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N° 12 — Novembre 2011 | www.le13dumois.fr | En vente le 13 de chaque mois

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L’EFFET TÉLÉTHON VU D’UN LABO DE LA SALPÊTRIÈRE


SOCIÉTÉ

Novembre 2011 — www.le13dumois.fr

Entretien avec Serge Quilichini, nouveau commissaire du 13e

« IL N’Y A PAS DE e À FAIRE DANS LE 13 » Propos recueillis par David Even et Jérémie Potée Photographie Mathieu Génon

Serge Quilichini est le nouveau commissaire de l’arrondissement. Ce Corse de 48 ans a fait toute sa carrière à Paris, dont une partie dans le 13e. Il y revient en tant que commissaire central et chef du troisième district, qui couvre toute la rive gauche de la capitale. Dernièrement chef d’État-major adjoint à la préfecture de police, il a notamment travaillé au déploiement de la vidéosurveillance à Paris et coordonné la réforme de la police d’agglomération, désormais étendue aux départements de la petite couronne. Nous l’avons soumis à un petit interrogatoire de prise de fonction.

LE 13 DU MOIS : Vous retrouvez un arrondissement que vous connaissez déjà... SERGE QUILICHINI : Oui, j’y ai obtenu mon premier poste de commissaire, en 1998. Il n’y avait à l’époque pas de commissariat de quartier, mais une structure unique sur l’arrondissement, ce qui nous permettait d’avoir une vue très précise de ce qu'il s’y passait. Et sincèrement, j’ai beaucoup aimé. Je ne fais pas de flagornerie à l’égard du 13e, mais c’est un arrondissement où on a le temps de travailler par rapport au 18e ou au 19e : ça n’est pas l’usine. Y retrouvez-vous des points noirs ou, à l’inverse, des améliorations ? Je trouve globalement qu’on est plutôt dans le maintien de certains points et dans l’amélioration d’autres. Au 137 boulevard de l’Hôpital par exemple, il ne se passe plus rien alors que ce lieu posait problème à l’époque. Je me rappelle avoir fait des réunions de quartier avec Jacques Toubon où le « 137 Hôpital »

était mis en exergue. Rue de la Banque et rue Watteau aussi, derrière le commissariat. Je parle avec la réserve de celui qui arrive mais je n’ai pas l’impression qu’on en parle beaucoup. D’autres restent problématiques, je pense à Fontaine-à-Mulard ou Brillat-Savarin. Mais, de toute façon, il n’y a pas de révolution à faire dans le 13e. Quelles sont vos priorités ? La tranquillité publique d’abord. Il faut que les gens se sentent écoutés : je pense aux nuisances liées aux débits de boisson, aux incivilités de certains SDF. Ensuite, il y a les problèmes de petits deals de cité. Ce matin, par exemple, on a fait cinq interpellations sur la dalle des Olympiades. On a mis au jour un petit trafic de drogue, pas énorme mais continu. Il s’agit peut-être d’une mini-filière (1). Quand on pense « réseau  », on pense toujours « réseau international », mais non : ce sont très souvent de petits réseaux de cité avec des guetteurs rétribués à la journée.

(1) Cette opération, déclenchée le 19 octobre au terme de cinq mois d’enquête, a permis la saisie de 650 grammes de cannabis et d’un peu plus de 6 grammes de cocaïne. Il s’avère que 70 clients s’approvisionnaient aux Olympiades. 12


