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N°30 13 Juin → 13 Juillet | www.le13dumois.fr | En vente le 13 de chaque mois | 3,90 €

S U O S 3 N 1 O LE UPATI C C L'O e

PHOTOREPORTAGE

LES PROS DE LA BOULE SONT À BLANQUI REPORTAGE

CHEZ LES DERNIERS INDÉPENDANTS DE FRANPRIX

DANS L'ACTU DU 13e

OLYMPIADES : RIFIFI À L'ESPACE JEUNE MUNICIPALES 2014 * PETITE CEINTURE #4 BON PLAN RESTO * SORTIES * FÊTE DE LA MUSIQUE


SOMMAIRE

Juin 2013 — www.le13dumois.fr

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n°30 p.03

Édito

p.06

Courriers

p.46

Billet - Franck Évrard

p.48

Sélection sorties

p.57

Billet - L'inconnu-e du 13

p.58

L'image du mois

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SPORT p.08

p.10

Municipales 2014 : entretien avec Arnaud Blesse de l'UDI 13e SOCIÉTÉ

p.14 p.16

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La descente aux enfers du Paris FC POLITIQUE

p.12

Photographie de couverture : La libération de Paris — Serge de Razo / Rapho

© Collection Musée de la Résistance nationale - Champigny-sur-Marne

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Aux Olympiades, heurts et malheurs de l'Espace jeune — Bientôt la fin des cabines téléphoniques ? — Avenir de la Petite ceinture : valse de projets


www.le13dumois.fr — Juin 2013

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p.18

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DOSSIER

LE 13e SOUS L'OCCUPATION

PAR-DESSUS LE PÉRIPH' p.52

LOISIRS

13e ŒIL p.32 p.38

Bois de Vincennes : ces indésirables gens du voyage

p.56

Un resto, un chef, une recette : Jean-Michel Noël de La Zygothèque — Bon plan resto : Les Escapades

MÉTRO MON AMOUR, MA HAINE

P.03

S'ABONNER

La nouvelle façon d'éclairer le métro

P.09

COMMANDER LES ANCIENS NUMÉROS

Photoreportage : des boulistes à Blanqui — Reportage : chez les derniers indépendants de Franprix

p.54

PORTRAIT p.42

p.47

Fabrice Piault de l'association Tam Tam

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POLITIQUE

Juin 2013 — www.le13dumois.fr

— Municipales 2014, entretien avec Arnaud Blesse (UDI)

«

»

Au second tour l'UDI fera allianc allian alliance avec l'UMP P

Pour Arnaud Blesse, la majorité à la Mairie de Paris ne basculera que si le centre et la droite s’unissent pour plancher sur des problématiques concrètes d’arrondissement. Le point avec ce militant historique du centre, candidat Modem dans la 10e circonscription lors des législatives de 2012, aujourd’hui engagé auprès de l’UDI de Jean-Louis Borloo.

Propos recueillis par Pierre-Yves Bulteau Photographie : Mathieu Génon

Le 13 du Mois : Vous avez été militant du Mouvement des jeunes giscardiens de Meurthe-et-Moselle, partie prenante de la constitution du Modem en 2008 et suppléant lors des législatives de 2012 sous ses couleurs. Pourquoi avoir finalement rejoint l’UDI ? Arnaud Blesse : Parce qu’au second tour de la dernière élection présidentielle, François Bayrou a indiqué qu’à titre personnel, il allait voter François Hollande. Ce choix a été, je pense, le point de rupture avec beaucoup de centristes.

« Pour peser aujourd'hui, le centre doit réveiller la politique des enjeux locaux » 10

Il a aussi eu pour conséquence de provoquer une très grande impréparation des législatives qui ont suivi. À Paris, par exemple, nous voulions déjà enclencher une logique de rassemblement des centres, mais nous n’en avons pas eu le temps. Les investitures ont eu lieu à la dernière minute. Des élus, initialement prévus sur une circonscription, se sont vus basculer sur une autre. C’est comme ça que je me suis retrouvé suppléant de Chantal Godinot sur la 10e, alors que je devais être directeur de campagne sur la 9e circonscription et que je n’avais pas forcément demandé à me retrouver sous les projecteurs. Suite à ces élections, le centre n’a jamais été aussi faible politiquement, or on n’a jamais vu autant de leaders potentiels vouloir s’en revendiquer... Encore une fois, l’attitude de Bayrou, suite à ces défaites successives, a été de dire : « D’accord pour un rassemblement, mais


SOCIÉTÉ

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Aux Olympiades, heurts & malheurs de l’Espace jeune

Texte : Elsa Sabado Photographie : Mathieu Génon

Suite à la violente agression dont ont été victimes deux animatrices de l’Espace jeune Olympiades en mars dernier, la structure éducative n’en finit pas de fermer et de rouvrir ses portes. Le management de la Ligue de l'enseignement est mis en cause.

