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LE NOEUD PAP

NUMÉRO 2 AVRIL 2013

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EDITO

Oui, je sais ce que vous allez me dire “Putain, Le Nœud Pap’ t’étais où ? Ça fait des mois qu’on t’attend”. Je sais, je sais. Comprenez-moi bien, à peine sorti du berceau, mes parents n’ont rien trouvé de mieux que de boucler mes valises, non sans amour, et de m’envoyer découvrir le monde de mes propres ourlets. J’étais perdu, pauvre petit bout de tissu, tentant de survivre en jungle hostile. Mais de rencontre en rencontre et d’aventure en aventure, certaines choses dont j’ose à peine me rappeler se sont passées, vous n’allez jamais me croire. « I’ve seen things you people wouldn’t believe ». Pour faire court, je suis parti faire du cheval au Nordik Impact, du ski avec les Velocity Bird, manger de l’élan à l’Institut Suédois, me perdre au beau milieu du Kosovo, Vancouver ou encore Prague, pour finir par parler chiffon à la Fashion Week de Paris, juste après avoir survécu à la fin du monde. Bref, j’ai pris la route, et je vous raconte tout. Imaginez donc ce que j’aurai à vous dire à la rentrée. Patience, ce n’est que le début.

Max Ltnr Rédacteur en Chef

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REDACTEUR EN CHEF Max Ltnr

DIRECTEUR ARTISTIQUE Eric Rktn

RÉDACTION MUSIQUE  Floris Yvinou MODE Ombeline Descheemaeker, Alice Delepaut, Mathilde Bruno, Victor Tessier CINEMA Lise Beuve CULTURE GRAPHIQUE Tristan Baldi

CONTRIBUTEURS

Baptiste Amieux, Eliott Delcroix

CONCEPTION GRAPHIQUE

Absolt (http://www.absolt.fr)

PHOTOGRAPHIES

Mathilde Dorschner

PARTENARIATS / RELATIONS PRESSE

Adeline Bustin (lenoeudpapcontact@gmail.com)

CHEF DE PROJETS / EVÉNEMENTIEL

Baptiste Pépin

CHARGÉ DE DÉVELOPPEMENT

Thomas Tourancheau (thomas@young-and-innovative.com)

CHARGÉ DES RELATIONS ANNONCEURS

Thibault Dury (thibault@young-andinnovative.com) La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées par ses auteurs dans leurs articles. Aucun élément de ce magazine, ne peut être reproduit, sans l’autorisation écrite de l’auteur.

REMERCIEMENTS Toute l’équipe de la rédaction et des contributeurs, photographes, mais aussi nos partenaires : Absolt et leur savoir-faire, Péo Watson, Thibault Y-Kee et Bisou Français, Hakima de la Cave Aux Poètes, Vincent Nocrekul, toute l’équipe de l’Espace B, Le Social Club, L’Institut Suédois de Paris, le Batofar, la Blogothèque, les Wesh ? Bien ou Bien ?! et 5 ans de bonheur et de rap, Bertrand Cerruti , Luis Calderon, nos amis de Couteaux Suisses. Les artistes et leur soutien qui nous touche: Birkii, Equateur et Séverin Merad, April Was a Passenger, Rasmus d’Efterklang, Thomas Azier, les Bichon Bichon, Velocity Bird, Lago, Appelle moi Papa, Jérémy Levin et tous ceux qu’on aurait pu oublier. Mais enfin et surtout, merci à vous, lecteurs et amis.

COUVERTURE

Photographe : Bichon + Bichon www.bichonbichon.fr MUAH : Lila Guéant @ B4 agency Model : Yavin @ Flag agency”

CONTACT lenoeudpapcontact@gmail.com


MODE

6

A LA PAGE : Un an après la fin du monde A LA PAGE : What’s Up in 2013 A LA PAGE : Bold Boys LOCAL HEROES : Little Jou HOT SPOT : Culture Denim HOT SPOT : The Room LE DRESSING HOMME LE DRESSING FEMME

8 12 14 16 18 20 22 24

CINEMA

26

CULTURE GRAPHIQUE

36

EN TÊTE À TÊTE : Megaforce A LA PAGE : Erwan Manchec LOCAL HEROES : Bichon+Bichon THE FANCY CORNER DERRIÈRE L’OBJECTIF : ON THE ROAD - Long Live the king - Anna Shelton - Jeff Luker - Cody Cobb CHEZ ABSOLT LE NOEUD PAP VU PAR : Appelle-moi Papa

28 29 30 32 34 38 42 46 50 52 54 56 58 60 62 64

MUSIQUE

66

REVIEWS LA CLAQUE : Dessire 9 JOURS AVEC : Velocity Bird CA CREUSE : The Mrng ÇA CREUSE : Die Antwoord EN TÊTE À TÊTE : Mais le Club Cheval, c’est quoi? EN TÊTE À TÊTE : Para One EN TÊTE À TÊTE : Thomas Azier EN TÊTE À TÊTE : April Was A Passenger HOT SPOT : Bisou Français X Magazine Club HOT SPOT : Le Petit Social LENDEMAIN : Les Lunch Beat LENDEMAIN : Nordik Impakt A VENIR : Beauregard Festival LENDEMAIN : Benjamin Clémentine CORRESPONDANCE : Vancouver CORRESPONDANCE : Kosovo, bien et toi? CORRESPONDANCE : Prague

68 74 78 82 84 90 96 98 102 108 110 112 114 116 120 121 122 124

SOMMAIRE

ROULETTE RUSSE : In Other Country ROULETTE RUSSE : Confession of the Child of the Century NATURE PEINTURE : Spring Breakers NATURE PEINTURE : Black Swan C’ETAIT MIEUX AVANT : Chinatown

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MODE

007


A LA PAGE

UN AN APRès l par Victor Tessier

FALL/ WINTER 2013

On ne va pas se mentir, quand on lâche un SMIC pour un cuir Margiela ou un jean Balmain, on serre les dents. Mais toutes proportions gardées, n’est-ce pas la même chose que de payer sa bouteille de Grey Goose 220 billets en boîte de nuit ? Ah pardon, le soft était à volonté, ça change tout.

Il faut voir ces vêtements comme un investissement pour nous, gens de la plèbe, pour qui les seules pièces Dior ou Saint Laurent qu’on peut s’offrir régulièrement sont les échantillons de parfum dans les magazines de nos copines. Il faut chercher, fouiller, essayer et se laisser amadouer doucement – mais sûrement – par le génie marketing de ces marques à paillettes, pour finalement se payer une pièce qu’on sera fier de porter pendant les cinq prochaines années. On a donc fait ça, décortiqué les défilés Automne-Hiver 2013, pour essayer de trouver les noms qui savent manier le ciseau et dont les créations valent bien quelques zéros sur le ticket de caisse. Promis, on vous a épargné l’indigestion de cuir sauce Givenchy ou la collection Thom Browne sortie des vestiaires de la NFL.


la fin du monde KRISVANASSCHE

GELLER

NEIL BARRETT

On commence par un gros coup de cœur avec Kris Van Assche. Anvers, véritable ruche de créateurs tous plus talentueux les uns que les autres, ne nous a pas déçu avec celui-ci. Le créateur belge, ancien apprenti et successeur d’Hedi Slimane pour la ligne homme de la maison Dior, s’est inspiré du meilleur trip sous héro, le film Trainspotting, pour sa dernière collection “Choose Life”. Un subtil dialogue entre sobriété et patchwork de

Un régal de grisaille berlinoise pour l’hiver chez l’allemand Robert Geller. Au menu, grosse maille, lignes et pois, superposition inhabituelle des pièces. Pour ceux qui ne connaissent pas ce créateur, et vous êtes certainement nombreux, vous pouvez subtiliser la carte bleue de maman, elle ne vous en

On continue le tour d’Europe avec un autre de mes créateurs favoris : Neil Barrett. Chaque collection frôle la perfection, pas de fioritures, parfaites associations des matières, couleurs sobres et lignes simples sont de mise, et c’est tant mieux.

voudra pas.

matières.

www.krisvanassche.com

www.robertgeller-ny.com

www.neilbarrett.com

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A LA PAGE

UN AN APRès l ALEXANDER WANG Le génie s’exporte aussi outreAtlantique. Le tout jeune designer américain Alexander Wang nous offre une collection très technique, avec encore une fois une qualité des coupes exemplaire. Ce n’est pas pour rien qu’il a été choisi pour reprendre les rênes de la mythique maison Balenciaga.

www.alexanderwang.com

J. W. ANDERSON

KENZO

Je ne sais pas si j’adhère totalement à la touche ultra féminine du dernier arrivage de chez J.W.Anderson, mais je dois reconnaître que certaines pièces m’ont tapé dans l’œil. À confirmer en cabine !

Le plus français des japonais, Kenzo Takada, revient tout en bleu et rouge. Depuis un peu moins de deux ans, ce sont les fondateurs d’Opening Ceremony, Carol Lim & Humberto Leon, qui ont repris le flambeau de la création de la marque. Le défi du renouveau est amplement réussi, même si l’on pouvait leur accorder une confiance aveugle dès le départ.

j-w-anderson.co.uk

www.kenzo.com


la fin du monde LANVIN

PAUL SMITH

VALENTINO

Je ne vais pas cacher que j’adule plus Lanvin pour leurs sneakers que pour leurs vêtements, mais une maison avec un tel “panache” renferme forcément de bonnes surprises, c’est le cas cette saison. Tout est tellement classe qu’il n’y a pas

Paul Smith a su se faire un nom dans la mode, à tel point qu’il a tapé dans l’œil d’Elisabeth II, qui l’a anobli en 2000. Well done, Sir ! Sinon, à côté de ça, il a construit un petit empire de douze collections qui traduisent la classe à

besoin de mots.

l’anglaise sous toutes ses couleurs.

Pour terminer, on ose se faire un petit plaisir en atteignant le dernier étage de l’élégance made in Italy : Valentino. Outre un faciès typiquement rital, le designer a su créer avec sa maison des vêtements qui transpirent le tapis rouge. Pour tous les high-class wannabes, vous savez où aller chercher votre premier costume.

www.lanvin.com

www.paulsmith.co.uk

www.valentino.com

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A LA PAGE

What’s Up in 2013 par Alice Delepaut

VANS Parce qu’après le succès remporté par ses magnifiques collaborations avec Hermès en 2011 et Kenzo en 2012 (et rebelote ce printemps), on espère bien que la marque californienne ne s’arrêtera pas de faire battre nos petits cœurs et danser nos petits pieds en cet an de joie que s’annonce être 2013.

OPENING CEREMONY Tous les ans l’enseigne américaine nous régale de ses collaborations, que ce soit avec des créateurs, des marques ou des personnalités (Uniqlo, Levi’s, Pendleton, Agnès b., Nike, M.I.A., Chloë Sevigny et même Where the Wild Things Are, pour n’en citer qu’une partie, mais la meilleure). En 2012 elle s’est couplée avec Adidas pour une collection capsule sportswear très 90s, axée sur la natation et le cyclisme, le tout sur fond des JO de Londres.


3?

Si je suis en ce moment-même bien installée à pianoter sur mon ordinateur, pépère, et que de votre côté vous êtes (sans doute tout aussi confortablement, du moins je vous le souhaite) en train de lire ces mots, alors c’est que la date fatidique du 21/12/12 n’est à retenir qu’en tant que chute de l’une des meilleures blagues que ce monde n’ait jamais connu, après la naissance de Donatella Versace. Subtile transition que voilà, car c’est bien de mode dont je vais vous parler (même si je pense qu’on laissera Versace de côté pour cette fois). Après la folie de tout un battage médiatique qui ne dura pas moins de deux ans autour de ce qui ne reste rien d’autre qu’un non-événement, il est temps de se remettre les idées en place à l’aide d’une petite rétroprospective de la transition 2012/2013

MAISONS DE MODE Le projet, qui soufflera sa septième bougie cette année, aura permis à toute une tripotée de marques made in Lille d’exploser et de s’exporter dans tout l’hexagone voire au-delà (kikoo Lenaklax, Ysterike, Cookie Ann, House of Vice, Justine Clenquet et j’en passe). Ça bouge bien de ce côté-là, présage de plein de bonnes choses pour les créateurs nordistes.

KENZO Parce que depuis que la marque se trouve entre les mains expertes de Humberto Leon et Carol Lim, les superlatifs commencent vraiment à me manquer. Les pièces phares s’accumulent de saison en saison, et à la vue du défilé printemps/été de cette année (le Jungle Jap instauré par Kenzo Takada à la création de la marque en 1970, revisité version troisième millénaire : super frais, super coloré, super taillé, super réussi), même à peine sorti des températures négatives, on a un peu hâte de voir venir l’automne et l’hiver prochains.

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A LA PAGE

BOLD BOYS

ON N’EST QUAND ON

par Max Ltnr

V

ous connaissez Ruth B. Bottigheimer ? Ouais, moi non plus. (toi là qui a hoché la tête avec suffisance, je ne te crois pas). C’est pourtant l’auteur allemand qui va inspirer la création de Bold Boys, jeune marque française à peine sortie des mains de son père

Maxime Danna, mais qui marche déjà bien sur ses deux jambes. À l’origine, une analyse complète de l’œuvre des frères Grimms « Grimm’s Bad Girls and Bold Boys: The Moral and Social Vision of the Tales », dont une particularité inhérente aux personnages masculins y est développée : élégants et sages en apparence, ils possèdent un imaginaire développé et sont épargnés par la morale, il les appellera : les Bold Boys. Il n’en fallait pas plus à Maxime pour s’emparer de leur univers et leurs codes et d’y transposer son imaginaire pour créer la marque du même nom en janvier 2011.


PAS SÉRIEUX N EST UN GARÇON Et puisqu’on est maintenant dans l’univers du conte, laissez-moi donc vous rapporter son histoire. Il était une fois, au fin fond d’une contrée fiévreuse pas si lointaine que ça, Bold Boys. Bold Boys était une marque de vêtements singulière associant imaginaire et codes urbains tout en explorant la tendance “Good boy”. Armée de barbes à papa imprimées, elle s’attaque, non moins sans bravoure, au dur marché de la mode, et de sa grande prêtresse, La Crise. Mais avec l’audace et l’originalité glorieuse qu’on lui connaît désormais, Bold Boys va survivre, notamment grâce à l’aide du salon du prêt-à-porter Who’s Next où elle sera sélectionnée et présentée au public en 2012. Son dernier coup d’éclat, il le devra à sa collection S/S 13, directement inspirée des îles pacifiques et composée de pièces modernes aux couleurs pastels, elle voit ses différentes créations

comme un archipel où preppy se mélange avec exotisme, toujours dans l’esprit d’audace et d’élégance qui constitue l’ADN de la marque. Comme un signe de son succès annoncé, Bold Boys se verra paraître au sein du sacro-saint GQ Magazine du mois de mars tandis que les distributeurs ne cessent de se multiplier à travers tout le pays. La belle histoire n’est pas encore finie, Bold Boys vit toujours heureux et attend encore beaucoup enfants.

Bold Boys www.bold-boys.com www.facebook.com/BoldBoysClothes

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LOCAL HEROES

LITTLE JOU par Alice Delepaut

S

on histoire pourrait inspirer n’importe quel cinéaste, car c’est au cours d’une convalescence que Juliette Avignon-Laloë, jeune varoise de vingt-deux ans, commence à confectionner des accessoires à l’aide d’une valise qu’elle a rempli d’objets, de breloques qu’elle a accumulés, chinés aux puces ou dans des brocantes. Il suffira d’un séjour de quatre mois à Londres pour que le déclic se produise. Du côté de Brick Lane plus exactement, cette rue de l’East End historiquement très éclectique et réputée pour son ambiance propice à toute forme de création. Les rencontres qu’elle y fera la détermineront à se lancer plus sérieusement dans son projet. C’est donc plus motivée que jamais qu’elle retourne en France, ou plutôt

en Belgique, car la belle passe avec succès le concours en aménagement d’intérieur de l’École Supérieure des Arts de Saint Luc à Tournai, guidée par sa passion pour les formes, les matières et la complexité des combinaisons qui en découlent. Là elle fait son nid, pose ses affaires, se constitue un atelier dans un appartement qu’elle partage avec un ami. À force de passion acharnée, Juliette produit à elle seule, à la main, des créations hétéroclites criantes d’authenticité, des pièces uniques qui ont le goût des cabinets de curiosités du XVIIème siècle. Elle trouve principalement son inspiration dans le choc produit par la rencontre d’ethnies comme les Papous, les Nyangatoms et les Samburus, et d’autres éléments artistiques,


« La confrontation de deux extrêmes est porteuse

d’idée. Je m'inspire vraiment de tout ce qui m'entoure, ça me permet de voyager dans ma tête… » architecturaux ou naturels, qu’elle traduit par l’utilisation de matières brutes comme la pierre et le métal, la mousse, la moisissure et le lichen, le tout pour un résultat étonnant, intemporel. Observer ses créations, c’est comme se retrouver face au fruit d’une expédition archéologique grâce à laquelle on découvrirait l’existence d’une civilisation disparue, un pied dans le présent et l’autre dans le passé. Toute cette réflexion autour du concept de renaissance trouve écho dans son animal-totem, le cerf, dont les ramifications qui se renouvellent chaque année possèdent ce côté délicat, très stylisé et à la fois faussement fragile qu’on retrouve dans son travail.

Les principes de collaboration, de communauté et de partage lui tiennent vraiment à cœur, elle aime faire participer les personnes qui se trouvent autour d’elle. C’est simple, elle rêve de partager un grand atelier avec ses amis, où ils pourraient tous ensemble se mettre à créer dans un état de symbiose totale, rassemblant ainsi au même endroit plusieurs domaines artistiques différents comme notamment la photo ou le stylisme. Actuellement elle planche en collaboration avec un ami forgeron sur des pièces de métaux bruts pour une collection qui devrait voir le jour sous peu, tout en s’occupant de la communication et de la scénographie d’un projet tout neuf, une galerie d’art montée au cœur de Tournai avec (et chez) un groupe d’amis, la bien nommée La Maison. Une histoire d’amitié.

Little Jou www.facebook.com/littlejoujewellery www.little-jou.com Shop : www.etsy.com/shop/littlejou

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HOT SPOT

CULTURE DENIM par Victor Tessier

Tu te balades dans un quartier sympa, le Vieux Lille, soleil dans les yeux, Ray-Ban sur le nez, Levi’s à la taille, James Dean serait fier de toi. Voilà, le compte est bon, cet article ne contiendra plus la moindre référence foireuse.

D

onc tes jambes t’emmènent à deux pas de la Treille, chez Culture Denim, un concept store masculin, où il fait bon prendre un café crème en essayant des vêtements tout aussi crèmes (désolé…). À la base, c’est une boutique pour homme, mais Culture Denim n’oublie pas la femme, avec quelques pièces tout aussi qualitatives. En réalité, quand on y est, on n’a pas l’impression de ne faire que du shopping : de la

musique, des magazines, une cuisine ouverte, des gens intéressants à qui parler, le goût du partage se sent dans chaque recoin. Quant à la sélection des vêtements, elle se base sur le denim et l’esprit workwear, les marques présentées en sont le meilleur témoignage : des essentiels du workwear comme Carhartt Heritage ou Bleu De Paname, aux incontournables de la


chaussure, Common Projects, Van’s Vault ou Veja, mais aussi Brooklyn We Go Hard, Pigalle, Comme Des Garçons, Lacoste L!ve, Kitsuné Tee, et beaucoup d’autres.

encore de l’inauguration, où la petite centaine de personnes présentes s’étaient retrouvées autour d’une Corona et avaient partagé quelques cadeaux pour l’occasion.

Culture Denim a aussi pour ambition de vous faire passer de bons moments hors des cabines d’essayage, en organisant des expositions, des brunchs, des concerts ou tous ces événements qui mettent les gens au cœur du projet. Culture Denim, c’est avant tout un état d’esprit. On se souvient

Culture Denim continue de nous régaler, avec un street casting le 6 avril, en collaboration l’excellent magazine mode et lifestyle WAD, mais aussi et surtout leur première bougie soufflée au début du mois de mai, où Bleu De Paname s’invitera pour l’occasion. Plus d’infos à venir !

CULTURE DENIM 4 rue des Trois Molettes, Lille 09.51.02.63.21 FACEBOOK : http://www.facebook.com/pages/CultureDenim-Store/177784142260542 E-SHOP : http://www.culturedenim.com BLOG : http://culturedenim.com/blog/

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HOT SPOT

THE ROOM par Victor Tessier

The Room, c’est la boutique sympa de Lille, j’allais dire pour homme, mais on y a vu débarquer il y a quelques mois des pièces pour ces demoiselles, espérons que ça se reproduise ! Depuis juin 2010, c’est Myriam qui dirige la barque. Accueillante, passionnée, avec un bon esprit, elle fait revivre le commerce de proximité, et si tous les « conseillers de vente  » étaient comme elle, il y a longtemps qu’on aurait les poches vides. Elle a su rendre sa boutique agréable et vivante, en y amenant d’autres univers qu’on ne retrouve pas assez souvent dans la mode : musique, photographie, magazines, etc. À la carte, une sélection pointue et cohérente de marques qui ont quelque chose à dire, pour compléter le dressing idéal, dans l’air du temps, mais loin des clichés de la tendance. On y trouve de tout, du denim au costume, en passant par des pièces plus décontractées héritées du streetwear, et plus récemment, des chaussures. Kulte, Suit, Lee, April 77, Emile Lafaurie, Vans ou Le Coq Sportif, rien ne manque à la sélection.

On a soumis Myriam au jeu du portrait chinois, pour essayer de capter l’atmosphère de la boutique, mais un conseil, allez y goûter par vous-même.

Une marque ? Il y en a tellement qu’il est difficile de faire un choix… Un vêtement ? Le jean ! Une ville ? Berlin et Paris Un restaurant ? Je n’aime pas manger… Un bar ? J’aime changer ! Un plat ? Les chips Une boisson ? Le champagne Une saison ? L’automne Une couleur ? Noir ET bleu Un musicien ? Patti Smith Un livre ? Autant en Emporte le Vent Un film ? Lost in Translation Nœud papillon ou cravate ? Cravate !

THE ROOM (Une Boutique pour Homme) 22 rue Masurel, Lille 03.20.12.73.68 FACEBOOK : http://www.facebook.com/TheRoomLille SITE WEB : http://www.theroom.fr/


présente

suuns

+ VallEYs + luCrECI a Dalt 9 mai • le Trabendo

sPECtruM + sof t Cr aYon 11 mai • PoinT ÉPhÉmère

EftErkl ang

+ anna Von Hausswolf f 26 avril • Trabendo

JunI P

+ Ba rBa rossa

14 mai • le Traben do

MaC DEMarCo

+ sEan nICHol as saVagE 14 mai • la maroquinerie

DEatH grIPs

12 mai • le Trabendo

DEErHun tEr

+ HIs Cl anCY nEss

allaH-la s

+ BEn EllIs

22 mai • le Trianon

BEaCH fossIls

+ DIsCo antI naPolEon 27 mai • la maroquinerie

21 mai • nouveau Casino

anIMal CollECtI VE + l aurEl Halo

HEaltH

29 mai • le Trianon

lIars

20 juin • la Ciga le

28 mai • nouve au Casino

06 juin • le Trabendo

DIs Clo sur E

toro Y MoI

03 juin • Cabare T sauvag e

YoutH lagoon

08 juilleT • le Trabendo

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LE DRESSING


HOMME

SPECIAL SCANDINAVIAN BRANDS

MODE 023


LE DRESSING


FEMME

SPECIAL SCANDINAVIAN BRANDS

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CINEMA

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ROULETTE RUSSE

In Another Country

Par Tristan Baldi

Crédit photo : D.R.

Titre original : Da-reun na-ra-e-seo Réalisateur : Hong Sang-Soo Production : Kim Kyounghee, Jeonwonsa Film Co. En salles le 17 Octobre 2012 Acteurs : Isabelle Huppert, Yumi Jung

D

’Hong Sang-Soo je n’avais vu que The Day He Arrives et La Vierge mise à nu par ses prétendants. J’avais beaucoup apprécié ces films, avec une petite préférence pour The Day He Arrives. Difficile de décrire les films d’Hong en communiquant son enthousiasme. Ceux que j’ai pu voir, en tous cas, étaient des films à budget très réduit, centrés autour des personnages et des lieux qu’ils hantent.

maladroites, des histoires sans lendemain. Une sorte de quotidien un peu fantasmagorique explorant les passions humaines et les relations sociales qui s’imbriquent. C’était le premier film du réalisateur que je voyais en couleurs, avec une palette très orange : Hong s’expliquait là-dessus en racontant qu’il est difficile de filmer une histoire légère dans un paysage gris. Le rendu à l’écran est très agréable, et je me suis senti tout aussi chez moi dans l’univers du cinéaste que lorsque je regardais ses films dépourvus de couleur. Le film est réellement un film à petit budget : tourné en 15 jours avec le budget d’un court-métrage qu’Hong avait débloqué. Cela ne se ressent pas vraiment : on reste un peu en lévitation dans ce monde très contemplatif, et on assiste au déroulement des scènes en lisant tout ce qu’on trouve dans le regard des acteurs.

Souvent dans l’œuvre du réalisateur on retrouve le même personnage, un réalisateur prisonnier de son art, qu’il en soit obsédé ou très imprégné. Un personnage quelque peu errant, qui rencontre des personnalités au hasard de situations. Dans ces 3 films que j’ai vu, il y avait cet élément de découpage dont je ne me lasse pas, qui consiste à mettre en scène des personnages dans les mêmes endroits, au gré de situations différentes, qu’il s’agisse de situations parallèles dont les mondes sont très proches, ou présentant de des beuveries, des légères différences dans le déclarations maladroites, des déroulement des faits.

«

Isabelle Huppert est très juste dans ses 3 rôles. J’ai vraiment eu le sentiment d’avoir histoires sans lendemain Dans In Another Country, eu affaire à 3 femmes on assiste à 3 histoires réellement différentes au cours des situations. Selon possibles se déroulant en Corée. Isabelle Huppert les scénarii, elle parvient à s’intégrer parfaitement dans incarne tour à tour une femme trompée par son mari le paysage du cinéaste, ou s’ e n détacher complètement avec une Coréenne, venue en Corée se reposer avec une amie, une riche femme infidèle venue retrouver un (dans le cas de la bourgeoise, par exemple). réalisateur dont elle est tombée amoureuse, et une amie Le film est réellement léger et plutôt marrant. Il y a d’un réalisateur venue passer un peu de temps en Corée. d’ailleurs un très bon papier sur le rire dans le cinéma Autour de ces situations gravitent des personnages et d’Hong Sang-Soo dans le numéro d’octobre des Cahiers des rencontres: un maître nageur quelque peu loufoque du cinéma, que je recommande chaudement (si l’envie vous prend de creuser ça). et dragueur, des amis ou proches dévoués, aimants ou agacés... et toujours cette constante dans le cinéma C’est un film qui me conforte dans mon intérêt pour le d’Hong Sang-Soo: des beuveries, des déclarations cinéma d’Hong Sang-Soo, simple, beau, marrant.

