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2011-2012 LES ICONOCLASSES XIV GALERIE DUCHAMP N°ISBN : 2-912922-84-4 / 7¤

PETIT FORMAT

EDWIGE BROCARD ELIA DAVID FRANCK DUBOIS JULIEN LAFORGE EUN YOUNG LEE ANNE LEMARCHAND CHARLES ROUSSELIN ÉMILIE SATRE FRANCK VILLARD

LES ICONO CLASSES XIV11-12


Pour un œil expert, l’île elle-même pouvait se déduire d’un certain chapelet de taches alignées dans le ciel sur l’horizon étoilé. Stevenson, Le creux de la vague


PETIT FORMAT

LES ICONO CLASSES XIV11-12


CET OUVRAGE A ÉTÉ ÉDITÉ À L’OCCASION DES RÉSIDENCES D’ARTISTES LES ICONOCLASSES XIV DE JANVIER À JUIN 2012 DANS 9 ÉCOLES ET ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES DE CAUDEBEC-EN-CAUX YVETOT, DOUDEVILLE FAUVILLE-EN-CAUX, MANNEVILLETTE, LA-CHAPELLE-SUR-DUN


SOMMAIRE Introduction Séverine Duhamel et Pascale Rompteau

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Edwige Brocard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 Elia David . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 Franck Dubois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 Julien Laforge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26 Eun Young Lee . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32 Anne Lemarchand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38 Charles Rousselin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44 Émilie Satre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50 Franck Villard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56 La Galerie Duchamp

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INTRODUCTION C’est un aperçu, un échantillon de pratiques hétéroclites d’appréhension du vaste monde. Les questions naïves, directes et centrales des élèves font mouche. Les artistes croisent les domaines, brouillent les limites, favorisent les interactions. Ainsi la dichotomie scientifique ou littéraire, manifeste dans l’enseignement secondaire, est-elle simplement enjambée, dans la pratique picturale de Charles Rousselin. Il s’appuie sur les champs philosophiques et mathématiques, dans l’espace de la peinture. Héritier des explorateurs d’un monde non encore fini, Franck Dubois déplace son champ vers une exploration scientifique, muni de prothèses technologiques – batterie de micros et autres ultras – qui décuplent nos facultés de perception auditive. Révolution : le voyage en ballon permet de découvrir la terre vue du ciel. Les cartographies Google utilisées par Julien Laforge dans ses dessins et volumes imbriqués – superposition des signes, croisements des appréhensions horizontale, verticale, pictogrammes – questionnent la « fabrique du paysage ». Franck Villard réalise des boucliers de dissimulation à partir de branchages, en résonance avec les pratiques des chasseurs-cueilleurs. Le jeu ouvre sur une série de sculptures, un processus d’épuration des lignes, de mise en tension. Émilie Satre explore les fonds, anamnèses qui remontent des eaux troubles, dans leurs filets de motifs, d’étranges formes colorées, « figures et non-figures polymorphes et inachevées, en métamorphose et donc en attente de définition. » Nos regards sur notre environnement, parfois usés par le quotidien, sont rafraîchis dans la démarche d’Anne Lemarchand. Films presque immobiles, animés par un détail, de l’ordre du clin d’œil photographique. Par la re-création libre d’une cabine d’enregistrement, inspirée des sonomatons des années 60, Élia David questionne le microcosme dans la société : il va à la rencontre de l’identité dans la classe. Dans un paysage sociétal hypercodifié, surmédiatisé, Eun Young 6


