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P O H P I HUNE ANTHOLOGIE

N° 11 — Octobre 2011 | www.le13dumois.fr | En vente le 13 de chaque mois

3,90 €

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RADIOGRAPHIE DU PS 13

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QUELQUES CLÉS POUR COMPRENDRE LE JEU POLITIQUE LOCAL INCENDIE BVD AURIOL

SPÉCIAL IVRY

Chronique d’un procès mal embarqué

Qu’y a-t-il derrière le périph’ ?

CITÉ DE LA MODE

BONS PLANS

Dans les coulisses des défilés du 13e

Vous avez les crocs : mangez végétarien !


SOCIÉTÉ

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Incendie du bvd Auriol

SIX ANS APRÈS, CHRONIQUE D’UN PROCÈS MAL EMBARQUÉ

Par Ornella Guyet Photographies Mathieu Génon

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LE CONTEXTE

Le procès de l’incendie qui a ravagé en 2005 un immeuble insalubre du boulevard Vincent Auriol, provoquant le décès de 17 personnes, s’est enfin tenu. Sur le banc des accusés, nul incendiaire, mais un bailleur social et une entreprise du bâtiment.

Dans la nuit du 25 au 26 août 2005, un immeuble habité par des familles, principalement d’origine malienne et ivoirienne, brûle. L’incendie fait en quelques minutes 17 morts dont 14 enfants. Une issue ignoble d’autant plus que ces familles ont, depuis leur arrivée en France à la fin des années 1970, suivi le parcours du combattant des mal-logés. Au cours des années 1980, alors qu’elles avaient fui des logements inhabitables - préférant camper sur le chantier de la future BNF ou à Vincennes -, Emmaüs obtient leur relogement provisoire dans un immeuble voué à la démolition du boulevard Vincent Auriol. Une solution transitoire en attendant un relogement rapide, promis par les autorités. Mais le relogement n’arrive pas. Quand des problèmes de saturnisme

surviennent en 2000, l’association Freha, bailleur qui gère désormais les lieux, fait poser du contreplaqué sur les peintures plombées qui recouvrent les murs de la cage d’escalier. Ce revêtement a joué un rôle majeur dans la propagation du feu. C’est pour cette imprudence que le bailleur se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés, avec la société qui a effectué les travaux, Paris Bâtiment Construction (PBC). Un premier procès s’était ouvert en mars dernier, ajourné à la demande des victimes, scandalisées que l’on ne prévoit que deux demi-journées d’audience à peine et une si petite salle pour cette affaire. Cette fois-ci, six demijournées ont été prévues pour les débats devant la 31e chambre correctionnelle. Nous avons assisté à cinq d’entre elles.


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VENDREDI 16 SEPTEMBRE

AUDIENCE DES EXPERTS, DES POMPIERS ET DES POLICIERS Il apparaît que le feu a pris dans le local à poussettes au rez-de-chaussée et que la cage d’escalier a fait cheminée. Les portes et fenêtres ouvertes des 3e et 5e étages, où l’on déplore le plus de morts, ont fait appel d’air. Les murs en contreplaqué ont servi de carburant. Sans ce revêtement, le feu serait probablement resté circonscrit au rez-de-chaussée et à la base de la cage d’escalier. Or, il a rapidement grimpé les étages, atteignant 600°C en quatre minutes, contre 120°C maximum en l’absence de revêtement en bois. En revanche, aucun élément n’est apparu au cours de l’enquête permettant de déterminer la cause de cet incendie. L’enquêteur interrogé à la barre semble même douter d’une origine criminelle. Les avocats des parties civiles pointent des manquements dans cette enquête : pas d’appels à témoin, de confrontations, ni de recherche d’une piste raciste, pas de prise en compte des soupçons des victimes et des voisins.

SOCIÉTÉ

l’est aussi dans son âme : « Votre enquête est pourrie ! », clame ce père endeuillé : « Je ne dors plus depuis l’incendie. Il y a un criminel, il faut aller le chercher et l’amener ici ! » Abdoulaye Sissé est lui aussi convaincu d’un incendie criminel, lequel serait « parti d’en haut ». Il raconte le calvaire de son fils : âgé de cinq ans au moment des faits, ce dernier, grand brûlé, enchaîne depuis les séjours à l’hôpital : « Aujourd’hui Mamadou a 12 ans et il me demande tous les jours pourquoi les criminels ne sont pas en prison. Cet enfant est handicapé à vie, il a perdu tous ses frères et sa maman. » Deux représentants d’Emmaüs, dont le secrétaire de l’abbé Pierre, sont interrogés et font part de leur « compassion » pour les victimes. Ils mettent en avant les contradictions de leur rôle, entre bénévolat et professionnalisme, l’obligation d’aider et la nécessité de pallier les manquements de l’État en bricolant parfois pour parer au plus pressé. →

