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t e n e u o R c r A ’ d e n n a e J e l c è i s un s e g a m d’hom Cette exposition a été réalisée par la Ville de Rouen à l’occasion du 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc en collaboration avec Jean-Pierre Chaline, professeur à la Sorbonne et président de la société de l’Histoire de Normandie. Les textes ont été écrits par Jean-Pierre Chaline à partir de son ouvrage Rouen et Jeanne d’Arc, un siècle d’hommages.

Graphisme : l’Atelier de communication - juin 2012 Iconographie : Catherine Lancien et Pierre Ganaye / Bibliothèques de Rouen, Christian Quénel, archives départementales de Seine-Maritime, archives municipales de Rouen, collections de Nicole Landais, Pierre Nouaud et Guy Pessiot. Nous remercions particulièrement les bibliothèques de Rouen, les archives départementales de Seine-Maritime, les archives municipales ainsi que Justine Larçon pour son travail de relecture.


Le 30 mai 1431, après son procès, Jeanne d’Arc est brûlée à Rouen sur la place du Vieux-Marché. Ce n’est qu’en 1456 qu’un second procès permettra sa réhabilitation. Malgré cette reconnaissance, il faudra cependant attendre le XIXe siècle pour que cette grande figure de l’Histoire soit réellement reconnue.

e Au XIX siècle, Rouen

redécouvre Jeanne d’Arc Jeanne oubliée ? Longtemp aucun hommage particulier ne lui fut rendu. Longtemps, Ill y ava avait seulement, s place du Marché-aux-Veaux, remplaçant un ancien monument Renaissance, une fontaine surmontée d’une stat statue réalisée par Slodtz, au XVIIIe siècle. Celle-ci, représentant représent la Pucelle, allait donner ce nom à la place et laisser ccroire que Jeanne y avait été brûlée. Ainsi, lorsque lors l’on retrouve le véritable emplacement du bûcher, cette statue statu est encore le seul monument rouennais en homm hommage à Jeanne d’Arc. La Jeanne a au bûcher (1845) du Feuc sculpteur Feuchère, d’abord refusée par la Ville de Rouen – peut-être parce qu’elle ra ravivait un sentiment de culpabilité che chez les Rouennais – sera finalement pré présentée dans l’Hôtel de Ville.

De lentes retrouvailles Ce sont d’abord les historiens, dont le Rouennais Chéruel, et surtout Michelet qui contribuent à la reconnaissance du personnage de Jeanne d’Arc : « Souvenons-nous que la Patrie, chez nous, est née du cœur d’une femme, de sa tendresse, de ses larmes et du sang qu’elle a donné pour nous ! » (Jeanne d’Arc, 1853)

Le donjon, vestige du château de Philippe-Auguste, également appelé tour Jeanne d’Arc

1865 : querelle autour d’un donjon En 1865, un républicain parisien propose de racheter l’ancien donjon – à tort appelé « Tour Jeanne d’Arc » - alors inclus dans le couvent des Ursulines. Derrière cette initiative patriotique, visant à exalter l’héroïne, se cachent en fait certaines visées immobilières : l’expropriation des religieuses permettrait de livrer à la construction un vaste terrain bien situé… Finalement, les réticences de l’archevêque et le résultat mitigé de la souscription nationale lancée en ce but, auront raison de ces projets spéculatifs. En 1868, seul le donjon est acheté ; cédé au Département, il sera restauré et ouvert au public. (1)

P. Périaux, Dictionnaire indicateur des rues et places de Rouen, 1819

« Quelques historiens prétendent que Jeanne d’Arc fut brûlée sur la place du Vieux-Marché, et non celle du Marchéaux-Veaux. » (1)

Le chartiste Quicherat publie les procès de Jeanne d’Arc (1841-1849). Les études historiques sur Jeanne et son supplice contribueront à développer le culte johannique à Rouen.


Jusqu’en 1914, deux visions de Jeanne d’Arc s’affrontent : celle de l’Église pour qui elle est digne d’être reconnue sainte et celle des Républicains, qui en font un symbole de la lutte antimonarchique et anticléricale.

Jusqu’en 1914, une guerre des deux Jeanne La construction d’un immeuble 102, rue Jeanne-d’Arc, début XXe siècle, permet de retrouver les fondations de la véritable tour où la Pucelle fut emprisonnée.

