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le noEud pap

numéro 3 OCTOBRE 2013

LOCAL HEROES : WESH! BIEN OU BIEN!? 5 ANS

En tête à Tête : PROJECT PIetà

En tête à Tête : KITSUNé x Caen En tête à tête : VINCENT MOON Local Heroes : TL FILMS DErrière l'objectif : SPECIAL FESTIVAL EN TêTE A TêTE : JONATHAN ZAWADA CA CREUSE : LARRY CLARK : THE SMELL OF US

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EDITO Dimanche 4 aout 2013. Horreur et damnation. Alors que je me trémousse joyeusement au bord de la piscine des Nuits Secrètes sur les sets de la famille Alpage ; mojitos au bord des lèvres et lèvres au bord des tiennes, car oui, même en vacances, je t’embrasse mon ami mon amant mon amour, mon lecteur  ; j’apprends avec effarement par mes pères que l’on nous aurait subtilisé le sacro-saint de nos outils de travail, notre mémoire électronique, notre entrepôt (ou dépotoir) intellectuel, nos ordinateurs. Ouais, nous voilà à poil. Tout de suite j’envisage toutes les possibilités. Espionnage, kidnapping, ou simple vol ? Stupeur. Quel genre de bête pourrait bien nous en vouloir au point de faire taire nos aventures. J’imagine une rançon, qu’est-ce qu’il veut le con ? Allé, j’te laisserai même coucher avec la plus bo..jolie de nos chroniqueuses en échange d’un disque dur, sois pas radin. Plus tard le même soir, et après 3h passées dans les mains expertes de “Francky”, doyen veneré et respecté de la police locale, il faut bien se rendre à l’évidence, on ne les reverra plus. On y a cru pourtant, d’abord après un premier appel radio : “ici patrouille .. en présence d’un bel animal ennivré sur la voie publique .. pas encore assez mûr pour être cueilli .. on repassera*”, pas pour nous. Ensuite quand notre Francky décroche son téléphone, et appelle son supérieur au comissariat de Maubeuge (Mau’quoi ?), on passe aux choses serieuses, pense-t-on : “Ouais salut Thierry, dis, j’ai un deuxieme plaignant rattaché à la même affaire, on fait comment pour les papiers j’suis perdu”, encore raté. C’est fini. Mais ne t’en fais pas cher lecteur, il en fallait plus pour nous arrêter. A peine freinés nous repartons de plus belle prendre un (puis deux) verres avec les Pan Aurora, et le soleil avec Marklion. On repense à notre été, aaaah c’était bien, draguer des blondes à Copenhague et rotir à Istanbul ; se fringuer dans les prisons du Pérou ou chez nos voisins belges ; parler jeunesse avec Larry Clark à Deauville et découvrir l’Amérique du Sud derrière les yeux de Vincent Moon ; se perdre au Berghain ou au Laos; rassembler la jeune scène Caennaise autour d’une pinte ; dire aurevoir à Grems. Cet été, on a fait tout ça. Toussa. Ce numéro c’est un peu un cahier de vacances avec pleins de couleurs, et d’ailleurs, l’année prochaine on repart, même tarif. Tu viens ? Allé tu verras on se marre bien. On ne lève pas le pied pour autant cette année, des surprises des surprises des surprises. Wait and see. Est-ce que tu viens pour les vacances ? *(termes exacts) Max Ltnr Rédacteur en Chef

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REDACTEUR EN CHEF Max Ltnr

DIRECTEUR ARTISTIQUE Eric Rktn

Rédaction MUSIQUE  Floris Yvinou MODE Ombeline Descheemaeker, Alice Delepaut, Victor Tessier CINEMA Lise Beuve, Tristan Baldi, Mathieu Koehl CULTURE GRAPHIQUE Thomas Devoddère, Constance Beer

Contributeurs

Baptiste Amieux, Jakob Chattam, Delphine Mouly, Julie Jardel

Conception graphique

Absolt (http://www.absolt.fr)

Photographies

Mathilde Dorschner

Partenariats / Relations presse

Adeline Bustin (lenoeudpapcontact@gmail.com)

Chef de projets / Evénementiel

Baptiste Pépin

Chargé de développement

Thomas Tourancheau

Chargé des relations annonceurs

Thibault Dury

La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées par ses auteurs dans leurs articles. Aucun élément de ce magazine, ne peut être reproduit, sans l’autorisation écrite de l’auteur.

REMERCIEMENTS Toute l’équipe de la rédaction et des contributeurs, photographes (particulièrement Douglas McWall), mais aussi nos partenaires : Absolt et leur savoirfaire, Péo Watson, Thibault Y-Kee et Bisou Français, Hakima de la Cave Aux Poètes, Vincent Nocrekul, toute l’équipe de l’Espace B, Le Social Club, la Blogothèque, les Wesh ? Bien ou Bien ?! et 5 ans de bonheur et de rap, Marklion, France Cocandeau, Tiffaine Blanquart, Viviane et Loren de Kitsuné, Julia en freelance, Maeva et le Sofar, le collectif Le Panier, Nadine Simoni, Aurore et SFR, Erwan et Antoine de Beware, Kylab et ses crayons. Cedric Duquesnoy d’Urban Mythology pour son gros coup de pouce. Nos reporters de l’extrême Jakob Chattam, Delphine Mouly et Baptiste Amieux. Les artistes et leur soutien qui nous touche: Pan Aurora, Kishi Bashi, Les Filles Et Les Garçons, Go Dugong, Bel Plaine, Tigers Can Swim, Birkii, tout les artistes présents sur notre première compilation (Papooz, Jerôme Echenoz, Unno, Concorde, Duellum, Bumby, Capture, Colt Silvers, Sauvage, Judy, STWO, Tender Tones, Walter Sobcek, Einleit, Aimedeuxhaine). Thomas Le Dluz, Jérémy Levin et tous ceux qu’on aurait pu oublier. Mais enfin et surtout, merci à vous, lecteurs et amis.

Couverture

Photographe : Douglas McWall Model : Cedric Duquesnoy

CONTACT lenoeudpapcontact@gmail.com


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CINEMA

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CULTURE GRAPHIQUE

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Roulette russe : Oh Boy Roulette russe : Holy Motors c’était mieux avant : Kes LOCAL HEROES : Thomas Lhermitte CA CREUSE : Larry Clark - The smell of us A l’affiche : Jeune et jolie CA CREUSE : Les femmes d'Almodovar CA CREUSE : Vincent Moon HOT SPOT : Welcome en tête à tête : Jonathan Zawada A la page : We are from LA Derrière l’objectif DE : Alexis Pillon Derrière l’objectif : SPECIAL FESTIVAL Broncques - Coachella David White - Reading Festival Glastonburry Burning Man DRESS YOUR HOME CHEZ ABSOLT Le noeud pap vu par : Thomas Ledluz

MUSIQUE

ReviewS La claque : Glass Animals LCOAL HEROES : Le Panier Ca creuse : Le rap golri 10 min avec : Alpage Records LOCAL HEROES : Pan Aurora LOCAL HEROES : Wesh! Bien ou bien!? 5 ans CA CREUSE : Le rap Us c’était mieux avant?! En tête à tête : Kishi Bashi EN TËTE à TËTE : Kitsuné x Caen HOT SPOT : Magazine Club HOT SPOT : Social Magazine Lendemain : Beauregard Festival LENDEMAIN : Le Rock Dans Tous Ses Etats LENDEMAIn : Les Nuits Secrètes LENDEMAIN : Dour Festival LENDEMAIN : Maison Sauvage LENDEMAIN : Distortion Festival LENDEMAIN : Grems au Splendid CORRESPONDANCE: Berghain Berlin CORRESPONDANCE : Laos

32 34 36 38 42 46 48 50 58 60 66 70 74 76 80 82 86 90 92 96

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SOMMAIRE

MODE

LOCAL HEROES : La Garçonnière LOCAL HEROES : Camille W. EN Tête à tête : Project Pietà LE DRESSING HOMME LE DRESSING FEMME Lost In Translation

102 105 106 108 110 114 118 124 126 130 138 139 140 142 144 146 148 150 152 154 156

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MODE

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LOCAL HEROES

5 QUESTIONS à TRISTAN BESNARD

LA GARçonniEre par Max Ltnr

Au Nœud Pap’, voilà déjà un bon moment qu’on scrute avec attention les travaux de Tristan Besnard, créateur de La Garçonnière, marque française de prêt-à-porter née entre Tournai et Lille et soutenue par La Maison de Mode de Roubaix (qu’on ne vous présente plus). Voilà pour le décor. Ni une ni deux, je l’invite pour une rencontre dans mon « petit appartement de célibataire » virtuel à moi - où femmes cougars, banquiers congolais et autre chirurgien du pénis restent à la porte, refoulés par Spam mon physio - pour lui poser 5 questions. Salut Tristan, peux-tu nous résumer ton parcours et celui de la marque ? TristanA la base j’étais censé « devenir » patineur artistique mais mes résultats scolaires étant plus que médiocres, j’ai dû me décider très tôt à m’orienter vers une voie professionnelle, ainsi, ma passion pour le vêtement et la mode à commencé à 16 ans avec une formation pro en couture et modélisme. Suite à cela j’ai rejoint les instituts St Luc à Tournai, dans l’idée de décrocher un diplôme de design de mode, mais, décidément le formatage « scolaire » n’était pas fait pour moi et l’idée de créer une marque est devenue une évidence. Je me suis donc dirigé vers l’Association Maisons de Mode qui m’a grandes ouvertes ses portes. La Garçonnière était née.


Que t’a apporté la Maison de Mode de Roubaix ? Un soutien aussi bien professionnel que personnel dans toutes les étapes importantes de la Garçonnière. Qu’est-ce qui a changé depuis ta victoire au concours Who’s Next Blog ? Depuis le Who’s Next (qui a été mon premier salon exposant), j’ai énormément gagné en confiance à travers l’intérêt et l’enthousiame que m’ont témoigné les visiteurs... Ainsi, on pourra trouver ma première collection été 2013 dans plusieurs boutiques et e-commerces en France mais aussi à l’international et surtout sur Mars !

Est-ce que tu peux nous raconter l’histoire et les inspirations qui se cachent derrière chacune de tes collections, Dark Hawaiian et Escoute ? Rapidement, la première collection « Escoute » s’est inspirée du monde enfantin du scoutisme et de son vestiaire militaire, la seconde collection « Dark Hawaiian » à gagné en maturité à travers des inspirations plus sérieuses, comme le vestiaire anglais du début du XXe siècle décliné dans des teintes profondes. En règle général, de quoi t’influences-tu pour créer ? Je suis très sensible aux diverses formes d’art. Ainsi mes inspirations peuvent être très éloignées voir sans rapport ainsi le dernier « Assasin’s Creed » m’a autant inspiré que la dernière exposition Chagall à la piscine de Roubaix !

LA GARCONNIERE http://lagarconniere-studio.com/ www.facebook.com/lagarconniere.studio http://lagarconniere.bigcartel.com

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LOCAL HEROES

CAMILLE W. par Alice Delepaut

UNE FILLE PA SAGE DU TOU

Camille, Camille Camille… Bretonne d’origine polonaise et lilloise d’adoption, très fraîchement diplômée de l’École Supérieure des Arts de Saint-Luc à Tournai (Belgique), elle sort pour la rentrée une nouvelle collection de prêt-à-porter homme/femme. Faisons court mais faisons bien, Camille, pour ceux qui ne la connaissent pas encore, c’est avant tout une personnalité hors du commun, le genre de personne que l’on pourrait apparenter aux tornades et autres tempêtes tropicales, un cyclone qui t’emporte littéralement sur son passage - mais alors un cyclone multicolore qui diffuserait du Salut C’est Cool tout en crachant des paillettes ou des flammes, voire des paillettes et des flammes. Petite discussion pépère, de celles qui naissent généralement autour d’une bonne Jupi…


PAS OUT

Salut, comment ça va ? Ben écoute, je rentre d’une teuf dans le fin fond de ma Bretagne natale donc ça va, je suis toujours d’attaque après un bon weekend ! Et toi, ça va ? Ça va, ça va… Tu fais quoi de beau de tes vacances ?

C’est bien ce que j’ai cru comprendre, j’ai comme l’impression que tu as su bien t’entourer, qui sont ceux avec qui tu travailles ? Haha en effet, je ne suis pas seule, la team Camille W. ne cesse de s’agrandir. Avant je bossais surtout en tant que styliste photo (ndlr: elle a eu l’occasion de collaborer à plusieurs reprises avec Servan et

Tu vas rire, ça va faire six ans que je suis

Victor des Bichon + Bichon et la créatrice de

saisonnière dans la restauration entre Rennes et

bijoux Little Jou) puis je suis arrivée a Lille. Je

St-Malo ! Mais dès que j’ai du temps libre, je bosse

ne connaissais personne à part Tristan (créateur

à fond sur ma nouvelle collection et pendant mes

de La Garçonnière chez Maisons de Mode) qui

jours de repos je me balade par-ci par-là…

est également breton et que je connais depuis

Bien fêté ton diplôme de St-Luc alors ? Tu n’as pas idée, après l’annonce des résultats j’étais tellement émue et heureuse à la fois que j’ai

ma naissance. J’ai fait un stage pour sa marque et il m’a également beaucoup aidée pour la création de mes pièces. J’ai participé au concours Tremplin de styles organisé au Jardin des Modes

invité tous les gens qui m’ont aidée et soutenue à

et contre toute attente j’ai remporté le prix coup

venir festoyer chez moi ! Et après je suis partie

de cœur du jury. Je me suis alors dit “Pourquoi ne

quelques jours en vacances en Hollande.

pas lancer ma marque ?”. Mon meilleur ami Alex,

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tout peux m’inspirer, je vais donc voir diverses expos régulièrement même si j’ai un penchant pour l’art contemporain en général. Je sais que tu écoutes beaucoup de musique, peux-tu nous dire quels morceaux tournent le plus dans ton mp3 ces derniers temps ?

également emballé par cette aventure est aussitôt devenu mon assistant. Les amis que j’ai rencontrés au fil des événements participent également en tant que modèles, photographes, modélistes, maquilleurs, réalisateurs, etc… Je commence tout juste, je préfère m’entourer d’amis en qui j’ai confiance et j’aime l’idée d’un groupe de potes dans lequel chacun participe à sa manière à l’aventure. Et tout récemment c’est Alexandre Forêt (de Mode’n’Arts) qui a rejoint le bateau. Parle-moi un peu de ton univers, de tes inspirations, est-ce que tu as un créateur ou un artiste favori, celui qui t’influence le plus… Je ne saurais pas vraiment définir mon style. J’ai mauvais goût et je l’assume. J’aime le kitsch et le ringard, c’est plus fort que moi, cela doit être du a mon enfance dans les années 90. Je suis influencée par les cultures des pays du monde, la culture street, j’aime les sports de glisse et les dessins animés, les différents travaux textiles (imprimés, broderies, tricot, tissages…): on mixe le tout et je pense qu’on obtient un espèce de melting-pot coloré et excentrique. Par exemple, cette année, j’ai hybridé la culture dont je suis originaire (le folklore traditionnel polonais) avec le vestiaire hip-hop et les Pokémon (si si , je te jure…). Mes créateurs favoris sont Jeremy Scott, Walter Van Beirendock ou encore Bernhard Willhelm. Je suis très curieuse et j’ai toujours soif de nouveaux visuels, donc dans le domaine des arts graphiques,

C’est vrai, j’ai en permanence du son dans les oreilles mais si je devais donner quelques titres pour l’été ce serait Time des Pachanga Boys, Lynchesque de Dusty Kid et Shades de Popof. Ouais j’aime bien l’électro je crois… J’écoute aussi en boucle l’album Black Noise de Pantha, du Prince et l’album OVNI de Odezenne (des Shakespeare du rap français selon moi) !


Quels sont tes projets dans l’immédiat / quoi de prévu pour ta marque Camille W. / tu m’as parlé de l’ouverture d’un e-shop ?

d’ici fin 2013 (Paris, Bretagne, Nord, Belgique) et j’expose également au Pol’Art à Lille du 9 novembre au 1er décembre.

Mais ouais ! À partir du 29 septembre prochain (si tout se passe bien jusqu’ici) il sera possible d’acheter mes fringues sans bouger ses fesses de chez soi grâce à cet outil merveilleux qu’est l’internet ! Ma collection est encore secrète mais beaucoup plus “prêt-à-porter” que ce que j’ai pu créer jusqu’ici même s’il s’agit toujours de pièces uniques pour hommes et pour femmes. Ensuite, j’ai quelques projets de shooting photo et de défilés

Quand tu seras grande, tu seras... Ben figure-toi que quand j’étais gamine et qu’on me posait cette question je répondais: clubbeuse. Mais en réalité aujourd’hui j’ai juste envie de continuer à travailler dans la mode, de voyager et de faire du surf !

CAMILLE W. www.camillew.fr https://www.facebook.com/pages/Camille-W/305977756169062?fref Photographies par Victor Pattyn et Norton Taillandier.

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EN TETE A TETE

PROJECT PIETÀ par Victor Tessier

Nombreux sont les projets intéressants, mais rares sont ceux qui nous interpellent vraiment, par leur fond, leur originalité, ou simplement leur qualité. Imaginez alors l’engouement lorsque nous en avons croisé un qui répondait à toutes ces attentes en même temps. Perdu dans les couches de l’internet virtuel, une dose de monde réel nous a frappé en plein visage, et son nom est Pietà. À l’initiative de cette aventure hors du commun, Thomas Jacob, un français expatrié au Pérou, qui a su dénicher des talents là où on s’y attendrait le moins. Loin des carcans de la mode actuelle, mais tellement proche de ceux des cellules d’antan, c’est avec humilité ET humanité qu’il a su créer quelque chose qui mérite d’aller loin, très loin... Impatients de pouvoir répandre la bonne nouvelle, nous lui avons posé quelques questions, dont voici la retranscription.

LA MO DERR


MODE SORTIE DE RRIère les baRreaux Le Noeud Pap : Peux-tu te présenter brièvement ? Quel a été ton parcours pour que tu atterrisses au Pérou ? Je suis Français, mais ça fait plusieurs années que j’habite à Lima, au Pérou. Au cours de mes études à Paris, j’ai du faire un stage à l’étranger : je suis parti à Buenos Aires et je ne suis jamais revenu ! J’ai eu l’opportunité peu de temps après de venir travailler pour une marque française qui produisait à Lima. J’ai une nouvelle fois tout laissé en Argentine et suis parti au Pérou  ! C’est donc par ce biais que j’ai atterri ici. Je crois qu’il faut toujours saisir les opportunités qui se présentent à toi, surtout quand c’est un voyage vers l’inconnu. Depuis j’ai ma vie ici, je trouve qu’il y a beaucoup plus de libertés qu’en France, ici, c’est l’insouciance qui règne ! Comment t’es venue l’idée de créer une ligne de vêtements avec des détenus ? Quel est le but du « Project Pietà » ?

travail (comme des machines à coudre et tisser), mais qui ne servaient qu’à un usage interne, car personne à l’extérieur ne voulait travailler avec des prisonniers. J’ai trouvé cela très dommage, surtout que je voyais que les détenus étaient hyper motivés et très ouverts. De là m’est venue l’idée de créer une marque de vêtements : mais je voulais faire quelque chose de haute qualité, afin de montrer que nous n’étions pas pires qu’un autre, et qu’en prison aussi il y avait des talents et des compétences. Donc j’ai commencé à dessiner quelques modèles, et petit à petit j’ai profité des autres compétences d’autres détenus pour développer nos panels d’activités (de couture on est passé au tricot à main, puis mailles machines, puis broderies, puis maroquinerie, etc.). Le but, c’est de développer et promouvoir les talents de la prison, et rassembler les compétences de chacun pour sortir un produit de haute qualité. Tout est complètement intégré à la prison, rien n’est fait à l’extérieur, d’ailleurs je suis le seul « libre » ! 

En fait, je n’avais jamais pensé à cette idée de créer une ligne de vêtements, et encore moins en prison. C’est aussi une opportunité qui s’est présentée de manière fortuite : un jour, une amie de l’ambassade m’invite à un évènement dans une prison de Lima, et je rencontre là-bas des personnes très chaleureuses, très heureuses d’avoir de la visite de « l’extérieur ». Les détenus avaient tous le sourire aux lèvres et étaient extrêmement reconnaissants. Instantanément, je me suis fait des amis, qui me racontaient qu’il y avait la possibilité de faire beaucoup de choses en prison, que les détenus avaient la motivation, qu’il y avait des machines de

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T’étais-tu déjà intéressé à la mode avant ce projet ? Pas vraiment ! Quand on te dit « mode », tu penses aux défilés haute couture des maisons françaises, qui certes sont magnifiques, mais qui sont à des années-lumière de comment 99 % des gens vivent la mode au quotidien. Moi, ce qui m’intéresse, c’est le concret, c’est faire des vêtements pratiques, que tout le monde peut porter, et non pas des œuvres d’art qu’on préfère admirer que porter.  Comment les détenus ont-ils accueilli l’idée ? J’ai lu ici et là que tu avais tissé un véritable lien avec eux, peux-tu nous en dire plus ? Les détenus étaient hyper emballés dès le début, mais après coup, j’ai su qu’au fond d’eux ils avaient une pointe d’incrédulité et de réticence, car on leur fait toujours plein de promesses qui ne sont jamais respectées, que ce soit l’administration pénitentiaire, les politiques qui viennent en visite à la prison, des investisseurs potentiels, ou même leurs amis ou leurs familles... Quand tu es à la prison, c’est très fort, tu ne peux que constater la détresse, mais aussi l’humanité des détenus, et tu as envie de leur venir en aide. Mais une fois sortis,

beaucoup retournent à leurs vies quotidiennes et oublient les détenus, et l’impossibilité de contacts faciles et directs ne favorise pas les choses. Mais moi je me suis toujours investi à fond sur le projet, j’allais à la prison presque tous les jours, c’est pour cela que petit à petit j’ai noué une relation très forte avec de nombreux détenus avec qui je travaillais, et maintenant tous les travailleurs de Pietà sont véritablement des amis. Beaucoup n’ont pas de visite d’amis ou de familles je suis parfois leur seul lien avec le monde extérieur. C’est toujours un plaisir pour moi d’aller à la prison, je ne le considère pas comme un travail. Au contraire, je crois que pour moi c’est un moment de liberté, hors du temps, où il n’y a plus de téléphone ni internet, juste les relations humaines et directes. C’est un autre monde. Comment as-tu travaillé avec l’administration pénitentiaire pour qu’ils te laissent le champ libre ? J’ai eu la chance d’avoir de bons contacts à l’administration pénitentiaire péruvienne qui a de suite compris l’intérêt et le potentiel du projet et m’a toujours soutenu. C’est aussi dans leur intérêt


de développer ce genre d’initiatives, car au final, l’objectif c’est la réinsertion des détenus dans la société. Je crois qu’ils se sont aussi rendu compte du potentiel de la marque. Ils me soutiennent énormément et sont assez investis pour le bien être des prisonniers. Même si tout n’est pas parfait, ils font des efforts. Qu’ont les détenus à tirer d’un tel projet ? Tout d’abord, pour quelqu’un enfermé plusieurs années, c’est toujours une évasion d’occuper son esprit en faisant autre chose que de penser à sa peine par exemple. Après, concrètement, cela leur permet aussi de générer des revenus pour leur travail, ce qui peut servir à leur acheter des produits d’hygiène de base, de la nourriture, ou aussi économiser pour payer leurs réparations civiles (frais de justice ou dédommagement des victimes). Ça leur permet aussi d’avoir une expérience professionnelle et ne pas avoir un «  trou  » sur leur CV durant plusieurs années.  Et surtout, un jour de travail en atelier équivaut à une journée de remise en liberté anticipée. 

travailler dans d’autres établissements pénitentiaires du pays. Mais pourquoi ne pas étendre aussi le concept à d’autres prisons d’Amérique Latine, voire d’autres parties du Monde ? Ça pourrait être un projet global fantastique, cependant, le travail en prison nécessite beaucoup de temps en amont, afin de former les détenus, voir leurs points forts, ajuster les designs suivant leurs compétences, développer les samples et arriver au niveau escompté.

As-tu déjà des pistes pour proposer ces vêtements au reste de la planète ?

Quand une idée aussi bonne que celle-ci sort de la tête de quelqu’un, c’est rarement la seule qu’il a. Tu as d’autres projets qui germent ?

Étant donné que nous n’avons pas les moyens de recruter des agents commerciaux pour développer notre réseau de distribution, on y va au culot ! En contactant directement les boutiques et en leur expliquant notre projet. J’ai la chance d’avoir des amis aux quatre coins du monde qui m’aident. Heureusement, beaucoup de clients y sont sensibles. On a pas pour objectif de devenir mainstream, je sais qu’on se positionnera toujours sur un marché de niche, car le concept de la marque et l’histoire du vêtement a besoin d’être expliqué. On nourrit une relation intimiste avec le client, on offre bien plus qu’un vêtement. Mais je crois que le potentiel reste énorme.

Effectivement, j’ai pas mal de projets en tête ! Au niveau carcéral, j’aimerais arriver à faire de Pietà un vrai label artistique, et pas seulement une marque de mode. Je constate chaque jour qu’il y a des talents emprisonnés, des personnes hors du commun qui pourraient apporter beaucoup au monde extérieur. On pourrait par exemple produire des artistes musicaux, éditer des livres, réaliser des courts métrages... On va développer ce côté-là petit à petit. L’objectif étant toujours d’être créatif et impertinent, et personnellement, oui, j’ai aussi en tête de nombreux projets créatifs et artistiques, mais rien de concret pour l’instant, donc je préfère ne pas en parler !

En parlant de potentiel énorme, tu te vois développer ce même projet dans d’autres prisons ? Bien sûr, j’y ai déjà pensé. Premièrement, suivant les productions, nous serons peut-être amenés à

Pour découvrir le travail de Thomas, ça se passe sur le site web du projet, qui est d’ailleurs lui aussi extrêmement bien réalisé : http://www.projectpieta.com

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Annonceurs, contactez lenoeudpapcontact@gmail.com, pour consulter notre kit mĂŠdia

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ROULETTE RUSSE

OH BOY Par Mathieu Koehl

Titre : Oh Boy Réalisateur : Jan Ole Gerster Film : Allemand Genre : Comédie Dramatique Sortie : Le 05 Juin 2013. Sortie DVD/Blue-Ray : 16 Octobre 2013

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on d’accord, l’Allemage est l’un des plus grands exportateurs mondial de biens au monde, mais de là à exporter le cinéma Allemand (...) Et pourtant, c’est un bien joli conte qui nous était offert en Juin dernier puisque sortait sur les écrans « Oh Boy ». Peu connu en France, le jeune réalisateur allemand Jan Ole Gerster (35ans) semble pourtant bien plus reconnu qu’il n’y parait de l’autre coté du Rhin. Amoureux du cinéma depuis son plus jeune âge, Jan Ole Gerster s’approprie bon nombre de chef d’œuvres et réussit à participer (en tant qu’assistant de Monsieur Wolfang Becker, tout de même !) à l’un des grands films de l’Allemagne : « Good Bye, Lenin  !  », petit à petit il est à son tour reconnu pour son talent de réalisateur. En effet, fin Avril 2013, il remportait un Lola d’or (l’équivalent des Césars français) pour le prix du meilleur film Allemand, du meilleur scénario, du meilleur acteur pour Tom Shilling, de la meilleure musique de film et du meilleur second rôle masculin avec Michael Gwisdek, et naturellement celui du meilleur réalisateur.

La première apparition en France du film, c’était lors du 17ième Festival du cinéma Allemand. De nombreux cinéphiles s’étaient donnés rendez-vous au cinéma l’Arlequin (Paris) pour découvrir des longs et courts métrages d’Outre Rhin. Le réalisateur un amoureux de Paris, avait fait le déplacement en compagnie de son pote Tom Schilling, de quoi fêter la création « Oh Boy » tous ensemble. Le film est construit sur une temporalité précise : 24h. La temporalité dans un film est un choix déterminant et ici grâce à ce choix, un rythme précis est orchestré. L’atmosphère du film en est sensorielle. Tout d’abord par la vue. Seuls certains films de notre génération peuvent user de la monochromie selon l’histoire narrative élaborée. La couleur donne des repères, fondez-vous dans l’intimité du personnage principal et contemplez l’essentiel, oui l’essentiel ! Eric Rohmer dans « Ma nuit chez Maud » précisait que le noir et blanc dépouille; il supprime les détails superflus.


Rappelons que notre cher réalisateur apprécie au plus haut point l’époque de la Nouvelle vague et que notre Truffaut national n’a quasiment plus de secret pour lui. Le noir et blanc à bien plus de dimensions que son seul duo, croyez-moi ! D’ailleurs, j’ajouterai une dimension : surement la plus importante dans ce film, la dimension poétique. Le but ? Traduire le réel avec une sensibilité particulière, c’est notamment le cas lorsque le personnage principal est poussé à des réflexions internes (voix off) face aux situations qu’il rencontre. La vie est un hasard fait d’illusions et de désillusions. - On retrouve parfois cette approche dans « Lola » de Jacque Demy […] Puis par l’ouïe et celle-ci délivre encore un peu plus les mystères de l’atmosphère «  Oh Boy  ». La bande son est travaillée avec de vrais musiciens qui s’accaparent la scène puis enregistrent leurs mélodies : une poésie de l’instant. Ça va jaser mais là également, seul le jazz pouvait s’accoupler avec ce long métrage. Dans le jazz il y a plusieurs échelles de narrations  :

l’explicite, l’implicite, l’intime, l’expérience par l’impro. […] Le jazz relève de l’univers expérientiel, parfois, souvent elle est une rythmique de l’improvisation. Et enfin, par le goût, (enfin un goût mémoriel). Bien que la chose soit subjective après tout, nous pouvons facilement partager l’expérience du personnage principal (Nico) à travers les nombreuses péripéties de la vie auquel il est confronté. Il est donc pour chacun, chacune possible de s’identifier ou non dans certains passages d’Oh Boy. L’inspiration de Jan Ole Gerster trouve sa source dans son quotidien. Reconnu également dans le monde publicitaire, il nous offre ce long métrage avec passion impliquant une résonance aux contrastes existentiels qui sont parfois les nôtres. Seul Jan Ole Gerster pouvait donner une telle mise en scène de la vie !