« T

u crois que tu peux jeter un de mes frères ? Tu cherches la guerre ? Ramène la police, je les éclate et après, ce sera ton tour. Je vais t’envoyer dans un fauteuil roulant ». En ce samedi après-midi du 30 mars, c’est en ces termes que Xavier (1), 19 ans, agresse deux animatrices de l’Espace jeune Olympiades, furieux qu’elles aient renvoyé l’un de ses amis de la structure. Après cet accès de rage, le jeune homme part, laissant les deux jeunes femmes en état de choc. Car, bien qu’elles travaillent ici depuis seulement trois mois, elles connaissent déjà sa réputation. Xavier n’en est pas à son premier coup d’éclat. Si, ces derniers temps, on l’a peu vu sur la dalle, c’est qu’il passait deux ans à l’ombre, impliqué dans une tentative de meurtre sur un collégien en 2010. « C’est un habitué de chez nous, confirme le commissaire de police Nicolas Rémus. Il est inscrit dans notre fichier depuis

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qu’il a 14 ans et a une bonne vingtaine de gardes à vue à son actif ». Depuis sa levée d’écrous, le jeune homme, désœuvré, multiplie les frictions avec les salariés de l’Espace jeune. En janvier, un des animateurs-médiateurs a déjà porté plainte contre lui pour insultes sur le lieu de travail et menaces de mort. En février, rebelote, il agresse la responsable du centre et une des animatrices. En un mot comme en cent, Xavier, c’est la terreur du quartier. Un malaise larvé Située au fin fond des Olympiades, au rez-de-chaussée d’une haute tour, le local est très enclavé, et connaît depuis sa création en 1995, des assauts et des fermetures répétées. Et même si c’est l’un des seuls endroits où les jeunes du quartier peuvent encore se réunir au chaud, « c’est le même refrain depuis des années », se lamente un travailleur social de la dalle. Pour Cédric Bloquet, le directeur des Espaces jeunes de Paris pour la Ligue de l’enseignement, le profil du public accueilli par l’Espace Olympiades, « concerne des jeunes âgés entre 10 et 25 ans, souvent confrontés à la misère sociale et intellectuelle et qui ont des problèmes d’accès à l’emploi et de discriminations. »


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Le 13

© Collection Musée de la Résistance nationale - Champigny-sur-Marne

DOSSIER

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Première déportation massive de Juifs par le régime de Vichy en direction des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, le 14 mai 1941, gare d'Austerlitz.

Nos références

- Boucheny, Serge, Les Parisiens en Résistance, Paris 13e, éd. Geai Bleu, 2013 - Boudard, Alfonse, Les combattants du petit bonheur, éd. La table ronde, 1977 - Degré, Thomas, De Budapest à Paris, reconnaissance pour des Justes (1942 - 2012), éd. Le Manuscrit (2012) - Hazan, Eric, L’Invention de Paris. Il n’y a pas de pas perdus, éd. du Seuil (2002) - Hobsbauwm, Eric J., Aux armes, historiens. Deux siècles d’histoire de la Révolution française, éd. La Découverte (2007) - Gingold, Peter, Jamais résignés ! Parcours d’un résistant au XXe siècle, éd. L’Harmattan, 2013 - Gingold, Simon, Mémoires d’un indésirable, Juif, communiste et résistant, éd. L’Harmattan, 2004 - Marcot, Lerouc, Levisse-Touzé, Dictionnaire historique de la Résistance, éd. Robert Laffont, 2006 - Misrahi, Robert, La nacre et le rocher, éd. Encre marine, 2012 - Thonnat, Grégoire, Petite histoire du ticket de métro parisien, éd. Télémaque, 2010 - Thoraval, Anne, Paris, les lieux de la Résistance, éd. Parigramme, 2007 - Vessier, Maximilien, La Pitié-Salpêtrière, Quatre siècles d’histoire et d’histoires, Assistance publique-Hôpitaux de Paris, 1999 - Vialle, Catherine, Je me souviens du 13e arrondissement, éd. Parigramme,1995 Merci au Musée de la Résistance nationale de Champigny-surMarne pour son aide précieuse.

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DOSSIER

sous l’Occupation

Texte : Pierre-Yves Bulteau, Virginie Tauzin

L

e 9 novembre 1940, le maréchal Pétain légitimait la collaboration d’État en signant la Charte du travail élaborée par son ministre de l’Économie nationale René Belin. Dans le 13e arrondissement, siège d’imposantes usines désormais démantelées, le combat mené par les syndicats et les milieux populaires en faveur des droits sociaux et républicains s’engage dès septembre de la même année. Employés de chez Panhard-Levassor, de l’usine Delahaye, de la raffinerie Say ou encore de l’Association des ouvriers en instruments de précision (AOIP)... Au total, 1 800 hommes et femmes nourris au progressisme du Front populaire se mobilisent dès 1939 contre le pillage financier et technologique organisé pour nourrir l’effort de guerre nazi. Des « comités populaires » voient le jour l’année qui suit chez les salariés du métro Italie, de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, de la compagnie des eaux du 13e et de la sucrerie Say. Ce mouvement de masse fut aux sources de la Résistance dans cet arrondissement de cheminots, de métallos et autres prêtres-ouvriers. Nombreux sont les témoins encore bon pied, bon œil à même d’enrichir les sources documentaires. Nous sommes allés fouiller dans ce vivier pour tirer le portrait d’une époque où, quoique martyrisé, le peuple de ce coin Paris parvint, au bout du compte, à ériger des barricades et ouvrir la voie aux libérateurs.