Lee aspire à une simplification réconciliatrice des clivages, à une mise en relief, une ré-émergence d’éléments fédérateurs, qu’elle insuffle dans ses films. Les volumes d’Edwige Brocard sont des entités définies par la limite de leur enveloppe, frontière sensible. Ils s’approchent ou s’évitent : les cellules créent des relations d’espaces, en perpétuels mouvements. Pascale Rompteau Yvetot, Auzebosc, Mannevillette, Doudeville, La-Chapelle-sur-Dun, Caudebec-en-Caux. La quatorzième édition des iconoclasses a accueilli les artistes participant au programme de résidences en milieu scolaire sur le territoire rural normand, cette année encore. Elle permet aux élèves de découvrir l’univers des plasticiens, de la recherche dans son ensemble, et d’explorer leurs médiums : encre, peinture, vidéo, sculpture, installation, son. L’implication très forte des enseignants qui soutiennent cette initiative est à saluer. Ces professeurs ont compris que d’autres modes d’expression ouvrent une porte nouvelle à leurs élèves, en pointant le regard sur des aspects inexplorés du monde qui les entoure. Ils transmettent aussi toute la richesse déployée de la rencontre, la confiance en soi et en l’autre, l’accès à ce qui est étranger à soi-même. La résidence au collège Albert Camus, qui a reçu en ses murs cette année la plasticienne Émilie Satre, a suscité l’intérêt du Département de Seine-Maritime qui a souhaité participer pour permettre un rayonnement plus important de l’action artistique auprès des élèves. Il semble que la mutualisation des intérêts dans ce programme de résidences artistiques entre la Ville d’Yvetot, la Drac, les établissements scolaires et maintenant le Département, non seulement porte ses fruits mais fleurit davantage à chaque saison. Séverine Duhamel 7


EDWIGE BROCARD ÉCOLE JACQUES PRÉVERT CAUDEBEC-EN-CAUX Edwige Brocard est une artiste plasticienne pluridisciplinaire. L’identité est au cœur de ses préoccupations dans la majeure partie de ses œuvres. Depuis 2010, l’aspect de l’identité sur lequel elle travaille, est la transformation. Pour elle, l’individu est en perpétuelle évolution. Elle se plaît à citer John Locke pour appuyer sa démarche : « L’identité semble (…) être considérée comme un processus dynamique plutôt que comme un état ». Elle retranscrit cette transformation par des cocons à taille humaine. Le choix de cette forme enveloppante réside dans la fonction naturelle du cocon : il permet l’évolution de la chenille en papillon. De ce fait, il devient le symbole de la métamorphose. Durant sa résidence dans l’école Jacques Prévert à Caudebec-enCaux, Edwige Brocard a réalisé une performance dans la classe de Madame Leblond et dans les couloirs de l’école afin de prendre contact avec les élèves de Clis. La performance Paragens consiste en une déambulation, en tenue blanche, avec un parapluie dont les baleines ont été prolongées et recouvertes d’un plastique transparent. Le visage est inexpressif pour être neutre. L’accessoire est personnalisé à sa taille. Elle est la seule à pouvoir l’employer. L’objectif de cette performance est l’auto-préservation et l’affirmation de l’individu social. Comparés à la précédente version Co-koons, les cocons produits lors de la résidence sont plus organiques. L’axe de travail pour les productions réalisées par les enfants, a été les formes enveloppantes. Dans un premier temps, ils ont dessiné des enveloppes pouvant les accueillir. Dans un second, ils en ont sélectionné une et l’ont réalisée en volume de taille réduite. http://www.edwigebrocard.com Co-koons, 2010 Paragens, 2008 Page suivante : travaux réalisés par les élèves 8


ELIA DAVID ÉCOLE JEAN PRÉVOST YVETOT

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… et qu’est-ce que vous écoutez ? Corde à sauter ! Corde à sauter ? Quoi tu connais pas ? Non, c’est quoi ? Corde à sauter héhé ! Corde à sauter héhé ! Doucement, oui fais doucement ! Position 1-2, Position 1-2 ! C’est bon ça, c’est bon ça ! Mitraillette à droite Mitraillette à gauche Position 1-2, Position 1-2 ! C’est bon ça, c’est bon ça !…

La cabine Bois, tissus, Micro, enregistreur, DEL. 160 x 60 x 120 cm. 14


– … ce que vous voulez, vous pouvez chanter, vous pouvez laisser un message à quelqu’un que vous aimez ou pas, vous pouvez crier, vous pouvez faire des bruits, vous pouvez réciter un poème… – Ah ouais, je sais faire le dinosaure ! – Super !… Les portraits Peinture acrylique sur carton, 3,5 x 4,5 cm x 12.