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ROULETTE RUSSE

HOLY MOTORS Par Tristan Baldi

Titre original : Holy Motors Date de sortie : 4 juillet 2012 Réalisateur : Leos Carax Production : Pierre Grise productions Acteurs : Denis Lavant, Édith Scob, Eva Mendes, Kylie Minogue

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Ouiii, c’est intello, tout çaaaa, et pis Carax il essaie de maintenir sa réputation d’enfant terrible du cinéma en faisant un film inaccessiiiiible, j’me suis fait chier comme jamais, et puis c’est gratuit, ça m’a pas emporté. » Fort heureusement, je suis allé voir ce film sans avoir lu les critiques. Tout ce que je savais alors c’est que je n’avais vu qu’une moitié d’un seul film de Carax jusqu’alors : Mauvais sang. On s’était endormi (il était très tard) et je n’avais jamais voulu reprendre le film où je l’avais laissé. Bon. J’étais avec un pote sur Paris, et il me dit qu’il va voir le dernier Carax. Ca tombe bien je voulais le voir, et nous nous installons donc dans une salle du MK2 Bibli, et on en a pris plein la mouille. On commence par suivre Oscar, qu’on voit au début du film sortir d’une villa coûteuse, dans un costar coûteux, quitter dignement sa famille comme dans un film de Jacques Tati (je pense à Mon Oncle) et grimper dans une Limousine. Il commence par appeler un type et discute business et Bourse dans un vocabulaire impeccable.

La conductrice de la limousine, qui est à la fois sa secrétaire et son ange gardien, lui fournit un carnet avec les “missions” de la journée, qu’il commence grimé en vieille mendiante. Nous le voyons ensuite à nouveau dans sa limousine (qui est sa loge) se parer d’un costume de motion capture, pour finir par se rendre dans un studio et faire des acrobaties armé de faucilles, et encore faire des acrobaties armé d’une femme parfaitement dessinée dans son costume de motion capture. La journée d’Oscar va se dérouler de missions en missions, instants de vie éphémères qui laissent rapidement tomber le rideau sur chaque histoire commencée : de père de famille tour à tour génial et atroce en vieil homme sur son lit de mort, de mafieux tuant son double à M. Merde enlevant Eva Mendes lors d’une séance photo au Père Lachaise pour l’emmener dans les égouts, Oscar (le brillant Denis Lavant, comme d’hab) enchaîne les rôles.


Lavant et de cette superbe créature, rappelant bizarrement une scène (inexistante) d’amour entre deux personnages d’Avatar.

Car il s’agit bien de cinéma, mais aussi de scène, de philosophie, et de poésie. Je me suis rendu compte, à un moment donné, qu’enfin je regardais un film au cinéma qui maintenait tous mes sens en éveil, qui se servait réellement de l’espace qui lui est attribué pour m’enlever de mon siège et me suggèrer une autre vision de la vie et de ses extensions. Il y a d’abord une technique irréprochable agrémentée par des possibilités infinies en termes de décors. Passer d’un homme d’affaire à une mendiante à une scène érotique entre deux personnages dans une salle d’un noir de plomb, à peine éclairée par quelques leds, le tout en quelques minutes, c’est un peu comme la première fois qu’on entend le jingle “THX dolby surround” au cinéma. Ca monte en intensité, il y a des contrastes fabuleux, il y a beaucoup de ce que le cinéma a à offrir. C’est tourné vers l’avenir, et penché sur le présent, mais tout ça tient sur des bases incroyablement solides qui appartiennent au passé. Un exemple saisissant est ce qui est pour moi encore une référence à Tati : lorsqu’Oscar arrive dans les studios avec son costume, nous le voyons passer dans un petit Tunnel de verre surélevé, croisant d’autres personn(ag)es habillé(e)s de façon similaire, situés dans un tunnel juste au dessous. La scène est prise de l’extérieur, avec seuls quelques bruits “atmosphères”, anonymes, avec une lumière assez claire sur un ciel gris. Vision surréaliste d’hommes qui font ce qu’ils ont à faire, quoi que ça puisse bien être. L’architecture de ce plan est très Tatiesque, et juste après nous nous retrouvons dans cette fameuse pièce de Motion capture, catapultés dans le 21e siècle. L’écran montre même des créatures 3D modélisées à partir des mouvements de Denis

Non, et puis merde. La scène dans les égouts du Père Lachaise, avec un M. Merde qui arrange la robe d’Eva Mendes en Burka avant de s’allonger sur elle, complètement nu avec une érection de tous les diables, ça fonctionne ou ça fonctionne pas. Ca marche très fort pour moi. C’est un moment de cinéma que je n’oublierai pas, où tout se fige, où tout ce qui compte est l’instant présent qui voit deux personnages opposés s’accorder un moment de répit. Elle, un répit dans l’image, dans le fait de paraître, dans la démonstration. Lui, un répit dans le dégueu et dans la bestialité, que lui procurent une nudité et une position allongée.

La scène finale est vraiment chouette, les limousines dialoguant à la lueur de leurs feux arrières, comme autant de figurantes indispensables à la vie de ces personnages que sont leurs passagers, qui se griment à longueur de journée pour la “beauté du geste”. Je n’ai pas saisi les références, je ne me suis pas creusé la tête. J’ai suivi les histoires d’amour et de guerre et de suicides, en écoutant chanter Kylie Minogue sur “Where we were”, écrite par Carax et un aut’ type pour le film, je me suis dit que je pourrais faire tout et n’importe quoi dans la vie, et que pour le moment j’aimais bien être dans cette salle, j’ai eu envie de monter le son pendant l’entracte “Trois, douze, merde” (au passage, j’ai adoré), et je me suis dit que ça faisait longtemps, aussi, que je n’avais plus vu un film de caractère comme celui-ci. J’ai beaucoup aimé ce film, et je le conseille vivement

CINEMA 035


C'ETAIT MIEUX AVANT

KES Par Tristan Baldi

Titre original : Kes Date de sortie : 1 Mai 1970 Réalisateur : Ken Loach Acteurs : David Bradley (Billy), Freddie Fletcher (Jud), Lynne Perrie (Mme Casper)

K

es, sorti en 1970, est le second film de Ken Loach. Le film met en scène le gosse que j’aurais voulu être, celui qui overclocke sa curiosité tête dans le guidon. Rien, mais alors rien à taper de ce qui excède son champ de recherche, ce but qu’il ne s’est même pas fixé. Ce genre de gamin, encore, qui n’a pour seul carburant qu’un flot continu d’interrogations entourées de mystères. Il est de la trempe de ceux que je n’aime pas croiser, pour la seule et unique raison qu’ils me renvoient à ma fausse complexité, et me projettent sur grand écran le détour que je n’ai cessé d’emprunter depuis ma plus tendre enfance dans le but d’atteindre une sérénité d’esprit toujours plus hors de portée. C’est-à-dire qu’ils... ils me rendent dingue de jalousie. J’ai visionné ce film dans l’avion qui me menait à Sydney, et si je n’ai d’ordinaire aucun problème à décrypter un film non sous-titré, je dois avouer qu’à cause des accents acérés des protagonistes de Kes il m’est arrivé de rager tout seul devant mon petit écran, repassant douze fois une courte scène pour essayer de comprendre ce fameux « Gzingzxo », et ce qu’il entendait par « heruil ».

Ça ne m’a pas empêché de beaucoup apprécier ce tableau peint par Loach. L’histoire de Billy (Casper), ce gamin peu loquace, peu brillant à l’école, issu d’une famille sentant la bière et la renonciation, qui découvre un nid de faucons et se met en tête d’apprivoiser Kes, beau spécimen directement pêché tout en haut d’une tour en ruines. Et s’il est vrai que Ken Loach a probablement voulu dépeindre la pauvre situation de la ville minière de Barnsley, toute mon attention n’a été focalisée que par ce petit prodige d’acteur qu’est David Bradley, et son amour porté à la fauconnerie et à son faucon crécerelle. Kes aurait pu être un long métrage muet, il m’a laissé la même impression visuelle qu’un Stalker de Tarkovski, et m’a fourni autant d’énergie et de positivisme qu’un Elephant Man de Lynch. Au beau milieu du film, je me suis payé une bonne tranche de rires avec le prof de sport, bonhomme perdu dans un terrain de foot glacé, tentant plus de vivre sa carrière de grand footballeur que d’inculquer les rudiments du foot à ses gamins. Et Billy, au milieu, transi de froid, de se réchauffer à coups de singeries sur


la barre transversale. Et que faire d’autre ? Lorsqu’on n’a pas le physique pour le football, les options sont maigres. Il faut voir le conseiller d’orientation demander à Billy un choix entre un travail de « gratte papier » et un boulot manuel, la mine de Barnsley

Il n’y a que lorsque Billy, poussé par son prof, explique la façon dont il a élevé son faucon devant la classe tout entière, qu’un élan d’intérêt ébranle les gamins : d’ordinaire si peu concernés, si amers et si enclins à se mettre des bâtons dans les roues, ils posent des questions, toisant Billy et ouvrant grand leurs oreilles pour ne rien manquer de ce superbe monologue, avant d’applaudir chaudement le gamin pour sa prestation.

La bande originale est très simpliste, une flûte légère suivant le garçon à travers les bois, contrastant avec cet univers gris et sale. De tableau en tableau, du lever pénible de Billy, partageant son lit avec son grand frère borné et peu éclairé, aux soirées populaires réunissant vieux et jeunes autour d’un verre et d’un groupe de musiciens mélangeant rock et chansons paillardes, on suit l’étouffement des rêves, le quotidien rythmé par de petites tragédies anonymes et les rares moments de joie timide, surgissant juste avant un fondu enchainé, comme pour braver l’amertume. Était-ce le fait de visionner ce film en avion ? Ce pour quoi je l’adore, je n’en suis même pas sûr. Ce dont je suis certain en revanche est que ce n’était pas la dernière fois que j’assistais à ce prodige cinématographique, qui représente presque tout ce que j’aime dans un film. Je me suis senti vieux, puis jeune, puis clairvoyant, au moins pour quelques heures, avant que l’aéroport de Singapour me happe à nouveau dans toutes sortes de formalités pénibles, et me dégueule dans un siège moelleux pour que je puisse m’y évanouir quelques heures. J’ai probablement été un faucon pour quelques instants. Ou peut-être un gosse construisant des cabanes en bois, je prends aussi. Je ne me souviens pas, mais j’ai encore trente bonnes années pour faire ce que je veux, et partir à la recherche de ma naïveté perdue. Merci Billy, it’s on!

CINEMA 037


LOCAL HEROES

10 QUESTIONS A

THOMAS LHERMITTE Par Lise Beuve

22 ans, plus de 50 publicités, clips pour le web et la TV, 2 courts métrages et un moyen métrage à son actif : pas mal non ? On vous avait parlé de lui lors de la sortie de son très drôle et glissant Yo What’s up, vous vous souvenez ? Thomas Lhermitte, c’est son petit nom, il a d’abord commencé par filmer le milieu de la glisse et de l’événementiel avant d’endosser, à la fin de ses études le statut de réalisateur indépendant. Entreprenant et à l’aise à chaque étape du processus de réalisation, il n’hésite pas à se bouger pour donner vie à ses projets. Il prépare actuellement son deuxième moyen métrage « La Menace d’une rose », un remake comique de James Bond. Entre deux prises et trois cuts, il a répondu à quelques questions revenant sur son parcours. Salut Thomas, une petite présentation s’impose, qui es-tu ? Hello ! Franchement, votre description déglingue, ça impose direct  ! Je ne sais pas trop si je dois répondre à cette interview de manière sérieuse ou non (t’as vu, ça commence déjà à être chiant), mais comme le public jeune et dynamique, on lâche les grands mots  : je suis «  cinematographer  »  : une sorte d’homme à tout faire de l’audiovisuel et skateboarder amateur depuis 14 ans, gravé dans la peau. Je suis domicilié à Lille, Paris ou ailleurs selon le travail… Une vie de gitan quoi. Autrement j’aime les panoramas. Ton premier moyen métrage «  Yo What’s Up  » est sorti il y a quelques mois, comment a-t-il été reçu ? Que retiens-tu de cette expérience ?

YWU est un premier « film  », si je puis dire de fin d’études porté-réalisé-joué par 3 étudiants  : Thibaut Macquart, Antoine Gouverneur et moi même. C’est une comédie absurde à prendre au second degré tournée en anglais et en français au cours de l’année 2011 dans toute la France. Nous manquions cruellement d’expérience pratique en fac de sciences de l’audiovisuel (bonjour les maths de la transmission du signal), on a donc décidé de partir pendant les vacances scolaires tous les trois pour faire un film de A à Z (scénario, production, postproduction, diffusion). Nous nous étions dit que ça ne pouvait être que bénéfique pour l’expérience, et ça l’a été ! 4 Le film est à voir ici : http://tlfilms.fr/


As-tu rencontré des difficultés particulières ?

lucratif, ce sont nos économies personnelles qui ont servies et les participants étaient tous bénévoles. Merci aux quelques marques qui nous ont soutenus comme Von Zipper. C’était astuces et compagnie pour monter des équipes.

Oui ! À tous les stades, faire un film de A à Z c’est bien plus compliqué que ce qu’il n’y paraît. Avant de se lancer, il faut des bases autant techniques qu’artistiques. Nous avons fait ce film justement pour nous confronter aux multiples problèmes Bref une très belle aventure humaine qui s’est liés de près ou de loin terminée sous les à notre futur métier et applaudissements du Une vie de gitan quoi apprendre de nos erreurs public lors des avantpar la suite. Gestion de production, mise en scène, premières en salle, beaucoup d’émotion ! découpages techniques, erreurs scénaristiques, Il y a quelques années on te voyait beaucoup problèmes techniques avec les caméras, les ombres tourner pour faire des vidéos de concerts/soirées, de perche, la lumière, les autorisations, le workflow t’en garde quel souvenir ? de montage, les encodages pour les diffusions en Une super rampe de lancement, mais à mes risques salle, les DVD, la communication, etc. La liste est et périls. Durant mes années lycées et facs, j’ai en longue. Il y avait aussi le budget  : étant un film effet eu la chance de m’incruster sur les scènes de indépendant, 100  % autoproduit et à but non

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CINEMA 039


grands noms de la french touch (Ed Banger et compagnie) afin de les filmer et faire un reportage résumé de la soirée dite « aftermovie  ». Chaque vidéo devait être mieux que la précédente et toujours plus originale. Au fil des années, j’ai appris sur le terrain et j’ai pu développer ma patte avec des montages toujours dynamiques et comiques. Cela m’a même permis de réaliser et monter mon premier vrai clip musical «  La loi de la jungle  » du groupe de la région PZK pour la TV française et  canadienne. C’était assez dingue de gérer une vraie équipe de tournage avec des techniciens plus âgés qui ont plus d’expérience que moi. Très enrichissant. En parallèle, je passais ma licence, ce qui n’a rien arrangé au planning. 4La loi d’la Jungle

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Vous êtes des animaux

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Quentin Dupieux t’a pas mal inspiré non ? Que ce soit pour ce côté humour absurde complètement décalé ou dans tes premiers essais de clips ? Tout à fait, j’ai eu la chance de le rencontrer et de le filmer plusieurs fois en tant que DJ (Mr Oizo), encore récemment à l’édition  2013 des Nuits Secrètes. Comme je le disais juste audessus, il incarne cet aspect multitâche que j’adore dans ce domaine  : il est scénariste, réalisateur, cadreur, monteur et musicien réputé pour son originalité. Vous êtes des animaux. Surement un des personnages qui a nourri ce rêve de devenir une sorte d’hybride cinéaste polyvalent depuis longtemps. En ce moment, tu es en train de tourner un remake de James Bond «  La Menace D’une Rose », tu peux nous en parler un peu plus ?

Refaire des clips musicaux comme à tes débuts, est-ce que ça te tenterait ? Aujourd’hui, je vis de la vidéo (événements, publicités) et faire des films de soirée n’est pas ce qui me passionne le plus dans l’audiovisuel. Après avoir organisé mes propres concerts électro « WLTB » à Douai en 2008 avec Baptiste Wery, j’ai eu des opportunités pour filmer de gros concerts pendant 3 ans. Je commence à avoir fait le tour, de plus le monde de la nuit est un business particulier, il est très difficile de s’y faire rémunérer en vidéo. En revanche, faire de vrais clips musicaux TV avec une réelle part de création dans le produit fini, pourquoi pas  ! Tout comme la vidéo de sports extrêmes. Ce qui est passionnant dans l’audiovisuel, c’est qu’il y a 1000 et 1 métiers à exercer au sein du même domaine, et j’adore changer de casquette chaque jour entre la musique, le cinéma, la vidéo.

C’est un pastiche humoristique sur James Bond tourné sous la forme d’un court métrage de 17 minutes en français, une production indépendante encore une fois. Suite à la projection de «  Yo What’s Up  », en décembre 2012, j’ai rencontré Gaylor Morestin qui m’a proposé de réaliser son scénario «  La Menace d’une Rose  », j’ai accepté avec plaisir. 007 évolue dans un univers absurde tout en reprenant les codes habituels de l’agent secret. Action et humour dans un même film, que demander de plus ? Le film a été tourné en France et en Angleterre en avril 2013, à l’heure où j’écris (16  h  48), le montage est terminé, on attaque les effets spéciaux ! Comment on fait quand on a 21 ans et qu’on doit gérer une équipe technique composée d’acteurs et de gens d’expérience  ? Pour démarcher les marques ? Pour obtenir du matos ? J’ai arrêté les études à bac+3 pour pouvoir me consacrer totalement à cette passion très prenante du cinéma, autant faire les choses à fond. C’était un énorme challenge où l’aspect multicasquette


location qui offrent le matériel de tournage et 8700 euros de subventions (CRRAV, Douai, Crowdfunding) uniquement pour les besoins concrets du tournage tels que le transport ou la régie. Tous le monde est bénévole : c’est énorme d’autant plus que nous n’en tirerons aucun bénéfice, le film sera diffusé gratuitement pour toucher le plus de monde possible. Il n’y a pas de secret, c’est juste un mélange de 80 % de motivation, 10 % de culot et 10  % de chance. D’ailleurs, j’en profite pour remercier toute l’équipe, big up géant. Quels conseils tu donnerais pour quelqu’un qui veut débuter ?

a repris le dessus : être producteur (chercher des subventions, organiser), réalisateur (direction artistique et technique) et monteur sur un même film, c’est énormément de responsabilités  ; non seulement vis-à-vis du produit fini, mais aussi de l’équipe sur le tournage. J’étais un peu le moniteur Club Med du groupe, c’était beaucoup de pression (j’en ai perdu mes cheveux pour de vrai). C’est énormément de préparation, en 4 mois : 150 hôtels contactés, 200 mails d’acteurs reçus, 50 pages de dossier de subvention, énormément de coups de fil passés, très peu de sommeil et des rendez-vous stressants devant des jurys, un peu comme quand tu passes le bac. Ca s’est terminé avec une équipe professionnelle d’une vingtaine de techniciens, un casting incroyable du P.A.F. (Jean-Pierre Coffe et Murielle Robin nous encouragent), des partenariats avec des concessionnaires de voitures de luxe, des hôtels, des châteaux, un orchestre symphonique pour la musique, des sociétés de

Motivation ! Va filmer avec tes potes, fais des montages, rencontre des gens, crée ta propre expérience avec des tutoriels. C’est en forgeant que l’on devient forgeron ! Issu d’une famille modeste n’ayant rien à voir avec mon monde, je travaille en autodidacte tous les jours depuis le collège : le soir, les week-ends, les temps libres, c’est devenu un mode de vie. Il faut beaucoup de motivation, être prêt à dormir 5 h pendant une semaine ou à courir partout pour boucler son tournage à temps. Si tu es passionné et motivé, ça fonctionnera un jour ou l’autre. Je réponds à tous si vous avez des questions, si vous voulez échanger ou simplement m’insulter ou si vous trouvez tout ça à chier ! C’est classe comme fin de phrase non ? Merci d’avoir échangé ces quelques mots avec nous, on te souhaite pleins de belles choses. Pour finir peux-tu nous dire quel est ton plus grand rêve ? Ce fut un plaisir. Je pourrai dire égoïstement devenir skateur pro tel Bob Burnquist le jour et réalisateur tel Michel Hazanavicius la nuit, mais ce serait bien trop facile, alors je dirai avoir la paix dans le monde, car le mal c’est pas bien.

Retrouvez toutes les infos de TL sur son site internet flambant neuf : http://tlfilms.fr/ et suivez avec nous l’avancée de « OO7 – La menace d’une rose » sur la page Facebook du film  avant sa sortie prévue en décembre 2013 !

CINEMA 041


cA CREUSE

LARRY CLARK

THE SMELL OF US Par Mathieu Koehl

Réalisateur : Larry Clark Production Française : Gérard Lacroix (MORGANE PRODUCTION) ; Pierre Puljiz (POLYESTER) ; Christophe Lhazodier (POLARIS FILM). Date de sortie : 1er semestre 2014.

«

Tous les hommes prennent plaisir aux imitations.

»

Aristote - “La Poétique”

Dès l’enfance, chacun s’amuse à imiter, à s’approcher d’une réalité, sa réalité. C’est par une empreinte lumineuse que Larry a commencé à la développer. La ? Une réalité photographique. Concevoir par l’esprit et embellir les arts visuels : une joyeuse quête, non ?!


A

force de côtoyer l’image, celle-ci devait un jour ou l’autre s’animer. Du figé à l’animé il n’y a qu’un regard. Aguerri par l’âge (70ans !), l’œil ne s’est pas assagi, Larry observe. L’œil se souvient dans « Kids » (1995) de ces skateurs qui profitaient des courbes urbaines dans le Washington Square Park. Cette fois-ci, il était à Paris pour son exposition au Musée d’Art Moderne (2010) et il retrouvait à nouveau ces planches à roulettes qui dansaient et se fracassaient avec honneur sur la terrasse du Palais de Tokyo. Une réminiscence des sens par la mémoire visuelle et un attrait toujours aussi tenace pour cette problématique : la vie à l’adolescence ? Un an plus tôt, il rencontrait Scribe (Mathieu), un jeune poète nantais avec qui il se lia d’amitié. Ils discutèrent de la Vie, et partagèrent les bons coins branchés de Panam. Je ne peux qu’imaginer cette rencontre dans une atmosphère doucement philosophique, festive et « vraie de fond ». Partager et vivre l’inconnu d’une jeunesse parisienne ? Une découverte digne d’un précepte à Oxford ! Les bases narratives se construisent dans l’espace de nos vies et de nos rencontres. Dans l’intimité de son futur projet, Larry Clark dévoila à Scribe certaines approches qu’il souhaitait mettre en évidence. Intégrer un réalisme fort pour atteindre la transparence du vécu. Ainsi, des jeux de points de vue : interne (caméra du réalisateur, voix off ?) / externe (acteurs) seront de la partie. Par ce principe, le réalisme de l’action s’amplifie et la vie réelle se dévoile. Le but pour Larry et Scribe ?

Illustrer l’appropriation (par la jeunesse), de la vie contemporaine avec son lot de merdes virtuelles. A moins que cela ne soit la vie qui s’approprie la jeunesse ? (…) Dans les deux cas, une tendresse obscure qui rejoindra l’univers propre à Larry Clark. Un travail sociologique pour une psychanalyse visuelle. Excitant. La prochaine création de Larry Clark était entrain de s’affiner et l’écriture du scénario tout comme le choix de ses acteurs furent confier à Scribe. Quelques années plus tard, Juillet 2013  : Premières caméras qui fleurissent sur le sol parisien, premier projet en-dehors des Etats-Unis et premières relations avec les équipes. Les personnages ? Ils seront vous, ils seront moi… mais ils seront eux.

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construction personnelle. Scribe parlant des acteurs : «  S’ils avaient fait des choix qui les avaient enfermés en tel ou tel chemin, si ils étaient déjà adultes, pourquoi les regarderions-nous  ? Que trouverait-on en eux, qui soit différent de nous ? »

Et EUX, ce sont : Lucas Ionesco (Mat), Diane Rouxel (Maarie), Hugo (J-P), Théo Cholbi (Pacman), Alex Martin (Rapper). Proches de la vingtaine, ils sont inattendus tout comme Larry. D’ailleurs aucun d’entre eux ne s’attendait à faire partie de cette aventure, si bien que nous pouvons déjà les apprécier. Le spectateur s’attendrît facilement façe à l’innocence mais il y a bien plus. L’explication apparaît dans la conception précise du jeu des acteurs. Les Kids de Larry ne jouent pas l’acte mais sont l’acte. Dans leur vie, leur personnalité sont au plus proche des personnages joués dans ce long métrage. C’est en puisant au plus profond de leur personnalité qu’ils rejoignent la cohésion du projet. - « mes travaux se construisent sur  la perte d’une innocence et les conséquences de nos actes » (Larry Clark).

L’intégrité d’un film se préserve par une ligne de conduite bien élaborée, et ma fois du coté du Nœud Pap, nous attendons avec impatience de découvrir celui-ci. Le long métrage devrait sortir au premier semestre 2014 mais nous ne vous laissons pas sur ces mots. Le site « Movies Angels » (http://www.movies-angels.com/film/the-smell-ofus/94) à lancé une campagne de crowdfunding pour aider financièrement cette production indépendante. Enfin, une websérie documentaire avec l’appuie d’Arte Créative vous permettra d’en savoir un peu plus sur les Kids de Larry Clark, réalisation Thomas Kimmerlin, et c’est par ici : 4 http://creative.arte.tv/fr/series/un-ete-avec-leskids-de-larry-clark?language=fr

Larry Clark et Scribe nous invitent dans des profondeurs de vies agrémentées d’une vision sociétale. Quant aux acteurs, ils vivront deux expériences : celle du jeu cinématographique et celle du jeu de la vie : leur

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On se plaît à la vue des images parce que, on apprend en les regardant. » Aristote - “La Poétique”


CINEMA

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A l'affiche

JEUNE ET JOLIE

Par Mathilde Dorschner

Titre original : Jeune et Jolie Date de sortie : 21 août 2013 Réalisateur : François Ozon Production : Mandarin Cinéma Acteurs : Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot

laisse emporter par le rythme de la vie, des vagues et du va-et-vient avec un tout premier homme. De retour dans la capitale, la jeune femme va s’adonner au jeu de la séduction seulement contre de l’argent. Ses billets de cent, deux cents ou cinq cents euros sont la finalité de ses actes. Encore une fois, François Ozon film l’être humain avec une facilité déconcertante.

U

ne adolescente, l’été à la plage, la perte de l’innocence, puis enfin la vie.

Nommé au festival de Cannes 2013 mais boudé des récompenses, Jeune et Jolie est le portrait d’Isabelle, valsant à travers les quatre saisons très clairement annoncées par les quatre chansons de Françoise Hardy. Soufflant à peine ses dix-sept bougies, l’adolescente se

Le pari était réussi haut la main en dressant les portraits de deux hommes (un jeune, un sage), dans son dernier film Dans La Maison, mais qu’en était-il pour dresser celui d’une jeune fille ? Et bien simplement en choisissant la beauté insolente de Marine Vatch, qui n’est autre qu’un nouveau visage du cinéma français, encore vierge à l’écran.


en dit plus on en pense, et plus l’empathie opère auprès de cette mère inquiète, ce beau père patient et ce petit frère complice. Ozon filme effectivement un tout, pas seulement Isabelle mais bien une famille plus ou moins reconstituée à laquelle on ne peut que s’identifier.

Pourtant Ozon se contraint à un thème très fragile : celui de la prostitution, sujet qui aurait pu rendre ce film désastreux si ce n’est pire. Mais son but n’est pas de montrer une descente aux enfers sur les trottoirs, sinon il n’y aurait pas eu cette plage, cet allemand, ce petit frère épiant dans l’antre de la porte sa grande sœur se masturbant à l’aide un coussin, ni la fête foraine, ni les sucreries, ni cette première fois compliquée (et parfois douloureuse) certes, mais nécessaire dans la vie de chacun. Non, ce n’est pas une descente mais bien le changement grandissant d’un corps adolescent « gosse de riche » scolarisé à Louis IV. En quelque sorte, cette famille parisienne, parce qu’aisée : est le noyau de la cause. L’argent n’ayant aucune valeur, c’est un moyen pour Isabelle de l’utiliser pour se tester et enfin s’évaluer. La preuve étant qu’Isabelle ne dépense jamais cet argent mais n’hésite pas à augmenter ses prix de deux cents euros suite à une altercation avec un client la traitant de « pute ». Isabelle c’est en fait une manipulatrice naïve, quand son petit frère lui raconte qu’à l’école « une fille roule des pelles pour cinq euros », Isabelle répond « c’est pas cher ! » alors qu’on s’attend tous à entendre « ce n’est pas bien ». C’est là toute la réussite de ce film qui ne laisse place à aucun moment à la vulgarité mais bien à l’insouciance de ce corps d’enfant se transformant en celui d’une femme.

Finalement plus les saisons passent et plus les paroles de Françoise Hardy prennent sens. De « je ne suis plus c’est vrai, ce que j’étais, la petite fille que tu as connue », en passant par « Je n’ai rien à t’offrir, que ce que mes yeux voient », puis « Je restais seule dans ma chambre, rêvant de celui qui viendrait, me sortir un jour de l’enfance » pour finir par « Dans la ville, je me perds, je m’oublie, je m’abandonne. Mais quand on se retrouve, quand le ciel devient noir, il suffit d’un regard et je suis moi », ces paroles n’agissent plus comme simple bande-son, mais probablement comme un écho aux pensées les plus profondes d’Isabelle.

Jeune et Jolie c’est une balade audiovisuelle prenant des chemins interdits et finissant dans une impasse fantasmagorique presque délirante où la fiction dépasse le réel. Ozon interroge le statut du spectateur en nous invitant à passer d’un regard extérieur à un regard intérieur où il ne suffit pas de voir mais de savoir.

Certains reprocheront un manque d’explication de la psychologie du personnage : même entièrement nue, elle ne se dévoile jamais. Et pour cela, la mise en scène du silence de Marine Vatch est essentielle : moins elle

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CA CREUSE

Les femmes d’almo Par Lise Beuve

exprimer le puissant jeu de l’actrice qui parvient à nous glacer le sang. Fréquemment, le réalisateur multiplie les gros plans et plans épaule, pour que les spectateurs puissent voir, dans ce lieu d’humanité qu’est le visage, toute la souffrance des personnages. Et lorsqu’il les fait chanter, il signe sans doute, les séquences les plus belles et émouvantes de ses œuvres.