« Il y a un criminel, il faut aller le chercher et l’amener ici ! » Une victime

JEUDI 22 SEPTEMBRE

AUDIENCE DES VICTIMES ET DES FAMILLES DE VICTIMES Moment chargé en émotion. Tous racontent le même calvaire : la vie dans un bâtiment délabré et peuplé de rats qui mordent les enfants la nuit, la surprise de l’incendie, la douleur, la perte des proches... Les victimes crient à l’enquête bâclée. Outre l’absence de l’incendiaire supposé sur le banc des accusés, c’est aussi celle de l’État qui est questionnée. Certains, acerbes, avancent qu’il aura fallu ce drame pour enfin obtenir le relogement tant espéré, une semaine après l’incendie. Vêtue d’un boubou brun et d’un châle noir, Oumou Diarra témoigne. Elle a perdu cinq enfants et raconte son impuissance : peu avant les premières flammes, elle monte au 5e étage pour leur souhaiter une bonne nuit. Moins de 15 minutes plus tard, le feu rend impossible toute sortie : « On voulait prendre l’escalier pour sauver les enfants. Le feu était déjà dans la cage d’escalier. On ne voyait rien, il y avait des explosions. On ne pouvait pas respirer. On a tout fait pour sauver les enfants. Notre vie a basculé. Tant que la justice ne sera pas rendue, on ne sera jamais tranquille. » Mme Diarra fond en larmes et doit sortir, entourée de ses avocats et de ses proches. La juge ordonne une suspension d’audience. De retour dans la salle, son mari, très digne dans son costume blanc, témoigne à son tour. Lors de cette nuit cauchemardesque, Daman Diarra tente d’escalader la façade pour rejoindre ses enfants, tombe et se brise une jambe. Blessé dans sa chair, il

Hatouma Diallo a perdu 9 membres de sa famille, dont sa petite fille de 3 ans.

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DOSSIER

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Par David Even et Jérémie Potée Photographies Mathieu Génon

RADIOGRAPHIE DU PS 13

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LES CLÉS DU JEU POLITIQUE LOCAL

es primaires socialistes dépendront les rapports de force locaux : à la veille d’une année « chaude  » d’un point de vue électoral, nous avons voulu savoir de quoi il retourne dans le 13e. Vous vous rappelez sans doute que nous nous sommes intéressés en d’autres temps à la droite locale, aujourd’hui réduite à peau de chagrin après 20 ans de domination. L’UMP semble ici avoir baissé les bras et, désormais, le jeu politique se concentre à gauche. Quand on parle du PS 13e, il faut considérer ses deux sections : la 13e-Est et la 13e-Ouest. À elles deux, elles comptent un millier de militants « permanents », ce qui fait de l’arrondissement une place forte du PS parisien. 16

Entre ces deux entités, il y a une différence de style. À l’est, le député Jean-Marie Le Guen est parvenu à se bâtir un fief à partir d’un électorat à l’origine très ouvrier. Le local du parlementaire et celui de la section PS 13e-Est ne font qu’un. On retrouve à tous les échelons de la vie militante et municipale des « hommes de » Le Guen, dont on connaît les ambitions pour la mairie de Paris. Nul doute qu’aux prochaines législatives, Jean-Marie Le Guen sera reconduit. À l’ouest, un autre homme fort  : le député Serge Blisko brigue un 4e mandat d’affilée. Lui officie dans une partie du 13e traditionnellement très « nouvelle gauche, type CFDT  » selon ses propres termes. Là, les choses s’annoncent plus compliquées. Celui qui est parvenu à remplacer Jacques Toubon à la mairie du 13e est confronté

au désir de renouvellement exprimé par certains militants d’une section bien plus hétérogène qu’à l’est. Se profile également le parachutage de Cécile Duflot, qui hésite entre les 10e et 13e arrondissements. À la différence de Le Guen, Serge Blisko ne bénéficie pas d’une unité circonscription/section PS. À l’ouest, la 10e circonscription est à cheval sur les 13e et le 14e arrondissements : on y retrouve donc plusieurs sections. De fait, à travers la question des législatives se trament des enjeux politiques parisiens au sens large. À la veille de la campagne présidentielle qui s’annonce prometteuse pour la gauche, nous avons également voulu rencontrer ces anonymes qui militent au jour le jour. Après tout, les élus d’aujourd’hui ne sont que de petits militants d’hier !


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LÉGISLATIVES : À LA (RE)CONQUÊTE DE L’OUEST La 10e circonscription, à cheval sur les 13e et 14e arrondissements, est le fief du député PS Serge Blisko. À l’approche des législatives, l’ex-maire du 13e est confronté aux envies de renouvellement venues de ses troupes, au parachutage éventuel de Cécile Duflot et au redécoupage de sa circonscription. Alors, inquiet ?

