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Spécial familles

JEU CONCOURS N° 16 — Mars 2012 | www.le13dumois.fr | En vente le 13 de chaque mois

3,90 €

À LA DÉCOUVERTE

DE CHINATOWN ! ÉPISODE 3

GUERRE DES SUPÉRETTES — OUVERTURE LE DIMANCHE

SUPERMARCHÉS CE QUI

CHANGE À PARIS

ÉLECTIONS 2012

3 760208 770125

R 28895 - 0016 - F : 3.90 €

DANS LE 13e

AU SIÈGE DU FN PORTRAIT DE DENIS BAUPIN, CANDIDAT ÉCOLO AUX LÉGISLATIVES PHOTOREPORTAGE DANS UN TROQUET DU 13e

* BON PLAN RESTO * SORTIES


POLITIQUE

ÉLECTIONS

2012

Législatives 2012

Mars 2012 — www.le13dumois.fr

Par David Even

ÉCHOS DE CAMPAGNE

© M.G.

AU FRONT DE GAUCHE : LEÏLA CHAIBI CANDIDATE DANS LA 10e Le Front de gauche laisse la place aux jeunes. Après avoir désigné Emmanuelle Becker, conseillère de Paris de 28 ans, candidate dans la 9e circonscription (13e Est), c’est finalement Leïla Chaibi, 29 ans, qui a été choisie dans la 10e circonscription (13e Ouest). Parisienne depuis 2005, la jeune femme a été la dernière candidate désignée par le Front de gauche à Paris après plusieurs semaines de négociations, chaque parti de l’alliance d’extrême gauche souhaitant placer l’un de ses pions dans la circonscription. C’est finalement une pro du militantisme coup de poing, « secrétaire nationale à l’abolition du précariat  » dans le Parti de gauche qui a remporté la mise. Passée par le collectif «  Génération précaire » qui dénonçait l’exploitation des stagiaires, elle a été l’un des membres fondateurs de Jeudi noir, mouvement né en 2006 et devenu spécialiste de la «  réquisition citoyenne  » d’immeubles, comme les actions très médiatisées de la rue de la Banque ou de la place des Vosges. Leïla Chaibi a enfin été à l’origine de « pique-niques citoyens » dans les supermarchés avec le collectif  «  L’appel et la pioche  » qu’elle préside. Désireuse que ses actions fassent plus qu’un simple buzz médiatique, la militante a décidé de s’encarter en 2008. C’est d’abord le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot qui a trouvé grâce à ses yeux. Déçue que le parti prenne ses distances avec le Front de gauche naissant, elle a finalement décidé de rejoindre ce dernier il y a un an.

AU POI : UN INFIRMIER POUR CONTRER LE GUEN Du côté du Parti ouvrier indépendant (POI), aux scores marginaux au niveau national mais qui compte une bonne centaine d’adhérents dans le 13e, la campagne des législatives est déjà dans toutes les têtes. Et pour cause, pas de candidature POI aux présidentielles - pas de Gérard Schivardi cette fois-ci -, l’objectif sera donc de se faire entendre en juin. Les thèmes de la campagne sont déjà définis : rejet du nouveau traité européen de Bruxelles et pour ce qui est du local, rejet du projet de destruction d’une partie de la Pitié-Salpêtrière. Pour peser dans le débat public et contrer 10

les arguments du grand favori de la 9e circonscription - le député sortant Jean-Marie Le Guen, spécialiste au PS des questions de santé -, le POI fait le pari de présenter la candidature d’Emmanuel Dehu, infirmier dans le service d’hospitalisation à domicile de la Pitié-Salpêtrière. « On met volontairement un infirmier face au probable futur ministre de la Santé  », annonce Daniel Schapira, figure historique du POI dans l’arrondissement, pour qui la profession du candidat est en soi « une partie du programme  ». Jean-Marie Le Guen, le POI ne l’aime pas trop. C’est un peu moins le cas de

Serge Blisko, le sortant recalé par l’accord PS/Verts au profit de Denis Baupin dans l’autre circonscription du 13e. « On fait une grande différence entre Blisko et Le Guen. Si Blisko décide finalement d’entrer en campagne alors il manifestera

clairement son désaccord par rapport à l’accord PS/Verts, et nous ne présenterons pas de candidat dans ce cas », précise Daniel Schapira. De Serge Blisko dépendra donc une candidature POI dans la 10e circonscription.

AU FN, ON CHASSE LES SIGNATURES AVANT LES CIRCONSCRIPTIONS — Aucun candidat frontiste n’a jusqu'à présent été désigné dans le 13e arrondissement pour la bataille des législatives de juin. Toute l’action du parti serait pour le moment concentrée sur l’élection présidentielle et notamment la chasse aux 500 signatures nécessaires à la candidature de Marine Le Pen.


SOCIÉTÉ

COMMENT

Mars 2012 — www.le13dumois.fr

Par Jérémie Potée

AUTOLIB’ RECRUTE À TOUTE VITESSE

Plus de 500 petites mains ont été embauchées pour les besoins d’Autolib’. Au fur et à mesure de l’ouverture de nouvelles stations, la filiale de Bolloré poursuit son recrutement via des sessions d’entretiens très rapides, dites job dating. Nous avons assisté à l’une d’entre elles, dans le 13e.

À

petits boulots, grands intitulés. Depuis septembre, Autolib’ recrute à marche forcée des « ambassadeurs » pour assurer le service aux usagers des petites voitures électriques. En guise de fonctions diplomatiques, quatre types de postes : planton d’accueil dans les fameuses bulles d’abonnement au système, agent de nettoyage des véhicules, « équilibreur » - ce qui consiste à déplacer les voitures de station en station en fonction des besoins - et enfin une mission mobile pour venir en aide aux conducteurs en délicatesse suite à une panne ou un accident. C’est ce qui a été proposé, courant février, à une dizaine de postulants réunis à la Maison des entreprises et de l’emploi (MDEE) du 13e (1). Aux manettes, quatre jeunes gens des ressources humaines d’Autolib’, sur les huit que compte l’entreprise pour pourvoir en maind’œuvre toute l’Île-de-France. Un vaste plan d’embauche à raison de deux sessions de recrutement par semaine ou plutôt, selon la sémantique d’Autolib’, de job dating.

