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Le Parc naturel régional remercie : Didier Clatot, Michèle Gilles, Jean-Pierre Hébert, Claude Landais, Bernard Maignan, Georges Marical, Jean Martin, Jean Quelquejay de leur participation aux inventaires et à la réalisation de ce guide.Emile Canu, maire et vice président du Département de Seine-Maritime, Françoise Blondel, conseillère municipale déléguée au patrimoine, et les services de la ville d’Yvetot et de la médiathèque Guy de Maupassant. Alain Joubert, vice-président du Parc, Annic Dessaux, maire de Saint-Wandrille-Rançon, élus membres du comité de pilotage, de leur bienveillance. L’Inventaire général du patrimoine de culturel de Haute-Normandie de sa coopération scientifique, Stéphanie Birembaut et l’association « Faire vivre le Manoir du Fay », Jérôme Carel, les Calvados Boulard, Le Courrier cauchois, Gilles Dumesnil, Marie Landron, Jean-Claude Le Marié et le « Cercle d’Etudes du Patrimoine Cauchois », le Musée des Traditions et Arts Normands de Martainville et André et Odile Nestasio de leur contribution à la réalisation de ce guide.

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Crédits photographiques : Jérôme Carel : p. 40 (b) – Yohann Deslandes/Musée des Traditions et Arts Normands - Château de Martainville : p. 39 (g) – Elisa Dolleans/Pnr BSN : pp. 35 (b), 36 – Gaëlle Le Floc’h/Pnr BSN : p. 33 (b) – Solenne Maillot/Pnr BSN : pp. 20 (b), 21 – Ville d’Yvetot : pp. 5 (b), 40 (h), quatrième de couverture – Wandrille Penna/Pnr BSN : pp. 5 (h), 6 (b), 7 (h), 13, 14 (b), 16 (b), 19, 20 (h), 22 (h), 26 (h), 31, 34, 39 (d) – Le Courrier cauchois : pp. 30 (b), 38 – Pierre Janson : première de couverture Collections : Michèle Gilles : pp. 3, 8, 9, 10 (h), 11 (b), 12, 14 (h), 17 (h), 18, 26 (b), 35 (h) – Georges Marical : première de couverture (g), pp. 28, 29 – Wandrille Penna : p. 2 – Jean Quelquejay : 24 (h), 25 – Archives municipales d’Yvetot : pp. 4, 6 (h), 7 (b), 10 (b), 11 (h), 15, 16 (h), 17 (b), 22 (b), 23, 30 (h), 32, 33 (h), 37, carte troisième de couverture – Calvados Boulard : p. 24 (b) – Pnr BSN : p. 27 Tous droits de reproduction réservés. Pour aller plus loin : ABENSUR - HAZAN Laurence, Yvetot, coll. Mémoire en images, Éditions Alan Sutton, août 2007 BEAUCOUSIN, L.A, Histoire de la principauté d’Yvetot, Gérard Monfort, 1980 BOCARD, Hélène, De Paris à la mer, la ligne de chemin de fer Paris-Rouen-Le Havre, Inventaire général du patrimoine culturel, 2005 CEPC, La Gazette du Patrimoine Cauchois, n° 1 à 39 CHABROL Virginie, Yvetot. Une ville près la Seconde Guerre mondiale, juin 2008 COCHET, Abbé, Les Églises de l’arrondissement d’Yvetot, Tome 2, Gérard Monfort, 1977 COLLECTIF, Clos-masures et paysage cauchois, CAUE de Seine-Maritime, Éditions Point de vue, novembre 2008 COLLECTIF, Si l’école Saint-Michel l’était contée…, Bayard Service Édition, mars 2007 DELAMARE, Jacques, Yvetot, Le Temps Retrouvé, Equinoxe, septembre 1997 FEDINA Christian, La Chapelle Saint-Louis de l’hôpital d’Yvetot, CEPC, juillet 2009 MAINOT, Marie-José, École Cahan-Lhermitte, Le livre du centenaire, Tomes 1 et 2, Caravel création TOUGARD, Robert, A la rencontre de Maupasssant au « Séminaire d’Yvetot », 1992 Et aussi : le « Cercle d’Etudes du Patrimoine Cauchois » développe la connaissance historique, littéraire, linguistique, et étudie les arts et les traditions populaires. Sa Gazette semestrielle met en valeur le travail de recherche des membres de l’association. L’association « Faire vivre le Manoir du Fay » contribue à la sauvegarde de l’édifice via des actions de sensibilisation du public, d’animation et de collecte de fonds. Directeur de la publication : Jean-Pierre Girod Inventaire du patrimoine et coordination : équipe du Parc naturel régional Rédaction et sélection de l’iconographie : Wandrille Penna Graphisme et mise en page : l’Atelier de communication Impression : Sodimpal – Imprimé sur papier 100 % recyclé, non chloré, avec des encres végétales

www.pnr-seine-normande.com

Yvetot Au fil des patrimoines

Des villages, des champs, la campagne cauchoise… Enfin, d’où que l’on vienne, la ville d’Yvetot apparaît. On croise d’abord une ancienne ferme, un lotissement ou une zone commerciale puis les maisons se resserrent, deviennent mitoyennes. Les îlots du centre sont à un pas. À mesure que l’on approche du Mail ou de la rue des Victoires, artères commerçantes de la ville, la verdure disparait. Pourtant, elle ne s’évanouit pas totalement, ou plutôt, elle se cache derrière les maisons, derrière les murs de clôture. Ville et campagne restent intimement mêlées. Yvetot accueille pareillement les producteurs sur son marché, les actifs employés à Rouen ou au Havre, sur les quais de sa gare et les salariés dans ses commerces et entreprises. Yvetot est riche d’un patrimoine singulier, à la fois rural, urbain et industriel. Ville attractive, son urbanisation gagne en hauteur en son centre et en surface à sa périphérie. Concilier le développement urbain et économique et la préservation du patrimoine est ardu. Néanmoins, c’est l’unique voie pour que perdurent l’âme de la ville et ses diversités.

Prix : 7,50 € / ISBN 2-85-976-045-8 / janvier 2013

Découvrez le patrimoine ! Au détour d’une rue, admirez une bâtisse, contemplez un paysage, percez la mémoire d’un lieu. La collection Au fil des patrimoines vous invite à arpenter le territoire du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande, à la rencontre de ses trésors. Cet ouvrage est le fruit d’un inventaire croisé des patrimoines bâti, paysager et immatériel, mené par le Parc en collaboration avec l’Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie et la ville d’Yvetot. Ce travail de recherche original, donne du sens au patrimoine. Paysage, bâti et mémoire orale se conjuguent pour offrir un éclairage global de la ville. Reflet de cette démarche, ce guide aborde tout autant l’histoire, l’urbanisme, l’architecture… que les techniques de construction, la tradition ou l’agriculture. Omniprésent, le patrimoine est affaire de tous. Le connaître c’est commencer à le protéger. Bonne découverte des trésors du Royaume d’Yvetot ! Jean-Pierre Girod Président du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande


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SOURCES : DGI - Plan cadastral (2012) IGN - BD Topo (2011) Licence n°9877 PNRBSN - MOS (2009) REALISATION : PNRBSN - SIG (2012)


UN GUIDE POUR DÉCOUVRIR LE PATRIMOINE CACHÉ

Au fil des patrimoines

YVETOT

SOMMAIRE Une histoire écrite et réécrite . . . . . . . . . . . . . . . . . Côté ville, avant la destruction . . . . . . . . . . . . . . . . . Côté ville, après la reconstruction . . . . . . . . . . . . . Côté campagne, un bourg agricole . . . . . . . . . . . Côté campagne, le clos-masure . . . . . . . . . . . . . . Côté industrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Une ville qui lit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Une ville qui prie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Une ville qui apprend . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Vivre à Yvetot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Deux cartes à découvrir en rabats de couverture.

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YVETOT

UNE HISTOIRE ÉCRITE ET RÉÉCRITE Le Roy d’Yvetot. Dans le cinquième couplet de la chanson de Béranger, les Yvetotais pleurent la mort de leur roi.

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LA LÉGENDE Les chroniqueurs du XVe siècle sont les premiers à se pencher sur les origines du royaume d’Yvetot. Maintes fois repris, leur récit révèle des incohérences au regard des recherches historiques actuelles. L’histoire se déroule sous l’ère mérovingienne. Clotaire Ier, roi des Francs de Soissons, a pour chambellan, Gautier, seigneur d’Yvetot. En conflit avec le monarque, Gautier choisit l’exil. À son retour, le Vendredi Saint de l’an 536, le seigneur entre en l’église

de Soissons demander la grâce du roi. À ce titre, il bénéficie de lettres de recommandation du Pape, Agapet. Dix ans ont passé mais Clotaire n’a pas pardonné. Dans sa colère, il tue Gautier d’un coup d’épée. Craignant les représailles du Pape et de Dieu, cherchant à réparer son acte, il érige le fief du chambellan en royaume. Le fils de Gautier devient alors le premier roi d’Yvetot.