«

Oui, je serai candidat », voilà une affirmation définitive qui sonne un peu comme un  : «  J’y suis, j’y reste  !  » Le fabiusien Serge Blisko a de la bouteille : élu député trois fois d’affilée après avoir assuré dans les années 80 l’intérim de Paul Quilès parti rejoindre le gouvernement, c’est aussi celui qui a bouté Jacques Toubon hors du 13e et installé la première équipe municipale de gauche. Alors, quand certains affichent l’envie de lui succéder - c’est le cas du ségoléniste Philippe Moine, adjoint à la culture du 13e (voir page 18) -, il demande à voir. Pour Blisko, rallié à Martine Aubry, la question se décantera après les primaires. «  Royal, à mon avis, est plus proche de l’atterrissage que du décollage  », estime-t-il, façon de dire que les ségolénistes peineront à obtenir l’investiture d’ici au mois de décembre. CÉCILE DUFLOT DANS LE FAUTEUIL DE SERGE BLISKO ? De toute façon, poursuit-il, «  les pistes d’atterrissage risquent d’être purement et simplement fermées aux socialistes » dans le cas d’un parachutage de Cécile Duflot, la secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts. Il est en effet envisagé d’ « installer » la conseillère générale du Val-de-Marne à Paris dans la perspective des municipales. Outre le 13e, il est également question du 10e arrondissement. Une éventualité accueillie avec le plus grand scepticisme par les militants PS,

Serge Blisko en tête : «  Je ne comprends pas bien pourquoi elle se présenterait à la députation ici, où les écologistes n’ont jamais fait de bons scores, alors qu’elle a une circonscription réservée dans le Valde-Marne », regrette-t-il. Décidément peu avare en métaphores, le député raille cette tendance des écologistes à débarquer « en pigeons voyageurs dans des pigeonniers qu’on a préparés avant eux ».

LA NOUVELLE CARTE ÉLECTORALE

Découpage de 1986

Découpage de 2012

14e arrondissement

13e arrondissement

10e circonscription

NOUVELLE CARTE ÉLECTORALE, CONSÉQUENCES MINEURES Un coin de Paris en effet bien préparé par la gauche, mais quid des conséquences de la nouvelle carte électorale en vigueur en 2012 ? Il s’est agi, à en croire le député, non pas « de m’emmerder moi et mes copains de gauche » mais plutôt de trouver un point de chute pour Fillon au centre de Paris, avec de la casse dans les 16e et 17e arrondissements. À l’échelle de sa circonscription, quelques changements : le très chic quartier Croulebarbe passera à l’est, « chez Le Guen » tandis que le Triangle de Choisy, « plutôt difficile même si Le Guen y a bien progressé », sera rattaché à l’ouest. En outre, on notera une « quatorziémisation plus affirmée  »  : sera incluse toute la bande sud du 14e au 15e arrondissement, au détriment de cette partie du nord qui s’étend de l’Observatoire à Montparnasse. Bilan des opérations : «  un ratio à peu près équilibré » en terme de potentiel pour la gauche. Pas de quoi perturber, en somme, la marche de l’homme tranquille... "

Le Triangle de Choisy passe de la 9e à la 10e circonscription

9e circonscription

Le quartier Croulebarbe passe de la 10e à la 9e circonscription

À L’OUEST, LES JEUX SONT OUVERTS Serge Blisko (PS) 4 fois député Candidat à sa propre succession

Cécile Duflot (EELV) À la recherche d'une circonscription parisienne

Philippe Moine (PS) La jeune pousse de la section 13e-Est

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DOSSIER

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PHILIPPE MOINE – BRUNO JULLIARD : DESTINS CROISÉS En 2008, l’adjoint à la culture Philippe Moine aurait pu devenir maire du 13e arrondissement. Au lieu de quoi, il a failli être évincé du jeu politique à l’arrivée dans le 13e de Bruno Julliard. Aujourd’hui, ce partisan de Ségolène Royal se verrait bien député à la place de Serge Blisko.

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hilippe Moine a le dépit léger quand il dit regretter « que ceux qui ont soutenu Ségolène Royal en 2007 n’aient pas été suffisamment récompensés aux municipales  ». À 41 ans, ce professeur d’histoire en classe prépa bénéficie d’une réputation de sérieux et de compétence. Militant depuis 1990, secrétaire de la section PS 13e-Ouest de 2003 à 2008, l’homme brigue, encore à demi-mot, l’investiture aux législatives. Une réponse d’historien aux errements passés du PS ?

DÉSILLUSION Petit coup d’œil dans le rétro : en juin 2007, les fers se sont durement croisés jusqu’à chauffer à blanc Philippe Moine, l'adjoint à la culture du 13 . quand le députémaire Serge Blisko s’est soudain désisté de la mairie du 13e en faveur de Jérôme Coumet, pour cause de cumul des mandats. Une attitude vertueuse raillée en son temps par les ségolénistes de la section 13e-Ouest, prompts à vilipender « un cumulard depuis six ans se réveillant de son amnésie  » (1). Pour eux, le but de la passe d’armes était évident : renforcer les strauss-kahniens et court-circuiter le ségoléniste Philippe Moine en passant outre le vote militant. e