La classe Chaises, hauts parleurs, amplificateurs, lecteurs dvd.


FRANCK DUBOIS ÉCOLE JOSEPH BRETON DOUDEVILLE Bien au-delà de l’harmonie et de la musique, le monde qui nous entoure produit une quantité impressionnante de données que nos oreilles reçoivent sans que nous y prêtions attention. Alors que notre système auditif, extrêmement complexe, est rendu paresseux par notre manque d’attention, par les formats de compressions (mp3, débits internet, etc.), nous nous dirigeons inexorablement vers une pauvreté de l’écoute. Mon travail, essentiellement basé sur les rapports aux signes, met en exergue la simplicité d’un point de vue, qu’il soit visuel ou sonore. Une lecture a priori simple mais qui demande ou suggère toutefois une attention du spectateur. Depuis une dizaine d’années je séjourne régulièrement en Norvège. Deux résidences d’artistes pendant les hivers polaires 2003-2004 et 2009-2010 au Nord dans l’archipel des Vesteralen, à Usf Verftet à Bergen en 2008 et mars 2012 au Spitsbergen, dans l’archipel des Svalbard, dernières Îles habitées entre la Norvège et le Pôle Nord. Lors de ce séjour j’ai réalisé des enregistrements sonores (field recordings) lors de la fonte des glaciers. Cette période est charnière dans le passage de la nuit au jour, de l’hiver à l’été. La banquise se libère, les glaciers commencent à fondre et l’environnement sonore se modifie. Lors de ce séjour j’ai aussi entretenu une correspondance par email avec les élèves de la classe Clis de l’école Joseph Breton. LE SON DE L’AIR DE DOUDEVILLE OU LA MALÉDICTION DE LA BAUDRUCHE Mon intervention à Doudeville tente de questionner notre perception auditive environnante. À travers des prises de sons dans l’école et l’envol d’un ballon dans la cour de récréation, afin de capturer le son de l’air à Doudeville et tenter de lui donner une représentation. Le CD inclus est le fruit de ce travail réalisé avec les élèves et Antoine Duruflet. 20


JULIEN LAFORGE LYCÉE AGRICOLE YVETOT POLYMORPHOSES Je relie ma pratique artistique à une observation de territoires et d’environnements qui viennent nourrir et porter le processus de création. Le contexte singulier du lycée agricole, de part son implantation et son activité, en fait à mes yeux un site particulièrement riche pour y développer un projet d’installation en lien avec le territoire d’Yvetot. Cet établissement s’apparente à une pépinière d’aménageurs et de modeleurs du paysage. Si l’action de l’agriculteur sur le paysage est déterminée par des choix économiques, fonctionnels et des contraintes de rentabilité, son impact sur le paysage, s’il tend à s’uniformiser aujourd’hui, est pourtant riche d’une diversité et d’une adaptabilité très savante. J’ai donc choisi d’amener les élèves à développer ensemble une « fabrique du paysage ». Le travail mené avec les élèves, comme celui que je propose personnellement, prend ses sources dans une investigation des paysages existants par l’outil d’observation satellite Google Earth. Le projet a été pensé comme une décomposition du processus d’interprétation du réel et une ouverture progressive de possibilités sculpturales. Les différentes étapes de transformation mènent à un ensemble de formes à la fois subies et consenties, mais qui résultent d’une succession de gestes comprenant tracé, pliage, découpe et collage. Ma proposition, pour cet espace d’exposition et de travail, est issue des mêmes sources que celles employées par les élèves. Les images satellites ont été reproduites et réinterprétées sur des panneaux de contreplaqué bakélite. Ils sont connectés entre eux, constituant ainsi une sorte de territoire articulé évoluant dans l’espace d’exposition en proposant au visiteur une observation physique de l’objet. Une série de dessins au feutre sur papier-calque a été réalisée pendant le temps de résidence au lycée. Ils reprennent certains éléments collectés dans l’établissement et condensent l’idée « d’exploitation ». Julien Laforge 26


