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LE V IDE , O U T I L D E D E F I N I T I O N S PAT I A L E C A L A I S , T E R R I TO I R E D ’ E X P E R I M E N TAT I O N S

PART . 1 / 2


Arnoux Bénédicte / Cardin Laura


Groupe « Processus expérimentaux et métropolisation » Directeurs d’étude Ido Avissar, Djamel Klouche

École Nationale supérieure d’Architecture de Versailles Février 2014


_ LE VIDE, UNE AUTRE STRATEGIE

_ UNE LECTURE DE LA V ILLE EN DECROISSANCE

_ CALAIS, TERRITO IRE D ’ EX PERIMENTATIO NS


Kasimir Malevitch _ carrĂŠ blanc sur fond blanc, 1918


_ L E V I D E , U N E A U T R E S T R AT E G I E


L E V I D E _ U N E A U T R E S T R AT E G I E


L E V I D E _ U N E A U T R E S T R AT E G I E

L’hégémonie de la masse

« En Occident, nous posons et nous organisons souvent d’abord le bâti, les pleins, et le vide est ce qui reste, l’espace non-bâti. D’une manière générale, le vide a une valeur négative, il est le rien, l’inattribué, l’inachevé, l’absence de concret ou de matière, le néant, sans temps, sans mouvement, le neutre. » Serge Renaudie, La ville par le vide.

Le point de départ de cette recherche se base sur une observation simple : l’utilisation du «plein» autrement dit de la forme bâtie comme unique outil de formation et de représentation de l’urbain. L’utilisation systématique du plan de «masse» pour représenter la ville en est le principal témoin. Cette représentation fait apparaître une considération de l’urbain comme étant une collection d’objets, de formes diverses détaillées en aplat noir et posées sur un fond laissé blanc, continu et abstrait. Le vide est «ce qui reste». La ville contemporaine est partout, tout a la fois fragmentée et continue, elle s’est «diffusée», sans limite sur un territoire devenu une collection individualisée de substances et de formes diverses sans lien urbain produisant un «paysage global». Face à cette prolifération rapide de la ville, on constate une certaine impuissance des acteurs semblant avoir perdu les moyens d’intervenir durablement dans le ville contemporaine. Nous nous posons alors la question de la limite de l’utilisation du plein comme unique moteur d’urbanité, l’attention portée à la manipulation des formes bâties, entités inflexibles, semble ne plus faire sens face à la transformation incessante de la ville contemporaine.


L E V I D E _ U N E A U T R E S T R AT E G I E


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« Voir le vide »

« Le paysage urbain de demain passerait nécessairement par la reconnaissance du vide, de l’espace ouvert, non pas simplement pour le préserver et le soustraire à l’appétit du construit, mais pour la capacité qu’il aurait à organiser, à rendre lisible ce construit, à le qualifier, à le faire exister. » Bertrand Folléa, La ville régénérée à la source de ses vides : De l’espace vide au paysage ouvert.

Dans ce climat de «paralysie» de la pensée urbaine, il semble nécessaire de repenser la manière d’agir sur le territoire. Dans ce sens, une approche urbaine se révèle, prenant le contre pied de la pensée urbaine globale. Cette approche vise à renverser le centre d’intérêt du bâti vers le paysage, du construit au non construit et donc du plein au vide. Elle utilise le vide comme outil et tente de définir une nouvelle urbanité de la ville contemporaine en inversant le moyen d’intervenir sur celle ci par de nouvelles stratégies. Par cette inversion, c’est le vide qui est pensé, travaillé et «formé» alors que le plein devient résultante plutôt qu’ objet formé. S’il est difficile d’intervenir sur le plein, inflexible, le vide apparait comme l’espace même de la transformation et semble être seul à même de repenser l’urbanisme du continu.