C’est du côté des plus âgés que la résignation se fait sentir. Il y a Abdel, 53 ans, autrefois vendeur en informatique, qui a l’air revenu de tout. Pour lui, le premier boulot sera le bon. De mauvais augure, surtout quand il lance un « on ne peut pas être difficile à notre époque » en présence d’un recruteur venu le chercher pour son entretien. Il ne sera pas pris. Il y a aussi Abdoulaye, un jeune homme de 24 ans, animateur à temps partiel à la Ville de Paris. Lui se voit plutôt à la mission « équilibrage », se dit motivé et plutôt confiant. Il ne sera pas non plus engagé.

Pour entrer chez Autolib’, un seul entretien qui dure entre cinq et dix minutes

© M.G.

RECRUTEMENT EXPRESS Une telle formule suppose qu’il faille tenir la cadence. Et en effet, le topo introductif, commencé à 9h30, est expédié en une demi-heure chrono. Où il est question du gigantisme de la maison-mère (Bolloré, ses sept milliards de chiffre d’affaires, ses 35 000 employés) puis d’un descriptif des postes. Pour salaire, le Smic horaire pour des temps partiels ou complets, une majoration de 10% la nuit, de 50% le dimanche. Bonus notable : une prime de nettoyage pour Entretien pour Autolib’ dans un box de la Maison des entreprises et de l’emploi du 13 , le 16 février. entretenir son uniforme de travail. À 10 heures, début des entretiens individuels, d’une durée de 11 POSTULANTS, 1 SEUL RETENU cinq à dix minutes, jamais plus, c’est le principe du job dating. Pour Car, à l’issue des entretiens, les quatre recruteurs savent déjà qu’un les retenus, pas de deuxième round : avertis quinze jours plus tard, seul candidat sera retenu, une jeune femme qui nous confiait son désir de monter en grade dans l’entreprise. On nous affirmait ils auront trois jours de formation avant d’entrer en fonction. Qu’attendent, au fait, les quatre recruteurs de leurs vis-à-vis ? pourtant que le taux moyen de recrutement était de l’ordre de 50%. Or, d’après la MDEE, hôte de ces sessions, le manque d’envie et Rien de spécifique, si ce n’est une bonne compréhension du poste et de l’aisance relationnelle, nous assurent-ils. Et surtout, le permis B, de préparation des candidats caractérise ce type de recrutement seul diplôme requis - une suspension de permis à l’actif des candidats de masse qui concerne des postes sans prérequis particulier pour lesquels Pôle emploi envoie beaucoup de candidats. C’est un peu est éliminatoire. comme pour Mc Do, nous résume-t-on : le job ne fait pas rêver, mais il faut bien y aller. Et puis, chez Autolib’, c’est dans le pire des cas L’APPEL DU CDI Claire, directe, concise : la formule du job dating a plutôt les faveurs un mauvais moment très rapide à passer. " des candidats interrogés. Leurs motivations divergent, mais, dans l’ensemble, la sécurité d’un CDI au sein d’une bonne maison (1) Au nombre de six à Paris, les Maisons des entreprises et de l’emploi (MDEE) sont revient fréquemment. On trouve ici une grande majorité des organismes d’aide à l’emploi et à la création d’entreprise financés par la Ville, d’hommes, dont certains sont d’ex-taxis, des jeunes et des vieux indépendamment de Pôle emploi. Elles mettent notamment leurs locaux à disposition à part égale. des entreprises pour des sessions de recrutement. e

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Par Anaïs Heluin

SOCIÉTÉ

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DES ŒUVRES D’ART DANS LA RUE, DARE DARE Skate Park, square Barjac, porte d’Italie. Par l’Autrichien Peter Kogler, 2006.

© M.G. © M.G.

Hommage à Charlie Parker, par le Français Alain Kirili. Place Robert Antelme, 2007.

Danse de la Fontaine émergente, par le Chinois Chen Zhen sur la place Augusta Holmes, 2008.

© M.G.

VITE, TROP VITE ? Cette effervescence n’est pas toujours maîtrisée. L’appel à projet concernant le quartier de la Bibliothèque, surtout, a fait quelques sceptiques. Parmi eux, le sculpteur Serge Benoît de la Cité Fleurie - la résidence d’artistes du boulevard Arago -, qui a candidaté à un premier appel d’offres avorté. En principe, depuis 2003, tous ces projets sont censés passer devant le « Comité de l’art dans la ville ». Or, d’après sa chargée de mission Nathalie Viot, le projet n’est pas remonté jusqu’au comité. Selon Jérôme Coumet, son abandon serait lié à un simple « manque de communication » et, par conséquent, à un trop faible nombre de candidatures. Mieux ficelé, le second appel à projet s’est achevé le 5 mars, avec le dépôt de 150 dossiers. Place désormais à la phase de délibération. Autre couac, cette fois dans le cadre du prolongement du tramway, le projet de la céramiste Nancy Robbins vient d’être annulé. Cet « arbre à barques » adapté d’une œuvre installée à New York devait pousser à l’emplacement de la future station Avenue de France. Critiqué l’année dernière par le landerneau artistique pour un manque de concertation, le projet aurait finalement été retiré, selon la municipalité, pour cause de prétentions financières subitement revues à la hausse. "

À VOIR:

© M.G.