Des Républicains hésitants

Parmi les projets ajournés, celui de Jules Adeline pour la place Verdrel et celui d’Eugène Fauquet avec une « Jeanne au bûcher » qui aurait pu orner le VieuxMarché. Procession au monument de Bonsecours

Ainsi, à Rouen, après le 4 septembre 1870, la municipalité républicaine rebaptise la rue de l’Impératrice « rue Jeanne-d’Arc » avant de donner ce nom à l’un des premiers lycées laïques de jeunes filles (1882). Les édiles républicains, partagés entre une admiration pour la Jeanne patriote et la crainte qu’un hommage public soit récupéré par le courant nationaliste hostile au régime, refusent toute fête municipale de Jeanne d’Arc et ajournent indéfiniment la construction d’un monument à Rouen. On se contente alors d’apposer des plaques commémoratives sur les lieux ayant vu Jeanne emprisonnée, jugée et brûlée.

L’Église sur le chemin de la consécration En 1892, l’archevêque, Mgr Thomas, fait construire à Bonsecours par l’architecte Lisch le premier monument johannique, bientôt lieu de processions ferventes. À partir de 1894, commencent les étapes de la canonisation de Jeanne d’Arc, déclarée d’abord « Vénérable », puis « Bienheureuse » en 1909. Et en 1911, Mgr Fuzet dote la cathédrale d’une chapelle Jeanne-d’Arc.

L’autel de la chapelle dédié à Jeanne, surmonté de sa statue triomphale par le sculpteur Navone.


En 1914, la guerre éclate et, estompant les querelles partisanes, Jeanne d’Arc suscite face à l’ennemi, une « Union sacrée » dont elle va devenir l’emblème.

La « Sainte de la Patrie » Place Verdrel (désormais Foch), Jeanne d’Arc est représentée sur le Monument de la Victoire de la Première Guerre mondiale.

Une double consécration À cette reconnaissance patriotique s’ajoute bientôt une consécration religieuse puisque le 9 mai 1920, le pape Benoît XV la proclame « Sainte ». Cette même année une cloche « Jeanne d’Arc » et un « carillon de la Victoire » sont installés à la Cathédrale.

Vers une reconnaissance nationale

Sur cette carte postale de 1914-18, Jeanne d’Arc entraîne les « Poilus », mais cette fois contre les Allemands.

Une municipalité réticente L’ambiguïté de cette loi, qui ne précise pas qui de l’État ou de Rouen, doit prendre en charge la réalisation du monument permettra à la Ville de surseoir à cette construction pendant de nombreuses années encore. Cependant, dès l’année suivante la Mairie organise ses premières « fêtes Jeanne d’Arc… » Les Anglais, alliés dans la Grande Guerre, sont invités à célébrer celle qu’ils avaient brûlée cinq siècles plus tôt

Dans la même année, la loi du 10 juillet 1920 stipule que « la République française célèbre annuellement la fête de Jeanne d’Arc, patronne du « patriotisme » (…) (Art. I) et qu’il « sera édifié en l’honneur de Jeanne d’Arc, sur la place de Rouen où elle a été brûlée vive, un monument avec cette inscription : “A Jeanne d’Arc, le peuple français reconnaissant” ». (Art.3)


Jusqu’en 1921, 1921 il existait déjà des fêtes en l’hon l’honneur de Jeanne sans caractèr ccaractère municipal et leur périodicité cité ét était encore variable.

Les premières « fêtes Jeanne d’Arc » Une organisation difficile… En 1921, la première fête de Jeanne d’Arc est organisée à l’initiative de la Ville. L’organisation est encore incertaine ; les commerçants du Vieux-Marché accueillent le défilé sans enthousiasme, les dates choisies (deuxième dimanche de mai) ne correspondent pas à la présence de Jeanne à Rouen et le programme lui-même peine à être défini. C’est véritablement en 1923 que le maire Louis Dubreuil met en place un rituel festif et municipal : de hautes personnalités sont invitées à présider les fêtes, des discours sont prononcés au Vieux-Marché, un défilé est organisé en ville ainsi que des concerts, des illuminations et l’embrasement même de la Cathédrale.