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« Le vide n’est pas l’intérieur du vase opposé à l’argile qui le constitue, le vide est à la fois le vase et son intérieur, il est le moteur qui fait que le vase à une fonction, une raison. » 1


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Le sens du vide

Le vide est une notion complexe car abstraite et impalpable. Le sens commun de ce mot renforce cette abstraction. Le Petit Robert le définit comme «un espace qui n’est pas occupé par de la matière, (...) comme un espace non occupé par des choses ou des personnes. On aura tendance à considérer le vide comme une entité qui ne contient rien, les termes «insignifiant» ou «néant» y sont associés. Le vide tel que l’entend cette démarche est tout autre. Il convient, pour la comprendre, de s’intéresser à la perception orientale de la notion. La définition occidentale du vide est antonyme à celle de la culture orientale. Notre définition du vide est liée à celle de «l’absence» (de quelque chose), cette conception contient elle même sa propre négation dans la mesure où le vide représente la potentialité ou la capacité d’être plein. Jorge Cruz Pinto dans «l’Éloge du vide» évoque la peur du vide occidentale «le vide est associé à l’angoisse (...) puisque nous vivons dans une époque qui fait l’éloge de l’accumulation, de la reproduction, de la multiplicité des images et des objets, et de la fixation dans l’apparence de l’image architecturale.» Si le vide occidental est perçu négativement, la culture asiatique le perçoit comme le début de toute chose, « il est plein, dynamique car il est le lieu par excellence où s’opèrent les transformations (...) il est ce qui permet, autorise, accepte les constructions, il est ce qui gère la ville.1 » On peut utiliser la métaphore du verre pour décrire cette dualité de la perception du vide : D’un côté ce verre est perçu comme un objet, on focalise sur sa forme, sa matière, alors que de l’autre, c’est le vide qui le rend utile, qui le permettra d’être rempli.

1 _ Serge Renaudie, La ville par le vide

Le vide doit être considéré non pas comme une absence ou comme un fond sur lequel sont disposés des objets mais comme une entité à part entière réelle au même titre que le plein. Le vide est partout, multiple, polymorphe, il est la rue, la place, le jardin, le ciel, le champ... Il est entre, dessus, dessous.. Il est respiration, asphyxie, il éloigne, relie, il est espace de la mobilité ou de la rencontre. Il n’est surtout pas rien car il nous rappelle sans cesse à notre propre corps, le vide est expérience.

« Le vide est plein des relations qu’entretiennent les habitants d’une ville. Le vide n’est pas l’espace vacant, il est au contraire empli de tout ce qui existe, change, bouge, interfère. Le vide est temps dans la mesure où tout y est en mutation, en changement perpétuel. Ces transformations de ce qui existe construisent des espaces parce que le vide l’autorise... » 1


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Formes


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Imaginaire

Superstudio _ Continuous monument

Guillermo Kuitca

masp-gallery _ Lina Bo Bardi exhibition

Rachel Whiteread _ One Hundred Spaces

Sam Jacob

XDGA _ Meta

Yves Klein _ The void, raum

Shiato

Jorge Cruz Pinto _ Labyrinthe vide


L E V I D E _ U N E A U T R E S T R AT E G I E

Jorge Cruz Pinto _ La chambre vide

Yves Klein _ Disque bleu

Stanley Kubrick _ 2001 L’odissée de L’espace

Edward Hopper _ People in the sun

Mies Van Der Rohe _ Brick house

Giorgio de Chirico _ Piazza ditalia

Sou Fujimoto _ House number 4

Superstudio _ Suface Radicale

Jorge Orteiza _ Boite metaphysique


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Des stratégies du vide

Prémices d’une pensée du vide Le rapport de la ville au paysage fait partie intégrante de la recherche urbanistique et architecturale depuis toujours. A la fin du XIXè siècle, déjà, deux courants s’opposent. La ville dans le Paysage Transposer l’imaginaire urbain dans le paysage. Le projet de Frederick Law Olmsted et son plan pour central Parc exprime cette idée. Le vide structure un future développement. Le paysage dans la ville Créer un lien avec le paysage en l’intégrant dans le tissus urbain. C’est le cas du projet de la «Ciudad Lineal» réalisé par Arturo Soria y Mata pour Madrid. Le principe est ici de connecter ville, paysage et infrastructure tout en portant une attention forte au contexte.

Durant la première moitié du XXè siècle, la reconnaissance du paysage et de l’infrastructure dans le projet urbain amènent les acteurs de la recherche à travailler avec le non construit. Structure / Paysage Dans Broadcacre City de Franck Lloyd Wright, la fusion entre la ville et le paysage est complète. L’urbanisation est basée sur une structure paysagère. Le vide donne aux bâtiments leurs particularités. La ville est structurée par l’infrastructure et le paysage. Ivan Illich Leonidov, lors du concours pour la ville socialiste de Magnitogorsk en 1930, se sert de la structure rurale du paysage comme base de tout développement. Ludwig Hilberseimer trouve la structure de la ville-paysage dans l’entité organique de la région. Il écrit «the city is in the landscape as the landscape is in the city»1. Cette pensée du paysage, du vide et de l’infrastructure au cœur de l’approche urbaine va à l’encontre des idées fonctionnalistes dès le CIAM IV. La vision moderniste prône une ville rationnelle aux fonctions séparée en remplacement de la ville existante. L’attention est portée sur l’environnement bâti. Le paysage et le contexte sont un fond qui met en valeur les figures des bâtiments. L’urbanité est définie par les volumes et leurs fonctions.»