LES CAUSERIES DU 13 DU MOIS #4 — Venez débattre de notre dossier en compagnie de Serge Boucheny, ex-député du 13e, auteur du récent Les Parisiens en Résistance, Paris 13e (éd. Geai Bleu) à l’occasion de la quatrième édition des « Causeries du 13 du Mois » le mercredi 26 juin à partir de 18h30 à l’Âge d’Or, 26 rue du Docteur Magnan. Inscrivez-vous par mail sur redaction@le13dumois.fr.

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DOSSIER

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LE 13 POPULAIRE & RÉSISTANT © Archive de Serge Boucheny

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Ci-contre, discours de Georges Beunon, leader syndical devant les ouvriers de l'usine Panhard et Levassor en 1936. Déporté, il mourra dans le camp de concentration de Neuengamme le 31 janvier 1945. Ci-dessous, l'usine Gnome et Rhône, boulevard Kellermann

© Archive de Serge Boucheny

Ils ont été nombreux à se soulever contre l’Occupation et la collaboration. Habitants et travailleurs, femmes et hommes d’Église, intellectuels et professeurs. Le nom de certains d’entre eux résonne encore à nos mémoires ; ils l’ont laissé à une rue, une place, un square. La majorité reste pourtant inconnue, malgré leur conduite courageuse aux heures les plus sombres de l’Histoire.

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D

ans son éditorial du 24 août 1944, Albert Camus écrit dans Combat : « Une fois de plus, la justice doit s’acheter avec le sang des hommes. » Durant les quatre années que durera la mobilisation, le soutien et la solidarité de la population du 13e seront aussi clandestins qu’efficaces. Car si ce sont bien les hommes de la 2e DB du général Leclerc qui libéreront Paris en entrant par la porte d’Italie, ce sont surtout les actions souterraines des habitants de l’arrondissement qui le leur permettront. «  Parmi les tâches qui nous incombaient, témoigne Auguste Lemasson, il y en avait d’accessoires, mais de la plus grande importance qui comportaient les mêmes risques que les autres. Par exemple, poursuit ce conseiller de Paris élu du 13e et dont les écrits sont repris dans le livre de Serge Boucheny (voir interview page 23), il nous fut demandé de trouver du ravitaillement destiné aux résistants clandestins qui avaient des difficultés à s’en procurer. Dès juin 1940, il fallait s’attendre à d’autres sacrifices laissant en cours de route nombre de nos meilleurs combattants. »


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DOSSIER

La diversité des combattants et des formes d’action demeure l’une des principales particularités de la résistance dans le 13e arrondissement. Comme ces cheminots d’Austerlitz et du dépôt Masséna-Vitry qui s’élevèrent face aux ordres collaborationnistes de leur direction. Alors qu’en août 2010, l’ensemble de la société française demandait à la SNCF de faire acte de repentance suite à l’aide à la déportation de milliers de personnes juives, notamment au départ de la gare d’Austerlitz, directement reliée à Drancy par voie distincte avec les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, Didier Le Reste voulut remettre les choses à leur place en resituant la responsabilité des uns et des autres dans ces actes de collaboration. « 8  938 cheminots ont laissé leur vie dans des actes de résistance, clarifie le secrétaire général de la fédération CGT Cheminots et ancien salarié à la gare d’Austerlitz, 15  977 ont été blessés pour faits de Résistance, 6  500 internés et déportés dont 1  157 décédés dans les camps d’extermination.  » Apposée du côté «  arrivées  » de la gare, une plaque rappelle d’ailleurs l’ampleur et le cynisme des persécutions vécues par les cheminots résistants et les personnes déportées à partir d’Austerlitz.

© Collection Musée de la Résistance nationale - Champigny-sur-Marne

De la résistance populaire à la résistance intellectuelle Ce sont d’autres plaques, aux dépôts de Choisy (9 morts) et Lebrun (9 morts) ainsi qu’à la porte d’Ivry (2 morts) qui

rappellent que les personnels de ces ateliers de la RATP ont, eux aussi, pris une part active dans la Résistance. Travail au grand jour et travail clandestin, ce fut durant quatre années la double activité de nombreux militants du métro et des bus. Or, qui se souvient encore aujourd’hui qu’un boulon desserré, un axe faussé, un schéma de montage non respecté pouvaient signifier la déportation et la mort lente dans les camps ? « La Résistance, explique René Thoirain, ancien dirigeant