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SOCIÉTÉ

RÉVOLUTION Avec des liens de cité à cité ? Non, pas forcément. Dans les 19e et 20e on a des rivalités territoriales. Il ne me semble pas que ce soit le cas ici, mais encore une fois je débarque... De loin en loin, il est question de « bandes » de quartiers. Qu’en pensez-vous ? Je n’aime pas trop parler de bandes, c’est compliqué à cerner, on parle plutôt de groupes. Un groupe, c’est quoi ? C’est souvent cinq ou six personnes qui veulent vendre leur shit sans être ennuyées. C’est plutôt une logique de cité, pas forcément de bande, laquelle est souvent mobile et va chercher noise ailleurs. Il ne faut pas affoler le badaud : il n’y en a pas ici. Pour les deals de cité, je compte beaucoup sur la réappropriation de l’espace public grâce à des opérations de contrôles de halls d’immeubles. Il s’agit de renforcer notre présence et d’assurer une meilleure visibilité. Vous avez donc entrepris de multiplier les patrouilles ? Oui, mais mon prédécesseur avait déjà commencé. On le fait autant que possible : on ne peut pas aller à deux sur la dalle des Olympiades, il faut être quatre. Mais ça, c’est un îlotage traditionnel. Sur d’autres zones, place d’Italie par exemple où il y a beaucoup de monde, une patrouille de deux est déjà dissuasive. Se limiter aux tournées en voiture ne me semble pas toujours le mieux. Mais l’arrondissement est grand, alors c’est à nous de nous organiser pour faire en sorte que, par cycle et par priorité, on puisse avoir une présence visible avec des gens en tenue. C’est là que la collaboration avec la Mairie est importante. Justement, nous croyons savoir qu’en fonction de la personnalité du nouveau commissaire, sa couleur politique, la collaboration peut être plus ou moins facile... Oui, peut-être... Chacun à sa façon d’être : pour moi, c’est très important de travailler avec la Mairie. Cependant, il n’y a pas de coloration politique qui vaille, le commissaire de police travaille au service de la République. J’ai travaillé avec Jean Tibéri, Daniel Vaillant, je travaille maintenant avec Jérôme Coumet dans une optique de collaboration. Je l’ai rencontré avec son staff et ça s’est passé de manière excellente. Ils ont dressé un tableau des points problématiques, il n’y a pour moi aucune nouveauté particulière. La mairie est une mine énorme d’informations. Les usagers écrivent davantage au maire qu’au  →

« Il ne faut pas affoler le badaud : il n’y a pas de bandes dans le 13e » 13


DOSSIER

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IMMOBILIER

Ce qu’il faut savoir e sur le 13 Par Mathilde Azerot & Jérémie Potée Photographies Mathieu Génon

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DOSSIER

Deux faits majeurs en cette fin d’année : le contexte économique enraye la frénésie acheteuse, tandis qu’une réforme touchant aux plus-values immobilières vient mettre son grain de sel. Petites explications à l’aune de la situation locale.

C

hose entendue, au zinc d’un bistrot de la Butteaux-Cailles, de la bouche d’un agent immobilier angoissé : « Ah là là, ils sont marrants les vendeurs, ils se rendent pas compte qu’il faut baisser leur prix ! » Non loin de là, Marcel Rongier de Foncia Verlaine, connu comme le loup blanc sur le marché local, partage ce constat.

LES « BONS » ET LES « MAUVAIS » PRODUITS : UN MARCHÉ COUPÉ EN DEUX Tout ne va pas si mal : Marcel Rongier a réalisé, dès le mois d’octobre, son chiffre de l’année précédente. Sauf que ça commence à coincer depuis un mois. « Les vendeurs ne remettent pas les choses dans leur contexte et les négociations s’allongent  », regrettet-il. Ces deux dernières années, la frénésie ambiante poussait les clients à « prendre n’importe quoi, à n’importe quel prix ». Désormais, passé le rush de la rentrée, l’accentuation de la crise les fait réfléchir à deux fois, y compris à la location  : «  Voilà plus d’un mois que je traîne un 33 m² sur la Butte. Certes, la propriétaire en demande 1 280 euros par mois, mais l’année dernière, ça serait parti dans la semaine... » Selon Paul-Guillaume Théodon, d’Orpi Bellissimo, avenue des Gobelins,

on assiste actuellement à une véritable scission du marché. D’un côté les appartements de qualité, qui se vendent toujours chers auprès d’une clientèle « exigeante et très motivée », de l’autre les produits «  médiocres  » que l’on ne s’arrache plus. Contexte économique oblige, le public potentiel de ce dernier type de biens se fait moins nombreux, plus tatillon, mieux renseigné. Une tendance constatée dès le mois d’avril, quand la rumeur d’une probable rectification des prix a commencé à se propager. «  Prenez un trois pièces, rue des Reculettes, à la jonction entre le boulevard Blanqui et l’avenue des Gobelins, très bien situé mais desservi par une façade type 1965. Il était estimé à 495 000 euros avant le mouvement de doute et je viens seulement de le vendre à 448 000 euros », détaille Paul-Guillaume Théodon. L’EFFET « PLUS-VALUE » Le facteur conjoncturel du moment, c’est aussi le durcissement du régime fiscal des plus-values immobilières qui entrera en vigueur le 1er février 2012 (voir encadré). Concernés au premier chef, les «  vieux  » investisseurs approchant 15 ans de propriété, durée qui leur permettait jusqu’alors, en cas de revente, d’être exonérés de la taxe sur les plus-values. Ce seuil sera ramené à 30 ans et, très logiquement, certains s’empressent de revendre leur bien avant de ployer sous l’impôt. Avec un impératif : que l’acte de vente soit signé avant le 1er février. Or, la