Sans titre Panneaux de contreplaqué en peuplier bakélisé, hêtre


Sans titre Panneaux de contreplaqué en peuplier bakélisé, hêtre Travaux des élèves Papiers noirs pliés et agrafés Travaux des élèves Contreplaqué en peuplier et medium noir


Exploitation 2 Dessin au feutre sur calque


Sans titre Dessin au feutre sur calque


EUN YOUNG LEE ÉCOLE JEAN-LOUP CHRÉTIEN FAUVILLE-EN-CAUX « L’arbre est un être vivant résultant de l’alchimie naturelle de l’eau, de l’air et de la terre. La verticalité de son tronc relie la terre au ciel, alors que ses racines et sa frondaison s’enracinent respectivement dans la terre et le ciel. » Becolloudios À travers la pratique du dessin et du collage, qui sont devenus la source de mes sculptures et de mes vidéos, mon travail est lié aux archives du souvenir, à une expérience fantasmée et personnelle et à la vie quotidienne. Je suis fascinée par les poèmes et les textes de Jean Arp qui parlent de l’« Union de l’homme et la nature » et par les textes de Jean Baudrillard. Je m’interroge sur les images que nous fournissent les médias. Dans un monde où la société est régie par la médiatisation, les images virtuelles débordent dans notre quotidien et peuvent rendre confuse notre perception de la réalité. La division de l’individu en catégories sociales, nationalité, sexualité, religion ou politique ne m’intéresse pas : en fait, par ma pratique artistique, je voudrais m’évader dans la nature absolue, et privilégier une réflexion sur l’humanité basée sur l’altruisme. eundal1999@hotmail.com 06 18 37 61 43

Sans titre, vidéo, 2012. 32


Maquette Arbre, plâtre et polystyrène


ANNE LEMARCHAND ÉCOLE LES JONQUILLES LA-CHAPELLE-SUR-DUN Observer un territoire, S’attacher aux détails isolés ou récurrents, Se laisser surprendre, Trouver une forme d’intimité avec les lieux, Mettre en scène ses paysages dans l’image. lemar.anne.chand@gmail.com http://annelemarchand.blogspot.com

1 | 2 | 3 | De la série La-Chapelle-sur-Dun #2, avril 2012 4 | 5 | La-Chapelle-sur-Dun #1, La Grande Rue, diptyque, avril 2012 38


CHARLES ROUSSELIN LYCÉE JEAN XXIII YVETOT Ce qui suit est une version abrégée du texte original qui se trouve sur le blog : « du nombre aux points : chiffre »

NOTES SUR LA PEINTURE DADADA J’AI ESSAYÉ DE PROBLÈMATISER ET DE CODIFIER L’ACTION DE PEINDRE DE MANIÈRE À CE QU’ELLE PUISSE MANIFESTER LES PARADOXES QUI EXISTENT ENTRE LE DIRE ET LE FAIRE, ENTRE LE DISCOURS ET LA MONSTRATION.