LE ROY D’YVETOT L’exiguïté du royaume d’Yvetot est prétexte à la plaisanterie. Louis XI,


alors qu’il circule dans la ville, aurait dit : « Il n’y a plus de roi de France ici, nous sommes dans le royaume d’Yvetot. » Plus tard, Henri IV, à l’issue d’une bataille aux abords de la ville se serait exclamé : « Si par malheur je perds le royaume de France, je suis au moins assuré d’avoir celui d’Yvetot. » La reconnaissance du royaume est toujours accompagnée d’une certaine raillerie. Pierre-Jean de Béranger, chansonnier, popularise le roi d’Yvetot sous les traits d’un homme soucieux de son peuple, goûtant la simplicité, l’humilité et la bonne chère. Il contraste avec Napoléon Ier, alors empereur. Le petit monarque inspire les auteurs comiques. En 1842, Le Roi d’Yve-

tot, comédie d’Adolphe de Leuven, est jouée au théâtre royal de l’Opéra-Comique. Josselyn, bourgeois devenu roi de la ville, s’inquiète quand « le cidre n’est pas tiré » et ne souhaite pas « abandonner [sa] bonne retraite !… [son] joli palais de chaume. » Dans La Fille du roi d’Yvetot, Raoul de Nervey crée un royaume imaginaire dont l’ancien monarque se nomme Simple II.

« D’un roi, d’un roi… d’abord, on aurait bien pu le chicaner làdessus : un de ses aïeux eut un jour la fantaisie de se faire appeler roi… on a laissé ce titre à ses descendants par habitude et par courtoisie. » Adolphe de Leuven, Le Roi d’Yvetot.

L’HISTOIRE Cité pour la première fois, en 1021, dans une charte de donation du duc de Normandie à l’abbaye de SaintWandrille, le nom d’Yvetot serait d’origine scandinave. Formé de la

Papier d’emballage du Chocolat du Roy d’Yvetot.

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Le « château » des rois d’Yvetot en 1702. La Révolution rase ce qui est davantage un manoir délabré.

Signature du « Roy d’Yvetot », Jehan Baucher, au bas d’une lettre adressée à la princesse Anne de France, fille de Louis XI. Datant de 1489-90, elle est conservée à l’hôtel de ville d’Yvetot.

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réunion d’« Yvo », Yves et de « tot », la terre ou le domaine, il signifierait la « terre d’Yves », la « maison d’Yves ». La destruction des chartes de la ville, documents juridiques de la cité, lors de la Révolution, réduit considérablement la connaissance de son histoire politique. Mais on sait que la ville d’Yvetot et les paroisses

de Sainte-Marie-des-Champs et Saint-Clair-sur-les-Monts forment un royaume de 1392 à 1553. À partir de cette date et jusqu’à la Révolution, il ne s’agira plus que d’une principauté située au cœur du Grand Baillage de Caux dont le siège est Caudebec-en-Caux. Afin de maintenir leurs privilèges, exemptions de taxes et droit de jus-


tice, les rois puis les princes d’Yvetot n’ont de cesse de demander confirmation du statut particulier de la ville aux rois de France successifs. La ville devient sous-préfecture de 1800 à 1926 et s’honore d’être la capitale du pays de Caux.

LE BLASON Sous l’Ancien Régime, les armoiries de la ville se confondent avec celles de ses seigneurs. Par conséquent, la Révolution entraînant la chute de la famille d’Albon, Yvetot perd son blason. Le conseil municipal adopte un nouvel emblème en 1874. Malgré des modifications successives, son aspect général nous est parvenu. Ses composantes reflètent l’histoire économique d’Yvetot. L’écu portant deux gerbes de blé

et deux navettes de tisserand, symboles des activités agricoles et artisanales de la ville, est surmonté d’une couronne. Les blés, sciemment ou involontairement, ont laissé place au lin, représentatif de la culture régionale, les navettes sont devenues industrielles et le nom d’Yvetot a, depuis, disparu de la couronne. La Croix de Guerre avec étoile d’argent, décernée à la ville au sortir de la Seconde Guerre mondiale a été ajoutée.

Le blason de la ville surmonte la porte d’entrée de l’ancienne école Henri Cahan.

Épuré et stylisé au fil du temps, le blason est aujourd’hui intégré au logo de la ville, posé sur le territoire communal.

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YVETOT

CÔTÉ VILLE AVANT LA DESTRUCTION Le centreville avant sa destruction.

L’usage de la « croix de Saint-André » est très répandu sur les façades à colombages.

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LE BOIS Lors d’un passage par les rues Thiers, Bellanger et Ferdinand Lechevallier ou sur les places Louis Féron et Victor Hugo, on croise de nombreuses maisons à pans de bois, à colombages. Fort heureusement, elles ont échappé aux affres de la Seconde Guerre mondiale. Appuyée sur un soubassement en pierre, en brique ou en silex, la structure en colombage forme l’armature du bâtiment ; suffisamment rigide pour assurer la stabilité et souple pour absorber les déformations.

Les entre-colombages sont originellement en torchis. Au gré des évolutions techniques, des matériaux moins adaptés comme la brique, le ciment ou le béton cellulaire l’ont remplacé. En observant de plus près, on dis-


tingue des « croix de Saint-André » ; colombes croisées destinées à renforcer la solidité de l’édifice. Leur nom provient de l’instrument du supplice du saint.

LA BRIQUE Imaginons le cœur de ville yvetotais au début du XVIIe siècle. Les rues étroites sont bordées de maisons à colombages. Les risques d’incendie sont considérables. En 1676, le feu se répand de maison en maison, ravageant une partie de la ville.

Tirant les leçons de cet événement, une ordonnance stipule l’utilisation de la pierre ou de la brique pour la reconstruction des édifices incendiés. Le centre-ville majoritairement en briques naît à cette époque. Il perdure jusqu’aux destructions de 1940. Les toponymes des rue et quartier de la Briqueterie témoignent de l’existence de fabriques à Yvetot. La brique de Saint-Jean, cuite au feu de bois à température peu élevée, est tendre. Plate, elle est reconnaissable à sa couleur orangée. On l’aperçoit sur une maison de la rue Thiers.

À gauche Ce mur alterne lits de silex et de briques de SaintJean. À droite  Les briques industrielles, rouges et blanches, sont superposées.

La rue des Victoires est plus courte et plus étroite qu’aujourd’hui.

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La rue du Calvaire, comme l’ensemble des voies de la ville, est pavée.

La brique rouge, cuite au charbon, est réputée pour sa solidité. Terne ou vive, elle est employée dans l’ensemble de maisons situé rue Ferdinand Lechevallier.

LES RUES Il y a l’avant et l’après 1940. L’avancée allemande détruit 28 % de la 8

ville soit trois cent vingt-six maisons et en endommage cent treize autres. C’est dire si le centre-ville d’hier diffère de celui d’aujourd’hui. À l’époque, en provenance de Rouen, on entre dans la ville par la longue rue du Calvaire qui débouche au niveau de l’actuelle église Saint-Pierre. Tournant à droite, on rejoint la place du marché, au même emplacement mais plus vaste que la place Victor-Hugo


En 1911, la cité Bocheux, route du Havre, sort de terre. Ces premières habitations bon marché sont financées par la Caisse d’Épargne.

d’aujourd’hui. L’église et les hallettes de briques sont là. Puis, ce ne sont que des rues étroites pour gagner la place des Belges, sa halle et son office des PTT. Le mur de l’Institution ecclésiastique ferme la place au Nord. Les rues du Calvaire, Bellanger et Thiers, préservées du bombardement et de l’incendie de 1940 offrent, encore à notre époque, un bon aperçu du centre d’avant-guerre.

LA CAISSE D’ÉPARGNE Fruit d’un mouvement national ayant vocation à récolter l’épargne pour assurer la prévoyance et financer l’économie, la Caisse d’Épargne de l’arrondissement d’Yvetot est fondée en 1837. En 1882, elle s’installe dans son nouvel établissement, rue des Caves. La voie se nomme de nos jours rue de l’Épargne. C‘est dire l’importance que revêt la Caisse pour la ville et ses habitants.