GROS CHANGEMENTS POUR LE RÉGIME DES PLUS-VALUES Actuellement, les vendeurs de biens hors résidence principale bénéficient d’une exonération de 10% par an au-delà de cinq ans de détention, ce qui conduit à une exonération complète au bout de quinze ans. Dans le nouveau système, l’exonération restera totale au-delà de 30 ans. Elle sera de 2% par an entre 5 ans et 15 ans de détention, puis 3% par an jusqu’à 25 ans, et 10% par an entre 25 et 30 ans. L’exonération ne sera ainsi que de 50% au bout de 25 ans.

majorité d’entre eux n’est pas forcément prête à raboter ses prix. Marcel Rongier cite l’exemple d’un client de la Butte, propriétaire d’un studio estimé à 170 000 euros, acquis pour 200 000 francs il y a 13 ans : « Passé le délai, il risque de payer 70 à 80 000 euros de taxe. Pour le moment, il a des propositions à 150 000, mais il ne veut pas vendre. Je pense qu’il y sera contraint d’ici le mois de décembre.  » Cependant, pour la majorité des professionnels interrogés, cette réforme, qui entendait avoir pour corollaire d’inciter les propriétaires à mettre des biens en vente et ainsi d’augmenter l’offre de logements, n’a pas eu l’effet escompté. On assiste ainsi aux premiers retraits, autant dus à l’incertitude de ne pouvoir conclure l’acte de vente à temps qu’à la crainte de devoir brader son bien. " 21


DOSSIER

Focus

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CE QU’IL FAUT RETENIR, QUARTIER PAR QUARTIER e 13 NORD : UNE OFFRE TRÈS CHÈRE, TRÈS RESTREINTE

Pour acheter dans ce coin du 13e, il faut casser sa tirelire : compter 10 000 euros du mètre carré pour « quelque chose de correct  », estime Paul-Guillaume Théodon de l’agence Orpi de l’avenue des Gobelins. En dehors des facteurs d’attractivité liés au bâti haussmannien et à la proximité du 5e arrondissement, les niveaux de prix s’expliquent par une offre extrêmement restreinte. De part et d’autre de l’avenue des Gobelins, le territoire s’avère très largement occupé par des foyers propriétaires de leur résidence principale. Et ces populations ne cèdent que

très rarement leur logement quand, faute d’offre, elles-mêmes ne trouvent pas à s’agrandir dans le quartier. Il leur faut alors migrer vers le quartier Maison Blanche, mais « pas au-delà, estime l’agent. Pour eux, la porte d’Italie, c’est le Pérou !  » Quand ils achètent dans le secteur pour mettre en location, il s’agit bien souvent de petites surfaces, avec « toujours en tête l’idée de loger un enfant ou de se réserver un pied-à-terre pour la retraite ». Pas de quoi enrichir l’offre locative dans le secteur le plus coté du 13e.

LES DERNIERS CHIFFRES DU 13e (ET ÉVOLUTION À L’ANNÉE) Les tous derniers chiffres disponibles indiquent que le mètre carré se négocie en moyenne à 7 710 euros le m² dans le 13e ( + 7% sur 1 trimestre, + 21,7% sur 1 an) contre 8 150 €/m² en moyenne à Paris. Voici dans le détail :

e 13 SUD-EST : AUTOUR DE LA RUE DE

TOLBIAC, LE PATCHWORK

Dans ce secteur, la place Jeanne d’Arc et ses alentours restent les plus courus. e D’après Olivier Quénot, de l’agence Laforêt de la place, MALGRÉ LA ZAC, RUNGIS les niveaux ici sont de l’ordre À LA PEINE Salpêtrière de 8 000 euros le mètre carré, ² 8 260 €/m avec « une résistance auMarcel Rongier, agent hisCroulebarbe (+ 27,1 %) delà de ce seuil  ». La rue de torique de la Butte, a fait le 8 770 €/m² Tolbiac, comme à l’ouest de pari d’installer sa seconde (+ 24,4%) l’arrondissement, est un axe agence dans le quartier de médian qui délimite des quarRungis, à proximité de la Zac Gare tiers au bâti « modeste » dans «  écolo  » en construction. 7 000 €/m² l’ensemble. Au sud de l’artère Prometteur lors de son insMaison Blanche (+20,5%) commerçante, de la rue tallation l’année dernière, le 7 600 €/m² Nationale à la rue du Dessous quartier pâtit encore selon (+ 23,4%) des Berges, les prix perdent lui d’un déficit d’image : «  Je facilement 1 000 euros du pensais que ça démarrerait mètre carré. Stéphane Woo, bien, mais les clients ne sont de l’agence Guy Hocquet de pas convaincus.  » En cause  : la rue de Tolbiac, estime en les immeubles de la Zac qui Source : Chambre des notaires d’Île-de-France revanche que c’est peut-être «  tardent à sortir de terre  » dans ce coin que l’on trouve et le fait que le secteur soit, à l’exception d’une ligne de bus, assez dépourvu en termes de les meilleures surprises. Lui relativise l’attrait de la Zac Paris transport. Marcel Rongier anticipe : «  Si on mettait le métro Rive-Gauche toute proche : « Il faut avoir de sacrés arguments place de Rungis, je vous assure que les prix exploseraient !  » pour parvenir à vendre quelque chose là-bas pour 10 000 euros À cela s’ajoute, pour une partie de la clientèle, l’aspect répulsif du mètre carré ! » Selon lui, le fait que le quartier soit toujours des ensembles des années 1970 à proximité : Brillat-Savarin et en développement laisse planer une incertitude sur les niveaux de prix à long terme. Fontaine-à-Mulard.