1 _ Ludwig Hilberseimer, The new regional pattern. Industries and gardens, workshop and farms


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Le vide assumé Dans les années 1960 et 1970, le terme de vide apparait très nettement et devient générateur de projet urbain. Les exemples suivant participent à l’amorce du processus de renversement ; ils critiquent la ville fonctionnelle. L’entre deux Alice et Peter Smithson considèrent l’entre-deux et définissent l’urbanité par le «vide chargé». Les quatre points fonctionnalistes «habitat, travail, loisir, infrastructure de transport deviennent plus contextuels «maison, rue, district, ville». Ils apportent une réflexion sur l’intervalle préalablement amenée par Mies Van Der Rohe et Hilberseimer lors du plan IIT en 1940. L’inter lieu Aldo Van Eyck met ici en lumière l’importance de la conscience du vide dans le processus architectural et urbain. Dans Lieux réservés aux enfants, il propose d’intervenir dans 650 lieux abandonnés d’Amsterdam sous la forme d’un réseau de vides couvrant la ville.

Le vide cartographié Dans Learning From Las Vegas, Denise Scott Brown, Robert Venturi, Steven Izenour, étudient des situations réelles. L’urbanité de Las Vegas est construite autour d’un vide, le Strip, et non par des volumes. En le cartographiant, les auteurs le font apparaître comme un élément qui génère de l’infrastructure. Le vide, paysage culturel John Brinckerhoff Jackson voit le vide comme un paysage culturel. En 1945, il commence les observations sur le paysage ordinaire des Etats Unis : les vides, le paysage en lui même, les infrastructures. L’approche structurée par le vide au travers de paysages, d’infrastructures et de programmes est matérialisée. Le vide contemporain est une non-forme qui se caractérise par des continuités et des programmes de mobilité.


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La stratégie du vide

Imaginer le néant

En 1987, le projet Melun-Sénart, Rem Koolhaas, est emblématique de part l’inversion totale de l’approche urbaine générée par le contrôle des formes bâties. Le vide ici est le seul générateur de projet, il est présenté sous forme de bandes. Elles sont d’une part paysagères, empreintes historiques dans l’intention de présenter les qualités présentes sur le site. D’autre part liées à la mobilité et au développement économique et culturel. Ces bandes, une fois positionnées sur le territoire comme une empreinte, vont induire la suite du développement. Les «inter-bandes» résultent du vide et sont définies comme un archipel d’îlots résiduels. La définition de ces bandes témoigne d’une inversion nouvelle. Les programmes définis dans les «vides» sont ceux habituellement positionnés en périphérie des villes. Une forte centralité vient se superposer au système de bandes et d’inter-bandes. Elle n’est pas sans rappeler le projet Exodus développé quelques années plus tôt par Rem Koolhaas : une grande bande rectangulaire contenue entre deux murs et congestionnée par des «fonctions d’intérêt général» ; le «cœur de ville».

L’atelier Green Archipelago conduit par O. M. Ungers en 1976 propose un Berlin théorique suite au constat suivant : le mur amène un déclin de la population mais le territoire doit rester, pour des raisons politiques, inchangé. L’objectif est de conserver la densité et de ne pas affecter la substance physique de cette «ville laboratoire». Deux axes de projet, que Rem Koolhaas considère «diamétralement opposés», sont mis au point : «renforcer les parties de la cité qui le méritent et détruire celle qui ne le mérite pas». Les opérations de construction et de déconstruction, menées parallèlement, aboutiraient à la création d’«îles architecturales à la dérive dans un paysage». Ce qui était autrefois une ville a été remplacé par un «néant hautement chargé». La métropole, toujours selon Rem Koolhaas, parvient à une cohérence dans un système de fragments, de réalités multiples. Dans ce Berlin théorique, les espaces verts intermédiaires forment un système naturel modifié. Cette grille abrite «la panoplie de l’âge technologique» (autoroutes, cinéma, univers de la vidéo, banlieue, parcs, bois, réserves de chasse...).