Son expansion est rapide puisqu’elle compte treize succursales, de SaintValery-en-Caux à Caudebec-enCaux, en 1899. L’argent déposé finance notamment le logement social. La Caisse d’Épargne crée une société HBM, Habitat Bon Marché, ancêtre des HLM d’Yvetot devenues Logéal. Aujourd’hui, la fusion des Caisses d’Épargne, dont celle d’Yvetot, a donné naissance à la Caisse d’Épargne de Normandie. L’agence a déménagé sur le Mail, dans l’ancien magasin Delamare et l’ancienne bâtisse subit les outrages du temps.

L’hôtel de la Caisse d’Épargne dans la première moitié du XXe siècle.

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L’hôtel de ville et son campanile.

L’HÔTEL DE VILLE À l’orée du XXe siècle, le conseil municipal juge l’hôtel de ville vétuste et trop exigu. La construction du bâtiment actuel, confiée aux architectes William Gargill et Alexandre Franche, est lancée en 1913 et… bientôt interrompue par la Première Guerre mondiale. Situé à l’arrière de

son prédécesseur, il est achevé en 1922. Eugène Bocheux est alors maire de la ville. Le vaste escalier extérieur et le bossage du rez-de-chaussée ancrent l’édifice dans le sol et la série de hautes fenêtres confèrent une légèreté toute relative à ce bâtiment de style classique. Elles apportent la lumière nécessaire à la vaste salle des mariages. Le campanile et les éléments décoratifs en saillie, dont le blason de la ville, ont été supprimés pour des raisons d’entretien et de sécurité. L’hôtel de ville est un des premiers immeubles en béton d’Yvetot.

Construit en 1832, l’ancien hôtel de ville est détruit après l’édification de son successeur.

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L’EAU DOMESTIQUE Se promenant, les plaques des rues sont les derniers témoignages des anciennes mares de la ville. Des siècles durant, elles fournissent aux Yvetotais l’eau nécessaire à la consommation domestique, à l’élevage et à la lutte contre les incendies. La mare Vaudremare, aussi appelée mare Bridelle, est creusée à l’angle des actuelles rue SaintLouis et place Louis-Féron. La mare Boullier ou le vivier, à proximité de l’ancienne place de l’église, est souillée par les résidus du marché. La mare de l’Étang est créée à l’emplacement de l’actuel parking de la salle du Vieux Moulin. La mare Neuve, place de l’hôtel de ville, est rebouchée en 1825. La mare Beaune ou Bellemare et la mare-la-ville, disparues elles aussi, figurent encore sur l’index des rues. Mais l’installation de gouttières aux toitures permet à nombre d’Yvetotais de posséder une citerne. Le manque de réserve et de salubrité des mares convainc finalement la municipalité d’installer l’eau courante. Elle est captée à plus de dix kilomètres de la ville, à la source de la Durdent, à Héricourt-en-Caux. Le 14 avril 1884, Ferdinand Lechevallier, maire, inaugure le service des eaux et les fontaines de quartier. L’événement donne lieu à de grandes réjouissances : la Fête de l’Eau. L’eau à domicile et les égouts n’arriveront qu’après la Libération. De nos jours, le maintien de la pression et l’absence de turbidité sont toujours des enjeux cruciaux pour la ville d’Yvetot.

À l’occasion de la Fête de l’eau, la chanson Nous avons l’Eau !… rend hommage à Ferdinand Lechevallier. La mare de l’Étang est creusée en 1776. Une rue porte toujours son nom.

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YVETOT

CÔTÉ VILLE APRÈS LA RECONSTRUCTION Le Mail et l’église vus depuis l’hôtel de ville, en 1963.

LE PLAN Succédant à Marcel Guillot et Jacques Gréber, Roger Millet définit un nouveau plan d’urbanisme dès le printemps 1941. De l’ancien plan de ville, il conserve l’organisation autour des places Victor Hugo et des Belges et le tracé des voies. Néanmoins, les rues sont redressées et la surface de voirie augmente. La ville respire et la circulation se fluidifie. Le Mail est créé ; l’hôtel de ville est désormais intégré au centre. Correspondant aux anciennes rues de

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l’église et section Ouest de la rue du Calvaire, il est à lui seul emblématique de la rationalisation du centreville. Henri Bahrmann, urbaniste en chef après la Libération ne modifie pas en substance le plan de Roger Millet.

LE STYLE L’ancien centre-ville était disparate, hétérogène : immeubles de deux ou trois étages, niveaux de différentes hauteurs. Ce qui interpelle en entrant dans le nouveau centre-ville, œuvre archi-


tecturale d’Othello Zavaroni, c’est son homogénéité. Les édifices des îlots sont tous faits de matériaux semblables. De plus, même si leur nombre d’étages diffère, les niveaux sont de hauteur identique, formant un ensemble cohérent.

LA RECONSTRUCTION Parallèlement à la définition du plan d’urbanisme, le périmètre de la reconstruction est terrassé, préparant ainsi le terrain aux nouveaux immeubles.

Une fois le plan adopté, le dispositif des « Zones d’Égale Valeur » établit une correspondance entre les surfaces d’hier et celles de demain. Grâce à ce remembrement, les propriétaires retrouveront un logement équivalent à celui d’avant-guerre. Trois phases d’études suivies de travaux sont nécessaires pour réaliser une reconstruction qui s’achève en 1963 par la réalisation du campanile de l’église Saint-Pierre.

La pierre est utilisée pour la réalisation des lucarnesfrontons.

LA PIERRE Les architectes de la reconstruction n’ont pas évacué les matériaux nobles des nouveaux îlots yvetotais. Bien au contraire, ils ont consacré la pierre pour des raisons esthétiques mais aussi financières. En effet, son prix de revient est moindre que celui de la brique ou du béton.

Place des Belges, les balcons rythment la façade de l’îlot 9.

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La route de Rouen au début du XXe siècle.

La pierre utilisée provient de Bonneuil-sur-Marne. Sa teinte jaune et sa répartition homogène dans les constructions participent à l’unité architecturale de la ville.

LE BÉTON Symbole de modernité, le béton est utilisé pour les encadrements des ouvertures. Les bandeaux horizontaux faits de ce matériau marquent aussi les séparations entre les niveaux. Il est travaillé de façon à ce que les granulats apparaissent, laissant entrevoir une légère teinte rosée.

Encadrements de fenêtres, niveaux de sol et balcons sont réalisés en béton armé.

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LA RD 6015 En 1779, l’itinéraire de la traverse royale reliant Rouen au Havre est tracé. Il parcourt le cœur de la ville. Néanmoins, l’augmentation progressive du trafic routier, qui cohabite avec les différents marchés, congestionne progressivement la ville. En juin 1940, la destruction du centreville permet d’aménager la traversée. Soit la RN 14 passe au sud, suivant son ancien tracé, soit au nord, par une immuable ligne droite. La deuxième proposition est adoptée entraînant la contestation des Yvetotais, qui craignent de voir la ville coupée en deux par cette imposante artère. Afin d’y remédier, deux passages souterrains sont aménagés, facilitant la traversée piétonnière de la route. La percée entraîne l’expropriation de vingt-trois parcelles non sinistrées. RN 14, RN 13 bis, RN 15 puis RD 6015, ses changements de nom s’accompagnent de l’augmentation de son trafic. Depuis 1981, la rocade offre un nouveau contournement de la ville.


YVETOT

CÔTÉ CAMPAGNE UN BOURG AGRICOLE UNE SITUATION PRIVILÉGIÉE Située au cœur du pays de Caux, Yvetot bénéficie d’une situation privilégiée, à la croisée des routes reliant Le Havre à Rouen et Caudebec-enCaux à Saint-Valery-en-Caux. Sous l’Ancien Régime, l’exemption de taxes, privilège de la ville, dynamise le commerce. De nombreux produits, importés par voie maritime sont débarqués dans le port d’Harfleur et ache-

minés à Yvetot pour y être vendus. De plus, la campagne cauchoise est riche de produits agricoles issus de l’élevage. Beurre, œufs, volailles s’échangent sur le marché. Le tissu, produit sur les métiers artisanaux, trouve aussi preneurs. On vient de Rouen pour s’approvisionner sur le marché et dans les halles de la ville. Malgré la fin de ses privilèges et la chute du tissage artisanal, Yvetot reste une ville commerçante. Elle le doit en grande partie à sa campagne environnante.

La place des Belges accueille chaque année une foire aux bovins.

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Jour de marché sur la place de l’Eglise.

L’ancien tribunal de commerce abrite aujourd’hui le musée des ivoires et l’office de tourisme.