»


Confession of the Child of the Century Par Lise Beuve

Genre : Fiction Réalisateur : Sylvie Verheyde Date : 29 août 2012 Production : Ad Vitam / Les films du Veyrier Acteurs : Charlotte Gainsbourg, Peter Doherty, Lily Cole

P

aris, 1830. Le jeune dandy Octave perd espoir en l’amour et sombre dans la débauche après avoir été trahi par sa maîtresse. De retour à la campagne pour inhumer son père défunt, il rencontre Brigitte, une douce veuve de dix ans son aînée avec qui il retrouvera la passion. Sur le papier, cette adaptation de l’oeuvre d’Alfred de Musset avait tout pour plaire. Sylvie Verheyde met au service d’un grand texte un casting étonnement plaisant. En effet, on imagine aisément que le rôle du dandy Octave est un costume à la taille de Peter Doherty et qu’il n’y a probablement pas mieux que Charlotte Gainsbourg pour lui donner la réplique! La perspective de voir à quoi ressemblerait une partie de jambes en l’air entre l’enfant terrible du RoyaumeUni et la fille de Jane et Serge était on ne peut plus alléchante, il faut l’avouer. On avait hâte qu’il sorte. Petite déception à l’arrivée.

« IL MANQUE

La vérité? On s’ennuie. Le film bien trop linéaire s’éternise. On est tenté plusieurs fois de regarder à droite à gauche, ou tiens, pourquoi ne pas essayer de déchiffrer le sms que notre voisin est en train d’envoyer « On mange quoi ce soir? ».

Ambitieuse, Sylvie Verheyde tente de réaliser un film historico-pop qui lorgne du côté de Sophia Coppola, mais opte pour une mise en scène des plus classiques. Pourquoi?! Si son dessein était de rester fidèle à l’oeuvre d’Alfred, c’est aussi manqué. Trop occupée à soigner l’image, les décors et les costumes (sublimes, on le concède), la réalisatrice ne se rend pas compte que ces

acteurs peinent à donner du relief à leur double. Peter Doherty, lorsqu’il ne sombre pas dans les clichés de son personnage, semble vide et tout penaud. Octave est très vite rattrapé par la personnalité du chanteur, si bien qu’on a plutôt l’impression de voir un film sur un Pete Doherty du 19e siècle. Quant à Charlotte, qui porte sur ses épaules tout le film, elle peine à se livrer. Tous deux ne parviennent pas à faire rayonner leurs personnages. Le couple ne fonctionne pas aussi bien qu’on l’espérait, il leur manque la passion dévorante et le feu brûlant qu’on a adoré mille fois dans les Liaisons dangereuses de Frears. Il manque une âme à ce film trop terne. Il faut bien reconnaître une qualité à ce film: la première partie est réussie. La réalisatrice capte assez bien « ce mal du siècle », cette mélancolie, cette désillusion qui touche la jeunesse de l’époque. L’ambiance nous transporte. Les cadres lA PASSION sont beaux, très chauds, ça fourmille, ça chante, ça bécote, ça fornique, quelques inserts sur des détails bohèmes et une caméra à l’épaule chancelante que l’ivresse justifie. L’odeur des parfums, des bougies et de la débauche crève presque l’écran. Cette séquence avec sa clique de dandy-zombies se pose en miroir de notre propre époque où les banquiers règnent en maîtres et où l’horizon se dessine faiblement pour une jeunesse débauchée qui n’a pas de projet, qui ne croit plus en rien et qui a peur de souffrir.

»

CINEMA 029


NATURE PEINTURE

SPRING BREAKERS, MAIS POURQ

Par Lise Beuve

Titre : Spring Breakers Genre : Drame Durée : 1h32 Réalisateur : Harmony Korine Date de sortie : 6 mars 2013 Production : Muse Productions, Divis Films, O’Salvation Acteurs : James Franco, Selena Gomez Vanessa Hudgens, Ashley Benson et Ra Korine

L

’ex-Kid, Harmonie Korine est de retour. Bien qu’il ait troqué son ambiance 90’s pour celle de notre décennie, il n’a pas pris une seule ride. C’est toujours cette jeunesse ingrate en marge qu’il capture, mais cette fois-ci avec une touche pop incontestée et un casting gros calibre improbable. Scandale au royaume de Mickey, c’est Vanessa Hudgens, Selena Gomez et Ashley, là où personne ne les attend qui donnent la réplique à James Franco. On laisse les préjugés à la maison et on file prendre un peu le soleil de Floride dans les salles obscures. Bien décidé à nous montrer ce qu’est un Spring Break, Harmony Korine commence son film par une séquence de cinq minutes où inserts de petits culs bronzés, de jolis seins, de mains baladeuses, d’alcool qui coule à flots succèdent aux plans d’ensemble d’une immense beuverie estivale. Montage dynamique, ralentis récurrents, Skrillex en bande son, il n’en fallait pas plus pour indigner la petite mémé assise derrière moi et faire comprendre à tous le monde qu’un Spring Break ben c’est ULTRA COOL. Ça devrait plaire à Paul de Pone. Passée cette introduction lourdingue et prévisible

sur un tel sujet, le réalisateur nous présente ses « héroïnes » : un quatuor de jeunes bombes thermonucléaires en quête de fun et d’ailleurs, prêtes à tout pour réunir le cash nécessaire pour aller «  spring breaker ». C’est à base de « fuck les cours » et de trips naïfs mais couillus que les quatre petites connes se tirent en Floride pour s’amuser. Forte en substances illicites, en free sexe collectif et en dégâts matériels, la fête se clôt par l’arrestation des poulettes rebelles alors aussi fauchées que les blés lors de la moisson. Et c’est Alien, un gangsta trafiquant de drogue (dont le look rappelle vaguement celui de l’ex de Britney Spears que tous le monde à oublié : Kévin Federline) qui va payer leur caution et les prendre sous son aile à l’exception de la pleurnicharde, Faith (interprétée par Selena Gomez –évidemment-) qui décide de rentrer chez elle. UNE EXPÉRIENCE SENSORIELLE Bien que l’histoire soit assez légère, il faut reconnaître que c’est avec une énergie folle que Korine nous fait vivre une véritable expérience sensorielle par ses choix de mise en scène. Le montage riche en flashbacks, flashforwards, cut-ups et en let-motives sonores (bruits de guns qu’on arme, murmures et répétition de


QUOI?

sion

z, achel

« Spring Breaak ») créé un effet hallucinogène. L’image travaillée joue sur la saturation des couleurs et exploite toute la gamme de fluos, d’oranges coucher de soleil et de lumières néons. Il y a de très beaux plans mais aussi de très jolis moments de complicité entre les filles autour de chansons de Britney Spears qui font surgir d’un coup, toute la poésie de l’adolescence. De plus, ce casting invraisemblable est plutôt une bonne surprise, les actrices ultra-bonnes ne sont pas mauvaises et James Franco est génial. Le Spring Break ce n’est qu’un alibi, on devine bien que ce n’est pas ce que le réalisateur veut non montrer.

UN NIHILISME CRUEL Mais où veut-il nous emmener ? Difficile de savoir sur quel pied danser, on ne parvient pas à deviner s’il raconte son histoire au premier ou au second degré, s’il cherche à donner du crédit à ses personnages ou s’il les méprise. Et c’est assez problématique puisque dans le premier cas, le film ne serait que l’exaltation de la violence et des vices sans aucune fonction cathartique. On sait que le réalisateur de Gummo aime filmer l’ingrat. Il peint ici une jeunesse naïve bercée par l’illusion, sans projet et sans idéaux : exclue du rêve américain et complètement anesthésiée par l’impitoyable société de consommation. La faiblesse du scénario et le peu d’histoire à raconter témoignent d’un nihilisme cruel des plus frustrant. À quoi sert donc ce film  ? À rien si ce n’est rappeler que la vie n’a pas vraiment de sens pour cette jeunesse livrée à elle même et incapable de se donner ses propres idéaux. Le film, complètement ambivalent oscille constamment entre un principe et son opposé : il mêle à la fois vulgarité et pureté, fascination et répulsion, onirisme et cauchemar, jouissance et ennui, saturation et vide, grave et ridicule. Si bien qu’on ne saurait dire si ce film est bien ou pas. Il est à la fois un OVNI cinématographique, une bonne grosse claque comme on en voit et vit peu, et un film qui dérange parce qu’il désoriente et qu’on n’aime pas ce qui n’a pas de sens.

CINEMA 031


NATURE PEINTURE

BLACK SWAN Par Tristan Baldi

L

orsque j’ai voulu me forger un avis sur l’incontournable film du début de l’année 2011 qui a fait couler tant d’encre virtuelle, j’ai saisi mon courage à deux mains, ainsi que deux potes (faut pas déconner, aller voir Black Swan tout seul équivaut à une crise de déprime chronique) et j’ai attendu le “chef-d’œuvre”, calé dans mon fauteuil comme une truite dans un banc de thons (véridique). Autant le dire tout de suite, j’ai failli tourner de l’œil dès le début, la faute à des gros plans abusifs, le plus souvent sur la nuque magnifique de Nathalie Portman, certes, mais réellement gênants. En passant, la caméra à l’épaule est très dynamique et assez magistralement utilisée lors des passages de ballet, épargnant au film un sabotage gênant de Tchaïkovski.

On entre donc dans la vie de Nina, ballerine appliquée, et, comme le souligne sa maman (probablement la sœur des frères Bogdanov), la plus dévouée du rang. Pas étonnant donc que lors de la sélection de la “Swan Queen” pour le ballet du très célèbre Lac des Cygnes, l’ingénue tremblote et s’agite. Après dix minutes de nausées, je respire: le champ s’élargit, on attaque les salles de danse et, les femmes du public sont en émoi, les fines mains se crispent sur les cuisses des amants, Ô miracle, Ô céleste apparition, Ô putain il a un pull noué autour des épaules, apparaît Vincent Cassel. Donc, pour la faire court, on le sait, Cassel doit choisir sa “Swan Queen”, il va choisir Nina, qui va blablabla cygne blanc alors que Mila Kunis, blablabla cygne noir, parano, etc., une « méchante  » qui s’échauffe même pas pour danser parce que c’est une rebelle et qu’elle n’a ni dieu ni maître et qu’elle, elle s’en tape si elle se casse une cheville parc’qu’elle existe même pas d’abord, ou si peu, de toute façon elle est méchante et elle est habillée en noir, etc. etc. Sans raconter tout le film donc, arrêtons-nous sur deux-trois détails. Tout d’abord, Nathalie Portman, elle est vraiment trop mimi, et elle a un boule assez formidable. Soit. Gros plan accepté. Et moi, ben, je trouve qu’elle joue plutôt très bien, alors même que j’avais regardé en boucle son rap uncensored la veille sur Youtube. Plutôt balèze donc, comme contraste.


Crédit photo : D.R.

Titre : Black Swan Réalisateur : Darren Aronofsky Sortie : 9 février 2011 Production : Phoenix Pictures / Protozoa Pictures / Cross Creek Pictures Distribution Française : Twentieth Century Fox France Acteurs : Nathalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis

Seulement voilà: avec un thème et une B.O bétons, des moyens sans doute larges, le film réussit le pari incroyable d’être une bonne grosse daube. Si seulement on s’en était tenu au thème de la pression de la ballerine face au rôle principal, de son profil psychologique certainement complexe, du contraste entre les contraintes physiques dans les coulisses et la beauté de la danse, on aurait pu avoir quelque chose de très réussi. Malheureusement, autant le dire : c’est non. Ce film, du début à la fin, n’est qu’une succession de passages de cul ridicules et bâclés (oui, parce que la scène entre Mila Kunis et Nathalie Portman, c’est une scène d’amour pour adolescents boutonneux quoi, y’a pas une goutte de sueur, du fond de teint partout, c’est un ébat lyophilisé en somme), contrastés par des scènes de scarification, de fractures, de blessures en tous genres, et de plein de trucs dégueulasses axés sur les pieds et les ongles. Tout ce que j’aime, moi qui m’évanouis déjà à moitié lorsque je pense à une chaussure de ballerine, ou de la position du pied de cette dernière lorsqu’elle fait une pointe. Alors oui, la danse, c’est physique, c’est dur, ça fait mal. Nul besoin pour autant de nous infliger un remake de

Brain Dead dans la scène de la salle de bains. Cassel est caricatural dans son personnage et plutôt très mauvais dans son jeu, et n’a franchement pas grand intérêt. On se demandera donc quelle peut bien être l’influence qu’il exerce sur Nina, au point de lui donner des devoirs-maison dignes d’un gourou de petites filles pré pubères. Certes, Nina est fragile et manque de caractère, elle est plutôt timide et encore une fois très jolie, mais elle n’avait vraiment pas besoin de manquer d’amour-propre (étonnant d’ailleurs pour une ballerine aspirant au premier rôle du Lac des Cygnes). Le tout ne ressemble donc qu’à un mélange de mauvais goût, de mauvais choix de mise en scène (tiens ?! J’avais jamais vu le coup du miroir pour illustrer le dédoublement de personnalité, c’est fin, merci  !), de mauvais casting (Kunis? Vraiment?), de mauvais cadrage. Ce film est mauvais, et j’en ai beaucoup voulu aux pseudos lovers qui sont restés calés dans leurs sièges sans bouger à la fin, pour rester imprégnés le plus possible de ce magnifique film. Rallumez la lumière, svp.

CINEMA 033


C’ETAIT MIEUX AVANT

CHINATOWN

Crédit photo : © 1974 - Paramount Pictures. Tous droits réservés

Par Tristan Baldi

Réal. : Roman Polanski Prod. : Paramount Pictures 1974 Jake Nicholson, Faye Dunaway

I

l y a une chose qu’on ne peut pas enlever à Polanski : les b.o. de ses films sont souvent géantes. Ici, une musique d’ambiance grave et parfois grinçante pour un film noir très réussi. J.J. Gittes (et pas “Gitt’s”, il insiste assez là-dessus) est un détective privé génialement porté à l’écran par Jack Nicholson. Alors qu’il vit de filatures pour des couples qui battent de l’aile, Gittes se voit plongé dans une histoire de grosse ampleur après qu’une femme lui demande - une fois de plus - de suivre son mari. Si le film est quelque peu lent à démarrer, on est pris dans une atmosphère suffocante et lourde dès le début : une ambiance très rétro englobe le Los Angeles de 1937 en pleine sécheresse, et l’on observe Gittes farfouiller parmi les orangeraies dans des affaires qui deviennent dangereuses avec un calme et une lenteur déconcertants. Là est à mon sens le génie de Nicholson dans ce film : Gittes agit vite, réfléchit vite, mais il parle si lentement, si posément que l’on croirait parfois que le film est ralenti. On a en fait l’impression de regarder un observateur quelque peu ivre, qui s’applique à prendre son temps devant toutes

sortes de personnes affairées, inquiètes, passionnées ou simplement agressives. Il y a l’apparition de Polanski en homme de main nerveux, il y a Faye Dunaway (qui a quelques airs de Mia Farrow lorsqu’elle s’effraie, curieusement) et son tempérament de panthère noire, il y a ces plans où l’on voit Gittes conduire sa bagnole sans qu’on sache trop ce qu’il a en tête, et cette petite fouine met son nez partout, au risque de se le faire taillader. L’intrigue est bien menée, et on ne sait pas vraiment ce qui se trame autour de tous ces hommes d’affaires au passé trouble, hormis le fait qu’ils sont tous bien trop calmes pour avoir la conscience tranquille. Je découvre petit à petit Polanski et je dois dire que ses films me surprennent à chaque fois. Le réalisateur s’est essayé à différents styles avec brio (bien que je n’aie pas encore regardé Oliver Twist, qui m’effraie un peu) et audace. Chinatown est un petit OVNI qui se contemple avec paresse dans un calme religieux, un peu comme on regarde Shining un soir d’hiver, en se disant que… C’était mieux avant.


CINEMA 035


CULTURE GRAPHIQUE

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en tête à tête

MEGAFORCE par Beware ! Magazine 

Explosions visuelles Non, ce n’est pas seulement le nom d’un nanar des années 80 où un commando d’élite américain chevauche des motos munies de lance-roquettes et voyage à travers le monde pour occire les méchants dans un déluge de flammes. Megaforce, c’est aussi et surtout, dans notre monde moderne postapocalyptique, un commando d’élite mais français, et eux aussi s’y connaissent en explosions. On veut bien sur parler d’explosions visuelles à peine moins mortelles que leurs consœurs cinématographiques (si si, on vous jure, visionnez The Greeks d’Is Tropical et vous comprendrez). À leur manière, Charles Brisgand, Raphaël Rodriguez, Léo Berne et Clément Gallet, ont su trouver bien plus de succès avec Megaforce que le film éponyme n’a pu le faire. Fondé en 2007, ce collectif d’artistes/réalisateurs/ graphistes a déjà à son actif de belles réussites tant

dans le monde du clip musical que dans le monde de la pub. De Metronomy à Madonna, en passant par Two Door Cinema Club ou encore Kid Cudi, le quatuor a été nominé dans de nombreuses cérémonies et a décroché de belles récompenses comme en témoigne leur UK Music Video Award pour la meilleure Indie/Rock Video en 2011, par exemple pour leur clip The Greek d’Is Tropical (on vous a dit d’aller le voir !). Si Charles et Clément se connaissent depuis leur plus tendre enfance, Léo a pour sa part été rencontré à l’occasion d’un voyage au ski et Raphaël sur les bancs d’une école de graphisme. Leur tout premier fait d’armes fut le clip Live Good pour les Naïve New Beaters où l’utilisation de fonds verts a permis l’intégration d’éléments visuellement intéressants dans la vidéo à travers un jeu de fenêtres donnant sur des variations de l’univers


principal du clip. A partir de là, ils n’ont pas hésité à remettre le karaoké au goût du jour dans leur clip A thing for me (Metronomy) ou encore à mettre en place de très ingénieuses transitions pour le clip Pursuit of Happiness de l’éminent Kid Cudi qui a malheureusement préféré refuser la vidéo pour la retourner par la suite. Plus récemment, on a pu admirer leur travail sur toutes les chaînes musicales dignes (ou plus ou moins dignes) de ce nom avec Give Me All Your Luvin de Madonna, rien que ça, tourné en deux jours à New-York en 2012. Jeunes et limités Ces quatre bricolos de l’image ce sont aussi illustrés dans la pub en France et outre-Manche. On se souviendra - ou pas - de ce refrain qui nous a tous à moitié rendu fou durant l’été 2009 :

quoi bon, on est dans le monde de la pub après tout), il est intéressant de noter que la vidéo est constitué de travellings à travers des décors ingénieusement conçus pour les besoins du tournage. Une formule qui a si bien fonctionné qu’Universal Music Mobile a remis ça l’année suivante avec le réalisateur Riad Sattouf cette fois-ci. Quant à l’utilisation des décors, elle fait partie intégrante du travail de Megaforce. En effet, on vous invite à aller voir la pub Trainstorming et son making-of pour Eurostar ou encore le très jouissif Dancing Clothes pour Cadbury où des danseurs ont du enfilé des fripes géantes pour un rendu absolument bluffant et hilarant.

« On est jeunes et limités, jeunes et limités ouais, jeunes et limitééés !! Tu crois qu’c’est cool d’être jeune ? EN FAIT C’EST A CHIER !! Jeunes et limités ouais, jeunes et limités. » Et bien c’était eux, de la musique à la vidéo, et si on peut s’interroger sur la pertinence des paroles (à

CULTURE GRAPHIQUE 039


Une chose est sure, Megaforce c’est un concentré de talent et une signature décalé et identifiable parmi mille tant ils ont su apporter de leur propre univers dans leurs créations. On a donc hâte de les retrouver dans les prochains clips des Yeah Yeah Yeah et d’Is Tropical et en attendant rendez-vous sur Iconoclast.tv, Riffrafffilms. tv ou bien Youtube pour voir leur œuvre et quelques making-of qui vous vous feront entrer dans la tête de ce collectif à part entière. To be continued…

De gauche à droite : Raphaël, Léo, Charles et Clément, tournage Cadburry

The greek, Is Tropical

Give me all your lunvin’, Madonna

Megaforce Site Officiel : www.megaforce.fr/ Retrouvez Beware ! Magazine : bewaremag.com/


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NEWS MUSICALES

mybandmarket.com mybandnews.fr 041


A LA PAGE

ERWAN MANCHEC par Eric Rktn

Erwan Manchec : en fait, j’ai d’abord eu un parcours très financier en études de commerce, et à côté de ça de la photo et aussi le magazine Beware que tu connais. LNP  : Quand est-ce que tu as commencé la photographie ? C’était juste un hobbie, un truc que je développais seul de mon côté. Et au fur et à mesure les gens ont commencé à s’intéresser à mon travail, du coup c’est devenu un peu plus sérieux. Et là on peut dire que ça fait vraiment 3 ans que je fais vraiment de la photo, avant je travaillais beaucoup sur de petits projets qui me plaisaient, des photos de rues, pour des magazines que j’aime bien, par exemple Le Noeud

Pap’ (rires) ou encore mon propre magazine Beware, j’y ai d’ailleurs recemment shooté The Amplifettes et Birdy Hunt. J’ai aussi travaillé pour Unicity, avec qui j’ai eu énormément de libertés dans les photos. Mais concrètement, ça fait un an que je fais des shootings payants en freelance. Les photos de rues la nuit sont un peu ta marque de fabrique, non ? J’ai commencé par la rue à Londres, pendant un stage. J’avais beaucoup de temps libre, alors je partais en ville et je faisais des photos. C’est très intéressant, parce que cette ville est très sombre, très brumeuse, en tout cas c’est la vision que j’en avais. J’ai essayé de retranscrire ça dans mes photos. De retour à Paris

Il est celu voulais sa portraits récemme ambiance


ui qui a donné une image à notre premier numéro, papa d’un magazine qui parle de visuels, je avoir quelles étaient celles qui lui trottaient dans la tête, entre les rues sombres et les nombreux que l’on retrouve sur son Tumblr, continuellement alimenté. C’est au Workshop, lieu où il a fêté ent les 4 ans de son bébé mag que je le retrouve, autour d’une mousse fraîchement servie, une e bureau des années 70.

j’ai tenté d’appliquer le même processus, mais ça ne rendait pas du tout la même chose au niveau de l’ambiance, de l’architecture. Donc je me suis recentré sur le portrait, en essayant de réutiliser la façon de faire dans la rue, c’est-à-dire beaucoup jouer sur le clair-obscur. On laisse des parties visibles, d’autres non, l’imagination fait son travail en fait. Après, certaines photos me plaisent sans être réfléchies comme ça, ça dépend du projet, du feeling etc Du coup, est-ce qu’une photographie plus dynamique avec une mise en scène, des gens en mouvement, c’est quelque chose qui t’intéresserait, ou pas du tout? Ca fait un moment que je pense à changer de type de photo. Pas que je me fasse chier, mais disons que je commence à me lasser un peu. J’ai besoin de trouver un nouveau travail graphique sur la lumière. J’aimerais bien, dans l’immédiat c’est impossible et ça serait très prétentieux de me comparer à ça, faire des travaux dans le type de David Lachapelle, des supers compositions, passer sur un côté plus sensuel peut être, le jeu de lumière pourrait être intéressant. Enfin je ne suis pas encore dedans, il faut que l’idée se développe au fur et à mesure.

CULTURE GRAPHIQUE 043


que je n’aime pas ce qui est faux, c’est pour ça que je suis relativement contre le travail sur la peau, les gens qui la rendent plus lisse. J’aime bien les imperfections, le poil, que ça soit vrai. Par extension à ça, tu aimerais t’essayer aux clips ? Pour expérimenter et m’amuser pourquoi pas, mais ce n’est pas un objectif. Pour l’instant je suis dans mon truc, je vois comment ça peut évoluer, j’essayerai la vidéo avec un nouvel appareil photo, on verra ce que ça rend et s’il y a possibilité qu’on développe des idées là dessus.

LNP : Donc quelque chose de plus plastique et synthétique, contrairement à ce que tu as pu faire avant ? EM : Non je resterai toujours dans le naturel, parce

J’ai commencé avec un D60 de Nikon, qui est le plus bas de gamme de la marque, mais qui reste intéressant pour débuter, je pense passer maintenant sur un D600, je commence aussi à me mettre un peu à l’argentique avec un DF300. On va faire un petit retour sur ton travail, quelle photo te représenterait le plus ?

C’est une de mes photos favorites, ça donne une ambiance limite malsaine, tout en ayant une lumière très forte qui fait que la scène n’est pas si dégueulasse que ça. Quelle photo te rappelle une heureuse surprise ? Je l’avais prise pendant un rally du coeur au Mans, une photo de la route, un peu dégueulasse au début, qui après s’est revelée plus intéressante en noir et blanc. Généralement j’essaye de maitriser tous les paramètres, donc il n’y a pas tant de surprises que ça.


Au contraire, quelle photo te rappelle un raté ?

Les ¾ des photos que j’ai prises de Paris la nuit. Je ne connaissais pas Londres, contrairement à Paris que j’ai plus l’habitude d’arpenter, et dont je connais relativement plus les architectures. Les nombreux tests que j’ai faits dans Paris sont des catastrophes, il n’y a pas d’inspiration, tu penses que la rue va être bien, mais finalement rien ne ressort. Du coup, j’ai fait l’inverse du processus de Londres, au lieu d’y aller en pleine nuit, j’y suis allé à cinq heures du matin. Une anecdote de shooting ? Généralement quand je shoote la nuit, je suis avec des potes, ils prennent aussi des photos. Moi je prends un trépied, eux des chaussures pour faire tenir leurs appareils, bref de vrais afghans, à part ça je ne sais pas trop (rires) C’est le moment de la question photo philo  : les photographes sont-ils des observateurs de notre environnement ou des pervers en manque de reconnaissance ? Je pense qu’on est tous pervers à partir du moment où l’on se place en tant qu’observateur. En manque de reconnaissance je n’en sais rien. Il y a de très bons photographes qui ne cherchent aucune reconnaissance comme Viviane Maier. Elle a photographié les rues de New York pendant très longtemps sans se faire connaître, jusqu’à sa mort, c’est triste.

Puisque tu parles de Viviane Maier qui a un travail qui s’apparente un peu au tien, si tu devais citer trois photographes qui t’ont marqué ? Le problème c’est que je ne connais presque jamais les noms, à part les potes qui m’ont formé, j’aime beaucoup Loic du Pasquier. Il m’a formé aux bases de la photo et de la retouche. Il m’a donné pas mal de pistes pour mon travail actuel. Après je traîne beaucoup sur Tumblr, et grâce à Beware je vois des tonnes de photos tous les jours. Je ne retiens pas forcément les noms, mais juste les images. En terme de développement, comment vois-tu l’avenir ? Pour l’instant je suis seul, ce sont mes potes qui ont le rôle d’agent et qui me branchent sur des plans. Mais si quelqu’un trouve du travail à ma place, c’est aussi très bien (rires). Enfin, si tu devais donner des conseils à un ado pour chopper, est-ce que tu lui conseillerais d’être photographe ? Non, je lui dirais de prendre ses couilles à pleines mains et de se lancer. Et après de la prendre en photo, pour faire profiter les copains (je précise que je ne le fais pas).