JULLIARD EN PLUS DU RESTE... Peu de temps après, c’est Bruno Julliard qui surgissait dans les listes de la section ouest, imposé par Delanoë au nom de l’ouverture aux personnalités issues de la société civile. Julliard, désormais conseiller d’arrondissement et conseiller de Paris adjoint à la jeunesse, se souvient en effet de « discussions assez tendues  ». Il poursuit : « Je prenais la place « réservée homme » d’un élu du 13e, celle de Philippe Moine en l’occurrence.  » Malgré une pétition des militants contre lui, Julliard a été maintenu. L’histoire s’est finalement bien terminée : relégué en milieu de peloton, Moine a été élu à la faveur d’un score écrasant de la liste de gauche. Bruno Julliard, Conseiller de Paris à la jeunesse. Pour le coup, c’est Serge Blisko qui a la dent dure : « Julliard est issu de l’UNEF, qui est très liée au PS, alors parlez-moi de société civile... » Même si Julliard affirme avoir laissé tomber sa carte d’adhérent en 2005 pour ne la reprendre « qu’à l’issue des municipales », le député ne semble pas avoir goûté son arrivée. Depuis, le jeune élu a intégré l’équipe de Martine Aubry en tant que secrétaire du parti à l’éducation et semble bien au dessus de la mêlée locale. " (1) Rue 89, « À Paris, guéguerre socialiste pour la mairie du 13e »,  29 juin 2007

ÉTIENNE TRAISNEL, SECRÉTAIRE DE LA 13e-OUEST Cet ingénieur télécom de 33 ans a pris la suite de Philippe Moine à la tête de la section 13e-Ouest. Partisan de Ségolène Royal comme son prédécesseur, il a pris sa carte du PS à la suite de la déconfiture du 21 avril 2002. On le sent bosseur, très

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près du terrain : on le croisera à de nombreuses reprises menant ses troupes, tracts pour les primaires à la main. Il se souvient de moments très difficiles de la vie militante, quand il a fallu s'accorder sur la question de la Constitution européenne. Conseiller d'arrondissement depuis 2008, il vient d'être élu adjoint en charge des seniors en remplacement de Claire Davy.


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LAURENT MIERMONT : CELUI QUI A DIT « OUI, MAIS... » À JEAN-MARIE LE GUEN

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ilitant depuis 1993, ce fort en gueule de 36 ans est désormais adjoint à la sécurité à la mairie du 13e. Plusieurs militants nous l’ont présenté comme « l’opposant » de Le Guen à la 13eEst. Il nous détrompe immédiatement : « Je ne me suis jamais senti dans l’opposition. Simplement, on est dans un parti, on peut s’engueuler.  » Et de rappeler que le PS est, par essence, structuré sur le principe des courants. «  Certes, je n’ai pas choisi la section par commodité idéologique. Il se trouve que j’ai toujours habité là  », continue ce partisan du courant HamonEmmanuelli, minoritaire au PS. Il se souvient d’échanges tendus avec Le Guen à propos de la Constitution européenne. En contrepoint, il rapporte une anecdote récente, quand le député s’est emparé en AG de la question de la dette : «  On s’attendait à ce que je m’oppose. Mais non, cette fois-là, j’ai trouvé son point de vue

intéressant et ce sont les autres militants qui se sont mis à nous contester ! » Lui s’insurge contre cette image d’  «  homme de droite » que l’on voudrait accoler à Le Guen : «  C’est un vrai socialiste ! Quel est, par exemple, le seul député à avoir demandé la mise sous séquestre des biens du laboratoire Servier ? Le Guen !  » Et puis, continuet-il, «  sur les 100 dernières AG, il a dû en manquer 2 ou 3, pareil pour les marchés ». En matière partisane, les choses ne sont donc jamais simples. Pour preuve, Miermont indique qu’il est également attaché au cabinet de Jean-Paul Planchou, vice-président du conseil régional d’Île-de-France, un

partisan de Moscovici : « Je ne suis pas de cette sensibilité non plus, mais j’apprends de lui et ça se passe très bien. »

REYNALD : « SIMPLE MILITANT » CONVERTI AU CHEF

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ilitant à la 13e-Est depuis 2005 et le référendum sur la Constitution européenne, Reynald se présente comme un « simple militant  ». Curieux de nature, il affiche comme seule ambition celle de faire avancer les idées et les valeurs de la gauche  : «  Je milite de manière complètement désintéressée et sans ambition politique ». Bien au contraire, il est sur le terrain « par idéal », au risque de passer parfois pour « un ovni », et regrette au passage que certains se laissent porter par leurs ambitions personnelles au détriment de leurs convictions. Difficile, à l’entendre, d’agir de manière désintéressée dans une ville comme Paris, qui concentre autant les enjeux, les personnalités et les ambitions. L’homme a aussi du mal avec les courants politiques quand ils limitent les échanges : « Trop de militants cherchent à mettre les autres dans tel ou tel camp, à demander immédiatement pour qui on roule. Au final ça peut limiter un peu les débats  ». Arrivé dans la section sans appartenir à un courant particulier et sans connaître plus que ça Jean-Marie Le Guen, il raconte avoir découvert l’homme et ses convictions « à l’usage » et s’être fait convaincre par le député « à force de le voir aux réunions de la section et sur le marché Jeanne d’Arc les dimanches matin ». Désormais Reynald roule pour son député : « On n’est pas toujours d’accord sur tout mais Jean-Marie sait entendre la critique et les idées différentes des siennes. Il est disponible et pas sectaire. » Voilà qui est dit.