13 SUD-OUEST :

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La capitale compte une soixantaine de tours qui dépassent 90 mètres. On en trouve plus de la moitié dans le 13e. À l’encontre des clichés, vivre dans une tour peut être agréable, confortable et... cher.

LES OLYMPIADES, LA MIXITÉ PAR EXCELLENCE Loin de l’image négative qui colle aux tours des quartiers périphériques, vivre en hauteur n’est pas synonyme d’un environnement dégradé pour les résidents des immeubles de grandes hauteurs (IGH) des Olympiades. « Je suis arrivé à la naissance de ma première fille. On a trouvé ici la crèche, l’école maternelle, l’école primaire. Il y a tous les services auprès des tours. La vie est vraiment facile  », témoigne Alain Joubaire, ingénieur en construction à la retraite, qui s’est installé dans le quartier

à la livraison des tours en 1975. Comme beaucoup, il a d’abord été locataire - tour Anvers - puis a acquis en 1980 l’appartement qu’il occupe toujours au sein de la tour Helsinki. Dans le cadre de l’opération Italie XIII, qui a totalement remodelé le visage urbain du 13e, huit tours culminant à plus de 100 mètres - Anvers, Athènes, Cortina, Helsinki, Londres, Mexico, Sapporo et Tokyo - et trois immeubles ont été érigés de 1969 à 1975, entre l’avenue d’Ivry, les rues de Tolbiac et Nationale. L’idée d’origine était de créer un petit Manhattan et d’y attirer des cadres supérieurs. Le pari a été à moitié gagné. À moitié seulement car c’est plutôt la mixité sociale qui caractérise les Olympiades. « Il y a toutes les catégories sociales ici, affirme Pierre-Henry Wilthien, ancien professeur à Paris I-Panthéon en mathématiques économiques et président de l’Association syndicale libre des Olympiades (ASLO). Nous sommes sur

DOSSIER

d’anciens terrains de la SNCF, il y a donc eu à l’origine une préférence pour les cadres de la SNCF, mais il y a également des universitaires, des journalistes, des diplomates étrangers, et des gens beaucoup plus modestes aussi. » Selon un recensement fait par Alain Joubaire - qui ne tient pas compte de la tour Tokyo laquelle ne fait pas partie de l’ASLO - les tours des Olympiades comptent 3 098 logements - soit près de

Aux Olympiades, on trouve des universitaires, des journalistes, des diplomates 10 000 habitants -, dont 50,5% sont copropriétaires et 49,5% locataires. Cinq tours sont en copropriété, les tours Anvers et Londres, gérées par Paris Habitat, sont → 23


13e ŒIL

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Portfolio

SUNDAY 30


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13e ŒIL

MORNING

ou les marchés du dimanche vus par Harold Watson 31


13e ŒIL

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Brahim, buteur de l’équipe de France de foot fauteuil

LE F¤ ¤T

Par Anaïs Heluin Photographies Mathieu Génon

CHEVILLÉ AU C¤RPS Début novembre s’est tenue la deuxième Coupe du monde de foot fauteuil à la Halle Carpentier. Discipline inconnue du grand public, ses pratiquants essayent de faire parler d’eux pour être un jour de la fête olympique. Nous avons suivi pendant plusieurs semaines Brahim Sebiane, attaquant de l’équipe de France.

10 nations se sont disputé le titre mondial à la Halle Carpentier du 2 au 6 novembre. Les États-Unis terminent 1er, la France 3e.

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Brahim a inscrit le premier but du Mondial, lors du match d’ouverture contre la Belgique.