O

n retrouve chez Almodovar deux images récurrentes de la Femme. La mère d’abord, qu’il aime douce, courageuse et douée de sang-froid. On imagine qu’il y projette le portrait de sa propre mère, Francesca qu’il admirait beaucoup et dont il soulignait le pouvoir de rendre toutes les choses de la vie infiniment plus belles. Il questionne le thème de la filiation et explore toutes les facettes du mythe oedipien. Les relations mère-fils y sont toujours inconditionnées et plus fortes que tout, à l’image d’une mère très présente et prête à tout pour son fils comme l’est Carmen Maura avec Antonio Banderas dans La Piel Que Habito. À l’inverse les relations mère-fille sont souvent très conflictuelles et symptomatiques d’un amour sincère, mais maladroit, terni par les facettes du des mensonges, par des secrets familiaux, ou par une jalousie maladive entre les deux femmes. On pense bien sur ici à Marisa Paredes et Victoria Abril dans Talons Aiguilles, mère et fille toutes deux amoureuses du même homme. Ces femmes sont souvent secrètes et dissimulent de profondes blessures, stigmates de leur vécu. Elles vivent dans la douleur et puisent dans celle-ci le courage de se battre et d’affronter le passé. Il serait impossible de ne pas faire allusion à l’image poignante de la mère d’Esteban (Todo Sobre Me Madre) qui hurle à la mort, tenant dans ses bras telle une piéta, le corps inanimé de son fils. Pas, de musique, la mise en scène est sobre pour une fois, Almodovar laisse

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L’autre image de la femme qu’il affectionne est celle de la femme fatale, objet de tous les désirs. Leur visage et leur plastique impeccable, mis en valeur par des costumes ‘sexy’ et des plans mythe oedipien tailles, nourrissent les fantasmes et les passions masculines. Pour ces rôles, Almodovar a ses muses, Carmen Maura dans les années 80, puis Victoria Abril dans les années 90 et Pénéloppe Cruz dans les années 2000. Si elles sont parfois aussi des mères, elles sont surtout des épouses ou des maîtresses, c’est à dire des femmes amoureuses, mais rarement heureuses. À voir la manière dont Almodovar décrit les hommes, ceux-ci ne semblent pas dignes de l’amour dont leur témoignent les femmes. À coups de clichés machistes, il en fait des monstres, parfois inconscients (comme Bénicio dans Haba con ella), réduits à l’état bestial de ceux qui cèdent à leurs pulsions sexuelles. C’est pourquoi les relations

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odovar

Si dans la vie, il aime les hommes, ce sont bien les femmes que Pédro Almodovar sait sublimer à l’écran. Son cinéma met très souvent en scène, dans des histoires complètement loufoques, des femmes au cœur blessé particulièrement fantasques et aimantes. Qui sont donc les femmes du cinéaste qui depuis le retour de la démocratie en Espagne dynamite les traditions et les tabous ?

amoureuses hommes-femmes chez Almodovar sont vécu. Elles puisent dans ces maux le courage de remontrer des liaisons dangereuses. D’ailleurs, aucun couple les traces du passé et les motivations d’une quête de la traditionnel ne fonctionne véritablement, si l’on passe vérité. Leur douleur et leur sang-froid les poussent à se le couple Diegorendre justice par Maria de Matador, elle même : Paula Les sentiments naissent toujours des complètement dans Volver tue femmes, des travelos ou des trans borderline et celui qu’elle pense habité par le désir de réunir Eros et Thanatos en une être son père lorsqu’il tente de la violer pour une énième ultime partie de jambe en l’air. Et quoi de plus génial fois et Rebecca (Victoria Abril dans Talons Aiguilles) tue comme idée, que de monter cette scène parallèlement à son mari, ne pouvant supporter son adultère. La couleur une éclipse de Lune ????? Revenons à nos moutons. Les rouge omniprésente image cette duplicité paradoxale, sentiments naissent toujours des femmes, des travelos elle est le symbole de l’amour et de la colère, du courage ou des trans. Les seules relations amoureuses heureuses et de l’interdiction. sont celles qui unissent femmes et travestis (comme Lola et Manuela dans Todo Sobre Me Madre, Rebecca et Letal dans Talons Aiguilles). Ces hommes qui ont délaissé leur masculinité pour trouver chez eux une part de féminité sont les seuls personnages dignes de l’amour d’une femme et qui de par leur sensibilité, savent ce qu’est aimer.

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Almodovar travaille énormément la duplicité de ses femmes. Si elles sont des petites louves blessées et meurtries qui peinent à se construire sainement, elles ont aussi une force de caractère qui les pousse à affronter leur

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Il ne fait nul doute que la gynophilie du cinéma d’Almodovar est très liée à son enfance, il a grandi entouré de femmes. La force de son oeuvre réside quant à elle, dans sa capacité à aborder des thèmes difficiles comme la mort, l’inceste ou le viol, la transsexualité sans ne jamais tomber dans le vulgaire ou le pathétique. Par un style reconnaissable à 15 000 km, mélange d’émotions, de tendresse, de chaleur et d’humour il traite ce qui choque et ce qui dérange.

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EN TETE A TETE

VINCENT MOON l’ethnologue poétique Par Baptiste Pépin

Je reviens tout juste du Pérou d’où je suis arrivé à bord d’un vieux bateau dorénavant accosté sur les rives verdoyantes de l’Amazone. Je suis parti prendre le pouls de sa capitale Lima, j’ai respiré l’air frais aux abords du lac Titicaca et me suis perdu dans les petits villages du pays. Tout au long de mon escapade, j’ai pu rencontrer des gens accueillants, des musiciens hors pair toujours prêts à partager et me faire découvrir leurs talents. Je me souviens particulièrement de Célestino, cet homme à peine plus jeune que sa harpe vieille d’une centaine d’années, que l’on retrouve au café du village, alors que minuit vient tout juste de sonner, pour un incroyable récital. Je me suis glissé au milieu de personnes extrêmement concernées par la religion, d’où les très nombreuses processions émaillant la vie des rues péruviennes. Un voyage magnifique et poétique bercé par les musiques locales… Mais je ne vais pas mentir, ce voyage, je l’ai effectué en à peine plus de 1 h 30, dans un petit lieu culturel de la vie parisienne où Vincent Moon, un vendredi à l’heure du diner, dévoilait les derniers films de son tout récent voyage au Pérou. Autant dire que j’ai vécu là un véritable voyage par procuration, une véritable jouissance visuelle et auditive, une envie soudaine de partir à la conquête de l’Amérique du Sud et découvrir toute la force et la richesse d’une culture bien vivante. Trois jours avant ce voyage péruvien en plein cœur de la chaleur parisienne, Vincent Moon nous a accordé quelques minutes de son précieux temps pour nous parler de son travail. De sa passion devrais-je dire plutôt, à l’entendre conter ses voyages avec un enthousiasme débordant (et contagieux). Rencontre avec un cinéaste passionné et passionnant.


On a convenu de ce rendez-vous il y a quelques mois déjà parce que tu n’étais pas sur Paris dernièrement. Alors quels ont été tes derniers voyages, tes dernières explorations ? Alors je reviens du Pérou où j’ai passé deux mois et demi. J’ai fait énormément de films, énormément d’enregistrements. J’ai fait des recherches sur toutes les musiques du Pérou, j’étais très ambitieux et j’ai fait 33 films, une série d’enregistrements et j’en suis très content, car c’est un pays extraordinaire et très méconnu si ce n’est pour les Incas, alors que c’est un pays avec une grande richesse, une grande diversité, notamment musicale. Je viens de passer en gros six mois en Amérique du Sud, j’ai passé beaucoup de temps à passer mes films au Brésil, un truc qui finalement m’agace un peu parce que même si je suis évidemment ravi de montrer mon travail, je dédie énormément de temps à ça et finalement je n’ai pas le temps de faire mes films à côté. Tu as l’impression de perdre ton temps ? Ce serait dur de dire un truc pareil. Mais, en même temps, il y a un équilibre à trouver, et le plus important pour moi c’est de faire des

films. Puis après je les montre en permanence puisqu’ils sont disponibles sur internet. J’adore faire des projections, mais là j’ai passé beaucoup trop de temps à faire des ateliers. Et pour revenir à ta question, je suis aussi allé au Chili, à faire des films sur les musiques folkloriques locales qui s’appellent la cueca brava. Je suis très content de l’avoir fait, c’est quelque chose de très important pour le Chili cette musique-là. C’est vraiment intéressant, car c’est un travail autour de l’identité. Quand tu commences à t’intéresser aux musiques locales, je n’aime pas trop dire musique traditionnelle — on en parlera plus tard si tu veux — elles sont ancrées dans une histoire et assez rapidement ça nous amène à la question de l’identité, et c’est une question passionnante que cette question de l’identité aujourd’hui. Et donc je m’y intéresse beaucoup. Au Chili, je me suis donc intéressé à la cueca, parce que c’est une musique qui a vraiment une âme chilienne, et le pays se reflète là-dedans et c’est très intéressant, car c’est quelque chose qui revient au goût du jour aujourd’hui. Et sans aller trop loin, Pinochet est passé par-là et il a énormément abîmé l’identité du pays en l’instrumentalisant. Bref, je suis aussi allé en Uruguay aussi.

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Et tu as montré tes films aux péruviens ? Oui, le dernier soir j’ai fait une projection à Lima de tous les films que j’avais enregistrés pendant deux mois et demi, quasiment tous les films, et ça a été extraordinaire, vraiment incroyable parce que les gens qui étaient là c’était un peu la jeunesse artistique, créatrice, branchée, dans un lieu magnifique. Et c’est assez excitant de pouvoir montrer aux gens d’une ville, une certaine âme de cette ville. C’est vraiment passionnant de montrer à des gens ce qui fait leur culture. Sans aucune prétention, mais simplement en disant «  voilà ce que j’ai récupéré, ce que j’ai glané  dans votre pays  ». Et les gens étaient stupéfaits, parce qu’on vit dans un tel monde où il est tellement facile de connaître son voisin et tellement difficile de se connaître. On a souvent une relation biaisée avec notre propre culture, on est tellement attiré vers les autres tout le temps. Et encore, j’en parle alors qu’on est à Paris et que l’identité française est très ancrée, très claire. Mais quand on va dans ce qu’on appelait il y a quelques années le Tiers-Monde, tu te rends vraiment compte de l’impact de ça. Mais alors tu penses qu’eux aussi tendent à l’uniformisation ?

On reviendra un peu plus tard sur ton travail actuel, mais je voudrais revenir un peu sur l’aventure de La Blogothèque. Alors à l’origine je viens de la photo, j’ai essayé de m’affirmer par la photo. Mais, au fur et à mesure, je me suis rapproché de la musique parce que tous les soirs pendant des années j’allais voir des concerts. Et à un moment, je me suis vraiment intéressé à la représentation visuelle de la musique, comment le cinéma avait essayé de retranscrire une émotion musicale. Et je me suis beaucoup intéressé à la transe et à la façon de la représenter. Bref, j’avais vraiment envie d’aborder la question de la musique. Jusqu’au jour où il y a une personne qui avait ce site, La Blogothèque, et il voulait développer cette idée de vidéo. Il m’en a parlé parce qu’il avait vu ce que je faisais et m’a demandé si ça m’intéressait de réaliser des films. Et c’est comme ça que ça a démarré. Et l’idée du plan-séquence et tout ça, c’est finalement le manque de moyens qui nous a donné ces directives. C’est ça qui est intéressant, c’est finalement le manque qui nous a amené à ça, alors qu’aujourd’hui on parle toujours d’accès, d’accès aux choses.

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"il y a eu ce que l’on peut Oui ! Bien pire qu’ici, évidemment. Ici, c’est peut-être critiquable, mais il y a une exception appeler l’âge d’or de tous ces culturelle, quelque chose de très fort, presque groupes indie comme un musée qu’on ne touche plus, qui a défini ses murs. Mais dans ces cultures beaucoup Et l’aventure a commencée comme ça ? plus fluctuantes, beaucoup plus en mouvement Oui, on a enchainé les films, ça a été super intense. comme c’est le cas en Amérique du Sud, l’impact On publiait une session par semaine et c’est devenu de l’uniformisation est terrible. Peut-être pas rapidement une sorte de rendez-vous. Puis ça a autant qu’en Asie du Sud-est qui prend vraiment rencontré le succès, car on est arrivé à un moment cher pour le coup, parce qu’en Amérique du Sud où il y a eu ce que l’on peut un peu appeler l’âge il y a quand même une conscience identitaire qui d’or de tous ces groupes que l’on appelle indie. On fait qu’il existe tout de même un mouvement de a alors filmé des groupes comme Beirut, Arcade résistance notamment autour de la population Fire, Greazzly Bear ou The National vraiment au indigène. Il y a un équilibre qui est en train de se

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créer, que ce soit en Colombie, au Pérou, au Brésil même si c’est encore un autre monde, avec cette question de l’identité : il y a la volonté de retrouver son passé, de le respecter à nouveau.

moment où ces gens là arrivaient à la lumière. Et aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de groupes aussi intéressants, avec un univers comme ça. Bon, et du coup, ça a marché.


Mais justement, c’est parce que tu ne te retrouves pas vraiment dans cette musique indie aujourd’hui que tu t’es un peu éloigné de La Blogothèque ? Non, ce n’est pas volontaire. C’est surtout parce que je suis curieux et que je veux connaître autre chose. Puis à un moment, on s’est un peu mis des barrières, on avait un lectorat, les gens avaient une attente et on s’est vraiment orienté vers le folk et le rock. Pourquoi pas, mais moi j’avais besoin de m’échapper, ça ne faisait plus sens, j’avais envie d’aller voir ailleurs. Puis comme ce n’était pas ma plateforme, je n’étais pas prêt à tout faire pour la changer, donc je m’en suis un peu éloigné et j’ai créé mon label Petites Planètes. Mais tu arrives quand même a apporté un peu de diversité, je pense notamment à Tommy Lebrero et l’excellent groupe ukrainien Dakha Brakha… Non, je ne mets plus grand-chose sur La Blogothèque. Mon dernier film justement devait être Dakha Brakha. Ça fait une vidéo pour l’année dernière. Peut-être deux avec The Trees and The Wild, un truc super bien filmé à Jakarta. Et je n’ai pas vraiment envie d’essayer d’intéresser les gens sur La Blogothèque en leur foutant — je ne sais pas — un rituel de transe en Tchétchénie. Ça ne fait pas vraiment sens… Ce n’est pas le lectorat pour ? Non, mais finalement, très peu de gens voient mes films aujourd’hui. À partir du moment où je ne montre pas mes films sur La Blogothèque, je fais 10 à 20 fois moins de vues sur mon site à côté. Largement même. Pour moi, c’est une sorte

C’est frustrant ? Au début, c’est peut-être un peu frustrant parce que tu as envie que les gens suivent. Mais en fait après tu te dis « mais de qui tu as besoin, quel genre de spectateurs tu veux finalement ? ». Et je n’ai pas besoin d’avoir beaucoup de spectateurs, ce n’est pas l’idée. L’idée c’est plutôt d’avoir des spectateurs qui te suivent et qui vont échanger avec toi, qui vont t’envoyer des messages de temps à autre. Donc oui, le nombre de vues sur mes films est clairement tombé, mais le nombre de messages que l’on m’envoie a clairement augmenté. Et ça débloque sur des dialogues intéressants et parfois même à des projets. C’est ça qui est intéressant aussi. OK. Mais ton travail avec Petites Planètes est quand même assez différent de celui effectué avec La Blogothèque. Tu te retrouves beaucoup plus dans une démarche cinématographique que musicale ? C’est toi qui le dis. Pour moi, c’est la même chose, je fais les mêmes films depuis le début. Simplement, je les ai fait dans différents endroits, avec différentes personnes. C’est tout. Je dirais plus qu’il y a une évolution. Mais il n’y a pas de bond, il n’y a pas de rupture. Ça suit son chemin, j’essaie de perfectionner mon style, mon écriture. Pour n’importe quel artiste — je n’aime pas me cataloguer comme artiste — alors on va dire pour toute personne qui crée quelque chose, le but c’est quand même d’arriver à affirmer un style, quelque chose qui t’appartient. Que ce soit un écrivain, un musicien, un cinéaste. C’est vraiment la poésie la plus élevée : définir un style. Tu as l’impression de toucher à ton but alors ?

de suicide commercial. Même si ce n’est pas un

Je suis un peu un éternel insatisfait. Mais après il n’y a aucun intérêt à faire les films parfaits. Après tu commerce… fais quoi ? Tu t’arrêtes ? Tous mes films sont un peu bancals, ils sont un peu de travers, L’idée c’est plutôt d’avoir des spectateurs qui te suivent et qui car fait trop rapidement. Puis pour plein de raisons. Et je les aime comme ça finalement. vont échanger avec toi Mes films ont des trous, des manques, ils sont très incomplets. Et si tu veux, c’est ce

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qui m’intéresse, cette incomplétude-là. Donner forme à des films, mais qui finalement sont loin d’être terminés. Je ne termine jamais rien. Et du coup, je trouve que le spectateur peut s’en emparer très facilement. Je pourrais reprendre cette citation finalement : «  je ne fais les films qu’à moitié, et l’autre moitié est faite par les spectateurs  ». C’est là aussi une manière de nouer un dialogue. Je ne cherche pas à «  dire quelque chose  » dans mes films. C’est le spectateur qui l’interprète. De toute façon, je ne suis pas un «  film director  », je ne dirige rien. Quand je filme, je suis principalement là pour observer et réagir à ce qui se passe, avec ma caméra. Donc voilà, c’est une forme qui m’est assez propre oui, mais qui finalement doit un peu à tout le monde aussi. Quand on regarde tes films, il y a une chose qui impressionne énormément. On en oublie que tu es là pour filmer, on oublie qu’il y a une caméra qui nous permet de vivre le moment que l’on a sous nos yeux, car on a l’impression d’être sur les lieux. Comment arrives-tu à t’immiscer dans ces moments d’intimité ?

faire corps avec les gens. Et c’est surement le seul moment de ma vie où je suis calme en fait, car le reste du temps je suis une catastrophe. Mais à ce moment-là, je focalise et j’essaie de trouver une harmonie très subtile, dans un lieu, qui peut être sacré, avec des gens que tu n’as jamais vu et qui ne te connaissent absolument pas. Tu arrives avec une grosse caméra et pourtant on t’accepte.

« Finalement, mes films sont des films ethno sans les commentaires »

Je peux t’appeler le Claude Lévi-Strauss d’aujourd’hui ? Si tu veux, ma position est très critiquable par des gens qui font de vraies enquêtes de terrain, ce que je ne fais pas du tout. J’ai découvert le cinéma ethnographique très récemment, c’est vraiment une case à part, notamment le travail génial d’Arnaud Desjardins, qui est hyper connu dans

C’est une grande question à laquelle je ne pourrais absolument pas répondre. Pour moi, la grande surprise de tout ça c’est que les gens me disent effectivement ce que tu me dis, qu’ils ont l’impression d’y être et qu’ils en oublient la caméra. Ça, c’est extraordinaire, c’est une grande bataille.

sa catégorie, mais alors en dehors… Il a fait des

C’est quelque chose que tu souhaites ?

mais je trouve qu’il n’exploite pas son potentiel

Oui (hésitant)… Je ne sais pas si c’est si conscient à l’origine. Mais en tout cas l’idée, le but, c’est de trouver une harmonie absolue avec le moment. Mais ma conviction est qu’à partir du moment où tu te trouves dans un espace donné avec des gens, ce n’est pas vraiment le fait que tu les connaisses ou non, que tu connaisses leur histoire ou pas qui t’empêche de trouver ta place. Cette place ne t’est pas définie, attribuée, mais tu vas la ressentir et c’est comme s’il y avait un fil directeur, un fil invisible qui le temps d’une chanson se crée. Et si tu le suis, la magie va opérer et personne ne va être dérangé. Car je ne veux vraiment pas déranger, mais plutôt

films ethno assez incroyables, de la fin des années 50 jusqu’au milieu des années 70, notamment sur le soufisme en Afghanistan, sur l’Indouisme, le Bouddhisme. Bref, le film ethnographique c’est quelque chose que je trouve génial et passionnant, poétique et n’exploite seulement que son potentiel scientifique. Et je m’intéresse à ça : comment faire des films qui ne tuent pas une culture, c’est-à-dire qui la mettent en boite, qui la muséifient. Mais des films qui maintiennent un rapport poétique et donc mystérieux. Et c’est donc à ce moment-là je pense que je me sépare du film ethnographique. Finalement, mes films sont des films ethno sans les commentaires. Tu te retrouves devant et tu te demandes « Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que je vois  ?  », et c’est primordial pour moi, de se retrouver devant quelque chose et de se poser ces questions-là. À partir du moment où tu te poses


ces questions-là, c’est gagné. Le film n’est pas là pour éduquer dans le sens ethnographique. J’aime le côté très mystérieux qui se dégage d’un film. Et pour revenir sur ce qu’on disait tout à l’heure concernant l’uniformisation des cultures, une des portes de sortie possible serait de renouveler le mystère.

chamaniques et animistes qui utilisent des plantes : une rencontre entre la musique sacrée et la nature. Puis j’ai vraiment envie de faire des livres. Le livre c’est un objet magnifique. Et j’ai envie de faire des livres poétiques de voyage, sur plein de petits lieux à travers le monde.

D’une manière générale, tu fais des films au format très court. Même si on t’a déjà vu sur du long métrage, cela reste minoritaire. Est-ce quelque chose qui t’attire ? Non pas plus que ça… J’adore les formats courts. Pour plein de raisons. Déjà, c’est facile, je les monte plus facilement et ça me plait. Ça me permet de faire souvent des projections. C’est génial… Tu es impatient alors ? C’est terrible… Évidemment. Même si je suis en train de trouver une forme hybride avec des films qui vont durer dans les 30 – 40 minutes, et qui mêlent plusieurs éléments, de sorte que ce ne soit plus le portrait d’une personne, mais plutôt le portrait d’un pays, d’une terre. Comme celui que j’ai fait sur les Carpates, ou encore en Crimée. Je pense que je vais en faire de plus en plus. Ça me prend plus de temps au montage, mais ce sont des films qui prennent une autre dimension. Mais faire un film vraiment long, ça me prend la tête. Plus d’une heure, c’est insupportable, et je trouve que je ne suis pas très bon pour ça. Tu as beaucoup voyagé, énormément tourné et parcouru pas mal de pays déjà, mais as-tu un projet, disons…un peu fou ? Je suis plus « au jour le jour » même si je m’organise un peu à l’avance. Puis tous mes projets sont des petits projets, des petites choses, l’histoire d’un mec qui marche, qui se balade à travers le monde et qui fait des petits films. Ça me correspond, c’est ma façon d’être, de vivre. Bon OK, j’ai peutêtre quelques projets un peu plus ambitieux, qui nécessitent un peu plus d’organisation. Je ne sais pas si je le ferai. Dans ma tête, ça s’appelle «  Le Son des Plantes » et ça s’intéresse à tous les rituels

Petites Planètes : http://www.petitesplanetes.cc/ Vincent Moon : http://www.vincentmoon.com/

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CULTURE GRAPHIQUE

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HOT SPOT

Bienvenue chez

WELCOME par Constance Beernaert

Photos : Alexandra Bay

Jeunes mariés, Tilly et Thibaud sont passionnés d’art. Eux-mêmes créateurs et sérigraphes, l’idée – et le rêve – était d’avoir leur propre espace pour y faire venir leurs potes et collaborateurs dans leur atelier de sérigraphie où ils développent leur ligne de tee-shirt: WELCOME.


S

i on surprend le couple en pleine pause café-clope, on imagine directement d’après leur style ce que l’on pourra admirer chez eux : du tattoo, du branché, du décalé, et surtout de l’inconnu. Autant dire un concentré d’exclusivité.

Nouveau tremplin artistique ? Révélateurs de talents ? Loin de vouloir faire du bénef du bénef du bénef (même si bon, ils ne sont pas contre), il s’agit avant tout de mettre en avant des artistes dynamiques et fourmillants de projets. De Thomas Hooper à Mr Hobz, Guy le tatoueur et Liam Sparkes, en passant par Koralie ou encore Hopare et Rosyone, tous sont des artistes à la carrière bien établie dans le milieu artistique qui ont fait honneur à la Maison Welcome en collaborant avec eux. Et tout ça, ils le font autour de vernissages mensuels… un prétexte pour l’apéro peut-être ? Si l’on en croit l’intitulé, on fait fausse route ! Eh oui, un « Happy Meal » chaque premier jeudi du mois, c’est surtout un condensé du meilleur de la maison Welcome. On prend un échantillon de chacun des 6 artistes qui vont exposer, et on a déjà envie de revenir pour en voir plus ! Amateurs d’art, mécènes en devenir, collectionneurs de tee-shirts, tattoo-hesitators ou encore pique-assiettes, tous les motifs sont valables, pourvu qu’il y ait l’ivresse. Et pour cause : 500 personnes qui échangent jusqu’à 21 h en plein Bastille, ça crée des liens, et ça booste l’imaginaire de nos amis artistes. Qui sait, peut-être que de nouvelles muses se cachent parmi vous !

Maison Welcome 15 rue Émile Lepeu 75 011 Paris Métro Charonne www.maisonwelcome.com www.facebook.com/maisonwelcome

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en tête à tête

20 questions, ou presque, à

JONATHAN ZAWADA par Thomas Devoddère

Jonathan Zawada est une figure mondiale du monde de l’illustration, un artiste apprécié à juste raison dont nous avons essayé de comprendre les rouages. Il nous était donc absolument nécessaire de recueillir son expérience au détour d’un entretien qui, ma foi, fut fort sympathique lorsque la bise fut venue. Parler de Jonathan Zawada en tant que “simple” découverte ne serait pas rendre hommage aux travaux qu’il distille depuis plusieurs années, bien plus que cela Jonathan Zawada est avant tout un des monuments de l’illustration contemporaine. Un bon/homme, un vrai de vrai, c’est clairement l’impression qui est ressortie de nos échanges entretenus lors de l’élaboration de notre troisième numéro. Il a accepté pour Le Noeud Pap’ de dévoiler quelques secrets concernant ses travaux et sa façon de voir le monde, entre coups de cœur et mises au point.


Salut Jonathan ! Pour commencer, on aimerait savoir si tout roule pour toi en ce moment ? Tout va très bien en ce moment, merci. Je viens de passer une année de fou pendant laquelle je n’ai pas beaucoup dormi, je n’ai pas eu une seule minute pour ne penser à rien, mais c’était dingue, rien de moins ! Tu sembles assez occupé ces deniers temps, jonglant entre projets persos et professionnels, qu’est-ce que tu nous prépares pour les semaines qui arrivent? Je termine en ce moment un projet sur des pochettes d’album digitales et physiques de Mark Pritchard (Warp Rec) et Illangelo (Bromance Rec) et je viens tout juste de finir une collab textile avec la marque Australienne « Romance Was Born ». Mais je me concentre principalement sur des expositions prochaines qui auront lieu plus tard dans l’année : une sélection de mes peintures, mes sculptures et installations sera exposée à New York, quelques un de mes imprimés, sculptures et travaux interactifs ici à San Fransico et j’espère pouvoir faire une expo de mes dessins, peintures, assemblages et d’objets en édition limitée à Sydney au début de l’année prochaine. Je suis également en train de travailler sur quelques projets perso de design d’objets, de mobilier et pleins d’autres petites choses à côté ! Selon toi, qu’est-ce qui peut expliquer ton succès aujourd’hui ? Par où es-tu passé ? Je pense que j’ai été très chanceux dans la mesure où je n’ai jamais étudié l’art ou le design, et c’est surement pour cela qu’on ne peut pas classer mon travail dans une catégorie ou un domaine particulier. Je suis si

l’on peut dire un autodidacte, j’aime apprendre et découvrir constamment de nouvelles choses. Je suis plus enthousiaste et inspiré à l’idée de faire quelque chose que je n’ai jamais fait ou essayé auparavant. C’est pour cela que mes compétences sont assez larges et me permettent d’entrevoir beaucoup plus d’opportunités : du design de site web à la réalisation de vidéo clip en passant par la création d’illustration pour du textile. Quand je pense à tous les moments décisifs de ma carrière, ils se ramènent tous à des moments où l’on m’a demandé de faire quelque chose de simple, peutêtre pas très excitant du point de vue de la créativité, mais c’était constamment des situations où j’ai senti que je pouvais apprendre, tirer quelque chose de cette expérience. Souvent des petits travaux plutôt ennuyeux que je dois faire pour des clients ont une répercutions énorme sur beaucoup de choses et m’ouvrent la porte à des projets plus larges que je n’espérais pas. Ma relation avec la galerie Prism par exemple, a commencé par des collaborations avec un petit nombre de marques et a abouti à des expositions formidables de mon travail. Tu as quitté l’Australie pour te rapprocher de la galerie Prism à LA avec laquelle tu travailles très souvent. Nous avons entendu qu’un certain… Elton John avait acheté une de tes œuvres pendant une exposition ! Penses-tu que ce déménagement à LA a été une opportunité pour ta carrière ? Oui ! Elton John est venu à ma première expo avec Prism et il a acheté une de mes œuvres qui était vraiment dingue et surréaliste. Déménager à LA a été une immense opportunité pour moi, non seulement pour des raisons professionnelles mais aussi pour

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la liberté que cela m’a apporté. Ca m’a permis de laisser de côté mes vieilles habitudes et d’être plus honnête avec ce que je veux réaliser, d’oser beaucoup plus. Je pense que c’est parce c’est une ville facile à vivre. Je ne suis plus inquiet de ce que les gens pensent, de savoir si mon travail s’intègre dans un plus grand contexte ou de me dire que je devrais mieux faire telle chose en voyant les autres le faire. Depuis que j’ai déménagé, je suis parvenu à me débarrasser de tous ces complexes et je travaille plus sereinement et librement.

devenait plus clair quand je suis anxieux de ne pas maîtriser quelque chose. Du coup, je me donne 10 fois plus pour réaliser ce que j’ai entrepris. Je me dis toujours, même si mon idée était assez épouvantable, qu’avec le travail acharné et l’énergie que j’ai injectée dans ce projet, il aura quand même une certaine valeur.

