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Il s'agit d'un masque Bukut du Sénégal (Casamance). Celui-ci fait partie de la première collection du musée d’Angoulême réunie en 1934. Ce masque est utilisé lors d'une d'un rite initiatique pour les jeunes hommes. Cette cérémonie, assez ancienne, a toujours lieu aujourd'hui, tous les 20 à 25 ans. Cet important

laps

de

temps

entre

deux

cérémonies explique que lorsqu'elle a lieu, elle réunisse de 600 à 700 jeunes hommes de neuf à trente ans. Avec l'extension de l'Islam en Afrique, on craignait que ce rite ne disparaisse mais il regroupe toujours autant de monde. A l'occasion de cet important événement, la communauté diola se retrouve pour débuter par trois à cinq journées de festivités où des dizaines de bœufs sont sacrifiés, et des centaines de litres de vin de palme préparés. Pendant ces quelques jours, les familles se préparent au départ de leurs fils, le troisième jour du rite, pour le bois sacré, où commencera véritablement leur initiation.


Elle débute par la circoncision des initiés avec une lame de fer. Le temps de l'initiation correspond au temps de cicatrisation de cet acte, le jeune homme ne pouvant quitter le bois sacré avant cela (aujourd'hui, l'initiation dure environ un mois et demi, auparavant ce pouvait être deux à trois mois). Ceux-ci sont séparés en groupes d'âge pour toute la durée de l'initiation. Chez les plus jeunes, les larmes sont acceptées, tandis que les plus grands ne doivent montrer aucun signe de faiblesse, de douleur. Il s'agit d'un test physique et moral. Après ce premier rite, les jeunes hommes doivent affronter une série d'épreuves (course dans le marigot, privation de nourriture, de sommeil), ils bénéficient également d’une éducation morale, par l'apprentissage de la mythologie, éducation civique, préceptes moraux... Environ dix jours avant la fin de la période de réclusion, une sortie temporaire est faite. Les initiés vont vers le village, où les mères les attendent. Il peut y avoir des décès lors de ces cérémonies, car il subsiste des risques de maladies, d'infections... Lors de cette sortie, ils portent des masques et ne peuvent être reconnus car cachés entièrement. Ces masques sont fabriqués par les initiés lorsqu'ils se trouvent dans le bois. Un pan de fibres descend du masque et vient cacher entièrement le porteur. Pour la sortie finale, tous les initiés arborent également ces masques. Des morceaux de textile sont brandis sur des bâtons de bois pour signifier s'il y a des morts. Cet objet symbolise un nouveau statut pour ces hommes. Il s'agit d'une pièce en vannerie (base de fibre végétale tressée) avec deux trous en relief pour les yeux, et des cornes fixées par une ficelle. Le masque est ensuite recouvert d'une sorte de gangue noire, et décoré (ici avec des graines rouges, des coris et des boutons de mercerie). Les coris, coquillages du bassin méditerranéen, sont une représentation de la vulve féminine : ils représentent la femme, la fertilité. Les cornes, elles, sont à la fois une représentation de l'homme et du bétail. Les Diolas sont une société de pasteurs pratiquant l'élevage, aussi le bétail tient une place importante dans leur organisation et consommation. Il s'agit aussi de rattacher l'animal à des valeurs que l'homme accompli doit posséder après son initiation : puissance, courage, robustesse, stabilité...


Ces masques sont utilisés lors de rituels agraires. Il s'agit d'appeler la fertilité de la terre mais aussi des hommes, les deux étant liés. Ils soudent la communauté villageoise, dans des régions où l'agriculture joue un rôle de premier plan. L'antilope participe d'un mythe fondateur : elle aurait percé la terre du bout de sa corne pour la rendre fertile. Dans ces masques, on peut remarquer nettement l'attache : un vêtement de palmes couvrait ensuite tout le corps. L'antilope mâle est symbolisée par un nombril proéminent, devenant une représentation phallique, comme le sont déjà les deux cornes, toujours en lien avec le rituel de fertilité. La femelle est reconnaissable par le ou les petits qu'elle porte sur son dos (ce qui est avant tout symbolique, cela ne s'étant bien sûr jamais vu dans la nature). Le lien entre la mère et l'enfant est ici clairement sublimé. Cette forme de masque est répandue. La représentation a pourtant varié selon les époques et les régions, allant même jusqu'à l'abstrait : sur certains masque, le ou les enfants sont représentés par des lignes verticales.


Ce masque vient du peuple Mendé qui est présent sur une zone couvrant le Sierra Leone, la Guinée et le Libéria. Le peuple Mendé est un peuple d'agriculteurs

qui

cultive

essentiellement le riz et l'arachide. Cette société est basée sur un système de lignage. On se reconnaît comme appartenant à un même groupe car on a un ancêtre commun. Les lignages s'unissent pour former des clans par le système

des

mariages.

L'autorité

politique est le Roi qui s'appuie sur les chefs de lignage.