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LES MARCHÉS Institution yvetotaise, sa répétition bihebdomadaire rythme la vie de la cité. Les marchés du mercredi et du samedi matin attirent, sur leurs étals, Yvetotais et habitants du canton. Dans les années 1930, les voitures à cheval des acheteurs et des vendeurs se garent dans les cours des hôtels. Les rues du centre-ville

voient les étalants se regrouper par type de produits à vendre. Aussi, devant l’hôtel de ville, on trouve le marché au beurre. De plus, des bâtiments ad-hoc ont été consacrés au commerce. Un témoignage atteste que cinq halles destinées à la vente des grains, aux cordonniers, aux bouchers, aux filassiers, aux merciers et aux drapiers brûlent lors de l’incendie de 1688. À la croisée des XVIIe et XVIIIe siècles, sous Camille Ier d’Albon se construisent des halles pour la boucherie, le poisson, le beurre, les œufs et les volailles. Sur la place de l’ancienne église, les hallettes abritent les commerçants ainsi que l’octroi. Il s’agit du lieu où l’on paie une taxe pour entrer et sortir les marchandises du marché. Ses registres nous permettent d’évaluer la quantité de produits vendus et le cours de produits à différentes époques.


Les outils agricoles sont disposés devant la halle au blé.

LA HALLE AU BLÉ Construite en 1786, à l’initiative de Camille III d’Albon, son rez-dechaussée accueille le commerce du grain alors qu’à l’étage, on négocie tissus et autres « siamoiseries. » Au moment de sa destruction en

1972, pour des raisons de sécurité et afin d’agrandir la place des Belges, la halle a depuis longtemps abandonné sa vocation commerciale. L’étage abrite le cinéma et le rez-de-chaussée est réparti entre les bains-douches et la « salle aux poteaux », haut lieu des bals yvetotais.

Les hallettes se situent sur la place de l’Eglise.

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LA CAMPAGNE À LA VILLE Derrière les façades de briques ou de colombages, le bord des rues ou des routes, rien ne laisse présager l’existence de cours intérieures. Néanmoins, les anciens cadastres dévoilent l’existence de « fermes de subsistance » au cœur de la ville. Elles comportent, pour les plus grandes d’entre elles : un potager, un verger, utile à la fabrication du cidre, et des bâtiments dispersés, destinés à accueillir le bétail, la bergerie et le poulailler. Vestiges d’une époque durant laquelle la campagne imprègne la ville, on croise ça et là, quelques pommiers faisant anciennement partie d’un alignement plus conséquent, ou des murs de clôture ceignant les jardins. Ce sont les dernières traces d’une organisation agricole de la ville. Les « Vikings » sont une des plus grandes salles de Haute-Normandie.

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Durant les deux dernières décennies, la construction de résidences ou de lotissements a réduit le nombre de ces cours intérieures, havres de paix au cœur d’Yvetot.

L’ESPACE CULTUREL DES VIKINGS Inauguré en 1959, sa première destination est l’accueil de bovins reproducteurs. On vient de loin pour y acheter ou y vendre des bêtes aux enchères. Néanmoins, l’apparition de la technique d’insémination artificielle ne justifie plus la tenue de ces grands rassemblements. Aussi, l’organisation de rencontres sportives ou de spectacles prend le relais. Les deux aménagements intérieurs successifs consacrent définitivement la dimension culturelle de la salle.


YVETOT

CÔTÉ CAMPAGNE LE CLOS-MASURE LA TERRE « Dans le grand et doux herbage où s’étale paresseusement l’opulence des pommiers, à un kilomètre environ du centre d’Yvetot, se détachant sur un fond de verdure, le Manoir du Fay dresse sa haute toiture. » Edmond Spalikowski, Autour d’Yvetot.

Crue ou cuite, la terre tient un rôle d’importance dans la construction. Crue, mélangée à de la paille ou du lin, elle est appelée torchis ou bauge. Le torchis garnit les entrecolombages. Ce matériau fragile, qui a séché et s’est solidifié au contact de l’air, est fréquemment recouvert de mortier chaux. La bauge est habituellement réservée aux murs de clôture. Dépourvus de structure en bois, ils s’appuient sur un soubassement de silex équarris. Cuite dans un four en blocs iden-

tiques, l’argile devient brique. Elle est alors employée dans les soubassements ou les parements des bâtisses. La technique de cuisson par réduction, en privant la combustion d’oxygène, permet d’obtenir un matériau de couleur noire mais plus fragile.

L’AIR Venu de la mer, le vent balaie le plateau de Caux. Sa force, sa puissance, endommagent les bâtiments, perturbent la rentrée de la moisson, amènent le froid. Protéger la ferme 19


Au manoir du Fay, un mur en bauge sépare la cour du jardin. Les croisillons du manoir du Fay sont créés par des briques cuites par réduction et vernissées.

de cet invité non désiré devient une nécessité. Une ou deux rangées de talus plantés encadrent la cour. On les nomme couramment « fossés », regroupant sous la même appellation l’ensemble constitué d’un talus cerné de deux fossés, aujourd’hui fréquemment disparus.

Les hêtres, les chênes ou les frênes brise-vent enfoncent profondément leurs racines dans le talus. Ainsi, solidement arrimés dans la terre, ils résistent fièrement aux vents les plus forts, assurant la protection du clos-masure et régulant son climat. Malheureusement, le remembrement des terres agricoles a engendré la disparition de talus. Ils représentent pourtant un élément remarquable de notre paysage.

LE FEU Essentiel à la vie, source de bienêtre dans l’âtre de la cheminée et indispensable à la préparation du repas, le feu est aussi l’ennemi des constructions à pans de bois et en chaume, qui ne demandent qu’à brûler. Les Cauchois ont préféré ne pas mettre leurs œufs dans le même panier pour éviter que toute la ferme ne flambe : la maison, la charrete-

Hêtres et frênes composent cette haie brise-vent.

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rie, la buanderie, la grange, le four à pain, l’écurie, l’étable, le poulailler ne sont pas réunis sous le même toit mais répartis en autant de bâtiments. En cas d’incendie de l’étable, le poulailler n’est pas touché. C’est un moindre mal.

L’EAU Pas de volaille, pas de bétail, pas d’agriculture sans eau, ressource essentielle à la vie. Le sol poreux d’Yvetot ne la retenant pas, la nappe phréatique se loge loin en profondeur. Creuser un puits s’avère donc difficile, long et coûteux. Sans rivière, la seule source disponible vient de l’eau tombée du ciel. Piéger, recueillir la pluie dans un réservoir imperméabilisé par de l’argile pour en disposer : tel est le rôle de la mare.

On en recense au moins deux : une pour les bêtes de l’exploitation et une autre pour la consommation domestique. Localisées à proximité des bâtiments, elles sont aussi utiles si un incendie se déclare. Quand on a besoin d’eau, on vient « pucher » dans la mare avec un seau. Néanmoins, la qualité de cette eau stagnante laisse souvent à désirer. À table, pas d’eau, on tire du tonneau la boisson, issue de la deuxième pression des pommes à cidre.

Pendant longtemps, la mare a constitué la seule ressource en eau disponible.

LE MANOIR DU FAY Au terme de quatre années d’intenses transformations, « 1617 » apparaît sur une pierre de taille du haut de la bretèche, étroite avancée décorative qui surplombe la porte d’entrée. La blancheur des fenêtres aux piédroits harpés, dont 21


La bretèche du manoir offre à son propriétaire une vue panoramique sur la cour.

Le manoir du Fay en 1904.

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les pierres calcaires se chevauchent, est mise en valeur par l’appareillage de briques rouges aux croisillons de briques noires. Le premier étage de

l’avancée et les dépendances sont en colombages. C’est Pierre Houel, sieur de Valleville et propriétaire du Fay, qui fait édifier le logis. Quelques années plus tard, Pierre Corneille, célèbre dramaturge normand, vient y rendre visite à son oncle Antoine, curé de Sainte-Mariedes-Champs. La Révolution transforme temporairement le manoir en centre de détention. Jusqu’alors situé dans la paroisse de Sainte-Marie-desChamps, le domaine du Fay intègre le territoire communal de la ville d’Yvetot en 1811. Des fermiers occupent le manoir avant que la ville n’en devienne propriétaire en 1989. Le temps faisant son œuvre, le manoir s’est dégradé. La ville conjointement à l’association « Faire vivre le manoir du Fay » œuvre à sa valorisation et les études en cours donneront lieu à des travaux de restauration.