Que préfères-tu entre les outils traditionnels et les outils digitaux ? Et pourquoi ?

De la 3D à la peinture en passant par le dessin, la photo manipulation, le typo ou encore la structure, tu es capable de manipuler tous ces outils. En fait tu es une bête de travail et tous les moyens sont bons pour le prouver ? J’aime vraiment apprendre de nouvelles choses et beaucoup de fois, une chose t’en fait découvrir une autre. Pendant un long moment j’ai fait pas mal de dessin au crayon dont le rendu n’était pas terrible, puis j’ai réalisé que pour beaucoup de ces choses que je dessinais, le rendu seraient beaucoup mieux en sculpture ou en 3D et ça n’a pas manqué ! Je pense sincèrement que mon travail est meilleur lorsque je m’essaie à de nouvelles techniques pour lui donner forme, c’est comme si mon cerveau

J’aime vraiment combiner les deux. J’ai grandi au moment où l’art digital a commencé à naître. Quand j’avais 14 ans, j’ai du choisir entre acheter un sèche cheveux ou un ordinateur avec l’argent que j’avais économisé, ils étaient des outils quelques peu comparables à l’époque. Heureusement j’ai choisi l’ordinateur ! Je faisais déjà du code, de la 3D et de l’illustration digitale dans les années 90 donc je pense que j’ai toujours considéré le pinceau et l’ordinateur de la même manière, c’est à dire comme deux outils différents pour créer. J’aime les utiliser séparément et ensemble dans le cadre d’un processus de travail plus large. Parfois, l’ordinateur est simplement là pour finaliser un dessin ou une peinture, les rendre plus précis, parfois je l’utilise aussi bien comme un outils qu’un moyen et parfois pas du tout.


regarder deux fois ou à les voir systématiquement d’une différente manière. Je n’ai jamais été vraiment attiré à l’idée de dessiner quelque chose de « stylé » ou qui se rapport à un certain « bon goût », je cherche plutôt à réaliser des œuvres empruntes d’humour, d’amusement, d’énergie ou qui exposent une nouvelle solution à un problème. Je pense que ce sont ces aspects qui peuvent expliquer pourquoi mes ouvres peuvent manifestement sembler « psychédélique ». Travailler l’abstrait nécessite une immense imagination et beaucoup d’inspiration… Peux-tu expliquer la genèse de tes œuvres ?

Comment choisis-tu les projets sur lesquels tu travailles ? As-tu besoin d’être inspiré ? J’ai eu de la chance ces dernières années car j’ai pu être un peu sélectif dans les choix de mes projets. Je n’envisage pas les projets selon leur aspect financier ou leur potentielle de visibilité, mais plutôt par rapport à la manière dont je peux communiquer simplement avec le client. J’essaye de voir si le courant passe bien avec lui et à quel point il est ouvert à mes idées. A voir les couleurs utilisées et la composition, on peut dire que beaucoup de tes œuvres ont un côté psychédélique. Peux-tu expliquer ça ? C’est marrant que quelques fois on accole le qualificatif psychédélique à mes œuvres, je n’ai jamais pris de drogues et je ne suis d’aucune manière un espèce de hippy ! Pour moi, l’aspect psychédélique de mon travail est probablement le résultat de ma recherche pour les choses qui me forcent à les

Chaque création, que ce soit du design ou de l’art, me semble totalement différente, donc je ne pourrais pas dire qu’il y a toujours un processus défini derrière elles. Cependant, j’ai remarqué que dans la majorité des cas j’ai besoin de me pencher attentivement sur le problème durant quelques temps, puis le mettre totalement de côté quelques jours. Pendant ce moment, j’y pense de temps en temps pendant que je travaille pour un client ou sur d’autres travaux, et je pense que mon inconscient cogite sur le problème. Et normalement, quelques jours plus tard, je me réveille avec la solution ou l’idée presque dans son ensemble comme si elle avait germé dans mon esprit. Bien sûr, il y a de nombreuses étapes avant de résoudre le problème posé dans le but de dégager un concept, mais je dirais que la plus grosse part “d’inspiration” du processus prend place en coulisses. Imagine que tu es le rédacteur en chef du Nœud Pap : choisis un film, un musicien, un graphiste et un styliste dont tu aimerais parler dans le magazine et explique nous pourquoi. A - Film : Adaptation (ndlr film de Spike Jonze, sorti en 2003). Pour moi, c’est le film parfait. Chaque partie du film est si bien exprimée et s’intègre dans une idée globale. C’est à la fois intensément personnel et incroyablement universel. Le réalisateur réussit à combiner tout ça en une expérience simple et

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plaisante. B - Groupe : Animal Collective. Je n’ai pas le sentiment que l’essence de leur musique est la recherche de l’esthétique, contrairement à beaucoup de musique contemporaine. Leur processus créatif semble incroyablement limpide et viscéral sans jamais tomber dans le chaos ou la poursuite d’un style. C - Un artiste : Travis Stearns. J’adore tous ses travaux, il représente au mieux cette mouvance incroyable d’artistes talentueux de Mineapolis qui semble déferler depuis quelques années. Son travail est extrêmement contemporain mais il cache une grande compréhension des codes et de l’histoire du design. D - Un styliste : Bernhard Willhelm. J’adore son travail depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Il a été une grande inspiration pour moi dans la mesure où tout ce qu’il produit semble simple et joyeux tout en restant intrinsèquement beau. R - pour boucler l’abécédaire. Peux-tu nous parler de ta collab avec Sixpack ? Comment était-ce organisé ? Etais-tu complètement libre ? J’ai eu une relation de travail fantastique avec Sixpack, ils ont toujours été très favorables et réactifs à ce que je fais. Ils sont toujours ouverts à toutes les idées que je propose et contrairement à de nombreux clients pour qui j’ai travaillé, ils ne regardent pas ce que j’ai déjà pu faire dans le passé en me demandant de refaire la même chose en mieux. Chaque saison, ils viennent vers moi avec un thème très précis, toujours inattendu et très inspirant qui me motive beaucoup. J’ai travaillé dans la mode assez longtemps pour en connaître les limites et les pratiques à propos de ce qui fonctionnera, donc je pense que pour moi c’est une bonne balance entre

liberté et contrainte. Parlons maintenant de tes expositions. Au Noeud Pap’ on se rappelle tout particulièrement de ta série de paysages surréalistes, mais aussi de quelques autres séries telles que tes expérimentation triangulaires ou alors encore les visuels de “Kindred Spirits” exposés chez Colette. A chaque fois tu proposes un renouvellement de ton travail en tâchant le plus souvent de surprendre ton public. Est-ce important pour toi de ne pas s’enfermer dans un style bien précis et d’être ainsi rangé dans une case bien définie ? Je pense que c’est une conséquence heureuse du fait que je me lasse facilement. Initialement, c’était un choix très conscient de ma part de ne jamais faire


la même chose dans mon travail de designer, j’ai toujours pensé que chaque problème requiert sa propre solution et que ce serait un peu fou de penser qu’une solution déjà connue puisse être appropriée pour plusieurs circonstances. Puis je me suis orienter vers la création artistique, qui est plus générale que le design et cette démarche m’a suivie. Je déteste me répéter. Cependant, j’ai découvert récemment que de faire la même chose encore et encore n’avait pas que du mauvais, et j’ai trouvé comment découvrir de nouvelles choses en revisitant une ancienne approche, affiner et perfectionner subtilement. Ou comment passer beaucoup de temps avec une technique ou une idée peut t’aider à voir tout d’une nouvelle façon

Quel est le projet sur lequel t’as le plus aimé bosser durant ces dernières années? Je suis toujours plus excité par le projet que je fais sur le moment. Une fois que le travail est fini, il est très difficile de ne pas voir les erreurs commises. Une chose m’a récemment incroyablement satisfaite, il s’agit d’une pièce de mon exposition “Free Roam Above the Mist” intitulée “I Don’t Understand Imnfinity” Si tu devais donner un retour critique et le plus extérieur possible sur ton travail, qu’est-ce que tu dirais ? Je dirais que je pourrais pousser mes idées plus loin et que je ne devrais pas être si satisfait avec la première idée et technique venues à l’esprit. Je pourrais prendre plus de risques et être un peu plus courageux. Noeud pap’ ou cravate ? Fais attention, il y a un piège dans la question … Heureusement, je n’ai jamais eu à porter de cravate ! Dans une autre vie, qui aurait été Jonathan Zawada? Un boulanger meunier à ses heures, perdu dans le seizième siècle dans une province britannique. C’était un plaisir d’échanger ces quelques mots avec toi. On te remercie pour le temps précieux que tu nous as accordé. Sur ce, on te laisse champ libre pour ta dernière réplique. Te loupe pas ! Vous vous réincarnez infiniment.

Nous savons que tu aimerais collaborer avec Bjork, ça avance cette histoire ? Non, rien de prévu :) Mais tu sais, j’ai entendu dire (et découvert d’une certaine manière) qu’il n’est pas toujours génial de rencontrer ses héros !

Jonathan Zawada www.zawada.com.au

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A LA PAGE

WE ARE FROM par Thomas Devoddère

Qu’on se le dise, les « ricains » ont peut-être gagné la bataille du nom, mais ils n’emporteront pas pour autant comme trophée de guerre nos deux lurons du collectif WE ARE FROM LA, qu’on garde jalousement. Actif depuis fin 2010, WAFLA c’est le collectif qui se soucie de toi, celui qui t’implique dans ses clips par l’intermédiaire de procédés parfois douteux, mais toujours très innovants. Fini les clips bad ass qui alternent entre cinq plans « différents » cadrés sur le plus beau profil de la nouvelle rockstar du XXIe siècle (si, si, elle existe). Avec ce collectif, c’est toi le sujet, c’est toi qui expérimentes. Même si son nom était peut-être encore méconnu jusqu’à la lecture de l’article, il est tout simplement impossible pour toi d’être passé à côté des dernières réalisations du duo créatif. Et pour cause, WE ARE FROM LA, c’est LE collectif de réalisateurs et créateurs en vogue depuis quelques mois.


M LA F

ondé par trois potes qui se faisaient un peu chier dans les open space parfois trop carrés de leurs agences de pub, WE ARE FROM LA a su très rapidement s’installer comme l’une des références françaises en matière de réalisation de clips musicaux ou promotionnels. Le trio de base s’est transformé en duo composé par Clément Durou et Pierre Dupaquier qui depuis sa création a fait un énorme bon en avant, voyant ses productions primées et reconnues à de multiples reprises ces deux dernières années. Ce qui n’est qu’une juste récompense en raison de leurs récents projets. Retour sur l’ascension fulgurante du collectif parisien.

Leur premier fait d’armes ? Un fanclip balancé à 5 h du mat un dimanche composé exclusivement de GIF sur le titre « Power » de Kanye West. Soit le début d’une belle histoire, ou la fin d’une soirée trop arrosée. Au final, la belle histoire a vite tourné au buzz après avoir fait le tour du net et s’être payé le luxe de figurer sur le site officiel du rappeur américain quelques jours après sa sortie. Plutôt pas mal pour un clip réalisé en un week-end dont tout le process est basé sur des recherches Google Images, non ?

Après cette première réussite, ils ont renouvelé l’expérience en suivant le même process pour Yelle. Et pour le coup, le duo n’a pas lésiné sur les moyens en s’offrant un casting 5 étoiles. Un « The Expendables » sauce WE ARE FROM LA épicée par Google Images. En pleine ascension cette année, le duo se voit récompensé par le prix du jury du Club des directeurs artistiques pour leur réalisation du clip « True Romance » du groupe Citizen. Une réalisation axée principalement sur l’opposition entre la tendresse et la violence inspirée par la célèbre photo de presse des émeutes de Vancouver.

Mais le véritable premier succès du collectif a lieu lors de la sortie du single « I love you so » de Cassius sur Ed Banger Records. Le clip est un carton totalisant plus de 3 millions de vues et autant de persécutés qui suite à l’application se sont retrouvés avec un iPhone greffé en plein milieu de la tronche, merci WE ARE FROM LA.

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La vidéo est à l’image des revendications du collectif : expérimenter de nouveaux médias en incluant l’utilisateur dans l’expérience. Une technique qui fonctionne sur la base de la viralité permettant alors aux clips de s’offrir une plus grande visibilité grâce à l’implication suscitée.

net. Un projet qui sonne un peu comme une consécration pour les deux hommes. Ce qui plaît chez le collectif, c’est ce regard nouveau sur la production de films grâce à l’utilisation des nouveaux médias. Mais également le ton toujours très décalé qu’ils emploient. Son association avec la société de production Iconoclast (Romain Gavras, Yoann Lemoine ou encore Édouard Sallier pour ne citer que ces trois-là) ne pourra qu’appuyer nos affirmations : ils sont jeunes, talentueux, créatifs et possèdent un bel avenir devant eux.

À partir de ce moment, le collectif n’a eu de cesse de tenter de nouvelles expériences basées sur l’interactivité. On retiendra notamment le clip pour The Shoes pensé pour ne pas être regardé dans le but de profiter pleinement du son et non des images grâce à un système astucieux d’eye tracking. Ces expériences ne sont pas le fruit du hasard et proviennent très certainement de leur formation dans la publicité. Un domaine qu’ils ont rapidement mis à profit en attirant des clients comme Eastpack, MTV, Virgin et bien évidemment Evian. Puisque effectivement, derrière l’excellente campagne Baby&me, ce sont bien les deux compères de WAFLA qui se cachaient derrière la caméra pour ce qui s’annonce comme la publicité la plus virale de cette année sur le

Bref, ils font partie de cette nouvelle génération de réalisateurs français qui a le vent en poupe, à surveiller de près. Cette nouvelle « french touch » comme ils l’appellent. Cocorico.

WE ARE FROM LA www.wearefromla.com


CULTURE GRAPHIQUE

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DERRIère l'objectif de

ALEXIS PILLON Site web


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DERRIère l'objectif de

SPECIAL FESTIVAL


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DERRIère l'objectif de

COACHELLA BRONCQUES Site web


SPECIAL FESTIVAL

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DERRIère l'objectif de


SPECIAL FESTIVAL

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DERRIère l'objectif de

LE JOUr d’après

READING FESTIVAL


SPECIAL FESTIVAL

DAVID WHITE

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DERRIère l'objectif de

GLASTONBURRY Dan Kendall

Pooneh Ghana

Tom Martin

Tom Oxley

Dan Dennison


SPECIAL FESTIVAL

Dan Dennison

Dan Kendall

Richard Johnson

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DERRIère l'objectif de

Richard Johnson

Pooneh Ghana

Pooneh Ghana

Tom Martin

Tom Martin

Pooneh Ghana


SPECIAL FESTIVAL

Ed Miles

Tom Martin

Richard Johnson

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DERRIère l'objectif de

BURNING MAN Jim Urquhart

Mack Reed


SPECIAL FESTIVAL

Jim Urquhart

Jim Urquhart

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DERRIère l'objectif de

Mack Reed

Jim Urquhart

Mack Reed

Jim Urquhart

Mack Reed Reed Mack


SPECIAL FESTIVAL

Mack Reed

Mack Reed

Phoenix Firestarter

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DRESS YOUR HOME

par Victor Tessier

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1 - Stadler Form - http://www.stadlerform.fr Suisse. Banques. Montres. Chocolats. Cliché. Et sinon ? Design. Stadler Form, maison de design suisse, primée de nombreuses fois, touche à différents domaines de la maison, et rend sexy les produits les plus banals. En espérant que l’été prochain soit aussi chaud que cette année, pourquoi ne pas s’offrir un ventilateur qui ne soit pas seulement là pour brasser du vent ? 2 - Vladimir Kibardin - LED Clock - http://www.kibardindesign.com Si l’on en croit la page « About » de son site web, ce quarantenaire russe aurait l’ego d’un pubard en mal d’augmentation de salaire. Mais si l’on met de côté l’énumération très exhaustive des prix qu’il a remporté, force est de constater que ses productions sont plutôt réussies, et tout à fait abordables en plus de ça. Finalement, le design de qualité ne se paie pas forcément cher. 3 - Chrome FIXA Bike Shelf - http://www.chrome.lv/work/fixa-bike-shelf La Lettonie est aussi connue que le platiniste Koop Kid, c’est-à-dire pas du tout. À la limite, on pourrait citer quelques mannequins sortis tout droit d’un Tumblr divin, malheureusement leur nom serait imprononçable. Sinon, comme souvent dans les coins du monde qui ne font pas encore assez parler d’eux, on tombe sur des petites perles de créativité. Le studio de design Chrome en fait partie. Peu de projets à son actif, mais déjà un bel objet à mettre dans votre hall d’entrée, c’est votre bicyclette qui en sera ravie ! 4 - LEGO Ice Cube - http://www.lego.com Bien sûr, la marque danoise reste l’emblème du jouet pour de nombreuses générations. Mais elle a aussi su rester sur le devant de la scène en s’immisçant dans d’autres sphères que celle qui lui était prédestinée. On savait que l’idée de prendre l’apéro avec des LEGO allait vous plaire, et quand cet article sortira, il devrait rester encore quelques jours de beau temps pour profiter d’un Martini en terrasse.


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5 - Kouichi Okamoto Liquid Lamp - http://www.kyouei-ltd.co.jp Le japonais Kouichi Okamoto, designer du studio Kyoue Design, a souvent travaillé avec un style très épuré, comme en témoignent la plupart de ses créations. En 2008, il s’était penché sur le thème du liquide, proposant différents produits « coulants ». 6 - NUD Collection- http://www.nudcollection.com Beaucoup de choses tendent à se simplifier, l’architecture et le design n’y échappent pas. Mais attention à ne pas faire rimer minimalisme et pauvreté. NUD Collection l’a bien compris, et propose d’égayer cette avalanche de noir, de blanc et de gris avec un design coloré. Comment ? Avec des cordons, tout simplement. 7 - CoCoCo Home Camouflage Chesterfield Couch - http://cococohome.com Il semblerait que la texture « Camo » revienne à la mode ces derniers temps, ça tombe bien, ce canapé a été spécialement créé par CoCoCo Home pour un événement de la Fashion Week new-yorkaise. Les petites mains de chez CoCoCo se tuent à la tâche pour produire ce qui semble être d’excellentes surfaces d’assise pour salon en boulimie d’espace. 8 - Le Beanock - http://www.lebeanock.com Chez Le Beanock, vous trouverez de quoi vous relaxer autrement que dans un canapé ou un transat. La sieste n’a jamais été aussi bonne que dans un hamac, même s’il est aussi dur d’y entrer que d’en sortir. Alors si vous avez l’espace (parce que oui, il faut de la place), ce sera parfait dans votre salon. 9 - HappyWallz - Get Naked Sticker - http://www.etsy.com/shop/HappyWallz Tout le monde connait aujourd’hui la plateforme de e-commerce Etsy, où professionnels et particuliers se côtoient pour vendre des objets de mobilier et mille autres choses. L’Amazon de la maison en quelque sorte. La boutique HappyWallz a une sélection de stickers pour faire briller vos surfaces, parce qu’un Monet ou un Mondrian ça va bien cinq minutes...

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CHEZ ABSOLT

Notre collectif, ou plutôt notre entreprise, continue son petit bout de chemin. Des travaux plus importants pour des clients plus importants, alors un logo qui en jette encore plus. C’est d’ailleurs entre deux projets que j’écris ce petit texte d’intro. Les lecteurs, c’est cool mais les clients encore plus! En guise de cadeau on vous offre nos photos de la fête de la musique et une jolie collection de logos de notre conception. Cette année sent bon, on se tient au jus. A très bientôt chez Absolt.

ARTENGO : OPEN DE MOSELLE En collaboration avec l’agence Noveros, nous avons travaillé sur la direction artistique du stand de la marque Artengo, pour l’open de Moselle. En créant Absolt, on ne pensait pas faire autant de design d’intérieur! Mais c’est plûtot jouissif de voir se monter des projets comme ceux-là. Nos idées sont maintenant en 3d! Le kiffe. Crédit photo : Doublet

Plus d’images

ABSOLT 2012 ISSUE Comme chaque année, on sort une petite vidéo récapitulative de nos événements et projets. Cette année, force est de constater qu’on été “busy”! C’est d’ailleurs pour ça que notre vidéo de l’année 2012 est sortie bien tard en 2013. Mais bon, le plus important est là, et c’était une année plus qu’éprouvante pour nous. Voir la vidéo


LA Fête de la musique 2013 En images

C’est la deuxième fois qu’on s’organise avec Octave Productions pour donner aux lillois du bon son et un endroit pour fêter la musique, et c’est la deuxième fois que c’est une franche réussite. Impossible de compter le nombre de têtes illuminées par nos spots ce soir-là, mais une chose est sûre, ils étaient trop pour un club. Ci-dessous quelques photos pour se remettre dans le bain. On est fiers d’être dans les top des spots de la fête de la musique lilloise. 4 Et pour voir tout ça en vidéo, c’est par là.

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CHEZ ABSOLT

UNE collEction de l


logos... Par absolt

ABSOLT www.absolt.fr www.facebook.com/absolt.collective

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LE NOEUD PAP VU PAR


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LE NOEUD PAP VU PAR

THOMAS LE DLUZ Par Thomas Devoddère

On va pas se mentir, Thomas est un bon gars avec qui on aime discuter. En plus de ça il fait des illus bien cools alors on a pensé que ce serait sympa de l’inviter à participer à l’élaboration de notre #3.

Salut Thomas ! Tu vas bien ? Si on te laisse 4 phrases, 5 virgules et 43 mots pour te présenter, ça donne quoi ? Hello le Noeud Pap’, super à l’aise avec ma présentation je dirais que je suis un illustrateur, graphiste et designer qui habite à Paris (GDN t’as vu) depuis 7 ans. Avant d’être un technicien visuel je suis un expérimentateur. J’aime travailler différents médias, dans différentes catégories visuelles. C’est pas tous les jours confortable mais no pain no gain. Tant que je prends du plaisir à un moment ou un autre, c’est ce qui me fait avancer. J’ai éclaté les virgules et 43 mots, j’arrête. Dessiner pour le Noeud Pap’, c’était sympa ? Comment t’as abordé la chose ? J’ai toujours trouvé finalement étrange de s’accrocher un bout de tissu autour du coup, comme une cravate ou un noeud pap’. Je reste absolument sensible à ce genre de petite

délicatesse et j’aime en porter à l’occasion, mais faut avouer : c’est chelou. C’est pour moi un élément voué à se démarquer de l’autre. Donc finalement essayer de “plus exister” que son voisin dans un sens. Quand à notre ami Ryan, je pense qu’il est une bonne incarnation de cette distinction ! Ces dames seront bien d’accord avec ce dernier point (rires). Bérangère Claire, Nike, Baron Clothings, Salomon, tu commences à avoir une belle petite liste de clients à ton actif. On peut s’attendre à de nouvelles collaborations dans les semaines qui arrivent ? Pour les semaines qui arrivent c’est un peu précipité, mais je suis sur quelques plans qui peuvent se révéler très intéressants pour cette prochaine année. Notamment avec une galerie du 3ème (Paris) et des collaborations avec des illustrateurs / artistes de Paris et du Sud Ouest. Aussi un poster pour un groupe de métal aux US.


De cette liste, on retient quand même le domaine de la mode et du prêt à porter qui semble pas mal apprécier tes talents d’illustrateur. C’est un choix personnel ou alors un pur hasard ?

artistique. C’est évidemment une grande source d’inspiration pour mes productions. Il n’y a pas un jour sans que la ville de Portland ne trotte dans ma tête, alors forcément ...

On va dire que comme beaucoup de gens, j’ai toujours aimé les fringues. Je connais un vieux proverbe chinois qui dit : “Un cadeau pourri dans un bel emballage, c’est mieux qu’un cadeau pourri dans sac plastic Ed”. Donc les fringues c’était pour plaire aux filles évidemment (rires). Mais c’est vrai que sans pour autant avoir cette volonté forte, je me suis quelque peu laissé guider par les aléas de ce qui se présentait à moi, et finalement, ça s’est calé avec l’univers de la mode. J’en suis ravi même si ma volonté d’élargir mes horizons est omniprésente. A bon entendeur.

Ces derniers temps, je sais que t’es en pleine élaboration d’une série de portraits. Ca avance tranquillement cette histoire ?

Au fait, Harvard c’était cool ? Comment t’as atterri là-bas ?

On finit avec la question qui fâche... Paul Rodriguez ou Eric Koston ?

J’ai suivi des études de design industriel. On a eu un projet en cours qui nous a amené à gagner un concours national puis international lors de notre présentation à Harvard en Novembre 2012. Une expérience de malade : Je ne pensais absolument pas remporter ça à l’échelle nationale, alors tracer à Harvard, présenter ça à des gens du monde entier qui croient à fond en ton projet, ça fait plaisir a l’égo.

Ha j’ai rencontré Koston il y a 2 ans à Portland pour mon anniv’ justement. Il tournait la Pretty Sweet de Girl / Lakai. Donc je dirais Koston. Même si j’ai un colossale respect pour Paul Ro.

A fond. Je suis en train de produire et de produire, on verra ce que je peux faire avec ça. C’est le genre d’expérimentation que j’aime à faire. La fin n’est pas encore écrite pour ces gars là Où est-ce qu’on peut te retrouver sur le net ? Mon site : www.thomasledluz.com , que je refais entièrement dans les mois prochains. Mon blog d’illu : negativesentiment.tumblr.com Instagram : instagram.com/spne

Et puis il était pas encore là sur Tony Hawk Pro Skate 1 (rires)

En parlant des états unis, ton expérience à Portland t’influences dans tes visuels ? J’ai eu la chance de faire quelques séjours à Portland dans l’Oregon. Cette ville est un bijou de profusion créative, autant par la musique que par la création

THOMAS LEDLUZ http://negativesentiment.tumblr.com

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MUSIQUE

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REVIEWS Asgeir : In The Silence [Sortie le 27 janvier - One Little Indian ]

MAC MILLER : WATCHING MOVIES WITH THE SOUNDS OFF [Date de sortie : 14 Juin 2013 / Rostrum Record]

DILLON COOPER : COZMIK [Date de sortie : 27 Juin 2013]

Par Baptiste Pépin Asgeir, ce nom ne vous dit peut être rien pour le moment mais cet état d’ignorance toute légitime ne devrait pas durer. Le jeune islandais d’une petite vingtaine d’années a sorti en Islande il y a tout juste un an, son premier album, Dýrð í dauðaþögn. Pauvre non-islandais que nous sommes ne connaissons pas la signification de cet assemblement de lettres pour certaines inconnues au bataillon, mais ses compatriotes eux, n’ont eu aucun souci à comprendre et apprécier la musique émanant de cet opus. Quand on sait que les « concurrents » d’Asgeir sur son île se nomment Bjork, Sigur Ros ou FM Belfast, on se dit légitimement que son succès ne devait pas être volé. Le label One Little Indian l’a également perçu de cette manière et a décidé de ramener le talentueux islandais en studio pour enregistrer une version anglaise de cet album, qui sort donc le 28 octobre prochain. Pas de doute ! A l’écoute d’In The Silence, et de son premier titre Higher, on comprend très vite que l’islandais formé à la guitare classique a eu raison de viser plus haut que les seulement 300 000 habitants de son île, tout aussi belle soit-elle. Une magnifique ballade portée par quelques notes de piano, une petite boite à rythme discrète, quelques accords de guitare et la menue voix du chanteur. Située à mi-chemin entre Bon Iver et José Gonzales –excusez du peu- Asgeir déroule tout au long des dix titres de l’album une musique légère et aérienne ainsi qu’un sens de la mélodie précieux qui nous font dire qu’il ne peut être qu’un amoureux invétéré de la Musique. Sur ce parcours musical doté d’un charme incroyable, toujours accompagné de sa guitare, celui dont la plupart des paroles ont été écrites par son père, invite l’heureux auditeur à un véritable voyage onirique au dessus des volcans, geysers et autres glaciers islandais. Et à moins d’une catastrophe naturelle imprévue, on aurait tort de s’en priver.

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Par Floris Yvinou Par FLoris Yvinou Tel un professeur qui veut se faire respecter le premier jour de cours, Mac Miller donne le ton dès le premier morceau : son second album n’est pas dans le même univers que le premier. Si certains d’entre vous avaient trouvé que le rookie album du rappeur de Pittsburg était déjà un peu diffèrent des mixtapes qui l’ont rendu connu, sachez que Watching Movies With the Sounds Off n’a plus rien à voir. Les instrumentales, mais aussi le flow, l’esprit en général a changé. Et pourtant, bien que fan absolu des mixtapes de Mac, je peux assurer que cet album est excellent. On se rend surtout compte que le MC a pris de la maturité. WMWTSO (comme il l’écrit) a une réelle identité, une réelle emprunte musicale. De la première à la dernière note de l’album Mac Miller nous embarque dans un univers particulier, mais très agréable. L’album nous transporte. Faites le test par vous même, équipez-vous de jolies enceintes ou de bons écouteurs et remarquez à quel point tout peu vous paraître différent en écoutant WMWTSO. Et c’est ici la plus grande différence avec les anciens projets de Mac. Ajoutez à ceci des featuring plus qu’intéressants avec des hôtes de qualité comme Earl Sweatshirt, Ab-Soul, Action Bronson, Schoolboy Q ou encore Tyler, The Creator et vous obtiendrez un album complet et d’excellent qualité. Le kid est un grand maintenant après tout, même Kendrick Lamar a pensé à le mentionner dans son couplet controverse sur le son Control. Alors si Kendrick aka « The King » le dit…

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« BROOKLYN BABY! » Cette simple phrase devrait réveiller les types « underground » d’entre nous, ou tout simplement les connaisseurs. Le lien est quasi automatique, l’oreille la perçoit et l’esprit se met à produire des images de playgrounds, de sneakers, de danseurs et bien sûr de musique. Brooklyn, la Mecque du monde Hip-Hop. Alors forcément lorsqu’un rappeur en vient, il n’a pas vraiment le droit à l’erreur. Et ça tombe plutôt bien puisque le (très) jeune Dillon Cooper du haut de ses 20 ans a su nous prouver son talent avec des titres comme « Shadows » ou « Common People ». Du coup on attendait avec impatience sa mixtape Cozmik. Si vous ne l’avez pas déjà fait, il est surement temps de vous la procurer. Il s’agit de 17 formidables titres qui nous font comprendre que le kid est un « natural ». Parmi les favoris on retrouve les titres « State of Elevation » et « Survival of the Fittest » qui ont permis de faire connaître Dillon grâce à leur version vidéo. Et il n’y a rien à redire, son flow est impeccable, voire formidable, et les prods choisies rappellent le Rap des 90’s. Peut être l’occasion de réconcilier les « puristes » avec la nouvelle scène car ce sont ces instrus sonnant plus vraies qu’électroniques qui définissent l’univers de Cozmik. Alors lachez-vous, imaginez vous marchant dans le rue de Brooklyn au milieu des joueurs de basket, des collectionneurs de sneakers et des danseurs les plus talentueux tout en écoutant cette douce mixtape. Résultat garanti.