D

epuis leur lancement, le projet d’aménagement Paris Rive-Gauche et l’implantation du tramway ont donné lieu à de nombreuses commandes d’œuvres d’art. Sur la place Augusta Holmes, par exemple, ont surgi du bitume des tubes transparents surmontés d’écailles : c’est la Fontaine émergente de l’artiste Chinois Chen Zhen, soit 1 200 000 euros pour une métaphore de verre et d’acier des rapports entre la Seine et le ciel. L’appel à projet international du moment concerne les alentours de la BNF. Initié par la Semapa, société d’économie mixte d’aménagement de Paris, il sera financé à hauteur de 600 000 euros. Un appel à projet jugé indispensable par Jérôme Coumet qui, en tant que maire et président de la Semapa, dispose d’un poids considérable dans la mise en place de projets artistiques. «  Paris est très en retard vis-à-vis de bien des villes européennes. Barcelone, par exemple, nous dame largement le pion », explique-t-il. Pas le choix : pour rattraper les agglomérations voisines, il faut multiplier les initiatives.

!

© M.G.

En comparaison des grandes métropoles européennes, les rues de Paris ne regorgent pas de sculptures d’art contemporain. Pour rattraper ce retard, la Ville profite des opérations de remodelage urbain, notamment dans le 13e. Et parfois, ça patine.

Mirage, ensemble de palmiers factices dans la rue des Peupliers. Par le Français Bertrand Lavier, 2006.

1SQMH, tour de 17 mètres faite de modules géométriques, par le Français Didier Fiuza Faustino, au croisement de la rue Émile Levassor et du boulevard Masséna, 2006.

À VENIR : En plus du projet de la Semapa près de la BNF, est prévue la création de deux petites antennes de lieux culturels du périph’ à la porte de Vitry, en bas de la rue de Patay. Une pour le Mac Val, musée d’art contemporain de Vitry, et une pour le Micro Onde, théâtre et centre d’art de Vélizy-Villacoublay. Enfin, un appel à projet a été lancé il y a deux mois, cette fois pour donner une dimension artistique à la reconstruction de l’usine Ciments Calcia au bord du périphérique. 13


PAR-DESSUS LE PÉRIPH'

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Le /tmp/lab de Vitry

UN REPAIRE DE HACKERS

DANS UN SQUAT DE BANLIEUE Une vingtaine de mordus de nouvelles technologies, un squat à Vitry et pas mal de matériel : voilà qui a lancé, il y a quatre ans, le /tmp/lab, premier « hacker space » de la région parisienne. Le groupe achève une résidence d’un an à la Gaîté lyrique, à Paris, signe que le hacker n’a rien du bandit que l’on s’imagine. Par Anaïs Heluin Photographies : Mathieu Génon

J

uste après le 60 rue Léon Geoffroy à Vitry, un illogique « 6 bis  » aux lettres fantaisie nous arrête : nous voilà arrivés à l’adresse du /tmp/lab. Reste alors à trouver sa localisation exacte : après avoir poussé une lourde porte, il faut dépasser la première partie d’une usine désaffectée transformée en squat puis emprunter un chemin broussailleux qui mène au lieu de rendez-vous des hackers*. On l’aura compris : le /tmp/ lab n’a pas pignon sur rue, au contraire. LE « HACKING » À TOUTES LES SAUCES Ceux qui le fréquentent sont pourtant loin de la cyber criminalité qui, dans l’imaginaire collectif, constitue l’activité principale du hacker. «  Notre démarche consiste à étudier les produits commerciaux de manière à rendre public leurs secrets techniques  », dégrossit l’un d’entre eux à l’intention des néophytes que nous sommes. En bref, tout est potentiellement «  hackable  » : logiciels, jeux vidéo, téléphones et bien plus encore... 16

Si à l’origine la plupart des membres s’intéressaient au potentiel artistique du monde du numérique, une grande diversité de pratiques s’est instaurée au /tmp/lab. Du bricoleur de robots en lego aux biologistes les plus pointus en passant par des ingénieurs du son, tous sont les bienvenus dans le squat de Vitry. Il s’agit ici de « développer des idées novatrices dans le domaine des nouvelles technologies et de l’art », selon Philippe Langlois, un des fondateurs du hacker space. Pour preuve de l’efficacité de cette démarche, des réalisations insolites. Celles de l’artiste islando-américain Pall Thayer, par exemple. Avec ses «  microcodes » de programmation disponibles sur Internet, l’informatique devient de l’art. Bon nombre de projets touchent aussi à l’environnement : le concept de production « Cradle to Cradle » entre autres, qui vise à annuler l’émission de déchets dès la conception des produits en les inscrivant dans un cycle biologique.

LEXIQUE À L’USAGE DU PROFANE *Hacker : Personne qui fait un usage créatif de la technologie, qui détourne les objets de leur utilité première. Toutes les disciplines peuvent donc avoir leurs hackers *Hacker space : Laboratoire ouvert et lieu de rencontre pour hackers. *Open source : Terme qui désigne des logiciels libres dont les codes sont ouverts aux utilisateurs pour qu’ils puissent les modifier puis les redistribuer une fois rendus plus fiables et plus puissants. De cette pratique est née une philosophie qui s’oppose aux pratiques commerciales. *Biohacklab : Communauté de biologistes, amateurs et professionnels confondus, qui abordent leur discipline à la façon des hackers. Ils modifient des bactéries, des levures et des micro-organismes en y ajoutant des gênes supplémentaires. Ainsi, la fonction originale des organismes est modifiée.