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buts en une seule Coupe du monde ! Ces statistiques à la Ronaldo sont à mettre à l’actif de Brahim Sebiane, l’un des leaders de l’équipe de France de foot fauteuil qui a décroché la médaille de bronze lors de la Coupe du monde de la discipline à la Halle Carpentier, le 6 novembre. Mais Brahim, c’est l’or qu’il voulait et rien d’autre. « Le titre mondial à Paris, c’est la meilleure publicité que l’on peut espérer pour faire parler de notre sport et le développer », nous lançait-il déterminé comme jamais, en plein stage de préparation à Bourges fin octobre. Il fallait le voir éclater en sanglots juste après l’amère défaite en demi-finale contre le rival de toujours, les États-Unis, pour comprendre toute la place qu’occupe aujourd’hui le foot fauteuil dans sa vie. Pourtant, si Brahim fait à 28 ans partie des meilleurs joueurs de la planète, ses débuts ne laissaient guère présager une telle réussite. « J’ai commencé à jouer à 13 ans et j’ai bien failli arrêter dès la première année. Je n’y arrivais pas et le coach s’arrachait les cheveux », se rappelle-t-il, en rigolant. Le rire, ce sera la marque de fabrique de Brahim à chacune de nos rencontres. LE SEUL SPORT COLLECTIF QU’IL PUISSE PRATIQUER Encouragé par un professeur de sport, il persévère. À Bondy d’abord lors de ses années collège, puis à Vaucresson et Nanterre : au gré de son parcours scolaire, il passe de club en club, pour finalement atterrir dans celui de Châtenay-Malabry, fondé par son frère, Habd-Eddine. Un gai

luron, théâtral et chaleureux, avec qui Brahim partage plus que le foot, le handicap aussi. Même petit gabarit et même fragilité osseuse : les deux sportifs sont atteints de la maladie des os de verre. C’est pourquoi ils pratiquent le foot fauteuil, réservé aux personnes qui, du fait de leur handicap, ne peuvent pratiquer aucun autre sport collectif. Brahim n’avait pas le choix du sport mais la contrainte s’est depuis transformée en passion. Nul doute possible sur sa motivation quand on voit comment Brahim se comporte lors des entraînements et des matchs. C’est encore plus visible lorsqu’il est sur le banc des remplaçants : il ne tient pas en place. Toujours un mot pour encou-

13e ŒIL rager ses coéquipiers, les conseiller, haranguer les spectateurs et… faire un clin d’œil aux caméras ! S’il fait un peu le spectacle, c’est que sa carrière parle pour lui. Il était de l’aventure japonaise il y a quatre ans, lorsque l’équipe de France s’était (déjà) inclinée contre les Étasuniens en finale de la première Coupe du monde. Son frère aussi était dans le groupe. Cette année, ce dernier a troqué le ballon contre un micro pour commenter les rencontres sur une web-tv. UN AMBASSADEUR DU FOOT FAUTEUIL Loin de garder pour lui sa technique, Brahim aime la partager avec les autres : « Après la dernière Coupe du monde, j’ai →

COMMENT JOUER ?

L

e foot fauteuil est l’un des rares sports collectifs mixtes. Il est réservé aux athlètes dont le handicap ne permet pas de pratiquer un autre sport collectif. Les handicaps sont très divers, parfois très lourds, parfois évolutifs comme pour les myopathes. Un match international dure deux fois 20 minutes et oppose deux équipes de quatre joueurs (dont un gardien de but) sur un espace de la taille d’un terrain de basket. Le ballon est une fois et demie plus grand qu’un ballon classique afin d’être plus facilement manié par les fauteuils. Les joueurs tentent de marquer des buts - peu nombreux entre deux équipes

Mené 2 à 0 en demi-finale par les États-Unis, Brahim comprend que le rêve de titre s’envole. Après le coup de sifflet final, grosse désillusion au sein du groupe France.

de très haut niveau - en mettant en place des combinaisons assez spectaculaires lors des coups francs, touches (nombreuses) ou contre-attaques. Le ballon peut être propulsé dans les buts à la suite de rotations simples ou inverses. La force de frappe étant plus ou moins équivalente d’un joueur à un autre, les meilleurs buteurs sont ceux qui anticipent le mieux le jeu : il s’agit de réaliser sa rotation au bon moment pour bien frapper le ballon vers le but. Les caractéristiques des fauteuils sont très précises et contrôlées avant chaque rencontre : la vitesse maximum ne doit pas dépasser 10 km/h et un pare-choc est obligatoire.