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Jackson and his computer band [20 septembre - WARP Records]

Par Eric Rktn Cavalcade dans la brume, épilepsie éléctronique et volontairement imparfait, Glow ne nous donne toujours pas de pistes pour disspier le nuage de mystère entourant Jackson et son groupe d’ordinateurs. Seule constante, cette voix fantomatique qui habite les melodies sombres, à la manière d’un fantome se baladant dans une cathédrale construite sur 12 morceaux aux architectures grandiloquentes, aux vastes pieces où le son résonne, en passant par celles où le marbre dur et froid vous cogne, pour finir par celle où l’on pourra observer un ciel d’orage à travers un toit éventré. Glow est un album qui respire, qui transpire parfois même de manière frénétique, entre en transe, s’arrête, halète, tend l’oreille, murmure du Queen, puis disparait. A tous les chasseurs d’ectoplasmes en freelance, voilà un gibier de choix qu’il faudra épingler dans sa collection, car il pourrait bien s’agir d’une apparition assez rare dans la pop électronique d’aujourd’hui.

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MAN&MAN : Homerun Ep [Date de sortie : 7 octobre 2013]

JAY Z : MAGNA CARTA HOLY GRAIL [Date de sortie : 4 Juillet 2013 / Roc-A-Fella Record, Roc Nation]

Par Baptiste Pépin La pop française existe. Non, pas la pop qui essaie trop (?) souvent –avec plus ou moins de réussite – d’imiter sa grande sœur anglosaxonne. Non, non, pas celle-ci. Je parle d’une pop dont Man&Man s’est érigé en étendard trop discret pour le moment mais qui ne demande qu’à s’élever le plus haut possible. Une pop fraîche, dansante, rythmée, qui nous fait hocher la tête de haut en bas. Contrairement à ce que laisse penser le nom du groupe et de cette sortie, une pop écrite/chantée/parlée dans la langue de Molière, sur ce qui est le deuxième EP des parisiens/rémois. Homerun, puisque c’est le titre de l’EP, nous dévoile quatre titres où les synthés croisent des guitares électriques (très discrètes), une boite à rythmes effrénés sur des textes qui nous parlent d’amour, de vie, d’échecs. Des textes simples, parfois naïfs, mais finalement pop et tellement jouissant, entre chant et récitation de poésie à l’école, entre timidité et enthousiasme débordant. Homerun c’est aussi le premier titre de l’EP. Le groupe y décrit un parcours en dents de scie, « loin d’être un homerun » et chaque amateur de baseball saura comprendre la métaphore sportive. Mais il y a fort à parier que ce titre accompagné de ses trois acolytes - dont un Kaleidoscope qui pourrait à lui seul être la définition de Pop Music – permettra de bien dégager le chemin.

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Par Floris Yvinou Jay Z. Permettez-nous de ne pas le présenter puisque nous considérons que si vous ne le connaissez pas des cours du soir d’histoire de la musique sont à prévoir. Il y a quelques années (2 exactement), en sortant leur album collaboratif Watch The Throne, Jay Z et Kanye West ce sont imposés comme rois incontestés du Rap. Depuis les deux garçons ont connu une évolution bien différente. L’un se pavane avec l’une des plus grandes Divas de notre époque, l’autre avec une pseudo star (de téléréalité maintenant). L’un se prend pour Dieu et amène un fake Jésus sur scène, l’autre évite les scandales, achète une franchise NBA, et nous offre des shows impressionnants de professionnalisme (Magna Carter Tour). Bref Kanye est devenu fou, dans le mauvais sens du terme, Jay Z lui, confirme sa suprématie. Une preuve de toutes ses affirmations ? Son dernier album, Magna Carta Holy Grail, sorti le 4 juillet dernier. Au programme : pas de fioritures, des instrus aux sonorités parfois old school, parfois bien grasse (au bon sens du terme), et un flow toujours aussi efficace. Du coup on se retrouve avec des sons tels « Holy Grail » avec Justin Timberlake, le déjà célèbre « Picasso Baby », et (ma préférée) « Tom Ford ». En bref, 16 morceaux qu’on a plaisir à écouter. D’autant plus quand on sait que l’artiste n’est pas devenu fou.

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MUSIQUE 103


REVIEWS SET&MATCH : TUDO BEM [Date de sortie : 1er Juillet 2013 / Atmosphériques ]

Ryan Hemsworth : Guilt Trips [Sortie le 22 octobre – Last Gang Records]

Par Floris Yvinou

Par Eric Rktn

Set&Match c’est 3 bonshommes nommés Bunk, Faktiss et Jiddy Vybbz, une musique venue tout droit de Montpelier et un album qui nous a fait remuer la tête tout l’été.

Combien de fois a-t-on parlé de Ryan ? Loin de moi le fanatisme, mais il semble qu’à chaque fois que le producteur canadien pointe le bout de sa MPC dans les internets, il éveille chez nous (chez moi), un sentiment de crush instantané, un sentiment du domaine de l’affectif qu’on ne peut pas vraiment expliquer, bref un sentiment. Ryan Hemsworth ne surfe sur aucune hype, il fait la musique dans sa tête, la retranscrit puis la poste dans les flots du web, comme une bouteille à la mer qui attend que quelqu’un la trouve. Le truc, c’est que cette bouteille est tellement précieuse qu’on hésiterait presque à appeler les secours. Pas grave, ouvrons et goûtons « guilt trips » avec la même envie que son dernier album.

Adepte ou pas de Rap français il n’y a qu’un homme sourd (nous parlons d’une personne réellement sourde, pas d’une dose trop importante de cérumen) qui ne pourrait se satisfaire du premier album du groupe, Tudo Bem. En effet, bien loin des clichés du Rap français un peu lourd (nous ne citerons aucun « artiste ») on y retrouve des morceaux agréablement musicaux et des lyrics bien travaillées. Du coup entre 2 punchlines et un beat assassin, on a été séduit dès le début chez Le Nœud Pap’. Si vous nous suivez sur Facebook vous avez pu voir les clips « Résolutions » et « Sunset » d’ailleurs ! L’album « pue l’été », mais pas une sale odeur de chaussette façon Mamie sur son fauteuil, non, puer dans le bon sens du terme. Tout colle à la période de sortie de l’album. Tout jusqu’au clip de Sunset : ambiance piscine, herbes de Provence, « toussa toussa ». Et c’est pas le mieux ! Ce qui est bien cool avec ces 10 tracks c’est que même en automne on pourrait se croire de retour en été en l’espace de 10 secondes. Et ci ce n’est pas un argument suffisant pour que vous écoutiez la bête, on se demande ce qu’il vous faut de plus… Alors « let’s go » jeune fou ! Enfile ton maillot Bob l’éponge, prends ton seau et file écouter cette douce mélodie.

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La liqueur est bonne et Ryan n’a pas lésiné sur les ingrédients secrets qui la composent, comme Sinnead Harnett, que vous avez déjà dû entendre dans le « boiling » de Disclosure, Baths et son génie fragilo-électronique en roue libre ou encore Haleek Maul, prodige rap futuriste. Casting pointu pour un album ambitieux qui remplit bien son office, nous faire voir du pays. Du rap contemplatif? Du r’n’b sous codéine ? De la chillwave d’after ? Impossible de mettre un nom sur cet opus riche en sonorités d’un autre monde, le mieux est de l’écouter. Alors voyage coupable, je ne sais pas, mais voyage voyage, ça c’est certain.

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LA CLAQUE

GLASS ANIMALS Par Max Ltnr

C’est l’histoire vieille comme le monde d’une bande de potes d’enfance qui vont faire de la musique ensemble. Jusquelà rien de nouveau, oui mais voilà, à l’écoute de leur premier EP « Leaflings» sorti il y a un peu plus d’un an, on s’est dit que ces gars-là n’étaient peut-être pas vraiment ordinaires, les imaginant plus volontier en tribu chamanique d’une forêt britannique. Bingo. Dave, Joe, Drew et Edmund ont 13ans quand ils se rencontrent à l’école et deviennent tout de suite amis autour de leur passion commune : la musique. Après quelques expériementations, c’est en 2010 que les premiers ‘vrais’ morceaux vont éclore de la tête de Dave et Drew. Pour l’anecdote, Dave, terrorisé à l’idée de chanter en public, n’arrivait à s’exprimer qu’en réfugiant sa tête sous la couette devant ses camarades. Les premiers titres seront alors postés sur myspace après les avoir retravaillés dans une fameuse « cabane au fond du jardin ». Un endroit qu’ils ne quitteront jamais vraiment puisque le quatuor a fait installer un studio au beau milieu de la forêt d’Oxford, leur fief. La musique elle, se veut lente et hypnotique dans un imaginaire profondement psychedelique, à l’image d’un “Cocoa Hooves” ou du plus récent “Exxus” dont le clip nous laisse encore la tête fumeuse. « Un chuchotement de licorne » diront-ils, on prend. Si ils avouent volontier

autant se laisser influencer par le classique que la cheesy pop, nos 4 anglais s’accordent pour reconnaitre l’impact d’un groupe comme Radiohead, de Flying Lotus ou enore de Burial dans leur musique. Et nous, on entame une danse de la pluie au ralenti, remuant nos membres désarticulés comme des invertébrés sous acide. La pluie, elle, tombera plutôt le long de notre front, de notre dos, pour finir sa course dans nos mollets bien trop fébriles pour supporter toute cette cohue lancinante; l’exorcisme Glass Animals.

GLASS ANIAMLS soundcloud.com/glassanimals facebook.com/glassanimals http://glass-animals.tumblr.com Black Mambo / Exxus’ EP available here http://smarturl.it/BlackMamboExxus

MUSIQUE 105


LOCAL HEROES

LE PANIER Par Eric Rktn

Pendant que les labels parisiens comme Marble, Clek Clek Boom et d’autres agitent la capitale, d’autres collectifs s’activent, plus discrets mais pas moins ambitieux. Rencontre aujourd’hui avec Julien et Renaud de Le Panier.

Le Noeud Pap’: D’abord pourquoi Le Panier ?

Le Panier c’est qui ?

Julien: C’est une bonne question, il n’y a pas obligatoirement de raison à ce nom. Au moment de la création du collectif, on s’est dit : “ha oui, il faut un nom” et puis on commencé à faire un énorme brainstorming comme on à l’habitude de faire dans ces moments là. Le Panier est sorti à un moment et on s’est dit que c’était une bonne idée, les artistes venaient d’univers différents et qu’ils seraient réunis dans un grand Panier. C’est venu de là, au final, le nom est accrocheur et on aurait pas réussit à trouver mieux. Renaud: moi je n’étais pas la , mais je pense que dans l’absolu le nom colle bien au truc quoi. Et puis c’est facile de trouver ce à quoi le nom correspond. Le Panier ? Bah un fourre-tout musical.

J: A la base, c’est moi, Adeline Bustin et l’artiste Melja qui est encore avec nous. Puis ce sont tous les artistes qui nous ont suivi dans le projet et enfin Renaud Mathieu qui a rejoint l’équipe un peu plus tard. Aujourd’hui ce sont surtout Julien et Renaud qui organisent et gèrent le collectif, mais tout le monde à son avis à donner et on aime que toute l’équipe mette sa patte dans les projets. R: Pour ma part je pense que le Panier a pas mal évolué depuis sa création et particulièrement sous sa forme. Je dirais qu’aujourd’hui c’est une jolie structure plutôt pas mal gérée. On essaie au maximum de faire participer les artistes dans les choix pour nos événements ou même dans la direction que prend le collectif.


Le Panier c’est depuis quand ? J: Le Panier c’est dans ma tête depuis très longtemps et ça s’est concrétisé en Janvier 2012 avec le lancement et la compilation. R: Plus tard pour ma part disons depuis septembre de l’an dernier. Comment avez vous décidé de monter un crew ? J: Moi et Melja avions une résidence au Panic Room, ils mixait sous le nom pourri de Nightjackaz et puis je me suis dit que ce serait intéressant de réunir des artistes autour d’un projet. L’idée était justement de partager la musique, faire des soirées ensemble, réunir une famille autour d’une passion commune. On a monté Le Panier dans cette optique qui est de pouvoir partager, offrir aussi. R: Nightjackaz pas mal! à l’origine je montais mes quelques soirée ou bossais pour d’autre ; Julien voulait organiser un soirée de lancement de saison , vu que j’avais l’expérience nous y sommes allé. Après, j’y rentre surtout parce que le projet était intéressant et je voulais m’inscrire dans l’aventure. Concretement, Le Panier, il fait quoi ? J:Le Panier est là pour promouvoir la musique de 4 artistes qui sont Blonde Platine, Melja, Felix et Vue Sur La Mer. On organise pour cela beaucoup de soirées sur Paris et dès qu’on peut, on essaye de partir en Province. On sort également une compilation tous les ans, la troisième édition arrivera entre janvier et Février. Y a t’il un son spécifique au Panier, une influence en commun? J:Les influences du Panier sont très très nombreuses, on vient tous d’univers relativement différents. C’est aussi pour ça qu’on se nomme comme ça, car il y a de tout dans un Panier. C’est un peu une phrase bateau (rires), mais c’est comme ça qu’on voit les choses. Le style du Panier c’est surtout entre la house et techno même si parfois on dérive. Comment vous fonctionnez entre vous, vous vous partagez des dates ou c’’est chacun pour soit? J: Les dates du Panier sont réservées à tous nos artistes, souvent accompagnés d’un guest. Pour

le reste, c’est en fonction des demandes des organisateurs, on essaye de placer tel ou tel artiste à des soirées qui leur correspondent le mieux, en fonction de leur style et leur mixes. Quand un artiste a des dates où il peut caser un autre copain, il le fait. R: On n’accepte pas tout et essayons d’avoir une vraie cohérence entre notre musique et le lieu. Au niveau production, c’est pareil? J: Pour le moment, on ne s’entraide pas trop car on a peu de temps, faut l’avouer. Mais je sais que tout le monde est prêt à aider tout le monde dès qu’on à l’occasion. Felix et Melja travaillent en ce moment ensemble sur des nouvelles tracks, Vue Sur La Mer sont déjà deux et sont donc perpétuellement en train de s’envoyer des idées. Pour Blonde Platine, elle ne produit encore que très peu mais ça devrait arriver, il faut prendre le temps de faire les choses bien et tranquillement. Les prochaines soirées / EP / collaborations ? J: C’est le début de résidences à La Petite Taverne, nouveau lieu à Pigalle, La Villette Enchantée en novembre et il va y avoir beaucoup d’autres soirées dans l’année et on a de très beaux projets. On va avoir une collaboration avec une nouvelle marque de vêtement pour nos prochaines opérations également et ça fait bien plaisir.

COLLECTIF LE PANIER https://www.facebook.com/CollectifLePanier

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CA CREUSE

LE RAP GOLRI Par Floris Yvinou

Les styles musicaux se multiplient sans cesse depuis de longues années maintenant et la difficulté est de donner un nom à ses petits nouveaux. « New wave », « Sensual chill », « Trip-Hop » et autres descriptifs plus alambiqués les uns que les autres ont fait leur apparition. De la même manière, nous nous sentions obligé de différencier certains styles plus ou moins « humoristiques ».

N

otre histoire (en effet le ton est ici très solennel !) regorge de musiques ayant

pour but de nous faire rire. Mais telles les blagues notées de 1 à 10 lors d’une soirée entre amis, ces chansons nous font plus ou moins rire. Et puis il y a la notion de « musique » qui n’est pas toujours respectée. En France nous sommes les spécialistes de cette dernière catégorie évoquée. Des bruits (je n’appellerai pas cela de la musique par simple respect) tels ceux balancés par le très célèbre Sebastien Patoche arrivent au top des charts devant des pointures comme Daft Punk. Ceci, mes amis, nous rend plus que triste à la rédaction. Car même si mettre une cartouche à une personne qui vient de trouer son slip dû à un dégazage conséquent peut nous faire rire après prise de substances plus qu’étranges, il n’empêche qu’entendre « la nouvelle musique de… » nous fait énormément de peine. Et pourtant l’humour tout le monde en raffole. C’est une sorte d’antidote universel. Mais même si le ridicule ne tue pas, il peut très souvent ne

pas nous faire rire, et c’est bien le problème en France, ça va trop loin dans la bêtise pure et dure. Bien sûr, il existe quelques exceptions à la règle, j’ai en tête l’excellent Max Boublil, et c’est important de le signaler, car nous ne sommes pas tous fans de Patoche au sein de l’hexagone. Ce qui reste un mystère est que nous avons pourtant un exemple de la bonne recette de l’autre côté de l’Atlantique. Nés il y a quelques 35 années, Andy Samberg, Jorma Taccone et Akiva Schaffer ont une mission : nous faire rire grâce à leur musique. Et nous parlons ici de réelle musique. Le trio de Berkeley décide en 2001 de créer un groupe du nom de The Lonely Island un groupe loufoque postant des vidéos sur internet. S’en suit Saturday Night Live et les vidéos youtube de différents « tubes ». Car voilà, The Lonely Island représentent ce qu’on pourrait appeler le « Rap golri » . Et on est très loin de notre ami Patoche, le niveau n’est pas le même, en bref comme dirait mon ancien pote de CE1 « on joue pas dans la même cour ». Les types font participer les plus grands sur leurs


morceaux. De Justin Timberlake (personnage

de personnes connaissent le hit « I Just Had Sex

récurent dans les clips de The Lonely Island) à

» en soirée. Une simple lecture du titre suffit aux

Kendrick Lamar en passant par Akon et Adam

assoiffés-du-sexe-n-ayant-pas-niqué-depuis-

Levine. Le succès vient du fait que même sur leurs morceaux sont parodiques, ils n’en restent pas moins de la vraie musique. Une prod de bonne qualité, mine de rien une certaine technique dans le rap et des paroles plus golri les unes que

bien-trop-longtemps pour hurler fièrement les paroles. C’est simple, il s’agit de morceaux drôles, agréables à écouter, en qui permettent de passer un bon moment détente avec ses potes.

les autres et POUF une version améliorée que ce

Du coup si vous ne connaissez que trop peu ce

que l’on connaît un France, une sorte de Super

nouveau Rap golri, voici une petite sélection de

Saiyan, pourrons nous dire, fait son apparition !

nos chansons préférées :

Leur succès est indéniable, 3 albums (Incredibad,

- « I Just Had Sex » ft. Akon

Turtleneck & Chain et The Wack Album) une nomination aux Grammy Awards, plusieurs centaines de millions de vues sur Youtube et des invitations aux plus célèbres talkshow. Que ce soit les américains ou le reste du monde, presque

- « Dick in a Box » et « Motherlover » ft. Justin Timberlake - « Yolo » ft. Adam Levine et Kendrick Lamar - « Jack Sparrow » ft. Michael Bolton

tout le monde les adore. Il suffit de voir combien

MUSIQUE 109


10 min avec

ALPAGE RECOR Par Eric Rktn

Ah les Nuits Secrètes, on s’en souviendra. Hormis le fait qu’on s’y est fait voler notre materiel, qui doit maintenant se balader en pièces detachées aux quatres coins de la France, on y a surtout rencontré Marklion, sorte de gourou protecteur avec Alpage, le label qu’il a monté à Lille et qui mine de rien va placer la capitale des Flandres sur la carte de la pop hexagonale très prochainement.


RDS LNP : Alors Alpage ça a commencé depuis quand et avec qui? Marklion: Ca fera un an en novembre prochain, ca a commencé par des rencontres à Lille avec DDDXie, que j’avais perdu de vue pendant des années. On a decide de créer le label dans le meme temps car on s’est apercu qu’il y avait beaucoup de choses intéressantes à Lille. Il y avait possiblité de créer une energie autour de nous. C’est important d’avoir un label à mon âge (rires), j’ai déjà une carrière artistique derrière moi, maintenant j’ai vraiment envie de me

écoutée dans ma voiture et ça correspondait tout de suite à ce que je voulais. Je n’ai pas d’idée pré concue artistique, le label est très très large. J’en ai rencontré d’autres par hasard comme Acid Fontain. Il m’a donné une cassette audio, et j’avais un radio cassette dans ma nouvelle voiture, donc ça tombait super bien (rires). J’avoue tout de même que ce sont des gens dont j’apprécie beaucoup le travail, mais aussi le feeling. Je suis assez animal dans les relations humaines. S’il n’y a pas vraiment de ligne directrice dans Alpage, tu signerais un groupe de metal?

En fait, J’ai une culture musicale super large, j’ai 40 ans, je suis passé par pleins de style différents, pour moi que mon projet solo pour le moment. j’ai commencé la musique quand j’avais On n’a aucune contrainte 8 ans. J’ai fait du hard rock, j’ai fait de la ou limite techno, j’ai fait du noise, j’ai été un peu drum’n’bass. J’ai une culture assez pop indé à la base, pas tant de musiques électroniques. J’en Comment as tu rencontré les autres artistes fais, mais c’est plus pour véhiculer une énergie d’Alpage? par les machines, je ne suis pas à chercher les Il y a un melange, entre des gens que je connaissais derniers hits. Comme ce soir, je vais jouer un set depuis longtemps déjà, comme DDDXIE. Il y très acid, parce que je me dis qu’à 4h du matin, a Antoine Pesle que j’ai rencontré en tournant les gens veulent quelque chose qui les retourne, un clip en 2011, il m’a donné une demo , je l’ai ça ne serait pas le même set si je le jouais à 20h. consacrer aux autres. Le label est plus important

«

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Certains se doppent et veulent arriver au top, en couverture de magazines. C’est super violent, et la meme chose: Bodybeat, c’est du funk, Antoine cette violence là me saoule, c’est pour ça que j’ai Pesle c’est de la pop, DDDXIE c’est de la techno créé Alpage, pour me metre à l’écart de tout ça pure et dure. On se concerte beaucoup, je ne et montrer aux gens qu’on peut faire des choses me considère pas comme le boss tout en haut, de qualité tranquillement. On est quand meme j’essaye de diriger les choses, mais de manière tous à l’écoute de ce qu’il se passé autour de très cool. Tout le monde s’entraide, on a un nous: The Shoes, Gesaffelstein, Club Cheval, pas studio ensemble, on se prête nos machines, c’est mal d’artistes français intéressants. Mais dans comme une sorte de famille qui se construit. ceux que je viens de citer là, je trouve qu’on va trop loin dans le marketing, et ça, ça me fatigue. C’est encore un peu jeune, on est parti pour faire Je vais prendre l’exemple de Woodkid, que je quelque chose, mais doucement. ne juge pas du tout artistiquement, On en arrive à un niveau de mais je trouve que c’est une aberration débilité de la communication marketing dans le sens où l’artiste devient victime de sa propre image et qui devient un peu effrayant on en arrive à un niveau de débilité de la communication qui devient un peu effrayant. Ce que je prône, c’est un ralentissement de la Comme avec le vélo, j’ai l’impression que les djs musique, enfin du business de la musique. porteront bientot des teeshirts avec des sponsors Là on est arrivé dans un monde où il y a trop de dessus et ne feront plus de la musique que pour vendre des voitures. choses, comme une course de vélo sur-doppée. On n’a aucune contrainte ou limite. Alpage c’est

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Du coup, tu laisses libre la gestion de l’image pour les artistes d’Alpage ? Ils gerent ça comme ils veulent, on reste juste vigilant les uns envers les autres . Par exemple un artiste qui arrive sur scène avec un pantacourt, ça ne va pas le faire, quoique….On est sur la même longueur d’onde de toute facon, on a la meme culture, on parle beaucoup de l’image. C’est ce que je disais avant, c’est très instinctif, et ça coule naturellement. C’est réfléchi, mais pas du marketing calculé. Peut être qu’après on rentrera dans une autre démarche si un artiste cartonne comme Antoine Pesle qui le mérite, on se prépare aussi à ça. Rester à Lille c’est une volonté pour vous? C’est une manière de se tenir un peu à l’écart. Ce n’est pas de l’anti parisianisme, juste que je pense qu’on n’a plus à rougir maintenant d’être lillois ou bordelais et à l’inverse, il ne faut pas tomber dans le panneau du régionalisme et ne rester que dans sa ville. Il faut avoir cette vision large pour jouer autant comme ici à Aulnoye Aymeries, mais aussi par exemple au Texas l’année prochaine. Même nos artistes au final ne sont pas tous de la regions, nous avons 2 parisiens, et un rémois, Bruit Fantome.

« protéger les artistes » Les projets futurs pour le label? Tu vas peut être rire, mais j’aimerais bien trouver une endroit à Lille pour faire une sorte d’Alpage Factory, où l’on pourrait installer les bureaux du label, metre un magasin de disque, une salle de concert pourquoi pas, mais surtout un studio de musique, et fabriquer nous-mêmes nos disques, idéalement pour pouvoir s’occuper de la chaine de musique d’un bout à l’autre, on presse les disques, on les distribue. On a une envie d’être le plus autonomes possible pour garder notre liberté.

Pour en revenir à cette histoire du marché du disque, c’est un peu comme la Star Academy, il y a tellement de gens qui veulent profiter du talent des artistes qu’on surmarkete et on survend un projet une année, et l’année d’après on n’en parle plus car on a moins de moyens pour promouvoir avec la meme intensité. Notre idée est d’être le plus indépendant possible, sans être des punks anarchistes, pour protéger les artistes, un style de vie en habitant à Lille, pour faire les choses bien, Alpage a démarré un peu vite, mais maintenant que tout est là, on va faire les choses à notre rythme. D’ailleurs quels ont été les retours pour votre première compilation? On a été très surpris, par exemple avec Bodybeat, qui a eu 22 000 écoutes en très peu de temps et qui a été pas mal relayé, alors qu’on l’avait publié un peu comme ça, sans aucune promo, juste histoire d’alimenter un peu nore Soundcloud. Les retours sont assez discrets, mais ils sont là quand même. You Man, Bruit Fantôme et DDDXIE ont pas mal d’actualité depuis la rentrée, donc c’est cool. Un dernier mot? Continuez à lire le Noeud Pap’, à écouter les artistes d’Alpage et tout devrait bien se passer. Vous êtes de Lille d’ailleurs? Enchanté, je ne crois pas qu’on se soit déjà rencontré, je suis un peu un vieux loup qui ne sort pas de sa tannière (rires).

ALPAGE RECORDS https://www.facebook.com/ALPAGERECORDS http://alpagerecords.com/ https://soundcloud.com/alpage-records

MUSIQUE 113


LOCAL HEROES

PAN AURORA Par Max Ltnr

Je me rappelle très bien de la première fois que j’ai rencontré Pan Aurora. C’était au printemps 2011 dans la cave d’un petit bar de République dont le nom m’échappe. Armé de mon objectif, je me missionnais à l’époque avec plus ou moins de réussite comme photographe nocturne, et était donc tombé par hasard sur ce groupe, Pan Aurora. Sous une atmosphère intime et légère, Jean-Baptiste, pieds nus au clavier, et Jordan, derrière une moue timide à peine déguisée, nous livraient alors une prestation qui, je peux le dire, m’avait ému. 2ans plus tard, le duo devenu quinquet a pris de l’épaisseur, et leur musique aussi. Nous retrouvons trois d’entre eux, Jean-Baptiste, Jordan et Jeremy, dans les loges-slash-cabanesslash-bungalows des Nuits Secrètes, nous, à moitié gris, mais pas dans le rouge, eux légèrement roussi par le soleil, résultant d’une journée rosée sous un ciel qui lui gris ne l’était pas. Ils nous servent un verre. Tout va bien.