YVETOT

CÔTÉ INDUSTRIE LA GARE Les premiers halos de fumée et de vapeur, accompagnés de sifflements et de crissements de freins sur les rails se font entendre en 1847. La liaison Rouen-Le Havre, prolongement de la ligne de Paris vient d’être mise en service. Yvetot s’enrichit d’une gare et d’une mare d’approvisionnement des locomotives en eau. William Tite, architecte anglais, en est le concepteur. Il réalise une bâtisse de style britannique, d’un étage, flanquée de deux ailes identiques. Intégralement construite en brique, elle est orientée parallèlement aux quais. Excentrée, reliée à la ville par un omnibus, la gare assiste à l’instal-

lation progressive d’usines, de villas et de maisons. En 1987, la station devient plus vaste. Sa façade remaniée conserve l’esprit de la gare d’origine. Témoin des migrations pendulaires en direction de Paris, Rouen ou Le Havre, près de 2 500 Cauchois foulent son sol quotidiennement. L’arrivée d’un nouveau quai en 2014, vise l’amélioration de l’accueil de ses usagers.

La gare au début du XXe siècle. L’horloge trône audessus de l’entrée et la seule fioriture autorisée tient dans les renflements au sommet des deux pignons.

LA MOUTARDIÈRE Depuis la gare, on aperçoit le panneau annonçant le village d’entreprises. Accroché au pignon de l’ancienne usine, il en évoque les origines. 23


L’usine de la Moutardière est située à proximité de la voie de chemin de fer.

Affiche du Calvados Boulard. Créé en 1825 et embouteillé à Yvetot. Production et embouteillage sont désormais réalisés à Coquainvilliers, dans le pays d’Auge.

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Le bâtiment est construit en 1912, à proximité de la gare et des voies de chemin de fer. La société J. Motte et Cie profite du rail pour expédier la margarine Astra, produite dans l’usine. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise Bocquet achète le

bâtiment, désaffecté depuis 1939. Pendant près de cinquante années, la structure au décor de briques rouges et blanches est destinée à la fabrication de moutarde, à son conditionnement ainsi qu’à celui de divers condiments. En 1992, l’arrêt de la production sur le site d’Yvetot met un terme à son exploitation industrielle. Le bâtiment abrite aujourd’hui en son sein plusieurs entreprises de service et de communication.

MAWET De 1937 à 1997, des établissements Mawet, rue de la Corderie, sortent des dessous pour homme, des sousvêtements pour dame et de la layette. Bobinage, tricotage, coupe et confection sont répartis en autant d’ateliers.


LA MOUTARDE BOCQUET Moutardes : de Dijon, brune ou aux aromates ; sauces : béarnaise, tartare, bourguignonne, mayonnaise ; fruits et légumes condimentaires : cornichons, olives, câpres, oignons. On ne peut estimer le nombre de pots sortis de l’usine Bocquet. L’entreprise est créée en 1735 à Caudebec-enCaux par Georges Rondel, maître-vinaigrier. Après le déplacement de ses locaux à Sainte-Gertrude, Alexandre Bocquet achète l’établissement et lui donne son nom. Il y met au point une moutarde douce aromatisée aux fines herbes, à la ravigote ou à l’estragon : la Supervelouta. En 1945, la production, dans la vallée de la Durdent et le conditionnement, rue Edmond Labbé à Yvetot, sont regroupés dans l’ancienne usine Motte. La centaine d’employés qui travaillent sur le site sont originaires d’Yvetot ou des alentours. De 1000 tonnes de moutarde produite en 1944, on atteint 7000 en 1988. Les graines de moutarde viennent du Canada et les olives d’Algérie. Les cornichons frais du Loir-et-Cher et de l’Yonne sont préparés dans du vinaigre et mis en bocaux pasteurisés. Mais, dans les années 1980, l’évolution du secteur de la distribution entraîne le regroupement des moutardiers français. La production se poursuit un temps sur le site d’Yvetot avant d’être définitivement arrêtée en 1992. Le procédé de fabrication de la moutarde de Dijon a été inventé dans la capitale bourguignonne, dont elle tire son nom. Les graines de moutarde brune sont broyées puis mélangée à de l’eau, du sel et du verjus. Par la suite, les tamiseuses séparent l’amande de son enveloppe, le son, exclu de la préparation. L’absence du son en fait une moutarde blanche. Les moutardes brunes, quant à elles, ne subissent pas l’étape du tamisage et conservent l’intégralité de la graine. Les graines de moutarde blanche sont, quant à elles, utilisées dans la fabrication de la mayonnaise.

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LA BUISSONNIÈRE

L’usine Ozona accueille aujourd’hui le centre de tri de La Poste.

La minoterie et la villa Héricher. Le dynamomètre, installé sur les machines à vapeur de la minoterie, procure du courant à la villa et à l’usine.

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La qualité des produits, de laine ou de coton, et la renommée des layettes commercialisées sous la marque Ozona assurent le développement de l’entreprise. En 1960, Brigitte Bardot offre, à toutes les Françaises ayant accouché le même jour qu’elle, une… layette Ozona. D’une centaine d’employés à leur ouverture, les établissements en comptent bientôt huit cents. Néanmoins, subissant de plein fouet la crise de l’industrie du textile, Mawet ferme ses portes. Seule l’entreprise Laporte, créée en 1925 et sise rue du Bailly, perpétue encore aujourd’hui la vocation textile d’Yvetot.

À l’angle des rues Haëmers et de la gare, on entrevoit, au travers de la grille de fer forgé, l’imposante villa de silex, de briques et de pierres. Ses trois étages rivalisent avec le hêtre pourpre, le pin maritime et le chêne rouge d’Amérique ; arbres remarquables plantés en 1893. Cette même année, la maison de maître, parfois appelée « château », et la minoterie voisine sortent de terre. Charles Héricher, propriétaire de l’ensemble, est le premier Yvetotais à bénéficier de l’électricité. Aujourd’hui, l’activité est arrêtée et la cheminée est tombée. Depuis la villa, en remontant vers les Dames blanches, on longe toujours le pignon de brique rouge de la minoterie. La villa Héricher et sa voisine, la villa Hédelin, sont les symboles de la réussite industrielle yvetotaise.


L’EAU ET LE TEXTILE À part pour se désaltérer, pas besoin d’eau pour filer et tisser artisanalement la laine ou le coton. Au XVIIIe siècle, on dénombre deux mille cinq cents métiers à tisser dans les chaumières de la région yvetotaise. La vente de draps fait la prospérité de la ville et de son marché ! Au cours de la première moitié du XIXe siècle, le filage s’industrialise. À l’énergie manuelle de l’ouvrier se substitue la puissance du cours d’eau et son incroyable force motrice. La laine ou le coton filé étant abondants, le nombre de tisserands yvetotais augmente sensiblement. Lors de la seconde moitié du XIXe siècle, on assiste à la mécanisation du tissage. Yvetot, sur le plateau, n’a pas de rivière. L’énergie des tisserands n’est pas en mesure de concurrencer les centres de production textile de Bolbec dans la vallée du Commerce, et de Barentin au bord de l’Austreberthe. De nombreux ouvriers migrent et l’arrondissement d‘Yvetot perd des habitants à la fin du XIXe siècle. Au XXe siècle, l’abandon de l’énergie hydraulique pour l’électricité estompe le désavantage d’Yvetot. Après des décennies difficiles, le textile se réimplante dans la capitale du pays de Caux.

Tisserand cauchois attelé à la fabrication de mouchoirs.

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YVETOT

UNE VILLE QUI LIT Hervé Bourges participe au bouclage de Témoignage Chrétien (TC).

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L’IMPRIMERIE Beaucoup de machines, peu de travailleurs et de bruit dans les imprimeries actuelles. L’ordinateur a révolutionné la profession. Les souvenirs des anciens employés de l’Imprimerie Commerciale devenue l’Imprimerie Nouvelle sont précieux et ressuscitent un monde dans lequel « le bruit des rotatives oblige les ouvriers à se parler à l’oreille, un monde dans lequel les opérations manuelles sont présentes à chaque stade de production, un monde qui sent l’encre et le plomb. » Deux secteurs distincts cohabitent.

« Il n’existe pas de concurrence entre les travailleurs des deux unités mais une rivalité saine et amicale. » D’un côté : la presse dédiée à l’édition de journaux tels Le Courrier Cauchois, Témoignage Chrétien, les feuilles de la centrale syndicale Force Ouvrière. De l’autre : le labeur, spécialisé dans l’impression de livres. Boris Vian y fait imprimer son premier ouvrage, J’irai cracher sur vos tombes. Au 24 de la rue Haëmers, c’est donc le règne du plomb. Les journalistes de la rédaction du Courrier Cauchois apportent leurs articles à l’imprimerie. C’est une formidable chaîne qui se met alors en marche. Les linotypistes entrent en action. Tapant le texte sur


leur « lino », ils en réalisent le négatif, la « matrice », fait de lettres en cuivre. Les typographes composent les titres et les annonces commerciales « à la main ». « Les lettres sont placées sur un composteur, cadre de bois qui détermine la forme de l’article. » Une épreuve de l’article sort pour le correcteur, chercheur infatigable de fautes d’orthographe et d’erreurs de syntaxe en tout genre.