« 8 938 cheminots ont laissé leur vie dans des actes de résistance, 15 977 ont été blessés pour faits de Résistance, 6 500 internés et déportés dont 1 157 décédés dans les camps d’extermination » - Didier Le Reste, CGT Cheminots

syndical à la RATP et ancien conseiller de Paris, décédé en 2007, les syndicats y ont pris leur place tout simplement en jouant leur rôle naturel. » Ainsi, le 6 juin 1944, alors que le débarquement en Normandie survient, les militants et autres résistants de la Régie se disent prêts à passer de la lutte revendicative à la lutte armée. «  Parce que les deux sont intimement liées, rappelle encore André Serres. Au moment où se déclenche la grève insurrectionnelle d’août 1944, ils en profitent pour exiger non seulement une prime de 3 000 francs mais également l’attribution de plusieurs kilos de haricots secs par travailleur. Des revendications qui pourraient paraître aujourd’hui comme déplacées, reconnaît l’actuel président de la Fédération des anciens combattants et victimes de guerre de la RATP. Pourtant, elles représentaient l’aboutissement d’une activité permanente qui se concrétisa au plan militaire par la constitution de milices patriotiques. » Et André Serres sait de quoi il parle  : il fut l’un des responsables des combats de la Libération dans le 13e arrondissement. Il se souvient même que le 10 août 1944, «  les FTP du colonel Fabien, aidés par les cheminots du dépôt de Châtillon-Montrouge, attaquèrent les Allemands qui retenaient en otage des camarades dans un dépôt  ». Une action armée menée avec l’appui de gendarmes, eux aussi entrés en résistance."

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Derrière la figure contestée du pape Pie XII, des sœurs, des prêtres et des militants catholiques ont joué un rôle déterminant dans la Résistance et notamment lors de la Libération de Paris. Voici trois histoires emblématiques.

« dignement célébrés lors des obsèques de mère Jean en 1972 », ajoute Alain Patin, qui officia lors de la cérémonie en l’église Saint-Albert le Grand.

LES SŒURS COURAGE —

P

est une scène du cinéma français connue de tous. Pourtant, peu savent qu’elle a été tournée dans le 13e. Alors nommé jeune prêtre auprès des sœurs du couvent Saint-Joseph, Alain Patin se souvient encore du jour où l’équipe du réalisateur René Clément a posé tout son barda dans la cuisine du couvent de la rue de la Santé. « On était en 1966 et, à la demande du producteur américain Paul Graetz, on y a tourné les premières scènes du film Paris brûle-t-il  ?  » Cette rencontre entre résistants français et alliés aux dernières heures de la guerre a été inspirée par l’histoire héroïque de ces sœurs infirmières. « Dès 1940, écrit Serge Boucheny dans son livre (lire notre entretien), la mère supérieure acceptera que la chapelle dédiée à la sainte agonie du Christ serve de base arrière aux services secrets anglais. » « Elle permettra également, raconte le père Patin, que le dispensaire du couvent soit utilisé pour y recueillir les premiers fugitifs civils de l’occupation nazie. » Alors que la répression s’accentue et que les dénonciations vont bon train, la mère supérieure accordera enfin l’hospitalité à Claude Arnould, plus connu sous le nom de «  colonel Ollivier  ». Activement recherché par la police française, ce dernier est à la tête du réseau de renseignement Jade-Amicol, un service de liaison postale qui réalisera 24 missions aériennes entre Paris et Londres, de 1942 à 1944. Des actes de résistance qui, malgré leur ampleur, n’éveilleront jamais les soupçons de la police allemande et seront

GEORGES HÉNOCQUE, « L’AS DES AUMÔNIERS » —

rêtre né à Amiens en 1870, Georges Hénocque est mobilisé en 1914 comme aumônier et brancardier au 128e Régiment d’infanterie. Il sera blessé trois fois, recevra douze citations et son surnom décerné par les Poilus. Ensuite nommé aumônier militaire à Saint-Cyr, c’est en 1926 qu’il s’installe dans un pavillon au 23 square des Peupliers. En 1939, il a 70 ans et veut s’engager sur le front, ce qui lui est refusé. L’abbé Hénocque entre donc en « révolte permanente » et sera dénoncé pour avoir déclaré lors d’un de ses sermons : « Seigneur Jésus, faites-moi vivre assez longtemps, je vous en supplie, pour voir ces gens qui souillent notre sol tourner les talons et pour retrouver ma France dans l’honneur et la liberté.  » Transféré en janvier 1945 à Dachau dans un convoi de 46 prêtres, il retrouvera le square des Peupliers le 15 mai 1945 après la libération du camp par les Américains. Il décédera le 23 mars 1959 au Val-de-Grâce et il faudra attendre le 7  décembre  1968 pour que le square soit renommé place de l’abbé Georges-Hénocque.

JEAN MATHIEU, DE LA COLLECTE D’ARGENT AUX BARRICADES —

À

aujourd’hui 88 ans, il se souvient encore de ces soldats allemands tirant à bout portant sur des familles entières. En 1940, l’occupant s’installe dans la capitale et Paris se vide de ses habitants. Jean Mathieu a 15 ans et

© M.G.