Salut Pan Aurora, on vous suit depuis un petit moment déjà, mais pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, Pan Aurora c’est qui ? Jordan : Pan Aurora c’est 5 personnes ; JeanBaptiste Mahieu ici présent, synthétiseur, synthbass et laptop ; Nicolas Bertin à la batterie, Jeremy Butruille à la basse et aux percussions ; Guillaume Pervieux à la guitare et moimême Jordan Gauthier au chant et à la guitare également. Voilà à peu près ce que ça donne Pan Aurora au complet, 5 musiciens simplement. La première fois qu’on vous a découvert, vous n’étiez que deux (Jordan et Jean Baptiste, NDLR), vous voilà maintenant 5. Qu’est-ce qu’il s’est passé entre-temps ? Jean-Baptiste : Moultes-choses. Ça vient surtout de notre envie de se détacher de l’informatique pour plus travailler avec l’humain, de quoi mieux redévelopper les arrangements, enfin voilà globalement on a beaucoup plus de possibilités en étant à 5 aujourd’hui qu’à l’époque où on était uniquement 2. On peut dire que c’est un peu un choix par défaut, pour le côté pratique, mais déjà à l’époque on avait dans l’idée d’avoir un vrai batteur et progressivement d’intégrer d’autres musiciens. On ne pensait peut-être pas se retrouver à 5, mais en tout cas avoir une vraie batterie ouais. Très rapidement on a senti une forme de frustration de ne jouer qu’avec des machines. Après c’est aussi et surtout une histoire de rencontres, des musiciens qu’on a rencontré, repéré, qui pouvaient être assez compatibles et apporter une couleur intéressante au projet. Les choses se sont faites assez naturellement en fait, mais avant tout au service de la musique. Jordan : On fait une musique qui est assez arrangée globalement, avec pas mal d’éléments, pas mal de détails. Donc tout faire passer par des séquences c’était un peu frustrant, et pour le live

c’est quand même mieux d’avoir un vrai groupe sur scène. JB : le but ce n’est pas de faire du « play-back » et d’avoir une bande qui joue 80 % de la musique. Au départ on faisait un peu ça avec des chansons plus minimalistes, et on avait envie d’aller plus loin. C’était certainement une bonne chose de commencer à 2 et de construire au fur et à mesure, d’intégrer d’autres personnalités, d’autre univers. Justement puisque vous parlez de la musique de Pan Aurora, comment vous sentez qu’elle a évolué depuis, à quoi ressemble-t-elle maintenant ? Jordan : À la base il y avait un côté plus électropop on va dire et finalement on a dérivé vers quelque chose de moins électro, qu’on qualifie plus de synthpop, dans l’ancien sens du terme comme on pouvait l’avoir dans les années 80 avec des groupes comme Talk Talk, Roxy Music, avec un côté très pop, accrocheur, une base assez mélodique, et un côté 80’s new wave qui est arrivé aussi alors qu’à la base ce n’était pas du tout dans nos inspirations. On ressent un certain spleen dans la musique de Pan Aurora, c’est quelque chose qui est venu naturellement ou vous vouliez vraiment évoluer dans un univers plutôt triste, mélancolique ? Jordan : On ne pose généralement pas la question, c’est vrai que globalement on sent une atmosphère assez mélancolique, c’est vraiment dans mes sensibilités, sans tomber non plus dans le pathos-depressos folk. L’idée c’est de faire quelque chose de nuancé, qui peut être mélancolique, mais avec une certaine puissance derrière, presque épique sans tomber dans la grandiloquence non plus. C’est une question de sensibilité plutôt que de tristesse. On n’est pas dans la complainte, mais plus dans le « tragique

MUSIQUE 115


» avec une vraie énergie. On ne veut pas rentré dans les clivages musique triste/musique gaie et entre guillemet « dépasser » tout ça pour toucher d’autres sentiments. On

a

l’impression

que

vous

utilisez

l’électronique à un autre niveau, pour essayer de faire autre chose que ce dont on a l’habitude d’entendre. Jordan : Avec JB on aime beaucoup la musique électronique, tout comme je peux aussi beaucoup aimer et écouter de minimal ou des artistes anglais genre Max Cooper que j’adore, c’est par période. Mais c’est vrai qu’il y a parfois quelques atmosphères dans la musique électronique qu’on trouve vraiment séduisantes, hypnotiques, c’est un côté qu’on apprécie vraiment. Vous pensez y donner plus d’importance à l’avenir ? Jordan : J’sais pas trop, ça dépend vraiment des périodes et des inspirations. Il y a quand même des guitares dans Pan Aurora, qui vont donner cette couleur un petit peu plus rock ou pop, ou parfois juste pour enrober un son. C’est

un dosage assez subtil, on ne veut pas sonner vraiment rock, ni foutre que des synthés. Ca se fait au hasard de l’inspiration en fait, à aucun moment on attaque un morceau en se disant « ce morceau-là on va le faire new wave ou synthpop avec que des synthés » JB : On n’est pas du tout dans les clichés, je pense, on n’a pas l’impression de faire partie d’un courant ou d’une mouvance en particulier. C’est un peu plus complexe, avec des ambiances très différentes qu’on essaye de fusionner de la façon la plus homogène possible Jordan : c’est un peu dur de trouver sa niche parfois Jeremy : même après 2 EP on se sent encore dans la recherche, nos goûts évoluent, nos envies évoluent. J’pense que le Pan Aurora d’aujourd’hui sera différent de celui de l’année prochaine comme il l’est de celui des débuts. De toute manière, il faut évoluer, et le faire en groupe tout en restant sur la même longueur d’onde, ce qui n’est pas toujours évident. Il y a encore plein de choses qu’on a envie d’explorer, de territoires à découvrir. On a le sentiment de n’être encore qu’au tout début d’une aventure.


Vous avez une musique super narrative, on pourrait presque sentir des influences cinématographiques, avec une réelle histoire derrière. Jordan : C’est vrai, plus qu’avant même où j’avais d’abord l’idée de créer une atmosphère ou une ambiance. Là dans le nouveau cycle d’écriture qu’on est en train de mettre en place on laisse davantage d’importance à la narration, un peu à la manière de Bowie où on peut retrouver des histoires des personnages, sans tomber non plus dans le cliché de l’opéra rock ou du concept album. On essaye vraiment de garder une sorte de trame, d’avoir une approche très visuelle. En ce moment j’écris sur notre prochain projet qui s’appellera « Néon Noir » et je mets en scène plusieurs personnages. Il y en a un qui s’endort dans un train et qui se réveille dans une ville assez étrange, un truc assez onirique. À partir de là j’essaie de visualiser ce qu’il peut lui arriver, par exemple il sort, la pluie est battante, il se passe des choses bizarres dans la ville, des taxis se déplacent très lentement, un peu comme des requins, il y a des personnages fantomatiques ensuite il se perd, etc. Un ensemble de choses un peu dans l’étrangeté, mais en tout cas des images beaucoup plus précises que ce que je pouvais faire avant. On aborde chaque morceau comme une petite scénette ou un petit chapitre d’une histoire. On essaie vraiment de plus travailler de cette manière-là tant sur le plan musique que vidéo par la suite. Ah vous allez faire des clips ? C’est une première pour vous, du coup vous laisseriez carte blanche à un réalisateur où vous préfériez vraiment prendre la direction artistique ? Jordan : Ça dépend. On peut très bien faire une bonne rencontre qui propose des choses auxquelles on n’aurait pas pensé qui pourrait coller, notamment sur les morceaux assez

abstraits. Après sur les morceaux qu’on est en train d’écrire, on trouverait ça bizarre qu’il y ait un décalage, si on voit des filles à poil dans un salon comme dans Is Tropical et que le morceau parle d’une opiumerie ou un truc qui n’a rien à voir, ça ne colle pas. Chaque morceau a des images, des idées que la vidéo peut complètement enrichir à condition que les deux soient complémentaires. JB : Y’a trop de clips conçus de manière à accrocher un maximum de monde, par la provocation. Nous on voit plus la vidéo comme un moyen d’enrichir ou de servir un univers. Le but n’est pas marketing, ce n’est pas QUE d’être vu, même si ça a évidemment son importance. Jordan : pour rester dans le visuel, par exemple la cover de notre EP « Inward » vient d’un photographe qui s’appelle Sean Marc Lee que j’avais découvert au hasard de mes déambulations sur Twitter, et qui avait accepté de nous vendre les droits de la photo pour une bouchée de pain. Elle a d’ailleurs été prise sur le tournage d’un court-métrage, on a senti une histoire derrière cette photo qui collait bien avec ce qu’on voulait faire passer sur cet EP. C’est quelque chose qu’on veut développer de plus en plus.

PAN AURORA www.facebook.com/panauroraband http://www.pan-aurora.com/ https://soundcloud.com/pan-aurora/

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LOCAL HEROES

WESH! BIEN OU BIEN!? 5ans, 24 photos, de l’amour et beaucoup (trop) de rire

Toute première soirée, Louis Brodinski, étudiant à Lille, était venu voir jouer son pote DatA. IZI.

Tout premier concert de l’asso : La Caution à la Cave aux Po’. Sold Out, super motivant.

Trop long de raconter toute l’histoire de cette gameboy géante.

A une époque on a blindé Lille de stickers


Low Club aka Super Deux et Bostun Bun en 2008, la FOLIE

Tonton Aziz, le genre de mec qui nous ont grave supporté et aidé QHUIT BIBINE FOREVER. 2009

Scéno en allu à la Maison Folie Wazemmes. Fonky.

La Rue. La Colle.

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Afrojaws toufoufou

2011, les premiers concerts de Pink Te Supermarket

Le mec qui scratch est aujourd’hui un Dieu masqué de la trap music

La comm ça nous fait golri

After Grems, circa 2010


ee. Celui-ci à la Wesh! Freaky au

Kiosk, 2011. Star Slinger, 1er passage en France. Monsieur a abusé sur le Gin, ne sait plus configurer son pad et embarque un sac qui n’est pas à lui.

Grand Master Pone et Drixxxé aux platines du Playground en 2010

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Joke qui avant d’être signé chez Def Jam fut le petit protégé de Teki et Orgasmic.

Grosse perf d’ A2H à St So

Novembre 2010, avec Triptik & DJ Pone, team qu’on a fait jouer 2, 3, 4 fois en support de Hip Hop Dayz ou du Grand Mix

#LIVEPISODE un projet de clip rap monté avec les copains d’I Don’t Give a Prod. Checkez ça sur les internets c’est super cool

La comm ça nous fait golri part.2


Kiosk 2012, B2B improvisé entre Onra et SoGlove

Braderie de Lille 2013. Le Village improvisé à la Boite Collector. Notre pote Dgé, ancien gérant du Playground

WESH! MARIE CHANTAL où on débarque à Lyon, en ouverture des Nuit Sonores et on fait une block party all day dans un site UNESCO WESH! BIEN OU BIEN SUR FACEBOOK

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CA CREUSE

Le Rap US c’était Par Floris Yvinou

Amateurs ou non de Rap et de hip-hop US, vous l’avez déjà tous entendue… Vous savez cette phrase plut

A

ujourd’hui, il y a deux clans. Ceux qui pensent que cette phrase est une vérité, qui répètent sans cesse « Hip Hop is dead ». Et puis il y a ceux qui pensent que le Rap américains a simplement changé et que ce premier groupe de personnes a tord sur toute la ligne et n’arrive pas à accepter le fait que notre génération aussi connait bien des talents dans le monde du Hip Hop made in USA. Personnellement, je fais partie du second groupe. Alors bien sûr les choses ont bien changé depuis B.I.G. et 2Pac, mais est-ce réellement un mal ? Ne nous lassons nous pas lorsque l’on passe une musique trop souvent sur notre iPhone (ou autre, nous ne faisons pas de discrimination) ? Au final, le Rap US est un peu comme un bon plat de pâtes, on peu changer la sauce et manger un plat aux saveurs différentes et pourtant cela sera toujours une bonne plâtrée de pâtes comme on l’aime.

LE RAP US 2.0 À l’époque, on ne pouvait pas devenir une star en un claquement de doigts ou en une vidéo YouTube (et pour cause ça n’existait pas). À l’époque, il fallait devenir le meilleur MC de sa ville, de sa région, pour pouvoir espérer arriver à quelque chose. Et encore, ça ne suffisait pas, il fallait se faire repérer et avoir les couilles d’aller rencontrer les bonnes personnes pour se vendre. De nos jours, on a la technologie qui aide. Combien de « nouveaux » rappeurs américains se sont fait connaitre grâce aux réseaux sociaux ? Une bonne musique avec une bonne prod et un rappeur décent peut facilement faire des milliers de vues sur Soundcloud. Il suffit alors de réaliser un clip plutôt sympathique et YouTube apporte encore plusieurs milliers de vues. Si on s’arrêtait là effectivement on ne trouverait plus d’intérêt à écouter le hip-hop américain actuel. Mais voilà, il ne faut justement pas s’arrêter à cette première impression. Si la plupart des rappeurs qui passent sur les grosses chaines de musique et sur les radios les plus connues sont pour la plupart vraiment mauvais, ce n’est pas le cas des « rois du web ». La musique qui nous est présentée n’est qu’une infime partie de ce qui se fait actuellement, et le problème est qu’il s’agit de la partie commerciale (vous savez cette partie vraiment sans intérêt qui justifie la phrase « c’était mieux avant »).


t mieux avant ?!

tôt insupportable de nos ainés à propos du Rap à leur époque, « le Rap c’était mieux avant ». Les perles, les vraies, c’est sur le web qu’on les trouve désormais. Ce bon Macklemore qui passe maintenant à la télé pour 2 titres et bien ça fait 3 ans que le garçon accompagné de son fidèle producteur Ryan Lewis se fait blogger un peu partout pour des sons plus profonds que « Thrift Shop ». Mac Miller lui aussi s’est fait connaître grâce à des mixtapes et des clips sur YouTube tels que « Knock Knock » ou encore « Nikes on My Feet ». Au final, on s’aperçoit que beaucoup plus de monde a de talent que ce que l’on pensait auparavant. Bien sûr, la musique, aussi bien côté production que côté enregistrement, est devenue beaucoup plus accessible, mais cela permet à chacun de s’exprimer et finalement quand on découvre des artistes tels que Childish Gambino, Logic, Asher Roth ou Dillon Cooper, on se dit que cette technologie ne sert pas à rien au final. Bien évidemment, un bouleversement pareil change le « rap game ». Avec autant de possibles concurrents, il faut être bon, très bon même et se différencier. Ou du moins, ne pas faire quelque chose de « trop » classique.

N’allez surtout pas me dire qu’ A$AP ROCKY est comparable à Mac Miller ou que Kendrick Lamar (aka le Roi de NY selon lui-même), car cela serait faux.

S’il me reste une chose à vous dire, elle serait la suivante : La nouvelle scène US est bourrée de talents, de tous horizons et de tous styles. Ne vous empêchez pas de la découvrir à cause d’opinions un peu trop arrêtées sur le sujet, construisez votre propre opinion. Comme le disait mon grand-papa « Allez mon petit, va jouer dans le jardin ! »

C’est ce qui nous permet d’avoir une multitude de clips vraiment recherchés, agréables à regarder tels des mini films, et des styles au sein du Rap US tous différents les uns des autres.

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EN TETE A TETE

KISHI BASHI Par Jérémy Delineau & Mathilde Dorschner

Réaction à chaud: c’était comment ta performance?

Tu es un incroyable musicien! Comment tu as

C’était vraiment super, il a plu toute la journée et là il fait beau rien que pour mon live. Le public était très réceptif, il y avait beaucoup de gens de l’industrie de la musique, de la presse, beaucoup de journalistes, donc c’est plutôt bien pour une toute première date en France!

appris tous ces instruments? C’est une passion?

On a vu que tu faisais les premières parties de Of Montréal mais maintenant c’est toi qui est à l’affiche! Oui c’est vraiment tout nouveau, je pense que je me débrouille très bien en Amérique mais c’est plus qu’excitant de se lancer en Europe! Le public est beaucoup plus réceptif à mon violon et à ce que je fais, donc c’est une très bonne expérience.

Tu as écris que j’étais un incroyable musicien avant d’avoir vu mon live ou pas ?! (Rires). Cette passion vient avant tout de beaucoup d’heures d’entrainement. J’ai étudié le violon durant tout mon parcours scolaire et ce jusqu’à l’université, J’ai fais du jazz, beaucoup d’auteurs de musique classique, puis je me suis fait les dents sur mon violon. Avec la rigueur des compositions classiques tu peux tout faire après, c’est comme ça que j’ai commencé à composer moi-­‐même. Mais tu joues autre chose aussi? Oui de la guitare et du synthé.


Tu es plutôt un autodidacte, ou l’enseignement d’un prof a été nécessaire ?

Donc c’était une nécessité ou un divertissement ce ton projet solo ?

Non, c’est après avoir fait du jazz puis des compositions classiques que j’ai eu ma phase rock-­ ‐n-­ ‐roll. Du coup j’ai mélangé l’ensemble et c’est comme ça que j’ai commencé à composé avec mon propre style.

Clairement une nécessité! Même si le groupe me manque pas mal, je dois dire que j’aime beaucoup ce projet seul. Là par exemple, si j’avais été avec mon groupe on serait en train de boire, je ne peux pas faire ça tout seul (rires), ou à la prochaine tournée en Europe! Tu parles de Paris ? Oui j’espère que la prochaine fois je pourrai emmener quelqu’un avec moi !

Tu es aussi un membre du groupe Jupiter One, alors pourquoi ce projet « Kishi Bashi »? C’était une réaction au groupe. Tu sais dans un groupe tu ne peux pas faire tout ce que tu veux et ça prend énormément de temps de produire rien qu’un titre en studio. Ça rend super bien sur un CD mais c’est dur de créer quelque chose en dehors de ça même si c’est hyper excitant. Avec Jupiter One, je pense qu’on est arrivés au bout de ce qu’on pouvait faire. Maintenant que je suis tout seul, je m’éclate vraiment à composer ma musique, à enregistrer en studio. Je peux prendre toutes mes idées et les jouer très sincèrement, instantanément en studio. Quand on est cinq et que chacun veut faire à sa manière ça peut devenir plus compliqué.

Donc ça sera un groupe ? Un duo ou un groupe c’est vrai qu’on perd sur le côté projet solo, mais lui et moi on est comme ça (il croise ses doigts), on se rejoint pour ne former qu’un. Si je dois revenir sur Paris, je veux amener quelque chose de différent, quelque chose de plus, et ça peut très bien passer par la présence d’un musicien, d’un ami avec qui je fais de la musique.

Est-­ce qu’ils te soutiennent dans cette carrière solo? Pas trop non! Sauf le batteur, on est parti en Australie ensemble pour une tournée, je faisais l’ouverture et j’étais juste avec le batteur et je lui disais “est-­‐ce que tu peux faire des rythmes calmes et lents?”. Et ce live a super bien fonctionné, le public a adoré, en une soirée j’ai vendu presque tout mon stock de CD! Mon batteur m’a dis que je n’avais pas besoin de lui c’est comme ça que j’en suis venu à faire une carrière vraiment solo. C’est courageux de commencer une carrière solo quand tu es dans un groupe, de base.. Oui les deux sont bien, tu sais, quand t’es avec un groupe, il y a le côté famille, que tu sois satisfait ou pas de ta prestation, à la fin tu vas boire un verre, tu sors. Et puis quand t’es tout seul, c’est un autre chose : la responsabilité d’être seul sur scène, l’émotion que tu fais passer. Si les choses ne se déroulent pas bien, tu en es la cause. Quelque part ça t’oblige à être plus carré. Bon okay tu ne bois pas avec tes potes, mais regarde j’ai mes amis avec moi quand même ! (rires)

Question pas évidente : comment décrirais-­‐tu ton album ? Je dirai qu’il est pop, mais aussi expérimental, avec un côté orchestral ; un peu psychédélique en fait (rires), c’est mon côté Pink Floyd que j’adore. Combien de temps ça t’a pris pour enregistrer l’album ? Ça a été plutôt rapide. Vous savez, j’ai des idées depuis longtemps, il fallait que je trouve comment introduire ces idées, me laisser aller, et puis l’enregistrer dans mon studio. Mais quand on est tout seul, on a tendance à

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réfléchir beaucoup, alors on repense, on refait… Ca peu prendre du temps supplémentaire.

Est-­ ‐ce qu’on parle d’une tendance poussée très électro aux USA ?

Cet album a été en parti possible par Kickstarter, dites‐nous en plus quant à ce partenaire ? Y en a-­t-­il eu d’autres ?

Oui, il y a un vrai public aux USA, notre musique n’est pas secrète. En ce qui me concerne, j’adore la scène française pour ça : Daft Punk, Justice et… David Guetta ! C’est une blague, mon manager m’a bien précisé avant de venir : « ne parles surtout pas de David Guetta s’il te plait!!». Oh oui, Phoenix ! Très connu et reconnu aux USA.

Oui, grâce à Kickstarter, j’ai pu garder un contrôle sur le développement de mon projet, tout en profitant de la visibilité que Kickstarter m’a apportée. Des gens ont pu me soutenir et faire que cet album soit enregistré. Joyful noise recording, mon label aux Etats-­ ‐Unis, m’a très bien accompagné jusqu’en Europe. Il voulait de toute manière s’étendre en Europe, alors c’est du donnant-­‐donnant !

Un dernier mot en français ? « Où sont les toilettes » ? Je veux dire, j’ai vraiment envie d’aller aux toilettes, vous savez où ils se trouvent ?

Bon pour nos lecteurs, et puis pour nous aussi, des plans ? Un deuxième album ?

(Rire du Nœud Pap’) : Ils sont au fond, merci pour votre présence et votre intérêt pour le Nœud Pap !

Oui j’ai pas mal d’idée pour un deuxième album, ça me travaille beaucoup.

Merci à vous, bonne continuation !

Même quand t’es sur scène t’as des idées ? Quand je suis sur scène j’ai qu’une idée en tête : que mon show se termine bien ! (rires) En dehors de Kishi Bashi, y a‐t­‐il d’autres associations ? Non je reste concentré sur mon album, sur la tournée. Mais j’ai un ami, Eskmo, qui est un genre de producteur d’électro-­ ‐musique, il m’envoie quelque tracks, et je m’amuse dessus. Elles sont très intéressantes et représentent une source d’inspiration supplémentaire.

Le petit mot du Nœud Pap : Un artiste accessible et enjoué, Kishi Bashi a su nous transporter dans son monde et nous y faire planer durant une heure. Un violon d’une justesse émouvante, une voix haute perchée, une rythmique enivrante et une énergie communiquée à son public. A suivre de très près…


Annonceurs, contactez lenoeudpapcontact@gmail.com, pour consulter notre kit mĂŠdia

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EN TETE A TETE

kiTsuné x caen Par Lise Beuve & Orlane Le Bouteiller

Eh, vous faisiez quoi samedi 24 août ? Nous on était à Caen et on a bu un café avec Arthur, Gabriel, Alexis et Médéric. Vous les connaissez ? Ne dites pas non. Arthur, c’est Baadmann, DJ et producteur caennais révélé par son remix de « L’amour parfait » de Yelle, sorti chez Kitsuné en février dernier. Jeune et ambitieux, il s’exerce à la musique électronique depuis la puberté. Beatmaker prodige, Gabriel, alias Superpoze, façonne un hip-hop instrumental en associant subtilement beats, basses efficaces et envolées lyriques. Quant à Alexis et Médéric, ils forment Beataucue, la sensation électro à deux têtes de la bande à Gildas, devenue l’un des représentants de la scène club française à l’étranger. Le talent de ces quatre orfèvres de la musique électronique aux influences disparates, n’a pas échappé au flair du renard, et nous prouve sans faire de manières qu’à Caen, on sait faire autre chose que des tripes en sauce et de la pop. On a parlé de leur travail chez Kitsuné, du Saint patron de la maison parisienne, de Caen et même de Nina Kravitz. Lisez !


Vous vous connaissez tous ? Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?

Gabriel : Et on en est venu à « Pavane », mon EP sorti chez Kitsuné.

Gabriel : Je ne connais pas vraiment Médéric et Alexis mais on s’est vu quelque fois. On a du se rencontrer au Cargö. Je connais plus Arthur, il me donne des cours de DJing ! Arthur : Moi je connais plus Médéric qu’Alexis dans la mesure où on est tous les deux membres du club 808. Gabriel : Alexis c’est l’homme mystérieux Alexis : Qui reste derrière… Médéric : Alexis et moi on se connaît depuis le collège. C’est le fait de faire de la musique qui nous a amené à faire connaissance avec Arthur et Gabriel.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’accepter une collab ?

Comment avez vous découvert Kitsuné ? Médéric : Sur internet, c’est vite devenu un des labels qu’on suivait. Gabriel : Je suivais surtout les compilations qui sont vraiment dans l’esprit « tête chercheuse », ça te permet de découvrir tous le temps des tas de trucs. Arthur : Moi j’ai toujours été fan de Gildas ! Je suivais les grosses sorties comme La Roux ou des choses plus pop. A l’époque ils produisaient Boyz Noise et A-Trak ! Alexis : C’était vraiment un label de référence. Gabriel : T’as vu ils ressortent Digitalism ? Arthur : En même temps ils viennent de perdre Two Doors Cinema Club qui se dirigent vers une major. Alexis : Ca devient trop fat pour rester chez Kitsuné… Quels sont vos contrats avec Kitsuné ? Alexis : On a signé un contrat d’exclusivité pour deux albums avec Kitsuné mais il n’y a aucune date de fixée, on fait un peu ce qu’on veut. Arthur : Ils ont finit l’album… (rire) Médéric : On l’a même pas commencé ! Gabriel : Arthur et moi, je pense que c’est le même principe, une licence pour un EP ou un remix Arthur : Ca a commencé avec mon remix de Yelle, qui avait bien plu, puis celui de Two Doors Cinema Club comme Gab et les gars (Alexis et Médéric) et enfin « STAB », mon EP sorti chez Kitsuné. Gabriel : Moi, c’est à travers une des compilations, Parisien III, le morceau bonus était l’un des miens : « Transylvania ». Après il y a eu le remix de Two Doors Cinema Club, comme tous les producteurs qui sortent un truc chez Kitsuné. Mederic : La formalité !

Médéric : On a accepté d’aller chez eux parce qu’on aimait beaucoup le label et son identité. Alexis : Cette identité, c’est Gildas et il faut dire que c’est un personnage. À l’époque on avait le choix entre plusieurs labels, on mesurait les pour les contres. Avec Kitsuné il y avait un aspect pratique, c’était plus facile de communiquer du fait qu’ils soient en France au lieu de parler par internet avec quelqu’un comme Steve Aoki qui est à l’autre bout du monde, tu vois. Puis on a rencontré Gildas et dès le premier rendez-vous le choix était fait. Gildas c’est quel genre de personnage? Gabriel : Un artiste ! Tous : ouais ! Alexis : On ne peut pas vraiment le décrire. Rien que quand tu regardes ses interview, tu comprends qu’il se passe quelque chose. C’est génial. Gabriel : : Je sais que mon rendez-vous avec Gildas est incomparable à tous les rendez-vous que j’ai pu faire avec des maisons de disques. T’arrives dans son bureau, déjà le bureau est magnifique, tu commences à parler avec lui, ça dure une heure et demie et c’est le seul quasiment qui ne te parle que de musique. Il n’a aucun tabou, c’est incroyable, il peut aborder tous les sujets, il n’y a pas de « flans ». Dans sa façon de s’exprimer, il n’y a pas de manières de mecs de maisons de disque. C’est très agréable. Il te parle vraiment de création. Comment ça se passe une collab avec Kitsuné ? Estce égal à moins de libertés ? Doit-on rentrer dans une ligne particulière ? Alexis : Pas du tout, on fait ce qu’on veut. Médéric : Gildas est souple. Alexis : On lui envoie les morceaux, en lui disant « on veut sortir ça », il écoute et dit « Ok ». Enfin, il met trois semaines à écouter. Des fois, il ne répond même pas, c’est juste le boss, il est censé mettre son véto… S’il a le temps ! Arthur : Il n’y a pas vraiment de ligne à suivre chez Kitsuné. L’EP que j’ai sorti chez eux n’est absolument pas ce qui sort sur Kitsuné, c’est de la grosse techno. J’ai

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fait ce que j’avais envie de faire, il n’y avait pas vraiment de contraintes, j’ai juste envoyé mes morceaux et ils étaient partants. Je ne me suis pas mis dans l’idée qu’il fallait que je fasse « du Kitsuné ». Gabriel : C’est l’avantage de ces sorties sous licence, ça rejoint un peu le côté « brand » de l’enseigne dans la mesure où c’est juste un morceau avec la marque Kitsuné. Ça relève du coup de cœur. Si le track et bon, si ça fonctionne… on bosse ensemble, c’est comme ça que je le ressens. Quel en a été l’impact sur votre carrière ? Est-ce que rejoindre les rangs de la famille Kitsuné représentait pour vous un sésame, une grosse étape qui marque une réussite ou est-ce une simple formalité ? Médéric : C’est trop dur de se rendre compte de ce genre de choses. Arthur : Attends, c’est quand même cool de sortir quelque chose sur Kitsuné, c’est un des labels les plus influents en France, t’es super content. Pour mon remix de Yelle, j’ai reçu le vinyle chez moi après. C’est une espèce de gloire que d’avoir son nom sur un vinyle Kitsuné ! Gabriel : c’est pour ça qu’il est exposé sur ton bureau dans ta chambre (rires) Arthur : Le Saint Graal ! Alexis : Ca donne surtout de la crédibilité à ton projet

et ça t’apporte de nouvelles perspectives. Ca nous a ouvert beaucoup de portes au japon… C’est pour ca qu’on y va souvent. Quels sont vos projets futurs avec Kitsuné ? Futurs EP ? Le premier album de Beataucue? Gabriel : Moi je n’ai rien d’actualité avec eux pour le moment, mais je ne serais pas du tout contre ! Arthur : Pareil pour moi, j’aimerai bien, ca serait cool. Gabriel : Je résonne plus en labels qu’en artistes, pour moi c’est important de découvrir pleins de labels et de travailler avec pleins de gens différents, chaque label à sa manière de faire. C’est toujours très enrichissant. Alexis : Quant à nous il faut d’abord qu’on fasse le premier album, Gildas a pensé au suivant, c’est dans le contrat, mais on continu a faire des morceaux pour le moment, le premier album n’est pas encore commencé, on en est encore loin. Sortir un album, c’est une étape. Cette perspective est peut-être un peu anxiogène? Alexis : Un peu, car il faut déjà en vendre. Ce n’est plus la même chose que de sortir des morceaux gratos sur internet où c’est cool si tu es dans les tops téléchargements. Mais là, tu te retrouves à la Fnac, si tu ne vends pas quand les chiffres tombent tu rigoles moins. C’est pour ça qu’il faut le faire au bon moment. On n’y est pas encore.


Gabriel, tes influence sont plutôt hip-hop, Alexis et Médéric plutôt club, Arthur, techno parfois trap, qu’est-ce qui explique que vous vous soyez tous retrouvés d’une manière ou d’une autre chez Kitsuné ? Qu’est-ce qui vous rapproche à part les lignes Twisto (NDLR Le réseau bus et tram HYPER fonctionnel de Caen) ? Arthur : Caen ! Alexis : Gildas ! Gabriel : L’ouverture artistique de Kitsuné. C’est vrai que nos influences ne sont pas les mêmes, mais ça ne nous empêche pas de passer des aprèms à écouter des trucs ensemble et à danser dans la chambre d’Arthur. Arthur : Avec Gabriel on a deux univers complètement différents, mais à chaque fois qu’on se fait écouter des trucs on sait ce qui peut plaire à l’autre, genre la dernière fois il m’a fait écouter des trucs de ouf, j’ai carrément accroché. C’était quoi ? Gabriel : Lindsay Lowend, un vieux jeu de mot avec Lindsay Lohan Arthur : c’est trop trop trop trop bien. Gabriel : On s’est échangé beaucoup de trucs. Avant, j’étais vachement enfermé dans un style de musique, je me souviens qu’Arthur me faisait écouter les premiers sons trap avant que ça devienne LE TRUC. Par exemple les morceaux de Baauer, le Harlem Shake, c’est toi qui me l’as fait découvrir quand ça avait 3000 vues sur YouTube. Arthur : En parlant de ça, j’ai retrouvé l’enregistrement de mon concert aux Vieilles Charrues, ça fait maintenant 2 ans, et j’avais joué Harlem Shake et en le réécoutant, ça me fait vachement bizarre… Gabriel : L’autre jour j’étais au Pukkelpop et RL GRIME l’a joué, il faut être audacieux, c’est super dur de jouer ça aujourd’hui, vous le jouez vous ? Médéric : Ah non Alexis : ah non non, on ne le joue plus depuis plus d’un an. RL GRIME c’est parce qu’il est pote avec Bauuer qu’il le joue. Médéric : Depuis que c’est connu c’est un peu… Arthur : Too Much. Médéric : C’est un peu la mauvaise blague de jouer ça. Gabriel, collaborer avec Kitsuné ne signifie évidemment pas renoncer à Combien Milles Record ? Gabriel : Pas du tout, j’ai sorti mon dernier EP « Jaguar », le 23 septembre dernier chez Combien Mille.