Hervé Bourges ancien directeur de TC évoque ses difficultés à raccourcir des articles, en pleine nuit du mardi au mercredi, jour de sortie de l’hebdomadaire : « Toutes les semaines, j’allais faire le bouclage à l’imprimerie d’Yvetot. […] Il fallait toujours couper. Les articles étaient trop longs, les éditos étaient trop longs… Logique fascinante du marbre. Il faut que ça rentre… Eh ! oui, il fallait couper : belle leçon d’humilité pour nos “grandes” plumes… » « Une fois le marbre achevé, la page est prête et les clicheurs sortent une empreinte. Ce négatif de plomb, appelé cliché, habille le demi-cylindre de la rotative. Les rotativistes engagent alors l’impression à proprement parler. Le service papeterie se charge de l’assemblage des pages avant livraison. » L’impression des titres de presse est échelonnée dans la semaine. Témoignage Chrétien sort le mercredi matin

Les employés de l’Imprimerie Commerciale devant le bâtiment, rue Haëmers, dans les années 1930.

Georges Marical boucle la page sur le marbre.

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Le Réveil d’Yvetot, prédécesseur du Courrier Cauchois. La typographie du titre du Courrier Cauchois n’a pas varié depuis la création du journal.

à cinq heures. Le mercredi et le jeudi, c’est l’abondance d’articles pour le linotypiste avant impression et diffusion du Courrier Cauchois. Les semaines s’enchaînent et les ateliers consacrés à la presse voient leur activité, leur personnel et les cadences s’accroître. Conçu à Yvetot, Le Courrier Cauchois est aujourd’hui imprimé à Saint-Lô, dans la Manche. L’imprimerie a déménagé à SainteMarie-des-Champs. Elle se nomme désormais ETC-INN, fusion d’Éditions Témoignage Chrétien et de l’Imprimerie Nouvelle Normandie.

LA PRESSE L’Abeille Cauchoise, Le Réveil d’Yvetot, Le Petit cauchois, autant de titres de presse qui ont précédé le deuxième hebdomadaire français en nombre de tirages : Le Courrier Cauchois. 30

Le Journal de la ville et de l’arrondissement d’Yvetot paraît pour la première fois en 1804. Journal conservateur, il prend le nom d’Abeille Cauchoise en 1832. Il est édité rue du Calvaire. Sa parution durant la Seconde Guerre mondiale entraîne son interdiction à la Libération. Le Réveil d’Yvetot, journal républicain, est fondé en 1880. Il sort des presses de l’imprimerie A. Bretteville, rue de la République. L’occupation allemande fait cesser sa parution. Il fusionne avec Le Petit Cauchois, créé en 1945, pour donner naissance au Courrier Cauchois. Depuis le 28 février 1948, jour de sa première parution, son tirage a progressé pour atteindre environ cinquante mille exemplaires aujourd’hui. Ses bureaux sont situés au 2, rue Edmond-Labbé.


YVETOT

UNE VILLE QUI PRIE LA CHAPELLE SAINT-LOUIS Le testament de Louis-Jules Asselin des Parts, possesseur du fief du même nom, aux abords de la rue du Clos-des-Parts, confie une part de son héritage à la ville d’Yvetot. En contrepartie, la municipalité se trouve dans l’obligation d’édifier un hospice portant le nom d’Asselin. Situé rue du Clos-du-manoir puis rue du Calvaire, il est définitivement installé à son emplace-

ment actuel, route du Havre, en 1841. Rien ne subsiste des premiers bâtiments de l’hôpital hormis la chapelle Saint-Louis, bénie en 1857. Le chanoine Robert, prêtre à l’Institut ecclésiastique de la ville et architecte de la chapelle, opte pour un style néo-gothique, inspiré des églises médiévales. On ne s’étonne plus, alors, d’admirer ses fenêtres finement sculptées. Ses matériaux sont multiples, le chaînage de pierres calcaires voisinant avec l’appareillage de lits de silex et de briques blanches.

Depuis l’hospice, les résidents accédaient directement à la tribune de la chapelle.

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La chapelle des Dames-blanches est intégrée à l’ensemble des bâtiments.

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Construite pour les résidents de l’hospice, son acoustique réputée lui vaut d’accueillir des concerts. Fermée depuis 1992, pour des raisons de sécurité, la chapelle Saint-Louis attend l’heure de sa restauration.

des bâtiments adéquats remplacent ceux des sœurs. La prison est détruite en 2000, laissant place à la résidence du Prieuré. Le tribunal est devenu l’Espace d’accès au droit et aux services publics du Plateau de Caux.

LES BERNARDINES

LES DAMESBLANCHES

La rue du Couvent doit son nom au monastère installé à Yvetot en 1660. Les Bernardines sont des sœurs de l’ordre de Cîteaux, dont une des figures tutélaires est Saint Bernard de Clairvaux. Le couvent est ravagé lors de l’incendie de 1688 et ferme ses portes en 1780. La prison et le tribunal de première instance prennent alors place dans les locaux. La chapelle fait office de salle d’audience mais, petit à petit,

Les Dames-blanches ont quitté la ville mais leur nom reste attaché à l’hospice créé en 1829. Les sœurs investissent alors une ancienne fabrique de tissage, rue du Champs-de-Mars. Prière, instruction des jeunes filles à l’enseignement ménager et accueil des personnes âgées composent leur quotidien. La crise des vocations a mis fin à leur présence yvetotaise. Leur chapelle, à l’appareillage de lits


L’église SaintPierre dans la première moitié du XXe siècle, place du Marché.

de silex et de briques superposés, est consacrée en 1850. Suite au départ des sœurs, elle accueille désormais une salle polyvalente ainsi qu’une annexe de la Médiathèque à destination des résidents de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes des Dames-blanches.

LES ÉGLISES SAINT-PIERRE Offerte au culte en 1771, l’église Saint-Pierre, faite de briques rouges, est détruite lors des bombardements de juin 1940. Les travaux de l’église actuelle s’engagent onze ans plus tard. À des kilomètres à la ronde, depuis les champs du plateau de Caux, son campanile, haut de quarante-quatre mètres, nous guide inexorablement vers le cœur de la ville. Achevé en 1963, il clôt la construction d’un édifice singulier ; rose pour trancher avec la couleur des immeubles de la reconstruction et rond afin de sym-

boliser « l’unité de la communauté », selon le souhait de ses architectes Yves Marchand, Pierre Chirol et Robert Flavigny. Son diamètre de quarante mètres offre un écrin de béton-armé aux vitraux lumineux de Max Ingrand. Au gré d’un regard circulaire sur les 1000 m² de carreaux de verre colorés, on assiste au défilé des saints majeurs de Normandie. Lors de son inauguration, SaintPierre devient l’icône de la modernité et du renouveau de la ville.

L’église SaintPierre domine les toits de la ville.

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YVETOT

UNE VILLE QUI APPREND « Saint Michel » est la plus ancienne école yvetotaise.

L’ÉCOLE SAINT-MICHEL En 1707, voilà plus de trois cents ans, deux sœurs de la Congrégation du Sacré-Cœur d’Ernemont ouvrent une école à Yvetot. D’abord rue du Calvaire, puis rue du Couvent, le pensionnat s’installe rue des Jardins en 1820. Les agrandissements successifs aboutissent à la construction, en 1860, de « la grande bâtisse de brique rouge foncé » citée par Annie Ernaux dans La Honte. La chapelle est bénie en 1888. Au gré des vicissitudes entre l’Église

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et l’État, les sœurs poursuivent leur enseignement. En 1907, le Pensionnat d’Ernemont devient Pensionnat Saint-Michel. L’école s’ouvre à la mixité en 1971. En 2003, la Congrégation du SacréCœur d’Ernemont rejoint celle de Saint-Joseph de Cluny. L’année suivante les dernières sœurs quittent l’établissement yvetotais.