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13e ŒIL

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Fashion Week

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À LA MODE

Par Raphaëlle Peltier Photographies Mathieu Génon

Longtemps cantonnées aux beaux quartiers, les Fashion Weeks parisiennes se délocalisent depuis peu à la Cité de la mode et du design, à la Halle Freyssinet ou encore gare d’Austerlitz. Coup d’œil dans les coulisses de trois défilés de prêt-à-porter made in 13e : Amaya Arzuaga, Véronique Leroy et Commuun.

Amaya Arzuaga, créatrice espagnole, a choisi le 13e arrondissement, comme six autres créateurs lors de la dernière semaine de la mode, pour présenter sa collection. Plus précisément à la Cité de la mode et du design, un lieu moins prestigieux que les palaces et les musées du centre ville mais à l’image plus décalée. Pour les organisateurs, un défilé est l’aboutissement de deux mois de travail. Les recherches pour trouver la salle ont commencé en juillet dernier et c’est en septembre que tout s’est accéléré, entre les détails techniques, les invitations de journalistes, d’acheteuses de mode et de célébrités. Dernière étape incontournable, le casting des mannequins. Il a lieu en général trois jours avant le défilé. Pour les modèles, tout se fait à la dernière minute. Leur programme n’est souvent confirmé que la veille pour le lendemain. Une fois « bookées » pour un show, elles doivent être sur place trois heures à l’avance et passer par les cases coiffeurs et maquilleurs. 24


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13e ŒIL

Défilés Commuun, Amaya Arzuaga et Véronique Leroy. Cité de la mode et du design.

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PAR DESSUS LE PÉRIPH’

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DOSSIER SPÉCIAL IVRY URBANISME, GRAND PARIS, CULTURE : TOUR D’HORIZON DE QUELQUES SUJETS QUI AGITENT CE BASTION COMMUNISTE EN PÉRIPHÉRIE DU 13e.

Par Emmanuel Salloum Photographies Mathieu Génon

URBANISME : EN CENTRE-VILLE, L'AGONIE D'UNE UTOPIE © Paul Maurer

Le centre Jeanne Hachette, ce fleuron de l’architecture brutaliste des années 70 situé en plein centre-ville, est à bout de souffle. La Mairie rachète une à une les enseignes qui périclitent et étudie un projet de réaménagement déjà controversé.

«

Vétuste, dégradé, ça ne donne pas envie de s’y promener  !  » Eric Vautrin habite depuis moins d’un mois l’un des 40 très beaux appartements qui coiffent le centre commercial Jeanne Hachette, mais déjà son jugement est sans appel. Il a raison, ici on ne traîne pas : les quelques passants marchent d’un pas décidé, la plupart vers la pharmacie, peut-être la seule enseigne qui attire encore du monde. Passé l’espace municipal d’exposition Gérard Philippe, on tombe sur un 30

Imbriquant habilement bureaux, magasins et terrasses fleuries en gradins, le centre Jeanne Hachette a valu une renommée mondiale à Jean Renaudie

spectacle de désolation : une vitrine sur deux est déserte, parfois même les locaux sont laissés à l’abandon. La lumière filtrant des hautes verrières a beau faire briller l’ocre du carrelage, il règne ici une atmosphère pesante, celle du dépérissement, qu’alourdit encore le béton gris mal entretenu. UNE RÉVOLUTION ARCHITECTURALE Jean Renaudie, concepteur du centre en 1972, n’a pas vécu assez longtemps pour voir ce qu’est devenue son œuvre majeure. Il avait à l’époque révolu-

tionné l’urbanisme en dessinant cet ensemble moderniste au retentissement international. Imbriquant habilement terrasses et passages, béton brut et végétation, Jean Renaudie inaugurait une nouvelle vision de la forme, tout en assurant continuité et mixité urbaines. En donnant la possibilité de naviguer librement entre logements, bureaux et commerces, il voulait créer de l’échange, favoriser la convivialité. L’utopie, au moins pour un temps, s’est réalisée. Monique Karasinski habite


PAR DESSUS LE PÉRIPH’

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IVRY-SUR-SEINE C'EST :

57 000 SUPERFICIE

HABITANTS

6 KM²

UN PRIX MOYEN À L’ACHAT DE

4 000 €/M²

Vue d'Ivry avec le 13e en arrière-plan

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(DONT 22% D’ÉTRANGERS) (7 KM2 POUR LE 13e) (LE MOINS CHER DE LA PETITE COURONNE)


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Le groupe Mafia Zeutrei, plutôt hardcore...