Le cortège des fêtes de 1920 devant l’Hôtel-de-Ville

… sans lieu approprié Malgré les efforts de la municipalité, certains Rouennais défenseurs de Jeanne d’Arc soulèvent encore des insuffisances dans les hommages rendus. Ainsi, lors de ses interventions dans les débats du conseil municipal, le docteur Brunon en 1924, déplore que « Quand un étranger nous demande où fut brûlée la sainte de la patrie, nous avons à lui montrer le coin d’une halle moderne supportant une modeste plaque commémorative, et sur le trottoir, une autre plaque qu’on pourrait prendre pour un regard d’égout. »

Aux défilés et aux discours va s’ajouter le rite du jet de fleurs au pont Boïeldieu, là où furent jetées en Seine les cendres de Jeanne.

En 1924, parlant des halles métalliques du VieuxMarché construites à la fin du XIXe siècle, il dit encore : « Notre ville a un Golgotha, et son fleuve est un Saint-Sépulcre »… Or, « dans un moment d’aberration, Rouen a élaboré une bâtisse immonde sur le lieu du supplice »… (1924)

Une bataille s’engage, avec la verve du dessinateur Conrad, contre l’ignominieux « chalet de nécessité » établi au Vieux-Marché à deux pas des lieux du Bûcher.


En 1920, la ville ne possède aucun véritable lieu dédié à Jeanne d’Arc. L’emplacement du bûcher se trouve sur l’une des places les plus commerçantes de la ville et un lieu spécifique reste à aménager.

Un « monument digne » pour le Vieux-Marché Un aménagement forcé

Sur la place, la fonction traditionnelle de marché fait obstacle à la sacralisation souhaitée de ce lieu de mémoire.

Dans les années 1920, la place du Vieux-Marché est encore essentiellement dédiée au commerce comme en témoignent les fameuses halles métalliques qui ne furent démolies qu’au début des années 1970 lors de la création du marché d’intérêt national à l’ouest de Rouen. En 1924, sous la pression du Dr Brunon, conseiller municipal, la Ville fini par voter le principe d’un aménagement de la place. Mais les travaux tardant à commencer, une association religieuse rachète un local rue de Crosne pour y installer une chapelle de fortune. Une solution de compromis est trouvée : la halle sud réaménagée accueille la statue offerte par le sculpteur Real del Sarte.

Une association construit une chapelle de fortune à l’angle de la place du Vieux-Marché et de la rue de Crosne.

En 1928 Maxime Real del Sarte offre à la Ville une statue de Jeanne d’Arc qui, compte tenu des affinités politiques de l’artiste (proche de l’Action Française), embarrasse la municipalité. Pouvant difficilement refuser ce don, celle-ci accepte toutefois d’engager l’aménagement de la place du Vieux-Marché. Le projet de l’architecte municipal Lair demeure cependant modeste et consiste en un raccourcissement de la halle sud pour y plaquer une facade aux arcatures surmontées de pan de bois enchâssant la statue de Jeanne au bûcher, cadre plus décent des cérémonies à venir.


Les fêtes de 1929 avaient surtout mis en valeur la ville d’Orléans, célébrant le Ve Centenaire de sa délivrance. 1931 est l’anniversaire de la mort de Jeanne d’Arc à Rouen, ce qui va donner lieu à des célébrations grandioses organisées par le maire, Georges Métayer et son adjoint Eugène Richard.

1931 : l’apothéose rouennaise du Ve Centenaire Ainsi, pendant une semaine, les manifestations culturelles succèdent aux réjouissances populaires et rituels civiques (la Flamme du Souvenir, rallumée au Vieux-Marché), ainsi qu’aux célébrations militaires et religieuses (plus de cinquante évêques ou cardinaux sont là). Un grand défilé historique est mis en scène par Juliette Billard. Il reconstitue l’entrée du roi Charles VII à Rouen, ainsi qu’une Apothéose de Jeanne d’Arc, défilant à cheval, incarnée par Mlle Gisèle Brabant. Des affiches évocatrices annoncent le programme des fêtes.

Une nouveauté : les lycéennes invitées à ranimer la flamme.

Plus que les discours officiels, la foule très nombreuse en retiendra la « Fête de la lumière », spectacle nocturne donné sur la Seine.

Comme aux fêtes d’Orléans, pour la première fois à Rouen, une jeune fille à cheval revêtue d’une cuirasse incarne Jeanne d’Arc. Juliette Billard, architectedécoratrice, a dessiné tous les costumes du grand défilé historique.

Affiche « Fêtes Jeanne d’Arc » de 1931


Les années qui suivent 1931 ne connaissent, crise économique aidant, que des fêtes annuelles banales dont un Comité rouennais d’hommage à Jeanne d’Arc, présidé par l’écrivain René Herval, s’efforcera de ranimer l’ardeur ensuite.