Erwan Checman Tumblr : http://erwanchecman.tumblr.com/

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LOCAL HEROES

BICHON+BICHON par Eric Rktn

Dany Boon doit mourir. Non je plaisante. Mais quand même, s’il y a bien quelque chose à lui reprocher, c’est d’avoir mis les chtis à la mode. Surfant sur ce succès, il a même récidivé pour nous montrer qu’il y avait aussi des beaufs en Belgique. Pas très fin tout ça, enfin ça manque de classe. Jouer sur les clichés du kitsch, du mauvais goût, pour en sortir une esthétique venue de l’espace, voilà qui est plus intéressant! (On t’aime bien quand même Dany). C’est à Tournai que nous nous sommes laissé porter, pour rencontrer la bête à deux têtes qu’on nomme bichon bichon. Deux têtes parce que Victor Pattyn et Servan Ilyne. Deux têtes parce que deux univers plastiques différents, mais bien un seul corps car ils se complètent, et pour ne rien arranger les deux énergumènes vivent en colocation. « Insaisissables » serait aussi le mot parfait de cette interview, puisque nous avons dû nous y prendre deux ou trois fois : la faute au micro qui n’enregistrait pas, ou que l’enregistrement était perdu, bref la grosse poisse. Mais quelque part c’est assez représentatif de leur travail, non pas le manque de rigueur (ça, c’est « la faute à nous »), mais bien ce côté inatteignable, du genre ovni visuel qui leur va comme des gants. Avec de l’humour aussi, que ce soit à la friterie près de chez eux, ou autour d’un match de baby-foot, qu’on a perdu on a pas honte de le dire. Magnéto.


Le Noeud Pap : Tiens, comme vous êtes colocataires, présentez-vous mutuellement Victor  : Servan est pour moi un très chouette photographe, un oeil fin et affûté dans un corps de bricoleur, les gros moyens techniques, la production, le fun c’est son domaine ! Servan : Derrière la tête de chaton trop mignonne de Victor, se cache en fait un esprit critique couplé d’un regard ouvert sur ce qui l’entoure. Il sait trouver de la beauté là où on ne penserait même pas à regarder. Pourquoi vivre sur Tournai, parce qu’il y a de bons bars pour karaokés ? S: Ça surprend beaucoup de monde qu’on habite dans une petite ville de Belgique. Mais la raison est simple, l’école d’art où l’on s’est rencontré est installée ici. Après l’été 2013 on compte déménager : Paris, Bruxelles, Barcelone, Londres... On n’est pas encore fixé, mais on vous invitera au karaoké du coin avec plaisir.

V: Ça va de l’éclairage à la direction, et lorsqu’on appuie sur le bouton de l’appareil photo, la question de savoir qui déclenche ne se pose plus. Vous pouvez nous parler chacun de vos travaux respectifs? Et décrire chacun votre esthétique ? S: j’aime les compos simples, frontales et directes. J’ai beaucoup d’images au grand angle, avec le sujet au centre et le décor en arrière-plan. Ça me plaît. D’une manière générale, mes photos sont comme ça, dans un rapport de face à face avec mon sujet. C’est assez monomaniaque en fait. V: Je suis passionné de choses que je ne comprends pas, j’essaye d’amener des concepts à mes images tout en gardant une esthétique très colorée. J’aime les choses visuellement fortes, qui te parlent sans savoir pourquoi. Les images que tu ne comprends pas à la première lecture. S : Pour notre travail ensemble, on aime beaucoup les trucs qui n’intéressent personne, mais qui fascinent tout le monde.

Justement, parlez nous de cette rencontre, et d’ailleurs pourquoi ce nom ? S : On a vite compris qu’on avait tous les deux les mêmes objectifs simples : être photographe, en vivre, et s’amuser beaucoup beaucoup. V: Pour le nom, c’est parce que Nichon + Nichon était déjà pris.(rires). S: Non vraiment, bichon est plus une sorte de petit surnom affectueux, et lorsqu’on a voulu donner un nom à notre duo, ça nous a semblé évident. Au-delà de ça, il se retient facilement. On a déjà décroché des jobs juste parce que notre nom faisait marrer les gens. Il est rigolo, mais on bosse sérieusement. C’est ça Bichon + Bichon : faire le job le plus cool du monde avec le plus de rigueur possible. On a tous les deux des inspirations différentes, mais on se rejoint sur beaucoup de choses. Le duo nous permet aussi de bosser dans le détail, on aime travailler nos images comme des plans de film que l’on discute dans les moindres détails, jusqu’à ce qu’on tombe d’accord.

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V: Les UFO, les sectes, le tunning, le sacré... S: En fait, on traite des thématiques sociétales assez profondes et parfois taboues mais sans avoir l’air d’y toucher. C’est très marketing comme approche. La mode nous sert de couverture, on joue avec ses codes et on les décale à volonté. On peut voir déjà cette attirance dans vos premiers travaux S: Voilà, notre première vraie collaboration, ça été une série perso qui s’appelle « UFO & LOVE ». On l’a faite pour le fameux 21/12/12 – la fin du monde – On aurait voulu voir l’humanité s’éteindre avec cette série de photos. V: Ca parlait d’un amour impossible entre un militaire extra-terrestre et d’une cheerleadeuse américaine. Au niveau du travail, c’est comment une semaine type chez Bichon Bichon? V: Difficile, elles ne se ressemblent jamais ! Mais par exemple ce lundi on faisait des photos pour un édito dans un mag’ belge, mardi on retouche, mercredi on fait du repérage pour un nouveau

projet, jeudi on bosse à Anvers, et vendredi on fait une couv’ à Paris. Ca bouge pas mal, c’est ce qu’on aime ! S: Là, on vient de finir de shooter la couverture pour le prochain Paulette Magazine, un édito pour OFIVE mag, une série d’images pour Oasis etc.. Pour notre boulot perso, on vient également de boucler une nouvelle série parlant d’une île inconnue, de pierres précieuses de sacrifice et de caniche royal.. On garde la surprise ! C’est l’heure de l’interview colocataire maintenant, est-ce que vous pouvez raconter une anecdote sur l’autre ? V: Servan s’est cassé le poignet en perdant au babyfoot. S: Après une cuite et un vomi, Victor a voulu nettoyer avec l’aspirateur. Qui choppe le plus? V: On a arrêté de compter en 2009. Babyfoot ou karaoké? S: Rire


Argentique ou numérique?

et un cocktail dans l’autre. On roulera en golfette

S: Les deux, pour nous c’est juste un médium pas un choix. On shoote aussi bien avec un dos 40 millions de pixels qu’un vieux polaroid.

sur les shootings.

Chiens ou chats ? V: Tant qu’ils sont gentils, on aime tout les animaux. Noeud pap’ ou cravate? S: Noeud pap pour Victor, cravate pour moi. Vous vous voyez comment dans 5ans? V: En tong et en short, un appareil photo a la main

Et plus généralement, vous voyez comment le futur pour le monde et l’humanité ? S: Poilu et doux comme un bichon. Et finalement, aimeriez-vous travailler avec un modèle, un photographe, un créateur en particulier? V: On aimerait bien faire un tournoi ping pong avec Juergen Teller, Helmut Newton, Harmony Korine, et les 2B3 mais je pense qu’on gagnerait pas.

Retrouvez Bichon + Bichon : http://bichonbichon.fr/

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THE FANCY CORNER

par Victor Tessier

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1 - Atelier Charivari - Vintage Metal Locker - http://ateliercharivari.canalblog.com/ L’Atelier Charivari est un showroom virtuel de pièces de mobilier ancien, liant style vintage et industriel. 2 - Hussein Chalayan - Approaching 10243 - http://chalayan.com/ Hussein Chalayan est un styliste turque, qui intègre design et architecture dans ses collections. Il participe également à d’autres projets en parallèle de la mode, comme cette série de tapis “Approaching”, où il combine le travail traditionnel des tapis orientaux aux symboles de la culture occidentale moderne. 3 - Crealev - Silhouette #1 - http://www.crealev.com/ Crealev est un studio de design néerlandais, basé à Eindhoven, et qui est spécialisé dans la réalisation de mobilier en lévitation. Magique ! 4 - Name Design Studio - Colorful Thonet Dining Chair - http://www.namedesignstudio.com/ Derrière Name Design Studio se cachent deux architectes d’intérieur, Jo Supara et Ali Tarakci. Basé en Turquie, ce studio conçoit des objets de mobiliers aux motifs ultracolorés, créant un véritable patchwork de matières. 5 - Glas Italia - Diva Mirror - http://www.glasitalia.com/ Glas Italia, comme son nom l’indique, vient d’Italie. Cette société de design excèle dans le travail du verre, produisant du mobilier épuré et haut de gamme.


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6 - Original Fake - KAWS Companion Candles - http://www.original-fake.com/ Original Fake est né de l’initiative de deux géants de la street culture : Kaws, street artist new-yorkais, et Nigo, créateur de l’emblématique marque japonaise A Bathing Ape. Chaque saison est un clin d’œil aux personnages pop de Kaws. 7 -West Elm - Glass Jar Pendants - http://www.westelm.com/ West Elm est un site de vente en ligne de mobilier et d’objets de décoration, sur lequel on trouve des pièces venues du monde entier, à des prix abordables, et pour tous les styles d’intérieur. À voir absolument avant de courir chez Ikea. 8 - Manuel Raeder - X Chair - http://www.manuelraeder.co.uk/ Manuel Raeder, dont le studio est basé à Berlin, est un mélangeur de techniques. Il travaille aussi bien avec des stylistes, des scientifiques, des conservateurs de musée ou encore des rappeurs, d’où un côté artistique très prononcé. 9 -ThePresent - Annual Clock - http://thepresent.is/ ThePresent a pu mettre en œuvre ce projet grâce à la plateforme d’investissement Kickstarter. Cette horloge met exactement un an pour effectuer une seule rotation, de quoi prendre le temps.

CULTURE GRAPHIQUE 051


DERRIère l'objectif de

ON THE ROAD


“Une fois de plus, nos valises cabossées s’empilaient sur le trottoir, on avait du chemin devant nous. Mais qu’importe : la route, c’est la vie.” Kerouac

CULTURE GRAPHIQUE 053


DERRIère l'objectif de

Long Live The King Site web

C A


ON THE ROAD

CLEMENT BEAUVAIS AND ARTHUR DE KERSAUSON

CULTURE GRAPHIQUE 055


DERRIère l'objectif de

ANNA SHELTON Site web


ON THE ROAD

CULTURE GRAPHIQUE 057


DERRIère l'objectif de

JEFF LUKER Site web


ON THE ROAD

CULTURE GRAPHIQUE 059


DERRIère l'objectif de

CODY COBB Site web


ON THE ROAD

CULTURE GRAPHIQUE 061


CHEZ ABSOLT

“CONDENSED CULTURE COLLECTIVE ABSOLT” Soupe de chiens! Le Sugar Daddy Cool Crew nous a invité à faire partie de son expo “Sugar Daddy Cool and friends”. Seule directive : respecter les initiales de leur nom. Hop, Toaska à la typo, Tosh au dessin, et on vous offre une “Soupe de Chiens” servi froide sur son plateau en bois.

Plus d’infos

ABSOLT IN THE USA : part 1 Attendue par nos 600 et des patates followers, cette vidéo rapporte la première partie de notre voyage sur la côte est américaine. Une petite ballade à travers Buffalo, Boston, Springfield, New York. Au programme: de belles images, du n’importe quoi et une petite idée de ce que ces villes vous réservent. Voir la vidéo


Nos premiers pas dans le design d’intérieur On est loin d’être prétentieux, mais merde qu’on est ambitieux. C’est pourquoi on s’est lancé sans réfléchir dans un domaine qui nous était encore inconnu, l’aménagement d’intérieur. V’là le grand mot! Entrée en matière assez à l’arrache et tout juste dans les temps, mais force est de constater qu’on a géré un max... Et ouais! Ce sont donc les galeries Streetbox “Pop Your Love” et “La touche Française” que nous avons mises en scène (en plus du fait que nous réalisons toutes les créations graphiques) et on est plûtot fièr du résultat. À vous de juger! Teaser “Pop Your Love”

Teaser “La Touche Française”

Culture Graphique 063


LE NOEUD PAP VU PAR


APPELLE-MOI PAPA Facebook | Site Web

Culture Graphique 065


MUSIQUE

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REVIEWS Autre Ne Veut : Anxiety [sortie le 23 février – Software Records]

Baby Guru : Pieces [sortie le 18 mars – Inner ear Records]

Par Eric Rktn

Par Baptiste Pépin

C’est un peu le genre de musique très consensuelle, remplie de mélodies qu’on aurait un peu honte d’écouter, tellement parfois on flirte avec le gnian gnian. Comme avec Mykki Ekko et amorcé par Frank Ocean, Autre Ne Veut est porteur d’un renouveau dans le r’n’b des années 2010, mieux chanté que The Weeknd, mieux produit que Alunageorge, Arthur Ashin vise plus haut et plus loin (comme aux JO) et touche juste.

Quand j’ai eu le cd dans les mains, je me suis dit qu’on ne m’aurait pas cette fois-ci, j’ai bien vu qu’il y avait quelqu’un derrière le buisson. Bon, après j’ai compris que le jeu « Où est Charlie  » n’était pas du tout l’intérêt de ce disque et encore moins de l’artwork de goût très incertain. Alors j’ai enlevé la galette pour l’insérer dans la chaîne hifi-di du salon, écouter ce groupe que l’on appelle Baby Guru tout en fumant quelques clopes avec ma coloc (et là n’est pas non plus l’intérêt de cette chronique). Puis je dois avouer que ma crainte suscitée bêtement par ces yeux cachés derrière des feuilles de laurier a très vite disparue. Elle a laissé place à une curiosité toute nouvelle et une réflexion un peu conne  : les grecs n’ont plus de frics, mais ils ont au moins un excellent groupe chez eux. On a légèrement envie de croire que la formation s’est constituée bien avant la crise tant leur musique nous semble venue d’un autre temps, d’une autre

Avec Autre Ne Veut, on se sent à la fois niais et en même temps coupable d’aimer ses hymnes hyper fédérateurs, ses envolées qui frôlent le toit de verre des aiguës, parfois un peu trop, mais est-ce vraiment un reproche ? Comme son nom l’indique, cet album parle avant tout d’anxieté sociale, des relations amoureuses, où la tension sexuelle n’est jamais très loin de la mélancolie, pas le genre de conte guilleret pour Bisounours où tout le monde il est beau, où tout le monde il est gentil. Tout ça se traduit par un mélange improbable de genres, un peu comme si Usher et Phil Collins avaient eu un enfant dans une capsule spatiale après l’extinction de la Terre parce qu’on l’aurait foutue en l’air (on est vraiment cons). « Anxiety » serait alors le premier acte d’amour d’une humanité post apocalyptique dans ce futur incertain. A y réfléchir, on avait un peu le même sentiment dix ans plus tôt avec un certain R Kelly, qui croyait dur comme fer qu’il pouvait voler, dur comme le fer des barreaux de prison qu’il a faillit voir pour attouchements sur mineurs d’ailleurs...Maintenant, reste à voir si cet Autre Ne Veut pas suivre la même route, ou se démarquer un peu plus de ses contemporains, un peu plus longtemps.

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époque, dont la référence, le gourou serais-je même tenté de dire (…) pourrait bien être Jim Morrison et ses portes. Pourtant, le premier morceau qui marque quand on écoute Pieces, c’est Cyclamen Persicum, le seul qui semble faire partie de notre monde contemporain, et qui pourrait parfaitement coller à cette image apocalyptique montrée et rabâchée sans cesse. Entièrement synthétisé, le son est angoissant et beau, futuriste et mélancolique, sombre et éblouissant, bref, carrément paradoxal et contrastant totalement avec le reste de cet album agréablement surprenant. Car s’il ne fallait

qu’un mot pour définir cet album, le choix ne serait pas forcément des plus complexes. « Psychédélique  » sied parfaitement à ces treize pièces musicales, qui ont tendance à être parfois redondantes sans pour autant nous gâcher ne serait-ce qu’un peu l’écoute. Surtout, ce que Baby Guru fait, bien que largement influencé, il le fait (très) bien et tout en sensiblerie. La montée crescendo qui s’opère sur un titre comme Amaye nous permet également de découvrir la force vocale du chanteur. On ne pourrait être étonné également de retrouver quelques albums de jazz dans leur studio d’enregistrement, eux qui n’hésitent pas à laisser venir quelques saxophones imprégner leur musique. Musique qui absorbe, qui hypnose même par moments comme sur Bog qui clôt parfaitement Pieces. Même s’il se veut entièrement rock psyché, notamment par la présence puissante de l’orgue et de la basse, le groupe

nous laisse quelques pistes concernant sa capacité à ne pas s’enfermer exclusivement dans un seul style, une seule ambiance. Dès lors, on peut allègement songer à un avenir brillant pour la Grèce. Celle d’Apollon.

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Father Sculptor : Faith and Violence [15 avril 2013 - IX Hispana Records]

Par Baptiste Péin Father Sculptor est né en 2012. Ouais, il y a à peine plus d’un an et pourtant, à écouter ce Faith and Violence, on pourrait jurer que ces gars sont là à leur énième album, tout droit sorti d’un bon vieux Factory Records, qui serait toujours ce beau label dénicheur de talents. Mais non, ces jeunes viennent tout juste de s’accoupler musicalement, et en plus, ils ne viennent pas de Manchester. Leur musique elle, semble venir tout droit de la vieille cité industrielle du nord du pays des petit pois dégueulasses et du yorkshire pudding sans saveur. La filiation est évidente sur ce premier(!) EP, dès l’écoute de l’excellent premier morceau sorti il y a quelques semaines, Lowlands. Une bonne vieille guitare indie-pop, de la basse savamment et méticuleusement distillée, pour des morceaux puissants et joyeusement mélancoliques. Même le plus grand amateur de folk pur et dur aimera ce sentiment qui se dégage à l’écoute de cette dark-pop aux confluents du post-punk. La comparaison est facile, et elle est d’ailleurs reprise par n’importe quel amateur de Father Sculptor. Mais le père de cette musique ne peut être que Morrissey lui-même, tant la

ressemblance est accablante, un objet musical non-identifié, un The Smiths des années 2010. Pourtant il y en a eu des soi-disant descendants des groupes mancuniens de la période prolifique des années 1980, on pense notamment au feu Wu Lyf. Mais jamais un groupe n’avait su, depuis cette époque dorée, faire passer la même émotion, retranscrire

une atmosphère aussi puissante, avec autant de talent que ces Ecossais venus tout droit de Glasgow. L’EP s’ouvre sur Basilica et nous plante immédiatement le décor. La voix puissante d’un écorché vif, une atmosphère aux reflets sombres, mais tout de même apaisée grâce à cette guitare électrique omniprésente et sensible. Sault, le second titre de Faith and Violence se veut moins religieux malgré la présence de ce qui ressemble à un orgue, et semble montrer une facette toujours sombre mais plus pop du groupe. Ce n’est qu’une parenthèse (dés-)enchantée car le superbe The Swim nous replonge immédiatement dans ce qui fait la force de l’EP : la fabuleuse mélancolie. Il démontre également la beauté lourde de la batterie, forte, puissante avec ses kicks omniprésents mais loin d’être envahissants. Ca se termine avec Swallowed in Dreams, véritable déclaration d’amour à la tradition des Smiths d’un EP largement prometteur et qui pose définitivement Glasgow sur la carte géographique de la (bonne) musique.

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Justin Timberlake : the 20/20 experience [sortie le 19 mars – RCA Records]

Par Eric Rktn On vit une époque bizarre: M Pokora se déguise en robin des bois, Alizée sort un album sur Kitsuné, les vinyls sont toujours à la mode, et les filles au côté du crâne rasé aussi. A partir de là, on peut établir sans grande surprise que la hype n’existe plus, et le mainstream non plus. 10 ans après, on ne réécoute plus du Britney Spears « pour rigoler », mais on finit par se dire que sa musique est tout de même aussi bien foutue qu’elle. Deviendraiton vieux? Serait-on nostalgiques  ? Se dira-ton dans 10 ans «  David Guetta, en fait c’est trop chanmé » ? Est-ce que « chanmé » se dira encore ? En ayant tout ça à l’esprit, et même si ça fait flipper, on peut aborder sans à prioris le nouvel album de Justin Timberlake. Le mélange des genres, voilà ce qui peut encore nous étonner aujourd’hui, et the 20/20 experience en est une bonne preuve : un chant r’n’b, une pincée de Sinatra, un zeste de gospel. Et la magie opère. Au moins sur la moitié de l’album. Parce que si à certains moments vous serez emportés par une cascade de violons et pléthore d’instruments à cordes, à d’autres vous vous ennuierez autant qu’à une fête où vous ne connaissez personne. Et où il n’y aurait que du panaché. Et pas de chips. Et où les filles seraient moches. Et pas drôles. La vraie question est  : qu’est-il arrivé à Timbaland pour qu’il nous serve une production électronique facile, et pas aussi ambitieuse que « my love » ou « cry me a river » ? Peut être que lui aussi a vieilli. Ou peut être que Justin ferait mieux de passer moins de temps à s’occuper de Myspace dans la vraie vie et de Napster dans les films. Ou peut être bien les deux. C’est un album en demi teinte donc, qu’on espère rattrapé par son nouvel opus déjà prévu pour novembre. A défaut de qualité, on aura au moins la quantité.

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MUSIQUE 069


REVIEWS Lady : Lady LP [sortie le 4 mars – Truth & Soul]

MACKLEMORE & RYAN LEWIS – THE HEIST [Sortie le 09 Octobre 2012/ Macklemore]

bien de problèmes de sociétés que de ce qu’il a pu vivre. C’est ainsi que nous pouvons avoir le privilège d’écouter des titres tels « Same Love », « Wings » ou « Can’t Hold Us ». Ce dernier titre directement adressé aux labels, explique qu’ils ne pourront pas prendre la créativité du groupe pour en faire quelque chose de commercial. Le ton est donc donné, la musique passe avant l’argent. Du coup comme ils l’expliquent eux même dans leur dernier carton intitulé «  Thrift Shop » : this is fucking awesome ! Beaucoup de personnes vont vous assurer que le Rap et le Hip Hop sont morts, que c’était mieux avant. Et bien voici la preuve du contraire.

Par Eric Rktn Au début, on se dit que la soul c’est avant tout un truc de puristes, de gens qui ont usé encore et encore leurs oreilles sur les albums du Motown, dansé des rocks sur « mr postman » et à qui il ne faut surtout pas faire de blague en disant que Stevie Wonder est décédé. Alors quand on reçoit l’album de « Lady », on hésite un peu à en parler pour ne pas froisser les aficionados du genre. ...Et puis finalement non, parce que l’album éponyme de Lady est peut être une des meilleurs sorties soul qui ait été faites depuis bien longtemps. Et bien malheureux celui qui penserait que ce duo composé de Nicole Wray et Terri Walker sort d’un plan marketing à la Nouvelle Star. Tandis que la première collaborait avec, au hasard, Missy Elliott, Cam’Ron ou MC Solaar, la deuxième cartonnait en Angleterre avec 3 albums r’n’b multi-récompensés. Mettez ces deux là ensemble, foutez leur dans les pattes Leon Michels et Jeff Silverman, producteurs pour Raekwon, Adèle, Ghostface Killah, et vous n’aurez aucun mal à imaginer la tnt auditive que vous tenez entre les mains. Et tous ces noms ne manquent pas à leurs promesses, voilà un concentré hybride de soul et de r’n’b à la sauce 2013, qui ne tombe pas dans le piège de l’hommage facile, de la parodie nostalgique. Cet album est définitivement moderne, même si vos parents seront aussi contents que vous à l’écoute. Plus fun qu’Amy Winehouse, aussi funky que The Temptations, pas besoin d’avoir saigné les 33 tours oubliés dans vos greniers pour apprécier ces Lady-là.

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Par Floris Du temps. Voici l’ingrédient principal du succès de The Heist de Macklemore & Ryan Lewis. Au lieu de se précipiter et de nous donner un bon album, les deux compères ont préféré nous offrir cette merveille musicale. Et je vous assure que le terme « merveille  » est ici très faible (en témoigne mon neveu londonien de 2 ans et demi dansant à coter de moi lors de la rédaction de cette review). Alors, vous en avez marre de la routine métro boulot dodo, ou de celle plus jeune d’école picole ras-le-bol ? Voici votre doliprane quotidien (et non votre pain).

Ryan Lewis, producteur hors pair vous y met de tout, aussi bien des musiques vous faisant remuer l’arrière train tel Beyonce lors du Super Bowl, que des titres plus chill, et de la mélodie quoiqu’il arrive. Le tout est là pour satisfaire tout le monde de mon neveu de 2 ans et demi à nos grands parents (qui bougeront certes moins leur popotin). Et c’est généralement à ce moment là que vous vous dîtes « mais que peut il dire de plus après toutes ces éloges ? ». Ca tombe bien ! Car ceci n’était que l’entrée, que dis-je, l’amuse bouche de la particularité de The Heist. Les paroles se font de plus en plus rares dans le monde du rap de nos jours, mais voici que Macklemore arrive et change de nouveau la donne en parlant de choses concrètes, aussi

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Phoenix : Bankrupt ! [sortie le 22 avril – Glassnote]

The Popopopops : Swell [sortie le 25 mars – ZRP]

Tyler The Creator : Wolf [sortie le 2 avril – Odd Future records]

Par Paul De Pone

Par Eric Rktn

Par Eric Rktn

Suite à un leak de cette review sur l’album de Phoenix, nous ne serons malheureusement pas en mesure de la publier ici (oui, pour nous aussi, c’est la banqueroute). Nous informons cependant notre aimable lectorat de l’excellente qualité de l’album desdit versaillais, au delà même de nos attentes. En espérant pouvoir vous croiser sur leurs concerts cet été, nous vous prions d’agréer, mesdames messieurs, nos bises les plus affectives, nos mots les plus doux, nos sentiments les plus distingués, et notre amour le plus inconditionnel à votre égard .

On aurait facilement pu commencer par vanner the Popopopops en disant “voilà un groupe fort en chocolat”. Même si l’on soupçonne leur patronyme emprunté au duo rap poliment nommé “copule avec ta génitrice”, c’est bien loin de la street que nos joyeux trublions ont construit leur musique. Rennes la douce et sa scène de jeunes ménestrels a encore mis bas un quartet talentueux, qui luimême a mis bas un album riche en sucreries synthétiques dont on se gaverait bien à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Autant le dire tout de suite, cet album sera un substitut idéal à votre gros pilon fumé le dimanche soir au fond de votre canapé. Car « Wolf » est aussi chargé qu’un enfant soldat qui part pour sa première guérilla, sauf que ses balles sont des tracks qui vous transperceront doucement, tout doucement. Au fur et à mesure de l’écoute, on se laisse bercer par le flow de Tyler, qui s’introduit par vos conduits auditifs, s’insinue jusqu’à votre cortex. Ca y est, on a chloroformé vos sens, on les a kidnappé à votre corps et mis dans un sac plastique qu’on a jeté sur le bord d’une autoroute, ne vous laissant que votre ouïe, orpheline.