PETITE ANTHOLOGIE DU RAP

CULTURE

Par Anaïs Heluin Photographies Mathieu Génon

MADE IN 13

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Sans conteste, le « 9-3  » est la terre d’élection du rap français et la banlieue son fief. Mais la capitale n’est pas en reste : de nombreux titres l’évoquent, en des déclarations d’amour autant que de haine. Ceux de rappeurs connus tels que Booba et Sexion d’Assaut, puis le son du 18e, considéré comme le creuset de la culture rap à Paris. Si l’est de la ville commence aussi à faire parler de lui, le 13e reste un peu dans l’ombre. Pourtant, les rappeurs qui arpentent le quartier ne sont ni rares ni négligeables.

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CULTURE

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LA MAIN GAUCHE – CHANTEUR DU GROUPE K2C : « LES ANNÉES 90, C’ÉTAIT UN PEU L’ÂGE D’OR DU RAP » Dans les années 90, le rap français parvient à un certain degré de maturité. Dans le 13e aussi, avec des groupes de rap étiquetés « conscients », comme K2C (Kas 2 Conscience). « Nous sommes entrés dans le rap par la danse. Avec mes amis et futurs composantes du groupe, on allait à des soirées à Villejuif et à Ivry », raconte La Main gauche, membre de ce collectif. Ce jusqu’à l’entrée au lycée Gabriel Fauré, situé aux Olympiades. Là, le jeune homme rencontre Coco Bellem et Badem, qui deviennent bientôt les noyaux durs du groupe. Si La Main gauche refuse d’avouer toute nostalgie du passé, l’évocation de son succès précoce ne le laisse pas indifférent. « On intriguait tout le monde en ce temps-là. Les premières autoproductions voyaient le jour, et il suffisait d’avoir le courage de sortir un disque de rap français pour que la presse vienne nous interviewer : une sorte d’âge d’or, en somme. » Il participe à présent au collectif Dezordr, à écouter sur le site www.dezordr.com.

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NE HISTOIRE RICHE ET MOUVEMENTÉE « Dès l’arrivée en France de la culture hip hop, c’està-dire dans les années 70, le 13e a été gagné par le phénomène  », explique Grégoire, animateur dans les centres d’animation de l’arrondissement, initiateur et coordinateur du projet Bâtiment 13. «  Nous évoluons dans un milieu très cosmopolite, avec des quartiers populaires qui se prêtent très bien au développement de la culture rap  », poursuit-il, fier du potentiel des jeunes qu’il encadre. Un bémol, pourtant, vient modérer son enthousiasme. Les nouvelles générations n’ont aucune

idée de l’histoire du rap dans le 13e. Aujourd’hui, beaucoup des groupes de la première heure se sont dissous, ou se sont éloignés de l’arrondissement. Toutefois, des collectifs talentueux comme Département E ou La Cliqua sont encore mentionnés par des artistes toujours actifs. Pas par la génération des 15-25 ans, mais par la précédente, qui perpétue quelques traits distinctifs de la musique de ses aînés. L’acoustique, surtout, passe pour avoir été très

Wilfried, graffeur de l'association Village 13

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PORTRAIT

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Papy Dance

DIS, PAPY, POURQUOI TU DANSES ? En dix ans, il est passé du statut de « vieux qui danse sur la place d’Italie » à celui de Papy Dance, vedette branchée d’Internet. Pour nous, il est Élie, 76 ans, ni marginal ni sans-le-sou, mais simple retraité qui, au rythme de ses déhanchements, se libère de ses peines.

Par Virginie Tauzin Photographies Mathieu Génon

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et homme est célèbre. Son histoire, il affirme l’avoir racontée à des gens d’ici, de là, du bout du monde. « Regardez sur Internet, vous trouverez tout sur moi. » En effet : vidéos, articles sur des blogs étrangers, groupes de fans sur Facebook ou même tapis de souris à son effigie. En tout, une douzaine de pages Google lui sont consacrées. De qui parle-t-on ? Oubliez David Guetta ou Kamel Ouali, place à Papy Dance. Une fois de plus, il accepte de se livrer, concédant que, malgré sa notoriété, la plupart des gens continuent de se demander : « Mais que peut-il bien se passer dans la tête de ce type pour faire ça ?  » Bouger pendant des heures, en public, sur des tubes de boîtes de nuit, à son âge ? « On me prend pour un cinglé, surtout la première fois  », dit-il. Tous ceux qui l’ont croisé peuvent confirmer : la première fois, c’est unique. Devant le centre commercial de la place d’Italie, le samedi après-midi ou d’autres jours de la semaine, sur fond de Lady Gaga and co. sortis d’un petit baladeur relié à deux amplis, Papy Dance, casquette de travers, tee-shirt floqué à son nom et cigarillo coincé entre les dents, met les gaz. Les

poignets miment la moto qu’on pousse à fond, les pas enjambent des marches imaginaires, quand il ne se met pas en position de surfeur pieds scotchés-corps qui se balancent de gauche à droite, avec les bras qui tournoient au-dessus de la tête. La technique du dilettante, en somme. « Je ne suis pas un danseur, juste un gars qui bouge », justifie-t-il. Des heures durant quand il fait frais, un peu moins ces temps-ci : trop chaud.