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Territoires occupés

Limites

Dans un soucis d’intégration au tissu urbain, le projet pour l’exposition universelle de Paris, 1983, par Rem Koolhaas, toujours, met au point une méthode d’infiltration. Les pavillons de la zone ouest ne seraient alors que des territoires occupés. La dématérialisation observée laisse place à des situations plus ouvertes et flexibles. L’équipement d’information remplace la masse bâtie. La stratégie propose de superposer trois projets autonomes : les pavillons-territoires, la circulation et le parc, le complexe administration-pavillons. Des situations dynamiques sont créées : la conception d’un champ plutôt que d’un édifice rend les usages plus divertissants et moins rigides. «Traverser ce territoire serait comme expérimenter un voyage accéléré».

Quarante ans après le projet d’Archizoom No-Stop-City, DOGMA propose d’en renverser les termes en inscrivant la définition même de la ville dans ses limites. Pensée pour 500 000 habitants, Stop City se développe verticalement en un ensemble d’îles à forte densité. Huit « immeubles-cité », autosuffisants et sans caractéristiques spécifiques, mesurant chacun 500 x 500 mètres de façade se répartissent le long d’un périmètre de trois par trois kilomètres. Ces monolithes délimitent un espace central inhabité recouvert d’une forêt impénétrable. Stop City, « limite absolue », occupe l’interstice séparant l’espace urbanisé de l’espace vide. Ici, l’étendue est contenue à l’intérieur des limites de la ville et l’architecture de Stop City devient le support « sans qualité » d’un développement aux formes imprévisibles.

L’éloge du terrain vague Dans le projet présenté lors du concours pour le parc de La Villette, en 1982, Rem Koolhaas propose des bandes d’éléments naturels juxtaposées «travaillées par le vide» à la manière d’une architecture. Cette congestion de programme n’est pas sans rappeler le principe du Downtown Athletic Club, transposé dans une élément horizontal. Chaque bande est un programme différent et autonome mais influencé par la proximité des autres. Le paysage est envisagé comme le seul médium capable de créer des connexions dans la ville.


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Les vides de la ville contemporaine, une opportunité nouvelle IBA 2010, urban redevelopment, Saxony-Anhalt Plus récemment, l’International Building Exhibition 2010, IBA propose de développer de nouveaux modèles de planification pour créer de nouveaux profils de villes s’inscrivant dans les changement économiques et démographiques de la société actuelle. Au regard des espaces qui deviennent disponibles suite aux altérations des tissus urbains, comment développer et maintenir des usages variés et attractifs dans les cœurs de ville? La recherche se fonde sur la notion de paysage urbain qui pourrait apporter un nouveau rayonnement aux espaces aujourd’hui non utilisés et, plus globalement, aux stratégies de planification urbaine. Comment la ville et le paysage peuvent, collectivement, générer de nouvelles formes durables d’urbanité? La consultation concerne 19 villes en crise et représente 19 thèmes. Elle met en place des instruments légaux, urbains, civiques, etc, qui permettent de structurer à long terme les villes en marge ou non comprises dans les processus de métropolisation.


L E V I D E _ U N E A U T R E S T R AT E G I E


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Isami Noguchi (1900-1980) « Un espace vide n’a pas de dimensions ou un sens en soi. L’ampleur et le sens du lieu apparaissent seulement lorsqu’un objet ou une ligne sont placés dans cet espace ... l’ampleur et la forme de chaque élément doivent être mis en relation avec tous les autres éléments qui se trouvent dans l’espace donné. »


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Le vide, espace fédérateur et liant. La notion d’espace public