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Leur jeune âge aurait également pu nous faire penser à un retour du phénomène baby rockeurs, de ceux qui alignent 3 accords plus ou moins bien, et profitent d’un buzz pour sauter dans le wagon et se faire encenser par une presse en manque de nouveautés. Tout cela aurait pu nous tromper, nous faire partir sur de mauvaises bases avec Victor, Simon, Vincent et Guillaume. Mais non, il s’agit bien ici de pop clavierisée, de pop maîtrisée, de celle que les années ont endurcit, de concours aux tremplins, des premières parties de Pony Pony Run Run aux grandes scènes, cette foisci seuls. Parce qu’il aura fallu 6 ans pour construire ce « Swell » qui dépoussière l’énergie pop des seventies et la mélancolie des eighties, là où les riffs incisifs et les staccattos profonds se cognent aux nappes de synthés, se croisent, parfois s’accordent, le tout sur 10 pistes. Ni trop long, ni trop court. Pour faire simple, on pourrait décréter que les Popopopops sont juste dans l’air du temps, mais ça serait juger un peu trop hâtivement un groupe qui a le potentiel et les armes pour flinguer nos oreilles de bonnes ondes encore quelques années, et ça on en est sûrs.

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De quoi on parlait déjà ? Ah oui, les percussions qui martèlent chacun des morceaux, parfois pour le saboter, parfois pour nous agacer. Et de temps en temps, dans la fumée épaisse, on perçoit un clavier cheap, des clochettes. Des clochettes  ? Qu’est ce qu’elles foutent là  ? Maintenant Tyler chante sur des rythmes jazzy, pourquoi pas. Et on déboule tout de suite en Afrique, des djembés, du rap dur, une fille qui crie dans le fond. C’est cosy à nouveau, mon canapé me mange, il est vivant, il a faim, et moi je le regarde. Comme si un pote vous avait passé ce que vous aviez pris au départ pour une clope, vous ne vous y attendiez pas. C’est surprenant, mais vite addictif cette connerie, au point que vous vous surprendrez peut être à dire « c’est la meilleure weed que j’ai jamais écoutée », vous serez dans la tête de Tyler, vous aurez 12 ans à nouveau, vous serez très content, ou alors très irrité. Et quoi d’autre  ? J’ai oublié, ça va me revenir.

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MUSIQUE 071


REVIEWS WIZ KHALIFA : O.N.I.F.C. [sortie le 4 décembre 2012 – Atlantic records]

Par Floris Comme on le dit souvent, on juge un livre par sa couverture. Et bien que l’habit ne fasse pas le moine, ce proverbe s’applique aussi à un album. Dès les premières chansons, on sait si celui-ci va nous accompagner dans nos nuits de solitude ou au contraire tracer sa route seul tel un loup des bois solitaire. En mettant de côté l’intro, le ton est justement donné avec les 3 premières tracks. “Stackin”, “Paperbond” et “Mary 3x” nous emportent tout simplement au pays de Wiz. Vous savez celui de l’altitude, des petits papiers… Ces choses là quoi. Mais laissons de côté les herbes de provence un temps. L’album est tout simplement excellent. Et j’avoue être personnellement surpris. Wiz est bon, ne vous méprenez pas, je le pense moi aussi, mais ses albums n’ont jamais été excellents, un artiste à hits, pas à album, voilà ce qu’il est. Pour les personnes les plus simples ne comprenant pas, si l’on devait comparer Wiz à une femme il serait un coup d’un soir, un plan cul dira t-on, un requin pour les demoiselles, mais pas une femme / un homme à marier. Mais la donne a changé. Et O.N.I.F.C. est une excellente surprise. Un seul et même univers du début à la fin. Un voyage en première classe, coupe de champagne et blunt à la bou… aïe ce ne sont pas des choses à dire parait il. Pour couronner le tout, des featurings plus qu’intéressants viennent se glisser dans cette petite pochette (ou iTunes) tel que Pharrell, Cam’ron, The Weeknd, Juicy J, 2 Chainz et d’autres comme Akon, qui bizarrement ne nous abîme pas les oreilles cette fois, comme quoi Wiz est un réel magicien. Alors n’attendez plus une seule seconde! Courrez dans le supermarché le plus proche, prenez vous une petit paquet d’herbe de provence, et consommez-le en écoutant cette douce merveille. Résultat garanti.

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Aufgang : Istilaliya [sortie le 15 avril - Infiné]

Siriusmo : Enthusiast [sortie le 14 juin – Monkeytown Records]

Par Baptiste Pépin

Par Eric Rktn

Rami, Aymeric et Francesco se connaissent depuis pas mal d’années maintenant, plus précisément depuis le début des années 2000 lorsqu’ils décident de mettre en commun leurs talents. Et pour dire la vérité, même si le nom d’Aufgang ne m’était pas inconnu, la démonstration qu’ils font sur cet album au nom imprononçable m’était un peu plus étrangère. Mais provenant de l’excellent label InFiné, le cd ne pouvait rester telle la réplique d’un budha offert par des amis que l’on ne veut pas froisser, recouvert de poussières dans la vitrine du salon. A peine reçu, l’objet fait connaissance avec la chaîne hi-fi du salon (juste à côté de la vitrine). Dès le premier morceau je me rends compte qu’Istilaliya ne restera pas entassé sur la pile comme les autres.

Difficile de ne pas croire aux extra terrestres quand on tombe sur le travail de Moritz Friedrich. Appelez-le génie, il s’en foutra comme de son premier track, ou même de tous ses tracks en général d’ailleurs : le mec est tellement perfectionniste qu’il n’aime qu’un seul morceau par album. Ajoutez à ça une agoraphobie maladive le poussant à faire le moins de live possibles, et vous aurez un portrait rapide du producteur le plus doué de sa génération, facile.

Le premier morceau Kyrie, malgré un nom de fromage, nous met tout de suite dans l’ambiance. Un piano s’excite nerveusement, accompagné d’une batterie tout aussi énergique et d’une guitare légèrement plus en retrait mais tout aussi démonstrative. Je me demande encore ce que mes oreilles viennent d’écouter. C’est quoi cette musique ? Faut absolument que je le foute dans une case, parce que c’est plus facile pour que le client…euh l’amateur de musique s’y retrouve. Mais impossible de classer cet objet, si ce n’est qu’on pourrait dire que la musique classique rencontre la musique contemporaine en faisant un léger détour par l’électro. Tout l’album se déroule alors sur ce rythme frénétique et beau, porté par le talent d’un pianiste virtuose qui fait une véritable démonstration, sans pour autant se la raconter. Il fait vivre son piano et la Musique ne peut que suivre, pour devenir une véritable expérience dont on ne peut rester de marbre. De nombreuses métaphores pourraient aisément garnir ce petit papier, chaque titre du cd apportant son lot d’émotions. Pourtant, il faut parfois savoir la fermer et écouter, tout simplement…

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On est dans une pièce remplie de claviers s’empilant les uns sur les autres, des vieux, des neufs, des collectors, des jouets pour enfants. Dans le bordel ambiant, des instruments qui traînent ça et là, une basse aux cordes usées, un synthé transformé en fusil pour rigoler, des gants de Mickey. Et au milieu Siriusmo, enregistrant des brides de mélodies, une note de Moog, déroulant les images qu’il a dans sa tête : un dessin animé qu’on ne verra jamais, mais qu’on peut facilement se figurer si on écoute un peu. On vagabonde entre lyrics rap, lignes rebondissantes, un coup de Korg par-ci, un lead de funk par-là, c’est foutraque, c’est jouissif, et tout semble aller de soit, enfin presque. Parce qu’on aime toujours autant se perdre dans des atmosphères expérimentales, de celles qui font froncer les sourcils et penser « mais on est où ? ». Si cet album était une ville, Moritz en serait son maire, son gourou, son dictateur absolu. Et comme toute ville, elle a ses coins peinards où l’on peut se reposer, des endroits louches qu’on ne conseille qu’aux plus curieux d’entre vous, des spots pour voir chanter des baleines digitales, ou encore des rues étroites propices à des battles de breakdance entre robots. De quoi donner envie de faire ses valises et de réserver le premier ticket direction l’imaginaire de Siriusmo en fait, avec enthousiasme.

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DANS LE CADRE DU FESTIVAL DE L’AMITIÉ ET DE LA CITOYENNETÉ, LA CAVE AUX POÈTES, LA VILLE DE ROUBAIX ET WESH! BIEN OU BIEN ?! PRÉSENTENT

NUAGES#1 XXYYXX livE (chillstep / Us)

MiSTER TWEEKS dj SET (trap mUsic / pelican fly / B)

WESH ! SOUNd SYSTEM

(BonheUr mUsic / f)

JeUdi 23 mai 2013 À la caVe aUX poÈtes (roUBaiX) À partir de 19h 12/10/8 eUros (LOCATION DANS LES POINTS DE VENTE HABITUELS)

MUSIQUE 073


LA CLAQUE

DESIRRE

A part le café, ce n Y-Kee ne débarque que l’un était beatm l’autre commençai DJ Kost & Goldfin dans les grands clu leur rencontre pou s’est jamais vraime

par Eric Rktn

Y-Kee : On avait un peu ce rejet du rap, on se retrouvait moins dans la philosophie, dans cet esprit rap game et même dans les messages. Didaï : Je ne suis pas vraiment enfermé dans le rap, j’aime bien explorer plusieurs styles, dont la musique électronique, avec qui j’ai plus d’affinités. Je savais que Thibault était dj, et je n’avais pas l’approche de son travail. Je l’ai contacté, on a commencé à en parler, à faire des sons tous les deux en 2012, dans un appartement à Boulogne Billancourt. On s’est rendu compte qu’on travaillait super vite, et en l’espace d’un mois on avait une bonne dizaine de démos, c’est de là qu’est né Desirre. Y-Kee  : A la base, Didai vient vraiment du beatmaking, et moi du deejaying. A la radio, je faisais des edits, des bootlegs, mais je n’avais pas une maîtrise totale. Et c’est ça aussi qui a créé Desirre, on avait envie d’apprendre, et de se transmettre nos connaissances. On a énormément de discussions tous les jours sur les spécialités de l’autre. Je peux l’appeler trois fois par jour pour savoir comment faire un crossfade sur Logic ou pour avoir la recette d’une bonne mayonnaise maison à l’huile d’olive (rires). Je crois que la force qu’on a, c’est qu’on ne prête pas attention a cet espèce de carcan de musique dans laquelle on te met, même pour des morceaux qui sont considérés comme « commerciaux ». S’il y a un morceau de trap qu’on aime bien, on va le jouer. Après, faire de la musique dans tous les registres, ce n’est pas non plus notre truc, on a quand même une couleur musicale cohérente.

« Une voix qui sent le Harpic » Leur couleur musicale justement, est directement liée à leur nom qui n’a pas été choisi au hasard

Didaï : Desirre évoque une musique sensuelle, sexy, qui se danse à deux qui s’associe à quelque chose de sexuel. On s’imprègne beaucoup des sons des années 80 comme Saint Preux, Giorgio Moroder, Vladimir Cosma , mais aussi de la house des années 90 comme Cajmere etc. On veut faire de la musique qui se danse mais qui peut s’écouter aussi, chez soi, du coup, on se prend la tête sur les mélodies pour que ça te rentre dans le cerveau, sans que ça soit non plus intellectuel. Y-Kee  : On a trouvé le nom le premier ou le deuxième jour de travail ensemble. Ce qui est bien, c’est qu’il est français mais on peut le comprendre à l’international. Les deux « R » , c’est pour donner un côté un peu dur, en contraste avec le nom. D’ailleurs quand on l’a trouvé, on disait que c’était « Desirre, la gestapo de la chatte  »  . On est allé super loin, genre dictateurs de la sensualité. Pour la voix qu’on souhaiterait utiliser, on est tombé tout de suite d’accord avec Didai. On voudrait quelque chose de super frais, très pop, très clair, très juvénile...Qui sent les fleurs en fait, le Harpic (rires).

« PAS UN ONE SHOT » C’est retranchés dans un appartement de la région parisienne, dont ils ne savaient même pas à qui il appartenait, que Thibault et Didaï se sont mis à produire dans une configuration minimaliste avec un synthé à 8 touches, deux enceintes et deux chats dont ils soupçonnent avoir pris le modjo (pour la petite histoire, ils seront rachetés plus tard par Cashmere Cat). Même s’ils avancent bien ensemble, ce n’est pas pour autant qu’il souhaitent se griller les ailes en produisant des EPs à la chaîne.


nom ne vous évoque pas (encore) grand chose. Et pourtant, ce duo composé de Didaï et e pas de nulle part. Chacun de son côté, et depuis quelques années, creuse son nid. Tandis maker hip-hop avec Rimcash son pote d’enfance ou encore Djunz en rajoutant Greg Frite, it à toucher les platines attiré par les intros mixées dans les compilations Double Face de nger, l’un enchaînait les scènes, l’autre les émissions de radio nationales et les résidences ubs du nord et de Belgique. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais c’était sans compter sur ur une interview, qui devait au départ durer 15 min, qui s’est prolongé et finalement ne ent terminé.

Didai : On travaille sur notre EP, qu’on ne trouve pas encore assez abouti pour le sortir maintenant, on doit encore trouver notre propre son, avoir quelque chose dont on est satisfait. On ne se donne pas de deadline, mais comme on travaille super vite on ne se met pas de pression. Y-Kee : Globalement, on est pas dans la course à l’auditeur, au nombre de vues etc, on fait quelques dates, pour nous, pour avoir une base. Ca fait plus d’un an qu’on travaille dessus, ce n’est pas un one shot en ce qui me concerne, c’est le projet le plus personnel que j’ai fait. On veut avoir quelque chose d’abouti, que ce soit sur la musique, ou même les labels avec qui on a des touches.

« Le moment où on est le plus efficace, c’est quand on travaille ensemble en studio

»

Les touches, ils n’en manquent pas, et c’est naturellement que Péo Watson se décide à devenir leur manager Y-Kee : C’est venu d’une simple discussion, on avait envie de faire un projet sérieux et carré, on lui a présenté quelques démos. C’est une personne qui a toujours envie de faire de nouvelles choses, et il s’est retrouvé dans notre musique, il nous a pris un peu sous son aile. Ce qui est bien, c’est qu’il s’implique énormément dans notre musique, il nous donne énormément de conseils sur la couleur musicale, nous aiguille sur les choix à faire sur la distribution de notre musique, il fait un vrai travail de manager en fait. Il a pris des contacts de son coté, nous également du nôtre. Par exemple, Didai travaille de façon assez régulière avec DJ Pone, se retrouve souvent en studio avec Para One, Canblaster etc, on parle au maximum de notre musique avec les gens du milieu.

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Côté musique, l’association de leurs compétences de dj et de producteur semble porter ses fruits, à l’image de leur premiers remixes et dj set, coincés entre efficacité club et mélodies qui ne singent pas le passé, mais le modernisent. Y-Kee : Ca peut venir d’une idée sonore, d’une discussion, on a chacun notre domaine dans lequel on est plus à l’aise. On tire chacun le groupe vers le haut, quand il s’agit de faire une mixtape, quand il s’agit de produire. Je sais construire un morceau, mais lui a le don de le faire sonner. On écoute énormément de choses pour se donner une couleur, ça peut même être une technique de production qu’on va entendre sur un morceau. On échange tellement que je crois que je passe plus de temps au téléphone avec Didai qu’avec ma femme (rires). Le moment où on est le plus efficace, c’est quand on travaille ensemble en studio, ce qui arrive quand même assez régulièrement. C’est donc assez impatients qu’on attend leur premiers efforts aboutis, et ce n’est pas les projets qui leur manquent, autant ensemble que séparément. Didaï  : On a quelques dates qui vont arriver, au Social Club fin avril, à Dunkerque aussi. Il y a des projets de date et un tour qui va se faire avec le Magazine Club. Y-kee  : Pink Tee va poser sur une de nos prods. On est en train de bosser avec sur une chanteuse belge sur le morceau qu’on avait fait pour le Grand Master Mag avec Greg Frite, pour en faire un quelques chose beaucoup plus pop. Pour être totalement transparents, on va restructurer tous nos morceaux, les finir, et voir ce qu’on va faire auprès du label avec lequel on se rapproche ; un ep, des remixes...On en a quelques-uns qui ne sont jamais sortis d’ailleurs, comme pour Stuck In the Sound, The Two, un autre pour Rimcash aussi.

« Soyez simples, faites ce que vous aimez » Y-kee : A part ça, on a fait un projet de reprises, une cover de NERD, Desireless...C’est un projet qu’on avait commencé et qui est en stand by pour le moment. Sinon, en tant que projet personnel, j’aimerai perdre 5 kg, Didai aussi, je pense qu’on va trouver un studio dans une cure d’amaigrissement. Heureusement photoshop aujourd’hui nous permet d’avoir une cover d’album et être sensuels comme jamais.

Didai : Chaque projet est important, mais mon vrai projet est un EP de 6 titres terminé, je l’ai fait écouter à des gens du milieu, Dave, Florent Pagni (rires), non, j’ai eu des retours super positifs de personnes que j’apprécie, quelques labels, et tout le monde est assez d’accord, donc ça me fait extrêmement plaisir, parce que c’était très spontané, d’un morceau, j’en ai fait un 2e et 3e et un 6 titres, dans le délire de ce que fait Cashmere Cat, Flume. Y-kee  : Son projet est arrivé super vite. On avait pas la même identité que maintenant, je crois que Desirre nous a un peu poussé à aller plus loin et à nous ouvrir un peu plus dans nos horizons musicaux, ça nous donne envie de faire de nouveaux trucs. Didai  : C’est aussi parce que depuis que je travaille sur mac maintenant et sur un nouveau logiciel. Maintenant je suis sur Logic, j’ai trouvé de nouvelles manières de créer. D’ailleurs tu peux déjà en écouter un peu avec mon remix de Rone et un autre morceau qui s’appelle « fuck y’all i’m in space », tous mes prochains sons sont un peu dans cette veine là. Y-Kee clôturera cette entrevue par un message Y-kee : J’ai envie de dire aux gens d’arrêter d’être des éponges, d’arrêter de vouloir absorber tout ce qu’on vous donne. On va vers une massification où tout le monde va devoir écouter la même chose, porter les mêmes habits. Ce qu’on appelait hier une culture underground, aujourd’hui l’est de moins en moins, ça devient une case comme les beaufs, les gothiques et je trouve ça dommage. Il n’y a plus le côté alternatif, et ça me tiendrait à cœur que ça redevienne un peu subjectif et qu’on aime les choses simplement pour ce qu’elles sont. Ca peut paraître réactionnaire, mais c’est totalement optimiste, aujourd’hui il y a des tonnes d’artistes vraiment chouettes, qui font de la super musique, des dessins géniaux, mais j’ai l’impression qu’au plus il y a de sources d’influences, au plus les gens font la même chose, et c’est ça que je trouve dommage. Il y a beaucoup de producteurs talentueux, mais qui singent les autres et ce n’est pas notre démarche. Voilà, soyez simples, faites ce que vous aimez. Didai : Sinon, suivez nous sur Facebook pour être au courant de toutes nos news, sinon mon lien adopte un mec c’est « Didaï Gwo Desiwe », j’ai mis la photo de Thibault pour chopper plus.

Retrouvez Desirre : Facebook : http://www.facebook.com/desirremusic Soundcloud : http://soundcloud.com/desirre-1


Annonceurs, contactez lenoeudpapcontact@gmail.com, pour consulter notre kit mĂŠdia

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9 jours avec

VELOCITY BIRD par Eric Rktn

Fin mars, nos joyeux lurons de Velocity Bird partaient 9 jours pour rocker les pistes d’Avoriaz, tâter de la po forme liquide dans des établissements de nuit. Pour tous ceux qui n’y étaient pas, pour tous ceux qui n’ont pa de hashtags dans tous les sens. Récit par Romain, bassiste-gourou du groupe. 1- Samedi 16 mars, 20h03. L’a s c e n s i o n en van jusqu’à la station de ski ci-après dénommée “Avo”. Arrêt pisse.

2- Lundi 18 mars, 23h33. En altitude, l’alcool monte plus rapidement à la tête. Nous avons donc décidé avec nos copains les KITCHIES d’aller s’achever, s’abandonner au “Shooters”, sorte de club Porn-Glam à tendance “Douchebag” après 00h30, une sorte de Tchouka pour hollandais/Ken. Certains ont survécu, d’autres non.

3- Lundi 18 mars, 01h35. Illustration parfaite. “Ces soiréeslà, avant même qu’elles n’aient commencé, on est déjà dans l’ambiance. À peine entré sur la piste on lâche nos derniers pas, avec bien plus de style que Travolta.” (Yannick - Ces soirées-là, # 1 des hit-parades français et belges en l’an 2000)

4- Lundi 18 mars, 13h54. Quelque part plus bas, notre lieu de résidence.


oudreuse bien fraîche, planter le bâton, goûter les délicats mets de la gastronomie savoyarde, les restituer sous as pu y aller, voilà un résumé non-chronologique de leur voyage, à leur image: à base d’ananas, de Yannick et

6- Vendredi 22 mars, 20h30. L’ananas nous a suivi avec des copains. On a décidé de l’adopter.

8- Samedi 23 mars, 21h56. On cherchait un grec ou un McDo à Avo. On a rien trouvé d’autre. #RacletteParty

7- Vendredi 22 mars, 13h32. Jun et Michaël Jones sont devenus les meilleurs amis du monde (et ça se voit !). Pour ceux qui ne le savent pas encore, on vous présente Jun, il utilise ses doigts de fée dans Velocity Bird pour enclencher des sons en appuyant sur des touches blanches, noires, vertes, bleues, rouges,...

9- Samedi 16 mars, 20h34. Bien arrivés à Avo. Voici l’homme le plus classe du monde sur son cheval.

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10- Mardi 19 mars, 14h58. Pause de son. Isolation totale dans la nature. On a fumé une clope puis on s’est arraché. Le silence, ça nous déprimait.

11- Jeudi 21 mars, 17h34. On déneige le van pour partir le lendemain sur les pistes de Chatel. Cette résidence a été l’occasion pour Romain de se muscler. #Yéti

12- Mercredi 20 mars (ou jeudi 21, je ne sais plus), aux alentours de 18H45. On est quand même venu pour ça, donc on se sentait obligé de poster une photo de la résidence sur cette scène étoilée qui faisait scintiller nos coeurs et nos esprits. #PalaisDesFestivalAvoriaz

13- Vendredi 22 mars, 10h22. On descend du télésiège et - quelle ne fût pas notre surprise - on était quand même bien contents !


14- Venderdi 22 mars, 11h45. Ca balance pas mal. On pouvait même voir les gens tomber à ski de là où nous étions. #GrosConcertSurLesPistes

15- Samedi 23 mars, 18H45. Notre ananas adopté offre les CDs pendant le concert. C’est un vrai. Braaaaaaah.

16- Mardi 19 mars, 17h30. Le soir, après une journée de travail, nous allions nous détendre dans cet énorme bassin d’eau, agrémenté d’un mur d’escalade avec des lianes pour faire les doux dingues : toboggans, jacuzzis,... 

Réécoutez le premier EP des Velocity Bird « Panorama » Soundcloud : https://soundcloud.com/velocitybird Facebook : https://www.facebook.com/velocitybirdbook

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CA CREUSE

THE MRNG par Max Ltnr

I

l y a des musiques, comme ça, qui vous donnent envie de prendre le soleil en terrasse une fin d’après-midi de printemps, de danser au ralenti en rêvassant de votre nouveau crush croisé furtivement en club samedi dernier. On a décidé de vous parler d’un duo plutôt discret mais qui ne mérite pas pour autant qu’on oublie d’y tendre le lobe, The MRNG. Et quand on les écoute, on a définitivement envie de faire l’amour les fesses à l’air. On les retrouve rapidement tracklisté sur le Sound Pellegrino Podcast n°70 et blogué par Konbini ou encore WAD grâce au titre « Power, Corruption & Lies  » au printemps 2012. Julien (ex- Art Nouveau) et Aymeric prennent leur temps et ont depuis sorti au compte-goutte deux remixes, le premier de Danny Brown - Grown Up

DO YOU K WHEN TH

il y a 6 mois et le second de Sound Cathedral – Summertime fin 2012, comme ils le disent eux même « il n’est pas question de précipitation, mais de qualité ». En fouinant un peu sur leur Facebook, on tombe dans leur description sur une question qui suffit à elle seule à résumer ce à quoi on pense en écoutant The Mrng  : « Do you know what happens when the night falls ?  » Non, on ne sait pas, mais on veut bien imaginer… Installez votre cul bien au fond de votre chaise, prenez votre plus belle voix de narrateur, voilà ce qui pourrait bien arriver. La BO de cette histoire vous est offerte par The Mrng. La nuit tombe, les derniers rayons de soleils te caressent encore le dos tandis qu’une légère brise


KNOW WHAT HAPPENS HE NIGHT FALLS ? te fouette mollement les mollets. C’est le début du printemps et on est samedi. Comme d’habitude avec tes potes c’est le même rituel, réglé comme un métronome, tu vas boire quelques bières dans ton bar préféré, comme d’habitude tu es en retard, comme d’habitude personne ne t’as attendu pour commencer, comme d’habitude tu t’en fous. Mais cette fois c’est différent, elle était là. Qui ? T’en sais rien, mais dieu qu’elle était mignonne, accoudée seule au bar dans sa petite jupe pastel, le mojito à la bouche, rouge, charnue. Toi, petit voyeur d’un jour dégoulinant de tes premières gouttes de sueurs saisonnières dans ta veste en cuir trop lourde, tu la mattes. Tellement d’ailleurs que ça finit par se voir, tu détournes les yeux, trop tard, elle t’a vu, merde. Il est temps de foutre le camp. En sortant tu t’aperçois que la nuit est là, ça y est, les monstres sont de sorties, costumes mal cintrés et pétasses en talons (beaucoup) trop haut déambulent désormais sur les trottoirs. Qu’importe, de toute façon tout commence déjà à être flou.

potes semblent être moins relous que d’habitude. Un truc se passe c’est sûr. Du Hip-Hop sensuel aux basses bien grasses et aux vocales bandantes, voilà ça doit être ça. Léger coup d’oeil derrière les platines pour t’apercevoir que tu ne connais pas les DJs, ze morning à ce qu’on te dit, peutêtre. Sur leur chemin du retour tes yeux tombent sur une petite blonde à la jupe pas… attend une seconde, c’est elle, qu’est-ce qu’elle fout là, merde. Sans perdre une seconde, dopé par l’alcool et une libido étonnamment entreprenante, tu vas la voir même si on fond t’as aucune idée de ce que tu fais

Il est 3h quand tu reprends tes esprits, le prix de la vodka-redbull ayant freiné tes ardeurs ou tes hardeurs, tu ne sais plus, un peu des deux. Bizarrement tout le monde semble être de bonne humeur, c’est vrai que la soirée est pas mal, la musique est bonne, les filles sont jolies, même tes

(Salope, tu pouvais pas demander un coca.)

« Excuse-moi, je sais pas si tu te souviens de moi, on s’est croisé l’autre fois  - Ah oui peut être, la veste en cuir, t’es un ami de Nico non ? (Non.) - Oui oui, Nico c’est ça. Dis-moi, tu veux boire un truc ? - Champagne ? - Pas de problème ! » Elle boit, et tu bois avec elle, tu te rends compte quand même qu’elle est plutôt sympa, drôle, et que même si elle fume ses cigarettes du bout des lèvres, elle te plaît. Tu finiras par la perdre dans le tourbillon de la nuit, cette nuit qui t’aguiche et te gifle quand tu baisses ta garde. Pas de numéro, rien, il ne te reste qu’un souvenir, un fantôme. Et si La Nuit c’était une petite blonde à la jupe pastel ?