DOSSIER

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SUPERMARCHÉS

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CE QUI

CHANGE À PARIS

DOSSIER

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aris compte la densité la plus élevée de petites surfaces alimentaires en France. La grande distribution l’a bien compris : depuis une dizaine d’années, elle investit résolument le créneau. En rachetant tous les locaux disponibles et en franchisant les petits indépendants, Casino se taille la part du lion dans l’offre alimentaire, loin devant Carrefour. Au cœur de cette guerre de position, le petit épicier est confronté à l’irruption des « convenience store  » à l’anglo-saxonne, type Carrefour City ou Le Marché d’à côté. Ces concurrents directs aux enseignes clinquantes et à l’offre uniformisée sont, comme lui, ouverts 7 jours sur 7 et ne ferment que tard le soir venu. Mais surtout, ils sont moins chers. Comment résister alors quand un grand groupe propose à l’épicier de lui refaire la devanture, à la condition qu’il s’affilie à sa centrale d’achat ? Dans cette course à l’échalote, les horaires s’étirent. Les commerces alimentaires subissent les assauts combinés de l’inspection du travail et des organisations syndicales. Dans le 13e, le quartier chinois est un exemple parlant, lui qui a été l’objet l’année dernière de l’un de ces rappels à l’ordre ponctuels. Le débat est brûlant  : comment coller au rythme de la vie parisienne sans précariser davantage les salariés ? Comme le dit l’épicier du coin : «  Que voulez-vous, tout change, ma p’tite dame ! » Par David Even et Jérémie Potée Photographies : Mathieu Génon

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DOSSIER

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La guerre des supérettes

CASINO ET CARREFOUR

PARTOUT

CONCURRENCE

NULLE PART À eux deux, Carrefour et Casino se sont emparés du marché de la supérette parisienne. À la demande de la Ville de Paris, l’Autorité de la concurrence vient de remettre un rapport alarmiste sur le sujet.

LA LOI QUI A TOUT CHANGÉ La loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008 a instauré un allègement de la TVA sur les produits de première nécessité. En contrepartie, elle a abaissé le seuil de contrôle par les collectivités locales de l’implantation des commerces alimentaires, qui passe de 300 à 1 000 mètres carrés. Une mesure dénoncée par la municipalité parisienne pour son libéralisme qui la prive en pratique de tout moyen d’action à l’encontre des grands groupes de distribution.

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Q

uel est le point commun entre Franprix, Monop’, Leader Price ou Le Marché d’à côté ? Une seule maison mère, Casino, qui détient à elle seule 17 enseignes à Paris sous des noms différents. C’est le résultat de deux études commandées par la Ville de Paris, inquiète de la prolifération des supérettes dans la capitale. En dix ans, leur nombre a doublé. CASINO ÉCRASE LA CONCURRENCE L’Atelier parisien d'urbanisme (APUR) constatait en 2010 la domination écrasante de Casino dans ce segment, ce que confirme l’Autorité de la concurrence dans son rapport rendu en janvier 2012. Avec 60% des surfaces de vente et une immense majorité de supérettes, le groupe Casino se partage le bifteck avec Carrefour, l’autre «  gros  » qui, très loin derrière, contrôle tout de même 12% d’entre elles. Ne restent que des miettes à Auchan ou Cora, sans parler des petits indépendants.

Si bien que la concurrence alimentaire dans de nombreux quartiers de Paris est quasi nulle. Dans le 13e, où les proportions sont exactement similaires à la moyenne parisienne, les alentours du boulevard Arago sont par exemple le domaine exclusif de Casino. SALE TEMPS POUR LES GRANDS DE LA DISTRIBUTION ALIMENTAIRE Un syndrome constaté par les syndicalistes qui mènent une guerre judiciaire contre les grands de la distribution sur la question du travail dominical (voir page 24). « Nous nous sommes aperçu du monopole de certains groupes à force de mener des procédures. Franprix est champion en la matière pour brouiller les cartes. Au final, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait souvent le même patron derrière différents magasins, parfois une dizaine. Devant le juge, ils affirment être indépendants alors que nous les avons déjà croisés quelques semaines plus tôt dans d’autres affaires relatives à d’autres magasins !  », raconte Éric Scherrer, de la CFTC. « Nous, on a découvert le phénomène en 2010, confie Lyne Cohen-Solal, adjointe de Delanoë au commerce (lire son entretien page 22). Nous voyions bien que les choses changeaient dans l’usage des rues. Les maires d’arrondissement me disaient : ‘On a beaucoup de Casinos qui viennent, beaucoup de supérettes qui s’ouvrent’. Il fallait réagir, raison pour laquelle nous avons saisi l’Autorité de la concurrence. » SI PEU DE MOYENS Or, en 2008, les outils à disposition des collectivités locales se sont considérablement amenuisés. Depuis la loi de modernisation de l’économie (voir encadré), les autorisations d’installation sont passées de 300 à 1 000 mètres carrés. Autant dire que la totalité des supérettes n’ont d’autorisation à demander à personne. Ne restait aux édiles, à défaut de moyen de contrôle, qu’à saisir l’Autorité de la concurrence et espérer faire de la mauvaise pub aux grands groupes. "


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Entretien avec Lyne Cohen-Solal

« LA LOI NOUS A COMPLÈTEMENT DÉMUNIS » Que peut la Ville de Paris contre la multiplication des enseignes de Carrefour ou de Casino ? Sauf à saisir l’Autorité de la concurrence, la marge de manœuvre est étroite, nous explique Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire de Paris au commerce. LE 13 DU MOIS : Depuis 2008 et la loi dite de modernisation de l’économie (LME), vous ne pouvez plus contrôler l’implantation d’enseignes de moins de mille mètres carrés. Cette loi est-elle un cadeau fait aux grandes enseignes ? Lyne Cohen-Solal : Oui, bien sûr. La loi LME a été initiée par Sarkozy pour faire baisser le prix des produits de première nécessité. En échange, il a libéralisé l’implantation des surfaces commerciales. La baisse de quelques pourcents de ces produits a duré trois mois tandis que les effets de cette libéralisation perdurent. À Paris, cela a eu des effets extrêmement négatifs. À partir de là, quelle marge laisse la loi LME aux municipalités pour agir ? Rien d’autre que saisir l’Autorité de la concurrence. Nous avons été les premiers à le faire, et les seuls à ce jour. D’ordinaire, l’Autorité de la concurrence est saisie par de grands groupes, des industriels. 22

Comment ? Ils utilisent plusieurs méthodes. Ils achètent des locaux, tous les locaux : garages, petits cinémas, dispensaires etc. Ils rachètent aussi des commerces bien sûr. Ils créent des franchises et, en outre, proposent à des indépendants déjà installés de leur servir de centrale d’achat.