C’

DOSSIER

L'Église dans l’action

Jean Mathieu et Alain Patin.

l’exode familial le mène jusqu’à Carcassonne. Quelques mois plus tard, il rejoint l’appartement de la rue de Tolbiac où il vit toujours aujourd’hui. « C’est à ce moment que j’entre en contact avec la Jeunesse ouvrière chrétienne.  » Il en deviendra rapidement le secrétaire de section du 13e. «  Hormis les mouvements de jeunesses autorisés par Vichy, tous les autres rassemblements étaient considérés comme terroristes. » Dans un arrondissement qu’il connaît comme sa poche, le jeune Jean Mathieu devient « porteur de valises  » pour les FFI. Il colle également des affiches et distribue des tracts antinazis à la sortie des usines. «  Même si je n’ai tué personne, c’était bien de la résistance  », insiste-t-il. En août 1944, alors que la 2e DB du général Leclerc avance à marche forcée vers Paris, Jean Mathieu participe à l’édification des barricades «  pour empêcher la fuite des Allemands » et libérer Paris. " P.Y.B.

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DOSSIER

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Un Allemand dans la Résistance En 1933, une famille de Francfort s’installe à Paris pour fuir les lois antisémites. Elle combattra le nazisme depuis la France. 80 ans plus tard, Siegmund Gingold, le benjamin, n’est pas retourné vivre en Allemagne comme ses frères. C’est dans son appartement parisien, boulevard de l’Hôpital, que nous le rencontrons.

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vant même de parler de lui, Siegmund « Simon » Gingold évoque son frère aîné. Les mémoires de Peter Gingold, militant communiste allemand, ont été traduites en français et présentées, à titre posthume, le 7 juin à l’Hôtel de Ville de Paris. Siegmund a lui aussi consigné ses souvenirs dans un livre, il y a quelques années (voir bibliographie pages 18-19). Une même histoire d’indésirables, de réfugiés, d’indignés, de résistants. Et bien sûr, de fratrie. Chez les Gingold, émigrés allemands d’origine polonaise installés à Paris dès 1933, la lutte contre le régime d’Hitler s’est vécue en famille. Et sans la moindre hésitation. Attablé dans la salle à manger de l’appartement qu’il occupe avec sa femme Hélène depuis leur mariage en 1954, Siegmund, bientôt 91 ans, raconte des épisodes, des anecdotes qu’il connaît par cœur, à force de conférences et de publics d’écoliers. Non sans une certaine fraîcheur toutefois : « En 1940, à 18 ans, je m’engage avec les jeunes communistes pour distribuer des tracts, je n’ai aucune expérience mais mes frères aînés David et Peter sont déjà dans la Résistance. En octobre, je me fais arrêter et condamner à six mois de prison à la Santé, avant d’être transféré au camp des Lilas pour quatre mois, puis gracié par Pétain... » Siegmund Gingold, alias François Gautier Siegmund, qui circule sous une fausse identité fournie par les communistes, s’appelle désormais François Gautier. Auprès des Allemands, il assure des missions d’interprète, travaillant en réalité pour le compte du TA (Travail allemand), branche des MOI (Main-d’œuvre immigrée), qu’il rejoint en 1942 et auquel ses frères appartiennent déjà. «  Notre mission était de nous introduire dans les services allemands pour retourner ceux qui n’étaient pas des nazis. Quand nous avons passé plusieurs mois, avec David, dans les fermes occupées de Picardie, nous faisions semblant de parler un mauvais allemand pour que personne ne se doute de rien », poursuit-t-il.

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13e ŒIL

— Photoreportage

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n coup d’œil vers le ciel et les moues se dessinent. « C’est trop gris là-bas au fond, ça ne tiendra pas », évalue Gérard. Comme souvent, il est arrivé le premier, à 14 heures, a accroché son sac à un barreau du kiosque à musique puis s’est assis sur le banc encore humide. Bogdan l’a rejoint, sceptique lui aussi. « Il va se remettre à pleuvoir, tout le monde va rester à la maison », augure-t-il. D’ordinaire, ce n’est pas une averse qui arrête ces piliers du boulevard Blanqui, mais la météo est à ce point changeante

D OD O

Chaque jour, à deux pas de la place d’Italie, une petite tribu piétine des heures durant un terrain qu’elle s’est peu à peu approprié. Depuis plus de 40 ans, les boulistes du club Blanqui-Italie-Corvisart, presque tous retraités, y enchaînent des parties rigoureuses, parfois monotones, mais toujours récréatives.

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Texte : Virginie Tauzin Photographies : Mathieu Génon

13e ŒIL

O R T É BOUL

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en cette fin de mois de mai qu’elle fait douter même les plus assidus. Seulement, aujourd’hui c’est jeudi, et le jeudi, c’est jour de tournoi. En regardant au loin, Gérard et Bogdan aperçoivent deux ou trois autres de leurs compagnons qui s’avancent. En l’espace de 20 minutes, une vingtaine de sacs de boules sont suspendus au kiosque, dans l’attente que la pluie, qui a repris de plus belle, laisse l’intervalle de quelques parties. Toute l’année, de 14 heures à la nuit, les boulistes sont là, près de la place d’Italie, sur un terrain improvisé cerné par les deux axes de circulation, aux abords de ce kiosque à musique devenu avec le temps un peu le leur. Ce ne sont pas des copains, plutôt des habitants du quartier et d’un peu plus loin, unis par le même passe-temps et réunis dans une même association : Bic, pour Blanqui-Italie-Corvisart. Dans le 13e, trois autres clubs sont affiliés à la Fédération française de pétanque et de jeu provençal (FFPJP) : l’Amicale des boulistes de la "

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13e ŒIL

— Reportage

Chez les derniers indépendants de Franprix

Texte : Jérémie Potée Photographies : Mathieu Génon

À ses débuts, Franprix n’était qu’un réseau d’épiceries autonomes affiliées à une centrale – un coup de génie de son fondateur Jean Baud. Depuis, l’enseigne est passée sous la coupe de Casino. Subsistent une poignée d’indépendants, héritiers des épiciers pieds-noirs qui, les premiers, contribuèrent au succès de cette enseigne spécifiquement parisienne.