L’INSTITUTION ECCLÉSIASTIQUE De la « Maison » d’Yvetot, fondée par les frères Labbé en 1826 et fermée


Un haut mur de briques sépare l’Institution ecclésiastique et sa chapelle de la place des Belges.

en 1908, il ne reste plus une pierre, seulement des traces dans les écrits de Guy de Maupassant. Les hauts bâtiments et la chapelle de l’Institution ecclésiastique ne résistent pas aux destructions de 1940. L’Institution est couramment appelée séminaire. En effet, le corps enseignant est composé d’ecclésiastiques, à une époque où la soutane est toujours de rigueur. De plus, elle forme les élites locales dont beaucoup deviennent prêtres dans le pays de Caux. Le jeune Guy de Maupassant passe cinq années dans la « Maison », terme employé par les élèves pour désigner l‘Institution, avant d’en être renvoyé. Alors qu’il s’y ennuie, il y forge son anticléricalisme. Ses mots, dans la nouvelle Une Surprise, publiée en 1883, le laissent transpirer : « C’était un grand bâtiment triste, peuplé de curés et d’élèves presque tous destinés au sacerdoce. Je n’y puis songer encore sans des frissons de tristesse. On sentait la prière làdedans comme on sent le poisson

au marché, un jour de marée. […] Quant aux bains, on les ignorait tout aussi complètement que le nom de M. Victor Hugo. Nos maîtres devaient les tenir en grand mépris. » Néanmoins, forte de son succès et de la qualité de son enseignement, l’Institution ouvre un nouvel établissement au Havre, en 1873 : l’Institution Saint-Joseph.

LES ÉCOLES CAHAN ET LHERMITTE Les deux établissements se ressemblent dans leur organisation

L’ancienne école HenriCahan accueille aujourd’hui l’Inspection académique et les associations Yvetotaises.

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Le fronton du groupe scolaire Cahan-Lhermitte porte toujours la mention « École communale de filles. »

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et l’utilisation des matériaux. Deux U d’un étage avec une cour centrale. De la brique, majoritairement rouge, encadrée par des blocs calcaires pour l’école de garçons, et blanche, rehaussée par des motifs de briques rouges pour l’école des filles. Ces deux U sont placés côte à côte. Néanmoins l’un s’ouvre sur la rue des Chouquettes et l’autre sur la rue Carnot. Les deux établissements scolaires, proches mais nettement séparés regardent dans des sens opposés. À l’heure de leur construction, la mixité n’est pas de mise. En 1849, l’école de garçons prend place dans les locaux laissés vacants par l’hospice, rue du Calvaire, mais ils deviennent vite inadaptés. Aussi le nouvel établissement est inauguré en 1883. Son étroite cour est bordée par le préau, mis à bas il y a peu. Baptisée du nom d’Henri Cahan, ancien

directeur, en 1967, elle s’ouvre à la mixité quatre ans plus tard. L’ouverture de plusieurs écoles, dispersées dans la ville entraîne le regroupement des établissements Cahan et Lhermitte dans un même bâtiment. Rénovée en 1995, l’école abrite aujourd’hui des associations au sein de l’Espace Claudie André-Deshayes. L’école de filles prend place dans les anciens locaux des garçons, déjà vétustes, en 1883. Afin d’améliorer leurs conditions d’enseignement, Emmanuel Lhermitte, maire de la ville, s’emploie à ce qu’une nouvelle école soit construite. Inaugurée en 1908, sa cour est plus ouverte que celle des garçons. Deux ailes ont été ajoutées. En 1967, elle est baptisée du nom de son fondateur. L’école devient le groupe scolaire CahanLhermitte, suite au regroupement avec sa voisine.


ÉCOLES, COLLÈGES ET LYCÉES Chaque matin et soir de classe, un ballet de bus et de voitures particulières accompagnent des milliers d’écoliers, de collégiens et de lycéens. En effet, la ville compte onze établissements scolaires, tous niveaux confondus. On y recense quatre écoles maternelles, trois écoles primaires, deux collèges et trois lycées. L’école Saint-Michel est ouverte à la fois aux maternelles et aux primaires. Les écoles Henri Cahan et Emmanuel Lhermitte n’étant plus en capacité d’accueillir, à elles seules, toutes les têtes blondes yvetotaises, la municipalité ouvre l’école Jean Prévost, rue Niatel. Les écoles maternelles Élisabeth Cottard, Léopoldine Hugo et Rodin voient le jour. Elles n’ont rien de

commun avec les salles d’asile, présentes à Yvetot au XIXe siècle, qui se consacraient uniquement à la garde d’enfants. Le collège Albert Camus et le lycée Raymond Queneau s’installent en périphérie du centre-ville, respectivement rues Rétimare et Zamenhof. Dans l’enseignement privé catholique, l’introduction de la mixité bouleverse l’organisation établie. Si l’école Saint-Michel conserve sa vocation maternelle et primaire, l’école Bobée se consacre aux collégiens. En 1963, l’idée germe, dans la tête de l’abbé Dorn, d’ouvrir un lycée. Il s’agit de Jean XXIII. Enfin le lycée agricole et agroalimentaire, précédemment installé en centre-ville, déménage à Auzebosc, à proximité d’Yvetot. Il prodigue un enseignement spécifique aux futurs agriculteurs et professionnels de l’agroalimentaire.

Carte-postale colorisée du lycée agricole d’Yvetot.

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YVETOT

VIVRE À YVETOT Le carnaval, dans les années 1960, passe devant la maison de tissus Beaulieu.

UN ARCHITECTE : LE LE TROUSSEAU CHANOINE ROBERT Polytechnicien et architecte naval, Louis-Napoléon Robert entre à l’Institut ecclésiastique pour se préparer au sacerdoce, en 1837, à l’âge de trente-trois ans. La chapelle de l’Institution est sa deuxième réalisation. Architecte de la chapelle de l’hospice Asselin, il fait édifier une cinquantaine d’églises. Intendant de la cathédrale de Rouen, il participe à l’achèvement de sa flèche en fonte. Décédé en 1885, son corps repose dans la crypte de l’église Saint-Pierre d’Yvetot.

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Vingt-quatre draps du dessus, Vingt-quatre draps du dessous, Quarante-huit taies d’oreiller, Vingt-quatre traversins, Vingt-quatre gants et serviettes éponges, Six nappes, Vingt-quatre serviettes de table, Vingt-quatre torchons en lin, Quarante-huit torchons en métis. À peu de chose près, cet inventaire à la Prévert liste le linge à broder pour constituer un trousseau. Mais il arrive que ce dernier soit beaucoup plus important, pouvant contenir jusqu’à « un cent de tout. »


Grâce à des rubans rouges, le trousseau est rangé par douzaine dans l’armoire. « Les torchons sont brodés au point de croix. Ceux en lin, ne laissant pas de peluches, sont réservés aux verres. Ceux en métis, mélange d’une trame en lin et d’une chaîne en coton, sont réservés à l’ordinaire. »

Le vendeur de draps passe dans les maisons qui abritent des jeunes filles de quatorze ans, le certificat d’étude en poche. Jusqu’à leur mariage, elles vont les broder à leurs initiales. Celles qui proviennent de milieux aisés font souvent appel à des brodeuses professionnelles pour effectuer la tâche. En effet, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la mariée apporte au ménage la chambrée, l’armoire normande et le trousseau brodé. Les biens de l’épouse sont mentionnés sur le contrat de mariage ; du trousseau aux bijoux et des meubles au bonnet. L’apparition des draps et nappes

imprimés, l’équipement des ménages en machine à laver, facilitant le lavage, et le changement des mœurs ont fait disparaître la tradition du trousseau.

UN CHANTEUR : SERGE REGGIANI En 1930, la famille Reggiani quitte l’Italie fasciste et s’installe à Yvetot. Serge, alors âgé de huit ans, fréquente l’école Henri Cahan avant de devenir apprenti coiffeur. Comédien, acteur et chanteur, Serge Reggiani évoque son arrivée à Yvetot dans le deuxième couplet de sa chanson Si c’était à recommencer.

« Si c’était à recommencer Dans un monde à feu et à sang Je voudrais être l’émigrant Que j’ai été J’aim’rais repasser la frontière Être sans capuche ni manteau Redébarquer à Yvetot Un soir d’hiver » Serge Reggiani

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Annie Ernaux en séance de dédicaces, à l’espace culturel des Vikings en 2012. À lire ou à relire : Une femme, La Honte ou La Place, prix Renaudot 1984.

UN ÉCRIVAIN : ANNIE ERNAUX Alors âgée de cinq ans, Annie Ernaux et ses parents s’installent à « Y… » « Ils ont trouvé un fonds de café-épicerie-bois-charbons dans un quartier décentré, à mi-chemin de la gare et de l’hospice », plus exactement rue du Clos-des-Parts. Elle conte les contradictions de l’époque : « La seule contrariété longtemps, la façade en colombage, à raies blanches et noires, dont le ravalement en crépi était au-dessus de leurs moyens. En passant, l’une

de mes institutrices a dit une fois que la maison était jolie, une vraie maison normande. Mon père a cru qu’elle parlait ainsi par politesse. » Yvetot, sa société, son ambiance sont la toile de fond de ses romans autobiographiques.