Il y a le son, le signifiant, DA, à la fois marque temporelle (de répétition et d’intervalle) et une première articulation ou accroche symbolique entre ce son émis et quelque chose qui lui est extérieur. L’émission de ce son implique une rétroaction. Il est proféré et, simultanément, il est entendu et peut être modulé. Son effet peut devenir cause. Ce « DA » est analogue, ou plutôt mis en analogie avec le point, forme simple mais d’une formation complexe, forme que j’ai choisie comme base, comme première inscription dans ma peinture. En simplifiant la peinture, DADADA, j’ai essayé de la considérer comme une action qui ne dépend pas de l’a priori d’un imaginaire mais soit le fruit d’un processus où les mécanismes de l’imaginaire (analogie, projection, répétition, triangulation, symétrie, etc.) peuvent constituer quelque chose qui ne soit pas de l’ordre de la duplication d’une image préexistante, où l’imaginaire peut produire du différent. Pour aboutir à ceci, j’ai essayé de synthétiser ce qui pouvait aboutir au plus petit dénominateur commun de l’objet peinture non seulement comme objet fini, mais aussi comme processus de visibilité et d’oblativité. J’ai choisi une manière qui nécessite le moins possible d’une habileté ou de connaissances techniques et académiques afin que cette manière de peindre puisse être au besoin accessible à n’importe qui, on peut parler de pratique personnelle. Cette manière est aussi disponible et accessible en termes de

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pédagogie puisque tout cherche à y être le mieux discerné possible, tout est montré, rien n’est caché. J’AI CHOISI DE RENDRE AUSSI INTELLIGIBLE QUE POSSIBLE MA PRATIQUE POUR QU’ELLE PUISSE DEVENIR LE PLUS PROCHE POSSIBLE D’UN OBJET TEL LE DISCOURS, JE M’ADRESSE À QUELQU’UN. […]

Si on considère la peinture comme pouvant articuler des problématiques entre le dire et le faire et plus particulièrement entre le dire et le montrer, entre le voir et le dire, elle a sans doute à voir avec l’arrivée des premiers mots et du langage articulé. Voir, compter, une simultanéité. Ce que je peins, la manière dont je peins, se caractérise par une discontinuité et l’utilisation d’éléments discrets. […] Ces éléments sont des points, le point est autant ce qui marque un repère temporel que ce qui indique une position spatiale (ce qui aiguille la spatialisation du temporel). Ces points peuvent se différencier par la couleur et la taille. Ils sont déposés les uns après les autres. […] La structure qui relie ces points entre eux est une structure imaginaire, une projection qui relie d’abord un point à un autre point. On le voit, au départ, c’est très simple, presque enfantin. Cette manière permet de constituer de la complexité par un processus arithmétique, par addition. S’il y a des éléments dans la peinture, on peut les décrire et les compter. 1, 2, 3, Avant, on les dit…, on les répète, d’une certaine manière, il y a toujours un discours intérieur quand on peint qui dit ce qu’il faut faire, qui règle les prémisses. DADADA C’est le même que l’on dit et que l’on répète, mais c’est n’est déjà plus le même. Il y a un paradoxe par rapport à l’identité dans cette répétition qui amène au différent. DAPABA […] L’analogie entre le son, le da et le point, la touche première de mes peintures, (point qui se multiplie et se dédouble par la cou45


leur, points qui sont ensuite reliés ensemble pour former des segments, segments qui forment des surfaces), désigne les processus communs entre cette manière de peindre et l’apprentissage du langage articulé vers la parole. Dans ce que je fais, je cherche à dialectiser le dire et le montrer. Ce qui signifie de pouvoir s’arracher à cette jouissance du processus, de pouvoir arrêter pour voir. Les lycéens de Jean XXIII, par leurs interrogations simples sur un travail qui pouvait leur paraître étrange m’ont apporté la fraîcheur de leur étonnement. À chaque fois, que nous nous sommes vus, des questions intéressantes se sont posées. À la question de la finalité si souvent éludée, les élèves, « C’est pour vous que vous faites ceci ? » « Ce qui vous intéresse, c’est plus ce qu’il y a autour que le travail artistique lui-même ? » La question de l’inspiration a aussi souvent été posée, ce qui soustend un souci venant des élèves de comprendre la provenance de ma préoccupation. La question du choix des couleurs également a été posée, question à laquelle je répondais soit en disant que ce choix était arbitraire, soit que j’aimais ces couleurs… Bien sûr, on pourra toujours dire que certaines de ces questions sont conformistes, etc., cependant, elles ont eu le mérite d’avoir été énoncées. Je me suis senti proche de ces interrogations sans ambages. Les élèves de la classe de première S du lycée Jean XXIII sont dans l’adolescence de la parole, le moment où on commence à avoir un rapport personnel au langage qui s’émancipe peu à peu de l’éducation que l’on a reçue. Je me suis senti proche d’eux dans l’apprentissage de mon vocabulaire de peintre. http://charlesrousselin.com Blog Du nombre aux points : chiffre : http://iconoclasses.blogspot.fr/