The Mrng Site web : http://soundcloud.com/themrng Facebook : www.facebook.com/pages/The-MRNG

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CA CREUSE

DIE ANTWOORD par Tristan Baldi

Tank Girl avec un gros blunt dans la bouche, des serpents et des mygales, du bling bling plein la gueule, des cafards, Lady Gaga, de la peinture noire, des teubs en bois, des coiffures pas croyables, une moustache de poisson-chat… Du moins c’est ce dont on veut bien me parler, quand je demande l’avis du public sur le background visuel du groupe. Qu’est-ce qu’on me donne quand je réclame du Die Antwoord ? « White Trash dégénérés, crackers sold out, hipsters déguisés, racistes post-apartheid…  » on m’a tout servi. Pourtant, nom d’une pipe en bois, il y a beaucoup à dire sur ce duo (voire trio, le personnage de Hi-Tek restant très énigmatique) qui ne manque pas de surprendre à chaque nouvelle production.

DIE VISU


FOKKEN UAL THE DARK SIDE OF THE CLOWN Premier clip, la nouvelle formation hip-hop / rave sud africaine explose son serveur. Enter the Ninja, sorti en 2010 sur l’album “$O$”, c’est : des sons métalliques, des plans hors cadres présentant les corps marqués de Ninja et de Léon Botha (respectivement MC et DJ du groupe), des traces de mains ensanglantées, des caves dégueulasses et des matelas pourris, tout y est. On s’aperçoit rapidement du taf réalisé sur l’esthétique du clip  : une chambre d’écolière sur fond noir, décor de théâtre surréaliste, et d’autres salles, tantôt lugubres et vierges, tantôt recouvertes de symboles et de personnages simplistes, qu’affectionne Ninja, alias Watkin Tudor Jones. A première vue, je me dis pourquoi pas. Je continue mon exploration avec Rich Bitch, sorti en 2011, également issu de l’album “$O$”. « Aaaah mais putain c’est de la provoc gratuite, quoi, une façon détournée de montrer trois nibards et des bagouses en or…  » me dis-je. Mais c’est bizarre, je me repasse le clip les jours qui suivent, inlassablement. Je décortique un peu le bazar et je finis par m’avouer que quand même, c’est vachement chiadé comme clip. On passe d’une baraque pavée d’or complètement exubérante dans laquelle se pavanent YoLandi Vi$$er en « rich bitch », Ninja en vieux pimp charismatique et quelques domestiques au corps huilé, à ce qui représente l’enfance de la biatch, en noir et blanc rétro. Misère bien sale, famille limite incestueuse ou amis psychopathes, on comprend pourquoi Yo-Landi crame sa baraque d’enfance. J’ai bizarrement l’impression d’avoir coulé une

douille en regardant ce clip, et mes rétines suivent nonchalamment les ondulations de Yo-Landi tour à tour dans ce superbe costume de Catwoman en or, sur ces toilettes plaquées, sur ce lit doré dont chaque pli du drapé semble être amidonné… Le clip allie de gros décors dont chaque détail est peaufiné à des plans très simples sur fond de drap blanc, avec quelques crucifix en carton qui pendent et une Yo-Landi illuminée par la grâce du seigneur. Mais ce qui marque le plus reste la MC elle-même, et ce visage étonnant : difficile à dire, au début, si l’on a affaire à un sexpot malsain ou à une créature merveilleuse sortie tout droit de l’enfer. Il faut dire que le style est travaillé : quelques dents en or, une coupe punk absolument géniale découvrant un crâne rasé sur les côtés et une frange bien droite, un teint blanc à faire rougir Mercredi Adams, et une ligne de vêtements dessinée sur mesure par ses soins. Yo-Landi confiait effectivement dans le FHM South Africa du mois d’août dernier qu’elle dessinait sa propre collection « Zef ». Dans Ritch Bitch, le personnage de Yo-Landi est omniprésent puisqu’elle kick tous les couplets du morceau, tantôt agressive («  Fuck the upper-class  »), tantôt mielleuse, se gavant de nutella comme une actrice porno qui aurait « mangé du yop ». LA CULTURE DE L’IMAGE Je marque une pose ici et commence à m’intéresser à l’image du groupe. Et puis, c’est quoi au juste ce style « Zef side » dont on me rabat les oreilles ? Je découvre avec étonnement cette culture rapportée par Die Antwoord, principalement basée sur la diversité et le choc des cultures. Qu’est-ce qui est Zef  ? Mettons

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par exemple un gros biker avec un mulet blond de 3 mètres, ou un jeune homme sale aux allures consanguines paré d’accessoires bling-bling. En somme, Die Antwoord joue avec les codes occidentaux les plus marketés et l’image véritablement hideuse dont a hérité l’Afrique du sud aujourd’hui.

Il était donc tout naturel de commencer à bosser avec Roger Ballen pour ce que je considère comme leur meilleur clip, I Fink U Freeky. Roger Ballen, c’est ce photographe américain vivant à Johannesburg depuis les années 1970, célèbre pour ses photographies dérangeantes de la population blanche d’Afrique du sud dans les années 80-90. Se tournant vers la fiction vers le milieu des années 90, le photographe est connu pour mettre en scène des univers pour le moins glauques. On retrouve cette touche très sombre et gênante à travers les peintures de l’artiste dans I Fink U Freeky, sorti en 2012 : filmé en noir et blanc, le clip reprend l’univers crade, malsain des précédents clips de Die Antwoord, en y ajoutant une réalisation remarquable. Il suffit de mettre en pause le clip à tout moment pour y trouver une photographie potentielle de Ballen. Ainsi on commence par apercevoir YoLandi baignant nue dans une eau noire, ne contrastant que peu avec son visage crasseux, et d’autant plus saisissant. On croirait voir un visage de gamin sorti tout droit

de La guerre des boutons. Un début bien innocent pour ce qui va suivre : apparition d’individus aux physiques singuliers, allant de la simple étrangeté à ce qu’on pourrait presque envisager comme une mutation. La colline a des yeux en noir et blanc. Mais ce qui marque, c’est que ces apparitions, loin de vous foutre la chair de poule, dénotent un esprit tantôt comique, tantôt tragique en offrant des danses surréalistes à ces corps torturés. Différentes scènes se succèdent, dans autant de décors incroyables  : YoLandi assise sagement sur une chaise pendant que Ninja se déhanche, le tout sur fond de fresque murale mélangeant peintures primitives et déconstructions du corps humain, intérieurs fétides tour à tour peinturlurés de personnages androgynes et de références colonialistes, amas de draps peints de ces figures simplistes rappelant étrangement les petits personnages de Princesse Mononoké, jonchés de têtes de mannequins sciés, de collages et de tentures mais aussi de bras humains gigotants et de rats, dans lesquels s’étire Yo-Landi en petite tenue, costumes phalliques abritant de gais enfants, gros plans de Ninja arborant des serpents fébriles… On ne sait plus trop où donner de la tête. Notons qu’encore une fois, l’esthétique se veut multiculturelle, et croise les références comme autant de détails signifiants : les Dre Beats headphones massacrés à coups de pierre, costumes de Pikachu ensanglantés, pupilles d’Alien pour Yo-Landi soulignées par des peintures de guerre blanches, un lapin au milieu d’un décor refait au papier journal, un canard volant malgré lui, des chiffres énigmatiques, une crête mohawk… Tout est encore en bordel, créant une explosion visuelle à chaque plan. Le tout est assemblé magistralement sur un hit rap/ rave, incluant beaucoup de basses et un couplet impressionnant de la part de Ninja. Véritable Ôde à la bizarrerie. Le clip est une vraie réussite, fruit d’un travail monstrueux de Ballen et de Ninja.


Peu de temps après, une nouvelle bombe issue de l’album Ten$ion, sorti en 2012, déboule sur Youtube. Il s’agit de Baby’s on Fire, probablement le titre le plus « grand public » du groupe. Visuellement, c’est encore très fort. Le clip est tourné en couleurs, avec une sorte de filtre pâle que soulignent les coiffures décolorées de Ninja, Yo-Landi et des acteurs qui incarnent leurs parents dans l’intro, et des couleurs pastel omniprésentes, comme le rose, le jaune ou le bleu ciel. Quelle intro ! On retrouve en effet les quatre protagonistes assis autour d’une table, s’apprêtant à partager un repas. Ambiance abominable, dans cette famille cliché éprise de mauvais goût  : sur le mur, des icônes religieuses côtoient des dessins pornos, dans un intérieur kitchissime. L’atmosphère est tendue autour de la table, et pour cause  : Yo-Landi Vi$$er s’illustre ici comme une adolescente «  on fire  », prise au piège dans une famille aussi malsaine que terrifiante. Il n’y a qu’à voir les regards de Ninja, incarnant son grand frère ultraprotecteur, et de son père, figure insoutenable du type qui n’a plus rien à attendre de la vie, et qui scrute avec insistance le joli derrière de Yo-Landi. Le décor est planté : Die Antwoord revient sur le grand foutoir que constituent les pseudo-codes de la famille blanche sudafricaine. Une dernière prière autour de

la table pour rappeler que Yo-Landi fait la couverture du FHM d’août, que les disques se vendent bien, que Satan, leur chien, se porte à merveille, et que Yo-Landi a pu se constituer une nouvelle garde robe (T-shirt et mini short exceptionnels, d’ailleurs), et on entame Baby’s on Fire, l’histoire de cette petite soeur qui avait le feu là, en bas. Sans épiloguer sur ce clip, donc, on retrouve principalement l’ambiance de l’intro : du kitsch en veux-tu en voilà, beaucoup de rose, de jaune et de vert, des beaufs en vélo, en moto, en voiture, une «  African Cherry makin’ history  » en petite tenue, avec plein de montres au poignet, et un Ninja qui s’éclate avec quelques putes dans une piscine gonflable, sur son lit ou dans sa caisse. Ici encore, des centaines de détails bien placés : la déco de la chambre de Yo-Landi, chambre de gamine-ado même ornée d’une photo de Mr T (« I rap more bling than Mr T »), un graffiti un peu dégueu à l’effigie de la MC, un magnifique slip de bain pour Ninja, qu’il arbore fièrement tour à tour avec une batte, un sabre et un gun, quelques cascades mécaniques, deux-trois gosses habillées Zef, et une ultime référence à Back to the future à la toute fin du clip. Ca fonctionne bien, le son est cheap mais lourd, le clip passe crème, on en prend encore plein la gueule, ne sachant trop à la fin si on a regardé

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une performance artistique ou un clip. Un peu comme tout ce que fait Die Antwoord, finalement. MEAT LADY Le dernier clip en date du groupe, Fatty Boom Boom, issu de leur album Tension, est celui qui a soulevé le plus de polémiques sur le web, pour deux raisons principales : premièrement l’apparition d’une guest ridiculisée en trois images, mais également l’apparition de YoLandi entièrement peinte en noir.

Si l’apparition de Lady Gaga dans le clip était largement déstinée à faire le buzz (on y reviendra un peu plus bas), le peinturlurage de la belle Yo-Landi a déclenché une levée de boucliers, pour parler comme le présentateur d’un mauvais JT, aux Etats-Unis : il est en effet très mal vu de se peindre en noir, stigmate assez ridicule d’une Amérique qui a du mal à assumer sa part de passé esclavagiste. Aussi a-t-on commencé à qualifier Die Antwoord de racistes, propos qu’ils ont fermement démenti (avaient-ils réellement besoin de le faire ?) en insistant sur le fait que se peindre le corps était une pratique très courante en Afrique du Sud. Passons. Encore une fois le clip est une grosse réussite, autant par son univers graphique que par sa dénonciation des codes musicaux occidentaux. En témoigne par exemple la fresque murale, issue d’un cauchemar de Ninja, représentant un démon à deux sexes et sept têtes, dont celles de «  musiciens  » américains emblématiques tels que Lil Wayne ou Lady Gaga, monstre qui pose une brique représentée par les quatre visages des membres des Black Eyed Peas. Cette créature

monstrueuse étant (cela va de soi) combattue par un prêtre possédant une « Bible 5 mm ». L’intro est encore une fois saisissante, et l’on voit une Lady Gaga (jouée par un homme), portant sa fameuse robe en viande, visiter une ville d’Afrique du sud dans un camion à touristes. Le camion est vite pris d’assaut par un gang masqué, et Lady Gaga se retrouve livrée à elle-même dans la dangereuse ville. On y croise en effet des lions, des panthères noires et des hyènes en liberté (ce qui dénonce encore une fois une vision très occidentale de l’Afrique du sud). On retrouve Lady Gaga au milieu du clip, lors d’une séance dans un cabinet de gynécologie bien crade, au cours de laquelle la chanteuse donne naissance à un cafard. Die Antwoord ne lésine pas sur les détails gluants, et l’interlude laisse sur le cul. De toutes façons la « diva » est ingurgitée par un Lion en fin de vidéo, et qu’on n’en parle plus.

A l’écran, le groupe kick Fatty Boom Boom dans la rue, grimés comme des bêtes de foire enragées. Ninja est peinturluré en rouge et blanc, et affublé de lentilles rouges. Yo-Landi est donc toute noire, portant une robe jaune que font ressortir ses lentilles – jaunes, aussi – en forme de dollars. L’homme qui incarne DJ Hi Tek porte un costume qui n’est pas sans rappeler ceux du Ku-Kux Klan, excepté que Ninja, qui l’a dessiné, y a ajouté ses mots de vocabulaire préférés (Wisdom, Peace, Care, Respect, Faith, Love, Joy, hope, kindness, play, et inspire). De temps à autres, une chambre noire également créée par Roger Ballen accueille Ninja et Yo-Landi. Lui est entièrement noir avec des lentilles blanches,


alors que Yo-Landi se trémousse dans une robe incroyable créée par Alexander Wayne, qui avait d’ailleurs pas mal bossé avec Die Antwoord pour un spot publicitaire. En bref, il y a beaucoup, beaucoup trop de choses à saisir, à rapprocher, à observer dans un seul clip de Die Antwoord (en particulier leurs trois derniers) pour tenter de les dépeindre dans un seul article. Saluons seulement une énergie créatrice hors du commun, un sens du tableau visuel très prononcé, une volonté de confronter les m?urs et les cultures, et une audace saluée (ou démontée, parfois) par la critique : Die Antwoord, on aime ou on déteste, mais le groupe frappe, que ce soit à l’aide de kicks bien trempés ou de pinceaux calibrés. Et puis, je suis un peu amoureux de Yo-Landi Vi$$er aussi, ce qui ne m’empêche pas d’être très objectif. Si, si. Pour aller plus loin, et j’espère que ce sera le cas,

quelques conseils pour comprendre les racines de ce groupe complexe : Waddy Jones kick en fait depuis plus de vingt ans, et a participé dès le début des années 90 à un groupe très inspiré de Cypress Hill  : The Original Evergreen. Depuis, ce génie a fondé de nombreux groupes particulièrement créatifs, faisant apparaître de plus en plus la pulpeuse Yo-Landi  : The Constructus Corporation, Maxnormal.TV, ou quelques morceaux en tant que MC Totallyrad. Alliances de jazz, d’électro, de soul et de hiphop, « this shit is next level ». I’M OLD ENOUGH TO BLEED, I’M OLD ENOUGH TO BREED… Pour finir, Die Antwoord a tourné un short pour Harmony Korine, avec le soutien d’Agnes B : jetez un ?il à « Umshini Wam », un short très intéressant, aussi violent que beau. Levezvous et marchez, disciples.

Die Antwoord Site Web : www.dieantwoord.com Facebook : http://www.facebook.com/DieAntwoord

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en tête à tête

Mais le Club Chev par Lise Beuve

Cela fait plus de deux ans que ce quatuor hors normes s’est invité à la table des grands de l’électro française, débroussaillant la dance music à coup de tracks illuminées et futuristes. Ne nous dites pas que vous ne les avez jamais vu, on ne vous croirait pas. Programmés dans tous les clubs et les festivals de l’hexagone (et d’ailleurs), à cheval entre deux labels à succès (Bromance et Marble), résidents au Social et actifs sur le net, le club ne passe pas inaperçu. De l’union de quatre joyeux lurons nordistes aux personnalités différentes est né un puissant univers hétéroclite aussi orgastique que difficile à cerner. C’est pourquoi nous les avons convoqué tous les quatre pour tenter de définir ensemble et AVEC RIGUEUR, ce qu’est le Club Cheval.

illustration – Le Feu


val, c’est quoi ?! Sam Tiba : Par contre, on va m’entendre manger. Le nœud Pap’ : Tu sais, on a eu Para One mercredi et il mangeait une banane pendant l’interview

« On veut faire un truc un peu plus..Pop »

Myd : Ca ne m’étonne pas. Il adore les bananes…

Le club cheval, c’est plus Bromance ou plus Marble?

Bon alors, le Club Cheval, c’est de la musique sombre et torturée de club, ou une fête infinie sans gueule de bois?

Myd : Le club cheval c’est Bromance. Sam  : Clairement, le club cheval c’est Bromance, tandis que nos carrières solos c’est Marble. Les deux labels vont assez bien ensemble en fait, il n’y a pas de concurrence entre eux, c’est assez cool. Bromance c’est parfait pour Club Cheval alors que Marble correspond bien à nos personnages. Canblaster  : Dans Marble, il y a un vrai aspect technicien, de recherche et c’est ce qui nous intéresse en solo.

Sam : une fête infinie avec un petit peu de gueule de bois… Canblaster  : Ca peut être sombre des fois mais ce n’est pas torturé en tous cas. Panteros : Il y a beaucoup d’émotions, mais pas d’émotions liées à la torture. Myd : Pas comme un morceau de Gesaffelstein par exemple. Le Club Cheval, c’est des djs sets à 8 mains ou c’est du live?  Myd : Ce sont des DJ sets qui se transforment petit à petit en live. Panteros et moi on vient d’un groupe de Rock, Canblaster avait aussi un projet rock avec Panteros. Panteros : Donc on a déjà tous plus ou moins une expérience live rock électronique. Myd  : C’était déjà dans cet esprit là, on a toujours eu envie de garder quelque chose du live et des synthés, des boites à rythmes, des machines, de l’improvisation, de venir avec du matos et de montrer la manière dont on bosse en studio. Sam : Et là c’est le premier soir où on a décidé d’avoir un synthé. Jusqu’ici on ne faisait que des DJ sets. Donc ce soir c’est un baptême ? Canblaster : C’est une première étape vers le live Panteros  : Il faut attendre avant de le faire à fond. Il faut être sûr et avoir un ingé-son avec soi, car ça demande une logistique. Et surtout pouvoir faire de grosses scènes avant de proposer un live. Myd  : On a pas encore énormément de morceaux sous le nom de club cheval pour pouvoir les jouer en live.

Le Club Cheval, c’est taillé pour faire un album ou une multitude d’EPs ? Canblaster : Avant tout, c’est le live. C’est une sorte de chemin, ce soir les premiers synthés, l’album arrivera quand il faudra défendre un live super construit. Panteros: ...Et quand tout sera prêt. Sam  : En plus, l’album ce n’est plus trop un format d’actualité, les gens écoutent plutôt des morceaux à l’unité, des EPs, des trucs pris à droite à gauche. Donc quand tu sors un album, il faut vraiment qu’il soit ouf. Canblaster : Tu vas à un concert parce que tu as vu un morceau du Club Cheval que tu aimais bien, mais tu ne vas pas forcément écouter tout son album. De moins en moins, alors qu’à l’époque on achetait des cds. Myd : Quand on a commencé le projet, on est rentré dans une espèce de dynamique album, même si le but final n’est pas de faire un disque qui sorte dans une boite à la fnac. L’idée était de se mettre dans un univers, de choisir un certain nombre de machines avec lequel bosser, d’essayer de trouver un processus de travail, tout ça pour fabriquer un certain nombre de morceaux selon ce même processus. Avoir un espèce de son pour un premier jet d’une dizaine de titres, qui sortiront dans des EPs pour le moment, et qui deviendront peut être un album.

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Panteros : On fera un album aussi quand… Je préfère les albums quand il y a un thème. Sam : Un truc à raconter en fait. Panteros : Pour pouvoir jouer un truc d’une heure, super beau en live, ça viendra, on y travaillera. On préfère sortir des EPs pour trouver notre son et ensuite on s’attellera à faire un album, plus concret, plus puissant. Sam  : On n’a pas envie de se précipiter et sortir un album, s’il est foireux ça foire toute ta carrière. Mais maintenant, les albums en 2013 ce sont des compilations de 4 EPs avec une intro. Canblaster  : Après, c’est la façon de fonctionner des mecs de l’électro ou de la techno. Ce n’est pas forcément l’image qu’on a envie de donner non plus. Sam  : On veut faire un truc un peu plus..pop.  Ca ferait du bien.

« c’est un boys band

d’entertainment multimédias »

Le Club Cheval, c’est plutôt résident de club comme le Supermarket ou plutôt dj guest ?

Myd : Ce sont deux choses qu’on aime bien. On est résident au Social Club, c’est un lieu qu’on apprécie, et on peut y inviter des artistes qu’on aime bien. Les gens commencent à être habitués à nos soirées, aux manières dont on fait découvrir notre musique. Et après, c’est toujours un plaisir d’aller dans une autre ville, de faire découvrir ton son à des gens qui ne te connaissent moins, et souvent sur des plus grosses scènes du coup. Je pense que ce sont deux choses qu’on gardera toujours, même en évoluant. Sam  : L’avantage avec la résidence au social pour nous, c’est que tu es tellement à l’aise au bout de 5 ou 6 représentations que tu te lâches beaucoup plus.


Il y a communion avec le public, on commence à reconnaître des têtes, des habitués. Alors que quand tu arrives dans un club, que le public est un peu froid et que tu sais que tu ne reviendras pas avant un an, c’est différent, tu essayes de faire un truc un peu plus… Panteros : ...Tandis qu’on arrive au Social hyper détente et ça se passe toujours hyper bien. Sam  : C’est vraiment devenu un terrain de jeu et d’expérimentation. Panteros : Comme on sait à quoi s’attendre, on ose 1000 fois plus de trucs, comme jouer des morceaux qu’on a pas finit. Sam  : La résidence, c’est bien quand tu en fais une tous les trois mois. En faire une tous les week-ends, ça ne nous intéresse pas. Panteros : La définition du mec DJ qui est tout les samedis dans le même club, ce n’est pas nous. Sam : Tu vois, j’admirais Péo Watson à l’époque du Supermarket, il jouait 6h d’affilées toutes les semaines et il adorait ce qu’il faisait.

« mon cousin a fait la

poussière 3D sur le jeu video ps3 alexandra leederman » « Le Club Cheval, c’est un boys band de producteurs, ou une société d’entertainment multimédias ? » Panteros : AHHH Cablaster : Bah, les deux. Sam  : C’est un boys band d’entertainment multimédias. Panteros  : Boys band ça fait un peu... Le mot est marrant, parce qu’on a tous les 4 notre style, mais le problème avec ce mot-là c’est qu’on pense aux mecs qui font du bodybuilding et qui chantent. Des mecs qui ne composent rien, ne se prennent pas la tête musicalement alors que nous… Sam : Exactement, sans se la raconter, on a tous les 4 des personnalités différentes mais complémentaires. On pourrait imaginer 4 fiches différentes dans un magazine de mode, mais on passe clairement la majeure partie de notre temps dans le studio à composer. Myd  : Mais c’est sûr qu’à long terme on préférerait aller vers l’entertainment multimédias, parce que le Club Cheval c’est un univers. On passe du temps ensemble, on est tous potes avant tout, on développe pleins pleins de projets ensembles ou des prods pour d’autres personnes. Ce côté boys band de producteurs n’évoluera pas plus que ce qu’il est aujourd’hui. Sam : Je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus... Myd : On couchera ensemble…(rires)

Le Club Cheval c’est plutôt session skate au Halle de glisse ou pinte à St Sauveur? Sam : Une partie de final fantasy 9 à Roubaix. Panteros  : Aller au zoo voir les Alligators.. et les singes sans poils! Sam : Les singes chauves (rire) Myd : Au final, on ne sortait pas plus que ça à à Lille... Panteros : Les premières soirées en club c’est quand on jouait au Supermarket. Sam  : En fait, on n’a pas du tout cette culture du clubbing genre « nous on sort en club depuis 17 ans ». Panteros : On était loin de Lille aussi, et puis il n’y avait pas grand-chose. Sam : Maintenant, les gosses ont 15 ans, ils vont à des soirées de ouf. Panteros  : Oui, enfin les gosses de 15 ans c’est comme les poissons volants, il y en a quelques-uns mais la majorité des personnes ont 20 piges. C’est juste qu’à notre époque, quand tu voulais sortir en club, tu avais soit des mecs de 30 ans sur de la techno que tu ne comprenais pas, soit des fêtes étudiantes où ils passaient Bob Sinclar… Maintenant il y a des vrais DJ cools qui passent dans des clubs sympas. Ça a bougé en fait, surtout pendant les deux ans où on a commencé. Myd  : Et on a eu la chance de commencer à ce moment, dans cette nouvelle culture clubbing. Le Club cheval c’est plutôt une secte zoophile ou des fans invétérés de la bibliothèque rose  ? (Alexandra Leederman !) Sam : Ah je ne connais pas ! Panteros : Mais si le bibliothèque rose ! Mon cousin a fait la poussière 3D sur le jeu vidéo PS3 Alexandra Leederman. Il faut pas croire, il y a des gens qui travaillent pour faire toutes ces petites choses là. Sam  : Bon, on est plutôt poussière d’Alexandra Leederman alors... Panteros  : ..Mais non plutôt bibliothèque verte, le club des 5 tu vois.. Le trésor de Roquépine. Myd : Oui, la bibliothèque rose c’est des trucs un peu plus...polissons. Panteros : Des trucs de grand-père qui s’émoustillent.

« le club cheval, c'est un émoji musical » Question à Panteros : le Club Cheval c’est plutôt gif animé ou émoticône ? Panteros  : C’est chaud parce que maintenant il y a des émoticônes évoluées, il y a du mouvement, de la couleur ça c’est vrai mais pas mal d’émotion aussi. Donc plus une émoticône, genre les derniers émoticônes que t’as eu dans la dernière version

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d’MSN, qui bougeaient un peu les mains, des trucs comme ça. Mais pas celles de Facebook qui sont nulles. Ou alors les émoticônes que tu vois dans les espèces de bannières web. Sam : Les émoticônes Japonais aussi. Les gifs aussi non ? C’est pas vraiment comparable en fait. Panteros  : Plutôt une émoticône, parce que quand on compose on réfléchit à des émotions dans des passages différents.

quelque chose. Tu peux jouer avec ça à volonté, c’est créatif, genre deux points parenthèse, ça fait un sourire quoi.. Sam : Voilà, le Club Cheval c’est un émoji musical. Question à Sam Tiba: “le Club Cheval, c’est plus jersey club ou trap music?

Sam : Chaque passage pourrait être résumé par une émoticône. Panteros  : C’est jamais totalement happiness, ou totalement dark, on travaille toujours sur des accords ou des ambiances un peu plus subtiles. Il y a beaucoup de musiques faites pour des gens qui ont 10 mots de vocabulaires, genre « je suis en colère », « je suis triste », « je suis content », « je suis mélancolique », «  je suis déprimé  »… Nous on mélange pleins de trucs. Myd  : Avec les émojis, les émoticônes japonaises, c’est beaucoup plus subtile, tu vois le mec est « un peu deg mais quand même content ». Panteros : On a ramené ça de nos bagages en allant au Japon, on a vu tous les mecs qui twittaient des trucs, il mettaient des émojis chanmés.. Myd : Genre un smiley, c’est genre « RAHHHH » un truc qui exprime plusieurs traits de caractère.