Selon L. Quéré, l’espace public n’est pas simplement un objet d’usage ni un réceptacle des activités. Encore moins un vide entre les édifices de la ville. Le caractère public d’un espace est rendu par les processus et les expériences qu’y s’y déploient. Eux même sont conditionnés par des dispositifs spatiaux et des propriétés d’ambiance qui définissent des contextes ou situations particulières. L’accessibilité, la coprésence, l’exposition, la symétrie et la complexité des espaces participent à la détermination de caractères sociaux et sensibles et à la fabrication d’une diversité des formes. L’espace public n’est pas une entité homogène. La consommation excessive de l’espace par les processus de construction nous pousse à nous interroger sur l’appauvrissement d’une pratique diversifiée dans le tissu urbain continu et fragmenté. Le vide, espace de respiration et lien dans la ville se place au centre des préoccupations de l’économie et des transformations urbaines. Dans L’art de bâtir les villes, l’urbanisme selon les fondements artistiques,1996, Françoise Choay rappelle l’importance d’un «lien artistique dans la ville» et l’incapacité de la ville contemporaine à maintenir les espaces publics hérités du Moyen Age ou à en construire de nouveaux en s’appuyant sur une critique de la ville de Vienne émise en 1889 par Camillo Sitte. Le vide est le lieu où apparaissent nombre d’usages et d’expériences qui représentent un ensemble de valeurs non quantifiables mais qualifiables. Utilisé sous forme d’espace public, il constitue pour les économistes et urbanistes une valorisation indispensable du territoire, bien que non monétaire. Thierry Paquot, s’intéresse à l’aspect pluridisciplinaire de ces espaces et, tout comme Richard Sennett, soutient qu’il est «un lieu de hasard et de rencontres qui fonde la richesse de la ville». De son étude des approches scientifiques et philosophiques de l’espace public, il met en lumière la convergence des deux regards sur les notions de communication, de partage, d’échange, de circulation et de co-présence.


_ UNE LE CTUR E DE LA V IL LE EN DE CR O IS S AN CE


UNE LE CTUR E DE LA V IL LE EN DE CR O IS S AN CE


UNE LE CTUR E DE LA V IL LE EN DE CR O IS S AN CE

Perforation

Une histoire de la ville industrielle en décroissance

_ noyau _ ville industrielle Les villes post-industrielles doivent leur tissu urbain au système productif pour lequel elles se sont développées.

_ désindustrialisation _ noyau obsolète La désindustrialisation s’accompagne de profondes mutations urbaines. Elle pousse à la dissolution des activités économiques structurelles et laisse apparaître de nombreux vides, creux, friches. Ces espaces mettent à nu la situation de la ville. La chute du système industriel, base de son économie, rend désuète sa structure urbaine héritée de l’ère industrielle.

_ étalement urbain _ fuite des capitaux et de la population _ crise économique et démographique La périphérie se développe tandis que la ville centre se dédensifie. Les politiques urbaines favorisent la croissance périurbaine et limitent les investissements financiers, publics et privés, dans les espaces centraux. Elles tendent à faciliter les opérations foncières et le développement économique en périphérie. L’effet de croissance antagoniste exacerbe et accélère le processus de déclin.

_ perforation de la ville _ apparition d’espaces stériiles _ crise identitaire et morphologique Le manque de cohésion territoriale est révélé par l’absence de politique de revalorisation à grande échelle. Les opérations urbaines suivent un processus de sélectivité accrue marqué par l’exclusion progressive de certains espaces. Le développement est à plusieurs vitesses : les espaces dyamiques qui le sont toujours plus et les espaces en crise dont la trame sociale et urbaine se disloque et accentue le phénomène de perforation socio-spatiale. L’aggravation des disparités sociales et leur ancrage spatial créent l’image d’une ville traversée par les dynamiques contradictoires. Les espaces centraux symboles de la crise sont délaissés dans un premier temps au profit de la périphérie, support des nouvelles politiques de développement urbain.


UNE LE CTUR E DE LA V IL LE EN DE CR O IS S AN CE

L’expérience d’un processus non positif Les processus de déclin sont perçus comme un ensemble de dynamiques démographiques, économiques et sociales régressives dans un espace urbain donné. En 1988, le terme entre dans le champs académique dans un article de Haubermann et Siebel dans le Kolner Zeischriftfur soziologie ung sozialpsychologie sur les effets de la désindustrialisation en ex-Allemagne de l’ouest, particulièrement dans la Rhur. L’approche est positive, le phénomène est reconnu comme un processus de long terme et non comme un défaut d’adaptation temporaire. Le terme de décroissance (d’abord en allemand shrumpfung puis en anglais shrinking) évoque la métaphore du rétrécissement à l’image d’un linge qui aurait été lavé à trop haute température. Le terme désigne également une diminution quantifiable, d’où son usage en démographie. Ainsi, l’état déclaré de déclin d’une ville laisse croire à l’acceptation d’un phénomène spatial et démographique. La dimension spatiale induit, surtout en Allemagne, une perforation urbaine et non une régression des limites physiques de la ville. Le terme utilisé renvoie à un défaut de densité. C’est le cas allemand qui pousse en premier à remettre en cause le paradigme actuel de la croissance urbaine en partant du fait que le déclin fait partie intégrante des processus : « [le déclin] n’est pas une déviation par rapport au cas normal mais une dynamique spatiale à part entière ». Devant l’ampleur du phénomène européen, conditionné par les processus de désindustrialisation, d’étalement urbain, de mondialisation, de transition post-socialiste, de polarisation socio-spatiale, etc. Le déclin est amené à être considéré comme une opportunité de changer ce paradigme de la croissance basé sur une expansion territoriale et économique continue, support des politiques urbaines. Il est vu comme une chance de mener autrement les opérations d’aménagement urbain. Ceci demande cependant d’ajuster les objectifs actuels en regardant les opportunités que la crise urbaine peut offrir.