Tour d’honneur après la victoire contre la Belgique (2-1) dans le match pour la 3e place.

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MEDIAS

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SUD RADIO À PARIS

UNE ARRIVÉE QUI FAIT DU BRUIT Depuis la rentrée, une grande partie des programmes de Sud Radio est diffusée depuis ses studios du 13e, rue du Chevaleret. Après Paris, la radio généraliste emblématique du Sud-Ouest espère bien conquérir encore d’autres territoires avec un credo contesté : l’anti-politiquement correct.

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9.9 FM  : une «  fréquence en or  », comme on dit dans le jargon, car très facile à retenir. Sud Radio l’a décrochée en janvier dernier, damant le pion aux candidatures de LCI Radio, Jazz Radio ou encore Radio Campus Paris pour occuper la place laissée vacante par Europe 1 Sport. Après les fréquences obtenues à Marseille, ClermontFerrand et Limoges, voilà une nouvelle étape décisive dans le développement de la radio méridionale, plus conquérante que jamais alors qu’elle vient de souffler ses 50 bougies. Avec l’Île-de-France, Sud Radio fait plus que doubler son bassin d’audience potentielle, de 9 à 20 millions d’habitants. Pour l’instant. Car l’objectif, à moyen terme, est de couvrir toutes les villes de plus de 100 000 habitants. Qu’on se le dise, la radio entend darder de ses rayons sudistes la France entière. Un virage devenu «  indispensable  » selon Mathieu Quétel, directeur général de Sud Radio Groupe  : «  Il n’est plus possible de se limiter au Sud-Ouest. Ce n’est plus viable sur le plan économique  », notamment en raison des difficultés, pour une radio multirégionale, d’attirer les annonceurs. Pourtant, Sud Radio a bien réagi après la période délicate de 2009, quand la société externe chargée de sa régie publicitaire l’a quittée en pleine crise économique. Accusant un déficit de 2,7 millions d’euros, la station plombait alors le groupe, qui détient

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Par Emmanuel Salloum Photographies Mathieu Génon également les radios musicales Voltage, Ado, Wit, Latina, Black Box, Forum et Vibration, toutes rentables. D’où la décision de la généraliste de se placer en procédure de sauvegarde. Grâce à un plan d’étalement de sa dette sur dix ans, elle a désormais renoué avec les bénéfices, et son audience a légèrement progressé. À PARIS, MAIS AVÉ L’ACCENT ! Bien sûr, avec 0,9% de part d’audience, Sud Radio est Robert Ménard, remercié par RTL en juin dernier, mène désormais la matinale 7H-9H de Sud Radio, « Ménard en liberté » encore loin de ses principales concurrentes, les autres généralistes pri- teurs et séduire des Parisiens « originaires vées (RTL, Europe 1, RMC). Mais elle met le du Sud ou qui en rêvent  », selon Michel paquet pour rattraper son retard. À grands Cardoze, l’inimitable journaliste girondin renforts de communication, tout d’abord, qui, lui non plus, n’a pas cherché à réfréner pour annoncer son arrivée à Paris comme son accent chantant. en témoigne la flopée d’affiches disséminées ça et là dans la capitale. Surtout, « OUVREZ-LÀ ! », AU RISQUE DE DÉRAPER ? elle a sorti le chéquier pour attirer à son Sud Radio revendique également l’origimicro des « journalistes vedettes » : Robert nalité avec son triptyque «  décryptage, Ménard, Pascal Bataille ou encore Karim interactivité avec les auditeurs, anti-politiquement correct  ». Un positionnement Hacène. Pas question de renier son histoire, Sud symbolisé par la matinale 7h-9h « Ménard Radio a fait le pari de maintenir sa colora- en liberté  », deux heures de débat sur tion « sudiste ». En proposant la seule émis- une même question entre auditeurs, sion journalière consacrée exclusivement spécialistes et hommes politiques, sans au rugby, en reconduisant «  Le duo des invité plateau. «  Nous sommes très fiers non », comiques terroir et potache célèbres d’avoir créé ce format nouveau, se félicite pour « Les feux de labour », elle entend à la Mathieu Quétel. Nulle part ailleurs on fois conserver son socle historique d’audi- donne autant de durée et de profondeur


PAR-DESSUS LE PÉRIPH’

Insolite

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PARIS ENTERRE SES MORTS

Par Raphaëlle Peltier Photographies Mathieu Génon

EN BANLIEUE

Le 13e vu du cimetière de Gentilly. À droite, une curiosité du cimetière : le buste du zouave Jacob, soldat impérial et guérisseur.