Sam : La trap music, ça a été un genre de phénomène dubstep méga accéléré, ça va super vite et les mecs font 5 tracks, ont 30 000 fans sur Facebook et tournent autour du monde. C’est un truc qui marche... Je suis plus fan de Jersey que de Trap, ça dépend, mais club cheval c’est aucun des deux. Je pense d’ailleurs que les deux seront morts bientôt. Le jersey club est en train de mourir, à part quelques mecs qui en font un truc un peu plus lent, en demi-tempo avec des éléments de trap, ils tiendront un an, pas plus. Même un mélange des deux genres ne leur survivra pas. Canblaster  : C’était des petits courants musicaux comme il y en a eu pleins et comme il y en aura d’autres. Certains influencent toujours un peu, il y a des choses qui reviennent ponctuellement. Sam : Les deux courants auront influencé pas mal, la trap beaucoup plus que le jersey club Panteros : ce sont des buzz world, plus que vraiment de la musique. Comme Make the Girl Dance, tout le monde a pensé que c’était le truc le plus big, et en fait ça a disparu.

Cabnlaster : C’est plus émoticônes que gif, parce que le gif c’est concret, alors que les émoticônes ce sont pleins de caractères mis ensemble qui donnent

Sam : Seulement, le Jersey Club ne sera jamais un buzz pour la simple et bonne raison que c’est difficilement trouvable et super mal fait. Le Club


Cheval, c’est ni l’un ni l’autre, ce sont les deux et un milliard d’autres choses, par exemple de la trap acide avec un peu de techno par exemple. Canblaster : Quelques éléments dubstep, des émojis….. Panteros  : Nos modèles sont des groupes comme Basement Jaxx et Prodigy. Ils faisaient partie d’un style, d’une époque, mais ils avaient tellement de trucs à eux qu’ils mélangeaient tout ce qui les intéressaient. On n’a pas envie que les gens mettent des mots, nous casent dans des catégories. J’ai été traumatisé par ça hyper jeune. Je parlais avec mes potes de musique, et tout ceux qui n’en faisaient pas essayaient toujours de catégoriser «Ah oui c’est un peu Jazz je trouve ». Ils n’y connaissaient rien, du coup je leur disais «c’est plus comme l’envol d’une mouette  » pour décrire un morceau et ça ne leur parlait plus. On s’en fout qu’on nous mette des genres avec pleins de slashs, l’important c’est que les gens se disent «  ça sonne Club Cheval ».

qu’on passe notre temps ensemble, les remarques peuvent être sur tes habitudes, tes fringues, ta façon d’être, ce que tu bois. Si t’es cool, on va te le dire, ça va te mettre en confiance, souvent c’est comme ça, mais des fois on va te dire « ah non, je trouve vraiment que c’est de la merde ça ».

« Je ne peux pas te citer cinq

films de la nouvelle vague mais je peux te citer les cinq zinzins de l'espace » La devise du Club Cheval c’est plutôt « un pour tous et tous pour un  » ou «  je fais ce que je veux avec mes cheveux ? Panteros : C’est un pour tous et tous pour un, parce qu’on ne fait pas vraiment ce qu’on veut avec nos cheveux… Sam : Tous pour un cheveux, un cheveux pour tous (rires) Je préférerais être chauve et faire partie du club cheval, plutôt que d’avoir des cheveux. Myd : Surtout que même ça, on le fait ensemble. On va chez le coiffeur ensemble. Sam  : Oui, mais Panteros nous fait la surprise, parfois. Panteros : Oui mais je sais qu’ils vont aimer. On ne fera jamais un truc tout en sachant que les autres n’aimeront pas. Sam  : par exemple quand il y en a un qui met un manteau de merde tu vois, on lui dit. (rires) Canblaster : Comme Myd ce matin… (rires) Myd : On s’est battu avec Panteros à propos de nos manteaux... Panteros  : C’est vrai. Il avait une vieille doudoune Chevignon flashy et moi un manteau Eastpack un peu nul, mais il tient chaud. Myd : Il m’a dit « ta doudoune, elle pue» je lui ai dit « bah ton manteau, il pue ». Sam : Au final, Myd a changé de manteau. Myd : Ca ne devrait être que sur les tracks, mais vu

Le Club Cheval, c’est plutôt la Nouvelle Vague ou les Zinzins de l’espace ? Myd : Les zinzins de l’espace Panteros : Si on disait film de la Nouvelle Vague ça serait faux. Myd et Canblaster, vous avez pourtant fait des études de cinéma ? Myd : Oui, mais c’est pas pour autant que tu ne peux pas apprécier les Zinzins de l’espace. Canblaster : Je ne peux pas te citer cinq films de la nouvelle vague mais je peux te citer les cinq zinzins de l’espace : Gorgious, Bud, Etno, Candy et Stéréo. Respect ! Panteros : La classe (applaudissements) Et enfin, le Club Cheval c’est plutôt cravate ou noeud pap ? Sam : wouuh. C’est plus écharpe chaude. Panteros : Petite écharpe navajo de Sam, pour moins pleins de colliers. Canblaster : Des accessoires divers en fait. Panteros : Des bijoux mystiques. Sam : C’est ça club cheval.

Club Cheval Site Web : http://www.clubcheval.net Facebook : http://www.facebook.com/ClubCheval

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en tête à tête

10 MIN AVEC par Lise Beuve

PARA ONE

Personnage incontournable et influent du paysage électronique français, Para One dépose plus ou moins discrètement et un peu partout sa signature depuis plus de 10 ans. En Juin dernier, le papa de Marble sortait son deuxième album Passion, on l’a retrouvé cinq mois plus tard, le temps d’une entrevue tranquille pour parler de sa tournée, de ses projets et discuter cinéma. Le Noeud Pap’ : La dernière fois qu’on t’avait rencontré, tu lançais seulement ton album, comment a-t-il été reçu en live? Para One : Ca te dérange si je mange une banane ? Du tout ! Pour le live, ma spécificité c’est que j’improvise énormément, donc en fait ça change tout le temps. Je ne pourrais pas te dire de manière générale comment le live a été perçu, puisqu’il y a eu autant de live que de concerts. C’est chaque fois complètement différent, ce soir c’était vraiment très différent de d’habitude par exemple. Je travaille beaucoup au préalable, mais une fois lancé, j’y vais, je prends tous les risques que j’ai envie de prendre et je le fais comme je le sens. C’est très variable, mais globalement ça s’est très bien passé, il y a eu quelques dates où ça s’est moins bien passé, mais ça dépend aussi de l’heure à laquelle tu joues, après qui tu joues. Les soirées où j’ai joué très très tard comme à La Rêverie à Paris, ou à Clermont-Ferrant, j’ai eu l’impression que les gens étaient épuisés tellement tard, moi aussi j’étais épuisé. Il y avait un truc qui passait moins bien que certaines dates magiques comme Tours le week-end dernier. Tu as dit dans un interview que cet album était plutôt domestique (à écouter chez soit) et à envisager sous l’angle d’un dialogue. Le jouer en live ce n’est pas en quelque sorte dénaturer cet aspect ? Le live, c’est très différent, cet album est difficile

à jouer, il faut le traduire. C’est ce que je suis en train de faire en ce moment. Comme j’étais sur plusieurs projets au moment même où je sortais l’album, je n’ai jamais pris le temps de faire ce travail d’adaptation, du coup je le fais maintenant, un peu en retard. Par exemple, un morceau un peu calme, j’essaye de le remixer et d’en faire une version un peu plus dansante. Empire par exemple ? PO : Empire je ne le joue pas encore justement. Ce soir j’ai joué Albatros au début, dans une sorte de version qui évoque la house américaine de la fin des 80’s / début des 90’s, parce qu’il y a déjà, à la base, une référence à ça dans le morceau. Je trouve que c’est intéressant de «  re-rendre  » le morceau dansable après en avoir fait une version un peu bizarre sur l’album.


Produire ou te produire en live, que préfères-tu ? C’est une question que je me pose souvent. J’adore bosser avec des gens qui ne sont pas moi, parce que travailler tout seul ça peut vite devenir une prison, et travailler pour des gens, c’est libérateur. C’est clair que quand je travaille tout seul et que je fais mon propre truc, j’atteins des sortes d’états hallucinants où il y a un niveau d’investissement particulier, il y a une certaine jouissance qui n’existe nulle part ailleurs. En même temps, dans le travail en équipe où il faut produire pour quelqu’un d’autre, il y a une autre forme de libération. Il y a un petit côté agréable, j’aime bien le fait d’être amateur, c’est à dire, de ne jamais vraiment connaître mon métier, et de le redécouvrir à chaque fois. S’il n’y avait pas ce paramètre là, je m’ennuierai. Il y a vraiment ce côté de repartir à zéro à chaque fois. Ca se passe comment la journée type de Para One en live? En tournée, la journée est très simple, elle est au ryhtme de la SNCF ou de Air France… C’est-à-dire de la mauvaise nourriture, du décalage horaire, de la fatigue, de la gestion de temps de sommeil. C’est très con en fait. On est réduit à être une sorte d’animal, qui se déplace et qui doit rester dans le meilleur état possible parce que sinon il n’est pas capable d’assurer et faire son travail. Les journées en tournées sont moins intéressantes que les journées dans la vraie vie, et c’est pour ça que je suis toujours content de pouvoir revenir à la maison, travailler, me poser, ou alors voyager mais parce que je l’ai décidé. Et une journée type de Para One dans la vraie vie ? Une journée hors-tournée c’est : aller au studio avec mes potes de Marble, notre label. Je suis content d’aller écouter de la musique avec eux, discuter, faire du son. Je suis complètement accroc au processus de création. J’ai besoin de faire de la musique tout le temps, j’ai besoin de créer constamment, sinon j’ai l’impression que le temps ne passe pas. Si je ne fais rien, j’ai l’impression que c’est du temps perdu et c’est super angoissant, super frustrant. Travailles-tu sur de nouveaux morceaux? Avec ce rythme de tournée, comment trouves-tu le temps pour travailler sur d’autres projets (Micky Green etc)? Je prends le temps. Déjà avec la tournée, je passe beaucoup de temps dans les transports et j’ai mon ordinateur, je travaille. J’ai tout sur moi et en permanence. Et puis même je pense que la tournée, c’est un truc un peu inspirant, on a des idées différentes, il faut en profiter. Travailler dans un train c’est super par exemple.

Des projets ciné en perspective  ? J’ai lu quelque part que tu avais écrit ton premier long métrage, qu’en est-il ? J’ai écris plusieurs scénarios et je n’étais jamais content, jamais assez. Le truc bien avec la musique c’est que même une mauvaise idée peut être développée, et on peut en tirer quelque chose rapidement. Ce n’est pas la même économie que le cinéma, c’est beaucoup moins cher et ça va plus vite. Pour se lancer dans un projet de long métrage, il faut vraiment être sûr de son coup. Je n’ai jamais trouvé le scénario qui me faisait vraiment partir à 100%. Je pense m’y remettre bientôt, là je viens de terminer l’album de Micky Green, je suis encore en tournée, mais ça ne me prend pas tout mon cerveau, je vais pouvoir écrire à nouveau, repenser le truc. Avec quel autre réalisateur (que Céline Sciamma) aimerais-tu collaborer pour une BO ? J’aimerai vraiment faire une BO d’un film de Michael Mann. Mais c’est un rêve total, absolument inatteignable, vu que ce mec est juste un énorme réalisateur. Je suis fasciné par son travail. Quels sont fétiches ?

tes

réalisateurs

Mickael Cimino, Michael Mann. Que des Mickael c’est bizarre. J’aime bien aussi Mickael Jackson ! Mickael Chimino, ce sont des grandes fresques très épiques, c’est très beau. The Deer Hunter par exemple, c’est vraiment un film de ouf. Si ta musique était un film ce serait lequel ? Ahah! Je me sens très proche du film Sans Soleil de Chris Marker, un film français du début des années 80, qui mélange la philosophie, la sciences fiction, l’observation, le documentaire et ça se passe au Japon, c’est un pays que j’adore !

Para One Facebook : http://www.facebook.com/paraoneofficial Site web : http://paraone.fr

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Thomas AZIER par Baptiste Pépin

Début 2012, on écoute Thomas Azier, un néerlandais qui apparemment est basé à Berlin. Ouais, parce que c’est la mode et du coup tu penses partir sur des bonnes bases. On met en route Hylas 001 son premier EP, en croyant écouter une énième fois l’électro qui cartonne dans les clubs de la capitale allemande. Rien de nouveau pense-t-on. Et parfois on pense mal à vrai dire. Là on découvre un son très subtil, travaillé, recouvert d’une voix comme crachant une réelle sensibilité, non sans nous rappeler certains morceaux de Phoenix. Bref, on se dit que le bonhomme est à suivre. En octobre de la même année on attend donc Hylas 002, et là, bim ! On s’en prend plein la face. Quand le 001 paraissait jovial voire dansant (Metropolitan Tribe), Hylas 002 se veut…violent, dur. On y découvre alors un mec écorché qui a besoin de s’extérioriser, de partager une souffrance qu’il faut évacuer autrement qu’en compagnie d’un psychanalyste berlinois sous acide. Analogique et numérique se croisent, pour des sonorités brutes, industrielles tellement parfaitement maniées qu’elles s’érigent en véritable symphonie électro-pop du XXIème siècle. Shade of Black nous met presque mal à l’aise, et pourtant on adore. Pas de doute, on se doit de connaître Thomas Azier, sa musique, ses envies, d’autant plus quand on sait que Hylas 003 sera un album clôturant la trilogie, que l’on attend déjà avec impatience. Pour le moment, rencontre avec le talent pur.


« Chaque chanson raconte sa propre histoire » Le Noeud Pap’ : Il parait que tu as commencé la musique parce que tu te faisais chier dans ta petite ville des Pays-Bas. Mais en même temps tu aurais pu faire comme de nombreux gamins, jouer au foot et vouloir devenir le nouveau Van Basten. Alors pourquoi la musique ? Thomas Azier : Quand mes parents ont bougé de la ville où l’on habitait pour s’installer dans un petit village, moi et mon frère n’avons pas spécialement accroché avec les jeunes du coin. On avait l’air différent, on parlait différemment et on faisait des choses différentes. Alors on s’est échappé dans notre propre monde, à faire de la musique et à jouer dans les forêts. Pour m’amuser, j’improvisais des trucs au piano pendant des heures. Puis plus tard, j’ai passé beaucoup de temps derrière mon premier ordinateur à produire mes premiers sons. Après ces premiers sons sur ton ordinateur, tu as vite bougé sur Berlin par la suite. C’était une évidence pour toi de partir dans la capitale allemande ou alors ça aurait très bien pu être une autre ville comme Londres ou Paris ? C’était un peu le hasard, vraiment. Je suis parti de chez mes parents quand j’avais environ 16 ans, et je n’arrivais pas à trouver un endroit pour moi aux Pays-Bas. Je me rappelle, j’essayais de voir sur internet à quoi ressemblaient les rues de Berlin, je n’en n’avais aucune idée ! Je savais juste que ce n’était pas trop cher et je sentais que ça serait l’endroit parfait pour moi afin d’expérimenter ma musique. Hylas 002 est une vraie révélation pour toute la rédac’ du magazine. Pourtant tu as déjà envoyé Hylas 001 janvier 2012 et on croit savoir que tu comptes même en faire une trilogie. Pourquoi vouloir sortir une trilogie et non pas 3 EPs différents ? Que recherchestu à travers cette démarche ? Je pense que ces trois enregistrements sont comme trois chapitres d’un bouquin. Ils regroupent trois différents thèmes. Ça serait

une longue histoire de te dire maintenant, mais je pense qu’à l’écoute, on peut se douter de quoi parle Hylas 002, ce qu’il raconte. Ok, mais que recherches-tu à travers cette démarche ? J’aime la forme compacte d’un EP, on va dire que c’est comme une petite histoire. Alors que l’industrie du disque est portée sur le format de l’album. Pour elle, les EPs ne sont pas très importants, ce qui est dommage. D’ailleurs Hylas 003 sera un album, comme pour terminer la trilogie de façon grandiose. Tu peux nous en dire un peu plus ? Oui, ça sera la collection de mon travail sur les cinq dernières années. Chaque chanson raconte sa propre histoire. Même si elles ont été écrites dans différents coins de la ville, quelque part elles sont toutes connectées. Elles racontent l’histoire d’un âge où l’on change, sur tellement de plans différents. J’ai l’impression que la période entre 19 et 25 ans est une période vraiment intéressante aussi bien pour le corps que pour l’esprit. C’est vraiment à partir de là que tu développes tes propres idées. Donc l’album montre ce que j’ai fait les cinq dernières années, où j’ai passé beaucoup de temps avec moi-même, à réfléchir.

« Tu fais de la musique

pour t’exprimer, exprimer ce que tu es » D’ailleurs, tu m’arrêtes si je me trompe, mais par rapport à Hylas 001, 002 me semble beaucoup plus sombre, beaucoup plus introspectif, comme si tu t’étais coupé les veines pour en faire rejaillir une vraie douleur ? C’est vrai, je voulais que ce soit comme ça. Notamment sur Shade of Black, magnifique morceau où il semble que tu te mets à nu et décris une vraie douleur intérieure, qui donne le sentiment que grâce à la musique tu arrives

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à exprimer quelque chose que tu ne pourrais faire dans la vie de tous les jours… Shade of Black est la chanson la plus intense que je n’ai jamais écrit. Je me sens vraiment nu quand je l’écoute. J’ai même du mal à la jouer en live. Ça vient d’une profonde et obscure peur de toi-même, une sorte de violence fragile, un jeu entre espoir et désespoir. Ça m’a pris un an après l’avoir écrit pour pouvoir l’écouter. J’avais peur de l’entendre. « La musique est aujourd’hui devenue rien de plus qu’une ambiance en arrière plan alors que nous sommes occupés à faire d’autres choses. Je ne veux pas changer cela, mais j’essaie de faire quelque chose qui captera votre attention pour communiquer avec vous » Cette phrase est de toi. Penses-tu réellement que la musique est devenue tel un bruit de fond dont on ne prête pas vraiment attention ? Pour certaines personnes oui, mais je m’en fous de la façon dont les gens écoutent la musique. Ça les regarde. Mais la seule chose que j’essaie de faire, c’est de communiquer. Pour moi, c’est le vrai sens de la musique. C’est de cette manière que ça a démarré. Quand tu essaies de communiquer, peu importe la forme musicale utilisée, ta musique vient sans faire d’effort, à la création et à l’écoute. C’est une de mes envies. Tu fais de la musique pour t’exprimer, exprimer ce que tu es, pour communiquer tes sentiments profonds au monde extérieur. Bien sûr, c’est parfois compliqué d’avoir cette connexion, il y a tellement de choses qui sortent, d’autant que la consommation de la musique a changé avec internet. C’est quelque chose de naturel et ça me va, mais la seule chose que je souhaite, c’est juste que les gens soient connectés avec ce que je fais.

« J’ai l’habitude de jouer

dans des clubs, à 4heures du mat’ entre des putains de djs berlinois »

Si une personne écoute ta musique en lisant Le Nœud Pap’, c’est un échec pour toi ? Tu as peur que ta musique ne capte pas l’attention et ne soit qu’un son que les gens trouvent agréables pendant 3 jours et oublient ensuite ? Non, ce n’est pas ça. C’est même un compliment si quelqu’un écoute ta musique sans être ennuyé ou je ne sais quoi par celle-ci. C’est juste une question de connexion entre des gens et une émotion brute. Alors ta musique, c’est de la pop ? Ouais, j’appelle ça de la pop-music, c’est un terme tellement abstrait… Peux-tu nous dire ce qu’on peut trouver sur ton Ipod aujourd’hui ? J’écoute beaucoup de choses très différentes. Je suis un énorme fan d’un duo qui s’appelle 18+. Tu peux trouver leurs trucs seulement sur leur page youtube ou leur twitter. Ils se font rares. Tu as fait les premières parties de Woodkid sur sa tournée. Comment ça s’est fait ? Woodkid m’a appelé il y a déjà plusieurs mois maintenant, on est sorti sur Paris et on a énormément parlé de musique. On a beaucoup de points communs à propos de l’art et de la musique, c’est vraiment cool. Alors il m’a demandé de faire ses premières parties sur sa tournée européenne. C’était une superbe


opportunité pour moi de jouer sur des scènes plus grandes, car j’ai l’habitude de jouer dans des clubs, à 4 heures du mat’ entre des putains de dj’s berlinois ! De mon côté, je trouve ça vraiment pas surprenant. Tu es d’accord pour dire que votre univers musical se ressemble, avec ce côté très grandiloquent, onirique avec une vraie recherche de l’esthétisme musical ? Ouais, c’est vrai ! Le projet musical fou qui te fait rêver ? Déjà sur ce que je suis en train de faire. Je suis impatient de finir cet album ! Et dans ma tête je suis déjà en train de bosser sur le second. Ça va être tellement bon ! Je travaille aussi sur quelques sons avec TEPR, un pote de Paris. Les choses qu’ont a fait jusqu’à présent sont vraiment spéciales. Prochain live en France ? Je crois un petit lieu qui s’appelle Cognac! J’attends avec impatience. Et c’est certain que l’on va faire plus de lives en France en 2013. Surtout après cinq années à bosser dur ! (rires). Mais avant je dois finir ce putain d’enregistrement! Dernière question, mode cette fois-ci, plutôt nœud papillon ou cravate ? Le Nœud Pap’, c’est la classe.

Thomas Azier Facebook : https://www.facebook.com/thomasazier Site web : http://www.thomasazier.com Soundcloud : http://soundcloud.com/thomasazier

MUSIQUE 101


en tête à tête

April was a Passenger par Baptiste Pépin

Le Noeud Pap’ : Pour ceux qui vous connaissent un peu moins ou pas encore, ça fait combien de temps que le groupe est formé ?

On a eu le droit pour le moment à trois morceaux studios dont un superbe clip, mais le premier EP est prévu pour bientôt ?

Minouche : On a commencé le groupe en septembre 2011, pour le travail de mise en live. Mais le boulot de composition a commencé depuis plusieurs années. Tout a été pré-maquetté et composé il y a longtemps pour certains morceaux, même s’il y en a beaucoup de plus récents.

M : Sur l’EP sorti le 15 mars dernier on va retrouver Wall et Hurry Up qui sont déjà sortis il y a à peu près un an. Après ils ont été re-travaillés. Puis Red Light Romance qui est sorti il y a deuxtrois mois avec le clip que Samuel Kaperski a fait. Et là, il y a deux autres morceaux qui seront sur l’EP et qu’on joue en live, Be as you want et Safe.

Aujourd’hui on aime bien ranger la musique et les groupes dans des cases. Si vous devez le faire, vous vous mettez dans quelle case ?

On vous a vu faire pas mal de lives sur Paris ces derniers temps. C’est sur scène que vous prenez le plus de plaisir ? Ou alors en studio à peaufiner les sonorités, les arrangements etc. ?

M : Pop-électro. Très pop avec une touche d’électro. C’est pour ça qu’on le met dans ce sens là d’ailleurs, et non pas électro-pop. Anthony : C’est ce qu’on dit souvent en fait. Et ça vous fait chier d’être dans une case comme ça ? M  : Non pas vraiment. C’est juste compliqué d’avoir le recul pour se mettre dans une de ces cases, ce n’est pas évident de se mettre « hors » du projet et de se dire « tiens ça ressemble à quoi, à quoi ça s’apparente, quel groupe, quel style etc. ». On va voir avec la sortie du premier EP, et on pourra plus facilement se poser la question. Jérôme  : Et puis on a conscience que les cases c’est important, donc on s’est vite posé cette question, pour pouvoir s’identifier, du moins que ce soit clair pour les gens.

A : Moi je dirais sur scène, sans hésiter. J : Avec ce groupe là, je ne fais que des répet’ et de la scène, donc forcément la scène c’est le sucre et c’est génial. M : Moi du coup, les deux. Je n’ai pas vraiment de préférences. J’aime bien les moments ou je suis seule, que je cherche mes sons, que je compose. Même si des fois ça me rend un peu débile. Puis le live aussi, c’est super, c’est marrant comme chemin. A : J’adore le contact grâce au live, parce que c’est un vrai aboutissement. Même si un album est un aboutissement aussi. Mais le contact sur scène est hyper important pour moi. C’est le pied. J : Puis c’est con, mais quand les gens écoutent la musique chez eux, forcément on ne les voit pas. Alors que c’est intéressant de voir les gens réagir à ta musique.


Les musiques pop-électro à tendance baroque d’April was a Passenger ont fait mouche tout de suite, dès la première écoute. On se retrouve à fredonner l’air de Hurry Up tout en cuisinant des pâtes au beurre, alors qu’on a entendu ce groupe pour la première fois il n’y a même pas une heure. Forcément, ça donne envie de suivre son évolution. On les a vu en live ces derniers mois, que ce soit à Mains d’?uvres pour l’excellent anniversaire de la salle pluridisciplinaire de Saint-Ouen, ou encore au sous-sol de l’International. Cette fois, c’était sûr, on avait envie de les rencontrer et de connaître qui se cachait derrière ce mystérieux passager. Alors que leur titre Wall se retrouve en bonne compagnie de Mermonte, Fauve ou Granville sur la compile des Inrocks et Because Music, on retrouve Minouche (chant, claviers, basse et probablement tous les instruments que l’on peut imaginer), Anthony (basse, machines) et Jérôme (synthé, choeurs) autour d’un petit verre de vin pour une bonne discussion concernant leur projet.

« J’ai l’impression de ne pas connaître grand-chose et du coup ça me sauve »

Vous êtes tous les trois sur scène, avec une multiplicité d’instruments d’ailleurs, mais à l’avenir, vous avez l’intention d’étoffer la formation live, on peut penser avec une batterie notamment ? A  : Oui carrément, un quatrième membre qui ferait de la batterie ce serait génial. On en a souvent parlé en plus. M  : Oui oui. J’ai quand même envie de garder les caisses claires synthétiques, des kicks assez synthétiques, même si ça dépend de la chanson, car ça peut évoluer, ça peut donner d’autres idées. Mais c’est vrai que pour ce qui est cymbales, ambiance on va dire et vélocité j’aimerais beaucoup. A : En gros, pour résumer, ça donnerait un côté encore plus humain au truc. Derrière on aurait quelqu’un qui apporte un peu plus de vie, M : Une batterie, mais des choeurs aussi car mine de rien quand je compose, j’aime bien en mettre un peu partout. Donc une ou deux personnes à faire des ch?urs en plus… Alors que là à trois, c’est quand même assez limité. A : A deux en plus, parce que moi je suis…muet. J’ai pas de micros sur scène. Et il ne vaut mieux pas je crois ! 