La croissance n’est plus considérée comme une phase unique mais comme un état, un temps du développement d’une ville. Le déclin n’est ainsi plus abordé comme une menace dans le nouveau paradigme de la croissance urbaine mais amène à des réflexions sur la mise en place d’une ville durable s’il est envisagé comme générateur d’une nouvelle dynamique de politiques urbaines en matière d’aménagement. Les outils de la planification sont élaborés pour organiser la croissance et non le déclin. Le modèle européen de la ville dense serait en train de perdre de son sens en tant que modèle pour les politiques urbaines étant donné la dissolution d’un grand nombre de ces espaces. Les vides sont inhérents à la ville en crise. La perforation est un potentiel nouveau. Lutke Daldrup, ancien maire de Leipzig écrit : « la ville perforée, ce n’est pas qu’un constat, c’est aussi le point de départ pour une nouvelle pratique de la ville ». Le paradigme du vide dans la ville en crise est fortement lié à celui de la croissance. Les vides sont vécus comme des éléments imposés et des marques de la dépression qui participent à la crise identitaire. Le paradigme du vide est aujourd’hui celui d’un potentil plein. En renversant cette représentation, le vide n’est plus la conséquence ou le résultat des mutations des conditions urbaines, il peut en être la cause.


UNE LE CTUR E DE LA V IL LE EN DE CR O IS S AN CE


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Calais, ville en crise

Calais est une ville post-industrielle, une ancienne manufacture de dentelle et de tulle. C’est également le premier port français de passagers grâce à la liaison vers Douvre en Angleterre. La structure urbaine est héritée de la ville industrielle : une juxtaposition de sous-villes et de micro-quartiers où lieux de production et de résidence sont proches. L’ensemble de la ville est sujet à la dilution urbaine, aucune économie d’échelle n’est réalisée, ce qui représente un frein à l’appropriation urbaine par les habitants d’autant plus que l’offre dans les espaces centraux est très limitée. Le centre est en position de faiblesse face à la concurrence périurbaine (Cité Europe notamment) et l’offre des nouveaux centres commerciaux extérieurs. Calais tente de résister à l’essor inéluctable des centres attractifs de la périphérie et a besoin, pour cela, de réactiver son centre et de proposer des pratiques différentes des offres urbaines alentours. Seules quelques places fortes attirent les usagers de la ville. Ces dernières sont réparties selon un court axe nord sud qui concentre la totalité des offres commerciales et des espaces publics sans qualité que compte la ville. La ville, en crise morphologique, n’est plus assez dense pour occuper son enveloppe. La perforation causée par la désindustrialisation et les processus annexes exacerbe le manque de lien et de cohésion territoriale. La ville est aujourd’hui sortie du modèle productif pour et par lequel elle est née et fait face à une phase de transition marquée par un passé à forte valeur identitaire.


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S? I A L A C E D N PLA


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50.96,791°N 1.87,008°E Calais en chiffres

64

rang national

75 000

98 088

habitants

habitants

ville administrative

zone urbaine (Coulogne Coquelles, Marck, Sangatte)