« NI CLOCHE NI MENDIANT » C’est justement sous la forte chaleur de cette fin septembre que nous rencontrons Papy Dance, ou plutôt Élie, 76 ans, sur un banc ombragé du boulevard AugusteBlanqui. La casquette est toujours vissée, mais droite : « J’ai les cheveux blancs, j’aime pas faire voir mon âge. » Les habits sont les mêmes que sur «  scène  » : pantalon beige et tee-shirt blanc, non-floqué cette fois, « parce que je veux qu’on me → 43


PORTRAIT

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« Je ne suis pas un danseur, juste un gars qui bouge »

SES DATES 1935 Naissance à Paris.

1942 Porte l’étoile jaune durant l’Occupation.

1988 Sa femme tombe malade. Abandonne la production de confiseries pour la vente, afin de rester près d’elle.

1998 Décès de sa femme. Il arrête son activité de vente de confiseries.

2000 Trouve refuge dans la danse et décide de « faire la musique » dans la rue. Devient au fil des années « Papy Dance ».

2011 Voudrait écrire un livre « pour donner de l’espoir aux gens, surtout aux jeunes  », voyager et danser partout dans le monde.

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LOISIRS

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En collaboration avec le blog culinaire de Philippe Bui Do Diep - www.canardumekong.com

Culture culinaire

SALADE DE FRUITS,

D’ASIE, D’ASIE, D’ASIE...

En haut de gauche à droite : papaye, pomme-cannelle, fruit du dragon, durian et jacquier. En bas de gauche à droite : ramboutans, mangoustans, litchis et longanes.

Petit tour de reconnaissance autour des étals des magasins asiatiques de l’arrondissement. On y trouve une foule de fruits tropicaux inconnus sous nos latitudes. Après la théorie, la pratique : un dessert savoureux et parfumé à base de mangue mûre, un classique de la cuisine thaïe.

L

E DURIAN : POUR LES COURAGEUX Été comme hiver, une visite au rayon fruits exotiques d’un magasin spécialisé du 13e suffit pour se rendre compte de la diversité des variétés proposées. Commençons avec le durian, roi des saveurs pour tout amateur de nouveauté qui se respecte. Ce fameux produit d’Asie du SudEst embaume par sa seule présence tout un rayonnage de magasin. Il faut dire que son fumet en fait un fruit pittoresque… certains n’hésitent pas à parler d’odeur de gaz ou d’excréments ! Reconnaissable entre mille avec sa taille respectable et ses grosses épines piquantes, le durian est également célèbre pour son goût très particulier qui évoque pêle-mêle l’ail, le fruit blet, le fromage passé  : une expérience gustative indescriptible  ! On ne saurait trop vous recommander d’essayer au moins une fois. À noter que le fruit frais peut même être débité en petites portions sous vide pour les plus téméraires. Les autres s’essaieront aux glaces et autres pâtisseries au durian pour avoir une idée de la saveur de ce fruit incroyablement prisé par les asiatiques qui le considèrent comme un mets de choix. Certains néophytes le confondent avec le fruit du jacquier, moins courant dans le quartier, un petit cousin de

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l’arbre à pain tout aussi imposant dont la peau rugueuse ne contient pourtant pas d’épines saillantes. Les jacques ont une chair sucrée et une saveur douceâtre bien que l’odeur forte laisse présager du contraire. LITCHIS ET AUTRES DÉRIVÉS POILUS Devenu très populaire en France en l’espace d’une décennie, le litchi, au goût voisin de celui du raisin, est actuellement le fruit tropical par excellence. Il a entraîné dans son sillage d’autres voisins à noyau unique comme le longane à la peau kaki et au parfum de rose, le ramboutan écarlate, surnommé le litchi poilu ainsi que le salak ou fruit du serpent, plus amer. Encore une espèce assez spectaculaire, venant d’Asie du Sud-Est et dont la peau marron, comme son nom l’indique, rappelle celle d’un reptile doté d’épines. Et puisque nous égrenons un véritable bestiaire, il nous faut en évoquer un autre qui, il y a peu encore, était une rareté sur nos étals : le pitaya ou fruit du dragon qui est devenu en quelques années le fruit tendance des grands restaurants, davantage pour son aspect et ses couleurs photogéniques fuchsias, d’ailleurs, que pour ses qualités gustatives qui évoquent légèrement le kiwi. Et si vous recherchez à vous alimen-

ter en pensant avant tout à votre santé, demandez aux vendeurs de l’épicerie exotique de vous choisir quelques mangoustans, des fruits ronds violets au goût sucré et acide que la pharmacopée asiatique utilise pour sa peau riche en antioxydants et pour sa pulpe réputée efficace contre diverses affections. PAPAYE ET MANGUE, LES VALEURS SÛRES Enfin, dans les fruits caméléons utilisés en tant que légumes selon le degré de maturité, la papaye verte râpée et apprêtée avec du citron, de l’ail et de la sauce de poisson, reste une des salades les plus populaires des restaurants asiatiques du 13e car, en virant à l’orange, ce fruit plein de vitamines (A et C) fait penser à du melon un peu passé. Quant à la mangue, qui est le fruit exotique le plus exporté après la banane, le fruit vert donnera aussi de savoureuses salades très parfumées avec du poisson ou tout autre produit de la mer. Mais la mangue mûre aux goûts multiples de pêche, d’agrume et de sève en fait un produit d’exception, tant cette chair fondante laisse d’agréables souvenirs en bouche. À méticuleusement sélectionner avant de confectionner le dessert le plus apprécié de la cuisine thaïlandaise : du riz gluant au lait de coco servi avec des morceaux d’une mangue mûre et fraîche. "


