + THE BLACK BOX REVELATION + TRICKY AND TYLER + ... Leffinge-Middelkerke, De Zwerver, 15h, 35,50e, +32 5 970 08 22 Astrid Nijgh And Willy Claes Quartet Borgerhout, De Roma, 15h, 12e, +32 3 235 04 90 Kyteman Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 16h, grat, +32 2 548 24 24 nfested Blood + Balfor + Cattarrhal Liège, La Zone, 20h, 5e, +32 4 341 07 27 Horse Feathers + Hanne Hukkelberg Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 15/13,50e, +32 9 267 28 28

Lun 20.09 Ólafur Arnalds Bruxelles, Le Botanique/Witloof Bar, 20h, 13/10/7e, +32 2 218 37 32 Tribute to AC/DC : ELECTRIC DUCKS Verviers, Spirit Of 66, 20h, 13,50e, +32 8 735 24 24 Deer Tick

Bruxelles, Le Botanique, 20h, 13,50e, +32 2 218 37 32

Mar 21.09 Pokemachine + Horacio Pollard + Bear Bones, Lay Low Bruxelles, Magasin 4, 19h, 6e, +32 2 223 34 74 Philip Selway Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 20h, 12e, +32 2 548 24 24 Yoso Verviers, Spirit Of 66, 20h, 27,25e, +32 8 735 24 24 Michael Rother and friends present NEU! Music : Hallogallo 2010 : HALLOGALLO 2010 Gand, Culturell Centrum Vooruit, 22h, 24/20e, +32 9 267 28 28

Mer 22.09 Mystery Jets + Sad Day For Puppets Bruxelles, Le Botanique, 20h, 15/12/9e, +32 2 218 37 32 Jason Derülo Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 20h, 34/31e, +32 2 548 24 24 Balthazar Bruxelles, Le Botanique, 20h, 15/12/9e, +32 2 218 37 32 Dynamic +DJ Defi*J Bruxelles, Le Tavernier, 21h, grat, +32 2 640 71 91

Jeu 23.09 Venus In Flames Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 12h, grat, +32 2 548 24 24 Les Nuits du Soir : MUSIC FOR RABBITS + NESTOR! +


concerts

DRUMS ARE FOR PARADES Bruxelles, Le Botanique, 20h, 7e, +32 2 218 37 32 Christophe Mae Bruxelles, Forest National, 20h, 42e, +32 7 02 5 20 20 Iron Butterfly Verviers, Spirit Of 66, 20h, 22e, +32 8 735 24 24 JOANNA NEWSOM Lille, L’Aéronef, 20h, 22/18e, +33 320 13 50 00 Fanga Forest, Bar le Matin, 21h, grat, Ralpheus Anvers, Le Café d’Anvers, 22h, nc, +32 3 226 38 70 Magic Arm Gand, Culturell Centrum Vooruit, 22h, grat, +32 9 267 28 28

Ven 24.09

Bar, 20h, 15/12/9e, +32 2 218 37 32

MainRo + Jr From Dallas Lille, Gare Saint-Sauveur, 16h, nc

Blue Velvet +The Waow Huy, Atelier Rock, 20h, nc, +32 8 525 03 59

Los Tiki Phantoms +The Stopping Smokers + Dj Mr Slick Bruxelles, Magasin 4, 19h, 7e, +32 2 223 34 74

Piit Bruxelles, Maison du Peuple, 21h, nc, +32 2 85 0 09 08 Umbrelladelika ! label night 2.0 : LOWDJO + POLLE VAN DE GASH + EGON FISK Bruxelles, Recyclart, 21h, 10e, +32 2 289 00 59 Straight Music Label Night : PAO + MAIRO + MISS NOA Lille, Kiosk, 22h, 7e, +33 320 49 75 99 Dj K-Rise Forest, Bar le Matin, 22h, grat Plan B : YOUSEF + IGOR + DEEJAMES Anvers, Le Café d’Anvers, 23h, 8e, +32 3 226 38 70

Christophe Mae Bruxelles, Forest National, 20h, 42e, +32 7 02 5 20 20

Ben Shebang + Herr Spiegelhauer +Dj Louis Bruxelles, TheWax Club, 23h, nc

Big Bill Leuven, Het Depot, 20h, 13,50e, +32 1 622 06 03

F* Benefit : TRIZZY POI POI + JAM 3 • EVE + PURSLANE Gand, Decadance, 23h, nc, +32 9 329 00 54

Drums Are For Parades Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 15/11e, +32 9 267 28 28 Tragic Roundabout + Indica Sound Liège, La Zone, 20h, nc, +32 4 341 07 27 Chopin Festival : Cristina Lucio-Villegas Sanz de Lara + Helen Kearns + Abdel Rahman El Bacha Ixelles, Flagey Studio, 20h, 35/25/15e Love Amongst Ruin Featuring Steve Hewitt Bruxelles, Le Botanique/Witloof

Sam 25.09 Doe Ne Keer Moeite Noisefest II : SPLEEN + KANONNEVLEES + ANUS NOCTURNUM Courtrai, De Kreun, 14h, nc, +32 5 637 06 44 Chopin Festival : Samuel Van de Velde + Christia Hudziy + Plamena Mangova Ixelles, Flagey Studio, 14h, 25/15/10e NAME Festival : Farai +