Il est la suite de celui que j’avais sorti en novembre 2012 don c’était évident de le sortir via ce petit label qu’on a monté avec des potes. Je n’y renonce pas du tout, ça me permet de garder cette ouverture sur tout un tas de labels qui sont tout un tas de manières de concevoir la musique. Ça me plait autant d’imaginer un album dans les Fnac que de sortir un album de 30 exemplaires faits à la main. Je ne mets pas de hiérarchie entre ces différentes manières de produire, c’est juste des désirs de produire telle musique de telle manière sur le moment. On sort aussi chez prochainement le nouvel EP de Samba de la Muerte, le projet folk d’Adrien (NDLR : le claviériste des Concrete Knives) dans lequel je suis impliqué ! Quelles ambitions tu nourris pour ce label ? Gabriel : Depuis un an ou deux on commence tous à découvrir les métiers qui gravitent autour d’un label, les trucs et astuces de ce milieu de la musique. J’ai envie de garder ce label avec son idée initiale qui était vraiment un projet entre amis, sans pour autant que l’on soit fermés… Simplement produire de la musique à petits exemplaires, faits à la main comme on aime le faire et quand c’est le propos. Je n’ai pas dans l’idée de développer ce label pour qu’il grossisse.

Y a-t-il un artiste que tu aimerais pouvoir produire ? Gabriel : Dream Koala, j’aimerai bien, mais bon, il ne sortira rien chez Combien Mille ! J’aime beaucoup le beatmaker Everydayz, je l’ai d’ailleurs invité à ma dernière soirée ANIMALE à la Flèche d’Or, j’aimerais bien bosser avec lui. Baadman ! Non, ça ne s’y prêterait pas (rires) ! Arthur : Baadman sur Combien Mille ! Ca ne marcherait pas !

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Beataucue, en étant les premiers Caennais à rentrer dans la famille Kitsuné, avez-vous l’impression d’avoir ouvert une brèche ? Alexis : …non (rires). Médéric : Je pense que c’est indépendant. Je ne pense pas que le fait qu’on soit tous de Caen ait été décisif dans nos travaux avec Kitsuné. Ils ne se disent pas « tiens il y a un truc à Caen, il faut qu’on aille voir », ils sont plus sensibles au talent. S’ils ont signé, c’est qu’ils sont bons. Gabriel : S’ils y a plusieurs mecs qui sont bons dans une même ville, c’est comme ça, t’y peux rien. Vous voulez dire qu’il ne se passe rien à Caen ? Tous : Non ! Merci de plomber mon papier ! (rires), mais on parle quand même d’une « scène Caennaise », on a eu April Was A Passenger en interview (cf. le numéro 2 du Nœud Pap’), ils disaient que « tous ce qui sort de Caen, ça marche », vous n’êtes pas d’accord avec ça ? Gabriel : Il se passe un truc mais comme il se passe un truc partout en fait, comme il y a eu Reims par exemple. Alexis : on peut dire ca de partout Gabriel : Surtout à Caen, je le dis souvent, mais je pense que c’est important de le dire, on peut parler de scène caennaise dans la mesure où il y a plusieurs groupes qui tournent et qui ne font que ça, mais on ne peut pas parler de son Caennais. Personne ne peut dire « tu vois, ça, ça sonne Caen 2012 » (rires). Caen est un vivier de talents, mais comment expliquer que ça marche pour tant de groupes, est-ce grâce à des infrastructures, des soutiens particuliers, une ambiance propice à la réussite ? Gabriel : Je pense qu’on a tous, de près ou de loin, déjà un lien avec le Cargö (ndlr : la salle de concert de musique actuelle de Caen) Arthur : On a tous été accompagné par le Cargö. Ça nous a permis de faire des rencontres et de nous lancer, c’est vrai. Alexis : Je ne suis pas tout à fait d’accord, je pense que si tu as quelque chose, ça marche pour toi avec ou sans l’aide du Cargö. Gabriel : Ca dépend des artistes. Pour moi, le Cargö a beaucoup joué, car c’est vraiment mon live qui m’a permis de grandir dans la musique et c’est eux qui ont fait découvrir mon live notamment via le tremplin AOC. L’encadrement du cargo m’a beaucoup aidé. Je

pense que je n’aurai pas eu tout ça sans eux. Alexis : C’est différent pour nous qui nous revendiquons d’une scène club, le Cargo a plus la main mise sur les festivals, pas du tout sur les clubs. Gabriel : Par rapport à la scène caennaise, moi je peux dire que ça y a été pour quelque chose dans mon désir de faire de la musique. C’est Fulgeance, un artiste caennais qui a été mon déclic, je l’ai vu jouer, et ça m’a donné envie de faire ça ! De plus, on essaye quand même de faire vivre quelque chose ici, en construisant un petit réseau indé et arti avec Combien Mille et la galerie Oh ! (NDLR : disquaire caennais, 15 rue de Bras). Arthur : Après ce réseau n’est pas celui de tous les artistes caennais. Je trouve qu’il ne se passe rien à Caen pour des artistes comme Beataucue et moi, il n’y a aucun club qui sort du lot et qui se bouge pour booker des artistes de dingue. Nous ce qu’on a c’est (regarde un prospectus posé sur la table et lit)… « Presqu’île en fête ». Alexis : On a le Nordik Impakt et Beauregard dans un tout autre contexte, bien qu’il y ait quelques artistes électro programmés en soirée, c’est quand même plus pop rock. Et qu’est-ce que vous pensez de la programmation du Nordik ? Un peu téléphonée ? Arthur : ils ne vont pas chercher très loin. Gabriel : Cette année, dans le cadre de la soirée de clôture, le Nordik m’offre carte blanche et me permet d’inviter des jeunes artistes, Dream Koala, Everydayz, Andréa et STWO, comme pour les soirées Animales à la Flèche d’Or, je pense que c’est une forme d’ouverture. J’en profite pour placer ça (rires). Et vous les gars vous en pensez quoi ? Alexis : C’est du classique, Brodinski, Gesaffelstein… ils auraient pu le faire avant. Arthur : ils ont annoncé SubFocus, c’est live, ça va être sympa Gabriel : Ah ouais j’ai vu le live à Dour, c’était assez fou avec. Les gros cercles lumineux c’est complètement dingue! Arthur : AraabMUZIK ça va être bien. Pachanga boys aussi, mais ils ont déjà trop tourné sur Paris aussi… Il faut bien que ça arrive à Caen un jour, tu ne peux pas faire Caen et panam après ! Gabriel : C’est les clubbers ça, ils sont médisants et jamais contents ! (rires)


Beataucue, on dit de vous que vous êtes des « clubbers globetrotters », en référence aux destinations lointaines où vous allez mixer, vous revendiquez vos racines caennaises ? Alexis : Pas vraiment, on habite ici c’est tout. Mais pourquoi rester à Caen, qu’est-ce qui vous y retient? Gabriel : PPour ma part, c’est mon rythme de vie qui m’y retient. Je vis en colloc avec un pote, on fait beaucoup de musique sur plein de projets différents, on est très bien dans notre petit cadre de studio-chambre. J’ai déjà pensé à aller habiter à Paris même Bruxelles ou Londres, je pense que je le ferais plus tard, mais là j’ai mes attaches et mes petits projets, je ne ressens pas le besoin de bouger ! Alexis : C’est pareil, ça ne fait pas de différence pour nous. Arthur : J’ai aussi mes attaches, on a monté un p’tit truc à Caen pour essayer de faire bouger un peu les choses, c’est le club 808. On veut montrer qu’ici, il y a des trucs qui peuvent faire bouger, mais bon ça marche pas trop. Enfin, on a une émission de radio donc on s’éclate un peu le samedi soir quoi. On fait les évènements comme la fête de la musique ou le carnaval à la cool. C’est aussi histoire de montrer au cargo qu’on est là. Gabriel : QU’ON EST AL Arhtur : Et qu’on peut faire autre chose que de la pop à Caen et des pads Superpoze (rires).

Gabriel : Je ne relève plus… Vous êtes des vrais Caennais ? Alexis, Méderic, Arhtur : Non Gabriel : Ahh la honte, moi oui Et qu’est-ce qu’il y a dans l’embuscade ? (Ndlr : boisson alcoolisée typiquement caennaise) Gabriel : euh je n’sais pas, je ne bois pas d’embu. Ah si, vin blanc, sirop de quelque chose genre grenadine, bière et un peu de calva ? Oui ! Gabriel : Tu vois, je le sais, c’est dans les veines. Si vous étiez Gildas, quels artistes caennais pourraient être les prochains a être sollicité par Kitsuné ? Alexis : On ne peut pas prévoir ce qu’il y a dans la tête de Gildas ! (rires) Gabriel : c’est trop prétentieux de se mettre à sa place ! Alexis : Rien qu’en voyant son profil facebook, tu comprends. Sa nouvelle photo de profil est assez énorme. Gabriel : Pourquoi pas… Dalton Darko, s’il faisait un son moins garage ! Bon c’est juste pour répondre à ta question ! Alexis : Brusko (rires), de la dubstep chez Kitsuné (rires) Gabriel : Arthur, dans ta bande ?

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Arthur : Madame, peut-être ? Je pense qu’au bout d’un moment ses prods vont exploser et qu’il va pouvoir aller loin. Alexis : Concrete Knives, moi je vois bien ça chez Kitsuné Gabriel : J’ai pas osé le dire Alexis : Je pense que Gildas en a déjà entendu parler, il suffit qu’il tombe sur un morceau qu’il kiffe pour que ça se fasse. Mais ils ont déjà signé sur un bon label non ? Gabriel : oui ils sont chez Bella Union.

Gabriel on s’est vu au Nordik l’année dernière, tu disais que tu n’avais pas de manager, est-ce que c’est toujours vrai ? Est-ce que ça fait partie des nombreux changements qui sont survenus dans ta vie depuis presque un an ? Gabriel : Je n’en ai pas encore officiellement, mais je vais dans cette direction-là quand même. Je n’en ai pas forcément besoin, j’ai fait un an sans. Avant j’avais envie d’apprendre un peu comment ça marchait, car je suis assez curieux, mais là j’ai vraiment envie de ne faire que de la musique, de ne penser qu’à ça, ça m’aidera. En revanche, ce qui a vraiment changé c’est mon statut : je suis passé d’étudiant à intermittent du spectacle, je ne fais plus que de la musique et à plein temps. Le voyage aussi, mais bon pas autant que Beataucue, pour moi c’est plus France, Belgique, Suisse quoi ! Alexis : On a commencé par ça aussi ! Arthur : C’est ce que j’aimerais faire aussi, maintenant que j’ai eu mon bac, je pense que je vais me consacrer à la musique et faire une année sabbatique à la cool. Ça me fait un peu peur de lâcher les études, mais je sais que c’est un milieu qui ne me va pas du tout. J’ai peiné pour avoir mon bac, j’ai dû mettre la musique

un peu de côté et me restreindre à une date par mois. Maintenant que c’est dans la poche, je vais essayer d’y aller à fond pour prouver de quoi je suis capable. D’ailleurs Arthur, qu’est ce qu’il s’est passé grosso modo depuis les WLTB ???? Arthur : Ahlala (rire) Qu’est-ce que t’en garde comme souvenir ? Arthur : Je n’ai rien oublié. Baptiste Wery et Thomas Lhermite ! J’ai gardé contact avec Thomas Lhermitte, je suis ce qu’il fait, c’est vachement cool. J’ai bien aimé Yo What’s Up. Pour en revenir au WLTB, c’était mes premières dates tout court. Je me souviens que pour la deuxième mon père était venu avec moi. C’était la première fois que je jouais avec Don Rimini : c’était complètement fou de jouer avec celui qui m’a tout appris. J’ai fait les 3 en fait, enfin les 4. Ca a fait une belle descente : la première était folle, il y avait un peu moins de monde à la deuxième, à la troisième il y avait Data et c’était vraiment n’importe quoi, enfin l’anniversaire deux semaines après il n’y avait presque personne. C’était très très très drôle. J’en ai encore un bon souvenir, on rigolait vachement. Mais j’ai complètement changé depuis cette époque-là, la musique a évolué, ça jouait du Bloody Beetroots, c’était les débuts de l’électro trash avec les Crookers. Je jouais ça, j’aimais bien, plus ça tapait violent, mieux c’était. L’électro made in Caen ça s’exporte ? Quelle est la destination la plus lointaine que vous aillez faite pour jouer ou mixer cette année ? Gabriel : Cette année j’ai joué en Russie et à la Réunion au Sakifo festival, j’arrive pas à voir lequel est le plus loin. C’est la réunion non ? En tout cas c’était fou. Arthur : Toulouse ! (rires). C’est moins rêveur mais bon c’était bien. Gabriel : St Lô ! (rires) Alexis : Bayeux ! (rires) Arthur : Ca viendra plus tard, c’était l’année des concessions ! Alexis : Nous Tokyo, on y est allé cet été et à la St Valentin. Médéric : On y fait soit des oneshots, soit une tournée des clubs à Osaka, Nagoya, Tokyo, des petites villes comme ça ! Gabriel : Grâce à Kitsuné j’ai un morceau qui est passé sur une radio japonaise, Block FM ! Alexis : C’est nous qui l’avons passé, on est programmateurs sur cette radio. Gabriel : C’est vous ? Ah merde, c’est énorme ! Merci les gars !


Et le concert le plus fou cette année c’était quoi ?

Et Samba de la Muerte Gabriel ?

Gabriel : moi c’était Dour ! J’ai adoré. Le truc que je trouve génial à Dour c’est que c’est un festival qui est très gros en terme de fréquentation, il y a énormément de personnes, mais énormément de connaisseurs. C’est hyper agréable. J’étais programmé en même temps que Nina Kravitz et Cashmere Cat, dingue. Alexis : Il y en a d’autre qui ont des photos avec Nina Kravitz… Gabriel : Quoi il y a un dossier sur Nina Kravitz ? Médéric : J’ai une photo de fan avec Nina après un concert, elle est en mode transpi et cheveux gras mais elle reste canon. Gabriel : Elle est dure à détrôner ! Arthur : Ah ouais, elle est trop jolie. Gabriel : J’ai regardé Four Tet a côté de Nina Kravitz à Dour : j’étais le roi des parias. What a good situation.

Gabriel : Avec Samba on refait une formule live avec 6 ou 7 dates jusqu’en décembre et on sort un EP très bientôt.

Vos vies d’artistes vous laissent-elles le temps de vous consacrer à vos sides projects ? Arthur Médéric, le club 808 ? Arthur : Avec Club 808 on est en train de monter un statut associatif, enfin ca reste quand même dans une ambiance pote à la cool. Gabriel : enfin tu peux faire des vrais projets qui soient des trucs de potes hein ! Médéric : la preuve regarde nous ! Arthur : il y a des trucs qui devraient se monter avec le club. Est-ce que vous prévoyez de produire quelque chose ensemble un de ces jours à la club cheval ou club sandwich dans une tout autre mesure ? (Quitte à parler de « clubs ») Arthur : On y a déjà pensé, mais on préfère faire des compiles. On en prévoit une chaque trimestre où chacun ferait un morceau original, ou alors l’un de nous fait un morceau et tout le monde le remixe… ça fait un vrai petit bordel, un melting pot de tous les styles… Gabriel : Je ne sais pas si vous savez… mais ils ont produit l’album de Drake hein ? (rires) Arthur : Ouais, ça serait cool de produire tous les 8, sachant qu’on a des univers différents ça pourrait être cool. Ça fait partie des choses qu’on a évoquées, mais qu’on a pas encore mises en route. On verra plus tard. Médéric : Pour moi la finalité ultime du truc ça serait d’avoir un créneau au cargo, genre tous les trois mois, pour faire des soirées électro avec plus de qualité, parce que les soirées électro là-bas, c’est pas dingue.

C’est quand même conséquent, tu arrives à concilier les deux ? Gabriel : Oui, on a un planning, un calendrier, avec les dates des groupes de chacun et on fait des flèches, pour voir si ca passe. Et Kuage, est-ce que c’est l’histoire d’un morceau éphémère comme avec Calot Pépite ou c’est vraiment nourri d’une ambition particulière ? Gabriel : Il y a déjà un deuxième morceau, donc oui, c’est un projet qui va exister. Et pour finir, le son que vous écoutez le plus en ce moment ? Gabriel : Pour moi, l’album de Holy Other et celui de Shigeto Médéric : le dernier Future Arthur : moi le dernier EP de Happa, les soundrackts 15, 3, 13 sont complètement cinglées, et le dernier Drake, il est trop bien ! Alexis : moi j’écoute l’album de I Am Legion, c’est Noisia et Foreign Beggars. Enfin j’écoute beaucoup pour les beats de Noisia, Foreign beggars je m’en tape, sur tous les morceaux ils chantent ca sert à rien. (rires) Mederic : Noisia font parti des 30 meilleurs producteurs du monde… Arthur : Je ne trouve pas, j’aime bien Foreign Beggars ! Gabriel : Et il y a l’album de Moderat qui est vraiment fou aussi ! BeatauCue Credit photo : Max Riché http://www.facebook.com/beataucue http://www.soundcloud.com/beataucue http://www.kitsune.fr/journal/artists/beataucue Baadman Credit photo : Vincenn http://www.facebook.com/baadmanmusic http://www.soundcloud.com/baadman Superpoze Crédit photo : Sophie Jarry http://superpoze.bandcamp.com http://soundcloud.com/superpoze https://www.facebook.com/SuperpozeMusic

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HOT SPOT

MAGAZINE CLUB par Max Ltnr

C’est parti pour une quatrième saison au Magazine Club de Lille. Fort d’une année couronnée de succès et pléblicité par le magazine Trax comme le 4e meilleur club européen de l’année 2013, le ‘Mag’ remet le couvert, un pas après l’autre, avec une programmation toujours plus affutée pour s’inscrire dans la lignée de ce qui se fait de mieux en tant que club de musique électronique en France. Derrière les très attendus Laurent Garnier, Nina Kraviz, Pleasurekraft, ou encore Digitalism annoncés début aout, on retrouvera Dj Falcon, Ben Pearce, Popof, Marc Houle, Tiga, DJ Pone ou Felix Da Housecat aux commandes du club aux néons bleus pour cette fin d’année. Une sélection pointue vous dites ?

Mais cette année, nouveauté, on s’incruste. Ça ne vous aura pas échappé, cette année Le Noeud Pap’ et le Mag s’accouplent pour accoucher d’une résidence où Mojitos et disques cérébraux feront office d’enfants tout sauf sages. Rappelez-vous, c’était le 13 septembre, notre première bungabunga club, devant une salle comble (merci merci merci), Aeroplane et nos amis de Desirre prenaient la température de ce qui devrait s’inscrire, avec la confiance du DA Péo Watson, comme un rendez-vous mensuel UK, en compagnie du collectif Bisou Français, déjà habitué des lieux. Pas la peine d’en dire plus et de gâcher la surprise, on vous en reparlera bien assez tôt. Rendez-vous sur les planches.


HOT SPOT

SOCIAL MAGAZINE par Paul de Pone

Même si ça me démange très fort le crayon de vous parler des soirées voguing au Social Club et de l’ambiance « macarons sucrés salés » des battles de danses qui y règnent en roi, cette fois-ci je fais une pause pour discuter magazine. La teuf c’est bien, mais la lecture aussi, et le Social Club l’a bien compris en sortant Social, pied de nez malin aux magazines lifestyle proliférant dans les kiosques. D’ailleurs, ne le cherchez pas ici, vous ne le trouverez pas, ce gratuit se distribue exclusivement dans des shops à la cool : chez Qhuit, French Trotters, Kulte et notre The Room national à Lille. Né du tricéphale Manu Barron, Fakepaper et So Me, le magazine ne joue pas la prise de tête avec des articles aux réflexions métaphysiques sur la culture, mais privilégie avant tout sa liberté et le fun : bande dessinée de Fafi et Horphée, photos souvenirs de So Me, Collection de Vikings de Gaspard Augé, selection musicale pour Guillaume Berg et Brodinski. Tout ça dans un format simple et efficace avec un temps de lecture aussi court qu’un trajet Oberkampf–Sentier, du bar au club quoi. Évidemment, on y parle des soirées à venir, ça, c’est pour les récalcitrants qui pensent que le rap/la techno/la disco font les meilleures noubas. Lisez ces reviews, et qui sait, on vous retrouvera peut-être à twerker dans un battle de voguing. Mince, j’avais promis de ne plus en parler. #1 octobre/novembre à retrouver à Paris et Lille: http://parissocialclub.com/article/326

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LENDEMAIN

BEAUREGARD FESTIVAL Photos : Lise Beuve

En images


BEAUREGARD FESTIVAL www.festivalbeauregard.com

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LENDEMAIN

30 ans

LE ROCK DANS TOUS SES ETATS par Lise Beuve

S

ouvenez-vous, les 28 et 29 juin, la saison des festivals d’été venait tout juste de commencer, quand on a planté nos tentes à Évreux pour souffler les 30 bougies du Rock dans tous ses Etats. Si en 30 ans, le Rock (c’est comme ça qu’on le surnomme) a vu passer une bonne tripotée d’artistes, sachez qu’il n’a pris aucune ride. Parmi les 24 000 festivaliers à avoir foulé le sol de l’hippodrome, on comptait beaucoup plus de jeunes que d’inconditionnels arborant une vingtaine de bracelets à leur poignet. Il faut dire que l’électro continue de s’immiscer dans la programmation très alléchante du festival ébroïcien, lui donnant désormais une saveur plus électro-rock que rock-rock. Retour sur ces deux jours de fête. Ce sont les petits jeunes de Colours In the Street qui ont ouvert le festival alors que le public était à peine arrivé. Dans la bonne humeur, ils ont semé sur l’hippodrome une pop colorée et dans l’air du temps qui lorgne fièrement du côté de Phoenix. Nos chouchous bruxellois, BRNS, se sont timidement exécutés un

peu plus tard, l’intensité de leur composition semblait envouter une assemblée olympienne. Brisant la tonalité prise par la soirée, Dope D.O.D a fait irruption sur la scène B dégainant l’artillerie lourde. À coup d’instrus puissantes, le collectif hollandais s’est amusé à violenter une foule énervée. Leur set que l’on a déjà vu et revu depuis la sortie de « Da Roach » nous entraine toujours et sans scrupule dans cette ambiance crapuleuse et ça, c’est bon. Les Klaxons ont enchainé. Entre morceaux à succès et compositions nouvelles, le quatuor londonien a usé de sa pop psychédélique pour nous offrir une belle occasion de dépenser le surplus d’énergie que nous avait procurée le concert précédent. En inconditionnels du travail graphique de Yoann Lemoine, mais désenchantés par sa musique itérative, on est allé voir l’homme que tout le monde attendait. Sans nous faire chavirer comme l’avait fait « Iron » deux ans plus tôt, Woodkid, humble sur scène, a su nous plonger dans cet univers qu’on lui connaît bien.


La douceur de ses compos, imagée par une mise en scène cathédrale et de beaux jeux de lumière nous a effleuré. On imagine qu’avec un orchestre complet, l’effet doit être plus puissant. Un joli live clair obscur qui s’est terminé de manière dynamique avec Lemoine, sauvage, comme possédé par une énergie nouvelle, prêt à grimper sur le dos de ses musiciens. Sans se faire attendre, le timide trio de The XX est apparu quelques instants après, dans une nappe de fumée. Le set ne nous était plus inconnu, mais il demeurait efficace. Un beau moment qui nous a rappelé ô combien on les aime. Déconcertés par l’électro vrombissante que vomissaient les haut-parleurs de la deuxième scène, nous sommes allés curieusement voir quel ouragan venait rompre avec le calme instauré par le sage trio. Jouant sur le même terrain que les Crystal Castles, Carbon Airways, deux petits français frère et sœur de 15 et 16 ans tourmentaient une foule incrédule et visiblement pas fatiguée. Sous un soleil moins timide que la veille, Dead Rock Machine ont déclaré ouvert le deuxième et ultime jour de festivités. Nous donnant une bien bonne leçon, le duo français a balancé un set électro rock qui représentait à merveille l’esprit du festival. Une très belle surprise. On est allé faire un tour du côté de la Gonzomobile pour voir le spectacle déjanté des locaux Burnie et son Bâtard. Je dis bien spectacle, car c’est en effet le visuel et la mise en scène qui amuse, le son lui ne casse pas trois pattes à un canard...

Malgré leur humour (« Évreux t’es bonne »), les Poni Hoax n’ont pas su nous emporter, on en a profité pour aller se prélasser au stand Ricard de l’espace presse. Mais pas trop longtemps, hors de question que l’on rate Aufgang. De part et d’autre de la batterie, deux pianos à queue se faisaient face. À la fusion entre musique classique et électronique, le trio nous a

joué un set dynamique et entrainant qui semblait ravir une foule pourtant peu habituée à ces longues plages instrumentales hybrides. Probablement l’un des meilleurs concerts du festival bien qu’à écouter les campeurs, le meilleur restait à venir. D’abord avec Stupéflip, le collectif masqué qui s’est amusé avec la foule en délire en proposant un live qui relève plus du spectacle que du concert. Trop éparpillé, il manquait un petit quelque chose (une âme ?) pour faire tenir la mayonnaise. Puis avec Die Antwoord pour l’une de ses rares dates estivales en France. Un concert sans artifice qui tirait sa force du charisme et de l’énergie du couple qui n’a cessé de gesticuler. Du flow impressionnant de Yo Landi, aux slams de Ninja, le monstre bicéphale sudafricain aura tout donné, au point du finir quasiment à poil à la fin du concert. Les tubes auront tous été joués. La foule qui profitait des rares temps morts pour réclamer « Ninja » aura le droit à un rappel où la fameuse sera interprétée. Wahou. Nos muscles avaient à peine eu le temps de se remettre qu’Air Bourne était déjà là pour rappeler fièrement que ce qui a fait le Rock dans tous ses Etats depuis 30 ans, et ben c’est le bon vieux rock. Une fois n’est pas coutume, nous avons fini le festival par la prestation du plus berlinois des français : Rone. Le set, progressif, a pris possession de nos corps et nous a plongé dans de belles nébuleuses oniriques et dansantes. Bien que les Dirtyphonics étaient là encore après pour faire vibrer les fêtards, pour nous le point final de cette trentième édition venait d’être donné par Rone et on avait qu’une envie c’était de lui dire merci. Il ne fait aucun doute qu’à Évreux, depuis trois décennies, on sait faire la fête franchement, sans prétention et sans artifice. Mais deux jours, c’est un peu court, on aurait volontiers prolongé notre week-end.

LE ROCK DANS TOUS SES ETATS http:// www.lerock.org

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LES NUITS secr par Max Ltnr

Déjà une grosse dizaine d’années que les festivaliers nordistes traînent leurs carcasses de camp le premier weekend d’août pour une escale à Aulnoye-Aymeries.

Les Nuits Secrètes, c’est le seul festival français où l’on peut déguster une frite-fricandelle, s’enfiler une bière, aller voir une chorale de grands-pères plus chanmée qu’un groupe de deathcore slovaque, s’enfiler une autre bière, faire du volley en maillot de bain sur un

set de Marklion, monter dans un bus aux vitres opaques sans connaître sa destination et sans mouiller son (seul) slip de festival, entendre le même jour des refrains reggae babyloniens, des groupes pop régionaux et un live épileptique d’une star de l’électro, reprendre encore de la bière, finir sa nuit en club éphémère jusque 6 h et vomir sa frite fricadelle, le tout pour le prix d’un aller-retour Lille/Paris en 2nde classe coincé entre deux familles de 4 enfants dont le petit dernier « fait encore ses dents excusez le ». C’est ça les Nuits Secrètes. Une douzième édition record puisque cette année 56000 festivaliers avaient fait le déplacement. On retiendra particulièrement les performances de La Femme et les danses chaloupées de Clémence Quélennec qui firent bondir mon petit cœur de


rètes

peurs anisés vers Les Nuits Secrètes

groupie au masculin ; les pieds qui dansent les reins qui se collent et les têtes qui balancent sur le live de Breakbot et Irfane pour l’occasion accompagné d’un groupe ; la prestation de Mr Oizo qui nous rappela qu’après seulement une journée on ne ressemblait déjà plus à rien « “You look like shit when you dance” » (Solid ft Marylin Manson, NDLR); la pop mélancolique, mais pas triste de Pan Aurora ; la grosse surprise The Polyphonic Spree et leurs magnifiques choristes, ponctué d’une reprise absolument géniale de Nirvana ; le live tout en puissance et en lumière de Vitalic, se prendre une baffe et tendre l’autre joue sur les punchlines d’Orelsan. Si les Nuits Secrètes n’ont pas vocation de concurrencer les rouleaux compresseurs que peuvent être Dour,

Rock en Seine ou Les Vieilles Charrues, elles restent néanmoins un rendez-vous incontournable de la région au moins aussi épuisante, et de la bonne manière. On y retournera bien évidemment et on vous conseille d’en faire de même.

LES NUITS secrètes http://www.lesnuitssecretes.com www.facebook.com/pages/festival-les-nuits-secretes

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DOUR FESTIVAL par Paul De Pone

Le cracra, la boue, le poisseux, vous pouvez oublier ça pour l’édition 2013 du Dour Festival. Cette année, c’est le soleil qui a gagné et nous a forcé à porter des tee-shirts comme des braqueurs de banques prêts à commettre le larcin. Sauf que le braquage n’est pas venu de là où l’on croit. Car c’est bien la sélection de Dour qui en a flingué plus d’un, en faisant la part belle aux artistes des internets, comme une revanche des geeks de chambre.

Une avalanche de souvenirs mémorables s’abattent sur mon cerveau nostalgique de teufs estivales. Les gens qui tapent des mains parce qu’ils sont contents, les gens qui tapent les poteaux de fer parce qu’ils sont très contents, les gens qui tapent leurs potes parce qu’ils ont pris des trucs qui les rendent contents.