« M

onsieur Lucien » est l’un des tout derniers indépendants de Franprix. Voilà qui n’a l’air de rien. Pourtant, sa petite histoire croise celle d’une saga industrielle. Franprix, c’est un peu Dallas délocalisé entre Chennevières-sur-Marne et Alger  : une success story familiale victime des coups fourrés du grand capital. En bout de chaîne, monsieur Lucien - Luc Lahyani à l’état civil -, est donc le patron de la supérette de la rue du Moulin de la Pointe. Avant lui, « monsieur Jacques », son père, s’était fait un nom de guerre aux rênes du septième magasin de Franprix, inauguré en 1965 à quelques rues de là, place de Rungis. «  Aujourd’hui encore, on reste les enfants de monsieur Jacques. Demandez aux vieux du quartier, ils s’en rappellent tous  », assure Luc de son ton débonnaire, un œil rivé sur le va-et-vient des livreurs. À présent, c’est l’aîné de la fratrie, Maurice, qui tient le magasin paternel, tandis que Jean-Jacques, le frère cadet, a aussi son propre magasin dans le 19e arrondissement. Avec leurs surnoms fleurant bon la

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nostalgie de l’épicier parisien au crayon vissé derrière l’oreille, la famille Lahyani a bâti sa petite entreprise dans le sillage du succès de Franprix. La plus « titi » des supérettes Luc Lahyani nous livre en ces termes les premiers commandements de la stratégie de Jean Baud, le fondateur de l’enseigne : « En créant une centrale qui livrait, en quantité raisonnable, tout l’assortiment nécessaire à ses franchisés, il a eu une idée géniale. Plus besoin d’aller par monts et par vaux pour s’approvisionner, plus de problème de stock. Le plus gros du travail passait par la centrale et les épiciers, tous indépendants, n’avaient qu’à se concentrer sur la vente. » Héritier, déjà, de l’épicerie paternelle de Chennevières-sur-Marne, « monsieur Jean » est devenu un papy flingueur de la grande distribution. Innovant sans cesse, piochant dans les techniques américaines, l’homme s’est s’engouffré au sortir de la guerre dans la vogue du libre-service. Il aura changé le visage du


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13e ŒIL

Port de Bonneuil-sur-Marne, point de départ des contenaires pour la livraison de certains Franprix parisiens.

secteur comme de Paris. Franprix peut se prévaloir d’être la plus « titi » des supérettes. Dans la capitale, où le concept est né, se concentrent aujourd’hui les troisquarts du millier de magasins de la marque. Avec la création de Leader Price trente ans plus tard, c’est aussi le père du « hard discount » à la française. Invisible dans les médias, l’homme est décédé sans recevoir d’hommage semblable à celui rendu à un autre capitaine d’industrie, Édouard Leclerc, mort peu après lui. Dans les dernières années de sa vie, il aura en outre subi l’outrage d’être violemment mis à la porte de son entreprise par le groupe Casino, devenu actionnaire majoritaire en 1998 (lire l’encadré). Luc Layhani a côtoyé un temps le bonhomme au siège de Chennevièressur-Marne. Il décrit un infatigable travailleur qui n’a «  jamais voulu partager ses pouvoirs  », quitte à « diviser pour régner ». Alors, « tout le monde l’a lâché, poursuit-il. Il avait un contrat avec Casino. En cas de "

« Aujourd’hui encore, on reste les enfants de monsieur Jacques. Demandez aux vieux du quartier, ils s’en rappellent tous » - Luc Lahyani, patron d’un Franprix