Aujourd’hui pas mal de groupes se forment alors qu’ils n’ont aucune formation musicale. Et à contrario, on retrouve aussi d’autres groupes très pop qui ont une formation classique. Qu’en est-il pour vous ? A : Moi j’ai une formation de guitariste, depuis mes 10-12 ans je crois. J’ai commencé par ça et après j’ai eu deux-trois groupes, ce qui m’a apporté de l’expérience. J’ai pas fait le conservatoire, mais ce n’est pas un truc qui m’aurait déplu. J  : J’étais dans une école de musique quand j’étais gamin, j’ai fais du piano, puis après une « école » de synthé. Enfin une école Yamaha un peu bizarre où on apprend à faire du synthé, exclusivement sur des Yamaha. Pendant deux ans à peu près. Puis ensuite j’ai fait une année de cours de guitare, puis j’ai joué de la basse. J’ai vraiment réappris la musique dans mon autre projet, avec la basse notamment. Par ce biais là je me suis posé plein de questions et j’ai réappris beaucoup de choses que j’avais oublié. Mais je suis redevenu claviériste avec April. M : Pour ma part j’étais en école de musique à l’age de 6 ans, solfège, flûte baroque pendant longtemps. Et après je me suis mis à la clarinette, trad’ breton, klezmer, jazz manouche, puis ensuite aux programmations et c’est là que je me suis mis à chanter. Alors j’ai utilisé des logiciels de programmation, puis j’ai commencé à composer des morceaux, à chanter, à faire du clavier. Du coup j’ai fait une fac de musique, donc j’ai été obligé de me mettre au piano, à l’harmonie etc. Plus tard je me suis mise à la basse.

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Pas de cours de chant ? M : Non. J’en ai pas encore pris. Ca pourrait être pas mal ! Notamment pour la respiration. Mais après ça me fait un peu peur parce que quand tu apprends des techniques comme ça, tu as toujours tendance à revenir en un peu arrière, tu perds un peu d’instinct et le temps de re-mélanger les deux, ce n’est pas évident. Tu as le risque de réfléchir de manière totalement mathématique. Je vais sûrement t’énerver Minouche, mais je me lance. On t’a souvent reproché d’être trop proche de Bjork au niveau vocal. Tu le prends comment ? M : Je ne le prends pas mal, parce que ça va, il y a pire. Je ne sais pas, je pourrais ressembler à Mireille Mathieu  ! Non non, je le prends bien, mais après les comparaisons comme ça, ce n’est jamais super agréable parce que je n’ai pas l’impression de faire du mimétisme. Et c’est vrai que je l’ai quand même pas mal écouté entre 11 et 16 ans, et quelque part ça a du m’influencer, c’est évident. Et vous avez d’autres influences ? M : Pour ma part j’en ai beaucoup oui. Différentes, mais beaucoup. Beaucoup de soul notamment, avec Buddy Holly, Nancy Sinatra par exemple que ma mère écoutait souvent. J’ai eu ma période rock des années 70, Pink Floyd, King Crimson, Gong. Puis beaucoup d’électro. Je ne peux pas oublier Kraftwerk, Nick Cave et Johnny Cash. A : Pas évident de citer quelque chose là, comme ça, pris sur le fait. Je vais plus te citer des groupes que des courants. En gros ça passe par David Eugene Edwards et ses projets. Puis je ne peux pas renier Radiohead parce que j’ai tout bouffé, parce que je suis à fond dedans et que depuis que j’ai 15 ans j’écoute ça et je ne m’en suis jamais lassé. Puis Foals aussi, même si je n’aime pas trop le dernier titre qu’ils ont sorti et le clip qui va avec. Il y en a d’autres, mais c’est compliqué d’y penser maintenant, j’en oublie sûrement. J  : Moi je ne sais même pas si ce sont des influences, mais j’ai écouté beaucoup de pop rock, les trucs de base qu’on écoutait dans les années 90-2000. Pas mal de métal aussi. En fait j’ai l’impression de ne pas connaître grand-chose et du coup ça me sauve, car quand je compose de la musique, j’essaie de ne pas faire des trucs que je connais. Du coup, je n’ai pas énormément d’influences.

« il y a [...] pas mal de scènes

qui se révèlent comme à Reims, à Clermont ou à Caen en ce moment. Tout ce qui sort de Caen, ça marche » D’ailleurs Jérôme je crois savoir que tu bosses sur un autre projet aussi, Clock’n’Works ? Pas trop compliqué de gérer les deux ? J : Pour moi non, ce n’est pas compliqué de gérer les deux projets, même si je ne suis pas encore très bon tout le temps. Il faut être super rigoureux sur les dates, bien tout noter, pas se planter, anticiper et il y a des choses que je ne fais pas encore tout à fait très bien. Mais moi ça me va, les rôles sont complètement différents. Dans April je me laisse un peu porter, alors que dans Clock je suis plus moteur sur pas mal de choses notamment la compo. Et c’est un bon équilibre. Et pour vous Minouche et Anthony, ça pose problème que Jérôme soit sur Clock’n’Works en même temps ? M : Non, c’est plutôt cool. A : Non, il n’y a pas de conflits en fait. Et il ne pourrait pas y en avoir. Puis par moment on a tous quelques petits projets en plus. M  : Moi ça me manque  !    Un projet où je ne compose seul pas mais que ça se fait en groupe, ça me manque. J’ai eu une formation l’année dernière, c’était avec trois mecs en Bretagne et c’est compliqué de se voir maintenant, donc on a plus ou moins été obligé d’arrêter. C’était plus un boulot à quatre. Peut être que ça reprendra un jour, mais en attendant ça me manque. Ca donne de la dynamique en fait quand tu composes après tout seul, ça alimente ton travail, tu ne restes pas replié sur ton ordinateur et sur ton clavier. Donc c’est plus bénéfique qu’autre chose. J : Puis ça te permet de faire autre chose aussi. Là par exemple je me dis que j’aimerais bien avoir un troisième projet pour que je puisse jouer de la guitare. Bon après je n’ai pas forcément le temps, mais j’ai envie d’explorer plein de trucs. Depuis un an ou deux on sent une véritable nouvelle vague sur la scène pop française. Comment l’expliquez-vous ? M : Je ne sais pas si c’est très objectif parce que moi j’ai l’impression d’écouter des nouveaux


groupes depuis pas si longtemps que ça. Je m’intéresse plus à la nouvelle scène maintenant. Alors peut être que c’est réel du coup, j’écoutais plus des vieux trucs avant. A :  Moi c’est pareil. Alors est-ce parce que depuis deux ans je m’y intéresse ou alors y-a-t-il vraiment une nouvelle scène ? J : En fait depuis deux ans il y a peut être une nouvelle scène. Dans les groupes qui marchent c’est peut-être plus pop et c’est peut-être pour ça qu’on ressent cette émergence. Alors que j’ai l’impression que c’est un courant plus ancien, avec notamment un gros retour du rock il y a quatre-cinq ans. Puis c’est un peu retombé à plat. Mais en gros, ça va très vite, il y a beaucoup de nouveaux trucs et ça devient presque compliqué de se tenir à la page. M : Puis c’est en gros partie dû au développement des moyens de communication, puis tous les journaux ce sont mis à avoir une version web, à avoir un facebook, à diffuser. A  : Du coup en tant que consommateur tu y as accès beaucoup plus facilement, car c’est beaucoup plus facile de diffuser. J : Ce qui serait intéressant, ce serait de voir la proportion de premier album, deuxième album etc. que tu écoutes. Et ça me donne l’impression que finalement tu écoutes beaucoup de premier album mais pas forcément de deuxième. Ca va très vite.

« c’est fini depuis un bon moment d’être seulement musicien ou chanteur »

De plus elle ne semble pas cantonnée à Paris. D’ailleurs, vous qui êtes rennais d’origine, c’est un bon exemple de scène... M : Je ne sais pas si ça date d’aujourd’hui. Là encore je ne vais pas être totalement objective en tant que rennaise, mais il y a une grosse scène depuis un moment, notamment les années 80-90. Après il y a peut-être eu un petit creux c’est vrai mais ça revient depuis quelques temps quand même. A : Oui, mais c’est vrai qu’il y a quand même pas mal de scènes qui se révèlent comme à Reims, à Clermont ou à Caen en ce moment. Tout ce qui sort de Caen, ça marche. Après c’est forcément dû au bon travail des salles locales, comme Le

Cargo à Caen ou le Stereolux à Nantes. Tu n’es plus obligé d’aller sur Paris pour émerger. J : Même, je pense qu’en dehors de Paris, si tu es assez bon et que tu te démerdes bien, tu peux te faire aider par une SMAC ou autre, et avoir plus de soutien qu’à Paris. Quand on est un jeune groupe, beaucoup nous ont dit qu’ils passaient quasiment plus de temps à contacter les revues spécialisées, les blogs, à faire les graphismes, à démarcher des labels etc. que sur leur musique. C’est votre cas ? M : Oui, quand tu es indépendant tu passes pas mal de temps à faire ce genre de truc. Mais c’est assez intéressant si tu ne t’y perds pas et que tu ne passes pas trois plombes sur chaque blog. Ça te permet de découvrir plein de groupes. Ça te prend pas mal d’énergie, mais de mon côté ça me fait quelques pauses aussi entre deux compos. J  : Et puis pour un groupe en développement c’est un peu obligatoire de savoir composer, de savoir s’organiser pour répéter, savoir démarcher des salles, savoir faire sa communication, maîtriser la conception d’un clip. Connaître tout le processus finalement. C’est fini depuis un bon moment d’être seulement musicien ou chanteur. Et en plus, c’est encore à un autre niveau quand tu n’as pas de pognon  ! Là tu as le système D qui intervient et c’est une auto-formation en permanence. Et encore, maintenant on a de plus en plus d’outils qui facilitent le travail, avec soundcloud, les applications facebook ou des sites quasi clés en mains. Et la crise du disque ça vous fait peur ?

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J : Non, car on ne fait pas de la musique pour devenir multi-millionaires… A : …non on ne ferait pas de la musique sinon ! J  : Oui. Et d’ailleurs j’en reviens à une de tes premières questions, je ne comprends pas les groupes qui font de la musique mais qui n’aiment pas le live. D’une parce que c’est vraiment intéressant humainement et à plus ou moins long terme, c’est ce qui peut te faire vivre. A : Oui, mais en même temps je peux comprendre. Il peut y avoir des mecs qui préfèrent une musique « à l’image » c’est-à-dire préférer faire sa musique en « off line » et bosser devant un ordi etc.

M : Et de toute façon, partager un live ça dépend pas mal de la nature de ta musique, mais aussi de ta nature à toi tout court. Alors l’avenir d’April was a passenger, comment vous le voyez ? M : Ah très simple… Dans une Cadillac, avec un bichon et trois yorkshires. J  : Je vais être un peu borné, mais moi l’avenir d’April je le veux sur scène. A  : Oui, je suis assez d’accord. Avec plein de dates. M : Oui et si possible en profiter pour voyager.

April was a Passenger, EP le 15 mars.

April Was A Passenger Facebook : http://www.facebook.com/aprilwasapassenger Site web : http://www.aprilwasapassenger.com


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HOT SPOT

Bisou Français x par Max Ltnr

On vous en parle beaucoup et à juste titre, le Magazine Club, par sa programmation frénétique n’en finit plus de no Piu Piu, Ben Klock ou encore Para One se sont succédés ces dernières semaines, ajoutez nos local heroes, Pink Tee, D quoi faire saliver. Mais ce n’est pas de ça dont on est venu vous parler ici, pas exactement. Depuis octobre 2012, le collectif Bisou Français a pris pour habitude de prendre d’assaut le club aux néons bleus, un Paint. Parce que oui, le rap mérite sa place dans nos clubs préférés, et de loin. Retour sur 4 soirées qui ont marquées

GRAND MASTER MAG OPENING W/ DJ PONE

4.10.12

1ere pierre à l’édifice et quelle pierre ! Pour l’inauguration de leurs soirées Grand Master Mag, Bisous Français a décidé de frapper directement là où ça fait du bien en ramenant l’inévitable DJ Pone derrière les platines du club lillois, entre tubes incontournables et perles Hip-Hop, le ton est donné.

THE HOUSE OF PAINT #4 W/ THE SUPERMEN LOVERS, DEMON 22.12.12 Autre nom autre concept, exit le hip-hop cette fois c’est the Supermen Lovers qui assure le show, et, une fois n’est pas coutume au « Mag  », en live  ! Comme à chaque édition des House of Paint, le club est redécoré de fond en comble. Plus que la musique c’est tout un univers graphique qui y est développé, du plaisir pour les oreilles et les yeux. On se souviendra surtout du tubesque ‘Starlight’, défendu en live, c’est imparable. lien vers la vidéo


x Magazine Club

ous aguicher. Jugez plutôt : SebastiAn, Simian Mobile Disco, Riva Starr, The Magician, Yuksek, Joris Delacroix, Desirre, Art Point M, Matthus Raman ou bien évidemment Péo Watson (DA et résident du lieu), la formule a de

ne fois par mois, et d’y semer ses petites graines rap / hip-hop via leurs soirées Grand Master Mag et House of s nos esprits. GRAND MASTER MAG #4 W/ MYKKI BLANCO 14.02.13 Incontestablement la soirée la plus dingue de la série, le fantasque Mykki Blanco avait choisi Lille pour sa première date en France, le jour de la St valentin. Du rap de bonhomme dans un corps androgyne (ou l’inverse), le personnage est incroyable, aussi fascinant que chaleureux, et le show explosif. À coups de pogos et de testostérone, ce soir-là les colonnes du Magazine Club ont bien faillit s’effondrer. lien vers la vidéo

GRAND MASTER MAG #6 W/ SET&MATCH, RIMCASH 11.04.13 La dernière en date, parce que chez Bisou Français on mise aussi sur l’avenir, ce sont les jeunes montpelliérains, accompagnés de Rimcash qui ont assuré le spectacle en ce début de printemps. Une confirmation pour certains, une découverte pour d’autres, les soirées Grand Master Mag font aussi office de laboratoire pour héros locaux. Ce fut déjà le cas pour la 5eme édition avec le lillois Pink Tee, to be continued …

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HOT SPOT

LE PETIt SOCIAL par Eric Rktn

O

n n’est que le 15 du mois, ton porte feuille te fait déjà la gueule, et banquier t’en veux d’avoir un peu trop flambé ces vacances-ci. Hors de question de te farcir une soirée abrutissante devant la télé ce soir, à regarder des émissions qui ressemblent à tout sauf la réalité, nan. Ton truc, ça reste la musique, et puis j’ai vu que tu étais quelqu’un de curieux aussi, qui aime bien découvrir de nouveaux artistes. Pas du genre “ouais j’suis allé à une soirée complètement conceptuelle, le dj était trop ché-per, on a parlé Warhol toute la night “, non, toi tu aimes vraiment la musique et pas te prendre la tête. Au hasard de tes pérégrinations nocturnes, tu es arrivé ici, sans trop connaître, l’entrée était gratuite et l’ambiance super chaleureuse, c’était une soirée rap. Même si tu n’es pas forcément porté sur la chose, tu t’es vite pris au jeu, et puis il faut dire que le jeu de mots avec le mardi et « Retour vers le futur » ést pas mal, et le dj qui a un nom polonais mixe bien. Allez quitte à retenter, tu y es revenu le lendemain, changement d’ambiance, ils auraient pu prévenir. Ce soir c’est nu disco il paraît, ça bouge bien,

les filles sont chouettes aussi, soirée machine francaise ? Tu en reprendras volontiers le mois prochain, oui. Promis, c’est le dernier où tu sors. Avant le weekend. Qui joue? Renart? C’est qui, encore un mec avec un masque qui passe de la musique qui ressemble à des bruits de travaux publics? Ah non, ça va, c’est bien en fait. C’est même vachement bien, il vient de loin c’est ça? Et c’est tous les soirs pareil? Ah je croyais qu’ils étaient tous connus en fait, en tout cas c’est sympa ici. Tellement sympa que tu as décidé d’y élire domicile, à ce 142 rue Montmartre. Le Petit Social? Chouette nom, et pas mal ce côté laboratoire expérimental pour jeunes pousses en devenir. Et puis c’est toujours plus funky qu’une soirée fade devant un épisode de Julie Lescaut. Tu veux déjà y revenir ? Check la programmation, dans le prochain numéro, on te présentera les collectifs qu’il ne faut absolument pas louper ici. Site internet : http://www.parissocialclub.com


MUSIQUE 111


LENDEMAIN

LUNCH BEAT

IL EST 13H ON VA CL

par Baptiste Pépin

C

’est à peu près le principe du Lunch Beat. Tu es en pleine semaine de travail, un vendredi midi, tu penses déjà au week-end qui t’attend impatiemment mais tu sais qu’une pile de dossiers s’entasse devant toi sur ton bureau bordélique, les uns après les autres. Ou alors tu t’es couché à 5h du mat’, debout à 8h parce que tu révises pour ton partiel de biologie moléculaire. Dans les deux cas, faut que tu bouffes quand même et tu crois que tes pâtes de la veille, réchauffées au micro-onde, sont la seule alternative possible, mais qu’elles ne changeront en rien la morosité ambiante qui t’habite à cet instant précis. Les suédois te prouvent le contraire avec le Lunch Beat. Le quoi ? Le Lunch Beat !

choix, Le Nœud Pap’ doit s’approcher au plus près de ce qui semble bien être un nouveau phénomène. L’Institut Suédois a organisé en mai 2012 le premier Lunch Beat en France, reprenant le concept sorti de l’imaginaire d’une jeune suédoise surement un peu déjantée, mais probablement loin d’être folle ,tant elle a su développer ce qui n’était qu’un simple moyen de faire la fête avec des potes, avant que le soleil ne se couche sur la belle Stockholm. C’est-à-dire avant 13h. Molly Ränge, c’est son nom, balance sa première fête à l’heure du déjeuner en 2010. Gunilla Noren, qui bosse à l’Institut suédois de Paris et organisatrice du concept dans notre capitale nous explique : «  l’idée était de rassembler les gens à l’heure du déjeuner et proposer une autre manière de prendre sa pause, afin de se défouler et destresser un peu. Et aussi de proposer un autre cadre pour danser ensemble que la boîte de nuit » Normal.

« Après c’est vrai que

C’est le nom de ce concept apporté par nos amis scandinaves que l’on adore détester tellement leur coolitude nous dégoûte. Parce que nous, le midi, on reste au bureau pour bouffer avec nos collègues que l’on supporte déjà difficilement toute la journée, et on parle de ce que Jacqueline aurait dit à Marc alors que Sophie était juste à côté et qui, en vraie connasse, l’a répété à Thomas. Alors que les suédois, non, ça ne se passe pas comme ça chez eux. Ils sont trop cool pour que ça se passe aussi pathétiquement. Non, eux ils vont manger un petit sandwich végétarien, boire une grande gorgée d’eau minérale calorique -2% et bouger leur cul sur un petit son électro, ambiance club, avec un smile qui remonte bien derrière les oreilles, et qui laisse apparaître des dents « plus blanches qu’un finlandais  » comme dirait Nadinø Mörånolsson, célèbre ministre scandinave… Du coup, pas le

les Suédois aiment les nouveaux concepts, et sont très friands des tendances ludiques ou créatives » Pour autant, le premier Lunch Beat de Molly ne réunit que 14 personnes, dans un vieux garage de Stockholm. Le mouvement qui se développe alors est un mouvement vraiment (under-)underground , et semble voué à le rester, à ne pas franchir les murs de cette armoire à voitures. Hormis les quelques dégénérés du premier jet, le mouvement n’en serait probablement jamais un. Mais notre chère Molly se rend compte du potentiel de son « invention », ne lâche pas l’affaire, prend une gorgée d’Aquavit, mange un Krissprols (balançons dans le cliché, ça fait du bien) et continue de croire en sa pause-club du midi, sans alcool et « de préférence sans drogue » comme l’annonce le Manifesto, véritable 10


H, LUBBER?

commandements du Lunch Beat. Résultat des courses, le concept se développe, s’exporte dans les autres villes, comme à Malmö, cité étudiante du sud du pays. Et on peut dire qu’elle a bien fait d’y croire mademoiselle Ränge quand on sait maintenant que le Lunch Beat est organisé tous les premiers mardi du mois à la Kulturhuset de Stockholm et accueille non pas 14, ni 15, ni 16 mais…600 personnes. Depuis, on retrouve le phénomène un peu partout dans le monde, dans des villes aussi branchouilles que New York, Tokyo, Manchester ou Berlin. Et donc Paris depuis un peu moins d’un an maintenant. Alors quand on a su que qu’un nouveau Lunch Beat se préparait il y a quelques semaines, et comme apparemment, à cause de la forte demande de néo-clubbers du midi il est difficile de chopper une place, on a foncé sur Digitick aussi vite qu’un Usain Bolt dans un stade pékinois pour acheter le fameux sésame ! Non, je déconne, comme on aimait le concept on a demandé à être partenaire de l’événement, et comme les suédois sont cools, ils ont accepté. Du coup, on n’a pas galéré comme vous pour y aller. Et on a même proposé que l’excellent groupe Equateur vienne mixer ce vendredi là, à 13h. Bon, j’avoue qu’au début, les gars n’ont pas du comprendre notre demande et ont surement cru qu’on se foutait de leur gueule. Venir mixer à 13h ? Bouffer un sandwich viande de renne et sa sauce aux airelles ? Oui, on était sérieux. Ils ont accepté. Comment ça se passe alors ? Tu arrives à l’Institut suédois, si tu as réussi à avoir ton billet donc, vers 12h30, même si les portes n’ouvrent qu’à 13h. Tu arrives, tu montres patte blanche, on te file un ticket qui te permet d’avoir ton sandwich, au choix renne, caribou, boulette de viande ou végétarien puis ta petite bouteille d’eau, histoire de pouvoir te désaltérer. Ouais, n’oublie pas que tu viens pour danser, pas seulement pour manger les animaux de compagnie du père Noël. Bref, tu prends le temps de manger et là, à 13h – pas 13h01– avant même que les portes de la salle s’ouvrent, on entend Equateur qui a démarré les platines. Un son électro s’échappe du « club d’une heure  », pointu mais bien dansant et on attend avec impatience de pouvoir entrer. Bon avouons-le quand même, il est 13h et on a du mal à croire que quelqu’un va oser enfiler ses meilleurs chaussures de danse, et se la jouer John Travolta dans Saturday

Night Fever. Finalement, passé les 5 minutes de réflexion « qu’est-ce que je fous ici, c’est pas sérieux, c’est ma pause déj’ du boulot  », tout le monde se retrouve plongé dans le noir, avec pour seul et unique but de bouger, de s’éclater, d’oublier et même d’essayer de s’accoupler (j’ai les photos, mais je ne vais pas les balancer, certains d’entre eux avaient quand même un anneau à la main gauche). Bref, les gueules tristes et fermées rencontrées dans le métro le matin même semblent bien lointaines. Il y a un peu de tous les âges, même si forcément la tranche 20-30 ans est majoritaire, des mecs, des nanas, des banquiers en costards, des étudiants en jeans, et même un que je soupçonne d’être boucher. On se lâche et on se prend pour un suédois pendant une heure. Pas plus. A 14h et comme prévu, Equateur stoppe la musique, tout le monde applaudit. Eh oui, faut bien retourner travailler après ça, même si tu sens la sueur et que tu as des crampes qui tirent ton mollet gauche, le clubbing un jour de semaine , ça a ses limites.

Toujours en parlant avec Gunilla, on comprend très vite que le Lunch Beat n’a pas vocation à rester entre les quatre murs de l’Institut suédois, si beau soientils. Le concept a pour but de voler de ses propres ailes, de ne pas rester cantonner à Paris et pour les parisiens. Finalement, n’importe qui peut organiser ce fika dansant d’un genre nouveau. Que tu sois de Lille ou de Bourg-la-Reine et que tu te sens l’âme de reprendre l’idée développée par Molly, il te suffit respecter les règles du Lunch Beat (t’en tires pas de bénéfices financiers mais seulement l’amour de tes invités, pas d’alcool etc.) tu te mets en contact avec l’Institut suédois qui fait le lien avec Stockholm, tu prépares du pepparkaka, tu te branches avec les meilleurs dj’s du coin et même si tu n’es pas blond, le tour est joué ! Bon, c’est quand le prochain ? p.s 1 : malgré les quelques clichés présent dans ce texte, le nom d’Ikea n’a jamais été mentionné. p.s 2 : merde ! Raté 

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LENDEMAIN

Nordik Impakt 2012 par Lise Beuve

Pendant que nos amis parisiens se bousculaient au Pitchfork festival, on est allé faire un petit tour à Caen le temps de la 14e édition du Nordik Impakt. Des dix jours festifs où la musique électronique s’est appropriée la ville de Guillaume le Conquérant, on a choisi de revenir sur deux événements au sommet. lumières, mais ce manquement sera très vite oublié parce qu’un mastodonte débarque en grande pompe. C’est le très attendu TEED qui clôture la soirée en véritable apothéose. WOW. Le public se démembre et se délecte devant ce spectacle auditif et visuel garanti par un décors futuriste difficile à décrire, des jeux de lumières et le costume loufoque de l’anglais au visage imperceptible.

MERCREDI 31 Véritablement déçus d’avoir manqué ce qui s’annonçait comme l’un des grands moments émouvants de la soirée : la folk délicieuse de Samba de la Muerte et Patrick Watson à l’église Notre Dame de la Gloriette ; nous sommes allés chercher un peu de réconfort au Cargo où le Scratch Bandit Crew avait commencé à balancer son hip hop hybride tranquille et suffisamment efficace pour réchauffer une foule à moitié déguisée pour Halloween. Les concerts se sont enchainés, on est allé voir Lescop pour un petit voyage nocturne dans les 80’s. Mais quelques spectateurs mal intentionnés arborant des banderoles haineuses «  tu n’es pas le nouveau Ian Curtis » ont à mon sens gâché le concert qui s’est terminé tristement sur le visage blessé du chanteur. On est allé danser chez Para One, qui nous a revisité à l’instinct son live plutôt taillé pour les clubs, au grand plaisir d’un public transpirant sous ses costumes. Quelques trublions y ont d’ailleurs vu la parfaite occasion pour faire tomber la chemise est exhiber leur torse saillant presque sur scène. Petite faiblesse à dénoter peut être  : la faiblesse des jeux de

SAMEDI 3 C’est toute la friche portuaire qui a été transformée pour la soirée de clôture mobilisant quatre scènes aux tailles différentes sur lesquelles se sont succédés une vingtaine d’artistes. La presqu’îles, décorées d’installations et de projections est donc devenue pour la nuit une île de musique et de festivité que même la pluie normande ne pouvait perturber. C’est Superpoze à neuf heures tapantes qui a ouvert le festival. On était encore en train de se battre avec la foule de journalistes pour obtenir nos bracelets que se sont mis à vibrer les premiers beats du jeune caennais, de quoi nous faire trépigner d’impatience et même jouer un peu des épaules pour gratter quelques places


dans la queue. Une fois le st graal au poignet nous nous sommes précipités sous le chapiteau où une foule de festivaliers était venu supporter fièrement son petit beatmaker prodigue, dont l’immense sourire semblait trahir sa joie de présenter son futur EP (sortis quelques semaines plus tard) chez lui. Terminant sur son efficace remix de Iron, il laisse une foule effervescente en pleine forme et impatiente de voir débarquer M83 pour son seul concert en province. Le son cependant très mauvais dû probablement à l’acoustique du chapiteau ne nous emballe pas trop on décide de faire un petit tour du chez les artistes pour aller tailler un brin de causette à l’un de nos chouchous, Rone. On a pu ensuite prendre une petite dose d’ultra violence devant Dope D.O.D, au cœur même de la foule en délire où tenir debout quand on pèse 50 kilos était devenus un combat de sang froid. Certes moins violent mais tout aussi fous, les Naives new beater et leur humour ont irradié le cargo de leur énergie tropicale avant de laisser place à un Agoria qui a vu les choses en grand. On est allé

prendre la température du côté de la Dupstep Arena où se sont succédés Flux Pavillon, Noisia et Excision, peut friand de ce genre de sonorité nous nous sommes tous de même laissés emporter par l’ambiance survoltée. Pourvu que le plancher du chapiteau ne s’effondre pas. Retour au Cargo pour le set de l’espace bidouillé par le quatuor hippique avant de filer sur le coup de 4h30 au pavillon de Normandie pleins à craquer pour voir Rone. Sa musique narrative plonge la salle dans une atmosphère rêveuse où une foule d’émotions se côtoient faisant de ce concert probablement l’un des meilleurs moments du festival, à tel point qu’il sera réinvité par le Cargö le 13 avril. De par la prog bien riche et variée ainsi que divers manifestations à plus petites échelles telles que les Nordik apparts qui font participer la scène locale, le Nordik est l’un des festivals de province immanquables de l’automne. Il prouve qu’à Caen, les tripes, c’est bien accrochées qu’il faut les avoir.