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Sans titre, 2012, acrylique, toile, 75 x 75 cm


Sans titre, 2012, acrylique, toile, 75 x 75 cm


ÉMILIE SATRE COLLÈGE ALBERT CAMUS YVETOT Chercher un chemin entre l’aléatoire et la règle, la forme et informe, la figure et le défiguré, la maîtrise et le lâcher prise, l’apparition et la dilution. Des piscines, des flux d’encre qui coule, forme et délite. Attraper un équilibre avant qu’il ne se dilue et ne se rompe. Une règle appliquée, tracée avec assiduité, dans les pas de ces générations de collégiens, d’écoliers - suivre le modèle, ne pas dépasser, tirer la langue, répéter - puis trouver la brèche, le déséquilibre, interrompre la répétition pour laisser surgir l’image, le sens. Confier ces règles et quelques outils, les mettre entre les mains de ces collégiens et observer. les regarder prendre goût au chaos et y mettre du sens, guider eux-mêmes l’aléatoire et conduire le hasard vers leurs fins, inventer des règles et des modes d’emploi. www.emiliesatre.fr

Grid 2, 2012. 140 x 200 cm, gouache sur papier 50


Locker, 2012. 18 x 24 cm, gouache sur papier Crisss, 2012. 115 x 150 cm, encre pigmentaire et gouache sur papier


FRANCK VILLARD ÉCOLE DU CLOS PERRINE MANNEVILLETTE L’ESTHÉTIQUE DE LA FRACTURE LES FAGOTS Mon désir principal concernant la conception de ces sculptures a été de placer celles-ci devant leurs fins, leurs fractures prévisibles. Rien de trop, chaque corde et chaque branche jouent un rôle de tension, un rôle structurel indispensable au maintien du volume. Ces corps hétérogènes présentent ma volonté d’agencer de manière aléatoire deux éléments, le bois et la ficelle. Dans chacun de mes gestes, je souhaite voir naître un corps épuré de toute mollesse structurelle. La tension grandissante entre les matériaux me permet de construire un espace vide, traversé par un maillage irrégulier. Cet ensemble de fils tendus apparaît comme une liaison de plus en plus dangereuse pour la structure et son équilibre. Quand l’ossature de bois est prête à craquer mon travail de nouage s’arrête. Les nœuds sont des appuis instables, ils bougent, glissent et partagent leurs tensions sans réellement la fixer. Ils représentent une valeur incertaine, une forme mouvante et génératrice de changement. Ils incarnent « l’articulation ». Je vois en eux une force ambivalente pouvant être à la fois source d’équilibre et de déséquilibre. Cette variabilité peut entraîner sur la structure, à chaque étape de sa conception une fracture, une chute. Je souhaite sentir de mes mains le constat fragile, d’un rapport de force éphémère. Il donne à voir un jeu d’agencement, de montage complexe pointant le geste de trop, comme celui qui pourrait tout détruire. À travers une forte tension j’essaye de sentir dans le bois et la ficelle les signes de leurs faiblesses, tout en testant les limites de mon anticipation sensible. Peut-on grâce à l’objet conserver la tension du sensible ?