Avez-vous des relations avec Casino ou Carrefour ? Oui, bien sûr. Ils sont venus me persuader de ne pas saisir l’Autorité de la concurrence, en voulant me démontrer, chiffres à l’appui, qu’ils n’étaient pas aussi monopolistiques qu’on le dit. Chacun a sa façon de dire les choses. En tout cas, ça démontre qu’ils craignent une mauvaise publicité.

bien déterminés, dans le 11e par exemple, où les grossistes en textile ont supplanté l’alimentaire. Dans ces locaux, nous favorisons l’installation d’épiciers ou de supérettes indépendantes. Mais c’est une solution coûteuse et limitée à quelques dizaines de commerces. Cela dit, je ne bannis pas tous les grands de la distribution. Dans le 13e, dans le nouveau quartier Rive-Gauche, on s’est adressé à Monoprix, qui appartient pour moitié à Casino, pour pallier le manque de commerces alimentaires. La venue de l’enseigne a ensuite servi de locomotive et permis d’attirer des commerces dans le quartier, y compris des indépendants.

Pour contrer ces tiques, disposez-vous pouvoir ? Non, la loi nous a plètement démunis. Le pouvoir qui nous reste, d’abord de parlementer freiner des projets. Et

Quelle est votre politique de soutien envers les indépendants ? Elle se réduit à peu de choses. Nous avons créé une société d’économie mixte qui préempte des locaux commerciaux dans certains quartiers

Le rapport de l’Autorité de la concurrence préconise aussi de faciliter l’implantation d’hypermarchés intramuros. Qu’en pensez-vous ? Je ne suis pas d’accord là-dessus. D’abord, il faut trouver les lieux. Pas évident,

Le rapport de l’Autorité de la concurrence montre que le nombre de supérettes de 100 à 400 mètres carrés a doublé à Paris en dix ans. Oui, elles ont proliféré. Pourquoi pas, si les enseignes avaient été différentes. Mais non, il s’agit essentiellement de Casino et Carrefour, qui se font la guerre à Paris.

prad’un comseul c’est pour puis

informer les consommateurs, qu’ils sachent par exemple qu’il existe 17 enseignes différentes pour le même groupe Casino et qu’ils ne peuvent donc pas faire jouer la concurrence. C’est à cela qu’a servi la saisine de l’Autorité de la concurrence.


13e ŒIL

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10 JOURS DANS UN BISTROT DE QUARTIER Voyage au coin de la rue, au Century, un petit café-bar proche de l’avenue d’Italie.

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13e ŒIL

Par Jérémie Potée Photographies : Mathieu Génon

HÉLÈNE ET LES GARÇONS Le Century, c’est un peu la promesse d’un futur antérieur. Encaissé dans le creux d’un quartier de ruelles pavées, le café-bar de la rue Bourgon donne à voir, tous les jours, les coups de théâtre d’une petite pièce de boulevard. En fait de boulevard, il y a au bout de la rue l’immense avenue d’Italie. En quelques pas, on fuit sa frénésie pour aboutir ici, à un jet de pierre des coquettes rues pavillonnaires qui cernent la place Georges Hénocque. Un coin de boucheries chevalines, merceries et autres cordonniers qui, depuis longtemps, ont déguerpi. La désertification est dans toutes les bouches des clients du Century qui, lui, s’accroche. Là viennent « Kiki  », Marius, « Ali Baba » ou « Mister Bad ». On croisera à coup sûr ces garçons au zinc, comme enamouré d’Hélène, la patronne tutélaire du bistrot. Tout un caractère, Hélène. Sa franchise rigolarde le dispute à une immense bienveillance issue d’origines mêlées. Elle vient d’Algérie, de Tunisie, de Corse et d’Italie et semble tout pouvoir comprendre. Elle a eu aussi un mari d’origine Chinoise, parti à Shanghai créer son bistrot français. À son départ, elle qui n’y connaissait rien a dû prendre en charge le troquet. Avant, elle bossait dans la banque, le bâtiment puis le conseil juridique, talents dont elle use à l’occasion pour dépanner ses clients. La reconversion n’a pas été facile, nous ditelle, mais elle a «  l’âme du commerce  ». On confirme. Dans le coin, Hélène est à présent la plus ancienne. Repris en 1988, le Century s’appelait auparavant le 4-21. Dans la petite rue Bourgon, deux ou trois autres bars complètent encore le parcours des pénitents de l’apéro. → 29


13e ŒIL

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REPORTAGE

AU FN PARIS, RUE JEANNE D’ARC

Par Virginie Tauzin Photographies : Mathieu Génon

Le 13e arrondissement abrite la fédération départementale du Front national. À l’orée de l’élection présidentielle, c’est là que se coordonne la campagne parisienne, dans un calme très éloigné de l’agitation politico-médiatique. Une adresse discrète dont la porte, comme la parole, ne s’ouvre qu’avec beaucoup de méfiance.