Nordik Impakt http://nordik.org/programme crédit photo : Paul Woodstock et Manon Marvie

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à venir

BEAUREGARD FESTIVAL 5/6/7 JUILLET 2013 – HÉROUVILLE-ST-CLAIR par Eric Rktn

Cinq ans seulement, cinq petites années que le Beauregard fait du (beau) bruit aux portes de Caen avec une succession d’artistes qui ferait rougir les grands festivals nationaux : Paul Kalkbrenner, Phoenix, Birdy Nam Nam, The XX, Metronomy, The Kills, Hot Chip, Sebastien Tellier... En 2012, 58 000 personnes ont foulé la pelouse du fief de Colbert, à ce niveau, on n’appelle plus vraiment ça du tourisme, mais un semi-pelerinage. Malgré l’ampleur qu’il prend, Beauregard reste avant tout un festival à taille humaine, un horloger de l’entertainement d’exterieur. John l’ambassadeur vous accueille ainsi dans son modeste jardin et y réunit ses amis artistes pour une garden party qui dure 3 jours. Et même si cette année nous sommes particulièrement gâtés, on a décidé de revenir sur certains groupes qui nous tiennent à cœur. Notre valise est déjà prête à craquer, nos appareils parés à être dégainés, et la petite liste de nos artistes à ne pas rater, bouclée :


THE MACCABEES Leur album, né en même temps que notre magazine, est le premier objet sonique qui nous a intéressé, et c’est une belle surprise que de les voir dans la programmation 2013. Leur dernier album « given to the wild » est une véritable décharge épique et électronique, autant à l’écoute chez soit qu’en live. Des anglais incontournables.

LOCAL NATIVES Difficile de passer à côté des Local Natives et de « Wide Eye », « Airplanes » ou plus récemment « breakers », titres ras-de-marée qui nous emportent sur leur passage. Une cavalcade folk, des choeurs qui font « houhhouuuh » et le tour est joué, presque trop facile pour eux. Ce n’est pas tous les jours qu’ils se déplacent de Los Angeles jusque chez nous, raison de plus de ne pas les rater.

MILES KANE L’enfant terrible d’Albion, leader des Rascals et moitié de the Last Shadow Puppet est né pour prouver que la pop de son pays est encore la meilleure du monde. Et ce n’est pas parce qu’on est très jeune et fougueux qu’on doit faire n’importe quoi musicalement pour paraître rock, non. Miles kane incarne le génie des mélodies anglaises, la nonchalance qui va avec, et a toute la vie devant lui pour nous en faire profiter.

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JUVENILES On devrait plutôt parler de « Sainte pop » pour les Juveniles. Quand on fait une entrée remarquée chez Kitsuné, qu’on fait produire son 2e EP par Yuksek, il y a de quoi croire en Dieu. Mais la chance ne fait pas tout, et à l’écoute de la musique des rennais on comprend pourquoi. Sur scène, on se laisse volontiers prendre par l’intensité éléctronique et cette voix de prédicateur de la fin du monde. Et le pire dans tout ça, c’est qu’on en redemande. BOW LOW Les normands joueront à domicile dès le premier jour du festival, et on est très curieux de voir comment le groupe défend «  30W 10W », leur premier album fait de rock nerveux, d’accents new wave, un poil de The Doors par moment, tout ça passé entre les mains savantes du quintet, pour un résultat à la fois éclectique et homogène, surprenant.

Bien sûr, la fête ne serait pas complète sans invités de marque, comptez aussi sur ceux qu’on ne présente plus : ALT-J grands gagnants de 2012, THE LUMINEERS et leurs mélodies qu’on ne se gênera pas de fredonner très fort (hey ho), THE HIVES qui va nous faire changer de teeshirt 3 fois tellement on aura sué, la plume d’OXMO PUCCINO qui nous transpercera une fois de plus le cœur, le nouveau live des C2C qu’on a eu plaisir à suivre l’été dernier (souviens-toi), notre penchant pour la belgitude de BALTHAZAR, et bien d’autres...

A l’occasion de sa cinquième édition, Le nœud Pap’ s’associe au Beauregard pour vous offrir des pass direction les vertes prairies de ce bon vieux John. Surveillez notre fan page, ainsi que celle du festival : Fan Page Le nœud Pap’ : http://www.facebook.com/lenoeudpap Festival Beauregard : 5/6/7 juillet 2013 – Hérouville-st-Clair http://www.festivalbeauregard.com


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LENDEMAIN

LE CARMEN

BENJAMIN CLÉMENTINE par Thomas Baron

Ce n’est pas de n’importe qui dont je vais vous parler : c’est d’un artiste envoûtant, magnétique presque, comme il y en a peu, je trouve. Un Ghanéen britannique né d’ascendance chinoise. Une élégance brute.

assemblée compacte et sous le charme. Car du charme c’est de cela dont il est question. Charme du personnage, empli de charisme, de ses mélodies, joyeusement mélancoliques, et de sa voix, soul, tour à tour sombre et gaie, changeante.

Il s’agit de Benjamin Clémentine, toute première signature du label Behind, celui de La Clique. Et qu’on se le dise clairement, ce mec est destiné à quelque chose de grand. L’émotion qu’il transmet me donnera raison, j’en suis sûr. Sinon demandez à ceux des festivals, privilégiés de Calvi, Cannes ou Cabourg. Demandez à ceux des salles de concert Parisiennes, aficionados du Bus et de la Cigale. Demandez enfin aux mondains, ceux du vernissage Thomas Lélu ou du lancement de la collection Diesel Edun. Demandez, ils vous diront tous la même chose: ce mec déchire.

Le répertoire vocal de Benjamin Clémentine est vaste, et il en joue avec talent, nous emmenant avec lui sur les rythmes décalés de ses morceaux. De son « where are you » répétitif dans Piece Peace au London lancinant et magnifique. Il joue de sa voix comme de son piano : avec virtuosité. I’m alone est encore une illustration de ce pouvoir, passant d’une intonation de vieux bluesman, jusqu’à appuyer ses « lonely » dans les aigus avec une force incroyable.

Et ce soir encore c’est le cas, sa voix épouse parfaitement les moulures du Carmen, où l’artiste joue devant une

Une influence : il cite Jimmy Hendrix. L’osmose entre le musicien et son instrument est de la même sorte. Ça se pose là comme conclusion.

Benjamin Clémentine EP : Sortie le 10 Juin sur Behind Facebook : WCrédits Photo : Valentin Le Cron


CORRESPONDANCE

VANCOUVER par Paul De Pone

Mais en grand téméraire désabusé (et alcoolisé), il ne me faut pas plus de 10 minutes pour m’y retrouver, gréant de mes titubations. Junkies bipolaires, sans-abris dégueulants, petites frappes nocturnes. Les sirènes de police n’en finissent pas de retentir. Je fais tâche avec ma petite gueule de caucasien et ma Stella à la main. Catherine s’approche de moi alors que j’attends un taxi, résolu à quitter l’endroit car j’en ai assez vu. Elle a la gueule d’un rat crevé qui aurait bouffé de la lèpre en conserve. Elle me salue, me demande la pièce, alors je lui vide mes poches de mes mains, « doit y avoir trois dollars  » j’me dis, de quoi largement me laisser tranquille. Elle s’enquiert de mon nom et de ce que je «  fucking Lord  » fous là. Je me présente. Elle me demande ma profession, j’ignore en lui demandant quel est son job à elle. « No job dear, I make blowjobs.

Credits Brian Kipping

I

l est trois heures du matin quand les videurs traversent la piste de danse pour botter le cul des petits français qui n’ont pas encore compris que les clubs ferment à cette heure de la nuit à Vancouver. Alors, contre toutes nos espérances, nous nous retrouvons tous sur le trottoir, devant la boîte, après quatre inutiles heures passées à danser sur le Top 40. Tellement pris au dépourvu que qu’on a même pas levé une seule fille de la soirée. Certaines courent même déjà dans lespoir d’attraper les derniers transports en commun. Questionnements alentour. « How will you get home dude  ?  » j’avise un compatriote que je vais certainement rentrer à pied. Son colocataire mexicain me jauge puis me demande où. «  Renfrew Station  » je lui dis. Il écarquille les yeux et me fait jurer de ne surtout pas passer par Chinatown, foyer de la mafia chinoise. « Ouais, pas de soucis, je suis au parfum » je lui rétorque dans la langue de Shakespeare.

Want some ? You can also have titties » Une pute. Une sacrée bon dieu de pute. On continue de discuter, et je la suis un peu plus loin car elle veut me présenter Sarah. Blonde, belle comme la lune, propre comme un sou neuf, Sarah a tout d’une étudiante en psycho à la UBC (University of British Columbia). Sauf que ses parents sont morts à ses sept ans. Manque de bol pour cette enfant non désirée de Dieu. Elle me dit que c’est 20 dollars pour la totale parce qu’elle débute dans le métier. Elle n’a pas l’air d’être malade, elle n’a pas non plus l’air de tapiner pour un mac. Elle a des capotes et, comme si ça ne suffisait pas, elle paye le motel grâce à je ne sais quel arrangement avec le tenancier. On passe deux heures ensemble. Une demi-heure à baiser comme deux bêtes enragées. Le reste du temps à parler de sa misérable existence. Je ne sais pas ce qui est le plus attristant: Penser que j’aurais pu coucher avec cette fille après l’avoir séduite en boîte si ses parents n’avaient pas clamsé bêtement sous un train de marchandises, ou bien l’horrible façon qu’à Sarah d’accepter son triste sort avec un sourire larmoyant. Qui aurait cru qu’on pouvait tomber amoureux d’une prostituée ? J’en ai la certitude désormais, alors que je croyais que ce n’était que pur lyrisme encourageant, Vancouver est la ville de tous les possibles.

MUSIQUE 121


CORRESPONDANCE

KOSOVO, bien et toi? par Paul De Pone

L

es vipères diront que cette chronique est un conte, en vrai c’est leur mère le conte, parce que tout ce qui suit est véridique mon pote. La chance m’a été donné de partir 6 mois au Kosovo, et on m’en donne une nouvelle aujourd’hui pour raconter à quoi ressemble la culture de ce que je pensais être le no mode’s land européen. Bon, histoire de ne pas exciter vos subconscients trop longtemps, ça casse pas trois Klout à un canard. Ils ont pas Klout de toute façon. Et Klout c’est vraiment nul en fait, quelqu’un leur a dit ? Bref je m’égare. Mais, et oui il y a un mais, autrement ça aurait été l’article le plus court du nœud pap’.

« Bilklinton , Toniblèr » Mais, donc, derrière l’image guerrière, limite « ce pays c’est Call Of Duty en moins bien », il y a des gens, les Kosovars. Ce qu’on assimile plus à une insulte entre potes pour qualifier quelqu’un de négligé ou un rustre personnage (« vas y fais pas ton kosovar », « t’es habillé comme un kosovar mon fils  ») en France, est en fait un charmant camarade, poli, cultivé, connaît Justice, s’habille avec un pantalon beige chiné Zara et un t-shirt col V bleu, et même s’il écoute du folk balkanique, c’est 40% de la prog de Radio Nova et personne s’en est plaint jusque là. Appelons le Bilklinton. Bilklinton donc, le prénom vaut déjà le détour. Je te vois froncer tes sourcils derrière ta tablette rueducommerce. fr en mode « je crois que ce que je vois », et pourtant true story. Au passage, il faut aussi croire Fred et Jamy, ces mecs là, si leur relation est de nature douteuse après 5 ans à partager le même camion je vous l’accorde, n’ont jamais dit une connerie en 300 émissions. Bref bref bref.

Bilklinton est un prénom, et ça c’est de l’info. Pourquoi ? Avouez qu’à défaut d’être joli, c’est drôle, alors que Marvin ou Wilfried, t’es voué un jour ou l’autre à te saloper le bras avec un signe tribal. En fait, les Kosovars kiffent tellement les occidentaux mais ont tellement rien à leur donner pour les remercier d’avoir fessé les serbes que la boite de Quality Street qu’on offrait à notre correspondant d’Allemagne de l’Est se matérialise ici en prénom. Dans le même genre, on peut également rencontrer des Toniblèr, et le croisement des rues Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy ou Coca-Cola…

« la quête d’un visa

ressemble à la finale de Pékin Express, sauf que tu gagnes rarement » Dans la lignée de cette succulente anecdote, Bil est un étudiant de l’Université de Pristina (Pour les Pink floyd qui ont pas de mappe monde dans leurs toilettes, c’est la capitale), sera au chômage dans 2 ans, comme 45% de ses compatriotes, et de toute façon, même s’il est neuro-chirurgien, son climax salarial ne dépassera pas 900 euros, hors CAF, mais il y a pas de CAF. Le bon plan c’est que le loyer de son 50m² équivaut au prix d’une Dreamcast dans la force de l’âge (Sega Rocks), et la pinte de mousse, un ticket de métro à Paris. Passé ces avantages financiers, Bil K. a quand même de gros soucis quand il s’agit d’aller se dorer la pilule à l’étranger. Etat reconnu que par 94 pays, la quête d’un visa ressemble à la finale de Pékin Express, sauf que tu gagnes rarement. Comptez 4 mois et un bon paquet de flouz pour obtenir un sésame pour la France. Scandale ? Flatteur.


Credits photo Jon Shuler

Ensuite Bil parle albanais. Oui, au Kosovo on parle albanais. Je l’ai appris, et ouais mon pote. Si en France, ça se parle principalement dans les milieux dark de la night parisienne, là bas, t’es le roi du pétrole quand tu parles la langue locale, un étrange dialecte. Bil a cependant un défaut, et un vilain, il est susceptible. En effet, comme ses voisins d’Albanie, le Kosovar n’a pas encore découvert le second degré, et tu peux te prendre une bastos dans la jambe si tu tentes les troisième. Joueur.

« c’est quand tu fais rien

chez toi qu’on appelle les flics » Pour imager tout ça, au moment d’écrire le script du film Borat, les réalisateurs ont d’abord pensé à un albanais avant d’opter pour le Kazakhstan. La production a reçu une bonne dizaine de menaces pour que le moustachu soit autre chose qu’un honnête albanais. Ambiance.

Bon ceci-dit, Bil K. reste un bon teuffeur, la bibine ça le connaît et Pristina regorge de bars, club et zones de villégiature nocturne en tout genre. En même temps, avec un habitant sur 2 à moins de 25 ans, c’est quand tu fais rien chez toi qu’on appelle les flics. En parlant de ces brigands, le tapage nocturne est sanctionné de manière beaucoup plus direct qu’en métropole. Ces bons hommes de la marée-chaussée déboulent sans dire bonjour, et prennent tes enceintes en otage, à venir récupérer le lendemain au commissariat. Je vais m’arrêter là, tu croyais vraiment que j’allais tout te déballer ? J’ai fait qu’enlever le ruban, à toi d’ouvrir la boîte. Prends ta carte Electron, chopes toi un BruxellesPristina avec Jet Air Fly, et vas dire «  Miredita  » (bonjour) à Bilklinton toi-même. Tu seras pas déçu. Si ma plume t’a séduit, rejoins moi, je prépare un putsch au nœud pap’ au sein de l’équipe rédac’, un grand ménage mon pote. Le changement c’est maintenant, vrai ou non ? La bise les coquins.

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CORRESPONDANCE

PRAGUE par Paul De Pone

T

oi même tu le sais, j’aime les festoches, la musique, les meufs, boire, ce genre de choses. J’aime aussi poser mes valises un peu partout dans le monde quand j’en ai l’occasion, et le résultat est parfois – souventsurprenant, encore faut-il que je m’en rappelle, chose qui n’est pas aisée à chaque fois. En ce moment, je suis à Prague, capitale de la République Tchèque comme tout un chacun pas trop nul en géo sait. Je vois déjà ces préjugés apparus dans ta tête à l’instant où le mot PRAGUE est arrivé sous tes yeux. En fait, il y a deux catégories d’idées reçues: ceux qui pensent que Prague est une ville dévastée par l’ancien régime communiste, le cliché pays de l’Est à la Hostel : à croire que cette région là n’est que cabanes en bois, chiens errants, héroinomanes et alcooliques (bon.. ok, celui là est vrai, je vous l’accorde, mais on y reviendra). Ou alors, Prague, capitale culturelle, centre de l’Europe, destination prisée des Erasmus (on y reviendra aussi), aux clubs undergrounds, aux moeurs débridés et à l’architecture exceptionnelle.

« Une danse Gangnam style derrière les platines » C’est plutôt sur ce cliché-là que je m’attarderai. Le premier, vous pouvez l’oublier sans aucun doute. Le depaysement est total, de la façon de vivre, au coût de la vie, de la proximité de tout à la langue imprononçable... Par exemple, essaye de prononcer ça «  Strc prst skrz krk », qui, entre nous, voudrait dire « je mets mes doigts dans ma bouche »…( ne cherche pas, non ne cherche

pas). Cette ville m’a bluffé, et je te la recommande chaudement, contrairement au temps qu’il y fait, d’ailleurs. Mais ce n’est pas ceci qui nous intéresse. Ce que je vais te raconter, c’est la dernière nuit que j’ai passée ici, condensé de 40 nuits que tu pourrais faire à Paris, tant par la qualité de soirées que par la quantité d’alcool ingurgitée. Ici, comme toute ville étudiante, on se fait vite des amis, il suffit juste de passer le cap de la première soirée Erasmus, horriblement mortelle sur bande son à base de David Guetta, Skrillex et consort, et de rencontrer le bon groupe de mecs complètement barjos. Généralement tu les reconnais, ils s’emmerdent au bar comme toi, et ne savent pas ce qu’ils font là, mais essayent quand même de passer une bonne soirée en se foutant du DJ qui enchaîne un combo sacrement fatal de mixage les mains en l’air + une danse Gagnam style derrière les platines. Finalement, vous échangez vos numéros (encore mieux quand ce sont des petites espagnoles, cela dit entre nous), et voilà, ta bande de potes qui déterminera le sort de ton foie et ton état physique global à la fin de ton séjour. Car, crois moi, Prague n’est pas de tout repos, et d’ailleurs c’est rare que l’on s’y repose, tellement les occasions de bouger sont fréquentes.

« du lambris en bois, une vieille tapisserie et des cadres poussiéreux »


Il était 15 heures ce jour lorsqu’on s’est décidé à boire. Ici, il n’y a pas d’heure pour commencer sachant que la plupart de tes potes, censés étudier ici, n’ont rien d’autre à faire que de se la mettre 6 jours par semaine. Je me suis laissé entraîner par le mouvement, une des nuits les plus folle de ma courte existence, pour ce que je m’en rappelle. La première chose à savoir quand tu arrives, c’est que la bouteille de vodka de 1L, exemple parmi tant d’autres, coûte à peu près la même chose qu’un vieux vin blanc acheté chez le reubeu du 11ème arrondissement, décomposé dans sa bouteille avant même que t’arrives à ta soirée, inutile de te préciser également que l’eau coûte plus cher que la bière ici, meurs, oui meurs t’entends. On boit, on rigole, on décide de bouger s’amuser quelque part, faire une tournée des meilleurs endroits, danser, rencontrer quelques tchèques du sexe féminin histoire d’explorer la faune locale et de savoir si les légendes sur les filles de l’Est ne sont que balivernes

(info utile : elles ne le sont pas, si les nuits praguoises sont froides, les filles, elles, sont loin de l’être). Prague vit la nuit, le centre se réveille. Les petites rues pavées se remplissent d’une foule innombrable le soir, les gens crient, se bousculent, sont joyeux, jeunes, comme nous. Beaucoup d’étrangers surtout. Souvent éméchés, très tôt. Tous unis dans un même but  : profiter de ce qui pourrait bien être une des meilleures ville d’Europe pour faire la fête. Notre premier choix, on commence doucement  : un bar de Zizkov, le quartier bobo et étudiant, où je crois bien que 50% de la population est composée de français ou de vietnamiens, qui tiennent les fameux « reubeus » de chez nous (qui, pour le coup, deviennent donc des « viets », tu suis ?). Le bar Lebowski, ça ne paye pas de mine : c’est comme un vieil appartement miteux et pas trop clean, du lambri en bois, une vieille tapisserie et des cadres poussiéreux. Mais, une fois que tu découvres la particularité du lieu, il devient tout à coup le paradis sur terre. Parce que tu payes ta bière au prix que tu désires. OUI on ne rêve pas, 1 centimes, 2 euros, 4 euros si tu veux faire plaisir au barman, c’est toi qui choisis, bien sûr, tout ceci en monnaie tchèque, mais je ne m’y mets pas parce que tu risque de te perdre en route. Une bonne surprise ne venant jamais seule, dans la mezzanine, un énorme écran diffuse les matchs, et des chichas sont à disposition, toujours pour un prix dérisoire. Bref, le Lebowski, on s’y sent bien, et en plus, le barman a appris a parler français au fil du temps grâce à sa clientèle.

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« en plein Disneyland » Quelques bières plus tard, et pas ruiné pour un sou – on ne relèvera pas ce superbe jeu de mots- on file plus au centre, pour se rapprocher un peu plus du coeur de la fête. Même si la majorité des bars ont l’air minuscules, les apparences sont trompeuses, surtout à Prague. Car c’est une ville qui grouille en sous-sol. Les bars ont d’étroites entrées, mais une fois cette porte poussée et les escaliers descendus, on découvre toujours un dédale de pièces et de bars, où il y en a pour tous les goûts. Du bar à la déco communiste du sol au plafond ( le Propaganda, certainement un des plus remplis chaque soir), à la spécialité absinthe (l’Absintherie), au bar/ club à la programmation pointue et au nom français (Chapeau Rouge), en passant par le Beer Museum (plus de 30 bières à tester), ou à l’ancien abattoir transformé en salle d’expo, concert et bars (Meet Factory). Prague, réputée pour ouvrir un bar par jour, porte bien sa réputation. Inutile de rappeler qu’ici tu peux fumer à l’intérieur, et pas que de la cigarette. Un bon nombre de verres plus tard, et notre sens de l’orientation ne marchant déjà plus correctement, nous voilà embarqué dans un taxi pour une destination au nom qui ne me parlait pas, mais qu’on m’avait maintes fois vanté. Encore une fois je précise que pour une course parisienne, tu peux en faire trois ici. Non, non, ne me haïssez pas.

les touristes, est simplement l’un des plus hallucinants qu’il m’ait été donné de fouler. Un immeuble (je ne saurais vous dire, je ne l’ai quasiment jamais aperçu de jour, et surtout, sobre) une terrasse à l’avant pour les jours d’été. On y rentre comme un moulin, des pièces partout, des bars partout, des Djs partout, deux grosses scènes, en l’occurrence, ce club est surtout porté drum&bass, trance, techno et minimale, une déco à faire pâlir les clubs berlinois les plus fous. Des fenêtres carrées, puis rondes, des lampes murales faites avec des presses-citrons (croyez moi, ce genre de détails est très apprécié quand vous êtes à un stade à vous demandez où vous avez atterri) des lumières jaunes, rouges, bleues, vertes, le plafond qui tourne, un mur entier de circuits électriques qui fait apparaître un visage qui bouge. De quoi rendre fou.

« les mâchoires décrochées et yeux dilatés, en avant toute »

Le temps de me remettre de la stupeur qui m’empare, que nous voilà en face de la première scène. Je recale quelques tchèques « roots  » louches qui tentent de me refiler de la farine et autres dérivés de substances (d’ailleurs ce style n’avait-il avait disparu depuis mes années collège? Ou ont-ils tous demandé asile à Prague ?). Le Cross Club est certainement l’endroit qui m’a le plus impressionné dans cette ville de toute les tentations. Certes, mon taux d’alcoolémie était a ce moment plutôt conséquent, mais j’ai eu l’impression de me retrouver comme lors de mes 10 ans  : en plein Disneyland, aveuglé par ce décor fabuleux et toutes ces lumières. Ce club, très excentré, et donc pas réellement fréquenté par

Voilà, un pur régal, un verre à la main, une cigarette de l’autre, de la minimale entraînante, un sound system très correct, je suis bien, le réel bonheur. Je viens de trouver mon club de prédilection à Prague. Petit tour à la deuxième scène, après m’être perdu dans les couloirs, tombé sur un groupe de filles peu timides dans les escaliers, fait un détour par les multiples bars à tous les étages.


Changement d’ambiance, façon rave party des années 90, que ce soit le son, ou le look. Je vous le disais, pour se dépayser, y’a pas mieux. Je me surprends à « danser » ou plutôt tenter de bouger la tête, les pieds, les mains en rythme sur de la hardteck, tout en tentant de boire mon verre sans déborder et en essayant d’éviter la horde de tchèque ultra-motivés tentant de faire un pogo (décidément, ces mecs ont quelques années de retard), les mâchoires décrochées et yeux dilatés, en avant toute.

5 minutes plus tard, le tshirt trempé de sueur, mais surtout de bière, les seuls survivants de notre marathon praguois décident de m’emmener cette fois dans ce que Prague renferme de plus secret, et de certainement plus populaire auprès des étrangers… Les bars à strip-tease et autres inventions du diable. Le commerce du sexe est très développé ici, on ne compte plus les clubs privés, maison closes, ou immeubles entier renfermant parmi les plus belles créatures qu’il m’ait été donné de voir, et certainement aussi le plus grand nombre de maladies au mètre carré. Sincèrement, j’aurai vraiment bien aimé te développer la suite de ma nuit, mais c’est avec le plus grand regret que je ne m’en rappelle plus clairement, et puis il y a des choses dont il ne vaut mieux pas parler, la nourriture tchèque : choux, saucisses, bière - tu fais vite le calcul - la «  mode  » tchèque  : la fashion girl à Prague est l’équivalent de la cagole de Marseille, tout ceci ferait bien mieux de rester secret… Comme on dit ici, « what’s happening in Prague, stay in Prague »… Mon meilleur conseil  : venez, appréciez, jugez par vous-même. Essayez de revenir entier, aussi. Une chose est sûre, moi je n’ai pas du tout envie de rentrer. Na shledanou ! (« naslédanove »)

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Le Nœud Pap' #2  

Le Noeud Pap’ est un magazine indépendant et multidisciplinaire, axé sur tout ce qui fait la culture urbaine et actuelle : musique, mode, ci...

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