Fête de la communauté fraçaise : PIANO CLUB + DAN SAN + SINGLETS Charleroi, COLISEUM, 19h, grat, +32 7 184 37 91 The Neon Judgement Anvers, Trix, 20h, 16,75e, +32 3 670 09 00 Jef Neve Trio Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 18/14e, +32 9 267 28 28 Guido Belcanto Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 20h, 21/18e, +32 2 548 24 24 Naif + Gappa Bruxelles, Le Botanique/ Rotonde, 20h, 16/13/10e, +32 2 218 37 32 Fête de la communauté française : MY LITTLE CHEAP DICTAPHONE + FRANK SHINOBI Huy, Atelier Rock, 20h, nc, +32 8 525 03 59 Fête de la communauté française : MOON INVADERS + OVERMARS + PIANO CLUB Arlon, Entrepôt, 20h, grat Timber Timbre Lille, La Péniche, 20h, 7e, +33 320 57 14 40 Christophe Mae Bruxelles, Forest National, 20h, 42e, +32 7 02 5 20 20 Misteur Valaire + Tubescreamer + Freddy Balboa Bruxelles, Maison du Peuple, 21h, nc, +32 2 850 09 08


agenda |

97

NAME Festival : Monsieur Nopac + Seuil + Dop Dunkerque, Le Kursaal, 22h, 9/7e, +33 328 65 81 81 After N.A.M.E. : MONOBLOK + PUSSY SELECTOR + UFO Lille, Kiosk, 22h, 7e, +33 320 49 75 99 RKK + Dj Caroll Lille, La Péniche, 22h, 5e, +33 320 57 14 40 Bartholomeo + Patrick Schmidt + 2winz Anvers, Le Café d’Anvers, 23h, 5e, +32 3 226 38 70 Elektromaniaks aka Damien + Snooba Bruxelles, TheWax Club, 23h, nc, info@ thewaxclub.com Fritz Kalkbrenner + Wirspielen + Montecosy Bruxelles, Libertine Supersport, 23h, 12/8e, Jeff Mills + Deg Bruxelles, Fuse Club, 23h, nc, +32 2 511 97 89

Dim 26.09 Acacia Strain + All Shall Perish + Down to Nothing Anvers, Trix, 16h, 19,75e, +32 3 670 09 00 Fête de la communauté française : ATTILA THE STOCKBROKER + CONTINGENT + GALVANIZE Bruxelles, Magasin 4, 17h, grat, +32 2 223 34 74 Kings Never Die + Daggers + Sunpower Arlon, Entrepôt, 19h, 12/10e Karen Elson Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 20h, nc, +32 2 548 24 24

Lun 27.09 Brandon Flowers Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 20h, 25e, +32 2 548 24 24 Whiskey Daredevils Verviers, Spirit Of 66, 20h, 13,50e, +32 8 735 24 24

Mar 28.09 The Divine Comedy + Cathy Davey Bruxelles, Le Botanique/ Orangerie, 20h, 20/17/14e, +32 2 218 37 32 10 CC Leuven, Het Depot, 20h, 27,25e, +32 1 622 06 03 Koritni Verviers, Spirit Of 66, 20h, 13,50e, +32 8 735 24 24 Sleepytime Gorilla Museum Anvers, Trix, 20h, 11,50e, +32 3 670 09 00 Bedroom Community: AM AMIDON + VALGEIR SIGURDSSON + BEN FROST Gand, Culturell Centrum Vooruit, 20h, 19/17,5e, +32 9 267 28 28

Mer 29.09 Talibam! + Zoft +Les Yeux De La Tête Bruxelles, Magasin 4, 19h, 7e, +32 2 223 34 74 Jtothec • the Bad Mothas + Vic And Lloyd Bruxelles, Le Tavernier, 21h, grat, +32 2 640 71 91 S.H.OW. Presents No Border Camp : HIGH TONE + HK & LES SALTIMBANKS Bruxelles, Beursschouwburg,

21h, grat, +32 2 550 03 50 Murder Etterbeek, Atelier 210, 21h, nc, +32 2 732 16 39

Jeu 30.09 No Border Camp Party : The Automads +The Usual Suspects + Poum Tchack Bruxelles, Magasin 4, 20h, nc, +32 2 223 34 74 Ninja Tune XX : AMON TOBIN + ADREYA TRIANA + BONOBO... Bruxelles, L’Ancienne Belgique, 20h, complet, +32 2 548 24 24 August Burns Red Anvers, Trix, 20h, 11,50e, +32 3 670 09 00 Guns N’ Roses Merksem, Palais des Sports Anvers, 20h, 59,50e Dr Feelgood Mouscron, Centre CulturelMarius Staquet, 20h, 24e, +32 5 686 01 60 The Choolers Bruxelles, Recyclart, 21h, grat, +32 2 289 00 59 Mama Rosin Forest, Bar du Matin, 21h, grat Spectre & Sensational + L.E.G. Etterbeek, Atelier 210, 21h, nc, +32 2 732 16 39 Musik And Haircut Live Bruxelles, TheWax Club, 22h, nc, info@ thewaxclub.com


playlist |

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Stare into the sun | NWFree Music Graffiti6 transcende les genres. Housy, funky, folky, ce titre est avant tout sacrément punchy ! Ce jeune duo vient d'accoucher d'un hit efficace et immédiat, taillé pour un bon spot pub. Excuses | Rough Trade Records Ne vous excusez pas d'avoir produit un morceau majestueux, empreint d'une douce mélancolie. Ce tourbillon de cordes et de chœurs harmonieux nous plonge dans un état de grâce absolue. We Can't Fly | Eskimo Recordings Nos remixeurs préférés passent à la production, chic ! Des synthés disco, un soupçon de reggae, une chorale sémillante... We Can't Fly ? Pas sûr, ce titre nous fait bel et bien décoller ! Guettez l'album, il sort en octobre. Columbia « Je te plumerai la tête », une menace française reprise ici en refrain ! Le producteur d'Amy Winehouse (Mark Ronson) chatouille des claviers vintage. Résultat, une pop hybride bien ficelée. Le clip rétro-futuriste est giga bath !



let'smotiv bruxelles n°7