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Bouclier d’invisibilité, bois et corde


Fagots, bois et corde


DANS LA COLLECTION « PETIT FORMAT »

Sous la Direction de Thierry Heynen Guy Chaplain, social ?, 1998 – Fabien Lerat, Hors de soi, 1999, coédition avec le Quartier – Les Archivistes, 1999 – Jean Rault, Photographies, 1983-1999, 1999 – Les Iconoclasses 1 – MontableDémontable, 2000 – Du Producteur au consommateur, 2000 – Les Iconoclasses 2 – Entre voisins, 2001– Du Producteur au consommateur 2, 2001 – 10 ans d’art contemporain, Galerie Duchamp 1991-2001, 2001 – Le dernier signe de Duchamp, 2001 – Nicolas Hérubel, 2001 – Bertholin, 1971-2001, 2001 – Magdi Senadji, Hôtel des grands hommes, 2002 – Jacques Asserin, 2002 – Francis Marshall, Atelier du mulet, 2002 – Patrick Dubrac et Bernard Guelton, Côté cour, 2002 – Les Iconoclasses 3, 2002 – Staal, Made in Belgium, 2003 – Les Iconoclasses 4, 2002 – Honoré d’O, 2003 – A comme Anatomie 1, La galerie d’anatomie comparée, 2003 – A comme Anatomie 2, Le cabinet de curiosités, 2003 – Portraits d’intérieur, 2003 – Joël Hubaut, 2004 – Denis Pondruel, 2004 – Les Iconoclasses 5, 2004 – Jean-Claude Bélégou, L’évidence du corps, 2004 – Bruno Carbonnet, Suite étonnée, 2004 – Dominique Angel, Tiens-moi la queue j’ai peur du noir, 2004 – Dominique Dehais, Négociation/Fabrication, 2004 – A comme Architecture, 2004 – Habit ou habitat, 2004 – Les Iconoclasses 6, 2005 – Musée Khômbol, Le temps du monde fini commence, 2004 – Musée Khômbol, Le temps du monde fini commence 2, 2005 – P comme Phrénologie, 2005 – Honoré d’O et Hervé Garcia, 2005 – Geneviève Martin, Répertoire des formes élémentaires, 2005 – Jacques Charlier, Art poche, 2005 – Vincent Barré, Chers confrères, 2005

Sous la Direction de David Barbage Les Iconoclasses 7, 2006 – Les Iconoclasses 8, 2006 – Alain Buyse, Populux, 2006 – Isabelle Lévénez, Bleu, blanc, rouge, 2007 – À l’échelle #1, 2007 – Dominique de Beir, Hospitalité, 2007 – Lydie Jean-Dit-Pannel, Loggia St-Pierre, 2007 – Les Iconoclasses 9, 2007 – François Daireaux, Suite - Ghislaine Vappereau, Manieur de Gravité, 2007 – Nicolas Tourte, très tôt sur l’oreiller / tréteaux sur l’oreiller, 2007 – François Daireaux, 78 suite, 2008 – Léo Delarue, Au bord du monde, 2008 – Frédérique Lecerf, La Minoterie d’or… 2008 – Françoise Maisongrande, Faîtes comme si je n’étais pas là, 2008 – Pierre Mabille, un peu à l’Ouest, 2009 – Pascal Pesez - Hervé Waguet, Les Undiens, Temporalis, Aeternitas, 2009 – Marie-Hélène Fabra, La petite maison, 2009

Sous la Direction de Séverine Duhamel Les Iconoclasses 11, 2009 – Marianne Goujard, Casse-tête, 2010 – Clédat & Petitpierre, 2010 – Clark et Pougnaud, 2010 – Les Iconoclasses 12, 2010 – Sophie Roger, Le Petit paris, 2010 – Stéphane Montefiore, 2011 – Lena Goarnisson, Memento Mori, objets du deuil, 2011 – Les Iconoclasses 13, 2011 – Gabrielle Wambaugh, BACKS, 2011 – Axelle Rioult, Food&Mood, 2012