33,5 km2

97,3 km2

2 219

1 008

Calais ville administrative

Calais zone urbaine

hab/km2 Calais ville administrative

1950 1960 1970

hab/km2

Calais zone urbaine

1980

1990

2000

2010

1999

-200

- 0,4

60 340

70 372

74 624

31 743 ménages à Calais

76 527

75 309

77 310

74 336 habitants Calais ville

Cala is

%

9

ville

personnes par ménage

ménages d’une seule personne

39%

42,5 % 57,4 %

€ / m2

1970

ménages

ménages

Calais ville

nord pas-de-calais

propriétaires

1980

foyers fiscaux imposables calais ville

1990

5,9 %

29 147

6,9 %

30 242

5,9%

44%

foyers fiscaux imposables région NPdC

16 033 €

19 058 €

par foyer fiscal 2009

par foyer fiscal 2009

Calais ville administrative

revenu net moyen

Région Nord pas-de-calais

propriétaires

2000

2010 logements Calais ville

24 654

% +nord0pa,s1-de-calais

3,1 11 265

revenu net moyen

1 723

9

-200

1999

32 779

6,9%

34 821

13%

5,5 % région

logements vacants

logements individuels 28,5 %

résidences secondaires 0,7 %

logements collectifs 71,5 %


C A L A I S _ T E R R I TO I R E D ’ E X P E R I M E N TAT I O N S

23,8 %

4 161

15 %

activités actives

chômage

chômage

au 31/12/2010

région

Calais ville

agriculture

0.5 %

industrie

5.4 %

construction

6.3 %

administration enseignement santé et action sociale

17.8 %

commerce transport services divers

70 %

3 sièges sociaux

697

18

chambres

hotels

3

125

11

389

28écoles 28écoles

4

183

7écoles

4

musées

maternelles publiques

maternelles privées

élémentaires publiques

7écoles

élémentaires privées

2

collèges privés

1

1

théâtre

cinéma

38 M

tonnes port de Calais

7

collèges publics

marchandise

10 M voyageurs

7

lycées publics

1

lycée privé

3

établissements

supérieurs publics


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Une lecture du territoire

_ espaces agricoles


C A L A I S _ T E R R I TO I R E D ’ E X P E R I M E N TAT I O N S

_ rapport à l’eau


C A L A I S _ T E R R I TO I R E D ’ E X P E R I M E N TAT I O N S

_ espaces naturels


C A L A I S _ T E R R I TO I R E D ’ E X P E R I M E N TAT I O N S

_ environnement bâti


C A L A I S _ T E R R I TO I R E D ’ E X P E R I M E N TAT I O N S

_ infrastructure


C A L A I S _ T E R R I TO I R E D ’ E X P E R I M E N TAT I O N S

_ vides paysagers


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Contradiction du territoire

La ville évidée

Les creux formés par la dépression sont les premiers marqueurs de l’image dégradée de la ville. Ils participent à la dépréciation de sa globalité selon les acteurs locaux. L’ampleur de la crise urbaine est révélée par la perforation. Les images suivantes illustrent, de manière non exhaustive, la dissolution des espaces ou leur manque de qualité due à leur mise à l’écart des préoccupations urbaines.


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Un deficit d’espaces publics

La ville de Calais est sujette à un déficit marquant de lieux de convergence et d’espaces publics. Ces derniers sont polarisés autour d’un unique axe nord/sud allant de l’opéra à la gare SNCF.


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Eléments d’expérimentations

Face au manque de lien et de repère dans la ville, ce projet considère les espaces stériles que nous définissons comme étant vides de sens et/ou de pratique. Nous souhaitons les utiliser comme des éléments de définition spatiale et un moyen de gérer les espaces en transition. L’espace vide devient un outil de la planification. Il est un objet dynamique qui réactive l’espace de manière continue ou non. Il est question d’accompagner la transformation de la ville en utilisant ses vides. Ils sont les éléments immatériels, informels qui rendent l’espace lisible. Ils enveloppent et définissent l’espace urbain, agissent comme des signaux, génèrent des pratiques et produisent des porosités.

Méthode

Ce projet ne prétend pas proposer de solution unique aux problèmes de Calais. Il ne s’agit pas d’un masterplan mais d’un atlas non exhaustif de situations contextualisées traitant les vides sous forme d’espaces publics. Calais est un réceptacle, c’est le lieu des expérimentations où le projet est confronté à un territoire marqué par la problématique de la perforation que nous jugeons d’actualité. Par le biais de ce projet nous réfléchissons à la formation d’un outil de gestion et son application sur un territoire possédant ses propres paramètres.


C A L A I S _ T E R R I TO I R E D ’ E X P E R I M E N TAT I O N S

_ Déficit marquant de lieux de convergence et d’espaces publics _ Pratiques polarisées autour d’un unique axe _ Déficit marquant de lieux de convergence et d’espaces publics _ Pratiques polarisées autour d’un unique axe

_ Archipel de micropolarités _ Archipel de micropolarités



Le vide outil de definition spatiale 1:2