Fait exceptionnel, c’est la première fois que je vois un public faisant des pogos et des câlins en même temps, Cashmere Cat réussit un grand écart félin de faire danser les filles et de faire faire des signes de gang aux

mecs. DJ Slow achève notre retour dans les années r’n’b MTV en nous passant Nelly – Dilemma, et moi je me souviens encore des paroles, du clip, des filles qui portaient des chouchous. Je les ai d’ailleurs retrouvées, maintenant elles portent des headbands à fleurs et se prélassent au bar du petit bois, une vraie pépinière à muses avec le combo carré d’herbe/hamacs en veux-tu en voilà/chill obligatoire. J’avoue, j’ai presque dansé sur du reggae. La nuit tombe, les gens aussi. Dans ce bordel magnifique, on passe la moitié de son temps à communiquer avec ses amis à base de « T’es où ? », « Je suis facile à reconnaitre, j’ai un short en jean et des lunettes de soleil », « Bof, pas motivé pour Flying Lotus ». Il y a des froissages d’égos et du name dropping intempestif aussi : « Ouais, j’ai vu Flume il y a au moins 30 ans, t’étais pas né je crois, mais c’est pas terrible ». Quand vous hésitez entre deux artistes connus, prenez le troisième qui n’a rien à voir. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé en backstage de Converge, un groupe de post-hardcore. C’est terrible cet abysse qui sépare l’artiste sans instrument et celui sur scène. À l’arrière, on se serre


les mains, on fait des blagues, on trinque nos bières, on se tape dans le dos. L’avant ressemble beaucoup plus à Verdun un jour de bombardement, à une fin du monde qui aurait pour bande originale des bruits de travaux, le comble viendra d’un mec dans la foule qui conclura par « C’est pas terrible, j’ai entendu des fausses notes ».

profondes de Bambounou. Elles ont fait des coucous à cette fille qui trouvait que mon teeshirt avec des chats était cool, mais pas plus, car ses yeux ressemblaient aux hublots du Yellow Submarine, un sous marin de la nuit, qui aurait coulé sous des vagues déchainées d’amour en pilules. Pendant qu’une partie de mon corps prenait congé de moi, je tentais de ramener le reste en backstage. Chauffé par l’occasion d’avoir pu observer les sets pilonnant de Gesaffelstein et Jackson & His Computer Band, j’étais peut-être dans un excès de confiance quand j’ai tenté de voir le Wu Tang de près. En passant par le terre-plein central. Pendant leur concert. Tu l’as compris, rien n’est vraiment différent, et pourtant rien ne semble pareil à Dour, mais tu as toujours cette envie insatiable d’y revenir chaque année, enfin je ne sais pas, je ne sais plus, le voyage Dour-Lille a dû me donner un jet lag d’au moins 10 minutes, attendez, je vais me souvenir du reste.

Et puis mes mains ont commence à se rebiffer, elles ont fait des vagues devant Joy Orbison, ont imité des amortisseurs de lowrider au rythme des basses

DOUR FESTIVAL www.facebook.com/dourfestival www.dourfestival.be

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LENDEMAIN

MAISON SAUVAGE par Julia Nastasia D.

Maison Sauvage est une maison close artistique où la musique, l’art visuel et l’éditorial échangent en toute intimité en prenant leur pied. Les tenancières sont attentives aux besoins : promo, booking, développement, exposition, évènementiel … L’amour, voyezvous, fidélise les clients !

M

aison Sauvage est un beau bébé, à peine sorti du cortex de ses mamans (Julie, Maud, Celine et Cecilia) il multiplie les conquêtes et impressionne son petit monde. Nous avons assisté à son baptême le 1er juin, un “Mini-Fest” comme elles l’appellent ! Le sacrement avait lieu à l’Espace B, connu pour ses effusions d’amour et sa - très - bonne programmation musicale, chaperonné par un papa complètement gaga de musique. L’alliance entre Maison Sauvage et l’Espace B était une évidence, deux âmes soeurs dont les coeurs battent à l’unisson pour la jeune création. Nous avions rendez-vous à 15h pour le début des festivités. Je me permets une petite heure de retard, on sait bien que ce genre de cérémonie ne commence jamais vraiment à l’heure. Il y a toujours un oncle ou une tante porté disparu qu’il faut attendre ou bien le fleuriste qui ne livre pas les compositions florales à temps … J’arrive donc à 16h et la fleuriste en l’occurrence est déjà là. Claire, fleuriste et rêveuse freelance, est affairée à créer de jolies couronnes de fleurs, qui n’ont rien à envier aux couronnes florales à gros budget de Lana Del Rey. Dans l’entre de l’Espace B, Lomé sérigraphie à la main des totes bag à l’effigie de Maison Sauvage. Ici on connait bien Lomé, elle a tatoué la moitié des bras qui se baladent une bière à la main. Son trait impulsif et son humour décalé font fureur sous l’épiderme ! Autour de nous, sous une lumière révélatrice, les dessins de Julie Jardel, aka Julie Putevie

selon son humeur artistique, intriguent et fascinent. Du même acabit que Lomé - d’ailleurs, elle aussi s’exerce sur la peau les jours où elle se lasse du papier - Julie fait du trait noir son moyen d’expression ultime dans un univers ésotérico-gothico-médiéval où règne l’ironie. Ces deux-là attirent l’attention de la caste branchée parisienne mais préfèrent l’étique arty-underground, gage de qualité, à l’étiquette hipster-branchée, gage d’encaissement. Quelques fanzines ont tout de même eux la chance de bénéficier de leur talent. En parlant de fanzines, dans la pièce d’à côté j’ai rencontré Manuel et Passion, deux fanzines respectables qui se respectent. Manuel est un objet papier, un adjectif, un nom commun et propre qui s’affirme sur un fond arc-enciel « so 90’s ». Il passe son temps à inviter des copains pour faire des ponts entre les différents pans de la création contemporaine. A chaque numéro, une nouvelle peau, une nouvelle proposition et une nouvelle double nationalité. Un peu hyperactif, il organise aussi des workshops, ateliers, expositions et résidences ! Passion, c’est le costume de trois mecs mal rasés qui réveille ce qui dort dans nos tiroirs, nos disques durs et les méandres de nos cerveaux. On me souffle même que certains numéros ont été censuré ! L’écrin minimaliste révèle un petit bijou en édition limitée et numérotée. Le n°1 fermait par un œillet scellé à la main, le n°2 a été relié les pieds dans le sable et se payait le luxe de cinq papiers différents et le n°3 arbore une reliure suisse,


pour nous présenter son label Les Disques Anonymes. Initialement créé pour pallier l’absence de cadre pour Binary Folks, il est ensuite rejoint par David aka Tender Buttons. Leur passion commune pour la musique les amène à défendre d’autres projets essentiellement électro. Aujourd’hui ils sont cinq et ont fêté leur un an quelques jours après le Mini-Fest de Maison Sauvage ! Pas de célébration démesurée pour l’occasion, toute leur énergie était dédiée à l’organisation de la première édition du festival Vision (9-10-11 aout). Au programme, pas moins de vingt-cinq concerts à l’orée des bois, au cœur de la Bretagne. Du festival aux cassettes VHS en passant par les tote bags, chez LDA c’est du 100% homemade. Guillaume m’expose la répartition des tâches au sein du label ; les garçons bobinent et rembobinent les cassettes et les filles, dé au doigt, sont assignées à la couture des jackets et tote bags. s’il-vous-plait ! Cerise sur le gâteau, il existe une série ultra limitée à la tranche teinte aux pigments noirs … On ne vous le dira jamais trop, on ne plaisante pas avec la passion ! Parlons bien, parlons mode avec l’accent adorable de PutoAmor. Patricia Alvez, doctoresse en mode, prescrit avec amour et sans ordonnance, un style sexy et original en s’affranchissant des codes éculés. Elle puise son inspiration dans les situations de la vie quotidienne et prélève l’humeur qui s’en dégage pour confectionner des looks sur-mesures pour toi, pour lui et pour les amis. C’est aussi une friperie-maison, chez elle. Il est temps de rejoindre les quais voisins pour deux concerts ultra-acoustiques au bord de l’eau à deux pas du monstre rouge de la Villette. Un tapis s’étend sur le quai, une chaise vide dessus, reçoit BINARY FOLKS . C’est les yeux dans les yeux qu’il pousse les premières notes qui s’envolent aussitôt avec le vent. Il nous chante des histoires et sa pop-folk aux airs d’Amérique, nous transporte au beau milieu d’une scène romantique devant un feu de cheminée. KINRISU s’installe, guitare à la main, et commence à murmurer quelquels paroles. Son air virginal, sa chevelure flamboyante et sa voix aérienne emporte son audience dans un ailleurs déconnecté de la réalité parisienne. La scène semble tirée d’un Sofia Coppola, les couples s’enlacent, les autres soufflent des bulles et des guirlandes aux couleurs pastels relient les arbres. De l’amour encore de l’amour ! De retour à l’Espace B, je retrouve Binary Folks alias Guillaume qui change de peau

Un ravitaillement de bière et de carrot cake bio plus tard, c’est l’heure du premier concert « plugged ». BALLADUR ouvre les festivités avec des mélodies shoegaze et pop qui flattent nos oreilles. Tout a commencé un jour au cap d’Agde –si, si- quand Amédée a entendu Romain chantonner de sa voix suave « Ma petite Jeanette » de Braque et ce fût le coup de foudre. Ne vous y trompez pas « Balla dure » veut dire « Hard Dance » en italien, aucune référence à celui qu’on eu l’habitude de faire rimer avec ordure. On change de registre avec THE DREAMS, programmés au festival breton de nos amis Les Disques Anonymes. Un live à défriser les frisés et friser les lissés. Un duo transgénique qui nous balance de la dark tropicold wave dans une ambiance chamanique. Le public est partagé entre les fans absolus et les brebis apeurées. Soudain, plongés dans l’obscurité, tout le monde attend MOUNT ANALOGUE, projet électro annexe des deux guitaristes de Coming Soon. Les quelques bougies posées à côté des tables de mixage entre les fils jacks et les verres de Jack révèlent les masques grimaçants de Ben Lupus et Alexander Van Pelt, Hypnotisés par les va-et-vient des visages pâles, nos coeurs battent au rythme des beats et des frissons parcourent nos membres à chaque pointe de décibel … Je vous avais bien dit que je vous parlerais d’amour.

MAISON SAUVAGE http://maison-sauvage.tumblr.com/

MUSIQUE 149


LENDEMAIN

KOBENHAVN DISTORTION par Jakob

C

’est en sueur et pleins d’excitation qu’après neuf heures de route mes camarades et moi arrivons à Puttgarden, en Allemagne, en vue de prendre le ferry qui nous conduira au Danemark. En sueur à cause de l’illégalité apparente du contenu de ma chaussure droite. Excités parce que nous sommes en route pour le Distortion Festival de Copenhague. Ou Distortion Kobenhavn comme disent les Danois. Créé en 1998 par l’un de nos compatriotes, c’est à l’heure actuelle l’un des meilleurs festivals d’Europe. Le temps passe et la mer reflue contre la coque du ferry, la pluie nous accueille froidement à notre débarcation. Qu’à cela ne tienne, notre bonne humeur ne saurait être entachée par la pluie danoise, qui rime, soi dit en passant, un peu comme pluie lilloise. Fort de nos deux cartons de bière danoise et autres bouteilles de whisky et de vodka, nous arrivons dans notre location, un appartement de haut standing en plein centre de la capitale. Et quelle aubaine puisque les éloges dont je vous faisais part tout à l’heure à propos

du Distortion manquaient d’une dernière indication, et non des moindres : Le festival a pour but de mettre la ville à l’honneur, et donc prend place dans son entièreté avec un quartier placé sur le devant de la scène chaque jour. Côté scène justement, nuls autres que Jeff Mills, Omar Souleyman, Kaytranada, Zombie Zombie, Todd Terje, Pachanga Boys, DJ Snake, les Ed Banger, Daniel Avery, Erol Alkan, Mickey Moonlight, Riton, Adam Port, Sound Pellegrino Thermal Team, Brodinski, et je vous laisse le soin d’aller voir la suite du line-up le plus intéressant qu’il m’est été donné de voir. C’est donc face à toutes ces composantes que je débute alors mon festival par la première soirée : Jeff Mills & friends. Une boîte de nuit qui n’aurait rien à envier au night club d’Irreversible : cave glauque et spotlights oppressants, techno schizoïde anthologique, et psychotropes. L’alcool coule à flot et Jeff Mills nous gâte d’un live improvisé.


Nous rentrons abasourdis, dormons et nous levons tôt pour une virée en quête de végétaux. Direction Christiania, le quartier utopique qu’on ne présente plus. Encore retourné de la veille, c’est pour moi un voyage initiatique dans les rêves les plus fous d’Alice. Lewis Caroll n’a rien inventé. Nous achetons alors de l’herbe en vente libre, nous nous asseyons sur les toits des anciens baraquements militaires du fort qui est maintenant le quartier susmentionné et profitons du soleil et d’un repos bien mérité en pensant au parking souterrain à l’intérieur duquel nous allons passer la prochaine nuit enfermés en compagnie du label londonien d’Erol Alkan, Phantasy. Le soir même, après avoir rencontré par un heureux hasard Thomas Fleurquin, le créateur du festival, et avoir échangé avec lui quelques compliments et diverses pré-offres de stage pour l’année 2014, nous pénétrons enfin dans notre fantasme de tout un après-midi. La drone techno d’Avery nous transcende et la quitos chère à Harris Hamilton n’arrange pas les choses, si ce n’est qu’elle les améliore et la nuit, comme les BPM, file à 130 à l’heure. Le language de la fête est universel et c’est donc un groupe cosmopolite dont nous faisons partie qui se dirige en after vers Christiania.

Le soir même, l’happening se déroule dans le port, lieu de la Final Party du lendemain. Le vendredi soir sera un petit samedi soir. L’inscription WELCOME TO THE JUNGLE orne le haut des containers disposés tels une arche et nous invite à la sauvagerie, ce sera notre nuit, et nos instincts primitifs seront les bienvenus. L’atmosphère est éléctrique, le taux d’alcoolémie record et dans nos têtes résonnent les tambours du bonheur.

Félicité te voilà! Inhibitions envolées, je ne serais plus conscient, ou serais surconscient, jusque Dimanche matin. C’est d’ailleurs cinq minutes après être entrés que j’avise mes camarades qu’un dilemme se présente à nous. Evoquant l’immensité du site, l’affluence, le nombre d’artistes et notre réticence à nous perdre mutuellement, je leur explique qu’il vaudrait mieux se séparer dès maintenant plutôt que de neutraliser nos pulsions festives par peur de ne plus être ensemble. Dont acte. La nuit est folle, le jour se lève dèjà tandis que je me couche sur le sol. Le moment est pur. Presque solennel. L’orgasme tend d’ailleurs à poindre. Je me relève des fourmis plein le corps, encore tout secoué de mon coït musical de cette nuit et me dirige vers la sortie du site pour tenter de retrouver les autres. Je les entends avant de les voir et j’ai le pressentiment que je ne suis pas encore au bout de mes surprises. En effet, l’un de mes acolytes, Abraham , s’est jeté à l’eau dans l’espoir vain de repêcher sa carte bleue. Le fou rire envolé, nous prenons la route de Christiania, pressés à l’idée d’entendre Abel baragouiner un anglais approximatif à de jeunes et jolies étrangères. Entres souvenirs mémorables, performances musicales époustouflantes, rencontres attachantes, dépenses délirantes et consommation envoutante, ce Distortion Festival fut une réussite au delà de toute espérance. En espérant vous y voir l’année prochaine, skål!

DISORTION FESTIVAL www.cphdistortion.dk

MUSIQUE 151


LENDEMAIN

GREMS AU SPLENDID par Paul de Pone

Illustration : Anne Suze

C

’est fou comme une bonne soirée tient à peu de choses, un bon combo qui s’enchaîne, le beau temps qui joue en ta faveur, en résulte des filles en décolletés, la joie dans mes yeux, l’amour dans mon cœur. Après être tombé amoureux une quinzaine de fois entre chez moi et le Splendid, j’arrive flottant comme un ectoplasme, non sans avoir consommé quelques cigarettes qui font rire, et me pose au bar. Le brouillard ambiant n’était pas vraiment un jeu de mon esprit, quelqu’un avait forcément dû oublier d’éteindre une machine à fumée, en fond on entendait un album de Bob Marley qui tournait en boucle. Je prends mon ticket, tombe amoureux encore une fois des guichetières, et je m’en vais fusionner avec un siège de cinéma, installé derrière la régie. Bonheur de courte durée, les Super 4 chauffent la salle avec des musiques aussi éclectiques qu’improbables : du métal, du rap, de la chanson française, on s’y perd un peu, mais on s’esclaffe comme des baleines devant les visuels de James Brown, de films de combat asiatique, de chats qui font des trucs nazes, mais comme ce sont des chats, on trouve ça marrant.

Un pote me sort de ma phase pour me montrer des Vine pornos, je ris encore plus fort. Et je n’ai pas vu Grems arriver sur la scène, devenue rouge sang. S’ensuit 1 h 30 de génie lyrical, de flow plus fluide qu’une blessure sur un hémophile, d’un torrent de punchlines anciennes et nouvelles, d’ailleurs « pétasse, chiennasse, sur les traces de son mac carotteur - et son escouade de travs racoleurs - qui sucent des bites et mangent des pâtes au beurre », me feront toujours autant sourire que mon premier cours d’éducation sexuelle en SVT. Bref, tout le monde en prend pour son grade, spécialement le rap français dont il ne se sent pas partie, qu’il le veuille ou non, c’est pourtant un des meilleurs rappeurs français, qui arpente la scène comme un lion en cage, prêt à montrer les crocs. Il conclura par ceci : « je ne fais pas de différence entre les races, les machos, le féminisme, nous sommes tous pareils, les rappeurs vous prennent pour des cons, moi ce que j’ai a vous dire c’est que je vous aime ». Ah, et bien voilà ! Moi aussi j’étais venu pour l’amour, pas forcément celui-ci, mais c’est un glorieux substitut. Rideau, Grems tire sa référence le doigt en l’air, et moi j’applaudis.


MUSIQUE 153


CORRESPONDANCE

BERGHAIN BER par Delphine.M

C

haque weekend, le célébrissime club tente tous les Berlinois. De visite dans la capitale avec mes alcolytes, j’ai décidé de moi aussi, tenter ma chance. Proclamé meilleur club du monde (oui oui), le Berghain (à prononcer behhrg’haïne si jamais toi aussi t’as pris espagnol LV2 mais que depuis que tu es allé à Berlin tu regrettes ton choix) représente parfaitement le paradoxe de la capitale : sa capacité à préserver la qualité de ses nuits malgré sa notoriété grimpante. Mais au-delà de l’interminable débat sur le mainstream, se dresse cette immense centrale électrique datant de la RDA, capsule spatio-temporelle, prête à accueillir dans son ventre plus de deux mille clubbers chaque weekend. Bref, revenons à mon aspiration première : celle de découvrir ce qui se cachait derrière ces putains de fenêtres illuminées, au bout de cette interminable file de prétendants, cette chose qui fait que les berlinois finissent inlassablement par y revenir.

ouverte. Un groupe de français passent à côté de nous ; « Je vous jure, d’habitude ça le fait ». On se marre en le regardant s’éloigner, les joues rouges et le seum au fond des yeux, mais le rire est jaune car ça fait déjà une heure et demi qu’on s’impatiente à la merci du vent pour peut-être se retrouver à leur place. La clé de cette énigme ? Aucune, sauf peut-être Sven, posté dans l’encadrure de la porte d’entrée. Sven Marquardt, le garde suisse du Saint-Pierre de la techno. Tape son nom sur google image si tu ne veux pas être surpris en atteignant le bout de la file. Oui, c’est bien lui, mi-viking mi-bouledogue, environ l’âge de tes parents. Après une heure passée à avancer à la même vitesse que pour faire un tour de Space Mountain à Disneyland Paris un lundi de Pentecôte (sauf que là le tour peut durer jusqu’à 48 heures) l’adrénaline nous titille enfin les mollets à la vue de l’entrée et nous réchauffe presque. Devant nous, trois groupes essuient un silencieux hochement de tête négatif sans broncher.

« Ce soir on tente le Berghain » Pour une raison obscure, la roulette russe a choisi de Le Berghain personne n’y « va » tout le monde le « tente ». Et pour tuer l’attente dans la queue (qui peut aller jusqu’à plusieurs heures), certain abordent le sujet entre eux, tentent de calculer leur chance, échangent leurs techniques : se séparer en petits groupes pour maximiser les chances, avoir un look négligé, montrer son cul, parler la langue de Goethe, sortir du lot ou s’y confondre. Pendant ce temps, à contre-sens de notre file, il y en a une autre qui apparaît petit à petit : celle des recalés qui remontent la tête baissée jusqu’à une procession de taxis qui les attendent la porte grande

nous épargner et nous sommes tous quatre passés de dehors à dedans en une fraction de secondes sans oser la moindre démonstration de joie, ne comprenant pas ce qu’on avait de plus ou de moins que les autres. Mais même une fois à l’intérieur, l’énigme de Sven reste un mystère : après avoir traversé le hall d’entrée jonché de carcasses encore capables de dodeliner de la tête et monté au premier étage, on se retrouve propulsé sur un dancefloor aux proportions pharaoniques où tout le genre humain se balance au rythme des basses de Marcel Fengler (un des légendaires résidents de la Mecque).


RLIN Imaginez son et lumière se heurtant dans 20 mètres de hauteur de plafond pendant qu’au fond de ce gouffre des centaines de silhouettes disparaissent dans de la fumée. Et au milieu de cette jungle de clubbers en transe se fondent des spécimens inattendus : octogénaires, nudistes, bêtes de foire, diplomates, célébrités,… sûrement une des explications à l’interdiction stricte de prendre le moindre cliché à l’intérieur du bâtiment. Réchauffés, on se sépare pour explorer les lieux. Une Club Mate à la main et des étoiles dans les yeux, je me perds dans le dédale des salles et des couloirs de la boite. L’endroit est immense, il y a des gens partout mais les endroits pour reposer son échine dans les bras d’un gros canapé en cuir ne manquent pas. Les gens sourient. Et ceux qui comme moi ont un peu de plomb dans l’aile ne mettent pas beaucoup de temps à en faire de même. Un couple de germains m’adresse un grand sourire et m’indique la direction des toilettes – mixtes – de la tête. Un aller-retour dans cette pharmacie improvisée et le temps de retrouver mes complices, me voilà moi aussi faisant partie de cet immense tableau vivant. En même temps actrice et spectatrice de cette composition lynchienne, je retrouve ce sentiment d’harmonie éclectique que m’inspirent les clubs berlinois. Au Panorama bar, la deuxième scène de la boite, les stores s’ouvrent sur les montées du set de Quenum et les premiers rayons du soleil caressent les paumes brandies des danseurs. Une silhouette retient mon attention : depuis le début de la soirée/weekend, une fille squelettique à la coupe afro, débardeur et talons haut attire tous les regards sur son passage. Je l’aperçois de dos, prenant une photo volée pendant que ses potes rigolent. Remarquant mon regard intrigué, mon

voisin de droite m’explique que la fille en question est en réalité un jeune garçon de 19 ans qui en fait vingt de plus à force d’avoir servi de pilier à l’établissement. Relevant au passage mon superbe accent gaulois, mon interlocuteur m’explique dans son plus beau français qu’il travaille au Conseil de l’Europe à Strasbourg et qu’il trouve les français incroyablement accueillants. Je lui réponds que merci mais que son français ne doit pas être si au point s’il nous trouve tant accueillants et que je préfèrerais nettement finir mes jours dans ce canapé en cuir plutôt que de rentrer chez moi. Les heures passent, se ressemblent agréablement et je finis par m’asseoir dans le fumoir, seule partie moderne du bâtiment, excroissance vitrée à travers laquelle le jour s’immisce doucement sur mes paupières endolories par l’obscurité. Je commence à me dire que cet endroit est le Neverland des clubbers et que le retour à la réalité s’annonce plus brutal que prévu. Un type m’offre une cigarette, et s’installe en silence à côté de moi pour observer le spectacle du lever de soleil sur Berlin-Est. Il m’explique qu’il est là depuis 24 heures et me propose d’aller boire un café au bar pour bien commencer la journée… C’est sans un mot, comme nous sommes entrés, que nous ressortons à l’air libre sur la terre qu’on avait tant piétinée, pleins d’espoir, 15 heures plus tôt. « Le week-end dernier ? On est sorti au Berghain. »

« Le week-end dernier ? On est sorti au Berghain »

BERGHAIN BERLIN www.berghain.de

MUSIQUE 155


CORRESPONDANCE

Laos du Kiff, la bais par Libor Kravate

C

direct et des videurs torses nus.

Le deuxième apparaît dans l’article en dessous, obligation de passer 60% de musique locale. Si cette loi était appliquée a Berlin, c’est pas si gênant que ca ; mais la on parle de sonneries polyphoniques sauce aigre-douce.

Après être allé vilipender du cote du Kosovo, j’ai

Mais tant pis, il faut bien tenter !

traîné ma carcasse au Laos pendant 7 mois histoire

18h, tu t’enfiles une papayasala, tu pleures parce que c’est épicé, mais en souriant pour pas perdre la face. Tu te rabats sur les nouilles parce qu’un jour, un mec que personne ne connaît a dit « avant une soirée, il faut bouffer des pâtes, ca te blinde le bide », et le pire c’est que tout le monde le croit.

oucou les pizza cats, c’est l’heure d’arrêter de parler de chandails et de sérénades, de

s’attaquer au clubbing, le vrai, pas celui a 20 euros 1 conso, mais bien celui avec Rolland Garros en

de tester aussi pour vous la culture dance-floor boule a facette dans une ancienne colonie chère au Général. Vientiane donc, puisque c’est bien de cette capitale qu’on va parler, a été construite sur le modèle de Paris. Force est de constater que c’est raté, quand tu vois le résultat, t’as envie de faire le même commentaire que face a un espagnol breton : « C’est pas beau mais c’est sympa ». Une pâle copie de l’arc de triomphe et des fils électriques, beaucoup de fils.

19h, il est l’heure d’aller dans un bar, parce qu’à 1 euro le litre de bière, tu peux te le permettre. T’en prends une, puis deux, on te propose un Ricard, tu dis non, tu reprends une bière, on te propose un perroquet sauvage (Ricard vodka menthe), tu dis oui. C’est l’heure.

22h, tu prends un tuktuk et direction le « At visite rapide et aussi polyphoniques sauce Home  », on appréciera pour t’expliquer qu’il y le jeu de mots. Devant, aigre-douce. a rien à faire, et quand 3 videurs, nous en il y a rien à faire, tu pousses la porte du saloon et tu vas checker le basket et en t-shirt, mais le fait d’avoir les yeux jukebox. Gros souci cependant, on est dans une bien ouverts ne laissent aucun doute quant à tes république marxiste, et apparemment Karl a oublié chances de rentrer. Pas d’entrée payante, kiffant. Bon ca c’était pour la

« on parle de sonneries »

de mentionner la teuf dans son torchon, puisque selon la loi, à minuit, c’est rideau : premier coup dur.

A l’intérieur, c’est un monde parallèle, tu sais pas si t’es dans le passe ou dans le futur. Déjà tu as 50 manges debout partout, et 60 serveurs avec des


sse des prix chasubles et des numéros dessus, mais en dessous c’est gilet et chemise, classe. Ca court, ca crie et c’est confus. On se pose a une table, on prend une bouteille a 20 euros (10% du salaire moyen tout de même), on attend, trop, et on interloque un des collègues, et forcement on se retrouve avec deux bouteilles. Il me regarde, je le regarde, confusion, il sourit, je souris, allons donc pour 2 bouteilles mon bon !

Si je me suis permis d’écrire sur le clubbing, c’est que c’est une culture en perdition, ici, la bas, ailleurs. Avant, tu sortais en club parce que c’était un endroit cool avec de la musique cool et tu pouvais t’habiller en habits cools. Maintenant, tu stresses avant de rentrer en club, t’es un gosse avant la recréation du matin qui a peur de se faire bouffer ses pogs et ses kini si tes potes en ont acheté des plus récents et des plus gros. Dans le clubbing moderne, faut que t’aies l’air de jamais avoir Tout d’un coup des mecs avec des brassards « Security » chaud, d’être sobre et de jamais vraiment danser, juste passent à côté, torses nus, d’accord, faisons comme ca. chiller en tapotant du pied et en disant que cet endroit Puis le DJ… Le DJ mec ! Bon système son, bon matériel, est « super grunge, limite underground » et que tu kiffes mais des transitions Auto-Mix Virtual DJ version 3.0 la musique «  deep afro et un goût prononcé 12 euros le shooter, a ce bassline » du platiniste. pour des remix made in Youtube. Puis des écrans Sortez vous les doigts prix la t’as la serveuse géants se baissent, tu te bordel, et puis faudrait avec en Asie. dis «  cool, un show VJ, penser à manifester les mecs sont chauds », en fait non, match féminin du parce que 12 euros le shooter, a ce prix la t’as la serveuse 2eme tour de Roland Garros, sur un remix de Lana del avec en Asie. Rey par un DJ indien. On ne sait plus si on doit rire ou Choquant ? T’as qu’à danser sur le dancefloor au lieu de pleurer, on pleure de rire en fait. prendre ton air dépressif Gesaffelstein. C’est pas cool 1 h du matin, après avoir graissé la patte de la marée d’être triste, tocard. chaussée pour avoir 1h de plus, le club se vide alors que toi t’es plein. Tu te sens comme a la sortie d’un film au Futuroscope, tu réfléchis encore à ce que tu viens de voir, t’as pas compris grand-chose, tu regardes les gens avec un air dubitatif, mais t’es quand même content parce que t’as beau avoir dépensé 150  000 Kip, tu relativises en te disant que c’est 15 euros. Le prix de ton gin tonic sans glaçons sale punk.

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REPORTS 157


MUSIQUE 159


Le Nœud Pap' #3  
Le Nœud Pap' #3  

Au sommaire : Vincent Moon, Kitsune x Caen, Project Pietà, Jonathan Zawada, TL Films, Larry Clark, Wesh ! Bien ou Bien !? 5Ans, Thomas Le D...

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