LOISIRS

Bon plan resto

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MANGER VÉGÉ DANS LE 13e :

Le mois d’octobre, pendant lequel se tiennent les journées mondiales végétariennes, est l’occasion de découvrir nos adresses « végé-friendly » préférées du quartier. Au menu, honneur à La Bonne heure, restaurant qui sert une cuisine française familiale aux accents du Sud, et petit récapitulatif des adresses asiatiques qui proposent des plats sans viande ni poisson.

LA BONNE HEURE AU NATUREL

Par Ôna Maiocco Photographies Mathieu Génon

détendue peut venir de bien plus loin… « Je suis même cité dans un guide flamand ! », déclare Jean-Michel, toujours avec modestie.

Jean-Michel « bio-man », le patron cuistot.

D

ans l’ambiance bucolique de la rue du Moulin des Prés, à mi-chemin entre la Butte-aux-Cailles et le rond-point des Peupliers, la devanture jaune et verte décorée d’un pochoir signé Miss. Tic révèle déjà l’anticonformisme des lieux. En entrant à La Bonne heure, impossible de ne pas penser aux mythiques tables végétariennes post-soixantehuitardes, dont l’Aquarius pas si lointain (14e) est un vestige, tant il y a de simplicité dans l’air. La salle est petite, une quinzaine de couverts à peine, éclairée à la bougie en soirée et décorée de bric et de broc, plus par sobriété que par souci d’originalité. « BIO-MAN » AUX FOURNEAUX Il n’empêche que l’on s’y sent tout de suite bien, en bonus la cuisine ouverte où l’on retrouve l’adorable Jean-Michel, patron-cuistot surnommé « Bio-man » par ses copains. Installé dans le quartier depuis 12 ans, il se décrit comme un pionnier de la bio qu’il défend depuis quarante ans à travers diverses participations à l’échelle nationale. Même en été, il continue la bataille en encadrant des stages de cuisine bio-végétarienne dans la Drôme provençale. Avec humour, il dresse un portrait-robot plus que précis de sa clientèle : « 5 % sont végétariens, 65% mangent bio régulièrement et 80% sont des femmes. » Le midi, le restaurant sert de cantine aux employés des alentours tandis que le soir, la clientèle discrète mais 48

BABA, PAS BOBO ! L’assiette, à l’image du lieu, est simple et naturelle. Pas d’associations compliquées de saveurs ni de présentations « design  » mais quelques bons classiques de la cuisine végétarienne à la française. Vous devrez vous décider parmi un beau choix d’entrées allant du bol de soupe aux lentilles corail (4,50 €) à l’assiette du pêcheur (10,50 €) - attention, c’est le seul plat non végétarien de la carte  ! Les plats de résistance sont copieusement accompagnés de crudités à l’agréable vinaigrette mentholée et d’une jardinière de légumes frais de saison. Nous avons été séduits par la tarte du jour à l’aubergine (12,50 €) avec sa garniture particulièrement moelleuse et parfumée, vraiment régressive, mais quelque peu déçus par le chili con seitan (14,50 €) - variante du chili traditionnel dont la viande est remplacée par une préparation à base de blé - qui manquait vraiment de patine mexicaine. On se console néanmoins aisément avec un petit verre (4,50 €) d’une charmante Clairette de Die issue de vignes cultivées en biodynamie (comprenez « plus bio que bio » voire « mysticobio  »). Nous avons terminé sur un crumble aux pommes et aux amandes (5,50 €) qui se défendait bien sans pour autant verser dans la décadence indispensable aux desserts un peu fous. Nature, on vous a dit ! Globalement, le rapport qualité-prix est correct pour des ingrédients à 95% bio, même si l’on regrette l’utilisation - parcimonieuse - de préparations bio « toutes faites » dans certains plats. Pour conclure, que les esthètes de la cuisine contemporaine passent leur chemin, La Bonne heure conviendra définitivement mieux aux nostalgiques de l’ère hippie. Un internaute l’a très justement résumé : « Cuisine (…) chargée d’énergie positive. Que du bonheur quand vous êtes en résonance ! » — La Bonne heure, 72 Rue Moulin des Prés, 01.45.89.77.00, compter entre 15 et 25 euros pour un repas, fermé le dimanche soir.


Le 13 du Mois n°11  

Le magazine indépendant du 13e arrondissement

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