LA CHUTE D’UN PATRON DE LA GRANDE DISTRIB’ En 2007, Jean Baud, fondateur de Franprix et Leader Price, se voit éjecté du jour au lendemain, accusé par Casino, actionnaire majoritaire, de fautes lourdes de gestion. Depuis lors, une bataille judiciaire continue d’opposer la famille de l’entrepreneur, décédé en 2012, au groupe de Jean-Charles Naouri. Dernier épisode en date : le renvoi en correctionnelle de trois membres du clan Baud pour abus de confiance, le 10 mai. La première réaction du patriarche suite à son éviction fut de publier ses mémoires, en 2008 (Coup de tonnerre dans la grande distribution, Bourin éditeur). L’ouvrage, passé inaperçu, vaut le coup d’œil pour le témoignage qu’il donne d’une aventure capitalistique méconnue, partie de peu pour s’achever sous les fourches caudines d’une multinationale. En préambule, Jean Baud se récrie contre les manœuvres de Jean-Charles Naouri, présenté comme un requin de la finance sans scrupules. Ainsi, tout aurait été savamment pensé pour débarquer le patron de Franprix au meilleur moment et ainsi, en vertu d’une option d’achat, acquérir ses parts à un prix avantageux. Suit une description de son expulsion des lieux manu militari, sans possibilité de retour, pas même dans son propre bureau... Ainsi s’est achevée une carrière de 60  ans, débutée comme simple commis d’épicerie. Après-guerre, Jean Baud écume les marchés du sud de Paris avant de créer, avec deux de ses frères, les Établissements Baud. Premier grossiste à proposer de petits conditionnements à destination de ses commerçants affiliés, préfiguration des franchises, il lancera la chaîne Franprixlibre service en 1960. En 1990, inspiré par les discounteurs allemands, il crée Leader Price. Casino acquiert la majorité du capital des deux enseignes en 1998. Jean Baud décède le 16 juillet 2012, à 92 ans.

Luc Lahyani est le patron d'un Franprix, comme deux de ses frères et leur père avant eux. Ce dernier fait partie des nombreux pieds-noirs que le fondateur de l'enseigne, Jean Baud, franchisa dans les années 1960.

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PORTRAIT

— Fabrice Piault, cofondateur de l’association Tam-Tam

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VIGILANT Texte : Pierre-Yves Bulteau Photographie : Mathieu Génon

Pendant 23 ans, l’association Tam-Tam a fait du raffut, réinventant la vigie citoyenne face aux grands projets d’aménagement urbain parisien. Son principal combat : Paris Rive-Gauche. Après un quart de siècle de militantisme, émaillé de belles victoires et d’amères défaites, Tam-Tam s’est dissoute sous sa forme actuelle, le 27 mars dernier, considérant aujourd’hui que cet immense chantier était en grande partie achevé et, pour l’essentiel, désormais verrouillé.

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ans le brouhaha matinal de ce café central de la place d’Italie, Fabrice Piault, en marathonien du débat citoyen, ne s’en laisse déjà pas compter. Le cofondateur de l’association Tam-Tam concède qu’il est journaliste, mais ne veut pas que soit publié le nom du magazine pour lequel il travaille. « Pour ne pas tout mélanger. » Comme si le risque de la récupération était partout. « Dans les partis politiques, analyse-t-il, il y a toujours eu cette logique d’essayer soit de récupérer les associations constituées, soit de les considérer comme inféodées à l’opposition. » Dernier exemple qui lui vient à l’esprit, « ces collectifs qui se battent, actuellement, contre l’extension de Roland-Garros et qu’on accuse de faire le jeu de l’UMP. En fait, enchaîne le cofondateur de Tam-Tam, il faut simplement du temps à tous pour comprendre qu’il puisse exister une logique autre que l’envie de porter untel ou unetelle au pouvoir. En tentant de nous enfermer dans ce schéma simpliste, on censure notre indépendance. »

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« Seine Rive-Gauche », « passéiste et pompidolien » De sa voix calme et étouffée, Fabrice Piault revient sur ces années 1990 où, avec trois autres habitants du 13e, il met sur pied Tam-Tam par intérêt pour « l’arrondissement au sens large et, plus particulièrement, pour celui de l’aménagement proposé de la Zac ». Ce n’étaient que les prémices d’un vaste chantier alors nommé « Seine RiveGauche ». « Nous nous sommes engagés surtout parce que nous étions sincèrement choqués par son côté passéiste, très pompidolien. » Au nom du rééquilibrage parisien, «  on nous proposait de refaire la Défense à l’est, les tours en moins. Une opération très spéculative qui éliminait de fait la quasi totalité du patrimoine industriel et populaire du 13e. » Un crève-cœur contre lequel il semblait alors difficile de s’opposer. «  Vous savez, reprend Fabrice Piault, les citoyens ou les collectifs abandonnent souvent avant même d’avoir commencé, sous prétexte qu’on n’y peut rien, que les politiques ont été élus pour s’occuper de ces affaireslà. Sans remettre en cause le pouvoir de l’élu, il ne "


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PORTRAIT

5 DATES Avril 1990 : Création de Tam-Tam. Mai-juin 1990 : Installation d’un stand explicatif du projet « Seine Rive-Gauche  » en réaction à l’opération de communication orchestrée par la Semapa. Avril 1997 : L’association réussit à obtenir la création du Comité permanent de concertation de Paris Rive-Gauche. 2005-2006 : Mobilisation de TamTam contre l’installation du Tribunal de grande instance à Tolbiac. 27 mars 2013 : Tam-Tam décide de quitter le Comité de concertation de Paris Rive-Gauche pour poursuivre la veille au sein d’une nouvelle association baptisée Tam-Tam, stop et encore... 