Parallèlement au système politique royal, un autre type de pouvoir intervient. Le champ des croyances est réservé à une société initiatique qui s'appelle le porow. Ce système d'initiation présente des cycles de formation qui se répètent tout au long de la vie, tous les sept ans, et il s'adresse aux hommes. Au sein du porow, des masques marquent le statut d'initié à la fin d'un rite initiatique, puis apparaissent lors de cérémonies. La particularité chez les Mendé est que le porow intègre aussi une société secrète de femmes : le sandé. Le masque présent au Musée d'Angoulême est un masque du sandé, qui marque la fin de l'initiation d'une femme, et est porté par les femmes pendant les cérémonies. C'est une partie d'un ensemble qui cache le corps de la porteuse de manière à incarner complètement l'entité spirituelle qu'il représente.


Fabriqué par un sculpteur homme, seul habilité à figurer les ancêtres, ce masque représente une version idéalisée de la femme et de sa beauté parfaite : une belle femme a des formes généreuses, des plis de graisse au cou, une coiffure sophistiquée (représentée par une coiffure tricorne dont les ciselures évoquent les tresses). Elle porte des parures (boucles d'oreille, bijoux) et des scarifications (marquées sur le masque par des petites croix ciselées dans le bois). Dans la société Mendé, la femme est dépositaire du savoir de la pharmacopée. Elle sait fabriquer des médicaments à base de plantes traditionnelles qui poussent surtout dans les lacs et les rivières. Il y a un lien entre cette connaissance et les croyances qui entourent ce milieu marin. Un dieu suprême l'habite, avec lequel on peut rentrer en communication via des intercesseurs (ancêtres) qui siègent dans l'eau. Les plis de beauté présents sur le masque sont aussi l'évocation des entités spirituelles qui sortent de l'eau à la rencontre des intercesseurs, puis des vivants lors de la cérémonie.


Cet objet d’une grande richesse faisait partie du mobilier du roi, très puissant dans les anciens royaumes du Cameroun. Tout tournait autour de lui, dans un système politique très organisé et hiérarchisé. Il vivait dans un palais immense et, très savant, avait été jusqu'à inventer une langue selon un système de hiéroglyphes pour porter à la postérité tous les différents aspects de la culture Bamileke. Ce roi mourut en exil après avoir été chassé par la colonisation allemande. Cette calebasse s'inscrivait dans un rite mortuaire. Remplie d'eau et d'ossements, elle était présente lors de différents rituels.

On peut remarquer l'incroyable travail de disposition des perles de verres, importées d'Europe et considérées comme signes de richesse. Elles forment des volutes autour du ventre rond de la calebasse, formée à partir d'un fruit. Sur le bouchon, un oiseau qui symbolise le lien entre le roi et les dieux : l'oiseau vient apporter au roi la sagesse des dieux.


L'Afrique de l'Ouest se caractérise par les nombreux masques que l'on peut y trouver, qui représentent un pan important de ses cultures. Pour les Yorubas, il n'y a qu'un Dieu, que l'on ne peut représenter. Pour le prier, on passe donc par des divinités secondaires, qui sont des centaines, et servent d'intercesseurs. Il existe des confréries diverses d'adeptes de chacune de ces divinités. On connaît à défaut ce type de croyance par le vaudou particulier que l'on retrouve sur d'autres continents. Cette région ayant été le principal point d'approvisionnement en esclaves lors de la traite des Noirs, beaucoup de Yorubas ont été déportés en Argentine, Brésil, Cuba, Haïti... Ces hommes et femmes se sont retrouvés arrachés à leurs terres et croyances, évangélisés et baptisés de force. Ils ont donc mélangé la culture et les croyances qu'ils avaient en eux avec ces nouveaux dieux qu'on leur imposait de vénérer, ce qui donna naissance au vaudou. Parmi les cultes initiaux des Yorubas, on retrouve celui des Gelede, dont ce masque fait partie. Les dieux, eux, sont appelés des Orishas.


Ce culte et les cérémonies qui lui sont liées sont là pour rendre hommage à la Femme. Les Yorubas considèrent que les femmes ont un rôle important au sein de la société. Elles donnent la vie, pouvoir suprême, mais elles ont aussi une connaissance de la magie noire et de la sorcellerie dont elles peuvent se servir contre la communautés si elles le désirent. Il faut donc être en bons termes avec elles et leurs rendre hommage régulièrement. On organise alors des mascarades diurnes où l'on sort ces masques Gelede où figurent des Orishas qui sont des femmes mais portés par des hommes. Un pan de fibres textile descend du masque et vient cacher le corps du porteur, qui met également de faux seins et fesses très exagérés, et tente de se mouvoir avec le plus de grâce et de délicatesse possible. Il s'agit de mettre en valeur la beauté de la femme (mère nourricière) et de la flatter. Au fil des années, ces masques ont évolué. Pour la base, on retrouve toujours ce visage de femme caractéristique des Yorubas : bouche proéminente, yeux en triangle... Sur le dessus, on retrouve des scénettes en personnages. Auparavant, celles-ci évoquaient des proverbes, préceptes, aujourd'hui ce sont plutôt des illustrations de scènes du quotidien. Ces cérémonies sont l'occasion, sur un fond religieux, de remettre à plat les relations entre les hommes et les femmes, et se moquer de chacun, en une sorte de catharsis. On peut noter ici que les chapeaux des personnages sont des coiffes que l'on retrouve beaucoup chez les Yorubas. Cette forme de cône symbolise pour eux la « tête intérieure » des hommes, l'âme, et évoque la création du Monde.

Les objets  
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