A

u départ, il y a un lieu dont on ne sait pas grand chose. Une façade qui ne la ramène pas. Quelques coups de peinture blanche obscurcissent une large vitre, à la manière d’un fonds de commerce à l’abandon. Aucune affiche, aucune étiquette, aucun nom sur la sonnette ou sur la boîte aux lettres, rien qui indique ce qu’il y a derrière. Seul un mot, « FORUM », apparaît, pâle, sur une petite plaque. Et puis un habitué du lieu propose d’y regarder de plus près. Ici le dessin à moitié effacé d’une faucille et d’un marteau, là des restes d’œufs fracassés, mais aussi, et cela ne se voit pas, des litres d’urine déversés sur le pas de la porte, de façon régulière paraît-il. « C’est à tout cela que l’on identifie les locaux du Front national », ironise un jeune militant. 34

La fédération de Paris, comme si elle disait : «  Si tu cherches bien, tu sauras où me trouver  », se situe rue Jeanne d’Arc, dans le 13e. Le salon de massage asiatique mitoyen porte le même numéro, le 165, pour mieux entretenir la confusion. Le « Forum » est un lieu pour initiés où l’on doit sonner pour entrer, et plusieurs fois de suite si l’on est de la maison, pour s’annoncer. Les autres, les ignorants qui n’appuient qu’une fois, sont ainsi détectés, même si pour eux la porte s’ouvre aussi. Logique, le Front national (FN), entend-on dans plusieurs bouches, n’a rien à cacher. « Si l’on n’est pas repérables de l’extérieur, c’est pour nous protéger », explique Cyril Bozonnet, responsable de la propagande à Paris c’est là son titre officiel.

LA BASE ARRIÈRE DU FN PARIS C’est dans ce duplex tout en bois et sous le regard en papier glacé d’une Marine Le Pen omniprésente que s’organise la campagne parisienne. Guidée par le numéro deux de la fédération, Edgar Hamet - la secrétaire départementale Annie Philippon, commerçante, est moins présente -, une poignée de bénévoles vient y planifier différentes actions de terrain. D’autres, responsables de section - celle du 13e se trouve dans ces mêmes locaux - et militants y passent pour discuter, s’approvisionner en tracts ou participer à des réunions. Et puis, il y a ceux que l’on ne connaît pas encore, que l’on conduit avec bonhomie dans un bureau à l’étage et qui repartent encartés. Comme cet après-midi de février où, après avoir tâtonné, un peu


13e ŒIL

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LE VOTE FN DANS LE 13e Présidentielles 2002

JULIEN NAMUR, RESPONSABLE DU FN 13e

QUAND LA CAMPAGNE EST BONNE

À

9,49%

9,35%

16,86%

soit 5 883 électeurs

Présidentielles 2007

5%

4,58%

10,44%

soit 4 510 électeurs

13e

PARIS

FRANCE

perdues, sur le trottoir, trois personnes âgées ont trouvé le chemin de l’adhésion. « Ça, c’est des bourgeois du 13e déçus de Sarkozy. Ils ont passé un petit coup de fil avant de venir, ils souhaitaient rencontrer quelqu’un », précise Cyril Bozonnet. Parmi les nouveaux adhérents, il identifie deux profils majoritaires : des fonctionnaires de catégorie C qui « ne se sentent plus respectés et ont peur pour leurs enfants », et des jeunes impressionnés par « les performances de Marine Le Pen à la télévision ». Quant au premier motif d’adhésion des jeunes femmes, il →

Paris, pour les prochaines présidentielles, le discours officiel est à la confiance : « Je sens que la campagne est encore meilleure qu’en 2002, dit Julien Namur, responsable du FN 13e. On peut tout à fait y faire un score à deux chiffres. » Ce qui constituerait un record : les 9,49% de 2002 restent le meilleur résultat du FN dans l’arrondissement, quand le score national flirtait alors avec les 17%. De façon générale, le vote frontiste à Paris est toujours deux fois moindre que la moyenne nationale. Pour 2012, Namur décrit un public réceptif et une campagne de terrain idéale : distributions dans les boîtes aux lettres faciles et bien accueillies, tractages fructueux  - «  On fait de temps en temps des adhésions » -, et sans heurts, même quand ils s’aventurent devant la fac de Tolbiac. Hormis les militants du Front de gauche ou de l’Unef, qui décrochent ou couvrent leurs affiches en moins de 24 heures, il assure que rien de fâcheux n’est venu enrayer la machine. « DES VOIX À PRENDRE DANS LE 13e » Les résultats du 13e, toujours très légèrement supérieurs à la moyenne parisienne, représentent selon lui un signe encourageant. « Il y a des voix à prendre dans le 13e, poursuit le numéro un de la section. En plus des nombreux déçus de la gauche, nous avons remarqué, lors des régionales de 2010, un glissement des votes de l’UMP vers le FN, l’UMP ne jouant pas son rôle d’opposant à Paris. » On retrouve en partie les résultats de ces dernières élections sur une carte affichée au siège de la fédération départementale, où sont dispersées de petites pastilles vertes. Si certains font mystère de ce qu’elles représentent, il s’agirait de l’emplacement des bureaux de vote qui ont enregistré les meilleurs scores du FN en 2010. Dans le 13e, on en retrouve par exemple sur les quartiers populaires des Maréchaux, le long des boulevards Kellermann et Masséna. Selon Julien Namur, le nombre d’adhérents est depuis 2010 en constante augmentation, notamment dans sa section, qui serait « l’une de celles qui se porte le mieux à Paris ». À la question de savoir combien de militants compte exactement le 13e, ça coince : « Nous ne communiquons pas ces données », coupe-t-il. Reste à se rabattre sur les chiffres officiels : lors des dernières présidentielles, ils ont été 4 510 à voter pour le FN dans l’arrondissement. 35


PORTRAIT

SES DATES 1962 Naissance à Cherbourg (Manche)

1981 Élection de François Mitterrand et entrée à l’école Centrale, à Paris

1989 Prend sa carte chez les Verts

1995 Élu du 20e arrondissement et assistant de Dominique Voynet à l’élection présidentielle

2001 Adjoint au maire de Paris chargé des transports et de la voirie

2007 Mise en circulation du Vélib’ et naissance de son fils, Gabriel

2008 Adjoint au maire de Paris chargé de l’environnement, du développement durable et du plan climat

2012 Candidat de la 10e circonscription de Paris

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Denis Baupin

ÉLECTIONS

2012

PORTRAIT

L’ÉCOLO LIB Par Virginie Tauzin Photographies : Mathieu Génon

En vingt-trois années de vie politique, l’écolo qui a changé la face de Paris ne s’est pas fait que des amis. Il brigue aujourd’hui la très offerte 10e circonscription, avec la décontraction de ceux qui en ont vu d’autres et l’assurance des opiniâtres.