C’est une autre crise du logement : faute de place à Paris, les habitants du 13e sont aujourd’hui pour la plupart inhumés en banlieue, au cimetière parisien d’Ivry notamment. Les résidents de Gentilly, en revanche, peuvent eux espérer reposer dans le 13e. Explications.

P

arisiens, maigres sont vos chances d’être enterrés dans la capitale ! Et pour cause, les 14 cimetières parisiens intramuros sont saturés depuis le 19e siècle, selon Pascal-Hervé Daniel, le chef du service des cimetières de la Ville de Paris. Quelques concessions seulement se libèrent chaque année, les places sont donc rares et surtout chères. Le prix d’une concession varie en effet du simple au double entre les cimetières parisiens de banlieue - dont celui d’Ivry - et Paris intra-muros. 50

VIVRE À PARIS, REPOSER EN BANLIEUE Alors, Paris a délocalisé ses cimetières en banlieue. Entre 1860 et 1929, la Ville a ouvert six cimetières extra-muros : Ivry, Bagneux, Saint-Ouen, La Chapelle, Pantin et Thiais. «  Avec l’expansion de Paris au 19e siècle, les trois principaux cimetières communaux construits après la Révolution française, le Père Lachaise, Montmartre et Montparnasse, n’ont très vite plus été suffisants », explique PascalHervé Daniel. Il poursuit : « La Ville a donc préempté des terrains en dehors de Paris pour en faire des cimetières.  » Selon la

À IVRY,

L’INHUMATION BON MARCHÉ

334 € pour une concession décennale de 2m²

726 € à Paris

5 765,24 € pour une concession perpétuelle de 2m²

11 532,58 € à Paris


MÉTRO

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MON AMOUR, MA HAINE

À LA CHASSE AU BOULOT... DANS LE MÉTRO

Sur la ligne 5, un jeune homme réinvente la recherche d’emploi en distribuant son curriculum vitae à tour de bras.

Par Virgine Tauzin Photographie Mathieu Génon

L

igne 5, entre gare d’Austerlitz et Bastille. Quand il entre dans la rame, rien ne le distingue des autres voyageurs. Et quand il commence à parler, d’une voix haute et claire, c’est un peu le discours préfabriqué et monocorde habituel, où il est question de précarité, de plus de boulot, de pas de bol, de vie pas facile, bref, « unepetite-pièce-messieurs-dames-siouplait ». Sauf que la petite pièce empochée aura une utilité toute singulière : elle paiera l’impression des CV qu’il distribuera demain. Comme la pièce d’hier a financé les copies d’aujourd’hui, cette liasse qu’il agite au-dessus de sa tête. Il réclame du travail, à tout prix, n’importe lequel, pourvu qu’il soit «  déclaré et légal  ». Il a des capacités, des acquis aussi, et puis il s’adapte vite. Les voyageurs relèvent le menton, interpellés, et les regards convergent vers lui  : il parle bien. Maintenant, il détaille ses expériences professionnelles. Qui sait si la bonne personne ne se trouve pas justement devant lui ? À tous ceux qui s’approchent, il justifie sa démarche. Celle d’un trentenaire qui, noyé dans une masse de trois millions de chômeurs, adopte la méthode qu’il juge « la plus rapide possible pour rencontrer des gens  » : la recherche d’emploi en « rame-à-rame ». 52

100 À 200 CV DISTRIBUÉS PAR JOUR Cela fait trois mois que Laurent (1) répand ses feuillets sur la ligne 5 ; un peu moins ces temps-ci. La publication d’un article sur Internet suivi d’une poignée de commentaires sournois l’a, malgré une majorité d’encouragements, piqué au vif. « Maintenant, quand je vais dans le métro, j’ai la peur au ventre. Est-ce que certaines personnes pensent vraiment que je monte tout un baratin pour l’argent ? L’argent me sert aussi à être présentable. Quand on cherche du travail, il faut bien présenter.  » Ce sentiment d’injustice, de revers immérité, est à la hauteur du mal qu’il se