LE GIGOT DU ROY D’YVETOT À l’heure où le tissage fait la prospérité d’Yvetot, nombre de moutons, destinés à la fourniture de la laine, peuplent la campagne. Aussi, la viande des ovins âgés est bouillie afin de l’attendrir. Le gigot du Roy d’Yvetot en est le reflet. Il est cuisiné toute l’année par l’Auberge du Val au Cesne, située sur la route de Duclair, et à l’occasion des fêtes de Pâques et de la braderie, le premier dimanche d’octobre, par Gilles Dumesnil, boucher, rue des Victoires. Ci-dessous, la recette pour 12 convives. Mettre le gigot à cuire dans de l’eau avec thym, laurier, sel et poivre. Laisser cuire 1 h 30. Ajouter tous les légumes coupés selon son goût et remettre à cuire 30 minutes. Retirer le gigot du jus et laisser refroidir. Faire un roux blanc et le mouiller avec le jus de cuisson. Lui ajouter le pot de câpres avec son jus et la crème. Couper le gigot en morceaux, le réchauffer dans le jus avec les légumes et le servir nappé de sauce. 40

Ingrédients 1 gigot de 3 kg, 500 g de carotte, 500 g de navet, 500 d’oignon, 500 g de céleri, 500 g de poireau, 500 g de chou, 500 g de crème, des câpres, du thym, du laurier, du sel et du poivre.


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SOURCES : DGI - Plan cadastral (2012) IGN - BD Topo (2011) Licence n°9877 PNRBSN - MOS (2009) REALISATION : PNRBSN - SIG (2012)


Le Parc naturel régional remercie : Didier Clatot, Michèle Gilles, Jean-Pierre Hébert, Claude Landais, Bernard Maignan, Georges Marical, Jean Martin, Jean Quelquejay de leur participation aux inventaires et à la réalisation de ce guide.Emile Canu, maire et vice président du Département de Seine-Maritime, Françoise Blondel, conseillère municipale déléguée au patrimoine, et les services de la ville d’Yvetot et de la médiathèque Guy de Maupassant. Alain Joubert, vice-président du Parc, Annic Dessaux, maire de Saint-Wandrille-Rançon, élus membres du comité de pilotage, de leur bienveillance. L’Inventaire général du patrimoine de culturel de Haute-Normandie de sa coopération scientifique, Stéphanie Birembaut et l’association « Faire vivre le Manoir du Fay », Jérôme Carel, les Calvados Boulard, Le Courrier cauchois, Gilles Dumesnil, Marie Landron, Jean-Claude Le Marié et le « Cercle d’Etudes du Patrimoine Cauchois », le Musée des Traditions et Arts Normands de Martainville et André et Odile Nestasio de leur contribution à la réalisation de ce guide.

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Crédits photographiques : Jérôme Carel : p. 40 (b) – Yohann Deslandes/Musée des Traditions et Arts Normands - Château de Martainville : p. 39 (g) – Elisa Dolleans/Pnr BSN : pp. 35 (b), 36 – Gaëlle Le Floc’h/Pnr BSN : p. 33 (b) – Solenne Maillot/Pnr BSN : pp. 20 (b), 21 – Ville d’Yvetot : pp. 5 (b), 40 (h), quatrième de couverture – Wandrille Penna/Pnr BSN : pp. 5 (h), 6 (b), 7 (h), 13, 14 (b), 16 (b), 19, 20 (h), 22 (h), 26 (h), 31, 34, 39 (d) – Le Courrier cauchois : pp. 30 (b), 38 – Pierre Janson : première de couverture Collections : Michèle Gilles : pp. 3, 8, 9, 10 (h), 11 (b), 12, 14 (h), 17 (h), 18, 26 (b), 35 (h) – Georges Marical : première de couverture (g), pp. 28, 29 – Wandrille Penna : p. 2 – Jean Quelquejay : 24 (h), 25 – Archives municipales d’Yvetot : pp. 4, 6 (h), 7 (b), 10 (b), 11 (h), 15, 16 (h), 17 (b), 22 (b), 23, 30 (h), 32, 33 (h), 37, carte troisième de couverture – Calvados Boulard : p. 24 (b) – Pnr BSN : p. 27 Tous droits de reproduction réservés. Pour aller plus loin : ABENSUR - HAZAN Laurence, Yvetot, coll. Mémoire en images, Éditions Alan Sutton, août 2007 BEAUCOUSIN, L.A, Histoire de la principauté d’Yvetot, Gérard Monfort, 1980 BOCARD, Hélène, De Paris à la mer, la ligne de chemin de fer Paris-Rouen-Le Havre, Inventaire général du patrimoine culturel, 2005 CEPC, La Gazette du Patrimoine Cauchois, n° 1 à 39 CHABROL Virginie, Yvetot. Une ville près la Seconde Guerre mondiale, juin 2008 COCHET, Abbé, Les Églises de l’arrondissement d’Yvetot, Tome 2, Gérard Monfort, 1977 COLLECTIF, Clos-masures et paysage cauchois, CAUE de Seine-Maritime, Éditions Point de vue, novembre 2008 COLLECTIF, Si l’école Saint-Michel l’était contée…, Bayard Service Édition, mars 2007 DELAMARE, Jacques, Yvetot, Le Temps Retrouvé, Equinoxe, septembre 1997 FEDINA Christian, La Chapelle Saint-Louis de l’hôpital d’Yvetot, CEPC, juillet 2009 MAINOT, Marie-José, École Cahan-Lhermitte, Le livre du centenaire, Tomes 1 et 2, Caravel création TOUGARD, Robert, A la rencontre de Maupasssant au « Séminaire d’Yvetot », 1992 Et aussi : le « Cercle d’Etudes du Patrimoine Cauchois » développe la connaissance historique, littéraire, linguistique, et étudie les arts et les traditions populaires. Sa Gazette semestrielle met en valeur le travail de recherche des membres de l’association. L’association « Faire vivre le Manoir du Fay » contribue à la sauvegarde de l’édifice via des actions de sensibilisation du public, d’animation et de collecte de fonds. Directeur de la publication : Jean-Pierre Girod Inventaire du patrimoine et coordination : équipe du Parc naturel régional Rédaction et sélection de l’iconographie : Wandrille Penna Graphisme et mise en page : l’Atelier de communication Impression : Sodimpal – Imprimé sur papier 100 % recyclé, non chloré, avec des encres végétales

www.pnr-seine-normande.com

Yvetot Au fil des patrimoines

Des villages, des champs, la campagne cauchoise… Enfin, d’où que l’on vienne, la ville d’Yvetot apparaît. On croise d’abord une ancienne ferme, un lotissement ou une zone commerciale puis les maisons se resserrent, deviennent mitoyennes. Les îlots du centre sont à un pas. À mesure que l’on approche du Mail ou de la rue des Victoires, artères commerçantes de la ville, la verdure disparait. Pourtant, elle ne s’évanouit pas totalement, ou plutôt, elle se cache derrière les maisons, derrière les murs de clôture. Ville et campagne restent intimement mêlées. Yvetot accueille pareillement les producteurs sur son marché, les actifs employés à Rouen ou au Havre, sur les quais de sa gare et les salariés dans ses commerces et entreprises. Yvetot est riche d’un patrimoine singulier, à la fois rural, urbain et industriel. Ville attractive, son urbanisation gagne en hauteur en son centre et en surface à sa périphérie. Concilier le développement urbain et économique et la préservation du patrimoine est ardu. Néanmoins, c’est l’unique voie pour que perdurent l’âme de la ville et ses diversités.

Prix : 7,50 € / ISBN 2-85-976-045-8 / janvier 2013

Découvrez le patrimoine ! Au détour d’une rue, admirez une bâtisse, contemplez un paysage, percez la mémoire d’un lieu. La collection Au fil des patrimoines vous invite à arpenter le territoire du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande, à la rencontre de ses trésors. Cet ouvrage est le fruit d’un inventaire croisé des patrimoines bâti, paysager et immatériel, mené par le Parc en collaboration avec l’Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Normandie et la ville d’Yvetot. Ce travail de recherche original, donne du sens au patrimoine. Paysage, bâti et mémoire orale se conjuguent pour offrir un éclairage global de la ville. Reflet de cette démarche, ce guide aborde tout autant l’histoire, l’urbanisme, l’architecture… que les techniques de construction, la tradition ou l’agriculture. Omniprésent, le patrimoine est affaire de tous. Le connaître c’est commencer à le protéger. Bonne découverte des trésors du Royaume d’Yvetot ! Jean-Pierre Girod Président du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande

Yvetot, au fil des patrimoines  

Parc naturel régional, guide de visite d'Yvetot : 40 pages à propos des trésors cachés

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