A

utant le faire savoir de suite : Denis Baupin ne dira, en deux heures d’entretien, du mal de personne. Trois hypothèses possibles : 1) il est bienveillant, 2) il esquive, ou 3) comme il est chez lui, confortablement installé sur son canapé taupe, une tasse de café entre les mains, attendri par la bouille de son petit garçon en photo un peu partout, et qu’en plus il a été désigné, avec de grandes chances de l’emporter, candidat dans la 10e circonscription de Paris, il n’a tout simplement pas envie d’en découdre. À la manière de Laurent Ruquier, qui annonce « ceux qui ne viendront pas ce soir », Denis Baupin ne dira pas au cours de notre rencontre du mal de son adversaire UMP sur la circonscription, Chenva Tieu (« oooh » de déception). « Je suis

content d’avoir en face de moi quelqu’un qui ne considère pas Éva Joly comme une étrangère. » Ni même de cette dernière, Éva Joly (Re-« oooh »). Lui qui soutenait Nicolas Hulot lors de la primaire écolo roule aujourd’hui tout naturellement pour celle dont la campagne, comme la popularité, ne décolle pas. « Il ne faut pas regarder le passé. Le conseil que j’ai donné à Éva, c’est de briser l’armure. Quand on se présente devant les Français, il faut savoir parler de soi. Or, Éva considère que c’est un manque de modestie. » Ni, contre toute attente, de son rival historique, Yves Contassot, qui aspirait lui aussi à la circonscription : « Avec Yves, on n’a pas la même façon de faire de la politique. Il est plus dans l’affrontement que moi. C’est un excellent négociateur, il a cette force. »

« LE VÉLIB’, C’EST MON OSCAR À MOI » De la force, Denis Baupin doit en avoir une bonne dose, sous ses airs de ne pas chercher des noises. L’illustration évidente en est son bilan comme adjoint aux transports à la mairie de Paris. En sept ans, de 2001 à 2008, l’élu a considérablement transformé le visage de la capitale : couloirs de bus, tramway, Noctiliens, Vélib’, Paris Plages... Conspué par les uns, applaudi par les autres, ces initiatives lui ont au moins valu d’être érigé figure incontournable du Tout-Paris. « Avoir fait tout ça, c’est un luxe incroyable, comme pour Jean Dujardin aux Oscars. Le Vélib’, c’est mon Oscar à moi », se félicite-t-il. Il est d’ailleurs tout aussi fier d’avoir, lors d’une conférence sur les transports à New York, fait se gausser la salle entière en répondant à la question « Pensez-vous → 45


LOISIRS

Culture culinaire

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En collaboration avec le blog culinaire de Philippe Bui Do Diep - www.canardumekong.com

BAGUETTES À LA MAIN, PHILIPPE BUI DO DIEP VOUS CONVIE CHAQUE MOIS À LA DÉCOUVERTE DE LA CULTURE ASIATIQUE

LESBONS

TAPAS

DE CHINE

MÉRIDIONALE Deux recettes faciles à réaliser pour préparer un brunch typique du sud de la Chine : les rouleaux chun juan pour célébrer le retour du printemps et de petits raviolis aux crevettes wonton à déguster entre deux gorgées de thé, comme au restaurant.

V

oilà de quoi évoquer la tradition culinaire cantonaise des dim sum, désormais étendue à toute la Chine, rendue célèbre grâce ses rouleaux de printemps et autres raviolis, prévus à l’origine pour accompagner le thé lors du petit déjeuner ou à midi. Avec le temps, ces nourritures ont évolué et gagné en consistance pour devenir un repas à part entière et une institution gourmande internationale, à la manière des tapas

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espagnols. Traditionnellement, les dim sum sont répartis en deux catégories, côté sucré et côté salé. On y trouve des pâtisseries très fortement marquées par l’influence occidentale avec diverses viennoiseries et des tartes. Vous vous régalerez aussi de douceurs typiquement asiatiques comme les boules d’or au sésame fourrées à la pâte de lotus ou aux haricots rouges, ainsi que diverses gelées aromatisées, des préparations au tofu ou des gâteaux de riz gluant.

RAVIOLIS WONTON ET ROULEAUX CHUN JUAN EN TOUTES OCCASIONS Côté salé, la plus grande partie des dim sum est consacrée aux spécialités à la vapeur, avec en particulier plusieurs préparations à base de pâte de blé comme des raviolis ou des brioches. Ces mets se distinguent certes selon les aliments qui les composent, mais aussi selon leur forme, leur taille ou encore leur origine géographique. Cela sera le cas pour les petits raviolis wonton, une spécialité


LOISIRS

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Bon plan resto - L'Avant-Goût

MIQUE

TRONO

BIS

!

Par Emmanuel Salloum Photographies : Mathieu Génon

À deux pas de la Butte-aux-Cailles, Christophe Beaufront, cuistot autodidacte et ancien chef des Bains-Douches, propose une appétissante cuisine du marché qu’il revisite façon haut de gamme grâce à son maniement expert des épices et des assaisonnements. Pas donné, mais honnête sur le rapport qualité/prix.

Christophe Beaufront, un chef inspiré par ses voyages, les épices et la sculpture.