Du travail à tout prix, pourvu qu’il soit « déclaré et légal » donne : 100 à 200 CV distribués chaque jour, et combien de sourires, combien d’espoir ! « Je ne veux pas que les gens aient pitié, je veux qu’ils voient en moi le travailleur. Je ne suis pas un cas social. » D’ailleurs, Laurent ne parle de sa situation de sans-abri,

qui « fait pathos  », que pour souligner l’urgence de trouver un emploi. BILAN DES COURSES : PAS GRAND CHOSE Par peur d’une nouvelle vague d’incompréhension de la part de nos lecteurs, il n’a souhaité dévoiler ni son nom ni son numéro de téléphone, tant pis si «  la bonne personne » lit ces pages. « De toute façon j’en ai marre, distribuer des CV ne change rien à ma vie. » Laurent a bien rencontré des gens, depuis qu’il s’est lancé dans cette démarche, mais « on [lui] propose surtout des contrats d’insertion, à 400 euros par mois. Avec ça on ne vit pas.  » Lui estime qu’il mérite mieux, CV à l’appui : dans l’armée, où il a servi neuf ans, il a appris divers métiers. Depuis qu’il l’a quittée, c’est comme responsable d’un cyber café, vendeur et téléprospecteur qu’il a officié. «  Mon dernier emploi date de mai 2011, alors que j’étais déjà à la rue. Je ne suis pas un glandeur, je veux me battre.  » Ce jour-là, en quittant la rame CV à la main, un jeune homme lui lance : «  J’ai une idée pour vous, je vais voir ça ! » Une bonne raison d’ignorer les rares quolibets et de se remettre sur les rails. " (1) Son prénom a été changé.


LOISIRS

Novembre 2011 — www.le13dumois.fr

En collaboration avec le blog culinaire de Philippe Bui Do Diep - www.canardumekong.com

LA CU

NE ASIA

LES SA S E T

S UCE

IS I

T À TOU I Q U E

Baguettes à la main, Philippe Bui Do Diep vous convie chaque mois à la découverte de la culture asiatique

Au gré de vos déambulations dans les allées des épiceries du 13e, vous n’avez pu manquer l’incontournable rayon des sauces et condiments. Il faut dire qu’au sein des cuisines asiatiques, l’assaisonnement, liquide ou solide, tient lieu d’épicentre du goût. Pour l’illustrer nous réaliserons une recette laotienne pleine de saveurs épicées et insolites.

D

ans les cuisines du continent asiatique, pour saler et assaisonner les plats, un ingrédient essentiel sépare l’Asie en deux blocs bien distincts : la sauce de soja au nord pour les Chinois, Coréens et Japonais tandis que l’Asie du Sud-Est, bien représentée dans le 13e par ses communautés khmère, lao et viêt, reste attachée à ses saumures de poisson dont nous connaissons en France l’emblématique nuoc mâm. JAMAIS SANS MA SAUCE SOJA On trouve facilement la sauce de soja. Elle est le résultat de la fermentation de fèves de soja, de blé, d’eau et de sel  : elle sale les plats et apporte un des éléments de la cinquième saveur si chère aux Japonais… le goût umami. Dans les étagères des magasins en premier lieu, on distingue l’assaisonnement de base avec les bouteilles de sauce de soja claire, produites à partir de la première pression du soja qui 54

donne une saveur supérieure. La sauce de soja foncée est plus épaisse grâce à l’ajout de mélasse et d’amidon : plus sucrée, elle donne une belle coloration brune aux plats. Il en existe une variation parfumée aux champignons au petit goût boisé. Selon l’origine de la sauce et le procédé de fabrication, on notera des différences assez notables. Les sauces japonaises ou indonésiennes, par exemple, sont plus sucrées que les chinoises. QUAND LE POISSON DEVIENT JUS Le reste de l’Asie a profité d’un climat plus favorable et d’une large exposition maritime pour produire différentes saumures de poisson ou de seiches, base de la cuisine locale et de la conservation des aliments. La sauce de poisson remplace ainsi le sel dans tous les usages alimentaires, ce qui apporte une saveur spécifique à nombre de plats, comme dans notre recette à venir. Appelée en lao thaï nam pla ou pa et plus connue sous

sa désignation vietnamienne nuoc mâm, elle est le résultat d’une maturation de poissons et de sel que l’on presse au bout de quelques mois. Et c’est dans notre arrondissement que vous trouverez les meilleurs jus. Le Vietnam notamment a entrepris une politique de qualité visant à différencier ses saumures dont les plus réputées sont celles à base d’anchois et issues de l’île de Phu Quoc, au sud du pays. Vous remarquerez aussi sur ces bouteilles d’autres signes de qualité comme le terme nuoc mam nhi montrant la première pression ou son degré de protéines censément élevé. Il existe aussi d’autres types de saumures plus solides, très spécifiques, difficiles à dénicher dans le commerce. Elles sont faites à partir de poissons d’eau douce et de façon artisanale d’où des difficultés d’exportation pour le prahok cambodgien ou le padek lao. Rien de comparable avec la sauce omniprésente en magasin, un mélange de caramel,


Le 13 du Mois n°12  

Le magazine indépendant du 13e arrondissement

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