De ruines en renaissance : les fêtes de 1956 Suivent la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation, pendant laquelle les Allemands autorisent une célébration minimale réduite à des dépôts de gerbes. Les mouvements collaborationnistes s’efforcent quant à eux d’utiliser à des fins anti-anglaises le culte resté très vif de la victime du bûcher. En témoigne, écho des bombardements meurtriers du printemps 1944 qui ont, entre autres, dévasté la Cathédrale et sa chapelle Jeanne-d’Arc, une saisissante affiche associant le martyre de la ville et celui de la sainte.

Les raids aériens de 1944 offrent à la propagande collaborationniste une occasion de réveiller la haine de ces Anglais qui brûlèrent Jeanne d’Arc.

Au milieu des gravats d’une cathédrale bombardée, la statue de Jeanne refaite en 1919 par Gauquié est encore debout. On lui préférera pourtant en 1956 une œuvre plus moderne.

Le Normand René Coty, président de la République, est l’invité d’honneur de ces fêtes grandioses. Elles associent aux rituels d’usage une spectaculaire reconstitution historique de la vie de Jeanne et un impressionnant spectacle nocturne exaltant son triomphe. Dans le « Grand défilé historique », autant de Jeanne que d’épisodes de son épopée.

Dans cette ambiance d’espoir et de renouveau urbain, l’année 1956 marque à la fois le Ve centenaire de la réhabilitation de Jeanne et la réouverture de la cathédrale, avec un nouveau sanctuaire johannique.

Le succès populaire d’un Président normand

Un grand spectacle de nuit sur la Seine marque les festivités de 1956.


Annulées en 1958 – tout comme dix ans plus tard, pour cause d’« événements » en mai, les fêtes rouennaises, un peu répétitives, sortent de l’ordinaire en 1964 avec la venue du ministre et écrivain célèbre André Malraux.

Du discours de Malraux à la nouvelle église Sainte-Jeanne-d’Arc Son discours, qui bouleverse l’auditoire, fournira les mots gravés quinze ans plus tard sur le mur du mémorial. En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est sur le Vieux-Marché et son réaménagement que se focalise désormais l’attention. Les projets se succèdent dans les années soixante, souvent peu convaincants. Celui de l’architecte Louis Arretche, de loin le plus audacieux, reçoit l’appui du nouveau maire Jean Lecanuet et de la municipalité. « O Jeanne, sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants…, à tout ce pour quoi la France fut aimée, tu as donné ton visage inconnu »…

Restructurant complètement la place autour d’une église partiellement accompagnée de hallettes et prolongée par un monument national, ce projet déroutant au départ, mais fortement amélioré par l’inclusion des anciens vitraux de SaintVincent, fera vite l’unanimité.

La maquette du projet final de Louis Arretche

Bain de foule au Vieux-Marché pour le Président, accompagné du maire Jean Lecanuet

Inauguré en 1974 avec la venue du Président Giscard d’Estaing, l’ensemble réalisait enfin ce qu’édictait la loi de 1920 et satisfaisait de même partisans d’un sanctuaire et archéologues soucieux de l’église Saint-Sauveur et du pilori près duquel se dressa le bûcher. Le plus beau présentoir pour les vitraux de Saint-Vincent.


Trente-trois ans se sont écoulés depuis l’aménagement si longtemps attendu du Vieux-Marché en site johannique, avec autant de fêtes annuelles, de discours et de défilés.

DR

Ranimer la flamme…

Le défilé des Jeanne

Jeanne d’Arc est cependant moins présente dans la mémoire de certains Rouennais pour qui les fêtes peuvent avoir perdu leur sens profond. Ainsi, les « Fêtes Jeanne d’Arc » les plus récentes témoignent de cette volonté de renouveler le regard posé sur Jeanne, par-delà les récupérations partisanes ou fariboles de certains charlatans de l’Histoire.

Les cérémonies officielles en présence des deux derniers maires de Rouen

DR

Rouen manque encore toutefois d’un lieu de réflexion et de présentation moderne du personnage, de son rôle historique et de son extraordinaire reconnaissance dans le monde entier. L’Historial Jeanne d’Arc, installé à l’endroit de ses procès, est appelé prochainement à combler cette lacune.

Des visites décalées au musée des Beaux-Arts pour un nouveau regard sur les Fêtes Jeanne d’Arc

Exemples d’affiches récentes

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