V

oilà près de 15 ans que Christophe Beaufront fait presque salle comble à chaque service. Certes, le restaurant est petit, mais sa réputation grandit sans cesse. Ce succès, il le doit avant tout à sa spécialité créée dès l’inauguration : un pot-au-feu de cochon aux épices. Le tout Paris en parle. Invité il y a quatre ans à Tokyo par les patrons du Pré Verre, il en a ramené quelques idées pour agrémenter son plat fétiche. Est né alors le remarquable pot-au-feu de cochon « retour de Tokyo », servi en bouillon avec soba - des pâtes au sarrasin -, tempuras de légumes croustillants, gingembre mariné et raifort. Ajoutez-y le savoureux onglet de veau et le très personnel foie gras de canard à la vanille avec gaspacho de mangue et d’ananas à la mélisse, et vous aurez les «  classiques  », indéboulonnables de la carte. Mais l’intérêt de l’Avant-Goût réside au moins autant dans l’autre partie du menu, évolutive selon les saisons, l’arrivage et l’humeur du chef, qu’il a créative. 50

TRAVAIL D’ARTISTE Son talent se manifeste surtout dans les assaisonnements, les épices et les accompagnements. Sculpteur à ses heures, il aime se voir comme un artiste qui distille savamment les saveurs, les textures et les couleurs. Comme dans les entrées du moment, avec par exemple la plaisante piperade, l’étonnante cervelle d’agneau panée et son tartare de câpres et concombre, ou encore cette simple salade pomme de terre et crevette, relevée à merveille par une vinaigrette au café et à l’huile de sésame. Les viandes et poissons subissent le même sort : Christophe Beaufront prend des classiques qu’il revisite pour les rendre fins et complexes. En témoigne cette queue de bœuf qui s’accommode parfaitement d’une blanquette d’échalotes et d’endives. Ou ce dos de saumon rôti, accompagné de tagliatelles à l’encre de sèche et vinaigrette de soja. Enfin, les gourmandises surprennent agréablement les yeux comme les papilles : verre de chocolat crémeux légèrement parfumé au café, confit de poivrons et de framboises  ; ananas à la coriandre et chocolat jivara ; poire avec ses marrons confits agrémentée de glace au nougat, etc.

qui a de la bouteille dans la gestion de bistrots, pourra également vous guider dans le choix du verre ou du flacon. Dans l’ensemble, l’accueil, la présentation et le service, certes un peu long, sont agréables et la décoration sobre et plaisante dans des tons chaleureux. Seul bémol, la petite taille de la pièce provoque une promiscuité et un brouhaha qui peuvent importuner les plus sensibles. À noter tout de même qu’est désormais disponible à l’étage une salle privative tout confort de quinze couverts, idéale pour un anniversaire ou un repas d’entreprise. Autre idée plaisante : juste en face du restaurant, le «  cellier  » vend une large gamme de vins, mais surtout propose huit spécialités du chef à emporter, sur commande quarante huit heures à l’avance, à prix raisonnable.

À EMPORTER, C’EST POSSIBLE L’ensemble est agréablement mis en valeur par une astucieuse carte de vins naturels issus de petits producteurs, carte qui ne comprend aucun bordeaux. Volonté du chef qui a pris le parti de faire découvrir à ses clients des choix nouveaux en excluant les vins « avec lesquels on n’a pas de surprises ». La sympathique patronne Rufine,

La salade pomme de terre crevette, relevée au café et au sésame.

L’Avant-Goût 26, rue Bobillot - Réservations au 01.53.80.24.00 Fermé dimanche et lundi Formule midi à 14,20€ : soupe, plat du jour, verre de vin, café - Menu soir entrée-plat-dessert à 32€ À la carte : entrées et desserts à partir de 10€, plats à partir de 18,50€


SPÉCIAL ENFANTS

MILLE ! FA N E N W O T A IN H C E À LA DÉCOUVERTE D

S N O G A R D S E JANG ET L GAGNEZ DES TIME'S UP, DES BD, DES ABONNEMENTS !

ÉPISODE 3 LES 3 DRAGONS

e mène à la recherche habitant du 13 vous em ne jeu un , ng Ja , de rnier épiso s trouver le bon ? Pour ce troisième et de du quartier. Saurez-vou des 3 grands Dragons

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Textes et idée originale : Antoine Esbelin et Pierre Schneidermann (Association Envol’moi - www.envol-moi.org)— Illustrations et dessins : Sarah Si Ahmed et Gladys Caristan


SPÉCIAL ENFANTS

Mars 2012 — www.le13dumois.fr

Quand je répétai l’information à Eugénie, elle s’exclama : - Mais oui, bien sûr ! Grand autel signifie sûrement église. Quant au premier art, il s’agit de la peinture, donc de la fresque située sur la façade. Pas de temps à perdre, allons-y vite ! Devant l’église SaintHyppolite, rue de Choisy, alors que nous contemplions la façade, le Dragon qui était peint dessus s’anima. Eugénie le voyait-elle aussi ? Instinctivement, Méli se rapprocha du Dragon. Une sorte de vortex se dessina sur la façade et Méli hésita. Manifestement, elle s’était un peu attachée au quartier chinois ! Je me surpris à m’entendre crier : « Vas-y Méli ! Tes parents t’attendent ». Je ne sais pas si elle m’entendit. Mais quelques instants plus tard, elle avait disparu. Les jours suivants, je ne fus pas triste. J’étais soulagé que les choses reviennent à la normale. J’avais perdu Méli, mais découvert en échange, avec Eugénie, une véritable amie. Plus tard, Lao Lao m’informa que la police n’avait pas réussi à mettre la main sur Miss Trick. Quelque chose me dit que nous nous reverrons un jour... 56


Le 13 du Mois n°16  

Le magazine indépendant du 13e arrondissement

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