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AUTRES PARUTIONS DE LA GALERIE DUCHAMP

Gothic, coédition avec la Salle d’Armes (Pont-de-l’Arche), 1998 François Daireaux, coédition avec la Galerie Édouard Manet (Gennevilliers), 1999 L’agenda perpétuel à fantômes, conçu par Françoise Quardon, coédition avec la Salle d’Armes (Pont-de-l’Arche) De rerum fabula, conçu par Patrick Corillon, coédition avec les Éditions La Mancha, 1998 Éloge de la traversée /Jean-Charles Pigeau, texte de Philippe Piguet, coédition Actes Sud - Crestet Centre d’Art - Galerie Édouard Manet - Galerie Duchamp, Salle d’Armes, 1998 Du fric ou alors boum !, roman de Dominique Angel, coédition avec l’Artothèque (Caen), 2004 Conservatoire Nominal des Arts et Métiers, conçu par Guy Lemonnier, texte de François Dagognet, coédition avec le Frac Haute-Normandie, 2008 De la tarentule, Iris Levasseur, co-édition avec les Éditions Analogues, 2012 COLLECTION « LE CAHIER PÉDAGOGIQUE » Erik Samakh - Ken Lum, coédition avec le Frac Haute-Normandie – Françoise Quardon – Jean-Charles Pigeau – Guy Chaplain – Jardins divers – Patrick Corillon – François Daireaux – Fabien Lerat – Les Archivistes – Jean Rault – MontableDémontable – Du producteur au consommateur – Entre voisins – Guy Lemonnier, coédition avec le Frac Haute-Normandie – Alain Sonneville – Du producteur au consommateur 2 – Joël Hubaut – Le dernier signe de Duchamp – du O, du L, BerthOlin, HérubeL – Patrick Dubrac, Bernard Guelton – Magdi Senadji – Staal – A comme Anatomie – Denis Pondruel – A comme Architecture – Portraits d’intérieur – Habit ou habitat – Dominique Dehais – P comme Phrénologie – Jean-Claude Bélégou – Bruno Carbonnet – Dominique Angel – Honoré d’O, Hervé di Garcia – Jacques Charlier – L’atelier Vincent Barré – Alain Buyse – Isabelle Lévénez – Lydie Jean-Dit-Pannel – Ghislaine Vappereau – Bertrand Gadenne – Philippe Richard – Frédérique Lecerf – Nicolas Tourte – Pierre Mabille.

L’ÉQUIPE Service pédagogique : Fabienne Durand-Mortreuil, Ingrid Hochschorner, Pascale Rompteau Direction : Séverine Duhamel

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REMERCIEMENTS

Pour leur soutien financier lors de la résidence, les artistes Elia David, Julien Laforge, Charles Rousselin, Emilie Satre remercient les équipes enseignantes de l’école Jean Prévost, du lycée Agricole d’Yvetot, du lycée Jean XXIII et du collège Albert Camus. CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES pages 8 à 13 : Edwige Brocard pages 14 à 19 : Elia David pages 20 à 25 : Franck Dubois pages 26 à 29 : Julien Laforge pages 32 à 37 : Eun Young Lee pages 38 à 43 : Anne Lemarchand

Maquette et mise en page : L’ATELIER de communication Imprimé et relié par Imprimerie Microlynx, Rennes Galerie Duchamp 7 rue Percée – 76190 Yvetot Dépôt Légal : juillet 2012


2011-2012 LES ICONOCLASSES XIV GALERIE DUCHAMP N°ISBN : 2-912922-84-4 / 7¤

PETIT FORMAT

EDWIGE BROCARD ELIA DAVID FRANCK DUBOIS JULIEN LAFORGE EUN YOUNG LEE ANNE LEMARCHAND CHARLES ROUSSELIN ÉMILIE SATRE FRANCK VILLARD

LES ICONO CLASSES XIV11-12


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