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PAR-DESSUS LE PÉRIPH'

— Gens du voyage

LES INDÉSIRABLES DU BOIS DE VINCENNES Deux aires d’accueil pour les gens du voyage doivent voir le jour à Paris. L’une à Boulogne, l’autre dans le bois de Vincennes. Mais ce projet n’est pas du goût de tous. Plusieurs municipalités des alentours du bois ont lancé une pétition pour s’y opposer. Problème : elles-mêmes sont dans l’illégalité.

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es gens du voyage ne sont pas les bienvenus dans le bois de Vincennes. Depuis plusieurs mois, une dizaine de communes riveraines du Val-de-Marne protestent contre le projet de la Ville de Paris d’implanter une aire d’accueil pour les nomades sur le plateau de Gravelle, situé à l’est du bois. À travers une manifestation et une pétition, les maires de SaintMandé, Saint-Maurice, Vincennes, Nogent, Joinville et Charenton se mobilisent « pour empêcher cette nouvelle atteinte à l’intégrité du bois de Vincennes et protéger la vocation d’espace vert naturel essentiel aux populations ». Cette aire, qui devrait voir le jour en 2014, est destinée à accueillir une trentaine de voyageurs ayant

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Texte : Rozenn Le Carboulec Photographie : Mathieu Génon un proche malade hospitalisé à Paris. « Un dispositif nécessaire, surtout quand on sait que les familles sont parfois amenées à stationner sur les parking des hôpitaux  », estime Jérôme Burcklen, chargé du pôle habitat à la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les tsiganes et les gens du voyage (FNASAT). Mais tous ne partagent pas son avis. La scolarité des enfants en question Parmi les principales critiques : l’atteinte à la « vocation d’espace de nature  » du bois et son éloignement. « L’aire doit être plus près des installations sanitaires et éducatives. Là c’est isolé, c’est un regret que l’on peut avoir  », commente Noam Leandri, membre du comité


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Par Emmanuel Salloum — Photographie : Mathieu Génon

LOISIRS

— Bon plan resto : Les Escapades

ET POUR QUELQUES EUROS DE PLUS.. Entre la place Jeanne d’Arc et la BnF, ce bistrot d’angle avec terrasse propose une cuisine raffinée, à l’ardoise selon le marché du jour. Pas donné mais on en a largement pour son argent, en quantité comme en qualité.

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Entre deux bistrots, il s’avère parfois judicieux d’ajouter quelques euros à l’addition pour sentir une vraie différence dans l’assiette. Les clients ne s’y sont pas trompés : la salle des Escapades affiche souvent complet, dans un quartier pourtant quelque peu délaissé. Pari réussi, encore, pour la pétillante Alexandra Perez. Elle a quitté l’art il y a quelques années pour rejoindre la restauration en association avec son père Rafael, chef cuisto espagnol qui a passé les Pyrénées depuis assez longtemps pour savoir où trouver chaque jour les meilleurs épices et produits frais. Parfois, il repasse la toque et vous entraîne dans une escapade gustative espagnole. D’où le nom. Sinon, c’est Guillaume qui officie aux fourneaux, chef manceau adepte d’une cuisine traditionnelle mais bien revisitée. Il est notamment très porté sur les fromages, qu’il aime servir en entrée dans des croustillants. Comme ce gourmand nem de reblochon aux pommes, recouvert de caramel au beurre salé. En entrée, on conseillera également ce succulent tartare de saumon,

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relevé à merveille par des fines herbes et un merveilleux pesto maison aux amandes. Le poisson est également bien traité en plats. En plus du steak d’espadon au thé vert, vous ne serez pas déçus par les fondantes Saint-Jacques, parfumées par un jus de veau au citron. Ni par le bar entier au gros sel, simple mais cuisiné comme on l’attend, et servi avec du fenouil (original et bon !) et encore ce diable de pesto maison. La carte propose également un large choix de viandes en sauce préparées à l’ancienne  (andouillette de Troyes, côtes de veau et d’agneau, langue de bœuf, magret de canard aux mûres...). Les portions sont copieuses, les accompagnements malins, le service souriant et rapide. Du classique en dessert maison (panna cotta, mousse au chocolat, crème brûlée…), hormis un extraordinaire pain perdu aux pommes et caramel au beurre salé. Et pour le vin, laissez-vous guider par Alexandra, fine connaisseuse. En prime, on peut aussi emporter une bouteille à moitié prix. Convaincu ? Dans ces conditions, ça vaut bien quelques euros de plus... !

Les Escapades 1, rue Xaintrailles Ouvert midi et soir du mardi au samedi. Réservations au 01.45.83.32.30. Formules déjeuner : 14,50€ et 21€. Menu complet midi ou soir à 28€. À la carte : 30-45€

LE PATRONNE RECOMMANDE • La Casa Vigata, 44 Rue Léon Frot (11e) : « Couteaux crus, calamars farcis à la pistache… De la très bonne gastronomie sicilienne avec des produits rares et frais. » • Le Retro Bottega, 12 rue SaintBernard (11e) : « Une épicerie ‘cave à manger’ tenue par un ancien sommelier italien qui propose une excellente sélection de vins, épices, fromages, et charcuterie. »


Le 13 du Mois n°30  

Le magazine indépendant du 13e arrondissement

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